Habituellement, c’est à propos d’actes de guerre ou de problèmes
économiques qu’Israël se rappelle de l’existence de la petite ville du Doigt de
la Galilée. Kiryat Shmona détient en effet le titre peu envié de cité la plus
bombardée de l’Etat hébreu, même si, depuis la Seconde Guerre du Liban, en
2006, elle a été relativement épargnée. Mais, ces derniers mois, c’est pour une
raison autrement plus gaie que nos concitoyens évoquent le chef-lieu de notre
région : pour son extraordinaire club de foot !
A huit journées du terme de la saison régulière, Hapoël Ironi Ituran
Kiryat-Shmona (Le club Municipal de l’Ouvrier (la fédération ouvrière
nationale) Ituran de Kiryat-Shmona [1]), occupe la première place du championnat
national. Excusez du peu, l’équipe du grand chnord israélien possède dix points
d’avance – avec un match en moins ! – sur le second, le Club Sportif
d’Ashdod, et douze sur le troisième, l’ex-favori Hapoël Tel-Aviv.
Au cas où les blancs et bleus remporteraient leur partie de demain
(lundi), à Tel-Aviv face au Maccabi, ils comptabiliseraient au minimum douze
points d’avance sur le deuxième, du quasi-jamais vu à ce moment de la
compétition.
Dans notre région, on s’autorise même à parler de l’éventualité de
devenir champions, même si, lorsqu’on avance cette hypothèse, et bien que le
titre soit à quatre-vingt pourcent déjà dans notre poche, on doit encore se
pincer très fort pour y croire.
Certains, sous la pression psychologique, sombrent dans le délire, et
parlent de la venue de formations comme le Barça ou Manchester-United dans
notre stade de 5300 places, la saison prochaine en Ligue des Champions.
L’entraîneur
Ran Ben Shimon, l’esprit du Nord
Le plus cocasse est que les psys de la région ont cessé depuis novembre
de traiter ces illuminés au Valium. Comment pourraient-ils faire autrement,
puisque les joueurs du cru collectionnent les records ? Ainsi, ils n’ont
pas perdu en championnat depuis onze rencontres, dont dix se sont terminées par
une victoire.
Mardi dernier, ils ont, de plus, enlevé la Gvia Toto, la mouture
israélienne de la Coupe de la Ligue. En finale, à Jérusalem, ils ont pris le
meilleur sur Hapoël Tel-Aviv aux coups de pied au but, après avoir nettement
dominé les débats lors du temps réglementaire, se faisant rejoindre à l’ultime
seconde du temps additionnel (1-1).
Trois jours auparavant, à la maison, ils avaient étrillé Ramat Hasharon
sur la marque de 4-0. Environ un habitant de la ville sur quatre assistait à la
rencontre, ce qui en dit long quant à l’engouement que suscite le club dans la
cité et dans la région. Surtout en tenant compte de ce que les habitants traditionnalistes
en matière de religion sont nombreux dans cette agglomération, où la grosse
majorité des gens est d’origine maghrébine, et que la partie se disputait un
shabbat.
Mais dix buts encaissés seulement depuis le début du championnat, en 22
matches, une différence de buts de +22, voilà de quoi faire quitter leurs
pénates aux plus pantouflards.
Hapoël Kiryat Shmona n’a évidemment jamais remporté la Ligat Ha-al,
la Super-ligue, et n’a pas non plus gravé son nom sur la Coupe nationale. A
moins d’un gigantesque passage à vide que rien ne laisse entrevoir, si ces
garçons terminent la saison sur la plus haute marche du podium, ce serait la
première fois qu’un petit club réussirait cet exploit depuis 1999. L’année du
succès d’Hapoël Haïfa, qui, sur sa lancée, avait battu l’Ajax à Amsterdam en
coupe européenne.
Mais depuis, le titre n’a plus échappé aux quatre grosses cylindrées de
la ligue israélienne, Maccabi Haïfa, Hapoël Tel-Aviv, Maccabi Tel-Aviv et Beitar
Jérusalem. Cette saison, cependant, Hapoël Tel-Aviv est pratiquement décroché
dans la chasse au titre, les Maccabéens de Haïfa et Tel-Aviv se morfondent dans
le ventre mou du classement, et Jérusalem, le seul club appartenant à la
fédération Beitar, de la droite politique, se bat pour éviter la relégation.
Tous jouissent de budgets largement supérieurs au nôtre : 18
millions d’euros pour Maccabi Tel-Aviv, 13 pour Maccabi Haïfa, 10 pour Hapoël
Tel-Aviv, 4 pour Beitar, contre trois et demi pour Kiryat-Shmona.
C’est beaucoup d’argent ? Certes, mais à l’échelle nationale, car
ça n’est pas grand-chose, comparé aux 65 millions du budget annuel du PSG, ou
encore, aux quelques 350 millions d’euros du Barça.
Dans ces conditions, comment expliquer le succès de l’Ironi
Kiryat-Shmona ? Par une conjonction de circonstances. Par le rendez-vous
improbable de personnes talentueuses et optimistes, que l’on retrouve à la base
de toute réussite.
Et ne cherchez pas de vedette ou de vieille gloire parmi les joueurs,
car vous seriez déçus. En revanche, vous rencontrerez ici un contingent de
footeux homogène, à l’esprit altruiste. Avec quatre étrangers uniquement, dont
vous n’avez jamais entendu les patronymes, trois Arabes israéliens, que vous ne
parviendrez pas à distinguer du reste de l’équipe, et un Druze du Plateau du
Golan.
A peine pourrait-on décerner un accessit au gardien de but aux parades
assez phénoménales, Danny Amos, membre d’un kibboutz (village communautaire
socialiste) de la vallée, ou à Salakh Khassarma, l’un des piliers du club, le
boss de la défense au sang-froid imperturbable, qui, à près de 39 ans, dispute
sa meilleure saison et bat les jeunets à la course.
On attribuera une mention "spéciale Ména" au latéral droit de
26 ans, Elad Gabaï, dont les déboulés sur son aile en renfort des attaquants
nous plaisent carrément, et qui ne devrait pas tarder à rejoindre la sélection
nationale.
La belle troupe ! Et dire que le club a dû laisser partir, l’été
dernier, ses deux meilleurs attaquants, Elroy Cohen et Wyiam Amasha, qui font
respectivement les beaux jours d’Hapoël Tel-Aviv et de Maccabi Haïfa.
A la baguette, le maestro Ran Ben Shimon, un ancien international, et
l’âme vénérée de l’équipe ; la magic touch. Un type aux formes un
peu arrondies, ultra-modeste mais sachant se faire respecter, et surtout
gentil, hyper gentil, même. Toujours souriant, et qui sait ne pas oublier que
le football n’est qu’un jeu, et qu’il existe, dans la vie, des tas de choses
plus dramatiques que de shooter dans un ballon. Sans Ben Shimon, à n’en pas
douter, Kiryat-Shmona serait une équipe de milieu de classement.
Sans oublier le patron, Izzy Shiratzky, un businessman ayant fait
fortune dans le domaine de la high-tech, en développant mondialement un système
unique de GPS permettant de retrouver les véhicules volés. Izzy a, en fait,
adopté la région défavorisée de Kiryat Shmona, faisant beaucoup plus que de se
limiter à soutenir son club de foot. Il a ainsi délocalisé sa société Ituran (dont le nom fait désormais partie de celui du club
de foot) pour la réinstaller en Haute-Galilée, et soutient des sportifs
d’élite, à l’image du tennisman David Sella, lui aussi originaire du coin.
Vous le trouverez à chaque match dans les gradins, entouré de quelques
potes, et le reconnaîtrez à son seul signe extérieur de richesse, son Havane,
qu’il déguste en regardant ses poulains martyriser les défenses adverses. A la
mi-temps, il y a toujours quelqu’un de son entourage pour partager un thermos
de thé et des biscuits avec les occupants des deux rangées les plus proches. A
l’issue de la rencontre, il descend dans les vestiaires, embrasser un joueur
méritant ou lui administrer une tape amicale sur l’épaule.
Mais jamais vous ne verrez Shiratzky se mêler des décisions du coach,
car les autres clés de la réussite de Kiryat-Shmona, sont le respect des
tâches, la discrétion – la complicité entre Izzy et Ben Shimon est
impressionnante – et le fair-play.
L’Union Européenne a donc décidé avant-hier la mise en application de
son embargo sur l’achat de brut iranien, et les Etats-Unis ont envoyé le
porte-avions Abraham Lincoln dans le Golfe arabo-persique, et la République Islamique
n’a pas exécuté sa menace de fermer le détroit d’Hormuz.
Au contraire, le numéro deux des Pasdaran, Hossein Salami, s’est fendu
d’une déclaration qui peut paraître surprenante, annonçant que l’envoi d’un
nouveau navire de guerre américain dans le Golfe "ne constituait pas un
élément inédit, et qu’il ne fallait pas interpréter cette manœuvre comme le
signe d’une présence permanente". Il a qualifié le passage du détroit par
le porte-avions d’ "activité de routine".
On se situe en pleine contradiction avec les proclamations précédentes
du chef de l’Armée iranienne, l’ayatollah Salehi, qui brandissait des menaces
de confrontation, après le retrait d’un autre porte-avions, l’USS Stennis,
recommandant au Pentagone de ne pas envoyer d’autre unité de ce type dans le
Golfe, et précisant qu’ "il n’est pas dans nos habitudes de lancer un
avertissement plus d’une seule fois".
Un autre ayatollah, proche de Khamenei, avait promis, pour sa part, que
son pays réagirait à la décision de l’UE d’instaurer son embargo par la
fermeture de la voie d’eau stratégique.
L’USS
Abraham Lincoln a franchi le détroit d’Hormuz sans rencontrer la moindre
opposition
Certes, après la publication de la décision européenne, deux
responsables perses, dont l’ancien ministre du Renseignement, Ali Fallahian,
ont renouvelé leurs paroles d’intimidation, mais, et il est impossible de s’y
méprendre, la théocratie chiite met de l’eau dans son thé.
Ces derniers événements démontrent, ce que nous savions déjà, à savoir
que la junte islamiste au pouvoir à Téhéran n’entretient pas de projet
suicidaire. Ses membres connaissent mieux que quiconque la réalité des rapports
de force, à la fois économiques et militaires, et ils s’abstiennent de tout
acte téméraire.
C’est encourageant pour la suite, et les contradictions
s’entrechoquant, en public, au sommet de la théocratie, font apparaître la
fragilité de ce régime, ainsi que le doute et les difficultés dans lesquels il
s’est lui-même enferré avec la poursuite de son programme nucléaire.
D’autre part, les experts de Métula sont persuadés que, contrairement à
ce qu’ils avaient claironné, les ayatollahs n’ont toujours pas enclenché la
production industrielle d’uranium supérieurement enrichi dans l’usine enterrée
de Fodow. Ils ont, au contraire, laissé entendre qu’ils accepteraient la visite
sur les lieux des inspecteurs de l’Agence Internationale pour l’Energie
Nucléaire, ce qui aurait pour effet de persuader les Occidentaux et Israël de
ne pas entreprendre d’opération militaire intempestive.
Reste que, plus clairement que jamais auparavant, les Européens ont
signifié aux dictateurs persans qu’ils étaient capables et décidés à activer
des sanctions dissuasives pour convaincre les mollahs d’abandonner leur idée de
se doter de la bombe atomique.
Avec la décision tombée avant-hier, l’UE établit fermement, que même si
des sanctions, tel l‘embargo sur le brut, sont de nature à lui causer des soucis,
les efforts destinés à empêcher Téhéran de se doter de l’arme suprême revêtent une
importance plus élevée, justifiant que l’on se serre la ceinture pour y
parvenir.
Les Etats qui tirent le plus la langue sont ceux déjà en butte à de
grosses difficultés économiques, je pense à l’Italie, à l’Espagne, dont 12% de
la consommation de pétrole est d’origine iranienne, et, principalement, à la
Grèce (30%). Sur la base de l’accord passé avant-hier, ces pays auront le droit
d’exploiter leurs contrats existants avec l’Iran jusqu’au mois de
juillet ; de plus, les autres membres de l’UE se sont engagés à leur
prêter main forte afin, notamment, de fournir des garanties financières à des
producteurs qui pourraient en réclamer pour remplacer les Perses. A compter de
juillet prochain, l’Europe ne devrait plus importer de pétrole perse.
Les sanctions décidées avant-hier par l’Union englobent des domaines
supplémentaires, comprenant le gel des avoirs de la banque centrale iranienne,
et l’interdiction de mener des transactions avec icelle. Toujours dans
l’intention d’assécher les sources de financement du programme nucléaire, il
est désormais prohibé de vendre de l’or ou des métaux précieux aux Perses, qui
pourraient s’en servir en remplacement des devises qui leur font de plus en
plus défaut.
Les sanctions comprennent également l’interdiction, admise par les
Européens, d’investir ou de livrer des équipements utiles aux activités
pétrochimiques de la théocratie.
Washington s’est félicité de la décision prise par les représentants du
Vieux Continent. Les USA, désireux d’accentuer la pression, ont décrété un
nouveau train de sanctions, économiques et financières, visant, elles aussi, à
tarir les filières alimentant Téhéran en devises.
De plus, les Occidentaux vont décupler leurs efforts auprès des clients
asiatiques du brut perse, à l’instar de la Chine et de l’Inde, pour qu’ils
réduisent, ils aussi, leurs achats auprès des ayatollahs.
Nous nous trouvons soudain, au cours de cette crise de la bombe chiite,
dans une phase relativement favorable aux Occidentaux. Ces derniers ont
clairement repris la main ; tant que deux dynamiques prévalent, le temps
travaille pour eux, et non plus pour les théocrates persans. Il s’agit de la
non mise en activité des installations souterraines d’enrichissement, conjuguée
à l’efficacité croissante des sanctions.
Tant que cette conjonction existe, Khamenei et sa clique perdent en
puissance et se voient poussés vers la table de négociations. C’est précisément
là qu’entendent les conduire les Américains et les Européens, qui sont
accompagnés dans cette tentative, et c’est remarquable, par les Chinois et les
Russes, au sein du groupe connu sous l’appellation P5+1, qui inclut, outre les
deux Etats cités, la Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne et les Etats-Unis.
Les choses sont désormais énoncées sans fausses notes et à l’unisson.
Catherine Ashton décrit l’objectif poursuivi par les sanctions, comme celui "de
faire prendre au sérieux par l’Iran notre requête de s’asseoir à la table des
négociations pour s’entretenir de son programme nucléaire".
Ce à quoi fait écho Jay Carney, un porte-parole de la Maison Blanche,
en exigeant des Perses qu’ils répondent officiellement à l’invitation à négocier
que leur a envoyée le P5+1 en octobre dernier.
Le Président Obama, de préciser ses intentions, affirmant que les USA
"continueraient à imposer de nouvelles sanctions pour augmenter la
pression sur l’Iran".
Sûr, les Iraniens ne demeureront coincés dans cette position
inconfortable que tant que les activités diplomatiques seront doublées d’une
menace militaire constante et crédible. A cet effet, une force de dissuasion
internationale se concentre, chaque jour davantage, dans la région du Golfe et
dans ses abords. Et en Israël, on vient d’effectuer avec succès le premier test
du Khetz-3 (Arrow, Flèche), le missile antimissiles balistiques, troisième
génération. Une fusée qui, lorsqu’elle sera au point, devancera les lanceurs au
service des Perses d’au moins cinq ans.
D’autre part, les Américains et les Européens
instrumentent clairement Israël, la faisant passer pour le chien fou de la
coalition. C’est ce qui permet, par exemple, à Nicolas Sarkozy d’en rajouter
une couche, vendredi dernier, lorsqu’il explique que "le temps restant avant une intervention militaire en Iran était
en train de s’épuiser". Les Américains pianotent sur le même registre,
quand ils prétendent qu’Israël est un Etat indépendant, et qu’ils font miroiter
de soi-disant difficultés pour l’empêcher d’agir seul.
C’est
en grande partie exagéré. A Jérusalem, on souhaite, avec les autres alliés, et
pas moins qu’eux, que les Mollahs abandonnent leur aventure nucléaire sans
avoir à recourir à la force. Tant que les Iraniens ne lancent pas leur
programme d’enrichissement de l’uranium à 20 pourcent dans des sites protégés
contre les frappes aériennes, les Hébreux conservent tout leur calme et ne
surprendront personne.
Et
c’est d’entente avec les Etasuniens qu’ils ont renoncé à conduire, pour
l’heure, le plus grand exercice conjoint jamais envisagé sur le sol israélien.
Un exercice figurant un conflit de missiles, intitulé "Défi austère",
qui avait pour autre particularité de mobiliser des milliers de soldats Yankees
et Hébreux et tout leur matériel. Dans les faits, "Défi austère"
s’apparentait plus à une déclaration de guerre informelle à l’Iran qu’à des
manœuvres, et il était difficile de s’en convaincre autrement. Tout était en
place, et il aurait suffi d’appuyer sur quelques boutons pour déclencher
l’enfer sur les infrastructures militaro-nucléaires de la
"République" Islamique, et sur les retraites de ses dirigeants.
Ceci
posé, les deux alliés ont fait savoir que le report de cet exercice poursuivait
un but d’apaisement, qu’il était simplement retardé, et qu’il pourrait être reconvoqué
très rapidement. Au cas où ils n’entendent pas renoncer à l’atome autour de la
table de négociations, Khamenei et Ahmadinejad n’ont aucune raison de se
montrer satisfaits.
D’autant
plus, qu’au milieu de la semaine dernière, le général Martin Dempsey, le
commandant en chef de toutes les armées US, est venu à Jérusalem s’entretenir
avec le ministre de la Défense Ehud Barak, le chef d’état-major Benny Gantz,
ainsi qu’avec des chefs militaires hébreux et des experts du renseignement.
Le 3 octobre dernier, une dépêche de l’AFP, publiée entre autres
par L’Express, et reprise par de nombreux media français,
rapportait l’incendie criminel d’une mosquée dans un village bédouin du nord
d’Israël, Touba-Zangariyya. L’Express l’attribuait, sans nuances, ni
réserve ou doute exprimé, à des « colons » israéliens.
Des criminels qui laissaient derrière eux, sur un mur du lieu de culte
carbonisé, les inscriptions « price tag », le prix à payer.
Des mots qui avaient été employés par des extrémistes des implantations juives,
ayant tagué des graffitis sur une mosquée du village arabe de Cisjordanie de
Yatma, deux mois plus tôt.
Les premiers soupçons de la police israélienne se portèrent sur des
extrémistes au profil identique, sans toutefois parvenir à identifier les
coupables.
La Ména avait réagi immédiatement, dès l’annonce de l’incendie, dans
une dépêche datée du 3 octobre (Incendie
de la mosquée en Haute Galilée : crapuleux !), écrivant qu’il était infiniment peu probable que
cet événement soit la résultante d’un acte politique commis par des Juifs des
implantations.
Les analystes de l’agence, comme nombre d’habitants de la vallée du
Jourdain supérieur, connaissaient en effet suffisamment leur région, ainsi que
les particularités du village concerné, pour émettre cette mise en garde.
Touba-Zangariyya est un village situé à mille lieues du conflit
israélo-arabe. Les problèmes récurrents de cette localité ont trait au
larcinage, par ses habitants, des troupeaux de bétail de leurs voisins, du vol
de métaux, ainsi qu’aux règlements de comptes perpétuels entre les différents
clans qui la constituent. Mais cette population ne s’intéresse pas au différend
nationaliste entre Juifs et Arabes.
La police n’y pénètre d’ailleurs qu’à grands renforts d’hommes, tant
les forces de l’ordre ne sont pas les bienvenues à Touba-Zangariyya, où les
villageois ont la gâchette facile. Hormis ces inconvénients, les bédouins sont
plutôt des nationalistes israéliens, qui, lors de la guerre d’indépendance, en
1948, s’étaient battus dans les rangs du Palmach, l’élite de la Haganah, afin
de défendre les villages de Haute Galilée contre l’agression syrienne.
La Ména fut la seule entité à affirmer que l’incendie avait été, plus
que probablement, allumé par des délinquants du village. Ce, tandis que la
presse nationale et internationale accusait les « colons », sur la
base de seules rumeurs, sans prendre le soin d’enquêter sur l’incident et,
comme souvent dans de pareils cas, sans la moindre preuve.
La police, qui avait rapidement relâché les suspects qu’elle avait appréhendés,
n’avait pas réussi à identifier les auteurs du crime ; mais, pour l’AFP
et l’entièreté de la presse française, l’affaire était classée, les coupables
étaient des Juifs.
L’Humanité, lorsqu’il s’agit de commenter l’actualité
moyenne-orientale, est restée scotchée aux vieux principes de l’antisémitisme
stalinien. L’organe du Parti Communiste titrera ainsi, sans états d’âme,
« Une
mosquée incendiée par des colons israéliens ». Vingt-cinq années après la perestroïka, c’est plus
qu’étonnant, c’est inquiétant.
Des journalistes éthiques auraient pris la peine de procéder à une
enquête avant de répandre des propos aussi péremptoires. Le cas précis l’illustre,
quand il s’agit de stigmatiser Israël et les Juifs, les journalistes
francophones, plus que d’autres, font l’impasse sur notre déontologie
(obligation de vérité, de rigueur, d’exactitude, d’intégrité, etc.).
Chaque opportunité est exploitée afin d’exprimer de la haine contre
Israël et les Juifs, voire de l’inciter. On ne met plus de gants pour déverser
ce type de racisme et d’antisémitisme ; c’est inutile, puisqu’à
l’exception du gouvernement israélien, des instances et des sites communautaires
israélites et de la Ména, personne ne relèvera l’infraction.
On a même dépassé cet état dans la légitimation de l’arbitraire à
l’encontre de l’Etat hébreu et de ses sympathisants, dans l’affaire d’ « Un
Œil sur la Planète ». A cette occasion, les réalisateurs de ce reportage,
les responsables de France Télévisions, la presse française ainsi que
tous les syndicats de journalistes, avaient jugé nécessaire de fustiger, de
surplus, ceux qui avaient critiqué le parti pris anti-israélien outrancier de
l’émission.
Paris MATCH, qui n’est pas l’organe du Parti
Communiste, mais qui s’inscrit lui aussi dans cette mouvance condamnable,
écrira quant à lui : « L’événement
révèle aussi la montée de l’extrémisme israélien ». Répandre de telles conclusions sur la base
d’une information non vérifiée, procède non seulement d’une démarche indigne de
professionnels, mais, de plus, elle met en danger la paix civile, en France, en
général, et les membres de la communauté israélite, en particulier.
Il n’est pas nécessaire d’être un expert dans le domaine de la sécurité
pour saisir que les musulmans de France ont pu, fort naturellement, se sentir
blessés par la mise à sac d’un lieu de culte de leur religion par des Juifs, et
que le risque objectif existait, de voir des éléments extrémistes minoritaires
de cette communauté surréagir.
Les media des pays arabo-musulmans, de même que des sites musulmans de
France, ne se sont naturellement pas privés d’accuser les Israéliens et de
déverser des flots de haine à leur encontre. Difficile, cependant, de leur
jeter la première pierre, alors que les media généralistes leur avaient montré
la voie.
Sur Iran
Radio Francophone, on pouvait ainsi lire
« Palestine occupée : une autre mosquée incendiée par
Israël » ; sur le site francophone Trouvetamosquée.fr : « Mosquée incendiée par les colons juifs – la
haine des Palestiniens devient débordante ».
L’AFP et ses perroquets borgnes portent, à n’en point douter,
une lourde part de responsabilité dans ces réactions, qui s’ajoute à celle
générée par la diffusion, au fil des ans, d’autres informations fallacieuses
contre Israël, ainsi que par l’emploi systématique d’expressions inappropriées
et de descriptions bidouillées, allant jusqu’à la dénaturation des principes de
la langue française.
Les media français et arabes ne sont toutefois pas les seuls à s’être
fourvoyés quant à l’identité des coupables de l’incendie de cette mosquée.
Ainsi, une grande partie des media israéliens, qui, sans imputer la faute à des
extrémistes juifs, pencheront d’avantage vers cette hypothèse plutôt que vers
une affaire interne au village de Touba-Zangariyya.
La police israélienne, quant à elle, avait, on l’a déjà signalé,
préalablement orienté ses recherches en directions des milieux juifs
extrémistes de Cisjordanie. Après avoir effectué les vérifications nécessaires,
elle avait toutefois rapidement remis en liberté un jeune étudiant d’une école
talmudique, qui n’avait rien à voir avec le crime.
Même les plus hauts représentants de l’Etat s’étaient précipités pour
émettre des excuses, exprimées en direction de la communauté arabe israélienne.
Le Président Shimon Pérès s’était ainsi déplacé à Touba-Zangariyya, soucieux de
ne pas laisser la situation s’envenimer entre les diverses communautés
d’Israël, en compagnie des deux grands rabbins de l’Etat hébreu. Le Président
et Prix Nobel de la Paix avait déclaré en cette occasion : « Je me
sens tout honteux devant ce geste exécrable ».
Exprimer des excuses, avant que les responsabilités ne soient
attribuées, relevait pourtant d’une légèreté contestable de la part des
institutionnels.
La faute aussi au Shinbet – le contre-espionnage –, qui n’est
pas parvenu à identifier rapidement les auteurs de l’incendie. Le Shinbet
s’est d’ailleurs fait épingler pour sa carence, dans un article d’Haaretz,
quelques jours après l’événement. Le journaliste d’Haaretz pensait y
voir de la répugnance, de la part de ce service, à poursuivre des terroristes
juifs.
Cependant, et c’est une bonne leçon pour tous ceux qui ont manqué de
réserve ou de prudence, la vérité finit toujours par éclater ; et les
menteurs, que ce soit au terme de quelques jours, de quelques mois ou de
plusieurs années, finissent toujours par être dévoilés.
A la Ména, nous pressentions très fortement une nouvelle embrouille,
nous disant que tout le monde faisait fausse route. Mais une intuition n’est
pas une certitude pour un journaliste, et ne remplace assurément pas la
nécessité de conduire une enquête en profondeur. C’est que nous fîmes. C’est
dans ce cadre-là que je me rendis à Touba-Zangariyya afin d’y rencontrer un
important chef de clan (Visite à Dalton City,
Galilée). A la rédaction, nous ne cessâmes
de suivre l’évolution des événements.
Et, comme à l’accoutumée, quelques mois après le crime, les langues
commencèrent à se délier. Jusqu’à ce qu’un habitant de Touba-Zangariyya, Bassem
Souad, un musulman sunnite, ne dévoile des éléments incontournables sur
l’identité des criminels.
L’homme,
au regard clair, à la carrure très imposante, ne mit que quelques minutes avant
de m’accorder l’interview que je venais de solliciter. Quelques heures plus
tard, il me fit la démonstration de ce qu’il était impossible que cet incendie
ait été commis par des Juifs. Inversement, Souad me démontra que cet acte de
pyromanie était le fait de gens de son village.
« C’est
la mosquée de Zangariyya qui a été incendiée » (Touba-Zangariyya est le
résultat de l’unification des deux villages Touba et Zangariyya), m’explique
mon interlocuteur.
« Des individus
venus de l’extérieur auraient bouté le feu à la mosquée de Touba, à l’entrée
unique des deux villages. Car pour rejoindre celle de Zangariyya, il faut
emprunter une longue route qui passe d’abord par Touba, puis, surtout,
traverser l’intégralité du village. Des pyromanes juifs, incendiant une mosquée
dans ces conditions, avec la tension permanente prévalant dans le village, et
les dizaines de fusils mitrailleurs et de grenades qui s’y trouvent, n’avaient
pratiquement aucune chance d’en ressortir vivants.
D’autre
part, concernant l’impact médiatique que recherchaient les auteurs de ce
méfait, il n’existait aucune différence entre détruire la mosquée de
Zangariyya, ou celle de Touba, située à quelques pas uniquement de la sortie du
village. Personne de sensé n’aurait pris un risque aussi inutile ! »,
poursuit notre homme.
« Pour
le surplus », précise Bassem Souad, « les inscriptions dessinées sur
les ruines de la mosquée l’ont été à l’aide d’un morceau de charbon. C’est un
moyen communément utilisé par les Arabes, à la différence des Juifs, qui, lors
de tous les price tag de Cisjordanie, ont eu recours à des sprays.
Ce
crime », conclut l’homme de 43 ans, « a été perpétré pour des raisons
politiques. Il est l’apanage d’une petite faction islamiste de Touba, récemment
constituée, dont l’objectif consiste à provoquer des troubles entre les Juifs
et les Arabes. Tout le monde, dans le village, sait pertinemment de quel groupe
il s’agit, mais personne n’informera la police, car la délation, dans notre
tradition, participe d’un crime encore plus grave que celui qui a été commis. Reste
que ce groupuscule a tenté, maladroitement, d’imiter la manière d’agir des
extrémistes juifs afin de les faire accuser de cet acte ».
En
avançant de tels propos, Bassem Souad sait qu’il risque sa vie. Mais cela
n’empêche pas les hommes de sa trempe de faire ce qu’ils considèrent juste et
nécessaire. Il faut préciser que, comme d’autres bédouins, Souad est
lieutenant-colonel de réserve dans l’armée israélienne, qu’il a passé plus de
douze ans au Liban à ce titre, la plupart de ceux-ci à la tête de commandos
spéciaux.
Reste
que le risque est bien tangible. Ainsi, quelques heures après la diffusion
d’une interview sur la deuxième chaine de télévision israélienne, malgré les
mesures de sécurité déployées autour de son domicile, des hommes ont tiré sur
sa maison et ses occupants à balles réelles. Ils n’ont manqué la tête de sa
fille de 16 ans que de quelques centimètres.
Son
fils de 17 ans, qui s’apprête lui aussi à rejoindre les rangs de Tsahal dans un
mois, a failli être assassiné. Un homme cagoulé, probablement l’un de ces
islamistes, s’est jeté sur le jeune homme dans l’intention de le poignarder.
Fort heureusement, des villageois qui se trouvaient à proximité sont parvenus à
repousser l’assassin en puissance.
A Touba-Zangariyya, on ne règle pas ses différends
devant la justice, mais à coups de poignards, de fusils mitrailleurs, de
grenades et de bombes incendiaires. Ce sont là quatre bonnes raisons qui
poussent les habitants des lieux à garder le silence, même si, en privé, ils se
déclarent révulsés par le crime des islamistes.
Des islamistes, qui risquent eux aussi de faire prochainement les frais
de ces lois de western, même si rien, dans les propos de Souad, n’évoque cette
éventualité.
Le
colonel conservera tout au long de l’interview un regard dur mais aussi honnête
et souriant. Il dit préférer que la vérité soit révélée devant les tribunaux,
et renseigne les inspecteurs dans leur enquête, qui progresse.
Souad
appartient lui aussi à un clan respecté du village ; il est lui-même le
fils d’une tribu de douze enfants.
Sa
famille, son épouse en particulier, ne cache pas ses craintes pour elle et
leurs six enfants. Elle exprime, sans regret, son souhait de quitter le
village, une éventualité qu’écarte encore Bassem, confortablement installé dans
sa maison de trois étages, s’avouant fortement attaché à son village d’origine,
et entretenant d’excellentes relations avec la plupart des habitants. A en
croire Souad, Touba-Zangariyya serait un authentique
paradis, sans les criminels et les délinquants qui y sévissent.
Quelques titres pris au hasard dans la
presse française de la semaine. « Des députés français dénoncent "un
nouvel apartheid" dans la gestion de l'eau en Israël ». Il s’agit de
dénoncer le fait, dit l’article, qu’en « Cisjordanie occupée, la priorité est donnée
aux colons en cas de sécheresse, en infraction au droit international ».
Dans le corps de l’article, rédigé sur la base
d’une dépêche de l’AFP, on lit que le porte-parole du gouvernement
israélien, Yigal Palmor, fait preuve de son indignation devant une version des
faits totalement falsificatrice. Pour autant, le mal est fait : Israël, en gros
titre, est décrit comme un pays pratiquant l’apartheid, volant l’eau des «
Palestiniens », et violant le « droit international ».
L’utilisation, hélas habituelle, du mot «
colon » n’arrange rien : Israël colonise. La réaction d’Yigal Palmor a, dès
lors, peu de poids. Le titre cité vient du journal Le Monde, dans la
rédaction duquel travaille un certain Laurent Zecchini [1], auteur de deux
articles, parus la veille et le lendemain del’article sur l’apartheid que je viens de citer.
L’un dit : « Les Européens
estiment qu'Israël menace le projet de création d'un Etat palestinien »,
l’autre, « La politique d'Israël à Jérusalem inquiète les Européens ». Dans le
premier, il est question de « l'intensification de la colonisation juive en
Cisjordanie et à Jérusalem-Est », dans l’autre, de « La colonisation à
Jérusalem-Est », qui « sape les chances de paix » [2].
Toujours biaisé, raciste
et antisémite
Un autre exemple. Dans le Nouvel
Observateur, cette fois : « Deux Palestiniens tués par Israël
à Gaza » [dépêche de Reuters, du 18 courant] : lu ainsi, le titre laisse
penser que l’armée israélienne tire sur des civils innocents, et qu’Israël se
conduit de façon criminelle à l’encontre des habitants de Gaza. Il faut lire le
corps de l’article pour s’apercevoir que c’est plus compliqué, qu’il y a eu une
action d’agression contre des soldats israéliens, et que ces soldats n’ont fait
que riposter.
Je pourrais aisément allonger la liste.
Dire que certains journaux font pire que les autres, et c’est le cas : Le
Monde est le pire du pire. Je pourrais accorder une « mention honorable » à
certains titres, tels Valeurs actuelles. Il n’empêche…
La globalité des articles publiés en
France sur Israël est, au mieux, porteuse d’une neutralité froide et distante,
comme si Israël n’était pas un pays fréquentable, au pire, imprégnée d’une
haine viscérale, tant les mots employés sont outranciers, tant les données
fournies sont biaisées, et peuvent apparaître comme relevant d’une véritable
incitation à la haine.
Cette incitation à la haine est devenue si
coutumière, que nombre de lecteurs de la presse française ne la remarquent
plus. Elle devient pour eux aussi naturelle que l’air qu’ils respirent. Ainsi
naît et se développe le danger que j’ai pointé du doigt, déjà, dans mon livre «
Comme si se préparait une seconde Shoah ».
Une incitation quotidienne à la haine crée
une accoutumance. L’accoutumance fait qu’on finit par trouver la haine
légitime. Et c’est ainsi que, lorsque des Israéliens se font tuer, fut-ce de
manière absolument barbare, leur mort est aisément traitée comme un fait mineur
et sans grande importance, comme s’il s’agissait simplement de criminels
éliminés par leurs victimes.
Il se dit souvent que le gouvernement
israélien possède une part de responsabilité dans cet état des choses, et ne se
donne pas assez les moyens de contrer la désinformation et la malveillance. Le
gouvernement israélien pourrait, peut-être, faire mieux. Mais je ne suis pas
certain que cela déboucherait sur un changement fondamental.
On voit là, je pense, une forme de
complexe postcolonial, qui imprègne toutes les sociétés européennes, et qui est
particulièrement marqué à gauche. Les pays occidentaux ont colonisé le monde
arabe. La colonisation a été une abomination. Les Occidentaux sont coupables,
doivent expier et se faire très humbles.
Le monde arabe, les schattneriens
français, et les dirigeants palestiniens étant parvenus à ancrer dans les
esprits occidentaux qu’Israël est un vestige de l’ère coloniale et une
implantation occidentale en terres arabes et musulmanes, les journalistes
occidentaux, surtout s’ils sont de gauche, deviennent, par une forme de réflexe
immédiat, anti-israéliens, et font immédiatement peser sur Israël tous les
péchés réels ou imaginaires de l’ensemble de la colonisation occidentale dans
l’ensemble du monde.
On voit, là aussi, une manifestation de la
détestation de soi qui est venue imprégner les sociétés occidentales ces
dernières décennies ; détestation de soi qui englobe le complexe postcolonial,
mais se révèle bien plus vaste : ce qui est occidental est suspect et
potentiellement négatif, et ce qui est non-occidental est exempt de suspicion
et potentiellement positif.
Israël est considéré comme une société
occidentale, et les Palestiniens, étant non-occidentaux, ont forcément raison.
Leurs griefs sont d’emblée considérés comme légitimes. Leur narration de
l’histoire, aussi malhonnête et mensongère soit-elle, est recevable puisqu’ils expriment
des griefs au détriment d’une société occidentale.
On croit discerner, dans le cadre de cette
détestation de soi, un aspect particulièrement détestable en Israël : c’est un
Etat-nation, à l’heure où, en Europe, on cherche à abolir les Etats-nation et
où le nationalisme est presque considéré comme le mal absolu. Donc Israël est
la survivance d’une ère à reléguer dans le révolu, un pays à abolir, et, pour
partie, une incarnation du mal absolu.
On ne peut ignorer que vient s’insinuer
dans tout cela un vieux fond d’antisémitisme européen : le fait que, pour
les Européens, accuser des Juifs de tous les crimes possibles permet plus
aisément aux Européens de se débarrasser de tout vestige de mauvaise conscience
concernant le génocide antijuif, commis voici sept décennies sur le sol
européen.
En tout cas, l’incitation à la haine est
là, omniprésente. L’accoutumance s’installe. Dans un pays comme la France, où
l’incitation à la haine est censée être réprimée et fustigée, le fait est
qu’elle se pratique sans problème dès lors que la haine est anti-israélienne.
Le 16 février
prochain, le 1er ministre israélien, M. Benyamin Netanyahu, se
rendra en visite officielle dans la République de Chypre, à l’invitation du
Président Dimîtris Khristòfias. Ce sera la première visite d’un premier
ministre israélien sur l’île d’Aphrodite ; elle fait suite à celle du
Président Pérès, à l’automne dernier, venu y parapher des accords de
coopération dans les domaines de l’énergie, de la recherche et du développement
industriel, des télécommunications, ainsi que de l’archéologie.
S’ensuivit, le 9
janvier dernier, la venue importante à Jérusalem du ministre cypriote de la
Défense, M. Demetris Eliades, qui signa deux traités avec Ehud Barak, dans les
domaines de la défense et de l’échange d’informations sensibles.
Jusqu’à présent,
l’Etat hébreu gardait ses distances avec le pays de l’UE le plus proche de ses
frontières afin de ne pas indisposer les Turcs, qui entretiennent un différend
ouvert avec Nicosie depuis de très nombreuses années.
Deux facteurs ont
principalement contribué au rapprochement entre les deux Etats : la
rupture de l’alliance stratégique Ankara-Jérusalem, voulue par le 1er
ministre islamiste Tayyip Erdogan, d’une part, et la découverte d’importants
gisements sous-marins de gaz naturel, dans la portion de Méditerranée située
entre Chypre et l’Etat hébreu, de l’autre.
La plateforme gazière
israélienne "Tamar", en Méditerranée orientale
Ces réserves,
donnant lieu à d’importants forages, sont situées dans les Zones d’Exclusivité
Economique, ZEE [1], appartenant aux deux Etats, et qu’ils explorent en étroite
collaboration, scientifique, technique et sécuritaire.
Selon les
estimations fiables, leur exploitation va rapporter annuellement des dizaines
de milliards de dollars aux deux économies, des sommes à même de les modifier
en profondeur. Personne, d’ailleurs, n’en fait mystère, à l’image de Demetris
Eliades, qui a déclaré, lors de son récent séjour parmi nous, que
"l’existence de gaz dans les ZEE des deux pays ouvre un nouveau chapitre
dans les relations entre Chypre et Israël".
Un point de vue
largement partagé par Ehud Barak, qui lui a ajouté une dimension stratégique,
annonçant une "coopération pour la paix dans une région plus
étendue", le ministre de la Défense précisant que "2012 serait une année
historique au niveau des décisions stratégiques".
A ce propos, des
confrères cypriotes, d’habitude très bien renseignés, nous ont informés que la
visite de Netanyahu aurait pour objectif pratique de finaliser un nouvel accord
secret, aux conséquences capitales, au sujet de la protection des sites de
forages en mer, ainsi que du stationnement permanent d’avions de guerre frappés
de l’étoile de David dans des aéroports cypriotes.
Un autre accord,
économique celui-ci, prévoirait la coopération de Chypre pour la livraison, à
des clients européens, du gaz israélien pompé en Méditerranée. Même ce volet de
la coopération Nicosie-Jérusalem a le don d’irriter Erdogan au plus haut point,
en ce qu’il contournera le pipeline Nabucco, sensé relier l’Azerbaïdjan et
d’autres puits de la même région, au Vieux continent, en traversant la Turquie.
Officiellement,
Ankara soutient le programme Nabucco, mais, dans les faits, elle traîne les
pieds, faisant le jeu du géant russe Gazprom, bien décidé à conserver et à
amplifier sa mainmise sur la vente de gaz naturel à l’Europe par pipeline. Le
projet Nabucco comptabilise ainsi déjà plusieurs années de retard, et sa
réalisation même est remise en question.
Quant au projet d’installer
des appareils israéliens sur l’île, il viendrait contrecarrer les nombreuses
menaces brandies par Erdogan contre Chypre, Israël, et même la Grèce, partie
prenante par proxys des tous les traités entre Jérusalem et Nicosie. Les Turcs
contestent, en particulier, la délimitation de la ZEE de la République
cypriote ; à plusieurs reprises, des navires de guerre ainsi que des
chasseurs-bombardiers ottomans se sont dangereusement approchés des plateformes
plantées dans l’est du bassin méditerranéen.
Depuis ces
provocations, la marine israélienne assure la protection permanente des
installations de forage, qu’elles soient domestiques ou cypriotes.
On sait Ankara
terriblement sensible aux efforts entrepris par Nicosie pour renforcer les
capacités de sa petite armée, forte d’environ dix mille hommes ; c’est
ainsi que, lorsque les Cypriotes envisagèrent de déployer des missiles
antiaériens, ou d’acquérir des avions de chasse, la Turquie réagit de manière
extrêmement musclée, menaçant le régime du sud de l’île d’une intervention
militaire.
C’est à l’aune de
ces incidents passés, qu’il convient d’évaluer l’impact du dessein de baser une
escadrille de la Kh’el Avir (probablement) sur l’aéroport de Paphos. A
la différence de taille, que si l’armée turque pouvait, jusqu’alors, aisément
écraser dans l’œuf les velléités des Cypriotes grecs de se renforcer, toute
opération lancée contre les aviateurs hébreux se solderait, pour l’agresseur,
par une débâcle annoncée par avance.
Tayyip Erdogan ne
se contente pas de menacer les plateformes de forage, il vitupère également, en
montrant le poing, contre le fait, qu’en juillet prochain, ce sera la
République de Chypre qui assurera la présidence de l’Union Européenne.
Les relations
entre les insulaires grecs et les Hébreux sont, en revanche, au beau fixe.
Comme en témoigne la décision du Président Khristòfias d’interdire aux
flottilles anti-blocus d’appareiller en direction de Gaza à partir de son
territoire. Des flottilles largement financées et organisées par Ankara, comme
de bien entendu.
Sur l’île
d’Aphrodite, les responsables politiques, les confrères et les simples citoyens
que nous avons interpelés se montrent euphoriques à l’idée du stationnement des
F-16 hébreux chez eux. Eux qui, en juillet 74, avaient fait les frais de
l’agression turque, baptisée Attila, qui allait amputer leur territoire de 40%
de sa surface, sans que la garnison britannique, cantonnée dans deux bases
représentant 10% de l’île, n’intervienne aux côtés des victimes.
La grande sœur
grecque, à l’époque, ne se jugeant pas de taille à affronter les Ottomans,
s’abstint également d’intervenir, ce qui, d’ailleurs, précipita la fin du
régime des colonels à Athènes.
"Tout le
monde saisit, à Chypre comme dans toute la Grèce", me confie l’un des
analystes stratégiques cypriotes les plus connus, "qu’une alliance
stratégique avec vous inverse le rapport de force [face à la Turquie] en notre
faveur, et garantit notre indépendance et notre liberté une fois pour toutes.
Dans ces conditions", me demande Agis, "pourquoi voudriez-vous que
nous ne soyons pas contents ?".
Mon confrère et
ami partage mon opinion, selon laquelle le déploiement d’appareils israéliens à
Chypre constituerait, de facto, un pacte militaire obligeant Israël à
intervenir en cas de nouvelle agression turque. "Cela irait même au-delà
de ce que vous dites", renchérit Agis, "si ce projet se réalise, au
plan stratégique, une attaque [des Turcs] contre notre république équivaudrait
à une attaque contre vous. Bref", conclut-il, "si vous venez, c’est
pour longtemps, mais vous n’avez pas d’autre choix, si vous comptez
sérieusement pomper le gaz de la Méditerranée".
La manœuvre
stratégique qu’entreprend le gouvernement israélien est intéressante à bien
d’autres égards. Les Hébreux, de par le simple déplacement de Netanyahu à
Nicosie et l’ordre du jour des discussions, démontreront à Erdogan et à son
parti islamiste, que Jérusalem ne les craint pas, et que, quand on n’a pas les
moyens de remporter une victoire militaire contre quelqu’un, à moins de vouloir
se couvrir de ridicule, on n’en parle pas.
La démonstration
attirera, à n’en point douter, l’attention des islamistes égyptiens,
palestiniens, tunisiens et libyens, auprès de qui il était allé vanter
l’islamisme à la turque et la capacité de son pays à tenir tête aux militaires
israéliens. Ca va faire jaser dans les casbahs.
L’entente cordiale
entre Nicosie et Jérusalem ne manquera pas non plus de rapprocher un peu plus
encore Israël de l’Europe ; car, qu’elle le dissimule ou le concède, la
défense des plateformes, de l’espace aérien et du territoire cypriote incombe à
l’UE et non à Israël. Mais l’Union Européenne est par trop engoncée dans ses
difficultés économiques, ses périodes préélectorales, ses relations compliquées
avec la Turquie et le monde arabe, sa non-existence militaire, et son absence
de gouvernement central pour tenir son rôle dans la partie orientale de la
Méditerranée. A Bruxelles et dans les chancelleries, on ne va pas tarder à
comprendre que les Hébreux rendent un grand service à la communauté, et on s’en
souviendra.
Aujourd’hui, en Israël, dans une démocratie moderne,
certaines femmes subissent quotidiennement des atteintes à leur dignité, du
fait de leur statut de femme. C’est le cas dans certains bus publics, reliant
des quartiers juifs ultra-orthodoxes. Ne sont concernées qu’une dizaine de
lignes à travers le pays (parmi une centaine dans la seule capitale) ; il
convient donc de ne pas exagérer la gravité du phénomène, ni de tirer des
conclusions globales sur la démocratie en Israël, qui n’ont strictement aucune
relation causale avec la problématique envisagée.
Il ne faut pas non plus tomber dans l’extrême opposé, qui
consisterait à la passer sous silence, ou à la naniser, au risque de la voir
prendre de l’ampleur et contaminer d’autres espaces préservés de la société.
Dans les bus concernés, les hommes et les femmes voyagent
séparément, les hommes – chose surprenante ? – se réservant les meilleures
places, les plus espacées et confortables, à l’avant, confinant la gent
féminine, telle dans un poulailler, parquée à l’arrière des véhicules.
Ces pratiques de séparation des genres reposent à l’origine
sur une déviance extrémiste dans l’interprétation d’une loi de la Torah,
stipulant qu’un homme ne doit pas toucher une femme, à moins qu’il ne s’agisse
de la sienne. La réalité de l’observance de ce précepte, poussée à l’excès,
conduit à perpétrer une absurdité, faisant place à l’obnubilation, dans l’oubli
du sens commun.
Les femmes,
confinées aux moins bonnes places, à l’arrière du bus
Cette semaine, pour en avoir le cœur net – vous commencez à
me connaître, je préfère me rendre là où les événements se produisent – j’ai
passé toute une journée à voyager dans Jérusalem, à bord de ces bus où les
hommes chapeautés, vêtus de noir, siègent à l’avant, et les femmes à l’arrière.
Il s’agit de véhicules publics, gérés par la plus grande
compagnie israélienne d’autobus, Egged.
Sillonnant ces quartiers d’un bus à un autre, je brave les coutumes de ces
gens, et prends systématiquement place à l’avant du bus ; le plus
fréquemment assise à l’une des quatre places se faisant face, en carré.
Pendant la totalité de mon incursion, j’ai joui de beaucoup
d’espace, personne ne venant prendre place à mes côtés.
Lorsque je saisis une place « trop proche » de
l’un de ces messieurs, j’occasionne un lourd silence gêné, me fustigeant
alentour ; après quelques secondes d’hésitation, pendant lesquelles le
cerveau du mâle d’en face cherche à prendre une décision rapide, genre :
« que dois-je faire ? », l’homme se lève invariablement,
s’éloignant le plus possible de ma personne.
Celui-là, un rang derrière, se cache derrière le feuillet
qu’il gardait dans sa main, cet autre, ne tenant plus, se retourne vers le
dossier de son siège, se levant sur ses deux jambes, et me présente son dos
pendant les vingt minutes de trajet commun ; son voisin a pivoté de 90°
afin de libérer son regard de mon apparence sacrilège.
Ceux qui se
dissimulent le visage, et ceux qui s’orientent dans d’autres directions
Certains choisissent de rester debout, en dépit des sièges
libres, et d’accuser les à-coups de la conduite, plutôt que de poser leur séant
sur le siège dans ma proximité. Même les sièges d’en face demeurent
désespérément vides, par la seule raison de ma présence.
Pour eux, je ne suis pas à ma place, et ce, sans le moindre
doute. Si quelques hommes oseront me regarder de travers – que fais-je donc
parmi les hommes ? – d’autres m’évinceront de leur champ de vision, comme
si je n’existais pas.
Leur comportement à mon endroit s’avère unanime – sans la
moindre exception, une journée durant, ils m’éviteront. Je dérange. Je me sens,
pour la première fois, réduite à mon seul genre. Etrangeté ! Plus rien
d’autre ne me définit : je suis un corps femelle.
Plus un être humain me déplaçant dans une ville, d’un point
A à un point B, mais une créature susceptible de provoquer des désirs charnels
interdits, s’introduisant dans l’esprit de mes compagnons de route. Vous parlez
d’un sentiment.
Je suis habillée de la tête aux pieds, à la manière d’une
religieuse. Leur attitude suscite en moi un bref instant de culpabilité.
Serais-je provocatrice ? Aurais-je bravé un interdit sacré ? Je
balaye cependant rapidement ce doute de la manche de mon manteau, me rappelant
que je me trouve dans un autobus, et non dans une synagogue, en dépit des
apparences trompeuses.
S’agit-il de la volonté de respecter la loi juive de la
manière la plus stricte et assidue possible ? Chacun, certes, reste libre
de ses croyances. Sauf lorsque cet exercice se pratique aux dépens d’autrui, à
mes dépens et à celui de toutes mes sœurs du sexe faible.
Car je n’ai jamais rien connu de moins commode et de plus
humiliant que d’avoir à monter exclusivement par l’arrière de l’engin, pour
aller s’affranchir du paiement du ticket, en traversant – comment faire
autrement ? – les rangs des mâles dominants, puis de devoir, à nouveau
mais en sens inverse, traverser le véhicule en mouvement.
Le premier bus dans lequel fut instaurée la séparation des
genres en Israël fut mis en service il y a quatorze ans, à Jérusalem. C’étaient
alors des lignes privées, gérées par des communautés harédi
(ultraorthodoxes) ; elles se développèrent à travers le pays.
Les compagnies au déploiement national, Egged et Dan,
instituèrent elles aussi des lignes « mehadrin », c’est-à-dire
des lignes où l’on préconisait la séparation entre les genres, reliant
différentes communautés harédi.
Entre 1997 et 2007, ces lignes ont proliféré, jusqu’à ce
que des cas de violences verbales et physiques, infligées à celles qui
refusaient de se plier à ces règles ségrégationnistes, ne se multiplient et ne
soient révélés au grand jour.
Au cours de ma journée dans les autobus - je n’ai aucune
intention de mentir -, personne ne m’a insultée ni ne m’a couverte de crachats.
Une « chance », que n’ont pas toutes les femmes refusant de s’asseoir
dans la section qui leur est réservée.
Les témoignages de femmes humiliées sont nombreux, à
l’instar de celui de l’écrivaine orthodoxe Naomi Ragen, sommée sans égard de
rejoindre le fond du bus. Elle soumit alors une pétition à la Cour Suprême de
Justice israélienne, avec quatre autres femmes, par le biais de l’association
IRAC, Israel Religious Action Center (le Centre Religieux Israélien d’Action),
contre Egged et contre le ministère des Transports.
A la suite d’une longue bataille judiciaire, la Cour
Suprême de Justice, en janvier 2011, déclara illégale la ségrégation par le
genre imposée sur des lignes publiques.
J’ai observé que certaines femmes cherchaient à monter
directement par la porte arrière du bus ; d’autres me regarderont d’un air
dubitatif, relativement à la place que j’occupe, sous leur foulard ou leur
béret en crochet, quand je n’écoperai pas d’un regard carrément malveillant.
La jeune étudiante Moriah, une activiste de l’IRAC, se sent
parfois seule dans son combat. Elle qui emprunte régulièrement ces lignes, en prenant
soin de s’asseoir toujours à l’avant du bus, afin d’encourager les autres
femmes à rejeter ces principes sexistes, moyenâgeux, et issus d’une déviance
obsessionnelle du judaïsme. Elle a parfois l’impression de se battre pour
changer une situation que ses congénères elles-mêmes ne souhaitent pas voir
évoluer.
Elle rapporte toutefois que son organisation, ou encore
l’association « Take a seat » (Prends un siège), créée par une
étudiante jérusalémite après avoir été verbalement agressée dans un bus, reçoivent
de nombreux appels de soutien, de la part de femmes des milieux religieux.
Le 6 janvier dernier, dans la ville de Beit Shemesh – une
ville accueillant une forte population harédi, située à vingtaine de
kilomètres de Jérusalem –, un groupe de 250 femmes, de tous âges et de tous
degrés de religiosité, s’est rassemblé sur la place centrale de la conurbation.
Elles se sont livrées à l’interprétation d’uneflash
mob – rassemblement d’un groupe de personnes dans un lieu
public afin d’y effectuer des actions convenues d’avance, avant de se disperser
rapidement - effectuant une chorégraphie sur la musique de Queen « Don’t
Stop Me Now » (Ne m’arrête pas maintenant). Cette manifestation publique
avait pour but de protester contre les discriminations subies par les femmes
sous des prétextes religieux.
Elle faisait suite au rassemblement de milliers de
personnes, dans la même ville, qui désiraient se porter en faux contre
l’exclusion des femmes de la place publique. A Beit Shemesh, un panneau avait
été installé dans un quartier religieux, stipulant l’affectation des trottoirs
par genre : un trottoir pour les hommes, l’autre qu’ils nous attribuaient.
Des incidents se poursuivant parallèlement du fait de la
même communauté orthodoxe, comme l’agression d’une petite fille de huit ans,
victime de crachats sur le chemin de l’école, car, selon ses agresseurs, elle
n’était pas vêtue assez modestement.
L’empiètement de la religion sur le domaine public,
s’illustrant par une sévère ségrégation des femmes, participe malheureusement
d’une tendance s’étant récemment amplifiée en Israël. Des soldats religieux
quittent des cérémonies de l’armée impliquant des femmes qui chantent – avec la
bénédiction de rabbins, dont un a d’ailleurs déclaré, la semaine dernière,
qu’il était préférable que ces jeunes hommes choisissent la mort, plutôt que
d’assister à une telle représentation.
Un autre rabbin, proche de la petite minorité des écoles
talmudiques (Yeshivah) dont les élèves acceptent de ne pas se soustraire au
service militaire obligatoire, a affirmé, ce mercredi, "que si on
interdisait (ce qui est le cas) aux soldats pratiquants de quitter les
cérémonies durant lesquelles des femmes chantent, il valait mieux que tous les
religieux ne fassent pas l’armée".
Des cas sont par ailleurs signalés, de soldats refusant de
se soumettre à des ordres qui leur sont intimés par des officiers femmes.
Aucun doute sensé ne peut exister quant à l’impossibilité
de gérer une armée à la carte, dans laquelle il faudrait s’occuper des
desiderata de chaque catégorie d’appelés, plutôt que de guerroyer contre nos
nombreux ennemis. A mon sens, il faut aller dans le sens de ce rabbin, et
refuser d’enrôler les religieux (pas tous) ne reconnaissant pas à l’autre sexe
l’égalité absolue et indiscutable des droits.
Mais il faudrait aussi, par souci d’équité, priver tous
ceux qui refusent de servir dans Tsahal, telle que l’Armée israélienne se
présente depuis sa création – autrement que pour des raisons d’aptitude ou
parce qu’ils n’ont pas été appelés à servir – de tout subside gouvernemental
quel qu’il soit.
Des phénomènes de séparation forcée des sexes se déroulent
également dans des dispensaires, parmi lesquels des salles d’attente attribuées
à chaque genre sont instaurées. Les images de femmes dans les publicités
disparaissent par ailleurs graduellement des murs de Jérusalem.
L’élection présidentielle américaine au
mois de novembre prochain sera sans aucun doute la plus cruciale que les
Etats-Unis aient connue depuis longtemps.
Je ne la comparerai pas à l’élection qui a
vu s’affronter Ronald Reagan à Jimmy Carter : il y a effectivement des points
de ressemblance entre Carter et Obama. Carter pratiquait l’apaisement vis-à-vis
de l’Union Soviétique. Celle-ci avait, pendant les années Carter, réussi sa
plus grande avancée planétaire depuis les années 1945-1950, pénétrant en
Amérique centrale (Nicaragua), en Afrique subsaharienne (Angola, Guinée Bissau)
et en envahissant l’Afghanistan ; et ce fut Carter qui laissa l’Iran
passer aux mains des hordes guidées par l’ayatollah Khomeiny.
Mais Obama a fait pire que Carter, en permettant
à une immense région, allant du Maroc au Pakistan, en passant par la Turquie, de
glisser presque complètement aux mains de l’islam radical. Et dès lors le choix
est encore plus important que celui que le peuple américain avait dû faire
entre Reagan et Carter.
Je ne pourrais la comparer à l’élection
qui, en 1940 avait vu s’affronter Franklin Roosevelt et Wendell Willkie. Le
climat me semble aussi grave qu’il pouvait l’être en 1940, mais Roosevelt était
un Démocrate très différent de ce que les Démocrates sont devenus aux
Etats-Unis depuis les années 1960, considérant le poids croissant que l’extrême
gauche a pu acquérir dans le parti. Et Wendell Willkie était lui-même un
candidat honorable, qui avait dû vaincre l’aile isolationniste de son propre
parti lors des élections primaires.
Je pourrais, cela dit, comparer le
contexte planétaire avec ce qu’il était en 1940 et, même, dans les années qui
précédèrent 1940. Montait à l’époque sur l’horizon un péril mortel, incarné par
l’alliance entre le nazisme, le fascisme, le militarisme japonais et le
léninisme incarné par Joseph Staline.
Divers agents et compagnons de route de ce
péril mortel étaient à l’œuvre jusqu’au sein même des Etats-Unis.
L’antisémitisme rôdait de tous côtés et se teintait d’accents génocidaires. Les
discours d’apaisement vis-à-vis du péril mortel avaient conduit en France à la
débâcle et au pétainisme, et au Royaume-Uni, au retour au pouvoir de Winston
Churchill. Aux Etats-Unis, les discours d’apaisement se faisaient encore
entendre. On sait ce qui était en cours : la Deuxième Guerre Mondiale. On sait
ce qu’elle engendra : la Shoah.
Apaisant
Je dirais que monte sur l’horizon planétaire
un autre péril mortel. Celui incarné par l’islam radical, dans sa version
shiite, portée par l’Iran, et dans sa version sunnite, portée par la plus
grande multinationale totalitaire depuis l’effondrement du système communiste
international et depuis la chute du Troisième Reich : la confrérie des Frères
Musulmans.
Je dirais que ce péril s’appuie sur des
alliances : la Russie et la Chine sont de son côté, tout comme d’autres pays,
tels le Venezuela ou la Corée du Nord. J’ajoute que des agents et des
compagnons de route de ce péril sont à l’œuvre dans l’ensemble du monde
occidental, jusqu’aux Etats-Unis.
L’antisémitisme rôde à nouveau de tous
côtés. Les discours d’apaisement ont déjà conduit à diverses débâcles, et la
liste pourrait aisément s’allonger. Une guerre est en cours. Et, parce qu’elle
ne se mène pas par l’intermédiaire d’armées conventionnelles, elle passe
souvent inaperçue. Il n’y a pas de seconde Shoah, mais certains y songent à haute
et intelligible voix. Certains attisent la haine qui leur serait propice et
jouent les innocents aux mains propres.
L’élection présidentielle de novembre 2012,
aux Etats-Unis, peut sembler très éloignée de tout cela, je sais, mais ne l’est
pas. Non seulement Obama est pire que Carter, pour les raisons que j’ai
énoncées précédemment, mais il est pire que tous les Présidents qui l’ont
précédé, car il est la quintessence de ce que le parti Démocrate est devenu.
Obama n’est pas seulement aveugle au péril
mortel. Il en est, pour partie l’artisan. Et cela n’aurait pu se dire d’aucun
Président avant lui : Obama a, concrètement, permis à l’islamisme shiite de
gagner du temps et du terrain depuis trois ans, et il vient de lui abandonner
l’Irak.
Il se fait l’allié des Frères musulmans de
façon de plus en plus ouverte. Il pratique l’inertie, la compromission ou la
cécité vis-à-vis des actes des alliés du péril mortel. Il entretient avec les
agents et les compagnons de route du péril mortel des liens si étroits que
certains d’entre eux sont invités à la Maison Blanche.
Il en est même qui font partie de
l’administration en place, puisque celle-ci comprend des membres ou des anciens
membres des Frères Musulmans. Obama n’est pas antisémite, certes, mais il
laisse le terrain libre à la montée de l’antisémitisme et a choisi Hannah
Rosenthal comme « tsar » de la lutte contre l’antisémitisme à la Maison
Blanche, issue de l’extrême gauche juive « antisioniste ».
Obama va bien au-delà de l’apaisement et
procède présentement au désarmement unilatéral des Etats-Unis, en procédant à
des coupes profondes, graves, et sans précédents depuis la Deuxième Guerre
Mondiale, dans le budget militaire du pays, alors que des Etats, tels que la
Russie et la Chine continuent à s’armer.
Dans la guerre en cours, il a choisi le
défaitisme préventif. Les objectifs fondamentaux de son premier mandat ont été
largement remplis : ils consistaient à ruiner le pays, à rendre le monde plus
sûr pour les dictatures et les tyrannies, et à rendre le Proche-Orient plus sûr
pour l’islam radical.
Le premier jour du mois dernier,
c’était le World Aids Day, la Journée
Mondiale du Sida. Un évènement annuel, se tenant chaque premier décembre depuis
1988. Une journée internationale de la santé, offrant l’opportunité de
sensibiliser les populations à la maladie, de s’unir dans la bataille contre le
virus, ou de commémorer le souvenir des personnes y ayant succombé, ainsi que
de célébrer les victoires de la médecine et de l’accès aux soins pour les
malades.
L’organisation
Israel Aids Task Force (le commando israélien contre le sida) s’est chargée de relayer
l’évènement au pays des Hébreux. Cette année, l’équipe militant contre la
maladie a produit une campagne publicitaire, diffusée en prime time à la
télévision nationale. Dans deux spots audiovisuels, deux
individus, paraissant en bonne santé et aux allures similaires au commun des
mortels, mais porteurs du virus, dévoilaient leur séropositivité.
L’objectif de la campagne
consistait à mettre l’accent sur le problème de la stigmatisation que vivent
les malades, et à participer à sa décroissance. Le rejet par leurs concitoyens,
ainsi que la peur d’approcher les porteurs du VIH – Virus de l'Immunodéficience
Humaine – restent particulièrement conséquents en Israël.
Le petit pays de sept millions et
demi d’habitants compte approximativement 7000 porteurs, soit 0.1% de la
population. Un chiffre relativement faible par rapport aux autres Etats
occidentaux ; la proportion s’élevant, en France par exemple, à 0.4%, ou
aux Etats-Unis, à 0.6%.
Les porteurs du virus, en Israël,
représentent cependant une frange de la population en augmentation, d’une
dizaine de pourcent, me confie Alon Madar ; ceci se situe à l’inverse de
la tendance mondiale, accusant une baisse de 15% de l’incidence au cours de
l’année écoulée. Au niveau mondial, 33 millions de personnes sont toujours
atteintes par la pandémie.
La transparence : une nécessité, non une option
Un autre objectif de la campagne médiatique
d’Israel Aids Task Force participait
de la volonté d’amener les gens à prendre conscience de la présence de cette
maladie dans leur entourage, ainsi qu’à amorcer le dialogue. Il apparaît, en
effet, que ce sujet est tabou : on en discute rarement. La population
israélienne ne porte par ailleurs pas grande attention à cette plaie.
Descendant au supermarché du
village de Metula, pour un petit test, je cherche, dans les rayons, des
préservatifs : sans succès, il n’y en a pas. Je m’enquiers ensuite auprès
de la jeune fille à la caisse, qui me répond, en baissant les yeux, qu’ils n’en
vendent pas dans le magasin.
Je perçois un malaise évident dans
l’absence de cet article au point d’approvisionnement de base des Métulaïm ;
une population composée de nombreux étudiants, du fait de la proximité du collège
universitaire de Tel Haï.
Pas de pharmacie à Metula, il
faudra donc se rendre dans la petite épicerie, ouverte le samedi, pour trouver
un petit paquet de capotes, planqué par ailleurs derrière la caisse.
Cette anecdote illustre que l’usage
des préservatifs parmi les jeunes Israéliens n’est pas courant ; et que,
d’autre part, l’action de se protéger lors de rapports sexuels, semble toujours
constituer un sujet tabou.
Alon Madar est le coordinateur des
services sociaux et des résolutions des plaintes au sein d’Israel Aids Task Force, lui-même porteur du virus depuis une
dizaine d’années ; il m’explique : « la société israélienne
n’aime pas parler de sexe ; elle n’a aucun problème avec la pratique, ou
même son utilisation dans les publicités. Mais lorsqu’il s’agit d’entreprendre
une conversation logique à ce propos, il n’y a plus personne ».
A en croire Alon, la religion ne
constituerait pas la cause principale de ce silence. Il rejette la faute sur la
nature de la société israélienne, en général, et, plus particulièrement, sur le
gouvernement : les ministères de la Santé et de l’Education, qui ne se
soucient pas assez de la présence de cette maladie. Pour illustrer ses propos,
il met l’accent sur le manque de campagnes de communication médiatiques
nationales, remarquant que, de tête, la dernière devait remonter à plus d’une
décennie.
Douze ans plus tôt, en 1999, une
campagne d’Israel Aids Task Force,
relayée par des affiches dans les rues, s’était heurtée au ministère de la
Santé. L’instance avait alors à sa tête le rabbin Shlomo Benizri, membre du
parti ultra-orthodoxe Shas, qui s’était opposé à ce que l’objet en latex soit
exposé dans les rues de Jérusalem, car cela « désacraliserait » la
ville. On ne saurait ainsi dissocier totalement l’impact de la religion de
l’absence d’une communication effective sur la maladie et les moyens de ne pas
la contracter.
Une maladie dont on parle peu,
malgré son existence, au détour des rues et des bars. Le tabou est encore plus
présent parmi les Israéliens originaires d’Afrique sub-saharienne. Les immigrés
d’Ethiopie ainsi que les travailleurs temporaires de ces régions s’avèrent pourtant
spécialement concernés par le fléau ; environ le tiers des personnes
atteintes du virus en Israël provient de cette tranche de la société. Leur
région d’origine est également la partie du monde la plus touchée par le virus.
Evoluant dans une tradition de
respect familial prononcé, la sexualité y est passée sous silence. Certaines
familles craignent de tester leurs enfants, désirant ainsi éviter un sentiment
de honte, qui découlerait de la découverte de la maladie ; elles redoutent
du même coup le rejet social, voire la déscolarisation de leurs enfants ;
une peur injustifiée, découlant d’un manque d’information patent à ce sujet.
La proportion de personnes
infectées chez les populations d’origine africaine sub-saharienne décline
toutefois, selon les chiffres nationaux, grâce à un bon suivi par des équipes
médicales.
Le sida reste, toutefois, depuis son
diagnostic en 1981, associé à un sentiment aigu de honte. "Dans
l’imaginaire populaire", m’explique Meytal Azar, une jeune étudiante
activiste, chargée de sensibiliser les adolescents dans les écoles, sous
l’égide d’Israel Aids Task Force, "le
sida demeure une maladie « sale, d’homosexuels, de drogués ou d’individus
aux mœurs perverties et irresponsables »".
Les personnes atteintes par le
virus souffrent, en effet, d’une forte stigmatisation par leurs congénères. Une
ségrégation supérieure en Terre Sainte, selon Alon, qui vécut dix ans à New
York, à ce qu’elle est dans d’autres pays occidentaux.
Pourtant, grâce aux progrès de la
recherche médicale, et notamment à la mise au point de la trithérapie – une
combinaison de trois principes actifs - depuis 1996, aujourd’hui ingérable par
voie orale, inhibant la réplication du virus dans l’organisme, les malades ont
la possibilité de mener une vie quotidienne proche de la normale. Non plus une
sentence de mort, le sida représente aujourd’hui une maladie chronique – si
elle est prise en charge assez tôt.
La trithérapie, associée à des
visites régulières à l’hôpital, permet aux malades d’accepter les contraintes
de la vie sociale, notamment celles imposées par le marché du travail ;
également d’entretenir des relations amoureuses, en connaissance de cause des
deux partenaires. Elle autorise aussi une réduction du risque de transmission à
un enfant à moins de 1%, grâce à l’association à la césarienne et à l'allaitement
artificiel.
A entendre les témoignages des
porteurs vivant avec le traitement, une des plus grandes difficultés de la
maladie résiderait dans le secret qu’elle engendre, dans le but d’éviter le
rejet social. La peur, combinée à l’ignorance, amène les malades à ne pas
bénéficier des services sociaux à l’égal du reste de la population.
En Israël, les
« porteurs » n’ont, par exemple, pas la possibilité de bénéficier
d’une assurance-vie, se la voyant refuser par les compagnies d’assurance.
Aucune loi ou convention ne les protège, à l’inverse de la France, par exemple,
où la convention AERAS (S'Assurer et Emprunter avec un Risque Aggravé de
Santé), signée par les pouvoirs publics, les fédérations professionnelles de la
banque, de l'assurance et de la mutualité, ainsi que par les associations de
malades et de consommateurs, a pour objectif de faciliter l'accès à l'assurance
et à l'emprunt des personnes ayant ou ayant eu un grave problème de santé.
De surplus, sans assurance-vie, pas
de crédit accordé : les malades à l’espérance de vie à peine moins élevée
que la moyenne, si le traitement se passe bien, se retrouvent ainsi, la plupart
du temps, dans l’impossibilité d’acheter des propriétés immobilières.
Alon, de préciser : « il
ne s’agit pas de pratiques cruelles ou intentionnellement discriminatoires. La
non-information de nos concitoyens, manquant ostensiblement de sensibilisation,
en est la cause prinicpale ».
Toujours selon l’activiste, la
campagne de cette année aura touché une large partie de la population, contribuant
à faire baisser la stigmatisation et à accroître la sensibilité des citoyens à
propos de la vie avec la maladie.
Outre la lutte contre la
stigmatisation, l’autre mission principale d’Israel Aids Task Force réside dans la communication autour du port
du préservatif, afin de restreindre les risques de transmission. Une pratique
qui ne décolle pas, au pays de la bible.
Une étude menée par Israel Aids Task Force a mis en évidence
qu’un quart des Israéliens ayant des relations sexuelles avec des partenaires
non-réguliers n’utiliseraient pas de préservatif. Seuls 43% affirment se protéger
régulièrement.
Par comparaison, en France, une
enquête effectuée en 2007 par l’INSERM (Institut National de la Santé et de la
Recherche Médicale) dévoilait les bonnes pratiques de l’utilisation du
préservatif, en augmentation, avec 89 % des femmes et 88 % des hommes de 18 à
24 ans y ayant eu recours lors du premier rapport sexuel.
En 2009, Israel
Aids Task Force avait imaginé une campagne de communication fort habile
pour mettre en avant les dangers d’une relation sexuelle non protégée avec un «
partenaire irrégulier ». Pendant six semaines, une chanson intitulée « Going
all the way » (Aller jusqu’au bout), passait sans arrêt sur les ondes
radio, devenant rapidement un hit consacré par la presse nationale.
Le clip vidéo fût visionné et téléchargé
des milliers de fois sur Internet, la mélodie devenant par ailleurs la sonnerie
la plus téléchargée sur les téléphones portables, ainsi que « la chanson de
réveil » de la mouture israélienne de l’émission Big Brother. Le mystère
planait autour du nom de l’artiste, Sdia, qui ne s’était pas révélé au public.
Cela n’avait pas empêché des centaines de milliers d’Israéliens d’être exposés
à la mélodie, de se l’échanger les uns avec les autres, et ce, dans un court
laps de temps.
Cela
illustrait la facilité de la diffusion d’un virus dont les gens ignoreraient la
présence. D’autre part, les paroles « all the way » montraient que des
personnes pouvaient aller « jusqu’au bout » avec quelqu’un, c’est-à-dire
jusqu’à l’acte sexuel, sans vraiment connaître leur partenaire, s’exposant
ainsi à tout type de surprises, y compris les pires.
A en croire la jeune Meytal,
l’hystérie du début des années 80 autour du sida semble être passée, la
population israélienne retournant à des habitudes similaires à celles en cours
dans les années ayant précédé la découverte du virus. Le fait que l’on puisse
aujourd’hui vivre avec cette maladie semblerait l’avoir dédramatisée ;
elle n’occuperait, d’autre part, que peu de place dans les esprits.
Un autre problème, précise Alon,
réside dans l’écart entre la connaissance de la nécessité de se protéger, et la
mise en pratique effective. L’irresponsabilité persiste également parmi les
populations homosexuelles (ou les « hommes ayant des rapports sexuels avec
les hommes ») ; représentant un autre tiers de la population
atteinte. Les homosexuels sont d’autant plus exposés risque, qu’ils ont une
activité sexuelle supérieure au reste de la population en moyenne, et avec un
nombre plus élevé de partenaires.
Si les ministères concernés ne se
penchent pas assez sérieusement sur ce phénomène de société, Israel Aids Task Force s’attèle à
communiquer sur la maladie, principalement auprès des jeunes, des adolescents
notamment, par le biais des réseaux sociaux, utilisés par cette tranche d’âge.
On pourrait se trouver beaucoup plus près d’une confrontation militaire
avec l’Iran que le public ne se l’imagine. Cette situation de veille de guerre
a été causée par le franchissement par les Perses de l’une des deux "lignes
rouges" définies par le Secrétaire d’Etat américain à la Défense, Léon
Panetta.
C’est le quotidien de Téhéran Kayhan, proche de la junte
théocratique, qui l’a d’abord annoncé, avant que la nouvelle ne soit confirmée
par l’Agence Internationale pour l’Energie Atomique : la "République"
Islamique a mis en route l’usine souterraine de Fodow (ou Fordow) près de Qom.
C’est dans cette installation creusée au cœur d’une montagne, donc en
principe à l’abri des frappes aériennes, que les ayatollahs entendent augmenter
la concentration d’une partie de l’uranium en leur possession, de 3,5% à 20%,
et ensuite aux environs de 90%, le degré de pureté nécessaire pour
confectionner des bombes atomiques.
En fait, comme nous l’avons déjà signalé, la difficulté technique réside
dans l’enrichissement à 20%, le dernier processus n’entraînant pas de problème
particulier, et pouvant, selon les experts, être réalisé en l’espace de
quelques mois.
En transférant de l’uranium pré-enrichi à Fodow, et en
lançant les centrifugeuses, Téhéran lève le dernier voile sur les objectifs
militaires de son programme nucléaire ; la vice-ambassadrice des
Etats-Unis à l’ONU, Rosemary Di Carlo, a déclaré que l’Iran ne possédait
"pas de justification pour enrichir l’uranium à ce niveau". Comprenez
que les activités qui constitueraient la finalité de son programme nucléaire,
selon la théocratie chiite – la production d’énergie et l’instrumentation
médicale – ne réclament pas de minerai concentré à plus de 3,5%.
L’envoi du fleuron de la marine britannique, le HMS Daring, dans
le Golfe
La réponse de Londres aux menaces iraniennes…
Nous, d’ajouter, que les 3000 centrifugeuses que peut
contenir, au maximum, le site de Fodow n’auront jamais une production
suffisante pour fournir le carburant nécessaire à un réacteur nucléaire. En
revanche, leur rendement est parfait pour la fabrication de bombes.
Reste à savoir s’il ne s’agit pas d’une nouvelle
provocation iranienne. En clair, si les ayatollahs, quand ils parlent de la
mise en activité de Fodow, n’évoquent pas des expérimentations marginales de
pré-production qui s’y dérouleraient, ou encore, s’ils ne se livrent pas à une
étape technique appelée "passivation", consistant à placer du
matériel nucléaire dans les centrifugeuses, afin de les préparer à l’activité
d’enrichissement, sans s’y livrer toutefois.
Si c’est de cela dont il s’agit, les mollahs tenteraient
de tester la détermination des Occidentaux, et de vérifier si Panetta ne bluffe
pas, lorsqu’il affirme : "Si l’Iran commence à développer une arme,
les Etats-Unis agiront". Et, faisant directement allusion à Fodow :
"S’ils effectuent ce pas, ils vont être stoppés !".
Présent aux côtés de Panetta lors de ces déclarations, le
chef de l’Armée US, le général Martin Dempsey, n’a pas fait dans la dentelle,
expliquant qu’une frappe américaine avait la capacité d’anéantir "leur"
programme nucléaire. Les deux hommes évoquant également l’éventualité d’une
action militaire préventive.
Khamenei joue assurément avec le feu, mais si la mise en
route industrielle de Fodow n’était pas confirmée, les Occidentaux
n’attaqueraient pas sa dictature théocratique pour l’instant. Leur idée
consiste à exercer une pression, à l’aide de nouvelles sanctions, destinées à
dissuader Téhéran de mettre Fodow en branle, et non à déchaîner le feu du ciel
si cela n’est pas indispensable.
Pas de souci, cependant, les grandes puissances s’enquièrent
actuellement de la nature des opérations qui sont réalisées dans le ventre de
la montagne iranienne, et personne ne les empêchera de savoir précisément ce
qu’il s’y passe. C’est même ma conviction qu’elles le savent déjà.
Pour Danny Yatom, l’ex-patron du Mossad, un homme connu
pour sa grande prudence et sa ferme opposition aux aventures militaires - à
moins qu’elles ne soient incontournables et que tout ait été tenté pour les
éviter -, les dés sont déjà jetés.
Evoquant l’élimination de Mostafa Ahmadi Roshan, hier,
mercredi, le responsable de l’enrichissement de l’uranium sur le site de
Natanz, et donc le scientifique iranien le plus calé en matière de
centrifugeuses et du processus d’enrichissement, Yatom a fait la déclaration
suivante. Il a observé que plusieurs pays agissaient, qui en imposant des
sanctions, qui par des opérations secrètes, pour freiner le programme perse,
mais a affirmé que le monde n’aura, en définitive, pas d’autre choix que celui
d’attaquer l’Iran.
Si les ayatollahs ont activé l’ultime phase d’enrichissement
de l’uranium, les Occidentaux se préparent à l’action. Si ce n’est pas le cas,
ils laisseront les nouvelles sanctions agir ; la quasi-totalité des raffineries
mondiales ne pourra plus traiter de brut perse, suite à la décision prise par
Washington, le 31 décembre dernier : un décret stipulant que toute entité
commerçant avec la banque centrale iranienne se verrait exclue du système
financier US. Lors, à notre connaissance, une raffinerie ne peut fonctionner
hors de ce système, et ce, pratiquement, quel que soit l’endroit où elle se
trouve.
Quant aux Européens, ils ont, semble-t-il, décidé que
leur embargo visant l’achat de pétrole iranien débuterait le 27 janvier
prochain. Avec une exemption de trois mois au maximum pour la Grèce, afin de
lui permettre de trouver des sources d’approvisionnement de substitution, et de
ne pas administrer de nouveau choc à son économie souffreteuse.
Mais cela mettra un terme au business impliquant entre
450 000 et 600 000 barils/jour entre Téhéran et l’UE. Certes, Ahmadinejad
trouvera d’autres clients pour écouler en partie les deux millions et demi de
barils que son pays produit journellement, mais à quel prix ?
Car rien ne serait plus faux que d’imaginer que la Chine
se fournit encore chez les ayatollahs pour des raisons de connivence politique.
Que nenni, c’est uniquement une affaire d’intérêt : c’est ainsi que
Beijing n’a pratiquement rien acheté en Perse durant ces deux derniers mois,
afin d’augmenter le discount que les théocrates chiites lui concèdent. Et que
voulez-vous que les ayatollahs fassent d’autre qu’acquiescer ? La Chine
est leur dernier gros client, et la vente de brut constitue 60% des revenus de
la "République" Islamique et de ses 74 millions de bouches à nourrir.
Au cas où les Chinois obtiendraient un rabais de 50% sur
le prix international – ce que je n’exclue absolument pas – on imagine aisément
les profits qu’ils réalisent sur les 600 000 barils/jour qu’ils achètent à
Ahmadinejad. Dans ces temps de concurrence au couteau, que nous traversons en
basse conjoncture, il n’y a pas de petits profits ; les Chinois en sont
conscients, même s’ils savent que leur trafic avec le régime extrémiste chiite
peut cesser à n’importe quel moment et de façon abrupte.
En Iran, on faisait déjà la queue devant les commerces et
les banques pour s’approvisionner avant l’entrée en vigueur des nouvelles
sanctions. Devant les commerces, pour trouver de la nourriture, avec un pouvoir
d’achat en constante régression ; devant les banques, pour acheter des
dollars, la seule monnaie qui vaudra quelque chose si tout venait à péter. Dollar,
la devise du Grand Satan, bonjour les contrastes !
Reste que si l’activité industrielle de Fodow a
effectivement débuté, on n’attendra pas l’impact des nouvelles mesures
restrictives, on détruira l’infrastructure nucléaire perse et les sites de
missiles confectionnés pour le transport des bombes atomiques.
Deux porte-avions et leurs escadres voguent vers le Golfe
arabo-persique, en dépit des menaces proférées par l’amiral Fadavi et les
ayatollahs. D’autres navires de guerre occidentaux attendent les ordres à
proximité. Notamment des unités battant pavillons britannique, français,
australien, et émirati, déjà tous placés sous les ordres directs d’un amiral
US.
C’est encore sans compter avec les vedettes et les
sous-marins arborant l’étoile de David, qui rôdent sans discontinuer face aux
plages iraniennes.
Des dizaines de milliers de marins et des centaines
d’aviateurs de diverses nations sont ainsi prêts à intervenir, connaissant par
cœur la mission qu’ils auraient à remplir, et qu’ils ont répétée à
l’entraînement, à d’innombrables occasions.
En Israël, à en croire des rumeurs persistantes, des
milliers de soldats de l’Oncle Sam, spécialisés dans la guerre des missiles et
l’exploitation des radars, viendraient compléter les compétences des hommes de
Tsahal et de leur système Pin vert, celui qui inclut le missile
anti-missiles Khetz, l’Arrow, la Flèche.
Le tir des Khetz serait directement subordonné aux
radars US, les plus performants de la planète. Et cette synchronisation des
moyens procède d’une quasi-certitude. Elle serait complétée par le déploiement
du système américain THAAD et de ses servants. Un système capable d’intercepter
des missiles intrus à très haute altitude. A en croire certaines sources,
Israël serait actuellement protégée par les deux systèmes anti-missiles les
plus performants sur le marché.
D’autre part, on parle beaucoup d’experts et de
militaires israéliens intégrés dans l’armada occidentale, y compris dans ses
postes de commandement ; dans des lieux aussi éloignés du théâtre des
opérations que l’Allemagne. Pour le reste, nous n’avons pas l’intention d’extrapoler ;
sachons uniquement que de nombreux Israéliens n’attendent pas, confinés dans
leurs frontières nationales, les prochaines actions des ayatollahs.
Les services français ont ainsi rendu public, cette
semaine, qu’ils avaient observé une multitude d’Israéliens dans les territoires
kurdes irakiens, à proximité immédiate de la "République" Islamique.
Nous, nous disons que cette présence n’est pas récente, et qu’elle ne date ni
de la brouille avec Ankara, ni de la chute de Saddam Hussein.
Les Israéliens sont à la fois déployés dans le cadre de
la coalition occidentale, qui ne dit pas encore son nom, et au service exclusif
de leur gouvernement et à ses ordres. Leur incorporation au sein des forces de
l’Ouest, ainsi que les échanges de soldats entre les USA, l’Europe (dans une
moindre mesure), et l’Etat hébreu, participe d’une décision stratégique de
Washington. Celle consistant à profiter des compétences étendues des soldats de
Tsahal et de partager efficacement les ressources. Léon Panetta en dit long,
lorsqu’il exprime : "Nous avons un objectif commun dans cette
affaire", et surtout, "la meilleure approche pour nous [Américains]
consiste à travailler ensemble [avec les Israéliens]".
Décision stratégique, parce qu’elle permet, entre autre, à
la Maison Blanche, de s’assurer qu’elle ne sera pas totalement surprise en cas
d’attaque unilatérale, par Jérusalem, contre les infrastructures iraniennes.
Une situation que Washington désire absolument éviter et qui lui fait
peur ; peur, parce qu’elle déclencherait la bagarre selon les règles de
Netanyahu et Barak, et non de Barack Obama. Peur, parce que les bâtiments de la
Navy, de même que les bases terrestres US dans la région, seraient aux
premières loges en cas de réaction violente des ayatollahs.
De leur côté, les Israéliens laissent entendre qu’ils
n’entreprendront pas d’action en solo, mais ce, uniquement tant que les
principes établis en commun, après d’âpres discussions, seront respectés. Et
ils sont simples : a) pas d’Iran nucléaire, serait-ce au prix d’une
intervention armée et b), l’enrichissement d’uranium en direction des 90%
constitue un casus belli du point de vue des alliés. Et comme nul ne peut
imposer ses vues aux Etats-Unis, Jérusalem se réserve simplement l’opportunité d’agir
à sa guise si Obama ne respecte pas les conditions de cette entente.
L’attitude israélienne apparaît constructive aux yeux de
plusieurs capitales impliquées dans la coalition ; en cela qu’elle
maintient la pression sur la Maison Blanche, et l’oblige à adopter une approche
réaliste et responsable face au développement de la situation iranienne. Ce
dont tous les leaders du monde dit libre n’étaient pas unanimement persuadés.
Les Occidentaux ont défini la seconde ligne rouge à
l’intention des ayatollahs, le second casus belli. Il concerne la réalisation,
par la junte iranienne, de sa menace de fermer de détroit d’Hormuz, au cas où
on l’empêcherait de vendre son pétrole, et dans celui où de nouveaux
porte-avions US s’installeraient dans le Golfe arabo-persique.
En avril, à Tchernobyl et dans les forêts alentours, tout refleurissait.
Ce renouveau printanier, haut en couleurs, illuminait la terre, si noire mais
aussi, généreuse et nourricière.
Chacun connaissait un endroit où cueillir les meilleures baies, des
fraises des bois, des champignons. Il y a aussi les nombreux petits lacs et
cours d’eaux qui alimentent la rivière Pripiat, laquelle traverse la grande
étendue forestière. Ce lieu, si calme et si paisible, avait pourtant été le
théâtre d’une dramatique catastrophe.
Un village juif, qui s’appelait “Tchernobyl”, situé dans un lieu calme et
paisible, fut incendié et ses habitants exterminés par l’armée allemande,
pendant la Seconde Guerre Mondiale. Il ne s’agissait pas, hélas, d’une
extermination isolée, tant en Ukraine qu’en Biélorussie, la proche voisine (une
dizaine de km), où 619 villages furent incendiés et leurs populations
exterminées par les troupes hitlériennes. Plus des deux tiers de ces villages
furent reconstruits : 433 localités sont revenues à la vie, mais 186 villages
ne furent pas reconstruits et ont définitivement disparu.
Le 26 avril 1986, avant le lever du soleil, le feu a frappé une seconde
fois le site de l’ancien village de Tchernobyl. Un feu nucléaire cette fois. Si
le premier holocauste n’est connu que des historiens et des rares rescapés, le
second cataclysme, par sa complexité, ses atteintes si particulières, mais
aussi par les peurs et les angoisses qu’il a suscitées, a gagné, malgré lui,
une triste renommée mondiale.
Tremblement de terre et tsunami à Fukushima : les conséquences
Le 11 mars 2011, à 14h 46, 25 ans après ce qui fut la plus grande
catastrophe du nucléaire civil, qui a largement dépassé les frontières de
l’Ukraine et de la Biélorussie, un nouveau cataclysme nucléaire a frappé ; le
Japon, cette fois-ci. Ce n’est plus un seul réacteur qui a explosé (à Tchernobyl,
c’était le numéro 4), mais trois réacteurs, à Fukushima : les n° 1, 2 et 3,
tandis qu’un quatrième, le 4, dont le cœur, retiré de la cuve et placé dans la
piscine de stockage, a été très endommagé [1].
Un tremblement de terre, de magnitude 8,9 sur l’échelle de Richter, a
frappé la côte nord-est de l’île d’Honshu, l’île la plus grande et la plus
peuplée du Japon. C’est le tremblement de terre le plus fort enregistré par des
sismographes au Japon. Il a duré deux minutes et demi.
Fukushima : les explosions de réacteurs
succédaient aux explosions de réacteurs
Le déplacement brutal du fond marin [2], à 120 kilomètres de la côte,
provoque une énorme vague, qui se propage à très grande vitesse, sur un front
de 500 km. Arrivée à la côte en 55 minutes, la vague atteint environ 14 mètres
lorsqu’elle parvient au niveau des 4 réacteurs de la 1ère centrale de
Fukushima, protégée par une digue de… 5,7 mètres.
Si les réacteurs nucléaires se sont arrêtés automatiquement, cinq
secondes après la mesure de l’onde sismique, les dégâts dus au seul tremblement
de terre sont mal connus, notamment ceux relatifs aux diverses tuyauteries. La
vague, en pénétrant dans les réacteurs, a détruit et noyé les équipements
électriques nécessaires à leur sécurité. Le système d’alimentation électrique
de toute la région est interrompu, et 11 générateurs diésels de secours (sur 12
installés en sous-sol), tout comme les pompes qui assurent le refroidissement
du cœur des réacteurs, sont noyés et hors d’usage. Le 12ème diésel permettra aux
réacteurs n°5 et 6, situés dans la 2ème centrale, de conserver un système de
refroidissement.
Il y avait, dans l’histoire des catastrophes, un “avant” et un “après”
Tchernobyl. Aujourd’hui, un nouveau jalon s’impose avec Fukushima.
Un scénario catastrophe
Une situation imprévue dans tous les scénarios imaginés dans le monde
entier : la perte simultanée de l’alimentation électrique et de la “source
froide“ qui permettent de refroidir le combustible nucléaire. “Fukushima a
montré que l’improbable est possible”, a déclaré M. Philippe Jamet, un
responsable de la sûreté nucléaire en France. Un propos courageux mais aussi un
aveu inquiétant.
Le pire des scénarios catastrophe s’est développé avec la production
d’hydrogène, suivie de la fusion du combustible. Cette fusion est survenue
seulement 16 heures après le tsunami, comme devait l’admettre, deux mois plus
tard – le 15 mai -, TEPCO, (Tokyo Electric Power Co.), l’exploitant de la
centrale [3]. Le combustible en fusion [4] a perforé la cuve du réacteur n°1,
de 15 à 16 cm d’épaisseur, et attaqué la dalle de béton du bâtiment réacteur,
de 7,6 mètres, qui va se détruire progressivement.
C’est le début d’un scénario de film, imaginé dans les studios
d’Hollywood en 1979 : “Le Syndrome chinois”.
Au contact de l’eau, les gaines en zirconium, portées à plus de 700
degrés Celsius, s’oxydent. En captant l’oxygène de la vapeur d’eau, le
zirconium libère de l’hydrogène. A haute température, et sous un rayonnement
ionisant intense s’ajoute la radiolyse de l’eau (dégagement d’hydrogène et
d’oxygène).
L’hydrogène ainsi libéré peut s’enflammer ou exploser spontanément,
suivant la concentration obtenue dans l’air. Il provoque, le 12 mars à 15h 36,
soit 24 heures après l’arrivée de la vague sur la centrale, feu et explosion
dans le réacteur n°1 et ses voisins.
L’écran de protection contre les rayonnements, présenté par l’eau, va
diminuer progressivement. A l’extérieur des bâtiments réacteurs, l’intensité
des rayonnements émis par le cœur qui a fondu, va atteindre des niveaux très
élevés, qui rendent impossible toute intervention humaine.
TEPCO décide de noyer les enceintes des réacteurs et leurs piscines avec
de l’eau de mer
Selon le rapport de TEPCO, le combustible du réacteur n°3 fusionnera à
son tour au bout de 60 heures, et celui du réacteur n°2, quatre jours après le
tremblement de terre. Il faudra attendre environ 10 ans avant de commencer le
démantèlement des réacteurs accidentés, opération qui devrait durer 30 à 40
ans. Les coûts les plus optimistes pour cette opération s’élèvent à 15
milliards de dollars.
La production d’hydrogène, qui a provoqué les explosions [5] le 12 mars
dans le réacteur n°1 (le 15 mars pour le n°2 et le 21 mars pour le n°3), s’est
prolongée par des rejets radioactifs qui ont gravement contaminé habitations,
terres (20% de la production nationale de riz) et forêts, à plus de 100
kilomètres de rayon.
En 15 heures, 51 000 personnes sont évacuées, et un total de 178 000 le
seront au cours des 28 premières heures de la catastrophe. Des milliers de
personnes vivent encore dans des zones à évacuer. Certaines y sont revenues
après leur évacuation, des éleveurs notamment.
La vague a pénétré par endroits jusqu’à 10 kilomètres à l’intérieur des
terres. A fin mars, on avait dénombré [6] plus de 27 000 morts et disparus du
fait du séisme et du tsunami associés. Cette nouvelle page de catastrophe
naturelle et nucléaire, aux énormes répercussions sociales et économiques,
n’est pas prête de se refermer.
La catastrophe était-elle imprévisible ?
Au cours des 513 dernières années (de 1498 à 2011) il a été recensé, au
Japon et dans les iles avoisinantes, 16 tsunamis avec des hauteurs de vagues
supérieures à 10 mètres. La moitié de ces évènements ont eu lieu depuis le
début du 20ème siècle. Six tsunamis sur seize ont occasionné des vagues de 25
mètres ou plus, dont deux de 30 et 31,7 mètres depuis 1918. Un tsunami de même
intensité que celui de 2011 s’est produit sur la côte est du Japon il y a 3000
ans.
La survenue d’un tsunami provoquant une vague de 14 mètres n’était donc
pas invraisemblable.
En 2008 et en février 2011, TEPCO avait simulé un tsunami de plus de 15
mètres de haut atteignant la 1ère centrale de Fukushima, mais n'avait pris
aucune initiative, jugeant sa probabilité quasi nulle.
Les douze experts de la commission, créée en mai 2011 à l'initiative du
1er Ministre Naoto Kan, ont noté un point plus grave encore : "L'organisme
de régulation nucléaire du gouvernement n'a pas demandé à TEPCO de prendre des
mesures précises, comme, par exemple, d'effectuer des travaux supplémentaires
après avoir reçu les études par simulation de TEPCO en 2008 et début 2011,
concernant l'impact des tsunamis sur ses installations".
Partage des dégâts entre tremblement de terre et tsunami
La question de savoir ce qui a été endommagé dès le tremblement de terre,
avant l’arrivée du tsunami, n’est pas banale. Pour tirer les leçons de
l’accident, il faut pouvoir reconstituer le film des évènements, la chronologie
des dégâts. Est-ce que le tremblement de terre, à lui seul, a créé des dommages
ayant conduit à la ruine d’un ou plusieurs réacteurs ?
Si c’est le cas, il faudra définir les consolidations de structures et
les modifications des différents appareillages ou des ancrages de tuyauteries à
apporter aux réacteurs existants, afin qu’ils puissent résister à un
tremblement de terre. Plus de 10 % des 442 réacteurs électronucléaires en
fonction dans le monde sont construits sur des zones sismiques. Si ces
modifications ne peuvent pas être réalisées, il faudra logiquement arrêter
définitivement les réacteurs concernés.
Quels sont les dégâts attribuables au seul tsunami [7] (et par extension
à une inondation provoquée par une autre anomalie grave) ? On peut assurément
mettre en cause le positionnement de divers appareillages importants pour la
sûreté des réacteurs, comme les diésels de secours par exemple, qui furent
noyés sous les masses d’eau. Les réacteurs ont tous une “source froide“,
constituée par l’eau d’une rivière ou de la mer, ils sont donc tous hautement
concernés par les leçons que l’on tirera de la catastrophe de Fukushima.
La tentation sera grande, pour les exploitants nucléaires, de tout mettre
sur le dos du tsunami, car les dommages provoqués par le tremblement de terre
peuvent conduire à une remise en question des installations existantes plus
sévères que celles du tsunami, voire à des modifications de structures
coûteuses, voire impossibles. Cela ne veut pas dire non plus que seuls les
tsunamis et les tremblements de terre posent problème, car, à Three Mile
Island, en 1979, comme à Tchernobyl en 1986, le combustible a fondu sans
l’action d’aucun de ces deux fléaux naturels.
La Commission indépendante de dix experts, nommés le 24 mai par le
Premier ministre japonais Naoto Kan [8] pour enquêter sur la catastrophe de
Fukushima, a publié, le 25 décembre 2011, un rapport intérimaire. Le rapport
définitif est attendu pour l’été 2012.
Une phrase du rapport souligne les graves responsabilités de l’exploitant
nucléaire et de l’autorité nucléaire japonaise : « Il est inexcusable qu'un
accident nucléaire n'ait pu être géré parce qu'un événement majeur tel qu’un
tsunami n'a pas été anticipé ».
L’enregistrement
vidéo d’une communauté de
Papouasie-Nouvelle-Guinée, chantant la prière juive Shema Israël – « Ecoute Israël », la prière fondamentale
du judaïsme –, dans leur accoutrement traditionnel papou, avait récemment
tourné sur Internet, provoquant une grande surprise chez ses spectateurs.
Epoustouflant,
cette centaine d’hommes vêtus de paille et de plumes, lance à la main, louant
le ciel à la manière des ancêtres hébreux, articulant des sonorités lointaines,
dans une contrée aussi excentrée du Judaïsme que les îles d’Océanie !
Il
s’avère que ces indigènes, faisant leur prière torse nu, appartiennent à la
tribu des Gogodalas. Environ 25 000 individus, jurant descendre de l’une des
dix tribus perdues de l’époque biblique. Ces chasseurs-cueilleurs vivent dans
la province occidentale de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, sur le delta du fleuve
Fly, qui se jette dans la mer de Corail. Ils se nourrissent, pour la plupart,
de poissons, de kangourous et de plantes trouvés dans la nature, et ils sont
majoritairement illettrés. Ces hommes revêtent toutefois des habits plus
contemporains lorsqu’ils se rendent en ville.
Tony
Waisa, officiellement « chef chercheur de la tribu », la personne
chargée de fournir des explications sur son « histoire orale ou
traditionnelle », possède toutefois un compte email sur Yahoo et parle
anglais.
Ce
chef papou découvrit un jour, sur Internet, les recherches biologiques
effectuées par un scientifique de l’université des Etudes Orientales et
Africaines de Londres, le Professeur Tudor Parfitt, sur une tribu du sud de
l’Afrique, les Lembas. Les membres de cette communauté rurale, établie
principalement au Zimbabwe, affirment eux aussi descendre d’une « tribu
perdue » du royaume de Salomon.
Le
but de l’étude de Parfitt résidait dans la mise en évidence d’un lien génétique
avec le peuple juif (voir mon article : La science à l’appui du mythe Lemba). Les résultats s’étaient révélés
positifs, établissant un lien génétique entre les Lembas, notamment les prêtres
de la tribu, et le peuple juif, à travers l’existence d’un gène récurrent chez
les populations juives, également identifié chez les Lembas.
"Ils feraient
des guerriers fantastiques dans les rangs de Tsahal"
Le
chef Waisa contacta le scientifique londonien afin qu’il se prête aux mêmes
tests sur ses congénères ; le Papou envoya à Londres des poignées de
cheveux de membres de sa tribu, dont le professeur ne put faire usage.
Tudor
Parfitt décida cependant de rendre visite à ces « Papous juifs », en
2003, rejoignant leurs villages en canoë – le moyen de locomotion principal des
Gogodalas, ainsi qu’un objet central de leur culture, leur permettant
d’emprunter les rivières lorsqu’ils chassent.
Tudor
Parfitt fut accueilli de manière festive, ainsi qu’il me l’a confié au cours
d’un long entretien - dans un parfait français - par des hommes à la peau
brune, le front peint d’une étoile de David pour certains, le drapeau israélien
dans la main pour d’autres, chantant des litanies juives…
J’ai
également réussi à nouer un contact direct avec le chef Tony Waisa ; il a
répondu aimablement à mes questions, m’envoyant également des documents Word et Excel, relatant le passé de son peuple.
A
l’en croire, les ancêtres des Gogodalas auraient vécu en Israël, le long du
Jourdain, que, dans leur tradition, ils nomment Tala ; la carte traditionnelle
qu’il me fait parvenir est parsemée de noms à consonance non hébraïque :
on y distingue un petit lac au nord du lac de Tibériade, qui pourrait figurer
les anciens marais de la vallée de la Hula. Selon la carte de Waisa, cette
étendue, que les Gogodalas considèrent, en outre, comme l’épicentre de leur
existence, se situerait à mi-chemin entre Metula et Tibériade. Les Papous
israélites l’appellent Kulumusu ; il est entouré de deux provinces :
Mili, sur la rive occidentale, et Masé, à l’Est. La Galilée est devenue Gwailé,
un vocable effectivement proche.
Selon
leur tradition, les Gogodalas auraient quitté Israël, ce « lointain pays
de l’Ouest », qu’ils nomment également Sa’loné
ou Isalé (sonorité ressemblant
effectivement à Israël). Un autre nom qu’ils donnent à Israël est Ya’bisaba, pour lequel ils ressentent une affection toute particulière. A les croire,
ils seraient partis de la terre sainte environ 400 ans avant l’ère
chrétienne, descendant la mer rouge avant de traverser le Pacifique.
Les
tests génétiques effectués sur les Gogodalas, à l’inverse de ceux pratiqués sur
les Lembas, n’ont pas permis de tirer des conclusions décisives quant à une
éventuelle origine sémite. Tudor Parfitt de préciser : « nous n’avons
pas non plus relevé de preuve qu’ils ne proviennent pas du Moyen-Orient ».
Cela demeure toutefois historiquement peu probable, selon lui.
Ce
qui n’ébranle pas le crédo de Tony Waisa, qui m’affirme que 90% des membres de
sa tribu souhaitent s’installer en Israël. Le professeur anglais rapporte que
les Gogodalas sont passionnés par leur judaïté ainsi que par Israël. Un amour
authentique, selon le scientifique.
Le
jour de Yom Ha’atzmaout, par exemple, lors duquel les Israéliens
commémorent l’anniversaire de l’indépendance de leur Etat, le professeur relate
que des milliers d’indigènes défilent dans les rues des grandes villes de leur
région, notamment à Daru, la capitale de leur province, brandissant des
drapeaux israéliens. Ils participent, festifs, à l’esprit du pays « de
leurs ancêtres » qu’ils n’ont jamais vu.
Des
Gogodalas se sont rendus en délégation en Israël, traversant, pour ce faire, la
moitié de la planète, en 2007. Leur objectif premier consistait à venir offrir
leur or pour le temple de Jérusalem. La volonté de rapprochement provient
réellement de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, et non d’Israël ou de rabbins. Ce,
pour le plus grand désarroi de Tony Waisa, qui souhaiterait accueillir des
savants israéliens dans son territoire. Le gouvernement israélien ne s’
« intéresse cependant pas trop à leur sort », ce que regrette
Parfitt, qui soutient, sans la moindre once d’humour britannique, que ces
hommes « feraient des guerriers fantastiques » dans les rangs de
Tsahal (sic !).
D’où
peut bien provenir l’origine du lien entre cette tribu éloignée du Pacifique et
la terre des Hébreux ? Les chercheurs s’accordent à penser que ces fables
auraient pris naissance sous l’influence des missionnaires chrétiens, relatant
« aux sauvages » l’histoire du Juif Jésus. Les moines étant arrivés
dans cette région du Pacifique entre la Première et la Deuxième Guerre Mondiale.
Le
professeur Bryant Allen, de l’Université Nationale Australienne, que j’ai
également interrogé lors de mon enquête, explique que des officiers
missionnaires australiens avaient jugé que certains indigènes
« ressemblaient à des Juifs ». Ils en conclurent, peut-être
hâtivement, que les Gogodalas descendaient des tribus perdues ; ce
rapprochement reposait, selon lui, sur des stéréotypes physiques non avérés,
relevant probablement d’une bonne dose d’antisémitisme, à la mode dans les
années 30-40.
L’idée
de provenir d’une tribu perdue s’avère apparemment assez commune dans les
environs du Pacifique. C’est Lynda Newland, une conférencière auprès de
l’Université du Sud Pacifique, dans les Iles Fiji, qui me le confie.
Elle
me confirme que cette idée s’est propagée dans les îles par le biais de
missionnaires chrétiens. Pas les mêmes que ceux mentionnés précédemment
toutefois, puisque Lynda Newland fait précisément allusion aux missions
chrétiennes présentes en Océanie dès le XIXème siècle.
Les
missionnaires mettaient très souvent l’accent sur l’Ancien Testament dans leur
enseignement, de même que sur les écritures hébraïques, à l’instar de l’Eglise
Méthodique. La richesse des récits de l’Ancien Testament a probablement impacté
l’imaginaire des indigènes, les invitant à s’identifier aux anciens Hébreux.
Les
influences religieuses sur les tribus du Pacifiques peuvent être multiples. A
l’instar de certains Gogodalas, qui sont capables de pratiquer à la lettre
l’une des religions chrétiennes, et, simultanément, d’adopter des rituels issus
du judaïsme ; à l’instar de la circoncision, de l’hygiène alimentaire
préconisée dans la Bible et de la pâque juive.
Ces
Papous étudient les prières, les symboles et les salutations juives ; par
exemple ils se saluent en se souhaitant shalom. Les voyages de pasteurs gogodalas en Israël leur ont permis
d’apprendre et de rapporter une partie de ces prières et de ces rites ;
d’où l’origine de la vidéo des Papous psalmodiant le Shema Israël.
Le
mythe de la descendance sémite est parfois si bien ancré dans les esprits, que
Tudor Parfitt a pu rencontrer, lors d’une réunion de Gogodalas, une jolie jeune
fille de la capitale, au grand-père maltais juif ayant fui lors de la Seconde
Guerre mondiale en bateau, échoué en Papouasie puis marié à une Papoue, qui
était en quête d’un mari juif.
Le
professeur anglais note toutefois qu’ « il n’existe pas, à
franchement parler, de judaïsme en Nouvelle Guinée ». La religion mosaïque
s’y définit d’avantage comme « une ethnicité, un critère racial »,
datant de la moitié du XIXème siècle, servant à marquer une
différence sociale entre les diverses communautés.
Lynda
Newland dépeint une situation similaire dans les Iles Fiji : les mythes de
la Bible auraient été exploités par l’Eglise Méthodique, ou Pentecôtiste, afin
d’apporter une légitimité morale et spirituelle à certains groupes, leur
permettant d’acquérir une position supérieure dans le jeu politique ou dans
l’accès aux ressources économiques. L’identité « juive » d’une tribu
figurerait ainsi davantage un genre de construction sociale, élaborée par les
missionnaires chrétiens, qu’une réelle appartenance historique à celle-ci,
voire un rapprochement intellecté avec le judaïsme.