Binyamin Netanyahu est un homme d’Etat (info # 012501/15) Version imprimable
Analyse
dimanche, 25 janvier 2015

 

Par Guy Millière

 

Il semble, c’est ce que j’ai perçu au cours de mes récents séjours en Israël, que la population israélienne est imprégnée d’une certaine lassitude vis-à-vis de Binyamin Netanyahu. Il est clair que la gauche israélienne souhaite sa chute et espère revenir au pouvoir. Et si c’est son rôle d’opposition de souhaiter la chute de Binyamin Netanyahu et d’espérer revenir aux affaires, elle utilise pour parvenir à ses fins des procédés souvent assez vils et des arguments très spécieux.

 

Il est évident que la quasi-totalité, voire la totalité des dirigeants politiques européens, l’immense majorité des journalistes européens et américains, et l’intégralité de l’Administration Obama, en commençant par Barack Obama lui-même, n’ont strictement aucune sympathie pour Binyamin Netanyahu.

 

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Incompréhension quasi-totale

 

J’entends, dans ce contexte, redire ce que j’ai déjà dit : Binyamin Netanyahu est un homme remarquable, l’un des plus grands Premier ministres qu’ait connu Israël. C’est un homme qui marquera l’histoire de son pays et celle du monde. Aucun dirigeant sur la scène internationale ne peut rivaliser avec sa hauteur de vue, sa perception de l’évolution du monde et son sens stratégique.

 

J’attribue la lassitude qui peut toucher la population israélienne au fait qu’il peut lui sembler qu’il y a peu de résultats. Je dirai que c’est inexact : s’il y a de la pauvreté en Israël, il y en a dans tous les pays de la planète, et la pauvreté ne s’est pas accrue sous Netanyahu.

 

L’économie israélienne a connu une croissance ininterrompue depuis de nombreuses années, ce, malgré la crise financière de 2008-2009. Le chômage en Israël est très bas si on le compare avec celui des grands pays développés.

 

Des blocages subsistent, mais Israël est parvenu à passer des rigidités socialistes à un fonctionnement de « startup nation » en assez peu de temps, et ce fonctionnement de startup nation » s’est renforcé sous Netanyahu.

 

Sur un plan extérieur, Netanyahu a réussi à gérer le statu quo sans faire de concessions majeures aux ennemis « palestiniens » d’Israël, et, pour l’essentiel, sans céder aux pressions européenne et américaine, ce qui, dans le contexte récent, n’est pas un mince exploit.

 

Ceux qui entendraient lui reprocher d’avoir relâché des assassins sous la pression américaine ou de n’être pas allé jusqu’au bout dans les actions militaires de l’été 2014 devraient se pencher plus attentivement sur l’ampleur des pressions américaines et sur les chantages exercés par l’Administration Obama l’été dernier.

 

Ceux qui ajouteraient que Netanyahu n’avait pas à céder aux pressions et au chantage, doivent se souvenir qu’Israël est un petit pays, et les Etats Unis une superpuissance, dont Israël, pour partie, dépend encore.

 

Je ne m’étendrai pas sur la vilénie des attaques concernant la vie privée de Netanyahu. Quand on touche à la vie privée, sur un mode digne du magazine français Closer, cela disqualifie selon moi les auteurs des attaques : faut-il n’avoir aucune idée digne de ce nom pour recourir à ce genre de procédés !

 

Quand on use de viles tactiques et d’arguments spécieux, c’est qu’on n’a pas grand-chose d’alternatif à proposer. C’est aussi qu’on n’est pas digne d’exercer de hautes responsabilités. Et j’aurais tendance à dire que la gauche israélienne montre qu’elle n’est pas digne d’exercer de hautes responsabilités dans les mois à venir.

 

Avoir critiqué la venue de Netanyahu à Paris le 11 janvier, et lui avoir reproché d’avoir dit aux Juifs français qu’Israël est prêt à accueillir ceux qui le voudront est-il une faute politique grave ? Netanyahu était à sa place à Paris le 11 janvier, et c’est le gouvernement français qui s’est conduit de manière indécente. Netanyahu a eu raison de délivrer aux Juifs français le message qu’il leur a délivré : il s’est contenté de rappeler ce que sont le rôle et la vocation d’Israël, et c’est son rôle de Premier ministre de le faire.

 

Avoir critiqué l’acceptation par Netanyahu de l’invitation lancée par John Boehner – l’actuel président de la chambre des représentants américaine - à parler devant le Congrès relève d’une myopie politique qui frôle la cécité. Le but de John Boehner et de Netanyahu ne consiste pas à infliger un camouflet à Obama ou d’influer sur la campagne électorale en Israël, mais d’insister sur l’urgence qu’il y a à discerner les enjeux et les conséquences des concessions accordées au régime islamique iranien.

 

La quasi-totalité, voire la totalité des dirigeants politiques européens, l’immense majorité des journalistes européens et américains, et l’intégralité de l’Administration Obama, à commencer par Barack Obama lui-même, ne veulent pas de bien à Israël, qu’ils détestent et entendent piétiner ; qu’ils n’aient pas de sympathie pour Netanyahu, dès lors qu’il n’accepte pas de laisser piétiner Israël est logique. Ils préféreraient, sans aucun doute, un gouvernement prêt à abandonner les intérêts fondamentaux d’Israël, et les signaux qu’envoie la gauche israélienne montrent qu’elle est prête à constituer le gouvernement servile que désirent les ennemis de l’Etat hébreu.

 

La moins mauvaise attitude à avoir pour Israël présentement concernant la question palestinienne se limite à la gestion du statu quo : toute concession faite à des totalitaires aux intentions génocidaires est une concession suicidaire. Une meilleure attitude serait de passer du statu quo à l’abolition de l’Autorité Palestinienne, mais le contexte international n’y est pas propice.

 

La meilleure attitude vis-à-vis des dirigeants européens est de ne rien leur céder : des gens qui soutiennent et financent des totalitaires aux intentions génocidaires ne méritent eux-mêmes aucune concession.

 

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La vérité sur le raid de dimanche (info # 012201/15) Version imprimable
Exclusivité
jeudi, 22 janvier 2015

 

Par Michaël Béhé à Beyrouth

 

Après l’attaque de dimanche dans le Golan, attribuée par la presse libanaise aux Israéliens, sans confirmation de leur part, le rédacteur en chef de la Ména m’a demandé de diriger une enquête approfondie sur cet évènement, en y mettant tous les moyens nécessaires.

 

Pour effectuer ce travail, je me suis d’abord appuyé sur les informateurs de la Ména au Liban et en Syrie et j’ai également eu recours aux services de certains confrères de l’agence, en Israël et dans d’autres pays du Moyen-Orient.

 

La rédaction de Métula n’était pas satisfaite de la localisation géographique de l’incident donnée par l’ensemble des media jusqu’à présent. Toutes ces sources affirment en effet que l’attaque de l’hélicoptère a eu lieu à Kuneitra, ou dans la région de Kuneitra, à 7 kilomètres de la frontière de l’Etat hébreu.

 

Or à Métula on connait très bien le Golan syrien et on sait parfaitement, pour le constater chaque semaine de visu, que la région de Kuneitra est fermement contrôlée par l’Armée Syrienne Libre, et non par ses ennemis des forces de Damas avec ses alliés syriens et libanais.

 

Pour nos spécialistes il semblait quasi-impossible que des commandants de si haut rang de l’Armée iranienne et du Hezb risquent leur vie dans une zone aux mains de leur ennemi. De plus, même si cela avait été le cas, s’ils étaient parvenus à s’embusquer dans le lieu-dit Mazrat el Amal (dont personne ne sait où il se trouve), Métula se demandait comment, après le raid, les syro-irano-hezbollanis s’y seraient pris pour rapatrier les corps des morts et soigner les blessés, dans un endroit qui aurait forcément été révélé par les explosions découlant de l’attaque.

 

Le doute de nos camarades était fondé et il ne nous a pas fallu longtemps pour découvrir que la position réelle où s’était déroulée l’attaque se situe en fait dans la petite portion de territoire encore contrôlée par l’armée de Béchar al Assad, tout au nord de la frontière syro-israélienne, dans le Golan, sur les contreforts du Hermon enneigé, immédiatement au sud de la ville druze syrienne de Hader. Quant au lieu de la rencontre, il s’agit en fait d’une minuscule bourgade.

 

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C’est ici qu’a eu lieu le raid aérien israélien selon Michaël Béhé

Service cartographique © Metula News Agency

 

Celle-ci est constituée par trois ou quatre maisons tout au plus et est éloignée des premières lignes occupées par l’ASL au Sud, à Turnjeh et Jubata al Khashab, par trois petits kilomètres.

 

Trois petits kilomètres certes, mais protégés par un très important dispositif militaire, composé de chars et d’artillerie, qui comptent des combattants d’al Assad ainsi que des Pasdarans iraniens et des miliciens chiites libanais.

 

Un lieu où l’on pensait pouvoir se rencontrer en toute sécurité pour planifier une attaque contre Israël, dont la frontière, à l’Ouest, est effectivement éloignée de 7 kilomètres. Hader fait face à la ville druze israélienne du Golan de Majd al Shams (L’étoile du soleil).

 

Autre imprécision dans les narratifs de l’incident tel que proposés par les media de mon pays : le raid a été conduit par des avions sans pilotes, des drones, et non par un hélicoptère d’assaut de Tsahal. J’en veux pour preuve le compte-rendu détaillé du contingent onusien sur le Golan qui n’avait aucun intérêt à déguiser les faits, ainsi que par des chefs de l’ASL à Jubata avec lesquels nous avons pu nous entretenir.

 

L’erreur suivante est encore plus significative, elle a trait au général iranien tué lors de l’assaut aérien, Mohammed Ali Allahdadi, également surnommé Dadi dans la force Quds (Jérusalem), dont il était l’un des commandants principaux. Ce qui est tronqué dans la couverture des media à la solde du Hezbollah est précisément la présence des chefs du corps d’élite Quds lors de la réunion de Hader et non pas, simplement, des Pasdarans, les Gardiens de la Révolution khomeyniste.

 

La force Quds, c’est l’élite de l’élite, l’unité de l’Armée de la "République" Islamique responsable des opérations extraterritoriales.

 

Quds est placée exclusivement sous les ordres directs du guide suprême Ali Khamenei. Elle compte environ 15 000 hommes, actifs dans 8 régions principales dont, outre la région Liban-Israël-Syrie-Jordanie, les pays occidentaux, y compris les Etats-Unis ; la Turquie, l’Irak et la péninsule arabique, notamment.

 

La force Quds remplit deux fonctions principales dans le système militaire iranien, d’une part elle participe à des actions sur le terrain aux côtés de combattants alliés, et de l’autre, elle est en charge de la formation militaire avancée d’individus recrutés parmi des Etats et organisations proches de Téhéran.

 

Un autre élément participe à la rendre redoutable : elle est extrêmement riche, contrairement au reste de l’Armée iranienne, qui subit de plein fouet les restrictions budgétaires, largement dues à la baisse du prix du brut. La force Quds ne connait pas ce genre de restrictions et utilise son argent non seulement pour se doter de l’armement le plus moderne, mais également pour financer des opérations militaires ou des actes terroristes, particulièrement au Liban, en Afghanistan et en Irak.

 

Le Los Angeles Times a écrit à propos de la force Quds qu’il s’agissait de l’"une des meilleures forces spéciales au monde". C’est une entité particulièrement efficace, ses membres sont extrêmement talentueux et sont choisis parmi les meilleurs éléments des Gardiens de la Révolution, eux-mêmes sélectionnés parmi les meilleurs combattants de l’Armée iranienne. Quds a été placée sur la liste des organisations terroristes aux Etats Unis et au Canada.

 

Quant au général Mohammed Allahdadi, à en croire mes amis chiites de Beyrouth, il était le plus doué et le plus expérimenté des officiers supérieurs de Quds. Mes interlocuteurs m’ont invité à consulter les images de ses funérailles à Téhéran, sur la base desquelles j’ai pu me rendre compte qu’elles avaient l’ampleur d’une cérémonie mortuaire consacrée à un homme d’Etat.

 

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Les funérailles du Général Allahdadi

 

A Hader, Allahdadi était accompagné d’un autre expert iranien de la force Quds dont on a peu parlé, le colonel Ali Tabtabaï, le spécialiste, dans cette unité, des raids de franchissement de frontières ainsi que de l’activation de commandos dans les territoires ennemis. Naturellement, la présence de Tabtabaï à la réunion de dimanche n’était pas fortuite, et l’on entendait faire le meilleur usage de ses connaissances.

 

La perte de ces deux hommes revêt une importance considérable pour la théocratie iranienne, ce qui explique en partie l’authentique colère  de ses dirigeants depuis dimanche ainsi que les très graves menaces qu’ils ont lancées en direction d’Israël.

 

Côté Hezbollah, les pertes sont encore plus douloureuses ; on n’a assurément pas assez insisté sur la prépondérance de Djihad Mournieh au sein de la milice chiite. Fils du chef emblématique de cette organisation terroriste, Imad Mournieh, Djihad a reçu la meilleure éducation possible. Son père était l’agent de liaison entre Ali Khamenei et le Hezbollah ainsi que son homme de confiance durant de longues années.

 

Djihad était chéri par le guide suprême iranien et le chef de la force Quds, le major-général Qassem Soleimani, l’avait même adopté comme son propre fils à la mort de son père.

 

Non seulement Djihad faisait partie de la nomenklatura, à la fois à Téhéran et à Beyrouth, mais il était, d’après tous ceux qui l’ont connu, un jeune homme particulièrement doué.

 

Pratiquant la religion avec modération, mais profondément antisémite et animé d’une haine incompressible pour les occidentaux et leur culture, il était devenu un expert incontesté dans les domaines stratégique et tactique. En fait il se trouvait déjà, malgré son jeune âge, à la tête de la branche armée du Hezbollah, et il était destiné à remplacer Hassan Nasrallah à la direction de l’organisation au moment qu’auraient choisi les Iraniens.

 

Pour comprendre l’ampleur du désastre pour la milice représenté par la perte de Djihad Mournieh, il suffit de bien saisir la phrase que m’a confiée l’un des généraux de la milice à l’occasion des obsèques du jeune homme, affirmant que, "désormais nous ne sommes plus que des mains et des jambes, lui était la tête".

 

Cela explique en partie les scènes d’hystérie qui ont émaillé la cérémonie funéraire du jeune chef.

 

Avec lui, sur le Golan, en qualité de second, se trouvait Mohammed Issa, qui n’était autre que le chef des six à huit mille combattants du Hezbollah actuellement engagés dans la Guerre Civile en Syrie.

 

Munis des éléments d’information qui précèdent, on comprendra sans hésitations que la raison qui les avait réunis dimanche dernier dans le nord du Golan était de très haute importance. [Le projet de ces individus, tel que présenté par Béhé, était tellement énorme, à ce point différent de tout ce qui avait été tenté contre Israël à partir du Golan, à ce point sensible aussi, que nous avons décidé de ne pas le révéler dans nos colonnes. Ndlr.].

 

C’est pour cette raison que nous nous exprimons avec beaucoup de prudence dans cet article. Ce que nous pouvons révéler est que les Iraniens et le Hezbollah s’apprêtaient, dans les heures voire les quelques jours qui auraient suivi le moment de leur élimination à effectuer un raid particulièrement sanglant à l’intérieur du territoire israélien.

 

Des centaines de combattants se trouvaient à pied d’œuvre, et ils s’apprêtaient à lancer une opération de diversion majeure tout le long de la frontière commune entre Israël et la région du Golan encore contrôlée par l’Armée régulière syrienne.

 

C’était l’une des raisons pour lesquelles le Hezb avait besoin de l’appui de Quds, en plus de son expertise logistique : ce qui s’ourdissait allait coûter énormément d’argent, bien plus que n’en disposait la milice libanaise pour ce genre d’activités. Mohammed Issa était censé fournir la majorité des combattants nécessaires au projet, Ali Tabtabaï avait planifié les attaques de diversion ainsi que les modalités de l’assaut contre la cible principale.

 

Une fois l’objectif réalisé, les commandos étaient censés rejoindre les lignes syriennes par leurs propres moyens, sachant qu’ils avaient peu de chance d’y parvenir au cœur du dispositif militaire israélien. Cette action était donc conçue comme une opération semi-suicidaire, à la gloire d’Allah, dans le plus pur style des sacrifices du djihadisme chiite.

 

Si elle avait réussi, elle aurait donné lieu à une riposte majeure de la part de Jérusalem, ce qui indique que l’axe Téhéran-Damas-Hezbollah était prêt à prendre ce genre de risques.

 

Evidemment, ni Djihad Mournieh, ni Mohammed Issa, ni Allahdadi et Tabtabaï n’étaient censés prendre part au raid qu’ils avaient planifié. Au contraire, si les choses s’étaient déroulées comme ils l’avaient prévu, ils se seraient retirés de plusieurs dizaines de kilomètres afin de tenter de se mettre à l’abri de la réplique des hébreux.

 

L’opération de dimanche dernier aurait pu s’intituler "Décapitation", puisque son objectif consistait à priver les combattants de leur état-major. Cela a parfaitement fonctionné, à l’image du témoignage de l’officier du Hezb à Beyrouth : depuis quatre jours, de toute cette préparation, il ne reste que des mains et des jambes, mais plus de têtes.

 

Au temps pour les soi-disant témoignages recueillis par l’AFP et Reuters, selon lesquels des officiels israéliens leur auraient confié que Tsahal ignorait la présence des chefs militaires iraniens lors de l’attaque des drones ! En fait, c’est exactement le contraire. Il importait, par-dessus toute autre considération, de les mettre immédiatement hors d’état de nuire. Et leur rencontre en principe secrète avec les responsables du Hezbollah a fourni au commandement hébreu une occasion inespérée de déjouer l’attaque que ces individus préparaient.

 

Même si nous ne disposons d’aucune information à ce sujet, il nous parait évident que Tsahal connaissait les moindres faits et gestes des individus éliminés dimanche dernier, de même que leur funeste projet en détail.

 

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Golan : un général iranien parmi les victimes (info # 011901/15) Version imprimable
Breaking News !
lundi, 19 janvier 2015

 

© Metula News Agency

 

Metula 20h25, 19h25 à Paris

 

Nous avions raison, hier, en établissant le bilan de l’attaque dans le Golan syrien par un hélicoptère de Tsahal à sept miliciens éliminés, de préciser "au moins".

 

Car ce lundi, après moult vérifications, nous sommes en mesure d’annoncer que le bilan non définitif du raid aérien effectué à Mazrat el Amal, à 7 kilomètres de la frontière israélienne, a causé la mort de six militaires iraniens, en plus de 6 Hezbollanis chiites libanais.

 

Les militaires perses appartenaient au corps d’élite des Pasdaran, les Gardiens de la Révolution de la "République" Islamique.

 

Outre la neutralisation de Djihad Mournieh, 25 ans, le fils du chef militaire du Hezb éliminé en 2008 à Damas et d’un autre officier de la milice libanaise, l’Iran a reconnu aujourd’hui que le général Pasdaran Mohammed Ali Allahdadi faisait également partie des victimes.

 

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Le général perse éliminé lors du raid d’hier

 

Djihad Mournieh, enveloppé du drapeau jaune du Hezbollah, figurant le Coran et la Kalachnikov, a été mis en terre aujourd’hui dans le sud chiite de Beyrouth, accompagné à sa dernière demeure par une foule de plusieurs milliers de personnes.

 

Les participants criaient : "Mort aux Etats-Unis et à Israël !", et aussi "Israël est l’ennemi des musulmans !".

 

Des miliciens pleuraient et tiraient en l’air, tandis que le jeune homme était enterré dans le caveau de son père.

 

Les dirigeants de la milice libanaise supplétive de Téhéran ont promis à Israël une "vengeance sévère". Cependant, des deux côtés de la frontière israélo-libanaise, les spécialistes estiment que s’il y aura probablement une tentative de riposte de la part de l’organisation dirigée par Hassan Nasrallah, celle-ci sera plus importante que de banales représailles mais moins qu’une guerre.

 

Tous les experts estiment que le Hezb n’est pas en mesure d’ouvrir un nouveau front contre Tsahal, particulièrement pendant que l’élite de ses combattants – de six à huit mille hommes -, guerroient en Syrie aux côtés de l’armée alaouite de Béchar al Assad et du corps expéditionnaire iranien.

 

On se demande où aura lieu la tentative de réplique de l’axe Hezbollah-Syrie-Iran, et quels objectifs elle visera. A notre avis elle se produira soit dans le Golan syrien, soit à l’étranger, afin d’éviter une intervention israélienne sur le sol libanais. Reste que l’état-major de l’Armée israélienne est sur ses gardes, et que toute tentative de représailles pourrait engendrer une punition majeure de la part des soldats de Jérusalem.

 

A Métula on souligne la disparité évidente des forces en présence, cristallisée par la supériorité de Tsahal sur terre, en mer et dans les airs, face aux trois ennemis, ensemble ou considérés indépendamment.

 

Téhéran, même s’il accuse le coup de la perte d’un général privilégie le dialogue avec les Occidentaux à une aventure armée contre Israël, qui se terminerait pour lui en Bérézina militaire et par une coupure du dialogue avec l’Ouest.

 

Quant au Hezbollah, il est conscient du fait que s’il provoque un conflit généralisé avec les Israéliens, celui-ci engendrerait la dévastation du pays aux cèdres, et possiblement sa disparition de la scène libanaise, ardemment désirée par ses compatriotes sunnites, chrétiens, et Druzes.

 

Côté israélien, même si on est totalement conscient de ses capacités militaires supérieures, on n’est pas non plus intéressé par l’éclatement d’une guerre régionale, qui pourrait faire des milliers de morts parmi les civils et les militaires.

 

Au vu de ce qui précède, si une riposte de l’ennemi a lieu, et qu’elle ne fait pas de victimes dans les rangs hébreux, on évitera de déclencher un cycle de violences ; mais si des Israéliens devaient être blessés lors d’une agression venant du Nord, Tsahal frapperait très violement ceux qui en sont à l’origine.

 

A Métula, nous avons constaté avec surprise que les media français n’ont pas mentionné, à l’occasion de l’incident d’hier, que le père de Djihad Mournieh était à l’origine de l’assassinat des 54 parachutistes du Drakkar ainsi que de nombreux autres citoyens tricolores. Nous nous posons des questions quant au ressenti des familles face à cet "oubli" aux relents nauséeux de politiquement correct.

 

En général, dans la presse parisienne, on a plutôt présenté les évènements de Mazrat el Amal comme une agression israélienne visant de paisibles membres du Hezbollah libanais (l’un d’entre ces terroristes a été présenté comme un "chargé de dossier" !) ; ce, en s’abstenant lourdement de mentionner que le Hezbollah figure sur la liste européenne des organisations terroristes, ni, comme l’ont signalé plusieurs experts, et pas uniquement israéliens, que la troupe interceptée à proximité de Kuneitra préparait une agression sanglante contre l’Etat hébreu.

 

Nous nous demandons si ce genre de récits journalistiques biaisés ne participe pas à faire l’apologie du terrorisme, et ce qu’il faut de plus, selon les nouvelles dispositions prises en France après le Mercredi rouge, pour envoyer leurs rédacteurs et les responsables des media impliqués devant la justice.

 

Aucun journaliste, en France, ne s’est par exemple demandé ce que des Libanais armés et des soldats de l’Armée régulière iranienne faisaient à 7 km de l’Etat hébreu en plein territoire syrien.

 

Hier, les seuls qui manquaient à l’appel lors de l’incident étaient les Syriens, qu’ils appartiennent à l’Armée régulière ou à la résistance.

 

On se demande aussi, à la rédaction, quelle était la raison pour laquelle l’ennemi avait envoyé autant de combattants de si haut rang aussi près de notre frontière, et dans une zone largement contrôlée par l’Armée Syrienne Libre. A ce propos nous sommes ici persuadés que l’identification de la cible n’a pu se faire que grâce à une coopération étroite entre le renseignement de Tsahal et l’ASL. La témérité des Iraniens et du Hezb leur aura coûté cher.

 

Nous retenons deux hypothèses quant aux mobiles possibles de cette présence ; tous les deux indiquent que la prise de risques était justifiée par le choix d’un objectif tactique d’importance supérieure que poursuivaient les victimes.

 

Celles-ci se trouvaient soit en phase préparatoire en vue d’une opération d’envergure, qui était appelée à être déclenchée très prochainement, soit elles étaient déjà en ordre de bataille, et s’apprêtaient à frapper Israël incessamment.

 

A la rédaction nous sommes absolument convaincus que les responsables concernés de Tsahal connaissaient pertinemment les plans du commando ennemi, et que la décision de l’éliminer - avec les risques qui s’ensuivent - était conditionnée par la dangerosité de la mission dont il était porteur.

 

Au lendemain de cette opération, les abords immédiats de la frontière, tant sur le Golan qu’en Haute Galilée sont calmes, mais l’on ressent une certaine tension dans l’atmosphère. On observe une présence de personnel armé un peu plus soutenue que d’ordinaire ainsi que le déploiement ce lundi de matériel spécifique dans la région frontalière.

 

 

 
Golan : 7 miliciens du Hezb éliminés en Syrie (info # 031801/15) Version imprimable
Breaking News !
dimanche, 18 janvier 2015

 

© Metula News Agency

 

Metula 19h50, 18h50 à Paris

 

Nous sommes en mesure d’affirmer que l’attaque de l’hélicoptère israélien, qui a visé en début d’après-midi une cellule terroriste du Hezbollah a proximité du lieu-dit Mazrat el Amal, dans la banlieue de la ville syrienne de Kuneitra, a tué au moins 7 miliciens qui se trouvaient à bord de deux véhicules.

 

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Feu Djihad Mournieh

 

Parmi les morts, qui s’apprêtaient à conduire une opération contre le territoire israélien, se trouve le commandant Mohammed Issa, nom de guerre "Abou Issa", un haut gradé iranien qui répondait au nom d’Abou Ali Tabtabaï, et Djihad Mournieh, le commandant du Hezbollah pour le secteur du Golan syrien et le fils de l’ancien commandant général du Hezbollah, Imad Mournieh.

 

Ce dernier avait été neutralisé en plein cœur de Damas, le 12 février 2008, par l’explosion d’une bombe posée dans sa Mitsubishi Pajero.

 

Des media appartenant au Hezbollah ont reconnu que l’organisation avait perdu des combattants lors du raid aérien israélien de cette après-midi.

 

Imad Mournieh fut notamment le responsable de l’attentat, en octobre 1983, contre l’immeuble du Drakkar où était caserné le 1er régiment de chasseurs parachutistes français. Durant ce massacre, 58 militaires français ainsi que le gardien d’immeuble libanais et sa famille avaient péri.

 

Mournieh père fut également l’architecte de l’enlèvement et de l’exécution du journaliste français Michel Seurat en 1986.

 

Le Hezbollah a mis ses miliciens en alerte maximale le long de la frontière libano-israélienne ainsi que dans le Golan.

 

Des chasseurs-bombardiers israéliens patrouillent actuellement au-dessus de nos têtes ainsi que sur le Golan.

 

 

 
Incidents aux frontières nord d’Israël (info # 011801/15) Version imprimable
Breaking News !
dimanche, 18 janvier 2015

 

© Metula News Agency

 

Metula 18h30, 17h30 à Paris

 

Selon des media libanais, un hélicoptère de Tsahal aurait tiré deux missiles sur un objectif mobile situé au lieu-dit Mazrat el Amal (la grange de l’espoir), dans la banlieue de la ville syrienne de Kuneitra, sur le plateau du Golan, à proximité immédiate d’Israël.

                   

Selon les mêmes sources, deux avions sans pilotes israéliens survolaient la région lors de l’attaque.

 

Peu avant cela, deux autres drones avaient effectué des vols de reconnaissance sur Mazrat el Amal. Il semble que des miliciens affiliés à la milice du Hezbollah libanais, s’y étaient embusqués et préparaient une agression visant le territoire israélien.

 

Il est probable que Tsahal avait été alerté par des agents de liaison de l’ASL (Armée Syrienne Libre), qui contrôle désormais la quasi-totalité du Golan syrien, y compris la ville de Kuneitra et le poste-frontière avec Israël, et qui entretient des relations de bon voisinage avec l’Etat hébreu.

 

Dans cette zone, l’ASL combat l’armée loyale à Béchar al Assad, ainsi que ses alliés du Hezbollah, auquel le dictateur damascène permet d’utiliser son territoire pour mener des actions contre Israël. L’Armée Syrienne Libre s’emploie également à contenir les milices de l’Etat Islamique et d’al Qaeda, grâce notamment à l’aide fournie par Israël et d’autres grandes puissances occidentales.

 

A en croire le journal El Nashra (le bulletin), l’un des titres de la presse du Hezbollah au pays des cèdres, l’un des chefs supérieurs de cette milice libanaise a trouvé la mort lors du raid aérien israélien. Le porte-parole de l’Armée israélienne se refuse à commenter les évènements parus initialement dans la presse libanaise.

 

Nous, de lier ce nouvel incident aux propos tenus la semaine dernière par le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, qui menaçait l’Etat hébreu de représailles au cas où il continuerait à intercepter des caravanes d’armes destinées à son organisation sur le territoire syrien.

 

A la même occasion, Nasrallah avait promis "d’envoyer ses forces occuper la Galilée", en cas de reprise généralisée des hostilités entre son organisation et l’Etat hébreu.

 

Suite à l’incident de cette après-midi, l’espace aérien civil a été fermé dans le doigt de la Galilée et les unités de Tsahal ont été placées en état d’alerte.

 

D’autre part, au cours d’un incident sans rapport avec le premier, Tsahal aurait tiré un barrage de fumigènes face à un poste de l’Armée libanaise aux environs du village d’Ayt ash Shab, dans la zone centrale de la frontière séparant le Liban et l’Etat hébreu, non loin de la localité israélienne de Chtoula, à 30 km au sud-ouest de la rédaction à Métula.

 

Trois soldats du pays au cèdre ont été envoyés dans un hôpital, ayant été indisposés par la fumée.

 

Selon al Manar (le phare), un autre parmi les titres de presse du Hezbollah, l’Armée israélienne entendait couvrir ses soldats en train d’installer leur drapeau national sur la frontière, côté israélien.

 

Nous sommes dans l’incapacité de confirmer ou d’infirmer cette information. L’Armée libanaise a envoyé une plainte à la FINUL, la Force des Nations Unies dans la région, qui a dépêché une patrouille afin d’enquêter sur l’incident.

 

Sur les deux fronts, syrien et libanais, la situation est désormais tendue mais calme.

 

 

 
Les Juifs quittent la France (info # 021801/15) Version imprimable
Analyse
dimanche, 18 janvier 2015

 

Par Guy Millière

 

Le Premier ministre Manuel Valls a déclaré récemment que la France sans les Juifs ne serait plus la France. Il a peut-être raison. Il n’empêche que les Juifs quittent la France, en nombre croissant. Et il n’empêche non plus que, d’ores et déjà, la France n’est plus la France.


Je dois concéder à ce propos que je ne me rappelle plus quand la France a été la France. Je me reconnais certes dans les valeurs les plus fécondes de la civilisation occidentale, celles qui ont donné au monde les droits naturels de l’être humain, la liberté de parole, la liberté de créer et d’entreprendre, la démocratie, la compassion pour d’autres êtres humains, quelle que soit leur ethnie, leur religion, leur origine ou leur condition. Ces valeurs ont existé en France : elles y existent encore pour partie.

 

Elles ont néanmoins subi de profondes saignées qui les ont vidées d’une part de leur substance, et ces saignées ne sont pas refermées, la substance dès lors continue à s’en échapper. Je ne vois rien, vraiment, pour le moment, sur l’horizon, qui permette aux entailles de se refermer et à la substance de se régénérer.

 

Le nationalisme et le repli me semblent stériles et potentiellement asphyxiants. Le recours à la seule laïcité me semble tout aussi stérile : la laïcité, ces temps derniers, ressemble à un cache-misère, et ne parvient pas à dissimuler qu’elle ne peut se substituer à elle seule aux valeurs que j’ai énoncées plus haut.

 

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Des immigrants de France exhibant leur nouvelle carte

d’identité israélienne

 

D’autre part, il y a nombre d’aspects de la France dans lesquels je ne me reconnais pas : je ne puis me reconnaître dans la Révolution française, car, en lecteur d’Edmund Burke, je sais que 1793 et la Terreur existaient déjà en germe dans 1789.

 

De plus, beaucoup trop de gens en France à mes yeux n’ont pas tourné le dos à 1793. Quand les rues Robespierre auront changé de nom et adopté, par exemple, celui de Charlotte Corday, je me dirai qu’un pas dans la bonne direction a été franchi.

 

Je ne puis me reconnaître en Napoléon Bonaparte, qui est arrivé au pouvoir par un coup d’Etat, qui l’a exercé sur un mode dictatorial, et qui a semé la guerre dans l’ensemble de l’Europe tout en saignant à blanc toute une génération de Français, dont tant sont tombés sur les champs de vaines batailles.

 

Quand la gare d’Austerlitz s’appellera Waterloo, et que la bataille de Waterloo sera aussi considérée comme une victoire en France, je me dirai qu’un autre pas dans la bonne direction a été effectué.

 

Je ne puis évidemment me reconnaître dans Pétain et dans l’Etat français, dans les étoiles jaunes cousues sur les vêtements, dans les panneaux « Interdit aux Juifs », dans la collaboration et dans le fait qu’il ait fallu attendre si longtemps pour admettre que Vichy, c’était, hélas, la France.

 

Quand on reconnaîtra non seulement que Vichy c’était la France, et qu’au gouvernement de Vichy il y avait aussi beaucoup de socialistes, je me dirai qu’un pas supplémentaire dans la bonne direction a été réalisé.

 

Je ne puis me reconnaître dans le Général de Gaulle, que ce soit dans son comportement en 1944-45, lorsqu’il a affirmé que la France "se libérait toute seule", et quand il s’est laissé aller à un antiaméricanisme qui ne l’a plus jamais quitté.

 

Pas plus que je trouve acceptable son attitude en 1962 à l’encontre des harkis et des Français d’Algérie, ni ensuite, lorsqu’il a mis en œuvre la politique arabe de la France, qui a ouvert la porte à la politique islamique de l’Europe.

 

Je rejette évidemment ses propos antisémites en 1967, ainsi que la politique anti-israélienne qui a imprégné, depuis, l’essentiel de l’attitude de la France, président après président, aux dépens du pays juif.

 

Quand les dirigeants de la France, retrouvant un peu de dignité, commenceront à rompre avec la politique arabe de la France, inciteront l’Union Européenne à mettre un terme à la politique islamique de l’Europe, et en viendront à dénoncer toutes les formes d’antisémitisme, y compris l’antisémitisme islamique, je me dirai qu’un pas essentiel dans la bonne direction a été fait.

 

Pour l’heure, aucun de ces pas n’a vu le jour, sinon, ici ou là, de manière très partielle et éphémère.

 

Pour l’heure, si j’étais juif (et il est des moments où je me sens très juif, aujourd’hui est l’un de ceux-là), je ressentirais un profond malaise. Je verrais les gestes positifs réalisés en direction des Juifs, mais aussi la persistance d’un antisémitisme qui a marqué le dix-neuvième siècle (celui qui a frappé les partisans de Dreyfus, alimenté par des livres tels que La France juive d’Edouard Drumont), et la première moitié du vingtième siècle (celle de Charles Maurras, Léon Daudet et Robert Brasillach), avant de resurgir dans sa deuxième moitié, sous ses formes gaulliste, gauchiste, « antisioniste », et islamique.

 

Je me dirais que rien n’a changé, sinon en pire, depuis les années 2000, où Jacques Chirac disait qu’il n’y avait pas d’antisémitisme en France et où on dissimulait l’antisémitisme ré-émergeant derrière l’idée saugrenue de « l’importation » du conflit du Proche-Orient en France.

 

Je constaterais que rien n’a changé, sinon en pire, là encore, depuis les assassinats perpétrés par l’abject Mohammed Merah à Toulouse.

 

Je me dirais que s’il n’y avait eu que des Juifs assassinés les 7, 8 et 9 janvier, il n’y aurait pas eu de manifestation, ou que les seuls manifestants auraient été juifs.


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Nous nous vîmes cinq millions en arrivant au port (info # 011601/15) Version imprimable
Chronique juridique
vendredi, 16 janvier 2015

 

Par Stéphane Juffa

 

Le monde n’est pas noir ou blanc, il est en couleurs et en nuances. Mercredi 7 janvier, un jour frappé à jamais du sceau de l’infamie, pour paraphraser Franklin Roosevelt au lendemain de l’attaque japonaise sur Pearl Harbor, la rédaction de la Ména regrettait qu’en novembre 2011, suite à l’incendie criminel qui ravagea les locaux de Charlie, la France n’avait pratiquement pas réagi ; si elle l’avait fait, on aurait peut-être évité la dernière tragédie.

 

Nous écrivions, à chaud : "Nous nous attendîmes franchement alors à assister à un sursaut de conscience, à voir, le lendemain, un million de personnes, journalistes et politiciens en tête, tous courants confondus, descendre les Champs-Elysées. Non pas pour fustiger l’islam et les musulmans, mais pour faire savoir aux terroristes parmi eux à quel point la France n’avait pas peur et pour montrer sa détermination à protéger ses valeurs, parmi lesquelles le droit à la libre parole, à la laïcité et à l’humour politique".

 

Dans le même article nous disions attendre, "avec curiosité et espoir, d’assister cette fois-ci, ce soir ou demain, au rassemblement de centaines de milliers de Français, reconnaissant l’agression armée dont ils sont désormais les victimes, manifestant afin d’exprimer à leurs ennemis qu’ils ont pris leurs repères et qu’ils ne se laisseront pas faire, suivant en cela les courageux journalistes de Charlie Hebdo".

 

Il n’est pas dans nos habitudes de nous citer nous-mêmes, mais ici, c’est pour exprimer que ce sursaut s’est enfin produit et précisément dans les formes que nous appelions de nos vœux et même au-delà, au niveau de l’ampleur des manifestations.

 

Celles-ci ont été suivies, mardi dernier, par un discours de Manuel Valls à l’Assemblée Nationale française, dans lequel il ne manquait rien. Ni le fait que la France se trouvait désormais en guerre avec l’islam radical et le djihadisme, ni celui qu’il est inadmissible que les Juifs de l’Hexagone soient condamnés à vivre au jour le jour la peur au ventre.

 

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Valls fut applaudi debout par l’entièreté de l’hémicycle qui entonna en chœur la Marseillaise. Ce fut un moment émouvant, même pour les Israéliens que nous sommes ; la France retrouvait son âme et son esprit, et la planète entière participait à ce réveil. Même si cela est loin d’être suffisant au niveau de la prise de conscience, et même si, à bien y réfléchir, cela ne signifie pas grand-chose au-delà de l’expression universelle de notre sympathie : nous "étions tous Charlie".

 

C’était bien, c’était ce qu’il fallait sur les plans symbolique et émotionnel, qui font partie intégrante de la politique et de la vie. Encore ne faut-il pas se laisser complètement envahir par ces sentiments, car trop de symbolique cache toujours des lacunes, des disputes et des actes manqués.

 

L’unité retrouvée est un phénomène éphémère et il est bien qu’il en soit ainsi, car l’unité politique durable participe surtout d’un mélange paralysant. Ayant exprimé ce qui précède, nous restons très éloignés des envolées lyriques sur la France ayant retrouvé sa grandeur et son rang, comme dans les éditos enflammés de Christophe Barbier dans l’Express, qui prend Zola, de Gaulle et le Capitaine Dreyfus à témoins.

 

Nous jugeons sage de laisser Pathos et Camisole au grenier, et de regarder les choses avec modération. C’est plutôt des ouf de soulagement qui nous viennent naturellement à la bouche ; pour dire que, si elle n’avait pas réagi comme elle l’a fait, si l’on n’avait pas retrouvé suffisamment de ce plus petit dénominateur commun pour faire descendre les gens dans la rue, la France en tant que nation aurait cessé d’exister. Et la France a eu chaud, car ce réflexe salutaire était tout sauf prévisible.

 

Encore qu’il soit nécessaire de décortiquer ce plus petit dénominateur commun, même si ce que l’on va trouver à l’intérieur n’est pas de nature à réconforter. Je discerne trois éléments prépondérants au fond du sac : premièrement, la crainte ; la peur de voir avec quelle facilité l’ennemi peut massacrer des journalistes au cœur de Paris, tirer sur la police et prendre la poudre d’escampette ; la peur de se découvrir un ennemi, aussi bien armé, résolu, difficile à repérer et, bien sûr, la peur que, dans ces conditions, cela puisse survenir encore et que je puisse compter cette fois parmi les victimes.

 

Deuxièmement, le besoin d’ "en être", de faire partie d’un grand tout, parce que cela procure du courage, même s’il ne protège pas des balles. Et pour les marginaux parmi les Charlie, les musulmans, les communistes, les propalestiniens, les confrères qui ont stigmatisé Charlie, ceux qui ont montré de la compassion pour l’islam radical, les antisémites, ceux qui ont prétendu que l’islamisme n’existait pas ou qu’il n’était pas dangereux, de montrer, par leur présence, qu’ils font bien partie, malgré tout, du consensus national afin qu’on ne se méprenne pas sur leur sort.

 

Et enfin, mais tous les leaders politiques du monde en auraient fait autant, les récupérateurs d’émotions intéressés ; ceux qui en font de trop afin de redorer leur blason et d’augmenter leur popularité, quitte à raconter n’importe quoi qui surfe bien sur la vague Charlie.

 

Quitte à, comme François Hollande, ne pas savoir où s’arrêter, lorsqu’il déclare que les musulmans sont les premières victimes de ce drame. Nous qui étions restés sur l’impression que les premières victimes de ces massacres étaient les dix-sept personnes qui y ont trouvé la mort ainsi que leurs familles, nous en sommes pour nos frais.

 

La symbolique n’a jamais réglé le moindre problème, et cela s’est remarqué très vite ; avec, par exemple, la présence d’un représentant de la monarchie saoudienne, défilant pour la liberté d’expression au moment précis où, à Djedda, on infligeait 50 coups de fouet à Raëf Badaoui, un blogueur qui avait osé lancer un débat sur l’islam et la laïcité. Badaoui a été condamné à vingt séances de flagellation, qui, s’il n’en décède pas avant, lui seront infligées chaque vendredi après la prière.

 

Avec la présence du 1er ministre turc Davutoglu ainsi que des émissaires de l’émir du Qatar dans le rassemblement de dimanche, on quitte le domaine du raisonnable, sachant que ces pays financent l’Etat Islamique, et que, partant, ce sont peut-être eux qui ont payé les armes que les assassins ont utilisées au siège de Charlie et à Vincennes.

 

Tout le monde était bienvenu dans la cité des lumières pour montrer sa solidarité avec la France en deuil. Du côté de l’Elysée, on n’allait pas se montrer tatillon, sauf dans le cas d’Israël. Hollande avait fait savoir à Jérusalem qu’il n’était pas intéressé par la présence du 1er ministre de l’Etat hébreu à la manif. On fera l’économie des détails sordides ayant présidé à la venue de Netanyahu à Paris, car cela a été abondamment abordé ailleurs.

 

Mais pas de la discussion au fond ! Le président français aurait voulu que l’assassinat des Juifs demeure une affaire franco-française. Il désirait également imposer une distinction artificielle entre les islamistes qui s’en prennent à la France, et à la rigueur à l’Europe, et ceux qui tuent les civils dans les abribus de la capitale israélienne.

 

Cela n’a pas fonctionné, et cela ne tient en rien à la présence de M. Netanyahu à Paris, ni à son appel permanent invitant les Israélites à immigrer. C’est dû à la décision unanime et totalement indépendante des familles des quatre morts de l’Hyper Cacher de les ensevelir au mont des Oliviers. En agissant ainsi, en faisant de leurs proches des citoyens israéliens à titre posthume et permanent, ils ont indiqué à ceux qui en doutaient encore, que le lien entre les Juifs et Israël est inaliénable, et que lorsque l’on s’en prend à un Juif, n’importe où sur la planète, on s’en prend également à Israël.

 

Deux Juifs sont également tombés lors de l’agression contre Charlie, Elsa Cayat, la psy qui signait toutes les deux semaines la chronique "Charlie Divan", et le dessinateur Wolinski, tous deux natifs de Tunisie.

 

Six tués israélites sur dix-sept, cela fait plus d’un tiers des victimes. Et Hollande voulait que le chef de l’exécutif israélien ne participe pas aux commémorations ? Les vraies questions que l’on peut se poser seraient plutôt, à notre avis : de quoi aurait eu l’air ce deuil si les représentants de la nation israélienne en avaient été exclus ? Si Bibi avait respecté le désir du président français de ne pas l’y voir ?

 

Manuel Valls l’avait pourtant répété : l’antisémitisme et l’antisionisme, c’est kif-kif. Dès lors, qui y a-t-il de plus naturel que la participation du 1er d’entre les sionistes à l’évènement commémorant une agression spécifiquement dirigée contre des Israélites ? Dans l’ordre naturel des choses, Netanyahu aurait dû marcher en compagnie d’Hollande en tête du cortège, et les autres chefs d’Etats auraient dû suivre à distance respectable. Lors, quand les Français ont relégué le chef du Conseil de Jérusalem au second rang, il a eu raison de se frayer un passage jusqu’à la première rangée. Il n’était pas un invité comme un autre. Il avait fait le voyage parce que six de ses frères avaient été assassinés ; qu’ils n’étaient pas turcs, qataris, ni même britanniques ou allemands.

 

Au sujet de la sécurité de la communauté juive, la symbolique Charlie n’a rien résolu non plus. Et ce n’est pas en accroissant la protection policière des lieux et institutions israélites que les mères n’auront pas, quotidiennement, un nœud à l’estomac en envoyant leurs enfants à l’école, et que les ménagères ne seront pas inquiètes en se rendant à l’épicerie juive. Combien de temps une communauté peut-elle vivre dans cette atmosphère, surtout si elle a une autre option à sa disposition ?

 

Nombre d’Israélites hésitants auront fait le choix d’Israël après Vincennes, et une agression supplémentaire aurait des effets désastreux sur les irréductibles Français-juifs, Bibi ou pas Bibi.

 

Et puisqu’il est tant question, ces jours, de la liberté de la presse, moi de citer une phrase du Canard enchaîné : "La liberté ne sert que si l’on s’en sert". Pour dire que Charlie Hebdo est un électron libre parmi les media français, et qu’il se situe totalement en marge, non représentatif du main stream de la presse hexagonale, ce qui lui a valu d’ailleurs bien des déboires avec la justice et le pouvoir, tant de critiques vitriolées de la part des confrères aujourd’hui tous "Charlie", que tout le monde a soudain oubliés.

 

Même depuis mercredi, combien de titres ont-ils publié les plus caustiques des dessins de l’hebdo satirique ? Ceux qui lui ont valu la rancune des musulmans pas forcément islamistes ? Les plus anticléricaux ? Les plus érotiques ? D’où notre propre crainte, ni plus ni moins celle de voir le massacre perpétré par les terroristes djihadistes contre Charlie, couronné de succès.

 

Car les media tricolores, contrairement à ce qu’ils entendent laisser croire, ne s’illustrent ni par leur courage ni par leur indépendance, ni par leur ardeur à nager à contre-courant. Quel sera le confrère francilien, ces prochains mois, qui aura les couilles pour critiquer les excès de l’islam ? Qui acceptera de risquer sa vie afin de perpétuer l’œuvre de Charlie ? Permettez qu’à Métula, l’on nourrisse des doutes.

 

Nous répétions que la presse bleu-blanc-rouge a sa part dans l’entretien de l’antisémitisme musulman. Nous redisons aussi que s’il veut garder quelques Juifs, Valls ferait bien d’ouvrir à ce propos un débat urgent avec les barons de ses media. Aucun titre main stream n’a encore donné la parole à la Ména au sujet de la Controverse de Nétzarim, 14 ans après les faits ; selon la chaîne publique France 2, les soldats de Tsahal continuent de tirer quotidiennement à tirs tendus sur les agriculteurs de Gaza, et Richard Prasquier, président du CRIF lorsque l’ "info" fut diffusée, avait été traité par les "journalistes" de second ambassadeur d’Israël pour avoir dénoncé la dangereuse explosivité de ce genre d’accusations controuvées ; l’AFP continue d’inventer impunément des militaires juifs roulant sur des ouvriers palestiniens à l’aide d’un tracteur et de sa remorque. C’était en 2012, dans le village d’Al Dirat, quant à la "victime", Mahmoud Abou Q’beita, merci de vous soucier de sa santé, il se porte comme un charme, El Soudi l’a rencontré.

 

Et beaucoup plus récemment, le 10 décembre dernier, comment ne pas réagir quand tous les correspondants français dans la région avaient imputé à Israël la mort du ministre palestinien Ziad Abou Ein, emporté par une crise cardiaque ?

 

Comment imaginer que ces caricatures monstrueuses et incessantes des Juifs ne suscitent pas la haine et l’extrémisme parmi les musulmans de France ? Cela tiendrait du miracle ! Dieudonné, Merah, les assassins d’Ilan Halimi, et maintenant ceux de l’Hyper Cacher, ne sont pas nés antisémites. Ne pas discerner la relation de cause à effet, au moins partielle, entre l’image propagée par les media français et cette envie frénétique de tuer du Juif procède de l’irresponsabilité aggravée.


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Coupure décisive ou “business as usual” ? (info # 011401/15) Version imprimable
Analyse
mercredi, 14 janvier 2015

 

Par Llewellyn Brown

 

Les mots peuvent tromper : c’est une bonne part de leur fonction. Tentons donc, puisque c’est aussi notre tâche d’informateurs, d’appeler les choses par leur nom. Le terme attentat atténue, normalise l’horreur de ce qui vient de se produire à Paris et qui devrait s’énoncer comme un massacre, une tuerie et comme prise d’otages sanglante.

 

De même, le 11 septembre 2001 n’était pas un « attentat contre les Tours jumelles » – comme si l’imaginaire des dégâts matériels en constituait le point marquant – mais un massacre de 2 500 civils innocents. Point à la ligne.

 

Je ne prétends pas avoir suivi la totalité de la couverture des événements dans les media ; je peux toutefois relever un certain nombre de traits significatifs dans leur narratif qui prêtent à une réflexion qui me paraît urgente.

 

 

Les Premiers temps

 

La rapidité avec laquelle l’effroi devant ces événements a été récupéré en manifestation obscène est proprement impressionnante. Dès le massacre perpétré à Charlie Hebdo, on a diffusé le slogan « Je suis Charlie », auxquels tous se sont ralliés. On peut certes y voir une déclaration de solidarité, mais il faut reconnaître aussi que ce cri représente une manière de se réconforter, là où chacun se sent précipité dans l’insécurité, saisi par l’imprévu (malheureusement… trop prévisible).

 

Aussitôt après, on pouvait éprouver un soulèvement de cœur en voyant, à la télévision, combien on cherchait, non à se poser des questions et à chercher les responsabilités du côté de l’idéologie motivant les tueurs, mais à sauver l’islam. Comme si souvent, le premier réflexe des porte-parole musulmans consistait à déclarer en chœur, avec les politiques et les journalistes : « Ce n’est pas le vrai islam » ; « Pas d’amalgame » ; « Les terroristes déforment la pensée de l’islam ». Il n’y avait dans ces messages aucune compassion pour les victimes innocentes. Paradoxalement, on a entendu des dizaines de fois proclamer que les “vraies” victimes étaient les musulmans, qui craignent d’être “stigmatisés”. Manuel Valls aussi s’est adonné à cet exercice.

 

 

La manifestation

 

Ensuite est venue la manifestation. A quoi avons-nous assisté ? A une expression d’"unité” nationale, nous répondra-t-on. Nous étions supposés être émus, nous réjouir de voir que nous nous trouvions, finalement, tous du même bord.

 

Mais c’est terriblement faux. On le sait : les instances représentatives des musulmans – le CFCM, l’UOIF, Dalil Boubakeur – avaient, à l’époque, tenté d’assigner le journal en justice pour blasphème. De leur côté, aucun des organes de presse n’avait osé publier les dessins provocateurs.

 

Au fond, toutes nos “élites” préfèrent l’alimentaire à la prise de risque : elles préfèrent flatter l’électorat musulman, comme l’a fait François Hollande dans son aspiration à la présidence de la France ; il en fut bien récompensé.

 

Affirmons que dans le principe, il y a lieu de se méfier des manifestations d’unanimité. Il faut plutôt se demander ce qui en constitue l’objet : ce que l’on cherche à exclure, à refouler, à ignorer. En l’espèce, c’était assez clair, au point de provoquer la nausée.

 

Une grande "photographie de famille" réunissait une cinquantaine de responsables politiques venus des quatre coins du monde. Parmi eux se trouvaient Mahmoud Abbas, l’émir du Qatar, Ahmet Davutoglu, le 1er ministre de Turquie : certains parmi les plus actifs soutiens du terrorisme islamiste.

 

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Tous ne sont pas dupes :

banderole déployée à l’occasion du match Bastia-PSG, samedi dernier

 

D’autres en furent écartés : Marine Le Pen, qui dirige un parti tout de même républicain, même si on ne l’aime pas. Surprise : on a voulu en exclure Binyamin Netanyahu (ici et ici). Puisqu’on ne pouvait décemment le faire, on s’est précipité pour inviter celui qui paie des indemnités aux tueurs de Juifs et qui fait leur éloge : le chef de l’Autorité Palestinienne.

 

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(Presque) tous unis contre le terrorisme

 

Qu’est-ce qui pouvait causer ce sentiment d’unanimité ? Tout comme le slogan diffusé dans le monde entier, la manifestation de solidarité était une expression de peur : quand on massacre des Juifs en Israël, on s’en désintéresse, voire on déclare que ces actions sont normales, que les Juifs l’ont bien cherché (cela, bien entendu, en employant des tournures “politiques” et “équilibrés”, pour “ne pas prendre parti”).

 

Dans la manifestation, nous nous approprions la perception d’être “tous ensemble”, nous avons chaud au cœur, nous nous persuadons que nous sommes solidaires, et que nous allons “résister”. Nous y clamons haut et fort notre attachement à la “liberté d’expression” (nous sommes peut-être Charlie mais nous nous gardons bien de republier les dessins de Charlie !)…

 

Après, chacun peut rentrer tranquillement chez lui, rassuré d’avoir fait ce qu’il fallait, et que, désormais, d’autres vont se charger de nous protéger. Ce, d’autant que l’on se hâte de croire que l’on a vu des chefs politiques musulmans dénoncer la “terreur”. On ne voudra pas voir qu’un terme aussi vague ne coûte strictement rien à prononcer. La “terreur” n’est qu’une tactique et, en proférant ce mot, on le dissocie de ce qui l’inspire : une visée d’asservissement et de conquête des pays occidentaux.

 

Un contraste est saisissant : on ne manifesta pas en 2012, quand les trois militaires furent assassinés à Montauban, ni quand la même ordure abattit les quatre Juifs à Toulouse. Si l’on a manifesté dimanche, c’est aussi parce que notre image française avait été malmenée. Voici qu’un journal de gauche, qui soutenait les idées professées majoritairement par la classe politico-médiatique, s’est trouvé victime d’une tuerie barbare.

 

Manifester représentait un moyen de sauver notre propre image d’une francité bien-pensante. Certes, le journal était en perte de vitesse, et ses caricatures de Mahomet étaient largement réprouvées par les partisans du multiculturalisme. Cependant, ces journalistes représentaient une génération issue des mouvements de Mai 1968, et il était commode de penser qu’au moins ceux-là demeuraient, quelque part, les fidèles gardiens des valeurs d’insolence auxquelles la majorité avait déjà renoncé. Nous avons donc assisté aussi à la manifestation d’une certaine nostalgie.

 

Bref, face au surgissement d’une violence qui nous menaçait tous, nous avons constaté la volonté très humaine de tout faire rentrer dans l’ordre et d’oublier. La preuve : Charlie n’est pas mort, il est ressuscité ! Vous pourrez le tenir entre vos mains dès aujourd’hui !

 

Bien sûr, on ne manquera pas de relever certains points positifs. Il est certain que les services secrets et de sécurité du territoire vont se réorganiser, s’investir davantage. C’est un minimum, au vu des lacunes relevées dans le suivi des criminels. Pourtant, tout ne repose pas sur ce plan de la logistique.

 

On objectera aussi que nos élites ont eu les paroles qu’il fallait, notamment pour la communauté juive, pour les victimes juives. Qu’ils aient pu croire ou non à leurs propres paroles ne compte pas : la sincérité n’est pas une valeur si on n’est pas porteur d’une parole dont on est prêt à assumer toutes les conséquences, tous les risques. Cela reste de la “communication”, de la propagande narcissique et électoraliste. En effet, quel homme politique en vue (au gouvernement, et dans bon nombre de mairies) prendrait désormais le risque de froisser la population musulmane ?

 

 

Quelle action ?

 

Ce que le "peuple" attend, ce sont des actes, réels, et ceux-ci ne peuvent qu’être d’ordre politique. Cela signifie qu’il ne s’agit pas de tenir encore et encore des discours – nauséabonds dans leur uniforme insignifiance –, mais des paroles affirmant comment nous allons pouvoir vivre dans ce pays.

 

La parole y est donc cruciale, précisément parce qu’elle divise, elle sème le désordre, forçant à effectuer des choix et des prises de positions. En politique, si prendre la parole a quelque sens, cela signifie nommer les actes, et ceux qui en sont les auteurs. C’est cela qui fonde le principe même de la responsabilité. Verser dans la périphrase, dans l’euphémisme, dans le refus de dire, c’est cautionner la barbarie, voire l’entretenir.

 

Dire, aussi, signifie admettre l’articulation des idées. Ainsi, on veut nous faire procéder à une dissociation injustifiable des faits. On prétend que quand le Coran et les autres textes musulmans appellent au Djihad, à l’extermination ou à l’asservissement (par des moyens violents ou non), quand, ensuite, un individu clame haut et fort sa volonté de mettre en œuvre cet enseignement, quand, enfin, il commet un acte conforme à tout ce qui précède, eh bien on prétend croire qu’il n’existe strictement aucun lien entre ces trois éléments ! Une telle perversion du langage constitue une injonction crapuleuse à la crétinerie, dans l’objectif de manipuler les populations, sous le couvert de bons sentiments.

 

A quoi s’agit-il de résister ? A la chose que l’on refuse obstinément de nommer, et dont on se prive, par conséquent, des moyens de combattre. Une volonté réellement politique – portant sur le destin de notre pays – consisterait à déclarer que les criminels étaient d’origine musulmane et qu’ils agissaient conformément aux principes de cette religion ; ensuite, à sommer la communauté musulmane de prendre ses responsabilités.

 

Cela implique de demander à ladite communauté de dire quelles mesures elle va prendre pour combattre ce fléau. Si la barbarie ne concerne qu’une infime minorité de musulmans – comme on l’affirme si souvent –, il devrait être facile pour les musulmans de l’éliminer !

 

En réalité – et on le sait très bien –, une telle position créera la division. Certains musulmans sont farouchement opposés au Djihad, comme Hassen Chalghoumi, imam de la mosquée de Drancy, qui déclare : « Si vous êtes pour la Charia et contre nos valeurs, partez ! ». Quand un Français de souche fait une telle déclaration, il est aussitôt accusé de “racisme”, d’“islamophobie”.

 

Certaines personnes d’origine musulmane sont même ouvertement hostiles à l’islam. S’adresser ainsi à la communauté musulmane constituerait, précisément, un rejet de l’amalgame bien-pensant. C’est ainsi qu’on apporterait aux authentiques résistants un indispensable soutien moral.

 

Bien entendu, d’autres – très certainement nombreux – manifesteraient un repli narcissique, et protesteraient qu’on les “stigmatise”. Tant pis. Nos gouvernants auraient alors à combattre leurs déchaînements de haine et de violence. Cela coûterait, tant sur le plan électoraliste que sur les plans matériel et humain. On se dirigerait néanmoins ainsi vers une perspective salutaire.


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Si je ne suis pas Charlie, qui suis-je ? (info # 011301/15) Version imprimable
Analyse
mardi, 13 janvier 2015

 

Par Raphaël Delpard

 

Après le choc, nous assistons à la logorrhée habituelle déversée à jet continu par les media et les politiques. D'un événement à l'autre, rien ne change. Cependant, cette fois, elle atteint des degrés d'hypocrisie jamais encore égalés.

 

Devant la mort de 17 personnes a-t-on le droit de critiquer sans paraître cynique et insensible ? Oui, d’ailleurs, les caricaturistes de Charlie n’auraient pas aimé que l’on se taise face à ce carnaval dédié à la récupération de leur mémoire.

 

Si, à l'unisson de la majorité des Français, les exécutions froidement préméditées de ces journalistes et d’autres Français dans une supérette juive m'ont frappé en plein cœur, ma raison pour autant est restée éveillée.

 

Car il m'est difficile de participer à la compassion globalisante dans laquelle le pouvoir politique et les media serviles souhaitent nous voir tremper. Je ne peux quant à moi oublier que des Juifs français, une fois de plus, ont été les victimes désignées de la folie mortifère des djihadistes en marche.

 

Le drame remet en lumière la cécité convenue des politiques, quelle que soit leur place sur l'échiquier, dans leur refus de nommer le mal par le mot auquel il est attaché. Constatons que, pas une seule fois, le chef de l'Etat, lors de ses diverses interventions, n'a eu le courage de prononcer les mots bannis : islam et musulman.

 

Les terroristes qui sèment la mort et le malheur le font au nom d'une rhétorique extraterrestre. Le fait qu’ils accompagnent leurs actions meurtrières du cri spécifique de "Allahou Akbar" n'a rien à voir avec une religion. Bientôt, on nous fera croire que ce qui est hurlé n'est rien d'autre qu'une formule de politesse ou une façon originale de souhaiter les vœux pour la nouvelle année.

 

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Les vrais assassins, ce sont eux :

Chérif Kouachi à gauche et son frère Saïd

 

Le déni de réalité acrobatiquement entretenu par une cohorte de journalises, des associations antiracistes et les politiques, ne parvient pas, devant la gravité des faits et l’évidence raciste de leurs mobiles, à empêcher les Français de prendre cette fois-ci conscience de l'origine du mal.

 

Il suffit pour s'en rendre compte de consulter les blogs : ce qui s'y écrit est aussi édifiant que dangereux. Le réveil peut en effet engendrer, de la part de la majorité silencieuse des sous-chiens, lourdement chahutée sur ses appuis, des réactions d'une violence inouïe à l’encontre de la communauté à laquelle appartiennent les tueurs extraterrestres. J'ai l'âge d'avoir connu, dans les années 1950, ce qui s'appelait alors les "ratonnades", pour ne pas espérer les voir revenir. L'embrasement qui en résulterait alors ouvrirait la porte à la guerre civile.

 

Tout en pourfendant vigoureusement les mutants galactiques responsables de ces catastrophes humaines, François Hollande évoque, avec force trémolos dans la voix, l'union nationale. Nous nous féliciterions volontiers de cette initiative et irions jusqu’à la qualifier de républicaine, si lui-même, dans l'exercice de ses fonctions, avait précédemment appliqué son principe.

 

Mais nous de rappeler de quelle manière et avec quelle désinvolture il avait refusé aux Français le référendum qui lui était réclamé à propos du mariage homosexuel. Son refus n'avait-il pas divisé la nation ?

 

Avant de parler de république et de démocratie, il faut avoir vu de quelle manière les manifestants qui voulaient simplement se faire entendre ont été molestés et jetés en prison.

 

Pouvait-on, d’autre part, parler d'union nationale tout en refusant à un leader politique représenté à l’Assemblée Nationale de participer à la marche de dimanche ? Mélenchon oui, l’émir du Qatar et Erdogan, qui soutiennent l’Etat Islamique dont se revendiquait Coulibaly, oui, Le Pen non ?

 

Le comportement de Hollande n'est pas digne d'un chef d'Etat mais plutôt d'un chef de bande adepte de la mesquinerie politicienne. Quoi que l'on puisse penser de Nicolas Sarkozy, il avait invité tous les chefs des formations politiques à l'occasion de la cérémonie qui rendait hommage aux trois soldats tués par un autre membre fanatique de la religion extraterrestre que la censure de la bienpensance interdit de nommer.

 

Habileté disent déjà certains : en écartant Marine Le Pen de la manifestation, Hollande envoie le message suivant à la fois aux Français et aux musulmans : "Les responsables du climat de haine en France c'est le Front national. Nous, nous sommes avec vous. N'oubliez pas de voter pour moi en 2017".

 

J'ai attendu toute la soirée de vendredi dernier qu'apparaisse sur les réseaux sociaux le slogan d’identification avec les victimes juives de la superette : "Je suis hypercacher". Mais rien n'est venu.

 

Samedi matin, en entamant la rédaction de cet article, j'ai eu constamment l'œil rivé sur le Net. Rien. Que faut-il en conclure ? Qu'il serait malséant de rendre hommage à des gens qui appartiennent à ce peuple maudit qui tue les Palestiniens ? Cela signifie-t-il dire que les morts de la superette ne sont pas dignes d'un hommage national ? Il y a donc, en France, des morts honorables et d'autres qui ne le sont pas ?

 

Il est sûr et certain que François Hollande n’est pour rien dans les crimes monstrueux qui viennent d'ensanglanter notre pays, qu’il est sincèrement affligé et cela doit être précisé. Nous, d’observer qu’ensuite, le gouvernement et le président de la République les ont exploités jusqu’à la corde pour faire passer au second plan les mauvais résultats du chômage et la perte par la France du rang de 5ème puissance économique mondiale. Des drames qui surviennent aussi à point nommé pour tamiser les critiques du Général Vincent Desportes, ancien directeur de l'Ecole militaire et professeur à Science Po, lequel vient de tancer l'exécutif pour son attitude désastreuse à propos des budgets alloués à l'armée.

 

Les opérations commando contre Charlie et l’épicerie casher viennent pourtant réveiller les socialistes qui rêvaient éveillés d'un pays et d’un monde sans armée. Il y a peu, Martine Aubry, l’indéboulonnable maire de Lille, qui a "gelé" son jumelage avec la ville de Safed dans le doigt de la Galilée, n'avait-elle pas déclaré qu'il fallait la supprimer au prétexte qu'elle ne servait à rien ? Les familles des dix parachutistes tombés dernièrement en Centrafrique ont, à n’en point douter, apprécié la saillie de la bougresse.

 

François Hollande entend assurément fixer sur sa personne l’image forte du rassembleur. Nous verrons probablement les images de la manifestation montées en boucle pendant la campagne présidentielle de 2017. Il espère pour l'instant - et les conseillers de l'Elysée avec lui - que sa cote de popularité va enfin remonter. En politique, rien ne se perd, tout est utile.

 

Depuis six jours, la liberté d'expression est sans cesse évoquée. Surprenant contraste quand on songe que les dirigeants d'associations antiracistes avaient adressé une lettre collective au président du CSA, dans laquelle ils lui demandaient d'exclure Eric Zemmour du paysage audiovisuel. Rien de moins ! Les mêmes s'apprêtaient à réitérer leur noble geste avec l'annonce de la parution du livre de Houellebecq. Les drames survenus à Charlie Hebdo et dans la superette juive les ont ceinturés dans leur élan.


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Froid devant (info # 011201/15) Version imprimable
Reportage photo
lundi, 12 janvier 2015

 

© Metula News Agency

 

Petit break dans l’actualité surchargée de ces derniers jours – mais nous y reviendrons très vite, nous avons encore de nombreux éclairages à proposer – grâce au blizzard qui s’en prend, depuis samedi, à la Haute Galilée.

 

Quinze centimètres de poudreuse à Métula, c’était assez pour nous jeter au bas du lit dès potron-minet, avec nos appareils photos ainsi que notre drone-photographe Tsipi, histoire de vous montrer aussi notre village à partir du ciel.

 

A cette occasion, Tsipi a même essuyé son premier coup de feu de la part des grincheux d’en face, jugeant sans doute qu’elle volait trop près de leurs plates-bandes. Mais les Hezbolos l’ont complètement loupée, leur balle sifflant à des dizaines de mètres de notre oiseau mort de rire.

 

Pour distinguer la frontière sur le film "Métula sous la neige", rien de plus facile, Métula c’est là où il y a les vergers ; difficile, il est vrai, de faire dans l’agriculture lorsque l’on est absorbé à creuser des tunnels, fabriquer des bombes et couper les têtes de ses ennemis et de ses compatriotes.

 

Quant aux photos, la première montre la vallée du Merjyin, au Liban, face à notre rédaction, avec les hautes montagnes du pays des cèdres dans le fond et le village des irréductibles Métuliens sur la droite. Au bout de la vallée, les demeures sont celles du versant sud de la ville chrétienne de Marjayoun, la plus importante du Liban-sud.

 

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Métula et la vallée du Merjyin

 

Sur la seconde prise de vue, la rue qui mène à la Ména, avec notre Land Robert, recouvertes de neige, comme nous les avons trouvées hier matin.

 

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Ména street

 

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Le paysage de sucre-glace qui flirte avec les maisons de notre quartier

 

La photo suivante est celle de la carrière située dans le Hezbollahland, à quelques dizaines de mètres de la frontière israélienne. Toute la région libanaise limitrophe est sévèrement quadrillée par la milice chiite aux ordres de Téhéran, qui passe son temps à tourmenter les habitants des autres communautés nationales, chrétiens, sunnites et Druzes.

 

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Là où les miliciens de Nasrallah font carrière

 

La dernière image de ce reportage, enfin, est celle de l’imposant mont Hermon, qui chatouille les 3 000 mètres d’altitude, pour 2 800 mètres de dénivelé à partir de Kiryat Shmona.

 

A droite sur la photo, la station de ski, qui propose 50 kilomètres de pistes damées. Elle a ouvert ce lundi matin afin de permettre l’accès à des milliers de skieurs trépignant d’impatience. On attend 30 000 visiteurs ce week-end. Il y a 2 mètres de neige à la station inférieure du télésiège, et une quantité inconnue au sommet, personne n’étant encore parvenu à sonder la couche jusqu’au fond.


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La France otage de l’islam (info # 011101/15) Version imprimable
Analyse
dimanche, 11 janvier 2015

 

Par Guy Millière

 

Je suis, bien sûr, révolté, en colère et immensément triste en songeant à ce qui s’est passé en France les 7, 8 et 9 janvier. Voir des gens de talent assassinés parce qu’ils ont caricaturé le prophète de l’islam, ou simplement parce qu’ils travaillent avec des gens qui l’ont caricaturé ne peut que susciter la répulsion.

 

Voir des policiers tués froidement, simplement parce qu’ils sont policiers, ne peut que susciter une égale répulsion. Voir à nouveau des Juifs tués parce qu’ils sont juifs suscite une répulsion au moins égale, peut-être plus intense encore, parce que reviennent en mémoire immédiatement d’autres Juifs tués parce qu’ils étaient juifs. Et les tueries diverses visant des Juifs n’ont, hélas, pas manqué ces dernières années, de Toulouse à Bruxelles, en passant par la banlieue Sud de Paris.

 

Je suis, naturellement, révolté, en colère, et immensément triste. Mais je ne peux participer à l’élan d’unanimité que certains ont tenté de confectionner.

 

Je ne peux participer à cet élan parce qu’il repose sur plusieurs mensonges.

 

Le premier d’entre eux est le slogan de gens affirmant « nous sommes Charlie », après avoir critiqué Charlie Hebdo autrefois pour avoir publié les caricatures qui ont été à l’origine des assassinats commis le 7 janvier. Soutenir des gens après qu’ils aient été assassinés tout en ayant eu une attitude très différente lorsqu’ils étaient vivants ne leur redonnera pas la vie. Et cela procède d’une attitude opportuniste : je ne donnerai pas les noms des opportunistes, ils se reconnaîtront eux-mêmes.  

 

Le deuxième mensonge est le propos général disant que les gens assassinés le 7 janvier l’ont été parce qu’ils exerçaient la liberté d’écrire et de dessiner : non, ceux qui ont été assassinés le 7 janvier l’ont été parce qu’ils se sont rendus coupables de blasphème selon les règles de la religion musulmane, et parce que des gens qui prennent le Coran, les hadiths et le fiqh au pied de la lettre ont considéré qu’ils devaient administrer aux auteurs de ce blasphème le châtiment approprié.

 

Le troisième mensonge découle du deuxième : il est répété de tous côtés que les tueurs sont des « extrémistes » venus d’on ne sait où, des « radicaux » se réclamant d’on ne sait quoi, qui n’ont rien à voir avec la religion musulmane ; or l’islam radical est une version extrême de la religion musulmane, mais il n’est pas étranger à la religion musulmane, et c’est un problème qu’il faudra un jour avoir le courage de regarder en face, en France et ailleurs.

 

Ne pas regarder le problème en face et pratiquer l’aveuglement volontaire ne l’empêche pas de grandir et de faire des émules par milliers ; cela ne contribue pas à la réflexion qui devrait être réalisée sur l’islam, et renforce au contraire le rejet de l’islam chez un nombre croissant d’Occidentaux qui sont lassés de voir qu’on leur ment.

 

Le quatrième mensonge est, plutôt, un mensonge par omission, et un mensonge par omission est aussi un mensonge à tous les égards. Les journaux et les media audiovisuels ont fort peu insisté sur le fait que les victimes du 9 janvier ont été tuées par haine des Juifs.

 

En conséquence, ces victimes ont été rapidement escamotées, comme si elles étaient des victimes d’une importance moindre. Qu’une trentaine de mois après les répugnants assassinats racistes commis à l’école Otzar Hatorah à Toulouse, on tue à nouveau des Juifs parce qu’ils sont juifs, et qu’on les tue sur le sol français, dans un lieu juif, devrait, pour le moins, conduire à s’indigner et à s’interroger bien plus en profondeur.

 

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Marre !

 

Que cela se passe six mois après des tentatives d’attaques contre des synagogues en France devrait conduire à se dire qu’il y a vraiment quelque chose de pourri dans la société française. J’ai vu, pour l’heure, beaucoup d’inscriptions « Je suis Charlie », mais je n’en ai pas vu beaucoup disant « je suis juif ».

 

Je pense que je verrai peu d’inscriptions de ce genre : des inscriptions qui impliqueraient de risquer d’avoir à dire ce qui ne se dit pas, et qu’il ne faut, selon toute apparence, pas dire : que l’essentiel des actes antisémites commis en France et dans le monde désormais sont des actes découlant d’un seul et unique antisémitisme, l’antisémitisme islamique.

 

Tout comme le fait de ne pas regarder l’islam radical en face a et aura des conséquences graves et lourdes, ne pas regarder l’antisémitisme islamique en face a et aura des conséquences de la même nature.

 

Je ne peux participer à l’élan d’unanimité que certains ont tenté de confectionner parce que c’est, précisément, une unanimité de situation, factice, que porte cet élan.

 

Ce n’est pas rendre service aux musulmans qui veulent s’intégrer que de mentir à propos de l’islam, et de tenter de faire passer des islamistes djihadistes pour des marginaux. Qui est vraiment dupe ? Ce n’est pas ainsi que l’on peut combattre l’islamisme djihadiste. Ce n’est pas lutter contre l’antisémitisme que de mentir sur l’antisémitisme tel qu’il s’exerce.

 

La réalité est que journalistes, intellectuels, politiciens en France ont peur, et pensent que ne pas nommer les choses permet de faire comme si elles n’existaient pas.

 

La réalité est que s’ils ont indéniablement peur (je ne leur ferai pas l’injure d’imaginer qu’ils sont stupides au point de penser ce qu’ils disent), ils se trompent en ne nommant pas les choses et en pensant qu’ils peuvent dès lors faire comme si elles n’existaient pas.


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Attaques terroristes en France : premiers bilans (info # 070901/15) Version imprimable
Breaking News !
vendredi, 09 janvier 2015

 

© Metula News Agency

 

Metula 19h45, 18h45 à Paris

 

Au cours de l’assaut lancé à Dammartin-en-Goële par le GIGN, les deux frères Kouachi sont sortis du bâtiment, dans une tentative désespérée, faisant feu en direction des policiers.

 

Ils ont été très rapidement neutralisés par les tirs des dizaines de commandos embusqués alentour.

 

Il semble qu’un seul membre des forces de l’ordre ait été blessé lors de cet affrontement.

 

Nous apprenons également que la personne que l’on croyait avoir été prise en otage dans l’entreprise Création Tendance Découverte s’était en fait cachée dans un atelier, et que les deux frères retranchés ignoraient sa présence.

 

Durant tout le siège, la personne qui était parvenue à se dissimuler dans une boîte en carton, n’a pas cessé d’informer les policiers à l’extérieur. A Dammartin-en-Goële, nous n’avons donc pas assisté à une prise d’otages mais au retranchement des deux assassins des confrères de Charlie Hebdo.

 

A Paris, il paraîtrait qu’il y avait deux terroristes, Amedy Coulibaly ainsi qu’un autre individu.

 

Coulibaly a été mortellement atteint mais on ignore l’état de son acolyte. En revanche on sait que Hayat Boumediene, sa compagne, ne se trouvait pas à l’intérieur de l’"Hyper Cacher".

 

Nous sommes dans l’attente des bilans officiels mais pouvons cependant affirmer, de source policière, que le diagnostic vital des policiers blessés n’est pas engagé.

 

L’on sait que cinq personnes (dont trois otages et le terroriste) ont été tuées à l’"Hyper Cacher" lors de la prise d’otages. Deux, lors de l’assaut donné par les forces de l’ordre, et deux, préalablement, durant l’attaque de la supérette par le ou les terroristes.

 

D’autre part on apprend de source hospitalière que quatre personnes ont été admises dans les établissements parisiens dans un état critique à l’issue de l’assaut de l’épicerie.

 

La raison pour laquelle les forces spéciales ont tenu à passer simultanément à l’offensive tient à cela que Coulibaly menaçait de tuer des otages à des heures précises au cas où les frères Kouachi ne seraient pas libérés. Il semble que la première échéance pour l’assassinat d’un otage approchait, rendant l’assaut simultané inévitable et urgent.

 

 

 
Assaut donné simultanément à Dammartin et à la Porte de Vincennes (info # 060901/15) Version imprimable
Breaking News !
vendredi, 09 janvier 2015

 

© Metula News Agency

 

Metula 18h15, 17h15 à Paris

 

L’assaut a été donné à 17 heures (heure française) à Dammartin-en-Goële.

 

De nombreuses détonations ont été entendues durant environ une minute.

 

Des hommes du GIGN ont investi le bâtiment de l’entreprise Création Tendance Découverte, et l’on a aperçu de la fumée sortir par les voies d’aération de l’entrepôt.

 

Un hélicoptère de la sécurité civile est en train d’atterrir dans le périmètre de confrontation afin d’évacuer les blessés.

 

Selon des sources policières, "tout serait terminé". Les deux frères Kouachi auraient trouvé la mort lors de l’offensive, alors que l’otage serait sain et sauf.

 

Au même moment, précisément trois minutes plus tard, le RAID a attaqué l’Hyper Cacher à la Porte de Vincennes.

 

Une cinquantaine de coups de feu de ont été entendus, de même que quatre grosses explosions.

 

Les hommes du RAID ont crié plusieurs fois : "Au sol !". Puis : "Ils l’ont eu, ils l’ont eu !".

 

Les témoins ont vu une dizaine de personnes, probablement des otages, s’enfuir en courant de la superette. Trois membres du RAID auraient été blessés durant l’attaque et le terroriste aurait également été tué.

 

 

 
Epicerie cacher à Paris : précisions (info # 050901/15) Version imprimable
Breaking News !
vendredi, 09 janvier 2015

 

© Metula News Agency

 

Metula 17h30, 16h30 à Paris

 

D’après nos dernières informations, les preneurs d’otages de la supérette "Hyper Cacher" à la Porte de Vincennes sont Amedy Coulibaly, âgé de 32 ans et sa compagne, Hayat Boumediene, âgée de 26 ans.

 

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Les preneurs d’otages présumés

 

Smaïn Ait Ali Belkacem, alias Omar Allaoui, ne participe pas à la prise d’otage de la Porte de Vincennes.

 

Coulibaly est fortement soupçonné d’avoir abattu hier Clarissa Jean-Philippe, une policière municipale de 25 ans, et blessé un agent de la voirie. Lors des discussions avec la police il aurait demandé la libération des frères Kouachi.

 

Son avocate, Marie Alix Canu Bernard, est arrivée aux alentours de 16 heures sur les lieux de la prise d’otage afin d’aider son client Coulibaly dans les négociations et de le conseiller.

 

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Maître Canu Bernard, une avocate courageuse

 

 

 
Deux morts à l’épicerie cacher à Paris (info # 040901/15) Version imprimable
Breaking News !
vendredi, 09 janvier 2015

 

© Metula News Agency

 

Metula 15h30, 14h40 à Paris

 

Nous venons d’apprendre d’une source proche de la police qu’il y a au moins deux morts dans l’attaque de l’Hyper Cacher et probablement des blessés graves.

 

 

 
Développements de l’attaque contre l’épicerie cacher à Paris (info # 030901/15) Version imprimable
Breaking News !
vendredi, 09 janvier 2015

 

© Metula News Agency

 

Metula 15h00, 14h00 à Paris

 

Le terroriste est muni de deux kalachnikovs ; après avoir ouvert le feu, il s’est emparé de cinq personnes au moins dont des femmes et des enfants.

 

Le magasin, une supérette, était plein de monde à la veille du shabbat.

 

Le périphérique et le métro passants à proximité ont été fermés.

 

L’agresseur a pris contact avec les policiers ; il est possible qu’il soit en liaison avec les retranchés de Dammartin-en-Goële. C’est un individu extrêmement dangereux du nom de Smaïn Ait Ali Belkacem, c’est celui qui a tué dans le dos et de sang-froid la policière municipale à Montrouge.

 

C’est un Algérien également connu sous le pseudo d’Omar Allaoui, membre du Groupe Islamique Armé.

 

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L’arrivée des policiers face au magasin

 

 

 
Dernière minute : attaque contre une épicerie cacher à Paris (info # 020901/15) Version imprimable
Breaking News !
vendredi, 09 janvier 2015

 

© Metula News Agency

 

Metula midi 14h30, 13h30 à Paris

 

Attaque contre une épicerie cacher, "Hyper Cacher", 23 avenue de Porte de Vincennes dans le XXème, il y a une vingtaine de minutes.

 

Il y a des blessés. Un homme armé, muni d’un gilet pare-balles, se serait retranché dans le magasin et aurait pris plusieurs personnes en otages.

 

Il s’agirait de l’assassin de Montrouge hier matin (non confirmé). Le terroriste a déclaré aux policiers : "Vous savez qui je suis !".

 

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Le magasin

 

 

 
Les assassins de Charlie Hebdo encerclés dans une imprimerie (info # 010901/15) Version imprimable
Breaking News !
vendredi, 09 janvier 2015

 

© Metula News Agency

 

Metula 13h20, 12h20 à Paris

 

Les frères Chérif et Saïd Kouaci se sont retranchés dans l'imprimerie "Création Tendance Découverte", 27, rue Clément Ader, Z.I des Prés-Boucher à Dammartin-en-Goële, et ils détiennent au moins un otage (confirmé).

 

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L’entrée du bâtiment

 

Des discussions ont actuellement lieu avec les terroristes à l'intérieur de ce bâtiment.

 

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Localisation dans la Z.I des Prés-Boucher

 

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Situation précise

 

 

 
C’est une attaque de commando (info # 010701/15) Version imprimable
Analyse
mercredi, 07 janvier 2015

 

© Metula News Agency

 

Rien ne nous serait plus facile, quelques heures après l’agression sanguinaire dont a été victime Charlie Hebdo, que de lancer notre analyse sur le thème : "On vous avait tout dit, on vous avait prévenus".

 

Mais nous n’avons pas envie de donner des leçons alors que nous venons d’apprendre que nos camarades Cabu, Charb, Tignous et Wolinski comptent déjà parmi les 12 victimes de cet attentat.

 

Un acte qui avant tout nous déchire le cœur, nous qui considérons Charlie comme l’un des derniers bastions de la presse libre de l’Hexagone. Un hebdomadaire qui n’a jamais craint de se frotter aux petites compromissions des gouvernements français face au terrorisme islamiste, et qui ne manquait jamais de se moquer, avec une grande liberté satirique, de toutes les bigoteries, avec l’accent sur "toutes".

 

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No comment

 

Depuis notre rocher, battu ce matin par le vent et par la neige, où le ciel est si bas, qu’on croirait qu’il fait nuit, nous nous étions déjà émus, le 1er novembre 2011, lorsque des terroristes islamistes avaient lancé une grenade dans les locaux de notre vaillant confrère, déclenchant un incendie qui avait consumé la plus grande partie du bâtiment.

 

Nous nous attendîmes franchement alors à assister à un sursaut de conscience, à voir, le lendemain, un million de personnes, journalistes et politiciens en tête, tous courants confondus, descendre les Champs-Elysées. Non pas pour fustiger l’islam et les musulmans, mais pour faire savoir aux terroristes parmi eux à quel point la France n’avait pas peur et pour montrer sa détermination à protéger ses valeurs, parmi lesquelles le droit à la libre parole, à la laïcité et à l’humour politique.

 

Au lieu de cela, la France s’était partagée, entre quelques voix, en ordre dispersé, qui disaient ce qu’il était nécessaire de dire, et des centaines de milliers de messages sur les réseaux sociaux, qui disaient : "Bien fait pour eux !".

 

Le terrorisme en général, l’islamiste en particulier, procèdent en instillant la peur et le respect excessif parmi leurs détracteurs ; et depuis cette attaque à la grenade, les confrères bien-pensants, si prompts à crucifier Israël, qui n’a jamais menacé personne, allant jusqu’à fabriquer des martyrs artificiels à la cause palestinienne, tournaient 7 fois leur plume dans leur encrier avant d’émettre la moindre critique contre la militarisation de l’activisme islamiste dans ce vieux pays de France.

 

L’attaque de ce matin vient comme un ultime avertissement à l’intention de ceux qui refusent encore de comprendre, en leur cherchant des excuses incongrues, que les assassins des passants de Jérusalem et des journalistes ce matin agissent strictement pour la même cause : celle du Hamas à Gaza, du Califat Islamique en Syrie et en Irak, qui n’ont pas besoin du prétexte du différend israélo-palestinien pour assassiner  les dhimmis au nom du Djihad.

 

Pour ceux qui en douteraient encore, on apprend à l’instant que des tirs de joie nourris retentissent dans Ayn al Hilweh, le plus grand camp de réfugiés palestiniens au Liban, pour célébrer la tuerie de Paris.

 

Il faut quand même dire, avant d’entreprendre l’analyse particulière des faits, que ceux qui menacent aujourd’hui la France ce n’est pas Houellebecq, ni Zemmour, ni les Juifs, ni l’islamophobie.

 

Faute de saisir la distinction entre l’expression d’une opinion, à laquelle on peut répondre, et la kalachnikov, contre laquelle on doit se défendre, le sang d’innocents continuera de couler à flots.

 

La réaction des pouvoirs publics français est à nouveau inutile et dérisoire. On a appris que le gouvernement avait activé le plan Vigipirate "alerte attentat" à la suite de l’agression ; mais il fait doublement fausse route : premièrement, c’est après le premier incendie de Charlie Hebdo, les sept morts de Toulouse, etc., qu’il aurait fallu se déployer, si l’on entendait réellement atténuer la menace qui s’exprime aujourd’hui.

 

Ensuite, et bien plus fondamentalement, nous répétons à haute et intelligible voix ce que nous avons déjà dit au gouvernant français : ce n’est pas en plaçant un flic derrière chaque Juif, chaque journaliste, chaque intellectuel et chaque politicien que vous gagnerez cette guerre. Mais c’est en montrant la voie à vos media, en tenant un langage authentiquement clair, et en dénonçant par leurs noms ceux qui veulent mettre la République à genoux, que vous parviendriez à établir les murs de sécurité qui s’imposent face au fléau que l’on nomme djihadisme. Et ce ne serait là que le début de votre contre-attaque salutaire.

 

Ce n’est certes pas en promettant un Etat sur la ligne d’armistice de 1967 ainsi que la demi de Jérusalem à un gouvernement palestinien formé pour moitié par le Hamas que vous prenez la bonne direction.

 

Car ce matin, outre les propos d’égarés tenus par la plupart de nos confrères franciliens, aussi surpris qu’empruntés face à la brutalité des évènements, à la notable exception de ceux de BFM TV qui n’ont pas tardé à relever les indices marquants de l’attentat, personne n’a rassemblé les signes pourtant nombreux de ce qui s’est passé.

 

L’agression contre Charlie Hebdo procède d’une action terroriste, en cela qu’elle a été perpétrée par des hommes armés qui se sont systématiquement attaqués à des civils. Mais surtout, ce qu’il convient déjà de noter est que l’on est en présence d’une opération menée par un commando, puissamment armé, extrêmement organisé et renseigné, qui savait précisément qui il venait tuer au 10 rue Nicolas-Appert dans le 11ème, à l’heure du conseil de rédaction, et qui avait prévu de quitter les lieux et de se fondre dans Paris sans se laisser inquiéter.

 

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Treillis de commandos, cagoules, gilets pare-balles, armes de guerre…

 

Ce commando n’a pas hésité à ouvrir le feu sur les policiers et à en tuer certains ; les témoignages visuels et sonores démontrent qu’ils n’ont pas tiré en rafales et dans tous les sens tels des hystériques mais au coup par coup, sachant fort bien se servir des armes qu’ils transportaient.

 

Il suffit d’observer les impacts de balles dans le pare-brise de la voiture de police apparaissant sur diverses vidéos, pour constater la précision des tirs des agresseurs, dont toutes les balles se situent dans la région du conducteur et du passager avant.

 

En outre, ils ont patiemment identifié les auteurs des caricatures anti-islamistes avant de les abattre de sang-froid.

 

Puis, en dépit des centaines de caméras de surveillance qui épient les rues de Paris, ils sont parvenus à se rendre, après avoir changé de véhicule 45 rue de Meaux, dans le 19ème, où les points d’appui islamistes ne manquent pas.

 

Il est fort possible qu’avec les moyens policiers engagés, et grâce à des informateurs, l’on parvienne finalement à remonter jusqu’à eux, mais force est de conclure que la première phase de l’opération a été professionnellement exécutée : renseignement, approche, identification et élimination des personnes ciblées, évacuation ordonnée, échange victorieux avec la police, et fuite préparée à l’avance.

 

Il existe donc beaucoup d’indices permettant de dresser des conclusions intermédiaires, qui se vérifieront au fil de l’enquête. On peut dès à présent en déduire que les djihadistes qui ont perpétré les assassinats de ce matin sont des individus qui ont subi un entrainement poussé. Une préparation de celles que ne peuvent prodiguer que les services spécialisés d’Etats ou de grandes entités terroristes, à l’instar du Hamas, du Hezbollah ou d’ISIS.

 

Elément préoccupant, d’après le témoignage de Corinne Rey, la dessinatrice Coco, qui leur a ouvert la porte de l’immeuble, les commandos parlaient parfaitement le français ; cette indication supplémentaire poussera les enquêteurs à envisager que les assassins sont peut-être des Français musulmans ayant servi en Irak ou en Syrie dans les rangs de l’Etat Islamique, venus poursuivre le Djihad après leur retour au bercail.

 

Il ne s’agit là et pour l’instant que d’une hypothèse, mais elle est sérieuse ; si elle venait à se vérifier, elle confirmerait toutes les inquiétudes déjà exprimées quant à la dangerosité des centaines d’islamistes européens, de retour du Moyen Orient, où ils ont appris le maniement des armes, l’idéologie islamiste ainsi que la manière d’exécuter les infidèles.

 

Quelques heures après cet assassinat collectif mené aux cris d’Allahou akbar, c’est ce que nous pouvons affirmer sans le moindre risque de nous tromper, dans l’attente d’informations supplémentaires.

 

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Nous pouvons également confirmer, constatant l’existence de groupes opérationnels et adéquatement armés à l’intérieur du territoire européen, que ceux-ci ne manqueront pas de frapper à nouveau, et qu’il faut s’attendre à d’autres attaques visant des contempteurs de l’expansion islamiste.

 

De notre position privilégiée où nous avons l’entière liberté de réfléchir et de nous exprimer à notre guise, nous attendons, bien sûr, avec curiosité et espoir, d’assister cette fois-ci, ce soir ou demain, au rassemblement de centaines de milliers de Français, reconnaissant l’agression armée dont ils sont désormais les victimes, manifestant afin d’exprimer à leurs ennemis qu’ils ont pris leurs repères et qu’ils ne se laisseront pas faire, suivant en cela les courageux journalistes de Charlie Hebdo.

 

 

 
Conseil de Sécurité : les relations franco-israéliennes replongent (info # 010601/15) Version imprimable
Analyse
mardi, 06 janvier 2015

 

Par Stéphane Juffa

 

Le 22 décembre dernier, le Conseil de Sécurité de l’ONU a rejeté la proposition de l’Autorité Palestinienne qui réclamait de fixer à un an la période maximale pour parvenir à un "accord de paix" avec l’Etat hébreu et exigeait la cessation de l’ "occupation israélienne" avant la fin 2017.

 

Il fallait neuf voix en faveur de la proposition proposée par la Jordanie – seul pays arabe représenté au Conseil au moment du vote – pour qu’elle soit adoptée. Mais si la Russie, la Chine, la France, la Jordanie, le Tchad, le Luxembourg, l’Argentine et le Chili se sont exprimés en faveur de la résolution, les Etats Unis et l’Australie ont voté contre, et le Royaume Uni, le Rwanda, le Nigéria, la Lituanie et la Corée du Sud se sont abstenus.

 

Dans ces conditions, Washington n’a même pas eu besoin d’opposer son veto afin d’empêcher l’adoption de la proposition, ce qui lui épargne une nouvelle crise avec le monde arabe, dont il a besoin du concours dans la guerre contre ISIS.

 

Ce rejet prend les allures d’un camouflet pour le président de l’AP, M. Mahmoud Abbas, mais pas uniquement pour lui.

 

On sait que depuis l’échec de la tentative de John Kerry, au début de l’année écoulée, qui visait à recréer les conditions d’un dialogue direct entre Jérusalem et Ramallah, la direction palestinienne s’est engagée dans une offensive diplomatique unilatérale, dont l’objectif consiste à imposer à l’Etat hébreu ses conditions en vue d’un accord, sans passer par la négociation avec Israël.

 

Parmi les buts poursuivis par l’AP, dont la plupart figuraient dans la proposition soumise au Conseil de Sécurité, on discerne l’adoption de la ligne d’armistice de mai 1967 avec la Jordanie comme frontière définitive entre un éventuel Etat de Palestine et Israël, l’établissement de la capitale du futur Etat à Jérusalem-est, mais également la libération de tous les individus condamnés par la justice israélienne pour leurs crimes de terrorisme, ainsi que le "retour" des réfugiés palestiniens de 1948 et de leurs descendants en Israël, le démembrement de toutes les implantations et l’éviction de leurs 300 000 habitants, sans oublier la destruction de la barrière de sécurité, qui protège les civils israéliens contre les agressions des terroristes en provenance de Judée-Samarie.

 

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Bof !

 

Comme nous l’avons déjà mentionné dans ces colonnes, la dangerosité de la résolution, si elle avait passé la rampe, consistait en cela qu’il ne serait plus resté de "sujets constituant le cœur de la dispute" à négocier entre les parties. En d’autres termes, on pouvait considérer le texte de la proposition comme un substitut d’accord de paix, que la communauté des nations aurait tenté d’imposer à Israël.

 

On peut aussi raisonnablement en déduire que Ramallah ne se serait pas fendue du moindre effort et n’aurait pas procédé à la moindre concession pour accéder à un traité de paix.

 

Au contraire, l’AP aurait ajouté d’autres exigences, puisque, de toutes façons, fin 2015, la résolution heureusement repoussée au Conseil de Sécurité se serait transformée de facto en accord définitif, et que, deux ans plus tard, Israël aurait été priée de se retirer sans conditions de l’ensemble de la Cisjordanie, de même que de la partie orientale de ce qu’elle considère être sa capitale.

 

On comprend sans doute mieux à la lecture de ce qui précède pourquoi l’adoption par le Conseil du projet jordanien aurait eu le poids d’une demande de reddition inconditionnelle d’Israël. Certes, Israël n’aurait pas obtempéré, mais son isolement international serait devenu étouffant, on aurait vu se multiplier les actes de boycotts des universitaires et des produits hébreux, et on aurait assisté à l’exclusion de ses représentants de plusieurs instances internationales, pour finir, sans doute, par l’imposition de sanctions économiques contre Israël et par la limitation des déplacements de certains de ses dirigeants politiques, militaires et industriels dans nombre de pays ; à l’instar des mesures qui frappent l’Iran et plus récemment la Russie de Vladimir Poutine.

 

Sur un autre registre, on aurait assisté au triomphe de la droite et de l’extrême droite à Canaan lors des élections anticipées de mars prochain, sur le thème : "vous voyez bien que le monde entier nous déteste et n’a aucun égard pour nos intérêts vitaux".

 

On aurait probablement aussi eu à constater un durcissement très net de Jérusalem à l’encontre de l’AP, pouvant aller jusqu’à sa dissolution au cas où les choses auraient réellement tourné au vinaigre, sur l’antienne pleine de bon sens : "pas d’Autorité Palestinienne, pas de possibilité de créer un Etat en Cisjordanie".

 

D’ailleurs, puisque Ramallah s’entête à rejeter tout dialogue avec les autorités israéliennes et qu’elle s’apprête à demander à la Cour Pénale Internationale de condamner l’Etat hébreu sur ses allégations d’hypothétiques crimes de guerre et crimes contre l’humanité qu’il aurait commis cet été à Gaza, le cabinet Netanyahu a d’ores et déjà décidé de bloquer la remise de la collecte de la TVA qu’Israël encaisse sur les marchandises destinées à l’AP et transitant par ses ports et ses aéroports.

 

C’est ce risque de dégradation généralisée que l'ambassadrice américaine à l'ONU Samantha Power a dénoncé dans les termes les plus vifs que l’on ait entendus depuis longtemps de la part d’un représentant US à Manhattan : "non-constructif, irresponsable et risquant d’engendrer une spirale dévastatrice".

 

Ces critiques et bien d’autres du même tonneau de la part de l’Administration Obama s’adressent bien sûr à l’AP. Celle-ci se comporte ces derniers temps comme si elle n’avait rien à perdre en suivant exclusivement un axe de confrontation avec son puissant voisin occidental.

 

La Jordanie aussi est en train de se fâcher tout rouge contre les apprentis sorciers de la Moukata de Ramallah, leur conseillant de reprendre le chemin des négociations plutôt que celui qui conduit à l’écrasement contre un mur.

 

Mais ce n’est pas uniquement sur Mahmoud Abbas que Samantha Power a lâché ses pics ; c’est aussi contre les autres pays qui ont voté la proposition arabe "irresponsable", "ne prenant en compte que les préoccupations d’un seul des deux partis en conflit", particulièrement contre ses alliés théoriques, dont elle attendait autre chose, et, plus spécifiquement contre la France, qui a, une fois encore à l’ONU, dépassé les Arabes dans son acharnement à faire passer cette proposition qui mettait en danger les principes sécuritaires fondamentaux d’Israël.

 

En effet, Paris ne s’est pas contenté de rédiger la plus grande partie du texte qui fut soumis au Conseil, il a aussi fait pression sur les pays votants, au besoin en faisant usage d’arguments primitivement anti-américains, pour qu’ils endossent sa position.

 

Face à la France, Washington et Jérusalem se sont mobilisés, donnant l’occasion d’une joute diplomatique fort désagréable, afin de convaincre le Rwanda et le Nigéria de se détourner des exhortations parisiennes.

 

A Sion, où on prenait François Hollande et Manuel Valls pour des amis sincères, on a été surpris par l’activisme hautement inamical et même venimeux dont la France a fait preuve à l’ONU. Certes, on doutait de l’authenticité de l’empathie que nous vouait le Ministre des Affaires Etrangères Laurent Fabius, pourtant issu de l’une des plus anciennes familles israélites de l’Hexagone, qui est directement responsable de l’orientation suivie aux Nations Unies, mais on avait retenu les propos chaleureux tenus par le président lors de sa visite à Jérusalem, ainsi que les vœux fraternels prononcés par Valls à la Grande Synagogue de Paris à l’occasion de Rosh Hashana.

 

On sait bien qu’ils sont chahutés au sein de leur parti pour leur philosémitisme extraverti, mais il y a des occurrences sérieuses où il faut savoir prendre ses responsabilités, et celle-ci en était une.

 

Dans la Cité de David, on est écœuré au point d’avoir convoqué l’Ambassadeur Patrick Maisonnave aux Affaires Etrangères à Jérusalem, le 2 janvier, afin qu’un sous-fifre lui explique une heure durant ce que l’on a pensé de l’attitude de son pays à Manhattan. En langage affiné cela donne : "Nous avons exprimé notre forte déception à la France, après son vote de soutien à l’initiative palestinienne".

 

M. Maisonnave n’a fait aucun commentaire, mais les media franciliens, haineux comme à l’accoutumée lorsqu’il s’agit d’Israël, se sont exprimés à sa place, à l’instar de la voix de son maître RFI, sur son site, dans ce qui s’identifie plus à un communiqué du Quai d’Orsay qu’à une quelconque tentative journalistique : "Les Français ont travaillé pendant des semaines à la rédaction d’un texte plus consensuel, et qui aurait peut-être eu une chance d’être adopté par le conseil de sécurité mais finalement les Palestiniens ont présenté leur propre résolution qui a été rejetée [pas par la France ! Ndlr.]. Mais les Français vont poursuivre leur action, n’en déplaise aux Israéliens".

 

Manquait plus qu’ils ponctuent par nananère, pour donner l’altitude qui sied à ce que l’ambassadeur d’Israël à l’ONU avait qualifié d’initiative "grotesque".

 

Les relations franco-israéliennes replongent donc, après une brève accalmie qui avait pourtant fait plaisir à bien des personnes. Voilà qui, survenant après le morceau de bravitude à l’Assemblée Nationale, va contribuer à "juguler efficacement l’antijuivisme bleu-blanc-rouge" et à renforcer considérablement le tourisme durable en Israël en provenance du judaïsme français.

 

Un diplomate israélien m’a déclaré, sûr de lui, que c’est à la demande du Qatar que Paris a pris la direction de la "Ligue arabe" à New York, et que la demande était à la fois associée de promesses et de menaces.

 

A Washington, on n’entre pas dans ces considérations mais on ne décolère pas contre la France. Sur les rives du Potomac, on n’hésite pas à parler d’un "putsch" des Frenchies, qui visait à remplir le vide laissé par le retrait US du processus de paix. Une tentative soutenue par l’initiative de François Hollande en vue d’une conférence sur la paix à Paris.

 

A l’ombre du Capitole, on souligne que Paris n’a pas atermoyé pour s’éloigner des lignes de conduite qu’il s’était lui-même tracées à propos du conflit moyen-oriental afin de tenter de jouer un rôle central dans le processus de négociations, probablement à la seule fin de plaire à ses créanciers arabes.


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L'événement le plus important de 2014 pour Israël (info # 010401/15) Version imprimable
Analyse
dimanche, 04 janvier 2015

 

Par Guy Millière

 

L'année civile 2014 qui vient de s'achever a été une année tumultueuse pour Israël. Au premier regard, l'événement le plus important de l'année a été la guerre menée contre le Hamas à Gaza. Et ce fut effectivement un événement important, et qui laisse, je le sais, un goût amer à nombre de citoyens israéliens. 

 

Près de deux mois de tirs de roquettes depuis la bande de Gaza. La nécessité, sans cesse, de se rendre dans les abris. Des soldats tués en opération. Des civils blessés ou tués, et, parmi eux, des enfants.

 

Le fait, terrible à assumer, d'avoir à tirer sur des terroristes qui ont la lâcheté de s'abriter derrière des enfants, des femmes, des vieillards, transformés en autant de boucliers humains, et d'utiliser des centres médicaux, des écoles, des mosquées pour abriter leurs armes.

 

L'impossibilité frustrante d'en finir avec les chefs terroristes, qui ont placé leur quartier général sous un hôpital. L'impossibilité, tout aussi frustrante, d'en finir avec le Hamas, car il faudrait pour cela des opérations terrestres de bien plus grande ampleur, occuper le territoire, le gérer.

 

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Un officier indien muni d’un Tavor israélien

 

Se sont ajoutées à ces désagréments les pressions incessantes de l'Administration Obama, qui est allée jusqu'à menacer le gouvernement israélien de ne plus livrer les éléments nécessaires au fonctionnement du Dôme de Fer, arme défensive par excellence, qui seule a permis de limiter les dégâts causés par les roquettes.

 

Se sont ajoutés aussi des reportages des media internationaux réalisés depuis Gaza, sous la supervision directe du Hamas, ce qui a fait de ces media des relais d'une propagande de haine anti-israélienne.

 

Rocher Inébranlable, ce furent également les conséquences, lourdes pour le sud du pays, et, lorsque s'est réunie une conférence des donateurs pour la reconstruction de Gaza, le sentiment, qu'en agressant Israël, qu'en condamnant sa propre population à vivre dans les ruines, les dirigeants du Hamas avaient trouvé le moyen de récolter des milliards de dollars.

 

Je comprends le goût amer qu'a laissé la guerre contre le Hamas à Gaza. Pour l’édulcorer, un peu, je dirai qu'elle a néanmoins très largement détruit les arsenaux dont disposait le Hamas, sans que celui-ci puisse se réapprovisionner dès lors que l'Egypte a rendu sa frontière avec Gaza quasiment étanche, et qu'elle a permis la découverte, puis la démolition du réseau de tunnels que le Hamas avait creusés et aménagés aux fins de s’approvisionner en armes et en munitions par la contrebande.

 

Cela dit, Rocher Inébranlable n'a pas été l'événement le plus important de l'année civile 2014 pour Israël.

 

Les agressions trop nombreuses visant des civils israéliens et l'assassinat de plusieurs d'entre eux ont ajouté leur lot de tristesse et rappelé que la propagande palestinienne enfante des barbares assoiffés de sang et de souffrance, ce qui, en soi, justifierait l'abolition de la source de cette propagande, à savoir l'Autorité Palestinienne elle-même.

 

Mais agressions et assassinats n'ont fait qu’allonger une terrible liste déjà bien trop longue. Ils constituent des événements importants, et douloureux, mais ils ne constituent pas non plus l'événement le plus important de l'année civile 2014 pour Israël.

 

Les votes des parlements de plusieurs pays européens en faveur de la reconnaissance « symbolique » d'un « Etat palestinien » qui n'existe pas et ne serait qu'un Etat terroriste de plus et une source de guerre n'ont fait que montrer que l'Europe était conforme à sa logique et à sa propre dégradation morale. L'Europe est une région du monde en déclin, en voie de soumission à l'islam, rongée par un retour de l'antisémitisme. Il n'y a là rien de bien nouveau.

 

L'échec des négociations de « paix » entre Israël et l'Autorité Palestinienne n'a lui-même rien eu de surprenant et n'a constitué en rien un événement majeur. Toute négociation entre Israël et ladite autorité est destinée à s'achever par un échec, car Ramallah n'a jamais voulu d'un traité de paix avec Israël, ce que sait toute personne sensée.

 

La volonté de Mahmoud Abbas de présenter une motion gorgée de propagande et de falsifications au Conseil de Sécurité des Nations Unies n'a, elle non plus, rien de bien nouveau. Ce qui est nouveau, à cet égard, est qu'Obama a, un temps, laissé entendre que le recours des Etats Unis à leur droit de veto en tant que membre permanent du Conseil de Sécurité ne serait plus nécessairement automatique ; mais seuls les égarés qui s’imaginaient encore qu'Obama n'est pas un ennemi d'Israël ont pu être étonnés.

 

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Pas pour les musulmans mais sans doute pour les islamistes

 

La tentative de rapprochement entre l'Administration Obama et l'Iran des mollahs est elle-même en gestation depuis longtemps, tout comme l'irruption de l'Etat Islamique en Syrie et en Irak, prévisible dès le retrait des troupes américaines d'Irak. Le fait que le maréchal Sissi, au pouvoir au Caire depuis 2013 grâce à un coup d'Etat financé par l'Arabie Saoudite, ait été élu président dans le contexte de chaos que connaît l'Egypte n'est absolument pas stupéfiant, et le fait que l'Egypte et l'Arabie Saoudite se conduisent en alliées tacites et tactiques d'Israël dans le contexte régional plus large, tel qu'il apparaît aujourd'hui, ne l’est pas non plus.


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Le régime Poutine tombera-t-il en 2015 ? (info # 010201/15) Version imprimable
Analyse
vendredi, 02 janvier 2015

 

Par Sébastien Castellion

 

Lors de sa conférence de presse de fin d’année, le 18 décembre dernier, Vladimir Poutine a accusé les Etats-Unis et l’Europe de conspirer pour affaiblir la Russie. Pour le président russe, la guerre en Ukraine est le résultat d’un complot occidental ; la baisse des prix du pétrole est une manœuvre délibérée des Saoudiens, alliés de l’Amérique, pour priver de revenus le grand rival de l’Occident ; et l’effondrement du rouble est un acte de guerre économique de l’OTAN.

 

Et pourtant, la crise que traverse la Russie est la conséquence inévitable d’un modèle de société que le président russe a délibérément choisi. Face à cette crise, il est presque certain que Poutine réagira en augmentant encore le pouvoir de nuisance de la Russie dans l’ordre mondial. Il reste à voir si les Russes accepteront une nouvelle marginalisation diplomatique et une nouvelle détérioration de leurs conditions de vie ou si un nouveau pouvoir peut apparaître dans un proche avenir.

 

La faiblesse actuelle de la Russie est la conséquence directe d’un modèle de société que le président russe a délibérément choisi. Au début de la décennie 2000, qui était aussi le début du principat de Vladimir Poutine, les prix du pétrole ont connu une forte augmentation qui les a portés de 23 dollars le baril (moyenne 2003) à 91 dollars en moyenne 2013.

 

La Russie, dont l’économie était encore au début de cette période en phase de convalescence après la chute de l’URSS et le pillage en règle de l’économie par les oligarques de l’ère Eltsine, venait de retrouver un semblant d’ordre au début de la présidence Poutine. Elle aurait pu choisir de se développer de manière équilibrée entre les secteurs – ne pas s’appuyer uniquement sur sa richesse en hydrocarbures, mais attirer les investisseurs dans d’autres secteurs industriels et utiliser les nombreux cerveaux qu’elle sait encore produire pour prendre des positions dans les technologies de l’information, les nouvelles technologies des matériaux et autres secteurs de pointe. Ce fut, un temps, le rêve de Dimitri Medvedev, président russe entre 2008 et 2012.

 

Un tel modèle de croissance aurait donné à l’économie russe une assurance contre les variations du prix du pétrole. Il aurait aussi, cependant, attiré vers la Russie une catégorie d’investisseurs qui n’a jamais plu à Poutine, maître incontesté du pays pendant toute la période. Des entrepreneurs plus intéressés par l’efficacité industrielle que par le jeu politique ; des talents mobiles, prêts à partir si l’Etat devient trop pesant ; des esprits indépendants, capables d’influencer la société dans un sens plus propice à la liberté d’expression et moins tolérant de la corruption massive qui affecte l’appareil d’Etat russe jusqu’à son sommet.

 

Malgré les timides tentatives de Medvedev, Poutine a donc arbitré en faveur d’un modèle économique qui convenait le mieux à sa vision politique pour la Russie : un développement fondé sur les ventes de gaz et de pétrole, contrôlées par l’Etat et, à son sommet, par le président lui-même.

 

Du point de vue politique, ce modèle offre plusieurs avantages. Il permet au président d’assurer son pouvoir en décidant qui pourra investir et qui pourra avoir accès à quels gisements. En période de prix élevés, il fournit à Poutine et à son entourage une gigantesque cagnotte qui leur permet d’acheter la loyauté des fidèles, de corrompre les opposants potentiels, de louer les services de thuriféraires en Occident, de distribuer à la population les aides sociales qui la rendront dépendante du pouvoir. Sans oublier, naturellement, l’enrichissement personnel de Poutine et de son entourage, qui sont une partie intégrante du système.

 

Les résultats sont là. En 2013, 68% des recettes de la Russie à l’exportation viennent des hydrocarbures. Les ventes de pétrole et de gaz représentent 50% des recettes budgétaires de l’Etat. En même temps, près de 50% de la population russe dépend de l’Etat pour ses revenus : fonctionnaires, retraités et autres pensionnés.

 

Le budget russe pour 2015 avait pris pour hypothèse un baril de pétrole à 100 dollars. Il évolue actuellement autour de 60 dollars et les prix à long terme ne prévoient qu’un redressement très modeste (autour de 65 dollars) en fin d’année.

 

La première conséquence de cet écart est que le pays n’aura plus les liquidités nécessaires pour financer les grands spectacles et les aventures avec lesquels Poutine a plusieurs fois acheté sa popularité, comme l’invasion de la Crimée (qui a dû coûter environ 75 milliards) ou les Jeux Olympiques de Sotchi (environ 50 milliards).

 

La deuxième conséquence est que le niveau de vie des Russes, trop dépendant des recettes en hydrocarbures, va baisser. Des fonctionnaires et des employés de sociétés d’Etat seront licenciés. Des aides sociales et des subventions annoncées seront réduites, retardées ou, tout simplement, non payées. Tout cela aura nécessairement un coût politique élevé pour Poutine, dont le nom était jusqu’ici associé par tous les Russes – même ceux qui n’apprécient pas ses abus de pouvoir, son idéologie ou la corruption de son gouvernement – à une indiscutable ère de prospérité.

 

Tout cela était parfaitement prévisible depuis le jour où le président russe a choisi d’écarter les plans de diversification proposés par certains de ses conseillers. Personne ne peut ignorer que les prix du pétrole varient à la hausse comme à la baisse.

 

Poutine a, de surcroît, aggravé la situation économique de son pays par son attitude de confrontation systématique avec l’Occident. A la suite de l’invasion de l’Ukraine au début de l’année dernière, les Etats-Unis et l’Europe ont adopté une série de sanctions contre la Russie : interdiction de toute transaction avec deux grandes entreprises d’hydrocarbures (Rosneft et Novatek), deux grandes banques (Gazprombank et Vneshnekonombank) et une quinzaine d’autres entreprises russes, ainsi qu’une interdiction de territoire infligée à diverses personnalités proches du régime.

 

L’effet direct de ces sanctions est certainement moins important que celui de la baisse du prix des hydrocarbures. Leur effet indirect, en revanche, est considérable. L’investissement occidental en Russie a à peu près entièrement cessé, même dans les secteurs où il reste autorisé. Les oligarques russes, qui ont toujours équilibré leurs investissements en Russie avec la constitution de réserves importantes à l’étranger, accélèrent la fuite des capitaux autant qu’ils le peuvent sans encourir l’ire du tsar.

 

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Notre grandeur passée va bientôt revenir, camarades !

 

La combinaison de toutes ces mauvaises nouvelles se traduit par tous les signes classiques d’une économie au bord de l’éclatement : dépréciation rapide de la monnaie (59 roubles pour un dollar aujourd’hui contre 33 en début d’année 2014) ; accélération de l’inflation, qui a atteint 11,4% en rythme annuel en décembre contre 6% en janvier ; tentatives désespérées de la Banque centrale de préserver la monnaie en sacrifiant ses propres réserves (la Banque centrale russe a vendu 110 milliards de dollars en 2014 et ses réserves actuelles sont inférieures à 400 milliards) ; et fuite généralisée des investisseurs qui conduit à un effondrement des marchés financiers. Fin décembre, la capitalisation boursière cumulée de toutes les sociétés russes cotées atteignait à peine 345 milliards de dollars, soit moins que la valeur de Google, Apple, Microsoft ou Berkshire Hathaway.

 

Malgré toutes ces mauvaises nouvelles économiques, il n’existe cependant presque aucune chance pour que Poutine choisisse de redresser son pays en se rapprochant de l’Occident et en accueillant les investisseurs qui permettraient de diversifier son économie.

 

Au contraire, tout le comportement de l’autocrate de Moscou montre que sa stratégie, face aux difficultés actuelles, consiste à augmenter autant que possible le pouvoir de nuisance de la Russie.

Sa première priorité est de se rapprocher de la Chine pour éviter de se retrouver isolé par l’Occident. La Chine, cependant, joue ce jeu avec prudence : elle ne veut pas s’affaiblir sur les gigantesques marchés occidentaux pour le plaisir de soutenir une économie huit fois plus petite que celle de l’Europe ou des Etats-Unis.  Le principal intérêt des Chinois est d’accéder aux richesses minérales russes, mais ils savent utiliser la faiblesse actuelle du régime pour obtenir d’excellents prix – comme l’a montré, le 9 novembre dernier, l’accord russo-chinois de fourniture de gaz pour 30 ans pour 400 milliards de dollars.

 

Faute d’un soutien clair de la Chine, il reste au maître du Kremlin à augmenter sa capacité de nuisance en servant de grand frère à tous les Etats voyous de la planète. La Russie a ainsi lancé le projet d’une banque commune avec l’Iran, qui permettra aux sociétés russes d’étendre les relations commerciales sans utiliser de monnaies occidentales et sans souci des sanctions. L’été dernier, un accord de troc a également été signé entre les deux pays : produits manufacturés russes contre pétrole iranien.

 

La Russie a également signé un accord qui permettra à ses entreprises énergétiques de rester dominantes dans le secteur du nucléaire civil iranien, même dans le cas improbable où les discussions de Genève parvenaient à un accord entre l’Iran et l’Occident. Aux termes de cet accord, la Russie construira au moins deux réacteurs supplémentaires en Iran, et peut-être jusqu’à huit. Elle formera davantage d’experts nucléaires iraniens et pourrait autoriser l’Iran à construire sur son territoire certains éléments de combustible.


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Vœux de l’an de la Ména pour 2015 (1ère de 3 parties) (info # 010101/15) Version imprimable
Exclusivité
mercredi, 31 décembre 2014

 

© Metula News Agency

 

Stéphane Juffa (analyste stratégique, rédacteur en chef) :

 

L’année dernière, à la même période, j’annonçais dans mes vœux qu’au vu des changements intervenus dans la région, particulièrement au niveau des grands Etats sunnites, l’existence de l’Etat d’Israël n’était, pour la première fois depuis sa création, plus en danger ; j’avais raison.

 

Mais je prédisais aussi, péremptoire, qu’ "au sortir de l’été, nous avons osé affirmer qu’il n’y aurait plus de conflits entre Tsahal et le Hamas à Gaza, parce que ce dernier, coupé de ses bases d’approvisionnement en armes et en devises, n’avait plus les moyens de se mesurer, même de façon limitée, à Israël".

 

Un an précisément après cette constatation éclatait le conflit Rocher Inébranlable, vous parlez d’un coup manqué pour un analyste stratégique…

 

Et pourtant, je sais que vous allez sourire, c’était moi et non le Hamas qui avais raison. Le Mouvement de la Résistance Islamique, en termes scientifiquement mesurables, n’aurait pas dû. Il n’aurait pas dû provoquer un affrontement avec Tsahal.

 

Faute d’avoir suivi nos conseils, il reste aujourd’hui sans ses fusées, sans ses tunnels, sans son général en chef et sans nombre de ses meilleurs miliciens. Ses centres de commandement, d’entraînement, ses casernes, ses entrepôts d’armes et de munitions ont été détruits et il se trouve dans l’incapacité de les restaurer.

 

Le pire, pour le Hamas s’entend, se situe pourtant sur le plan politique : il est totalement isolé dans le camp arabe où il est assimilé à l’Etat Islamique et aux Frères Musulmans. L’Egypte du Maréchal al Sissi a constitué au sud de Gaza un corridor hermétique d’un kilomètre de large sur 14 de long et maintient sa frontière fermée. Cette fois, on peut effectivement parler d’un blocus, mais d’un blocus militaire, empêchant l’organisation d’Ismaïl Hanya de se réarmer.

 

Même le Qatar, son principal sponsor lors de Rocher Inébranlable, le plus important des fauteurs de guerre extérieurs à la bande côtière, celui qui est indirectement responsable de la destruction d’une partie conséquente de Gaza, vient de se rapprocher du Caire, au prix, évidemment, d’un lâchage du Hamas.

 

Ce dernier, pris de panique, a dépêché ses principaux leaders en Iran afin de remplacer l’appui qu’il vient de perdre. Mais Téhéran ne dispose pas des ressources financières quasi inépuisables de l’Emir Tamim bin Hamad Al Thani, loin s’en faut, et sa capacité logistique à traverser la muraille dressée autour de Gaza par le Caire et Jérusalem est pour ainsi dire inexistante.

 

Ce qui me permet de réactualiser mon pronostic, avec un peu plus de prudence cette fois-ci : un nouveau conflit avec le Hamas est pratiquement inconcevable. Et si le Hamas insistait, en 2015, pour me donner à nouveau tort, il n’aurait que des arcs et des flèches à opposer aux avions et aux chars hébreux.

 

Reste que cette erreur est – comme la plupart des erreurs – riche en enseignements ; le plus précieux d’entre eux consiste à observer que les mouvements islamistes ne fonctionnent pas forcément sur la base d’estimations logiques. On s’en doutait précédemment, on en a maintenant la preuve.

 

Ce qui nous pousse à reconsidérer la problématique posée par le Califat Islamique dans le Golan et à la frontière jordanienne. On ne peut exclure qu’al Baghdadi se livre à des opérations suicidaires – qu’il n’a pas les moyens de remporter - sur ces fronts. Israël se prépare en conséquence.

 

Au reste, la situation demeure favorable aux Israéliens, à leur solide économie et à l’exploitation de leurs gisements gaziers en Méditerranée. Ce qui ne signifie nullement qu’ils n’auront pas à faire face à des actes de terrorisme douloureux en 2015. Des incidents qui devraient se généraliser ailleurs dans le monde occidental, des Etats-Unis à l’Océanie, en passant, bien entendu, par l’Europe.

 

Nos amis commencent à apprendre ce que sont les attentats "Allahou akbar" à la voiture écrasante, au couteau de cuisine et à l’explosif. Cela les aidera à saisir que leur causes ne sont pas celles qu’ils s’efforçaient de définir, et, s’ils les attribuent à des fous, ils se rendront compte du nombre incroyablement important de malades mentaux sévissant parmi ceux qui nous entourent, particulièrement chez les adeptes du Djihad.

 

Les tentatives diplomatiques désespérées de Mahmoud Abbas de faire imposer un règlement à l’Etat hébreu n’aboutiront pas. Jamais elles ne remplaceront une négociation directe entre les parties.

 

Ceci dit, si les gouvernants israéliens s’entêtent à maintenir le statu quo contre vents et marrées, et surtout s’ils persistent à se montrer incapables d’élaborer des projets crédibles pour l’avenir de notre cohabitation avec nos voisins arabes, notre isolement politique ira s’accentuant.

 

Aucune politique ne saurait être exclusivement basée sur la répression, qui ne fait qu’accentuer les tensions et ne résout jamais rien. De plus, l’orientation suivie jusqu’à présent par Netanyahu possède un effet corrupteur sur la société israélienne, que le renfermement sur soi ne fait qu’aggraver. Israël doit rester un pays démocratique dans lequel tous ses habitants jouissent de droits identiques ; et si on s’éloigne de ce principe, c’est son âme que l’on risque de perdre. Il y a grand péril à vouloir modifier le texte fondateur d’une nation, le plus petit dénominateur commun entre les citoyens.

 

J’attends personnellement des élections anticipées de mars qu’elles offrent aux Israéliens des projets sur lesquels ils pourront débattre et que surgisse une coalition qui comprenne qu’il n’est pas possible de vivre en ostracisme parmi le concert des nations. Indépendamment de savoir si elles jouent juste ou non.

 

Pour la Ména, cela va plutôt bien dans le chaos ambiant. Notre lectorat s’est considérablement agrandi en 2014 et cela devrait continuer en 2015. Nous allons prochainement décider si nous lançons une TV-Ména émettant 24h sur 24 ; une chaîne destinée à un public cultivé, trop souvent éloigné du petit écran par la faute du nivellement par le bas, qui apprécie la nuance et la profondeur de réflexion.

 

Nous avions bien offert une collaboration qui nous semblait naturelle à I24News, mais celle-ci l’a rejetée. Du reste, nous ne nous satisfaisons pas de la qualité des programmes que propose ce confrère. Il est nécessaire de faire une télévision authentiquement israélienne en langues étrangères et non une chaîne française en Israël. La décision semble inéluctable.

 

Je vous souhaite une nouvelle année 2015 de santé, de paix et d’amour. Les seuls ingrédients qui, à mes yeux, soient absolument indispensables. 

 

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Sébastien Castellion (analyste politique, expert en économie) :

 

Croyez-le ou non, mais l’année qui s’achève a été, au total, une année plutôt heureuse pour notre planète.

 

Dans l’ordre économique, et comme je l’avais annoncé l’an dernier, l’Europe est sortie de récession et le risque d’éclatement de la zone euro a, pour l’instant au moins, entièrement disparu. Les Etats-Unis, après un mauvais premier trimestre, sont passés d’un rythme de croissance de 3-3,5% en 2013 à 4,5-5%. La baisse de la croissance chinoise s’est confirmée : on attend entre 7 et 7,5% pour 2014. Mais elle n’a pas (ou pas encore) provoqué l’effondrement sociétal que beaucoup de commentateurs annonçaient à ce point.

 

Dans certains cas, de bonnes nouvelles inattendues ont corrigé les effets de mauvaises décisions politiques. Malgré la création excessive de monnaie en Occident, l’inflation n’est pas repartie à la hausse, parce qu’une production surabondante dans presque tous les secteurs maintient les prix à un niveau modeste. Malgré le surendettement irresponsable des Etats-Unis, les investisseurs ne s’inquiètent pas outre mesure. En effet, face à cette dette gigantesque est apparu un nouvel actif tout aussi impressionnant, constitué des nouvelles réserves prouvées de gaz et de pétrole qui sont en train de faire des Etats-Unis le plus gros producteur d’hydrocarbures du monde.

 

Dans l’ordre sécuritaire, 2014 a prouvé qu’il n’existe aujourd’hui aucune menace existentielle crédible contre l’Occident.

 

Les horreurs commises par l’Etat Islamique sont une tragédie pour l’Iraq et la Syrie, mais ce monstre grotesque ne peut rien de plus, contre l’Europe ou contre Israël, qu’inspirer des actes terroristes qui n’auront aucun effet durable sur ces civilisations. Les excités qui agitent leur haine des Juifs et de l’Occident dans les rues d’Europe ont créé, pour longtemps, les poches d’une contre-société hostile au sein de l’Europe ; mais ils n’ont ni armée, ni soutien de masse, ni technologie, ni commandement unique, ni le moindre soupçon de complicité parmi les forces de l’ordre. Dans la confrontation qui s’annonce peut-être, ils ont perdu d’avance.

 

Poutine grogne, fronce les sourcils et gonfle les joues, mais c’est lui qui voit tanguer son pouvoir à mesure que les prix du pétrole s’effondrent, que ses infrastructures pourrissent et que les investisseurs fuient une Russie qui n’est, désormais, pas grand-chose de plus qu’une station-service en désagrégation.

 

L’Iran a dû accepter de ré-appauvrir ses stocks d’uranium enrichi à 20%, ce qui laisse tout le temps nécessaire à ceux qui voudraient préparer une attaque. Il n’a pas obtenu pour autant la levée des sanctions internationales. Il a perdu davantage avec la baisse des prix du pétrole qu’il n’a gagné par le dégel très partiel de certains de ses avoirs.

 

2014 aura été l’année de l’effondrement des Frères Musulmans. Systématiquement démantelés par l’Egypte, en froid avec le Qatar (leur principal bailleur de fonds), la confrérie n’a plus d’autre vrai soutien que la Turquie d’Erdogan, qui rêve éveillée d’hégémonie régionale mais ne parvient pas à se créer un seul allié.

 

Dans leur incarnation gazaouie, le Hamas, les Frères ont dû constater, lors de la guerre de l’été dernier, leur incapacité complète à réussir une seule attaque importante contre Israël.

 

Nous devons rester vigilants. Toutes nos civilisations souffrent notamment de dirigeants médiocres – et même, dans le cas des Etats-Unis, en-dessous du médiocre. De mauvais dirigeants peuvent gaspiller la situation la plus favorable et conduire à des décisions désastreuses. Mais, tout bien pesé, c’est par des conclusions plutôt optimistes sur l’état du monde que je souhaite à nos lecteurs une excellente année 2015 pour eux-mêmes et pour tous ceux qui leur sont chers.

 

 

Michaël Béhé à Beyrouth (analyste politique, chef du bureau libanais de la Ména) :

 

Le Liban n’est plus que le nom d’un territoire sur la carte, et, peut-être, du souvenir fédérateur du passé du peuple que nous avons été au-delà des différences désormais inconciliables entre les communautés qui nous composent.

 

Les chrétiens et les sunnites du pays aux cèdres, numériquement majoritaires mais désireux de repousser le plus loin possible l’échéance d’une nouvelle guerre civile qui nous serait fatale, concèdent au Hezbollah chiite et à son mentor perse le contrôle des régions frontalières d’Israël et de la Syrie.

 

Dans ces zones, l’Armée nationale se confond presque entièrement avec la milice de Nasrallah. A l’Est, elles combattent l’opposition armée syrienne et leurs sympathisants sunnites libanais.

 

Cela engendre la mort et la capture de soldats, ainsi que la désertion, voire le suicide, de nombreux militaires chrétiens et sunnites.

 

Nous n’avons ni président ni gouvernement élus et leur avènement semble aujourd’hui totalement improbable. Nous nous trouvons dans une guerre civile froide, dans laquelle nous cédons chaque jour à nos ennemis une part un peu plus importante de notre souveraineté nationale.

 

Une guerre entre le Hezb et Israël est actuellement peu probable, car le plus gros et le meilleur des combattants de l’organisation chiite se trouve en Syrie en soutien du régime d’al Assad.

 

A Beyrouth, des milliers, j’écris bien "des milliers" de mes compatriotes, de toutes les communautés, ont choisi l’alliance secrète avec les Hébreux, comprenant qu’elle est l’unique garant de notre préservation.

 

Comme on l’a constaté au moment de l’arrestation d’un espion israélien au plus haut niveau de l’appareil décisionnaire du Hezbollah, quelqu’un qui pouvait abattre Nasrallah quand il le désirait, les amis d’Israël se situent principalement à la tête de notre armée, de nos services secrets et de toutes nos milices.

 

Cela permet à Jérusalem de savoir en temps réel tout ce qui se passe et d’empêcher, avec une grande efficacité, que des armes sophistiquées ne parviennent à nos ennemis communs. Cela retarde la guerre mais ne contribue pas à la paix.

 

A la paix domestique et à la paix internationale, qui ne sont pas à l’ordre du jour de 2015. Qui ne se réaliseront pas au Liban tant que perdurera la guerre en Syrie et en Irak, interactive avec les évènements se déroulant chez nous.

 

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Sylvie Tobelem en Israël (1ère assistante de rédaction) :

 

Nous sommes à jour dans la gestion administrative de nos abonnés.

 

Les abonnements à la Ména ont encore progressé en 2014 : plus 17 pour cent, la plus forte augmentation depuis huit ans.

 

Cela est sans doute dû au sérieux de nos rédacteurs, à la fiabilité de nos informations et à leur primeur. Dans près de 80% des évènements régionaux, y compris l’Iran, la Ména a été le premier media à réagir et donc, ses lecteurs, les premiers à être informés. Cela est dû à notre toile de correspondants et d’informateurs, que l’on retrouve partout où cela est nécessaire, des Etats-Unis à la Perse, en passant par nos amis kurdes.

 

Lors des incidents sécuritaires aux frontières d’Israël, de même que dans les "territoires", notre organisation rédactionnelle fait merveille.

 

Ici, les préparatifs vont bon train pour la création d’une chaîne de télévision permanente. Nous réalisons des sondages, nous étudions des voies alternatives de financement en vue d’atteindre le plus rapidement possible l’équilibre financier après le lancement de la chaîne.

 

Bref, ça ne chôme pas à la Ména. Tout le monde sait exactement ce qu’il a à faire et il s’y attache du mieux de ses capacités, sous la baguette de chef d’orchestre discrète mais toujours à l’affût du rédac’ chef.

 

Il n’y a jamais eu au sein de l’agence la moindre dispute en près de quinze ans d’activité, dans la plus transparente des gestions, et en l’absence de la moindre dictature. Cela en dit long sur notre mode opératoire, mais je crois que cela se remarque dans l’esprit des articles et dans leur qualité.

 

Je vous souhaite à tous une très paisible et heureuse année 2015.

 

 

Perwer Mouhammad Ali (correspondant à Kobané) :

 

2014 a été une année terrible pour moi, car durant cette année, ma ville a été la victime de l’une des organisations terroristes les plus sauvages qui soit, à savoir le Califat Islamique.

 

L’agression menée par ISIS a provoqué le déplacement et l’exode de mon peuple.

 

Grâce à la résistance des YPG [Les unités de protection du peuple], nous avons été capables de repousser les hordes islamistes.

 

En tant que journaliste, j’ai décidé de me porter volontaire et de risquer ma vie afin d’aider les reporters étrangers dans leur tâche, pour qu’ils puissent montrer au monde la souffrance de mon peuple ainsi que les larmes de ma ville.

 

J’ai assisté à plusieurs phases difficiles et cruciales, cette année, à l’instar des arrestations arbitraires, du déplacement des réfugiés et des meurtres, tous perpétrés par les autorités turques.

 

En 2015, j’espère que la bataille cessera à Kobané et je formule l’espoir que la planète puisse se débarrasser du terrorisme de l’Etat Islamique.

 

De Kobané en ruines, j’adresse mes vœux de fin d’année à toutes les femmes et les hommes de bonne volonté, en souhaitant qu’ils saisissent l’importance du péril islamiste, l’impact de la collaboration turque à cette tentative de génocide et qu’ils se comportent en conscience et en conséquence.

 

 

Patricia La Mosca à Paris (journaliste généraliste, enquêtrice, chroniqueuse juridique) :

 

Je continue à m’occuper presque exclusivement, sans la moindre haine mais sans complaisance non plus, de cette "autre France" qui germe et qui se débat aux portes de nos grandes agglomérations.

 

Ces zones de non-droit dont la bien-pensance et ses chantres sont totalement absents, dont l’écrasante majorité de mes compatriotes ignore tout intentionnellement afin de continuer à pouvoir s’endormir la nuit.

 

Zones de drogue, de banditisme et d’islamisme, où médecins, flics et pompiers s’aventurent de plus en plus rarement. Où, chaque nuit, sans qu’on ne vous le dise, des dizaines de véhicules partent en fumée ; à cause des incessantes disputes entre les gangs, parce qu’on "n’aimait pas la tronche du type du troisième", ou, et c’est ce qui m’inquiète personnellement le plus, sans aucune raison. Pour donner libre cours à sa violence intérieure, pour montrer qu’on est fort, qu’on peut tout de même influer sur le monde.

 

J’aimerais qu’un bon photographe me suive dans ces quartiers, simplement pour immortaliser leurs graffitis et vous les montrer. Mohammed Merah est un héros, les Juifs doivent mourir, la France "c’est de la merde", la Palestine, un fourre-tout des angoisses et des complexes.

 

La justice de la République, c’est l’injustice. La religion, c’est l’islam, "qui va enc… ta mère". Généralement, comme sur le négatif d’une pellicule, on est ici en pleine inversion de toutes les valeurs.

 

Inutile d’être un grand analyste pour comprendre que tout cela va péter. Cela tient à l’immensité de la distance entre cette réalité et le discours officiel ; chaque agent de police qui travaille dans ces banlieues vous le dirait… si vous le lui demandiez.

 

C’est aussi le poids de ce qui parvient à en sortir, qui pèse sans entremetteurs sur l’électorat, et qui promet un gros score du Front National lors des consultations électorales à venir.

 

La haine enfle et gronde. La haine des "jeunes", qui ne sont pas tous jeunes, loin s’en faut, se heurte de plus en plus à la haine des autres Français. Chacun "en a marre de l’autre", et personne, au contraire de ce qu’on voudrait bien faire croire, n’est prêt au compromis.

 

La nouvelle année des "bouffons", là où j’évolue presque quotidiennement, n’intéresse absolument personne.

 

 

Yoshua Ohana (fixeur militaire, région-nord-est)

 

La Ména fait un travail d’une grande importance, en étant pratiquement toujours la première sur les lieux d’un incident et en informant fidèlement – sans rien ajouter ni retrancher – ses abonnés depuis le théâtre des évènements et non à des kilomètres de distance.

 

Grâce à nos journalistes, nos reporters-photographes, mais aussi au personnel de la rédaction, nous avons atteint un haut niveau de fiabilité.

 

La primauté de cet "authentique labeur de journalistes", dont il n’existe plus que quelques adeptes professionnels refusant tout compromis, permet aux consommateurs de l’information, breaking news et analyses confondues, de se faire une image réelle, non politisée et non édulcorée de la réalité.

 

Dans le monde qui nous entoure, où la propagande et le formatage des cerveaux visent à nous imposer des grilles de lecture, la nature de l’agence de presse de Métula représente une richesse dont je ne connais pas d’égale.

 

En dépit de la situation guère souriante qui prévaut, je vous souhaite une très belle année 2015.

 

 

Fayçal H. à Amman (informateur-relais) :

 

L’axe Israël-grands Etats sunnites existe bel et bien. On se rencontre souvent et maintenant, on parle de tout, surtout de l’avancée de l’islamisme et de la coordination des moyens pour s’y opposer.

 

Les armes, les techniques et les formateurs hébreux pullulent dans des endroits aussi improbables que l’Arabie Saoudite, grande friande de high-tech bleu et blanche.

 

Dans les Etats du Golfe, Bahreïn en tête, la coopération se fait presqu’à découvert afin de contenir l’Iran, ses agents, ses sympathisants et son influence.

 

En Jordanie, mon pays, la monarchie fait face à l’islamisme intérieur, largement majoritaire, qui comprend les enjeux stratégiques et qui pèse sur le roi et menace son trône.

 

Le parlement vote des félicitations aux terroristes meurtriers de Jérusalem. La semaine dernière, une foule considérable s’est rassemblée au cœur d’Amman pour exiger que le contrat pour la fourniture de gaz israélien ne soit pas signé, car "il participerait à la normalisation des relations avec l’ennemi sioniste".

 

Mais DAESH frappe à la porte au Nord-Est et la monarchie resserre ses liens avec Jérusalem, à qui elle a demandé un soutien militaire en cas d’agression généralisée de l’Etat Islamique.

 

La monarchie a envoyé ses meilleurs pilotes bombarder les positions ennemies en Irak et en Syrie. Nous avons d’ailleurs perdu le premier avion de la coalition. Son pilote, le Lieutenant Muaz al-Kisra, qui est parvenu à sauter en parachute, se trouve entre les mains des miliciens d’al Baghdadi, qui lui promettent une mort douloureuse.

 

Je formule le vœu, pour 2015, que Kisra s’en sorte, peut-être au terme d’un échange de prisonniers. Il nous reste peu de temps pour apprendre à nous défendre, au-delà des anciennes inimitiés, pour préserver l’essentiel. La paix, hélas, n’est pas pour 2015.

 

 

 
Vœux de l’an de la Ména pour 2015 (2ème de 3 parties) (info # 020101/15) Version imprimable
Exclusivité
mercredi, 31 décembre 2014

 

© Metula News Agency

 

Ilan Tsadik en Israël (journaliste, reporter, journaliste sportif) :

 

Cette semaine, un nouvel avion malaisien s’est abimé dans l’océan. C’était le vol QZ8501 qui emmenait ses passagers d’Indonésie à Singapour.

 

J’ai, par hasard, regardé le journal de TV5 hier soir ; on y a parlé de l’accident durant plusieurs minutes mais sans jamais mentionner que l’avion perdu était un Airbus. Sans doute les responsables de la chaîne entendaient-ils préserver ainsi les intérêts nationaux en dissimulant ce "détail" à leurs nombreux téléspectateurs et utilisateurs potentiels disséminés tout autour du globe.

 

Dimanche dernier, le gouvernement israélien a annoncé qu’il reconnaissait l’équivalence des diplômes français et que leurs détenteurs pourraient désormais exercer leurs privilèges académiques en Israël.

 

Cela va encore accroître le flux tendu des Israélites fuyant cette France où la vérité dépend de celui à qui elle est destinée. Ils lui laissent volontiers, à cette France, son narratif simpliste de nos problèmes, son "occupation", sa "prison à ciel ouvert", ses "colonies", ses faux "activistes" qui tuent vraiment des Israélites et qui leur lancent des milliers de roquettes à la tête, ses "génocides" d’Arabes commis par les rescapés des six millions de Juifs massacrés par les nazis avec l’aide directe et intéressée de leurs grands-parents. Les mêmes qui criaient quelques années avant cela mort aux Juifs lors de la dégradation du capitaine, innocent et patriote, Alfred Dreyfus ; les mêmes, dont la descendance tolère sans broncher que l’on crie à nouveau la même chose sur les grands boulevards de sa capitale, tandis que dans son parlement, on vote pour nous imposer des frontières artificielles que l’on sait inviables.

 

Les nouveaux immigrants ne fuient plus vers la zone Sud, ni devant les agents de la Police française qui en ont arrêté des dizaines de milliers. Ils font tranquillement leurs bagages et règlent leurs affaires pour enfin rentrer chez eux, ce qu’on les a si souvent priés de faire.

 

Ils vous laissent les "jeunes" dont vous oubliez régulièrement les noms, qui s’appellent pourtant Ahmed, Mohamed, Rachid, même lorsqu’ils violent une femme juive à Créteil après lui avoir dérobé ses économies. Tout comme ils ont oublié que l’ "avion d’Airasia" était un Airbus A320-200.

 

Vous pouvez aussi rapatrier vos Enderlin, Schattner, Zecchini, Marcovitch, Smolar, Lussato (Lussato !), Blum, etc. Votre consulat de Jérusalem et tout votre bureau de fabricants de martyrs palestiniens de l’AFP, car vous n’aurez bientôt plus, chez vous, d’Israélites français à haïr et que vos plumitifs antijuifs seront donc devenus inutiles.

 

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Guy Millière à Paris (analyste politique, expert en économie) :

 

L'année qui commence sera une année d'élections pour Israël. Mon premier vœu sera qu'Israël, au terme de ces élections, puisse disposer d'un gouvernement fort et stable, à même d'affronter les tempêtes régionales qui n'ont pas fini de déferler. Je ne vois que Binyamin Netanyahu pour diriger ce gouvernement, et je souhaite donc une victoire du Likoud et de Ha-Bayit Ha-Yehoudi.

 

L'année qui commence sera aussi celle où un nouveau Congrès, dont les deux chambres seront à majorité Républicaine, siègera à Washington, et je souhaite que ce Congrès fasse preuve de fermeté et de détermination face à tout ce que l'Administration Obama pourra encore tenter de faire pour nuire aux Etats Unis et à la liberté dans le monde.

 

Je souhaite aussi que le camp conservateur aux Etats Unis voie émerger un candidat crédible, à même de rallier à lui les suffrages et de permettre que s'enclenche, après les élections de novembre 2016, un redressement de l’Oncle Sam, sans lequel les désordres risquent de s'accentuer dangereusement en divers points de la planète.

 

Je souhaite que la politique de baisse du prix du pétrole menée par l'Arabie Saoudite continue à affaiblir l'Iran et l'Etat Islamique.

 

J'aimerais souhaiter un redressement de la France, mais je ne vois guère d'élément concret me permettant pour l'heure d'énoncer un tel souhait, ce qui m'attriste. Je veux espérer pouvoir sérieusement formuler ce souhait à la fin de l'année civile 2015.

 

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Jean Tsadik à Métula (analyste stratégique, expert militaire) :

 

Israël possède désormais un véritable allié dans la région, avec lequel il partage un grand nombre d’intérêts stratégiques – je parle, bien entendu de l’Egypte d’Abdel Fattah al Sissi – et cela change tout.

 

Cette alliance est parvenue à imposer un authentique blocus sur les armes et les munitions au Hamas à Gaza, ce qui l’empêche de se réarmer et qui contribue efficacement au maintien du cessez-le-feu ; ce, sans contrepartie pour le Mouvement de la Résistance Islamique, création palestinienne des Frères Musulmans égyptiens, les ennemis principaux du nouveau pouvoir au Caire.

 

Elle a même obligé l’émir du Qatar à "faire la paix" avec le nouveau pharaon, par crainte de se voir isoler dans le monde sunnite, de se trouver dans la ligne de mire de l’Arabie Saoudite et de se faire pointer du doigt comme Etat soutenant le terrorisme, ce qui menace les investissements du Qatar en Occident.

 

Le rapprochement entre Doha et Le Caire se fait évidemment au prix d’un éloignement entre le Qatar et Gaza. Lâchage qui a poussé Hanya et Mashal à organiser un déplacement précipité à Téhéran afin d’y chercher un nouveau parrain.

 

La constitution de l’axe Jérusalem-Le Caire rend impossible, au moins temporairement, un nouveau conflit entre les Etats arabes et Israël. Le reste, tout le reste, y compris la menace iranienne, devient ainsi gérable pour l’Etat hébreu.

 

Ce n’est pas la paix, certes, mais c’est tout de même la garantie de la pérennité du pays à l’étoile de David. Il incombera au gouvernement qui sortira des urnes en mars prochain de consolider et d’étendre à l’Arabie Saoudite cette nouvelle coalition en lui donnant un poids politique.

 

C’est parfaitement réalisable, particulièrement si Jérusalem cesse de se recroqueviller sur elle-même et qu’elle lance de réelles initiatives diplomatiques dans cette direction.

 

Je vois une nouvelle année difficile sur le plan des attaques terroristes, et pas uniquement en Israël, où les effets secondaires de la Guerre Civile en Syrie et en Irak se feront de plus en plus sentir.

 

C’est le moment de faire preuve d’intelligence. Pour que 2015 soit une année charnière en direction de la stabilité ; laquelle passe obligatoirement par un affaiblissement de la poussée islamiste et de l’influence iranienne dans la région.

 

 

Ferit Ergil (Correspondant de la Ména à Istanbul) :

 

Chères lectrices et chers lecteurs de la Ména,

 

Au courant de l'année écoulée, j'ai tenté de mon mieux, à travers quelques articles, de contribuer à une meilleure compréhension du processus d'islamisation de la Turquie sous le régime Erdogan, avec ses dérives autoritaire, d'une part, et antisémite, de l'autre.

 

Cette évolution n'a hélas fait qu'empirer au cours des derniers mois, mais tout espoir n'est pas perdu pour autant, car il reste dans le pays des forces vives qui résistent et font entendre leur voix malgré la répression et la censure.

 

Je souhaite à toutes et à tous une année 2015 sous les meilleurs auspices, et, comme disait Mustafa Kemal Atatürk, fondateur de la Turquie moderne, républicaine et laïque : "Paix dans le pays, paix dans le monde".

 

 

Raphaël Delpard en France (cinéaste, historien, écrivain) :

 

Au seuil d’une nouvelle année, la tradition est de demander la paix. Devant le monde qui se délite, cette demande ne me paraît pas suffisante.

 

Je propose d’adresser une seule requête à chaque président, à chaque Premier ministre : cessez de nous mentir. Nous sommes des peuples adultes, et, en conséquence, capables d’entendre le pire.

 

Le mensonge permanent comme une sorte de somnifère ne fait rien d’autre que de creuser le fossé entre ceux qui ont été élus pour s’occuper des affaires du pays et le peuple qui commence, lui, à voir clair. Pour 2015 je réclame donc une seule chose des politiques et autres vecteurs d’opinion : la vérité. La vérité tout simplement.

 

 

Jean-Claude Zerbib (ingénieur atomiste, spécialiste des questions nucléaires) :

 

Pour réaliser une arme nucléaire, une des voies consiste à disposer d'un métal lourd spécifique (l'uranium) et d'un grand nombre d'installations nucléaires qui permettent de mettre en phase gazeuse le métal (UF6) afin d'en modifier la composition isotopique naturelle. Sur les trois isotopes de l'uranium naturel, seul l'uranium 235 est intéressant, qu'il s'agisse de faire un réacteur ou une bombe nucléaire. Mais il ne représente que 0,71% de l'uranium métal, et c'est bien peu.

 

En enrichissant l'uranium en isotope 235, au moyen de "centrifugeuses", une teneur de 3,5 à 4% permet de réaliser du combustible pour les réacteurs nucléaires. A 20% d'uranium 235, la teneur utile pour les réacteurs de recherche est atteinte. Enrichir au-delà de cette teneur, notamment vers 90% et plus, indique clairement que l'objectif n'est autre que celui de réaliser une arme nucléaire.

 

Une fois l'uranium enrichi, il faut alors repasser de l'uranium gazeux à l'uranium métal, puis réaliser deux coquilles sphériques, qui, une fois réunies, fournissent la masse nécessaire, dite "masse critique", qui permettra l'explosion.

 

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Les Iraniens ont acheté cette technique aux pakistanais. Pour obtenir la meilleure utilisation de l'uranium, il faut disposer d'explosifs très particuliers, qui seront répartis sur la surface de la sphère. Les experts internationaux de l'AIEA ont découvert, dans un centre iranien, ces explosifs qui n'ont pas d'autre usage que celui de l'arme nucléaire.

 

Enfin, pour amorcer l'explosion, il faut une allumette particulière : un flux intense de neutrons. Cette bouffée de neutrons s'obtient au moyen d'une source radioactive de polonium 210, qui, en bombardant de ses particules alpha une cible, va générer les neutrons désirés. Les experts de l'AIEA, malgré toutes les difficultés qu'ils rencontrent pour conduire leurs expertises, ont également découvert de telles sources de polonium en Iran.

 

Il est difficile d'imaginer un accord politique qui conduise l'Iran à faire marche arrière. Les experts de l'AIEA les plus optimistes, se disent que la situation serait encore plus grave si les Iraniens décidaient de quitter l'AIEA.

 

 

Yaël Bensimhoun (journaliste, Ashkelon)

 

A l’aube de ce nouvel an civil, j’aurais voulu satisfaire à cette charmante tradition qui consiste à souhaiter de bonnes choses d’un ton léger et optimiste, à espérer, avec l’immense Jacques Brel, des chants d’oiseaux au réveil, des rires d’enfants, des passions et des silences, des rêves à n’en plus finir et l’envie furieuse d’en réaliser quelques-uns…

 

Mais après l’année spécialement difficile que nous avons vécue en Israël, ainsi que les drames et les attentats auxquels nous avons assisté partout dans le monde, doublés par la propagande soutenue sur tous les grands et petits media de désinformation qui nous livrent, avec « houtspa » et sans aucune pudeur, une série de mensonges visant à banaliser l’injustice, les massacres, le terrorisme, les guerres et les tueries, je préfère émettre le vœu d’un retour à l’équilibre. Celui des vraies valeurs morales, largement piétinées au nom d’un pseudo humanisme.

 

Je nous souhaite de résister à la tentation du désir de posséder une corne et une peau assez dure pour mieux se fondre dans la masse de rhinocéros chaque jour plus nombreuse ; de toujours faire face à l’indifférence et de savoir reconnaitre la folie déguisée. La vie compte, contrairement à ce que certains voudraient nous faire croire. Seules la faiblesse, la peur et l’incapacité à assumer ce qui est bon et beau, motivent ses détracteurs. A nous de tout mettre en œuvre pour bien la réaliser.

 

Que toute l’équipe de la Ména n’ait plus désormais qu’à vous informer des bonnes nouvelles…

 

Belle vie à tous.

 

 

 
Vœux de l’an de la Ména pour 2015 (3ème de 3 parties) (info # 030101/15) Version imprimable
Exclusivité
mercredi, 31 décembre 2014

 

© Metula News Agency

 

Sami El Soudi en Palestine (chef du bureau palestinien de la Ména) :

 

Je ne suis en guerre avec personne, cela aidera sans doute certains à comprendre ma démarche professionnelle. J’ai appris les cycles des conflits : la culture de la haine, l’échauffement des esprits, l’envie d’en découdre, l’affrontement, la souffrance et la mort, la cicatrisation des blessures, l’oubli, la culture de la haine, l’échauffement…

 

Pour rien au monde je n’accepterai de faire partie de ces schémas de désolation ; rien au monde ne justifie cette résignation, pas même les plus belles causes.

 

Contrairement aux thèses des antisémites français, nous ne sommes pas en présence d’une guerre de colonisation – c’est parce qu’ils tentent de faire croire que c’en est une que ce sont des antisémites – mais d’un affrontement entre deux nationalismes légitimes, bien que basés sur des paramètres différents.

 

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En cette fin de 2014, nous n’allons pas dans le sens de l’intelligence, de la recherche du mieux vivre et d’un degré d’harmonie acceptable. Avec une coalition, à Jérusalem, qui ignore notre existence au point de ne rien proposer pour gérer le sort des 4.5 millions de Palestiniens que nous sommes. Et une autre, à Ramallah, qui s’imagine qu’elle pourrait obtenir son indépendance sans négocier avec celui qui en détient la clé.

 

Et pour ne rien arranger, nous subissons la folie islamiste qui balaye toute la région, et qui meurt d’envie d’en découdre. Qui, à ce stade de son expansion, a faim de sang, d’actes de bravoure et de sacrifices.

 

Dans les conditions qui prévalent, l’accession au pouvoir, en Israël, d’un gouvernement modéré serait perçu à la Moukata comme en encouragement à l’extrémisme et non comme une opportunité de faire la paix. Cela ressemble à un cercle vicieux qui emprisonne ceux qui sont pris dans son centre. Mais ce n’en est pas un, car nous sommes des hommes, et que les hommes sont capables de tout, même, quoique très rarement, d’avoir plus envie de vivre que de tuer leurs voisins.

 

 

Bernardo Stenhof à Genève (ambassadeur auprès des institutions internationales) :

 

Nous voici encore une fois à la fin d’une année où être juif n’est pas sans présenter des risques. Il est totalement clair, en cette fin 2014, que les actes des « fous » dans le monde, qui agressent et tuent, suivent précisément les instructions de nos « voisins Palestiniens », du Hezbollah, d’al Qaeda et des autres organisations islamistes de la planète.

 

Ce, alors que la communauté internationale exige avec de plus en plus d’insistance que nous vivions ensemble sur le même palier d’une maison commune. Je ne crois pas que ce projet soit acceptable. Mais que faire lorsque l’on se situe entre le Hezb, le Hamas et Daech ?

 

Les chrétiens d’Irak, d’Orient, souffrent. Le monde chrétien s’en désintéresse et l’ONU n’envisage même pas de créer un clone de l’UNWRA pour leur venir en aide.

 

Cette indifférence fournit une indication précieuse de ce que serait la réaction mondiale si nous, ou nos frères d’Israël, étions à nouveau jetés sur les routes de l’exil.

 

Que faire dans ces conditions ? Attendre que l’Union Européenne, l’ONU, les Etats-Unis décident pour nous à quelle sauce, nous, les Juifs, devrons être mangés ?

 

Si nous sommes un jour forcés de prendre notre baluchon et de quitter la France, la Belgique, la Hollande, la Suède, etc., ces Etats qui n’ont décidément rien compris sentiront leur douleur en devenant islamisés par la faute de la lâcheté de leurs dirigeants, apparemment plus intéressés par leur réélection que par la préservation de leur tradition et de leur histoire.

 

Les Juifs, même aux époques les plus ténébreuses, ont compté parmi les forces vives des nations dans lesquelles ils vivaient, celles du progrès et du savoir dans tous les domaines.

 

Parlant d’expérience, il y a moins d’un siècle que notre peuple a été décimé, et tous nos prix Nobel ne nous avaient pas servi de bouclier.

 

Aujourd’hui, dans la recrudescence de l’antisémitisme, nous avons un choix qui n’existait pas en 1935 : rentrer chez nous et nous défendre ; sans compter sur l’humanisme de personne d’autre pour le faire à notre place.

 

Malheureusement, chaque année je suis davantage pessimiste, mais celui qui fréquente les arcanes des instances de la diplomatie internationale ne peut qu’avoir le blues.

 

Je nous souhaite tout de même une bonne année…

 

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Roger Bismuth à Tunis :

 

Très cher Stéphane,

 

je voudrais, en cette fin d'année, te redire mon affection, mon amitié, mon admiration, pour tout ce que tu as su créer autour de toi, dans tout ce que tu as entrepris, avec sérieux, humour, en relation avec tout le monde et avec modestie et simplicité.

 

Je m'adresse aussi, à travers toi, à toute l'équipe qui travaille sans cesse à maintenir un niveau des plus remarquables, chacun et chacune dans son domaine, avec ce souci du sérieux et de la qualité qui caractérise la Ména.

 

Transmets s’il te plaît ce message à tous, ceux que j'ai rencontrés et tous les autres, que j'espère voir lors de ma prochaine visite et leur dire tout cela de vive voix.

 

A vous tous, je souhaite santé, bonheur et prospérité et surtout, de toujours aller de l'avant.

     

 

Llewellyn Brown en France (traducteur officiel de la Ména, rédacteur, écrivain) :

 

Il est difficile de n’être pas pessimiste à l’égard de notre vie en Europe. Les « penchants criminels » de notre continent (J.-C. Milner) se confirment, et l’engagement de ce dernier dans l’Eurabia (Bat Ye’or) se poursuit.

 

A la faveur d’un trop commode vice de forme, le Hamas n’est plus une organisation terroriste en Europe ; on “reconnaît” la “Palestine” et on soutient activement les agissements de cette dernière contre Israël.

 

Si l’on clame encore parfois que l’immigration musulmane est une « chance pour la France » (slogan publicitaire supposé convaincant, parce qu’il rime !), on voit qu’elle relève surtout d’un calcul électoral de la part de politiciens qui poussent notre patrie à la ruine. Nous exportons désormais des djihadistes, et nous venons de voir – à Joué-lès-Tours, Nantes et Dijon – que rien n’empêche ces derniers de semer la mort chez nous.

 

A ces faits, nos “élites” opposent leur verbiage pieux, mais leur amour de « l’Autre » est simplement soumission face à ceux dont ils craignent les représailles. Celles-ci sont déjà sanglantes : les Juifs le savent, de plus en plus nombreux à s’en aller. Et pourtant, on exige de nous cécité et surdité. Professer une opinion inconvenante est considéré comme un délit : éradication des crèches de Noël, dénonciation d’Éric Zemmour et silence absolu autour d’un livre (de Pierre Péan et de Vanessa Ratignier) qui révèle à quel point la France s’est vendue aux Qataris. Outre-Pyrénées, on s’apprête à renvoyer Imra Firasat à ses bourreaux au Pakistan, à cause de ses critiques de l’islam.

 

Un avantage inattendu de cette situation est qu’elle permet de rendre les enjeux de notre époque plus clairs. Après les émeutes de cet été, nul ne peut ignorer que l’“antisionisme” n’est qu’un autre nom de l’antisémitisme. Le peuple commence à exprimer son désaccord avec la politique qu’on lui impose en faisant l’impasse de toute consultation démocratique.

 

A tous donc, je souhaite un regard rigoureux et sans complaisance sur les mutations qui affectent notre société, et un engagement décidé dans les débats qui nous réunissent, afin de mieux conserver à notre vie sa qualité humaine.

 

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Olivier Katz à Montana-Crans (rédacteur-relecteur) :

 

Une nouvelle année s’achève en nous laissant, une fois de plus, un goût amer. L’opération Tsuk Ethan [Rocher Inébranlable] a certes permis à Israël de circonscrire le Hamas dans son fief gazaoui, évitant vraisemblablement une attaque de grande envergure en territoire israélien pour Roch Hachana. Mais elle n’a pas changé fondamentalement la donne régionale : le Sud d’Israël reste à portée des roquettes irano-palestiniennes, la Syrie n’en finit pas de se déchirer et la fraction rebelle pro-occidentale y a peu progressé. Daech défend son territoire (trop ?) facilement gagné en Irak, l’Iran s’est vu octroyer quelques mois de plus pour avancer dans son programme nucléaire et le Qatar mène la danse faustienne avec tous les terroristes du monde.

 

Diplomatiquement, outre les 20 résolutions onusiennes anti-israéliennes habituelles, gages de soumission du monde occidental à l’islam politique, la fin de l’année a vu poindre une reconnaissance prénatale de l’Etat palestinien dans les grandes capitales européennes, sans passer par la case « négociations ».

 

On a également assisté à une décriminalisation européenne du Hamas, rétrogradé au rang d’association non terroriste (certes pour des raisons officiellement juridiques, mais politiquement suspectes) et à l’arrivée annoncée de l’Autorité Palestinienne sur toutes les scènes internationales où elle aura droit de cité.

 

La situation déjà particulièrement complexe hors des frontières du pays vient d’être floutée en interne par Netanyahu, qui pense que la nouvelle coalition qui sortira des urnes aura enfin une vision prophétique de l’avenir de la région.

 

Alors que souhaiter pour 2015 ? Une prise de conscience par le monde occidental du travail qu’effectue Israël pour sauvegarder la totalité du monde libre, pour préserver ce que Niall Ferguson appelle dans "Civilisations" la « sagesse » de l’Occident, garante de sa suprématie. Et le maintien de l’avance technologique de ses ingénieurs et de son armée, qui lui permettra de tenir jusqu’à ce que la première condition se réalise !

 

 

Hevi Pekoz (journaliste stagiaire) :

 

L’année 2014 a été pour ma part l’année de la découverte du métier de journaliste, dans un endroit où le calme n’existe pas, en Israël.

 

J’ai d’abord remarqué qu’il y avait énormément d’idées préconçues sur ce pays, telles que l’on peut les lire dans les media, particulièrement les francophones. En vérité, je n’avais jamais vécu dans un tel melting pot. Tous les jours, je vois des Juifs, des Druzes, des sunnites, des alaouites et des chrétiens se côtoyer, plaisanter ensemble, festoyer et même s’aimer.

 

Mais ce qui m’a le plus frappée en Israël, c’est la sécurité ; car malgré les attaques terroristes, les roquettes en provenance des territoires ennemis, ici on vit en paix. On se balade dans la rue le sac ouvert, on n’installe pas d’alarmes dans les maisons, on ne ferme même pas ses portes – et ce, à 380 mètres de la frontière avec le Hezbollah.

 

Je vous souhaite donc, à vous chers lecteurs pour cette nouvelle année 2015, de vivre comme nous à Métula, dans la joie, la santé, le bonheur et en sécurité.

 

 

Philippe Bercovici à Bruxelles (dessinateur de BD, auteur des illustrations de ces vœux) :

 

Exercice difficile pour un humble dessinateur que la rédaction de ces vœux annuels ! On se sent un peu comme un président ou un monarque, à s'adresser ainsi aux nombreux lecteurs de la Ména.

 

Je leur souhaite tout d'abord le plus important, à savoir la santé, et il en faut si l'on veut encaisser sans trop souffrir les nombreuses infos distillées par notre agence de presse préférée. Car les news actuelles, tout le monde peut le constater, c'est tout sauf des bonnes nouvelles.

 

Aussi, je crois que l'on peut se souhaiter un minimum de distance et de résilience par rapport aux mauvaises nouvelles auxquelles nous sommes confrontés. Je pense en particulier aux nouvelles générations en Europe, parfois en proie à l'injustice et l'incompréhension ; il me semble que dans le passé, nos parents faisaient face avec plus de solidité aux nombreuses épreuves qu'ils ont dû traverser. L'Histoire avance, et il semble que l'âge d'Or n'est pas encore pour tout de suite... Alors, autant en prendre son parti. Bien entendu, je souhaite me tromper sur ce dernier point ! Bonne année 2015.

 

 

 
La SNCF et la SHOAH dernier épisode (info # 013012/14) Version imprimable
Analyse
mardi, 30 décembre 2014

 

Par Raphaël Delpard

 

Raphaël Delpard est l’auteur du livre "Les convois de la honte", enquête sur la SNCF et la déportation (1941-1945), éditions Michel Lafon, 2005.

 

Nous pensions que le débat sur le rôle joué par la SNCF dans le transport de la population juive en France pendant la Seconde Guerre Mondiale - qui fut fort animé il y a quelques années - était clos depuis le 25 janvier 2011 ; jour où le président de la compagnie ferroviaire, Guillaume Pépy, avait prononcé le discours de la repentance que nous attendions depuis cinquante ans.

 

Un exposé tempéré par l’absence totale d’émotion procurée par les mots qui furent utilisés, idem pour les formules. Jamais nous ne verrons ce discours convenu et compassé gravé en lettres d’or dans le marbre du souvenir. Les phrases étaient mesurées de manière à ne choquer personne et à ce que personne ne se trouve en position d’accusé, particulièrement les représentants de la Résistance cheminote.

 

Car si, sans nul doute, elle a été active, elle ne le fut pas dans les proportions dont on nous rebat les oreilles depuis la Libération. Qu’il soit dit encore une fois, que sur quatre cent dix mille cheminots que comptait la compagnie ferroviaire à cette époque, quarante mille d’entre eux, soit dix pour cent, eurent le courage de s’opposer à l’ennemi, mais également à la direction de la compagnie. L’action de ces quarante mille, elle, restera à jamais dans notre mémoire.

 

Du fatras compassionnel du président Pépy, retenons une seule phrase, car la naïveté de son énoncé traduit la terrible vérité.

 

Il est question de la vieille antienne de la compagnie réquisitionnée par l’occupant. Guillaume Pépy, après l’avoir racontée longuement et pesamment, enchaîne et dit : « Contrainte, certes, notre entreprise a acheminé ces trains jusqu’à la frontière. Elle l’a fait ».

 

C’est le « elle l’a fait » qu’il faut retenir. Car l’expression centralise la réflexion et permet dans le même temps d’entrevoir l’horreur de la tragédie. Oui, elle l’a fait, et c’est bien cela le problème.

 

Jamais un convoi ne fut arrêté ni détourné. Jamais la direction de l’époque, dont les membres - tous d’anciens polytechniciens, nourris au lait de la République, chrétiens pour la majorité d’entre eux, issus de familles radicales-socialistes dans les veines desquels coulait encore l’Affaire Dreyfus -, n’ont manifesté la moindre désapprobation à l’occupant devant le sale boulot qu’il leur demandait d’accomplir. Ils « l’ont fait ». Tout est dit dans la simplicité effrayante de la formule.

 

Inutile d’essayer d’expliquer une fois de plus le fonctionnement du rouage de la mort. Il faudra attendre des années pour qu’il soit compris et que la vérité soit acceptée.

 

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Une facture présentée par la SNCF en 1944, réclamant paiement pour

la déportation de Juifs en direction d’Auschwitz

 

Donc nous pensions que tout était désormais réglé, et voilà que vient de surgir le dernier épisode auquel personne ne s’attendait.

 

Après d’âpres négociations, les administrations américaine et française ont conclu l’accord suivant : il sera versé 60 millions de dollars aux Juifs américains qui se trouvaient en France au moment de l’occupation nazie et qui ont été raflés et déportés. La somme représente grosso modo cent mille dollars par individu. On a recensé à ce jour à peu près dix mille bénéficiaires. Petit bémol à ce compromis cependant : ne pourront toucher la compensation financière que ceux qui sont encore vivants.

 

Compte tenu du petit nombre de survivants qui rentrèrent des camps de destruction, et des années passées depuis la Libération, il n’y aura pas foule devant le guichet distributeur. Leurs enfants auront droit à percevoir une partie de la manne, certes. Comme le prétend la sagesse populaire : "vaut mieux parfois un mauvais accord que pas d’accord du tout".

 

L’énoncé de l’arrangement entre la France et les U.S.A a fait l’effet d’une bombe dans le mainstream parisien. La presse vassale du pouvoir s’est empressée de montrer les crocs et d’entonner le refrain habituel : "Juif, Shoah, business".

 

Il n’étonnera personne de savoir qu’au premier rang des aboyeurs de la meute se trouvait le journal de référence : Le Monde. Les empressements de ce tabloïd prétentieux à salir les Juifs dès que l’occasion se présente m’évitent de commenter les articles qui ont été consacrés au fonds d’indemnisation. Les autres journaux n’ont guère été plus inspirés, écrivant n’importe quoi, sans se soucier un seul instant de la vérité historique.

 

Les plumitifs qui ont eu la charge, dans chaque organe de presse, de rédiger l’article n’ont pas eu la curiosité élémentaire d’effectuer les recherches qui s’imposent à un journaliste sérieux ; un stage à la Ména leur ferait le plus grand bien.

 

Afin d’illustrer ce que je viens d’exposer, prenons en exemple Le Parisien dans son édition du 13 décembre 2014. L’article mentionne des gens arrêtés et déportés par bus « par exemple RATP ». Nous sommes ainsi invités à conclure que l’entreprise qui gérait les bus parisiens était la RATP. Une simple recherche aurait permis au scribouillard de service du Parisien de découvrir que la société de transport des autobus parisiens à l’époque était la TCRP.

 

Fort de cette lecture parsemée d’erreurs historiques, je cherche le nom de l’auteur à la fin de l’article. A la place réservée je trouve : AFP. Inutile là aussi d’aller plus loin et de m’épuiser en longs commentaires sur l’ineptie actuelle de la presse française. Encore moins sur l’AFP, sicaire de la vérité dès que des Juifs sont concernés.

 

Voilà aujourd’hui de quelle manière la page de la déportation est traitée dans la presse française. Et, lorsque Guy Millière écrit que, dans dix ans, le sujet de la déportation des Juifs de France ne sera plus abordé, il est à craindre qu’il ait fortement raison.

 

Les Juifs « américains » étaient en effet des Juifs qui fuyaient, souvent dans des conditions terribles, l’enfer nazi qui sévissait en Allemagne, en Autriche, dans les territoires des Sudètes, et en Pologne. Ils arrivèrent en France avant que son territoire soit envahi par l’armée du Reich. Mais, une fois sur place, l’étau se refermant sur eux, ils eurent à subir l’humiliation du racisme, l’arrestation arbitraire et la déportation, au même titre que les Juifs français.

 

Le dernier acte du procès contre la SNCF qui vient de surgir est en réalité le premier volet du combat pour la reconnaissance de ces Juifs. Nombreux quittèrent l’Europe juste après l’anéantissement du troisième Reich. Arrivés aux U.S.A, ils essayèrent de faire leur place dans la société américaine, et, à titre personnel, de se reconstruire. Ils étaient éloignés, géographiquement et mentalement, des efforts entrepris par les instances françaises en vue de réclamer des compensations financières pour les victimes des crimes racistes perpétrés par l’occupant nazi.

 

Lors de la mise à plat des indemnités accordées aux victimes de l’Allemagne nazie, ils auraient tout simplement été oubliés s’il n’y avait eu des avocats américains, à la tête desquels nous trouvons Harriet Tamen. Ils formèrent un groupe et se lancèrent voici quatorze ans dans le combat de la reconnaissance.

 

Il faut savoir qu’ils ne se sont pas contentés de travailler outre-Atlantique, ils sont entrés en contact avec des consœurs et des confrères français, les exhortant à se lancer, à leur tour, dans la même bataille. C’est ainsi qu’est né en France le mouvement qui fut à l’origine du procès contre la SNCF.

 

Mais les procès furent des échecs, aussi bien aux U.S.A qu’en France. C’est alors que la Commission des Droits de l’Homme a pris le dossier en main et a travaillé avec les avocats américains de l’association Coalition for Holocaust Rail Justice (coalition pour la justice de l’Holocauste ferroviaire) qui a conclu ce que nous connaissons désormais.

 

Les Américains sont partagés sur l’accord. Une partie d’entre eux "saluent et applaudissent", et se sentent récompensés de quatorze années de combats. Les autres regrettent que, au regard de l’Histoire, la SNCF échappe à la condamnation universelle pour avoir transporté dans des conditions d’inhumanité absolue, des femmes, des hommes, des personnes âgées, des grabataires, des malades, des bébés et onze mille enfants.

 

L’accord jette un voile définitif sur le sujet et le fait disparaître à jamais. Maître Harriet Tamen rappelle que « la SNCF était payée pour chaque personne transportée ». Il est vrai que l’examen des livres comptables de la compagnie montre un excédent financier important. Particulièrement pour l’année 1942, pendant laquelle la déportation fonctionnait à plein régime.

 

J’ai pu les consulter - non sans mal d’ailleurs -, ce qui m’autorise donc à écrire que les avocats américains ont raison lorsqu’ils avancent que la SNCF a gagné de l’argent avec la déportation. Certes, les recettes n’étaient pas exclusivement liées aux convois, mais aussi à d’autres transports. Cela étant, les chiffres repérés dans la colonne réservée à ces voyageurs spéciaux sont financièrement éloquents.

 

Les avocats américains ont tenté durant les quatorze années qu’aura duré leur bataille d’obliger la SNCF à payer elle-même les indemnités réclamées. Requête qui n’a jamais pu aboutir. La compagnie ferroviaire est une société d’économie mixte et, à ce titre, ne possède pas de fonds propres. Si elle devait payer, ce serait des caisses de l’Etat que sortirait l’argent ; c’est ce qui va se produire avec l’accord dernièrement intervenu. De même, comme elle n’a jamais été reconnue coupable par aucun tribunal, elle a été tenue éloignée des discussions qui ont abouti à l’accord que nous connaissons maintenant.

 

Les observateurs ne sont pas dupes. Cet accommodement entre les administrations américaine et française sur le paiement des indemnités versées aux Juifs devenus américains, qui se trouvaient sur le territoire national pendant l’occupation nazie, intervient uniquement dans l’objectif que la compagnie française puisse désormais travailler en toute tranquillité sur le sol américain. Puisqu’il est clairement provisionné qu’aucune entité ne pourra plus jamais engager une procédure contre la SNCF pour le rôle qu’elle a joué durant la Seconde Guerre Mondiale.


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Annonce des voeux des rédacteurs de la Ména pour 2015 Version imprimable
Communiqué
mardi, 30 décembre 2014