Elections israéliennes : l’ombre de 1992 (info # 011702/19) Version imprimable
Analyse
dimanche, 17 février 2019

 

Par Guy Millière

 

Des amis israéliens n’ont cessé de me dire ces dernières années que le risque de voir la gauche revenir au pouvoir en Israël était désormais quasiment nul. Sachant les dégâts immenses que la gauche peut susciter partout où elle arrive au pouvoir, ces paroles me rassuraient.

 

Dois-je l’écrire ? Elles me rassuraient d’autant plus qu’Israël est un pays confronté à des dangers très concrets, qu’il s’agisse de la menace iranienne ou de la présence à l’extrême proximité d’Israël de deux entités islamistes vouées à la destruction du pays : l’une au Sud, le Hamas, qui occupe la bande de Gaza, l’autre à l’Ouest, l’Autorité Palestinienne, sur des terres de Judée-Samarie. Je n’ai cessé ces dernières années de dire et d’écrire que Binyamin Netanyahou est l’un des plus grands hommes d’Etat de ce temps, et que le fait qu’il soit Premier ministre est pour Israël un atout majeur.

 

Ces derniers temps, j’ai, je dois le dire, glissé vers l’inquiétude. Binyamin Netanyahou se trouve incriminé pour des motifs qui me semblent mineurs et très spécieux. La présomption d’innocence qui doit valoir dans un Etat de droit n’est pas respectée, et la gauche, qui n’est pas parvenue à gagner électoralement contre Binyamin Netanyahou, semble espérer se débarrasser de lui par d’autres moyens que le suffrage universel, et utiliser pour cela le harcèlement diffamatoire et l’instrumentalisation de la justice.

 

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Benny Gantz, Binyamin Netanyahou, une issue plus incertaine que jamais

 

En supplément, divers petits partis de droite ne semblent pas parvenir à s’entendre, et font courir le risque d’un émiettement des voix qui les mènerait à ne pas atteindre le seuil requis pour avoir des représentants à la Knesset. Peut-être parviendront-ils à s’unir et à remédier à l’émiettement. Au moment où j’écris ces lignes, ce n’est pas le cas.

 

Ce qui pourrait se profiler, si l’émiettement perdure, serait un scénario proche de celui qui s’est réalisé le 23 juin 1992. A l’époque, divers petits partis de droite sont restés divisés, et les voix qui se sont portées vers eux ont été perdues, ce qui a contribué à la défaite d’Yitzhak Shamir. Cette défaite a eu pour conséquence la formation d’un gouvernement de gauche dirigé par Yitzhak Rabin, et la suite est, hélas, bien connue ; elle a pour nom les Accords d’Oslo, le retour d’exil de l’OLP et de sa bande de terroristes et d’assassins antisémites, la création de l’Autorité Palestinienne et, très logiquement et très effroyablement, une explosion du nombre d’attentats terroristes meurtriers et d’assassinats en Israël. Une explosion qui a duré jusqu’à la construction de la barrière de sécurité qui, si elle n’empêche pas tous les attentats terroristes et tous les assassinats, en empêche quand même un très grand nombre.

 

Ce qui pourrait se profiler, donc, serait une victoire de la gauche. Quand bien même cette victoire ne serait pas celle de la gauche la plus inepte et la plus délétère (les travaillistes sont en grande difficulté, et la gauche plus extrême ne fait aucune percée significative), elle n’en serait pas moins la victoire d’une gauche dangereuse. Celle-ci tente de prendre un visage rassurant et centriste, et reposerait sur une alliance Yair Lapid-Benny Gantz, ce dernier étant censé incarner un semblant de fermeté en raison de son passé militaire.

 

Je dois le souligner dans le contexte de ce qui précède : une éventuelle victoire de cette alliance ne me rassurerait pas du tout. Lapid et Gantz utilisent un langage que je parviens aisément à décoder et parlent de la nécessité d’une “séparation” avec les “Palestiniens”. Ils envisagent, en filigrane, des concessions à l’”Autorité Palestinienne”. Gantz a tenu récemment des propos sur le retrait de Gaza qui m’ont consterné et ont montré à quel type de concessions il songeait (qu’il lui ait été conseillé ensuite de modérer son ardeur ne change rien).

 

Les gens de gauche (et ceux du centre gauche) ne semblent pas comprendre que toute concession face à une entité terroriste est conçue par celle-ci comme une victoire l’incitant à être plus sanglante. Ils ne semblent pas comprendre que la seule attitude appropriée face à une entité terroriste est de l’endiguer et, si possible, de l’écraser sans qu’elle puisse se relever, pas de se “séparer” d’elle en la récompensant de quelque manière que ce soit. L’Autorité Palestinienne est responsable de tous les meurtres d’Israéliens perpétrés ces derniers mois, strictement tous, y compris les plus abjects. Elle finance et récompense le terrorisme tueur de Juifs israéliens. Elle incite à l’assassinat de Juifs israéliens. Elle ne vaut fondamentalement pas mieux que le Hamas.


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Compromis entre la Russie, Israël, la Syrie et l’Iran (011302/19) Version imprimable
Analyse
mercredi, 13 février 2019

 

Par Stéphane Juffa

 

Avec Jean Tsadik

 

Il est possible d’écouter un résumé de cette information par Stéphane Juffa sur le podcast de l’émission Bruxelles-Métula de lundi dernier au micro de Jim Mosko, sur Radio Judaïca Bruxelles à l’adresse URL https://www.facebook.com/radiojudaica/videos/243812089889507/?t=1  

 

PREAMBULE

 

C’est un scoop énorme : à Métula, nous avons acquis la conviction absolue que la Russie se trouve à l’origine d’un compromis impliquant la Syrie, Israël et… l’Iran.

 

Attention, il ne s’agit pas d’un accord en vue de la résolution pacifique d’un conflit, non plus que d’une trêve, ces Etats restant en guerre, mais d’aménagements constituant un compromis. Lequel est destiné à la neutralisation d’activités spécifiques, ce qui est concurremment dans l’intérêt commun de ces parties.

 

Nous sommes parvenus à cette certitude non pas sur la base de fuites éventuelles, mais en effectuant des recoupements d’informations et de photographies diffusées par des organes étatiques et médiatiques. Et grâce à notre observation constante de la situation.

 

Il n’y a sans doute pas eu de discussions directes entre l’Iran, Israël et la Syrie. Nous sommes persuadés que c’est la délégation russe de haut rang qui a visité Israël il y a un peu plus de quinze jours qui a tout organisé. Moscou avait probablement négocié les conditions de la participation de Téhéran et de Damas préalablement avec eux.

 

Les négociations conduites en Israël ont été rapides, moins de deux jours selon notre estimation.

 

NATURE DU COMPROMIS

 

Les Iraniens ont quitté leur centre opérationnel en Syrie, situé sur l’Aéroport International de Damas [carte], dans le très vaste bâtiment appelé Maison de Verre. Ce site servait de quartier général au corps expéditionnaire iranien des Gardiens de la Révolution ainsi qu’à ses forces supplétives du Hezbollah et autres bandes armées. Les Iraniens géraient le trafic, l’entreposage et la transmission d’armes, de munitions et de matériel militaire et électronique à destination de leurs propres troupes et pour le Hezbollah au Liban. Ils disposaient d’une zone de fret réservée sur l’aéroport ainsi que de multiples dépôts, de surface et souterrains. Ils conservaient dans la zone de l’aéroport la plus grande partie de leur armement, y compris des missiles. C’est également dans la Maison de Verre que s’était installé le centre du Renseignement de la "République" Islamique d’Iran en Syrie.

 

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Sur ces prises de vues satellitaires de la société israélienne ISI on distingue sur la photo

de droite, prise le 18 janvier 2019, que les parkings de véhicules sont occupés. Sur l’image

de gauche, prise le 22 janvier, 2 jours après le raid israélien, ils sont vides, ce qui signifie

que la Maison de Verre n’est plus occupée

 

Les Iraniens se sont relogés sur l’aéroport T4, aussi dénommé Althias [carte], situé à 160km au nord-est de la Maison de Verre, au milieu du désert syrien, à 60km à l’ouest de la cité antique de Palmyre, et à 233km de Métula, la partie d’Israël la plus proche de T4.

 

Laquelle base aérienne où les forces khomeynistes ont réemménagé a été très utilisée par le contingent russe et l’Armée gouvernementale syrienne durant la guerre qui les a opposés aux combattants de l’Etat Islamique (DAESH) plus à l’Est. Depuis que l’EI a pratiquement été vaincu, principalement par les Peshmerga kurdes des YPG et les militaires de la Coalition Occidentale, les Russes et les Alaouites ont quasiment délaissé T4 et l’ont désormais confiée aux Iraniens.

 

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Service cartographique © Metula News Agency

Base : Google Map Pro

 

Les Gardiens de la Révolution khomeyniste disposaient depuis longtemps d’une section qui leur était réservée à T4 et qui a plusieurs fois été bombardée et détruite par le Khe’l Avir (l’Aviation israélienne). Ce, notamment les 9 juillet, 9 avril et 10 février de l’an dernier. En février, ce fut la riposte à l’envoi d’un drone bourré d’explosifs que Tsahal avait abattu au-dessus de la vallée de Bet-Shéan (Israël). Lors de la première réplique, ce jour-là, le Khe’l Avir avait perdu un F-16 sur le Golan, suite à une erreur du pilote. En représailles, les chasseurs-bombardiers à l’étoile de David avaient anéanti la section iranienne à T4 d’où le drone avait été lancé. Les photos exceptionnelles de l’incident sont encore visibles sur le site de la Ména.

 

Le gouvernement hébreu a accepté la requête des Russes de ne pas empêcher le déménagement des Gardiens de la Révolution, ce qu’ils auraient pu faire aisément. Jérusalem a aussi accédé à la demande de Moscou de ne pas effectuer de raids sur Damas tant que les Iraniens et les Syriens n’utiliseraient pas les aéroports et les autoroutes de la région damascène et du reste de la Syrie pour y amener et y convoyer des armes destinées à l’Armée perse et au Hezbollah. Tant, également, que les Iraniens et les Syriens ne tenteront pas de renforcer leur présence militaire à proximité du Golan. C’est d’ailleurs la politique israélienne depuis longtemps, Israël n’a pas modifié sa stratégie suite au compromis.

 

Mais depuis qu’il est en place et est respecté, le Khe’l Avir n’a pas eu à intervenir dans le ciel syrien. Alors qu’il y menait quasiment une opération par semaine en moyenne à la fin 2018, il n’a pas bombardé les positions syriennes et iraniennes depuis le 20 janvier dernier. Soit lorsque les Iraniens ont abandonné la Maison de Verre, avant même la venue de la délégation russe à Jérusalem.

 

LES RAISONS QUI ONT AMENE AU COMPROMIS

 

Comme on peut s’en persuader sur les photos, les dizaines de frappes de Tsahal sur les positions ennemies avaient fait très mal aux Iraniens et aux Syriens. Particulièrement les dernières, celles du 25 décembre, du 12 et du 20 janvier, que nous avons abondamment décortiquées dans ces colonnes.

 

Les Iraniens ont perdu des centaines d’hommes lors de ces attaques, qui s’ajoutent à leurs quelques 5 000 soldats qui sont morts depuis que Téhéran est intervenu en Syrie. De plus, Israël a détruit des centaines de tonnes de matériel qu’ils avaient acheminé à grands frais en Syrie, principalement dans les entrepôts de l’Aéroport International. La quasi-totalité desdits entrepôts a elle-même été oblitérée, ainsi que les défenses antiaériennes syriennes censées protéger ce périmètre [photo].

 

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Sur cette photo satellite d’ISI, prise après le raid israélien du 20 janvier,

on distingue les entrepôts iraniens détruits (notez la précision des destructions)

ainsi qu’un radar de tir (JY-27) et d’un Pantsir (Telar) un véhicule russe lanceur de

missiles antiaériens, tous deux oblitérés

 

Les ayatollahs ont été amenés à réaliser qu’ils ne possédaient pas les moyens de s’opposer à Israël et de réaliser leurs objectifs stratégiques en s’efforçant de reconstruire au fur et à mesure ce que nous leur détruisions. Qu’il s’agisse des armes ou des pertes humaines. De plus, en raison des sanctions économiques américaines terriblement efficaces, ils n’ont d’ailleurs plus les moyens de le faire.

 

Pour ne rien arranger aux affaires des Iraniens, durant les huit années qu’a duré la Guerre Civile en Syrie, et malgré leurs innombrables sacrifices, ils ne sont jamais parvenus – et ce n’est pas faute d’avoir essayé – à tirer le moindre projectile sur le territoire hébreu, ne serait-ce qu’une balle de fusil, ni à abattre un seul de nos avions ou à blesser le moindre de nos soldats. Leur bilan n’est pas maigre, il est vide.

 

Les Russes et les gouvernementaux syriens avaient également un grand intérêt à parvenir à un compromis avec Israël. Eux, dont l’ambition est de montrer qu’ils ont remporté la Guerre Civile et que le pays est désormais pacifié se voyaient démentis lors de chaque attaque israélienne.

 

En dépit des communiqués de leur propagande, annonçant que tous les missiles israéliens avaient été interceptés, nos pilotes détruisaient chaque fois et sans encombre la totalité de leurs objectifs. Cela causait une publicité exécrable pour l’image de la technologie russe et pour la vente de leur matériel militaire, à commencer par leurs systèmes de missiles antimissiles.

 

Désormais, les Russes peuvent affirmer pour la galerie que ce sont eux qui nous tiennent éloignés de Damas, et même clamer sur un air menaçant que nos attaques sont illégitimes et qu’elles doivent cesser, personne n’est dupe. Des images satellites montrent que les hommes de Poutine ont finalement déployé les S-300 qui, en septembre, étaient censés, selon le Kremlin, être opérationnels en une semaine. En réalité ils ne fonctionnent pas mieux que les dizaines d’autres missiles sol-air que nous avons désintégrés. Si Israël ne possédait pas la technologie pour brouiller les S-300 et les S-400, elle n’aurait jamais envoyé ses pilotes en mission des centaines de fois sur l’ensemble du territoire syrien. Y compris, le 18 septembre dernier sur Lattaquié, le centre névralgique du déploiement russe en Syrie protégé par des S-400.

 

L’Armée d’Assad a aussi subi d’énormes dégâts lors de nos raids des mois écoulés, tant sur le plan humain que matériel. Les dommages qu’elle a essuyés sont colossaux, particulièrement au niveau de ses infrastructures militaires. Et c’est l’aéroport international syrien, en fin de compte, qui a été ravagé, vague après vague, par nos assauts. Ces derniers ont coûté aux Syriens la majorité de leurs missiles de défense antiaérienne, et les Russes n’ont pas non plus les moyens ou l’envie de passer leur temps à les remplacer gratuitement.

 

Tant pour les Russes que les Syriens, les Israéliens ne constituent pas pour le moment le problème principal qui est en revanche l’obsession des ayatollahs. Or les sacrifices que la monomanie de Rohani leur a causés jusqu’à maintenant ne se justifient plus. C’est ce qui les a amenés à "encourager" les Perses à quitter Damas et à ne plus y revenir.

 

CHANGEMENT DE JEU

 

De fait, le repli des Iraniens vers T4 marque leur défaite militaire, leur débâcle même. Le miroir d’une stratégie hors de leur portée, d’une misérable adaptation tactique et d’un entêtement coupable autant qu’hors de prix.

 

Il y a plus grave, de leur point de vue : si les Israéliens les ont frappés trois fois à T4, rien de ce que je connais ne pourra les empêcher d’y intervenir une quatrième fois, voire une cinquième, si nécessaire.

 

La base aérienne d’Althias est une oasis dans le désert, tout ce qui s’y déroule est extrêmement visible à partir du ciel et de l’espace. Par exemple, contrairement à ce qui se passait à l’aéroport de Damas, où les vols des cargos iraniens se mélangeaient avec les vols civils, ceux de l’Armée syrienne et ceux du corps expéditionnaire russe, à T4, on sait que tous les mouvements aériens sont en principe destinés aux Gardiens de la Révolution, et cela les rend bien plus faciles à surveiller et terriblement vulnérables.

 

Pour les convois routiers d’éventuelles livraisons au Hezbollah au Liban, ils sont à découvert sur les routes du désert sur au moins une centaine de kilomètres, ce qui en fait des cibles pour Cessnas, non pour des F-35.

 

A regarder les choses en face, cet exil intérieur à proximité de Palmyre signifie en fait la fin de la double stratégie perse visant à constituer une présence offensive constante entre Damas et la frontière israélienne, ainsi qu’un pont aérien et terrestre permanent, afin d’approvisionner le Hezbollah au Liban, pour qu’il puisse éventuellement y ouvrir un second front face à l’Etat hébreu et aussi, s’assurer indéfiniment la mainmise sur le pays des cèdres.

 

La géographie et les rapports de force étant ce qu’ils sont, les stratèges de l’Armée iranienne sont bien conscients qu’il leur sera extrêmement difficile de monter des opérations contre Israël à partir de T4. Aussi, s’ils ont accepté d’y transférer leur quartier général, c’est pour protéger symboliquement leur honorabilité : ils n’abandonnent pas la Syrie, ils s’y déplacent. Cela est fait pour adoucir la pilule de la défaite et pour dissimuler la vérité aux Iraniens sans perdre la face.

 

Est-ce à dire que les ayatollahs ont hissé le drapeau blanc de la reddition ? Loin s’en faut : du point de vue politique, même si cela n’a ni queue ni tête sur le plan stratégique, la guerre contre Israël constitue un élément justificatif principal du maintien de la junte théocratique au pouvoir à Téhéran et des restrictions à peine supportables qu’elle impose à la population. Il faut conduire le Djihad contre les Juifs et cela justifie tous les sacrifices, il est même impossible d’en discuter.

 

Alors, si Téhéran a abandonné la confrontation de proximité, armée contre armée, à partir de Damas et des contreforts du Golan, il l’a immédiatement remplacée par deux alternatives stratégiques : la guerre à distance par missiles à longue portée, et la guérilla du Hezbollah pour déstabiliser le front du Golan.

 

Il y a dix jours, le régime des ayatollahs a annoncé le déploiement d’un missile de croisière de 1 200km, une portée qui épouse parfaitement la nouvelle option de guerre contre Israël. Deux jours plus tard, la junte chiite annonçait le lancement réussi d’un satellite dans l’espace, ce qui s’inscrit dans la même perspective de conflit à distance sans confrontation au sol.

 

La semaine dernière, la "République" Islamique [khomeyniste] d’Iran fêtait son 40ème anniversaire. A cette occasion, Yadollah Javani, le responsable des affaires politiques des Gardiens de la Révolution, a menacé de détruire des villes entières d’Israël au cas où les Etats-Unis attaqueraient la "République" Islamique.

 

Lundi soir, Binyamin Netanyahu a répondu à Javani : "Si ce régime commet la terrible erreur de tenter de détruire Tel-Aviv ou Haïfa, il n’y parviendra pas. Toutefois, ce serait le dernier anniversaire de la révolution qu’ils célèbreraient".

 

Sur le plan tactique, nous sommes, à Métula, d’accord avec M. Netanyahu : le rapport de force dans le domaine des missiles à moyenne portée, des armes de destruction massive et du spatial est encore plus au détriment de Téhéran que ce qu’il a tenté de faire depuis huit ans. Mais il est vrai que les menaces en l’air coûtent moins cher en hommes, en armes et en argent que la guerre en Syrie.

 

La seconde alternative stratégique a elle aussi été mise en œuvre sans tarder : avant-hier, le Hezbollah et les commandos pro-Assad druzes du village de Hader (Golan syrien, à 3.5km de la ville de Majdal Chams en Israël) composant le Fouj al-Joulan [régiment du Golan], conseillés par des officiers iraniens mais sans participation opérationnelle de soldats syriens et iraniens, a entrepris de déstabiliser la frontière du Golan entre la Syrie et l’Etat hébreu.


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Les principaux dirigeants européens inspirent le dégoût (info # 011002/19) Version imprimable
Analyse
dimanche, 10 février 2019

 

Par Guy Millière

 

J’aimerais ne pas avoir à ressentir de dégoût à l’encontre des principaux dirigeants européens, mais c’est impossible. Ils ne cessent de proclamer de grands principes et ne cessent de les trahir. Ils prétendent être du côté des droits de l’homme, mais leur définition des droits de l’homme est à géométrie très variable. Ils se sont indignés parfois des massacres commis par l’Etat Islamique en Syrie et en Irak. Ils ont qualifié Bachar al Assad de dictateur criminel. Ils sont prêts à pointer du doigt le prince héritier d’Arabie Saoudite Mohammed ben Salman lorsqu’il fait, sans doute, éliminer brutalement un agent des Frères Musulmans. Mais leurs grands principes s’effacent lorsqu’il s’agit des “Palestiniens” et leur attitude quand des attentats antijuifs sont commis sur la terre d’Israël ne cesse d’être empreinte de réserve, pour ne pas dire davantage.

 

Lorsque l’administration Trump leur a demandé, il y a quelques mois, de se comporter dignement et de ne plus financer l’Autorité Palestinienne tant qu’elle persistera à inciter au terrorisme et à rémunérer les tueurs de Juifs emprisonnés ou les familles de tueurs de Juifs morts, ils ne se sont pas contentés de faire la sourde oreille. Ils ont juré d’accroitre les sommes qu’ils versent à l’Autorité Palestinienne pour compenser le fait que les Etats-Unis ont nettement commencé à lui couper les vivres. Et lorsque l’administration Trump a décidé de cesser de financer l’UNWRA, en soulignant que ne pouvaient être définis comme réfugiés que des gens qui avaient effectivement quitté Israël en 1948-49, mais en aucun cas leurs enfants, leurs petits-enfants, leurs cousins ou les membres de leur famille par alliance, ils se sont empressés de dire qu’eux, ils allaient financer l’UNWRA bien davantage qu’ils ne l’avaient fait jusque-là et persister à considérer que le nombre de réfugiés est bel et bien celui donné par les organes de propagande palestiniens (cinq millions de personnes environ).

 

Leur attitude globale lorsque le Hamas a organisé les “pseudo-marches du retour” au printemps dernier a consisté à adhérer au discours de propagande du Hamas et à accuser mensongèrement l’Armée israélienne de commettre des massacres.

 

Et quand bien même quasiment plus aucun dirigeant israélien n’ose encore proposer une “solution à deux Etats”, quand bien même le monde arabe sunnite se fait très discret sur la question, et quand bien même l’administration Trump prépare en coopération avec le gouvernement israélien un plan de paix vraisemblablement très éloigné de la solution à deux Etats, ils continuent à prôner celle-ci, en insistant dès qu’ils le peuvent sur la nécessite absolue de diviser Jérusalem et de ne surtout pas y installer leurs ambassades.

 

Les grands principes des principaux dirigeants européens s’effacent aussi très prestement lorsqu’il s’agit du principal ennemi d’Israël, la République Islamique d’Iran. Celle-là a vu le jour il y a quarante ans en raison du comportement inepte et criminel du calamiteux Président américain Jimmy Carter ; mais si Khomeiny n’avait bénéficié de la bienveillance européenne en général et de celle de la France en particulier, son retour à Téhéran aurait été bien plus compliqué, peut être compromis.

 

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Les amis des Européens

 

Depuis, les principaux dirigeants européens ont eu bien trop souvent une attitude de compromission envers un régime infréquentable et répugnant. Ils ont commercé avec lui quand ils ont pu et respecté les sanctions à ses dépens lorsqu’il leur a été impossible de faire autrement. Ils se sont empressés de ratifier l’accord sur le nucléaire passé avec la théocratie de Téhéran et se sont précipités aussitôt l’accord signé pour passer avec les mollahs des contrats qu’ils espéraient lucratifs. Ce, sans prêter la moindre attention au comportement antisémite du régime et aux accents génocidaires et résolument anti-israéliens de ses dirigeants, sans prêter attention non plus aux exécutions d’Iraniens par centaines et à la misère généralisée d’un peuple entier.

 

Lorsque Donald Trump a décidé de sortir de l’accord parce que le régime ne le respectait pas, continuant ses activités nucléaires militaires, semant la guerre et la déstabilisation dans toute la région, et menaçant Israël plus précisément que jamais, ils ont tout fait pour continuer à commercer avec la dictature perse et se sont efforcés d’agir pour qu’elle ne s’effondre pas.

 

Ils viennent d’élaborer un mécanisme de troc censé leur permettre d’échapper aux sanctions américaines qui pourraient les frapper s’ils continuent à collaborer avec le régime des ayatollahs. Ils semblent prêts, pour y parvenir, à affronter les sanctions américaines.

 

Faut-il qu’ils tiennent à ce régime pour se comporter de la sorte !


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Turquie : La « Madurophilie » bat son plein (info # 010902/19) Version imprimable
Analyse
samedi, 09 février 2019

 

Par Ferit Ergil

 

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Erdogan avec Maduro, lors de sa visite à Caracas

 

Côté « people », la plupart des habitants d’Istanbul et ses 20 millions d’âmes n’avaient probablement jamais entendu parler du Venezuela ni de son Président Nicolas Maduro, dont la physionomie, avec ses grosses moustaches noires et sa carrure de lutteur, s’apparente à celle d’un Turc dans l’imagerie populaire d’ici ou d’ailleurs. Jamais entendu parler jusqu’à ce que la presse tabloïde fasse découvrir l’homme des Caraïbes dans un restaurant huppé d’Istanbul, en septembre 2018, lors de sa quatrième visite en Turquie en deux ans, sur son chemin de retour d’un voyage en Chine.

 

Ils dînèrent chez Nusret Gökçe, 35 ans, propriétaire d’une chaîne de steak house aux quatre coins de la ville, mais aussi à Dubaï et Doha, en passant par New York et Miami, qui aurait appris les métiers de la bouche en Argentine, après avoir abandonné les bancs de l’école à dix ans pour devenir apprenti boucher. Il est surnommé « Salt Bae », pour ses manières particulières de saupoudrer de sel ses grillades, dont le prix à la portion peut varier de 100 à 300 euros dans ses restaurants à la mode, lieu de rencontre des célébrités locales.

 

Les magazines people portèrent l’événement à la une, et le repas salé de Maduro fut ainsi connu du grand public. Y compris des habitants de son pays, dont la majorité doit faire face à des pénuries graves et à la sous-alimentation, avec des revenus ne dépassant souvent pas un euro par jour, compte tenu de l’inflation galopante et de la dépréciation du Bolivar, la monnaie locale.

 

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Maduro chez « Salt Bae » à Istanbul

 

La précédente visite relativement discrète de Maduro en Turquie et sa rencontre avec Erdogan datent des cérémonies d’intronisation de ce dernier, à l’été 2018 ; le Vénézuélien y était invité d’honneur.

 

Les media stambouliotes proches du Palais rapportèrent que l’enfant des Caraïbes portait un intérêt croissant pour la Turquie, appréciant particulièrement la série télévisée « La résurrection d’Ertugrul ». Une fiction ayant pour héros le père du fondateur de la dynastie ottomane, dont Maduro ordonna la diffusion sur les chaînes TV publiques de son pays, considérant que les deux pays, si éloignés géographiquement, étaient cependant très proches à l’heure des jets intercontinentaux, au point qu’ils partageaient les mêmes idéaux et la même destinée.

 

Turkish Airlines avait commencé à desservir Caracas dès 2016, l’année coïncidant avec l’accroissement des échanges commerciaux entre les deux pays, par 3 vols hebdomadaires, et les visas étaient supprimés de part et d’autre.

 

Après la réélection de Maduro, la presse le montra aux côtés du Président Erdogan, paré pour l’occasion des couleurs du pays hôte lors de sa visite à Caracas en Décembre 2018. Il reçut à cette occasion une réplique du sabre de Simon Bolivar, le "Libertador" emblématique du Venezuela. Les déclarations communes souligneront l’amitié inébranlable entre les deux nations, éprises de la démocratie et des droits de l’homme, luttant contre les « forces hégémoniques » (entendez l’Occident et l’inévitable impérialisme américain). Les deux hommes signèrent en cette occasion de juteux contrats afin de cimenter cette nouvelle amitié.

 

DES AFFAIRES EN OR

 

Le commerce turco-vénézuélien, quasi inexistant jusqu’alors, prendra son essor dès 2016, l’année suivant la tentative du coup d’Etat raté en Turquie contre Erdogan, et aussi celle de l’arrestation de l’un de ses protégés à Miami, un jeune homme d’affaire turco-iranien. Cela fut le prélude à la détérioration des relations entre Istanbul et Washington, parallèlement à leur divergence de positions sur la Syrie de plus en plus manifeste dès cette époque.

 

Le businessman appréhendé en Floride, Zarrab, naturalisé turc sous le le nom de Sarraf (bijoutier, en turc, par une curieuse coïncidence) s’était spécialisé dans le commerce de l’or. L’administration américaine lui reprochait principalement d’avoir enfreint l’embargo imposé à l’Iran en lui livrant de grosses quantités d’or, ainsi que de s’être livré au blanchiment d’argent et à diverses fraudes bancaires.

 

Durant son procès, Zarrab passa aux aveux, affirmant que toutes ces opérations se déroulaient sous le contrôle direct de Recep Erdogan. Peu après, plusieurs dirigeants de la banque étatique turque Halk Bank seront également arrêtés à leur arrivée sur le sol américain et inculpés sous les mêmes chefs d’accusation.

 

Après le putsch raté du 15 juillet 2015, imputé par la Turquie - régime et opposition réunis -, au prédicateur Fethüllah Gülen établi sur le territoire U.S. depuis de nombreuses années, les autorités d’Ankara réclameront son extradition. Mais l’administration américaine n’a pas donné suite à cette demande jusqu’à ce jour, ajoutant une pièce de plus à la discorde entre les deux gouvernements.

 

De plus, l’image de la Turquie se détériora brutalement aux yeux de l’opinion publique occidentale suite à la vague d’arrestations consécutives au putsch du 15 juillet. Erdogan, réélu de justesse président mais avec des pouvoirs étendus, se tournera vers de nouveaux horizons jusque-là inexplorés pour diversifier ses relations et ses échanges.

 

Ce qui amena précisément les échanges commerciaux turco-vénézuéliens à exploser entre 2016 et 2017, sur la base d’exportations turques de produits de première nécessité, tels la farine, les pâtes alimentaires, le savon, les couches pour bébés et différents produits cosmétiques. Le volume de ces exportations passera de 18 millions de dollars en 2016 à 38 millions en 2017. Dans le même temps, les importations en provenance du Venezuela, composées essentiellement des produits ferreux et pétroliers augmenteront de 65 à 117 millions au cours de la même période, présentant un excédent croissant en faveur de Caracas.

 

S’ensuivit un scoop décoiffant en 2018, lorsque la presse progouvernementale d’Istanbul révéla les projets de Maduro, consistant à détourner l’embargo occidental. Lequel embargo avait été décrété afin de sanctionner les atteintes répétées à la démocratie dans son pays : face aux difficultés économiques croissantes - une inflation record à un million de pourcents, entraînant la dépréciation du Bolivar, des pénuries, et un vaste mécontentement populaire -, on enverrait l’or vénézuélien aux Emirats Arabes Unis pour l’échanger contre des euros et des dollars qui font crucialement défaut à Caracas.

 

Peu après cette nouvelle, la Ména turque apprenait que le nouveau ministre de l’Industrie du Venezuela, Tareck Zaidan El Aissami Maddah, un curieux personnage d’origine libano-syrienne, objet de maintes allégations de connivence avec le narcotrafic et de blanchiment d’argent, et ancien vice-président de Maduro, effectuerait une visite à Çorum ; une ville du centre de l’Anatolie de moyenne importance.

 

Seul attrait économique notable de Çorum, on y trouve une unité moderne spécialisée dans le traitement de l’or, qui y fut installée par les bons soins de la famille Ahlatçi depuis 2012. L’activité commerciale de cette entité vit le jour dans les années 80 sous la forme d’une modeste bijouterie dans une bourgade de province, et se poursuivit par un étonnant partenariat avec le géant énergétique russe Gazprom pour la distribution de gaz dans les provinces de l’Anatolie centrale.

 

En 2016, prenant des parts de plus en plus importantes dans le commerce de l’or sur le marché domestique, le business des Ahlatçi atteignit un chiffre d’affaire de plus de 8 milliards de dollars. Un pur exemple de « miracle économique » de l’ère Erdogan.

 

En Juillet 2018 nous apprenions par la presse provinciale locale que le chef du clan Ahlatçi, Ahmet Ahlatçi, avait personnellement été présenté à Maduro par Erdogan, et que la visite de la raffinerie d’or de Çorum avait « ébloui » Tareck Maddah. A court terme, le commerce entre les deux pays devrait maintenant atteindre le volume d’un milliard de dollars.

 

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Erdogan présentant Ahmet Ahlatçi à Maduro

 

Le ministre vénézuélien chargé des mines, Victor Cano, annonçait à son tour à la presse turque que : « le raffinage de l’or, sa transformation en pièces certifiées, habituellement effectués en Suisse, seraient désormais confiés aux "pays alliés" ».

 

Un « Conseil d’Affaires Turco-Vénézuélien » a été créé pour superviser le commerce grandissant entre les deux pays. Sa direction a été confiée à un homme d’affaires fraîchement émoulu, Selim Bora, dont l’activité principale connue jusqu’alors était le tourisme.

 

Ce qui ne l’a pas empêché de s’épandre sur les « avantages mutuels » de la coopération turco-vénézuélienne devant les caméras de la BBC. Bora y a souligné les possibilités de troc entre les deux pays, qui ouvriront des champs d’activités nouveaux aux entrepreneurs turcs en échange de produits pétroliers. Une manne également pour les entreprises turques du bâtiment.

 

Hayri Küçükyavuz, installé à Caracas depuis 24 ans et responsable local du bureau de Müsiad, une association « indépendante » d’hommes d’affaires turcs proches du pouvoir erdogiste, s’est lui aussi exprimé sur une autre affaire en or : « Le responsable de la pénurie », imputa-t-il, « c’est le capitalisme. Le gouvernement vénézuélien propose dès lors aux Turcs l’exploitation de ses mines d’or. Lesquels toucheront 70% du produit extrait et raffiné, à condition de mettre en place les installations à leur charge ; 30% du produit reviendra à l’Etat vénézuélien sous forme de don. Beaucoup d’entreprises turques sont intéressées » a déclaré Küçükyavuz en conclusion.

 

On le serait à moins devant un régime prêt à brader de la sorte ses richesses naturelles.

 

CONVERGENCES POLITIQUES

 

Depuis la fin janvier dernier, le Venezuela a pris subitement le devant de la scène dans les media mondiaux, tandis que la presse turque se porte à l’unanimité au soutien de Maduro face aux pressions occidentales.

 

Les quelques rares voix de la presse stambouliote laïque, difficilement tolérées par le pouvoir qui contrôle la quasi-totalité des publications, sont vite étouffées. A l’exemple de celle d’Yilmaz Özdil, éditorialiste au quotidien Cumhuriyet [la République] d’Istanbul, qui s’interroge en vain : « OK », écrit Özdil, « Trump est mauvais, mais cela fait-il de Maduro un bon ? ».

 

Un de ses confrères lui répliqua que toutes les pénuries alimentaires au Venezuela sont l’œuvre de capitalistes sans vergogne, qui veulent saboter le socialisme. La gauche turque, très affaiblie depuis la fin de l’ère stalinienne dans ses variantes russe et chinoise, subjuguée par les discours socialistes de façade de Chavez, le défunt prédécesseur de Maduro, s’aligne sur son pouvoir à l’image d’un Mélenchon français, ne manquant pas, en passant, de condamner les exactions policières à Paris.

 

La gauche turque soutient ainsi le régime à l’agonie dans les Caraïbes, tolérant en fait les pires atrocités au nom de l’antiaméricanisme et d’un socialisme devenu totalement chimérique.

 

Les clés de ce soutien nous sont livrées sans circonvolutions inutiles par une courtisane d’Erdogan, l’une de ses admiratrices sans faille basée à Paris, présidente et rédactrice en chef d’une officine de propagande sur le Web, la Red’action, Öznur Küçüker Sirene. Cette dernière nous apprend à l’occasion que la Turquie et la Russie ont été les principaux acheteurs d’or dans le monde en 2018, et détaille les convergences entre la Turquie et le Venezuela dans un article de fond sur le site en français de la Radio-Télévision Turque, sous le titre : « Pourquoi Erdogan est-il un fervent défenseur de Maduro ?

 

Deux pays lointains qui se battent contre les mêmes pressions des Etats-Unis et d’autres pays occidentaux qui souhaitent les contrôler en raison de leur importance géostratégique : la Turquie et le Venezuela ainsi que leurs chefs d’Etat n’ont jamais été aussi proches ».


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La persécution des chrétiens (info # 010802/19) Version imprimable
Analyse
vendredi, 08 février 2019

 

Par Raphaël Delpard

 

Les chrétiens constituent actuellement dans le monde la communauté la plus persécutée.

 

Les soulèvements populaires qui eurent lieu au Proche-Orient à compter de 2010 et que la presse européenne baptisa "Printemps arabes" furent un désastre pour les populations, qu’elles soient Arabes musulmanes ou Arabes chrétiennes.

 

L’effondrement de ces sociétés eut au moins le mérite, si l’on veut bien accepter l’expression, de mettre en lumière la situation des chrétiens. Et l’on put alors constater à quel point ces populations étaient - et le sont toujours - dans une situation d’extrême survie.

 

Les chrétiens d'Orient, habitant dans des pays à majorité musulmane, sont considérés par les Occidentaux comme des pièces rapportées. L’histoire ne s’est pas écrite de cette façon ; ce fut l’inverse qui a prévalu. Les coulées musulmanes conquérantes contraignirent les populations à l’adoption de la langue arabe, et il y eut des autochtones qui, pour survivre, se convertirent. Rappelons que les chrétiens d’Orient, qui sont évoqués ici, sont les peuples souches des pays que l’islam a envahis.

 

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En Iran : un régime que l’Union Européenne s’efforce de préserver

 

Si nous évoquons en permanence la situation des chrétiens d’Orient, ceci s’explique par la proximité culturelle et spirituelle qui nous lie avec les peuples d'origine. Les premiers évangélisateurs qui débarquèrent en Europe, et plus particulièrement en France, vers 132 après l’avènement du Christ, étaient des Grecs. C’est à cause de cela que les Européens, et parmi eux les Français, tournent plus volontiers leur regard dans la direction du Proche-Orient, oubliant le reste du monde. La France a été durant des années protectrice des chrétiens d’Orient.

 

On compte environ 2 milliards 200 millions de chrétiens sur la planète. Peut-être le chiffre est-il plus élevé. Il faut savoir que, par souci de sécurité, des chrétiens préfèrent de ne pas se déclarer en tant que tels.

 

On comptait, il y a dix ans, 50 pays où la persécution était visible et constante. Le recensement de 2019 accuse le chiffre de 73. L’augmentation est considérable. Les 23 Etats supplémentaires se tenaient auparavant devant le portillon. Constatons qu’ils l’ont franchi.

 

Au moment où vous lisez le texte, dites-vous que 245 millions de femmes, d’hommes et d’enfants dans le monde sont persécutées en raison de leur foi chrétienne. Ce qui est contraire à l’article 18 de la Charte universelle des droits de l’homme, initiée par Eléonore Roosevelt en 1948.

 

Revenons une année en arrière, et constatons qu’en 2017 et 2018, pour être le plus précis possible, les chrétiens persécutés s’élevaient à 215 millions. Voyez la différence en deux ans.

 

Si nous voulons évaluer l’ampleur du désastre au niveau européen, imaginons que les populations de France, d’Allemagne, d’Italie, de Belgique, d’Autriche et de Hollande seraient chaque jour en bute aux pires maltraitances : bastonnades, lapidations, tortures en tous genres, viols, emprisonnements, discriminations, assassinats. Sur simple dénonciation, chaque individu peut être à tout moment accusé de blasphème, comme ce fut le cas de cette chrétienne pakistanaise, Asia Bibi, qui fut emprisonnée durant neuf ans et condamnée à la pendaison pour avoir bu par mégarde un verre d’eau provenant d’un puits qui était réservé à des ouvrières musulmanes. En le faisant, elle avait blasphémé le prophète.

 

Pour nous résumer, 1 chrétien sur 9 dans le monde est persécuté :

 

1 chrétien sur 6 est fortement persécuté en Afrique.

1 chrétien sur 3 est fortement persécuté en Asie y compris au Moyen-Orient.

1 chrétien sur 21 est fortement persécuté en Amérique latine.

 

Arrêtons-nous un instant sur Cuba, tant choyé par la gauche européenne, qui occupe la 9ème place dans la liste des pays persécuteurs. Voici ce que nous en dit l’Index mondial de la persécution des chrétiens de 2019, éditée par l’ONG Portes Ouvertes :

 

Le contrôle totalitaire du régime sur les citoyens et leurs droits individuels n’a pas changé, notamment en ce qui concerne les activités de l’Eglise. Les chrétiens continuent d’être particulièrement vulnérables.

 

L’évocation de "persécution des chrétiens" ne livre pas ce que recouvre la réalité. De quelles persécutions les chrétiens sont-ils les victimes ?

 

Tracasseries administratives. Discrimination concernant l’attribution d’un emploi ou l’entrée dans une université. Discrimination dans l’administration. En Egypte, les Coptes ne peuvent pas postuler à un emploi dans une administration ou faire carrière dans l’Armée. Viol des femmes, enlèvement des adolescentes ensuite mariées de force à un musulman. Prison, violence. Eglises fermées ou incendiées.

 

Bientôt, il ne restera plus de chrétiens dans les pays persécuteurs. En Syrie, la guerre les a contraints à un exil forcé. Depuis les événements ils sont passés de 25% de la population à 2%.

 

Lors d’un procès, quel qu’en soit le motif, le chrétien en face d’un musulman ne sera jamais acquitté, mais de facto reconnu coupable.

 

La liste serait incomplète si n’y figurait pas l’extrémisme islamique.

 

Pourquoi, au XXIème siècle, tue-t-on des chrétiens ? La question nous entraîne sur le chemin cahoteux de la faillite des Etats, la disparition de la liberté religieuse, la découverte de la charia comme référence au sein des organisations internationales, à l’exemple de l’ONU et de la Cour européenne des droits de l'homme.


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Bruxelles-Métula du 4 février 2019 (010202/19) Version imprimable
Radio/audio - interview/reportage
lundi, 04 février 2019

 

INTERVIEW IMPORTANTE : tout sur les nouvelles armes développées par l’Iran, sur leur dangerosité réelle pour Israël et pour l’Europe.

 

Le Général Hossein Salami, no.2 des Gardiens de la Révolution Islamique, menace Israël de la détruire en trois jours avec la "capacité stratégique" développée par l’Iran, mais avec quels moyens ? Il affirme que les Israéliens n’auront pas suffisamment de tombes pour enterrer leurs morts.

 

Pourquoi cette affirmation est en fait un aveu de faiblesse qui trahit ce général.

 

Dans quels domaines les Perses sont-ils vraiment dangereux ?

 

Beaucoup d’informations exclusives jamais évoquées jusqu’à présent.

 

Une analyse de Stéphane Juffa au micro de Jim Mosko, pour l’émission Bruxelles-Métula sur Radio Judaïca Bruxelles.

 

https://youtu.be/VAG9_E05smg  (Youtube).

https://www.facebook.com/radiojudaica/videos/2307385752813257/?t=8

(Facebook Radio Judaïca)

 

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Ou de l’Iran…

 

 
“Devoir de mémoire” et détestation d’Israël (info # 010302/19) Version imprimable
Analyse
dimanche, 03 février 2019

 

Par Guy Millière

 

Le 27 janvier dernier était la journée internationale de commémoration de la  Shoah. C’était aussi le 74ème anniversaire de la chute du camp d’extermination d’Auschwitz.

 

Les derniers survivants de la Shoah se font rares. Les articles dans la presse française sur le sujet se font plus rares encore. Pour une raison logique. Ces dernières années, une irritation est montée dans les opinions publiques européennes au nom du fait qu’il était bien trop question de la Shoah et qu’il était temps de tourner la page. La presse française en a tenu compte et s’est adaptée, ce qui, je pense, ne lui a pas été très difficile.

 

Je ne peux m’empêcher de me souvenir que lorsque j’étais enfant, nul ne parlait de l’extermination des Juifs d’Europe dans les cours d’histoire : c’était à l’évidence un sujet tabou qu’il fallait occulter. Le film "Nuit et brouillard" était projeté dans les écoles et les lycées, mais il y est question de déportations, de camps de concentration et des horreurs du nazisme, mais pas de ce que les nationaux-socialistes allemands ont appelé la “solution finale”.

 

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Je dois me rappeler que j’ai découvert ce qui s’était passé bien plus tard, alors que j’allais avoir vingt ans, grâce à une survivante d’Auschwitz qui m’avait expliqué ce qu’était le tatouage bleu qu’elle portait sur son bras. Elle m’avait dit que dans les années 1945-50, la vérité n’intéressait personne.

 

Je dois me rappeler qu’on a commencé en France à parler de l’extermination des Juifs d’Europe lorsque la série télévisée américaine "Holocauste" a été diffusée très largement, et je dois me rappeler aussi qu’à ce moment, nombre de gens ont réagi sur le mode hypocrite de la “surprise”, et en disant “nous ne savions pas”. Que les gens de ma génération, nés après la Guerre, n’aient pas su n’était pas étonnant. Que des gens qui avaient atteint l’âge adulte en 1940 n’aient pas su était bien davantage qu’improbable.

 

Je dois me rappeler que le film "Shoah" de Claude Lanzmann est venu ensuite, et qu’a été imposé en France ce qu’on a appelé un “devoir de mémoire”. Et je dois dire que l’expression “devoir de mémoire” a toujours laissé un goût amer en moi. Après l’amnésie et l’occultation, il a fallu retrouver la mémoire, mais ce fut un devoir, un exercice imposé qui ne pouvait que finir par irriter un nombre croissant de ceux à qui il était imposé.

 

Je dois constater que l’époque où le “devoir de mémoire” a été imposé a été aussi celle ou la détestation de l’Etat d’Israël a commencé à envahir l’atmosphère française, en même temps que le soutien à la “cause palestinienne”. Et je dois dire que je n’ai pas vraiment vu là un hasard.

 

Les Français avaient soudain l’obligation de se souvenir du crime abject commis en Europe contre les Juifs et ne pouvaient plus l’occulter. C’était, ont pensé des Français, la faute des Juifs. S’il n’était pas resté des Juifs susceptibles de parler du crime abject, nul n’en aurait parlé. Et il y avait même un Etat juif et un mémorial, Yad Vashem, destiné à faire que le souvenir du crime ne s’efface pas !

 

Accuser l’Etat juif de tous les maux fut une compensation, et accuser les soldats juifs de se comporter comme des nazis devint un moyen, pour des Français, de se déculpabiliser : si des Juifs sont nazis désormais, a-t-on commencé à entendre, Auschwitz n’est plus qu’une horreur à classer parmi d’autres horreurs. On a parlé de “concurrence des mémoires” en comparant la Shoah à de multiples crimes, dont, bien sûr, celui censé être commis par Israël contre les “Palestiniens”. Avec une perversité cynique et calculée, les propagandistes “palestiniens” et “propalestiniens” en ont rajouté en s’efforçant de comparer le sort des “Palestiniens” à celui des Juifs sous les nazis. On parla de la "nakhba", censée être l’équivalent “palestinien” de la Shoah. On parla de “diaspora” palestinienne et de la Palestine comme de la terre promise des “Palestiniens”. 

 

En France, on n’évoque plus guère la journée internationale de commémoration de la Shoah, non.

 

On évoque toujours l’antisémitisme, mais c’est le plus souvent pour le brandir tel un ustensile idéologique destiné à diaboliser quiconque défend la civilisation occidentale et la souveraineté nationale, et on évoque rarement l’antisémitisme qui agresse les Juifs en France : l’antisémitisme islamo-gauchiste. C’est normal : les antisémites islamo-gauchistes sont “propalestiniens” et détestent l’Etat juif qui est l’Etat qu’il est bienséant de détester en France.

 

J’écoute assez peu les radios françaises. En cherchant ce qui avait pu se dire ou s’écrire en France sur le 27 janvier, je suis tombé sur une chronique de l’infâme François Clemenceau, qui a autrefois été un grand désinformateur sur les Etats-Unis. Après s’être verbalement “inquiété” de la remontée de l’antisémitisme en France (et après avoir accusé les “gilets jaunes” d’être antisémites avec des mots que n’aurait pas désavoué Benjamin Griveaux1), cet abject individu a osé dire que l’on peut ne pas être antisémite et critiquer la “colonisation” de la “Palestine” par Israël et les exactions et les crimes du “gouvernement d’extrême droite” de Netanyahou.

 

On peut cacher son antisémitisme sous l’antisionisme politiquement correct, n’est-ce pas Monsieur Clémenceau ?

 

 

 

Note :

1 Secrétaire d'Etat auprès du Premier ministre et porte-parole du gouvernement actuel en France

 

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Bruxelles-Métula du 28 janvier 2019 (012801/19) Version imprimable
Radio/audio - interview/reportage
lundi, 28 janvier 2019

 

Tout savoir sur le rapport de force entre Israël et le Hezbollah libanais.

 

Les capacités militaires de la milice chiite, son aptitude à mettre ses menaces à exécution, le risque réel de déclenchement d’un conflit ainsi que l’allure qu’il prendrait, et les moyens de dissuasion à disposition de Tsahal.

 

Une analyse de Stéphane Juffa au micro de Jim Mosko, pour l’émission Bruxelles-Métula sur Radio Judaïca Bruxelles.

 

https://youtu.be/UP5i5Yc3pKQ  (Youtube).

https://www.facebook.com/radiojudaica/videos/343473039600545/?t=12  

(Facebook Radio Judaïca)

 

 

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Hezbollah, la milice chiite libanaise : des références on ne peut plus claires

 

 
La dérive des Démocrates U.S. vers l’islamisme et l’antisémitisme se poursuit (info # 012701/19) Version imprimable
Analyse
dimanche, 27 janvier 2019

 

Par Guy Millière

 

Dans les grands media américains et dans quasiment tous les media européens, le passage aux Etats-Unis de la Chambre des Représentants à une majorité Démocrate a été présenté comme une très bonne nouvelle. La détestation de Trump chez tant de journalistes est telle que la perspective de voir démarrer une procédure d’empêchement contre lui fait frémir d’impatience dans nombre de rédactions. Au point que ceux qui frémissent d’impatience semblent oublier que même si une procédure d’empêchement s’amorçait, elle n’irait pas à son terme et ne déboucherait sur rien, puisque les Républicains ont une majorité accrue au Sénat.

 

La plupart de journalistes se gardent bien de dire que le dossier du grand inquisiteur Robert Mueller est vide de tout élément montrant une “collusion” de Trump avec la Russie, ou une “obstruction” à la justice de la part du Président. Ils continuent toutefois à utiliser délibérément des formules ambiguës destinées à laisser penser que Mueller a peut-être trouvé quelque chose. Ils présentent les élus Démocrates à la Chambre des Représentants comme simplement des gens de gauche, voire, quelques-uns d’entre eux, comme des socialistes (ce qui, pour la plupart des journalistes, est très positif). Et quand Trump ose critiquer certains élus Démocrates, les mêmes journalistes s’empressent de le traiter de “raciste”, sans dire un seul instant pourquoi Trump les critique.

 

La réalité est que le parti Démocrate a, depuis les années Obama, glissé très nettement vers l’extrême gauche. Ceux de ses membres qui ne sont pas d’extrême gauche se gardent bien de se démarquer de ceux qui le sont et de dénoncer ces derniers de quelque façon que ce soit.

 

Des incitations à la violence contre les Républicains énoncées à de nombreuses reprises par Maxine Waters auraient fait scandale il y a dix ou quinze ans, mais aujourd’hui, elles semblent non seulement tolérées mais encouragées au sein du parti. Maxine Waters va se retrouver à la tête de la Commission des Finances de la Chambre, où elle se promet de faire “rendre gorge” aux banquiers, utilisant ainsi un vocabulaire digne des marxistes-léninistes européens.

 

Mais il y a plus grave.

 

Une excitée venue de New York, Alexandria Ocasio-Cortez, n’est pas simplement “socialiste” comme cela se dit. Elle admire des régimes criminels comme le régime vénézuélien, et est résolument anti-israélienne et propalestinienne. Elle siègera elle aussi à la Commission des Finances.

 

 

Il y a plus grave encore.

 

Il y avait déjà des Démocrates convertis à l’islam et soutenant des causes islamiques et la cause palestinienne à la Chambre des Représentants (le nom d’Andre Carson doit ici être cité). Il y a maintenant deux islamistes explicitement antisémites et très expressément haineuses à l’encontre d’Israël, Rashida Tlaib, qui, bien que née à Detroit, se proclame “palestinienne”, et Ilhan Omar, somalienne arrivée aux Etats-Unis en tant que réfugiée en 1995, à l’âge de quatorze ans.

 

Rashida Tlaib a fêté sa victoire en compagnie de gens infréquentables tel Abbas Hamideh, qui milite depuis des années aux Etats-Unis pour le Hamas et le Hezbollah, et soutient la “nécessité” de détruire Israël.

 

Ilhan Omar a quant à elle noué des liens avec des organisations islamiques qui soutiennent le Hamas. Elle sera la première femme portant un voile islamique à siéger au sein du Congrès américain, où la règle a été, depuis la fondation du pays, que les élus s’abstiennent de tout recours à des signes religieux.

 

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Le voile islamique au Congrès : la démocratie américaine n’est plus ce qu’elle était

 

Elle est résolument “propalestinienne”, absolument anti-israélienne et a traité plusieurs fois Israël de “force du mal” et d’ “Etat d’apartheid”.

 

Elle et Rashida Tlaib soutiennent le mouvement BDS.

 

Ilhan Omar a été choisie par Nancy Pelosi pour siéger à la Commission des Affaires Etrangères.

 

Que des islamistes antisémites et anti-israéliens, liés à des soutiens d’organisations terroristes islamiques puissent siéger à la Chambre des Représentants doit faire se retourner dans leurs tombes les pères fondateurs.


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Bruxelles-Métula du 21 janvier 2019 (032101/19) Version imprimable
Radio/audio - interview/reportage
lundi, 21 janvier 2019

 

Stéphane Juffa raconte le déroulement du méga-affrontement entre Israël, les Syriens et les Iraniens, hier et cette nuit

 

Une analyse de Stéphane Juffa au micro de Jim Mosko, pour l’émission Bruxelles-Métula sur Radio Judaïca Bruxelles.

 

https://youtu.be/Ey8cAky_TUc  (Youtube).

https://www.facebook.com/radiojudaica/videos/487920221735370/?t=20(Facebook Radio Judaïca)

 

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Un F-16 et un F-35 de l’Aviation israélienne

 

 
Le racisme rend idiot (info # 022101/19) Version imprimable
Réinformation
lundi, 21 janvier 2019

 

Par Ilan Tsadik

 

Etonnement, ce lundi matin, en procédant à ma revue de presse quotidienne. Je suis tombé sur un article du Monde, "avec AFP et Reuters publié aujourd’hui à 01h33, mis à jour à 09h56" qui fera date et qui constituera à n’en point douter un morceau d’anthologie dans les annales du journalisme.

 

Une dépêche censée revenir sur les affrontements de cette nuit entre Tsahal, d’une part, les Syriens et les Iraniens, de l’autre.

 

Juste sous le titre "Syrie : des frappes israéliennes menées sur des cibles iraniennes", une photo de guerre saisissante signée Jalaa Marey de l’AFP, montrant des soldats israéliens en plein combat face à leurs ennemis sur le mont Bental, dans le nord du plateau du Golan [carte].

 

Mentionnant la légende idoine :

 

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"Des soldats israéliens au mont Bental, territoire occupé, le 20 janvier. JALAA MAREY / AFP"

 

Tous les prétextes sont toujours bons pour rappeler que le Golan est un "territoire occupé" par Israël. Toujours cette discrimination à caractère raciste, qui pousse ces journaleux français à omettre la même mention lorsqu’il s’agit de qualifier les occupations turque, russe, iranienne, libanaise en Syrie. C’est vrai que ceux-là ne sont pas juifs.

 

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Marey, un reporter de guerre de l’AFP,

toujours prêt à risquer sa vie pour l’amour de notre métier

 

Mais là n’est pas la question, ce matin, ou presque pas. Car les soldats de Tsahal courageusement lancés à l’assaut des positions ennemies, ce 20 janvier 2019, sont en fait des… statues ! De simples silhouettes plates découpées dans des plaques de tôle.

 

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Des silhouettes plates découpées dans du métal de récup

 

Et pas des œuvres hyperréalistes, naan, de simples profils plats, construits par le sculpteur Joop de Jong avec du métal de récupération. De Jong, d’origine néerlandaise, est membre du kibboutz Merom Golan tout proche, et il a réalisé cette fiction peu après son arrivée, dans les années 70.

 

Ban, on a beaucoup travaillé cette nuit et on ne va pas se lancer dans une nouvelle enchère de superlatifs : Jalaa Marey est simplement un faussaire, stipendié par un employeur médiocre, à nouveau surpris en flag de mise en scène de l’actualité.

 

Sauf que sur ce coup, ils sont désopilants.

 

Précision : Jalaa Marey ne peut pas avoir été trompé par la perspective, car il est nécessaire de s’approcher des statues pour les photographier. Je les connais très bien, elles se trouvent près du sommet du mont Bental, un volcan éteint, et il n’est pas possible de les photographier depuis une voiture.

 

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Service cartographique © Metula News Agency

 

La question qui se pose est : de qui se moque Marey ? De son employeur ? Du Monde ? Des millions de consommateurs de nouvelles de l’AFP, régulièrement abusés par les fausses informations de l’agence de presse gouvernementale française, que l’on accuse souvent d’être la porte-parole de Quai d’Orsay et de sa "politique arabe de la France".

 

C’est tout, mais c’est monumental. On va voir, par simple curiosité, si Le Monde et l’AFP publient un correctif d’excuses à l’intention de leurs lecteurs. Parce que l’on n’a pas le droit de se foutre de ses clients de la sorte ! En riant à l’avance, d’imaginer l’explication qu’ils pourraient leur fournir.

 

On va voir aussi si Jalaa Marey se fait virer par l’AFP, parce que si un reporter ne se fait pas licencier après cela, c’est que tout est permis dans le métier.

 

Même envoyer des statues à la guerre pourvu que l’on fustige Israël ?  

 

 
L’une des plus grosses frappes israéliennes se déroule cette nuit sur la Syrie (012101/19) Version imprimable
Breaking News !
dimanche, 20 janvier 2019

 

© Metula News Agency

 

Métula, lundi, 03h15, 02h15 à Paris

 

Une fois n’est pas coutume, le porte-parole de Tsahal a communiqué en temps réel, à 1h30 locale, que le Khe’l Avir, l’Aviation israélienne, était en train de bombarder des objectifs appartenant à la Force Qods [fars. : Jérusalem] des Gardiens de la Révolution khomeyniste.

 

Des témoins sur place rapportent d’énormes explosions, à l’occasion de "l’attaque la plus intense de ce genre à laquelle nous ayons assisté". L’aéroport international de Damas, sur lequel les Russes ne travaillent pas de nuit, constitue l’une des cibles principales des attaques, de même que des bases iraniennes, gouvernementales et du Hezbollah dans toutes les banlieues de la capitale. De nombreux dépôts d’armes et de munitions sont la proie des flammes.

 

L’Armée israélienne a par ailleurs "averti les Forces Armées Syriennes de ne pas attenter au territoire ou aux Forces israéliens".  

 

La défense antiaérienne de l’ennemi tire des dizaines de missiles, notamment à proximité du Golan, de manière très désordonnée. Quelques bruits d’explosions parviennent jusqu’à Métula, à moins de vingt kilomètres de la frontière syrienne.

 

Les media officiels syriens ont tout d’abord annoncé que "les moyens de défense antiaérienne sont en action contre des cibles ennemies et parviennent à en abattre certaines".

 

Un peu plus tard, le ton a changé ainsi que le contenu des communiqués : ceux-ci font état de ce "qu’à partir d’1h10 locale, une vaste attaque [israélienne] se déroule dans les airs et au sol, par vagues successives". [Voir la vidéo d’un organe officiel syrien montrant des impacts de missiles israéliens].

 

Les mêmes sources indiquent que l’Aviation israélienne intervient à partir du lac de Tibériade, du Doigt de la Galilée [où se trouve notre rédaction] et depuis le ciel libanais. Les Israéliens utiliseraient de nombreuses sortes de munitions, y compris des "missiles guidés".

 

Il est fort possible que d’autres raids se déroulent durant la nuit et au lever du jour de lundi. Les équipes de la Ména sont à pied d’œuvre dans toute la région.

 

 
Le missile sol-sol syrien visait des skieurs israéliens (022001/19) Version imprimable
Breaking News !
dimanche, 20 janvier 2019

 

© Metula News Agency

 

Métula, 00h, 23h à Paris

 

Nous sommes enfin en mesure de décrire les événements qui se sont déroulés ce dimanche entre Israël et la Syrie. Ce, avec plusieurs heures de retard, tant nos sources d’informations attitrées se sont montrées discrètes dans un premier temps, et tant ce qui s’est passé fut inhabituel et a surpris (presque) tout le monde.

 

Le premier acte de la journée a eu lieu à midi-cinquante aux abords de l’aéroport international de Damas. Le terme "aux abords" est important dans notre narratif, car l’aéroport lui-même n’a pas été touché par les frappes attribuées au Khe’l Avir, l’Aviation israélienne, par des sources étrangères.

 

Les choses étaient rendues difficiles pour les pilotes hébreux, car la Russie avait averti Jérusalem qu’elle se livrait ces jours à des travaux d’entretien sur les voies d’accès aux pistes (taxiways) et sur les aires de chargement des marchandises.

 

Les Iraniens, conscients du fait que les Israéliens ne bombarderaient pas l’aéroport international pour ne pas risquer de blesser des membres du contingent de Poutine, entendirent tirer profit de la situation en organisant un vol de la compagnie perse Mahan Air de l’aéroport de Téhéran à celui de Damas. Le client principal de Mahan Air est la Force Qods [Fars. : Jérusalem] des Gardiens de la Révolution Islamique (GRI), l’avion utilisé était l’Airbus A310 immatriculé EP-MNX ; il transportait vraisemblablement du matériel destiné au Hezbollah libanais ainsi qu’au corps expéditionnaire des GRI, et, peut-être, des responsables de haut rang de ces deux corps.

 

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L’Airbus iranien EP-MNX (archives)

 

L’Airbus se trouvait en phase d’approche, au-dessus de la localité d’Otaybah, à 8km de la piste 23, lorsque le raid israélien a été déclenché. Pour les chasseurs-bombardiers à l’étoile de David, il s’agissait principalement de dissuader l’A310 de se poser, tout en épargnant les soldats du Tsarévitch.

 

Leur tactique consista très probablement à pilonner quelques entrepôts d’armes situés non pas sur l’aéroport mais dans sa proximité immédiate. Ce qui permit aux Russes et aux Syriens de claironner que tous les missiles tirés par les appareils hébreux avaient manqué l’aéroport international car ils avaient été interceptés par la défense antiaérienne de Bashar al Assad.

 

C’est risible, mais cela correspond bien à la tactique d’intoxication – plus c’est gros mieux c’est – prisée par Moscou. En tout état de cause et comme l’on peut s’en persuader en regardant la manœuvre effectuée par l’EP-MNX sur l’image radar de Flightradar24, l’avion civil effectua un 180 (demi-tour) par la gauche et regagna l’Iran, où il se posa sur l’aéroport de Kermanshah.

 

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Le relevé radar de la route de l’Airbus et de son 180

 

C’était l’une des premières fois qu’un raid du Khe’l Avir sur Damas se déroulait en plein jour, et la première opération militaire majeure depuis l’entrée en fonction du nouveau chef d’état-major de Tsahal, le Général Aviv Kochavi.

 

Les choses auraient pu en rester là si, pour la première fois depuis le début de la Guerre Civile, les responsables syriens n’avaient pas décidé de riposter contre Israël par le tir d’un missile sol-sol tiré à partir de l’une des bases de la région d’al Kiswah [voir carte], à 36km de la frontière israélienne dans le Golan et à 7km au sud-ouest de Damas.

 

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Service cartographique © Metula News Agency

Base : Google Map Pro

 

Ce qui est extrêmement grave au sujet de cette riposte est qu’elle visait la station de ski du mont Hermon où glissaient au même moment 5 000 skieurs, tous civils. Si le missile avait atteint sa cible, il pouvait coûter la vie à plusieurs dizaines d’innocents.

 

L’Armée alaouite d’Assad a tenté de magouiller son crime en lançant le missile sol-sol depuis une rampe posée à proximité immédiate d’une batterie de missiles sol-air afin de faire croire qu’il s’agissait de l’un de ces missiles tirés contre l’un des avions du raid sur l’aéroport international de Damas. Il est survenu à plusieurs reprises qu’un gros missile sol-air syrien, après avoir manqué sa cible, poursuivit son chemin sur plusieurs dizaines de kilomètres, à haute altitude et à vitesse élevée. [Voir la vidéo du tir du missile syrien sur la station de ski du Hermon].

 

Mais après vérification des services de Tsahal, il est à présent établi qu’il s’agissait bien d’un engin sol-sol visant intentionnellement la station de ski.

 

Fort heureusement, les dispositifs antiaériens israéliens présents sur le mont Hermon identifièrent l’intrus et lancèrent deux missiles dans sa direction. Les skieurs, surpris, certains apeurés, purent pour certains filmer l’interception du missile en vol dans une déflagration assourdissante, qui fit craindre aux villégiateurs que les télésièges allaient s’effondrer. [Voir la vidéo de skieurs surpris par le tir des deux intercepteurs].

 

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L’instant de l’interception du missile syrien (dans le rond rouge)

 

Le Khe’l Avir lança immédiatement un nouveau raid sur la position d’al Kiswah d’où était parti le missile syrien et sur les installations avoisinantes. Des témoins oculaires joints au téléphone par le chef de la Ména libanaise, Michaël Béhé, lui ont rapporté qu’un gigantesque dépôt de munitions souterrain avait explosé et qu’il n’en restait strictement rien.

 

Ce n’est, de loin, pas la première fois que le Khe’l Avir bombarde la zone d’al Kiswah, qui regorge de positions et d’infrastructures militaires gouvernementales, iraniennes et du Hezbollah.

 

Cette nuit, l’Armée d’al Assad a été placée en état d’alerte maximal dans la crainte d’une réplique massive de Tsahal. La tension est grande dans la région, et les spécialistes de la Ména sont également persuadés que les Israéliens entendront frapper très fort leurs ennemis dans le but de les dissuader de lancer des projectiles en général, et, en particulier, prenant des civils pour cibles. Dans ces conditions, pour obtenir l’effet dissuasif convoité, les représailles seront sans doute très douloureuses pour les Syriens et leurs alliés.

 

Ce que nous ignorons est si l’opération aura lieu cette nuit alors que l’ennemi est sur ses gardes, ou si Tsahal optera de frapper lors des prochains jours, lorsque son attention aura décru.

 

 
Considérations sur l’antisémitisme en France (info # 012001/19) Version imprimable
Analyse
dimanche, 20 janvier 2019

 

Avertissement : (Metula 19:00 18h00 en France)

Des attaques aériennes ont lieu depuis ce matin en Syrie. Un missile ennemi a été tiré en direction des pistes de ski du Hermon où se trouvaient 5 000 skieurs. Il a été intercepté par des missiles antimissiles israéliens. Nous suivons le déroulement des événements depuis leur commencement avec toutes nos équipes dans la région et ne manquerons pas d'émettre un article lorsque nous saurons précisément ce qui se passe. Jusqu'à maintenant, hormis l'interception du missile sur le Hermon, les informations sont confuses et contradictoires.

 

 

 

Par Guy Millière

 

C’était voici peu le quatrième anniversaire des attaques islamistes perpétrées contre la rédaction du magazine Charlie Hebdo et contre le supermarché Hypercacher de la porte de Vincennes. Les journaux français en ont peu parlé. L’actualité était chargée, certes, en raison du soulèvement des gilets jaunes. Néanmoins, il semble que parler du danger terroriste islamique en France et en Europe ne soit plus une priorité du tout pour la quasi-totalité de la presse du pays. Il semble que parler du danger islamiste ne soit, d’une même façon, plus une priorité du tout. Pourtant, le danger terroriste islamique n’a pas disparu : des attaques isolées, commises au couteau, à la machette ou à la voiture bélier se produisent de manière relativement fréquente. Le danger islamiste lui-même n’a pas disparu non plus : des articles et des rapports en traitent sporadiquement, puis disparaissent, comme si le danger était là, qu’on le savait, et qu’il fallait s’en accommoder ou le considérer comme faisant partie de la vie quotidienne et de l’air du temps.

 

Et en arrière-fond du danger islamiste, remonte en puissance ce qui a motivé le tueur de l’Hypercacher : l’antisémitisme islamique. Diverses études montrent que celui-ci est très répandu dans les quartiers qu’on appelle pudiquement les "banlieues de l’islam", et se répand plus largement dans le pays partout où se rencontrent des communautés musulmanes. Ce, pour des raisons qui ne sont, hélas, pas surprenantes : le monde musulman est depuis longtemps imprégné d’antisémitisme islamique. Et il est logique que des gens venant du monde musulman (et restant pour la plupart en relation constante avec lui) portent assez largement en eux ce qui imprègne le monde musulman.

 

L’antisémitisme islamique se répand d’autant plus aisément qu’il trouve en France des compagnons de route sous la forme des gauchistes "antisionistes", que l’on rencontre dans des mouvements tels qu’Europalestine, mais aussi sous celle d’individus nauséabonds qui oscillent entre l’extrême gauche et l’extrême droite tels qu’Alain Soral ou Dieudonné.

 

L’antisémitisme islamique s’alimente en outre dans le traitement que la presse française, et plus largement les media audiovisuels tricolores, réservent en général à Israël, qui est désormais (avec les Etats-Unis sous la présidence de Donald Trump) le pays aux dépens duquel l’immense majorité des journalistes se font l’immoral devoir de disséminer un maximum d’incitations à la haine.

 

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De gauche, de droite, issus de l’immigration, l’antisémitisme comme dénominateur commun

 

L’antisémitisme islamique s’alimente enfin dans l’attitude du gouvernement français, qui poursuit aujourd’hui sans l’atténuer ou l’infléchir la politique anti-israélienne qui a existé sous les gouvernements précédents. Un antisémitisme qui n’a pas beaucoup varié depuis la mise en route de la "politique arabe de la France" par le Général de Gaulle et le sinistrement célèbre discours incriminant un "peuple dominateur et sûr de lui".

 

Le gouvernement français actuel mène une politique anti-israélienne parce que la "politique arabe de la France" constitue l’épine dorsale de sa politique étrangère, mais aussi parce qu’au cours des cinquante dernières années, des liens parfois très troubles et très compromettants ont été noués entre l’Etat français et des régimes du monde musulman pas du tout présentables. Parce que la diplomatie française en ce contexte s’est faite le héraut de la “cause palestinienne” et a souvent fermé les yeux sur le terrorisme antijuif, voire lui a trouvé des excuses (on peut se souvenir des propos tenus par Raymond Barre après l’attentat contre la synagogue de la rue Copernic). Mais aussi, parce que la France est devenue le principal pays musulman d’Europe, et que les gouvernements français successifs, ayant tiré les leçons d’émeutes antécédentes, pratiquent l’apaisement le plus servile, et savent que promouvoir des positions anti-israéliennes est un bon moyen de pratiquer l’apaisement.

 

Des manifestations de gilets jaunes, ces dernières semaines, ont été porteuses ici ou là de slogans antisémites.

 

Alain Soral et Dieudonné s’y sont montrés et ont apporté leur vomitive contribution. On a vu également des négationnistes d’extrême droite, tels l’abject Hervé Ryssen, tenter d’utiliser la présence de caméras pour tenter de se faire entendre.

 

Le gouvernement français a cyniquement utilisé les slogans antisémites, la présence de Soral, de Dieudonné ou d’Hervé Ryssen au sein des manifestations pour assimiler tout le soulèvement des gilets jaunes à l’antisémitisme, ce qui lui permet tout à la fois de porter le discrédit sur le soulèvement dans son ensemble et de pointer du doigt certaines formes d’antisémitisme (absolument condamnables), tout en persistant à passer sous silence l’essentiel de l’antisémitisme présent et agissant dans le pays.


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Comment la France peut-elle sortir de la crise ? (info # 011501/19) Version imprimable
Analyse économique
mardi, 15 janvier 2019

 

Par Amram Castellion

 

Contrairement aux prévisions du gouvernement en décembre, le mouvement des « Gilets Jaunes » continue à manifester tous les samedis à travers la France. Le nombre des manifestants a même augmenté entre le 5 et le 12 janvier, ce qui est franchement inhabituel pour un mouvement datant déjà de près de deux mois.

 

Par sa prolongation, le mouvement a montré une nature un peu différente de la tradition française d’insurrection populaire à laquelle je l’avais rattaché dans ces colonnes. Aucune révolution, après tout, n’a lieu tous les samedis de 15 à 18 heures, après des semaines parfaitement tranquilles.

 

Le gouvernement a compris que c’est la faiblesse des pouvoirs et non le mécontentement des populations qui cause les révolutions. Il a donc envoyé tous les signes nécessaires de fermeté. Des policiers ont procédé plusieurs fois à des tirs de flashball en plein visage – ce qu’il est difficile de faire par erreur – et ont même exhibé (sans, bien sûr, les utiliser) des armes semi-automatiques (Heckler & Koch G36), plus adaptées à une situation de guerre civile qu’au contrôle d’une manifestation. Les juges utilisent généreusement la procédure de comparution immédiate et ont prononcé plusieurs peines de prison ferme dans le cadre de cette procédure accélérée.

 

Cette fermeté a l’avantage d’écarter le risque d’un renversement révolutionnaire du pouvoir. Mais si le mouvement continue malgré tout, c’est qu’il ne se réduit pas à un rêve de révolution. Les manifestants qui viennent toutes les semaines dans les centres-villes expriment aussi, plus ou moins consciemment, un message qui n’a pas changé depuis le début du mouvement : le système français de taxation et de dépense publique est aujourd’hui dans une crise existentielle. Il doit impérativement être transformé pour éviter que le pays ne sombre pour de bon.

 

La crise peut se résumer par quelques chiffres simples :

 

La dépense publique est plus élevée en France que partout ailleurs en Europe. Elle représente 57% de la richesse nationale produite chaque année contre 50% en Italie, 44% en Allemagne et 41% au Royaume-Uni.

 

Cette dépense publique exceptionnellement élevée ne s’explique pas par des services publics plus remarquables ailleurs, mais par le coût exceptionnel des dépenses sociales : 25% de la richesse nationale, ou 43% de la dépense totale.

 

Parmi ces dépenses sociales, certaines, comme les retraites des gens qui ont cotisé pour cela, sont la contrepartie d’une activité économique. Mais la plus grande partie sert à financer un taux d’inactivité beaucoup plus élevé que dans les pays comparables. Parmi la population en âge de travailler, seuls 65% travaillent en France, contre 75% en Allemagne. Si nous avions le même taux d’emploi que nos voisins, il y aurait 4 millions d’emplois de plus en France. On peut estimer l’économie que cela apporterait au budget de l’Etat à 140 milliards d’euros par an, sans compter la richesse supplémentaire créée qui apporterait à son tour de nouvelles recettes – 80 milliards au bas mot (la recette fiscale moyenne est de 40 000 euros par actif, mais je fais l’hypothèse prudente que les 4 millions d’actifs supplémentaires auraient une valeur ajoutée égale à la moitié de la moyenne).

 

Pourquoi y a-t-il tant d’inactifs en France ? Il y a à cela deux principales raisons.

 

D’abord, parce que le système social est conçu pour cela. De nombreuses aides – allocation au parent isolé, allocations familiales dans certaines configurations, aides aux personnes handicapées quand elles pourraient travailler, aides aux demandeurs d’asile… encouragent les personnes inactives à le rester. Parmi ceux qui profitent du système figurent, bien entendu, des Français de souche, mais aussi beaucoup d’immigrés, ce qui contribue à détériorer les relations entre groupes ethniques en France. Ceux dont on nous a beaucoup dit qu’ils enrichiraient la France représentent souvent, du moins d’un point de vue strictement économique, un coût net.

 

L’autre raison de la forte inactivité française est la perte régulière de parts de marché à l’étranger de l’économie française. De 2000 à 2017, les exportations françaises de biens et services sont passées de 17% à 13% du total des exportations de la zone euro, pendant que la part de l’Allemagne passait de 26% à 29% du total. A chaque marché perdu, le nombre des inactifs augmente.

 

La perte de compétitivité est directement liée au fait que la France a la même monnaie que l’Allemagne, dont l’appareil productif est plus efficace que le nôtre (malgré les efforts importants engagés depuis 30 ans en France) et qu’il a méthodiquement baissé ses coûts salariaux depuis la fin du siècle dernier. Par rapport à la productivité moyenne, l’euro est trop élevé pour les exportateurs français et ceux du sud de l’Europe, tout en étant trop faible pour l’Allemagne. Méthodiquement et inéluctablement, cela entraîne, année après année, des pertes de contrats à l’export dans les autres pays et des gains pour l’industrie et les services allemands – et donc une augmentation de l’inactivité en France.

 

La France est donc confrontée à une situation dont il est impossible de sortir sans un changement complet de modèle : trop d’inactifs qui coûtent de plus en plus cher, un Etat constamment à la recherche de plus d’argent, et des payeurs de plus en plus pressurisés qui se révoltent. C’est cette situation, et non les ambitions révolutionnaires ou les discours extrémistes de tel ou tel manifestant, qui explique la persistance du mouvement des Gilets Jaunes. La France qui paie, tout simplement, n’en peut plus.

 

Il y a bien des moyens de sortir de cette crise, mais aucun de ces moyens n’est facile à appliquer et tous entraîneraient des bouleversements profonds. Quatre scénarios sont aujourd’hui possibles :

 

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Cela ne va pas résoudre tous les problèmes

 

D’abord, une solution « à la grecque ». Comme ce fut fait lors de la crise de la dette publique grecque en 2010-2011, la France s’engage dans un programme d’austérité extrême sous contrôle des institutions européennes – c’est-à-dire, en clair, de l’Allemagne. Les services publics sont radicalement réduits ; les salaires baissent de 15 à 20% ; les prestations sociales sont fortement réduites ; l’effondrement des prix des entreprises attire les investisseurs étrangers ; au bout de quelques années, la France retrouve la compétitivité qui lui permet de regagner des parts de marché à l’étranger. Cette solution a l’avantage de permettre de retrouver un équilibre budgétaire et de préserver l'euro. Une fois l’économie repassée à la baisse (un effondrement de 20 à 30% en trois ans), elle repartira à la hausse. Elle a, en revanche, l’inconvénient de risquer de provoquer des mouvements sociaux difficiles à contrôler.

 

Une autre solution possible est une solution « à l’anglaise ». Comprenant que l’euro est l’une des causes de l’inactivité excessive du pays, les Français votent pour une majorité qui décide d’abandonner la monnaie unique. Le franc s’effondre, d’environ 20% face à l’euro, ce qui permet de retrouver une compétitivité à l’export. L’avantage de cette solution est que le poids de l’ajustement serait porté de manière égale par tous les Français, qui perdraient à cette occasion une part importante de leur pouvoir d’achat à l’international. Il y aurait donc moins de troubles internes. Mais ce n’est pas une solution idéale pour autant. En particulier, la dette publique française, libellée en euros, augmenterait mécaniquement dans la nouvelle monnaie. Le coup porté au projet européen avec la fin de l’euro augmenterait inévitablement les tensions entre les pays membres.

 

Une troisième solution est une solution « à la chilienne » : devant des troubles sociaux à répétition, les Français élisent un pouvoir prêt à abandonner pour un temps les principes démocratiques. La baisse de la dépense publique se fait directement au détriment des inactifs. Les troubles qui en résultent, en particulier parmi les immigrés, sont réprimés sans pitié. La baisse du coût unitaire du travail se fait en imposant des mesures qui n’auraient jamais l’accord des partenaires sociaux, comme une régionalisation du SMIC ou une augmentation non compensée de la durée du travail. A la fin d’un tel processus, les équilibres économiques auraient été rétablis, mais la société française serait durablement blessée.

 

Enfin, quand on observe l’histoire récente de la France, on ne peut pas exclure une solution pour laquelle aucun précédent étranger ne peut être identifié et qu’il faudra donc qualifier de solution « à la française ». Dans cette hypothèse, il est décidé de gagner du temps en lâchant du lest face aux revendications sociales, quitte à aggraver encore dans un premier temps les déséquilibres économiques. Le gouvernement pourrait décider de mesures favorables au pouvoir d’achat et défavorables à l’investissement : augmentation du SMIC, impôts plus élevés sur « les riches » (c’est-à-dire sur ceux qui peuvent le plus facilement quitter la France), explosion du déficit budgétaire.

 

Si la France avait sa propre monnaie, une telle solution résulterait immédiatement dans un effondrement de la valeur du franc, qui rétablirait les équilibres. Dans l’union monétaire, en revanche, elle aurait pour seul résultat de faire de la France l’homme malade de l’Europe – le pays qui menace, par son incapacité à se réformer, l’équilibre de l’ensemble du continent. Elle finirait donc par provoquer une prise de contrôle de la politique économique française par ses voisins : difficultés grandissantes à financer le déficit, sanctions financières européennes, voire expulsion de la France de la monnaie unique.

 

Ces quatre scénarios ne sont pas les seuls à être envisageables, mais à moins d’un effondrement social et financier complet (« à la vénézuélienne » ?), la sortie de crise ne peut venir, pour la France, que de l’adoption de l’un d’entre eux ou – plus probablement – d’une solution mixte qui empruntera des éléments à deux ou plusieurs d’entre eux.


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Bruxelles-Métula du 14 janvier 2019 (011401/19) Version imprimable
Radio/audio - interview/reportage
lundi, 14 janvier 2019

 

Le Pentagone prépare des scénarii de frappes contre l’Iran, ou l’apanage de la plus grande puissance mondiale.

 

La synchronisation des stratégies entre les Etats-Unis et Israël qui n’ont jamais été aussi complémentaires. En bonne intelligence.

 

La théocratie perse est ses alliés chiites au Liban et ailleurs ne doivent pas uniquement quitter la Syrie, ils sont voués à disparaître. Jérusalem et Washington s’y emploient, chacun à son échelle, chacun avec les moyens à sa disposition.

 

Une analyse de Stéphane Juffa au micro de Jim Mosko, pour l’émission Bruxelles-Métula sur Radio Judaïca Bruxelles.

 

https://youtu.be/B4g3tknfNdo  (Youtube).

https://www.facebook.com/radiojudaica/videos/812910835718974/?t=2 (Facebook Radio Judaïca)

 

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Plan de paix américain : les éléments d’une esquisse (info # 011301/19) Version imprimable
Analyse
dimanche, 13 janvier 2019

 

Par Guy Millière

 

La semaine qui vient de s’écouler a vu des mouvements américains d’importance s’opérer au Proche-Orient.

 

John Bolton s’est rendu en Israël et y a prononcé un message clair et fort. Il s’est également entretenu téléphoniquement avec Vladimir Poutine. Bolton, le Conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump, a réaffirmé le soutien sans réserve de l’administration américaine à Israël. Il a souligné à nouveau que les Etats-Unis posaient des limites strictes aux actions de la Turquie, et a stipulé les conditions américaines à l’alliance Poutine-Assad. En parallèle, les mouvements kurdes sur le territoire syrien se sont rapprochés du régime d’Assad.

 

L’objectif d’endiguement et d’asphyxie de la République Islamique d’Iran, a rappelé John Bolton, reste l’un des axes majeurs de la politique américaine pour la région. Tout se passe donc comme prévu depuis l’annonce par Donald Trump du retrait des deux mille soldats américains du territoire syrien.

 

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Proximité de vues

 

Presque au même moment, Mike Pompeo s’est rendu au Caire et y a prononcé un discours qui va dans le même sens que les propos de John Bolton à Jérusalem et qui met davantage encore la pression sur l’Iran.

 

Il se dit à Washington (rien n’est assuré) qu’un geste majeur pourrait se faire qui marquerait le rapprochement entre Israël et l’Arabie Saoudite régie par Mohamed ben Salman.

 

Il se dit aussi, de sources concordantes, que ce qui se prépare est la mise en place du deuxième axe majeur de la politique américaine pour la région : le “plan de paix” américain.

 

Il se dit que ce plan serait très proche de ce que John Bolton a appelé la “solution a trois Etats” : Israël, Egypte, Jordanie. Ce qui semble envisagé est une paix convenant à Israël, réglant la “question palestinienne” et acceptée par le monde arabe sunnite.

 

Le plan prévoirait l’application de la loi israélienne à tous les territoires de Judée-Samarie, y compris ceux occupés actuellement par l’Autorité Palestinienne, pour lesquels serait prévu un statut d’autonomie-association avec la Jordanie au sein du territoire israélien. Les Arabes vivant en Judée-Samarie retrouveraient la nationalité jordanienne et deviendraient des Jordaniens résidant en territoire autonome, leur statut de résidents pouvant être révoqué par Israël s’ils violent la loi israélienne. Des aides financières seraient accordées à la Jordanie, destinées à ce que des Arabes de Judée-Samarie ayant retrouvé la nationalité jordanienne puissent se réinstaller en Jordanie s’ils le souhaitent.

 

Il est prévu que l’Autorité Palestinienne refuse et que Mahmoud Abbas soit envoyé à la retraite, ainsi que tous les dirigeants de l’Autorité Palestinienne qui partageraient la position de refus, ce qui pourrait bien être tous les dirigeants de l’Autorité Palestinienne. Il est prévu aussi qu’une Autorité Palestinienne radicalement transformée deviendrait le gestionnaire de l’autonomie, dans des limites très strictement définies.

 

Le plan ne laisserait pas de côté Gaza, et l’option la plus souvent citée est que Gaza devienne une zone autonome sous contrôle égyptien, les habitants de Gaza se voyant proposer la nationalité égyptienne (la liberté de circulation des Gazaouis sur le territoire égyptien est pour l’heure refusée par l’Egypte). Le Hamas et les autres organisations islamistes présentes à Gaza se verraient proposer de se soumettre au statut d’autonomie sous contrôle égyptien, ou de se trouver confrontées à l’Armée égyptienne, qui les traiterait dès lors à l’égyptienne. Des aides financières seraient accordées à l’Egypte aux fins que des terres du Sinaï soient utilisées pour des développements urbains accueillant des Gazaouis. Une autre option, moins souvent citée, prévoirait que Gaza devienne une zone autonome sous contrôle jordanien et que les Gazaouis reçoivent eux aussi la nationalité jordanienne, avec possibilité pour eux aussi de se réinstaller en Jordanie.

 

Le plan est, bien sûr, élaboré en relation directe avec Binyamin Netanyahou.

 

Ce plan ne conviendrait, c’est clair, pas du tout à l’Autorité Palestinienne telle qu’elle existe aujourd’hui (je l’ai dit, il est prévu qu’elle le refuse et que des conclusions soient tirées). Il ne conviendrait pas du tout au Hamas et aux autres organisations islamistes présentes à Gaza (c’est prévu aussi). Il ne plairait pas du tout à l’Iran (c’est tout à fait prévu). Il déplaira, s’il prend forme, aux dirigeants de l’Union Européenne, et tout particulièrement à Madame Merkel et à Emmanuel Macron, mais Angela Merkel est sur le départ, et Macron est dans une position difficile et en perte vertigineuse de crédibilité. Ce qui pourrait se résumer par une formule adaptée d’un vieux proverbe arabe : les roquets européens peuvent japper, la caravane Trump entend passer.

 

Les principaux obstacles subsistant pour le moment ne se situent pas du côté de l’Europe, dont Donald Trump n’entend tenir aucun compte, mais du côté de la Jordanie, où le roi se montre très réticent. Ce qui se dit à Washington est que les réticences du roi doivent impérativement être vaincues. Ce qui se dit aussi est que si le roi se montre inflexible, il pourrait être remplacé, mais Donald Trump n’est pas un partisan des changements de régimes. Un autre obstacle est ce qui reste du pouvoir de nuisance de l’Iran, et beaucoup dépendra de l’avancée de l’asphyxie du régime des mollahs engagée par l’administration Trump.

 

Les obstacles ne sont pas levés. Le plan n’a pas encore été officiellement présenté et peut être modifié. Il n’est pas parfait.

 

Ce qui semble se mettre en place montre en tout cas l’immensité des avancées qui sont en train de se produire. Trump a écarté tous les paramètres qui servaient à analyser (faussement) le conflit israélo-arabe depuis des décennies : l’UNWRA et la définition des “réfugiés palestiniens”, les résolutions de l’ONU, l’idée qu’il existe un “peuple palestinien” qui aurait “droit à un Etat”, l’idée que l’Autorité Palestinienne telle qu’elle se présente sous sa forme actuelle est un embryon d’ ”Etat palestinien”, l’acceptation tacite du recours au terrorisme par l’Autorité Palestinienne. L’idée qu’une hostilité irréductible existe entre les Etats du monde arabe sunnite et Israël.


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Raids confirmés actuellement sur Damas (011201/19) Version imprimable
Breaking News !
vendredi, 11 janvier 2019

 

© Metula News Agency

 

Métula, 00h30, 23h30 à Paris

 

Des raids aériens sont actuellement en cours en Syrie sur Damas.

 

Selon nos reporters qui suivent les media de la région, huit cibles auraient été attaquées, dont l’aéroport international de Damas. Un avion de fret iranien aurait été détruit, de même que trois autres avions cargos. Des dépôts de missiles auraient aussi été anéantis, ainsi que des positions de l’Armée iranienne.

 

Selon les media officiels syriens, les moyens antiaériens sont entrés en action.

 

D’autre part, des habitants du Doigt de la Galilée ont vu et entendu une forte explosion en Syrie, derrière le mont Hermon.

 

Une vidéo des frappes : https://youtu.be/PK_vGX-DwEc

 

Et une photo :

 

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Tous les reporters de la Ména dans la zone Israël-Liban sont à pied d’œuvre.

 

 
Salut le Mensch ! (info # 010901/19) Version imprimable
Hommage
mercredi, 09 janvier 2019

 

Par Raphaël Delpard

 

Georges Loinger, le dernier Mensch de la Résistance juive en France, vient de nous quitter à l’âge de 108 ans.

 

Georges Loinger naquit à Strasbourg en 1910 dans une famille juive légèrement teintée à gauche tout en étant observante. Une de ces familles attachées aux valeurs humaines, comme les dépeint Léon Bloy dans son admirable ouvrage : "Le salut par les Juifs". Cet humanisme sera le credo de Loinger, sa ligne de conduite ; son fanal.

 

Son entrée dans la résistance est liée à la terrible Rafle du Vél'-d’Hiv'. Le docteur Joseph Weill, président de l’Œuvre de Secours aux Enfants, réfugié à Lyon, réunit à l’hôtel Victoria l’état-major de l’Œuvre. Loinger est présent. Il a trente-trois ans. Il se souvient. Joseph Weill informe le groupe de femmes et d’hommes qui l’entoure, qu’il sait de source sûre que déportation signifie assassinat. Weill comprend qu’il y a urgence à mettre les enfants à l’abri. Avec Georges Garel, il met sur pied un plan de sauvetage unique, et qui jamais n’avait eu lieu auparavant dans l’histoire de la France et de l’Europe : cacher les enfants juifs dans les milieux non-juifs. Il échoit à Georges Loinger la délicate mission de créer une filière de passages d’enfants vers la Suisse.

 

A ce propos, Georges Garel dira plus tard : "C’était de loin la tâche la plus risquée et la plus difficile".

 

Joseph Weill connaissait cet homme intrépide de trente-trois ans, né comme lui à Strasbourg. Il le savait capable de repousser les limites de l’impossible, il n’ignorait rien de son attachement aux valeurs humaines, de son indéfectible amour pour les Juifs, de la permanence de sa foi au sionisme.

Après la réunion de Lyon, Loinger se rendit à Annemasse.

 

- "Annemasse était une petite ville qui convenait à nos projets, parce qu’elle est située en bordure de la frontière suisse".

 

Avant de se lancer dans l’action, il se promena longuement dans les rues. Il avait besoin de sentir la ville, d’être à son écoute, de comprendre la psychologie des habitants - de faire en quelque sorte un état des lieux.

 

- "Pour ne pas me tromper, je suis allé voir le maire, Monsieur Jean Deffaugt, et je lui ai demandé de me désigner un passeur sérieux et honnête".

 

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Georges Loinger et les enfants

 

La première expérience se révéla un échec. Les gardes-frontières suisses refoulaient les adolescents âgés de plus de seize ans. Loinger ignorait la loi. Nullement découragé, il mit au point la technique qui allait assurer le succès de son entreprise :

 

- "L’engagement d’un passeur différent par passage. L’accompagner, attendre sur place, dans le cas où les enfants seraient refoulés".

 

- "A quel moment aviez-vous la certitude que le groupe était arrivé en Suisse ?"

 

- "Lorsque nous arrivions en bordure de la frontière, les enfants continuaient seuls. Ils traversaient alors un no man’s land où tout pouvait encore arriver. Le guide ne les quittait pas du regard et j’attendais qu’il annonce : "Maintenant, ils sont en Suisse"."

 

Georges Loinger réceptionnait chaque groupe directement dans le train à la gare d’Aix-les-Bains.

 

- "Pendant le trajet d’Aix-les-Bains à Annemasse commençait alors un travail psychologique. Il fallait les habituer au changement de nom, leur expliquer qu’ils auraient une frontière à traverser clandestinement, que c’était dangereux. Ils étaient extraordinaires, ils se montraient très attentifs".

 

Georges Loinger a croisé le chemin de Marianne Cohn, une jeune Allemande juive, qui organisait également des passages d’enfants vers la Suisse. Elle sera trahie, enfermée à la prison le Pax [hôtel Pax, à Annemasse, transformé en prison par la Gestapo. Ndlr.] et, les mains liées au dos, exécutée à coups de pelle.

 

Un jour un maquisard du groupe Bourgogne, auquel appartenait Loinger, lui fait savoir qu’il est recherché par la police.

 

- "Il m’a dit : "Fais attention, mec, t’es recherché". Sans plus attendre, il a fallu que je prenne des dispositions".

 

Il décida alors de mettre sa femme et ses deux fils en sécurité en leur faisant passer la frontière à leur tour.

 

- "On raconte que vous avez mis le plus jeune de vos enfants, qui avait juste un an, dans un sac à dos ?"

 

- "C’est exact. Nous avons débarqué en pleine nuit dans une maison. Le propriétaire, bleu de trouille, ne voulait pas nous garder. Je lui ai montré des pièces d’or, que je tenais dans la main droite ; dans la gauche, je tenais un couteau. Il a fini par se calmer".

 

- "Pendant la période des passages, aviez-vous peur ?"

 

- "Non. J’étais inquiet ou angoissé, selon les circonstances. C’est maintenant que j’ai peur. Depuis des années, je me réveille la nuit. Je me dis : et s’il m’était arrivé un pépin avec les enfants ? C’est cinquante ans après que je vis le cauchemar".

 

Il est crédité d’avoir fait passer 350 enfants.

 

Georges Loinger a été le responsable en France de la préparation et de l’organisation de l’Exodus. Après la guerre il fut directeur en France de la compagnie maritime israélienne Zim. Jusqu’à sa mort, il est allé chaque semaine à la piscine.

 

J’ai eu l’honneur de le fréquenter pour la préparation de mes deux ouvrages : "Les enfants cachés" et "L’armée juive clandestine en France".

 

L’extrait que vous venez de lire vient de la réédition de "L’armée juive clandestine en France" parue en 2002 aux éditions Page après Page. [Un livre de Raphaël Delpard, témoignage inédit sur un aspect méconnu de la Seconde Guerre Mondiale, cette enquête dénoue, enfin, la contrevérité qui consiste, depuis des années, à dire que les Juifs se sont laissé traîner aux abattoirs. ...]

 

 
L’intervention pathétique de Binyamin Netanyahu (010801/19) Version imprimable
Breaking News !
lundi, 07 janvier 2019

 

Par Stéphane Juffa © Metula News Agency

 

En Israël, lorsqu'un Premier ministre convoque les caméras de toutes les chaînes de télévision pour un direct impromptu à 20h en annonçant une déclaration dramatique, c'est en principe afin de parler de la signature d'un traité de paix avec l'Arabie Saoudite ou de la déclaration de guerre contre l'Iran. Pas pour se payer, comme ce fut le cas ce lundi soir, une plaidoirie juridique pro domo devant tout le pays. Pas pour appeler de ses vœux qu'une partie de la procédure soit elle aussi télévisée. Pas pour dire aux juges et aux policiers comment ils doivent mener les enquêtes qui le visent, en EXIGEANT d'eux [לדרוש] des décisions de droit et d'opportunité. Venant du chef de l'exécutif, de n'importe quel exécutif, cela procède même d'une injonction dangereuse faite au pouvoir juridique.

 

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La mine tourmentée ce soir

 

Le clou de ce médiocre spectacle fut tout de même l’affirmation de Bibi selon laquelle il aurait pu clore les procédures ouvertes contre lui en annonçant le retrait d'Israël sur les frontières de 1967. Il a tenté de faire croire qu'il était le seul patriote du pays et qu'Israël était dirigée par des forces de gauche occultes autant que traîtres à la nation. Particulièrement, que les chefs de la Police et le procureur général sont des gauchistes corruptibles, qui veulent par-dessus tout "rendre" Jérusalem-est aux Arabes.

 

En réalité, le chef sortant de la Police, Roni Alsheikh, et Avichai Mandelblit sont non seulement des religieux conservateurs portant kippa, mais aussi, ils n'auraient jamais été nommés à ces postes sans l'appui diligent de Binyamin Netanyahu.

 

Mauvais camarades, ils préfèrent l'intérêt de leur pays et leur intégrité professionnelle au renvoi d'ascenseur. Il reste des hommes honnêtes dans toutes les sphères de la société israélienne, résistant à toutes les pressions et toutes les ignominies ad hominem décochées par Netanyahu et sa clique.

 

Je suis l'actualité israélienne d'assez près pour affirmer ne jamais avoir observé la moindre pression sur M. Mandelblit afin qu'il inculpe le Premier ministre. De toutes façons, après avoir démontré sa détermination face aux manœuvres d'intimidation du clan Bibi, la tombe du père d’Avichai Mandelblit vient par exemple d'être saccagée, je doute que ses décisions seront influencées par qui que ce soit.

 

La manœuvre de ce soir fut particulièrement pathétique. Elle n'a été dictée par aucun fait d'actualité, par aucun événement à caractère d’urgence, ni même par un développement quelconque dans les procédures lancées contre Netanyahu.

 

Elles sont le fait d'un homme visiblement aux abois, dont l'immunité dépend d'un nouveau mandat. Jamais, à ma connaissance, un Premier ministre israélien n’avait ainsi tenté d'instrumentaliser la télévision pour son seul intérêt personnel.

 

Les procédures en cours contre lui n'ont strictement rien à voir avec la politique. Prétendre le contraire implique une volonté de faire obstacle à la marche de la justice et de s'opposer à la quiétude de son application.

 

Netanyahu, en agissant de la sorte pour sauver sa peau à tout prix, précipite l'éthique exigée de la part du gouvernement d'une démocratie comme Israël profondément dans la fange. Avec à la clef des préjudices à la moralité publique dont la restauration prendra des années.

 

Sans présumer des décisions d'Avichai Mandelblit et éventuellement des juges, il y a fort à parier que l'intervention de ce soir n'aura pas fait que du bien au Premier ministre. Certes, pour les partisans du cercle des proches acquis à sa personne, il sera toujours "Bibi mélekh Israël" (Bibi roi d'Israël), mais pour remporter les prochaines élections, vu la concurrence de tous bords, il aura besoin des voix des électeurs centristes et de ceux de la droite extérieure au Likoud. Ce soir, il les a pris pour des andouilles, et l'histoire a montré que tous les politiciens qui avaient pris les Israéliens pour des andouilles étaient revenus bredouilles au soir des élections. L'avenir nous dira si l'histoire se répète ou naan et quel rôle aura joué ce one-man-show sordide.

 

 
Bruxelles-Métula du 7 janvier 2019 (010701/19) Version imprimable
Radio/audio - interview/reportage
lundi, 07 janvier 2019

 

Nuit tendue à Gaza et dans les agglomérations du Néguev après l’envoi par les miliciens islamistes d’un avion télécommandé porteur d’un engin explosif.

 

Riposte israélienne suivie du tir d’une roquette, vers 3h30, sur Ashkelon, interceptée par le Dôme de fer. Lui-même suivi de raids plus conséquents du Khe’l Avir, l’Aviation israélienne.

 

Les spécialistes de Métula pensent qu’il n’y aura pas d’embrasement cette fois-ci, le Hamas sachant qu’en période électorale, il s’exposerait à une action massive de Tsahal. Ce serait en effet une occasion unique pour Binyamin Netanyahu d’effacer de la mémoire des électeurs ses décisions dramatiques de la dernière confrontation avec la milice islamique.

 

Coopération Israël-Egypte dans le nord du Sinaï : jeudi dernier, le Khe’l Avir, à la demande de l’Egypte, a attaqué l’Etat Islamique à al Arish, Rafah et Cheikh Sweid, sur son territoire.

 

Le Maréchal al Sissi a fait l’éloge de cette coopération dans l’émission "60 minutes" de la BBC. L’alliance israélo-égypto-saoudienne face à l’Iran et aux islamistes de renforce et se dévoile.

 

Une analyse de Stéphane Juffa au micro de Jim Mosko, pour l’émission Bruxelles-Métula sur Radio Judaïca Bruxelles.

 

https://youtu.be/zQFJoOIa3sI  (Youtube).

https://www.facebook.com/radiojudaica/videos/1952643098375510/ (Facebook Radio Judaïca)

 

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L’alliance cordiale

 

 
2019 : où en est Israël ? (info # 010601/19) Version imprimable
Analyse
dimanche, 06 janvier 2019

 

Par Guy Millière

 

L’année 2019 commence pour Israël avec la perspective d’élections anticipées. Les débats vont être intenses et féroces. Ils le sont déjà. Des éléments de recomposition politique se dessinent, à gauche comme à droite. Binyamin Netanyahou se trouve menacé de mise en examen, et cette perspective n’a pas été étrangère à sa décision de se présenter à nouveau devant les électeurs. Il était déjà la cible de tous ses ennemis politiques et de quelques-uns de ses alliés. Il va le rester.

 

Les premiers, qui sont à gauche, et qui sont clairement ses ennemis politiques, l’accusent d’être corrompu : je n’ai pas les éléments du dossier dont dispose Avichai Mandelblit [le procureur général. Ndlr.], mais pour l’heure, au nom de la présomption d’innocence, je n’ai aucun motif pour le déclarer coupable de quoi que ce soit. Et, sachant comment la gauche, vaincue électoralement presque partout dans les démocraties du monde, compte sur des moyens détournés pour abattre ceux qui la gênent, on me permettra de faire preuve d’un immense scepticisme face aux rumeurs que la gauche israélienne fait courir et aux pressions qu’elle exerce.

 

Les seconds, à droite, qui sont censés être ses alliés, et qui, pour la plupart, sont ou ont été membres de son gouvernement, lui reprochent de ne pas être assez ferme et déterminé face au terrorisme islamique “palestinien”.

 

Il m’est arrivé, je dois le dire, de partager ces reproches. Je suis, en soi, favorable à la destruction totale du Hamas, à une attitude drastique vis-à-vis de l’Autorité Palestinienne, qui doit, je le pense, être vaincue et conduite aussi près que possible de l’anéantissement. Je suis également favorable à l’annexion de la Judée-Samarie par Israël, en donnant le statut de résidents étrangers aux Arabes de Judée-Samarie. En incitant fortement la Jordanie à leur redonner la nationalité jordanienne et en rappelant que la Jordanie a été créée sur quatre-vingt pour cent des terres du Mandat Palestinien. Ce qui doit, bien sûr, être ajouté à l’équation, tout comme le soulignement de ce qu’un résident étranger dans un pays où il se conduit mal peut en être expulsé. Mais je comprends aussi la prudence de Netanyahou, et je sais qu’il mène des pourparlers internationaux dont la teneur n’est pas toujours énoncée explicitement, et je pense pertinent de ne pas procéder par des jugements péremptoires.

 

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Ce sur quoi tous les Israéliens sont d’accord

 

Une bonne façon d’appréhender la situation et de faire un bilan provisoire de l’action de Netanyahou implique de poser la question : où en est Israël au début de l’année 2019 ?

 

Intérieurement, il y a de la pauvreté en Israël, c’est un fait, mais il y en a, hélas, dans tous les pays du monde développé. Les chiffres du chômage en Israël sont, cela dit, des chiffres de plein emploi : 4,1 pour cent pour les derniers chiffres connus. La croissance se situe aux alentours de 3 pour cent en rythme annuel. Ce qui est un chiffre supérieur à celui qu’on trouve dans la quasi-totalité des pays d’Europe. Le PIB par tête d’Israël est désormais supérieur à celui de la France. Les choses peuvent être améliorées sur divers points, notamment le prix de certains produits qui reste anormalement élevé. Les prix de l’immobilier sont exorbitants. Des monopoles délétères existent. L’état global du pays est néanmoins très bon. D’autant plus qu’Israël est sans cesse menacé et doit dépenser beaucoup en matière de défense. Israël, on doit l’ajouter, est la “start-up nation”, pour reprendre le titre d’un livre à succès, et c’est important. En étant devenu une puissance technologique majeure, Israël a su se rendre indispensable à de nombreux pays du monde. Tout cela est à porter très largement au crédit de Netanyahou. C’est un fait que nul ne peut contester sans mauvaise foi et occultation des réalités.

 

Ce qui va très bien dans le pays peut être attribué à Netanyahou. Ce qui reste à améliorer peut être débattu, et doit être amélioré, sans aucun doute. Mais oublier ce qui va très bien serait malhonnête.

 

Extérieurement, Israël reste menacé par l’Iran et par les groupes qu’il finance, le Hamas et le Hezbollah. Netanyahou a immensément agi pour que les Etats-Unis ne signent pas l’accord désastreux sur le nucléaire iranien. Il n’a cependant pu empêcher Obama de ratifier ledit accord, mais il a pris date.

 

Il a, en outre, développé une stratégie diplomatique d’une intelligence remarquable en direction de l’Afrique subsaharienne et de l’Europe centrale (ce qui permet de contrebalancer l’anti-israélisme pernicieux des dirigeants français, allemands, britanniques et scandinaves, et de limiter les dégâts venant de l’Union Européenne, très anti-israélienne), mais aussi en direction de la Russie et de la Chine. Netanyahu a su discerner que la montée en puissance régionale de l’Iran était perçue comme une menace par le monde arabe sunnite, il a dès lors engagé des ouvertures en direction de l’Arabie Saoudite et des émirats du Golfe (sauf le Qatar) plusieurs mois avant l’élection de Donald Trump.

 

L’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche lui a permis de déployer un ensemble de synergies fécondes, qui vont de la concertation israélo-américaine concernant la sortie de l’accord désastreux sur le nucléaire iranien (qu’il a su mener de main de maitre) à l’installation de l’ambassade des Etats-Unis à Jérusalem, capitale d’Israël, pensée en concertation avec l’administration Trump.

 

On ajoutera au tableau la délégitimation de l’Autorité Palestinienne et de l’UNWRA (également pensée en concertation avec l’administration Trump), ainsi qu’un rapprochement plus net avec l’Arabie Saoudite et les émirats du Golfe, découlant du sommet de Riyad en mai 2017, et à la préparation du plan de paix régionale, élaboré en dialoguant avec Jared Kushner et Jason Greenblatt, sous le regard de David Friedman.

 

L’élection de Jair Bolsonaro à la présidence du Brésil lui a offert l’opportunité d’une ouverture supplémentaire, en direction de l’Amérique latine cette fois. Des actes terroristes meurtriers venant du Hamas et d’autres groupes terroristes islamiques à Gaza, ou d’Arabes “palestiniens” vivant en Judée-Samarie sur les territoires occupés par l’Autorité Palestinienne, n’ont pas disparu, certes, et lors des récentes attaques de roquettes venues de Gaza, la riposte israélienne a été limitée, et suivie d’une trêve.

 

Israël n’est pas débarrassé de la menace iranienne et n’est pas débarrassé non plus de la menace terroriste islamique “palestinienne”, mais la situation diplomatique du pays s’est considérablement renforcée, sur quatre continents. Ce renforcement doit être attribué à Netanyahou.

 

Des améliorations sont sans doute possibles là aussi. Oublier ce que Netanyahou a accompli diplomatiquement serait néanmoins absolument injuste.

 

Israël au début de l’année 2019 est en somme, et tout bien pesé, dans une situation aussi excellente que possible dans le monde tel qu’il est.

 

La situation de l’Etat hébreu pourra s’améliorer encore si, comme c’est probable, l’asphyxie de l’Iran, qui fait suite à la sortie des Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire se poursuit, et si, comme c’est très envisageable, le plan de paix régionale élaboré présentement produit des effets fructueux.


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Bruxelles-Métula du 2 janvier 2019 (010201/18) Version imprimable
Radio/audio - interview/reportage
mercredi, 02 janvier 2019

 

Stéphane Juffa résume les informations exclusives recueillies par la Ména au sujet du raid de Tsahal de la semaine dernière sur la Syrie, au micro de Jim Mosko.

 

Sur Youtube : https://youtu.be/69LAl06nwgM

Sur Radio Judaica : https://www.facebook.com/radiojudaica/videos/vb.552540291522809/275917079766811/?type=2&theater

 

Cette analyse comprend de nombreuses révélations et explications originales et exclusives.

 

Une analyse de Stéphane Juffa au micro de Jim Mosko, pour l’émission Bruxelles-Métula sur Radio Judaïca Bruxelles.

 

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Les vœux de l’an des rédacteurs de la Ména pour 2019 (010101/19) Version imprimable
Informations générales
mardi, 01 janvier 2019

 

© Metula News Agency

 

Stéphane Juffa à Métula (rédacteur en chef et analyste stratégique)

 

La situation d’Israël, en cette fin d’année 2018, est complexe mais la survie de l’Etat hébreu n’est en rien menacée. La gestion de la dernière confrontation avec le Hamas à Gaza a été catastrophique et a laissé ouvertes d’imposante cicatrices dans la société israélienne. L’ordre de ne pas intervenir contre les lanceurs de roquettes des milices islamistes leur a permis de noyer littéralement et impunément les habitants du Néguev sous leurs bombes comme jamais auparavant. Et le prétexte selon lequel cette conduite était dictée par la nécessité de traiter préalablement d’autres menaces militaires urgentes est misérable pour ne pas en dire plus. Tsahal est tout à fait capable de gérer simultanément des situations délicates de ce genre sur plusieurs fronts à la fois ; si ce n’était pas le cas, nous nous trouverions dans une situation catastrophique.

 

L’opération Bouclier du Nord n’est pas une campagne militaire mais une entreprise d’ingénierie militaire et civile, se déroulant entièrement sur notre sol et sans confrontation avec aucun ennemi, ce qui est fort différent. Son importance a été outrageusement gonflée à des fins politiques dans le seul but de faire oublier le désastre stratégique à Gaza. A ce titre, l’instrumentalisation de Tsahal par le gouvernement est éminemment néfaste.

 

Nous vivons dans un pays dans lequel un seul homme détient cinq portefeuilles, dont celui de Premier ministre, de ministre de la Défense et de ministre des Affaires Etrangères. On voudrait nous faire croire qu’il n’existe personne, en Israël, capable d’occuper ces fonctions. Binyamin Netanyahu a fait de nous une bien étrange démocratie.

 

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De plus, il est l’unique responsable du désastre de Gaza et il a montré, en cette occasion, les limites de son expertise stratégique. Aujourd’hui, il représente objectivement un danger pour notre pays, et il serait préférable que quelqu’un de plus approprié dirige Israël en cas de conflit important.

 

Après l’annonce de la tenue d’élections anticipées en avril, deux personnes tiennent le destin de M. Netanyahu entre leurs mains. D’une part, Donald Trump qui, s’il dévoile son plan de paix avant avril, rendra la tâche de l’actuel Premier ministre intenable. Il ne pourra pas, en effet, tout à la fois préparer une échéance électorale difficile, composer le cabinet pratiquement à lui tout seul, diriger le pays, argumenter contre la proposition U.S., au risque de perdre son soutien le plus important, et se défendre face aux quatre procédures pénales aujourd’hui diligentées contre lui. Las, le phénomène qui pourrait gérer tous ces problèmes de front sans porter préjudice à l’Etat qu’il dirige n’a pas encore vu le jour.

 

L’autre personne dont dépend l’avenir politique de M. Netanyahu est le Procureur général Avichai Mandelblit, général de réserve de l’Armée, qui devra décider, normalement en février prochain, s’il inculpe le Premier ministre ou non. Si c’est le cas, M. Netanyahu subira l’interdiction légale de se présenter aux élections et devra faire face à ses juges.

 

Sur le plan strictement stratégique, le prochain chef de l’exécutif aura l’obligation d’anéantir les milices de Gaza et le Hezbollah au Liban, et pas uniquement celle de boucher leurs tunnels. C’est la tâche d’une puissance régionale entourée d’ennemis qui entend faire respecter son autorité et protéger réellement ses citoyens. Il n’existe malheureusement pas d’alternative. C’est en cette occurrence que l’on pourra parler sans démagogie de Bouclier du Nord et de Bouclier du Sud, et pas avant.

 

Un homme suscite beaucoup d’espoirs, c’est Benny Gantz, l’ancien chef d’état-major de Tsahal, peu marqué politiquement, fin tacticien et expert en stratégie. Il sera candidat aux élections d’avril, et selon les premiers sondages, avant même qu’il se soit choisi un parti et qu’il ait ouvert la bouche, il est déjà crédité de 20 sièges (sur les 120 que compte la Knesset). Soit nettement plus que chacun des autres partis constitués hormis le Likud (30).

 

Tout ceci posé, on s’attend aussi à l’ouverture de la guerre d’anéantissement des Kurdes du Rojava par le despote Erdogan. En plus de la tristesse que cette perspective nous inflige, ce conflit, en l’absence des Américains sur le terrain, rendra la situation encore plus fluctuante et, partant, dangereuse. Israël, tout comme la France et quelques autres pays, aidera nos amis kurdes dans la limite de ses capacités (c’est-à-dire sans risquer une guerre frontale avec la Turquie), mais cela risque fort de ne pas être suffisant.

 

En 2019, les rédacteurs, reporters, analystes et autres photographes de la Ména ne risquent pas de se retrouver au chômage. Mais c’est le sacerdoce qu’ils ont décidé d’embrasser, car il faut bien que quelqu’un informe le monde sans parti pris de ce qui se passe ici. De plus, ce sont des métiers passionnants. Merci à eux, au personnel administratif qui se démène sans compter, et surtout, aux lecteurs qui nous font confiance et sans lesquels nous ne serions rien. Paix et santé à tous en 2019 !

 

 

Michaël Béhé à Beyrouth (analyste politique, chef du bureau libanais de la Ména)

 

A Beyrouth, la tension est omniprésente mais elle baigne dans une sorte de léthargie à la libanaise. Depuis des mois, le Hezbollah empêche la formation d’un gouvernement par des manœuvres pathétiques, sachant qu’en l’absence d’un gouvernement, alors que la milice chiite fait un usage de la force sans la moindre restreinte, c’est elle qui dirige les affaires du pays. Y compris la décision de provoquer ou de ne pas provoquer Israël, au risque de plonger le Liban dans un conflit qui nous ramènerait à l’âge de pierre.

 

La population vit dans l’attente imminente d’une frappe de Tsahal contre les immenses entrepôts d’armes que le Hezb a dissimulés sous nos pieds. Cela dit, l’écrasante majorité de mes compatriotes accompagne de ses vœux une intervention israélienne, car la domination violente des chiites et de l’Iran est absolument insupportable.

 

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Tout le monde pense aussi à la question qui ne manquera pas de se poser aux sunnites, aux chrétiens et aux Druzes, de savoir de quel côté nous ferons la guerre. C’est Michel Aoun qui aura à y répondre et c’est une certitude. De cette réponse dépendra l’avenir de mon pays. Non pas de savoir quel sera notre avenir, mais s’il y en aura un.

 

Bonne année 2019 à tous les lecteurs de la Ména, dans le mince espoir, quoique contradictoire, de vivre libres et que le Liban ne soit pas anéanti à cause des seuls intérêts de Téhéran.

 

 

Sylvie Tobelem en Israël (1ère assistante de rédaction)

 

Nous faisons de notre mieux pour répondre le plus vite possible aux centaines de questions administratives posées par les abonnés de la Ména. J’ai demandé à la direction d’engager une assistante afin de m’épauler dans ma tâche. Si le budget le permet, ce sera chose faite en janvier.

 

Une bonne nouvelle pour ceux qui ont commandé des certificats d’actions de la Ména. Ils les recevront également courant janvier.

 

L’essentiel reste le sentiment que nous œuvrons à quelque chose d’important, en procurant des informations de grande qualité, toutes originales, à un lectorat en constante augmentation.

 

En cette année électorale d’une grande importance, dans une situation régionale qui peut exploser à tout moment, je formule mes vœux et ceux de l’équipe administrative pour une nouvelle année de santé et de paix.

 

 

Perwer Emmal (correspondant aux Kurdistans syrien et turc)

 

Je suis installé dans un petit appartement restauré à quelques kilomètres de Kobané dans le Rojava. Chaque jour, sans exception, je parcours le pays pour me rendre compte, sans intermédiaires, de la réalité de la situation.

 

A vrai dire, elle est étouffante. De l’autre côté de la frontière, je vois à l’œil nu les Turcs amasser des centaines de chars et de pièces d’artillerie dans le but déclaré de nous éradiquer. Avec la décision de Donald Trump de nous abandonner à notre sort, notre survie semble objectivement compromise. Et cela, après avoir perdu 2 000 de nos frères dans les combats de la Coalition américaine contre les islamistes, les Russes et les Iraniens.

 

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Nous savons aussi que nous jouissons de la sympathie de millions de personnes qui nous ressemblent, notamment en Israël et en France, y compris des gouvernements. Ils nous aident dans la mesure de leurs moyens. Nous ne sommes pas non plus démunis de matériel militaire performant et nos combattants sont prêts et ils ne tremblent pas. Nous allons vendre chèrement notre peau, soyez-en tous persuadés.

 

Je souhaite simplement être toujours là, et libre, en décembre 2019 pour vous envoyer mes vœux pour 2020. Ce serait déjà un immense accomplissement. Ne nous oubliez pas d’ici là !

 

 

Olivier Katz à Jérusalem (rédacteur-relecteur)

 

Le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument

 

L’année 2018 a finalement été plutôt bénéfique pour Israël : Déplacement de l’ambassade américaine à Jérusalem, efficacité du système de défense anti-roquettes, qui a résisté à 24 h de feu nourri à Gaza, et arrêt brutal des hostilités avec le Hamas dans la foulée.

 

Mais cette année a été marquée par la déconfiture de deux présidents du monde démocratique dont le mode de gouvernance s’apparente à un pouvoir personnel. Donald Trump est en train de payer sa gestion des USA par tweets personnels, avec la fermeture du gouvernement que lui a réservée le Sénat américain et l’animosité des généraux américains après sa volte-face en Syrie. Emmanuel Macron, qui a pris de face la vague « gilets jaunes » et va devoir ramer pour s’en extirper, risque de faire les frais de son pouvoir jupitérien.

 

Netanyahu, qui comble personnellement chaque trou dans l’organigramme ministériel, se prendra-t-il les pieds dans le tapis des élections anticipées ?

 

En tout cas, l’année 2019 sera difficile pour les partenaires des Etats-Unis, qu’ils soient Kurdes, Européens ou Israéliens.

 

Bonne année à tous et comptez sur la Ména pour vous donner les clés de lecture des événements majeurs de l’année 2019.

 

 

Roger Bismuth à Tunis

 

Très chers tous à la Ména


J’écris « tous », et je veux réellement toucher tout le monde, je sais les efforts fournis tout au long de l’année qui ont permis à la Ména, par les journalistes, les techniciens, les informaticiens, d’atteindre ce niveau d’information reconnu partout et par tous.

 

Je voudrais, par ces quelques mots, vous dire un grand bravo et un très grand merci. Vous avez permis aux lecteurs de suivre tout ce qu’ils ne reçoivent pas chez eux. Vous formez ensemble une superbe équipe. Je souhaite que l’année prochaine soit encore et toujours meilleure.


Je vous souhaite à tous une très bonne année.

 

 

Guy Millière à Las Vegas (analyste politique, expert en économie)

 

La situation mondiale est si instable qu’il est très difficile de faire des prévisions sur ce qui peut se passer en 2019.

 

Il est, cela dit, possible d’énoncer des vœux. Je souhaite, pour ce qui me concerne, car il en va de la démocratie et du droit dans la première puissance du monde, qu’un procureur spécial soit nommé qui puisse mettre au jour toutes les malversations commises par l’administration Obama, le FBI sous James Comey et la campagne d’Hillary Clinton pendant l’année 2016.

 

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Je souhaite aussi que la République Islamique d’Iran soit davantage asphyxiée qu’elle ne l’est déjà et placée dans une position où elle ne pourra plus nuire. Je souhaite, bien sûr, un recul profond du terrorisme anti-israélien et, en Europe, une défaite cuisante pour le camp anti-israélien et pro-islamique incarné par Emmanuel Macron et Angela Merkel.

 

 

Ilan Tsadik à Sdérot (journaliste, reporter, journaliste sportif)

 

Le Sud est sinistré. On en parle moins, mais les lancers de cerfs-volants et de ballons incendiaires à partir de Gaza se poursuivent, même si c’est à un rythme moindre depuis la trêve négociée par les médiateurs égyptiens. Mais des milliers d’hectares sont partis en fumée et autant d’animaux innocents ont péri (c’est un authentique déchirement), créant une véritable catastrophe écologique.

 

A Sdérot, où je suis installé, les habitants n’ont pas retrouvé le calme. Nous vivons avec un sentiment d’injustice au cœur et de révolte.

 

Pourquoi Binyamin Netanyahu a-t-il laissé les islamistes de Gaza nous noyer sous des milliers de roquettes en donnant l’ordre à nos aviateurs de ne pas intervenir contre les lanceurs de ces bombes ?

 

La question, heureusement posée par la Ména en termes clairs – et uniquement par elle –, est glaçante et emplit les gens d’Ashkelon, de Nétivot, de Sdérot, des kibboutzim et de Beersheva d’effroi. Jamais jusqu’à présent l’Etat n’avait abandonné ainsi une partie de ses habitants sous le feu de l’ennemi.

 

Le sentiment qui prévaut dans le Néguev est que Netanyahu a failli de manière impardonnable, qu’il n’est pas à la hauteur de ses paroles et qu’il doit rentrer chez lui – ou aller en prison s’il est reconnu coupable pour les fautes que la police lui reproche. Ne vous méprenez pas, si nous aurons des élections générales en avril, c’est à cause de ses graves insuffisances lors du dernier affrontement à Gaza. Elles ne sont pas acceptables de la part d’un Premier ministre israélien.

 

 

Claude Berger à Paris (essayiste, romancier, poète et musicien)

 

Israël, un message à portée universelle

 

Rêver un monde meilleur, c’est se donner les moyens d’en comprendre la marche. Or nos sociétés sont inconscientes d’elles-mêmes. Les gauches, toutes tendances confondues, ont réduit le rapport du capital au travail à la seule exploitation quand la droite se contentait d’y voir la course à la compétitivité.

 

Et les deux ont omis d’analyser la marchandisation concurrentielle du travail comme facteur déterminant du salariat et de l’appel aux flux migratoires comme réponse à la revendication, abstraction faite de leurs cultures, fussent-elles mortifères pour l’Occident.

 

Le refus du fait juif dans l’islam rejoint dès lors le vieil antisémitisme européen mais aussi l’antisionisme de gauche, qui exprime tout autant un inconscient culturel antisémite tapi chez les pères de la pensée de gauche qui sécularisaient l’antisémitisme de l’Eglise ancienne. « Rome ou Jérusalem » titrait Moses Hess. Israël a la lourde tâche de se défendre et d’assumer son message culturel à portée universelle.

 

 

Fayçal H. à Amman (informateur-relais)

 

L’alliance israélo-sunnite dont je vous entretiens depuis des années est aujourd’hui une réalité. Elle va se renforcer avec le départ des Américains de Syrie.

 

En Arabie Saoudite, les conseillers et les hommes d’affaires israéliens peuvent désormais se rendre sans visa. Et ils sont des centaines à saisir cette opportunité.

 

On peut raisonnablement espérer en 2019 une officialisation des relations entre Riyad et Jérusalem. Une alliance active contre l’ennemi iranien commun, aussi bien chez lui qu’au Liban, au Yémen et dans les émirats du Golfe, qui sont eux aussi très engagés avec l’Etat hébreu.

 

En cas de conflit avec le Hezbollah au Liban, l’Arabie Saoudite ordonnera à Saad Hariri de prendre le parti d’Israël et proposera au Premier ministre hébreu de couvrir tous les frais de la guerre, à la condition de débarrasser le monde des mercenaires à la solde de Téhéran.

 

La Jordanie suit fidèlement les traces de l’Egypte et de l’Arabie Saoudite, mais sans faire de vagues afin de ne pas réveiller l’hostilité des Palestiniens et des islamistes, hyper-majoritaires dans le royaume.

 

Une bonne année 2019 à nous tous et à la Ména, outil de communication devenu irremplaçable.

 

 

Ferit Ergil (Correspondant de la Ména à Istanbul)

 

Chers ami(e)s et lectrices et lecteurs de la Ména.

 

En cette fin d’année, mon bref message sera chargé d’inquiétude. Violences, attentats terroristes meurtriers, crises et incertitudes sur le plan économique, dirigeants d’Etats manquant d’envergure et de clairvoyance et tenant souvent des discours haineux et belliqueux.

 

L’année écoulée laisse un goût amer dans ma bouche. Mon pays, la Turquie, s’enfonce chaque jour davantage dans l’impasse de l’islamisme et s’engage dans des conflits qui tournent le dos aux principes fondateurs de la République. Mon seul espoir réside dans la jeunesse éclairée et les franges démocratiques de la société civile qui font leurs la devise d’Atatürk : « Paix dans le pays, paix dans le monde ! ».

 

Malgré les heures sombres et lourdes d’anxiété que nous vivons, je souhaite à toutes et à tous une année 2019 que j’espère meilleure que la précédente.

 

 

Philippe Bercovici à Bruxelles (dessinateur de BD, auteur des illustrations de ces vœux)

 

Autoportrait :

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Raphaël Delpard en France (cinéaste, historien, écrivain)

 

Eternel Israël

 

Dans l’année 2018 finissante, comment ne pas avoir une pensée pour Israël ? D’autant plus qu’il y a soixante-dix ans, renaissait le pays ancien. Les Juifs éparpillés pendant deux mille ans pouvaient enfin revenir sur la terre où était née leur patrie.

 

Vivent-ils en paix ? Hélas, non. Depuis 1948, les Israéliens ont dû faire face à des guerres ou des conflits. Depuis la création du nouvel Etat, voici un peuple qui n’a pas cessé de vivre en alerte, même s’il y a eu des périodes de calme. Quel est le peuple dans le monde qui accepterait un tel mode d'existence ?

 

En dépit des accords intervenus avec le voisin arabe, qui est désigné depuis 1967 sous le vocable de "peuple palestinien", la haine du Juif ne s’est jamais éteinte. Le mot d’ordre reste le même, répété jusqu’à la nausée dans les mosquées et imprimé dans les manuels scolaires des enfants arabo-palestiniens.

 

L’Occident, depuis soixante-dix ans, croyant se laver la conscience à bon prix de sa propre colonisation, n’a eu de cesse d’alimenter le feu de la haine, de l’Arabe contre le Juif.

 

Israël est aujourd’hui un pays fort et fragile en même temps. Fort, parce qu’il compte comme une puissance dans le concert des nations. Fort parce qu’il invente en permanence. Le lancement prochainement du vaisseau spatial nommé Bereshit [Au commencement. Ndlr.] apporte la preuve de la vitalité de sa population. Mais il reste néanmoins fragile, car en dépit des victoires remportées, nous constatons qu’il n’a pas vaincu l’ennemi.

 

Alors, en cette année qui s’achève, une seule question occupe mon esprit : pourquoi, et jusqu’à quand ?

 

 

Patricia La Mosca à Paris (journaliste généraliste, enquêtrice, chroniqueuse juridique)

 

Les casseurs qui pillent les magasins et chargent les policiers sont issus de la banlieue. Pour le reste, la révolte des Gilets Jaunes n’intéresse pas plus que cela la population des zones de non-droit, principalement citadine et très éloignée des problématiques frappant les ouvriers et les agriculteurs de province. Eux-mêmes sont largement opposés à la venue, incessante et anarchique, de nouveaux émigrants qui consomment l’argent public sans participer à l’accroissement des richesses. C’est l’essence même du ressentiment populiste.

 

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La mainmise des bandes, savant mélange de dealers, de délinquants et d’islamistes, sur les banlieues de non-droit s’est encore renforcée cette année. Les accrochages à l’arme de guerre se multiplient et la police, dans la plupart des cas, ne tente pas même d’intervenir. On ne l’a pas dotée des moyens en hommes et en matériel pour le faire.

 

La grogne s’étend aussi parmi les forces de l’ordre qui, malgré les promesses, n’ont pas encore touché leur rétribution pour les heures supplémentaires qu’elles ont été appelées à réaliser. Les Gilets Jaunes n’ont rien à envier à la situation économique des policiers et des gendarmes.

 

Les caisses de l’Etat sont désespéramment vides et cela se sent tout le temps. Macron est absent et intangible. La misère augmente et, désormais, elle se voit. Les armes et les ennemis de l’Etat et de la laïcité se multiplient et l’argent malhonnête ne leur fait pas défaut. Je ne veux effrayer personne, mais ça sent le chaos à pleines narines. L’anarchie est déjà là. Gare, désormais, à la révolution et à la guerre civile.

 

 

Jean-Claude Zerbib (ingénieur atomiste, spécialiste des questions nucléaires)

 

Le nucléaire civil a été marqué par la divergence en Chine du réacteur nucléaire le plus puissant construit dans le monde depuis la "divergence" (réaction en chaîne auto-entretenue et contrôlée) le 2 décembre 1942, sous les gradins d’un stade de football de l’Université de Chicago, de la première "pile atomique", sous la direction du physicien Enrico Fermi.

 

Dans sa 1ère demi-heure, la puissance délivrée par cette "pile" était d’environ 0,5 W.

 

Le premier des deux réacteurs "EPR" de la centrale de Taishan, de technologie française et d’une puissance nette de 1660 millions de Watts (MW), aurait, selon Hong Kong Free Press, "divergé" vers la mi-juin 2018, soit 8,5 ans après le début de sa construction. La Chine n’a pas fait de déclaration officielle sur cet évènement.

 

En France, l’année a été marquée par des débats sur la sûreté des installations nucléaires, la gestion des déchets radioactifs et sur les problèmes connus par le frère du réacteur chinois, dont la construction a démarré en Normandie 23 mois avant le réacteur chinois et qui démarrera peut-être fin 2019.

 

C’est la possibilité de débattre, d’interpeller les différents responsables et de pouvoir modifier les orientations qu’il faut souhaiter à tous les citoyens du monde, notamment lorsque les enjeux techniques et politiques engagent leur génération et celles à venir.

 

 

Jean Tsadik en Israël (analyste stratégique, expert militaire)

 

Au Nord, le Hezbollah noyaute complètement l’Armée libanaise. La milice chiite fait directement face à Métula et à nos jeunes soldats. Ce face-à-face n’est pas durable. Du point de vue stratégique, Israël doit prendre l’initiative de déloger les supplétifs de Téhéran, non seulement de la zone frontalière, mais de la totalité du Liban. Plus nous attendons, plus nos pertes serons lourdes.

 

Dans le Sud, il y a longtemps que, partant des mêmes considérations, nous aurions dû anéantir le Hamas et les autres factions islamistes. Il n’est pas tolérable qu’un pays comme le nôtre accepte de subir les roquettes de ces terroristes, capables d’atteindre toutes nos métropoles depuis cet îlot de violence situé à 60km de Jérusalem et de Tel-Aviv.

 

En Syrie et sans doute en Irak, nous allons continuer à détruire sans relâche le contingent iranien et ses armes.

 

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J’espère un changement de gouvernement en 2019, car celui-ci n’a pas relevé les défis à Gaza et au Liban et ce n’est pas pardonnable. La candidature déclarée de l’ancien chef d’état-major, Benny Gantz, apolitique, pourrait remettre de l’ordre dans la maison.

 

 

Sami El Soudi en Palestine (chef du bureau palestinien de la Ména)

 

Dans le territoire de l’Autorité Palestinienne, c’est toujours la corruption, l’arbitraire et la torture (souvent de parfaits innocents et principalement à la prison de Jéricho) qui prévalent.

 

Le Président Abbas, qu’on pensait agonisant, a obtenu un sursis au niveau de sa santé. Il a même annoncé des élections générales dans six mois : on verra, personne n’y croit vraiment. Face à la recrudescence du terrorisme du Hamas qui menace son régime, il a pris nombre de mesures énergiques.

 

Il a demandé à Israël de cesser l’approvisionnement de pétrole à Gaza dans le dessein évident d’affaiblir l’organisation islamiste. Le Hamas était au tapis, mais l’argent qatari l’a remis en partie d’aplomb.

 

En Cisjordanie, la police de l’Autorité matraque sans ménagement tout rassemblement islamiste et collabore sans se ménager avec les Israéliens pour les aider à mettre la main sur les terroristes.

 

Sur le plan politique, c’est le statu quo navrant. L’AP est de plus en plus marginalisée. Par Netanyahu, certes, mais également par Trump et par le monde arabe. A force de refuser tous les compromis, elle est devenue nuisible pour les enjeux principaux de la région. En fait, on attend la publication du plan de paix américain, avec des craintes mêlées d’un semblant d’espoir. Si les Arabes pouvaient nous imposer un arrangement, cela réjouirait bien des Palestiniens, coincés au fond du cul-de-sac.

 

Bonne année 2019. Et longue vie à la Ména, le media qui ne fait pas de compromis et qui ne censure personne !

 

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Amram Castellion à Metula (analyste politique, expert en économie) :

 

2019 s’annonce comme une année d’incertitude où plusieurs systèmes qui avaient fonctionné depuis des décennies vont connaître leur moment de vérité.

 

La croissance mondiale sera plus faible que cette année, avec, selon l’OCDE, une croissance moyenne de 3,5% en 2019 contre 3,7% en 2018. Ce ralentissement sera plus prononcé aux Etats-Unis, ayant été causé pour partie par la « guerre des tarifs » que le président Trump a engagée contre la Chine. Trump a sacrifié, en toute connaissance de cause, un peu de croissance pour protéger l’emploi américain : l’année qui commence montrera s’il a trouvé ou non le bon dosage. Sur le plan politique, 2019 sera comme les deux années précédentes : les Démocrates annonceront toutes les semaines que Trump est fini, mais il ne le sera pas.

 

Le modèle européen est au bout du rouleau. Après les victoires répétées des partis populistes, la révolte des gilets jaunes en France montre qu’il n’est plus possible de voir un continent entier, sauf un pays, perdre indéfiniment ses emplois industriels et ses parts de marché parce que sa monnaie est trop faible pour l’Allemagne et trop forte pour tous les autres pays. Si les Européens ne font pas baisser l’euro dès cette année, les mouvements politiques qui prennent le pouvoir dans toute l’Europe contesteront bientôt de nouveau la monnaie unique.

 

Au Moyen-Orient, il faudra gérer les conséquences du retrait américain de Syrie. Erdogan, qui triomphe aujourd’hui, va probablement découvrir que les choses sont plus complexes qu’il ne les avait rêvées.  Son rêve d’un second empire ottoman pourrait bien se perdre dans les montagnes du Rojava.

 

Puisse l’année qui commence apporter à tous nos lecteurs la satisfaction et la paix.

 

 

Bernardo Stenhof (ambassadeur auprès des Nations Unies et de l’Unesco, écrivain et éditeur)

 

La dernière année est passée à très grande vitesse pour un observateur comme moi.

 

A l’ONU, au « Conseil de droits de l’homme », malgré l’impulsion américaine, la plupart des pays arabes continuent à réciter leur mantra de soutien pour le peuple palestinien. Personne n’est dupe.

 

Un autre sujet me choque et m’inquiète : l’expression de l’antisémitisme et les actions violentes qui lui sont attachées. Les Etats et politiciens protestent, bien sûr, mais sans force.

 

Il semble que nous ayons laissé le BDS s’établir pendant que nous cherchions à démontrer notre bonne foi. Il faut que toutes les forces juives, mais aussi les non-Juifs honnêtes, se fédèrent pour écraser cette hydre afin que ce que nos parents ont connu ne se reproduise pas.

 

 

Llewellyn Brown en France (traducteur officiel de la Ména, rédacteur, écrivain)

 

Ces dernières années, deux événements ont montré que le cours de notre existence collective n’est pas réglé une fois pour toutes : l’élection de Donald Trump et le vote pour le Brexit, survenus en 2016. La première montra qu’il est possible de faire une brèche dans la collusion massive entre la “gauche” et les media et d’instituer une politique en lien avec le peuple. Le second porta un coup de boutoir aux diktats de l’Union Européenne.

 

En France, l’événement clef fut l’élection d’Emmanuel Macron, dont la qualité consiste à avoir déclenché le mouvement des « gilets jaunes » et d’avoir révélé, aux yeux de tous, l’état réel du pays. Les autres présidents, depuis Mitterrand, savaient faire semblant de respecter les institutions et leur peuple, tout en œuvrant à la destruction de leur pays. Macron a mis la machine à nu ; on voit à présent que nous sommes gouvernés par une clique dont l’arrogance n’a d’égale que son incompétence. On comprend désormais que le souci de nos dirigeants n’est pas de servir leur pays, d’assurer un niveau de vie correct et une société unie : personne n’apporte une réponse au chômage chronique, à l’assistanat grandissant, ni à la dégradation des conditions de vie d’un grand nombre de nos concitoyens.

 

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Les décisions les plus cruciales pour le pays ont été prises en dehors de toute consultation démocratique : l’adhésion à l’Union Européenne, l’adoption du Deutsche Mark (pardon, de l’euro…) comme monnaie unique, l’immigration africaine et maghrébine massive. Ces choix conduisent à l’abandon de la souveraineté – et partant, de la démocratie –, la ruine de notre économie (totalement asservie à celle des Germaniques), la destruction du tissu de notre société (livrée à la conquête musulmane, exposée aux violences des délinquants et des djihadistes). Tout cela, au profit des grandes sociétés et des parasites incultes – autoproclamés “élites” – qui ne lésinent ni sur les lubies à la mode (la “transition écologique”) ni sur leur confort personnel. La contestation faite par les gilets jaunes porte au grand jour le point auquel une immense part de la population française est exploitée par des gouvernants dont l’inventivité – en l’espèce, sans bornes – se limite à créer de nouvelles taxes.

 

Prétendra-t-on que les revendications des gilets jaunes sont trop nombreuses et impossibles à réaliser ? Il suffirait, au fond, de réellement écouter le peuple, et trancher sur les choix que nous venons d’énumérer. Des décisions qui ne se contenteraient pas d’accommoder le statu quo, mais remettraient enfin en question des structures mises en place depuis quarante ans.

 

Macron, opérant à “l’extrême centre”, refuse le moindre changement de politique, persistant à utiliser des tactiques dilatoires (« consultation nationale ») et à dénoncer les menaces du “populisme” et du “fascisme”. Or, la société française a atteint un point de rupture. Celui-ci peut, certes, durer encore quelque temps, produisant des ravages, mais le statu quo n’est plus immuable, même si la France manque cruellement de personnalités compétentes…

 

La révolte populaire, cependant, nous montre la soif d’un réel changement.  L’horizon n’est plus complètement fermé, comme il a pu le sembler encore très récemment. A tous, je souhaite une excellente année 2019.

 

 

Yoshua Ohana (fixeur militaire, photographe, région-nord-est)

 

A la fin de l’été, j’ai été victime d’un stupide accident qui m’a éclaté un genou. J’ai subi une importante intervention chirurgicale il y a plus de trois mois et je viens juste de recommencer à me déplacer péniblement avec des béquilles et de suivre des séances de rééducation et de balnéothérapie.

 

Faute de pouvoir arpenter le Golan et la frontière libanaise avec mes appareils de photo, ma fonction favorite, Juffa m’a trouvé un job de remplacement : suivre les réseaux sécuritaires lors des incidents et des raids en Syrie et me tenir en relation avec nos amis informateurs.

 

Cela m’a tenu occupé. Mais je suis un homme d’extérieur et je rêve d’air frais, d’action et d’espaces. Peut-être à la fin janvier, inch Allah !

 

Dans l’entretemps, je vous souhaite à tous, lecteurs et confrères, la santé et le bonheur. C’est une antienne, certes, mais on n’apprécie la santé à sa juste valeur que lorsque l’on en est privé !

 

 
Annonce des voeux de l'an des rédacteurs de la Ména ! Version imprimable
Communiqué
lundi, 31 décembre 2018

 

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La faillite morale de l’Europe occidentale (info # 013012/18) Version imprimable
Analyse
dimanche, 30 décembre 2018

 

Par Guy Millière

 

J’aimerais traiter d’un autre sujet. Mais en observant l’année écoulée, et plus particulièrement ce qui a pu se passer au cours des dernières semaines, je ne peux que constater la faillite morale de l’Europe occidentale.

 

Certes, comme je l’ai écrit la semaine dernière, l’Europe occidentale est devenue l’épicentre de l’antisémitisme mondial, ce qui est honteux, sept décennies à peine après la Shoah.

 

Certes aussi, l’Europe occidentale s’est laissé envahir par des millions de musulmans qui contribuent très fortement, voire essentiellement, à l’antisémitisme ambiant en Europe, et l’Europe occidentale est devenue otage de l’islam. Mais la faillite morale de l’Europe occidentale va bien au-delà de cela.

 

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Une peau de chagrin ?

 

Il fut un temps, et j’en parle au passé, où l’Europe occidentale affirmait ses racines chrétiennes. Or les chrétiens sont depuis des années persécutés, exterminés dans le monde musulman. Que font les dirigeants d’Europe occidentale pour aider les chrétiens persécutés ? Rien. Ou quasiment rien. C’est à peine si le sujet est abordé dans les grands media européens.

 

C’est l’islam qui est en question, bien sûr, parce que c’est dans le monde musulman que ce que je viens de décrire se déroule. Et, certes, l’Europe occidentale est l’otage de l’islam, mais les dirigeants d’Europe occidentale pourraient au moins murmurer, tête baissée en position de dhimmi, quelques mots sur le sujet. Mais même murmurer quelques mots semble beaucoup trop pour eux.

 

La raison en est, je pense, que l’Europe occidentale est postchrétienne et n’a plus guère de repères éthiques. Elle est que l’Europe occidentale est si profondément plongée dans la soumission qu’elle se fait servile, bien au-delà même de ce que l’islam exige.

 

Les actes atroces, et qui devraient soulever l’indignation, tels que l’agression meurtrière qui a fauché des Juifs israéliens en Judée-Samarie, dont une femme enceinte, et qui a conduit à la mort d’un bébé né prématurément ne choquent quasiment personne en Europe occidentale. Les victimes étaient des Juifs israéliens (tout comme les deux jeunes soldats tués un peu plus tard par des criminels du même acabit), et les assassins étaient “Palestiniens”, donc du genre qui entraîne la vénération en Europe occidentale. Que personne ne soit choqué en Europe occidentale, sauf les Juifs et les (rares) amis des Juifs et d’Israël, est effroyablement normal, au vu de ce qu’est l’Europe occidentale aujourd’hui.

 

Mais l’égorgement et la décapitation de deux jeunes Européennes au Maroc, égorgées et décapitées parce qu’elles n’étaient pas musulmanes, et le fait qu’égorgement et décapitation aient été filmés en vidéo par les assassins, et que la vidéo ait été envoyée aux familles des victimes, n’a pas davantage choqué en Europe occidentale.

 

La récente tuerie au marché de Noël de Strasbourg a elle aussi vite glissé vers la rubrique des faits divers, et les victimes ont à peine eu davantage de considération que des victimes d’accidents de la route.

 

Les parents de l’assassin ont eu droit, en revanche, comme c’est désormais la lamentable tradition, à un entretien télévisé et ont pu dire que s’ils avaient connu le projet de leur fils, ils l’auraient “dissuadé” de le réaliser. Les voisins de l’assassin terroriste ont également été invités à s’exprimer et ont pu affirmer que l’assassin terroriste était un “gentil garçon”.  Le fait qu’à vingt-neuf ans il avait déjà à son actif vingt-sept condamnations pour des crimes et délits parfois très graves et demeurait en liberté a été énoncé, puis vite laissé de côté. Seuls quelques-uns de ceux qui ont regardé l’entretien avec le père de l’assassin terroriste ont remarqué qu’il se teignait la barbe au henné pour ressembler au “Prophète” Mohamed, comme le font les djihadistes fanatiques, et qu’il portait un bonnet à l’effigie de Che Guevara, l’exécuteur des basses œuvres du clan Castro après que celui-ci a pris le pouvoir à Cuba.

 

Plus rien ne choque en Europe occidentale. Ou, plus exactement, ceux qui sont choqués parce qu’ils ont encore des repères éthiques sont poussés vers les marges, incités à se taire, traités de réactionnaires et de suppôts de l’extrême droite.

 

Ce qui est à l’œuvre est un syndrome qui, si rien ne vient l’interrompre, sera porteur de la mort d’une civilisation. C’est ce que j’ai analysé dans un livre que j’ai écrit et publié récemment : Comment meurt une civilisation*. Et j’ai écrit le livre pour expliquer ce qui guette l’Europe occidentale

 

J’aimerais traiter d’un autre sujet, assurément.

 

Mais je suis né en Europe occidentale. J’y ai mes racines. Voir venir la mort d’une civilisation où l’on a ses racines ne peut qu’emplir de consternation.

 

 

 

Note :

* Guy Millière, Comment meurt une civilisation, Texquis, 2018, 87p., 12 euros.

 

pour lire la suite...
 
Ce n’est pas encore Noël pour les Russes [suite et fin] (022912/18) Version imprimable
Analyse
samedi, 29 décembre 2018

 

Légendes, images, explications et commentaires :

 

Note : afin d’être parfaitement honnêtes dans notre compte-rendu, pour chaque objectif atteint, nous avons mentionné une triple évaluation de nos informations et recoupements : elles embrassent notre pourcentage de certitude d’avoir précisément identifié la localisation géographique de la cible, le degré de notre certitude que l’objectif en question a bien été visé, et notre appréciation théorique – au regard de la nature du site et de notre expérience préalable – du nombre des victimes présumées lors de l’attaque spécifique.

 

Avertissement : S’agissant d’une reconstitution, et en vue des difficultés objectives d’évaluation, il est probable que nous nous soyons trompés, - mais marginalement – lors de nos estimations, s’agissant d’un travail pointu qui n’avait jamais encore été réalisé par un media indépendant.

 

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Service cartographique © Metula News Agency

Base : Google Earth Pro

 

(1).. Le garage Alsumaria

Il était situé à 930 mètres de la piste de l’aéroport de Mezzé [carte], au nord-ouest de Damas, dont la piste longue de 2.8km peut accueillir tous les types d’avions, et surtout, à moins de 500m de l’autoroute Damas-Beyrouth.

 

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Le garage automobile Alsumaria

Service cartographique © Metula News Agency

Base : Google Earth Pro

 

Il abritait plus que probablement des armes et des munitions à l’intention de Hezbollah.

Il était protégé par le commando 555 de l’Armée syrienne, disposé tout autour du bâtiment.

Il a très probablement été totalement détruit par les tirs de plusieurs missiles.

Précision de notre localisation : 100%

Degré de confirmation de la frappe : 80%

Nombre probable de personnels tués ou blessés : 20

 

 

(2).. Dépôt d’armes

Il était situé à 4km à l’ouest de l’objectif no.1 et à 8km du palais de Bashar al Assad, en plein cœur du dispositif de la Division no.4 de l’Armée gouvernementale. A 400m de l’autoroute Damas-Beyrouth.

 

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Dépôt d’armes de la Division no.4

Service cartographique © Metula News Agency

Base : Google Earth Pro

 

Il abritait des armes et des munitions à l’usage des Iraniens, du Hezbollah et de l’Armée gouvernementale. Probablement des Fajr de fabrication iranienne et/ou, possiblement des armes chimiques, le bataillon de guerre chimique étant caserné tout près de l’objectif, non loin du centre de renseignement de la Division no.4

 

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L’objectif après l’attaque

Source : image satellite de la société israélienne ISI

 

Il a été totalement détruit par les tirs de plusieurs missiles.

Précision de notre localisation : 100%

Degré de confirmation de la frappe : 100%

Nombre probable de personnels tués ou blessés : Entre 2 et 10

 

 

(3).. L’hôpital gouvernemental du quartier de Daryya

Il est situé au nord du quartier de Darrya, à 2km au sud-est de l’aéroport de Mezzé et à 2.7km au sud de l’autoroute Damas-Beyrouth.

Ses caves abritaient des armes et des munitions à l’intention du Hezbollah.

 

Les entrepôts souterrains auraient été détruits.

Précision de notre localisation : 100%

Degré de confirmation de la frappe : <60%

Nombre probable de personnels tués ou blessés : inconnu.

 

 

(4).. Position du commando d’artillerie gouvernementale 137 de Khan Asleh

Le commando 137 fait partie de la Division no.7. La cible principale était le commando 115, qui possédait divers types de missiles, dont des Tochka de fabrication russe, pointés vers Israël.

Elle est située à 32km au nord-est de la frontière israélienne et à 7km environ au sud-ouest de Damas.

 

Les entrepôts d’armes et de munitions ont été détruits.

Précision de notre localisation : niveau de la localité

Degré de confirmation de la frappe : 75%

Nombre probable de personnels tués ou blessés : Entre 20 et 40

 

 

(5).. Ferme agricole du Front Populaire pour la Libération de la Palestine

Elle est située à l’est du village de Khan Asleh et au sud de l’objectif précédent (4).

La ferme appartient au FPLP d’Ahmed Jibril et abritait des armes et des munitions iraniennes.

Elle est située à 31km au nord-est de la frontière israélienne et à 8km environ au sud-ouest de Damas.

 

Les entrepôts d’armes et de munitions ont été détruits.

Précision de notre localisation : +-500m

Degré de confirmation de la frappe : 80%

Nombre probable de personnels tués ou blessés : inconnu

 

 

(6).. Ecole de conduite à al Dimass

Elle est située dans la ville d’al Dimass, à 4km de la frontière libanaise et sur l’autoroute Damas-Beyrouth.

L’école dissimulait un centre d’entraînement et de regroupement de soldats iraniens et de miliciens du Hezbollah.

 

Le bâtiment a été détruit.

Précision de notre localisation : niveau de la localité

Degré de confirmation de la frappe : >90%

Nombre probable de personnels tués ou blessés : entre 10 et 50

 

 

(7).. Quartier général de la Division no.10

Il est situé entre les villes de Qatana et de Yafour, à 4km au sud-ouest de Damas et à 4.6km au sud-ouest de l’autoroute Damas-Beyrouth.

C’est principalement la brigade 98 qui était visée, et possiblement des entrepôts d’armes et de munitions à destination du Hezbollah.

 

7a.jpg

Quartier général de la Division no.10

Service cartographique © Metula News Agency

Base : Google Earth Pro

 

Les frappes ont été précises, elles ont probablement impliqué plusieurs missiles.

Précision de notre localisation : 100%

Degré de confirmation de la frappe : >80%

Nombre probable de personnels tués ou blessés : entre 10 et 50

 

 

(8).. Le Centre de recherche international de Jomrayah

Il est situé à 6km au nord-ouest de Damas et abrite le centre de développement d’armes chimiques et bactériologiques irano-syrien. Il a déjà fait l’objet de frappes israéliennes et américaines.

 

8a.jpg

Centre irano-syrien de développement d’armes chimiques et bactériologiques

Service cartographique © Metula News Agency

Base : Google Earth Pro

 

L’objectif visé a été totalement détruit, cela a impliqué le tir de plusieurs missiles.

Précision de notre localisation : 100%

Degré de confirmation de la frappe : >95%

Nombre probable de personnels tués ou blessés : entre 5 et 30


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Ce n’est pas encore Noël pour les Russes [1ère de 2 parties] (012912/18) Version imprimable
Analyse
samedi, 29 décembre 2018

 

Par Stéphane Juffa pour la rédaction de l’article et la synthèse

Par Jean Tsadik pour l’identification des cibles et les évaluations

Par Michaël Béhé pour le recueil des informations arabes

Par Yoshua Ohana pour le recueil des sources israéliennes

Par Ilan Tsadik pour le recueil des informations américaines et autres

 

A en croire les officiels russes, l’attaque menée par Israël dans la nuit de mardi à mercredi fut un échec retentissant, ce, grâce à la technologie russe qui, selon eux, a permis aux Syriens d’abattre 14 des 16 missiles Dalila qu’auraient lancés des avions Sufa [tempête] (F-16).

 

Derrière cette affirmation se dissimule principalement un souci d’ordre commercial : les systèmes antimissiles conçus au pays de Poutine représentent la marchandise de pointe de l’industrie militaire russe. Les Turcs, les Iraniens, d’autres Etats et même les Saoudiens ont signé des contrats de plusieurs milliards de dollars pour l’acquisition du système S-400, censé interdire totalement le survol d’un espace aérien, que ce soit par des chasseurs-bombardiers, des missiles ou des drones.

 

Les experts du monde entier ont ainsi les yeux rivés sur les performances de ces équipements chaque fois qu’une intervention israélienne se dessine, ce qui amène Moscou à contrôler consciencieusement sa communication et à diffuser les scores dithyrambiques qu’auraient réalisé leurs missiles face aux "agressions" de l’Aviation "sioniste".

 

En fait, il ne s’agit pas uniquement des résultats obtenus face aux pilotes israéliens, puisque, lors de l’opération conjointe américano-franco-britannique du samedi 14 avril 2018 contre les armes chimiques de Bashar al Assad, les mêmes sources russes annonçaient fièrement que plus des deux tiers (71 missiles interceptés sur 103 missiles tirés par la coalition) des missiles de cette coalition avaient été interceptés.

 

Selon le Général Roudskoï, cette importante proportion d’interceptions témoignait "de la grande efficacité de ces systèmes (antiaériens) et de l'excellente formation du personnel militaire syrien, entrainé par nos spécialistes".

 

Personne ne croit évidemment les chiffres publiés par les généraux du Kremlin, ce, d’autant plus que l’étendue des dégâts au sol, provoqués par des missiles qui auraient été détruits en vol, ne correspond aucunement à ces annonces publicitaires.

 

Pour ne considérer que les raids israéliens, les ravages qu’ils occasionnent aux infrastructures iraniennes en Syrie, ainsi qu’à celles du Hezbollah et de l’Armée gouvernementale sont tels, qu’ils ont généré une acrimonie résultant en une tension fortement perceptible dans les relations entre Moscou et Jérusalem. C’est à croire que les Israéliens s’emploieraient à détruire l’économie militaire russe.

 

Cela explique que la délégation militaire des Hébreux, conduite par le chef des opérations militaires de Tsahal, le Général Aharon Halivaqui, qui s’est rendue en Russie à la mi-décembre afin d’aplanir les différends entre les deux Etats, a été antichambrée. Elle n’a pas rencontré ses homologues locaux, mais des seconds couteaux, dirigés par un vieux général qui devait prendre sa retraite quelques jours après la réunion. Les seuls éléments positifs de ce meeting furent que la coordination des opérations dans le ciel de Syrie serait maintenue et si possible améliorée, et qu’une autre délégation russe visiterait l’Etat hébreu les jours suivants, afin de se rendre compte de visu de la question des tunnels du Hezbollah. Ce voyage a bien eu lieu et il a été concluant.

 

Depuis mercredi, pour notre modeste part, nous avons investi de l’énergie pour comprendre et vous informer de ce qui s’était réellement passé en Syrie la nuit précédente. Pour ce faire, nous avons épluché la presse arabe, prêté l’oreille à des militaires dissidents syriens, écouté attentivement les maigres révélations faites par des responsables israéliens, à commencer par le Premier ministre qui en a parlé, et suivi les déclarations effectuées par des organismes militaires américains, qui sont régulièrement et précisément tenus informés par les Israéliens des résultats de leurs opérations. Sur ces bases, appartenant toutes au domaine public, nous avons fait jouer notre expérience pour effectuer des recoupements visant à déterminer quels étaient les objectifs de Tsahal et les conséquences de ses raids. Nous avons ensuite identifié les cibles sur des photos satellitaires, en tentant d’expliquer ce que contenaient les infrastructures qui ont été détruites, et de procéder sur cette base à une évaluation grossière du nombre de victimes causées par les raids.

 

De fait, ce que nous avons ainsi découvert se trouve à de années-lumière de ce que les Russes prétendent, et vous allez le voir, c’est extrêmement intéressant. Tout d’abord, ce ne sont pas 16 missiles qui ont été tirés, mais 52 selon notre décompte. Ensuite, Tsahal a innové à l’occasion de cette opération en de nombreuses manières : l’Armée israélienne n’est pas uniquement intervenue par les airs, elle a aussi lancé un certain nombre d’engins à partir de ses navires de guerre positionnés face aux côtes libanaises, de même que des fusées sol-sol. De plus, elle a utilisé une vaste panoplie de missiles, dont c’était pour certains le baptême de l’air. Le Khe’l Avir, pour sa part, n’a pas recouru qu’à des F-16, mais aussi au bombardier furtif F-35 et, très probablement, à des F-15, au moins afin d’assurer sa suprématie aérienne en évitant aux Russes l’idée de faire décoller leurs appareils de la base de Khmeimim à proximité de Lattaquié.

 

L’opération a consisté en trois raids ou phases, la première étant lancée sur le coup de 22h15 locales, et la dernière se ponctuant aux premières heures de mercredi.

 

Mais avant tout cela, les Israéliens avaient décidé de tester les Russes pour savoir s’ils tiendraient leurs engagements, notamment ceux réitérés à Moscou la semaine précédente. C’est ainsi que l’officier en charge de la communication avec Khmeimim téléphona à son homologue russe une bonne dizaine de minutes avant la première frappe selon nos estimations. Elle prenait en compte la protestation adressée par les chefs de l’Armée de l’Air de Poutine après le raid de septembre sur Lattaquié, lors duquel les Russes n’avaient été prévenus qu’une minute à l’avance [source : état-major russe].

 

Mardi, donc, la femme-officier qui appela Khmeimim indiqua à son vis-à-vis l’heure et le secteur qui seraient visés. Ceci posé, les Israéliens doutaient de la correction des Russes, censés – c’est dans les termes de l’accord – ne pas informer les Syriens et les Iraniens de l’attaque imminente. Le but de l’entente en question visant à assurer une séparation en vol entre les appareils des deux pays et non à intervenir dans les affrontements opposant l’Etat hébreu à ses ennemis.

 

Pour en avoir le cœur net, les Israélien envoyèrent d’abord un DECOY, un leurre, à l’endroit qu’ils avaient communiqué aux Russes. Il s’agissait d’un missile de croisière d’un modèle ancien, se déplaçant péniblement à la vitesse d’un avion à hélices. Comme ils le soupçonnaient, la frappe annoncée était "attendue", et le vénérable projectile fut accueilli et abattu par une nuée des missiles antimissiles, principalement tirés par des Pantsir, un véhicule antiaérien de courte à moyenne portée, dont on ignore s’ils étaient manœuvrés par des Syriens, des Russes, ou par des Syriens encadrés par des Russes.

 

pantsir.jpg

Un Pantsir prêt à faire feu

 

En plus de renseigner les Israéliens sur la fiabilité des Russes et sur leurs intentions réelles, il est possible que l’allumage des systèmes antiaériens ennemis renseigna Tsahal sur leur emplacement, leur quantité et leur nature. Et encore, cette ruse les obligea à consommer un grand nombre de missiles antimissiles – ils s’en sont donnés à cœur joie – et à mettre du temps pour recharger leurs lanceurs. Ce fut, à notre connaissance, le seul projectile israélien intercepté de toute la soirée. La véritable opération pouvait alors commencer, entourée de moyens électroniques qui rendaient les objets volants hébreux inaccessibles aux systèmes russes et mettant à l’œuvre des matériels hypersophistiqués dotés d’une précision diabolique.

 

Si les Russes n’ont pas fait appel à leurs S-400, c’est qu’ils savaient pertinemment qu’ils n’auraient pas davantage de succès avec ce matériel qu’avec celui qui était à la tâche. Les Israéliens n’auraient jamais envoyé leurs pilotes sur la Syrie s’ils n’en étaient absolument convaincus. De plus, si les Russes avaient utilisé les S-400 et qu’ils avaient manqué toutes leurs cibles, cela aurait démontré qu’ils ne sont pas à la hauteur, et cela aurait sérieusement porté atteinte à leurs activités commerciales face à leurs clients.

 

Selon notre recherche, dix sites ont été oblitérés lors de l’assaut. Certains nécessitant jusqu’à quatre ou cinq missiles pour obtenir leur destruction totale. En tout, selon nos estimations et recoupements, ce sont dix objectifs au moins qui ont été atteints [voir la carte détaillée et les explications dans la seconde partie de cet article]. Tous n’étaient pas Iraniens ni hezbollanis, contrairement à ce qui a été publié ailleurs ; des postes de commandement, des commandos et des installations de l’Armée gouvernementale ont également été neutralisés. Et parmi les objectifs visés, dans certains cas, les Israéliens n’ont frappé que la section qu’ils avaient choisi d’anéantir.

 

 

A suivre dans la seconde partie de l’article…

 

 
Raid d’envergure sur Damas (012512/18) Version imprimable
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mardi, 25 décembre 2018