Syrie : le risque d’affrontement direct USA-Russie a soudainement augmenté (info # 012104/17) Version imprimable
Analyse
mercredi, 21 juin 2017

 

Par Stéphane Juffa

 

avec Jean Tsadik et Perwer Emmal

 

L’U.S Air Force abat un Soukhoï syrien. Premiers combats entre les Kurdes et l’Armée gouvernementale.

 

Pendant que les Forces Démocratiques Syriennes, à forte prééminence kurde, combattent désormais à l’intérieur de Raqqa, où elles ont entamé une manœuvre en tenaille pour couper les quartiers nord de la capitale de l’Etat Islamique (DAESH) du reste de la cité de 200 000 habitants, nous avons assisté, ces trois derniers jours, à une extension majeure du conflit en Syrie.

 

D’abord, profitant de l’affaiblissement notoire de DAESH, qui se trouve acculé par les FDS et leurs alliés américains sur l’ensemble du front, l’Armée gouvernementale d’al Assad, soutenue par la milice chiite libanaise du Hezbollah, et de plus en plus massivement par des soldats réguliers iraniens, a, pour la première fois, attaqué les FDS.

 

Les combats se sont déroulés dimanche dans la localité de Ja’din (carte), à 40km au sud-ouest de Raqqa. A 17h43 GMT, ce jour-là, un Soukhoï-22 gouvernemental a largué des bombes sur les positions des FDS dans ce secteur, blessant plusieurs combattants.

 

L’appareil a immédiatement été abattu par un F/A-18 de l’U.S Air Force, en vertu des règles d’engagement au sein de la coalition et du principe de légitime défense, d’après un communiqué du commandement de la coalition.

 

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Le Lieutenant-colonel Ali Fahd qui pilotait le Soukhoï abattu par les Américains.

Les FDS qui l’ont récupéré vivant négocient son transfert avec les gouvernementaux

 

"Les projets et les actes hostiles des forces pro-régime à l’encontre de la coalition et de ses partenaires en Syrie qui mènent des opérations anti-EI légitimes, ne seront pas tolérés", a précisé le communiqué.

 

On y lit encore que la coalition internationale "ne cherche pas à attaquer le régime syrien, les forces russes ou les forces pro-régime qui collaborent avec eux, mais elle n'hésitera pas à défendre la coalition ou ses partenaires face à toute menace éventuelle".

 

L’incident a été suivi par des combats au sol opposant l’axe Assad-Iran-Hezbollah aux FDS. Ces dernières ont menacé explicitement le régime de Damas, au cas où les affrontements s’amplifieraient dans la périphérie de Raqqa, de s’emparer des quartiers et de l’aéroport de Qamishli, à 370km au nord-est, où des forces gouvernementales, complètement encerclées par les Peshmerga kurdes, sont encore tolérées. Le même sort serait réservé au minuscule détachement gouvernemental à Assaké.

 

Ja’din se trouve à proximité immédiate du carrefour stratégique de Resafa, pour l’instant toujours partiellement aux mains de DAESH, qui conduit à Raqqa au Nord, et à Deïr ez Zor au sud-est. Deïr ez-Zor, où la 104ème brigade d’élite aéroportée de la garde Républicaine gouvernementale, commandée par le Brigadier-Général Issam Zahreddine, se trouve complètement encerclée par DAESH depuis deux ans.  

 

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Service cartographique © Metula News Agency

 

Depuis, selon nos informations, les affrontements entre les Forces Démocratiques Syriennes et l’alliance pro-Assad ont cessé, mais les deux armées se regardent en chiens de faïence à quelques kilomètres l’une de l’autre.

 

Les Russes menacent directement les Américains

 

En revanche, suite à l’interception du Soukhoï syrien, les relations entre les Russes et les Américains se sont dégradées, au point de courir le risque d’une confrontation armée entre eux. Tout d’abord, avant-hier, lundi, Moscou a déclaré la suspension du canal de communication militaire avec Washington. Car, pour les Russes, les Américains auraient dû l’utiliser afin de prévenir qu’ils s’apprêtaient à abattre le bombardier de leur allié.

 

Bien plus inquiétant encore, le ministère russe de la Guerre a annoncé que "ses moyens de défense antiaérienne et ses avions suivraient et prendraient pour cibles les appareils et les drones de la coalition évoluant à l’ouest [au sud, dans la région de Raqqa] de l’Euphrate". Presqu’au même moment, le gouvernement de Vladimir Poutine avait annoncé, plus globalement encore, qu’ "il pointerait ses missiles vers tout avion de la coalition internationale survolant la Syrie".

 

Rien ne dit que le Tzarévitch mettra sa menace à exécution, mais il y a lieu de la prendre au sérieux. C’est par exemple ce qu’ont déjà fait les Australiens, qui ont décidé, par mesure de précaution, d’interrompre leurs missions d’attaque en Syrie, après que le Kremlin a déclaré considérer à partir de maintenant les appareils de la coalition comme des "cibles".

 

Le contingent australien compte trois cents hommes, six chasseurs-bombardiers F/A-18, un appareil de surveillance et d’alerte avancée E-7A, et un avion de transport et de ravitaillement aérien KC-30A.

 

Quant aux Américains, dans un souci d’apaisement, ils ont annoncé vouloir rétablir le canal de communication, mais ils ont également déclaré qu’ils réagiraient sans état d’âme à toute attaque visant leurs avions.

 

En sus de plusieurs douzaines de chasseurs et de bombardiers dont disposent les Russes en Syrie, et qui ont déjà tué des dizaines de milliers de personnes, ils ont également déployé des systèmes de défense antiaériens S-300 et S-400, qui passent pour très performants. Reste que notre analyse est sans appel : les Russes, malgré leur équipement, ne sont pas de taille à se mesurer aux Américains en Syrie ; ce, même si une confrontation armée ne serait assurément pas une partie de plaisir pour les fils de l’Oncle Sam et qu’ils y perdraient des plumes.

 

La vraie préoccupation est celle d’éviter un affrontement militaire ente les deux plus grandes puissances militaires du globe. Ce, alors que Vladimir Poutine bluffe manifestement, dans le plus pur style de ses prédécesseurs soviétiques, voulant donner l’impression qu’il n’hésiterait pas un instant avant d’actionner la détente de son pistolet. A Métula, nous pensons au contraire qu’il y réfléchira à plusieurs fois avant de se lancer dans une telle aventure dans laquelle il n’a rien à gagner.

 

L’Iran tire sept de ses missiles les plus précis sur Deïr ez-Zor, seulement deux y parviennent

 

L’autre nouvelle, c’est le lancement par l’Iran de sept missiles balistiques sol-sol de portée intermédiaire Zulfiqar [le nom du sabre recourbé d’Ali, qu’il aurait reçu des mains du Prophète Mahomet. Ali fut le 4ème calife de l’islam et le 1er imam du chiisme] sur les positions de l’Etat Islamique dans la ville de Deïr ez-Zor.

 

Ces fusées étaient considérées jusqu’à dimanche comme les plus précises de l’arsenal des ayatollahs, et capables de parcourir entre 7 et 800km. Dimanche, à partir de la ville perse de Kermanshah, ils n’avaient à survoler que 450km, pourtant rien ne s’est passé comme prévu par la dictature chiite. Seuls deux missiles ont atteint leur but, n’infligeant que des dommages mineurs aux islamistes, tandis que trois autres explosaient sur le territoire irakien, et que les deux restants manquaient leur cible de plusieurs kilomètres, explosant dans des zones non habitées de Syrie.

 

Ce qui devait constituer un message d’intimidation destiné aux USA, aux sunnites et à Israël, de l’aveu même de la presse téhéranaise, a tourné en eau de boudin. Il en faudra beaucoup plus pour impressionner Jérusalem, dont les missiles frappent leurs cibles au mètre près en Syrie. Les Hébreux sont parés pour administrer une correction aux apprentis sorciers iraniens, s’il leur prenait la très mauvaise idée de se frotter à Israël ; à Téhéran, les décideurs ont probablement tiré les leçons de ce fiasco. Tandis qu’à Jérusalem, on se contente, comme l’a répété Binyamin Netanyahu, "de surveiller l’activité de l’Iran en Syrie".   

 

Deux incidents graves pour un même enjeu

 

La bataille de Raqqa, du point de vue stratégique, est une affaire classée. L’unique inconnue consiste à savoir combien de temps les 3 000 miliciens islamistes de DAESH acculés et encerclés dans la ville résisteront aux 20 000 combattants kurdes, à leurs 4 000 alliés tribaux arabes dans les FDS, et à l’extraordinaire puissance de feu des avions, des canons et des commandos américains.

 

On ne voit pas les Alaouites, les Syriens, les chiites libanais ou les Russes se risquer à déranger la ripaille ; pour Raqqa, ils arrivent trop tard.

 

Le véritable enjeu des incidents de dimanche se nomme Deïr ez-Zor, la ville située à 125km en aval de Raqqa sur l’Euphrate. Pour l’Armée d’Assad, appuyée par ses acolytes perses et libanais, qui, depuis l’offensive victorieuse des FDS face à l’Etat Islamique – mais uniquement à partir de ce moment – progresse sur trois fronts, nord, centre et sud, l’objectif est d’arriver à Deïr ez-Zor avant les Américains et leurs alliés kurdes.

 

D’abord pour libérer les soldats gouvernementaux encerclés, mais c’est secondaire, car la finalité stratégique de cette course poursuite, c’est l’occupation de la frontière avec l’Irak afin de permettre la consolidation du corridor terrestre chiite : Téhéran-Bagdad-Damas-Beyrouth.

 

Pour l’Amérique, ses alliés européens, arabes et israéliens, le but stratégique est bien sûr inverse. Nombre d’analystes se demandent cette semaine si les menaces russes et les tirs de missiles iraniens, n’avait pas pour but de tester les Américains et Donald Trump. Pour savoir jusqu’où le nouveau président U.S est prêt à impliquer son armée pour empêcher les Iraniens de parvenir à leur fin.

 

Nous l’ignorons pour le moment, et ne sommes pas absolument certains que M. Trump ait déjà décidé. Nous sentons les conciliabules se multiplier à Washington et sommes fort intéressés à connaître la position finale qu’adopteront les Etats-Unis.

 

L’enjeu du questionnement est considérable. De l’ "autoroute chiite" dépend par exemple l’avenir du Liban, déjà sous le joug impitoyable de Téhéran mais que les ayatollahs doivent entretenir. Et aussi la confiance que Riyad, Le Caire, les Etats du Golfe et toute l’arabité sunnite ont placée en Donald Trump qui est venu la leur demander. Simplement dit : si Trump laisse les Iraniens et le régime prendre Deïr ez-Zor, la brève lune de miel entre le monde arabe et Trump sera déjà terminée.

 

On comprend soudain le rôle de contrepoids que jouait l’Etat Islamique (sunnite) dans l’est syrien pour contrecarrer l’expansion iranienne (chiite), bien plus menaçante pour les Occidentaux au niveau stratégique que la présence des djihadistes salafistes dans la région. Pendant que la coalition leur assène les derniers coups de boutoir à Raqqa, on réalise à Washington qu’il va falloir remplir le vide que va laisser DAESH le long de la frontière irakienne si l’on ne veut pas perdre la Guerre de Syrie et d’Irak et participer à la création d’un empire persan au Proche et au Moyen-Orient. La neutralisation de l’Etat Islamique, qu’on accusait à tort de tirer les ficèles des attentats terroristes en Europe à partir de Raqqa et Mossoul, a été une erreur. Il suffisait de le circonscrire à l’Est et de couper son cordon ombilical avec Recep Erdogan pour que DAESH continue à servir nos intérêts sans avoir à risquer une confrontation avec les Russes et la régionalisation du conflit. Mais Obama, Catherine Ashton, Federica Mogherini, et les pleutres dirigeants de l’Europe avaient peur de froisser le dictateur constitutionnel turc et l’ont laissé agir. Or les arrangements diplomatiques ne justifient jamais de ne pas prendre les décisions qui s’imposent du point de vue stratégique. L’Occident, qui est en train de s’empêtrer en Syrie, en fait une nouvelle fois l’expérience. Comme s’il était incapable de retenir les leçons de l’histoire.     

 

"L’autoroute chiite" permettrait, premièrement, pour Téhéran, de maintenir le contrôle des territoires conquis. Ensuite de fournir des armes lourdes et encombrantes, dans ces pays, à ses supplétifs. Et pour finir, de dépêcher des conseillers et des soldats dans tout le Moyen-Orient, y compris à la frontière d’Israël, afin d’y instiller l’instabilité et d’y combattre les alliés sunnites de Jérusalem.

 

Parmi les unités entretenues par Téhéran, la plus menaçante pour l’Etat hébreu est probablement celle du "Régiment du Golan". Une petite organisation pestilentielle, initialement organisée par l’archi-terroriste assassin d’enfants Samir Kuntar, neutralisé par les Israéliens en plein cœur de Damas en décembre 2015, qui regroupe des commandos des Gardiens de la Révolution khomeyniste, des chefs du Hezbollah libanais et des Druzes égarés, qui ont déjà changé plusieurs fois de camp.

 

Eh bien la Ména livre en exclusivité à ses lecteurs l’information qu’elle a reçue de ses amis du côté syrien du Golan : Majid Hammoud, le chef du "Régiment du Golan" et successeur de Kuntar, aurait été liquidé samedi dernier dans la ville de Khan Arnabeh, à 6km d’Israël, qui abrite le quartier général de cette organisation. La neutralisation de Hammoud succède à celle, le 19 mars dernier, de Yasser Hussein al-Sayyed, qui avait précédé Majid Hammoud à son poste, où on ne vit ostensiblement pas jusqu’à l’âge de la retraite. Il avait été stoppé net dans son automobile par un drone alors qu’il se rendait à Damas. Deux ans plus tôt, le 18 janvier 2015, le jeune chef militaire du Hezbollah, Jihad Morgnieh, cinq autres membres de son organisation criminelle, de même qu’un général iranien de la Force al Quds [Jérusalem], Mohammad Ali Allahdadi, avaient également été éliminés alors qu’ils participaient à des activités du "Régiment du Golan", non loin de la frontière israélienne.

 

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Majid Hammoud, le commandant en chef du "Régiment du Golan"

aurait été neutralisé samedi dernier à Khan Arnabeh

 

A noter que le weekend dernier, le Wall Street Journal a donné des indications concernant la coopération entre Tsahal et certaines unités de la rébellion, côté syrien du Golan, afin de contrer l’expansion iranienne et de préserver notre frontière. Des informations que les lecteurs de la Ména connaissent de manière bien plus détaillée que ce qu’a publié le WSJ depuis plusieurs années.


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France : la démocratie sans le peuple (info # 011906/17) Version imprimable
Analyse
lundi, 19 juin 2017

 

Par Amram Castellion

 

La victoire électorale moins importante qu’annoncée, hier soir, des députés macronistes marque à la fois la dernière étape de la prise de tous les pouvoirs en France par le nouveau président et la fin de l’euphorie qui avait suivi sa victoire.

 

A l’issue du premier tour, il était mathématiquement inévitable que le parti macroniste dit « La République en Marche », avec son allié centriste le Modem, obtienne une large majorité des sièges de députés. Mais dès dimanche dernier, la principale faiblesse du mouvement macroniste était devenue évidente. Moins d’un inscrit sur deux était allé voter – un record historique absolu d’abstention en France. En pourcentage des inscrits, le mouvement macroniste obtenait 15,5% des voix, contre 10,5% pour la droite et un nombre presque identique – autour de 6,5% à quelques dixièmes de points près – pour les socialistes, l’extrême gauche mélenchoniste (dite « France insoumise ») et le Front national.

 

Avec la forte diminution du nombre des candidats au second tour, ces pourcentages devaient mécaniquement augmenter. Mais, dans le même temps, l’abstention a fait un bond supplémentaire. Elle a fait voler en éclats son record de la semaine dernière pour atteindre 57,4% des inscrits.

 

Résultat : le nombre des voix qui se sont portées hier sur le parti du président et son allié est d’environ 8,9 millions, soit seulement 18,9% des inscrits. La droite remporte 4,7 millions de voix (10,4% des inscrits) ; le Front national, 1,6 million (3,4% des inscrits) ; le parti socialiste et les divers gauche, 1,4 million (2,9% des inscrits) ; et l’extrême gauche (France insoumise et communistes), 1,1 million (2,3% des inscrits).

 

La conséquence de l’abstention gigantesque d’hier est que le vainqueur obtient - de loin - le mandat populaire le plus réticent de toute l’histoire de la Cinquième République. Les macronistes ont reçu moins de voix dans leur victoire – en pourcentage comme en valeur absolue – que n’en avaient reçues les perdants de toutes les élections françaises depuis 1997.

 

En nombre de députés, il en sera bien sûr autrement. Sous réserve des contestations judiciaires possibles, le camp macroniste devrait avoir 350 députés (dont 42 pour les centristes), soit la majorité la plus importante depuis 1997. La droite aura 138 députés ; la gauche, 45 ; l’extrême-gauche, 27 ; le Front national et assimilés, 9 ; les régionalistes et divers, 8.

 

Même cette nette victoire en sièges est très nettement en retrait par rapport à ce qu’annonçaient les sondages et que prévoyait le camp du président. Pendant une semaine, les Français ont été abreuvés de sondages promettant entre 420 et 440 députés aux macronistes. Selon ces sondages, tout Paris devait tomber (finalement, trois circonscriptions restent à la droite, une au parti socialiste et une à l’extrême gauche). La droite n’aurait dû avoir que 70 à 90 sièges. Les Français en ont décidé autrement. Ce matin, Emmanuel Macron a certes tous les pouvoirs en France, mais il est aussi un dirigeant diminué.

 

Les trois grands enseignements des législatives sont les suivants :

 

Le premier, contrairement à ce que la presse française a martelé pendant des mois, est qu’il n’existe pas en France de vaste engouement populaire pour la personne du président. L’enthousiasme hystérique en sa faveur existe, mais il est confiné aux catégories sociales supérieures, aux grandes villes et, dans une moindre mesure, à l’ouest du pays.

 

Le macronisme peut être défini comme la synthèse de deux projets politiques. D’une part, il a ressuscité le parti radical de la Troisième République : un grand parti centriste, modéré et gestionnaire. D’autre part, Macron s’inspire directement du succès de Vladimir Poutine, qui est parvenu à réunir des opinions très différentes derrière l’allégeance au parti unique et le culte du chef.

 

La première ambition a été pleinement remplie : le parti macroniste est désormais fermement installé, pour cinq ans au moins, à la droite de la gauche et à la gauche de la droite. Il est doté de cadres de talent – principalement, mais non exclusivement, issus de la gauche gestionnaire –, et d’une masse obéissante de députés plus médiocres qui lui garantissent une majorité docile.

 

La seconde ambition du président – devenir un Poutine français – a, elle, manifestement échoué. Moins d’un Français sur six au premier tour, et moins d’un sur cinq au second tour, s’est montré prêt à lui donner sa chance en allant voter pour ses candidats. Son principal talent aura, finalement, été de paraître assez rassurant pour que l’immense majorité des Français, qui ne se reconnaît pas en lui, accepte l’idée de sa victoire et se réfugie dans l’abstention.

 

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« Il a encore beaucoup à apprendre, le petit français »

 

L’absence d’un mandat populaire suffisamment fort conduit au deuxième grand enseignement de ces élections : l’époque où l’opposition cherchait à profiter de l’aura politique du président est déjà terminée.

 

Pendant toute la campagne, la droite hésitait entre deux stratégies : s’affirmer comme une force d’opposition ou se montrer ouverte, « macron-compatibles » et prête à travailler avec le président.

 

Il est maintenant clair que Macron n’a pas assez de capital politique pour que se rapprocher de lui soit une stratégie payante. La droite, devenue l’opposition de la prochaine assemblée, devra faire le travail qui est celui de toutes les oppositions : dénoncer les faiblesses des textes qui seront votés, attirer l’attention des électeurs sur les incohérences, les échecs et les reniements du gouvernement, et préparer un programme de gouvernement pour tenter de gagner les élections de 2022.

 

Enfin, le troisième enseignement de ces législatives est que la scène politique française sera bouleversée à nouveau le jour où un mouvement politique convaincra les abstentionnistes d’hier de revenir dans le jeu.

 

Ces abstentionnistes sont, pour une large part, issus des catégories populaires ou de la petite bourgeoisie : environ 70% des ouvriers et employés n’ont pas daigné voter. Ils sont inquiets pour leurs emplois et pour leur pouvoir d’achat. Ils craignent pour leur sécurité physique face à la délinquance et redoutent les conséquences de l’immigration sur leur identité culturelle et celle de leurs enfants. Et ils représentent un immense réservoir de voix, disponibles pour le parti qui réussira à les mobiliser sur tous ces sujets que les macronistes ont délaissés.

 

La responsabilité historique de la droite française au cours des prochaines années sera de convaincre les abstentionnistes d’hier qu’elle comprend leurs souffrances et qu’elle a des mesures concrètes à proposer pour répondre à leurs inquiétudes. Si elle y parvient, un électorat longtemps tenté par l’extrémisme, puis découragé par la démocratie, pourra revenir vers elle dans un cadre républicain.

 

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La dérive anti-israélienne de l’Europe (info # 011806/17) Version imprimable
Analyse
dimanche, 18 juin 2017

 

Par Guy Millière

 

La recomposition régionale du Proche-Orient qui s’est mise en route sous l’égide de Donald Trump, et qui vise à l’instauration d’une alliance entre les pays arabes sunnites et Israël aux fins d’endiguer l’Iran est d’autant plus importante que les dérives constatées depuis des années au sein de l’Europe s’accentuent de manière alarmante. Les positions anti-israéliennes de l’Union Européenne sont claires et explicites depuis lors.

 

L’Allemagne garde encore un peu de retenue et ne glisse pas totalement vers l’anti-israélisme primaire en raison de son très lourd passé antisémite, mais des sympathies équivoques s’y dessinent. Il y a plusieurs semaines, le gouvernement allemand a énoncé ses doutes sur la volonté du gouvernement israélien de parvenir à une résolution du conflit “israélo-palestinien” et, lors de sa visite en Israël, le ministre socialiste des Affaires Etrangères d’Angela Merkel, Sigmar Gabriel, a provoqué un incident diplomatique en tenant à rencontrer des dirigeants d’organisations de la gauche radicale telles que B’Tselem.

 

L’hebdomadaire Der Spiegel a publié récemment un article disant que "le traitement particulier d'Israël pour des raisons historiques arrive à ses limites”. Puis : "Notre faute historique ne peut pas amener l'Allemagne à accepter que le gouvernement israélien s'éloigne de plus en plus des valeurs que nous avions tenues jusqu'ici pour communes". Que l’Allemagne prétende donner des leçons à Israël en termes de valeurs est nouveau et inquiétant.

 

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Antisémitisme. Mais où sont donc passés les antiracistes, demande Ivan Rioufol dans Le Figaro

 

La France ne vaut pas mieux et on s’y situe bien au-delà des sympathies équivoques : dans des attitudes résolument “propalestiniennes”, qui vont d’un traitement ouvertement “propalestinien” de l’information dans quasiment tous les media d’information, au vote de motions anti-israéliennes dans diverses instances internationales. On rappelle le texte sur Jérusalem à l’UNESCO (après avoir voté pour un texte répugnant en 2016, la France s’est abstenue depuis sur un texte tout aussi répugnant, mais n’a pas voté contre), motion présentée au Conseil de Sécurité de l’ONU condamnant la “colonisation” israélienne. Il s’agit d’une motion présentée à l’Organisation Mondiale de la Santé présentant Israël comme le seul violateur du bien-être mental, physique et environnemental au Proche-Orient…

 

Et rien ne changera, à l’évidence, sous Emmanuel Macron, qui compte dans son gouvernement des adeptes du mouvement Boycott-Désinvestissement-Sanctions et des praticiens de l’établissement de relations très apaisées avec des organisations islamistes.

 

Le Royaume-Uni est en procédure de sortie de l’Union Européenne, mais fait néanmoins partie de l’ensemble européen, et si le parti conservateur, qui, sous la conduite de Theresa May, vient de connaitre un revers électoral n’a pas des positions plus anti-israéliennes que les gouvernements français successifs, le Parti travailliste a lui glissé très à gauche, vers des positions qui sont non seulement “propalestiniennes”, mais carrément ouvertes au terrorisme, puisque son dirigeant actuel, Jeremy Corbyn (accusé à juste titre d’antisémitisme comme plusieurs personnes de son entourage) a reçu dans un passé récent des représentants du Hezbollah et du Hamas. Ce qui ne lui a strictement rien couté politiquement, puisqu’il a gagné du terrain sur les conservateurs, malgré trois attentats djihadistes récents au le Royaume-Uni.

 

Les dérives que je viens de noter se retrouvent à des degrés divers dans la plupart des pays européens. Elles sont d’autant plus à même d’inquiéter, que des analyses de l’électorat montrent que l’électorat jeune (les moins de vingt-cinq ans) votent plus aisément pour des partis hostiles à Israël ou adoptant des positions “propalestiniennes”, ce qui semble montrer que la propagande anti-israélienne gagne du terrain et s’implante dans les esprits.

 

Ces dérives sont d’autant plus menaçantes que la proportion de musulmans dans les divers pays européens s’accroît, et que la population musulmane est, dans chaque pays concerné, en moyenne plus jeune que la population générale. L’électorat musulman pèse de plus en plus lourd partout en Europe et cette évolution semble destinée à durer. C’est donc, sans surprise, un électorat très anti-israélien.

 

Dans un livre qui vient de paraitre, "The Strange Death of Europe" [l’étrange mort de l’Europe. Ndlr.], l’essayiste britannique Douglas Murray dit que l’Europe est entrée dans une phase de suicide collectif, et explique que ce suicide ne pourra vraisemblablement pas être interrompu. Il considère que l’hostilité à l’encontre d’Israël et des Juifs fait partie intégrante de ce suicide. Je ne puis lui donner tort.

 

J’écrivais, il y a plusieurs années, qu’il était crucial qu’Israël diversifie ses alliances : depuis, Israël l’a fait et se trouve moins dépendante de l’Europe. C’est un point très positif. J’écrivais récemment que la stratégie mise en place par Donald Trump pour recomposer le Proche-Orient était un atout essentiel pour Israël. Je n’ai pas du tout changé d’avis.

 

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Israël, la Grèce et Chypre (info # 011606/17) Version imprimable
Radio/audio - interview/reportage
vendredi, 16 juin 2017

 

© Metula News Agency

 

L’analyse de Stéphane Juffa, au micro de Jim Mosko, dans le cadre de l’émission Bruxelles-Métula sur Radio Judaïca https://youtu.be/fIa8eaEWopE

 

Au sommaire :

 

IMPORTANTE REUNION TRIPARTITE A SALONIQUE, jeudi dernier, en Grèce, entre le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, Nicos Anastasiades, le Président cypriote, et Binyamin Netanyahu.

 

Entre plusieurs sujets de coopération scientifique et économique, les trois hommes ont décidé d’accélérer la construction du gazoduc de 2 000km qui transportera le gaz israélien et cypriote du bassin est-méditerranéen vers Chypre, la Grèce, l’Italie et le marché européen.

 

Les réserves de gaz israélien sont estimées à 22 milliards de mètres cubes, ce qui en ferait la quatrième plus grande réserve exploitable de la planète.

 

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Netanyahu, Nicos Anastasiades et Alexis Tsipras,

l’alliance qui donne le ton dans l’est de la Méditerranée

 

Les trois chefs d’Etat ont également décidé de l’immersion d’un câble électrique sous-marin qui alimentera Chypre et l’île grecque de Crète en électricité israélienne. Ce câble devrait aussi permettre de connecter Israël au réseau européen et rendre ainsi possible les échanges d’énergie avec l’Europe.  

 

LES TROIS LEADERS ONT POSE LA PREMIERE PIERRE D’UN MUSEE DE L’HOLOCAUSTE à Salonique, qui était autrefois une ville à majorité juive, et dont 95 pour cent des membres de cette communauté ont été massacrés par les Allemands à Auschwitz.

 

CHYPRE ET ISRAEL SE SONT LIVREES A UN IMPORTANT EXERCICE MILITAIRE SUR L’ILE D’APHRODITE, cette semaine.

 

500 soldats d’élite du commando Egoz (noix) ainsi que 200 membres des Forces Aériennes ont participé sur place à ces manœuvres conjointes avec la Garde Nationale Chypriote, l’armée de la partie grecque de l’île.

 

Cet exercice poursuivait plusieurs objectifs : 1. Donner l’occasion aux commandos israéliens de s’entraîner dans un environnement qu’ils ne connaissaient pas et qui ressemble au Liban et à la Syrie. 2. Manifester la présence israélienne à Chypre dans le prisme de la protection conjointe des plateformes maritimes d’exploitation de gaz toutes proches. 3. Indiquer à l’Armée turque qui occupe militairement la partie septentrionale de l’île depuis 1974 que l’Armée cypriote dispose désormais d’un puissant allié sur place, et qu’Erdogan ne peut plus menacer impunément les insulaires midi à quatorze heures, ni les empêcher de préparer leur défense comme c’était le cas jusqu’à maintenant.

 

L’exercice s’est déroulé notamment sur les monts Trodos, qui culminent à 2 000 mètres, à quelques kilomètres seulement des positions terrestre turques, pendant que la Marine d’Ankara effectuait elle aussi des exercices au large de la ville cypriote de Paphos.

 

 
La bataille de Jérusalem (info # 011106/17) Version imprimable
Analyse
dimanche, 11 juin 2017

 

Par Guy Millière

 

Plutôt que traiter de l’actualité immédiate, j’entends parler aujourd’hui d’un film que j’ai pu voir aux Etats-Unis où il a été diffusé dans les salles de cinéma le 23 mai dernier, Jour de Jérusalem en Israël. Devant le succès de la diffusion le 23 mai, le film a été reprogrammé pour une seconde journée, le 6 juin. Il sera ensuite diffusé sur la chaine de télévision qui en est la productrice, CBN, Le Christian Broadcasting Network. Ensuite, il sera disponible en ligne.

 

Le  film s’appelle In Our Hands, The Battle for Jerusalem (entre nos mains, la bataille pour Jérusalem). Quiconque voit ce film comprend immédiatement pourquoi Jérusalem devait être réunifiée, pourquoi il serait absolument impensable de la diviser et d’en confier une portion aussi minime soit-elle à des barbares (et décrire ceux à qui certains voudraient confier une part de Jérusalem comme des barbares est un terme trop affectueux : il serait plus précis de les qualifier de terroristes djihadistes aux désirs génocidaires). Quiconque voit ce film discerne tout aussi immédiatement qu’Israël est le pays victime d’agression confronté à des agresseurs répugnants.

 

Que le film ait été réalisé par des chrétiens, et produit par une chaine chrétienne, fait que nul ne peut dire que, s’il est porteur du message qui est le sien, cela vient de ce que c'est un film juif. Ceux qui prétendraient que le projet des chrétiens en question consiste à convertir les Juifs et à les éloigner du judaïsme seraient d’une mauvaise foi absolue : je les défie de trouver une seule seconde en deux heures de film qui ne soit empreinte d’un respect profond pour le judaïsme, pour les Juifs, pour Israël parce que c’est le pays juif, et parce que c’est une démocratie, une terre de liberté et de respect pour l’être humain, quelles que soient ses convictions et ses croyances.

 

Un tel film devrait être diffusé en Europe, mais je sais qu’il ne le sera pas. L’Europe est très largement “propalestienne”, autrement dit pro-terrorisme djihadiste pourvu que le terrorisme djihadistes en question tue des Juifs et s’exerce uniquement contre Israël. Des gauchistes excités (pléonasme) et des bandes islamiques s’attaqueraient aux cinémas qui projetteraient le film. Si une chaine de télévision le programmait, elle serait incitée à le déprogrammer aussitôt, et s’exécuterait sans attendre.

 

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L’une des images du film

 

Le film ne fait, pourtant, que dire la vérité et remettre celle-ci à sa place. Il rappelle ce qui est arrivé à Jérusalem juste après la proclamation de l’indépendance d’Israël en 1948, et décrit, documents filmés et témoignages a l’appui, ce que fut l’invasion de la partie Est de Jérusalem et de la Judée-Samarie par l’Armée jordanienne. Il montre l’épuration ethnique anti-juive de l’Est de Jérusalem et de la Judée-Samarie, la destruction des synagogues dans les lieux ethniquement épurés de toute présence juive, le sort subi par le Kotel, la rudesse de la bataille menée par les défenseurs juifs de Jérusalem et l’infini courage dont ils ont fait preuve, ainsi que la férocité de ceux à qui ils faisaient face.

 

Apres avoir souligné le caractère illégal en termes de droit international de l’occupation jordanienne de la partie est de Jérusalem et de la Judée-Samarie pendant dix-huit années d’armistice (1949-1967), le film passe á ce qui est resté dans l’histoire sous le nom de Guerre des Six Jours. Il dépeint la préparation de l’agression arabe, conçue par Nasser comme une “solution finale” à l’existence d’Israël, l’abandon d’Israël par la France du Général de Gaulle, la préparation d’Israël à l’agression, les hésitations du gouvernement israélien de l’époque sur la conduite à tenir, tant la situation semblait désespérée, la décision enfin prise sous l’impulsion du Général Moshe Dayan de mener des opérations qui se révéleront décisives, le génie de tacticiens israéliens qui prépareront les opération concernées en deux jours alors qu’il en aurait fallu logiquement bien davantage, la destruction des aviations ennemies alors qu’elles étaient au sol, les batailles menées qui vont conduire à la défaite et à la déroute des armées arabes, la rudesse encore de ce qu’on peut appeler la Seconde bataille de Jérusalem, l’infini courage encore de ceux qui l’ont menée, et dont beaucoup sont encore vivants, la prise de la vieille ville, du Kotel et des lieux saints, la décision du gouvernement israélien de laisser le Mont du Temple sous administration musulmane jordanienne (décision que je trouve jusqu’à ce jour discutable, mais qui a semblé dictée par des considérations diplomatiques de l’époque), les trois “non” arabes qui ont suivi presque immédiatement (non à la reconnaissance d’Israël, non aux négociations, non à la paix), la réunification de Jérusalem, le droit rétabli pour les Juifs de se rendre sur leurs lieux saints dans le respect du droit pour les musulmans de se rendre à la mosquée construite sur le Mont du Temple, et des chrétiens de se rendre à la basilique du Saint-Sépulcre. Il aborde, sur la fin, la “question palestinienne”, et montre non seulement que celle-ci a été inventée, tardivement, pour faire passer une guerre d’extermination pour une lutte de résistance d’un peuple qui n’existait pas quelques mois auparavant(en 1967, nul ne parlait de “peuple palestinien” ou de “territoires palestiniens”). Il ne cache par les désirs génocidaires des dirigeants “palestiniens”, jusqu’à ce jour. Et le film montre des vidéos sur lesquelles les dirigeants en question parlent : nul ne peut dire qu’on leur attribue des propos qu’ils n’ont pas tenus.

 

Jérusalem devait être réunifiée pour que la liberté de culte y soit rétablie, pour que Jérusalem soit à nouveau une, pour que l’est de la ville ne soit plus en situation d’épuration ethnique antijuive et que ses rues ne soient plus parcourues par une armée d’occupation. Diviser la ville serait piétiner le sacrifice de ceux qui se sont battus pour elle.

 

Ceux qui agressent Israël ne sont pas seulement les terroristes djihadistes, mais aussi ceux qui mentent et falsifient l’histoire en Europe occidentale et qu’on retrouve dans les écoles, les lycées, les media, ceux qui utilisent les mensonges et les falsifications dans le cadre de leurs fonctions politiques, ceux qui font que la projection d’In Our Hands, The Battle for Jerusalem serait impossible et impensable partout sur le sol européen.

 

Israël a fait de Jérusalem réunifiée la capitale d’Israël. La décision est légitimée par l’histoire de Jérusalem. Elle est légitime par la libération, il y a cinquante ans, de la moitié de Jérusalem occupée. Le film s’achève sur l’évidence de cette légitimité.

 

 

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Bruxelles-Métula du 9 juin 2017 (010906/17) Version imprimable
Radio/audio - interview/reportage
vendredi, 09 juin 2017

 

© Metula News Agency

 

L’analyse de Stéphane Juffa, au micro de Jim Mosko, dans le cadre de l’émission Bruxelles-Métula sur Radio Judaïca  https://youtu.be/PTRKBv1Ykdk (Youtube).

 

Au sommaire :

 

LA DIRECTION DE L’ETAT ISLAMIQUE DANS LE GOLAN (JARSH BIN AL OUALID/DAESH A KUNEITRA) DECAPITEE PAR UN RAID AERIEN [EXCLUSIVITE].

Celui-ci s’est déroulé mardi 6 juin dernier sur la frontière israélienne ; il visait le tribunal militaire de la ville d’Alshjira et a fait 20 morts dans l’organisation, dont Abou Muhammad Markdisi, son commandant en chef, et ses trois principaux émirs.

 

LE TRANSFERT D’INFORMATIONS SENSIBLES PAR LE QATAR A L’IRAN A ÉTÉ L’ELEMENT DECLENCHEUR DE LA RUPTURE SOUDAINE ET SIMULTANEE DES RELATIONS DIPLOMATIQUES ET ECONOMIQUES AVEC DOHA PAR LES PAYS ARABES. [EXCLUSIVITE].

 

LES FORCES DEMOCRATIQUES SYRIENNES A MAJORITE KURDE AVANCENT DANS RAQQA, LA CAPITALE DE L’ETAT ISLAMIQUE EN SYRIE.

Il n’y a plus de positions de DAEASH au nord de l’Euphrate. Un premier quartier de Raqqa, Mashlab, est tombé dans les mains des FDS. Le président de la région du Kurdistan irakien, Massoud Barzani, annonce que le référendum pour l’indépendance se déroulera le 25 septembre prochain.

 

 
Raqqa : l’assaut final progresse (info # 010806/17) Version imprimable
Analyse
jeudi, 08 juin 2017

 

Par Perwer Emmal, sur le front de Raqqa

 

A l’aube du troisième jour de la partie finale de l’Opération Colère de l’Euphrate, consistant en l’assaut de Raqqa, la capitale de l’Etat Islamique en Syrie [DAESH, IS, ISIS], l’étau se resserre autour des défenseurs de la ville.

 

Mardi, au moment du déclenchement de l’offensive décisive, DAESH contrôlait encore neuf positions dans la proximité de la cité assiégée. Ce jeudi matin, il ne reste aucune poche de résistance des miliciens islamiques au nord de l’Euphrate.

 

C’est mercredi que les Forces Démocratiques Syriennes, à majorité et commandement kurdes, soutenues par les forces de la coalition internationale, et au premier plan de celles-ci, l’Armée américaine, ont enlevé ces derniers bastions.

 

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Carte de l’évolution des combats au matin du jeudi 8 juin 2017

Service cartographique de la na © Metula News Agency

 

Les gains les plus significatifs ont été Harqalah (également nommée Harqa et Tel Harqa), à l’Ouest, une colline stratégique à partir de laquelle DAESH avait coutume de lancer des raids.

 

Au Nord, les FDS se sont emparées de la Base de la Division 17, après un bref engagement.

 

A l’Est, elles ont investi le premier quartier de Raqqa, Mashlab, à la suite d’un violent bombardement à l’artillerie lourde. Après des tirs nourris, les miliciens islamiques se sont retirés vers le centre de la ville abandonnant le quartier.

 

Selon l’officier des Forces Démocratiques Syriennes, Habun Osman, chargé des communications avec la presse, "des douzaines de terroristes de l’Etat Islamiques ont été tués mercredi", sans donner plus de détails. Selon mon estimation, ils sont entre 55 et 80 à avoir perdu la vie lors des combats d’hier.

 

Il reste environ 200 000 personnes dans la ville assiégée. Les FDS ont invité les civils à quitter Raqqa par le Sud en traversant l’Euphrate, alors que le régime de Bashar al Assad les a sommés de rester chez eux.  

 

Pendant que les Forces Démocratiques Syriennes et leurs alliés procèdent à l’assaut final de Raqqa, qui va sans doute durer plusieurs jours, voire plusieurs semaines, l’U.S Air Force a à nouveau pris pour cibles, après plusieurs sommations, une soixantaine de soldats iraniens qui tentaient de s’approcher d’un poste frontière entre la Syrie et l’Irak, à 270km au sud de Raqqa.

 

Les forces du régime alaouite, de même que leurs alliés iraniens et libanais du Hezbollah, ont tenté en plusieurs endroits, de se rapprocher de Raqqa en profitant de l’affaiblissement du dispositif militaire de l’Etat Islamique. Le Hezbollah a menacé de s’attaquer au contingent américain.

 

Avec l’anéantissement en cours du dispositif militaire de DAESH en Syrie et en Irak, le moment est venu de constater que l’offensive victorieuse soutenue par les corps expéditionnaires européen et américain, qui était censée infléchir les actions terroristes de l’Etat Islamique dans le monde, n’ont pas eu l’effet escompté, comme les analystes stratégiques de la Ména l’avaient prédit il y a plus de deux ans.

 

Non seulement les attentats revendiqués par l’EI ne se trouvent pas en phase de déclin mais, au contraire, ils gagnent en intensité et frappent le cœur des capitales européennes, de même que de nouveaux objectifs, à l’instar de Téhéran hier matin.

 

Pour les décideurs européens, il est maintenant nécessaire de requalifier les cibles et le cadre de la guerre qu’ils affirment vouloir mener face au terrorisme islamique, tant il paraît certain qu’il ne va pas disparaître après la chute de Raqqa et de Mossoul.

 

Autre développement important dans la région : le président de la Région du Kurdistan irakien, Massoud Barzani, a annoncé hier (mercredi) la tenue d’un référendum sur l’indépendance, le 25 septembre prochain. Ce développement suscite une vive opposition dans les Etats limitrophes que sont la Turquie, l’Irak et l’Iran. Si ce vote n’a pour objet que la création d’un Etat kurde en Irak pour l’instant, il est évident qu’il devrait servir de point de départ à de futures extensions, d’abord dans le Rojava syrien, presque totalement contrôlé par les forces kurdes, puis en Turquie et en Iran.


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12 minutes de radio très intenses (010506/17) Version imprimable
Radio/audio - interview/reportage
mercredi, 07 juin 2017

 

© Metula News Agency

 

L’analyse de Stéphane Juffa au micro de Jim Mosko, sur Radio Judaïca, https://youtu.be/jHcLPe9272I (Youtube)

 

Au sommaire :

 

L’EGYPTE, l’ARABIE SAOUDITE, LES EMIRATS ARABES UNIS, BAHREIN, ROMPENT CE LUNDI TOUTES LEURS RELATIONS AVEC LE QATAR. Trois raisons à cela : Doha continue de financer et de soutenir le terrorisme islamique sunnite, les Frères Musulmans, al Qaëda, Daesh, Ahrar el Sham, Ansar al Sharia (Libye), etc., alors que Donald Trump vient d’exiger des Arabes, à Riyad, qu’ils cessent avec ces pratiques en échange du soutien de Washington et de Jérusalem.

 

Le Qatar conserve des liens flous avec l’Iran, tout en faisant partie de la coalition sunnite-américaine-israélienne face à Téhéran.

 

Après les discussions avec le président américain, ce n’était plus acceptable. Al Jazeera en arabe a diffusé des "fake news" attribuant à l’émir du Qatar, le Cheikh Tamim bin Hamad al Thani des éloges du régime iranien, d’Israël, ainsi que des propos dans lesquels il affirmait que le Hamas était le seul représentant du peuple palestinien. Or rien ne prouve qu’il se soit agi de fausses nouvelles, le Cheikh al Tahni étant coutumier de ce genre de déclarations contradictoires et délirantes pour se mettre en évidence.

 

En fait, le mode opératoire soudain et concerté de rupture de toutes les relations diplomatiques et économiques avec le Qatar par quatre pays simultanément indique qu’ils ont réagi à une information accablante provenant du renseignement. Probablement de la CIA et/ou du Mossad. Probablement dévoilant des trahisons au profit de l’Iran.

 

Cela a valu au Qatar la fermeture des ambassades, l’exclusion de ses diplomates, l’exclusion de ses ressortissants dans les quatre pays, la fermeture des points de passage terrestres, des voies aériennes, la fin de la desserte du méga-aéroport de Doha, l’évincement du Qatar de la coalition arabe qui affronte les Houthis chiites soutenus par Téhéran au Yémen, ainsi que du Conseil de Coopération des Etats du Golfe.

 

 

LES FORCES DEMOCRATIQUES SYRIENNES (FDS) A DOMINANCE KURDE S’APPRETENT A LANCER L’ASSAUT FINAL CONTRE RAQQA, LA CAPITALE DE L’ETAT ISLAMIQUE EN SYRIE. Samedi, les FDS avaient enlevé le verrou stratégique d’al Mansoura, à l’ouest de Raqqa, et le barrage al Batth sur l’Euphrate. Dans la nuit, ils ont pris le "Royaume" de Katunyia, et ne sont plus qu’à 3km de Raqqa, par le Nord et l’Est.

 

Le sud de Raqqa est intentionnellement laissé libre à la circulation, pour permettre aux populations civiles de fuir les combats et aux déserteurs de les quitter. Mais la fuite par le Sud implique la traversée du fleuve Euphrate, qui rend ceux qui l’entreprennent particulièrement vulnérables aux frappes des avions de la coalition occidentale.

 

Les FDS ont reçu du matériel sophistiqué à la veille de l’assaut final, notamment des chars U.S.

 

Dans le Nord-Est du Rojava, le territoire autonome des Kurdes de Syrie, une milice chiite irakienne au service direct de Téhéran, les Unités de Mobilisation Populaire, soutenue par l’Aviation gouvernementale irakienne, a franchi la frontière. Elle a occupé deux villages, Quseba al Soritin et Bawardi, faisant fuir les habitants.

 

Nul doute que cette incursion des UMP, après avoir empiété dans le territoire des Kurdes irakiens dans la région de Sinjar, s’inscrit dans la perspective des ayatollahs de créer un corridor terrestre reliant Téhéran, Bagdad, Damas et Beyrouth.

 

Les Peshmerga se sont réunis dans l’urgence à Qamishli (Rojava) afin de préparer leur réplique face aux Iraniens. Ils trouveront à leurs côtés l’Amérique, les Etats arabes et Israël. Après la prise de Raqqa, prévue dans quelques semaines, l’on assistera à une lutte d’influence, à l’est de la Syrie, entre cette alliance, opposée au régime d’al Assad, l’Iran et le Hezbollah. En jeu, dans un premier temps, la mainmise sur Raqqa, Dir Ez Zor et leurs environs ; ensuite, l’affrontement principal qui semble inévitable entre chiites et sunnites.

 

 

LES LECONS DE L’ATTENTAT DE LONDRES ET DE LA MONTEE DU TERRORISME ISLAMIQUE EN EUROPE OCCIDENTALE. L’islam radical a déclaré la guerre aux infidèles et procède par des attentats n’ayant d’autre but que de tuer le plus grand nombre de non-musulmans possible.

 

L’unique parade face à cette agression d’une violence inouïe consiste à relever le défi et à déclarer la guerre aux assaillants.

 

La contre-offensive passe par des schémas connus, développés par le Shin-Bet (le contre-espionnage) israélien. Elle implique la nécessité de connaître, à tout moment et très précisément, ce qui se déroule dans chaque quartier, chaque immeuble et chaque appartement.

 

Pour y parvenir, il est obligatoire de posséder une très large base de données active. Celle-ci s’obtient par recoupement (croisement) du plus grand nombre d’informations disponibles. En procédant par des opérations commandos, pratiquement chaque nuit ou plusieurs fois par nuit, aboutissant à des arrestations administratives, suivies d’interrogatoires et permettant le recoupement des données d’origines variées.

 

C’est uniquement par ce procédé qu’il est possible d’exercer une pression efficace sur le terrorisme islamique. Le temps du choix de la réplique est révolu, de la création d’une base de données active, augmentée et entretenue pendant plusieurs années, dépend la sécurité des Européens.

 

Les dirigeants des Etats européens peuvent désormais soit faire face à leurs obligations, soit exposer la population dont ils ont la charge au danger. Ce n’est plus une question politique, mais une affaire de responsabilité.

 

 
L’assaut contre Raqqa va débuter dans quelques heures (info # 010606/17) Version imprimable
Analyse
mardi, 06 juin 2017

 

Par Perwer Emmal, à 5km de Raqqa

 

L’assaut final contre Raqqa, la capitale de l’Etat Islamique (alias DAESH, IS, ISIS) est désormais imminent. Je me trouve avec les unités des Forces Démocratiques Syriennes (FDS) qui progressent par l’Ouest, à moins de 5 kilomètre de la lisière de Raqqa. Ce sont ces unités qui ont pris le contrôle complet du barrage d’al Baath le weekend dernier, ainsi que de la ville d’al Mansurah, la dernière cité d’une certaine importance qui se trouvait encore entre les FDS et la capitale de DAESH en Syrie (voir la carte jointe).

 

Hier (lundi) et aujourd’hui, 5 villages supplémentaires aux mains de l’ennemi sont tombés après des affrontements intensifs. Ces agglomérations se situent principalement au nord de Raqqa.

 

A l’est de la ville, des hommes du génie consolident des ouvrages enjambant deux petits cours d’eau dans la région de Samra, afin que ces ponts puissent soutenir le passage de matériel lourd. Les positions des miliciens islamiques se trouvent à une cinquantaine de mètres plus loin, mais ils sont soumis à de très denses bombardements d’artillerie.

 

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La situation, ce mardi, juste avant l’assaut de Raqqa

Service cartographique de la na © Metula News Agency

 

A une vingtaine de kilomètres du front on assiste à une concentration de moyens et d’hommes comme on n’en avait encore jamais vue dans le Rojava. Hormis au sud de Raqqa, la cité est totalement encerclée, les FDS se trouvant au contact entre 6 et 3 kilomètres du périmètre urbain.

 

Pour la première fois, en vue de cet affrontement décisif, l’Amérique nous a livré du matériel lourd, en particulier des transports de troupes blindés et des chars. Ces derniers ne sont pas de la dernière génération, ni même de l’avant-dernière, mais ils nous seront très utiles tout de même dans les combats à venir.

 

Ce matin, l’aviation coalisée a pris pour cible un ferry rempli de fuyards qui tentaient de traverser l’Euphrate au sud de Raqqa. Pratiquement tous les occupants de l’embarcation ont péri dans l’attaque, soit environ 25 personnes. On ignore s’il s’agissait de civils ou de déserteurs, ou encore d’un mélange des deux. Il est également plausible que des miliciens islamiques aient abandonné leurs armes et se soient déguisés en civils. De toutes les manières, ce massacre constitue un signal fort destiné à ceux qui pensaient pouvoir s’exfiltrer impunément par le seul point cardinal dépourvu de combattants des FDS.

 

On m’a explicitement demandé de ne pas m’étendre sur les détails des armes remises aux assiégeants afin de ne pas exciter davantage le gouvernement turc qui voit ces livraisons d’un très mauvais œil. Le commandement U.S a d’ailleurs émis un communiqué précisant que cet armement n’était destiné qu’à servir contre l’Etat Islamique.

 

Cette annonce a même été accompagnée de la menace de cesser immédiatement ces dotations au cas où les Kurdes seraient pris à les transférer sur d’autres fronts, notamment face à l’Armée turque et à ses supplétifs issus d’autres organisations islamistes à l’instar d’al Qaëda.

 

Mais cette rhétorique ne correspond pas avec l’ambiance fraternelle qui règne entre les combattants qui se préparent à donner l’estocade. L’Aviation U.S intervient sans cesse contre des positions islamistes dans la ville et à ses abords, où les miliciens disposent encore d’une petite dizaine de points d’appui au nord de l’Euphrate, de plus en plus isolés.

 

L’artillerie yankee et celle des FDS tirent également sans discontinuer, provocant des panaches de fumée dans le camp adverse. Au sol, les commandos américains ont maintenant dépassé le millier d’hommes et ils sont intimement imbriqués, quoique sous commandement distinct, avec les forces régionales. Il me semble aussi distinguer, en nombre largement plus réduit, des forces spéciales britanniques, françaises et peut-être allemandes, qui s’apprêtent à conquérir des objectifs pré-désignés lorsque l’ordre d’ouvrir le feu sera donné.

 

Un responsable kurde de la communication m’a également prié de mentionner – toujours pour ne pas irriter les Turcs qui ne sont pourtant pas dupes – le plus souvent possible que les Forces Démocratiques Syriennes participent d’un cocktail d’Arabes et de Kurdes, dans lequel les Arabes seraient plus nombreux. Si des confrères se plient à cette injonction, ce n’est pas mon cas, ne serait-ce qu’en raison du respect que nous devons à ceux qui suivent nos informations.

 

On nous a dit de répéter à l’envi que les Arabes sont désormais majoritaires dans les FDS, ce qui n’est pas vrai. Je dirais que les Unités de Protection du Peuple kurde, les YPG, représentent toujours plus de 70% des effectifs et 80% du commandement. Depuis dix jours, on nous demande de parler abondamment des Forces d’Elite Syriennes, du Cheikh Ahmad Jabra, en les mentionnant si possible avant les Forces Démocratiques Syriennes, en laissant supposer qu’il s’agit d’une puissante organisation arabe distincte des FDS.

 

Ce n’est pas vrai non plus, ce sont des bédouins [arabes. Ndlr.] de la tribu des Chamars, présents dans l’est du Rojava et de l’autre côté de la frontière irakienne. Non seulement leur nombre ne dépasse pas deux cents au grands maximum dans la bataille de Raqqa, sur 20-25 000 combattants, mais ils se sont fondus, en septembre dernier, dans les Forces Démocratiques Syriennes, guerroyant sous le même drapeau.

 

Un grand optimisme prévaut dans les rangs des combattants qui encerclent Raqqa. La plupart d’entre eux estime que DAESH est à bout de souffle, que nombre de ses chefs sont morts, et qu’ils ne tiendront pas une semaine face à une telle armada au moral aussi élevé. Inutile de préciser que ce point de vue est très subjectif et que j’aimerais pouvoir partager leur état d’esprit.

 

Ils n’iront cependant pas au combat le cœur léger, car de mauvaises nouvelles sont parvenues de l’arrière. Ainsi, très loin d’ici, à 200km, l’Armée turque et ses supplétifs islamistes ont lancé des dizaines d’attaques dans le nord du Rojava, notamment dans l’enclave d’Afrin. Depuis le début mai, plus d’une centaine de Peshmerga sont ainsi tombés sous les obus ottomans et de nombreux civils sont tués ou blessés.

 

En plusieurs points du Rojava, pendant que les FDS sont occupées à liquider l’Etat Islamique, le régime de Bashar al Assad, le Hezbollah, mais particulièrement les Iraniens et leurs milices chiites irakiennes tentent de tirer profit de l’agonie de DAESH afin de réaliser des gains territoriaux, voire de s’approcher de Raqqa et Deir Ez Zor pour, tels des charognards, s’adjuger une partie du butin.    

 

L’évènement le plus grave s’est déroulé dans le Nord-Est, dans la province de Hassaké, lorsque l’une de ces milices, franchissant la frontière avec des blindés, s’était emparée, le weekend dernier, de deux villages kurdes en Syrie. Ce mardi, je n’ai pas encore réussi à savoir comment cela avait évolué : si les porte-flingues de Téhéran ont été éconduits militairement, s’ils ont quitté notre territoire après des négociations, ou si la situation n’a pas encore muri.

 

Face à Raqqa, le haut commandement des FDS songe déjà aux batailles qui l’attendent après la prise de la cité, que ce soit contre les Turcs ou pour empêcher les ayatollahs de créer un axe terrestre reliant leur capitale à Bagdad, Damas et Beyrouth. En fait, il ne leur reste plus qu’à s’aménager un corridor entre Bagdad et Damas, en mettant à profit l’anéantissement des islamistes sunnites des deux côtés de la frontière grâce à l’intervention de la coalition internationale.

 

Autre nouvelle triste : à 175km en plein est de Raqqa, deux véhicules suicides de DAESH se sont fait exploser devant un poste de commandement de l’aile féminine des YPG, tuant neuf combattantes et en blessant plusieurs autres.


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Conférence de Stéphane Juffa à Bruxelles Version imprimable
Communiqué
lundi, 05 juin 2017

 

Stéphane Juffa, rédacteur en chef de la Metula News Agency et

 

analyste stratégique, développera les thèmes d’actualité suivant :

 

Le précipice syrien

 

(la situation stratégique en Syrie relativement à Israël)

 

et

 

"L’initiative de paix de Donald Trump"

 

 Le dimanche 11 juin à 20 heures, à Bruxelles : 

 

Une conférence co-organisée par Radio Judaïca et la na
Réservations obligatoires : Tél. + 32 2 648 18 59 
magjudaica@hotmail.com
Entrée payante : 15 euros. 12 euros pour les étudiants

 

 
Il n’y aura pas d’Etat palestinien durant les années Trump (info # 010406/17) Version imprimable
Analyse
dimanche, 04 juin 2017

 

Par Guy Millière

 

Ces derniers jours, la presse israélienne et, pour partie, la presse américaine, ont rapporté ce qu’on peut savoir des conversations entre Donald Trump et Mahmoud Abbas à Bethléem. Il semble que Donald Trump se soit mis en colère et ait accusé Mahmoud Abbas de lui avoir menti lorsque ce dernier était venu à la Maison Blanche et avait dit ne pas inciter à la haine et au meurtre de Juifs dans les écoles et dans les media “palestiniens”.

 

Certains en ont déduit que Donald Trump avait changé de discours et d’attitude et était passé d’un discours conciliant, prétendant que Mahmoud Abbas était un homme qui voulait la paix (discours tenu à la Maison Blanche) à un discours très différent, reconnaissant Mahmoud Abbas comme ce qu’il est, à savoir un chef terroriste antisémite et un menteur roué.

 

Ce que n’ont très vraisemblablement pas compris ceux qui se livrent à ce type de déductions est qui est Donald Trump, ce qu’est sa façon de procéder, et ce que sont les négociations complexes dans lesquelles il est présentement engagé. Lire le livre de Donald Trump, "The Art of the Deal" [+- l’art de faire une affaire], permet pourtant de comprendre. J’ai déjà expliqué. Je dois y revenir.

 

Donald Trump veut obtenir la mise en place d’une alliance entre les pays sunnites du statu quo (Arabie Saoudite, Egypte, Jordanie, émirats du Golfe) et Israël aux fins d’endiguer l’Iran, qu’il perçoit, tout comme le gouvernement israélien et Binyamin Netanyahu, comme le danger principal dans la région et comme un maillon essentiel dans l’axe de régimes autoritaires Pékin-Téhéran-Moscou, qu’il entend briser ou, à tout le moins, affaiblir. Il sait que les dirigeants des pays sunnites susdits ne pourront se rapprocher davantage d’Israël si aucun geste en direction de la résolution de la “question palestinienne” n’est accompli par Israël et par les Etats-Unis. Trump entend donc faire un geste. Le premier acte de ce geste a été l’accueil de Mahmoud Abbas à la Maison Blanche : le président américain a laissé Mahmoud Abbas mentir et lui a effectivement dit qu’il ne doutait pas que le chef de l’Autorité Palestinienne désirait la paix. Il a, en fait, laissé Mahmoud Abbas se piéger par ses propres mensonges : Mahmoud Abbas avait affirmé, sur les rives du Potomac, qu’il n’y avait plus d’incitation à la haine et au meurtre de Juifs dans les écoles et dans les media “palestiniens”. Donald Trump l’a pris au mot et a attendu. Il a pu dire aux dirigeants des pays sunnites réunis à Riyad qu’il était “ouvert” à Mahmoud Abbas. Il n’en pensait pas moins.

 

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Abbas, vous m’avez menti à Washington !

 

Le deuxième acte a été la rencontre de Bethléem (et le choix de Bethléem par l’administration Trump n’a pas été un hasard : Donald Trump n’a pas voulu se rendre à Ramallah et avoir à passer devant la tombe du chef terroriste Yasser Arafat). Donald Trump a pu, en cette occasion, accuser Mahmoud Abbas de mensonge, de ne pas être un homme fiable, et de se conduire en ignoble traitre.

 

Il a pu, de surcroit, délivrer un message très clair et très proche de celui qu’il avait dispensé un peu plus tôt en Arabie Saoudite devant les dirigeants de cinquante pays musulmans : aucune paix n’est possible avec des gens qui mentent, n’ont pas de parole et incitent au meurtre.

 

Dès lors que l’attentat islamiste de Manchester venait d’avoir lieu, Donald Trump a pu ajouter que ceux qui assassinent des enfants sans défense sont des “perdants maléfiques”. Le pensionnaire de la Maison Blanche peut dire, dans ces conditions, aux dirigeants des pays sunnites que malgré son “ouverture” en direction de Mahmoud Abbas, celui-ci n’est pas un homme fréquentable, avec lequel un accord quel qu’il soit est envisageable. Il a placé Mahmoud Abbas dans son tort, et en incriminant explicitement les incitations aux meurtres et aux assassinats d’enfants, il a tracé expressément la ligne que les dirigeants “palestiniens” ne pouvaient plus franchir s’ils entendaient montrer qu’ils veulent effectivement la paix.

 

Le troisième acte consistera très vraisemblablement en la constatation explicite par Donald Trump qu’il n’est pas possible de confier un Etat à des gens tels que Mahmoud Abbas ou à ceux qui sont susceptibles de lui succéder. Que passer un accord avec ces gens est impossible, et que, malgré les efforts américains, il est au mieux loisible de laisser provisoirement la situation dans un statu quo assez proche de celui qui existe aujourd’hui, jusqu’au moment où il sera envisageable de couper les vivres à l’Autorité Palestinienne si, comme c’est probable, elle continue à se comporter comme elle se comporte.

 

Le gouvernement israélien effectuera, peut-être, quelques actes symboliques, mais très minimaux (on parle de transferts de territoires insignifiants de la zone C à la zone B définie par les accords d’Oslo, et de quelques autorisations de construction). Donald Trump pourra affirmer aux dirigeants des pays arabes qu’il a fait ce qu’il a pu, qu’Israël a réalisé quelques gestes, mais qu’il est impossible pour les Etats-Unis et Israël de faire davantage.

 

Donald Trump pense que les dirigeants des pays sunnites accepteront ses explications, qu’ils auront ainsi sauvé la face et entreront dans l’alliance avec Israël. Il ne s’attend pas à ce que l’alliance soit davantage qu’une alliance tactique. Il a autour de lui suffisamment de conseillers qui connaissent le monde musulman pour ne pas se faire d’illusions excessives. Il sait que la peur de l’Iran des mollahs, et la baisse de leurs ressources énergétiques vont guider les décisions des dirigeants des Etats sunnites. Il n’en demande pas plus.  Il sait ce que sont les dirigeants “palestiniens”. Il n’a jamais attendu d’eux autre chose que ce qu’ils déclarent et mettent en œuvre. Il sait comment le gouvernement israélien et Binyamin Netanyahu comptent gérer la situation et, je l’ai dit dans un précédent article, il entend régenter la situation à sa guise, en jouant uniquement le rôle de la superpuissance bienveillante qui agit au mieux des intérêts d’Israël.

 

Il n’y aura pas d’Etat “palestinien” pendant les années Donald Trump, et Donald Trump le sait pertinemment. Il n’y en aura pas après les années Donald Trump non plus, et il le sait aussi, comme le savent tous ceux qui savent ce que sont les dirigeants “palestiniens” et ce qu’est la “cause palestinienne”.

 

Ceux qui se livrent à des déductions hâtives n’ont toujours pas compris qui est Donald Trump : un entrepreneur qui passe des accords et signe des contrats à l’échelle de la planète depuis quatre décennies. Ils n’ont toujours pas compris ce qu’est sa façon de procéder, et ne cessent de le sous-estimer. Ils n’ont toujours pas saisi ce que sont les négociations complexes dans lesquelles Donald Trump est actuellement engagé, et je n’en ai abordé ici qu’une partie.

 

Si je devais ajouter la situation en Syrie, la nécessité de détruire l’Etat Islamique, la question kurde, le régime d’Erdogan en Turquie, le jeu régional de la Russie, la complexité des négociations en cours apparaitrait dans toute son ampleur.

 
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Les acquis du voyage de Donald Trump au Proche Orient (info # 012805/17) Version imprimable
Analyse
dimanche, 28 mai 2017

 

Par Guy Millière

 

Il est encore trop tôt pour évaluer l’impact du voyage de Donald Trump au Proche-Orient. Du temps sera nécessaire pour cela. Des processus ont été engagés, dont nul ne peut aujourd’hui prévoir pleinement où ils conduiront.

 

Une ligne directrice n’en a pas moins été tracée, et l’étape saoudienne a été en cela essentielle.

   

Donald Trump a reçu à Riyad un accueil festif et somptueux. Il a, dans son discours saoudien, souligné que le danger principal dans la région est le régime iranien, et il a renoué l’alliance avec les régimes sunnites qu’Obama avait profondément détériorée. Il a posé les bases fondamentales d’un endiguement du régime iranien, principal soutien mondial du terrorisme islamique au présent, et premier ennemi d’Israël.

 

Il a aussi tenu un discours sur l’islam radical et le terrorisme islamique qui constitue une forme de mise en demeure, exigeant du monde musulman des changements d’attitude profonds. Il a tenu ce discours devant les dirigeants de cinquante pays musulmans et, quand bien même ceux-ci ne semblaient pas très heureux de s’entendre dire ce que Trump leur a dit, ils n’ont pas pu faire autrement que recevoir le message.

 

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Lorsque l’on a conscience de son identité, on ne se voile pas la face

 

Ils n’ont pu que remarquer aussi que Trump est un homme qui n’hésite pas à affirmer la puissance des Etats-Unis d’Amérique et qui se place en position de force, ce qui est une attitude très bien perçue dans un monde arabe où l’on respecte la force et méprise la faiblesse. Il a terminé son discours non pas en invoquant une vague paix universelle, mais en rappelant la place et le rôle de son pays sur cette terre.

 

Points importants dans une région où les symboles comptent beaucoup : non seulement Melania Trump est arrivée tête nue et a été traitée en égale par le roi Salman qui lui a serré la main, mais le même accueil a été réservé à la fille de Donald Trump, Ivanka, et à son mari, Jared Kushner, juifs tous deux.

 

Un contrat de fourniture d’armes à l’Arabie Saoudite d’un montant sans précédent a été signé, et ce contrat, qui va permettre de créer des milliers d’emplois aux Etats-Unis, a été assorti d’une clause essentielle : les armes ne pourront en aucun cas et en aucune circonstances être utilisées contre Israël. Nul ne peut douter que si cette clause était violée, Donald Trump en tirerait toutes les conséquences, ce que toute la famille royale saoudienne sait, tout comme les autorités israéliennes.

 

Ce que deviendra le Centre Global pour Combattre l’Idéologie Extrémiste créé à Riyad est très incertain. Cela risque de n’être qu’une enveloppe vide dans un pays régi par le wahhabisme, mais la création de ce centre montre que le roi Salman sent, disons, "certaines pressions américaines qui le conduisent à aller dans une certaine direction".

 

Le séjour de Donald Trump en Israël s’inscrit dans la continuité de cette ligne directrice. Pour la première fois, un vol officiel direct Riyad-Tel Aviv a été réalisé, et l’alliance tactique entre l’Arabie Saoudite, Israël et les pays sunnites dans le cadre de l’endiguement du régime iranien prend forme aussi par ce type d’évènements concrets.

 

En Israël, Donald Trump a été le premier président en exercice à se rendre au Mur des Lamentations, et, au même moment, pour mettre fin aux rumeurs parasitaires émanant de personnes issues de l’administration Obama qui n’ont pas encore été remplacées, un communiqué de la Maison Blanche a souligné que Jérusalem, ville juive depuis des millénaires, faisait partie intégrante d’Israël aux yeux des Etats-Unis.

 

Donald Trump s’est rendu à Yad Vashem où il a prononcé un discours empli de noblesse. Il a passé une soirée avec Binyamin Netanyahu, dans une atmosphère authentiquement fraternelle, s’est rendu brièvement à Bethlehem voir le criminel Mahmoud Abbas (impératifs diplomatiques obligent), puis a prononcé un discours au Musée National d’Israël avant de partir à Rome visiter le pape et à Bruxelles rencontrer les Européens.

 

Trump a choisi sa rencontre avec Abbas à Bethlehem pour condamner le terrorisme et les tueurs d’enfants qui venaient de frapper à Manchester au Royaume Uni. Il n’a pas utilisé les mots "terrorisme islamique" qu’il a employés à Riyad, mais il a dénoncé le terrorisme tueur d’enfants en présence d’un homme qui incite au terrorisme tueur d’enfants. Et il a qualifié les gens qui recourent au terrorisme tueur d’enfants de "perdants maléfiques". Abbas n’a pas pu ne pas entendre.

 

En compagnie de Binyamin Netanyahu et au Musée National d’Israël, il a souligné tout ce qui attache les Juifs à la terre d’Israël, ainsi que son soutien indéfectible à Israël. Il a tenu des propos sans la moindre ambiguïté sur Jérusalem, ville juive, et sur le danger iranien. Il a dit souhaiter la paix, mais il n’a jamais évoqué la "solution à deux Etats", ou la nécessité de créer un Etat palestinien. Il n’a jamais parlé des "droits" d’un "peuple palestinien". Il n’a pas parlé une seule fois de la présence de Juifs israéliens en Judée-Samarie et ne l’a donc pas critiquée une seule seconde.

 

Si des journalistes occidentaux atteints de surdité et de cécité sélectives n’ont pas constaté ce que je viens d’énoncer, il ne fait strictement aucun doute que les journalistes du monde musulman l’ont remarqué, et des gens tels que Mahmoud Abbas aussi.

 

Binyamin Netanyahu et le gouvernement israélien savent qu’ils ont un ami sûr à la Maison Blanche, qu’une alliance d’endiguement du régime iranien prend forme, que les régimes arabes sunnites sont sur une voie de rapprochement avec Israël pour faire face au danger iranien, et qu’Israël est libre de gérer le "dossier palestinien" comme les Israéliens l’entendent, sous l’œil très bienveillant de Donald Trump.

 

La page des sinistres années Obama n’est pas entièrement tournée, mais elle commence à l’être.

 

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Les importantes conclusions à tirer du voyage de Donald Trump (012605/17) Version imprimable
Radio/audio - interview/reportage
vendredi, 26 mai 2017

 

© Metula News Agency

 

L’analyse de Stéphane Juffa, au micro de Jim Mosko, dans le cadre de l’émission Bruxelles-Métula sur Radio Judaïca https://youtu.be/JaUwZlYBLRw (Youtube).

 

Au sommaire :

 

LA VISITE DE DONALD TRUMP EN ISRAEL  s’est entièrement jouée lundi soir lors du dîner en tête-à-tête avec Binyamin Netanyahu. Les deux thèmes ouvertement évoquées par le président américain (au Musée d’Israël) ont été la mobilisation de Washington face à l’Iran, aux côtés de Riyad et Jérusalem, avec la promesse que Téhéran n’obtiendrait jamais la bombe atomique, et la nécessité de mettre à profit le rapprochement israélo-sunnite pour faire la paix avec les Palestiniens.

 

Pendant ce temps, et dans la plus parfaite discrétion, le Premier ministre israélien a donné son accord de principe pour intégrer l’initiative soutenue par le Roi Slimane, le Maréchal al Sissi et le Président Trump, à savoir : la création d’un Etat palestinien démilitarisé, avec un droit d’intervention israélien qui durera jusqu’à la disparition totale du terrorisme, avec Tsahal qui gardera le contrôle du Jourdain, et des ajustements de frontière permettant d’inclure en Israël les trois blocs d’implantations principaux. Plus question de rendre le Golan aux Syriens, ni d’accueillir les descendants des réfugiés palestiniens de 48.

 

Aucune annonce n’a été faite sur cette avancée pour ne pas générer de crise gouvernementale en Israël avant que les termes de l’entente soient synchronisés entre tous les partenaires et acceptés par l’Autorité Palestinienne.

 

LES MEGA-CONTRATS D’ARMEMENT AVEC RIYAD (380 milliards de dollars) CONSTITUENT-ILS UNE MENACE POUR ISRAEL ?

 

BNEÏ YEHUDA TEL-AVIV REMPORTE LA COUPE D’ISRAEL en prenant le dessus aux coups de pied au but sur le grand favori Maccabi Tel-Aviv. L’autre grand club du Goush Dan, Hapoël Tel-Aviv, qui avait battu le PSG 4 à 2 à Paris il y a dix ans, est relégué en seconde division.

 

 
Trump : J’ai fait un rêve ! (info # 012404/17) Version imprimable
Analyse
mercredi, 24 mai 2017

 

Par Ilan Tsadik

 

Avec Sami El Soudi

 

Donald Trump, sa charmante épouse – quelle classe, quelle indépendance et quel maintien ! - ainsi que les quelques mille personnes qui les accompagnaient, journalistes, agents de sécurité, techniciens, diplomates, pilotes, médecins et conseillers ont maintenant quitté Israël pour Rome depuis près de vingt-quatre heures. Ils ont embarqué dans trois Jumbo-jets présidentiels, suivis de la doublure du Air Force One, le 747 du président, qui suit tous ses déplacements aériens, au cas où le premier appareil tomberait en panne. C’est comme un petit pays, ou un immense cirque itinérant, qui se déplace d’étape en étape du périple du pensionnaire de la Maison Blanche.

 

Encore sont-ils partout devancés de plusieurs jours par des gros porteurs Galaxy, qui déversent sur place les préposés à la sécurité présidentielle, des contrôleurs aériens, qui sont présents dans toutes les tours des aéroports visités, et des tonnes de matériel, y compris le Marine One, l’hélico dans lequel le président effectue tous ses vols, aux USA comme à l’étranger. De même que cinq autres gros "choppers", dans lesquels prennent place ses suiveurs les plus importants. Les autres parcourant les trajets en voiture.

 

Cela donne au spectateur ainsi qu’aux hôtes officiels et aux dignitaires des pays visités une impression de puissance, d’abondance et d’organisation qui ne manque jamais de frapper les esprits.

 

La visite en Israël a été un franc succès, tout le monde est content : la droite israélienne et les Edennistes, parce qu’à aucun moment Trump n’a évoqué d’Etat palestinien, et n’a pas semblé appliquer une pression insupportable sur Binyamin Netanyahu. Et tous les autres, parce qu’il a été très clair quant à ses objectifs dans notre région, et parce qu’avant même son arrivée, il avait exigé et obtenu diverses mesures d’ouverture en direction des Palestiniens, ce qui avait, deux jours avant son arrivée, occasionné de vives tensions entre les faucons et les vraies mouettes (il n’y a pas de colombes dans ce cabinet) du gouvernement israélien.

 

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Ca a l’air d’aller…

 

Durant l’interminable cérémonie d’accueil à l’aéroport Ben Gourion près de Tel-Aviv, où le couple présidentiel eut à serrer des dizaines de mains, Naftali Bennett, le ministre de l’Education et de la Diaspora, chef du très à droite et très edenniste parti du Foyer juif, a profité de se trouver nez-à-nez avec le président U.S pour lui parler politique. Craignant, à juste de titre, de ne pas avoir l’occasion de le faire plus tard dans le cours de la visite, Bennett a brièvement entretenu celui qui venait de descendre d’avion de la nécessité de transférer son ambassade de Tel-Aviv à Jérusalem, et de celle de ne pas participer à la création d’un Etat palestinien et de ne pas diviser notre capitale.

 

Donald Trump l’a écouté poliment mais sans lui prêter une grande attention. Au contraire de Bougie Herzog, le leader travailliste de l’opposition, avec lequel le président a échangé plusieurs minutes durant. J’étais trop loin pour entendre ce qu’ils se sont dits, mais un voisin d’Herzog dans la file des serreurs de mains a eu l’obligeance de me rapporter leurs propos. L’homme le plus puissant de la planète à la crinière blonde a dit à l’Israélien qu’il allait se passer de grandes choses et que Netanyahu allait avoir besoin de son soutien ; le travailliste a assuré M. Trump qu’il pouvait compter sur lui et que l’opposition soutiendrait le gouvernement s’il décidait d’avancer en direction de la paix.

 

Ce fut presque l’essentiel des propos politiques pendant toute cette visite. Le Président, qui venait d’effectuer le premier vol officiel direct d’Arabie Saoudite en Israël, gardera jalousement tout le reste de ses discussions pour le seul Binyamin Netanyahu et entre quatre yeux. Tout ce qu’il y avait d’important s’est déroulé lundi soir dans un lieu tenu secret – le dîner prévu a été annulé -, les deux couples se retrouvant loin des milliers d’yeux indiscrets des caméras.

 

Ce mercredi matin, aucun des ministres israéliens n’avait été mis au parfum du contenu de ces entretiens. Certains, comme le ministre de la Défense, Avigdor Lieberman, et celui des Infrastructures Nationales, de l’Eau et de l’Energie, responsable de la Commission Israélienne de l’Energie Atomique et membre du cabinet sécuritaire restreint, Youval Steinitz, s’inquiétaient ouvertement des répercussions de la méga-vente d’armement à l’Arabie Saoudite. Celle-ci va simplement doubler son potentiel militaire, et personne ne sait ce qu’il adviendra de ce régime fragile dans cinq ou dix ans. Ces ministres se demandent comment sera appliqué l’engagement américain à maintenir la supériorité conventionnelle et technologique de l’Etat hébreu sur tous ses voisins réunis, et seul, pour le moment, Binyamin Netanyahu connaît la réponse à leur préoccupation.

 

Sinon, les déclarations des deux leaders n’ont été presque que symboliques et pré-écrites durant les deux jours qu’a duré la visite. Trump est allé s’entretenir avec le Président de l’Etat, Ruvi Rivlin, comme le veut le protocole, quoiqu’en Israël, le président n’a aucun pouvoir décisionnel, à l’instar de la reine d’Angleterre. Il est ensuite allé se recueillir devant le Mur des Lamentations, où sa fille, Ivanka, convertie au judaïsme orthodoxe, a éclaté en sanglots sous le coup de l’émotion. Il s’est rendu à l’église du Saint Sépulcre, ainsi qu’au musée du génocide nazi de Yad Vashém (la main et le nom).

 

Entre-temps, il avait fait le déplacement de Bethléem pour y rencontrer le président de l’Autorité Palestinienne, Mahmoud Abbas. La ville était pavoisée pour l’occasion d’immenses affiches qui souhaitaient la bienvenue "de la ville de la paix à un homme de paix". L’entretient a été aussi discret que du côté israélien. Sami El Soudi, qui suivait la visite pour la Ména, a rapporté que tout s’était passé comme prévu, sauf que Trump, à la fin du rendez-vous, n’a pu s’empêcher de lâcher quelque chose du genre : "Ce n’est pas dans cette atmosphère de violence, de terrorisme et d’antagonisme qu’il est possible de faire la paix".

 

Ce qui n’a pas empêché le président U.S, quelques heures plus tard, à l’occasion du discours principal de son séjour, au Musée d’Israël à Jérusalem, d’affirmer qu’aussi bien Binyamin Netanyahu que Mahmoud Abbas étaient prêts à faire la paix et désireux d’y parvenir. Ce que n’a pas démenti le Premier ministre israélien, tout en relevant que si l’attentat de Manchester avait été perpétré contre des Israéliens par des terroristes palestiniens, les familles des terroristes toucheraient une rente à vie de la part de l’Autorité Palestinienne, ce qui est parfaitement exact, cela, c’est moi qui l’ajoute. C’est probablement ce genre de constatation qui avait engendré la remarque de Trump à Bethléem.

 

Le discours du musée fut surtout teinté du sceau de l’émotion et de l’amitié retrouvée, après deux mandats de relations tendues avec Barack Obama. La foule a ovationné Donald Trump debout, après qu’il ait affirmé : "C’en est fini des appels des dirigeants iraniens à anéantir Israël ; maintenant, Donald J. Trump est là !". Entendant ces paroles, Netanyahu a levé le poing en signe d’adhésion et, sous un tonnerre d’applaudissements, le président yankee a répondu : "Moi aussi je vous aime !". Pour ne rien laisser dans le flou à ce propos, il a encore précisé que jamais il ne laisserait l’Iran parvenir à la bombe atomique. Après sa visite à Riyad, où il a également rencontré l’essentiel des dirigeants arabes, on le croit sur ce sujet, qui constitue une victoire à retardement pour Netanyahu, qui avait livré bataille aux Etats-Unis contre l’accord sur le nucléaire iranien, adoptant une position frontale face à Barack Obama qui fut son plus fervent promoteur.

 

Désormais, cet accord a du plomb dans l’aile, de même que le projet des ayatollahs d’établir une ceinture chiite reliant Beyrouth, Damas, Bagdad et Téhéran. La détermination américaine est d’autant plus crédible que, la semaine dernière, l’Aviation U.S a détruit un convoi progouvernemental syrien, principalement constitué de soldats iraniens, qui tentaient de s’emparer du poste frontière d’al Tanf, avec l’Irak, près des trois frontières – Irak – Jordanie – Syrie -. De nombreux militaires iraniens et pro-régime ont trouvé la mort lors de ce raid. Le premier visant al Assad et ses alliés depuis l’attaque au missile contre la base aérienne de Sharyat, d’où était partie l’attaque au gaz contre des hôpitaux tenus par la rébellion.

 

Le traitement du problème posé par les Khomeynistes paraît non seulement en bonne voie d’assainissement, mais il constitue également le ciment de l’alliance officieuse entre l’Etat hébreu et ses voisins sunnites. Une alliance que Donald Trump s’efforce désormais d’institutionnaliser. Au Musée d’Israël, il a fait l’éloge de la perspicacité du Roi Salmane d’Arabie et de sa volonté de parvenir à ce but. Pour les sunnites et pour Israël, c’est leur préoccupation stratégique numéro un qui est enfin prise en compte par la première puissance militaire du globe.

 

Le reste de l’intervention du président étasunien fut consacré à la nécessité d’utiliser l’occasion du rapprochement avec les sunnites afin de régler une fois pour toutes le problème palestinien.

 

Et c’est tout ! En plus, certes, de mots forts employés pour mettre en valeur le caractère unique et indestructible des relations liant Israël aux Etats-Unis, et de l’affirmation par le président du caractère juif d’Israël et de Jérusalem. Ce qui, intervenant après les votes et les abstentions à l’UNESCO allant dans le sens inverse, a fait le plus grand bien aux oreilles israéliennes.

 

Ca c’est pour les oreilles, quant aux mauvaises langues, on les entendait murmurer que le but de ce voyage au Moyen Orient était uniquement de signer les énormes contrats d’armement – 130 milliards de dollars et ce n’est qu’un début – à Riyad, et que le reste n’est que roupie de sansonnet. Les mêmes mauvaises langues évoquent des vacances touristiques en Israël, soulignant que ce séjour de 48 heures n’a été ponctué d’aucun projet tangible.

 

Notre avis et celui de nombre d’observateurs israéliens diverge. Tout est dans le non-dit, ou plutôt, le non-déclaré publiquement. D’abord, parce qu’après cette visite, les liens entre Israël et ses voisins, énumérés par mon père dans ces colonnes la semaine dernière, ne peuvent qu’aller s’amplifiant après la bénédiction appuyée du pensionnaire de la Maison Blanche.

 

Ensuite, parce que si le contenu des entretiens entre Donald et Bibi n’a pas été divulgué, c’est pour retarder une crise gouvernementale en Israël, la droite de la coalition n’étant pas prête ne serait-ce qu’à entendre parler de négociations avec Abbas. Les choses seront rendues publiques lorsqu’il y aura du concret, du défendable.

 

Jusqu’alors, d’autres mesures vont être prises par le gouvernement hébreu, dans les sens d’un rapprochement prudent avec Abbas. Ce qui ne manquera pas déjà de faire sursauter Bennett et ses amis.

 

Dans le même temps, ce sont les Saoudiens, les Egyptiens et les Jordaniens qui seront chargés par Trump de continuer d’assouplir les positions des Palestiniens afin de les mettre en phase avec le projet américano-saoudien. Celui-ci comprendra la création d’un Etat palestinien démilitarisé, avec un droit d’intervention israélien qui durera jusqu’à la disparition totale du terrorisme, avec Tsahal qui gardera le contrôle du Jourdain, et des ajustements de frontière permettant d’inclure en Israël les trois blocs d’implantations principaux. Plus question de rendre le Golan aux Syriens, ni d’accueillir les descendants des réfugiés palestiniens de 48, à part en petit nombre, pour la réunion des familles, dans un geste de bonne volonté.

 

On se demandait si Netanyahu accepterait ces propositions, et c’est un scoop, globalement, pour peu que les choses aillent strictement dans ce sens et que Washington renforce les capacités militaires israéliennes et ses projets technologiques, le Premier ministre est d’accord. Et que personne ne nous demande nos sources, c’est du super-confidentiel.

 

Les négociations vont se poursuivre dans la plus grande discrétion mais à un rythme soutenu. Pour parvenir à un accord, il faut, et c’est Sami El Soudi le premier qui en avait parlé il y a plusieurs années, réduire les ambitions des barons de l’Autorité Palestinienne, en leur enlevant l’idée qu’ils pourront négocier sur pied d’égalité avec l’Etat d’Israël, ce que certains dirigeants occidentaux leur ont mis en tête sans leur rendre service.

 

L’incursion de Trump à Bethléem s’inscrivait parfaitement dans ce dessein : elle fut courte et limitée dans le temps et la portée. Avec la fanfare de Grospierrot-sur-Paulette qui interprète probablement mieux l’hymne américain que celle d’Abbas.

 

C’est avec Salmane et Sissi que l’on va discuter des détails, pas à Bethléem. Et Abbas ne se mettra pas au milieu du chemin sur lequel passera le convoi, il l’a déjà compris et cela ne le dérange pas. Il lui est en effet plus facile d’attribuer les concessions aux deux ou trois grands frères arabes qu’à ses propres décisions. La populace, la tête gonflée par les promesses du Hamas, du Qatar, des Turcs et de certains Premiers ministres européens aurait accusé Abbas d’être de mèche avec les Israéliens ; une accusation qu’ils peuvent difficilement adresser au roi d’Arabie Saoudite.

 

A la fin, mais uniquement lorsque 99% des sujets auront été solutionnés, comme il est de mise dans une démarche diplomatique bien sentie, on organisera une conférence internationale, à laquelle tout le monde sera invité, pour "discuter" d’une paix globale entre Israël et le monde arabe.

 

La proposition sera soumise au vote des populations concernées, et l’on fera en sorte qu’elles n’aient pas de raison de la rejeter, à grands coups de pub et de mobilisation des décideurs.

 

C’est en tout cas le scénario qu’ont écrit ensemble le roi d’Arabie Saoudite, le Maréchal Sissi, Binyamin Netanyahu et le Président Trump. En principe, cela tient l’eau, et cela apporterait un changement politique fondamental aux niveaux régional et mondial. Maaais… nous sommes au Moyen Orient, et peu de choses s’y déroulent comme elles ont été initialement prévues.


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Macron et la perversité de la toute-puissance (info # 012305/17) Version imprimable
Analyse
mardi, 23 mai 2017

 

Par Amram Castellion

 

Pour qui veut exercer le pouvoir, mais ne dispose ni d’une légitimité évidente, ni de soutiens forts, ni d’un programme clair, la meilleure solution est de semer la confusion et de détruire méthodiquement tout ce qui pourrait lui faire obstacle.

 

Emmanuel Macron a été élu il y a à peine plus de deux semaines par des électeurs qui, pour près des deux tiers, ne l’avaient pas soutenu au premier tour et ne s’étaient déplacés que pour empêcher l’élection de la candidate populiste Marine Le Pen. Celle-ci avait malgré tout obtenu 34% des voix, alors que son père, quinze ans plus tôt, n’était parvenu qu’à 18% contre Jacques Chirac.

 

Au second tour, malgré un matraquage médiatique incessant pour appeler les Français à voter Macron, l’abstention avait atteint son plus haut niveau depuis 1969 (24%) et le nombre des votes blancs et nuls avait atteint 12%, un record historique absolu dans l’histoire de France.

 

Le président français ne peut donc pas prétendre à un soutien populaire massif. Il a la légitimité technique que lui confère sa victoire, mais rien de plus.

 

Dans ces conditions, la meilleure manière d’asseoir son pouvoir est de recourir, comme le disent ses partisans eux-mêmes, à la « disruption » : miner systématiquement, et détruire si possible, toutes les institutions qui pourraient s’organiser pour limiter l’omnipotence du nouveau satrape.

 

Les partis politiques existants, dont le rôle dans le bon fonctionnement de la démocratie est reconnu par la Constitution française, sont la première de ces institutions. Après leur mauvaise performance aux élections présidentielles, deux des plus importants partis existants – le parti socialiste et le Front national – sont actuellement plongés dans une crise existentielle. Ni l’un ni l’autre n’est certain de pouvoir obtenir les 15 députés qui lui permettraient de constituer un groupe parlementaire dans la prochaine Assemblée.

 

Le principal parti de centre droit, Les Républicains, résiste mieux : selon les sondages, il aura environ 200 députés et devrait constituer la deuxième force politique dans la prochaine assemblée – peut-être même, selon la dynamique politique des prochaines semaines, la première devant le nouveau parti macroniste.

 

Devant le danger de voir se constituer un contre-pouvoir, le prince a entrepris de démobiliser, autant qu’il est en pouvoir, l’opposition de droite. Il a utilisé pour cela deux méthodes éprouvées : le débauchage des personnes et les promesses confuses pour les électeurs.

 

Son nouveau Premier ministre, Edouard Philippe, et ses deux ministres à portefeuille économique, Bruno Le Maire et Gérald Darmanin, sont des transfuges des Républicains. D’autres ministres, comme le nouveau ministre de l’Education Nationale, Jean-Michel Blanquer, sont également considérés comme des personnalités de droite, même s’ils ne sont pas affiliés aux Républicains.

 

Pour compléter le découragement que leur trahison inspirera aux électeurs de droite, Macron a envoyé des messages politiques destinés à les amadouer. Il fait savoir que ses premières actions porteront sur la simplification du droit du travail – un thème cher à la partie libérale de la droite – et sur le rétablissement d’une école méritocratique et centrée sur l’acquisition des savoirs. Le contenu précis des réformes n’est, cependant, pas annoncé à l’avance. Tout le but de l’exercice est d’augmenter le pouvoir du prince, et non de le limiter par des engagements trop détaillés.

 

En même temps qu’il minait les partis politiques existants, Macron a, certes, créé son propre parti. Mais tout est fait pour que le parti macroniste n’ait aucune autonomie vis-à-vis du chef.

 

C’est vrai dans le choix des hommes et des femmes. La grande majorité des candidats macronistes aux prochaines élections législatives – à l’exception d’élus socialistes transfuges, dont la trahison permet de détruire presque entièrement ce qui restait de ce parti – est constituée de seconds couteaux et de recalés des partis traditionnels. Il n’y a personne, parmi eux, qui risque de menacer ou même de limiter le pouvoir du prince.

 

Le désir de toute-puissance personnelle de Macron à travers son parti se traduit même sur le plan symbolique. Le premier sigle du parti macroniste (EM !) était, en toute modestie, constitué des initiales de son fondateur. Après un récent changement de nom, un nouveau sigle – LREM – introduit délibérément la confusion entre ces initiales et le signe du parti Républicain, LR. La seule opposition qui reste au satrape se trouve ainsi symboliquement absorbée dans une référence à son auguste personne.

 

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 « Vous n’êtes pas moi. Ayez donc l’obligeance de disparaître »

 

Les deux autres institutions qui pourraient apporter un contre-pouvoir organisé à l’omnipotence du prince sont la presse et la justice. L’une et l’autre, depuis l’élection de Macron, ont été systématiquement humiliées.

 

La presse française – sur instruction de sa poignée de propriétaires, que le nouveau président a pris le temps d’aller charmer individuellement lorsqu’il était candidat – donne le spectacle affligeant d’une concurrence féroce dans la servilité. Après avoir lu article sur article vantant le talent tactique du président, sa jeunesse, son intelligence, la chance qu’a la France de l’avoir élu, l’image restaurée du pays, les excellentes mesures à venir et les délicieuses qualités personnelles de son épouse, on en vient à prendre pitié d’une profession qui ne se vante de son indépendance que pour la sacrifier à genoux à un prince qui la méprise.

 

Comme il est de règle dans les relations sadomasochistes, Macron n’a répondu à cette débauche de servilité que par des humiliations supplémentaires. Le moindre écart à la ligne élyséenne est immédiatement sanctionné, dans les salles de presse, par un appel furieux de l’équipe de communication élyséenne, dirigée par le cireur de Louboutins en chef, Sylvain Fort. Le président a fait savoir que, contrairement à la pratique de ses prédécesseurs, il ne choisirait pas seulement les organes de presse invités à l’accompagner dans des voyages officiels, mais les journalistes à titre individuel. Chacun est donc prévenu que son degré de soumission sera soigneusement mesuré dans la poursuite de sa carrière.

 

Quant à la justice, qui sert souvent de dernier rempart à la liberté dans les démocraties menacées par la mégalomanie d’un chef, son humiliation a été, si possible, encore plus complète que celle de la presse.

 

La justice française a joué un rôle décisif dans le résultat de l’élection. En se précipitant – avec une rapidité littéralement inouïe – pour mettre en examen le candidat des Républicains, François Fillon, les juges ont convaincu un petit nombre d’électeurs de droite que leur candidat n’aurait plus la crédibilité nécessaire pour exercer sa fonction et qu’il valait mieux, dès le premier tour, se prononcer pour Emmanuel Macron. Ce groupe d’électeurs de droite impressionnés par les affaires représente environ un électeur sur trente ou quarante. Leur transition vers Macron est ce qui a assuré sa présence au second tour et, pour finir, sa victoire.

 

Elu grâce à la célérité de la justice pour persécuter son adversaire, on aurait donc pu s’attendre à ce que Macron témoigne de son respect pour cette institution en évitant de nommer des ministres en difficulté sur les affaires judiciaires. Mais tel n’est pas le mode de fonctionnement du nouveau prince. Lorsqu’une personne ou une institution sont à résipiscence devant lui, il veille à les humilier encore davantage pour bien marquer qu’il est la source unique du pouvoir.

 

Macron a donc fait l’effort délicat de nommer un ministre, Bruno Le Maire, dont l’épouse a longtemps été l’attachée parlementaire sans qu’il existe la moindre trace d’un travail effectif –précisément ce qui avait motivé la mise en examen de François Fillon. Et, pour faire bonne mesure, il a nommé ministre de la Justice François Bayrou, un homme politique actuellement mis en examen (pour une affaire de diffamation). Pour faire bonne mesure et enfoncer le clou encore davantage, Macron a chargé Bayrou d’une mission « pour la moralisation de la vie publique ».

 

La justice française, naturellement, ne fera rien contre Le Maire – sauf peut-être plus tard, si cela devenait le bon vouloir du prince. La partialité absolue de nos juges, leur soumission d’esclaves à la volonté présidentielle, ne sont donc pas seulement démontrées : elles sont délibérément rendues visibles pour mieux les humilier.

 

A une échelle plus anecdotique, la constitution en cours des cabinets ministériels montre aussi la volonté de toute-puissance du prince. Les nominations de conseillers, généralement effectuées en quelques heures ou quelques jours, traînent depuis maintenant plus d’une semaine. Les échos des palais ministériels veulent que l’Elysée cherche à tout superviser, remet tout en cause, et intervient régulièrement pour annuler une nomination qui semblait acquise. Certains des fidèles les plus anciens du président, qui l’ont accompagné loyalement dans toute sa campagne, sont encore dans l’incertitude sur leur sort, tremblants et soumis devant son arbitraire majesté.


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La semaine prochaine à Jérusalem (info # 011805/17) Version imprimable
Analyse
jeudi, 18 mai 2017

 

© Metula News Agency

 

Avec Hussein Hache à Amman, Sami El Soudi dans l’Autonomie Palestinienne et Stéphane Juffa à Métula

 

Cela fait déjà plusieurs années qu’Hassan Hache, le correspondant permanent de la Ména en Jordanie, fait état de contacts nombreux et fournis entre des représentants du Royaume Saoudien et des responsables israéliens. Hache a déjà donné de nombreuses informations quant à la coopération entre les deux pays, notamment dans le cadre de la Guerre au Yémen, ainsi qu’à propos d’une coordination étroite des moyens à disposition face à l’Iran. La politique suivie par l’agence de Métula dans ce domaine consiste à donner à ses lecteurs le plus d’indications possibles sans compromettre ces activités, d’une part pour protéger les intérêts des Etats de la région, de l’autre, afin de ne pas fournir d’éléments d’analyse à leurs ennemis.

 

Ces dernières semaines, des informations partielles ont été diffusées par des media occidentaux, particulièrement par le Wall Street Journal et le réseau Bloomberg. Ils font état d’une proposition de la part des Etats du Golfe de normaliser leurs relations avec Israël.

 

Contrairement à ce qui a été parfois annoncé à ce propos, les Emirats et Riyad n’exigeraient pas un gel total des implantations en Judée-Samarie, mais des gestes d’ouverture – comme leur gel partiel – en Cisjordanie, ainsi qu’un allègement des restrictions frappant Gaza. En échange, les Arabes n’offriraient pas l’établissement de relations diplomatiques pleines et complètes avec l’Etat hébreu, mais la création de liens de communication directs avec lui, l’admission de sportifs et d’hommes d’affaires israéliens sur leur territoire, et le droit pour les appareils commerciaux arborant l’étoile de David de le survoler.

 

Même après avoir apporté cette précision, en adéquation réelle avec l’offre adressée par lesdits pays à Jérusalem, on reste toutefois très loin de la réalité du terrain. En fait, à part le droit de survol des avions de ligne, toutes ces mesures existent déjà dans la réalité, ce qui démontre que les confrères pourraient être mieux renseignés.

 

Essayez simplement d’appeler un numéro de téléphone à Abou Dhabi ou au Qatar à partir de Jérusalem, de Tel-Aviv ou de Métula, et vous comprendrez que cela fonctionne sans la moindre difficulté, et même, que la qualité de la communication est exceptionnellement claire. De plus, il existe des représentations officieuses de l’Etat hébreu dans pratiquement tous les pays du Golfe, et, depuis deux ans, une représentation tout ce qu’il y a de plus officielle dans les Emirats Arabes Unis. Quant à ElAl, si elle ne survole pas encore l’Arabie Saoudite et ces Etats, c’est uniquement parce que c’est trop voyant à l’heure où l’on peut suivre tous les vols réguliers de la planète sur des sites Internet comme Flight Radar. En revanche, une compagnie aérienne comme Qatar Airways gère une offre spéciale pour les Israéliens, leur permettant de rejoindre l’Extrême Orient à des prix et un confort de vol imbattables.

 

Les passagers embarquent dans des aéroports européens et font escale à Doha par milliers avant de rejoindre leur destination finale. A Doha, ils sont en transit et ils s’expriment librement dans leur langue, que l’on entend profusément dans ce qui est l’un des plus grands aéroports au monde.

 

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Poignée de mains cordiale en apparence entre le Prince saoudien Turki al Faisal (g) et l’ex-ministre de la Défense Moshé Yaalon, à la Conférence sur la Sécurité à Munich, en février 2016. Depuis des scènes semblables se reproduisent un peu partout, entre des gens qui se connaissent visiblement

 

Mais cela, c’est l’aspect visible, presque anecdotique de la situation. Les Hébreux, principalement dans le domaine du renseignement, des drones et des missiles, sont partout présents. Les transactions dans le domaine militaire atteignent plusieurs milliards de dollars annuellement. Les sociétés israéliennes proposant des conseillers dans ces domaines font des affaires en or, de même que celles spécialisées dans celui de la protection, de l’espionnage et du contre-espionnage informatiques.

 

Il existe même un "projet" d’assemblage de drones israéliens en Arabie Saoudite, dont nous nous contenterons de dire qu’il se trouve à "un stade de réalisation très avancé".

 

Outre les réunions régulières à Amman, en République Tchèque, aux Etats-Unis et dans d’autres pays, et des liens directs et permanents entre les bureaux de renseignement, nous en sommes au stade des visites directes de responsables du plus haut niveau dans les capitales respectives. Et contrairement à ce qui est généralement indiqué par les confrères, et aussi étonnant que cela puisse paraître, ces échanges ne sont pas uniquement polis, mais de réelles relations d’amitié se sont tissées entre officiers, hommes d’affaires, fonctionnaires supérieurs et hommes politiques.

 

Il est évident que c’est la menace iranienne et les intérêts stratégiques communs qui en découlent qui sont à la source de cette coopération, qu’il est plus exact d’appeler dorénavant alliance. Celle-ci a atteint de nouveaux sommets depuis la signature de l’accord sur le nucléaire à Vienne. Mais nous soulignons que les responsables s’entendent remarquablement, et que les contacts sont efficaces.

 

On peut, sans entrer dans les détails, mentionner des investissements arabes massifs dans plusieurs projets de l’industrie israélienne. On peut même faire carrément état de projets communs. Les détails de ces mouvements de capitaux feraient tomber les chaussettes à plus d’un observateur, sans parler des confrères, qui sont pour la plupart complètement largués, à la traîne derrière la réalité de l’information depuis plusieurs années.

 

Israël joue également un rôle prépondérant dans le recueil d’informations dans la région du Golfe arabo-persique, dans la mer d’Oman et la mer Rouge. Ses militaires y disposent non seulement de toute la liberté de mouvements nécessaire, mais aussi des appuis logistiques de la part des gouvernements concernés. L’autorisation de survol de ces territoires en cas d’actions contre l’Iran est de l’histoire ancienne.

 

Les services de renseignement occidentaux sont au courant de la majorité de ces dispositifs et les considèrent comme bienvenus et alliés. Des synergies existent aussi entre les forces des différents pays présentes sur les lieux, sans épiloguer.

 

Dans les conditions que nous venons de parcourir avec un grand souci de retenue, on peut dès lors se demander à quoi rime l’annonce plus ou moins secrète – elle ne l’est pas réellement, puisque quelqu’un s’est occupé d’en informer le WSJ – de l’offre de "normalisation" des Etats du Golfe et de l’Arabie saoudite, concernant des points qui ont déjà été normalisés ?

 

D’abord et simplement posé, lorsque quelque chose existe déjà, il est largement plus facile de le réaliser le moment voulu. Ensuite, la coopération dans ces divers domaines a atteint de telles proportions qu’il n’est plus envisageable de la dissimuler. D’autant plus que cette coopération ne cesse de croître. Mais surtout, cette offre est liée à la démarche de Donald Trump, qui s’est mis en tête de rendre publique l’alliance de facto entre les Arabes sunnites et l’Etat hébreu.

 

Il y à cela deux raisons : le nouveau président U.S a décidé que les Etats-Unis devaient retrouver leur influence dans cette région du monde ; et pour y arriver, rien de tel que la construction d’une alliance visible, avec les USA comme grand patron, et des retombées économiques énormes à la clé, et Israël, comme "directeur régional", beaucoup plus disponible que le grand patron. Washington va laisser les contrats moyens et plus petits à l’Etat hébreu, ce qui, outre l’aspect de l’intégration politique dans la région, va lui procurer des revenus à même de le transformer en petit eldorado.

 

Pour saisir ce dont je parle de façon pratique, Riyad et Washington sont en train de finaliser un contrat d’armement à hauteur de trois cents milliards de dollars ! Pour les Saoudiens, un autre intérêt du rapprochement avec l’Etat hébreu et du fond sonore de "normalisation" des relations avec lui, consiste à gommer les éventuelles oppositions à ces méga-contrats, qui, dans un environnement hostile, mobiliseraient les nombreux amis d’Israël au Capitole.

 

Les Saoudiens multiplient ainsi les gestes diplomatiques démontrant leur bonne composition. Ils viennent, dans cette dynamique, de récupérer les deux îles situées à l’entrée de l’étranglement du détroit de Tiran, à l’ouverture du Golfe d’Eilat-Akaba, qu’ils avaient "prêtées" à l’Egypte car ils ne pensaient pas pouvoir les défendre. Comme ces deux petites îles commandent l’accès au grand port israélien sur la mer Rouge, et qu’Israël et l’Arabie Saoudite n’ont toujours pas de relations diplomatiques, à la demande de Jérusalem, le Roi Salman al Saoud s’est engagé par écrit à ne pas entraver la navigation des navires israéliens, tant civils que militaires.

 

La seconde intention de Donald Trump dans son entreprise visant à créer un bloc israélo-sunnite visible à la lumière du jour est de disposer d’un argument politique face aux Israéliens, suffisamment significatif pour les amener à considérer sérieusement la création d’un Etat palestinien en Cisjordanie. Cet autre nouveau grand projet du pensionnaire de la Maison Blanche présente pour lui deux attraits : le premier est de permettre au monde arabe de montrer à sa population, qu’en échange de la normalisation complète avec Israël, les gouvernants n’ont pas sacrifié la "cause palestinienne", très présente dans la conscience collective. Le second est tout simplement, pour Trump, d’entrer dans l’histoire en réalisant ce sur quoi tout le monde avait échoué, à savoir la réalisation d’un accord entre Israéliens et Palestiniens, aboutissant à un pacte global avec les Arabes, tout en garantissant la pérennité de l’Etat hébreu à long terme, élément sur lequel tous les dirigeants, israéliens, cette fois, avaient butté.

 

Pour aider à la manœuvre, Riyad ne présente plus à Israël, comme en 2002, une proposition d’accord "as is", c’est-à-dire à prendre ou à laisser sans négociation possible. Désormais, le "monde arabe", par la voix de son leader saoudien, accepterait de renoncer à la clause du retour des réfugiés palestiniens, à la restitution du Golan à la Syrie, et de considérer des modifications de la "frontière" de 1967, tenant compte des trois grands blocs d’implantations en Judée Samarie.

 

C’est précisément de cela dont Donald Trump va s’entretenir avec Binyamin Netanyahu la semaine prochaine à Jérusalem, ce dont le gouvernement israélien est parfaitement conscient et qui crée d’ores et déjà une atmosphère tendue et émaillée d’incidents avec Washington.

 

Mais avant de balayer d’un revers de manche la proposition américano-arabe, le Premier ministre hébreu devra considérer, outre le risque d’une crise ouverte avec la nouvelle administration, qui pourrait s’avérer bien pire que celle qui l’avait opposé à Barack Obama, le fait, qu’objectivement, Israël n’obtiendra probablement jamais de meilleures conditions en vue d’une paix globale.

 

Celle-ci, en plus des traités qui ne garantissent pas grand-chose, pourrait bénéficier d’un engagement non-réversible de l’Amérique au sujet de la sécurité d’Israël et d’aménagements militaires, comme la possibilité de maintenir Tsahal sur le Jourdain. Elle assurerait, de surplus, la neutralisation permanente de l’Iran et du danger qu’il représente. Si Netanyahu demandait, en contrepartie de son adhésion à la Pax Trumpana, l’annulation ou le gel du traité sur le nucléaire iranien, toute l’équipe d’analystes qui a réalisé cette synthèse est d’avis qu’il l’obtiendrait. Ce qui provoquerait du même coup l’euphorie à Riyad, au Caire et dans les émirats du Golfe.

 

Et si c’est la volonté des USA et de l’ensemble des grands Etats arabes, la direction palestinienne n’aura pas la possibilité de s’y opposer. Les émissaires de Trump, présents en continu dans la région depuis des mois, ont déjà multiplié les entretiens avec les décideurs de l’Autorité Palestinienne.

 

Les termes de l’offre faite à Mahmoud Abbas sont simples : un Etat contre une baisse substantielle de vos revendications. Il paraîtrait, selon Sami El Soudi, que le gouvernement palestinien serait enthousiaste. Ce, pendant qu’un dignitaire saoudien affirmait publiquement – la pression devant être intelligemment répartie -, que le royaume des Ibn Saoud ne pourrait pas soutenir ad aeternam des dirigeants palestiniens qui disent non à tout ce qu’on leur propose.

 

La constellation qui se dessine rappelle les indications données par El Soudi dans ses articles, selon lesquelles aucun débouché vers un règlement israélo-palestinien ne pourrait voir le jour tant que la direction de l’AP s’obstinerait à vouloir traiter d’égal à égal avec Jérusalem, comme s’il s’agissait de deux entités étatiques d’importance similaire. Dans la proposition que Trump amène dans ses bagages, ce sont les gouvernements sunnites, appuyés par la Maison Blanche, qui gèreraient ces pourparlers, avec beaucoup plus de souplesse que ne pouvait se le permettre la bande d’amateurs corrompus exerçant depuis la Moukata de Ramallah.

 

Nul doute qu’après avoir pris connaissance de cette analyse, les lecteurs de la Ména saisiront le sens de la proposition de "normalisation limitée", apparemment sans objet, qui a fuité dans les colonnes du Wall Street Journal.

 

Il se pourrait même que Trump ait réussi à convaincre les pays sunnites de procéder à ces gestes de bonne volonté sans s’attendre réellement à une contrepartie. Ce qui n’a pas d’importance, puisque lesdits gestes ont déjà été réalisés à 80% dans la réalité.

 

Reste à savoir quelle sera la réaction de Binyamin Netanyahu. S’il entend intégrer la vision de Trump, il lui faudra changer de coalition, quitte à former un gouvernement ne jouissant pas d’une majorité à la Knesset. Ce qui ne serait pas dramatique, vu qu’il est quasiment assuré du soutien hors gouvernement, pour une telle initiative, du centre et du centre-gauche. Et que le faux Raspoutine qu’est Avigdor Lieberman, en vrai pragmatique, possède une idée très correcte des rapports de force.


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Macron est-il un ami d’Israël ? (info # 011405/17) Version imprimable
Analyse
dimanche, 14 mai 2017

 

Par Guy Millière

 

On a tenté, ces derniers jours, de me persuader qu’Emmanuel Macron était un ami d’Israël. J’ai été difficile à convaincre. Je ne toujours pas dupe, même si je sais que les électeurs français vivant en Israël ont voté massivement pour lui. Je sais que voter Marine Le Pen était impensable, pour des raisons légitimes, pour des électeurs juifs ainsi que pour la majorité des Français, mais je sais aussi que la circonspection et la lucidité sont utiles, et que certaines illusions se paient cher. Il y a chez les socialistes français un ami d’Israël que je pense sincère, quand bien même j’ai pu constater qu’il était prêt à avaler des couleuvres par dizaines, Manuel Valls.

 

Mais Emmanuel Macron ? En regardant son entourage proche, je vois des gens tels que Richard Ferrand, qui a financé le mouvement Boycott Désinvestissement Sanctions, ou Christophe Castaner, qui soutint des gens qui avaient pris place à bord de navires des flottilles pro-Hamas. Je vois qu’ont gravité et que gravitent encore autour de lui des gens tels Dominique de Villepin et Hubert Védrine, que j’ai très rarement entendu tenir des propos enthousiastes ou mêmes équilibrés concernant Israël. J’entends donc rester circonspect et lucide.

 

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Saou : "Un type très bien"

 

Et je n’oublie pas qu’Emmanuel Macron a reçu le soutien massif de toutes les organisations musulmanes françaises, parmi lesquelles la plus importante d’entre elles, l’Union des Organisations Islamiques de France, devenue récemment Musulmans de France, et qui compte parmi ses principaux inspirateurs Youssouf al Qaradawi, que nul ne pourra me présenter comme un ami d’Israël et du peuple juif.

 

Je n’oublie pas qu’Emmanuel Macron n’a pas repoussé ce soutien. Que des dirigeants d’organisations juives françaises aient appelé à voter de la même façon que l’UOIF a suscité en moi, qui n’ai cessé d’être de tous les combats contre l’antisémitisme et pour Israël depuis de nombreuses années, un malaise certain.

 

Je n’oublie pas non plus ce qui figure dans le programme d’Emmanuel Macron, et qui est très favorable à l’islam en France. Les promesses n’engagent que ceux qui les croient, tout particulièrement en France, j’en suis conscient, mais le fait qu’elles soient énoncées me dérange, c’est plus fort que moi.

 

Il est terrible à mes yeux que le programme d’Emmanuel Macaron soit à quatre-vingt-dix pour cent fait de mots aussi vides que des bulles de savon, et que dans les dix pour cent restants s’immiscent, outre des propositions socialistes, des propositions islamophiles. Je sais que l’islam est la première religion de France et que le flatter attire des électeurs, mais je ne parviens pas à être certain qu’il n’existe pas d’antisémitisme musulman, et je ne parviens pas non plus à me convaincre qu’une proportion très élevée de musulmans portent un amour immodéré à Israël et au peuple juif. Je peux me tromper, bien sûr, mais j’ai la faiblesse de penser que ce n’est pas le cas.

 

J’ajouterai que, dès lors qu’Israël est un pays confronté autant que la France au danger terroriste islamique, et qui se mesure, dans sa périphérie, à plusieurs organisations terroristes islamiques, un homme qui semble ne pas percevoir le danger est un homme qui me préoccupe. Quelqu’un de très peu à même de comprendre les impératifs de la lutte contre le terrorisme islamique.

 

Or Emmanuel Macron, jusqu’à présent du moins, semble n’avoir pas perçu le danger. Il a même fait pire : je ne puis oublier qu’il a dit dans un passé proche que le danger terroriste islamique nait de la "défiance" que des sociétés comme la société française laissent s’installer ; ce qui signifie, en clair, qu’aux yeux d’Emmanuel Macron, la défiance vis-à-vis du risque terroriste islamique peut constituer une incitation au terrorisme islamique !

 

Il n’a pas dit, bien sûr, que la défiance qu’Israël peut concevoir vis-à-vis du terrorisme islamique constituait une incitation au terrorisme islamique en Israël, mais il est très difficile de voir pourquoi, dès lors qu’il raisonne de cette façon concernant la France, et semble en tirer des conclusions applicables à tous les pays occidentaux, ces conclusions ne pourraient pas s’appliquer à Israël.

 

J’ai publié récemment sur le site d’un institut qui m’accueille au titre de chercheur, le Gatestone Institute à New York, un article sur le péril potentiel représenté par les positions d’Emmanuel Macron. Je l’ai intitulé : "Elections françaises : Emmanuel Macron, un désastre". Je pensais, au moment où j’ai publié cet article, qu’Emmanuel Macron serait un désastre pour la France et serait potentiellement nocif à Israël et au peuple juif. Je continue à le penser.

 

Depuis, un autre auteur écrivant pour le Gatestone Institute s’est penché plus précisément sur la dimension musulmane du programme d’Emmanuel Macron, Yves Mamou, et l’article qu’il a publié vient compléter mon propre article. L’article s’appelle : "Emmanuel Macron, Président et idiot utile de l’islamisme". Je partage les conclusions tirées par Yves Mamou.

 

Dans un troisième article cité par Mamou et rédigé par Mohammed Louizi, Emmanuel Macron est accusé de liens bien plus nombreux que ceux que j’énonce ici avec des gens douteux. Un nom ressort particulièrement, celui d’un certain Mohamed Saou [le référent départemental d’En Marche ! dans le 95. Ndlr.], proche des milieux islamistes français, auteur de commentaires montrant sa joie après des assassinats de Juifs en France et en Israël, et à propos de qui Macron a dit : "il a fait un ou deux truc un peu plus radicaux, mais à côté de ça, c'est un type très bien".

 

J’ai un mal infini, moi, à me dire qu’Emmanuel Macron, vis-à-vis d’Israël, est un "type très bien".

 

Le fait que deux candidates initialement investies pour représenter le mouvement En marche ! à l’Assemblée nationale soient résolument “pro-palestiniennes”, voire pro-Hamas, Haouaria Hadj-Chick et Latifa Chay, ne fait rien pour me rassurer.

 

L’investiture initialement accordée à un antisémite notoire, qui traite Israël de "pays nazi", un certain Christian Gérin, n’est pas non plus de nature à me rassurer.


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Ca bouge aussi en Syrie (info # 010905/17) Version imprimable
Analyse
mardi, 09 mai 2017

 

Par Perwer Emmal

 

Souvent, lors des conflits, l’un des protagonistes affirme que son ennemi est fou ou dirigé par un fou. Le plus souvent, il s’agit d’un acte de propagande destiné à le décrédibiliser, mais dans le cas de la Turquie et de son Sultan Erdogan, cela ne fait pas l’ombre d’un doute.

 

Il y a environ trois semaines, alors que les FDS – Forces Démocratiques Syriennes – à large prédominance kurde, soutenues par l’Aviation et un millier de commandos américains, continuaient leur manœuvre visant à l’encerclement de Raqqa (la capitale de DAESH en Syrie - carte) par le Sud, on a failli assister à l’éclatement d’un conflit à grande échelle entre la Turquie et le territoire autonome kurde du Rojava.

 

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Service cartographique © Metula News Agency

 

En effet, et sans la moindre provocation de la part des FDS, Erdogan a fait donner son artillerie lourde contre onze positions limitrophes du Rojava, tuant seize personnes et en blessant vingt-six. Les YPG kurdes, les Forces de Protection du Peuple, ont riposté, principalement au mortier, et la situation était en voie d’aboutir à un embrasement total.

 

Presque dans le même temps, le 25 avril, l’Aviation turque avait déjà procédé à une incursion en Irak, tuant six Peshmergas (le nom des combattants kurdes) et en blessant neuf autres. Au début, Ankara affirma que le raid avait été réalisé par erreur, puis, dans sa seconde version, elle précisa qu’il avait eu lieu pour prévenir des incursions en Turquie de groupes de combattants affiliés au PKK, le Parti des Travailleurs du Kurdistan.

 

A Derik, dans le Rojava syrien, les appareils d’Erdogan tuèrent le même jour 18 membres des YPG.

 

La situation se détériorait rapidement ; on se trouvait devant une circonstance étrange, où les Kurdes bataillaient au Sud pour prendre la ville de Tabkah (carte) à DAESH, pendant qu’au Nord et en Irak, les mêmes forces étaient soumises aux attaques ottomanes.

 

Les responsables kurdes intervinrent auprès de leurs alliés américains pour leur faire savoir que si Washington n’empêchait pas Erdogan de déclencher une guerre au Nord, ils devraient retirer l’essentiel de leurs forces de la bataille de Raqqa pour défendre le Rojava face au Turcs.

 

Cette fois-ci, les Etats-Unis réagirent prestement et efficacement, ce qui n’était pas le cas du temps de l’Administration Obama. Le commandement U.S envoya des véhicules blindés, surmontés de grands drapeaux du Stars & Stripes, encadrer physiquement les FDS qui patrouillent le long de la frontière turque. Ces patrouilles mixtes continuent actuellement leur travail, qui, accompagné d’un avertissement cinglant à Erdogan, a instantanément fait cesser les bombardements sur le Rojava.

 

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Les boys patrouillent à la frontière turque

 

La réaction d’Ankara consista à répéter l’antienne selon laquelle il fallait retirer les forces kurdes (et américaines ?) du front, ce qui permettrait à l’Armée turque de réduire en poussière – anéantir – broyer, cela change suivant les communiqués, Raqqa en quelques heures.

 

Hier, devant le manque d’empressement de Donald Trump à répondre à cette proposition, Ankara a menacé de reprendre les bombardements sur le Rojava, nonobstant la présence des soldats yankees, et même si certains d’entre eux devaient perdre la vie lors de ces attaques. Nul doute que ce genre d’attitude sera passé en revue lors de la visite du sultan à la Maison Blanche, prévue les 16 et 17 mai prochains, juste avant l’ouverture du sommet de l’OTAN à Bruxelles.

 

M. Trump ne manquera pas non plus d’interroger son interlocuteur au sujet de l’accord passé à Astana, la capitale du Kazakhstan, entre la Turquie, la Russie et l’Iran, mais sans consultation avec Washington et ses alliés occidentaux et arabes.

 

Cet accord appelle à la cessation des hostilités dans quatre zones de Syrie (voir carte), touchant les provinces de Damas, Idlib, Lattaquié, Alep, Homs, Hama, Deraa et Kouneitra, les deux dernières étant situées dans la partie syrienne du Golan, jouxtant la frontière israélienne.

 

Ces zones sont appelées "zones de désescalade (militaire)". Les affrontements entre l’Armée régulière et les groupes rebelles devraient y cesser. L’accord couvre une durée de six mois, renouvelable en cas de progrès. Moscou a précisé qu’il ne concerne ni DAESH ni al Nosra, une émanation d’al Qaëda, rebaptisée en 2016 Front Fatah al-Cham ou Jabhat Fatah al-Sham [Sham/Cham arab. = Syrie].

 

Cela peut avoir une incidence intéressante, vu que les supplétifs de l’Armée turque dans l’enclave qu’elle occupe en Syrie sont, à 90 pour cent, des mercenaires stipendiés par Ankara, issus d’al Nosra et de ses déclinaisons.

 

Le gouvernement de Bashar al Assad, qui n’est pas partie prenante à cette entente, et qui affirme qu’il va continuer à faire la guerre aux rebelles, se voit interdire d’utiliser son aviation pour le survol et l’attaque dans les zones de désescalade. Seule l’Aviation russe pourra y patrouiller mais sans ouvrir le feu.

 

L’accord prévoit également des aménagements humanitaires, la création de couloirs sécurisés, et la possibilité pour des forces et des civils encerclés de rejoindre des secteurs du pays où ils se sentent en sécurité. Une opération de ce type a déjà été réalisée dans l’est de Damas avec succès, des rebelles ayant pu quitter leurs quartiers encerclés.

 

Des voix officieuses russes ont prévenu que les avions de l’Oncle Sam n’auront pas le droit de survoler les quatre sanctuaires, ce qui n’a suscité aucun commentaire officiel à Washington. Les Arabes, les Américains et les Israéliens sont surtout très préoccupés par la présence de Téhéran parmi les signataires-garants de la bonne exécution du traité.

 

A Jérusalem, comme nous l’a confirmé notre camarade Jean Tsadik au téléphone, on ne se sent en aucune manière lié par ce qui a été signé à Astana. Officieusement, on a fait savoir qu’on ne réagira que si le territoire israélien est menacé ou attaqué et on survolera la Zone 4 si l’on pense que c’est nécessaire, sans se préoccuper de ce qui a été décidé par les trois pays signataires. Jean Tsadik ajoute que l’accord d’Astana ne devrait pas remettre en cause l’entente décidée avec les Russes, selon laquelle les Mig et les Soukhoï de Poutine patrouillent dans le Nord jusqu’à Damas, et les F-15 et les F-16 frappés de l’étoile de David, du Sud, jusqu’au sud de Damas.

 

Ceci dit, en cas de velléité de livraison par al Assad et les Iraniens d’armes au Hezbollah ou de tentative de renforcer la présence des Pasdaran et du Hezbollah sur le Golan, Jérusalem réagirait là où elle le jugerait nécessaire, comme elle l’a fait pas le passé, sans doute en avisant les Russes des mouvements de son aviation au tout dernier moment.

 

J’ai demandé à Jean Tsadik quelle influence l’accord d’Astana pourrait avoir sur le projet du Front du Sud de s’emparer du Golan syrien, presque en conformité avec la délimitation de la Zone 4, avec le soutien des Arabes, d’Israël et des Occidentaux. Mon éminent camarade m’a renvoyé à son analyse "Le Golan bouge", publiée par la Ména le 29 avril dernier, dans laquelle il expliquait que, outre l’éventuelle opposition des Russes, l’obstacle principal à l’offensive prévue consistait en l’activité de l’Armée de l’air d’Assad. Il m’a fait remarquer que l’accord d’Astana lui interdisait d’intervenir dans la Zone 4, à l’exception d’un minuscule corridor le long de l’autoroute M5 et dans la région de concentration des forces du Front du Sud, le long de la frontière jordanienne. Ladite région, ainsi que la ville de Deera, même si elles ne sont pas incluses dans la Zone 4, restant hors d’atteinte des pilotes alaouites, puisque pour s’y rendre, ils devraient survoler la Jordanie ou Israël, ce que personne de sensé ne leur conseille de faire.

 

Selon Jean Tsadik, les combats au sol pourraient, selon les zones, diminuer en intensité, sauf dans la Zone 4, où c’est le contraire qui pourrait se passer. Mon camarade s’étonne même de la délimitation de ladite zone, qui indiquerait éventuellement que Poutine ne s’oppose pas à l’avancée des rebelles dans ce secteur, possiblement pour amener, à un stade ultérieur des pourparlers, le régime d’Assad à faire des concessions politiques. Sans pouvoir avancer de preuves à cette hypothèse, Tsadik a l’ "impression" que la délimitation "très particulière de la Zone 4 a été discutée entre les Russes et les Israéliens".

 

Au Nord, dans le Rojava, il n’a pas été prévu de zones de désescalade. C’est le signe évident que Vladimir Poutine a décidé d’y conserver un contrôle sans partage, en n’y associant pas la Turquie et l’Iran. C’est un mécanisme différent que le Tsarévitch y a installé.

 

D’abord, dans toute la partie de territoire s’étendant du canton d’Afrin à l’Euphrate, qui se trouve sous l’influence de son aviation, il continue d’interdire le survol de l’aviation d’Erdogan. Ensuite, il a installé un mécanisme qui, pour le moment du moins, donne satisfaction à la fois aux Turcs et aux Kurdes.

 

Poutine y a fait déployer [étoiles 1 & 2 au nord d’Alep sur la carte] des unités de la brigade des Martyrs de Kafr Saghir entre les lignes des FDS et celles de l’Armée turque et de ses supplétifs islamistes. Les Martyrs de Kafr Saghir sont une force kurde, officiellement intégrée dans l’Armée de Bashar al Assad, qui ont participé à ses côtés, mais surtout aux côtés des Russes, à la bataille pour la libération d’Alep, durant laquelle ils se sont illustrés.

 

Quelques 200 combattants de cette brigade sont déployés dans le Rojava, d’une part pour protéger les FDS d’éventuelles attaques turques – s’en prendre à eux équivaudrait à s’en prendre à l’Armée régulière, et, partant, aux Russes. Et, d’autre part, en guise de garantie de Poutine à Erdogan que les FDS n’essaieront pas de créer la jonction entre les deux parties du Rojava. Les unités alaouites, iraniennes et celles du Hezbollah, les ennemis des Kurdes, ne participent pas à cette "force d’interposition" et sont confinées au sud de la route Alep-Manbij.

 

On a dit des Martyrs de Kafr Saghir qu’ils étaient à la fois des amis et des ennemis d’al Assad, et qu’ils obéissent en réalité au commandement des YPG. De plus, le 19 février dernier, leur leader, Rezan Hedo, avait fait savoir que sa brigade cessait ses activités à cause de l’absence d’entente entre le gouvernement syrien et les FDS. Ce n’est pas exact, puisque je les ai vus de mes yeux, sur le terrain, pas plus tard que samedi dernier.

 

En fait, la Pax Poutina ne dérange pas plus que cela les Kurdes, occupés actuellement à la prise de Tabkah, dont ils contrôlent désormais les huit dixièmes. Ils ont ralenti leur progression car les miliciens de DAESH utilisent la population comme boucliers humains. De nombreuses rumeurs, cette semaine, font état d’un accord secret au terme duquel les islamistes de DAESH seraient autorisés à quitter Tabkah sans encombre pour se replier sur Raqqa s’ils ne touchaient pas aux civils. Le commandement des FDS sur place, que j’ai interrogé, a toutefois démenti cette rumeur.

 

En tout état de cause, une éventuelle reprise des efforts militaires en vue de réunifier le Rojava n’est envisageable qu’après la prise de Raqqa et, peut-être, de Deïr Ez-Zor. Car près de 30 000 FDS sont engagés dans cette bataille, 10 000 protègent la frontière turque et les villes du Rojava, et 8 000, environ, sont mobilisés dans les saillants de Manbij et d’Afrin.

 

A ce propos, les Kurdes ont émis, ces deux derniers jours, l’esquisse d’une proposition sortant de l’ordinaire : ils pourraient offrir à Assad d’échanger la libération de Deïr Ez-Zor contre un couloir d’une centaine de kilomètres de long, menant du canton d’Afrin à la Méditerranée.

 

A Deïr Ez-Zor, la 104ème brigade d’élite aéroportée des Gardes Républicains d’Assad, commandée par le Brigadier-Général Issam Zahreddine, ainsi qu’environ 100 000 civils pro-régime, sont encerclés de toutes parts par DAESH, sans possibilité d’être secourus par l’Armée régulière qui se trouve à plus de 190km de là. Seules les FDS, qui progressent sur l’Euphrate et qui ne sont plus qu’à 50km de la ville assiégée pourraient leur venir en aide.

 

Or Deïr Ez-Zor est très majoritairement peuplée d’Arabes, avec une minorité arménienne et un petit nombre de Kurdes uniquement. Elle ne fait pas partie historiquement du Rojava et son contrôle n’intéresse que modérément le leadership kurde.

 

Sa libération pourrait ainsi faire l’objet d’une négociation, qui, même si elle déplairait profondément à Assad parce qu’elle consacrerait la partition de la Syrie, pèserait d’un poids majeur sur son jugement. Pour les Kurdes, l’obtention d’un débouché sur la mer, dans l’optique d’un Etat indépendant comprenant les Kurdes de Syrie, d’Irak, de Turquie et d’Iran, qui constitue leur objectif ultime et permanent, permettrait d’écouler librement leurs marchandises, en particulier leur brut, sans être tributaires du bon vouloir de leurs voisins.

 

On reparlera sans doute de cette tractation dans les semaines ou les mois à venir. Mais ce qui est intéressant, du point de vue kurde, est que nous sommes désormais les meilleurs alliés, les seuls fiables, des Russes, des Américains et des Européens dans la lutte contre DAESH. Notre concours irremplaçable et notre culture pro-occidentale nous permettent de voir l’avenir plutôt positivement.

 

J’ai visité le camp d’entraînement que les Russes ont installé pour nous à Afrin ; il est non seulement imposant et dispense un enseignement particulièrement adapté à nos besoins, mais, de plus, sa seule existence agit comme un instrument de dissuasion remarquable contre les menaces d’Assad et des Turcs.

 

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Le Golan bouge (info # 012904/17) Version imprimable
Analyse
samedi, 29 avril 2017

 

Par Jean Tsadik

 

Depuis longtemps, plus de deux ans, la situation sur le plateau du Golan était plutôt figée. Israël protégeait jalousement sa frontière – en fait, la ligne de séparation des forces Alpha – observant les belligérants syriens. En face, les forces gouvernementales et leurs alliés iraniens et libanais du Hezbollah, augmentés de quelques dizaines de Druzes syriens favorables au régime d’Assad, d’une part, et le Front du Sud, une mosaïque hétéroclite de pas moins de soixante organisations, de l’autre, se livraient à une guerre de positions, incapables, ni les uns ni les autres, de forcer la décision militaire.

 

Pendant que l’aviation du régime bombardait les villes tenues par la rébellion à coups de barils d’explosifs, le Front du Sud s’était emparé de la quasi-totalité de la frontière avec Israël. Hormis une zone contrôlée par des partisans de l’Etat Islamique au sud du plateau, dans le secteur des trois frontières, ainsi que quatre kilomètres à proximité du mont Hermon, qui demeurent entre les mains de l’Armée régulière.

 

Israël subvenait aux besoins les plus urgents des insurgés en matière d’assistance médicale et de nourriture, et en transférant à la rébellion les armes achetées par des pays arabes et, par intermittence, par les Etats-Unis.

 

Chaque fois qu’un obus tombait en territoire israélien, Tsahal ripostait – c’est encore arrivé il y a une semaine -, en prenant soin de détruire la batterie d’artillerie qui avait tiré le projectile. A de rares reprises, des avions ennemis qui s’approchaient de trop près de la frontière ont été immédiatement abattus. Sauf quand les appareils étaient russes et qu’ils s’étaient aventuré dans notre ciel - volontairement ou non, allez savoir, les pilotes de Poutine ont de vraies lacunes en matière de navigation ! -, auquel cas, en leur parlant à la radio dans leur langue maternelle, nos contrôleurs aériens les remettaient dans le bon chemin sans coup férir.

 

En d’autres occasions, l’Armée israélienne est intervenue par des frappes ciblées contre des véhicules ou des positions d’une force spéciale qui comprend des Syriens, des Iraniens, des Hezbollani et des Druzes. Plusieurs généraux iraniens et les plus hauts responsables militaires du Hezb y ont laissé leur peau avant qu’ils ne puissent réaliser les opérations qu’ils ourdissaient. L’archi-terroriste libanais Samir Kountar, qui chapeautait ces activités pour les Iraniens et le Hezbollah, s’est fait cueillir en décembre 2015 par un missile dans un appartement de Damas où il se croyait en sécurité.

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Service cartographique © Metula News Agency

En vert les positions du Front du Sud, en rouge, celles de l’Armée gouvernementale

 

La situation que je viens de décrire brièvement prévaut encore, mais plusieurs choses sont en train de changer. D’abord au niveau humanitaire : l’Etat hébreu ayant autorisé des réfugiés syriens à s’établir à trente mètres de l’épais grillage qui marque sa frontière. Il s’agit d’un village de quelques dizaines de tentes, situé au sud du Moshav (village semi-collectiviste) d’Aloneï Habashan (voir carte).

 

Des volontaires de la société civile israélienne fournissent aux habitants syriens de la nourriture, des tentes et des produits de première nécessité. De plus, les plus proches voisins syriens des réfugiés appartiennent au village circassien de Bariqa (ou al Bariqa). Ils sont eux-mêmes des ex-réfugiés du sud de la Russie, chassés par les tsars, chrétiens à l’origine et convertis à l’islam par les Ottomans en échange du droit de s’implanter dans ce qui est aujourd’hui la Jordanie, Israël et la Syrie. En Israël, où ils ont établi deux villages, ils sont des citoyens exemplaires, qui remplissent tous leurs devoirs, y compris celui d’accomplir leur service militaire. L’un d’entre eux, Bibras Natkho, est l’un des piliers de l’équipe nationale israélienne de football.  

 

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Le village de tentes des réfugiés syriens, adossé à la frontière israélienne

 

A Bariqa, ils ont conservé leur sens de l’hospitalité au cours des ans et cultivent les valeurs pacifiques. De sorte que même durant les conflits les plus durs du passé entre Damas et Jérusalem, ils ont veillé à garder des relations sereines avec Aloneï Habashan, distant uniquement de quelques centaines de mètres. On peut également avancer que, dans cette Syrie où les minorités sont régulièrement mises à rude épreuve, les Circassiens considéraient Israël comme une sorte de police d’assurance sur la vie.

 

En tout état de cause, les réfugiés du village de tentes sans nom n’ont rien à craindre de Bariqa, bien au contraire, et leur nombre va sans cesse croissant, suscitant l’irritation du pouvoir et de ses complices.  

 

Cette semaine, comme on le distingue sur une photo (ci-dessous) prise à partir de la Syrie, Tsahal a procédé à une incursion de quelques centaines de mètres en territoire ennemi pour permettre à des officiers de traverser le grillage et de venir s’entretenir de vive voix avec les réfugiés. Les objectifs consistaient à établir une liste de leurs besoins, à faire plus ample connaissance avec les responsables, à fixer des règles de cohabitation et de communication, et à s’assurer que des éléments hostiles ne s’étaient pas mélangés aux réfugiés.

 

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Deux chars israéliens en Syrie

 

Durant la même semaine, l’une de nos équipes de reporters a tenté de s’approcher du village de tentes, mais elle en a été empêchée par l’Armée, qui a bouclé toutes les routes et les sentiers qui conduisent aux réfugiés. Durant cette tentative, nos camarades ont fortuitement essuyé plusieurs tirs d’obus des soldats d’Assad, dont certains n’explosant qu’à quelques centaines de mètres de leurs Jeeps.

 

L’aspect humanitaire de cette nouvelle implantation coïncide avec plusieurs préoccupations stratégiques communes aux gouvernements israélien et jordanien. Celle qui prédomine veut qu’il est préférable de s’occuper des réfugiés chez eux que de les accueillir chez soi. Surtout pour des "petits" pays comme l’Etat hébreu et la monarchie hachémite. Dans cette dernière, ils sont déjà 1.4 millions, pour une population indigène de dix millions de personnes. Ils coutent annuellement au royaume pas moins de 2.5 milliards de dollars, soit 6% du produit intérieur brut. De plus, dans ce pays démographiquement instable, dirigé par une petite minorité de descendants de bédouins et comptant de nombreux groupes hostiles au pouvoir, ainsi qu’une menace représentée par l’islam radical, l’hébergement des réfugiés pose problème.

 

Quant à Israël et à ses 8.6 millions d’habitants, depuis le début de la Guerre Civile chez son voisin, il n’a reçu que des Syriens malades ou blessés, afin de les soigner et de les renvoyer chez eux une fois rétablis. Pour Jérusalem, il n’est pas question de modifier la proportion entre Juifs et Arabes par un afflux massif de musulmans sunnites.

 

En tenant compte de ces facteurs, on comprend aisément pourquoi le Roi Abdallah et le Premier ministre Binyamin Netanyahu envisagent depuis un certain temps déjà d’instaurer une zone sécurisée pour les réfugiés dans le Golan, quitte à en prendre soin sur place.

 

Cette préoccupation se marie à ravir avec la volonté de maintenir les alliés de Bashar al Assad, le Hezbollah et l’Iran, le plus loin possible de leurs frontières. Et ce souci a encore grandi avec les victoires remportées par le régime dans l’ombre l’intervention russe. La politique ne connaissant pas de situation de vide, Téhéran est fortement tenté d’avancer ses pions en direction de ses ennemis israélites et sunnites ; ne serait-ce que pour se trouver dans leur proximité en cas d’attaque contre l’Iran, et de pouvoir répliquer en palliant le manque d’armes fiables à longue distance par  des missiles de courte portée, l’artillerie, et les fantassins, dont il dispose en très grand nombre.

 

L’idée des Jordaniens et des Israéliens consiste à armer, conseiller et renforcer les entités fréquentables parmi celles qui composent le Front du Sud. Non seulement il en existe, mais elles sont déjà en contact avec Amman et Jérusalem, pratiquant un dialogue pragmatique et efficace.

 

Avec l’aide des Etats-Unis et des pays arabes, entièrement conquis par le projet, il s’agirait de repousser l’Armée alaouite et ses alliés, en rouge sur la carte, dans un premier temps du saillant qui conduit de Damas presque jusqu’à la frontière jordanienne, le long de l’autoroute M5. Et ensuite, sans toucher au Jabal Druze (la montagne des Druzes), ce qui générerait des troubles aussi graves qu’inutiles en Israël avec l’influente minorité druze locale, d’occuper et de sécuriser tout le Golan syrien, jusqu’à une vingtaine ou une trentaine de kilomètres au sud de Damas.

 

Les bénéfices d’une telle opération seraient multiples : relocaliser les réfugiés, éloigner les ennemis irréductibles, imprimer une pression constante sur le régime, ce qui ne peut être que favorable au moment où les négociations réelles concernant l’avenir de la Syrie s’ouvriront, et s’assurer de bonnes relations avec la population qu'on aura aidée, qui continuera, dans sa majorité, à demeurer dans le Golan, et qui restera longtemps tributaire de l’aide des pays arabes, de celle de Washington et des Occidentaux, et du rôle de voisins attentionnés et compréhensifs de la Jordanie et d’Israël.

 

Autre avantage appréciable, dans cette guerre de religion qui ne dit pas son nom, les sunnites et leurs adversaires chiites et alaouites ne sont pas miscibles, ce qui réduit quasiment à néant le risque de renversement d’alliances et de trahisons.

 

Pour toutes ces raisons, on doit considérer le village de tentes qui s’est spontanément établi le long de la frontière israélienne à la recherche de protection comme un ballon d’essai. Tout le plateau pourrait bientôt lui ressembler, avant de se pérenniser par des constructions en dur dans les nombreuses agglomérations de moyenne importance qui foisonnent dans la région. Le projet est certes vertigineux, car, en plus des réfugiés actuellement en Jordanie, il faut s’attendre à en voir affluer d’autres en provenance des zones dominées par la dictature alaouite d’al Assad. Mais comme me l’a confié un responsable jordanien il y a quelques jours, cette population est déjà hébergée, nourrie et encadrée médicalement, "il suffira de la déplacer de quelques dizaines de kilomètres et d’améliorer les infrastructures. En plus, elle sera chez elle et pourra participer à la construction de son avenir, ce qui n’est pas le cas actuellement".

 

Il existe plusieurs conditions à la réussite de ce projet, la principale étant la reconquête du territoire et sa sécurisation. Tant que cela ne sera pas accompli, les réfugiés refuseront de rentrer chez eux pour y affronter l’incertitude.

 

On y travaille ferme. Une zone de concentration, de formation et de dotation des forces du Front du Sud a été installée dans le sud du Golan syrien, dans un secteur déjà contrôlé par la rébellion (carte), et trop proche de la frontière jordanienne pour que l’Aviation d’Assad ne la pilonne impunément. D’ailleurs, les F-16 jordaniens et israéliens ne la laisseraient pas faire, et les patrouilles conjointes sur le Golan sont monnaie courante. De plus, les Hachémites disposent à al Mafraq (carte), à 10km de la frontière, d’un aéroport possédant une piste de 3.5km de long, ce qui est amplement suffisant pour acheminer sur place tous les équipements civils comme militaires nécessaires au projet.  

 

Le problème majeur procède du danger d’une réaction violente des Russes qui sont les protecteurs du régime de Damas. Or il est hors de question de se confronter aux Russes et ce n’est pas une affaire de rapport de forces au niveau régional, qui pourrait être gérable ; c’est que ni la Jordanie ni Israël, même avec l’appui politique de toute la région, ne peuvent supporter le risque d’un conflit avec la Russie, qui reste la seconde puissance militaire de la planète.

 

Il existe deux solutions à cet écueil : la première consiste à conserver le statu quo négocié entre Jérusalem et Moscou, qui veut que ni l’un ni l’autre n’intervienne avec son aviation dans le Golan syrien à moins d’être directement attaqué. Cela implique que l’Aviation syrienne demeurerait la seule à pouvoir utiliser cet espace aérien et que le Front du Sud devrait opérer sans couverture aérienne, ce qui est déjà le cas actuellement.

 

Cela complique évidemment les choses dans la perspective de l’offensive majeure qui est en train de se mettre en place. Même si l’efficacité de l’Armée de l’air d’Assad, fortement diminuée par la Guerre Civile, ne joue pas le même rôle déterminant que celles de ses voisins, et que les Hébreux et les Jordaniens pourraient continuer à lui interdire l’espace de vol situé à dix kilomètres de leurs frontières environ, sans pour cela déclencher la furie de Poutine.

 

L’autre solution, largement plus confortable, consisterait à obtenir l’appui définitif des USA qui sont déjà continuellement informés du déroulement des préparatifs. Il suffirait sans doute que l’U.S Air Force survole massivement la région durant l’offensive et décrète l’interdiction de survol du Golan par les aviations des autres pays pour dissuader les Syriens, mais surtout les Russes, d’intervenir par la voie des airs.

 

Trump prendrait un risque en assumant ce genre d’engagement, mais c’est un risque calculé et partant limité. Un risque qu’il a déjà pris en lançant, au début de ce mois, ses 59 Tomawak sur la base aérienne syrienne de Shayrat en passant sur la tête des Russes. Lesquels ont pesté et menacé de réagir, mais leurs appareils se gardent consciencieusement de défier le dispositif militaire américain dans la région.

 

Il est probable que l’on assisterait au même scénario au cas où le nouveau président américain décréterait l’interdiction du survol du Golan, les Russes n’étant pas suicidaires non plus.

 

Et puis Trump, après l’utilisation par Assad de gaz de combat contre des civils au nord de Homs, semble décidé à renverser le dictateur alaouite, c’est du moins ce qu’il affirme désormais. Or l’offensive en gestation constitue l’un des seuls moyens pratiques de parvenir à cette fin sans envoyer de boys massivement sur le terrain.

 

D’autre part, il comprend, qu’accessoirement, l’éviction définitive d’Assad et de ses acolytes du plateau du Golan consacrerait de facto l’annexion auto-proclamée de sa partie occidentale par Israël. Futé comme il l’est, habile en négociations et sachant exploiter la puissance de son pays (ce qu’Obama ne savait pas faire), le président-milliardaire pourrait faire pression sur Netanyahu afin qu’en échange de son soutien pour le "projet" sur le Golan, il montre de la souplesse face à l’Autorité Palestinienne.

 

Car tout le monde l’aura remarqué, Donald Trump s’est aussi mis en tête de résoudre le différend au demeurant insoluble entre Israël et les Palestiniens. Cette semaine il a déclaré "qu’il n’existait pas de raison quelle qu’elle soit pour qu’il n’y ait pas la paix entre Israël et les Palestiniens". Cela sera encore plus évident durant le mois de mai, lorsqu’après avoir rencontré Mahmoud Abbas à Washington, mercredi prochain, il se rendra à Jérusalem le 22, à son initiative, pour rendre visite à M. Netanyahu. Or les analystes de la Ména et nos amis et confrères régionaux, tant institutionnels que privés, partagent l’avis que cela ne sera pas uniquement, ni même principalement, une visite de politesse.


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L’analyse de l’attaque de l’Aéroport de Damas (info # 012704/17) Version imprimable
Analyse
jeudi, 27 avril 2017

 

Par Stéphane Juffa

 

La nuit dernière, à 3h25 locales, cinq missiles ont frappé un site de déchargement et de stockage au sud-ouest de l’Aéroport International de Damas, causant des explosions entendues dans tous les quartiers de la capitale syrienne, suivies d’importants incendies. Les media de Bashar al Assad ainsi que la presse arabe ont confirmé les faits. Le chef de la Ména libanaise, Michaël Béhé, s’est entretenu par téléphone avec des témoins oculaires directs de l’attaque.

 

Cette opération fait suite à l’arrivée, plus tôt dans la nuit, de plusieurs avions cargos iraniens qui apportaient du matériel de guerre avancé à destination des miliciens du Hezbollah libanais. Il s’agit de deux Boeing 747, de deux Ilyushin IL-76, ainsi que d’un Airbus A300 de la compagnie perse Mahan Air. Toute personne possédant un ordinateur et branché sur l’un des sites publics de suivi du trafic aérien tel que Flightradar24 aurait pu suivre l’évolution de ces appareils en temps réel (voir la photo ci-dessous).

 

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Les vols Iran-Damas de cette nuit

 

Pour Tsahal, il était impératif de détruire l’ensemble de ce matériel alors qu’il se trouvait encore rassemblé en un endroit unique, faute de quoi, il se serait éparpillé sur les routes en direction du Liban, rendant sa destruction aléatoire.

 

On ne possède aucune information confirmée quant au mode opératoire utilisé par les Israéliens. Notre hypothèse est que des chasseurs-bombardiers à l’Etoile de David ont tiré les missiles à partir du territoire israélien, sans avoir à pénétrer l’espace aérien syrien.

 

La sophistication atteinte par ces engins de conception israélienne, et surtout leur précision (moins d’un mètre de la cible visée) sont telles, que pour des attaques dans un rayon d’action similaire à celui de ce matin, il est inutile de risquer la vie des pilotes et l’intégrité de leurs machines. De même qu’il n’est pas nécessaire de croiser des appareils divers et variés qui pullulent dans le ciel syrien.

 

L’avantage de posséder de telles armes donne aux Hébreux la possibilité d’intervenir différemment des Russes et des Américains dans ce théâtre d’opérations ; alors que les Russes sont contraints d’envoyer des dizaines d’avions noyer littéralement leurs objectifs sous leurs bombes afin de s’assurer de leur oblitération, tout en causant d’énormes dégâts collatéraux, et que les Américains envoient des dizaines de missiles de croisière plus ou moins précis pour atteindre un résultat semblable, il suffit aux Israéliens de larguer cinq missiles, touchant chacun sa cible, pour parvenir à un résultat militairement parfait, tout en réduisant au minimum les destructions collatérales.

 

Reste que selon nos sources, une quinzaine de miliciens du Hezbollah, dont un officier supérieur, et plusieurs Gardiens de la Révolution khomeyniste ont perdu la vie lors de l’attaque de cette nuit. Il y aurait en outre également quelques dizaines de blessés. La raison de ces pertes est à chercher dans le fait que la zone de déchargement frappée est gérée de manière quasi-autonome par la milice chiite et ses mentors iraniens. Ce sous-complexe abrite des entrepôts, des hangars pour avions ainsi qu’une petite zone industrielle.

 

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Les flammes sur l’Aéroport de Damas après l’attaque

 

Depuis hier matin, et jusqu’au moment où nous publions cette analyse, l’activité du Khe’l Avir (l’Aviation militaire israélienne) est incessante sur la rédaction de Metula ainsi que sur le plateau du Golan. De plus, durant toute la nuit, un grand exercice militaire s’est déroulé sur le Golan, à proximité immédiate de la frontière syrienne. La région n’a cessé d’être secouée par des tirs d’artillerie à munitions réelles et de nombreux habitants de la région, inquiets, ont appelé la rédaction pour savoir ce qu’il se passait.

 

La tenue de manœuvres de ce genre est tactiquement intéressante lorsqu’elles se déroulent parallèlement à une opération offensive en territoire ennemi, car elle permet de déployer tout le matériel et les hommes nécessaires en cas de tentative de riposte de l’adversaire.

 

On rappelle à ce propos que le dictateur syrien Bashar al Assad avait promis, il y a deux semaines et demi de cela, juste après le raid précédent qui avait détruit un arrivage d’une centaine de missiles selon des sources militaires, que les règles d’engagement avaient changé et qu’il répliquerait à toute nouvelle attaque par un tir nourri de missiles Scud sur l’Etat hébreu. Il y a deux semaines et demi, son armée avait d’ailleurs tiré un missile de haute altitude qui avait été intercepté par un Khetz (Arrow, Flèche) alors qu’il survolait la Jordanie. Les débris s’étaient écrasés sur le territoire de la monarchie hachémite.

 

Ce jeudi matin, sur les réseaux sociaux, des officiers syriens assurent à leur tour qu’ "il y aurait une riposte à l’opération de ce matin et qu’elle ne tarderait pas à venir". Damas a toutefois été prévenu par des canaux diplomatiques qu’en cas de tentative d’attaque de sa part, non seulement les fusées de la dictature alaouite seraient interceptées, mais aussi que leurs bases de lancement et les stocks de ces armes seraient anéanties, en plus de frappes contre des objectifs militaires stratégiques et même des lieux de résidence du dictateur et de son entourage.

 

A Metula, on doute fort du sérieux des menaces d’al Assad, tant le rapport de force entre Damas et Jérusalem est déséquilibré, et tant cela participerait, pour la dictature alaouite, d’un calcul suicidaire que d’attirer Tsahal dans l’équation de la Guerre Civile syrienne.

 

Tout au plus on envisage ici que l’Armée gouvernementale et ses porte-flingues iraniens et libanais pourraient générer un incident symbolique sur le Golan, avec le risque inhérent, là aussi, de payer un prix très lourd pour une bravade de cette sorte.

 

Il est intéressant de noter que pendant le raid, le ministre israélien de la Défense, M. Avigdor Lieberman, se trouvait à Moscou pour y participer à une conférence sur la sécurité. Hier, il avait rencontré son homologue Sergei Shoigu ainsi que le ministre des Affaires Etrangères Sergei Lavrov.

 

Ils ont parlé du renforcement des mesures de coordination des vols sur la Syrie et M. Lieberman a insisté auprès de ses hôtes sur les préoccupations israéliennes face aux activités iraniennes en Syrie et sur l’usage fait par les Perses de ce territoire pour transférer en contrebande des armes au Hezbollah au Liban.

 

Lieberman a en outre averti ses interlocuteurs qu’Israël ne permettrait pas que les forces iraniennes et le Hezbollah se déploient sur le Golan.

 

Nous sommes convaincus qu’Avigdor Lieberman a informé les Russes du raid de cette nuit, même si ce fut uniquement quelques instants avant qu’il ne se produise, afin d’éviter une crise diplomatique. Nous envisageons également que l’Iran ait pu choisir la date de la présence du ministre israélien à Moscou pour tenter son pont aérien, dans l’espoir que Jérusalem s’abstiendrait de frapper durant cette visite. Nous rappelons que la Russie a déployé une vingtaine de Mig sur l’Aéroport de Damas, quoique sur un parking relativement éloigné du pôle d’activités irano-Hezbollah.

 

Nous observons aussi un durcissement du Kremlin à l’encontre du régime de Bashar al Assad ces dernières semaines. Non seulement les responsables russes ont déclaré qu’ils allaient considérablement réduire leur présence sur le sol syrien, mais aussi, des observateurs ont pu noter que ces déclarations ont été suivies de retraits effectifs d’avions et de troupes.

 

On sait que M. Poutine est excédé par les excès et le cavalier seul de Bashar al Assad, qui fréquemment ne tient pas compte des "conseils" prodigués par les Russes, qui essaie de les impliquer militairement dans des activités qui ne les intéressent pas, ou encore, qui leur prête des intentions qui ne sont pas les leurs et des propos qu’ils n’ont pas tenus.

 

Ecouter le commentaire radiophonique de Stéphane Juffa, regarder une vidéo de l’attaque.  

 

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L’étrange béguin des chiraquiens pour Macron (info # 012004/17) Version imprimable
Analyse
jeudi, 20 avril 2017

 

Par Amram Castellion

 

Emmanuel Macron aime à dire qu’il bénéficie de soutiens de gauche, du centre, comme de droite. Ce n’est pas faux, même si ce n’est pas dans la même proportion : la très grande majorité de ses soutiens, comme des électeurs qui se prononceront pour lui dimanche prochain, vient d’un centre-gauche gestionnaire et responsable.

 

Reste que les soutiens à la « macronie » venus de la droite existent bel et bien. Ces soutiens, cependant, sont loin d’être issus uniformément des différentes écoles qui composent la droite française. L’immense majorité d’entre eux vient d’un seul cercle : celui qui entourait l’ancien Président Jacques Chirac, chef de l’Etat entre 1995 et 2007, que l’âge et la maladie empêchent désormais de participer au débat politique.

 

Plusieurs de ces soutiens sont explicites et officiels. Jean-Paul Delevoye, ancien ministre de la Fonction Publique de Chirac, est chargé de la sélection des futurs candidats du parti macroniste aux législatives de juin prochain. Un ancien ministre des Affaires Etrangères de Chirac, Philippe Douste-Blazy, et un ancien ministre de l’Economie, Jean Arthuis, se sont également prononcés pour le candidat du « ni droite ni gauche ». D’autres anciens ministres macronisés incluent Jean-Jacques Aillagon, Anne-Marie Idrac, Dominique Perben et Noëlle Lenoir.

 

En plus de ces ralliements ministériels, d’autres membres du cercle de proches de l’ancien président se sont engagés pour le jeune candidat. C’est le cas dans sa famille ; son petit-fils, Martin Chirac, a rejoint le parti macroniste. Sa fille, Claude Chirac, et son gendre, Frédéric Salat-Baroux, n’ont pas franchi le pas, mais ne cachent pas, dans les dîners en ville, le bien qu’ils pensent de l’impétrant. La famille de l’ancien maire de Paris, Jacques Tibéri, qui avait succédé à Chirac avec sa bénédiction à la mairie de la capitale, s’est elle aussi macronifiée.

 

Plus ambiguë est la position de deux anciens Premiers ministres de Chirac, Alain Juppé et Dominique de Villepin. Le premier, après avoir perdu contre François Fillon lors des primaires de la droite et du centre, a officiellement annoncé, après s’être fait prier, qu’il soutiendrait le candidat de son propre camp. Mais il multiplie les migraines de diva quand il s’agit de venir prouver ce soutien sur le terrain ou devant les caméras, et les mises en garde ronchonnent quand on lui en parle.

 

Après avoir parlé des militants de son propre parti, soutiens de son propre candidat, comme d’un « noyau radicalisé » de militants (une expression généralement réservée aux soutiens de l’Etat islamique), Juppé, avant-hier, a déclaré qu’il se « retrouverait dans l’opposition » si un Président Fillon faisait entrer au gouvernement des représentants de la droite catholique conservatrice. Comme par exemple Christine Boutin, qui fut déjà ministre du Logement pendant deux ans, entre 2007 et 2009, sans que la France subisse exactement les affres d’une terreur blanche.

 

Quant à Villepin, Premier ministre de Chirac entre 2004 et 2007, sa politique semble être de tout faire pour indiquer son soutien à Macron, sauf de l’annoncer explicitement. Les deux hommes se déclarent réciproquement leur amitié à l’antenne, dans l’intimité de quelques millions d’auditeurs.

 

Lundi dernier, BFM (surnommée « radio Macron » pour son engagement constant et caricatural en faveur du candidat) a suggéré que Villepin ferait un bon Premier ministre pour un Président Macron. Et Macron n’a pas dit le contraire.

 

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Me revoilà. Vous m’avez manqué

 

Ce ralliement massif, qu’il soit explicite ou implicite, de chiraquiens à Macron est-il l’indice d’une orientation idéologique particulière du candidat ? Probablement pas – ne serait-ce que parce qu’Emmanuel Macron, tout occupé qu’il est à mettre sa personne au centre de l’image, n’accorde pas la moindre importance à la cohérence idéologique. Il a annoncé successivement que la colonisation avait été un crime contre l’humanité, et qu’il fallait en assumer les aspects positifs. Qu’il n’y a pas de culture française et que la France ne serait jamais, sous son principat, un pays multiculturel. Que les opposants au mariage pour tous ont été injustement humiliés par le Président Hollande, et que l’idée même de donner à l’un d’entre eux un secrétariat d’Etat au Sport est le signe d’une insupportable radicalité. Qu’il renvoyait un de ses correspondants départementaux convaincu de sympathie islamiste, puis qu’il ne le renvoyait pas, puis qu’il l’écartait, ce qui, semble-t-il, est très différent et revient exactement au même, selon la personne à qui on s’adresse.

 

Mais si Macron n’a aucune cohérence idéologique, aucune colonne vertébrale mentale, les chiraquiens, eux, en ont une. Leur entrée en masse dans les équipes Macron, avec la chasse aux postes qui en résulterait nécessairement s’il était élu, fera revenir au pouvoir des réflexes et des raisonnements caractéristiques de toute cette école de la droite française.

 

Tout d’abord, les chiraquiens – à l’exemple de leur maître, lorsqu’il était encore lucide – sont des partisans résolus du multiculturalisme. S’il y a une chose sur laquelle Jacques Chirac n’a jamais varié, c’est sur l’idée que toutes les cultures se valent, que toutes doivent être également respectées, et que seule une arrogance raciste peut conduire les Occidentaux à préférer leur propre culture à celle des autres.

 

Dans une déclaration restée fameuse, parce qu’aussi fausse en fait qu’elle était psychologiquement révélatrice, le président Chirac avait affirmé en 2003 à un homme politique catholique, Philippe de Villiers, que « les racines de l’Europe sont autant musulmanes que chrétiennes ». Au nom de cette vision fantasmatique de l’histoire, la France de Chirac avait bloqué la tentative d’autres pays européens de faire figurer dans le préambule du projet de Constitution européenne une référence à ces « racines chrétiennes », historiquement exactes mais politiquement déplacées.

 

Multiculturalistes de principe, les chiraquiens ont aussi une attitude, disons, sans sévérité excessive en matière de morale financière. Là encore, l’exemple vient du sommet. L’ancien président vit, depuis qu’il a quitté l’Elysée, dans un appartement parisien appartenant à l’actuel Premier ministre libanais Saad Hariri, qui le met gratuitement à sa disposition. De nombreux témoins, à Paris, rapportent en confidence que cette dépendance financière personnelle envers des intérêts étrangers était déjà en place lorsque Jacques Chirac et le père de Saad, Rafic Hariri, étaient tous deux aux affaires.

 

Si cela est exact, cela signifie que la politique extérieure de la France a été définie en fonction de paiements personnels d’un dirigeant à l’autre. On ne peut que constater, qu’au Moyen-Orient, la politique française sous Chirac a suivi les virages des intérêts de la famille Hariri : fortement pro-syrienne jusqu’à 2004, puis en première ligne contre la république baathiste après la rupture entre Bachar Assad et Rafiq Hariri la même année et l’assassinat du second sur l’ordre du premier en 2005.

 

Les bonnes habitudes ne se perdant pas si facilement, Dominique de Villepin, depuis qu’il a pris sa retraite de la politique, vit une existence de millionnaire grâce à des missions d’avocat et de conseil. Parmi ses clients les plus généreux figure, en première place, l’Emirat du Qatar. On ne peut pas exclure que si Villepin, comme la macronie le laisse désormais entendre, devenait le Premier ministre ou le ministre des Affaires Etrangères d’un jeune président sans expérience internationale, les intérêts géopolitiques de ses bienveillants parrains auraient au moins autant d’influence sur son action que ceux de la France.

 

Enfin, le mélange de multiculturalisme de principe et de vénalité à la bonne franquette des chiraquiens les conduit presque tous à ne pas avoir une vision particulièrement favorable de l’Etat d’Israël en particulier et des Juifs en général. Jacques Chirac a une rue à son nom à Ramallah - un hommage généralement réservé aux dictateurs sunnites ou aux auteurs d’attentats suicide. Une de nos sources régulières à Paris, qui travaillait alors à l’Elysée, a personnellement entendu Villepin, pendant la deuxième Intifada, expliquer – tout en regrettant les assassinats suicide – que ceux-ci étaient inévitables car « le Moyen-Orient a toujours rejeté les éléments étrangers ».

 

En parfait accord avec cette vision fantasmagorique de l’histoire, la présidence de Chirac, surtout lorsque Villepin était son Premier ministre, a caractérisé le point le plus bas de toute l’histoire des relations franco-israéliennes. La France a condamné en 2002 l’opération Rempart – la vaste opération de sécurisation des territoires palestiniens qui a permis de mettre fin à la seconde Intifada. Elle a condamné l’attaque du Hezbollah par Israël en 2006, considérant sans doute que la violation de la frontière par le Hezb et l’assassinat spontané de huit soldats en territoire israélien constituaient un fait sans importance. Chirac s’était même permis, dans un premier temps, de critiquer le retrait de Gaza en 2005 pour son « unilatéralisme », avant de changer d’avis et de féliciter Sharon.

 

En France même, si les chiraquiens ont toujours maintenu un soutien sans faille des forces de l’ordre à la protection physique de la communauté juive, la période Chirac a été marquée par une intimidation intellectuelle systématique des pro-israéliens. C’est l’époque où la télévision d’Etat passait en boucle et à répétition des images falsifiées de « cruauté israélienne » dans les territoires, refusait de donner la moindre voix aux sceptiques, et présentait trois fois par jour la cause palestinienne comme l’accomplissement de la moralité universelle.

 

S’il reste aujourd’hui des nostalgiques de cette époque, il y a pour eux une bonne nouvelle : presque tous ceux qui étaient aux commandes, en politique comme dans la presse, sont encore vaillants et prêts à reprendre du service.

 

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La manière française de gagner une élection (info # 010304/17) Version imprimable
Analyse
lundi, 03 avril 2017

 

Par Amram Castellion

 

Dans les élections démocratiques aux résultats incertains, une tactique fréquente pour emporter la victoire est de cibler une catégorie précise d’électeurs qui, si elle entend un discours correspondant parfaitement à ses préoccupations, se mobilisera de manière suffisamment intense et uniforme pour faire passer au candidat la ligne d’arrivée.

 

Ainsi, lors des élections américaines de 2012, la classe ouvrière de l’Ohio avait été convaincue par un martèlement de publicités que le candidat Républicain, Mitt Romney, était un milliardaire ignorant les soucis du peuple. Quatre ans plus tard, un autre milliardaire, Donald Trump, a convaincu la classe moyenne appauvrie du Middle West américain qu’il allait apporter, par le protectionnisme et la limitation de l’immigration, une réponse à son déclin économique.

 

Pour l’élection présidentielle française, dont le premier tour aura lieu le 23 avril prochain, le groupe clé qui fera pencher la balance n’est pas un groupe socio-économique, mais idéologique. Il regroupe les électeurs de la droite modérée – environ un cinquième d’entre eux – qui sont si gênés, ou choqués, par les révélations des derniers mois portant sur le goût excessif de l’argent de François Fillon, qu’ils envisagent sérieusement d’abandonner pour s’abstenir ou pour voter pour le candidat de centre gauche, Emmanuel Macron.

 

L’existence de ce groupe cible peut être conclue en deux chiffres. Le dernier sondage en date (Europe 1, 1er avril), donne 19% d’intentions de vote à François Fillon. Par rapport au nombre des Français qui se déclarent idéologiquement de droite, il manque entre 4 et 5% de l’électorat total.

 

D’autre part, parmi les 25% qui déclarent vouloir voter pour Macron, 16 à 18% de plus que pour les autres candidats déclarent pouvoir encore changer leur choix (37% parmi les soutiens de Macron contre 19% pour ceux de Marine Le Pen et 21% pour ceux de Fillon). Soit, là encore, entre 4 et 5% de l’électorat qui (au-delà des 20% d’incertains communs à tout l’électorat), peuvent plus spécifiquement être définis comme des soutiens fragiles et réversibles du candidat Macron.

 

Ces 4 à 5% de l’électorat total vont décider le 23 avril qui, de Fillon ou Macron, affrontera Marine Le Pen lors du dernier tour, le 7 mai suivant – et, dans presque toutes les hypothèses envisageables, gagnera contre elle et remportera la présidence.

 

La création de ce bloc paradoxal d’électeurs– qui se définissent comme appartenant à la droite, mais envisagent de voter contre le candidat de la droite et pour un candidat de centre gauche – est le résultat d’une double manœuvre politique qui, même si elle a aussi profité de circonstances heureuses, démontre un talent indéniable de la part de la part de François Hollande, actuel occupant de l’Elysée.

 

L’idée d’une candidature d’Emmanuel Macron – alors jeune ministre, presque inconnu, de l’Economie – est initialement apparue à une époque où Hollande était convaincu qu’il serait lui-même candidat. Le président était impopulaire, mais bénéficiait de l’autorité de sa fonction et de l’appui du parti socialiste. Il a estimé qu’une candidature d’ouverture au centre de son jeune ministre apporterait un bloc de voix modérées qui pourrait, au deuxième tour, se reporter sur lui.

 

Ainsi encouragé par son chef, Macron a, en parallèle, courtisé les principaux hommes d’influence de la presse française : Vincent Bolloré, propriétaire du groupe Havas ; Patrick Drahi, un géant du câble que Macron, comme ministre, avait soutenu dans son achat de l’entreprise de télécommunications SFR ; Xavier Niel, un autre Tycoon de la communication, copropriétaire du Monde et détenteur de participations dans de très nombreux autres organes de presse.

 

Armé de ces soutiens, Macron a fait l’objet, pendant toute l’année 2016, d’un bruit médiatique grandissant. Pourtant, à l’époque du moins, la floraison d’articles ne se traduisait pas encore par des intentions de vote importantes dans l’électorat français. Chacun pensait encore que le président Hollande allait se représenter et que la candidature Macron ne serait, à gauche, qu’une candidature d’appoint, une finesse tactique.

 

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Hic, haec, hoc

[lat. Circa : “celui-ci, celle-ci, ceci”]

 

Tout a changé – et c’est là que la chance a joué pour Macron un rôle essentiel – entre le 1er décembre 2016 et le 29 janvier 2017. La première de ces dates est celle où le président Hollande, confronté à des sondages qui ne lui laissaient aucune chance de gagner la primaire de la gauche, a renoncé à se représenter. La deuxième est celle de ces primaires, lorsque les militants ont rejeté la candidature sérieuse et modérée de l’ancien Premier ministre Manuel Valls et se sont donné pour candidat le représentant de l’aile gauche du parti, Benoît Hamon – un candidat non seulement incapable d’attirer le centre, mais piètre tacticien et exceptionnellement mauvais orateur.

 

Dès lors, Macron – entièrement inconnu quatre ans plus tôt, manquant manifestement de l’expérience nécessaire pour exercer les fonctions présidentielles, et qui venait de créer un parti ne comptant aucun élu – devenait le seul candidat à pouvoir représenter la gauche modérée et gestionnaire, qui est l’un des grands courants de pensée du spectre électoral français. Sa candidature, tout à coup, pouvait donc être considérée par l’électorat comme une proposition sérieuse.

 

Restait cependant un obstacle majeur : après cinq ans de présidence Hollande, la gauche était affaiblie et discréditée. Macron pouvait enfin prétendre à la troisième place. Mais, pour arriver au second tour contre Le Pen, il devait surmonter l’impopularité du gouvernement sortant et démotiver les électeurs de droite.

 

C’est alors que s’est mis en place l’autre volet du plan imaginé par la gauche de gouvernement pour conserver le pouvoir malgré son bilan impopulaire. A partir du mois de février, un dossier établi avec soin à partir de documents confidentiels s’étalant sur plus de vingt ans, a commencé à filtrer à la presse française. Ce dossier montrait que le candidat de la droite, François Fillon, ne s’est pas appliqué à lui-même la politique de rigueur budgétaire et de responsabilité qu’il propose au pays. Lorsqu’il était député, il a salarié sa femme et ses enfants pour des tâches dont les articles de presse contestaient la réalité. Il s’est laissé offrir par des amis des cadeaux de prix : montres, costumes. Il semble même avoir demandé à sa fille de lui rembourser, sur les salaires reçus dans l’emploi qu’il lui avait obtenu, le coût de son mariage.

 

Que Fillon paie un coût politique après ces révélations, c’est de bonne guerre. Il n’est jamais bon de montrer un écart trop important entre sa personnalité publique et sa vraie nature. Beaucoup plus inquiétant, pour le fonctionnement même de la démocratie française, fut, à cette occasion, le comportement de la justice.

 

En décembre 2013, François Hollande avait créé une nouvelle institution judiciaire, le Parquet National Financier. Cette institution a compétence pour poursuivre les dossiers complexes relatifs à la fraude fiscale, à la corruption et aux affaires boursières. Elle a eu l’occasion de poursuivre des personnalités de droite comme de gauche. Mais il est difficilement discutable que, nommé exclusivement par le président Hollande, le parquet financier est composé de personnalités proche de son camp politique. Le premier substitut du parquet financier, Ariane Amson, est d’ailleurs l’actuelle conseillère juridique du président Hollande.

 

En moins de vingt-quatre heures après la première révélation relative à l’emploi par le député Fillon de son épouse, le parquet financier a décidé de se saisir du sujet. La rapidité de cette saisine est aussi surprenante, dans un pays où les justiciables se plaignent de la lenteur habituelle de la justice, que l’était le motif juridique choisi : « détournement de fonds publics », un grief qui ne peut s’appliquer, selon toute la jurisprudence, qu’à un ordonnateur ou un comptable. Or, les députés (ce qu’était Fillon à l’époque) ne sont ni l’un, ni l’autre : les sommes qui leur sont attribuées sont considérées comme un moyen de garantir le bon fonctionnement du parlement et ne relèvent pas du contrôle de la Cour des comptes.

 

En d’autres termes, le parquet financier a agi à la fois avec une rapidité incompréhensible et sur une base juridique extrêmement fragile – comme s’il cherchait moins à appliquer l’Etat de droit qu’à gêner politiquement le candidat de l’opposition. La même rapidité exceptionnelle a été le fait, le mois suivant, du juge d’instruction saisi pour suivre l’affaire, Serge Tournaire. Le choix du juge Tournaire était déjà peu compatible avec le besoin qu’a la justice de donner une image d’indépendance : ce juge a déjà mis en examen l’ancien président de la République, Nicolas Sarkozy, sur dix chefs d’inculpation différents, qui ont donné lieu à dix non-lieux (trois chefs d’inculpation supplémentaires attendent encore un jugement). Dans le cas Fillon, alors que les juges d’instruction (Tournaire compris) demandent presque toujours des mesures d’instruction supplémentaires après avoir reçu le rapport de police, Tournaire a choisi de n’en rien faire et de décider immédiatement la mise en examen du candidat. Tout se passe comme si, là encore, il cherchait moins à monter un dossier juridiquement solide qu’à faire subir à Fillon le plus grand dommage politique possible.

 

L’ensemble de ces comportements de la justice peut aisément conduire à conclure que la justice française, indépendante en droit du pouvoir politique, se comporte en pratique en associée du pouvoir exécutif dans la persécution de candidats de l’opposition. C’est là l’un des dysfonctionnements les plus graves qui peuvent subvenir dans une démocratie – une menace directe sur la nature démocratique même du pays.

 

L’effet politique de cet apparent dysfonctionnement de la justice, pour le candidat favori des sondages, est ambigu. Il est probable qu’une partie des électeurs de droite qui ont rallié Macron, tout en étant dégoûtés par la vénalité de Fillon, sont mal à l’aise devant la persécution judiciaire dont sa femme et lui font l’objet.

 

Personne ne peut prévoir comment le conflit entre ces deux préoccupations se traduira dans le secret des urnes, le 23 avril. Mais il y a d’autres indices qui montrent qu’Emmanuel Macron pourrait être plus faible que les sondages le laissent entendre.

 

Toutes les études quantitatives montrent que ses partisans sont moins actifs sur les réseaux sociaux que ceux de Fillon, pourtant placé loin derrière lui dans les sondages. Des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent pour s’inquiéter du flou du programme de Macron et de sa nette tendance à vouloir plaire à tous sans jamais trancher. Le candidat lui-même se réfugie de plus en plus souvent derrière des déclarations confuses et dénuées de sens, comme s’il craignait plus que tout de dévoiler ce qu’il représente vraiment – ou de révéler qu’il ne représente rien. Enfin, il plane sur les sondages un doute persistant, venant du fait que tous les instituts de sondage français comptent, parmi leurs propriétaires, des partisans déclarés de Macron.

 

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L’offensive turque en Syrie est terminée. Et alors ? (info # 013003/17) Version imprimable
Analyse
jeudi, 30 mars 2017

 

Par Perwer Emmal

 

Le Premier Ministre turc, Binali Yldrim, a annoncé avant-hier sur la chaîne de télévision NTV que l’opération militaire en Syrie menée par son pays et intitulée "Bouclier de l’Euphrate" était terminée. Cette intervention a duré sept mois ; elle avait pour objectif officiel de combattre l’Etat Islamique (DAESH), ainsi que les "terroristes" du Kurdistan syrien. L’intention affichée consistait à créer une "bande de sécurité" destinée à protéger la Turquie des menaces qu’elle encourait du fait de la Guerre Civile à sa frontière.

 

Les choses ont sans doute été discutées à l’occasion de la première visite du Secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson, ce jeudi à Ankara. La déclaration du Premier ministre ottoman avait constitué un préambule à ces entretiens, mais les discussions ne se sont pas bien passées. Lors d’une conférence de presse tendue avec le ministre turc des Affaires Etrangères, Mevlut Cavusoglu, interrogé sur les préférences du nouveau président U.S en Syrie et sur les relations entre l’Amérique et les Kurdes, M. Tillerson a répondu : "Permettez-moi d’être franc, il n’existe pas de décisions simples".

 

Aujourd’hui, l’Armée turque et ses auxiliaires islamistes, en fait des miliciens d’al-Qaïda recyclés, occupent une bande de terre longue de 90km, d’une largeur oscillant entre 5 et 32km en Syrie. M. Binali Yldrim n’a pas précisé si son pays entendait se retirer du territoire qu’elle occupe ou y maintenir sa présence.

 

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Service cartographique © Metula News Agency

 

En réalité, avec Bouclier de l’Euphrate, Erdogan poursuivait deux finalités assez éloignées du discours officiel. La première consistait à maintenir un lien géographique avec DAESH, que la Turquie fournissait en matériel de guerre, en combattants islamistes venus du monde entier, et avec lequel la famille du demi-dictateur turc réalisait de juteuses transactions financières. En particulier, les proches d’Erdogan achetaient à DAESH du pétrole brut à un prix défiant toute concurrence, en exploitant le fait que l’EI ne disposait pas d’autres débouchés pour vendre le pétrole qu’il produisait sur le territoire qu’il occupait.

 

Les journalistes et même les policiers turcs, qui n’étaient pas tous dans la confidence de ce commerce, et qui fournirent maladroitement les preuves de son existence, ont subi de plein fouet le courroux du régime. Celui-ci, faute de pouvoir étouffer l’affaire dont les photos s’étalaient partout, se contenta d’interdire de façon musclée que quiconque en Turquie y fasse allusion.

 

Ce n’est pas la coalition occidentale anti-DAESH qui a ainsi coupé le cordon ombilical entre la Turquie et l’Etat Islamique, en raison des relations qui la lient à Ankara, l’un des membres les plus puissants de l’OTAN, mais les Russes.

 

Après la prise d’Alep, réalisée grâce aux bombardements massifs des avions de Vladimir Poutine, ainsi qu’à l’intervention au sol de ses forces spéciales, les Russes, encadrant l’Armée d’al Assad et ses supplétifs chiites libanais, investirent rapidement la région située au sud d’al Bab (carte, cercle 1), coupant définitivement la continuité géographique entre les forces turques et les combattants de l’EI. Ce sont même les forces de Moscou qui chassèrent à elles seules DAESH de la ville de Tadif, située à moins d’un kilomètre au sud-est d’al Bab, après plusieurs assauts infructueux de leurs alliés gouvernementaux. Ce faisant, Poutine contrecarra le premier objectif d’Erdogan.

 

La deuxième finalité poursuivie par Ankara était d’empêcher à tout prix la jonction entre les Kurdes du Rojava oriental, et leurs frères vivant dans la poche d’Afrin, qu’à la Ména nous appelons le Rojava occidental par souci de clarification (Rojava signifie déjà "ouest" en kurde).

 

Au début de Bouclier de l’Euphrate, avec l’évacuation, coordonnée entre les Turcs et l’EI, de la ville frontalière de Jarabulus, présentée par Ankara comme un triomphe militaire mais éventée par la Ména, de violents affrontements se produisirent entre l’Armée ottomane et ses supplétifs, d’une part, et les Forces Démocratiques Syriennes, sous commandement kurde, qui venaient de s’emparer de la ville de Manbij, de l’autre.

 

Ankara, malgré l’envoi de dizaines de chars et l’utilisation massive de son aviation ne parvint cependant qu’à grignoter des parties négligeables du terrain tenu par les FDS. Au contraire, les Peshmerga, depuis sept mois, ont progressé de plusieurs dizaines de kilomètres, tant en provenance de l’Est que de l’Ouest. Désormais, avec l’imposition de la pax poutina, les deux clans kurdes ne sont plus distants que d’une vingtaine de kilomètres (carte. Cela donne aussi l’échelle de la carte dans son ensemble).

 

Ces succès sont dus en partie à la capacité militaire des combattants kurdes, certes, mais également aux pressions du gouvernement Obama sur Erdogan afin qu’il tempère son enthousiasme et réduise son recours à l’aviation. Barack Obama et John Kerry, bien que favorables aux Turcs, ne pouvaient pas lâcher complètement l’allié militaire kurde ; la première raison à cela est que ce sont les Etats-Unis qui avaient demandé aux YPG, les forces kurdes, de franchir l’Euphrate d’est en ouest pour chasser l’EI de Manbij. Washington les a soutenus notamment par des dizaines de sorties de l’U.S Air force, et par l’appui au sol que leur ont procuré les commandos américains et ceux de divers pays européens face aux islamistes. Au début de Bouclier de l’Euphrate, ces commandos occidentaux se trouvaient encore sur le terrain, à quelques kilomètres seulement des attaques turques, elles aussi soutenues par l’aviation coalisée. C’était une situation cornélienne et surtout terriblement dangereuse. Une situation qui suscita l’opposition déterminée du commandement général de l’Armée américaine, et qui aboutit à l’observation imposée d’une ligne de démarcation sur la rivière Sajour. 

 

L’autre raison est stratégique : l’essentiel de la coalition occidentale au sol, face à DAESH et sa capitale Raqqa, est formé par les Forces Démocratiques Syriennes et son ossature kurde, précisément les mêmes forces qui sont déployées à Manbij et à l’ouest de cette cité. Sans les Kurdes, les Occidentaux n’ont aucune chance de prendre Raqqa et Deir-ez-Zor, et devraient abandonner l’idée de les libérer, ou pire, laisser la possibilité au régime d’al Assad et à son protecteur russe de s’en emparer. En plus d’une perte d’influence inacceptable dans la région, le passage des deux villes sous le contrôle du régime amènerait dans son sillage les soldats de l’Armée régulière iranienne, son alliée, et menacerait toute la Syrie de devenir un protectorat de Téhéran, qui s’étendrait de la frontière afghane à la rive libanaise de la Méditerranée, le Liban se trouvant déjà sous l’emprise des supplétifs iraniens du Hezbollah.   

 

Pour le commandement kurde, il était évidemment impensable de mener l’offensive à Raqqa pour les Américains, pendant que les Américains permettaient aux Turcs de les massacrer à Manbij. D’un point de vue encore plus pragmatique, il n’était pas possible pour les Kurdes de dégarnir le front de Manbij pour envoyer des hommes à Raqqa s’il fallait résister à la pression turque.

 

Il y eut un moment de flottement, face au désaccord entre le Président Obama et son état-major, largement dû à l’incompétence, à l’ignorance et au désintérêt de l’ex-président pour la chose militaire et la guerre contre l’EI. Pendant un mois environ, les Peshmerga engagés sur le front de Raqqa cessèrent toute progression, attendant que l’offensive turque qui les visait à l’Ouest soit jugulée par des méthodes diplomatiques.

 

L’affrontement FSD-Turquie se calma relativement sur la Sajour mais il persista à l’ouest, au nord-ouest de Manbij et aux abords d’al Bab, où il fit de nombreux morts dans les deux camps. Si, au sol, les Kurdes et leurs alliés prenaient généralement le dessus sur les Ottomans, particulièrement grâce aux missiles antichars fournis discrètement par les Occidentaux, les frappes aériennes, notamment contre les centres de commandement des FDS, faisaient des ravages. Les alliés occidentaux des Kurdes refusaient de faire donner leur aviation pour les défendre, tandis qu’Erdogan multipliait les raids meurtriers.

 

C’est Vladimir Poutine qui prit les mesures à sa manière pour que cessent les raids aériens du sultan. D’abord il fit survoler à plusieurs reprises la "bande de sécurité" d’Erdogan, passant plusieurs fois à quelques dizaines de mètres de la collision aérienne. Puis, constatant que le message n’était pas passé et que les attaques de l’Aviation ottomane se poursuivaient, il envoya un groupe d’Aero L-39 Albatros bombarder "par erreur" un poste de commandement turc, tuant et blessant plusieurs officiers d’Erdogan.

 

Le Kremlin présenta ses excuses comme il se doit en pareil cas, et Ankara les accepta sans rechigner. Pour être convaincant, le Tsarévitch employa des appareils d’entraînement fabriqués en Tchéquie, hâtivement peints aux couleurs de l’Armée d’al Assad. Chez Assad, les L-39 ne servent quasiment plus qu’à l’entraînement, alors qu’en Russie, il en existe encore 600 en état de voler (la Russie en avait acheté originellement 2100), et on peut les doter de 1 200kg de bombes chacun. De quoi visiblement faire peur à un dirigeant turc, car depuis cette erreur, je n’ai plus vu ni entendu parler d’attaques au sol de positions kurdes par l’Aviation turque.

 

Poutine ne s’en est pas tenu au nettoyage du ciel pour impressionner les Ottomans ; dès le mois de décembre dernier, il créa, à proximité du front, face aux Turcs, quelques unités mixtes (pas plus d’une douzaine) Armée régulière syrienne-Forces Démocratiques Syriennes. On distingue sur la carte, dans le cercle #1, des unités de ce genre. Le message du président russe est clair : qui s’attaque à l’Armée syrienne, s’attaque à son protecteur russe, qui interviendra avec tout le "discernement" dont il a fait preuve à Alep et ailleurs, tuant des gens par dizaines de milliers.

 

Comment Poutine fait-il coexister des soldats syriens et des Peshmerga, ce qui tiendrait du miracle tant leurs intérêts divergent et tant ils se détestent ? Et comment a-t-il fait pour convaincre Bashar al Assad de protéger les forces kurdes alors qu’il aspire ouvertement à récupérer le Rojava ?

 

C’est simple : en fait, les "militaires gouvernementaux" sont aussi kurdes que les combattants des FDS. Ils appartiennent à la Résistance Nationale Syrienne, une force uniquement composée de Kurdes, qui se sont battus aux côtés du régime à Alep et se sont illustrés dans la bataille féroce qui s’est déroulée face à l’EI aux alentours de l’Ecole d’Infanterie. Mais la RNS, ou Brigade des Martyrs de Kafr Saghir, a toujours conservé son indépendance. Ils ont fait le coup de feu aux côtés des Alaouites, parce que DAESH combattait leurs frères dans le Rojava et menaçait le quartier kurde d’Alep. Reste que leur ennemi principal a toujours été la Turquie : ces combattants haïssent littéralement les Turcs - j’ai pu m’en rendre compte personnellement en discutant avec eux -, bien davantage, si c’est encore possible, que les YPG les détestent.

 

Profitant des retombées de cette alliance – il est impossible sur le terrain de distinguer les FDS des RNS, les Martyrs de Kafr Saghir obéissant avec plaisir aux injonctions du commandement FDS – Poutine occupe désormais le terrain. Depuis quelques semaines, ne prenant absolument pas en compte les réticences de Bashar al Assad, les soldats russes forment, entraînent et arment des Peshmerga, prenant une place croissante parallèlement aux instructeurs occidentaux. L’entente semble idyllique, les Kurdes étant reconnaissants envers les Russes pour avoir fait taire les armes et renforcé leurs positions.

 

Cela ajoute au dilemme d’Ankara : laisser ses troupes en Syrie ou les en retirer. Erdogan pourrait les y maintenir, mais à quoi bon, puisqu’elles ne peuvent plus avancer et que la Turquie est géographiquement coupée de l’EI ? Bien sûr, tant que ses soldats sont présents, ils empêchent l’unification du Rojava, mais le sultan risque un affrontement avec les Russes, dépense beaucoup d’argent et provoque de l’amertume parmi ses officiers, dans une armée déjà terriblement affaiblie par les purges ayant suivi le coup d’Etat manqué du 15 juillet dernier.

 

Ce qui est sûr est que si les Turcs décidaient de s’en aller, les Peshmerga parcourraient immédiatement les 20km séparant le saillant est du saillant ouest. Et personne ne pourrait les en empêcher.

 

Bien plus au Sud, les Kurdes qui se battent aux côtés d’environ 1 500 Occidentaux sur le terrain, dont 1 000 Américains, ont pris le contrôle du barrage de Tabka (carte, cercle #2), ont traversé l’Euphrate, et se sont emparés de l’aéroport, à 12km du fleuve, dans lequel, à l’été 2014, les miliciens de DAESH avaient exécuté, après les combats, près de 200 soldats du régime.

 

Le barrage, s’il n’a pas subi de dommages structurels durant les affrontements des derniers jours, n’a plus de salle de contrôle, les islamistes l’ayant saccagée avant de se retirer. Cela fait planer un risque d’inondation de la plaine en aval, y compris sur la ville de Raqqa, à 40km. Des techniciens syriens ont bien tenté de venir réparer les dégâts mais ils ont été accueillis par un feu nourri de l’artillerie daeshiste et ont rebroussé chemin.

 

Comme on le voit dans le second cercle de la carte, les FDS progressent maintenant sur la rive sud de l’Euphrate, avec pour dessein d’encercler Raqqa, dont ils ne sont plus éloignés, sur la berge opposée, que de 4km par endroits. Ils progressent également le long du cours d’eau en direction de Deir-ez-Zor.  


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Cimetière de Pantin : analyse et épilogue (info # 012803/17) Version imprimable
Analyse
mardi, 28 mars 2017

 

Par Stéphane Juffa

 

Depuis plus d’une semaine, précisément depuis le lundi 20 courant, la polémique enflait au sein de la communauté juive de Paris. Qu’est-ce qui a causé la destruction d’une quinzaine de tombes dans le carré israélite du cimetière de Pantin ?

 

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Un évènement banal ?

 

Deux raisons à cette dispute : le sentiment – c’est plus qu’une impression – d’être les laissés-pour-compte de l’appareil étatique qui, en cette veille d’élection présidentielle, drague les citoyens français de confession musulmane de manière presque obsessionnelle ; il n’est que d’entendre les discours de Mélenchon, d’Hamon et de Macron pour s’en persuader, ainsi que la passivité du gouvernement face à ceux qui détestent et menacent les Juifs en public.

 

Les autorités viennent ainsi d’autoriser une manifestation organisée par la CAPJPO Euro-Palestine contre ce qu’elle appelle l’ "occupation et la colonisation de la Palestine", pour la "participation à la campagne BDS" de boycott d’Israël, pourtant décrétée illégale par le gouvernement, mais aussi  "plus que jamais" pour la "séparation du CRIF et de l’Etat !" et la "dissolution de la LDJ !". Pour ceux qui auraient un doute, ces mots d’ordre se retrouvent sur le site Web de la CAPJPO.

 

Avec l’offensive visant le CRIF, le Conseil Représentatif des Institutions Juives de France, on franchit cette fois la frontière illusoire entre l’antisionisme et l’antisémitisme. C’est l’assurance de voir scander, samedi prochain, en toute légalité, des slogans en faveur de la destruction de l’Etat hébreu et au détriment de la communauté la plus républicaine et pacifique de France. Avec, de plus, un grand risque de voir des enragés hurler "A mort les Juifs" ou "Juif, tire-toi, la France n’est pas à toi", comme c’est déjà arrivé dans ce genre de manifestations.

 

Les autorités auraient même demandé à la petite communauté israélite des Loubavitch de fermer sa permanence parisienne située non loin du passage de la manifestation, pour en faciliter le déroulement. On comprend, dans ces conditions, qu’il ne fait pas bon, par les temps qui courent, être un Israélite français en général, parisien, en particulier.

 

Autre raison de la dispute, la communication médiocre de la ville de Paris, de la police et des institutions représentant les Israélites. A l’instar de celle de la mairie :

 

"Lundi 20 mars, une voiture conduite par un particulier dans une allée du cimetière de Pantin a refusé la priorité à un camion de la ville de Paris. Pour éviter une violente collision, l’agent municipal qui conduisait le camion a été contraint de faire sortir son véhicule de la route. Contournant les arbres qui bordaient la chaussée, il a heurté treize sépultures confessionnelles situées dans la 48e division, avant de marquer enfin l’arrêt".

 

Des sépultures... confessionnelles ? Face à l’émoi d’une communauté qui découvre les tombes de ses membres éclatées, comme à la suite d’un bombardement ou d’un cataclysme, des pierres déplacées découvrant la fosse où les êtres chers sont enterrés, tout ce que les services de Madame Hidalgo ont été capables de faire fut de parler des circonstances de l’accident, sans un mot de sympathie. En oblitérant le fait que la victime, c’était une fois de plus la communauté juive, comme si sa foi était une maladie honteuse, comme s’ils ignoraient les nombreuses profanations volontaires d’autres cimetières français par des antisémites ces derniers temps ? On parlera à tout le moins d’un extraordinaire manque de sensibilité.

 

Et la police, face à la surprise et aux interrogations, qui, à la place de hâter son enquête et de publier un rapport circonstancié avec photos et témoignages à l’appui, ne serait-ce que pour tordre le coup à la rumeur naissante, traîne les pieds et n’a toujours pas publié son document de synthèse plus d’une semaine après les faits.

 

Quant au CRIF, au Grand Rabbinat et aux autres représentants de la communauté, leur mode de communication a cent ans de retard. D’abord, ils se trompent de cible en stigmatisant le trouble qui a envahi leur propre communauté, et dont ils ne saisissent ostensiblement pas la profondeur de la blessure – ils parlent d’un "simple fait divers" ! – ainsi que l’exigence d’explications claires et rassurantes. On le distingue bien dans la note du président du CRIF, Francis Kalifat : "Un simple fait divers, qui s’est produit lundi dernier et qui avait été traité comme tel toute la semaine, s’est transformé en délire digital pendant le week-end (…). Cela est riche d’enseignements. Nous apprenons comment un événement, certes regrettable mais banal (sic), peut enfler en rumeur sur les réseaux sociaux".

 

Kalifat, qui pense mettre fin aux doutes en affirmant : "Je me suis entretenu avec la personne accidentée. C'est bien à la suite d'un accident que le camion a renversé les tombes".

 

Face aux multiples interrogations légitimes qui entourent l’affaire, ce que les Israélites parisiens attendent, ce n’est précisément pas ce type de messages soi-disant apaisants, ce sont des faits, des preuves. Car les indices sont bouleversants : outre la communication calamiteuse, les personnes qui se rendent sur place – dont la reporter de la Ména Patricia La Mosca et de nombreux lecteurs et amis de l’agence - ne parviennent pas à mettre en adéquation l’ampleur des dégâts et le fait qu’ils auraient pu être causés par un seul camion. Patricia, qui observe que dans ce cimetière multiconfessionnel, c’est uniquement la parcelle réservée aux Juifs qui a été dégradée, me fait même cette confidence au téléphone : "Là, ils nous prennent clairement pour des cons !".

 

Et puis il y a un arbre, intact, qui aurait dû se trouver sur le parcours du camion, et un buisson abîmé, mais du mauvais côté, comme si le camion était sorti du cimetière et non le contraire. Et ces ouï-dire des responsables communautaires, qui avancent comme autant de témoignages indiscutables : "Je vous dis que…", "J’ai vu des témoins", "J’ai rencontré le gardien du cimetière, qui m’a dit que..", "Même le Grand rabbin l’a dit, vous mettez la parole du Grand rabbin de France en doute ?".

 

On oublie facilement que, par les temps qui courent, nul n’est au-dessus du soupçon, et qu’un Grand rabbin de France avait été contraint de démissionner en 2013, car il n’avait jamais obtenu d’agrégation de philosophie comme il l’avait laissé entendre.

 

La colère grondait, l’impression très nette d’être floué, qui atteignait jusqu’au député Meyer Habib, se lâchant sur un réseau social en ces termes : "On pourrait savoir ce qui s’est réellement passé au cimetière de Pantin ! On nous cache des choses et là ça devient inacceptable".

 

Hier, lundi, sur Facebook, on en arrivait quasiment aux insultes personnelles entre ceux qui endossaient la thèse officielle de l’accident et ceux qui la contestaient. Je fus moi-même pris à parti pour avoir refusé de conclure sans plus attendre à la malveillance déguisée en accident de la route. Un ami dont je respecte la perspicacité me reprochait de devenir plus diplomate que journaliste. Le débat commençait à s’éparpiller, ce qui m’amena à envisager une preuve facile à produire, qui permettrait de trancher dans la controverse : oubliant intentionnellement tous les autres éléments du questionnement, je conclus que, soit il existait des images, non pas de l’accident, ce qui peut arriver, mais de l’enlèvement du camion d’entre les pierres tombales, cela constituerait une preuve suffisante pour accréditer la thèse officielle. Il n’était pas envisageable, en effet, que la police – et au moins elle -  ne photographie pas le désencastrement du poids lourd. A l’opposé, si ces images n’existaient pas, si les "autorités" n’étaient pas en mesure de les produire, la thèse de la malveillance semblerait la plus plausible.

 

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Le camion, enchevêtré parmi les sépultures

 

J’avais pris l’engagement que, dans la seconde éventualité, la Ména ouvrirait une enquête à Paris et que nous découvririons la vérité. Je comptais, il est vrai, sur nos spécialistes de l’analyse de l’image et sur nos amis physiciens, qui ont fait du chemin depuis qu’ils ont dévoilé l’imposture de la Controverse de Nétzarim (Affaire Mohamed Dura), au début des années 2 000.

 

Puis, comme par enchantement, très vite, nous avons reçu les photos du camion enchevêtré dans les tombes. Jusqu’à ce matin, sans savoir qui les avait prises [mais cela n’a pas d’importance], elles n’ont cessé de nous parvenir par messages personnels. Lors, Francis Kalifat et ses amis auraient tort de continuer à stigmatiser la curiosité des gens et de les accuser de je ne sais quel complot, car mon impression à froid en découvrant les images était que le camion était trop petit, et surtout trop peu endommagé – juste un phare latéral cassé – pour avoir pu causer un carnage aussi massif. Des dizaines de pièces de marbre, de plusieurs centaines de kilos chacune, renversées par un camion pratiquement intact, qui s’est, de surplus, arrêté des mètres avant d’entrer en collision avec les pierres tombales les plus éloignées, cela n’avait vraiment pas l’air concluant.

 

Vers une heure du matin, heure d’Israël, la nuit dernière, j’ai réveillé les collaborateurs scientifiques de la Ména, en leur soumettant les deux thèses, oralement et par écrit, sans autre forme de commentaire. Aucun d’entre les trois n’avait suivi l’affaire, deux savaient uniquement "qu’il s’était passé quelque chose dans un cimetière juif à Paris".

 

Une heure après la réception des deux premières photos, j’obtins la confirmation de mon équipe qu’elles étaient authentiques (techniquement pas modifiées). Puis les scientifiques ont passé sept heures à effectuer une simulation digitalisée de l’ "accident". Au début de cette après-midi de mardi, utilisant l’un de nos logiciels maison, ils étaient parvenus à réaliser près de 90% des dégâts en lançant le camion jusqu’à l’endroit où il s’est immobilisé. Cela signifie que les pierres tombales au sol correspondent à 90% à ce que l’on distingue sur les photos actuelles des dégâts. Pour les professionnels, dont je ne suis pas, cela signifie également, au-delà de tout doute sensé, que c’est bien le camion qui apparaît sur les images qui a causé la destruction des tombes et non un acte de malveillance.

 

Dans la reconstitution (qui nécessite l’installation de notre logiciel) on voit très clairement qu’il y a eu un effet domino ; une première pierre verticale de masse imposante ayant été heurtée par l’avant du camion, en a percuté une autre, qui est tombée sur une troisième, qui, en chutant, a déplacé un couvercle de catafalque, etc.

 

Le résultat est celui que l’on voit sur les photos.

 

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Une roue s’est arrêtée dans une tombe

 

Je m’inquiétai du fait que ces énormes pierres soient tombées "si facilement". Ce à quoi le physicien me répondit que le calage de ces pierres n’est en principe pas prévu pour résister à des camions, et que les camions ne circulent généralement pas dans les travées des cimetières. Il est prévu qu’elles résistent au vent et aux tremblements de terre, c’est suffisant. Pour en avoir le cœur net, j’ai appelé ce matin un directeur local de la Khévra kadisha, l’entreprise générale des pompes funèbres israéliennes, qui m’a confirmé les affirmations du physicien.  

 

C’est presque tout. Enquête terminée. Le doute raisonnable ne subsiste pas. L’affaire nous enseigne à nouveau de ne pas confondre les indices, les intuitions et les preuves.

 

Presque tout parce qu’il manque un dernier volet : à la Ména, la science prime dans l’analyse, car on ne discute pas contre les lois de la physique. Mais ensuite, une autre réflexion s’impose et corrobore le travail des techniciens : l’enlèvement du camion a eu lieu de jour, il n’y a que le carré des tombes endommagées qui était interdit au public par un simple ruban rouge. Sans faire de procès d’intention à personne ni distribuer des certificats d’angélisme, il est difficile d’imaginer que les autorités municipales ou nationales auraient pris le risque énorme de faire entrer un camion dans un domaine public et de le positionner au milieu de tombes juives. Si cela fuitait, c’était un séisme de 10 sur l’échelle de Richter assuré, et un méga-scandale ingérable avant les élections.

 

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Une trace de pneu qui a permis de reconstituer précisément la trajectoire du camion

 

Et placer l’une des roues du camion dans une tombe (regardez les photos)… vous parlez d’une profanation ! Non plus commise par un groupe de néo-nazis ou d’islamistes, mais par l’Etat français. Et encore, on distingue au moins trois employés qui assistent ou participent à l’enlèvement du camion : si la Ména avait dû enquêter sur place, elle aurait commencé par les identifier et les interviewer ; et ce ne sont pas des politiciens, s’il y avait eu magouille, nous n’aurions pas eu beaucoup de peine à les faire craquer, et on imagine aisément la suite.

 

Les photos de l’enlèvement ont ainsi conduit, comme je l’imaginais, à l’élucidation du dilemme en quelques heures. En fait, on avait atteint notre conviction à 4h du matin, nous avons finalisé l’enquête par engagement professionnel, parce que c’est ainsi que l’on procède quand on fait les choses sérieusement.

 

Je remercie Claude Namer, qui s’est rendu deux fois sur place et nous a remis le matériel visuel qui nous était nécessaire, découvrant les traces de pneus du camion et reconstituant fidèlement son trajet. Merci aussi à Eber Haddad, qui nous a fourni les clés ayant conduit à la solution de l’énigme.

 

 
Liban-Israël : les nuages s’amoncellent à nouveau (info # 012302/17) Version imprimable
Analyse
jeudi, 23 février 2017

 

Par Michaël Béhé à Beyrouth

 

On assiste ces derniers jours à un net regain de tension entre le Liban et Israël, qui, selon plusieurs analystes stratégiques à Beyrouth, rend une prochaine confrontation armée "inéluctable". Les mêmes experts prophétisent que le pays aux cèdres subira des destructions à une échelle encore jamais atteinte, et qu’il ne se trouvera cette fois personne pour nous aider à nous relever.

 

En fait, ce qui rend cette prophétie particulièrement inquiétante est que lors des derniers conflits, c’est principalement l’Arabie Saoudite et les Emirats qui avaient financé la reconstruction, et que, dans la conjoncture qui prévaut, Riyad se situe dans l’autre camp.

 

Il faut préciser que c’est le Hezbollah qui a allumé le feu, suivi en cela par le Président de la République, Michel Aoun, qui a jugé légitimes les armes de la milice chiite, et promis à Israël des représailles sanglantes en cas d’agression de ce dernier.

 

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Hassan Nasrallah et Michel Aoun

Il y a grand danger à embrasser n’importe qui

 

Les menaces proférées par Hassan Nasrallah, indiquant que les missiles du Hezb atteindront cette fois le réacteur nucléaire de Dimona, le réservoir d’ammoniac d’Haïfa, les plateformes maritimes de prospection d’hydrocarbures et les tankers de pétrole concernent, à n’en point douter, les intérêts vitaux de notre puissant voisin méridional. Ces menaces interviennent en écho à celles proférées simultanément par les ayatollahs à Téhéran, décrivant l’Etat hébreu comme un cancer éphémère qui sera prochainement anéanti.

 

En vérité, et c’est ce qui rend l’occurrence d’une guerre vraisemblable, il ne s’agit pas uniquement d’un différend local qui opposerait la milice à Israël, mais d’un contentieux régional comprenant des intérêts importants autant qu’explosifs.

 

D’un côté nous avons le Hezbollah, qui impose sa loi par la violence aux citoyens libanais, ses alliés politiques, y compris le Président chrétien Michel Aoun et son parti le CPL, l’Iran et la Syrie ; de l’autre, l’on trouve Israël, les autres partis chrétiens et sunnites libanais, les Etats arabes sunnites et l’Amérique du nouveau Président Donald Trump.

 

Sur le plan intérieur, les déclarations de Nasrallah ont torpillé les efforts d’Aoun visant à recréer des liens solides avec l’Arabie Saoudite. Le président s’est rendu il y a peu à Riyad dans ce but et l’émissaire du Roi Salmane al Saoud, Thamer el Sabhan, est venu à Beyrouth. Dans le parti chrétien des Forces Libanaises, on considère les déclarations du secrétaire général du Hezb comme une "déclaration de guerre en bonne et due forme" faite à Riyad. Même son de cloche du Premier ministre sunnite Saad Hariri, qui a souligné, la semaine dernière, "l’importance du triptyque entre l’Etat (libanais), les Arabes et la résolution (du Conseil de Sécurité) 1701, qui immunise le Liban contre les dangers en provenance de l’extérieur (…)".

 

On le constate, les déclarations de Nasrallah ont réussi à briser toute velléité de Michel Aoun de se rapprocher des Arabes, afin de continuer à nous soumettre exclusivement à la coupe des Iraniens. Elles ont ébranlé le fragile ciment gouvernemental, qui va, dès la prochaine secousse, voir les chrétiens et les sunnites, qui représentent environ soixante pour cent de la population, retourner dans l’opposition.

 

Quant à la résolution 1701, c’est celle qui a mis fin à la Guerre de 2006 avec Israël. Elle impliquait le déploiement de l’Armée libanaise le long de la frontière avec l’Etat hébreu en lieu et place du Hezbollah, et le désarmement de toutes les milices avec l’aide des forces des Nations Unies. Or actuellement, il est bien difficile de différencier les miliciens de l’Armée sur cette même frontière, et le contingent onusien, la FINUL, se contente de patrouiller sur les grands axes routiers, sans chercher à s’emparer des armes du Hezbollah.

 

La légitimation de cette situation par le président Aoun doit ainsi être perçue comme une violation de cette résolution, ce qui ne manque pas d’alerter, outre Israël, les Arabes et la communauté internationale. Une commission formée d’ambassadeurs des membres permanents du Conseil de Sécurité est d’ailleurs attendue prochainement à Beyrouth pour recevoir des "éclaircissements" de la part de Michel Aoun.

 

Sur le plan international, l’Iran et ses supplétifs au Liban vivent très mal la réorientation de la position des Etats-Unis post-Obama face à Téhéran. Washington a déjà réinstauré des sanctions à l’encontre de la théocratie chiite après des tirs expérimentaux de missiles balistiques. Donald Trump, lors de sa conférence de presse commune avec Binyamin Netanyahu, a affirmé que son pays ne permettrait jamais aux Perses d’obtenir l’arme atomique ; il a, de plus, sorti un carton jaune en direction du régime du "Guide suprême" Ali Khamenei. Ce denier, en dépit des bravades rhétoriques qu’il adresse à Washington, est bien obligé de prendre les avertissements de Trump très au sérieux au vu du rapport de force entre l’Iran et les USA. De sorte que lors des grandes manœuvres des Pasdaran, la semaine dernière, qui ont duré trois jours, ils se sont précautionneusement gardés de tirer des missiles balistiques, se contentant de lancer des fusées tactiques à courte portée, qui ne font peur à personne.

 

Pour Téhéran, l’objectif consiste à compléter sa "ceinture chiite" allant de l’Iran au Liban en passant par l’Irak et la Syrie. En Irak, ils contrôlent déjà le gouvernement central et l’Armée. Ainsi, les troupes qui sont en train de prendre Mossoul sont exclusivement chiites, encadrées par de nombreux soldats iraniens. Elles investissent une ville sunnite, dont les habitants ne montrent aucun signe de liesse en voyant ces combattants inamicaux, les inondant par haut-parleurs d’incantations chiites qui leur sont ostensiblement hostiles. Les habitants de Mossoul, qui ont subi le joug barbare de DAESH, s’apprêtent à subir une nouvelle occupation qu’ils redoutent avec raison. Les portraits des martyrs chiites tués par les sunnites il y a des siècles et les drapeaux iraniens qui surplombent les Hummers des conquérants, ne laissent pas de place à l’illusion d’une vie meilleure.

 

Pour les Occidentaux, l’ennemi c’est DAESH, mais pour le monde arabe, Arabie Saoudite et Egypte en tête, DAESH est un pis-aller mais un pis-aller sunnite, les Occidentaux, des gens qui n’ont jamais rien compris au Moyen-Orient, et l’ennemi, c’est l’Iran.

 

 

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La ceinture chiite

 

La poussée des Perses explique l’importance stratégique des Kurdes et des Israéliens. Les Kurdes se sont arrêtés à la lisière-est de Mossoul et ils ne participent pas à sa conquête. Ce ne sont pas des Arabes et ils sont pour la plupart d’origine sunnite. Ils sont bien armés et ont un rôle relativement rassurant dans la stratégie américaine (à part pour les Turcs) : ils représentent le seul rempart face à l’expansionnisme iranien, que Barack Obama, en dépit des avertissements urgents de ses généraux, avait laissé se développer.

 

Pas étonnant, dans ces conditions, que Washington a confié aux mêmes Kurdes la tâche de déloger DAESH de sa capitale syrienne Raqqa. Au moins, Raqqa ne tombera pas entre les mains de Téhéran, qui est déjà présent à Damas, à Alep et Homs, ainsi que dans le Golan. Avec ses soldats, certes, mais également, par proxy, avec ses supplétifs chiites libanais du Hezbollah. Khamenei profite ainsi pleinement de la puissance de feu des Russes, sachant fort bien qu’ils ne resteront pas éternellement en Syrie et que les Alaouites de Bashar al Assad sont bien trop peu nombreux pour régir un si grand territoire. Il leur suffit, pensent les Iraniens, d’être présents, d’avoir de la patience, et de ne pas être importunés – ni eux ni le Hezb – par les Israéliens, les Américains et les Arabes.

 

Ces derniers, trop faibles militairement et trop prudents pour agir seuls face à l’Iran en Syrie, se contentent de soutenir des groupes combattants rebelles, à l’instar du Front Islamique, armé et financé par Riyad et Doha, qui compte tout de même quelques 80 000 combattants.

 

Mais il est certain que plus l’Iran progresse dans son projet de Ceinture chiite, plus les Arabes se rapprochent d’Israël. Une alliance que les media du Hezb au Liban n’ont de cesse de fustiger, mais qui s’organise toujours davantage.  Dans la péninsule du Sinaï, la coopération militaire entre le Caire et Jérusalem est omniprésente. Ce n’est pas que le Maréchal al Sissi s’accommode des incursions de Tsahal dans son territoire, c’est qu’il les réclame, en particulier les drones, l’aviation, le renseignement et les opérations de commandos.

 

De même, c’est un secret de polichinelle d’affirmer que des experts militaires israéliens "conseillent" les pays arabes dans leur campagne du Yémen face aux protégés chiites de Téhéran. A la Ména, Fayçal H, notre camarade en poste à Amman, m’assure que des bases de soldats israéliens existent dans le désert saoudien face aux positions iraniennes dans le sud-ouest irakien. Et les formations mixtes de F-16 jordaniens et israéliens patrouillent régulièrement dans cette région ainsi que sur le Golan syrien.

 

En Israël même, la rédaction centrale de Métula me confirme, sans épiloguer, que d’importantes activités se déroulent le long de notre frontière. Du matériel extrêmement performant est entreposé à proximité du Liban-Sud, les exercices, les repérages et les réunions d’officiers d’état-major se multiplient dans la région.

 

Ces derniers jours, des bâtiments de guerre hébreux ont pénétré dans nos eaux territoriales, et les chasseurs-bombardiers à l’étoile de David sillonnent notre ciel quotidiennement et tout le monde peut les voir et les entendre.

 

Si un conflit se précise, l’on peut s’attendre à les voir frapper les Iraniens et les Hezbollanis en Syrie, où la milice a la faiblesse d’agir à l’instar d’une armée régulière et non plus comme une guérilla insaisissable. Jérusalem n’a aucune raison de laisser rentrer les 5 000 meilleurs combattants de la milice chiite au Liban alors qu’ils sont des proies faciles dans leurs baraquements en Syrie.

 

A en croire la rédaction de la Ména, Tsahal est prêt à déferler sur le Liban si Israël est attaqué ou concrètement menacé de l’être. Nous risquons de voir notre ciel regorger de dizaines de drones d’assaut, d’hélicoptères et d’avions d’attaque au sol. Selon les analystes beyrouthins, en cas de conflit, les Israéliens ne prendront plus de gants comme lors des dernières confrontations. Ils cibleront d’emblée tous les réseaux de communications ; ceux du Hezb, évidemment, mais aussi nos routes et nos ponts. Leur tactique consistera à noyer leurs ennemis sous les bombes afin qu’ils ne puissent plus respirer. Les caches de munitions de la milice exploseront les unes après les autres, emportant les voisins avec elles.

 

Au début du conflit, Jérusalem demandera sans doute à Michel Aoun et aux Forces Armées Libanaises de quel côté ils se positionnent. S’ils font une mauvaise réponse, tardent à la donner ou rompent leurs éventuels engagements, le Liban pourrait bien retourner au temps des hommes des cavernes, avec Hassan Nasrallah, vêtu d’une seule peau de bête, faisant tournoyer son gourdin en vociférant hébété "Dimona !", les "plateformes !", "l’ammoniac !".

 

Et si l’Iran s’en mêle, ce qu’il ne fera probablement pas, car l’Iran n’est pas suicidaire et préférera, comme en 2006, envoyer des Libanais pas très futés mourir à sa place, nous aurons droit aux missiles de croisière et aux engins balistiques, pauvres de nous. A voir la manière dont ils détruisent, sans être autrement inquiétés, les installations stratégiques d’Assad au cœur de Damas, quelqu’un de sensé éviterait de provoquer les Israéliens.


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Stage à la Ména Version imprimable
Communiqué
dimanche, 19 février 2017