Nous
avons pensé qu’une mise au point était nécessaire, après l’annonce faite par le
président de la SNCF, déclarant qu’il allait remettre toutes les archives
concernant la déportation des Juifs à trois centres de mémoire de la Shoah.
Charles
de Gaulle disait « …qu’il faut toujours être en accord avec ses arrière-pensées
». En ouvrant les archives de la SNCF relatives à la déportation des Juifs
raflés en France, Guillaume Pépy, le président de la SNCF, est-il en accord
avec ses arrière-pensées ?
A
savoir : par la « magnificence du geste », tenter de reprendre la
main dans la polémique régnant autour de l’attitude des chemins de fer français
dans les années 39-45, et récupérer ainsi le juteux contrat de la construction
de la ligne ferroviaire à grande vitesse entre Los Angeles et San-Francisco ?
C’est
probable, car les Américains sont extrêmement sensibles à ladite polémique, et
n’apprécient guère l’attitude de déni de la SNCF ; mais, n’étant pas dans
la tête du président de la société ferroviaire nationale, il m’est difficile
d’affirmer péremptoirement quoi que ce soit.
La
première question qu’il faut poser est de savoir de quelles archives il s’agit
? Louis Gallois, qui présida la société de chemin de fer de 1996 à 2007, avait
compris que la SNCF ne pouvait pas continuer de garder ses archives fermées, et
que l’un des premiers actes d’apaisement consistait justement à les rendre
accessibles aux chercheurs et aux historiens.
SNCF :
c’est possible !
Il
avait également organisé un colloque, en 2000, à l’Assemblée Nationale, dont le
thème était « Le rôle de la SNCF pendant la Seconde Guerre Mondiale ». Mais la réunion
n’avait malheureusement pas donné les résultats escomptés. Il n’empêche qu’il
s’agissait de deux initiatives importantes qu’il convient de ne pas oublier.
Le
problème des archives est leur éclatement dans des lieux différents. Le chercheur
était donc contraint de courir d’une ville à l’autre pour trouver ce qui
pouvait l’intéresser.
En
posant la question : « de quelles archives s’agit-il ? », je veux être aussi en
accord avec mes propres arrière-pensées : les archives à propos du mérite
de la traction électrique sur la machine à vapeur abondent.
En
revanche, pour espérer trouver les « rapports de traction » – c’est-à-dire la
feuille de route du conducteur de la locomotive, sur laquelle il devait rédiger
ses commentaires à propos du convoi dont il avait la charge –, il fallait
plonger dans les caisses jusqu’à la taille.
Ce
qu’il était, jusqu’à nouvel ordre, interdit d’examiner, c’était, par exemple,
la comptabilité des années 1942-1944, les deux années où la déportation fut la
plus forte.
Christian
Bachelier, auquel Louis Gallois avait demandé de rédiger un rapport sur la
société pendant les années noires, s’était plaint du refus auquel il s’était
heurté, lorsqu’il avait voulu consulter les livres de comptes.
Or,
nous savons aujourd’hui, par recoupement, que la SNCF gagna de l’argent précisément
pendant les terribles années. Mais ce fut "grace au transport de fret avec
l’Allemagne", affirment ceux qui essaient de couvrir la compagnie
ferroviaire à n’importe quel prix.
Et les
convois de la déportation, sous quelle enseigne apparaissent-ils dans les
colonnes de la comptabilité ? C’était aussi du fret !
Reste
que, si nous savons de quelle manière les convois ont été organisés, mon film
en fait la démonstration, nous ignorons toujours dans quelle caisse ou dans
quelle poche l’argent versé par les Allemands en contrepartie des convois
a-t-il pu atterrir.
Tant
qu’il ne sera pas répondu à cette simple question : « quelle est la nature
des archives que le Président Guillaume Pépy va remettre ? », on
demeurera au niveau du bavardage.
Cependant,
essayons d’analyser les raisons de la méfiance exprimée par Madame Rositta
Kenigsberg, vice-présidente du Centre de recherches dédié à l’Holocauste aux
Etats-Unis.
Mme Kenigsberg
suppose que le geste de Guillaume Pépy participe d’une sorte de manigance de sa
part pour relancer les pourparlers au sujet de la construction de la ligne Los
Angeles-San-Francisco.
C’est
vrai qu’il s’agit d’un sacré contrat, et que les sociétés de l’Hexagone n’ont
quasiment aucune chance de l’emporter tant que la France n’aura pas fait toute
la lumière sur le rôle de sa société nationale de chemin de fer dans le
transport des Juifs vers leur extermination.
Je
crois qu’il ne faut, effectivement, pas aller chercher plus loin que le bout de
son nez et répondre : oui.
Mais il
importe également d’ouvrir son esprit. Pépy est né en 1958, il n’a donc rien à
voir avec le drame des Juifs durant la Seconde Guerre Mondiale. Il agit en
premier lieu en chef d’entreprise soucieux du développement des intérêts dont
il a la charge.
Qu’y
a-t-il de répréhensible à cela ? Rien !
La
morale n’est pas bafouée. On peut aussi légitimement espérer que cet homme désire
en finir avec le climat de suspicion régnant entre une catégorie de citoyens
français et l’entreprise nationale. Rappelons que Pépy fit publiquement acte de
repentance, il y a peu de temps, à la gare de Bobigny, d’où partait la majorité
des convois, et qu’il s’était rendu auparavant, seul, visiter Auschwitz.
En
2009, tandis que je présentais mon film Les convois de la honte, des
historiens m’avaient approché et m’avaient invité à les rejoindre dans leur
combat. Depuis des années, ils se battaient pour que la gare de Bobigny
devienne un musée. Aujourd’hui, c’est chose faite !
On ne
peut pas accabler les dirigeants des chemins de fer français de la même manière
lorsqu’ils se taisent que lorsqu’ils agissent.
Vendredi dernier, 3 février, le bureau des statistiques de l'emploi des
Etats-Unis a publié un résultat très positif : au mois de janvier dernier,
l'économie américaine a créé 243 000 emplois nouveaux. Le taux de chômage américain
est reparti à la baisse et atteint désormais 8,3 %.
Aussitôt, le président Obama, dans un discours prononcé à Arlington en
Virginie, a fait son métier d'homme politique et tenté de s'attribuer le mérite
de cette bonne nouvelle. Il a précisé, qu'au cours des derniers 23 mois, les
Etats-Unis ont créé 3,7 millions d'emplois.
Certaines données permettent en effet d'espérer que la reprise
américaine contient des éléments de long terme. Le marché immobilier a été
atone depuis maintenant cinq ans : il y a donc probablement des poches de
demande à satisfaire. Les Etats-Unis ont découvert sur leur territoire, depuis
quelques années, des réserves de pétrole et de gaz qui promettent, pour la
première fois depuis plusieurs décennies, une nette augmentation de la
production nationale : il faudra recruter des travailleurs pour le forage et
pour le transport de ces ressources.
Pourtant, une analyse plus précise des données montre que les Etats-Unis
sont encore loin d'avoir gagné la bataille de l'emploi. De plus, l'économie
américaine est confrontée à de graves déséquilibres, qui provoqueront
inévitablement une nouvelle crise dans les prochaines années.
Sur le front de l'emploi, il est vrai que la situation s'est améliorée
récemment. Cependant, les Etats-Unis restent très en-deçà de leur tendance
traditionnelle ; de plus, la composition de l'emploi et du chômage américains
présente de sérieux motifs d'inquiétude.
La récession américaine a pris fin en juin 2009. Si l'on prend pour référence
la moyenne des reprises précédentes (1976, 1983, 1992, 2001), la richesse
totale mensuelle produite trente-deux mois après le début de la reprise
dépassait le précédent point haut de 13,5 % en moyenne. Or, en janvier 2012, la
richesse produite n'a dépassé le précédent point haut (décembre 2007) que de
0,7 %. Pour la première fois depuis les années 1930, les Etats-Unis se sont
montrés incapables de faire succéder à la crise économique une période de
reprise vigoureuse.
De plus, le contenu en emplois de l'économie américaine continue à se
détériorer. Alors que la richesse produite était à peu près équivalente, en
décembre 2007, à ce qu'elle fut le mois dernier, le nombre d'emplois était
alors supérieur de 5,6 millions à ce qu'il est aujourd'hui. Si on combinait
l'intensité des précédentes reprises avec le contenu en emploi de 2007, les
Etats-Unis auraient aujourd'hui 10,5 millions de personnes au travail.
La première raison de cette différence entre la reprise actuelle et les
précédentes tient à la méfiance des employeurs face aux politiques de
l'administration Obama. Toutes les enquêtes montrent que les employeurs
recrutent aussi peu que possible pour trois raisons :
1) Ils craignent l'augmentation des coûts d'assurance santé que
provoquera la réforme Obama ;
2) L'administration a multiplié les règlementations (environnementales,
de droit social etc.) ce qui crée des coûts supplémentaires pour les
entreprises ; une fois ces coûts payés, il ne reste plus d'argent pour recruter
;
3) Les employeurs craignent que le discours politique très
"anti-riches" que le Président a choisi pour sa campagne électorale
se traduise par de nouvelles charges s'il est réélu.
L'effet Obama sur la reprise américaine
?
De plus, s'il est vrai que la situation générale de l'emploi s'est
améliorée, la composition de la population active, comme de celle des chômeurs,
évolue de manière inquiétante.
Pour la première fois depuis les années 1930, les Etats-Unis connaissent
un problème structurel de chômage de long terme : 44 pour cent des chômeurs,
soit 5,5 millions de personnes, cherchent du travail sans succès depuis plus de
six mois.
L'apparition d'une importante population de chômeurs de long terme va
créer des difficultés pour l'ensemble de la société. Plus longue est la
recherche d'emploi, plus les personnes concernées risquent de perdre leurs
qualifications et leur capacité à contribuer utilement à l'économie. Le chômage
de long terme s'accompagne par ailleurs, souvent, de pathologies sociales -
dépression, alcoolisme, violence - qui vont peser sur la société américaine.
Pour la première fois aussi, les Etats-Unis connaissent un problème
spécifique de chômage des jeunes. 23% des moins de vingt ans qui cherchent un
emploi sont aujourd'hui au chômage - une nette rupture par rapport à l'Amérique
d'il y a seulement cinq ans, où l'on voyait partout des adolescents au travail.
Une longue période d'inactivité à cet âge-là risque de rendre longtemps
inemployable une proportion importante de ces jeunes adultes. Et lorsqu'un pays
compte un grand nombre de jeunes inemployables, cela se traduit presque
toujours par des mouvements sociaux désordonnés (comme le fut récemment le
mouvement "Occupy Wall Street") et par un discours politique sujet
aux extrémismes.
Cette atmosphère, à son tour, décourage les investisseurs d'installer
leurs usines dans ce pays et les banques d'y prêter aux ménages et aux petites
entreprises. Tout cela contribue à expliquer pourquoi, malgré l'utilisation
politique massive que font les Démocrates des derniers chiffres de l'emploi,
l'indice de confiance des consommateurs, paru le même jour, est reparti
nettement à la baisse (de 64,8 à 61,1). La situation s'améliore peut-être,
statistiquement parlant, mais les Américains ne sont pas convaincus.
A moins qu'ils ne commencent à devenir sensibles à d'autres évolutions
structurelles - en particulier, dans le domaine des revenus. Le graphique
suivant, publié par le blogueur économique Greg Weldon, montre que les revenus
américains nominaux ont stagné depuis 2006, alors que l'inflation continue
d'augmenter à un rythme relativement stable. Autrement dit, les Américains ont
vu leur pouvoir d'achat réel diminuer chaque année depuis maintenant six ans.
Mais ce n'est pas le pire. Pendant ces années de baisse du pouvoir
d'achat, les administrations Bush et - surtout - Obama ont laissé exploser les
dépenses publiques. Ces dépenses nouvelles ont, bien sûr, contribué aux revenus
des ménages, que ce soit par une augmentation des transferts sociaux ou par la
création d'emplois publics.
Chacun sait désormais que le niveau d'endettement actuel de
l'administration n'est pas soutenable et que, dans les années à venir, les
dépenses publiques vont diminuer et les impôts augmenteront.
Ceci, naturellement, va réduire le revenu disponible des ménages.
Puisque le pouvoir d'achat a baissé en période d'explosion des dépenses
publiques, on peut prédire qu'il va s'effondrer pendant les années de rigueur
qui s'annoncent.
L'évolution des déficits publics
américains :
cela ne peut pas continuer longtemps
comme ça !
La baisse inévitable des revenus n'a d'ailleurs rien d'étonnant, quand
on regarde de plus près les données du Bureau des statistiques de l'emploi,
dont les Démocrates se délectent tant.
Mercredi dernier, le Bureau a publié une analyse de la nature des
emplois dont il prévoit la création entre maintenant et 2020. Les quatre
catégories d'emplois qui augmenteront le plus sont : infirmiers et infirmières,
vendeurs de détail, aides à domicile et employés de bureau. Au total, 30 % des
emplois qui seront créés dans les huit prochaines années n'exigeront aucun
diplôme, et 40 % supplémentaires n'exigeront que l'équivalent du bac.
La baisse du pouvoir d'achat des Américains est donc d'autant plus
programmée que, pour la première fois sans doute de leur histoire, le marché de
l'emploi est en train d'évoluer en faveur des emplois à faible qualification -,
et de déplacer vers d'autres régions du monde (en premier lieu l'Asie) les
emplois fortement qualifiés.
Les Etats-Unis sont probablement en train de connaître une crise qui
n'est, au fond, pas très différente de celle que connaissent - à un stade bien
plus avancé - la Grèce, le Portugal et d'autres pays du sud de l'Europe.
Le 27 janvier dernier était la journée
internationale à la mémoire des victimes de la Shoah. Je le souligne, et je
tiens à y revenir, car le phénomène d’occultation que j’ai déjà eu l’occasion
d’analyser s’aggrave.
J’ai cherché un article sur la journée du
27 janvier dans la presse française, et n’en ai pas trouvé. J’ai cherché un
reportage sur les grandes chaînes de télévision : je n’en ai pas trouvé non
plus.
Ce n’est, je pense, pas du tout un hasard
: au cours des dernières années, quand des articles étaient publiés sur le
sujet dans la presse française, les réactions étaient souvent négatives, et les
commentaires postés sur les sites Internet étaient souvent porteurs d’idées
nauséabondes. Parcourir réactions et commentaires m’a conduit à écrire le livre
« Comme si se préparait une seconde Shoah ».
De fait, tandis que certains s’irritaient
visiblement qu’on parle encore de la Shoah (allant jusqu’à dire qu’il n’y en
avait « que pour les Juifs ») et souhaitaient visiblement qu’on n’en parle
plus, d’autres (parfois les mêmes) s’employaient à pousser cette irritation
jusqu’à son terme, en proférant une détestation des Juifs aujourd’hui.
Les bâtards du
négationniste Robert Faurisson pullulent aujourd’hui
Ici, en 1989, après s’être
fait agresser par des fils de personnes gazées à Auschwitz
Mais puisque "les
camps d’extermination nazis n’ont pas existé"…
Tandis que, pour se débarrasser du fardeau
d’avoir à se souvenir encore du passé criminel des peuples européens à
l’encontre des Juifs, certains se révélaient prêts à incriminer les Juifs pour
oser garder en mémoire ce passé, d’autres cherchaient des raisons d’incriminer
les Juifs au présent.
Aux fins de s’assurer qu’on parle moins de
la Shoah tout en préservant la journée du 27 janvier, et aux fins d’alléger le
fardeau, la plupart des pays d’Europe ont fait du 27 janvier une journée à la
mémoire des « victimes de tous les génocides ». La Shoah est ainsi devenue « un
génocide parmi tant d’autres ».
Aux fins de pouvoir s’en prendre aux Juifs
au présent, ces mêmes pays stigmatisent toujours davantage ce qui incarne la
survie et le dynamisme du peuple juif : l’Etat du peuple juif, Israël.
Nous vivons ainsi une époque où la parole
de celui qui a dit, sur le ton de l’humour très noir, que les Européens ne
pardonneraient jamais Auschwitz aux Juifs, se révèle de plus en plus
effroyablement exact.
Nous vivons une époque où les Européens ne
pardonnent pas aux Juifs qu’il y ait eu Auschwitz, et où les Européens
pardonnent encore moins aux Juifs qui ont survécu de vivre encore, d’avoir de
la mémoire, et de ne pas disparaître.
Nous vivons une époque où les Européens
semblent vouloir faire payer aux Juifs le « crime » de n’avoir pas
disparu et d’oser être encore debout (après tout ce qui a été entrepris pour
que cela n’arrive pas !), l’esprit intact.
Si les Européens pouvaient, de surplus,
accuser les Juifs d’être eux-mêmes coupables de quelque chose, et, pourquoi
pas, coupables de génocide, la boucle serait bouclée. Et c’est ce qui est, peu
à peu, en train de se passer.
C’est l’objet du deuxième livre que j’ai
publié en 2011, que j’ai conçu comme un complément du premier.
J’y explique, en compagnie de David
Horowitz, « comment le peuple palestinien fut inventé ».
Ce qui est intéressant est aussi de constater
la raison pour laquelle le peuple palestinien fut inventé.
L’invention a servi à présenter la guerre
du monde arabe pour la destruction d’Israël comme une « lutte de libération
nationale », et à transformer une population en arme de destruction d’Israël,
mais elle a également servi les Européens, en leur permettant d’accuser les
Juifs, et d’aller jusqu’à l’accusation de génocide.
La narration, « peuple palestinien »
chassé de sa terre et d’un pays détruit, « diaspora palestinienne », Nakba, a
été conçue tout exprès.
« Les Juifs n’ont pas tous disparu à
Auschwitz et voudraient que les Européens se souviennent et se sentent
coupables, alors qu’il y a tant de génocides », vient-on à penser en
Europe. Mais en sus, les Juifs commettent, au détriment d’un autre peuple, les
crimes dont ils pourraient encore avoir l’impudence d’accuser les Européens.
La singulière popularité de la « cause
palestinienne » en Europe me semble pouvoir s’expliquer ainsi.
Le souvenir de la Shoah irrite et
contrarie en Europe. Noyer la Shoah parmi de multiples autres crimes, la
banaliser, compense l’irritation. Pouvoir accuser les Juifs de commettre une
forme de Shoah permet de calmer complètement l’irritation, et d’en revenir, sur
un autre mode, au point de départ.
Les arrière-grands-parents des Européens
d’aujourd’hui accusaient les Juifs de ne pas être chez eux dans les pays
d’Europe où ils vivaient. Les Européens d’aujourd’hui, en nombre croissant,
accusent les Juifs de ne pas être chez eux dans le pays dont le peuple juif
avait été chassé et vers lequel il est revenu.
Les arrière-grands-parents des Européens
d’aujourd’hui accusaient les Juifs, peu ou prou, de voler le travail des vrais
Européens, d’envahir l’Europe et de la corrompre. Les Européens d’aujourd’hui,
en nombre croissant, accusent les Juifs de voler la terre des « Palestiniens »,
d’avoir envahi la « Palestine » et d’avoir spolié son « peuple ».
Les arrière-grands-parents des Européens
d’aujourd’hui ont accepté Auschwitz et ont fait, ou laissé faire, ce qui
semblait « régler » le « problème juif ». Les Européens d’aujourd’hui acceptent
la narration palestinienne, qui, si elle se poursuivait jusqu’au bout, aurait
des allures de solution finale réglant le « problème juif ».
Dois-je le dire ? J’ai le sentiment
persistant qu’un air malsain souffle sur l’Europe aujourd’hui, et que, derrière
l’effacement de la Shoah dans les consciences européennes, et derrière la
singulière popularité de la « cause palestinienne », il y a le passage d’une
forme d’antisémitisme à une autre, le passage d’un consentement à Auschwitz au
consentement à la possibilité de quelque chose qui ne serait pas Auschwitz, mais
qui aurait, au fond, la même finalité fondamentale.
Sans rapport avec le sujet de cet article, j’ai remarqué une
multiplication de la production, par des Palestiniens, de saynètes figurant des
atrocités commises par l’armée israélienne contre des civils.
Témoin l’événement mis en scène dans le village d’Al-Dirat, et dévoilé
par la Ména, où un photographe de l’Agence France Presse a voulu faire
croire que des militaires hébreux avaient intentionnellement roulé sur les
jambes d’un ouvrier palestinien à l’aide d’un tracteur.
Témoin également, une scène tournée à Bahreïn, présentant un soi-disant
soldat israélien pointant le canon de son fusil sur le visage d’une petite
fille. Mais l’uniforme n’est pas celui d’un militaire de Tsahal, les bottes non
plus, et le fusil est une Kalachnikov de fabrication russe, que n’utilisent pas
nos voisins de l’Ouest.
Je désire utiliser ces lignes pour exprimer à quel point cette pratique
d’imposture à la victimisation est irrespirable. D’abord, parce que les
militaires hébreux se comportent globalement plus décemment que ceux de toutes
les autres armées de par le monde, et qu’ils ne méritent pas de supporter de
fausses accusations.
Ensuite, parce que le but de ces mises en scène consiste à générer une
haine artificielle irréductible entre les deux peuples, et que ces peuples sont
condamnés à vivre côte-à-côte en bonne harmonie.
Des
petits Palestiniens jouent à Mohamed A Dura
Enfin, parce qu’un peuple qui a la raison pour lui n’a pas besoin de
démoniser son adversaire pour demander justice ; et que cette activité, au
contraire, apporte de l’eau au moulin de ceux qui prétendent que nous sommes
des primitifs immatures, à qui il serait insensé de confier un Etat.
C’est encore sans parler de la corruption morale que cette activité
consacre dans la société palestinienne, qui sous-entend qu’il est permis de
mentir lorsque l’on poursuit un objectif. Or, dans la vie quotidienne, nous
poursuivons tous divers objectifs.
C’est Yasser Arafat qui, avec la mise en scène du faux assassinat de
Mohamed Dura [1], avait inauguré cette pratique détestable. La victimisation
est devenue, depuis, un sport de prédilection dans notre société, et si nous
voulons vraiment grandir, il est temps de l’en extirper. Mais il faut également
préciser, que des organes de presse établis, telle Wafa, l’agence de
presse de l’AP, qui reprend à son compte la truanderie d’Al-Dirat, et l’AFP,
qui ne sanctionne pas son photographe Hazam Bader, mais qui, au contraire,
protège son délit, portent une responsabilité écrasante dans l’encouragement de
cette pratique exécrable.
Une pratique qui veut que l’on joue au mort ou au blessé pour faire
accuser un Israélien qui ne nous a rien fait. Mais attention ! Entre faire
le mort et être mort, il y a une nuance qui n’est pas forcément évidente. Moi, je
suis pour ceux qui se tiennent debout.
Sami El Soudi
Article :
Le Quartette pour le Moyen-Orient, comprenant les Etats-Unis, l’Union
Européenne, l’ONU et la Fédération de Russie, avait fixé à l’Autorité
Palestinienne et au gouvernement israélien une date butoir, au 26 janvier, pour
présenter leurs positions respectives au sujet des futures frontières entre un
Etat palestinien et Israël.
L’Autorité a parfaitement respecté ce délai. Elle a présenté aux
Hébreux et au Quartette un document complet, illustré par des cartes précises,
qui lui a valu les félicitations du Secrétaire général des Nations Unies, M.
Ban Ki-moon.
Quant à Israël, il a fait, en la matière, du "travail
d’Arabes", se contentant d’exposer oralement à notre représentant, Saëb
Erekat, aux pourparlers d’Amman de la semaine dernière, des principes
concernant lesdites frontières. Ce, sans que l’envoyé de Netanyahu, l’avocat
Isaac Molho, ne remette le moindre document sur la question à son homologue. Molho
s’est contenté de promettre d’apporter des clarifications "dès que
possible", en proposant de fixer un nouveau rendez-vous dans la capitale
hachémite à cet effet.
Le dossier remis par Erekat propose l’établissement de notre Etat sur
les frontières de 1967, qui séparaient, avant la Guerre des Six Jours, la
Jordanie et l’Etat hébreu.
Comment aurait-il pu en aller autrement, quand on sait que, tant
l’Europe que les Etats-Unis, considèrent ce tracé comme la "base de
négociation" pour la délimitation de la future séparation entre la
Palestine et Israël ? L’Autorité Palestinienne ne pouvait décemment
adopter une position plus favorable à Israël que celle de la communauté
internationale.
Quant à l’exposé de Molho, on peut en retenir qu’il suggère d’annexer
les trois grands blocs d’implantations à l’Etat hébreu, de même que la totalité
de Jérusalem, ainsi que d’adopter, peu ou prou, le tracé de la Barrière de
séparation et de le transformer en frontière permanente.
Certains observateurs, palestiniens, arabes, mais également occidentaux
et israéliens, considèrent que la "causerie" d’Isaac Molho
participait d’un choix stratégique, dont l’objectif unique consistait à ne pas
déclencher les foudres du Quartette au sujet du non-respect de son ultimatum,
tout en demeurant plus que vague sur la question posée.
Cela se peut effectivement. Mais je suggère de ne pas évacuer trop
rapidement un élément qui me paraît important : même si c’est une résultante
de la pression internationale, ce fut la première fois que le gouvernement de
Benyamin Netanyahu a évoqué un tracé de frontière avec un "Etat
palestinien souverain".
Certes, cette évocation s’étant effectuée oralement, l’exécutif aux
affaires à Jérusalem pourra toujours arguer que Molho a été mal compris. C’est
pour cette raison que, si cela avait dépendu de moi, j’aurais demandé que la
proposition soit transcrite par écrit et qu’elle nous soit transmise, ainsi qu’au
Quartette, avant de rendre publics nos commentaires. Ce, même s’il avait fallu,
pour ce faire, participer à une ou deux réunions supplémentaires à Amman. Il
importe de savoir faire du temps le meilleur usage possible, et de se hâter
lentement.
Mais le président de l’AP, Mahmoud Abbas, en a, semble-t-il, décidé
autrement, intervenant mercredi, quelques heures seulement après la clôture de
la discussion à Amman. Il a dit qu’il n’y avait eu aucune ouverture digne de ce
nom, et qu’il allait prochainement (dimanche) soumettre le sujet de la
poursuite du processus de rencontres d’Amman aux ministres des Affaires
Etrangères de la Ligue Arabe.
Pour Abbas, il s’agit d’une tentative assez intelligente, destinée à ne
pas assumer seul, face aux pressions occidentales en faveur de la poursuite des
discussions,l’éventuelle décision d’y
mettre un terme.
Hier, à l’occasion d’une conférence de presse avec Ban Ki-moon, en
visite de travail dans notre région, il a confirmé ses propos, critiquant
vertement la politique de l’actuel cabinet israélien, consistant à multiplier
les faits accomplis sur le terrain, tant en Cisjordanie qu’à Jérusalem, tout en
continuant la construction dans les implantations.
Y compris, et cela, c’est moi qui l’ajoute, dans des implantations
situées à l’extérieur des frontières proposées par Isaac Molho. On peut alors
se demander "pourquoi construire dans une zone que l’on se propose
d’évacuer ?", et penser que cela n’a pas de sens ; sauf si l’on
croit, comme la quasi-totalité des gens de la planète n’appartenant pas à la
coalition de Netanyahu, que ce dernier n’a pas réellement l’intention de
permettre l’édification de notre Etat, ni dans les limites de la Barrière de
sécurité, ni ailleurs en Palestine.
Quant à Abbas, il a, en conséquence, décidé de grossir d’un élément ses
conditions à la reprise de négociations directes, au plus haut échelon, avec
Netanyahu : dorénavant, il n’exige plus uniquement le gel des
implantations – y compris à Jérusalem -, mais aussi la reconnaissance des
frontières de la Palestine.
Mahmoud Abbas, ce faisant, est conscient de deux choses :
1. Il n’y aura pas d’avancée tangible dans le règlement du conflit tant
que ce 1er ministre sera au pouvoir côté israélien. Tout ce que Bibi
désire est donner l’impression qu’on négocie, tout en préservant le statu quo
actuel : donc pas de raison sensée de lui faciliter la tâche !
2. Les pressions exercées sur son adversaire, au sujet des discussions
d’Amman, sont plus impérieuses que celles qu’il a lui-même à subir.
Exemple, la longue conversation téléphonique entre la Chancelière Angela
Merkel et Netanyahu, jeudi dernier, un jour après la rencontre à Amman, à l’initiative
de l’Allemande.
Elle y avait exprimé sa crainte de voir le processus de discussions
s’interrompre, et avait obtenu, de la part du 1er ministre, la
promesse de clarification imminente de la question des frontières, ce, pendant
que le ministre allemand des Affaires Etrangères, Guido Westerwelle [un fidèle
ami d’Israël. Ndlr.] se trouvait dans la région, pour un séjour
inhabituellement long.
Netanyahu n’a pas tenu parole, ce
qui a poussé la Chancelière à mettre directement l’une des menaces qu’elle
avait émises à exécution : elle vient de rehausser le niveau de la
représentation diplomatique palestinienne en Allemagne, au grand dam de
Jérusalem.
Lors d’une conférence de presse
commune avec M. Netanyahu, Ban Ki-moon a clairement soutenu la position
palestinienne relative au gel des implantations.
A l’occasion d’une autre
conversation téléphonique, avec Hillary Clinton, celle-là, le Président du
Conseil israélien, répondant à l’invitation exprimée par la Secrétaire d’Etat
US de faire des gestes de bonne volonté en direction d’Abbas, a déclaré à son
interlocutrice : "Israël est intéressé à poursuivre les pourparlers
avec les Palestiniens tout en préservant les intérêts sécuritaires des citoyens
israéliens". Lorsque l’on connaît l’interprétation de Benyamin Netanyahu
au sujet de l’intérêt sécuritaire des Israéliens en Cisjordanie, on comprend,
sans avoir besoin ni de dessins ni de cartes, qu’il va falloir nous armer de
patience.
En fait, il existe une autre
raison me permettant d’affirmer qu’il ne va rien se passer entre Israéliens et
Palestiniens dans un proche avenir, les deux partis campant sur les positions
qui sont les leurs : les élections présidentielles américaines. Abbas et
Netanyahu parient sur deux chevaux différents.
Pour le moment, en pré-campagne
électorale, l’administration Obama n’exercera aucune pression sur Jérusalem. A
cela, deux motifs : Barack Obama tient à rassurer le vote juif, et il veut
également ne pas isoler Israël – ni politiquement, ni économiquement ou
militairement – afin de ne pas risquer de précipiter une attaque de Tsahal en
solo contre l’Iran. Car une guerre dans le Golfe, impliquant l’Armée US, juste
avant la plus importante des échéances électorales, serait particulièrement hasardeuse.
Ce qui a fait dire à Victoria
Nuland, porte-parole du Département d’Etat, que "les discussions [d’Amman]
étaient bénéfiques aux deux parties". Et Washington, d’octroyer des
crédits supplémentaires à l’Etat hébreu, de lui livrer du matériel de guerre de
pointe, de déployer les plus puissants radars du monde sur son territoire,
ainsi que les boys pour les faire fonctionner, et de ménager aux militaires
d’Ehud Barak un accès direct aux satellites de l’Oncle Tom.
Reste qu’à Ramallah, on demeure
persuadé que le pensionnaire de la Maison Blanche est un fervent soutien de la
cause palestinienne, et qu’il déteste, en vérité, la coalition aux commandes à
Jérusalem. A la Moukata, on espère en la réélection d’Obama, et on se persuade
que, lors d’un hypothétique second mandat, lorsqu’il n’aura plus à craindre le
vote des amis américains d’Israël, il dévoilera son vrai visage, et nous
garantira l’accès à notre Etat, selon des termes qui nous seront favorables.
A Jérusalem, on prie exactement
pour que ce soit le contraire qui advienne : pour que l’un des deux
Républicains, entre Mitt Romney et Newt Gingrich – des partisans à tout rompre
d’Israël – soient élus à la tête de l’Amérique et, indirectement, du monde.
Je ne lis en général pas les rapports de
l’Assemblée Nationale. Ils sont ennuyeux, abscons, rédigés dans un style que
seul un haut fonctionnaire ou un politicien professionnel peut trouver
agréable. J’ai fait, pour une fois, une exception.
J’ai vu, de fait, en parcourant divers
articles, que, dans un rapport
de l’Assemblée Nationale, les mots « Israël » et « apartheid »
s’étaient trouvés associés. Cela m’a semblé intéressant. Et je me suis posé la
question qui sert de titre à cet article.
L’Assemblée nationale française est-elle
devenue une annexe de l’Autorité Palestinienne ? Je me garderai de répondre. Je
laisserai ceux qui veulent lire le rapport concerné, de 312 pages, juger sur
pièce.
Le rapport examiné porte sur « la
géopolitique de l’eau ». Le président de la mission d’information qui l’a
préparé Lionnel Luca, de l’UMP, le rapporteur, Jean Glavany, du Parti
socialiste. On ne peut donc incriminer la gauche davantage que la droite. Lionnel
Luca s’est désolidarisé de la partie du rapport que je dénonce ici, dont acte.
Mais son nom figure quand même sur le document.
Jean Glavany, député
PS : inculte, antisémite et simplet
Dans l’une de ses parties, celle que
j’incrimine, « Le bassin jordanien : l'eau volet intégré du conflit territorial
et question sécuritaire », le rapport traite du Proche-Orient, et accorde une
attention particulière à Israël, en utilisant un vocabulaire qui a cours à
Ramallah.
Y figurent tous les mots des
propagandistes aeffpéo-schattneriens : « frontières de 1967 », « colons », «
territoires occupés ». La Palestine est citée comme s’il s’agissait d’un pays.
La barrière de sécurité est appelée « mur de séparation » (avec tout l’argent
que la France donne aux « Palestiniens », les députés français n’ont pas les
moyens, sans doute, de se rendre sur place et de constater qu’il s’agit
essentiellement d’une barrière et pas d’un mur).
La guerre qu’Israël a dû mener pour sa
survie en 1948-49, et la guerre de 1967, sont présentées comme relevant
d’arrière-pensées israéliennes, et reposant sur une volonté de « conquête de
l’eau ». [ça n’est pas uniquement antisémite et antihistorique, c’est aussi
débile ! Ndlr.].
Lionnel Luca, député, UMP,
le président de la mission responsable du rapport assimilant Israël à l’apartheid.
Il se "désolidarise" d’une partie du rapport, mais le signe tout de
même… C’est pire que Glavany : il vous prend aussi pour des c…
Les actions ultérieures d’Israël sont
décrites comme perverses, destinées à assoiffer et à condamner à la pénurie ses
voisins [idem].
Et puis, il y a le morceau de bravoure,
que je tiens à citer : « il est des mots et des symboles qui, par leur force,
peuvent avoir une vertu pédagogique. Or, tout démontre, même si bien peu
nombreux sont ceux qui osent employer le mot, que le Moyen-Orient est le
théâtre d’un nouvel apartheid. La ségrégation y est raciale mais comme on n’ose
pas le dire, on dira pudiquement « religieuse ». Pourtant, la revendication
d’un Etat « juif » ne serait-elle que religieuse ? ».
En somme, les auteurs du rapport se
veulent « pédagogues » et pensent qu’il est « pédagogique » de recourir à des
mots diffamants, voire racistes. Ils se décrivent comme courageux ! Et non
seulement ils accusent Israël de racisme anti-arabe, mais ils décrivent Israël
comme un Etat raciste.
On lit ensuite que la ségrégation raciale
est également « spatiale », « hautaine et méprisante »,« vexatrice et humiliante », « voire violente
». Les violences dont il est question sont, cela va de soi, des violences israéliennes
contre des Arabes, sans nul doute innocents et victimes du racisme.
On ne trouve pas la moindre mention du
terrorisme dans le texte. Tout comme on n’y trouve pas la moindre mention de
l’incitation incessante à la haine venant des « media palestiniens », financés
par la France.
On pourrait répondre, bien sûr, qu’Israël
a dû se battre pour sa survie en 1948-49, contre des armées
exterminationnistes, qu’en 1967, Israël s’est à nouveau battu pour sa survie,
qu’Israël comprend une minorité arabe qui possède la nationalité israélienne,
que l’Autorité Palestinienne est une entité corrompue, totalitaire, gangrenée
par le fanatisme, et vivant sous perfusion d’argent européen.
On pourrait dire que si, dans « barrière
de sécurité » il y a le mot « sécurité », c’est pour une bonne raison, et que
quand il y a un relâchement de la sécurité, il y a des morts juifs. Par
centaines.
On pourrait ajouter que, depuis les
malencontreux accords d’Oslo, les populations arabes de Judée-Samarie sont
prises en otage par des lecteurs de « Mein Kampf » et des « Protocoles
des Sages de Sion ».
Nouvelle
grosse affaire de démonisation à bon compte des soldats israéliens avec la
participation active d’un employé d’un media français.
Des
sites d’activistes palestiniens et de sympathisants pro-palestiniens, y compris
celui de Philip Weiss, rapportent que,
mercredi dernier, le 25 janvier, un incident très grave s’est produit aux
abords du village palestinien de Al-Dirat, dans la région d’Hébron.
Ce
jour-là, Tsahal avait été appelé en renfort par l’administration civile afin d’empêcher
des Palestiniens de procéder à des constructions sans autorisations appropriées
dans cette région de la zone C de Cisjordanie, celle soumise entièrement à la
supervision israélienne.
Des
militants palestiniens font barrage aux soldats, qui tentent, avec infiniment
d’égards et de retenue, de s’approcher du sommet d’une butte, sur laquelle a commencé
la construction illégale.
Intentionnellement,
nous n’entrerons pas dans la polémique, consistant à déterminer qui a le droit
de construire en Cisjordanie, où et quand ; ce, car l’événement qui s’est
produit, mercredi dernier, sur le site de cette confrontation, est infiniment
plus important que les péripéties de la manifestation elle-même.
Durant
les discussions entre soldats et manifestants, un homme se couche devant les
roues d’une remorque agricole, tirée par un tracteur palestinien. Le photographe
de l’AFP, Hazam Bader, est là, aux
abois. L’homme au sol se met à hurler de douleur ; il prétend que le
tracteur, avec un soldat israélien à ses commandes, lui a roulé sur les jambes.
Mais le tracteur n’a pas bougé d’un centimètre, et aucun Israélien n’a pris le
volant.
Des douleurs
"atroces"
Les
soldats ont très rapidement réalisé la supercherie, ils créent un périmètre de
sécurité autour du blessé imaginaire, et font immédiatement appel à deux
médecins : un praticien de Tsahal, et un docteur palestinien du Croissant
Rouge.
Les
diagnostics des deux toubibs concordent : ils ne discernent pas sur le
corps du nouveau Mohammed A Dura la moindre égratignure. D’ailleurs,
l’ambulance du Croissant Rouge palestinien repart à vide, l’homme ne sera pas même
hospitalisé. D’autres témoins que nous avons interviewés affirment l’avoir vu
quitter la scène, debout et le sourire aux lèvres, après le retrait des
militaires.
Cette
minable péripétie du conflit israélo-palestinien aurait dû s’arrêter là. Un
militant qui fait du zèle, un photographe complaisant, qui bidouille un remake
des scenarii de victimisation de civils palestiniens soumis à la
"barbarie" des monstrueux soldats israéliens sadiques. "Ceux qui
prennent du plaisir à maltraiter leurs voisins", pour citer Edgar
Morin-Nahum et le Monde.
Mais
l’opportunité est trop belle. Hazam Bader lance l’affaire. Des pseudo-media
Internet arabes – et l’agence officielle palestinienne WAFA -, européens
et américains s’engouffrent dans la brèche et diffusent les "souffrances
atroces" du pauvre type" sur le corps duquel les Israéliens ont roulé".
Un camarade
soigne le martyr… avec les pieds
Les
grands media franciliens, probablement échaudés par les précédentes mises en
scènes du même genre, se tiennent pour l’instant à carreau. Pas l’AFP,
et sa tristement célèbre officine de Jérusalem. L’agence semi-officielle
française décide de soutenir le faussaire, dans un énième déni de vérité.
Une
journaliste de la Ména a appelé le chef du bureau de l’AFP hiérosolomytain,
Philippe Agret. Celui-ci est déjà au courant, il est hystérique. La journaliste
affirme au directeur de l’AFP que la Ména a mené son enquête, grâce à
ses correspondants permanents sur place ainsi qu’au porte-parole de l’armée
israélienne.
Ils
ont interrogé des témoins et des médecins ayant ausculté l’ouvrier du bâtiment,
qui rêvait d’être un nouveau héros de la cause palestinienne. La journaliste
déclare à Agret qu’il n’existe pas le moindre doute sur cette affaire, et qu’il
s’agit d’une parfaite imposture. Une mise en scène dans laquelle un employé de
l’agence française interprète l’un des deux rôles principaux.
Nous
demandons si l’AFP souhaite entreprendre une enquête de son côté. Nous
désirons lui demander si, dans le cas où il s’agirait d’une nouvelle imposture,
l’AFP entend prendre des sanctions contre son photographe palestinien,
voire le licencier, ce qui se justifie pleinement pour un bidouillage-photo aussi
grave.
Nous
n’en avons pas le temps. Philippe Agret hurle au téléphone : "Vous
étiez sur place au moment des faits ? Je me tape de votre
enquête !", avant de raccrocher. Sandra Ores tente de le rappeler
mais on lui signifie que le chef de bureau refuse de reprendre la conversation.
Voilà
pour les faits. Ce qui nous avait mis la puce à l’oreille, en lisant l’article
de Philip Weiss, c’était la profusion inhabituelle des images : avant et
après l’"incident", bien entendu, pas pendant !
Et
puis la "victime" n’avait pas une trace de terre sur ses habits, sur
une scène où la boue, suite aux récentes pluies diluviennes, collait à tout ce
qui bougeait.
Les
photos, enfin ! Leur vitesse d’obturation avait éveillé nos
soupçons : beaucoup trop lente pour des images prises sur le fait. Pour
preuve, sur la première photo que nous reproduisons, les mains du
"martyr" sont floues. Elles bougeaient. Au 1/30ème de
seconde, c’est ce qui arrive, mais on ne photographie pas un évènement d’actualité,
à chaud, à des vitesses aussi basses.
De
toute façon ces considérations n’ont plus lieu d’être. Les témoignages ayant
confirmé le doute.
Reste
la posture professionnelle de l’agence de presse monopolistique française. Elle
persiste à ne pas faire son métier. Elle persiste à soutenir n’importe quelle
tentative de mise en scène d’un crime que les Juifs pourraient avoir commis
afin de stigmatiser Israël. Elle persiste à octroyer l’impunité à ses fixeurs
et employés arabes occupés à démoniser les Juifs. Elle ne s’occupe plus
d’information dans la région.
A
noter que le choix de cette mise en scène est particulièrement émétique.
Il
ne s’agit pas uniquement de dénoncer un acte barbare que les soldats n’ont pas
commis, comme de tirer sur un civil innocent. Cette fois, ils ont mis le
paquet : dans l’affaire A Dura de France 2, les militaires tiraient
sur un enfant sans discontinuer pendant quarante-cinq minutes, alors qu’il y
avait deux cents adultes présents sur le Carrefour de Netzarim. A Al-Dirat, on
a voulu faire croire qu’ils étaient immoraux au point de rouler sur les jambes
d’un pauvre type avec un tracteur. Il n’y a rien d’innocent dans le choix de la
mise en scène.
Il
est évident que nous sommes à nouveau en présence d’une double tentative d’intoxication
du public : la première, du fait d’un faux reportage réalisé par un
photographe-activiste antisémite palestinien ; la seconde, dans l’appui
qu’il a trouvé, pour propager sa sinistre besogne, en utilisant le sigle d’un hypermédia
occidental et français.
Nous
sommes à nouveau confrontés à la volonté de souffler sur les braises du
différend israélo-palestinien, qui n’en a pourtant guère besoin. Avec permission
de "tirer à vue" sur les Israéliens, en toute occasion, et, bien
entendu, sans la moindre preuve. C’est de mauvais augure pour la sécurité des
Juifs de France et pour l’équilibre de la démocratie française.
Il
faudrait immédiatement interpeller, sur cette affaire, le Président Sarkozy,
afin qu’elle n’empoisonne pas à nouveau l’atmosphère dans l’Hexagone pendant
des années. Mais ça, ça n’est pas le travail de la Ména. Nous, nous informons.
Nous ne faisons pas de politique, mais du journalisme.
Hapoël Kiryat Shmona, phénomène national ! (info # 012901/12)
Habituellement, c’est à propos d’actes de guerre ou de problèmes
économiques qu’Israël se rappelle de l’existence de la petite ville du Doigt de
la Galilée. Kiryat Shmona détient en effet le titre peu envié de cité la plus
bombardée de l’Etat hébreu, même si, depuis la Seconde Guerre du Liban, en
2006, elle a été relativement épargnée. Mais, ces derniers mois, c’est pour une
raison autrement plus gaie que nos concitoyens évoquent le chef-lieu de notre
région : pour son extraordinaire club de foot !
A huit journées du terme de la saison régulière, Hapoël Ironi Ituran
Kiryat-Shmona (Le club Municipal de l’Ouvrier (la fédération ouvrière
nationale) Ituran de Kiryat-Shmona [1]), occupe la première place du championnat
national. Excusez du peu, l’équipe du grand chnord israélien possède dix points
d’avance – avec un match en moins ! – sur le second, le Club Sportif
d’Ashdod, et douze sur le troisième, l’ex-favori Hapoël Tel-Aviv.
Au cas où les blancs et bleus remporteraient leur partie de demain
(lundi), à Tel-Aviv face au Maccabi, ils comptabiliseraient au minimum douze
points d’avance sur le deuxième, du quasi-jamais vu à ce moment de la
compétition.
Dans notre région, on s’autorise même à parler de l’éventualité de
devenir champions, même si, lorsqu’on avance cette hypothèse, et bien que le
titre soit à quatre-vingt pourcent déjà dans notre poche, on doit encore se
pincer très fort pour y croire.
Certains, sous la pression psychologique, sombrent dans le délire, et
parlent de la venue de formations comme le Barça ou Manchester-United dans
notre stade de 5300 places, la saison prochaine en Ligue des Champions.
L’entraîneur
Ran Ben Shimon, l’esprit du Nord
Le plus cocasse est que les psys de la région ont cessé depuis novembre
de traiter ces illuminés au Valium. Comment pourraient-ils faire autrement,
puisque les joueurs du cru collectionnent les records ? Ainsi, ils n’ont
pas perdu en championnat depuis onze rencontres, dont dix se sont terminées par
une victoire.
Mardi dernier, ils ont, de plus, enlevé la Gvia Toto, la mouture
israélienne de la Coupe de la Ligue. En finale, à Jérusalem, ils ont pris le
meilleur sur Hapoël Tel-Aviv aux coups de pied au but, après avoir nettement
dominé les débats lors du temps réglementaire, se faisant rejoindre à l’ultime
seconde du temps additionnel (1-1).
Trois jours auparavant, à la maison, ils avaient étrillé Ramat Hasharon
sur la marque de 4-0. Environ un habitant de la ville sur quatre assistait à la
rencontre, ce qui en dit long quant à l’engouement que suscite le club dans la
cité et dans la région. Surtout en tenant compte de ce que les habitants traditionnalistes
en matière de religion sont nombreux dans cette agglomération, où la grosse
majorité des gens est d’origine maghrébine, et que la partie se disputait un
shabbat.
Mais dix buts encaissés seulement depuis le début du championnat, en 22
matches, une différence de buts de +22, voilà de quoi faire quitter leurs
pénates aux plus pantouflards.
Hapoël Kiryat Shmona n’a évidemment jamais remporté la Ligat Ha-al,
la Super-ligue, et n’a pas non plus gravé son nom sur la Coupe nationale. A
moins d’un gigantesque passage à vide que rien ne laisse entrevoir, si ces
garçons terminent la saison sur la plus haute marche du podium, ce serait la
première fois qu’un petit club réussirait cet exploit depuis 1999. L’année du
succès d’Hapoël Haïfa, qui, sur sa lancée, avait battu l’Ajax à Amsterdam en
coupe européenne.
Mais depuis, le titre n’a plus échappé aux quatre grosses cylindrées de
la ligue israélienne, Maccabi Haïfa, Hapoël Tel-Aviv, Maccabi Tel-Aviv et Beitar
Jérusalem. Cette saison, cependant, Hapoël Tel-Aviv est pratiquement décroché
dans la chasse au titre, les Maccabéens de Haïfa et Tel-Aviv se morfondent dans
le ventre mou du classement, et Jérusalem, le seul club appartenant à la
fédération Beitar, de la droite politique, se bat pour éviter la relégation.
Tous jouissent de budgets largement supérieurs au nôtre : 18
millions d’euros pour Maccabi Tel-Aviv, 13 pour Maccabi Haïfa, 10 pour Hapoël
Tel-Aviv, 4 pour Beitar, contre trois et demi pour Kiryat-Shmona.
C’est beaucoup d’argent ? Certes, mais à l’échelle nationale, car
ça n’est pas grand-chose, comparé aux 65 millions du budget annuel du PSG, ou
encore, aux quelques 350 millions d’euros du Barça.
Dans ces conditions, comment expliquer le succès de l’Ironi
Kiryat-Shmona ? Par une conjonction de circonstances. Par le rendez-vous
improbable de personnes talentueuses et optimistes, que l’on retrouve à la base
de toute réussite.
Et ne cherchez pas de vedette ou de vieille gloire parmi les joueurs,
car vous seriez déçus. En revanche, vous rencontrerez ici un contingent de
footeux homogène, à l’esprit altruiste. Avec quatre étrangers uniquement, dont
vous n’avez jamais entendu les patronymes, trois Arabes israéliens, que vous ne
parviendrez pas à distinguer du reste de l’équipe, et un Druze du Plateau du
Golan.
A peine pourrait-on décerner un accessit au gardien de but aux parades
assez phénoménales, Danny Amos, membre d’un kibboutz (village communautaire
socialiste) de la vallée, ou à Salakh Khassarma, l’un des piliers du club, le
boss de la défense au sang-froid imperturbable, qui, à près de 39 ans, dispute
sa meilleure saison et bat les jeunets à la course.
On attribuera une mention "spéciale Ména" au latéral droit de
26 ans, Elad Gabaï, dont les déboulés sur son aile en renfort des attaquants
nous plaisent carrément, et qui ne devrait pas tarder à rejoindre la sélection
nationale.
La belle troupe ! Et dire que le club a dû laisser partir, l’été
dernier, ses deux meilleurs attaquants, Elroy Cohen et Wyiam Amasha, qui font
respectivement les beaux jours d’Hapoël Tel-Aviv et de Maccabi Haïfa.
A la baguette, le maestro Ran Ben Shimon, un ancien international, et
l’âme vénérée de l’équipe ; la magic touch. Un type aux formes un
peu arrondies, ultra-modeste mais sachant se faire respecter, et surtout
gentil, hyper gentil, même. Toujours souriant, et qui sait ne pas oublier que
le football n’est qu’un jeu, et qu’il existe, dans la vie, des tas de choses
plus dramatiques que de shooter dans un ballon. Sans Ben Shimon, à n’en pas
douter, Kiryat-Shmona serait une équipe de milieu de classement.
Sans oublier le patron, Izzy Shiratzky, un businessman ayant fait
fortune dans le domaine de la high-tech, en développant mondialement un système
unique de GPS permettant de retrouver les véhicules volés. Izzy a, en fait,
adopté la région défavorisée de Kiryat Shmona, faisant beaucoup plus que de se
limiter à soutenir son club de foot. Il a ainsi délocalisé sa société Ituran (dont le nom fait désormais partie de celui du club
de foot) pour la réinstaller en Haute-Galilée, et soutient des sportifs
d’élite, à l’image du tennisman David Sella, lui aussi originaire du coin.
Vous le trouverez à chaque match dans les gradins, entouré de quelques
potes, et le reconnaîtrez à son seul signe extérieur de richesse, son Havane,
qu’il déguste en regardant ses poulains martyriser les défenses adverses. A la
mi-temps, il y a toujours quelqu’un de son entourage pour partager un thermos
de thé et des biscuits avec les occupants des deux rangées les plus proches. A
l’issue de la rencontre, il descend dans les vestiaires, embrasser un joueur
méritant ou lui administrer une tape amicale sur l’épaule.
Mais jamais vous ne verrez Shiratzky se mêler des décisions du coach,
car les autres clés de la réussite de Kiryat-Shmona, sont le respect des
tâches, la discrétion – la complicité entre Izzy et Ben Shimon est
impressionnante – et le fair-play.
L’Union Européenne a donc décidé avant-hier la mise en application de
son embargo sur l’achat de brut iranien, et les Etats-Unis ont envoyé le
porte-avions Abraham Lincoln dans le Golfe arabo-persique, et la République Islamique
n’a pas exécuté sa menace de fermer le détroit d’Hormuz.
Au contraire, le numéro deux des Pasdaran, Hossein Salami, s’est fendu
d’une déclaration qui peut paraître surprenante, annonçant que l’envoi d’un
nouveau navire de guerre américain dans le Golfe "ne constituait pas un
élément inédit, et qu’il ne fallait pas interpréter cette manœuvre comme le
signe d’une présence permanente". Il a qualifié le passage du détroit par
le porte-avions d’ "activité de routine".
On se situe en pleine contradiction avec les proclamations précédentes
du chef de l’Armée iranienne, l’ayatollah Salehi, qui brandissait des menaces
de confrontation, après le retrait d’un autre porte-avions, l’USS Stennis,
recommandant au Pentagone de ne pas envoyer d’autre unité de ce type dans le
Golfe, et précisant qu’ "il n’est pas dans nos habitudes de lancer un
avertissement plus d’une seule fois".
Un autre ayatollah, proche de Khamenei, avait promis, pour sa part, que
son pays réagirait à la décision de l’UE d’instaurer son embargo par la
fermeture de la voie d’eau stratégique.
L’USS
Abraham Lincoln a franchi le détroit d’Hormuz sans rencontrer la moindre
opposition
Certes, après la publication de la décision européenne, deux
responsables perses, dont l’ancien ministre du Renseignement, Ali Fallahian,
ont renouvelé leurs paroles d’intimidation, mais, et il est impossible de s’y
méprendre, la théocratie chiite met de l’eau dans son thé.
Ces derniers événements démontrent, ce que nous savions déjà, à savoir
que la junte islamiste au pouvoir à Téhéran n’entretient pas de projet
suicidaire. Ses membres connaissent mieux que quiconque la réalité des rapports
de force, à la fois économiques et militaires, et ils s’abstiennent de tout
acte téméraire.
C’est encourageant pour la suite, et les contradictions
s’entrechoquant, en public, au sommet de la théocratie, font apparaître la
fragilité de ce régime, ainsi que le doute et les difficultés dans lesquels il
s’est lui-même enferré avec la poursuite de son programme nucléaire.
D’autre part, les experts de Métula sont persuadés que, contrairement à
ce qu’ils avaient claironné, les ayatollahs n’ont toujours pas enclenché la
production industrielle d’uranium supérieurement enrichi dans l’usine enterrée
de Fodow. Ils ont, au contraire, laissé entendre qu’ils accepteraient la visite
sur les lieux des inspecteurs de l’Agence Internationale pour l’Energie
Nucléaire, ce qui aurait pour effet de persuader les Occidentaux et Israël de
ne pas entreprendre d’opération militaire intempestive.
Reste que, plus clairement que jamais auparavant, les Européens ont
signifié aux dictateurs persans qu’ils étaient capables et décidés à activer
des sanctions dissuasives pour convaincre les mollahs d’abandonner leur idée de
se doter de la bombe atomique.
Avec la décision tombée avant-hier, l’UE établit fermement, que même si
des sanctions, tel l‘embargo sur le brut, sont de nature à lui causer des soucis,
les efforts destinés à empêcher Téhéran de se doter de l’arme suprême revêtent une
importance plus élevée, justifiant que l’on se serre la ceinture pour y
parvenir.
Les Etats qui tirent le plus la langue sont ceux déjà en butte à de
grosses difficultés économiques, je pense à l’Italie, à l’Espagne, dont 12% de
la consommation de pétrole est d’origine iranienne, et, principalement, à la
Grèce (30%). Sur la base de l’accord passé avant-hier, ces pays auront le droit
d’exploiter leurs contrats existants avec l’Iran jusqu’au mois de
juillet ; de plus, les autres membres de l’UE se sont engagés à leur
prêter main forte afin, notamment, de fournir des garanties financières à des
producteurs qui pourraient en réclamer pour remplacer les Perses. A compter de
juillet prochain, l’Europe ne devrait plus importer de pétrole perse.
Les sanctions décidées avant-hier par l’Union englobent des domaines
supplémentaires, comprenant le gel des avoirs de la banque centrale iranienne,
et l’interdiction de mener des transactions avec icelle. Toujours dans
l’intention d’assécher les sources de financement du programme nucléaire, il
est désormais prohibé de vendre de l’or ou des métaux précieux aux Perses, qui
pourraient s’en servir en remplacement des devises qui leur font de plus en
plus défaut.
Les sanctions comprennent également l’interdiction, admise par les
Européens, d’investir ou de livrer des équipements utiles aux activités
pétrochimiques de la théocratie.
Washington s’est félicité de la décision prise par les représentants du
Vieux Continent. Les USA, désireux d’accentuer la pression, ont décrété un
nouveau train de sanctions, économiques et financières, visant, elles aussi, à
tarir les filières alimentant Téhéran en devises.
De plus, les Occidentaux vont décupler leurs efforts auprès des clients
asiatiques du brut perse, à l’instar de la Chine et de l’Inde, pour qu’ils
réduisent, ils aussi, leurs achats auprès des ayatollahs.
Nous nous trouvons soudain, au cours de cette crise de la bombe chiite,
dans une phase relativement favorable aux Occidentaux. Ces derniers ont
clairement repris la main ; tant que deux dynamiques prévalent, le temps
travaille pour eux, et non plus pour les théocrates persans. Il s’agit de la
non mise en activité des installations souterraines d’enrichissement, conjuguée
à l’efficacité croissante des sanctions.
Tant que cette conjonction existe, Khamenei et sa clique perdent en
puissance et se voient poussés vers la table de négociations. C’est précisément
là qu’entendent les conduire les Américains et les Européens, qui sont
accompagnés dans cette tentative, et c’est remarquable, par les Chinois et les
Russes, au sein du groupe connu sous l’appellation P5+1, qui inclut, outre les
deux Etats cités, la Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne et les Etats-Unis.
Les choses sont désormais énoncées sans fausses notes et à l’unisson.
Catherine Ashton décrit l’objectif poursuivi par les sanctions, comme celui "de
faire prendre au sérieux par l’Iran notre requête de s’asseoir à la table des
négociations pour s’entretenir de son programme nucléaire".
Ce à quoi fait écho Jay Carney, un porte-parole de la Maison Blanche,
en exigeant des Perses qu’ils répondent officiellement à l’invitation à négocier
que leur a envoyée le P5+1 en octobre dernier.
Le Président Obama, de préciser ses intentions, affirmant que les USA
"continueraient à imposer de nouvelles sanctions pour augmenter la
pression sur l’Iran".
Sûr, les Iraniens ne demeureront coincés dans cette position
inconfortable que tant que les activités diplomatiques seront doublées d’une
menace militaire constante et crédible. A cet effet, une force de dissuasion
internationale se concentre, chaque jour davantage, dans la région du Golfe et
dans ses abords. Et en Israël, on vient d’effectuer avec succès le premier test
du Khetz-3 (Arrow, Flèche), le missile antimissiles balistiques, troisième
génération. Une fusée qui, lorsqu’elle sera au point, devancera les lanceurs au
service des Perses d’au moins cinq ans.
D’autre part, les Américains et les Européens
instrumentent clairement Israël, la faisant passer pour le chien fou de la
coalition. C’est ce qui permet, par exemple, à Nicolas Sarkozy d’en rajouter
une couche, vendredi dernier, lorsqu’il explique que "le temps restant avant une intervention militaire en Iran était
en train de s’épuiser". Les Américains pianotent sur le même registre,
quand ils prétendent qu’Israël est un Etat indépendant, et qu’ils font miroiter
de soi-disant difficultés pour l’empêcher d’agir seul.
C’est
en grande partie exagéré. A Jérusalem, on souhaite, avec les autres alliés, et
pas moins qu’eux, que les Mollahs abandonnent leur aventure nucléaire sans
avoir à recourir à la force. Tant que les Iraniens ne lancent pas leur
programme d’enrichissement de l’uranium à 20 pourcent dans des sites protégés
contre les frappes aériennes, les Hébreux conservent tout leur calme et ne
surprendront personne.
Et
c’est d’entente avec les Etasuniens qu’ils ont renoncé à conduire, pour
l’heure, le plus grand exercice conjoint jamais envisagé sur le sol israélien.
Un exercice figurant un conflit de missiles, intitulé "Défi austère",
qui avait pour autre particularité de mobiliser des milliers de soldats Yankees
et Hébreux et tout leur matériel. Dans les faits, "Défi austère"
s’apparentait plus à une déclaration de guerre informelle à l’Iran qu’à des
manœuvres, et il était difficile de s’en convaincre autrement. Tout était en
place, et il aurait suffi d’appuyer sur quelques boutons pour déclencher
l’enfer sur les infrastructures militaro-nucléaires de la
"République" Islamique, et sur les retraites de ses dirigeants.
Ceci
posé, les deux alliés ont fait savoir que le report de cet exercice poursuivait
un but d’apaisement, qu’il était simplement retardé, et qu’il pourrait être reconvoqué
très rapidement. Au cas où ils n’entendent pas renoncer à l’atome autour de la
table de négociations, Khamenei et Ahmadinejad n’ont aucune raison de se
montrer satisfaits.
D’autant
plus, qu’au milieu de la semaine dernière, le général Martin Dempsey, le
commandant en chef de toutes les armées US, est venu à Jérusalem s’entretenir
avec le ministre de la Défense Ehud Barak, le chef d’état-major Benny Gantz,
ainsi qu’avec des chefs militaires hébreux et des experts du renseignement.
Le 3 octobre dernier, une dépêche de l’AFP, publiée entre autres
par L’Express, et reprise par de nombreux media français,
rapportait l’incendie criminel d’une mosquée dans un village bédouin du nord
d’Israël, Touba-Zangariyya. L’Express l’attribuait, sans nuances, ni
réserve ou doute exprimé, à des « colons » israéliens.
Des criminels qui laissaient derrière eux, sur un mur du lieu de culte
carbonisé, les inscriptions « price tag », le prix à payer.
Des mots qui avaient été employés par des extrémistes des implantations juives,
ayant tagué des graffitis sur une mosquée du village arabe de Cisjordanie de
Yatma, deux mois plus tôt.
Les premiers soupçons de la police israélienne se portèrent sur des
extrémistes au profil identique, sans toutefois parvenir à identifier les
coupables.
La Ména avait réagi immédiatement, dès l’annonce de l’incendie, dans
une dépêche datée du 3 octobre (Incendie
de la mosquée en Haute Galilée : crapuleux !), écrivant qu’il était infiniment peu probable que
cet événement soit la résultante d’un acte politique commis par des Juifs des
implantations.
Les analystes de l’agence, comme nombre d’habitants de la vallée du
Jourdain supérieur, connaissaient en effet suffisamment leur région, ainsi que
les particularités du village concerné, pour émettre cette mise en garde.
Touba-Zangariyya est un village situé à mille lieues du conflit
israélo-arabe. Les problèmes récurrents de cette localité ont trait au
larcinage, par ses habitants, des troupeaux de bétail de leurs voisins, du vol
de métaux, ainsi qu’aux règlements de comptes perpétuels entre les différents
clans qui la constituent. Mais cette population ne s’intéresse pas au différend
nationaliste entre Juifs et Arabes.
La police n’y pénètre d’ailleurs qu’à grands renforts d’hommes, tant
les forces de l’ordre ne sont pas les bienvenues à Touba-Zangariyya, où les
villageois ont la gâchette facile. Hormis ces inconvénients, les bédouins sont
plutôt des nationalistes israéliens, qui, lors de la guerre d’indépendance, en
1948, s’étaient battus dans les rangs du Palmach, l’élite de la Haganah, afin
de défendre les villages de Haute Galilée contre l’agression syrienne.
La Ména fut la seule entité à affirmer que l’incendie avait été, plus
que probablement, allumé par des délinquants du village. Ce, tandis que la
presse nationale et internationale accusait les « colons », sur la
base de seules rumeurs, sans prendre le soin d’enquêter sur l’incident et,
comme souvent dans de pareils cas, sans la moindre preuve.
La police, qui avait rapidement relâché les suspects qu’elle avait appréhendés,
n’avait pas réussi à identifier les auteurs du crime ; mais, pour l’AFP
et l’entièreté de la presse française, l’affaire était classée, les coupables
étaient des Juifs.
L’Humanité, lorsqu’il s’agit de commenter l’actualité
moyenne-orientale, est restée scotchée aux vieux principes de l’antisémitisme
stalinien. L’organe du Parti Communiste titrera ainsi, sans états d’âme,
« Une
mosquée incendiée par des colons israéliens ». Vingt-cinq années après la perestroïka, c’est plus
qu’étonnant, c’est inquiétant.
Des journalistes éthiques auraient pris la peine de procéder à une
enquête avant de répandre des propos aussi péremptoires. Le cas précis l’illustre,
quand il s’agit de stigmatiser Israël et les Juifs, les journalistes
francophones, plus que d’autres, font l’impasse sur notre déontologie
(obligation de vérité, de rigueur, d’exactitude, d’intégrité, etc.).
Chaque opportunité est exploitée afin d’exprimer de la haine contre
Israël et les Juifs, voire de l’inciter. On ne met plus de gants pour déverser
ce type de racisme et d’antisémitisme ; c’est inutile, puisqu’à
l’exception du gouvernement israélien, des instances et des sites communautaires
israélites et de la Ména, personne ne relèvera l’infraction.
On a même dépassé cet état dans la légitimation de l’arbitraire à
l’encontre de l’Etat hébreu et de ses sympathisants, dans l’affaire d’ « Un
Œil sur la Planète ». A cette occasion, les réalisateurs de ce reportage,
les responsables de France Télévisions, la presse française ainsi que
tous les syndicats de journalistes, avaient jugé nécessaire de fustiger, de
surplus, ceux qui avaient critiqué le parti pris anti-israélien outrancier de
l’émission.
Paris MATCH, qui n’est pas l’organe du Parti
Communiste, mais qui s’inscrit lui aussi dans cette mouvance condamnable,
écrira quant à lui : « L’événement
révèle aussi la montée de l’extrémisme israélien ». Répandre de telles conclusions sur la base
d’une information non vérifiée, procède non seulement d’une démarche indigne de
professionnels, mais, de plus, elle met en danger la paix civile, en France, en
général, et les membres de la communauté israélite, en particulier.
Il n’est pas nécessaire d’être un expert dans le domaine de la sécurité
pour saisir que les musulmans de France ont pu, fort naturellement, se sentir
blessés par la mise à sac d’un lieu de culte de leur religion par des Juifs, et
que le risque objectif existait, de voir des éléments extrémistes minoritaires
de cette communauté surréagir.
Les media des pays arabo-musulmans, de même que des sites musulmans de
France, ne se sont naturellement pas privés d’accuser les Israéliens et de
déverser des flots de haine à leur encontre. Difficile, cependant, de leur
jeter la première pierre, alors que les media généralistes leur avaient montré
la voie.
Sur Iran
Radio Francophone, on pouvait ainsi lire
« Palestine occupée : une autre mosquée incendiée par
Israël » ; sur le site francophone Trouvetamosquée.fr : « Mosquée incendiée par les colons juifs – la
haine des Palestiniens devient débordante ».
L’AFP et ses perroquets borgnes portent, à n’en point douter,
une lourde part de responsabilité dans ces réactions, qui s’ajoute à celle
générée par la diffusion, au fil des ans, d’autres informations fallacieuses
contre Israël, ainsi que par l’emploi systématique d’expressions inappropriées
et de descriptions bidouillées, allant jusqu’à la dénaturation des principes de
la langue française.
Les media français et arabes ne sont toutefois pas les seuls à s’être
fourvoyés quant à l’identité des coupables de l’incendie de cette mosquée.
Ainsi, une grande partie des media israéliens, qui, sans imputer la faute à des
extrémistes juifs, pencheront d’avantage vers cette hypothèse plutôt que vers
une affaire interne au village de Touba-Zangariyya.
La police israélienne, quant à elle, avait, on l’a déjà signalé,
préalablement orienté ses recherches en directions des milieux juifs
extrémistes de Cisjordanie. Après avoir effectué les vérifications nécessaires,
elle avait toutefois rapidement remis en liberté un jeune étudiant d’une école
talmudique, qui n’avait rien à voir avec le crime.
Même les plus hauts représentants de l’Etat s’étaient précipités pour
émettre des excuses, exprimées en direction de la communauté arabe israélienne.
Le Président Shimon Pérès s’était ainsi déplacé à Touba-Zangariyya, soucieux de
ne pas laisser la situation s’envenimer entre les diverses communautés
d’Israël, en compagnie des deux grands rabbins de l’Etat hébreu. Le Président
et Prix Nobel de la Paix avait déclaré en cette occasion : « Je me
sens tout honteux devant ce geste exécrable ».
Exprimer des excuses, avant que les responsabilités ne soient
attribuées, relevait pourtant d’une légèreté contestable de la part des
institutionnels.
La faute aussi au Shinbet – le contre-espionnage –, qui n’est
pas parvenu à identifier rapidement les auteurs de l’incendie. Le Shinbet
s’est d’ailleurs fait épingler pour sa carence, dans un article d’Haaretz,
quelques jours après l’événement. Le journaliste d’Haaretz pensait y
voir de la répugnance, de la part de ce service, à poursuivre des terroristes
juifs.
Cependant, et c’est une bonne leçon pour tous ceux qui ont manqué de
réserve ou de prudence, la vérité finit toujours par éclater ; et les
menteurs, que ce soit au terme de quelques jours, de quelques mois ou de
plusieurs années, finissent toujours par être dévoilés.
A la Ména, nous pressentions très fortement une nouvelle embrouille,
nous disant que tout le monde faisait fausse route. Mais une intuition n’est
pas une certitude pour un journaliste, et ne remplace assurément pas la
nécessité de conduire une enquête en profondeur. C’est que nous fîmes. C’est
dans ce cadre-là que je me rendis à Touba-Zangariyya afin d’y rencontrer un
important chef de clan (Visite à Dalton City,
Galilée). A la rédaction, nous ne cessâmes
de suivre l’évolution des événements.
Et, comme à l’accoutumée, quelques mois après le crime, les langues
commencèrent à se délier. Jusqu’à ce qu’un habitant de Touba-Zangariyya, Bassem
Souad, un musulman sunnite, ne dévoile des éléments incontournables sur
l’identité des criminels.
L’homme,
au regard clair, à la carrure très imposante, ne mit que quelques minutes avant
de m’accorder l’interview que je venais de solliciter. Quelques heures plus
tard, il me fit la démonstration de ce qu’il était impossible que cet incendie
ait été commis par des Juifs. Inversement, Souad me démontra que cet acte de
pyromanie était le fait de gens de son village.
« C’est
la mosquée de Zangariyya qui a été incendiée » (Touba-Zangariyya est le
résultat de l’unification des deux villages Touba et Zangariyya), m’explique
mon interlocuteur.
« Des individus
venus de l’extérieur auraient bouté le feu à la mosquée de Touba, à l’entrée
unique des deux villages. Car pour rejoindre celle de Zangariyya, il faut
emprunter une longue route qui passe d’abord par Touba, puis, surtout,
traverser l’intégralité du village. Des pyromanes juifs, incendiant une mosquée
dans ces conditions, avec la tension permanente prévalant dans le village, et
les dizaines de fusils mitrailleurs et de grenades qui s’y trouvent, n’avaient
pratiquement aucune chance d’en ressortir vivants.
D’autre
part, concernant l’impact médiatique que recherchaient les auteurs de ce
méfait, il n’existait aucune différence entre détruire la mosquée de
Zangariyya, ou celle de Touba, située à quelques pas uniquement de la sortie du
village. Personne de sensé n’aurait pris un risque aussi inutile ! »,
poursuit notre homme.
« Pour
le surplus », précise Bassem Souad, « les inscriptions dessinées sur
les ruines de la mosquée l’ont été à l’aide d’un morceau de charbon. C’est un
moyen communément utilisé par les Arabes, à la différence des Juifs, qui, lors
de tous les price tag de Cisjordanie, ont eu recours à des sprays.
Ce
crime », conclut l’homme de 43 ans, « a été perpétré pour des raisons
politiques. Il est l’apanage d’une petite faction islamiste de Touba, récemment
constituée, dont l’objectif consiste à provoquer des troubles entre les Juifs
et les Arabes. Tout le monde, dans le village, sait pertinemment de quel groupe
il s’agit, mais personne n’informera la police, car la délation, dans notre
tradition, participe d’un crime encore plus grave que celui qui a été commis. Reste
que ce groupuscule a tenté, maladroitement, d’imiter la manière d’agir des
extrémistes juifs afin de les faire accuser de cet acte ».
En
avançant de tels propos, Bassem Souad sait qu’il risque sa vie. Mais cela
n’empêche pas les hommes de sa trempe de faire ce qu’ils considèrent juste et
nécessaire. Il faut préciser que, comme d’autres bédouins, Souad est
lieutenant-colonel de réserve dans l’armée israélienne, qu’il a passé plus de
douze ans au Liban à ce titre, la plupart de ceux-ci à la tête de commandos
spéciaux.
Reste
que le risque est bien tangible. Ainsi, quelques heures après la diffusion
d’une interview sur la deuxième chaine de télévision israélienne, malgré les
mesures de sécurité déployées autour de son domicile, des hommes ont tiré sur
sa maison et ses occupants à balles réelles. Ils n’ont manqué la tête de sa
fille de 16 ans que de quelques centimètres.
Son
fils de 17 ans, qui s’apprête lui aussi à rejoindre les rangs de Tsahal dans un
mois, a failli être assassiné. Un homme cagoulé, probablement l’un de ces
islamistes, s’est jeté sur le jeune homme dans l’intention de le poignarder.
Fort heureusement, des villageois qui se trouvaient à proximité sont parvenus à
repousser l’assassin en puissance.
A Touba-Zangariyya, on ne règle pas ses différends
devant la justice, mais à coups de poignards, de fusils mitrailleurs, de
grenades et de bombes incendiaires. Ce sont là quatre bonnes raisons qui
poussent les habitants des lieux à garder le silence, même si, en privé, ils se
déclarent révulsés par le crime des islamistes.
Des islamistes, qui risquent eux aussi de faire prochainement les frais
de ces lois de western, même si rien, dans les propos de Souad, n’évoque cette
éventualité.
Le
colonel conservera tout au long de l’interview un regard dur mais aussi honnête
et souriant. Il dit préférer que la vérité soit révélée devant les tribunaux,
et renseigne les inspecteurs dans leur enquête, qui progresse.
Souad
appartient lui aussi à un clan respecté du village ; il est lui-même le
fils d’une tribu de douze enfants.
Sa
famille, son épouse en particulier, ne cache pas ses craintes pour elle et
leurs six enfants. Elle exprime, sans regret, son souhait de quitter le
village, une éventualité qu’écarte encore Bassem, confortablement installé dans
sa maison de trois étages, s’avouant fortement attaché à son village d’origine,
et entretenant d’excellentes relations avec la plupart des habitants. A en
croire Souad, Touba-Zangariyya serait un authentique
paradis, sans les criminels et les délinquants qui y sévissent.
Quelques titres pris au hasard dans la
presse française de la semaine. « Des députés français dénoncent "un
nouvel apartheid" dans la gestion de l'eau en Israël ». Il s’agit de
dénoncer le fait, dit l’article, qu’en « Cisjordanie occupée, la priorité est donnée
aux colons en cas de sécheresse, en infraction au droit international ».
Dans le corps de l’article, rédigé sur la base
d’une dépêche de l’AFP, on lit que le porte-parole du gouvernement
israélien, Yigal Palmor, fait preuve de son indignation devant une version des
faits totalement falsificatrice. Pour autant, le mal est fait : Israël, en gros
titre, est décrit comme un pays pratiquant l’apartheid, volant l’eau des «
Palestiniens », et violant le « droit international ».
L’utilisation, hélas habituelle, du mot «
colon » n’arrange rien : Israël colonise. La réaction d’Yigal Palmor a, dès
lors, peu de poids. Le titre cité vient du journal Le Monde, dans la
rédaction duquel travaille un certain Laurent Zecchini [1], auteur de deux
articles, parus la veille et le lendemain del’article sur l’apartheid que je viens de citer.
L’un dit : « Les Européens
estiment qu'Israël menace le projet de création d'un Etat palestinien »,
l’autre, « La politique d'Israël à Jérusalem inquiète les Européens ». Dans le
premier, il est question de « l'intensification de la colonisation juive en
Cisjordanie et à Jérusalem-Est », dans l’autre, de « La colonisation à
Jérusalem-Est », qui « sape les chances de paix » [2].
Toujours biaisé, raciste
et antisémite
Un autre exemple. Dans le Nouvel
Observateur, cette fois : « Deux Palestiniens tués par Israël
à Gaza » [dépêche de Reuters, du 18 courant] : lu ainsi, le titre laisse
penser que l’armée israélienne tire sur des civils innocents, et qu’Israël se
conduit de façon criminelle à l’encontre des habitants de Gaza. Il faut lire le
corps de l’article pour s’apercevoir que c’est plus compliqué, qu’il y a eu une
action d’agression contre des soldats israéliens, et que ces soldats n’ont fait
que riposter.
Je pourrais aisément allonger la liste.
Dire que certains journaux font pire que les autres, et c’est le cas : Le
Monde est le pire du pire. Je pourrais accorder une « mention honorable » à
certains titres, tels Valeurs actuelles. Il n’empêche…
La globalité des articles publiés en
France sur Israël est, au mieux, porteuse d’une neutralité froide et distante,
comme si Israël n’était pas un pays fréquentable, au pire, imprégnée d’une
haine viscérale, tant les mots employés sont outranciers, tant les données
fournies sont biaisées, et peuvent apparaître comme relevant d’une véritable
incitation à la haine.
Cette incitation à la haine est devenue si
coutumière, que nombre de lecteurs de la presse française ne la remarquent
plus. Elle devient pour eux aussi naturelle que l’air qu’ils respirent. Ainsi
naît et se développe le danger que j’ai pointé du doigt, déjà, dans mon livre «
Comme si se préparait une seconde Shoah ».
Une incitation quotidienne à la haine crée
une accoutumance. L’accoutumance fait qu’on finit par trouver la haine
légitime. Et c’est ainsi que, lorsque des Israéliens se font tuer, fut-ce de
manière absolument barbare, leur mort est aisément traitée comme un fait mineur
et sans grande importance, comme s’il s’agissait simplement de criminels
éliminés par leurs victimes.
Il se dit souvent que le gouvernement
israélien possède une part de responsabilité dans cet état des choses, et ne se
donne pas assez les moyens de contrer la désinformation et la malveillance. Le
gouvernement israélien pourrait, peut-être, faire mieux. Mais je ne suis pas
certain que cela déboucherait sur un changement fondamental.
On voit là, je pense, une forme de
complexe postcolonial, qui imprègne toutes les sociétés européennes, et qui est
particulièrement marqué à gauche. Les pays occidentaux ont colonisé le monde
arabe. La colonisation a été une abomination. Les Occidentaux sont coupables,
doivent expier et se faire très humbles.
Le monde arabe, les schattneriens
français, et les dirigeants palestiniens étant parvenus à ancrer dans les
esprits occidentaux qu’Israël est un vestige de l’ère coloniale et une
implantation occidentale en terres arabes et musulmanes, les journalistes
occidentaux, surtout s’ils sont de gauche, deviennent, par une forme de réflexe
immédiat, anti-israéliens, et font immédiatement peser sur Israël tous les
péchés réels ou imaginaires de l’ensemble de la colonisation occidentale dans
l’ensemble du monde.
On voit, là aussi, une manifestation de la
détestation de soi qui est venue imprégner les sociétés occidentales ces
dernières décennies ; détestation de soi qui englobe le complexe postcolonial,
mais se révèle bien plus vaste : ce qui est occidental est suspect et
potentiellement négatif, et ce qui est non-occidental est exempt de suspicion
et potentiellement positif.
Israël est considéré comme une société
occidentale, et les Palestiniens, étant non-occidentaux, ont forcément raison.
Leurs griefs sont d’emblée considérés comme légitimes. Leur narration de
l’histoire, aussi malhonnête et mensongère soit-elle, est recevable puisqu’ils expriment
des griefs au détriment d’une société occidentale.
On croit discerner, dans le cadre de cette
détestation de soi, un aspect particulièrement détestable en Israël : c’est un
Etat-nation, à l’heure où, en Europe, on cherche à abolir les Etats-nation et
où le nationalisme est presque considéré comme le mal absolu. Donc Israël est
la survivance d’une ère à reléguer dans le révolu, un pays à abolir, et, pour
partie, une incarnation du mal absolu.
On ne peut ignorer que vient s’insinuer
dans tout cela un vieux fond d’antisémitisme européen : le fait que, pour
les Européens, accuser des Juifs de tous les crimes possibles permet plus
aisément aux Européens de se débarrasser de tout vestige de mauvaise conscience
concernant le génocide antijuif, commis voici sept décennies sur le sol
européen.
En tout cas, l’incitation à la haine est
là, omniprésente. L’accoutumance s’installe. Dans un pays comme la France, où
l’incitation à la haine est censée être réprimée et fustigée, le fait est
qu’elle se pratique sans problème dès lors que la haine est anti-israélienne.
Le 16 février
prochain, le 1er ministre israélien, M. Benyamin Netanyahu, se
rendra en visite officielle dans la République de Chypre, à l’invitation du
Président Dimîtris Khristòfias. Ce sera la première visite d’un premier
ministre israélien sur l’île d’Aphrodite ; elle fait suite à celle du
Président Pérès, à l’automne dernier, venu y parapher des accords de
coopération dans les domaines de l’énergie, de la recherche et du développement
industriel, des télécommunications, ainsi que de l’archéologie.
S’ensuivit, le 9
janvier dernier, la venue importante à Jérusalem du ministre cypriote de la
Défense, M. Demetris Eliades, qui signa deux traités avec Ehud Barak, dans les
domaines de la défense et de l’échange d’informations sensibles.
Jusqu’à présent,
l’Etat hébreu gardait ses distances avec le pays de l’UE le plus proche de ses
frontières afin de ne pas indisposer les Turcs, qui entretiennent un différend
ouvert avec Nicosie depuis de très nombreuses années.
Deux facteurs ont
principalement contribué au rapprochement entre les deux Etats : la
rupture de l’alliance stratégique Ankara-Jérusalem, voulue par le 1er
ministre islamiste Tayyip Erdogan, d’une part, et la découverte d’importants
gisements sous-marins de gaz naturel, dans la portion de Méditerranée située
entre Chypre et l’Etat hébreu, de l’autre.
La plateforme gazière
israélienne "Tamar", en Méditerranée orientale
Ces réserves,
donnant lieu à d’importants forages, sont situées dans les Zones d’Exclusivité
Economique, ZEE [1], appartenant aux deux Etats, et qu’ils explorent en étroite
collaboration, scientifique, technique et sécuritaire.
Selon les
estimations fiables, leur exploitation va rapporter annuellement des dizaines
de milliards de dollars aux deux économies, des sommes à même de les modifier
en profondeur. Personne, d’ailleurs, n’en fait mystère, à l’image de Demetris
Eliades, qui a déclaré, lors de son récent séjour parmi nous, que
"l’existence de gaz dans les ZEE des deux pays ouvre un nouveau chapitre
dans les relations entre Chypre et Israël".
Un point de vue
largement partagé par Ehud Barak, qui lui a ajouté une dimension stratégique,
annonçant une "coopération pour la paix dans une région plus
étendue", le ministre de la Défense précisant que "2012 serait une année
historique au niveau des décisions stratégiques".
A ce propos, des
confrères cypriotes, d’habitude très bien renseignés, nous ont informés que la
visite de Netanyahu aurait pour objectif pratique de finaliser un nouvel accord
secret, aux conséquences capitales, au sujet de la protection des sites de
forages en mer, ainsi que du stationnement permanent d’avions de guerre frappés
de l’étoile de David dans des aéroports cypriotes.
Un autre accord,
économique celui-ci, prévoirait la coopération de Chypre pour la livraison, à
des clients européens, du gaz israélien pompé en Méditerranée. Même ce volet de
la coopération Nicosie-Jérusalem a le don d’irriter Erdogan au plus haut point,
en ce qu’il contournera le pipeline Nabucco, sensé relier l’Azerbaïdjan et
d’autres puits de la même région, au Vieux continent, en traversant la Turquie.
Officiellement,
Ankara soutient le programme Nabucco, mais, dans les faits, elle traîne les
pieds, faisant le jeu du géant russe Gazprom, bien décidé à conserver et à
amplifier sa mainmise sur la vente de gaz naturel à l’Europe par pipeline. Le
projet Nabucco comptabilise ainsi déjà plusieurs années de retard, et sa
réalisation même est remise en question.
Quant au projet d’installer
des appareils israéliens sur l’île, il viendrait contrecarrer les nombreuses
menaces brandies par Erdogan contre Chypre, Israël, et même la Grèce, partie
prenante par proxys des tous les traités entre Jérusalem et Nicosie. Les Turcs
contestent, en particulier, la délimitation de la ZEE de la République
cypriote ; à plusieurs reprises, des navires de guerre ainsi que des
chasseurs-bombardiers ottomans se sont dangereusement approchés des plateformes
plantées dans l’est du bassin méditerranéen.
Depuis ces
provocations, la marine israélienne assure la protection permanente des
installations de forage, qu’elles soient domestiques ou cypriotes.
On sait Ankara
terriblement sensible aux efforts entrepris par Nicosie pour renforcer les
capacités de sa petite armée, forte d’environ dix mille hommes ; c’est
ainsi que, lorsque les Cypriotes envisagèrent de déployer des missiles
antiaériens, ou d’acquérir des avions de chasse, la Turquie réagit de manière
extrêmement musclée, menaçant le régime du sud de l’île d’une intervention
militaire.
C’est à l’aune de
ces incidents passés, qu’il convient d’évaluer l’impact du dessein de baser une
escadrille de la Kh’el Avir (probablement) sur l’aéroport de Paphos. A
la différence de taille, que si l’armée turque pouvait, jusqu’alors, aisément
écraser dans l’œuf les velléités des Cypriotes grecs de se renforcer, toute
opération lancée contre les aviateurs hébreux se solderait, pour l’agresseur,
par une débâcle annoncée par avance.
Tayyip Erdogan ne
se contente pas de menacer les plateformes de forage, il vitupère également, en
montrant le poing, contre le fait, qu’en juillet prochain, ce sera la
République de Chypre qui assurera la présidence de l’Union Européenne.
Les relations
entre les insulaires grecs et les Hébreux sont, en revanche, au beau fixe.
Comme en témoigne la décision du Président Khristòfias d’interdire aux
flottilles anti-blocus d’appareiller en direction de Gaza à partir de son
territoire. Des flottilles largement financées et organisées par Ankara, comme
de bien entendu.
Sur l’île
d’Aphrodite, les responsables politiques, les confrères et les simples citoyens
que nous avons interpelés se montrent euphoriques à l’idée du stationnement des
F-16 hébreux chez eux. Eux qui, en juillet 74, avaient fait les frais de
l’agression turque, baptisée Attila, qui allait amputer leur territoire de 40%
de sa surface, sans que la garnison britannique, cantonnée dans deux bases
représentant 10% de l’île, n’intervienne aux côtés des victimes.
La grande sœur
grecque, à l’époque, ne se jugeant pas de taille à affronter les Ottomans,
s’abstint également d’intervenir, ce qui, d’ailleurs, précipita la fin du
régime des colonels à Athènes.
"Tout le
monde saisit, à Chypre comme dans toute la Grèce", me confie l’un des
analystes stratégiques cypriotes les plus connus, "qu’une alliance
stratégique avec vous inverse le rapport de force [face à la Turquie] en notre
faveur, et garantit notre indépendance et notre liberté une fois pour toutes.
Dans ces conditions", me demande Agis, "pourquoi voudriez-vous que
nous ne soyons pas contents ?".
Mon confrère et
ami partage mon opinion, selon laquelle le déploiement d’appareils israéliens à
Chypre constituerait, de facto, un pacte militaire obligeant Israël à
intervenir en cas de nouvelle agression turque. "Cela irait même au-delà
de ce que vous dites", renchérit Agis, "si ce projet se réalise, au
plan stratégique, une attaque [des Turcs] contre notre république équivaudrait
à une attaque contre vous. Bref", conclut-il, "si vous venez, c’est
pour longtemps, mais vous n’avez pas d’autre choix, si vous comptez
sérieusement pomper le gaz de la Méditerranée".
La manœuvre
stratégique qu’entreprend le gouvernement israélien est intéressante à bien
d’autres égards. Les Hébreux, de par le simple déplacement de Netanyahu à
Nicosie et l’ordre du jour des discussions, démontreront à Erdogan et à son
parti islamiste, que Jérusalem ne les craint pas, et que, quand on n’a pas les
moyens de remporter une victoire militaire contre quelqu’un, à moins de vouloir
se couvrir de ridicule, on n’en parle pas.
La démonstration
attirera, à n’en point douter, l’attention des islamistes égyptiens,
palestiniens, tunisiens et libyens, auprès de qui il était allé vanter
l’islamisme à la turque et la capacité de son pays à tenir tête aux militaires
israéliens. Ca va faire jaser dans les casbahs.
L’entente cordiale
entre Nicosie et Jérusalem ne manquera pas non plus de rapprocher un peu plus
encore Israël de l’Europe ; car, qu’elle le dissimule ou le concède, la
défense des plateformes, de l’espace aérien et du territoire cypriote incombe à
l’UE et non à Israël. Mais l’Union Européenne est par trop engoncée dans ses
difficultés économiques, ses périodes préélectorales, ses relations compliquées
avec la Turquie et le monde arabe, sa non-existence militaire, et son absence
de gouvernement central pour tenir son rôle dans la partie orientale de la
Méditerranée. A Bruxelles et dans les chancelleries, on ne va pas tarder à
comprendre que les Hébreux rendent un grand service à la communauté, et on s’en
souviendra.
Aujourd’hui, en Israël, dans une démocratie moderne,
certaines femmes subissent quotidiennement des atteintes à leur dignité, du
fait de leur statut de femme. C’est le cas dans certains bus publics, reliant
des quartiers juifs ultra-orthodoxes. Ne sont concernées qu’une dizaine de
lignes à travers le pays (parmi une centaine dans la seule capitale) ; il
convient donc de ne pas exagérer la gravité du phénomène, ni de tirer des
conclusions globales sur la démocratie en Israël, qui n’ont strictement aucune
relation causale avec la problématique envisagée.
Il ne faut pas non plus tomber dans l’extrême opposé, qui
consisterait à la passer sous silence, ou à la naniser, au risque de la voir
prendre de l’ampleur et contaminer d’autres espaces préservés de la société.
Dans les bus concernés, les hommes et les femmes voyagent
séparément, les hommes – chose surprenante ? – se réservant les meilleures
places, les plus espacées et confortables, à l’avant, confinant la gent
féminine, telle dans un poulailler, parquée à l’arrière des véhicules.
Ces pratiques de séparation des genres reposent à l’origine
sur une déviance extrémiste dans l’interprétation d’une loi de la Torah,
stipulant qu’un homme ne doit pas toucher une femme, à moins qu’il ne s’agisse
de la sienne. La réalité de l’observance de ce précepte, poussée à l’excès,
conduit à perpétrer une absurdité, faisant place à l’obnubilation, dans l’oubli
du sens commun.
Les femmes,
confinées aux moins bonnes places, à l’arrière du bus
Cette semaine, pour en avoir le cœur net – vous commencez à
me connaître, je préfère me rendre là où les événements se produisent – j’ai
passé toute une journée à voyager dans Jérusalem, à bord de ces bus où les
hommes chapeautés, vêtus de noir, siègent à l’avant, et les femmes à l’arrière.
Il s’agit de véhicules publics, gérés par la plus grande
compagnie israélienne d’autobus, Egged.
Sillonnant ces quartiers d’un bus à un autre, je brave les coutumes de ces
gens, et prends systématiquement place à l’avant du bus ; le plus
fréquemment assise à l’une des quatre places se faisant face, en carré.
Pendant la totalité de mon incursion, j’ai joui de beaucoup
d’espace, personne ne venant prendre place à mes côtés.
Lorsque je saisis une place « trop proche » de
l’un de ces messieurs, j’occasionne un lourd silence gêné, me fustigeant
alentour ; après quelques secondes d’hésitation, pendant lesquelles le
cerveau du mâle d’en face cherche à prendre une décision rapide, genre :
« que dois-je faire ? », l’homme se lève invariablement,
s’éloignant le plus possible de ma personne.
Celui-là, un rang derrière, se cache derrière le feuillet
qu’il gardait dans sa main, cet autre, ne tenant plus, se retourne vers le
dossier de son siège, se levant sur ses deux jambes, et me présente son dos
pendant les vingt minutes de trajet commun ; son voisin a pivoté de 90°
afin de libérer son regard de mon apparence sacrilège.
Ceux qui se
dissimulent le visage, et ceux qui s’orientent dans d’autres directions
Certains choisissent de rester debout, en dépit des sièges
libres, et d’accuser les à-coups de la conduite, plutôt que de poser leur séant
sur le siège dans ma proximité. Même les sièges d’en face demeurent
désespérément vides, par la seule raison de ma présence.
Pour eux, je ne suis pas à ma place, et ce, sans le moindre
doute. Si quelques hommes oseront me regarder de travers – que fais-je donc
parmi les hommes ? – d’autres m’évinceront de leur champ de vision, comme
si je n’existais pas.
Leur comportement à mon endroit s’avère unanime – sans la
moindre exception, une journée durant, ils m’éviteront. Je dérange. Je me sens,
pour la première fois, réduite à mon seul genre. Etrangeté ! Plus rien
d’autre ne me définit : je suis un corps femelle.
Plus un être humain me déplaçant dans une ville, d’un point
A à un point B, mais une créature susceptible de provoquer des désirs charnels
interdits, s’introduisant dans l’esprit de mes compagnons de route. Vous parlez
d’un sentiment.
Je suis habillée de la tête aux pieds, à la manière d’une
religieuse. Leur attitude suscite en moi un bref instant de culpabilité.
Serais-je provocatrice ? Aurais-je bravé un interdit sacré ? Je
balaye cependant rapidement ce doute de la manche de mon manteau, me rappelant
que je me trouve dans un autobus, et non dans une synagogue, en dépit des
apparences trompeuses.
S’agit-il de la volonté de respecter la loi juive de la
manière la plus stricte et assidue possible ? Chacun, certes, reste libre
de ses croyances. Sauf lorsque cet exercice se pratique aux dépens d’autrui, à
mes dépens et à celui de toutes mes sœurs du sexe faible.
Car je n’ai jamais rien connu de moins commode et de plus
humiliant que d’avoir à monter exclusivement par l’arrière de l’engin, pour
aller s’affranchir du paiement du ticket, en traversant – comment faire
autrement ? – les rangs des mâles dominants, puis de devoir, à nouveau
mais en sens inverse, traverser le véhicule en mouvement.
Le premier bus dans lequel fut instaurée la séparation des
genres en Israël fut mis en service il y a quatorze ans, à Jérusalem. C’étaient
alors des lignes privées, gérées par des communautés harédi
(ultraorthodoxes) ; elles se développèrent à travers le pays.
Les compagnies au déploiement national, Egged et Dan,
instituèrent elles aussi des lignes « mehadrin », c’est-à-dire
des lignes où l’on préconisait la séparation entre les genres, reliant
différentes communautés harédi.
Entre 1997 et 2007, ces lignes ont proliféré, jusqu’à ce
que des cas de violences verbales et physiques, infligées à celles qui
refusaient de se plier à ces règles ségrégationnistes, ne se multiplient et ne
soient révélés au grand jour.
Au cours de ma journée dans les autobus - je n’ai aucune
intention de mentir -, personne ne m’a insultée ni ne m’a couverte de crachats.
Une « chance », que n’ont pas toutes les femmes refusant de s’asseoir
dans la section qui leur est réservée.
Les témoignages de femmes humiliées sont nombreux, à
l’instar de celui de l’écrivaine orthodoxe Naomi Ragen, sommée sans égard de
rejoindre le fond du bus. Elle soumit alors une pétition à la Cour Suprême de
Justice israélienne, avec quatre autres femmes, par le biais de l’association
IRAC, Israel Religious Action Center (le Centre Religieux Israélien d’Action),
contre Egged et contre le ministère des Transports.
A la suite d’une longue bataille judiciaire, la Cour
Suprême de Justice, en janvier 2011, déclara illégale la ségrégation par le
genre imposée sur des lignes publiques.
J’ai observé que certaines femmes cherchaient à monter
directement par la porte arrière du bus ; d’autres me regarderont d’un air
dubitatif, relativement à la place que j’occupe, sous leur foulard ou leur
béret en crochet, quand je n’écoperai pas d’un regard carrément malveillant.
La jeune étudiante Moriah, une activiste de l’IRAC, se sent
parfois seule dans son combat. Elle qui emprunte régulièrement ces lignes, en prenant
soin de s’asseoir toujours à l’avant du bus, afin d’encourager les autres
femmes à rejeter ces principes sexistes, moyenâgeux, et issus d’une déviance
obsessionnelle du judaïsme. Elle a parfois l’impression de se battre pour
changer une situation que ses congénères elles-mêmes ne souhaitent pas voir
évoluer.
Elle rapporte toutefois que son organisation, ou encore
l’association « Take a seat » (Prends un siège), créée par une
étudiante jérusalémite après avoir été verbalement agressée dans un bus, reçoivent
de nombreux appels de soutien, de la part de femmes des milieux religieux.
Le 6 janvier dernier, dans la ville de Beit Shemesh – une
ville accueillant une forte population harédi, située à vingtaine de
kilomètres de Jérusalem –, un groupe de 250 femmes, de tous âges et de tous
degrés de religiosité, s’est rassemblé sur la place centrale de la conurbation.
Elles se sont livrées à l’interprétation d’uneflash
mob – rassemblement d’un groupe de personnes dans un lieu
public afin d’y effectuer des actions convenues d’avance, avant de se disperser
rapidement - effectuant une chorégraphie sur la musique de Queen « Don’t
Stop Me Now » (Ne m’arrête pas maintenant). Cette manifestation publique
avait pour but de protester contre les discriminations subies par les femmes
sous des prétextes religieux.
Elle faisait suite au rassemblement de milliers de
personnes, dans la même ville, qui désiraient se porter en faux contre
l’exclusion des femmes de la place publique. A Beit Shemesh, un panneau avait
été installé dans un quartier religieux, stipulant l’affectation des trottoirs
par genre : un trottoir pour les hommes, l’autre qu’ils nous attribuaient.
Des incidents se poursuivant parallèlement du fait de la
même communauté orthodoxe, comme l’agression d’une petite fille de huit ans,
victime de crachats sur le chemin de l’école, car, selon ses agresseurs, elle
n’était pas vêtue assez modestement.
L’empiètement de la religion sur le domaine public,
s’illustrant par une sévère ségrégation des femmes, participe malheureusement
d’une tendance s’étant récemment amplifiée en Israël. Des soldats religieux
quittent des cérémonies de l’armée impliquant des femmes qui chantent – avec la
bénédiction de rabbins, dont un a d’ailleurs déclaré, la semaine dernière,
qu’il était préférable que ces jeunes hommes choisissent la mort, plutôt que
d’assister à une telle représentation.
Un autre rabbin, proche de la petite minorité des écoles
talmudiques (Yeshivah) dont les élèves acceptent de ne pas se soustraire au
service militaire obligatoire, a affirmé, ce mercredi, "que si on
interdisait (ce qui est le cas) aux soldats pratiquants de quitter les
cérémonies durant lesquelles des femmes chantent, il valait mieux que tous les
religieux ne fassent pas l’armée".
Des cas sont par ailleurs signalés, de soldats refusant de
se soumettre à des ordres qui leur sont intimés par des officiers femmes.
Aucun doute sensé ne peut exister quant à l’impossibilité
de gérer une armée à la carte, dans laquelle il faudrait s’occuper des
desiderata de chaque catégorie d’appelés, plutôt que de guerroyer contre nos
nombreux ennemis. A mon sens, il faut aller dans le sens de ce rabbin, et
refuser d’enrôler les religieux (pas tous) ne reconnaissant pas à l’autre sexe
l’égalité absolue et indiscutable des droits.
Mais il faudrait aussi, par souci d’équité, priver tous
ceux qui refusent de servir dans Tsahal, telle que l’Armée israélienne se
présente depuis sa création – autrement que pour des raisons d’aptitude ou
parce qu’ils n’ont pas été appelés à servir – de tout subside gouvernemental
quel qu’il soit.
Des phénomènes de séparation forcée des sexes se déroulent
également dans des dispensaires, parmi lesquels des salles d’attente attribuées
à chaque genre sont instaurées. Les images de femmes dans les publicités
disparaissent par ailleurs graduellement des murs de Jérusalem.