Crash de l’Airbus d’Egyptair, suite (info # 012405/16) Version imprimable
Analyse
mardi, 24 mai 2016

 

Par Stéphane Juffa

 

En fin de semaine dernière, on a appris que l’Airbus égyptien avait automatiquement envoyé des messages d’alerte peu avant qu’il n’entame sa chute fatale vers la Méditerranée. Ces communications ont été transmises par le système ACARS, les initiales de "Aircraft Communications Addressing and Reporting System", soit en français : Système de Communications d’Adressage et de Comptes rendus de l’Avion.

 

Pour simplifier notre compréhension, disons que ce système envoie au sol en temps réel des informations concernant des appareils de vol défectueux. L’ACARS peut expédier ses messages à plusieurs destinataires à la fois ; en général, il s’agit du service technique de la compagnie aérienne et/ou d’une société de services engagée par celle-ci afin de recueillir ces communications, mais les ACARS peuvent également, si c’est le vœu de la compagnie, parvenir au fabricant de l’appareil et/ou de ses moteurs, cela pour obtenir le plus rapidement possible les solutions aux avaries détectées.

 

Il est à noter que l’équipage est également censé recevoir ces indications dans la cabine de pilotage. L’avantage du ACARS consiste non seulement à permettre aux techniciens au sol d’assister les pilotes quant aux mesures à prendre afin de tenter de réparer ou de contourner les dommages, mais il sert aussi de back-up partiel de la boîte noire enregistrant les paramètres de vol, principalement si celle-ci ne peut pas être retrouvée.

 

Les équipes de recherche sont en train de sonder la mer précisément pour retrouver les deux boîtes noires, celle qui enregistre les paramètres de vol ainsi que celle qui collecte les échanges vocaux ainsi que les bruits dans le cockpit. Les recherches s’avèrent compliquées, car les fonds marins à l’endroit du crash atteignent jusqu’à 4 000 mètres de profondeur. Or les émetteurs installés sur ces boîtes n’émettent qu’à deux kilomètres le signal hertzien permettant de les localiser.

 

On a donc recours à un navire spécialisé de la Marine Nationale française, capable de faire descendre au bout d’un câble des appareils sonar, et de larguer un petit sous-marin éprouvé jusqu’à une profondeur de 2 000 mètres environ.

 

jacoubet.jpg

L’EV Jacoubet, un navire à vocation de lutte anti-sous-marine,

envoyé par la France afin de retrouver les boîtes noires

 

Si ces moyens ne suffisent pas, il faudra avoir recours à des instituts civils dont les sous-marins peuvent descendre jusqu’au fond de la mer. Et il y a lieu de se dépêcher, car les émetteurs fonctionnent sur batteries, et leur endurance n’est que de quelques semaines.

 

A nous de préciser que les indications fournies par les ACARS ne permettent pas d’établir les causes du crash, tout en fournissant d’intéressantes informations complémentaires. Reste qu’en l’état, les enquêteurs ne disposent pas de suffisamment d’éléments pour déterminer les causes de la perte de l’Airbus, et, partant, si l’on est en présence d’un accident ou d’un attentat. Et, dans l’hypothèse où il s’agirait d’un attentat, du type de moyens que ses auteurs ont utilisés.

 

Voici les ACARS qui ont été transmis par l’appareil en perdition :

 

A 00h26 Zoulou, c’est-à-dire 2 heures 26 à Athènes et 1h 26 à Paris - soit exactement au moment où les contrôleurs grecs appellent sans succès l’équipage pour lui indiquer qu’il quitte leur espace aérien et pour l’inviter à contacter leurs confrères égyptiens -, le premier message indique un problème au niveau de l’alimentation électrique de la fenêtre de la partie droite du cockpit. L’électricité sert à réchauffer cette vitre pour deux raisons : empêcher la formation de givre (mais là, c’était inutile, l’Airbus ne volait pas dans des conditions de givrage), et à durcir la vitre pour lui permettre de mieux résister aux températures polaires qui règnent à ces altitudes. L’ACARS ne mentionne pas la raison de la coupure de courant mais ne fait que la constater.

 

Au même moment, un second message informe de l’interruption de l’alimentation électrique de la petite vitre coulissante (utilisable uniquement au sol ou exceptionnellement à de très basses altitudes) également sur la partie droite du cockpit. Cette panne a les mêmes effets sur la petite fenêtre que ceux indiqués sur le premier message.

 

Toujours à minuit vingt-six, une troisième communication informe de la présence de fumée dans l’une des toilettes de l’appareil, sans préciser laquelle.

 

00h27, un quatrième message alerte sur la présence de fumée d’avionique, ce terme caractérisant tout l’équipement électronique d’un avion, y compris les ordinateurs et les boîtiers aux fonctions spécifiques. Ces matériels sont installés sous le cockpit, de même que dans les couloirs techniques de l’Airbus.

 

Les experts des ACARS font une remarque importante au sujet de cette quatrième alerte, précisant que s’il s’était agi d’un feu électrique ou des appareillages électroniques et non uniquement de fumée, le message aurait mentionné "un problème majeur se produisant dans un secteur critique de l’appareil, de nature à menacer la poursuite sécurisée du vol". Or cela n’a pas été le cas.

 

00h29, deux nouveaux messages sont envoyés. Ils indiquent des pannes critiques au niveau du directeur de vol électronique (Flight Control Unit), indispensable sur ce type d’avions. La première communication concerne les appareils utilisant du courant alternatif, le second, du courant continu. Les systèmes principaux de l’appareil utilisent du courant continu. Ces messages témoignent de la propagation rapide d’une série de problèmes de nature à engendrer la perte de l’avion.

 

Ils coïncident avec la disparition du signal du transpondeur indiquant aux contrôleurs civils le positionnement de l’Airbus, perte que j’avais évoquée lors de mon intervention sur Radio Judaïca.

 

Ces nouveaux messages ACARS semblent aussi indiquer que le pilote automatique a également cessé de fonctionner. Reste que, d’après les comptes rendus des radars militaires, l’appareil a encore maintenu son niveau de vol et son cap durant huit minutes avant la rapide perte d’altitude et les manœuvres désordonnées de l’A320 qui l’ont conduit à s’abîmer en mer.

 

Cela peut s’expliquer de trois façons : soit l’avion était parfaitement trimé (équilibré pour son vol en palier1) et il l’a poursuivi durant ces huit minutes sans l’assistance des pilotes ; soit certaines activités du pilote automatique ont continué à fonctionner durant cette période, soit, enfin, ce sont les pilotes qui sont manuellement parvenus à maintenir momentanément ces paramètres de vol.

 

Les mal-fonctions communiquées par l’ACARS ne permettent pas de déterminer si la chute de l’Airbus est due à un accident – par exemple un feu électrique du genre de celui qui avait conduit au crash du vol Swissair 111 face aux côtes canadiennes, le 2 septembre 1998 -, soit à un attentat perpétré avec des armes à feu et/ou des explosifs.

 

A la Ména, nous notons que le premier ACARS concerne la rupture de l’approvisionnement électrique pour les fenêtres situées sur la droite du cockpit, or cette panne aurait pu être causée par des tirs dans la cabine de pilotage. En principe, si elle était la conséquence de la mise hors service d’une fonction électronique, cette dernière aurait été signalée par un message ACARS préalablement à l’avarie du pare-brise.

 

Nous sommes aussi surpris par la rapidité de la perte de l’avionique, alors qu’aucun feu n’a été à aucun moment signalé. On sait certes que les feux électriques se propagent rapidement dans un avion, mais une explosion d’origine criminelle (suicidaire) pourrait logiquement être à l’origine de ces dommages.

 

Quant aux manœuvres désespérées et à la dégringolade de 6 000 mètres ayant immédiatement précédé la chute fatidique, elles peuvent avoir deux origines : la perte de contrôle de l’avion due aux dégâts qu’il a subis, ou la volonté des pilotes, suite à une dépressurisation de l’appareil, de rejoindre le plus rapidement possible une altitude à laquelle les passagers peuvent respirer sans l’aide des masques à oxygène (disponible en quantités limitées). Cette altitude se situant effectivement aux alentours de 15 000 pieds (5 000 mètres), qui a brièvement été maintenue, comme l’ont indiqué les radaristes militaires.

 

En l’état des informations que nous connaissons, notre analyse se base uniquement sur les relevés des contrôleurs, ceux des militaires grecs, et sur les ACARS obtenus par des media américains et confirmés par le BEA français, le Bureau d’Enquêtes et d’Analyses pour la sécurité de l’aviation civile. Il s’agit de notre part d’analyses d’hypothèses plausibles, qui permettent, par exemple et au demeurant, d’écarter la désintégration de l’Airbus à 37 000 pieds, ainsi que d’autres scénarios.

 

Impossible pour le moment d’aller plus loin ; la prochaine étape de la mise en lumière des causes du crash est désormais liée aux découvertes que feront les enquêteurs à partir de l’examen des débris et des boîtes noires.

 

En espérant que des intérêts pécuniaires ou politiques ne viendront pas gêner les recherches ni la publication de leurs conclusions : un acte suicidaire de la part d’un membre du personnel d’Egyptair plomberait lourdement la compagnie, tandis qu’un incident technique affecterait le consortium européen du GROUPE AIRBUS.

 

L’A320 a été construit à près de 7 000 exemplaires, ce qui fait de lui le deuxième avion le plus vendu au monde après le 737 de Boeing. Si d’aventure nous étions en présence d’un accident découlant d’une faille de conception, il faudra peut-être procéder à des modifications dans tous les appareils de ce type volant.

 

 

Note :

 

1Le vol en palier représente l'équilibre entre toutes les forces aérodynamiques pour une vitesse donnée. A vitesse constante l'aéronef ne descend ni ne monte, le vecteur poids est égal à son opposé, la portance, idem pour la traînée contrée par la propulsion. (Wikipédia)

 

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Le suicide européen (info # 012205/16) Version imprimable
Analyse
dimanche, 22 mai 2016

 

Par Guy Millière

 

Londres a donc élu un maire musulman. Preuve que l’intégration fonctionne, dit-on de tous côtés. Quiconque observe de près le passé du maire musulman de Londres discerne cependant rapidement que celui-ci a été très proche d’un grand nombre d’organisations islamiques tenant un discours violemment antisémite et anti-occidental.

 

Au cours de sa campagne électorale, le maire, Sadiq Khan, a tenté de revenir sur ses propos récents et d’édulcorer les plus compromettants. Cela s’appelle la taqiya en islam, mentir pour défendre ses positions.

 

Quiconque discerne l’évolution du parti auquel Sadiq Khan appartient s’aperçoit que ce parti, le Parti travailliste, a connu une dérive très antisémite ces dernières années et qu’il est présentement rongé en profondeur par un antisémitisme de type islamique (j’en ai traité ici récemment).

 

Quiconque connaît un tant soit peu Londres sait pourquoi la ville a souvent été appelée, au cours des deux dernières décennies, Londonistan, et ceux qui connaissent un tant soit peu le Royaume Uni savent que partout où l’islam s’est installé sont apparues des zones soumises à l’application de la charia. Tous ces points sont, le plus souvent, laissés de côté, comme s’ils n’avaient aucune importance.

 

Cela peut relever de l’aveuglement volontaire, et rappelle qu’il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. Londres et le Royaume Uni sont en voie de soumission à l’islam : ceux qui ne disent rien de cette soumission s’en font les complices. Et les complices sont nombreux, hélas, ils opèrent dans quasiment tous les media d’Europe. Et cela ne tient pas du hasard : la soumission qui se développe à Londres et au Royaume Uni se retrouve en mille autres endroits d’Europe, et les journalistes, en très grand nombre, sont d’ores et déjà soumis.

 

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En Belgique, il a fallu l’arrestation de Salah Abdeslam et les attentats de Bruxelles pour qu’on parle un peu plus ouvertement des viviers djihadistes que constituent des quartiers tels que Molenbeek. Ces quartiers existent toujours. Et si quelques reportages ont pointé du doigt ce qui s’y passait de délétère, d’autres reportages, beaucoup plus nombreux, ont eu pour but de montrer que toute inquiétude concernant ces quartiers n’avait pas vraiment lieu d’être.

 

Au moment où on parlait en France de Molenbeek en raison de l’arrestation de Salah Abdeslam et des attentats de Bruxelles, quelques personnes, dont un ministre, ont dit qu’il y avait des dizaines de Molenbeek en France.

 

Le silence est rapidement revenu. Plus personne ne parle des quartiers de type Molenbeek existant en France. Ces quartiers existent toujours, pourtant. Pour ne pas parler explicitement du danger islamiste, ceux qui ont pour mission de combattre le danger parlent de « radicalisme » : le gouvernement a mis en place des unités de « déradicalisation », qui, dès lors qu’elles évitent de nommer le « radicalisme » dont il s’agit, auront autant d’effet que le célèbre emplâtre posé sur une jambe de bois. On peut entendre de temps à autres l’une des principales responsables de la « déradicalisation » évoquer ce qui constitue le réel problème à ses yeux : les « radicalisés » ne connaissent pas l’islam et ne fréquentent pas les mosquées…

 

En parallèle, l’Allemagne d’Angela Merkel continue de vouloir accueillir des « migrants » et persiste à s’aveugler sur les conséquences découlant de l’accueil de populations venant de régions où la haine des Juifs est omniprésente et où les femmes sont traitées peu ou prou comme du bétail ; il a fallu plusieurs jours pour que les viols et autres actes d’agression sexuelle commis dans le pays lors de la nuit du 31 décembre au 1er janvier soient révélés au public, dans un bruit de scandale.

 

Les actes criminels commis par les migrants dans les gares, les hôpitaux et d’autres lieux sont escamotés. Quand, voici peu, un homme a adopté un comportement djihadiste, crié Allahou Akbar et agressé plusieurs personnes au couteau dans une gare, les autorités allemandes ont préféré dire que cela n’avait rien à voir avec l’islam, et que l’homme était simplement un déséquilibré.

 

Après qu’Angela Merkel a passé un accord avec Erdogan, et lui a accordé diverses concessions et divers versements se chiffrant à des centaines de millions d’euros en échange d’une très hypothétique aide de la Turquie à la lutte contre l’immigration clandestine en Europe, l’Union Européenne a décidé de contraindre les pays membres qui se montreraient réticents à accueillir des quotas de « migrants », et décidé d’infliger des amendes très lourdes à ceux qui s’y refuseraient obstinément.

 

Soumission, disais-je ? L’Europe devient peu à peu, mais à un rythme de plus en plus rapide, un continent qui renonce à ses propres valeurs et à sa civilisation traditionnelle, et qui se courbe et se couche devant l’islam, qui n’a jamais, nulle part, montré sa compatibilité avec les valeurs de la civilisation occidentale.

 

Les conséquences sont déjà accablantes. Elles risquent fort de l’être bien plus encore dans un proche avenir.

 

Tout cela est en train de prendre des allures de suicide collectif, peut-être devrais-je dire des allures de meurtre de masse, car les populations subissent plus qu’elles n’applaudissent.

 

Les Juifs vont sans doute continuer à quitter l’Europe, et tous ceux qui sont attachés aux valeurs de la société ouverte vont sans doute adopter la même attitude.

 

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L’analyse du crash d’Egyptair par les pilotes et spécialistes de la Ména sur Radio Judaïca Version imprimable
Radio/audio - interview/reportage
vendredi, 20 mai 2016

 

© Metula News Agency

(info # 012005/16)

 

En une demi-heure et en exclusivité, le commandant de bord-journaliste Stéphane Juffa explique dans le détail pourquoi l’analyse des spécialistes de la Ména aboutit, avec une probabilité de 80%, à la conclusion selon laquelle la perte de l’Airbus est sans doute due à une lutte à bord avec un terroriste-suicidaire qui a malheureusement eu le dessus.

 

https://www.facebook.com/radiojudaica/videos/867792533330915/

 

 

 
Mort de Badreddine : pas les Israéliens (info # 011805/16) Version imprimable
Analyse
mercredi, 18 mai 2016

 

Par Michaël Béhé à Beyrouth

 

Mustafa Amine Badreddine, le chef de la branche armée du Hezbollah, n’a très probablement pas été neutralisé par les Israéliens, contrairement à ce qu’avaient initialement rapporté la plupart des media de la région. En fait, les circonstances de sa disparition restent très floues, et cela nous a pris quelques jours d’enquête pour parvenir à énoncer la phrase précédente avec un degré de fiabilité digne de notre agence.

 

Quant au reste des détails de son élimination, ils sont pour le moins confus, même si le Hezb, le Mossad, les Iraniens et peut-être la CIA les connaissent mais n’ont pas intérêt à en dire plus pour le moment.

 

Le lieu de la mort du terroriste reste lui aussi un mystère ; selon les diverses sources, ce serait Alep, un convoi d’armes à destination de la milice chiite aux confins du Liban, ou une banlieue de Damas. C’est cette dernière hypothèse que soutient l’organisation d’Hassan Nasrallah, qui affirme que l’une de ses positions à proximité de l’aéroport international de Damas a été détruite suite à une violente explosion causée par un barrage d’artillerie attribué à un groupe rebelle.

 

Là, cela devient tout de suite plus compliqué : j’ai vérifié auprès de mes sources dans le camp du gouvernement alaouite et celles-ci me confirment qu’il n’y a pas eu de bombardement "ennemi" sur cette région entre mardi et jeudi, ni même d’attentat ou de guet-apens.

 

On se dit aussi qu’il serait étrange qu’une si énorme explosion ne cause qu’un seul décès, et précisément celui de Badreddine. Plus surprenant encore, voire grandement improbable, que la formation rebelle qui aurait fait le coup ne revendique pas son exploit.

 

Une autre anormalité consiste en cela que, lors des frappes israéliennes précédentes, le bureau de la Ména à Beyrouth est toujours parvenu à entrer en contact avec des témoins oculaires ou auditifs de ces raids. Or, dans le cas présent, dans les divers lieux de Syrie où nous avons des contacts, personne n’a rapporté d’attaque de la part des Hébreux.

 

On ignore donc où et comment le successeur de Jihad Morgnyeh, qui portait le joli surnom de "Brise-vertèbres" [inspiré du sabre à double lame d’Ali, Dhu al-Faqar] a perdu la vie. Il existait également un doute quant au jour de sa disparition, mais nous sommes parvenus à résoudre au moins cette énigme : le premier media à avoir annoncé la mort du chef milicien fut la chaîne TV al Mayadeen1 [les places, les rues, en référence aux manifestations populaires des Printemps arabes. Ndlr.] contrôlée par le Hezbollah, qui accusait initialement Jérusalem. Mais ce qui nous intéresse plus particulièrement est que la nouvelle a été diffusée mardi, ainsi l’affirmation d’al Mayadeen met fin aux spéculations concernant la date à laquelle Brise-vertèbres a cessé de respirer.

 

Par la suite, les nombreux media du Hezb ont cessé d’incriminer l’Etat hébreu pour accuser les "Takfir", le nom par lequel les chiites décrivent usuellement les rebelles sunnites.

 

Enfin ils n’exonèrent pas totalement les Israéliens, puisque, dans al Manar (le phare, l’organe officiel du Hezb), on expliquait : "Dans tous les cas, il ne s’agit que [de la perte] d’une seule bataille contre le projet des Américano-sionistes dans la région, dont les Takfir constituent la tête-de-pont, exerçant ainsi leur agression aux dépens de la Umma [nation arabe], de sa résistance, de ses Moudjahidine [combattants], de ses sanctuaires et de son peuple, libre et honnête".

 

On comprendra à la lecture de cet échantillon du discours allégorique des supplétifs des Iraniens en Syrie et au Liban, que les Takfir ne sont, dans cette emblématique, que les exécutants des Israéliens et des Américains. Dans ces conditions, il aurait été largement plus valorisant pour le Hezb et pour le souvenir de son shahid de prétendre qu’il a péri sous les coups de Tsahal que sous ceux de ses "va chercher".

 

On aurait eu droit à des menaces de vengeance terribles contre les Hébreux et à un nouveau délire de la part des propagandistes de la milice chiite, nous expliquant, à nous Libanais, que la Résistance armée est indispensable afin de protéger notre pays face aux assassins juifs.

 

Autre indice du fait que les Israéliens ne sont pas dans le coup : aucune sortie de leur aviation ni aucun tir de leurs missiles sol-sol n’ont été signalés mardi.

 

Mais ce qu’il y a d’étonnant est que les partisans de la thèse de la neutralisation de Mustafa Badreddine au cours de l’attaque d’un convoi d’armes, mardi, par les bombardiers à l’étoile de David, près de la frontière libanaise, avaient tort : cette attaque n’a pas eu lieu mardi, mais elle s’est cependant produite jeudi, alors que le cadavre de Brise-vertèbres était déjà froid depuis trois jours. Nous possédons suffisamment de sources et de témoins concordants pour être en mesure d’affirmer qu’un raid aérien de ce type a eu lieu jeudi dans ladite région. Était-ce une prémonition ?

 

Alors, qui a éliminé Badreddine et pourquoi ? Les hypothèses sont au moins aussi nombreuses que les ennemis que comptait l’exécrable bonhomme. Il était par exemple recherché par le Tribunal Spécial pour le Liban, qui l’avait inculpé in absentia, en juillet 2011, pour l’assassinat, en 2005, de l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri et de 22 autres innocents. Son transfert en Syrie par le Hezb contribuait, entre autres, à le soustraire au mandat d’arrêt dont il faisait l’objet.

 

A-t-il été descendu par des tueurs à gages engagés par la très riche famille Hariri ? Ou était-il devenu un témoin trop gênant pour le clan al Assad, qui avait commandité l’attentat au Hezbollah ? Si c’était le cas, ce ne serait pas le premier "homme de confiance" sacrifié par le régime syrien dans cette affaire.

 

Connaissait-il trop de secrets sur les Iraniens, qui dirigent la coalition irano-alaouites-Hezbollah contre les Takfir, et dont Badreddine était un relai privilégié en Syrie et au Liban ? Se trouvait-il en porte-à-faux avec les projets de Poutine dans la région ?

 

Ou encore, est-ce que les Américains ou les Français, mettant à profit la chienlit provoquée par la Guerre Civile en Syrie, auraient enfin décidé de régler leurs comptes avec le cerveau des attentats aux véhicules piégés contre les Marines, le 23 octobre 1983, cantonnés à l’aéroport international de Beyrouth – 241 morts -, et, deux minutes plus tard, contre l’immeuble du Drakkar, dans la même ville, tuant 55 parachutistes français ?   

 

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Rira bien qui rira le dernier

Des dizaines de familles françaises soulagées par l’élimination du terroriste,

dans l’indifférence générale de leurs compatriotes !

 

Cette hypothèse n’est pas la plus probable, Washington et Paris n’étant pas enclins à raviver une dispute avec Téhéran, le mentor principal de Brise-vertèbres. Nous n’avons trouvé aucune mention de l’assassinat collectif des paras du Drakkar dans les comptes rendus de la presse française couvrant la mort de Badreddine, à l’instar de la dépêche principale de l’agence semi-officielle AFP concernant le sujet. Dans ce câblogramme, au chapitre "Qui est Mustafa Badreddine ?", l’élimination des militaires français, parmi une profusion d’actes attribués à l’individu, a été soigneusement soustraite de la connaissance du public français, le narratif de l’AFP étant répercuté "as is" par la quasi-totalité des media tricolores. Dans la région, nous sommes coutumiers du fait que la presse et la diplomatie françaises, ayant à bien des égards partie liée, occultent des agressions ayant touché ses représentants afin de préserver leurs auteurs et les organisations ou pays auxquels ils appartiennent de la vindicte de la population.

 

Nous notons également que dans le narratif officiel français, sans doute dans le même dessein, l’on cache au lecteur que la branche armée du Hezbollah, que commandait Badreddine, est classée organisation terroriste par l’Union Européenne.

 

Le Hezb est d’ailleurs, dans sa globalité, officiellement considéré tel une organisation terroriste par moult Etats et instances internationales, et notamment par l’ensemble des pays arabes. Mais certains décideurs dans l’ombre de la politique internationale à Paris ont décidé que l’information quant à la classification de cette milice au titre d’organisation terroriste, et de son chef ès qualité d’archi-terroriste ayant notamment massacré des soldats français, n’intéressait pas les Français ou qu’il était préférable qu’ils ne soient pas au courant de ces informations. Les mots "terrorisme" et "terroriste", n’apparaissent à aucun moment dans la dépêche de l’AFP précitée.

 

Pourtant, toujours pas rassasié de sang français après avoir assassiné les 55 paras du Drakkar, dans la même année 1983, Mustafa Badreddine attaque au Koweït l’ambassade de France, dans ce qui constitue un acte terroriste par excellence, de la part d’un quidam armé s’attaquant systématiquement à des civils. Il y sera condamné à mort et sauvé de la potence par l’invasion du Koweït par l’armée de Saddam Hussein en 1990, qui libérera le terroriste de sa prison.

 

D’autres conjectures concernant l’élimination de Brise-vertèbres ont été évoquées, comme celle d’une lutte pour le pouvoir au sein de la milice terroriste, alors que l’on dit son secrétaire général Hassan Nasrallah atteint par une maladie incurable à un stade avancé.

 

Les énormes pertes enregistrées par le Hezb et l’Iran en Syrie créent aussi de gros remous : les Israéliens estiment que la milice a eu 1 500 tués et 5 000 blessés mis hors de combat durant la Guerre Civile, ce qui correspond environ au tiers de ses effectifs les plus aguerris. Quant au Pasdarans, les pertes en hommes et en officiers ont été à ce point importantes lors de la bataille de Khan Tuman, près d’Alep, que le parlement iranien – c’est quasi de la science-fiction – a demandé la formation d’une commission d’enquête parlementaire au sujet de ce "massacre". Par ailleurs, la Ména libanaise a appris que des contingents iraniens ont été retirés du conflit et aussitôt remplacés par des Hezbollani libanais.  

 

On a aussi parlé, dans les journaux arabes, de l’explosion accidentelle de munitions ou de matériel dangereux, parmi ceux qui constituaient l’environnement coutumier du chef d’une faction participant au conflit syrien. Mais personne n’a non plus fait mention d’un incident de ce type, généralement très remarquable. Personne n’a parlé d’autres victimes d’un éventuel "accident de travail", ce qui rend cette piste aussi incertaine que les précédentes.

 

Ce qui est incontestable est que Badreddine n’est pas mort d’un rhume des foins, à l’instar de ses prédécesseurs Imad (à la fois le cousin et le beau-frère de Brise-vertèbres) et Jihad Morgnyeh, d’Hassan al Laqqis, et du premier secrétaire général du mouvement, Abbas al-Musawi, pulvérisé par les tirs d’hélicoptères israéliens au milieu d’un cortège de voitures lors d’une tournée au Liban-Sud en 1992.

 

Le job de chef d’une milice terroriste chiite, en guerre avec Israël, l’ensemble des sunnites et recherché pour des activités terroristes par plusieurs puissances occidentales n’offre visiblement pas la sécurité de l’emploi ni la promesse d’une retraite paisible. Quelles qu’aient été les circonstances de la mort de Mustafa Badreddine, elles étaient suffisamment opaques et indicibles pour contraindre le Hezb à raconter n’importe quoi.


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Le test par le souvenir de la Shoah (info # 011505/16) Version imprimable
Analyse
dimanche, 15 mai 2016

 

Par Guy Millière

 

Au moment où cet article paraîtra, je serai en voyage, vraisemblablement dans un avion, quelque part au-dessus des Etats Unis où j’ai décidé de vivre désormais le plus clair de mon temps. Une dizaine de jours se seront écoulés depuis Yom ha-Shoah, la journée de commémoration de la Shoah.

 

Si je m’étais trouvé en France le jour de Yom ha-Shoah, je sais que j’aurais pu me rendre au mémorial de la Shoah et assister à la lecture des noms de ceux qui ont disparu dans les camps d’extermination, simplement parce qu’ils étaient juifs. Je sais qu’ailleurs, partout ailleurs en France, rien n’aurait été dit.

 

Il y a des années maintenant que rien ne se dit en France pour le souvenir de la Shoah. Les media, presse écrite, radio, télévision, ont renoncé à en parler ou presque. Lorsqu’ils le faisaient encore, ils recevaient des commentaires frôlant de très près l’antisémitisme. Les hommes politiques eux-mêmes évoquent peu le souvenir de la Shoah. L’amnésie s’installe avec toutes ses conséquences.

 

Aux Etats Unis, et c’est une immense différence qui explique en partie pourquoi je puis me sentir mieux dans la société américaine, il est plus largement question du souvenir de la Shoah, et Yom ha-Shoah est évoqué par les media et par les hommes politiques. L’oubli ne s’installe pas, bien qu’à la différence de la France, les Etats Unis n’aient pas de responsabilité directe dans l’extermination des Juifs en Europe.

 

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Rafle menée par la police française :

la première étape du voyage pour Auschwitz

 

En France, parce que l’amnésie s’installe, le mot « génocide » se banalise : on l’emploie même quelquefois pour parler de ce qui est censé être arrivé aux Arabes palestiniens lors de la renaissance du pays juif, Israël ; on parle alors de la Nakhba [ara. La catastrophe, le désastre], terme utilisé par l’Autorité Palestinienne dans le cadre de ses activités de propagande. J’ai entendu ce mot être récemment utilisé dans une émission de la chaîne Arte, que je regarde en général avec parcimonie.

 

Aux Etats Unis, le mot « génocide » ne se banalise pas. "Nakhba" est utilisé par quelques gauchistes excités sur divers campus universitaires, mais quasiment jamais en dehors de cela. La propagande de l’Autorité Palestinienne a certes pénétré le pays, mais moins profondément. Je n’imagine pas que ce mot puisse être employé par un commentateur sur une chaîne de télévision.

 

En France, et cela me semble étroitement lié à ce que je viens d’écrire, je ne puis me rendre dans un lieu communautaire juif ou dans une synagogue sans voir des policiers ou des militaires en faction, chargés de veiller à ce qu’un acte antisémite ou une attaque terroriste ne se produise pas. Les actes antisémites se sont faits plus nombreux ces dernières années. Des attaques terroristes antijuives atroces ont eu lieu, comme on ne le sait que trop bien.

 

Aux Etats Unis, je puis me rendre dans un lieu communautaire juif ou dans une synagogue sans voir des policiers ou des militaires en faction. Des actes antisémites se produisent, mais ils sont rares, bien plus rares, et si des attaques terroristes ont eu lieu, hélas, aucune d’elle n’a été une attaque terroriste antijuive (une attaque de ce genre a été déjouée récemment au nord de Miami, mais je n’en connais pas d’autre).

 

Une dizaine de jours se seront écoulés depuis Yom ha-Shoah, et je ne puis m’empêcher de ressentir un malaise en songeant qu’en France, un pays qui a une responsabilité directe dans le processus d’extermination des Juifs, l’amnésie s’installe, le mot « génocide » se banalise, le mot Nakhba se trouve employé, les lieux communautaires juifs et les synagogues sont sous la garde de policiers et de militaires, des actes antisémites sont commis en plus grand nombre, des attaques terroristes antijuives sont perpétrées.

 

Je sais pourquoi je me sens mieux dans la société américaine.

 

Une société qui devient amnésique face à un crime aussi abominable que l’ethnocide nazi, le crime le plus absolu de tous les crimes, est une société malade. Une société où le mot « génocide » se banalise est une société où le relativisme vient éroder la perception de la réalité et détruire les repères éthiques les plus essentiels.

 

Une société où le mot Nakhba peut être employé est une société ouverte aux falsifications de l’histoire (et le vote de la France en faveur du texte de l’UNESCO sur la "Palestine occupée" montre où ce type d’ouverture peut conduire). Une société où les lieux communautaires juifs et les synagogues doivent être gardés en permanence par des policiers et des militaires, où des actes antisémites et des attaques terroristes antijuives se produisent est une société en train de se décomposer.

 

J’espère que la France se redressera. Je ne renonce pas à participer à ce redressement.

 

L’économiste américain George Gilder, il y a quelques années, parlait d’un "test par Israël", et disait qu’on peut voir si un être humain ou une société est ouvert à l’amour de la réussite en examinant son attitude par rapport à Israël.

 

Je pourrais à mon tour parler d’un "test par le souvenir de la Shoah". On peut, je pense, évaluer le degré éthique d’une société à son degré de respect du souvenir de la Shoah.


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L’arme absolue : la conscience d’israël (info # 011305/16) Version imprimable
Analyse
vendredi, 13 mai 2016

 

Par Ilan Tsadik

 

Mercredi, les Hébreux ont commémoré le Jour du Souvenir à la mémoire des quelques 23 477 Israéliens, soldats et victimes civiles du terrorisme morts dans les divers conflits et opérations armées de l’Etat hébreu, de 1860 à nos jours.

 

La guerre israélo-arabe participe d’un minuscule conflit en comparaison des guerres qui ont secoué la planète, avec ses 115 000 décès au total depuis 1920 et dans les deux camps. Elle n’entre pas dans les soixante plus importantes belligérances qu’a connues la Terre.

 

A titre de référence, la guerre Civile Syrienne, qui a éclaté en 2011, a déjà fait un demi-million de tués, à peu près autant que la Première Guerre d’Indochine, qui a fait rage entre 1946 et 1954. Les Guerres Napoléoniennes appartiennent à une autre catégorie, avec leurs quelques cinq millions de victimes, mais c’est encore cinq fois moins que la Guerre Sino-Japonaise, par exemple, qui a dévasté l’Extrême-Orient entre 1937 et 1945, sans parler des 60 à 80 000 000 de morts de la Seconde Guerre Mondiale.

 

Reste que, pour un pays de huit millions et demi d’habitants, qui n’a jamais connu la paix depuis cent-soixante ans, soit bien avant qu’il ne déclare son indépendance, le 14 mai 1948, 23 477 morts constitue un chiffre considérable.

 

Au point que je ne connais pas de famille habitant le pays depuis son indépendance qui n’ait eu à déplorer la disparition violente d’un parent proche à l’occasion d’un conflit. Et c’est encore sans compter l’impressionnant cortège des centaines de milliers de blessés et d’invalides que l’on croise plus souvent qu’ailleurs dans la rue.

 

En ce 68ème anniversaire d’Israël, le débat public permanent n’a jamais été aussi animé. On en est à se poser beaucoup de questions sur à peu près tous les domaines concernant le pays. Au centre de la discussion, "faut-il être un Etat comme les autres ?" ou "est-il préférable de nous replier sur nous-mêmes et nos valeurs traditionnelles ?". 

 

Cette interrogation que l’on croyait classée depuis des lustres resurgit alors qu’une vague d’antisémitisme ravage les démocraties occidentales et que les instances internationales ne manquent pas une occasion de nous ostraciser en essayant de nous délégitimer. Naturellement, le vote de la France à l’UNESCO, définissant le site du Temple de Salomon comme exclusivement musulman et palestinien, remue nos consciences et pousse les indécis au retrait identitaire et sécuritaire face à autant de mauvaise foi et de haine au niveau étatique. Même les plus optimistes d’entre nous se demandent quelle va être la prochaine résolution anti-nous dans les instances internationales.

 

On imagine avec gêne que le ministre français des Affaires Etrangères, Jean-Marc Ayrault, celui qui a ordonné de voter la résolution de l’UNESCO, s’emploie d’arrache-pied (si seulement) à convoquer une conférence internationale visant, en fin de compte, à nous obliger à vivre dans des frontières indéfendables. Reconnaissons qu’en matière de neutralité du médiateur on pourrait trouver un peu mieux.

 

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Ayrault, attendu à Jérusalem dimanche

Nul doute qu’il sera reçu comme il se doit. Sur l’Esplanade des mosquées ?

 

On lit chaque jour les dépêches de l’AFP, écrites à la bave de crapaud à la place de l’encre, qui confondent à dessein les Palestiniens et les terroristes palestiniens, les bourreaux de l’Intifada et leurs victimes, les implantations juives et les colonies françaises en Algérie, les "territoires palestiniens occupés" et les territoires perdus par la Jordanie à l’issue de son offensive militaire contre l’Etat hébreu en 1967, les "frontières d’avant 67" et la ligne d’armistice de 1948, etc.

 

Il est vrai que depuis que l’on sait que le temple de Jérusalem - pardon, M. Hollande, je voulais évidemment parler du Ḥaram aš-Šarīf ! - est un lieu saint exclusivement palestinien, on saisit mieux l’inspiration des articles dans les media tricolores. Ces confrères nient l’existence du peuple israélite, son histoire et, partant, son attachement millénaire à sa terre. Ce faisant, ils pratiquent, comme leurs prédécesseurs en 39-45, l’exception juive en traitant les enfants d’Isaac selon des critères sémantiques péjorés qu’ils n’appliquent qu’à ce peuple. Bref, ça schlingue l’antisémitisme à pleins (grands) nez.

 

Sur les questions domestiques, la mer n’est pas plus calme. On s’accorde en général sur le fait que le chef de notre exécutif, Binyamin Netanyahu, a fait son temps, qu’il manque de crédibilité et d’initiative, et qu’il est le vecteur principal du nivellement par le bas de notre vie politique. Mais on le préfère toutefois à ceux qui sont encore bien plus à droite que lui et aux edennistes. On se demande également qui pourrait bien le remplacer, entre Herzog le pastelle-transparent, Lapid – vous voyez Cyril Hanouna à l’Elysée ? -, Yvette Raspoutine Lieberman – si vous voulez qu’Israël soit gouverné par un avatar de Poutine… -, ou la gauche israélienne, restée scotchée quelque part dans les couloirs du temps, entre 1950 et 1970, mais avec des Godefroy de Montmirail nettement moins inspirés que Jean Reno.

 

Bref, mieux vaut passer un week-end à Eilat que de s’attarder sur la classe politique qui garnit les bancs de la Knesset. On se console comme on peut en pensant que les Français ont Marinette, François Hollande, Alain Juppé (hi hi), Mélenchon, Royal et Montebourg.

 

Il est vrai que notre situation est complètement différente : nous, nous sommes entourés d’ennemis, tandis qu’eux en sont infestés.

 

De plus, sujet de satisfaction, notre économie est saine, notre high-tech flambe, nous avons du pétrole et du gaz naturel, et lorsque nous aurons fini de nous disputer sur le partage des bénéfices, on pourra probablement commencer à les extraire de la Méditerranée.

 

Cette année, s’exprimant à l’occasion d’une commémoration de la Shoah, l’animation principale est venue d’un passage du discours du Major-Général Yaïr Golan, le numéro deux de l’Armée israélienne. Golan a établi un lien entre certains développements actuels dans la société israélienne et des "processus révoltants s’étant déroulés en Europe en général, et en Allemagne en particulier, il y a de cela 70, 80 et 90 ans". Le général a particulièrement visé dans son allocution des politiciens de droite.

 

Il a asséné : "Il n’existe rien de plus facile que de haïr l’étranger, il n’y a rien de plus facile que de remuer les peurs et de menacer. Il n’y a rien de plus facile que de se comporter comme un animal et d’agir avec pudibonderie".

 

Ces propos n’ont évidemment pas plu à Netanyahu, qui, dimanche, les a décrits comme "des choses fondamentalement injustifiées", ajoutant qu’ "il n’existait pas de pays qui ne montrât pas de signes d’intolérance et de violence, mais que la démocratie israélienne était forte. Elle dénonce ces signes et s’en occupe par des moyens légaux et d’autres mesures". 

 

Sous la pression de la droite et de l’extrême droite, on a eu, quelques heures durant, l’impression que le Général Golan allait être renvoyé de ses fonctions et de Tsahal, mais les chefs militaires, actifs et à la retraite, à commencer par le chef d’état-major Gadi Eisenkot, ont plaidé la cause de l’ "effronté" auprès du 1er ministre, lui expliquant simplement que l’Armée de Défense d’Israël ne pouvait pas se passer de son numéro deux, qui est son plus brillant officier.

 

Le Major-Général Yaïr Golan a présenté des sortes d’excuses, sans revenir sur ses propos et les choses ont semblé rentrer dans l’ordre. Mais en fait, cet incident a donné le signal de départ à un débat fondamental qui agite depuis la quasi-totalité des intellectuels du pays.

 

Pour synthétiser la discussion, je dirai que la polémique s’articule autour de deux questions : premièrement, les "signes de violence et d’intolérance", dont Netanyahu et Golan reconnaissent tous deux l’existence, participent-ils de faits isolés – donc sans danger pour la société israélienne -, ou constituent-ils l’émergence de processus construits issus de courants politiques actifs, auquel cas, le Général Golan aurait fait preuve de courage en agitant la sonnette d’alarme ?

 

A quoi Yaïr Golan a-t-il fait allusion ? Aux assassins edennistes qui, en juillet dernier, ont bouté le feu, sans autre raison que la haine raciale, à la maison de la famille arabe Dawabsheh, dans le village cisjordanien de Douma. Ali, âgé de 18 mois, ainsi que ses deux parents, ont péri brûlés vifs lors de ce pogrom ?

 

Un edenniste, habitant d’une implantation, Amiram Ben-Uliel, de même qu’un mineur, ont été arrêtés en janvier et inculpés pour ce crime. L’acte d’inculpation inclut, outre l’assassinat, la charge de participation à une organisation terroriste. Il s’agit du groupement "La Révolte", fondé en 2013 au cœur des implantations, dont l’objectif opérationnel consiste à mener des actes de terrorisme contre des Palestiniens, d’instiller le chaos en Israël et de conduire à une guerre avec les Arabes. Quant à la finalité idéologique, elle aspire à démanteler la démocratie israélienne afin de la remplacer par un roi qui fera régner la Halakha, la loi rabbinique, en Israël.

 

Selon le Shabak, le contre-espionnage, le chef de La Révolte serait Meïr Ettinger, le petit-fils du rabbin de l’ultra-droite edenniste Meïr Kahane, mort assassiné à Manhattan en 1990. Un tribunal de Rehovot a prononcé une peine de deux ans de prison à l’encontre de Haïm Auerbach, un activiste du même courant, condamné pour avoir publié le fascicule "Le Royaume du Mal", un ouvrage qui explique comment malmener les Arabes et incendier les mosquées. Les juges ont atteint la conviction que les conseils révélés dans Le Royaume du Mal avaient servi lors de l’assassinat de Douma.

 

Dans l’attente du jugement, on pouvait se dire que le crime avait été perpétré par une minuscule bande d’illuminés qui ne feraient parler d’eux qu’une seule fois. En décembre dernier, on a bien été contraint de déchanter en découvrant, stupéfaits, avec les autres Israéliens, une vidéo qui avait fuité montrant les 600 invités – uniquement des hommes, évidemment - d’un mariage edenniste dansant avec des mitrailleuses, des revolvers et des cocktails Molotov, et chantant des versets bibliques, du genre : "Les jeunes lions cherchent des proies". Cette orgie raciste, connue depuis sous le nom de "Mariage de la haine", atteignit son paroxysme lorsque les invités brandirent un poster d’Ali Dawabsheh, que d’autres danseurs criblaient de coups de couteaux ou tentaient de consumer… une seconde fois.

 

Deux soldats qui participaient au mariage avec leurs armes ont été sanctionnés et les procédures se poursuivent contre une dizaine d’individus. Les militaires qui ont brandi leurs armes appartiennent au Nakhal kharedi, une unité cousue-main pour les quelques ultrareligieux, une petite minorité, qui effectuent leur service militaire en principe obligatoire. Les images du Mariage de la haine posent une fois de plus la question de savoir si la société peut faire confiance à cette partie de la population et s’il n’existe pas un problème de fidélité à l’Etat en ce qui les concerne. En effet, je connais peu de mes compatriotes qui ont envie de vivre dans une monarchie pratiquant la loi halakhique. 

 

Le Major-Général Yaïr Golan, qui n’a strictement rien d’un gauchiste, a aussi probablement fait allusion au cas de Mohamad Abou Khdeir, 16 ans, brûlé vif et de sang froid en juillet 2014 par un groupuscule de Juifs orthodoxes, dont le chef, Yossef Haïm Ben David, résidant dans l’implantation d’Adam, vient d’écoper de la prison à vie augmentée d’une période supplémentaire de sécurité de vingt ans. 

 

Certes, la comparaison avec l’Allemagne nazie était sans doute malvenue, parce que grossièrement exagérée, mais ces cas de violence inouïe du fait de Juifs israéliens sont nouveaux dans notre société, et semblent bel et bien résulter d’une idéologie gravitant autour d’une perception du judaïsme. Cette nouvelle réalité est issue d’un courant d’extrémistes qui sont occupés à détourner l’orientation traditionnelle d’Israël, qui a de tous temps rejeté la violence gratuite et la haine raciale. Et l’observation du terrorisme arabe et des centaines d’Israéliens innocents auxquels il a enlevé la vie n’a droit à aucune place dans notre réflexion.

 

Ceux qui prônent le contraire n’ont rien à voir avec Israël. Ceux qui prétendent que les aveux des auteurs de ces délits leur ont été arrachés sous la torture par les agents du Shabak, sont des imbéciles exaltés n’ayant aucun égard pour l’Etat de droit et les hommes de qualité qui le protègent, qui les protègent contre nos ennemis et contre eux-mêmes.

 

Un autre sujet d’inquiétude tient à la manière dont notre pays traite les requérants d’asile, africains pour la plupart. Là aussi, on pourrait attendre beaucoup plus de mansuétude de la part d’un peuple qui a connu, des millénaires durant, les affres réservées aux minorités dans les sociétés privées de conscience.  

 

J’ai parlé, plusieurs paragraphes plus haut, de deux questions que propulse l’écart de langage de Yaïr Golan ; la seconde a trait au type de personnalité que l’on désire voir incarnée par l’Israélien de ce début du XXIème siècle. Cette interrogation touche évidemment le soldat israélien, membre de cette armée de milice, qui demeure, sans aucun doute sensé, la plus éthique du monde.

 

Est-ce qu’on veut des hommes comme Golan, parachutiste de formation, puis commandant de la compagnie Orev (corbeau), une unité d’infanterie d’élite de la Brigade Golani, commandant de la Brigade 890, commandant de l’école des officiers de Tsahal, chef des opérations dans la Division Judée et Samarie, commandant de l’unité de liaison de la division responsable de la partie orientale du Liban, chef de la Direction des Opérations, l’organe chargé de préparer Tsahal à la guerre et de coordonner les efforts de toutes ses composantes, commandant de la Brigade d’infanterie Nakhal, commandant de la Division Judée et Samarie, commandant de la Défense Civile, commandant de la Région Nord (Liban-Syrie), et, depuis décembre 2014, vice-chef d’état-major ?

 

Ou préfère-t-on Elor Azria, un militaire qui, comme le précise son acte d’accusation, "sans justification opérationnelle alors que le terroriste était blessé à terre et ne présentait aucun danger", le 24 mars à Hébron, a tiré une balle dans la tête du terroriste palestinien, sans autre fait de guerre à son palmarès.

 

Un appelé que la partie de la population israélienne que critique Yaïr Golan considère comme un héros uniquement parce qu’il a achevé un ennemi à terre, blessé lors d’une confrontation à laquelle Azria n’avait pas pris part ?

 

Le fossé qui sépare les deux profils est colossal, il ressemble malheureusement à celui qui existe entre les partisans des deux visages d’Israël. Si l’on ne veut pas que le populisme genre cow-boy edenniste ne nous étouffe, il faut absolument réagir et exiger la prévalence de l’Etat de droit ainsi que des valeurs humaines que nous cultivons depuis 68 ans.

 

Notre Etat est toujours plein de promesses, mais il est nécessaire que les "signes d’intolérance et de violence" qu’évoquait Netanyahu soient combattus sans état d’âme, comme si l’Intifada, le Hamas, l’Iran et le Hezbollah n’existaient pas. Parce qu’ "il n’existe rien de plus facile que de haïr l’étranger, qu’il n’y a rien de plus facile que de remuer les peurs et de menacer", et que c’est précisément ce à quoi nos ennemis consacrent leur temps. Et que l’on n’a ni l’envie ni l’intérêt de leur ressembler. Car ce n’est pas pour brûler vifs des enfants que les 23 477 soldats tombés pour Israël sont morts, mais pour des valeurs qui justifient que l’on vive et que l’on se sacrifie pour elles.

 

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L’irrépressible retour de l’antisémitisme en Europe (info # 010805/16) Version imprimable
Analyse
dimanche, 08 mai 2016

 

Par Guy Millière

 

Un maire musulman vient d’être élu à Londres, Sadiq Khan. Ce qui ne se dit pas, ou très peu, est que ce maire a été longtemps proche d’organisations islamistes au sein desquelles se tiennent des propos plus que douteux.

 

Ce qui ne doit pas être oublié est que ce maire travailliste a été élu dans un contexte dans lequel le Parti travailliste britannique est confronté à une série de « dérapages antisémites » venus de plusieurs de ses dirigeants. Ceux-ci ont été sommés de s’expliquer. Leurs explications ont été si peu convaincantes, qu’ils ont été suspendus du parti. Le chef actuel de celui-ci, Jeremy Corbyn, plutôt que s’inquiéter davantage, a décidé de nommer une commission interne pour étudier le dossier, ce qui signifie que celui-ci sera rapidement enterré.

 

Le dossier sera d’autant plus vélocement refermé que ces « dérapages » n’en sont pas vraiment : de multiples remarques, d’innombrables prises de position du Parti travailliste britannique, ces dernières années, ont montré que l’antisémitisme y était un état d’esprit. Et Jeremy Corbyn lui-même n’est pas très éloigné de cet état d’esprit.

 

L’antisémitisme de nombreux travaillistes s’est longtemps caché sous le masque hypocrite de l’antisionisme : le masque a simplement glissé et a révélé ce qu’il cachait.

 

Ce qui se révèle ainsi est ce que l’on pourrait avoir tendance à oublier : l’antisémitisme postchrétien, celui qui s’est développé au dix-neuvième siècle en Europe, était essentiellement de gauche et s’en prenait au Juif « avide, usurier et cosmopolite ». Et l’un des livres les plus lus chez les antisémites de gauche au dix-neuvième siècle était La question juive de Karl Marx.

 

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Vicki Kirby est une candidate du Labour qui avait été suspendue

En 2014, dans le Sunday Time, elle avait affirmé qu’ "Hitler était un dieu sioniste"

Depuis, Vicki Kirby a été discrètement réintégrée dans les rangs du Parti travailliste

 

L’antisémitisme au Royaume Uni a, comme ailleurs en Europe, été longtemps à gauche, et le travailliste Ernest Bevin, Secrétaire d’Etat britannique aux Affaires Etrangères après la Deuxième Guerre Mondiale, était un antisémite virulent (et un « antisioniste » très actif). Le Parti travailliste britannique d’aujourd’hui est l’héritier d’Ernest Bevin et a refermé la parenthèse ouverte par Tony Blair.

 

Ce qui se révèle aussi, et qu’il était difficile d’ignorer, à moins d’être sourd et aveugle, est que l’antisionisme est une déclinaison de l’antisémitisme, et que la gauche antisioniste est fondamentalement antisémite : le Parti travailliste britannique est très antisioniste, donc fondamentalement antisémite. Ernest Bevin était un précurseur sur ce plan, puisqu’il s’en est pris à Israël avant, pendant et après la naissance de cet Etat. Les dirigeants actuels du Parti travailliste britannique sont d’ardents ennemis d’Israël et des soutiens tout aussi ardents de la « cause palestinienne ».

 

Ils ne peuvent ignorer que la haine des Juifs est omniprésente, non seulement au sein du Hamas, mais aussi au sein de l’Autorité Palestinienne. Ils ne l’ignorent pas. Ils sont semblables en cela à toute la gauche antisioniste européenne, qui ne l’ignore pas non plus.

 

Ce qui est sous-jacent au fait que le masque « antisioniste » glisse et laisse voir désormais ce qu’il dissimulait est la transformation de la société britannique. La présence islamique ne cesse de s’accroître au Royaume-Uni. Elle charrie avec elle l’antisionisme islamique qui considère l’existence même d’Israël comme une insulte à l’islam. L’Etat hébreu constitue à ses yeux l’objet d’une intrusion admissible dans un territoire étranger devenu un jour [Jérusalem est tombée face à l’islam en 638, Césarée en 640] une colonie de l’islam [wakf], et destiné à le rester pour toujours.

 

Ladite présence charrie avec elle, en outre, un antisémitisme musulman présent dans l’islam dès l’origine, mais exacerbé par l’existence d’Israël. Les Juifs, selon l’islam, sont fourbes et menteurs et peuvent être tolérés en situation de dhimmi. Qu’ils prétendent constituer un peuple souverain est inadmissible [ils ont été colonisés par l’islam. Ndlr.] et mérite un châtiment sans merci. Le Parti travailliste britannique est impacté par la présence islamique au Royaume-Uni et s’en fait le vecteur. Il mêle donc à son antisionisme l’antisionisme islamique et l’antisémitisme musulman. Il est, là encore, dans une position similaire à celle de toute la gauche antisioniste européenne.

 

Le Royaume Uni a, comme le reste de l’Europe, deux millénaires d’antisémitisme dans son héritage. La gauche britannique a, elle, comme l’essentiel de la gauche européenne, plus de cent cinquante années d’antisémitisme de gauche dans son propre héritage, et plusieurs décennies d’ « antisionisme ». Elle a également dans son héritage, comme l’essentiel de la gauche européenne, plusieurs décennies de contamination par le discours islamique et par l’antisémitisme musulman.

 

Elle a vu émerger en elle des gens dignes, tel Tony Blair ; la gauche d’autres pays d’Europe a pu et peut inclure elle aussi des gens dignes, à l’instar de Manuel Valls.

 

Mais en Angleterre, la gauche s’incarne aujourd’hui dans des gens tels que Jeremy Corbyn, Ken Livingstone, Naseem "Naz" Shah, George Galloway (qui fut expulsé du Parti travailliste britannique en 2003, mais n’a cessé de se considérer comme un travailliste), ou Sadiq Khan, désormais maire de Londres.

 

Ces gens personnifient, on peut le craindre, une tendance profonde, et l’on peut craindre également, vu le poids croissant de l’islam au Royaume Uni, que cette tendance ne s’inversera pas.

 

La gauche, dans le reste de l’Europe, est porteuse de tendances identiques, et l’on peut craindre, pour la même raison, que la tendance, à l’échelle européenne, ne s’inversera pas non plus.

 

J’ai appelé cet article « l’irrésistible retour de l’antisémitisme en Europe » parce que je pense que ce retour est assurément irréversible.

 

Je me suis brièvement demandé si je devais parler de retour pour un mal qui a seulement changé d’apparences, parfois, mais qui n’a jamais disparu.

 

Que ce retour se fasse par la gauche ne semblera étrange et consternant qu’à ceux qui ignorent l’histoire de la gauche européenne.


 

 

Note :

 

*Robert Wistrich, From Ambivalence to Betrayal : The Left, the Jews and Israel [de l’ambivalence à la trahison, la gauche, les Juifs et Israël], University of Nebraska Press, 2012.


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Gaza : au fond du tunnel, un homme (info # 010705/16) Version imprimable
Analyse
vendredi, 06 mai 2016

 

Par Sami el Soudi

(avec Jean Tsadik et Stéphane Juffa)

 

Découverte d’un nouveau tunnel stratégique du Hamas

 

Un nouveau tunnel stratégique (prévu pour des opérations armées et non pour la contrebande) a été découvert hier matin (jeudi) par l’Armée israélienne face au sud de l’enclave palestinienne de Gaza. L’ouvrage, d’une profondeur de 28 mètres, menait dans le territoire hébreu. Le tunnel est proche de celui découvert par Tsahal le mois dernier.

 

Avant-hier, mercredi, alors que les Israéliens procédaient à des travaux en vue de localiser le tunnel, des miliciens palestiniens avaient tiré huit obus de mortier dans leur direction, probablement pour gêner leurs recherches. Ces tirs avaient occasionné une double riposte ; d’une part, l’aviation avait frappé quatre positions du Hamas, vraisemblablement des camps d’entraînement, tandis que des chars Merkava pilonnaient la zone d’où les obus avaient été lancés.

 

En réponse, un responsable de l’organisation islamiste avait promis que les habitants du sud-est d’Israël allaient passer une nuit blanche. Ayant dormi dans une localité de la région, j’ai pu observer que ces menaces avaient été des paroles en l’air.

 

Jeudi, ultérieurement à la mise à jour du tunnel, des miliciens islamistes ont à nouveau tiré deux obus de mortier en direction des forces israéliennes occupées au repérage du cheminement de la galerie et préparant sa destruction. A l’instar de la veille, ces nouveaux tirs n’ont causé ni dégâts ni victimes et les chars de Tsahal ont à nouveau répliqué, à partir de promontoires artificiels, visant les sources de ces attaques.

 

D’autres unités d’ingénierie militaire, équipées de matériel lourd et sophistiqué, sont visibles à partir d’Israël et de la Bande de Gaza, en divers points de la frontière de cette dernière, probablement afférées à l’identification de tunnels supplémentaires.

 

La région où le tunnel a été découvert hier matin, le Conseil régional d’Eshkol, a été déclarée zone militaire fermée, et seules les personnes demeurant dans ce périmètre sont autorisées à s’y déplacer.

 

Ce vendredi matin, à 6 heures locales, les milices islamistes de Gaza ont à nouveau effectué des tirs de mortier en direction des soldats se trouvant à proximité de tunnel. Tsahal a derechef riposté sur terre et dans les airs. A 10 heures, une agression supplémentaire au mortier a été perpétrée par les miliciens.           

 

 

Une étrange affaire

 

Jeudi, quelques heures à peine après l’annonce de la localisation du tunnel, le porte-parole de l’Armée israélienne a annoncé qu’un Gazaoui de 29 ans, originaire de Jabālīyah, répondant au nom de Moukhmad Ataouna, a été appréhendé par Tsahal le 13 avril (source de l’Autorité Palestinienne) dernier alors qu’il avait franchi la barrière de sécurité non loin de la frontière égyptienne. Il disposait de deux couteaux avec lesquels il entendait s’attaquer à tout Israélien, civil ou militaire, qui viendrait à sa rencontre.

 

L’interrogatoire d’Ataouna par le contre-espionnage israélien, le Shabak, a permis d’établir qu’il était membre de la branche armée du Hamas, les Brigades Azzedine el Qassam, depuis une dizaine d’années. Il avait pris part à plusieurs activités de l’organisation terroriste, notamment la pose d’engins explosifs visant des patrouilles le long de la frontière de Gaza. Mais l’occupation principale du milicien concernait les tunnels.  

 

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Moukhmad Ataouna, un homme en danger

Photo, source Shabak

 

A en croire le Service Général de Sécurité [Shirout Bitakhon Clali. Ndlr.] - nous ne sommes pas en train de diffuser des informations secrètes, c’est le Shabak qui les a rendues publiques -, Moukhmad Ataouna a fourni de précieuses données à ses interrogateurs.

 

Il leur a expliqué les méthodes de creusement ainsi que les matériaux de construction qu’utilise la formation terroriste qui gouverne Gaza ; il leur a indiqué comment le Hamas emploie des bâtiments privés aussi bien que des institutions [écoles, hôpitaux. Ndlr.] à partir desquels il perce ses tunnels, et enfin, il leur a montré le tracé des tunnels stratégiques des islamistes dans le nord de la Bande côtière.

 

Le Gazaoui aurait fourni à ses geôliers des renseignements concernant les améliorations apportées par le Hamas aussi bien aux galeries internes, servant au déplacement des miliciens à l’intérieur de la Bande pour se protéger de Tsahal, qu’aux tunnels stratégiques qui débouchent du côté israélien de la frontière.

 

Il leur a dit que l’Organisation de la Résistance Islamique [Hamas] a aménagé des douches dans ces boyaux souterrains, des dortoirs et des salles à manger afin de permettre à ses combattants de se dissimuler plusieurs semaines durant et même plus sous la terre, en attendant le signal pour mener une opération armée en territoire israélien.

 

Ataouna, que l’on pourrait, à ce niveau de coopération avec ses gardiens, presque appeler un transfuge, leur a désigné plusieurs emplacements de creusements en cours, de même que ceux de puits, par lesquels les miliciens de la Nakhba, l’unité d’élite du Hamas, pourraient jaillir à l’occasion d’un conflit avec Israël. Il leur a fait savoir – même si le Shabak  devait tout de même s’en douter un peu -, que l’Organisation de la Résistance Islamique avait conçu un réseau sophistiqué de galeries sous Gaza, pour l’acheminement de combattants et de matériel de guerre.

 

Je me permets d’encarter une évaluation personnelle à ce stade de la narration : avec l’argent investi dans ces tunnels, fourni par les Etats contributeurs du monde entier et les sympathisants de la cause palestinienne, il aurait été loisible de reconstruire dans la modernité et le confort la totalité des résidences détruites ou insalubres de la Bande de Gaza. L’usage fait par le Hamas des fonds qui lui sont remis pour la reconstruction permet de décréter que cette organisation n’a strictement rien à faire du bien-être de ses administrés, qu’elle gère de manière déloyale les fonds qui lui sont attribués par la communauté internationale et le monde arabe, et qu’Israël avait parfaitement raison d’interdire l’entrée dans Gaza de matériaux de construction, puisque les terroristes islamistes les affectent quasi-exclusivement à la construction de tunnels valant plusieurs dizaines de millions d’euros l’unité. A ce propos et suite à ces découvertes, je ne comprends absolument pas pourquoi Jérusalem continue à livrer du ciment et du fer à béton à ces djihadistes.

 

 

Le commentaire de Jean Tsadik

 

Alerté par mon ami Sami el Soudi, qui m’a fait part de ses doutes, j’ai procédé à l’analyse des renseignements publics en notre possession. Ce que je peux en dire est qu’ils sont… surprenants, voire incompréhensibles.

 

A la Ména, nous nous sommes d’abord interrogés sur les raisons qui ont poussé le Hamas à envoyer Moukhmad Ataouna, seul, pour une opération-suicide en Israël qu’il n’avait pas une chance sur mille de mener à bien.

 

Pourquoi envoyer un individu qui en sait autant sur les tunnels en territoire ennemi, sachant qu’il allait se faire prendre et que, face aux interrogateurs expérimentés du Shabak, il allait immanquablement leur dévoiler toutes ses connaissances ?

 

Pourquoi ne l’armer que de couteaux ? Si ses mentors avaient réellement désiré qu’il tue des Israéliens, ils l’auraient au moins doté d’un fusil-mitrailleur, de grenades et d’explosifs ?

 

Concernant le choix de l’armement confié à Ataouna, il est clair qu’ils espéraient qu’il tombe indemne dans les mains des Israéliens. S’ils avaient remarqué qu’il portait une arme à feu, en effet, les chances pour qu’il soit abattu au premier contact auraient été bien plus importantes.

 

A propos de ce qui précède, il apparaît que, soit la direction d’Azzedine al Qassam entendait punir son combattant pour une faute qu’il aurait éventuellement commise en le jetant entre les griffes des Israéliens, soit qu’elle leur a lancé un appât imprégné d’informations erronées afin de lancer les stratèges hébreux sur de fausses pistes.

 

On appelle cela de l’intox ; c’est l’hypothèse la plus crédible, mais son mode opératoire est bien trop puéril pour ne pas avoir immédiatement attiré l’attention de nos experts en contre-espionnage. Ataouna nous a été remis entre les mains, à l’issue d’une infiltration bidon poursuivant des objectifs inatteignables. Il nous apparaît que, même si les chefs de l’organisation islamiste ne sont peut-être pas particulièrement futés, ce qui ne saurait constituer une hypothèse de travail, car sous-estimer son adversaire n’en est jamais une, leur stratagème ne tient pas l’eau. Ils le savaient et ils poursuivent probablement un autre objectif.

 

A la Ména, on ne comprend pas non plus l’attitude du Shabak, une organisation si avare de commentaires d’ordinaire, mais qui, cette fois, se répand avec force détails sur tout ce que lui a confié le milicien d’Azzedine al Qassam.

 

Pourquoi faire savoir au Hamas que l’on connaît le tracé de ses tunnels, leur affectation et son mode opératoire ? C’est à croire que Tsahal veut communiquer à son pire ennemi où il va chercher ses tunnels et où il est intéressé de le frapper dès que l’occasion s’en présentera. Pour quelle raison ? Pour lui donner l’occasion de fermer les ouvrages trop exposés ? Pour en creuser d’autres ? Pour déplacer ses combattants et concevoir de nouveaux plans de bataille qu’Ataouna n’a pas pu nous communiquer ?

 

Si nous conservons quelques doutes quant au niveau de sophistication des cerveaux du Hamas, il n’en va pas de même pour ceux du commandement de Tsahal, du Mossad et du Shabak. Eux sont des pros de premier plan planétaire. Israël ne fait pas ce genre d’erreurs. Elle a sans doute voulu faire savoir au Hamas que son stratagème avait fonctionné et que nous avions gobé tout ce que Moukhmad Ataouna nous a raconté.

 

Le but consisterait à occuper le Mouvement de la Résistance Islamique pendant que nous exploitons d’autres filons infiniment plus prometteurs. C’est sans doute le cas, et même si nous avons des idées à ce sujet, nous n’en feront pas état dans un article.

 

Ma conclusion est que l’on est loin de la qualité de la finale de la Champions League dans cette affaire, on jouerait plutôt en fond de classement d’une ligue départementale. Mais le fondamental dans une guerre des cerveaux dans laquelle des vies sont en jeu, c’est vaincre par tous les moyens possibles. Et si l’on parvient à instiller le doute chez l’adversaire, on lui fera perdre de l’énergie et des moyens, et cela vaut le coup.

 

Quant à l’avenir de Moukhmad Ataouna, il participe d’un détail cocasse de cette histoire. Personnellement, à part le convertir au judaïsme et le dissimuler dans une yéshiva au plus profond de Bneï Berak, il risquera, pour différentes raisons, sa peau toutes les quinze secondes.

 

 

Le commentaire de Stéphane Juffa sur cette affaire, ce matin sur Radio Judaïca  

 

https://www.youtube.com/watch?v=w3OE-ib_o5w&feature=youtu.be

 

 

 
France : la pré-guerre civile dont il est interdit de parler (info # 010505/16) Version imprimable
Analyse
jeudi, 05 mai 2016

 

Par Patricia La Mosca

 

Mardi dernier, à Nantes, un policier a été projeté au sol par les émeutiers qui lui ont enlevé son casque et l’ont battu à la tête à l’aide de barres de fer. Le gardien de la paix a été grièvement blessé lors de cette agression, et, selon les badauds et les commerçants présents alentours, s’il n’avait pas été secouru par ses camarades ainsi que par quelques volontaires spontanés, il ne fait aucun doute qu’à l’heure actuelle, il serait mort.

 

Les media tricolores ont globalement commenté cet épisode des violences qui secouent leur pays sans interruptions, mais ils s’efforcent d’isoler et de minimiser l’étendue et la dureté des affrontements, comme nous l’explique Damien.

 

Damien, c’est cet officier de police qui nous avait informés à l’occasion du déraillement de Brétigny-sur-Orge, en juillet 2013, et qui avait permis au public de savoir ce qui s’était réellement passé sur les lieux de l’accident, notamment au sujet du pillage des blessés et des cadavres, et des affrontements entre les individus issus des banlieues et la police.

 

A l’instar de ses camarades, Damien est écœuré par le traitement biaisé de l’information. Il nous confie que, dans la seule ville de Nantes, lors de chaque "manifestation", les forces de sécurité doivent faire usage de 400 à 1 000 "grenades de désenclavement". "Ce sont des projectiles qui, comme leur nom l’indique, sont utilisés par les policiers afin de briser un encerclement dont ils sont victimes, et auxquels ils n’ont recours que lorsque leur intégrité physique est compromise.

 

Si nous ne disposions pas de ces grenades", poursuit notre interlocuteur, "des gardiens de la paix auraient été tués". Puis il termine en expliquant que "1 000 grenades de ce type en une seule journée constitue un nombre énorme qui permet d’évaluer la dimension et la violence des heurts, que l’on cache délibérément au public, de même que l’étendue territoriale du mouvement et les bilans matériel et pécuniaire des dégâts".

 

Nantes est effectivement un point rouge sur la carte des émeutes, mais toute la France est touchée. Des confrontations du même genre ont lieu chaque semaine à Paris (voir vidéo), Marseille, Grenoble, Bordeaux, Toulouse, Dijon et Rennes, à Metz et à Strasbourg, pour ne parler que de ces métropoles.

 

Le ministère de l’Intérieur et l’ensemble des media ne publient que des bilans partiels et, partant, illisibles pour permettre de saisir l’étendue du phénomène. Dans les livraisons des quotidiens nationaux, il arrive le plus fréquemment que l’on ne mentionne absolument pas ces altercations, même si elles se sont déroulées dans la ville où ces confrères sont installés, et mêmes si elles ont fait des dizaines de blessés et pour des millions d’euros de dommages au bien public et aux commerces.

 

Dans un article de mardi paru dans Le Monde, le journaliste Adrien Sénécat se contente de contester les chiffres des blessés et des dégradations articulés par Christian Estrosi, député des Alpes Maritime, Président du Conseil régional Provence-Alpes-Côte d’Azur et Maire de Nice.

 

Pour Sénécat, l’essentiel est qu’Estrosi exagère, que ce ne sont pas 400 policiers qui ont été blessés depuis le "commencement du mouvement", mais 230, au 1er mai. Damien pose la question : "Ce journaliste se rend-il compte de ce que signifie ce chiffre de 230 collègues blessés ? De ce qu’il représente en matière de volume de violence et de souffrances ?".

 

De plus, les chiffres qui courent parmi les syndicats et association policiers, qui sont, en principe les premiers informés, font état de 311 gardiens de la paix blessés et ayant dû recevoir des soins hospitaliers, ainsi que de 111 autres, plus légèrement atteints, mais dont la plupart a justifié des arrêts de travail.

 

"C’est énorme !", s’exclame l’officier, "cela fait penser aux chiffres d’un conflit armé". S’agit-il effectivement d’un conflit armé, rebondis-je ? "Non", répond mon interlocuteur, "pour la raison que les émeutiers n’utilisent pas d’armes de guerre, pour le moment en tout cas, mais ils nous lancent des pavés, des barres de fer et des bouteilles, qui sont également capables de tuer quelqu’un".

 

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La presse française parle de quelques centaines de "casseurs" dissimulés dans les manifestations qui seraient responsables des troubles, est-ce aussi votre sentiment ? Damien trépigne légèrement : "Pensez-vous vraiment que quelques centaines de casseurs au total pourraient blesser 400 policiers et membres des forces spéciales ? C’est plus qu’une plaisanterie médiatique de mauvais goût, c’est l’un des artifices destinés à flouter la réalité aux yeux des Français. En réalité, il existe des noyaux durs dans les manifs, qui se dissimulent au cœur du cortège, ils disposent de cagoules et de divers projectiles sur eux. A l’approche des forces de l’ordre, ils les agressent, mais, ce qu’il faut dire, c’est que beaucoup des autres participants les suivent et prennent part aux violences et aux dégradations. Les durs jouent le rôle de détonateurs, mais les gens qui participent à ces défilés savent pertinemment comment ils risquent de se terminer. Une personne qui n’a pas l’intention d’en découdre ne se mêlera pas à ces manifestations".

 

Existe-t-il un danger pour que ces désordres dégénèrent en guerre civile ? "A mon sens, nous nous trouvons dans une situation de pré ou de para-guerre civile, ce qui ne signifie pas qu’elle risque de menacer la survie de l’Etat. Ce, même si les violences sont désormais attisées par des personnalités politiques, tels qu’Olivier Besancenot et Jean-Luc Mélenchon, et des organisations syndicales, comme la CGT. Ce qu’ils veulent c’est créer un climat d’insécurité permanente pour affecter les prochaines consultations électorales et influer sur le déroulement du débat démocratique à l’Assemblée. Le problème se pose sur la durée", détaille Damien, "l’équation se base sur deux données : la hauteur de la flamme et la durée de la contestation. La question fondamentale s’inscrit en ces termes : combien de temps le pays peut-il respirer alors qu’un demi-million de personnes sont mobilisées par intermittence afin de l’empêcher de fonctionner, que des centaines de véhicules privés sont incendiés, des dizaines de véhicules de police dégradés, des centaines de commerces saccagés ou barricadés, incapables de se sustenter normalement, et des dommages de l’ordre de dizaines de millions d’euros infligés à la propriété publique et privée ?

 

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Les affiches de la CGT qui insupportent les policiers

 

Le vrai risque consiste à ce que le désordre actuel se pérennise et qu’il franchisse encore quelques crans dans la violence. A ce rythme, la paix et l’ordre sociaux sont effectivement menacés et la situation risque de devenir incontrôlable. D’ailleurs, à mon avis, dans certaines circonstances et dans certains lieux, elle est déjà incontrôlable".

 

Pourquoi, d’après vous, les media nationaux ne couvrent-ils pas correctement les avatars de ce soulèvement ? "On nous a dit, de même qu’aux journalistes, que si on accordait à ce mouvement la place qui est la sienne dans l’information, cela ferait boule de neige et cela encouragerait des centaines de milliers d’autres individus à participer à l’affrontement. On nous demande également de faire preuve de la plus grande restreinte dans nos répliques, en invoquant la même raison. Un responsable politique a dit à un groupe de nos officiers, que si, par malheur, un émeutier était tué, dès le lendemain et pour plusieurs jours, quelles que soient nos justifications, la France brûlerait".

 

Et vous pensez quoi de ces directives ? "Nous pensons, dans la police, que cela ne fait que retarder l’échéance, en donnant aux formations politiques impliquées dans la violence l’occasion de rameuter des renforts en touchant des catégories de personnes qui ne sont toujours pas complètement impliquées dans le mouvement. Nous pensons, qu’avec le niveau de violence auquel nous avons à faire face, et malgré tous nos efforts, il n’est pas exclu que l’irréparable survienne, d’un côté ou de l’autre. Nous pensons que le travail d’un policier est de maintenir l’ordre et de protéger les citoyens, et que le travail d’un media consiste à informer ses clients et non à préjuger des réactions des uns ou des autres en fonction des orientations du pouvoir politique. Et nous pensons qu’il est périlleux, chacun dans son domaine, de sortir de nos attributions. Nous pensons, surtout, que nous, les policiers et les gendarmes servons de paravent aux politiciens, qui nous jettent à leur place dans la fosse aux lions pour représenter le gouvernement face aux émeutiers à leur place ; et que cela dépasse notre fonction, que notre tâche n’est pas celle de boucs émissaires".          

 

Quelles sont les revendications du mouvement ? "Officiellement, c’est la révolte contre la nouvelle loi du travail, thème auquel viennent s’ajouter des conflits locaux ou régionaux. Mais, en fait, nous affrontons des gens qui veulent provoquer un changement global par la force, et qui utilisent la Loi El Khomri comme signal de ralliement, comme plus petit dénominateur commun, et comme justificatif à la violence. Quel rapport existe-t-il entre le rejet de la Loi Khomri et frapper au visage un agent au sol avec des barres de fer ?".

 

Les banlieues participent-elles au mouvement ? "Moins au niveau des revendications, plus à celui des affrontements. Il existe beaucoup d’individus issus de l’immigration parmi ceux qui nous agressent, et l’on entend fréquemment le cri d’ "Allahou Akbar" [comme sur la vidéo jointe à cet article. Ndlr.], ainsi que, moins souvent, des insultes contre la France ou contre les Juifs au cours des échauffourées. Suivant les villes, il y a un nombre au moins égal de Français d’origine entre les violents.

 

Damien, je vous trouve très lucide dans votre commentaire qui est remarquablement posé relativement à la situation que vous subissez, que nous vaut cette réserve ?

 

"La recherche d’efficacité. Hurler ne sert à rien, il est préférable de se faire entendre. De plus, nous sommes français, nous aimons notre pays et nous comptons bien le défendre, et non pas l’enfoncer davantage en adoptant une démarche dévastatrice. Nous sentons bien que nous constituons l’unique barrage entre la violence et les citoyens. Mais je peux vous assurer, Patricia, que les officiers et les membres des forces de l’ordre en ont très gros sur la patate, à commencer par la sensation d’être abandonnés dans l’arène, de ne pas avoir le droit de rétablir l’ordre ni de le préserver efficacement, d’être déshonorés et salis dans nos media et par certaines organisations politiques, de constater que la gravité de la réalité est cachée à nos compatriotes, et de ne pas pouvoir exprimer ce que nous avons à en dire. D’ailleurs", ponctue Damien, "ce n’est guère un hasard si, comme lors des émeutes à la Villeneuve (Grenoble, juillet 2010) et lors du déraillement à Brétigny, c’est dans la Ména, un media étranger, que nous pouvons nous exprimer librement. A l’heure actuelle, aucun media français mainstream ne publierait cette entrevue. Soyez assurée que vos analyses sont très lues par les officiers de police, de l’Armée et des services du Renseignement. Vous êtes à la fois professionnels, honnêtes, très présents et peu marqués politiquement, c’est ce que nous apprécions".

 

 

 
Pour l’honneur d’un soldat (info # 010105/16) Version imprimable
Analyse
dimanche, 01 mai 2016

 

Remarque du rédacteur en chef : alors que certains rédacteurs de la Ména soutiennent le point de vue exprimé par Guy Millière dans son article de ce jour, d’autres ne partagent pas son narratif, son analyse et ses conclusions.

 

En conformité avec nos règles éditoriales, je ne permettrai cependant pas aux journalistes dont l’avis diverge de celui de Guy Millière de revenir sur l’affaire traitée, au moins jusqu’à ce qu’elle connaisse des évolutions qui nécessitent un nouvel article.

 

Car si je le faisais, l’expérience a montré que plusieurs autres journalistes de la Ména pourraient réclamer un droit de réponse que je ne pourrais alors pas leur refuser. Et, le cas faisant jurisprudence, les choses pourraient se répéter face à chaque évènement, la discussion se résumant alors à un débat interne entre rédacteurs de l’agence, ce qui ne correspond pas à notre vocation d’informateurs et d’analystes.

 

Notre démarche consiste au contraire à réserver l’opportunité du débat à ceux qui nous lisent. Ceci posé, et pour préserver l’équilibre dans l’expression de la Ména, à la prochaine occasion attenante à la politique domestique israélienne, je demanderai à un journaliste ayant une sensibilité différente de celle de Guy Millière d’analyser la situation. SJ.

                                                                                                                                

Pour l’honneur d’un soldat

Par Guy Millière

 

On le sait, je pense, le sergent Elor Azria, soldat dans les Forces de Défense d’Israël, est accusé d’avoir tué un terroriste djihadiste déjà « neutralisé » et au sol. Moshe Yaalon, ministre de la Défense d’Israël, a aussitôt incriminé le sergent dans des termes très durs, et est allé, depuis, jusqu’à comparer indirectement son comportement à celui d’un membre de l’Etat Islamique. Le chef d’état-major de l’Armée israélienne, le Maréchal Gadi Eizenkot, a tenu des propos allant dans le même sens que ceux de Moshe Yaalon. Elor Azria est accusé d’homicide. Il a été arrêté, mis en examen, et doit répondre de ses actes devant la justice. Son procès doit reprendre demain, le 2 mai.

 

Quelle que soit l’issue du procès, ce qui s’est passé est très grave.

 

Une des règles fondamentales de la justice est la présomption d’innocence. Le sergent Elor Azria a été traité d’emblée par Moshe Yaalon et Gadi Eizenkot non pas sur la base de la présomption d’innocence, mais sur celle de culpabilité : cela me semble préoccupant.

 

La raison en est que cette présomption de culpabilité repose sur une vidéo biaisée, diffusée par une ONG gauchiste anti-israélienne, B’Tselem ["A l’image de", Genèse, 1/27, "Et Dieu a créé l’homme à [son] image ". Ndlr.].

 

Qui, en dehors de gauchistes anti-israéliens, peut accorder du crédit à une vidéo biaisée produite par une organisation gauchiste anti-israélienne ? Les media européens ? Oui, bien sûr. Mais les media européens sont dans tous les cas anti-israéliens et n’apprécient que les Israéliens qui détestent leur propre pays. Le penchant à gauche de divers media israéliens me semble surtout être un sujet de consternation qu’un objet de réjouissance.

 

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Posters placardés par les soutiens d’Elor Azria

Le chef d’état-major de Tsahal, Gadi Eizenkot, habillé en femme arabe, avec la mention :

"Eizenkot démissionne, et emmène avec toi Bibi (Netanyahu) et Boogie (Yaalon) !"

 

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Moshé (Boogie) Yaalon, ministre de la Défense, ancien chef d’état-major de Tsahal, Likoud

Après l’assassinat d’Itzkhak Rabin, un sens graphique qui n’est pas du goût de tous les Israéliens. Beaucoup pensent qu’Eizenkot et Yaalon n’ont pas de leçons à recevoir

en matière de protection d’Israël et de ses soldats

 

Ce qui est préoccupant est que le ministre de la Défense et le chef d’état-major de Tsahal, en appuyant et en alimentant la présomption de culpabilité, ont semblé craindre les réactions médiatiques plutôt que réaffirmer des principes essentiels, en défendant l’honneur d’un soldat, qu’ils ont accepté de voir traiter de manière dégradante et humiliante.

 

Des milliers d’Israéliens se sont mobilisés pour, eux, défendre l’honneur d’un soldat, et ont manifesté à Tel-Aviv pour faire entendre leur voix. Selon les sondages, une très nette majorité de la population israélienne se place du côté de ceux qui ont manifesté.

 

Jusqu’à plus ample informé, le sergent Elor Azria a effectivement tué un terroriste djihadiste blessé et à terre, mais rien ne permet de dire que ce terroriste djihadiste était effectivement « neutralisé ».

 

Le terroriste en question, qui venait de commettre une agression qui aurait pu être meurtrière, portait une tenue épaisse qui aurait pu dissimuler des explosifs destinés à un attentat suicide. Il a, dit Elor Azria, et ses propos sont corroborés par plusieurs témoins, fait un mouvement qui pouvait indiquer qu’il entendait actionner un détonateur. Qu’une enquête ait lieu est concevable. Que le sergent Elor Azria soit traité comme un criminel en ce contexte ne l’est pas.

 

Non seulement cela donne du crédit à une organisation gauchiste anti-israélienne et cela fait saliver les journalistes anti-israéliens de la Terre entière, mais cela constitue un signe de faiblesse et de vulnérabilité de la part du ministre de la Défense et du chef d’état-major. Cela ne peut qu’inciter les organisations gauchistes anti-israéliennes à persévérer dans leur travail de sape et à faire saliver davantage encore les journalistes anti-israéliens.

 

Cela ne peut que porter atteinte au moral des soldats israéliens, qui font un travail très difficile, dans des conditions assurément dangereuses, et qui n’ont pas à risquer leur vie plus que c’est d’ores et déjà le cas.

 

Bien trop de soldats israéliens sont morts, ces dernières années, en défendant leur pays et en assurant la sécurité de leurs concitoyens. Nombre de ces soldats sont morts parce que l’Armée israélienne respecte des règles éthiques qui devraient la rendre exemplaire, et qui, néanmoins, ne lui évitent ni les insultes ni la diabolisation.

 

Je suis de ceux qui pensent que chaque mort Israélien est un mort de trop. Je suis de ceux qui pensent que chaque soldat israélien tué est un soldat israélien tué de trop.

 

Je suis de ceux qui souhaitent vivement qu’à la tête du ministère israélien de la Défense et de l’Armée israélienne, il y ait des hommes qui discernent qu’ils n’ont rien à attendre des ennemis d’Israël, strictement rien, quoi qu’il leur soit cédé.

 

Je suis de ceux qui souhaitent qu’il soit pleinement compris par ceux qui gouvernent Israël qu’ils n’ont rien à attendre du côté « palestinien », sinon le pire et l’abjection, qu’ils ont en face d’eux des totalitaires qui ne respectent aucune règle et aucun contrat, et qu’il faut, dès lors, vaincre sans s’abaisser à leur niveau de bestialité, mais sans montrer à leur égard le moindre signe de faiblesse.

 

Je ne doute pas que Binyamin Netanyahou sait qu’il n’a rien à attendre des « Palestiniens » ; il a pris initialement la même position sur cette affaire que Moshe Yaalon et Gadi Eizenkot, mais s’est, fort heureusement, rapidement ressaisi.

 

Je suis de ceux qui souhaitent que soit pleinement compris que la seule issue concevable au conflit est celle que Daniel Pipes proposait il y a quelques années : Israël gagne, les « Palestiniens » perdent. Je suis de ceux qui regrettent qu’Israël n’ait pas gagné à ce jour, alors qu’Israël dispose de tous les moyens pour le faire.

 

Je suis pour une solution israélienne au conflit : ce qui implique que l’Autorité Palestinienne soit traitée comme ce qu’elle est, un ennemi en guerre contre Israël. Un ennemi qu’il faut conduire vers une défaite absolue et irrémédiable.


pour lire la suite...
 
L’interview hebdomadaire de Stéphane Juffa par Jim Mosko sur Radio Judaica du 28 avril Version imprimable
Radio/audio - interview/reportage
vendredi, 29 avril 2016

 

© Metula News Agency

(info # 012904/16)

 

https://youtu.be/eBKl9LZlNVw

 

Au sommaire :

 

L’initiative française en vue d’une conférence sur le différend israélo-palestinien à Paris en mai. La réaction du gouvernement israélien. Le risque d’une solution imposée à Israël et de sanctions en cas de refus de Jérusalem. La menace d’un soutien d’Obama au Conseil de Sécurité à la fin de l’été.

 

L’analyse d’une nouvelle guerre avec le Hezbollah. L’évaluation du risque. Le scénario d’un éventuel conflit, qui serait plus dur et plus meurtrier que les précédents.

 

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Les Kurdes syriens vont traverser l’Euphrate (info # 012704/16) Version imprimable
Analyse
mercredi, 27 avril 2016

 

Par Perwer Emmal (correspondant aux Kurdistans syrien et turc)

 

On parle beaucoup, dans les media kurdes syriens et irakiens, d’une attaque imminente des YPG - les "Unités de Protection du Peuple" kurde de Syrie – contre la ville de Jarabulus. Cette cité se situe à l’ouest du fleuve Euphrate, alors que sa rive orientale est tenue par les YPG, à une trentaine de kilomètres à l’ouest de Kobane.

 

Jarabulus, Kaniya Dil en kurde, qui signifie "source (kaniya) du cœur (dil)", est peuplée de 12 000 habitants. Elle se trouve également sur la frontière ottomane et même une partie de la ville se situe en territoire turc.

 

Actuellement, Jarabulus est aux mains des troupes de DAESH, le Califat Islamique, et constitue même, avec sa région limitrophe, son dernier point de passage, d’approvisionnement d’armes, de munitions, de mercenaires, de commerce, de contrebande de pétrole, et d’infiltration avec la Turquie.

 

En principe, Ankara a délimité Jarabulus, à l’Est, et Azzaz, à l’Ouest, comme les deux points à ne pas dépasser par les YPG dans leur progression visant à unifier la région autonome kurde de Syrie appelée Rojava.

 

Plus largement, Erdogan a interdit aux Kurdes de franchir l’Euphrate, ce qu’ils ont pourtant fait, à la fin de l’année dernière, pour s’emparer du barrage de Tichrine, à 52 kilomètres au sud de Jarabulus.

 

Ma description des positions des différentes factions combattantes dans la région est bien illustrée par la carte ci-dessous, la plus précise et la plus régulièrement mise à jour pour suivre le conflit syrien, hormis quelques imprécisions.

 

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Avec le service cartographique de la © Metula News Agency

                                                                                                      

Les points noirs représentent les lieux tenus par DAESH, les rouges, par les forces du régime, les verts, par l’Armée Syrienne Libre (ASL), faisant souvent cause commune avec al Nosra dans le Nord, l’avatar d’al Qaëda en Syrie, et les jaunes figurent les localités contrôlées par les Kurdes, œuvrant au sein des Forces Démocratiques Syriennes (FDS).

 

Les FDS constituent une coalition militaire regroupant, outre les YPG, qui en sont la composante largement dominante, des Arabes de l’ASL (qui se sont opposés, dans certaines batailles, à d’autres contingents de l’ASL), les combattants du Conseil Militaire Syriaque (chrétien), ainsi que des guerriers sunnites appartenant à des tribus opposées à DAESH.

 

Les FDS peuvent compter sur 43 000 hommes en armes, dont 35 000 Kurdes, 2 000 chrétiens et 6 000 musulmans. Ils ne regroupent pas moins de neuf organisations principales, dont l’une des plus importantes est le Jaysh al-Thuwar, l’Armée des Révolutionnaires, elle-même composée de 17 groupuscules combattants, principalement mobilisés contre DAESH dont ils craignent l’application extrémiste des préceptes de l’islam.

 

Jaysh al-Thuwar contribue à raison de 3 000 hommes au contingent des FDS. Malgré l’hétérogénéité de cette coalition, fondée en octobre 2015, les Forces Démocratiques Syriennes composent probablement la formation la plus stable et efficace de toutes celles participant à la Guerre Civile Syrienne.

 

Les FDS bénéficient de l’encadrement, d’armes, et surtout, du soutien aérien de l’Armée américaine. Une armée qui s’est construit deux bases permanentes dans le territoire tenu par les FDS, l’une, récente, à proximité de Kobané, l’autre, dans la province de Hasakah, qui comporte un aéroport, depuis lequel les Etats-Unis assurent les transports logistiques par hélicoptère et décollent afin de bombarder les positions de DAESH plus au Sud.

 

Washington préfère distiller son soutien aux FDS plutôt que directement aux YPG (ce qui revient au même) afin de ne pas froisser la susceptibilité de son allié turc, qui considère les YPG comme une organisation terroriste, exactement au même titre que le PKK, le Parti des Travailleurs du Kurdistan turc, qui guerroie avec l’Armée d’Erdogan.

 

D’ailleurs, comme le montre cette vidéo du 5 courant, les soldats turcs n’hésitent jamais à bombarder les zones kurdes de Syrie ; ici la ville de Kameshli, essentiellement civile et distante de 160 km des premières positions de DAESH.

 

La semaine dernière, j’ai été autorisé à me rendre, à mes risques et périls, à proximité de diverses lignes de front face au Califat Islamique, notamment à faible distance de la cité de Markada, toujours tenue par les islamistes. J’y ai vu à l’œuvre des commandos américains ou de l’alliance arabo-occidentale contre DAESH, sans pouvoir en avoir le cœur net, car ils ne parlent à personne.

 

On les distingue aisément des combattants des FDS par l’homogénéité de leur équipement, par la sophistication de leur armement et par leur mobilité. Ils interviennent en petit nombre, entre quinze et vingt soldats.

 

Contrairement aux Kurdes et à leurs alliés, dont le mode opératoire consiste à se dissimuler derrière un remblai creusé à la pelleteuse, de faire feu sur les objectifs ennemis tout en orientant les bombardements de l’aviation U.S grâce à des tablettes sur lesquelles ils signalent les positions des islamistes et les leurs, les commandos agissent différemment. Ils ont chaque fois une mission spécifique au-delà du remblai, la réalisent en quelques heures dans la plus grande discrétion, et sont évacués sitôt leur retour.

 

Officiellement, leur rôle se limite à conseiller (on les appelle d’ailleurs conseillers, "advisers") les combattant des FDS, en retrait de la ligne de front, mais, comme je viens de le narrer, ils participent directement aux combats et en constituent même souvent le fer de lance.

 

Ce n’est que lorsque l’objectif a été dûment "ramolli" par les attaques de bombardiers légers – il me semble avoir reconnu des chasseurs de chars A-10 Thunderbolt, mais mes connaissances aéronautiques sont restreintes – et par les opérations coup de poing des commandos U.S, que les FDS encerclent le fortin, l’usine ou la ville à investir, puis qu’ils nettoient l’objectif quartier par quartier, et ensuite, maison par maison.

 

Les A-10 effectuent une étrange manœuvre lors de leur pilonnage, un looping, suivi d’un redressement au-dessus de la cible pour lâcher leurs bombes.

 

Les principaux dangers auxquels les FDS ont à faire face sont les snippers, qui font plusieurs victimes dans leurs rangs à chaque affrontement, les véhicules piégés et artisanalement blindés, remplis d’explosifs, lancés à toute allure sur leurs positions avec des miliciens-suicidaires au volant, et les bâtiments minés. 

 

Pour la Turquie, les ennemis principaux, demeurent les Kurdes. Ils craignent de les voir occuper les 520 km de leur région frontalière, dont seuls les 89 km d’Azziz à Jarabulus échappent encore aux YPG et à leurs alliés.

 

Au cas où les Kurdes parviendraient à leurs fins, Ankara perdrait d’abord sa capacité de regard et d’intervention sur le conflit syrien. Ensuite, la région autonome kurde syrienne du Rojava servirait de base logistique arrière (voire plus) au PKK, qui œuvrerait probablement avec les YPG pour unifier les Kurdistans turc et syrien. 

 

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Prise d’armes chez les Forces Démocratiques Syriennes

40 % des combattants des YPG sont des femmes

 

Mais les affaires du Sultan Erdogan se compliquent dans la région ; comme on le constate à la lecture de la carte, la zone occupée le long de la frontière turque, face à Elbely et Kilis, par al-Nosra et une partie de l’ASL (points verts), n’est plus connectée au reste de la Syrie. Ce groupe rebelle est donc totalement dépendant de la volonté du Sultan, de l’armement qu’il lui fournit, et des miliciens en renfort qui ont transité par la Turquie vers cette sorte d’enclave, et l’on parle de 2 000 volontaires.

 

En dépit de cette aide massive, le seul succès militaire qu’ils ont enregistré est la prise du bourg d’al Ra’i (ce qui n’a pas été mis à jour sur la carte), lourdement aidés par l’artillerie d’Erdogan. Ils ont échoué dans toutes leurs autres entreprises.

 

Pour ne rien arranger aux intérêts d’Erdogan, DAESH, avec lequel il entretient des relations complexes d’amour-haine (comme la Turquie, de tous temps, avec tous ses autres voisins), s’est mis à bombarder régulièrement la ville turque de Kilis et sa banlieue, occasionnant la mort de dix Turcs et de sept réfugiés syriens. 90 000 habitants de la cité frontalière ont décidé de quitter les lieux. Les choses, entre les deux partenaires, tous deux sunnites et islamistes, ont dégénéré au point où l’opposition armée des Turcs au Califat, qui n’était jusqu’à présent qu’un prétexte pour intervenir contre les Kurdes en Syrie, est devenu une nécessité tactique pour Ankara.

 

Les Américains se sont ainsi engagés à fournir d’ici mai des missiles sol-sol HIMARS à l’Armée ottomane, dont la portée des canons est aujourd’hui trop courte pour atteindre le bastion du Califat, Manbij. Ces dernières 48 heures, les Turcs ont fait venir des renforts dans la zone de Kilis et prétendent avoir éliminé quelques miliciens de DAESH ; l’Air Force est également intervenue et en aurait neutralisé environ trente de plus.

 

Mais ces efforts de la part de Washington ont un prix. Les Américains, qui ont la ferme intention d’en finir avec DAESH en le chassant de tous les territoires qu’il occupe, ne comptent, en Syrie, du point de vue militaire, que sur les Peshmerga kurdes. Ils ont négocié ferme avec Ankara, ces derniers jours, pour qu’elle autorise les Kurdes à s’emparer de Jarabulus.

 

Erdogan a posé trois conditions : 1. Que ce soit les USA qui dirigent l’opération. 2. Que celle-ci ne dépasse pas Jarabulus, et 3. Que les Kurdes, à l’Ouest, ne dépassent pas Azzaz et ne la conquièrent pas. Il semble aussi que la fourniture des missiles HIMARS fasse partie du deal.

 

Quant aux conditions turques… Les Etats-Unis ne sont pas en mesure de "diriger" l’opération, puisque, pour leur opinion publique, ils ne participent pas à la guerre au sol en Syrie. Ce sont eux, certes, qui coordonnent les opérations avec les YPG, qui ne sauraient se passer de leur appui aérien, mais ce sont les Kurdes et leurs alliés qui attaqueront la ville. Ces derniers accepteront éventuellement et à titre provisoire de ne pas lancer une offensive en tenaille à partir de leurs positions autour d’Azzaz, mais la prise de Jarabulus les rapprochera de leur objectif final, qu’ils n’ont aucune intention d’abandonner.

 

On peut également se demander pourquoi l’Armée turque n’intervient pas elle-même afin de sécuriser la région. C’est simple : parce que les USA, de plus en plus irrités par la violence exercée par Erdogan, ne seraient pas d’accord, ainsi que les Russes, qui continuent à bombarder la région depuis les airs, qui soutiennent aussi les Kurdes, et qui pourraient s’en prendre aux Ottomans s’ils traversaient la frontière.

 

On va donc vraisemblablement assister sous peu (quelques semaines ?) à l’attaque et à la prise de Jarabulus par les Forces Démocratiques Syriennes. Cela ne résoudra pas le problème posé par la présence de DAESH à Manbij, et il semble que les FDS devront poursuivre leur avancée en direction de Tichrine qu’ils occupent déjà. Ils feront ainsi un pas important vers l’unification du Rojava, sans que les Turcs n’y puissent quoi que ce soit.

 

Mais les Kurdes, qui servent de troupes au sol aux Américains en Syrie et en Irak, attendent également le signal pour lancer l’assaut face à Moussul, en Irak, à Deir ez-Zor, à Azzaz et, évidemment, à Raqqa, la capitale du Califat Islamique en Syrie. A Mossul, Deir ez-Zor et Raqqa, ils n’accepteront pas de se battre seuls et d’essuyer les pertes considérables prévisibles durant ces combats.    

 

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Pour en finir avec l’ UNESCO (info # 012404/16) Version imprimable
Analyse
dimanche, 24 avril 2016

 

Par Guy Millière

 

Quand j’étais enfant, je considérais, naïvement, l’UNESCO comme une organisation respectable, vouée à l’éducation et à la préservation des cultures du monde. Devenu adulte, j’ai découvert que c’était un fragment des Nations Unies, et qu’elle ne valait pas mieux que les Nations Unies elles-mêmes.

 

Au moment où l’assemblée générale des Nations Unies a adopté une motion définissant le sionisme comme un racisme, j’ai compris pleinement ce que je discernais depuis longtemps, et qu’Abba Eban avait, en son temps, parfaitement exprimé : si un pays arabe présentait une motion disant que la terre est plate et que c’est Israël qui l’a aplatie, la motion serait adoptée à l’unanimité, moins une dizaine de voix. Quelques années avant la motion en question, un assassin, chef d’une organisation terroriste, neveu et disciple du mufti nazi Amin al-Husseini, avait été invité à s’adresser à l’assemblée sous les acclamations de ceux qui étaient présents.

 

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Jésus chassant les marchands du Temple.

Correction de l’UNESCO : en fait, ce n’était pas un temple mais une mosquée,

et Jésus n’était pas juif mais musulman

 

Depuis, les Nations Unies voté en assemblée générale une quantité indénombrable de motions ineptes, abjectes, monstrueuses. Celles d’entre elles qui sont passées devant le Conseil de Sécurité ont fait l’objet du veto de l’un des cinq membres permanents dudit conseil, les Etats-Unis. On a pu voir qu’un seul pays disposant d’une place de membre permanent au Conseil de Sécurité incarnait encore des valeurs éthiques dignes de ce nom. J’en ai tiré la confirmation que ni la France ni le Royaume-Uni (autres membres permanents) n’incarnaient plus désormais quoi que ce soit.

 

Depuis, des dictateurs et des crapules, des massacreurs et des adeptes du génocide ont parlé devant l’assemblée générale, et cela m’a semblé logique en pareil contexte. Dictateurs et crapules, massacreurs et adeptes du génocide sont chez eux dans ce type de lieu. Le successeur du chef de l’organisation terroriste qui s’était adressé à l’assemblée est revenu y parler, en chef d’organisation terroriste : pourquoi s’en serait-il privé ?

 

Depuis, une création des Nations Unies, appelée Commission des droits de l’homme, a montré qu’elle était en réalité une commission contre les droits de l’homme et pour la promotion du racisme et de l’antisémitisme. Ce, à un degré tel qu’elle a changé de nom aux fins de se refaire une fausse virginité : elle s’est appelée, à partir de 2006, « Conseil des droits de l’homme ». Et elle est devenue le Conseil contre les droits de l’homme et pour la promotion du racisme et de l’antisémitisme, et tout cela m’a semblé logique, une fois encore. Le « Conseil des droits de l’homme » a même accueilli un certain Mahmoud Ahmadinejad, au temps où il était le plus émétique, et celui-ci y a tenu un discours immonde. Pourquoi se serait-il gêné lui aussi ?

 

Je n’ai pas été du tout surpris quand un « Etat palestinien » y a été introduit et s’y est vu offrir un siège : je me suis juste demandé pourquoi la décision n’avait pas été prise plus tôt, et pourquoi le Cambodge du temps de Pol Pot, la Guinée Equatoriale, du temps de Francisco Macias Nguema n’y avaient pas bénéficié d’une place d’honneur.

 

Je n’ai pas été surpris que la France vote en faveur de l’octroi d’un siège à l’ « Etat Palestinien » (je sais depuis longtemps que la France reste le pays de Pétain).

 

J’ai été surpris, en revanche, lorsqu’un homme pour qui j’avais la plus vive estime et qui a disparu bien trop tôt, Robert Wistrich, s’était vu confier par l’UNESCO la responsabilité d’une exposition sur le passé archéologique du Proche-Orient, mais pas du tout étonné que son travail ait été censuré.

 

Je ne suis pas du tout surpris, mais vraiment pas du tout, que l’UNESCO s’emploie, depuis, à tenter d’effacer le passé juif au Proche-Orient et renomme des sites de l’histoire juive en les qualifiant de mosquées, de sites musulmans ou de sites « palestiniens ».

 

Je ne suis absolument pas surpris par la « décision » du 11 avril courant, prise par l’UNESCO, concernant la « Palestine occupée », et par les accusations grotesques, les falsifications de l’histoire, les allégations mensongères que cette « décision » contient.

 

Je ne comprends pas que quiconque s’offusque ou s’indigne. L’UNESCO est un fragment des Nations Unies.

 

L’UNESCO « décide » que le Mont du Temple et le Mur occidental ont de tout temps été des sites musulmans ? C’est normal. Même si le Temple de Salomon en question a été bâti il y a de cela 3 000 ans et que l’islam n’est apparu qu’il y a 1 350 ans ?

 

Si l’UNESCO avait existé pendant la Seconde Guerre Mondiale, elle aurait défini le camp d’Auschwitz Birkenau comme un lieu de villégiature, et les Waffen SS comme des animateurs socio-culturels.

 

Que la France ait voté la décision du 11 avril me semble normal aussi. Le pays de Pétain reste le pays de Pétain.

 

Ronald Reagan avait décidé du retrait des Etats-Unis de l’UNESCO en 1984 et avait dès lors renoncé à toute contribution financière à cette organisation.

 

George Walker Bush a décidé d’un retour des Etats-Unis en son sein en 2003, et ce fut une grave erreur de sa part. En 2011, lorsque la « Palestine » a été admise, les Etats-Unis, tout en restant membres de l’institution, ont retiré leur contribution financière à nouveau, sur décision du Congrès.

 

Il serait conforme aux valeurs éthiques des Etats-Unis que ceux-ci s’en retirent totalement et définitivement, et si, en novembre prochain, les Etats-Unis retrouvent un Président attaché aux valeurs éthiques de l’Amérique, je souhaite vivement qu’il prenne une décision à cette fin.

 

Si un président attaché aux valeurs éthiques des Etats-Unis prend une décision à cette fin, j’attendrai de lui qu’il demande aux alliés européens de son pays, tels que la France, s’ils n’ont pas honte d’être membres de l’UNESCO. Ils diront qu’ils n’ont pas honte, je sais, mais Israël pourra alors affirmer que le roi est nu et se retirer de l’UNESCO, suivant en cela les Etats Unis.

 

L’UNESCO pourra alors trépigner, invectiver, « déplorer » collectivement qu’Israël n’ait pas été rayé de la carte du monde. Elle pourra transformer ses bâtiments de la place de Fontenoy en grande mosquée, cela ne concernera que ce qui restera de l’UNESCO : en l’occurrence pas grand-chose.

 

Pour faire bonne mesure, un président attaché aux valeurs éthiques des Etats-Unis devrait, dans la foulée, quitter également les Nations Unies, demander aux pays qui prétendent avoir les mêmes valeurs qu’eux de faire de même. Mais ils ne le feront pas, je sais, je ne me fais aucune illusion.

 

Mais ce serait, le cas échéant, l’occasion de dire que les Nations Unies, dans leur ensemble, participent d’une imposture.

 

Il est insupportable de lire encore ici ou là que les Nations Unies disent le « droit international ».

 

Il est insupportable d’entendre dire que le Conseil contre les droits de l’homme et pour la promotion du racisme et de l’antisémitisme est le « Conseil des droits de l’homme ».

 

Il est répugnant, encore, d’entendre que l’UNESCO est en charge de l’éducation et de la préservation des cultures du monde, alors qu’elle est en charge de la désinformation et de l’éradication des cultures du monde qui ne sont pas la culture islamique, et elle est, aujourd’hui, au service d’un projet de monde Judenrein.

 

Dans un article récent, Caroline Glick notait que l’UNESCO avait essentiellement les mêmes valeurs que l’Etat Islamique. Elle avait raison.

 

 

 
Nuit debout et "banlieue" : pas le même combat (info # 012204/16) Version imprimable
Analyse
vendredi, 22 avril 2016

 

Par Patricia La Mosca

 

Lorsque l’on arrive place de la République et que l’on regarde les gens qui participent aux Nuits debout, on s’aperçoit immédiatement que ce sont des Souchiens, comme les qualifie Houria Bouteldja, la porte-parole du parti des Indigènes de la République. Ceux qu’elle avait désignés, lors de l’émission "Ce soir (ou jamais)" comme des "Blancs à qui il faut inculquer l'histoire de l'esclavage, de la colonisation…". Bref, ce sont les "Français blancs". Si l’on croise quelques représentants de la population immigrée des banlieues sur la place, c’est en nombre dérisoire.

 

Je sais bien que cette observation suffit, par les temps qui courent, à vous classer dans des catégories de personnes stigmatisées, soupçonnées d’appartenir à la droite réactionnaire et antisociale, aux proches du pouvoir, ou, pire encore, à l’imperceptible courant islamophobe.

 

En ce qui me concerne, si je n’ai ni l’habitude de marcher les yeux fermés, ni de m’abstenir, par réserve politiquement correcte, de parler de ce que je vois, c’est sans doute parce que, depuis trois ans, je passe trois jours entiers par semaine dans les banlieues-territoires perdus de la République, dont l’observation constitue le sujet principal de mon activité professionnelle.

 

Je ne rame pour personne, ne déteste personne et, a priori, n’ai de sympathie pour personne, même si le troisième volet de ce triptyque m’est venu précisément à force de fréquenter ces quartiers. Il est vrai que l’on n’y croise pas beaucoup de sentiments positifs et que l’on peut y observer l’étiolement régulier des valeurs républicaines, doublé de la segmentation de la société française, qui me semble depuis longtemps irréversible.

 

Or si j’ai l’habitude de voir souvent des "jeunes des quartiers", lisez des individus issus de l’immigration, s’en prendre à la propriété privée aussi bien que publique, s’attaquer aux flics et détruire leurs véhicules, je note que cela faisait bien longtemps que je n’avais pas vu de près des "Français blancs" descendre dans la rue à l’occasion d’un vaste mouvement politique et faire valoir leurs revendications.

 

Cela n’a pas beaucoup d’importance affirmeront certains, c’est un détail de cette histoire, ajouteront d’autres. Je ne le crois pas.

 

Le phénomène des Nuits debout, à mon sens, instille une cassure durable entre les deux populations ; la première, celle des banlieues, étant incapable de se sentir concernée par les revendications de ces "intellos précaires", comme les identifie le politologue Gaël Brustier. Ceux que l’on rencontre sur la place de la République sont des "reconstructeurs" de la société ; ils l’aiment, mais la voudraient plus juste, plus horizontale, mieux partagée. C’est cette gauche et l’hyper-gauche qui se cherchent des lieux communs avec les habitants des quartiers, pas eux.

 

Eux, ce qu’ils veulent, c’est surtout détruire une société qu’ils détestent, proférant des valeurs nationales qu’ils détestent, une identité qu’ils détestent, des origines religieuses qu’ils détestent ; mais aussi, et c’est remarquable, ils nourrissent une véritable exécration également pour les gens qui la composent. Et le fait que les Souchiens jettent des pierres dans les façades de quelques succursales bancaires ne les rend pas pour autant plus sympathiques aux yeux des rebeus.

 

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Ca faire rire la banlieue

 

Rien, en effet, dans leur organisation sociale, ne ressemble à ce dont on discute à la République. Tandis que les nuitards s’entourent de mille précautions afin de préserver l’horizontalité dans les prises de décisions, la participation de tous – c’est même un principe pilier du mouvement : on veut participer aux décisions, on ne veut plus être des laissés pour compte -, la société issue de l’immigration est exclusivement verticale. C’est le chef de tribu, le caïd, le grand trafiquant, l’imam qui décide, à partir d’un piédestal social qu’il a atteint presque toujours en écartant son prédécesseur par une forme ou une autre de violence, ou parce qu’il a été serré par les keufs.

 

La marge de décision de tous les autres habitants des "banlieues" est pratiquement inexistante et se limite à répercuter la volonté du chef, en suivant pour cela le code de comportement que chacun connaît par cœur dans la cité.

 

A l’opposé diamétral de ce que l’on constate chez les dormeurs debout, qui rejettent et méprisent l’usage de la force, le terrorisme et les guerres, dans les territoires abandonnés par la République, la force brutale est vénérée, elle est l’apanage du boss et des bandes les mieux armées et les plus brutales et impitoyables.

 

Mohamed Merah, les frères Kouachi, Coulibaly sont des héros intouchables. DAESH est admiré, particulièrement les frères européens, dont on envie le courage, notamment celui de faire sauter leurs ceintures explosives. Le massacre du Bataclan est considéré comme une grande victoire, à l’issue de laquelle les Blanc ou les Français "n’ont eu que ce qu’ils méritaient".

 

Que méritaient-ils ? Pour quelles raisons ? On ne s’embarrasse pas de ces questions de détail, on ne va pas aussi loin dans la réflexion. Dans ce monde parallèle, dans cette vérité parallèle, la protopensée règne en maîtresse au royaume du non-dit, de ce que "tout le monde sait", de ce qui est évident, au point qu’il est parfaitement inutile de l’énoncer.

 

Les Juifs ? L’ennemi satanique, des non-hommes, ceux qui tirent les ficelles, ceux "qui s’opposent à nous", des cibles à abattre. Ceux qui, "lâchement", massacrent quotidiennement des milliers d’enfants palestiniens. Les Palestiniens : les frères fédérateurs, l’exemple absolu, le mythe. Les terroristes palestiniens qui poignardent des vieilles dames dans les rues de Jérusalem : des Superman.

 

C’est une sous-civilisation de barbares, dans laquelle les livres sont des ennemis écrits "pour nous embrouiller les idées". Une bonne dose de chichou pour se ramollir le bocal, et les paroles du rap, en guise d’unique philosophie.

 

Les femmes ? Les Souchiennes sont toutes des putes, sans exception, les non-voilées, des putes qui cherchent à se faire pécho (chopper), celles qui ne sont pas mariées et que l’on soupçonne automatiquement d’avoir des relations, des putes aussi. La meuf est un accessoire de distraction et de reproduction qui s’évalue au kilo.

 

A Paris, on tente de faire passer la description de ce mode de vie pour une caricature, un amalgame, des préjugés, la réalité d’une infime minorité non-représentative, de désœuvrés, de casseurs. C’est le fameux filtre des media français, une infirmité pathologique, qui agit aussi place de la République ; il consiste à priver d’existence ce que l’on ne peut pas gérer.

 

Existe-t-il, dans les "banlieues", des personnes qui s’opposent à ce système ? Oui. Mais on ne les entend pas, leur voix ne dispose d’aucun espace pour être écoutée. Plus une société est violente et moins les objecteurs ont droit à la parole. On tend vers l’uniformité de la pensée, si l’on peut appeler cela une pensée.

 

Naturellement, le monde que je décris n’est pas "de gauche". D’abord parce que le débat gauche-droite ne le concerne pas, l’affrontement se situe entre "eux et nous". Accepter de se prêter au jeu démocratique c’est trahir, admettre la prééminence de l’Etat, son existence, sa durabilité. Ensuite, parce que ce modèle de microsociété, dans ce qu’il a de tribal, de vertical, de traditionnel, de religieux, et par son économie, est bien plus proche, intrinsèquement, de la droite que de la gauche. Il se base sur la distinction raciale, sur l’origine, sur l’immiscibilité. A ces titres, il ressemble même à l’extrême droite et à la mafia. 

 

C’est pour toutes ces raisons que la nécessité du courant des Debout, exprimée par le philosophe Vincent Cespedes et beaucoup d’autres, de s’ouvrir aux populations des cités de banlieue, n’a aucune chance d’aboutir. Au fond, ils n’ont rien en commun.

 

Place de la République, il y a aussi des casseurs, mais ce sont des amateurs comparés à ceux des cités ; et pour le compte, ils sont vraiment marginaux.

 

L’essentiel, c’est refaire la Révolution, la Commune, Mai 68. Multiplier les assemblées constituantes et légiférantes pour refaire le monde, qu’ils nomment assemblées générales et qui se tiennent une fois par jour.

 

Le niveau est navrant, bobo, naïf, chiant. L’impact mobilisateur est à l’extra-gauche et derrière le soutien à l’abrogation de la "Loi Travail" de Myriam el Khomri, qui leur a servi de point de rassemblement ; les quelques décisions prises lors des assemblées générales sont insignifiantes et donc sans avenir. On veut surtout travailler moins et recevoir plus de droits. Ceux qui veulent remettre la France au travail, la rendre compétitive, à l’instar de Manuel Valls, sont des adversaires.

 

On veut ne rien foutre, et d’ailleurs, on ne fout rien. Des jours sans bosser à jouer aux Che Guevara des grands boulevards. Beaucoup de fils et filles de bourgeois, de déçus du "socialisme", d’écolos et d’excentriques, parfois sympathiques.

 

Mais la place de la République est devenue un immense cloaque puant. On y urine partout, on jette ce que l’on ne peut pas manger, on détériore le monument en mémoire des victimes de novembre. On enlève les dalles de granit de ce bel endroit de Paris, récemment restauré à grands frais, pour planter des arbres de rien, qui ne serviront à rien, qui seront évidemment arrachés.

 

Les commerçants du quartier n’en peuvent plus des dégradations, de la drogue, du bruit et des odeurs insupportables. Quel client s’attardera face à leurs devantures dans des conditions pareilles ? Les flics, qui se contentent d’entourer la place, se font prendre à parti matin et soir. Ils ont ordre de ne rien faire, alors, ils regardent les détériorations écœurés. Certains refusent carrément les ordres qu’on leur donne, devant ce condensé de déclin de la République.

 

Il y a de l’antisémitisme également, mais rien à voir avec celui des cités, ici c’est l’ "antisémitisme à la française". Ceux qui n’ont pas entendu crier "sale Juif" à la face de Finkielkraut sont décidément sourds. Simplement, ils ne l’ont pas fait juste à côté de l’académicien, car cela réclamait un certain courage. Finki facho ? De droite ? Ou simplement contre la déstructuration de l’Etat et de toutes ses valeurs, du grand tout à l’égout ?

 

Quelques islamisants ont suffi pour proposer aux personnes présentes de s’associer au mouvement BDS de boycott d’Israël. Brandissant un drapeau palestinien, ils ont hurlé : "Palestine vivra ! Palestine vaincra !". Réaction mitigée dans la foule, un quart des présents a applaudi.

 

C’est oublier que l’intention déclarée du créateur de BDS, Omar Barghouti, est l’instauration d’une Palestine "ethnique", "unitaire", d’"une terre musulmane pure, débarrassée des chrétiens et des Juifs".   

 

"Palestine vaincra !", dans le sens BDS, c’est simplement appeler à un nouveau génocide de sept millions de juifs et à l’établissement d’un Etat arabe et musulman du Jourdain à la Méditerranée. Pas d’opposition chez les Nuits Debout ; ce sont les enfants de la télé d’Enderlin, de Marius Schattner, de l’AFP, de Fr2, et de l’ensemble de la presse française.

 

Etre anti-israélien en France n’est pas devenu normal, c’est devenu la norme. Quelques jours après que la France, à l’UNESCO, a voté une résolution qui dissocie le judaïsme du Temple de Salomon, qui devient un lieu saint uniquement musulman, à l’instar du tombeau des Patriarches à Hébron, qui accuse les Israéliens d’être responsables de se faire assassiner par les terroristes palestiniens, et qui déclare que les Juifs enterrent des cercueils vides dans les cimetières musulmans de Jérusalem pour se les approprier, l’autorisation laissée à BDS de manifester sur la voie publique est presque anodine.

 

Les journalistes tricolores qui essaient par la force de leur occupation sans partage des media de transformer le conflit israélo-palestinien en guerre de décolonisation, en répétant à l’infini le mot colonie à la place d’implantation, devraient écouter ce qu’en dit l’écrivain algérien Boualem Sansal dans cette interview, à partir de 8 minutes 15. Et Sansal en connaît un morceau, en tant qu’intellectuel algérien, en matière de colonisation et des authentiques colons… français.

 

Si Sansal et la Ména, qui prétend la même chose que lui depuis seize ans, ont raison, on ose à peine envisager l’étendue monstrueuse de la responsabilité des intellos, des journaleux et des gouvernants français dans l’épouvantable crise d’antisémitisme qui ravage littéralement l’Hexagone. Et leur problème est que Sansal et Juffa ont indéniablement raison.

 

Un autre point nécessaire à la compréhension globale de la situation concerne la perception de la situation dans les zones de non-droit : j’ai pu me rendre compte qu’en dépit des centaines de morts innocents lors des attentats en France et en Belgique, de l’état d’urgence, de la répression qui vise les djihadistes, du démantèlement de plusieurs cellules terroristes, l’atmosphère n’est assurément pas à la contrition ou à la remise en question de la "justesse" de l’affrontement violent contre l’Etat et sa démocratie libérale.

 

Tout au contraire, la "banlieue" en tire un sentiment de fierté, accompagné de l’impression qu’elle est capable de dérégler le fonctionnement d’une société qu’elle exècre. Plus que cela, il existe une dynamique qui s’est encore renforcée à la faveur des actes de terrorisme récents, selon laquelle l’islam (pas uniquement la religion mais aussi l’environnement politique qui l’accompagne) avance inexorablement vers le contrôle du monde. Le manque de lucidité de la société civile, qui induit la mollesse de sa réaction, surtout par peur de l’amalgame, et qui se montre totalement incapable de renverser la tendance, sert naturellement d’encouragement pour cette conviction. En résumé, l'usage de la violence islamiste est ici généralement considéré comme la manière adéquate d’avancer vers l’hégémonie islamique. Le tout, enrobé dans un flou d’exaltation et de spontanéité qui fait l’économie de toute analyse objective ; le futur, c’est du moins la conviction la plus répandue, se trouvant dans les mains d’Allah et de son prophète Mahomet. Et leur marche ne peut être stoppée par des mortels infidèles. La mort des terroristes n’a aucune importance, puisqu’ils deviennent des martyrs et qu’ils trouvent la récompense de leur sacrifice dans l’au-delà.

 

Le fossé qui sépare le mouvement des Nuits debout de l’islamisme des cités tient dans la constatation que le premier est éphémère par nature, alors que le second est enraciné dans un mode de vie, une ghettoïsation géographique ainsi qu’une puissante énergie s’exprimant de façon universelle.

 

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Chypre : notre amie, notre alliée (info # 011804/16) Version imprimable
Analyse
lundi, 18 avril 2016

 

Par Stéphane Juffa

 

En 1974, l’Armée turque lançait l’opération Attila contre la Garde Nationale, regroupant les combattants cypriotes grecs. La décision d’Ankara d’intervenir faisait suite à un coup d'Etat contre le président Makarios, ourdi par des officiers grecs, avec l'aide de la faction armée de l'EOKA cypriote, un mouvement qui souhaitait réaliser l'Enosis – le rattachement de Chypre à la Grèce.

 

Suite au refus du commandement de l’Armée grecque d’intervenir sur l’île face aux Turcs, l’affrontement entre l’Armée ottomane et la Garde Nationale est terriblement disproportionné. En quelques jours, les envahisseurs s’emparent de trente-huit pour cent du territoire insulaire.

 

Des centaines de personnes perdent la vie lors du conflit et deux mille individus sont toujours portés disparus. 200 000 Cypriotes grecs sont contraints de fuir vers le Sud, tandis que 60 000 Turcs font le voyage en sens contraire, en direction de la portion de l’île désormais contrôlée par l’Armée turque.

 

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Photo de famille à Nicosie :

Netanyahu, le président cypriote Nicos Anastasiades, et  le 1er ministre grec, Aléxis Tsipras

 

En 1983, Ankara fonde la République Turque de Chypre du Nord (RTCN), dans laquelle vivent aujourd’hui 300 000 Turcs sunnites. Parmi ceux-ci, 92 000 colons envoyés d’Anatolie afin d’étoffer la présence tuque sur l’île, qui compte, en tout, environ un million cent cinquante mille habitants.

 

La RTCN n’est reconnue que par Ankara, elle est soumise à différentes sanctions, et notamment l’interdiction de desserte par les compagnies aériennes internationales. Pour pallier à un manque chronique de ressources, le régime d’Erdogan injecte trente pour cent du budget annuel de l’entité septentrionale, et finance l’entretien des hôpitaux et la construction de routes.

 

De plus, l’économie de la RTCN repose en grande partie sur le million de touristes qui la visitent annuellement de même que ses nombreux casinos, sur des dizaines de milliers d’étudiants, principalement turcs, qui fréquentent son université, et sur la présence de dizaines de milliers de militaires d’Ankara, qui protègent son territoire face à la menace d’une agression terriblement improbable en provenance du Sud.

 

Depuis 2004, Chypre fait partie intégrante de l’Union Européenne. Cela n’inclut pas la RTCN, que l’UE, comme d’ailleurs l’ensemble de la communauté internationale, considère comme un "territoire occupé". Ce qui n’empêche pas les Cypriotes turcs de pouvoir voter aux élections européennes.

 

De nombreuses tentatives de rapprochement ont eu lieu entre les deux communautés, notamment sous l’égide de l’ONU, de l’UE et des Etats-Unis, mais elles se sont toutes soldées par des échecs. En 2004, le plan Annan pour la réunification, négocié par l’ancien secrétaire général des Nations Unies Kofi Annan, est soumis à référendum dans les deux parties de l’île. Il est accepté à 65 % côté turc, et rejeté, à 70 %, côté Sud.

 

L’espoir d’une réunification a refait surface à partir de mai 2015, lorsqu’une nouvelle tentative de médiation de l’ONU a permis l’ouverture de négociations sérieuses entre le Président cypriote grec, Nicos Anastasiades, et son homologue turc, fraichement élu, Mustafa Akinci.

 

En fait, on n’a jamais été aussi près d’une solution pacifique, ce qui a amené M. Anastasiades, au récent forum économique de Davos, à affirmer : "Je pense que 2016 pourrait être l’année où nous mettrons fin à un statu quo inacceptable". Le président de la République de Chypre n’avait pas été démenti par Mustafa Akinci. On parle même d’un référendum à l’automne.

 

Mais l’avenir de l’île n’est pas encore scellé ; avant qu’une solution puisse être à nouveau soumise aux électeurs des deux communautés, il faudra que le projet d’Anastasiades soit indirectement entériné lors des élections législatives prévues le 22 mai prochain. Reste aussi à résoudre des questions épineuses, au premier rang desquelles la sécurité. On devra également trouver des garants pour l’accord, s’entendre sur le pourtour définitif des deux zones, sur la restitution des biens et des propriétés des personnes déplacées, sur le retour chez elles d’une partie de celles-ci, et obtenir le retrait de l’Armée turque.

 

Là, on touche à l’aspect stratégique de la réunification : si les Cypriotes devaient s’entendre uniquement entre eux, on pourrait parier sur le succès de leur entreprise, mais le dernier mot appartient à Erdogan, qui conçoit les choses à une autre échelle.

 

C’est aussi là qu’interviennent les relations spéciales qui unissent Chypre et Israël, et qui font d’eux les meilleurs alliés de la région. Ensemble, dès 2010, Nicosie et Jérusalem ont convenu de la limite de leurs Zones Economiques Exclusives (ZEE) ; c’est extrêmement simple, elle passe exactement au milieu de la distance séparant les deux pays.

 

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La limite des Zones Economiques Exclusives (ZEE)

 

C’est une zone où les fonds marins regorgent de conséquentes réserves de gaz et de pétrole, que les deux Etats exploitent et surveillent en étroite collaboration. Or cela irrite Ankara au plus haut point, et Erdogan ne reconnaît pas le droit de la République de Chypre sur cette zone, et compte lui interdire d’effectuer des forages comme elle l’entend, prétendant qu’ils se font au détriment de la minorité turque de l’île.

 

Peu après la première visite d’un président cypriote en Israël, c’était en mars 2011, la Turquie a envoyé un soi-disant navire de recherches sismiques dans le bassin oriental de la Méditerranée. Il comptait en fait tester le degré de détermination de Nicosie et Jérusalem. Il fut servi ! A en croire la presse turque, des chasseurs bombardiers à l’étoile de David survolèrent l’entièreté de l’île, y compris la RCTN. Furieux, le demi-dictateur islamiste alla jusqu’à brandir la menace d’un conflit armé ; mais rapidement refroidi par son état-major, il rappela au contraire le bâtiment de recherche.

 

Depuis, les relations militaires israélo-cypriotes n’ont fait que se renforcer. Elles ont principalement pour objectif de sécuriser le secteur des forages contre de possibles agressions turques ou terroristes. Parallèlement, l’Etat hébreu veille à la sécurité de la République de Chypre, qui fait toujours face à des dizaines de milliers de soldats ottomans.

 

Un mois après l’incident, la presse de Nicosie narrait par le détail les péripéties d’un exercice militaire conjoint, à l’occasion duquel des chasseurs-bombardiers israéliens, de même que des hélicoptères d’assaut, effectuèrent des atterrissages sur les aéroports de l’île. En 2013, Jérusalem reçut l’autorisation de stationner en permanence des appareils sur l’aéroport de Paphos, en en faisant la première base militaire à l’extérieur des frontières d’Israël. Cela signifiait du même coup la fin de l’hégémonie militaire turque sur l’île d’Aphrodite.

 

La même année, de vastes manœuvres maritimes communes furent organisées dans la zone des plateformes de forage. Le 11 février 2014, les deux alliés lancèrent l’exercice "Onisilos-Gidéon" ; il se déroula à l’intérieur de la FIR de Nicosie, la région d’information de vol civile délimitant un espace contrôlé. 38 avions hébreux, dont des F-15 et des F-16 y participèrent, simulant notamment des attaques d’objectifs au sol entre Larnaka et Paphos.

 

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La coopération entre les deux pays ne se limite pas aux forages et à l’alliance militaire ; Elle touche une infinité de synergies économiques, médicales et de protection de l’environnement. Elle prévoit également l’immersion du plus long câble électrique sous-marin au monde, l’EuroAsia Interconnector. D’une longueur totale estimée à 1 000 kilomètres, atteignant parfois des profondeurs de l’ordre de deux kilomètres, il reliera le réseau électrique israélien à celui de Chypre, puis à l’île de Crète, depuis lequel le courant empruntera un câble existant jusqu’en Grèce, à partir de laquelle le câble sera raccordé au réseau européen, notamment par l’Italie et la Suisse, la Bulgarie et la Serbie. La première section,  Hadera (Israël)-Vasilikos (Chypre), mesurera 329 kilomètres, et coûtera l’équivalent d’1.325 milliards d’euros, dont une partie sera prise en charge par l’Union Européenne, dans le cadre de son programme Connecting Europe Facility (CFF).

 

D’une part, ce câble, d’une capacité de 2 000 mégawatts dans chaque direction – on prévoit déjà d’en doubler la capacité – va désenclaver les îles naturelles ou politiques que sont Israël, Chypre et la Crète. Il permettra de réguler la production électrique en vendant les surplus de courant lorsqu’ils ne seront pas localement nécessaires, d’en importer, depuis l’Europe si besoin est, en période de haute consommation, le tout sans avoir à débourser des sommes colossales pour construire des centrales électriques qui ne tournent à plein régime que quelques jours par an.

 

D’autre part, l’EuroAsia Interconnector pourrait permettre à Chypre et Israël de transformer le gaz naturel qu’elles exploitent en électricité et de fournir de l’énergie sous cette forme, plutôt que dans des gazoducs. Cela aurait notamment l’avantage de pouvoir se passer des services du Sultan, qui compte sur un conduit de gaz sous-marin passant par la Turquie pour acheminer les produits des forages israélo-cypriotes en direction de l’Europe.

 

Son autre intérêt à voir les négociations sur la réunification cypriote se concrétiser tient à son désir de voir son pays accepté au sein de l’Union Européenne. Or, en attendant que cela soit finalisé, la République de Chypre, membre de l’UE, s’oppose farouchement à l’adhésion d’Ankara. Un refus qui a poids de veto.

 

L’alliance aussi solide que discrète entre Chypre, Israël et la Grèce d’Aléxis Tsipras, au-delà des intérêts économiques et militaires évidents, a pour elle le partage des mêmes valeurs de démocratie, d’Etat de droit, de respect de la personne et, n’hésitons pas à le mentionner, de rejet des croyances barbares et expansionnistes qui les jouxtent géographiquement et les menacent.

 

La Turquie, elle, balance entre la barbarie et la civilisation. Permettre la réunification de Chypre la ferait sans doute basculer du bon côté du monde, la forçant à s’éloigner de l’Iran et des forces djihadistes avec lesquelles Ankara se compromet. La normalisation de ses relations avec Israël – les discussions ne sont pas interrompues – faciliterait le processus à Nicosie. Car l’essentiel, pour les Grecs de l’île d’Aphrodite, grâce à leur lien solide avec Jérusalem, consiste en cela que, sur les plans de l’énergie et de la sécurité, la réunification peut se discuter sereinement et pas à n’importe quel prix.


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Interview hebdomadaire de Stéphane Juffa par Jim Mosko, sur Radio Judaica du 15 avril 2016 Version imprimable
Radio/audio - interview/reportage
vendredi, 15 avril 2016

 

Interview hebdomadaire de Stéphane Juffa par Jim Mosko, sur Radio Judaica du 15 avril 2016 (info # 011504/16)

 

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https://youtu.be/fHEwMyLQQFk

 

Au sommaire :

 

L’Intifada des couteaux touche à sa fin – constatations et analyse –

 

Un Juif élu 1er ministre d’Ukraine par le parlement. Son père vit à Ashdod.

 

Divers autres sujets

 

 

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Pays émergents : une nouvelle ère économique a commencé (info # 011104/16) Version imprimable
Analyse économique
lundi, 11 avril 2016

 

Par Sébastien Castellion

 

La semaine dernière, l’Institut de la Finance Internationale (IIF) a attiré l’attention des économistes sur un phénomène radicalement nouveau apparu dans les statistiques économiques mondiales de 2015.

 

Chaque année depuis plus de vingt ans, il y avait davantage d’investissements des vieux pays industrialisés (Etats-Unis, Europe, Japon) vers les pays dits « émergents », à l’industrialisation plus récente, que dans le sens inverse. Ce flux d’investissements, après avoir baissé lors de la crise financière des pays émergents en 1997-98 et s’être momentanément arrêté du fait de la crise de 2008 (dans laquelle les pays émergents n’étaient pour rien), était ensuite reparti de plus belle, pour retrouver en 2010 son maximum historique de 2007, soit environ 520 milliards de dollars investis dans les marchés émergents.

 

Ces investissements réguliers dans les pays émergents pendant toute une génération ont changé le visage de l’économie mondiale. Ils ont fait sortir des centaines de millions d’hommes de la pauvreté, créé des conflits sociaux dans le vieux monde sur les « délocalisations » et fait apparaître de nouvelles puissances économiques – la Chine, l’Inde, le Brésil… – aussi essentielles aujourd’hui qu’elles étaient méprisées il y a une génération.

 

Ce nouveau monde, qui est encore celui qui dicte la plupart de nos raisonnements et de nos comportements économiques, a à son tour disparu en seulement deux ans ; les données analysées par l’IIF semblent montrer qu’il n’est pas prêt de revenir.

 

Alors que les flux nets des vieux pays industrialisés vers les pays émergents atteignaient environ 520 milliards de dollars en 2013, deux ans plus tard, l’image s’est entièrement renversée : ce sont maintenant les pays émergents qui ont investi près de 800 milliards de plus vers le vieux monde qu’ils n’en ont reçu d’investissements.

 

Pour 2016, si les tendances actuelles se poursuivent, le flux en provenance des pays émergents serait moins important (environ 450 milliards de dollars) ; mais il est trop tôt dans l’année pour pouvoir s’appuyer sur cette prévision. La seule chose certaine est que le mouvement d’investissement net vers les vieilles économies industrielles se poursuit. L’argent qui se dirigeait régulièrement depuis une génération vers des chantiers chinois, des usines indiennes ou des bons du Trésor brésilien sort désormais, en quantités massives, de ces marchés pour s’investir en Amérique et en Europe.

 

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Le grand renversement

 

L’explication de ce renversement est relativement simple. Elle tient, pour l’essentiel, en un seul mot : la Chine.

 

Comme je l’avais décrit dans mon dernier article dans ces colonnes, le modèle économique chinois, fondé sur une croissance ultra-rapide, un taux d’épargne élevé et une recherche exclusive de parts de marché à l’export a cessé de vivre. Même les taux de croissance officiellement affichés par les statisticiens chinois (7% contre 10% naguère) sont assez peu crédibles dans un pays où tout est politiquement manipulé. L’an dernier, la société Capital Economics, d’habitude spécialisée dans les prévisions économiques, avait effectué une contre-expertise des statistiques chinoises sur la première moitié de l’année 2015 et conclu que le taux annualisé réel était probablement à peine supérieur à 4%.

 

Les conséquences du ralentissement chinois se font sentir sur toute la planète. Les capacités productives du monde entier – mines canadiennes, aciéries brésiliennes, ingénieries européennes – se sont tournées depuis 25 ans vers la demande chinoise. Avec le ralentissement de cette demande, l’économie mondiale est entrée dans une période de surcapacité massive, qui concerne toutes les zones et la plupart des secteurs. Il y a, partout, plus d’usines, d’infrastructures et de compétences que la demande mondiale n’en exprime le besoin.

 

Cette surcapacité généralisée a deux conséquences directes.

 

Tout d’abord, les investissements réalisés par les vieilles économies industrielles dans les pays émergents perdent leur rentabilité. Il n’y a plus grand intérêt à ajouter une ligne de production de voitures en Thaïlande ou un haut-fourneau au Brésil si la croissance chinoise n’est plus là pour acheter la production.

 

Il devient aussi plus dangereux qu’il y a quelques années d’investir ses économies dans les bons du Trésor des pays émergents. Avec la baisse de leur croissance due au ralentissement de la demande chinoise, ces pays – traditionnellement moins attachés que les vieilles économies industrielles au paiement des dettes de l’Etat – présentent un risque plus important de banqueroute.

 

Ensuite, en même temps que les pays développés perdent leur intérêt pour l’investissement dans les pays émergents, les investisseurs des pays émergents ont, eux, une forte incitation à lancer des investissements en sens inverse.

 

Deux groupes d’investisseurs des pays émergents ont, aujourd’hui, de gigantesques réserves d’argent pour lesquelles les économies industrielles sont un débouché tentant.

 

Le premier de ces groupes, ce sont les Chinois. Pendant un quart de siècle de forte croissance, la priorité de la Chine était de gagner des parts de marché à l’étranger. Pour ce faire, le pays réduisait artificiellement la valeur de sa monnaie – ce qui ne peut se faire qu’en achetant des réserves importantes dans les autres monnaies, et avant tout en dollars.

 

En janvier dernier, les réserves totales de la Chine atteignaient 3 230 milliards de dollars, soit autant que la richesse totale produite en 2015 par la France et la Belgique réunies. Cette tirelire doit bien se placer quelque part.

 

Le deuxième groupe est constitué des investisseurs des pays exportateurs de gaz et de pétrole : Arabes du Golfe principalement, mais aussi Russes. La surcapacité mondiale a réduit les revenus qu’ils reçoivent de leurs industries nationales, mais n’a pas fait disparaître l’argent accumulé pendant les années de prix élevés. Le moment est donc venu, pour eux, de réduire les investissements dans leur propre industrie et de placer leur argent à l’étranger.

 

Pour ces deux groupes d’investisseurs, les vieilles économies industrielles offrent de belles garanties de placement. L’Europe et l’Amérique sont pleines de compétences et de capital accumulés pendant des siècles. Le coût des investissements est en baisse, car la surcapacité mondiale a les mêmes effets que partout ailleurs : elle crée des besoins urgents de financement et réduit le prix de nos capacités de production. Enfin, l’environnement juridique est favorable aux investisseurs. Plus que dans les pays émergents (en moyenne au moins), les vieilles économies industrielles garantissent le respect des contrats et le remboursement des dettes.

 

Toutes les conditions sont donc rassemblées pour que nous entrions dans une période durable où ce sont les investisseurs des pays émergents, principalement Chinois et Arabes, qui investissent dans le vieux monde industriel et non l’inverse. De même que la précédente vague d’investissements avait changé l’économie mondiale, de même celle-ci aura des conséquences durables.


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La réconciliation des loukoums (info # 010704/16) Version imprimable
Analyse
jeudi, 07 avril 2016

 

Par Stéphane Juffa

 

Pendant que nous rédigeons ces lignes se tient une importante réunion secrète entre Israéliens et Turcs, quelque part en Europe. Son objectif affiché est de normaliser les relations entre les deux pays, qui se sont largement dégradées depuis la tentative du Mavi Marmara, en 2010, de forcer le blocus maritime de Gaza.

 

A cette occasion, le navire, affrété par l’ONG islamiste turque proche de Recep Tayyip Erdogan IHH, après avoir ignoré les sommations de la Marine israélienne, avait été pris d’assaut par un commando de Tsahal. Lors de l’affrontement qui s’ensuivit, neuf militants turcs furent tués et dix soldats blessés, dont un grièvement. IHH est suspectée par Israël, certains Etats européens et les Etats-Unis, d’avoir transféré des armes et de l’argent à des organisations terroristes en Syrie et en Irak, ainsi qu’au Hamas à Gaza.

 

Le paquebot fut arraisonné et escorté jusqu’au port d’Ashdod, où les enquêteurs découvrirent qu’il ne contenait pas de matériel humanitaire, contrairement à ce que l’équipage et les passagers prétendaient.

 

Depuis, le gouvernement d’Ankara, en particulier Erdogan et son Premier ministre, Ahmet Davutoğlu, n’a cessé de propager des propos antisémites du premier degré, accusant notamment les Juifs d’être responsables de coups de grisou et de tremblements de terre. Ils ont accueilli en Turquie des chefs terroristes du Hamas, après qu’ils eurent été refoulés du Qatar où ils avaient initialement trouvé refuge et assistance. Israël est au courant que certaines agressions qui l’ont visée ont été préparées et coordonnées par ces individus à partir d’Istanbul et d’Ankara. Parmi ces actions figurait également le projet d’assassinat de Mahmoud Abbas et le renversement de son gouvernement. Cette tentative avait échoué grâce au Mossad qui s’y était opposé et qui avait averti le chef de l’AP de ce qui se tramait.

 

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C’est l’envie qui nous manque

 

En principe, Israël n’aurait pas de raison de vouloir améliorer ses relations avec le demi-dictateur turc actuel. La population ainsi que la classe politique de l’Etat hébreu s’inquiètent du sort de la presse stambouliote et de ses journalistes ; elles ont également connaissance du soutien accordé par le régime aux djihadistes en Syrie et en Irak.

 

Et surtout, Israéliens et Juifs sont étroitement liés et de longue date aux Kurdes de ces pays, qui bénéficient d’un soutien discret mais efficace et constant de la part de Jérusalem dans leur lutte contre les djihadistes, mais aussi face à l’expansionnisme des chiites irakiens, encadrés par l’Armée régulière iranienne.

 

En retour, Israël jouit de points d’appui et de relais dans le territoire autonome du Kurdistan irakien. De même, la première exportation maritime de brut provenant de cette région a été livrée à Haïfa.

 

Or les Kurdes subissent une répression sanglante de la part d’Erdogan, qui n’hésite pas à utiliser l’aviation et l’artillerie contre leurs positions. Dans la région kurde de la Turquie, dans et autour de la ville de Diyarbakir, au sud-est de l’Anatolie, placée sous couvre-feu depuis de longs mois, des massacres de civils ont été organisés par l’Armée et la police turques, mais également par des bandes de mercenaires islamistes, armés et financés par Ankara. Ces dernières semaines, des informations nous sont parvenues de cette zone, faisant état de centaines de Kurdes de tous âges brûlés vifs par les Turcs. Des Turcs qui menacent de plus en plus régulièrement d’envahir militairement le Rojava, la région des Kurdes de Syrie, qui vient de proclamer son autonomie.

 

A ce qui précède, il faut ajouter que la Russie a instamment prié les Israéliens de s’abstenir de tout réchauffement avec le régime d’Erdogan, Moscou se trouvant en situation de presque-guerre avec ledit gouvernement, principalement après qu’il a abattu, le 24 novembre de l’an dernier, l’un de ses Soukhoï opérant en Syrie.

 

Ce grave incident, sur lequel les Ottomans comptaient pour s’attirer le soutien de la communauté internationale, a, au contraire, mis en exergue l’isolement dont ils souffrent. Prié de choisir entre les Kurdes et la Turquie, le Président Obama n’a pas hésité à choisir les Kurdes. Anciennement allié privilégié de Washington au Moyen-Orient, Recep Erdogan s’est fait snober par la Maison Blanche lors de son très récent séjour dans la capitale étasunienne. Sa demande de rencontrer Obama a été très sèchement rejetée, par un président et une administration déçus de voir la Turquie sombrer dans la dictature et la violence d’Etat.          

 

Seule l’Union Européenne, et en particulier sa ministre des Affaires Etrangères, Federica Mogherini, soutient encore la politique du Sultan Erdogan. Mais elle le fait de manière de plus en plus feutrée, afin de préserver les intérêts européens dans la région, et pour l’aider à juguler l’afflux des réfugiés de Syrie et d’Irak.

 

Ce sont également des intérêts immédiats qui motivent Israël à rétablir "les relations correctes avec la Turquie, qu’Israël a toujours désirées", et, "si possible", ce sont les termes de Binyamin Netanyahu, "de normaliser ces relations".

 

En jeu, au niveau stratégique, la nécessité d’entretenir au Moyen-Orient un bloc non-arabe, qui existait depuis près de 70 ans. Sur le plan économique et militaire, on se rappelle que la plupart des pilotes turcs ont été formés par des instructeurs hébreux, qu’Israël a procédé à la mise à jour de milliers de chars et d’avions de l’Armée d’Ankara, qu’elle lui vendait des drones et une quantité d’autre équipements valant des milliards d’euros. De leur côté et malgré des efforts incessants, les Ottomans n’ont toujours pas trouvé de fournisseurs qui comprennent aussi bien leurs besoins.

 

Ils assistent aussi à un rapprochement quasi cordial entre Bibi et leurs principaux ennemis traditionnels, les Grecs. C’est toute la communauté internationale qui ne comprend pas la profondeur des liens qu’ont tissés le Premier ministre gauchiste Alexis Tsipras, et son homologue israélien, le droitiste Binyamin Netanyahu. Auxquels adhère pleinement le président cypriote Nikos Anastasiadis, lié par une entente tripartite qui ne fait pas les affaires du sultan, bloqué dans ses ambitions méditerranéennes.

 

Or Erdogan possède encore un joker dans son jeu, qui fait saliver l’exécutif de Jérusalem ; c’est en effet lui qui détient la clé de la construction d’un gazoduc sous-marin, dont la longueur ne dépasserait pas 70 kilomètres, et qui pourrait acheminer le gaz naturel qu’Israël exploite dans sa Zone Economique Exclusive (ZEE, jusqu’à 370km des côtes d’un pays), et qu’elle peine à développer, en partie à cause de la difficulté d’exporter le produit de ses gisements.

 

En fait, le gazoduc en question intéresse aussi les cypriotes grecs, qui exploitent le même bassin que les Israéliens en parfaite harmonie. Au point que d’autres discussions secrètes se déroulent entre Nicosie et les frères ennemis turcs de l’île d’Aphrodite. Pour en avoir le cœur net, j’ai téléphoné ce matin à un responsable du gouvernement auto-proclamé de Chypre du Nord, qui, ne cachant pas sa surprise, m’a en effet confirmé que les deux communautés insulaires ne s’étaient jamais trouvées aussi près d’un accord historique depuis le conflit armé qui les a déchirées en 1974.

 

Certes, on a un authentique penchant affectif pour les Kurdes et les Cypriotes grecs. Et puis, on a noué de nouveaux liens préférentiels avec Poutine. Ce qui ne l’a pas empêché toutefois, au mépris de toutes ses promesses, de commencer à livrer son système antiaérien S-300, le plus sophistiqué, à l’Iran, notre plus grand souci. Ni le PKK kurde, de revendiquer un attentat au cœur d’Istanbul, le 19 mars dernier, qui a coûté la vie à trois Israéliens et en a blessé dix autres.

 

Ce fâcheux incident a eu pour effet de donner le prétexte de renouer un contact direct entre Erdogan et le président israélien Rivlin. On a échangé des condoléances et on s’est promis de combattre le terrorisme ensemble, même si l’on n’a pas les mêmes terroristes, et que les terroristes de l’un sont les amis de l’autre et réciproquement.

 

Mais qu’importe, il s’agit d’un prétexte, vous dis-je, dans un monde d’intérêts dans lequel on passe parfois des accords avec des gens qui nous dégoutent. Quelque part en Europe, probablement à Genève, Joseph Ciechanover, le négociateur de Netanyahu, et le vice-ministre des Affaires Etrangères, Feridun Sinirlioglu, sont probablement en train de mettre la dernière main à la réconciliation.

 

Ce n’est pas la première fois qu’ils se rencontraient ; Israël a déjà présenté ses excuses pour la mort des voyous du Marmara ; on s’est déjà mis d’accord pour un dédommagement de leurs familles à hauteur de vingt millions de dollars en tout, une pacotille ; Ankara va abandonner ses poursuites judiciaires contre les commandos ayant procédé à l’arraisonnement et fermer le bureau du Hamas. Il ne restait qu’à trouver un allègement symbolique du contrôle imposé à Gaza par Israël et l’Egypte – qui déteste le régime actuel turc, soit dit en passant – réclamé par Erdogan.

 

Nos sources au gouvernement nous affirment qu’Israël n’octroiera en aucun cas un statut spécial à la Turquie au sujet de Gaza. Mais on est en train de chercher un geste inoffensif qui satisfera les deux capitales, et on en trouvera un, à moins que cela ne soit déjà fait pendant que je vous écrivais.

 

Quand on veut sauver son chat, on dit qu’il est utile, ai-je envie de contredire un vilain proverbe. Reste que c’est le genre d’accord qu’on a envie de parapher avec des gants en caoutchouc, une pince à linge sur le nez et des clés-anglaises en guise de porte-plume.        

 

 

 
Stage de journaliste à la Ména Version imprimable
Communiqué
dimanche, 03 avril 2016

 

Stage à la na :

 

La Metula News Agency offre une place de stage de journalisme, en son centre rédactionnel de Métula, pour une durée de six mois, avec possibilité de six mois supplémentaires si entente mutuelle.

Nous offrons : une expérience unique avec des journalistes de premier plan. L’occasion d’améliorer ses qualités rédactionnelles sous le suivi d’un maître de stage. Le gîte et le couvert (non casher). La possibilité d’apprendre l’hébreu. L’argent de poche. La possibilité d’effectuer ce stage dans le cadre d’études académiques israéliennes, européennes ou américaines. Le stage comprend une formation de journaliste radiophonique appliquée ainsi qu’une familiarisation aux métiers de la télévision. Le stage inclut des reportages sur le terrain.

Nous réclamons : une authentique passion pour la profession. Une maîtrise élevée de la langue française écrite et parlée. La participation à tous les travaux existant dans une rédaction, y compris l’entretien. De bonnes connaissances soit en anglais soit en hébreu soit en arabe moyen-oriental. Un ordinateur personnel. Une expérience rédactionnelle préalable. Une bonne connaissance du travail de la na. Une indépendance d’esprit.

La ou le stagiaire devra être muni d’une assurance santé et accident valable en Israël pour toute la durée du stage. Les transports sont à la charge de la, du stagiaire. L’offre s’adresse strictement à des femmes ou des hommes entre 20 et 35 ans, sans préférence de convictions, de religion ni d’origine. Début du stage : le 1er juillet 2016.

Faire offre de candidature à redaction@metulanews.info en joignant un CV muni d’une photographie récente, de (quelques) documents publiés et d’une lettre de motivation manuscrite d’une page (scannée).

Cette offre fera office de document juridique unique régissant la relation entre la Metula News Agency et la ou le stagiaire.

 

 
Anatomie du fanatisme : Polyeucte de Corneille (info # 010104/16) Version imprimable
Analyse d'une oeuvre
vendredi, 01 avril 2016

 

Par Llewellyn Brown

 

Que peut-il y avoir de commun entre l’histoire d’un martyr chrétien, vivant aux alentours de l’an 250 de notre ère, et nos actuels fanatiques islamistes ? Entre une pièce de théâtre de Pierre Corneille et sa mise en scène en 2016 ?

 

Un premier élément de réponse se trouve dans la volonté de nos auteurs classiques de créer des œuvres à portée universelle, qualité mise en lumière par une artiste exceptionnellement sensible aux subtilités de notre langue et de la construction littéraire. Ou encore : un génie de la création littéraire aux prises avec les enjeux de notre époque moderne, dont les effets se faisaient déjà sentir au xviième siècle, puis la détermination de Brigitte Jaques-Wajeman1 de nous faire relire l’œuvre de Corneille pour en comprendre l’actualité. En effet, la metteuse en scène précise : « Les destructions journalières de statues et de temples “païens”, perpétrées au nom de la religion, le fanatisme et le désir de mort de jeunes convertis offrent une similitude étonnante avec le destin et les déclarations de Polyeucte ».

 

Le récit

 

Reprenons. Polyeucte martyr : tragédie chrétienne, pièce écrite par Pierre Corneille vers 1642, relate l’histoire d’un martyr chrétien vivant en Arménie. L’épouse de ce dernier, une Romaine appelée Pauline, avait été autrefois amoureuse du chevalier romain Sévère, mais son père Félix devant poursuivre sa carrière en Arménie, elle le suivit, se trouvant alors dans l’obligation d’épouser un grand seigneur du pays, le héros éponyme. Quant à Sévère, on le croyait mort au combat.

 

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L’adaptation de Brigitte Jaques-Wajeman

 

Or l’action commence au moment où, sous les instances de son ami Néarque, Polyeucte se convertit au christianisme, religion dont les adeptes étaient persécutés par l’Empereur Décie. Ce qui fait le réel enjeu de la pièce cependant, c’est l’acte de Polyeucte qui, emporté soudainement par la grâce, décide de briser publiquement les idoles au temple, entraînant son ami dans cette entreprise sacrilège. Néarque est exécuté sous les yeux de Polyeucte, qui aspire à devenir martyr à son tour. Après des résistances, son exemple suscite la conversion de sa femme, de son père et, enfin, de Sévère ; celui-ci étant venu ostensiblement pour accomplir un sacrifice mais, en réalité, pour retrouver Pauline.

 

La sphère mondaine

 

Disons-le d’emblée : telle que la pièce est écrite, il ne s’agit pas d’une simple histoire pieuse. Par sa reprise à l’époque du Grand Siècle, le récit acquiert une tout autre valeur que celle qu’il pouvait revêtir dans La Légende dorée. Certes, on est libre de lire l’histoire de cette manière, et les contemporains l’ont sans doute fait – tout le langage employé par les martyrs paraît conforme aux conceptions chrétiennes –, mais si l’on suit de texte de près, on s’aperçoit que Corneille lui donne une autre portée.

 

Avant d’aborder la question du fanatisme, nous pouvons situer le contexte qui, dans cette pièce, lui sert d’écrin. Les tragédies de Corneille se fondent sur ce que François Regnault nomme le « nœud de la gloire », structure composée de deux dimensions incompatibles entre elles : l’allégeance à l’Etat, d’un côté, et la singularité représentée par le choix d’un partenaire amoureux, de l’autre. L’union de ces dimensions n’offre l’espoir d’aucune résolution harmonieuse. Ainsi, Pauline a suivi son devoir en épousant le chevalier arménien, et ne reviendra jamais sur cette décision. Polyeucte peut être peiné de découvrir qu’elle éprouve encore de la passion pour Sévère, mais c’est la résistance même déployée par son épouse qui fait sa qualité, au point que son mari est saisi d’admiration devant autant de mérites : « Qu’aux dépens d’un beau feu vous me rendez heureux, / Et que vous êtes doux à mon cœur amoureux ! ». Elle « tyrannise » ses sentiments, mais c’est précisément ainsi que Sévère pourra continuer à l’aimer et à l’admirer.

 

L’attachement à la gloire suppose que l’on ne se précipite pas sur l’objet désirable – qui, alors, se présenterait comme la solution –, mais que l’on conserve le caractère problématique de l’existence. C’est sur ce plan précis que les personnages rivalisent : ce qui les unit est cela même qui les sépare. Pauline voue un attachement indéfectible à sa propre gloire, tout autant qu’à son ancien amoureux Sévère : « […] il n’est point aux Enfers d’horreurs que je n’endure, / Plutôt que de souiller une gloire si pure […] ». De même, elle conjure Sévère de déployer tous ses efforts pour conserver son mari en vie, alors qu’il risque la mort : « Mais plus l’effort est grand, plus la gloire en est grande […] ». C’est seulement en refusant de profiter de l’éventuel veuvage de celle qu’il aime que Sévère peut mériter Pauline.

 

Cet idéal nourrit néanmoins l’importance accordée aux relations humaines. C’est en « qualité de femme, ou de fille » que Pauline cherche à faire fléchir son père, Félix, afin qu’il n’ordonne pas l’exécution de Polyeucte. L’humain se définit par les échanges, ce qui permet à Pauline de faire valoir son obéissance auprès de son père, afin de persuader celui-ci de sauver Polyeucte : son obéissance mérite qu’en retour, Félix lui fasse cette concession qui déroge à la règle absolue.

 

C’est l’Etat qui, en tant qu’autorité suprême, exclut toute considération personnelle, ainsi que le déclare Félix : « Quand le crime d’État se mêle au sacrilège, / Le sang ni l’amitié n’ont plus de privilège ». Cette dimension potentiellement inhumaine trouve son ancrage dans la peur de mourir, comme l’affirme Félix, dans son effort pour ramener Polyeucte à la raison : « Au spectacle sanglant d’un ami qu’il faut suivre, / La crainte de mourir et le désir de vivre / Ressaisissent une âme avec tant de pouvoir, / Que qui voit le trépas cesse de le vouloir ». La crainte de la mort donne sa consistance aux liens humains, et les personnages doivent négocier leurs choix au regard de cette menace. C’est dans ce sens que Félix pèse la portée de ses actes : il doit choisir de protéger Polyeucte ou d’épouser l’hostilité de Décie à l’égard des chrétiens.

 

L’ensemble des personnages donc – Pauline, Sévère et Félix (Polyeucte aussi, au début) – évoluent sur un plan rigoureusement humain. Seuls, ils offrent la matière à une tragédie cornélienne telle qu’on l’entend d’habitude, incarnant la problématique représentée par l’Etat dans ses liens complexes avec l’amour.

 

Le fanatisme

 

Or le fanatisme religieux change radicalement cette équation et, converti, Polyeucte rejette ce registre où les personnages règlent leur existence sur un très haut idéal.

 

Alors que Néarque exhorte Polyeucte à la modération, celui-ci déclare que Dieu n’accepte pas d’être relégué derrière des considérations humaines. Ce jugement semblerait conforme à ce que prônent les Évangiles, comme le souligne Polyeucte : « Il ne faut rien aimer qu’après lui, qu’en lui-même, / Négliger pour lui plaire, et femme, et biens, et rang, / Exposer pour sa gloire, et verser tout son sang : […] ».

 

Cette priorité absolue accordée à Dieu conduit Polyeucte et Néarque à rejeter totalement le dilemme amour/Etat, qui régit l’existence des autres personnages. A ce titre, ils refusent toute compassion. Ils ne sont pas plus sensibles à leur propre douleur : alors que la mort est source de crainte pour les autres, les martyrs y aspirent. Pauline l’annonce à Félix : « Les supplices leur sont ce qu’à nous les plaisirs, / Et les mènent au but où tendent leurs désirs, / La mort la plus infâme, ils l’appellent Martyre ». Quand Polyeucte dénie toute nécessité de rester en vie afin de protéger les chrétiens, Néarque proteste : « Vous voulez donc mourir ! » Mais Polyeucte n’hésite plus : « Vous aimez donc à vivre ». On en entend l’écho dans la formule du Hamas : « Nous aimons la mort autant que nos ennemis aiment la vie ».

 

Dans la mise en scène de Brigitte Jaques-Wajeman, la vue du sang dévoile la réalité qui inspire la conversion en série. Au début de la pièce, Polyeucte est habillé de blanc (innocence ?), Néarque en noir (annonçant le destin funeste ?) et Pauline en rouge. Si cette dernière couleur pourrait correspondre à la passion que ce personnage éprouve pour Sévère, sa valeur change quand Pauline revient maculée du sang de son mari supplicié : « Son sang dont tes bourreaux viennent de me couvrir / M’a dessillé les yeux, et me les vient d’ouvrir ». Comme l’observe Nietzsche, cité par Brigitte Jaques-Wajeman : « Les morts des martyrs […] ont été un grand malheur dans l’histoire : elles ont séduit… »2.

 

Certes, les autres personnages aussi sont habités par une haute aspiration, mais les martyrs versent ces passions au compte d’une garantie divine : « J’ai de l’ambition, mais plus noble, mais plus belle, / Cette grandeur périt, j’en veux une immortelle, / Un bonheur assuré, sans mesure et sans fin […] ». Le royaume terrestre paraît bien dérisoire par comparaison avec celui de Dieu : « Si mourir pour son Prince est un illustre sort, / Quand on meurt pour son Dieu, quelle sera la mort ? ».

 

Le Dieu dont les martyrs se réclament mérite qu’on l’honore sans réserve, tout simplement parce qu’il représente la puissance suprême : « Le Dieu de Polyeucte et celui de Néarque / De la Terre et du Ciel est l’absolu Monarque […] ». On aurait donc tort de ne pas miser sur Celui qui se tient incontestablement au-dessus de toutes les puissances humaines : on n’a rien à y perdre, et tout à y gagner.

 

Ne souffrant pas les aléas qui caractérisent l’existence soumise au nœud de la gloire, les martyrs recherchent une solution facile. On sait que Jean-Claude Milner a mis en évidence le penchant occidental à voir les situations en termes d’un problème auquel il conviendrait de trouver une solution, cette dernière étant censée résorber l’irrésolution offensante3. Cependant, le nœud de la gloire cornélien reposait précisément sur l’impossibilité d’atteindre une solution. Or ces exaltés aspirent à voir se dissiper toute incomplétude grâce au martyr, en sorte que Pauline, convertie, déclare à son père qu’ils ont tous les deux à y gagner : « Affermis par ma mort ta fortune, et la mienne, / Le coup à l’un et l’autre en sera précieux, / Puisqu’il t’assure en Terre, en m’élevant aux Cieux ». Tous les problèmes – mondains et célestes – s’évanouissent ainsi, comme par miracle !

 

Le féminin

 

A l’ouverture de la pièce, dans la mise en scène de Brigitte Jaques-Wajeman, on découvre, au centre de la scène, un lit défait où Pauline se trouve couchée, légèrement vêtue de blanc, à demi couverte une courtepointe, blanche également : il s’agit d’un lieu d’intimité où se joue le lien de Polyeucte avec le féminin. Au cours de cette première scène, Polyeucte apparaît comme le « recréant » des romans de chevalerie4, à l’image d’Erec passant sa journée au lit avec sa nouvelle épouse Enide, négligeant les exercices guerriers avec ses barons. Néarque lui recommande alors : « Fuyez un ennemi qui sait votre défaut ». En effet, les deux chrétiens s’entretiennent mutuellement, s’excitant à transgresser.

 

Car dans cette pièce, le fanatisme se révèle être essentiellement une affaire d’hommes, excluant le rapport à la femme. Quand Néarque entraîne Polyeucte pour qu’il se fasse baptiser, celui-ci refuse de divulguer à Pauline les raisons de son départ : il courrait un risque à exposer son projet à une femme.

 

La sexualité entre en jeu de façon visible à deux moments dans cette mise en scène : quand Sévère rencontre Pauline après des années d’absence, et quand celle-ci tente de dissuader Polyeucte de s’abandonner au martyre. La première de ces deux scènes révèle l’intensité d’une passion amoureuse intense, et tout ce à quoi Pauline a renoncé en obéissant à la voix du devoir. Entre Pauline et Polyeucte ensuite, on assiste au rejet violent du sexuel, pour le motif que celui-ci compromettrait l’autonomie exaltée du futur martyr.

 

Fanatisme et modernité

 

Dans son analyse du fanatisme, Corneille vise au-delà du simple christianisme. Dans cette thématique centrée sur le religieux, il s’agit non pas de se fixer sur la question confessionnelle, mais de se demander : De quoi Dieu est-il le nom ?

 

En effet, nous sommes en présence d’une question moderne. Au lieu de penser au fanatisme comme un phénomène réservé aux époques « obscurantistes », au « Moyen Age », il convient de voir que celui-ci est conditionné, en ce qui nous concerne, par la science et le capitalisme, qui prenaient déjà de l’ampleur au xviième siècle, détruisant les liens symboliques qui régissaient jusqu’alors les rapports humains.

 

Autrefois, la place que quelqu’un occupait dans la société déterminait son existence et réglait les questions qu’il pouvait se poser à l’égard de son statut social, de son devoir, de la déférence qu’il convenait de manifester envers ses supérieurs. Le rationalisme, en revanche, met les hommes sur un pied d’égalité, quelle que soit leur condition sociale. De même, les lois de la science brisent l’harmonie reliant la vie des hommes à l’ordre divin. De son côté, le capitalisme détruit les objets dans leur matérialité, en sorte qu’on les évalue en fonction de leur simple valeur monétaire.

 

Une béance s’ouvre alors dans l’univers, et tout devient possible. L’incertitude règne, ce dont témoigne le personnage de Félix, qui doit décider comment agir, sans savoir comment mieux assurer sa sécurité et sa carrière.

 

Les martyrs, en revanche, comblent le vide angoissant avec une exaltation qui leur restaure la certitude et le sens de la vie. Polyeucte dénonce ceux qui se contentent du caractère éphémère de l’existence : « Ils n’aspirent enfin qu’à des biens passagers, / Que troublent les soucis, que suivent les dangers, / La Mort nous les ravit, la Fortune s’en joue, / Aujourd’hui dans le trône, et demain dans la boue […] ». En rejetant tous les liens mondains, les martyrs prétendent se mettre à l’abri de toute incertitude : « Pourquoi mettre au hasard ce que la mort assure ? ».

 

Au fond, cette pièce ne donne pas à voir des chrétiens persécutés, mais des convertis qui aspirent au martyre, à tel point que l’on pourrait affirmer qu’ils incarnent une hérésie. En effet, le choix qui, ici, est mis au compte de la religion est complètement dissocié de la morale et de l’enjeu des relations humaines. Les exaltés sont habités plutôt par une soif de puissance. Si, dans cette pièce, les chrétiens sont qualifiés de sujets fidèles et paisibles, c’est parce que l’enjeu de leur existence n’est pas mondain : il se situe du côté d’un absolu de la jouissance, celle-là dont le marquis de Sade fera l’anatomie un siècle plus tard.

 

L’acte accompli par ces personnages est crucial. En brisant les idoles, ils visent à porter atteinte à ce qui fait lien en société, à tout ce que les autres tiennent pour sacré, ainsi que l’explique la confidente Stratonice : « Des mystères sacrés hautement se moquait, / Et traitait de mépris les Dieux qu’on invoquait ». Dans la mise en scène de Brigitte Jaques-Wajeman, l’acte de sacrilège s’accompagne d’éclairs et de tonnerre, comme pour marquer à quel point la destruction touche aux bases de la vie civilisée. Les iconoclastes, ici, dénigrent les dieux païens, voyant en eux des adultères et des incestueux, et déclarent que les idoles ne sont que de simples objets inertes. S’ils agissent ainsi, c’est pour mieux se réclamer de Celui qui détient le réel pouvoir sur l’univers. Leur critique n’est pas désintéressée : c’est par leurs provocations qu’ils font exister leur dieu ; autrement dit, en déchaînant la colère des hommes.

 

En effet, si la divinité était à ce point toute puissante, elle pourrait bien se passer des hommes. Mais ces personnages ne problématisent pas cette question : ils cherchent à faire jouir Dieu. Nous sommes clairement ici à l’époque moderne, où l’on fait exister Dieu par la barbarie, en l’absence d’une divinité symbolique, capable de structurer notre monde.

 

Conclusion

 

S’agit-il de fanatiques chrétiens ? On peut s’étonner d’entendre, dans une pièce de théâtre du classicisme français, des païens accabler les chrétiens de toutes les insultes. Sans doute les spectateurs de Corneille se croyaient-ils supérieurs aux païens de la pièce, jugeant que ces derniers étaient aveuglés dans leur jugement. De surcroît, ils pouvaient arguer que l’action de Polyeucte se justifiait, à la lumière du triomphe final du christianisme : son martyre réussit à amener d’autres à la religion chrétienne, et lui-même est devenu saint.

 

On peut penser aussi que Corneille cherchait à révéler le potentiel fanatisant du christianisme. Il n’avait pas à chercher loin : les guerres de religion étaient encore fraîches dans les mémoires. Plus largement, cependant, Corneille porte un regard aiguisé sur les débordements déclenchés par la Raison. Dans cette pièce, les Arméniens païens sont plus humains que les nouveaux chrétiens.


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La farce iranienne (info # 013003/16) Version imprimable
Analyse
mercredi, 30 mars 2016

 

Par Stéphane Juffa

 

Aujourd’hui et demain, le président-trompe l’œil de la "République" Islamique d’Iran, Hassan Rohani, aurait dû se trouver en Autriche afin d’y signer quelques mirobolants contrats d’achat de biens et d’équipements. Il a cependant informé ses hôtes à la dernière minute qu’il annulait son déplacement "pour des raisons sécuritaires". A Vienne, dans l’ancienne capitale de l’Empire austro-hongrois, les services du Président Heinz Fischer ont annoncé ignorer de quelles raisons sécuritaires il était question.

 

En fait, Rohani était envoyé en Autriche par le "guide suprême" et unique de la satrapie chiite, Ali Khamenei, pour tenter de débloquer la levée des sanctions économiques qui les frappent ; des sanctions qui, aux termes de l’accord signé en juillet dernier entre Téhéran et les grandes puissances, auraient, en grande partie à tout le moins, dû disparaître à la mi-janvier.

 

Mais elles sont toujours en place, ce qui irrite les Iraniens au plus haut point, sans que personne ne soit capable de leur fournir une explication compréhensible. Heinz Fischer, mis sous pression par les ayatollahs, comme tous les chefs d’Etat qu’ils rencontrent, pour qu’il fasse bouger les choses, a avoué, à la télévision iranienne avant la visite prévue, "que le processus de levée des sanctions avait commencé", mais qu’ "il ne pouvait pas prédire combien de temps cela prendrait".

 

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Un dindon normal

 

Toujours sur la chaîne Irib, Fischer a ajouté : "La levée des sanctions dépend de toute la communauté internationale et il est impossible de prédire quand cela interviendra dans les faits". Il a dévoilé une lapalissade en expliquant que "son pays ne peut à lui seul annuler les sanctions, non plus que l’Union Européenne, mais qu’il appartenait à toute la communauté internationale de le faire", entendez par là, que l’on attend le feu vert de Washington. Il a terminé son intervention en "espérant que toutes les parties restent engagées par l’accord nucléaire afin que toutes les sanctions soient levées en temps voulu".

 

Traduit de la langue diplomatique, cela signifie que l’Autrichien espère que les Perses ne réinitialisent pas leur programme nucléaire, uniquement voué à des applications militaires, pour la raison qu’ils ne reçoivent pas l’unique contrepartie face à leurs restreinte, non plus qu’une date prévisionnelle, même approximative, pour la libération de leurs cent milliards et plus, gelés dans les institutions bancaires occidentales.    

 

En réalité, les Européens aimeraient bien recommencer à commercer avec l’Iran en libérant les avoirs qu’ils retiennent, mais ils craignent des représailles de la part des Etats-Unis, qui persistent à imposer des limitations draconiennes sur les échanges avec les banques et les sociétés iraniennes.

 

A l’occasion du Nouvel an perse, le Grand leader Khamenei est sorti personnellement de son antre, très courroucé, pour affirmer publiquement que "les Américains ne respectent pas les engagements qu’ils ont pris lors de la conclusion de l’accord", argumentant qu’ "ils n’ont levé les sanctions que sur le papier, mais que, par des voies détournées, ils empêchent la "République" Islamique d’atteindre ses objectifs". Il faut bien le lui concéder, sur ce point au moins, le Guide suprême a parfaitement raison.

 

Dans les faits, il est victime de ce qu’on pourrait appeler un retour de manivelle ; car s’il est vrai que les Yankees, qui ne pipent rien à la mentalité moyenne-orientale, ils se sont fait rouler dans la farine par Mohammad Zarif lors des négociations en vue de l’accord, Khamenei apprend à ses dépens que les Iraniens, à leur tour, ne comprennent rien au mode opératoire en vigueur à Washington.

 

A Genève, Lausanne et Vienne, l’été dernier, les négociateurs de la dictature chiite ont certes eu beau jeu de ridiculiser John Kerry en vidant l’accord d’une grande partie de son sens, notamment en conservant la totalité de leurs centrifugeuses, en empêchant les inspecteurs de l’AIEA d’avoir un libre accès à leurs installations nucléaires et d’enquêter sur leurs activités passées dans le domaine de la recherche nucléaire à des fins militaires, de ne pas inclure leur programme de développement de missiles balistiques dans le traité, de ne pas provisionner la libération des Américains innocents détenus à Téhéran, et d’interdire que l’accord inclue toute mention quant à l’amélioration du respect des droit de l’homme dans leur dictature.

 

Ils étaient contents. On se rappelle le sourire moqueur de Zarif sur le balcon de son hôtel suisse ; c’était presque trop facile, il avait saisi que l’Administration Obama, pour des raisons politiciennes, avait absolument besoin d’annoncer la signature de l’accord à n’importe quel prix, et l’Iranien exploita cette faille jusqu’à la lie.

 

Depuis la signature du traité et jusqu’à l’échéance de la mi-janvier, aucune amélioration des relations entre l’Iran et les USA n’était intervenue, contrairement à ce qu’escomptait Washington : Khamenei répétait à l’envi que l’Amérique restait plus que jamais le Grand Satan, et on continuait, sur les boulevards de sa capitale, à brûler le Stars & Stripes en hurlant "Mort à l’Amérique". Mieux encore, les Gardiens de la Révolution arraisonnaient puis humiliaient des commandos-marins de la Navy en plein milieu du Golfe arabo-persique. Et puis on a multiplié les tirs d’essai de missiles balistiques, à grands frais de publicité, en invoquant, face aux critiques des Occidentaux, que les engins testés étaient inadaptés pour l’emport de bombes atomiques.

 

Pour enfoncer le clou, on a demandé au troupier de service, le Brigadier Général Amir Ali Hajizadeh, le chef de l’armement aérospatial de l’Armée iranienne, de pousser la provoc en déclarant : "Même s’ils construisent un mur autour de l’Iran, notre programme de missiles ne s’arrêtera pas", et d’ajouter : "Ils tentent d’effrayer nos officiels avec des sanctions et des invasions. Cette crainte est notre plus grande menace".

 

On a aussi prié le président potiche Rohani, le clown "réformateur" du régime, de compléter l’enchère en ajoutant : "Nous poursuivrons tous les efforts afin de renforcer notre défense, ce qui participe de notre politique stratégique".

 

La théocratie chiite a feint d’ignorer la Résolution 2231 du Conseil de Sécurité appelant l’Iran à ne pas se livrer à la moindre activité relative aux missiles capables de transporter des charges nucléaires. C’est la "République" Islamique qui avait insisté afin que la question des missiles n’entre pas dans l’accord de juillet, et elle en subit désormais le contrecoup. Il y a, dans cette résolution, plus de choses qu’il n’en faut pour permettre aux Américains de retarder sine die le déblocage des sanctions, non seulement de leur part, mais également chez leurs partenaires.

 

La junte théocratique dispose en théorie de deux solutions : la première consiste à dénoncer l’accord de l’été et à se remettre à produire de l’uranium hautement enrichi. Mais cela entraînerait automatiquement l’annulation du traité par les 5+1, ou par la partie significative d’entre eux, et ramènerait sur le tapis et avec une vigueur redoublée l’éventualité d’une action militaire de l’Amérique ou de ses turbulents alliés israéliens et arabes, qui n’attendent que cela pour en découdre avec les ayatollahs.

 

Pour ne rien arranger des affaires des Perses, Barack Obama, le président opposé par principe à toute intervention militaire mais aussi à sa propre armée, est devenu un canard boiteux en cette année électorale. Aussi, s’il ne prend pas les dispositions qui conviennent face à une éventuelle dénonciation de l’accord sur le nucléaire, on peut compter sur ses successeurs pour le faire à sa place, en particulier sur Donald Trump, évidemment.

 

De plus, aux Etats-Unis, il existe traditionnellement une disparité importante entre les décisions politiques prises par la Maison Blanche et leur mise en pratique, qui dépend de la bonne volonté d’une myriade de fonctionnaires, qui, s’ils veulent mettre les bâtons dans les roues de la politique présidentielle, pratiquent avec une efficacité redoutable. Or, à ce niveau, que l’on ait des sympathies Démocrates ou Républicaines, on a en commun la détestation du régime iranien et de l’accord dégradant conclu à Lausanne.    

 

L’autre solution qui s’offre à Khamenei est celle d’attendre patiemment la levée graduelle des sanctions, en rongeant son frein et en montrant patte blanche.

 

Il n’en existe pas de troisième, et pour l’Iran, outre le fait de s’exposer à des pressions militaires, le grand souci se situe dans la situation catastrophique de son économie. On comptait sur une amélioration fulgurante de l’état des finances avec la levée des sanctions, mais elle ne vient pas. Lors, on reste plongé dans son marasme.

 

Et la "République" Islamique est un pays pauvre, à peine mieux loti que ceux qui se trouvent en voie de développement. Avec un PIB nominal de 549 milliards de dollars pour 80 millions d’Iraniens, on obtient un PIB par habitant de 5 300 dollars (chiffres du Fonds Monétaire International [FMI]). A titre de référence, le PIB d’Israël s’élève à 300 milliards, soit 35 000 dollars par habitant. Soit un Produit Intérieur Brut pour l’Iran qui est moins du double de celui de l’Etat hébreu, mais pour une population dix fois plus nombreuse.

 

Téhéran a beau détenir la 4ème réserve de pétrole de la planète et la 2ème de gaz naturel, pour le moment, il extrait avec peine 1.5 millions de barils/jour, qu’il doit toujours négocier en-dessous du cours du marché à cause des sanctions qui le frappent.

 

Khamenei annonçait pouvoir rapidement rénover son infrastructure d’extraction et d’acheminement du brut, et élever sa production à 4 millions de b/j, voire à 4.5 millions, mais il est en train de déchanter. D’abord, parce que l’argent dont il a besoin demeure bloqué, ensuite, parce que l’on ne se trouve plus en période de ruée vers l’or noir, loin s’en faut. On est même en époque de trop plein, avec des cours désespérément bas pour les producteurs, et un marché engorgé. Dans ces conditions, complétées par un environnement politique défavorable au commerce, les sociétés spécialisées dans la recherche et le forage, dont un grand nombre sont américaines, ne se bousculent pas au portillon.

 

Avec un prix du Brent cloué au-dessous des 40 dollars, la recherche de nouveaux gisements est à peine rentable, et l’on voit que des pays autrement plus accueillants que la dictature chiite, à l’instar d’Israël, rencontrent les plus grandes peines du monde à intéresser des sociétés de forage à partager leurs risques dans des termes contractuels décents ; ce, même lorsqu’il s’agit d’exploiter des champs gaziers déjà identifiés.

 

Bref, même en augmentant sensiblement sa production de pétrole et de gaz, l’Iran n’est pas près de devenir un eldorado. Et en attendant, c’est un pays miséreux, où on manque de tout, avec un marché domestique limité à 80 millions de clients potentiels, eux-mêmes ne disposant que de moyens très réduits.

 

Ce qui nous amène à nous poser des questions quant à l’engouement quasi hystérique des sociétés industrielles pour le marché iranien. Et l’on peut déjà affirmer que cet enthousiasme est terriblement disproportionné, voire qu’il fleure le ridicule.

 

Nous nous sommes par exemple penchés sur le contrat du siècle avec Airbus, portant sur l’acquisition de 128 appareils [communication Airbus] représentant un prix catalogue annoncé de 27.5 milliards de dollars.

 

On sait, certes, qu’aucune compagnie aérienne ne paie jamais le prix affiché, qui ne sert qu’à soigner l’effet d’annonce d’Airbus et de Boeing, et que les gros contrats se négocient entre 40 et 65 pour cent du prix catalogue, les plus gros discounts étant réservés aux sociétés low cost (dont la commande se limite à un seul type d’appareil) ainsi qu’aux transporteurs aériens jouissant auprès des fabricants d’un statut privilégié.

 

Les Iraniens n’appartenant à aucune de ces deux catégories, on peut raisonnablement imaginer qu’ils obtiendraient un rabais de 50 pour cent sur les prix publiés. Il resterait tout de même 13.7 milliards de dollars à débourser. Lors, on sait que sur le marché des avions de transport, le prix d’achat d’un avion ne représente que 15 pour cent de son "coût total de possession" sur 20 ans. Cela représente pour l’Iran encore 78 milliards à trouver, et c’est toujours sans calculer le prix d’exploitation et le faible pouvoir d’achat des passagers potentiels des compagnies aériennes perses.

 

Au-delà de la vente des avions à proprement dite, Airbus entend signer un contrat supplémentaire pour la mise à niveau de l’infrastructure aéronautique iranienne, du contrôle aérien, de l’assistance pour les opérations au sol et vol, pour l’harmonisation de sa réglementation aérienne, l’enseignement au niveau technique et académique, l’encadrement des fonctions d’entretien et de réparations, ainsi que dans le domaine de la coopération industrielle.

 

Au bas mot, le coût de 92 milliards sur 20 ans pour les Iraniens devrait encore doubler, ce, alors qu’ils ne disposent pas du premier Rial nécessaire à l’achat du premier pneu du premier Airbus.

 

Si l’on considère que les représentants de la junte et les hommes d’affaire iraniens signent des contrats à tire-larigot, totalisant des centaines de milliards de dollars d’engagements, que le régime continue le développement de son armement – notamment de centaines de missiles balistiques -, achète des missiles en Russie et des chasseurs-bombardiers par dizaines en Chine, finance la guerre en Syrie, en Irak, au Yémen et le Hezbollah au Liban, et se doit d’entretenir et d’approvisionner ses immenses installations nucléaires, on doit en déduire que l’Iran passe son temps à signer des chèques en blanc.

 

Le pays dispose certes de grosses réserves de combustibles fossiles, mais qui se trouvent à des années de la solvabilité, bien plus que les fournisseurs sont capables d’attendre.

 

A ce stade de nos observations, nous sommes en mesure d’affirmer que la course au trésor des industriels étrangers en Iran, de même que le léchage des pieds des ayatollahs par les dirigeants occidentaux, le basculement des intérêts nationaux des Etats sunnites vers la junte théocratique chiite, les alliances militaires dangereuses avec les Perses, le dédain affiché pour la neutralisation du projet nucléaire militaire des ayatollahs au travers de l’accord de Lausanne, la réintégration de la diplomatie iranienne dans le giron des forums internationaux, le traitement de la dictature chiite au niveau d’une puissance régionale, le tout, moyennant l’abandon de la population autochtone aux gibets du régime ainsi qu’à l’oppression perpétuelle, sont pour le moins intempestifs.

 

Dans un avenir visible, que les sanctions soient levées ou non – leur montant étant déjà plusieurs fois hypothéqué -, la grande majorité des contrats commerciaux signés ne sera pas réalisée. En revanche, le prix politique terriblement lourd a déjà été payé en totalité et sans la moindre raison sensée.

 

On est en présence d’une formidable faute d’appréciation, causée par les difficultés économiques rencontrées par l’industrie mondiale, la nécessité de présenter des montants de contrats exorbitants aux électorats des pays démocratiques inquiets de leur situation économique, et par l’opportunisme déplacé des décideurs politiques, eux aussi fréquemment soumis à des situations inextricables.

    

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Révélation : des F-16 israéliens et jordaniens ont arrêté les Russes au sud de la Syrie (012603/16) Version imprimable
Analyse
samedi, 26 mars 2016

 

Par Jean Tsadik

 

avec Fayçal Hache à Amman

 

Des appareils israéliens et jordaniens sont intervenus conjointement face à des avions russes sur la frontière syrienne dans la région du Golan ouest et sud. On est passé très près d’une confrontation aérienne majeure, dont la menace a été rapidement réduite grâce à des discussions à Amman, Jérusalem et Moscou entre les intéressés.

 

Ces révélations ont été faites par le Roi Abdallah II à des membres éminents du Congrès américain lors d’une réunion secrète tenue à Washington le 11 janvier dernier.

 

Ce scoop ne provient pas de la Ména mais d’Haaretz, qui a rendu ces évènements publics à l’occasion d’un article diffusé dans sa livraison d’hier (vendredi). Le quotidien israélien base ses révélations sur le témoignage d’un intermédiaire qui aurait eu accès aux minutes de la réunion.

 

La Ména a interrogé son représentant permanent à Amman, Fayçal Hache, qui ignorait l’occurrence de l’incident. Après avoir sollicité ses contacts au plus haut niveau de la monarchie hachémite, jusqu’à très tard la nuit dernière, Hache a été en mesure de confirmer l’ensemble des infos d’Haaretz, et même d’ajouter certains commentaires.

 

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Au premier plan des F-16 jordaniens, à l’arrière, des F-15 israéliens

 

Nous sommes ainsi en mesure de proposer quelques points d’analyses de notre cru suite à cette exclusivité. Notamment de situer l’incident dans la période de la mi-octobre 2015, ce que le témoin de nos confrères télaviviens n’avait pas été en mesure de faire. Le porte-parole de Tsahal, quant à lui, s’est refusé à confirmer ou à infirmer la teneur du scoop.

 

A en croire celui-ci, les avions de Poutine s’étaient aventurés dans le Golan afin d’évaluer les défenses israéliennes. Selon les propos attribués au roi, ce dernier fait aux législateurs américains le compte-rendu suivant : "Nous avons vu les Russes descendre, mais ils ont été accueillis par des F-16 israéliens et jordaniens, opérant tour à tour et ensemble dans les espaces aériens israélien et jordanien".

 

Abdallah a précisé que "les Russes étaient en état de choc et ils ont compris qu’ils ne pourraient pas extravaguer avec nous".

 

Des discussions trilatérales s’en sont suivies afin d’atténuer les tensions. Le roi a reçu un émissaire de Poutine dans sa capitale, non sans y avoir préalablement coordonné ses positions avec le chef du Mossad. "Nous avons conçu des idées pour maintenir les Russes à leur place", a déclaré le souverain.

 

"Au cours des discussions avec les Russes relatives au sud de la Syrie, "la Jordanie a souvent parlé au nom d’Israël", d’après Abdallah.

 

A la Ména, à partir du 28 octobre dernier, nous avions également fait état de trois rencontres à Moscou et à Jérusalem entre les états-majors russe et israélien. Nous ignorons si ces réunions ont été concomitantes ou postérieures à celles d’Amman qu’évoque le monarque. Nous ignorions aussi, à l’époque, qu’elles impliquaient la Jordanie. Nous pensions que les deux états-majors avaient préventivement déterminé des zones d’influence et d’action réciproques, alors que les négociations faisaient en fait suite au "presque engagement" révélé hier par Haaretz, ainsi qu’aux mises en garde proférées par Abdallah à l’endroit des Russes.

 

Toujours est-il que ces négociations furent couronnées de succès et qu’Israéliens et Jordaniens convinrent avec Moscou des limites (géographiques) de leur zone d’intervention aérienne. "Nous les avons prévenus", détaille le roi, "que si une seule balle était tirée au-delà de cette frontière au Sud, nous tomberions tous nos gants".

 

Par-delà les révélations d’Haaretz, nous sommes en mesure d’avancer que cette menace comprenait la possibilité de se confronter avec les Mig et les Soukhoï sur l’ensemble du territoire syrien et de les frapper au sol à l’aéroport international de Damas et à Lattaquié, où ils étaient déployés.

 

Nous réitérons à cette occasion nos évaluations précédentes et affirmons qu’Israël possédait la capacité de détruire ces appareils, au sol et en vol, de même que les deux bases terrestres établies par Poutine dans la province de Lattaquié et son importante antenne navale de Tartous (la plus conséquente hors de Russie et de Crimée), dans la même province.

 

Les craintes de Jérusalem se situaient au niveau de l’hypothèse d’un conflit durable avec l’immense armada russe. A ce propos, les révélations d’Haaretz sont particulièrement éclairantes ;  en effet, si, d’un point de vue strictement opérationnel, le Khe’l Avir, l’aviation israélienne, aurait pu se passer du concours de son homologue jordanienne afin de tenir les Russes à distance de l’Etat hébreu, ce dernier aurait été largement fragilisé s’il avait eu à tenir tête isolément à Moscou lors d’un élargissement de l’affrontement.

 

En revanche, en se présentant face à Poutine comme des alliés unis, opérant de façon synchronisée pour défendre des intérêts placés en commun, Israël et la Jordanie ont signifié au Tzarévitch qu’en cas d’embrasement, il aurait non seulement affaire aux Israéliens, mais à la totalité de l’alliance stratégique liant désormais les sunnites et les Hébreux, qui surprend par son envergure.

 

En termes stratégiques, si la Russie aurait été favorisée lors d’un affrontement limité mais durable avec Jérusalem, dans le cadre d’un conflit l’opposant à la fois à Israël et au monde arabe, en revanche, c’est Poutine qui se serait trouvé en situation délicate. Cette constatation permet d’évaluer à sa juste dimension le potentiel synergique de l’alliance israélo-sunnite. Evoqué encore plus simplement, si cette coalition avec les Arabes n’avait pas existé, le Khe’l Avir aurait été cantonné dans une posture défensive, condamné à répondre au coup par coup aux provocations russes, en évitant l’extension de la confrontation à tout prix.

 

La participation physique de la Jordanie aux opérations militaires pour contenir les Russes loin des frontières du Golan, ainsi que dans la phase de négociations, a indiqué au Président Poutine qu’il buttait sur une alliance solide et bien organisée qu’il aurait tort de défier. C’est cette relation de force qui a permis au Roi Abdallah de hausser le ton et d’émettre des menaces. Observons aussi que, sans la participation d’Israël, avec sa maîtrise technologique et sa force de frappe, le monde arabe ne serait pas en position de se frotter aux Russes et de leur parler à hauteur d’yeux. Selon Fayçal Hache, l’homme de la Ména à Amman, la participation dominante d’Israël dans l’alliance, et son encadrement des capacités militaires arabes, leur procure une efficacité opérationnelle qu’ils ne possédaient pas précédemment.

 

Selon Hache, un ministre saoudien aurait récemment eu cette phrase en sa présence : "Avant de nous coordonner avec les Juifs, nos F-16 étaient des statistiques dans un ordinateur ; désormais, ce sont des chasseurs-bombardiers".

 

A une occasion, les Russes sont intervenus pour bombarder al Nosra (al Qaëda en Syrie) à proximité de la limite qui avait été fixée avec les Israélo-jordaniens. "Nous avons sur-réagi afin qu’ils saisissent le message", affirme le Roi Abdallah.

 

Nous situons cet autre incident entre les deux derniers jours de novembre et les deux premiers de décembre. Moshé Ya’alon, le ministre israélien de la Défense, avait alors parlé d’un appareil russe qui avait franchi notre frontière en pénétrant notre espace aérien sur une distance de deux kilomètres. En fait, il avait été pris en chasse par le Khe’l Avir, peut-être avec la participation des Jordaniens, et fermement éconduit, renvoyé sans ménagement au fin fond de la Syrie. Israël avait minoré l’incident mais avait tout de même été contraint d’en parler, car des milliers d’habitants du Doigt de la Galilée avaient entendu le vrombissement inhabituel des réacteurs et auraient pu, pour peu qu’ils aient levé le nez au ciel, apercevoir ce qui ressemblait à s’y méprendre à un combat aérien impliquant un assez grand nombre d’appareils.

 

Le souverain hachémite avait, préalablement à cet incident, confié aux Russes son intention de "liquider al Nosra", mais en refusant de leur communiquer les coordonnées des positions de l’organisation djihadiste [dans le Golan, au sein du Front Sud. Ndlr.] pour ne pas leur donner de prétexte pour bombarder l’Armée Syrienne Libre (ASL).

 

Dans le Nord, la situation était différente et la Russie frappait sans discernement. Après que les Russes se soient plaints de ne pas atteindre leurs cibles, la Jordanie leur a fourni des coordonnées spécifiques qu’elle avait elle-même reçues des Etats-Unis.

 

Le document d’Haaretz nous apprend aussi que c’est en réponse à une requête du chef des Gardiens de la Révolution iraniens que le Tzarévitch avait décidé de lancer des frappes aériennes en Syrie. Le roi commentant : "Les Russes furent choqués de découvrir à quel point le régime d’Assad était faible et ils se sont sentis aspirés [dans le conflit]".

 

Abdallah, qui relate, de plus, que la menace représentée par le Califat Islamique était évoquée durant toutes les négociations avec Poutine, qui rencontre les mêmes problèmes avec DAESH que les Européens, mais à la puissance dix, du fait du [grand] nombre de ressortissants russes et des anciens pays de l’Union Soviétique qui combattent en Syrie [dans les rangs djihadistes].

 

Quant à l’alliance israélo-sunnite, nous vous avions mis au courant du fait que les Israéliens formaient les pilotes jordaniens sur leurs propres F-16 en Israël. Nous avons également largement couvert les bribes d’infos qui nous parvenaient par la voie de nos correspondants, faisant état de coopération militaire et stratégique avec les Arabes. Nous n’en sommes désormais plus là, nous sommes devenus des frères d’armes, après avoir défini des intérêts communs dépassant l’échelle régionale. Fayçal Hache ne nourrit aucun doute quant à l’existence d’une coopération entre l’Etat hébreu et d’autres pays de la sphère sunnite ; notamment dans le Golfe et dans la Guerre du Yémen. Nous en sommes au stade des visites banalisées de Saoudiens en Israël et d’Israéliens à Riyad. Fayçal est prêt à mettre sa main au feu qu’il existe une présence militaire de Tsahal en Arabie et dans certains émirats, face à l’Iran et à l’Irak fortement iranisé.


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Les Russes s’en vont (info # 011703/16) Version imprimable
Analyse
jeudi, 17 mars 2016

 

Par Jean Tsadik

 

avec Michaël Béhé à Beyrouth

 

C’est le contraire du titre du film de Norman Jewison de 1966, "Les Russes arrivent". Ce qui est sûr est que ce départ inattendu, dont ni les Américains ni les Israéliens n’avaient été informés, a pris tout le monde par surprise. Le Kremlin l’a annoncé avant-hier soir ; nous en avions été informés par nos contacts dans la région six heures plus tôt, mais nous avions de la peine à les croire.

 

Vladimir Poutine a ainsi su terminer une guerre, ou, plus précisément, l’implication de son pays dans un conflit majeur. Ne serait-ce que pour cela, il mérite des compliments, car, lorsque l’on n’est pas attaqué sur ses propres frontières, il est toujours beaucoup plus aisé de mêler son armée à un affrontement que de l’en extraire proprement.

 

Parlez-en aux Israéliens, qui tergiversent chaque fois qu’ils doivent décider du moment propice pour cesser les hostilités ! Ou demandez à l’Amérique et à ses alliés européens à quelle occurrence, après avoir atteint quels objectifs, ils comptent mettre un terme à leur présence en Syrie et en Irak !

 

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Vous apprendrez bientôt également que la même coalition intervient quotidiennement par les airs afin de bombarder les positions islamistes en Libye. Pour l’instant, vu la faible exposition médiatique de cette autre guerre civile que les Occidentaux avaient engendrée, ils ne sont pas obligés de communiquer sur leurs opérations, mais dans quelques semaines, ils vont être contraints d’en parler. S’ils n’intervenaient pas en Tripolitaine, le chaos intégral s’y poursuivrait indéfiniment, l’intégrité de la Tunisie serait sérieusement menacée par les djihadistes, de même que le reste du Maghreb et de l’Afrique sub-saharienne, où les combats ne se sont jamais interrompus.

 

Poutine, pour sa part, a envoyé son armada à Lattaquié il y a six mois, il s’y est rendu opérationnel en quelques jours, il a sauvé Bachar al Assad et son régime qui étaient sur le point de perdre Damas, il a remis les troupes du tyran alaouite et de ses alliés iraniens et libanais à l’offensive, et puis il est reparti. Avec la même célérité et la même détermination.

 

Ses avions de transport Iliouchine 76 et Tupolev-154, en 62 heures, ont déjà rapatrié un grand nombre de soldats et de matériel de la base de Hmeimim en Syrie. Ses bombardiers Soukhoï-34, qui ont équarri des milliers d’opposants à Assad, se sont déjà redéployés à Boutourlinovka pour la plupart. Or cette petite cité se situe à 140 km à l’est de la frontière avec l’Ukraine, plus précisément, de la partie occupée par les séparatistes prorusses, soutenus, armés et renforcés par l’armée de Poutine.

 

140km, à l’échelle de la Russie, c’est vraiment la porte à côté ; jusqu’en août dernier, une concentration d’avions de guerre à cet endroit aurait fait beaucoup jaser, elle aurait encouragé les Européens à renforcer leurs sanctions économiques contre Moscou. Hier, cependant, le choix de Boutourlinovka, est passé inaperçu, et c’est le signe d’une victoire politique majeure du Tsarévitch.

 

L’aventure syrienne aura fait passer le régime de Poutine de la défensive – pointé du doigt par tous les Etats industrialisés pour les menaces qu’il impose à l’Ukraine -, à l’offensive. "Avant", on avait tendance à considérer la Russie et son patron comme un pays presque comme les autres, auquel il était facile d’administrer des leçons. Avant, tout le monde doutait des capacités militaires réelles de son armée, que les observateurs jugeaient mal en point.

 

"Après", ladite armée a repris son rang de deuxième grande puissance planétaire, ce, même si le premier contingent d’avions envoyés à Lattaquié était incapable de voler la nuit ou dans le mauvais temps, et même si les pilotes éprouvaient les plus grandes difficultés à s’orienter et se perdaient souvent.

 

Après, il n’est plus imaginable de négocier la fin de la Guerre Civile Syrienne, ni d’aucun autre conflit régional d’ailleurs, sans la participation de la Russie aux négociations, au même niveau que les Etats-Unis, un bon cran au-dessus du statut des Européens. 

 

Les Russes s’en vont sans se retourner, mais ils laissent, de plus, les autres Etats intervenants ainsi que les autres belligérants dans une purée de pois comme on croyait qu’il n’en existait que sur les bords de la Tamise. On reconnaît bien là la doctrine Poutine : lorsqu’il n’a pas la capacité de nommer un chef d’Etat à sa botte à la tête d’un pays qui l’intéresse d’un point de vue stratégique, comme en Géorgie, en Ukraine, en Moldavie, etc., il crée le bordel et la division afin d’empêcher que Washington ne s’y installe confortablement.

 

Avec, face à lui, des soixante-huitards attardés comme Obama et Kerry, cela devient un jeu d’enfants. Sous la présidence de Barack Obama, l’Amérique a reculé partout. Il est révélateur à ce propos que Moscou ait ouvert un dialogue stratégique direct avec Jérusalem – le président Rivlin se trouve dans la capitale russe -, Poutine s’entretenant régulièrement de tout avec Netanyahu, et ils se mettent d’accord sur un grand nombre de sujets. Jérusalem ne coordonne pas ses décisions avec Washington, mais se contente de l’informer de manière lapidaire sur l’évolution des relations avec les Russes. Israël rend ainsi la monnaie de sa pièce à l’Administration Obama pour la manière dont elle lui a intentionnellement dissimulé des éléments cruciaux lors des discussions avec l’Iran sur l’accord nucléaire. Nul doute que même l’Etat hébreu a pris certaines distances avec les USA pendant l’ère Obama, à l’instar de l’Egypte et de l’Arabie Saoudite, pour ne citer que ces pays.

 

Les conjectures vont bon train dans la presse mondiale quant aux raisons qui ont amené le Tsarévitch à se retirer de Syrie. En plus des considérations politiques et des astreintes économiques, je n’en vois qu’une seule : l’Armée russe n’a jamais eu pour vocation de s’enliser à Lattaquié. Plus que des raisons de partir, elle n’en avait plus de rester.

 

Poutine a envoyé ses troupes afin de sauver la famille al Assad, ses alliés traditionnels, d’une débâcle militaire inévitable ; n’annoncions-nous pas, l’été dernier, qu’à Damas, les alaouites tiraient leurs dernières cartouches ?

 

A force d’une dizaine de milliers de bombardements massifs, dirigés indistinctement et sans retenue contre tous les ennemis de Bachar, les Soukhoï les ont obligé à reculer. Alors qu’en août, avant l’arrivée des Russes, l’unique route menant vers les trois grandes villes du Nord-Ouest était coupée dès la banlieue de Damas, aujourd’hui, les forces gouvernementales et leurs alliés Pasdaran et Hezbollani ont totalement récupéré la province alaouite de Lattaquié ainsi que les accès menant à Homs, Hama et Alep et une large part à l’intérieur de ces villes.

 

Vladimir Poutine n’a jamais envisagé d’en faire plus. Il n’a pas l’intention d’aider les gouvernementaux à récupérer le nord kurde et le grand Est, aux mains du Califat Islamique. Car, contrairement aux coalisés occidentaux, les Russes savent calculer ; ils savent ainsi que, même s’ils réussissent à récupérer tout le terrain perdu, 1.5 millions d’alaouites ne parviendront pas à imposer leur loi à 26 millions de Syriens qui les détestent.

 

Forts de cette constatation somme toute triviale, à Moscou, on saisit que pour asseoir la "réoccupation", Bachar n’aurait d’autre solution que celle consistant à faire lourdement appel à l’Armée perse, qui devrait lui fournir un contingent permanent d’au moins trois-cent-mille hommes (en tout cas au début). Or cela signifierait la remise de la Syrie aux ayatollahs qui ne s’en départiraient plus et qui finiraient par chasser les alaouites de la gouvernance ; et ce n’est pas pour en arriver là, à une Syrie khomeyniste, que Poutine a envoyé ses soldats.

 

Autre considération retenue par le Kremlin, le fait de ne pas croire à l’éventualité de la "transition démocratique" qui est sur toutes les langues. Imaginer la création d’un gouvernement intérimaire qui réunirait pacifiquement tous les ennemis de la Guerre Civile – y compris des représentants du gouvernement actuel - est de l’ordre du conte de fées. Croire que la participation de gouvernements étrangers, littéralement haïs par toutes les factions combattantes, pourrait garantir le processus participe d’une chimère, moins grande cependant que celle consistant à supposer qu’à la fin de l’étape transitoire, les 28 entités principales accorderont leur confiance à un nouveau leader.

 

Si on parvient au stade de la désignation d’un chef de l’exécutif, au mieux il sera ignoré pendant que la guerre se poursuivra, au pire, il sera physiquement éliminé, plongeant à nouveau le pays dans des affrontements infernaux.

 

On parle beaucoup pour ne rien dire à Genève, car si c’est un Etat démocratique que l’on entend créer, il émanera du choix de la composante la plus nombreuse de la mosaïque syrienne ; et la composante la plus nombreuse, ce sont les musulmans sunnites, qui représentent 80% de la population. Mais ils comptent également les partisans du Califat, ceux d’al Qaëda, qui sont considérés comme terroristes par l’Occident et qui ne prennent pas part aux négociations. Le reste des sunnites est composé de pas moins d’une soixantaine de factions, y compris une majorité écrasante d’islamistes et de djihadistes. Bref, dans un système démocratique, donc majoritaire, les gouvernants, pour peu qu’ils parviennent à se diviser le pouvoir, n’auraient aucune compassion pour les autres communautés, à commencer par les alaouites, évidemment, mais aussi pour les Druzes, les chrétiens, les Kurdes, etc.

 

Or on ne peut pas attendre non plus que ces populations acceptent de placer docilement leur tête dans la guillotine, notamment en plébiscitant un gouvernement aux mains des sunnites. A ce propos, et sans attendre ce qui sortirait des négociations de Genève (ou plutôt pour l’anticiper), les Kurdes viennent, ce jeudi, de déclarer l'établissement d'une région fédérale dans les zones sous leur contrôle dans le nord du pays. Une déclaration aussitôt rejetée à la fois par le régime et par toutes les composantes de la rébellion. De là à imaginer que l’un des groupes combattants remette volontairement ses armes à un Etat centralisé, on verse carrément dans la science-fiction.

 

Conscient de ces réalités, Poutine avait installé son corps expéditionnaire dans la province de Lattaquié en vue d’un découpage confédéral de la Syrie, afin que Béchar se retire dans cette bande côtière avec les alaouites qui en sont originaires. Il ne resterait qu’à définir les limites des Etats, des Land ou des Cantons, comme aux Etats-Unis, en Allemagne et en Suisse où cela fonctionne très bien, et à établir les principes de fonctionnement ainsi que les privilèges de la capitale Damas, qui appartiendrait conjointement aux 27 ou 28 communautés principales que compte le pays.

 

Reste que Bachar a confondu la victoire de Poutine avec la sienne, et que cela l’a mis en appétit. Le Tsarévitch lui a sûrement expliqué, pour les raisons que nous venons d’exposer, qu’il ne pourrait plus régner sur la totalité de la Syrie et qu’il devait s’apprêter, à l’issue des pourparlers de Genève, à quitter à la fois le pouvoir et Damas.

 

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Pas plus grand, plus haut

"Salut petit gars, débrouille-toi tout seul"

 

Les arguments du président russe ne sont pas parvenus à convaincre le dictateur-oculiste rendu euphorique par les derniers succès sur le théâtre des opérations. Dès lors, il ne restait plus à Poutine qu’à laisser ce présomptueux se débrouiller seul et c’est ce qu’il a fait.

 

A vrai dire, à l’exception des Kurdes, aucune composante syrienne n’est favorable à l’idée d’une confédération, qui participe pourtant du seul système politique capable de contenir la Guerre Civile et d’éviter l’éclatement du pays. Chacun des deux grands blocs, régime, Iraniens, Hezbollah, chiites, d’un côté, et sunnite, de l’autre, pense encore qu’il sera en position de faire respecter sa loi sur l’ensemble du territoire et de ses populations.

 

Ce n’est pas un processus de paix mais la continuation de la guerre par des voies principalement diplomatiques, et cela ne concerne pas les Russes.

 

Des Russes qui ne sont pas mécontents du maintien de la chienlit après leur départ, ce qui participe de la doctrine Poutine, qui puise ses origines à l’époque soviétique. Contrairement à ce qu’ils ont pu prétendre, ils n’ont pas débarqué dans ce conflit pour combattre l’Etat Islamique ni pour imposer la paix, mais pour éviter la chute de leur allié alaouite.

 

D’ailleurs, ils vont maintenir quelques avions à Lattaquié, des bateaux à Tartous, et surtout, leur système de missiles antiaériens et antimissiles S-400. C’est l’un des plus performants au monde, en théorie capable d’abattre tout ce qui vole au-dessus de la Syrie et au-delà, y compris jusqu’à Tel-Aviv.

 

Cela servira à laisser ouverte l’option d’un nouveau redéploiement rapide si les alaouites devaient une fois encore se retrouver acculés à la Méditerranée. Et en vrai, et pour ne rien vous cacher, c’est le scénario que nous prévoyons. Au bout de quelques semaines nécessaires à panser leurs plaies et à recevoir de nouveaux équipements et des renforts à partir de la Turquie, les islamistes reprendront petit à petit l’avantage sur le terrain, les troupes du régime étant insuffisantes en nombre pour les contenir.

 

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Le chef d’orchestre de l’antisionisme français, c’est bien le Quai d’Orsay (info # 011203/16) Version imprimable
Analyse
samedi, 12 mars 2016

 

Par Ilan Tsadik

 

Stéphane Juffa a eu doublement du nez dans son dernier article [d’avant-hier, jeudi, "L’AFP, outil de politique internationale". Ndlr.], d’une part en relevant le nouvel argumentaire de l’Agence France Presse suivie par l’ensemble de la presse francophone pour justifier les attentats commis actuellement par des terroristes palestiniens, de l’autre, pour déchiffrer que sa large diffusion synchronique