Israël fait face à des dragons verts et à des diables rouges (info # 012803/15) Version imprimable
Sport
samedi, 28 mars 2015

 

Par Ilan Tsadik

 

En cette fin de semaine et jusqu’au milieu de la prochaine, Israël est en proie à une offensive en règle ; mais contrairement aux conflits traditionnels, cette fois, ce ne sont pas les djihadistes de Gaza ou les Fous d’Allah libanais qui la menacent mais des créatures surnaturelles : des dragons verts, ce soir à Haïfa et des diables rouges belges, mardi à Jérusalem.

 

Comme à notre habitude, nous allons nous occuper d’un envahisseur après l’autre, à commencer par les Gallois, ce samedi à 20 heures locales (18h en Europe occidentale), devant 30 000 spectateurs (guichets fermés), dans le tout nouveau stade de la capitale du nord de l’Etat hébreu.

 

Vous l’aurez sans doute compris, c’est de football qu’il s’agit, et plus précisément du tournoi de qualification pour les Championnats d’Europe des nations (l’Euro) qui se déroulera en juin et juillet 2016 en France (sauf acte de terrorisme majeur).

 

La Nivkhéret (sélection, seleção en brésilien pour faire plus "in", surtout après leur victoire de jeudi 3-1 face à la France à Paris), l’équipe nationale israélienne, ne s’est (encore) jamais qualifiée pour les 14 éditions précédentes d’un Euro.

 

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Rafaelov, ici au centre des festivités avec le FC Bruges,

mardi, on change les équipes

 

Mais cette fois, cela semble bien parti, puisque les hommes de l’entraîneur Eli Gutman sont en tête du groupe B en ayant remporté tous leurs matchs à ce jour. Ils devancent les Gallois, justement, qui totalisent 8 points – un de moins que la Nivkheret et avec une rencontre disputée en plus. Les Dragons ont gagné deux fois et partagé l’enjeu à deux autres reprises.

 

Quant aux favoris belges, ils ont assez mal négocié le début de la compétition, n’engrangeant que cinq points en trois confrontations – deux nuls pour une seule victoire. L’un des nuls, un 0 à 0 décevant, sanctionnant la partie disputée en novembre au stade Beaudoin contre les dragons.

 

L’autre favori de ce groupe, la Bosnie-Herzégovine, qui avait pourtant participé au Mondial brésilien de 2014 et y avait fait bonne figure, ne s’inclinant que 2 à 1 devant l’Argentine et pourfendant 3 à 1 les Burka iraniens (chez Ilan, on a l’emblème qu’on mérite), est déjà dans les choux. Les Bosniens n’ont récolté que deux malheureux points en quatre rencontres et surtout, ils se sont fait étriller par la Nivkhéret 3-0, cet automne à Haïfa.

 

Depuis son arrivée en Terre et pelouse saintes, l’entraîneur gallois Chris Coleman multiplie les déclarations anxieuses. Il est ainsi convaincu, le brave homme, qu’il aura affaire à une foule extrêmement hostile qu’il compare à celles de "Serbie et de Croatie" (Coleman dixit), dans un pays où on peut s’attendre au déclenchement d’une guerre à n’importe quel moment.

 

C’est même pas vrai d’abord ! Nos spectateurs sont particulièrement gentils, sauf, peut-être, après qu’on eut sifflé notre hymne national lors d’un déplacement chez nos adversaires, qu’on eut brandi les drapeaux de nos ennemis dans une enceinte sportive, ou aveuglé notre gardien avec des faisceaux lasers, une activité dans laquelle les supporters grecs excellent.

 

Mais, a priori, nous n’entretenons aucune mauvaise pensée à l’égard des dragons verts, d’autant plus que nous n’avons pas encore joué à Cardiff, la revanche n’aura lieu qu’en septembre prochain.

 

On ne va pas citer les autres remarques inappropriées de Coleman qui ne sait visiblement pas où il a atterri – le jetlag probablement - mais juste relever qu’il considère la partie de ce soir comme la plus importante du Pays de Galles depuis son élimination de l’Euro 2004 face aux Russes.  

 

Le seul problème du coach de nos hôtes, mais j’avoue qu’il est assez préoccupant, c’est la relative faiblesse de son effectif. J’ai écrit "relative", parce ce que cette déficience souffre d’une exception de marque en la personne de Gareth Bale du Real Madrid. Un ailier gaucher qui fut transféré de Tottenham au Real en 2013 contre la coquette somme de cent millions d’euros, le plus gros montant payé à ce jour pour le transfert d’un footballeur.

 

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Gareth Bale, à l’entraînement avec ses camarades à Haïfa

Est-ce qu’ils crachent réellement du feu ?

 

Dans la presse commune (pouah !) on parle d’ailleurs de la rencontre de ce soir en termes d’Israël-Bale, tant on considère le bonhomme, ses dribles, ses tirs de loin, sa vivacité et surtout ses coups francs mortels comme étant le seul argument sérieux séparant les bleus et blancs d’une quatrième victoire de rang, synonyme de grand pas en avant sur le chemin menant à la Tour Eiffel.

 

C’est vrai mais en partie seulement. Vrai, car nos défenseurs sont les champions du monde des fautes absolument inutiles à proximité de leur ligne de but, et face à Bale, cela risque de se payer en nature.

 

C’est moins vrai, parce que la plupart des joueurs gallois pratiquent dans le championnat anglais de 1ère division, le Premier League, et qu’ils ne sont pas des manches. Je pense particulièrement à son très élégant capitaine Ashley Williams, qui évolue à Swansea.

 

Oui, je sais que les lecteurs de la Ména s’y connaissent en géographie et que je vais recevoir des milliers de mails me rappelant que Swansea se situe au Pays de Galles et non en Angleterre. Reste que son club porte les couleurs de l’Albion lorsqu’il est engagé en coupe d’Europe et que c’est un club "étranger" exceptionnellement admis en Premier League. Voilà pour les emm… puristes.  

          

Ce soir, je me méfierai aussi d’Aaron Ramsey, le milieu de terrain d’Arsenal, un élément de très haut niveau qui pourrait, comme le reste de son équipe, profiter de l’attention portée à la superstar pour tirer son épingle du jeu et nous la planter dans un endroit dont les gentlemen ne parlent pas.

 

Bon signe pour nos garçons, Gareth Bale connaît actuellement quelques difficultés au Real, notamment auprès des socios, les spectateurs-propriétaires de la formation madrilène, qui ont "légèrement" secoué son véhicule, avec lui dedans, suite à la récente défaite de leur club lors du Clasico, 0-1 face au Barça.

 

Eli Gutman et son humour juif pas forcément bien compris à Cardiff, a commenté la prestation moyenne de Bale dimanche dernier affirmant qu’il s’était réservé pour Israël.

 

Il n’y a pas que les Gallois qui ne comprennent pas forcément le coach national ; j’avoue moi-même ne pas saisir la raison pour laquelle il va probablement faire évoluer – et encore avec le brassard de capitaine – Tal ben Khaïm dans l’axe central de sa défense et Shiran Yeini au milieu du terrain. Tal ben Khaïm (attention, il y a deux Tal ben Khaïm dans la Nivkhéret) évolue au Charlton Athletic, en seconde division anglaise, ce qui est un peu court pour donner la réplique à des dragons et à des diables, il a des problèmes de dos, mais surtout, c’est à mes yeux un défenseur obscur et rugueux, qui commet des erreurs à chaque sortie quand il ne marque pas de buts contre son camp. Mais le pire réside en cela qu’il n’apporte strictement rien au jeu offensif ; bref, c’est un joueur triste et sans idées, du genre qu’on n’aime pas dans l’ongle de la Galilée et que l’on considère comme un obstacle dans la ressuscitation – et à ce propos, je vous prie de croire que, dans la région, nous nous y connaissons un peu ! – du football national qui tente sa sortie du désert.  

 

Yeini ? Un brave bucheron appliqué et studieux. Mais sans football.

 

D’autre part, nous ne saisissons pas bien la raison pour laquelle Munas Dabour (Dabour = frelon), qui plante presqu’un but par match pour le Grasshoppers (sauterelles, ang.) de Zurich, ne fait pas partie du onze initial. L’unique explication qui me traverse l’esprit est que le coach national n’a peut-être pas la télévision chez lui, qu’il ne la regarde pas ou qu’il ne percute pas en suisse allemand. Le Yiddish, pourtant…

 

Reste que, malgré ces erreurs, Gutman dispose tout de même d’un effectif intéressant, un des meilleurs, probablement, particulièrement en attaque, dont a bénéficié un sélectionneur israélien en équipe nationale.

 

On verra ainsi des gens comme Omer Damari, qui fait des merveilles à Leipzig, en 2ème Bundesliga (Allemagne), Tomer Khemed, qui évolue à l’attaque d’Almeria, dans la Liga espagnole, ou Tal ben Khaïm II, un ailier du Maccabi Tel-Aviv, capable, dans un bon jour, de transpercer n’importe quelle défense.

 

Au centre de la pelouse, en l’absence pour blessure du meilleur joueur israélien, Gil Vermouth, on aura du plaisir – plus que les Gallois en tout cas – de voir jouer Eran Zahavi, lui aussi du Maccabi, [mais pas pour longtemps, il est très demandé outre-Méditerranée], capable de marquer dans pratiquement n’importe quelle situation, Bibras Natkho, l’un des piliers du CSKA Moscou, le plus capé de nos "légionnaires", et Lior Rafaelov, qui fait des étincelles en championnat et en coupe d’Europe dans les rangs de… Pff… je suis soudain atteint par un inexcusable trou de mémoire…


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Les options dangereuses (info # 012303/15) Version imprimable
Analyse
lundi, 23 mars 2015

 

Par Stéphane Juffa

 

Devant Tikrit, en Irak, c’est l’Armée iranienne qui dirige l’assaut contre la ville encore tenue par les combattants de l’Etat Islamique. Les Kurdes, dont les premières lignes ne sont distantes que de quelques dizaines de kilomètres de ce théâtre d’opérations, et les sunnites, en Irak et dans le monde arabe, s’inquiètent vivement de cette ingérence, faisant remarquer qu’il est plus qu’improbable que les Perses se retirent une fois le territoire conquis.

 

Au Yémen, c’est également Téhéran qui tire les ficelles de la Guerre civile et qui se dissimule derrière la rébellion des Houthis chiites, auxquels il fournit les armes et l’encadrement.

 

A Damas, ce sont les ayatollahs iraniens qui sont les seuls garants du maintien du régime de Bachar al Assad, et au Liban, leurs supplétifs chiites du Hezbollah paralysent totalement la vie politique, tandis qu’ils étendent leurs zones géographiques d’influence et qu’ils terminent de phagocyter l’Armée nationale.

 

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Que fait ce M1 Abrams neuf au service des supplétifs de l’Iran

dans la Guerre de Syrie ?

 

Selon de récents rapports concordants, environ 13 000 prisonniers aux mains du régime alaouite ont été passés par les armes, et 20 à 30 000 autres ont "définitivement disparu" ; la Guerre Civile syrienne a fait à ce jour, selon les bilans tenus par notre correspondant à Beyrouth Michaël Béhé, plus de 300 000 morts et sept fois plus de blessés et d’invalides permanents.

 

Pour répondre favorablement à une condition iranienne secrète énoncée durant les négociations sur l’atome, le Département d’Etat est en train de constituer une délégation qui devrait se rendre dans la capitale syrienne pour "discuter" avec Bachar al Assad. John Kerry a déjà averti que des contacts avec le régime de Damas étaient "inévitables" ; quant à al Assad, il a posé des conditions supplémentaires à l’accueil des ambassadeurs U.S.

 

L’armada yankee en Syrie et en Irak, envoyée pour combattre les extrémistes armés, n’a jamais ouvert le feu contre les miliciens du Hezbollah libanais, les soldats iraniens ou contre les forces du régime alaouite. Ce, malgré que ces combattants affrontent régulièrement leurs ennemis de l’Armée Syrienne Libre, officiellement alliée des Occidentaux (entraînée et armée par eux, notamment en Jordanie), et pas uniquement les organisations djihadistes DAESH et al Nosra.

 

Dans le Golan, à 22 kilomètres de la rédaction, ce sont les Pasdaran – les Gardiens de la Révolution khomeyniste - qui ont pris la tête des opérations contre les islamistes d’al Qaeda-al Nosra et l’Armée Syrienne Libre. Laquelle a félicité Binyamin Netanyahu pour sa victoire et remercié l’Etat d’Israël pour les soins qu’il porte à ses blessés ainsi qu’à la population du haut plateau. 

 

Pendant ce temps, très loin de là, à Washington, devant le Sénat, James Clapper, le directeur des services de renseignement des Etats-Unis, la National Intelligence, a présenté son Estimation Annuelle de Sécurité. Contrairement aux années précédentes, l’Iran et le Hezbollah ont été retirés de la liste des entités terroristes menaçant les intérêts américains.

 

On lit au contraire dans ce rapport qui n’est pas secret, que Téhéran apporte son concours afin d’empêcher que le Califat islamique ne s’empare de nouveaux territoires en Irak ; on y trouve également ce commentaire pour le moins remarquable : La République Islamique "a l’intention de réduire le sectarisme, de construire des alliances responsables, et d’atténuer les tensions avec l’Arabie Saoudite".

 

La Ména a récemment montré des images et des vidéos de miliciens du Hezbollah juchés sur des chars U.S flambant neufs, en train de monter au combat, en Syrie, contre des opposants au régime. Le gouvernement américain n’a fourni aucune explication sensée quant à l’origine de ces armes.

 

Le prince saoudien al Walid Ben Talal Ben Abdel Aziz, dans une interview accordée à la chaîne américaine Bloomberg, a déclaré : "Les dirigeants d’Israël et d’Arabie Saoudite s’inquiètent du fait qu’Obama prend de plus en plus le parti de l’Iran. L’Iran va profiter de ses négociations avec les grandes puissances pour obtenir une levée partielle des sanctions sans qu’il ne s’engage à mettre un terme à son programme nucléaire".

 

Il a précisé : "L’Arabie saoudite, les Arabes et les musulmans sunnites approuvent une attaque israélienne contre l’Iran pour détruire son programme nucléaire. Les sunnites appuieraient une telle attaque, car ils sont hostiles aux chiites et à l’Iran".

 

Reuters a diffusé des extraits du brouillon d’accord négocié entre Kerry et Zarif. Il mentionne, entre autres mesures, le maintien en activité quotidienne de 6 000 centrifugeuses durant dix ans. Or la théocratie chiite n’a aucun autre débouché pour ces tonnes d’uranium enrichi que des applications militaires, puisqu’elle reçoit des Russes tout le combustible nécessaire à son unique réacteur nucléaire civil à Bushehr.

 

Au vu de ce qui précède, et qui est uniquement tiré d’informations du domaine public, il apparaît que : 1. L’Administration Obama n’a pas attendu la signature du traité avec Téhéran pour agir comme s’il existait déjà. 2. La Maison Blanche a amorcé un double changement d’alliances en faveur de la "République Islamique", aux dépens à la fois de Jérusalem et des Arabes sunnites (largement majoritaires au sein de l’islam). 3. Nombre des actions concrètes entreprises par l’Administration sont objectivement incompatibles avec les intérêts essentiels de l’Amérique, voire incompréhensibles.

 

On observe également que la nature du régime khomeyniste et ses exactions permanentes contre les droits fondamentaux des personnes n’ont aucune influence sur la décision du Président Obama de se rapprocher de Téhéran et de laisser intacte sa capacité de production de composants nucléaires, ce, tout en acceptant de lever l’entièreté des sanctions qui le frappent. [Et non partiellement, comme le croit le prince saoudien. NdA.].

 

Cette réflexion nous est inspirée par le rapport récemment dévoilé à Oslo par l’ONG française "Ensemble Contre la Peine de Mort", qui informe que 753 personnes ont été exécutées en 2014 en Iran, ce qui correspond à une augmentation des mises à mort de 10 % par les ayatollahs relativement à l’année précédente.

 

Depuis l’entrée en fonction du partenaire de négociations de la Maison Blanche, Hassan Rohani, décrit à Washington comme un "président plus libéral", le nombre des exécutions a sensiblement augmenté ; il était de 827 durant les 18 mois précédant son élection, contre 1 193 depuis icelle durant une période équivalente.

 

Mahmoud Amiry-Moghaddam, le directeur d’Iran Human Rights, a tenu à préciser que "le but de ces exécutions n’est pas de combattre le crime mais de semer la terreur parmi la population".

 

Simultanément à ces évènements exceptionnels, le Secrétaire de la Maison Blanche chargé des relations avec la presse, Josh Ernest, imité en cela par plusieurs autres officiels étasuniens s’exprimant sous le couvert de l’anonymat, a fait savoir que, "suite aux déclarations effectuées par le 1er ministre Netanyahu [durant la campagne électorale. Ndlr.], les Etats-Unis vont procéder à la révision de leur position [à l’égard d’Israël. Ndlr.] et vont décider de leur future orientation dans cette situation".

 

En plus de son intervention devant le Congrès, le 3 mars dernier, l’Administration reproche à M. Netanyahu les trois initiatives suivantes :

 

1. D’avoir utilisé la fausse information selon laquelle la partie arabe de l’électorat israélien "se rendait aux urnes en masse" afin d’inciter les citoyens israélites, en suscitant la peur, à accomplir leur devoir électoral et à soutenir sa candidature.

 

2. De développer pesamment l’implantation de Har Khoma afin d’empêcher l’extension de la ville de Bethlehem en direction de Jérusalem. Un officiel du gouvernement U.S a déclaré à ce propos que le 1er ministre "confirmait que la politique des implantations constituait un moyen en vue de saper l’établissement d’un Etat palestinien". Le même intervenant précisant qu’ "en continuant l’expansion des implantations, il sabotait intentionnellement les négociations de paix conduites par John Kerry".

 

3. D’avoir annoncé, juste avant les élections, qu’ "il ne permettrait pas [l’établissement] d’un Etat palestinien". Depuis, M. Netanyahu a tenté d’atténuer cette assertion en se déclarant toujours "favorable à la solution des deux Etats mais uniquement lorsque la situation le permettra".

 

A la Maison Blanche, on juge cette finasserie rhétorique "risible", n’ayant jamais cru le 1er ministre lorsqu’il s’affirmait favorable à cette hypothèse.

 

Barack Obama est principalement irrité par cet incident ; on souligne autour de lui qu’il s’est impliqué personnellement, tout comme John Kerry, notamment auprès de plusieurs chefs d’Etats, afin de bloquer les manœuvres de l’Autorité Palestinienne à l’ONU, en soutenant sans cesse que seules des négociations bilatérales directes entre les parties pouvaient conduire à la paix.

 

Dans le même cercle, on se demande en quoi consiste le choix de Binyamin Netanyahu pour résoudre le différend d’Israël avec les Palestiniens. On craint ouvertement une dislocation de l’AP, qui ne disposerait plus de cash pour se maintenir, surtout après la décision du gouvernement israélien de cesser de lui transférer le produit des taxes qu’il collecte à sa place. On se dit, à Washington, que dans sa politique au jour le jour, subissant l’influence de partis encore plus radicaux que le sien, le vainqueur des dernières élections pourrait favoriser la disparition de l’Autorité, même au prix de devoir envoyer Tsahal reprendre le contrôle de chaque village de Cisjordanie.

 

C’est le renoncement à la solution à deux Etats par le chef de l’exécutif de Jérusalem qui pousse surtout M. Obama et son équipe à considérer une révision de leur politique à l’égard de l’Etat hébreu, évitant cependant d’en parler officiellement jusqu’à la désignation des formations qui adhéreront à la nouvelle coalition gouvernementale et à la distribution des portefeuilles.

 

Dans un premier temps, Barack Obama pourrait décider de se désengager personnellement de la gestion des relations avec Jérusalem, "n’ayant pas de temps à perdre avec des politiques qui ne mènent nulle part ou seulement à une recrudescence de la violence généralisée", comme nous l’a confié directement un membre de l’Administration.

 

M. Obama pourrait même dessaisir le Secrétaire d’Etat John Kerry de ce fardeau, persuadé que "M. Netanyahu le hait et qu’il le prend pour un crétin", selon la même source. La gestion régulière des relations entre les deux pays serait confiée à John Biden, le vice-président, qui conserve des rapports corrects avec le leader du Likoud.

 

Le pensionnaire de la White House ne répondrait plus aux appels téléphoniques du 1er ministre, ce qui, en cas de crise grave ou de conflit, pourrait s’avérer hautement dommageable aux intérêts d’Israël.

 

Les officiels américains qui propagent ces messages soulignent tous que Washington poursuivrait la coopération militaire avec les Hébreux, par l’intermédiaire des hauts fonctionnaires du Département de la Défense (mais dans quelle atmosphère et dans quelles proportions ?), et qu’il ne soutiendra pas les efforts de M. Abbas auprès de la Cour Pénale Internationale, ne souhaitant pas la délégitimation d’Israël.

 

En revanche, l’Administration ne s’opposerait plus, en tout cas pas automatiquement, sans contreparties de la part de Jérusalem, à des résolutions condamnant l’extension des implantations à laquelle elle s’était toujours opposée.

 

Une autre option, bien plus préjudiciable pour les Israéliens, que l’on envisage autour du président, est celle constituée par la non utilisation du veto américain au Conseil de Sécurité lorsque, sous l’impulsion de la France, on soumettra au Conseil un projet de résolution voulant imposer aux adversaires les conditions d’une solution définitive au différend, sur la base des deux Etats.

 

Cette initiative, en gestations chez les Européens, exigerait des Hébreux un retrait territorial et la redivision de Jérusalem, laissant dans le flou la question du retour des réfugiés, les aspects sécuritaires, et les autres contre-engagements palestiniens.

 

Le texte, à l’instar de celui qui a été adopté à l’Assemblée Nationale française, préconiserait un retour à la ligne de démarcation de 1967, incluant des échanges hypothétiques de territoires mais uniquement avec l’aval des seuls Palestiniens.

 

Les Européens pourraient même proposer à Manhattan un mécanisme de pénalisation-punition-sanction à l’encontre du parti ne respectant pas les injonctions du Conseil de Sécurité.

 

Petite parenthèse, elle concerne la France : la Ména est au courant de consultations et de diverses évaluations émises par des institutions et des personnalités israélites françaises et israéliennes ; au cas où Paris parviendrait à faire soumettre une proposition de résolution dans ces termes à l’ONU, et plus encore si elle passait la rampe, il est à prévoir un exode massif des Juifs français et un durcissement sans précédent des relations entre ce pays et le judaïsme. L’un des dirigeants principaux de la communauté mosaïque de l’Hexagone nous a "prévenus", lors d’une récente visite à Métula, qu’ "une telle activité mettrait en danger l’existence même de l’Etat d’Israël et que l’écrasante majorité des Israélites de France, toutes sensibilités confondues, ne l’accepterait jamais et réagirait en conséquence. J’ignore d’où vous tenez vos informations quant à cette activité diplomatique de nos gouvernants et si elle est exacte", nous a confié le leader communautaire, "mais si c’était le cas, elle égalerait en infamie les lois raciales de Vichy. De la part de personnes comme le président et Manuel Valls, qui n’ont de cesse de se proclamer amis d’Israël", a précisé notre interlocuteur, "ce serait pire que tous les actes antisémites que notre pays a subis depuis l’Affaire Dreyfus".

 

Voilà qui s’annonce… animé pour les mois à venir. Quant aux USA, ils n’auraient pas même besoin de se mouiller en se mêlant à la rédaction de la résolution, il leur suffirait de s’abstenir durant le vote, ou même de s’y opposer sans faire jouer leur veto. Et Binyamin Netanyahu serait payé de retour pour l’arrogance qui fut la sienne en venant critiquer la politique d’Obama au Congrès, sous les fenêtres du président. Mais les autres Israéliens seraient également punis, même ceux qui ne partagent pas la ligne sinueuse suivie par leur 1er ministre.

 

Barack Obama s’exposerait aussi à une tempête à Washington et à une guerre ouverte au Congrès jusqu’au dernier jour de son mandat ; c’est la raison pour laquelle on doit parler ici d’une option et non d’une décision, de la part de l’Administration et de son chef.

 

Mais attention, fait remarquer Haaretz, qui a recueilli le commentaire d’un observateur washingtonien avisé de la politique américaine ! Ce dernier note que, jusqu’à récemment, il existait deux ailes parmi les conseillers de la Maison Blanche au sujet de la dispute israélo-palestinienne : celle proche du président, traditionnellement anti-Bibi, constituée par des gens comme Ben Rhodes, Dennis McDonough et Susan Rice, que contrebalançaient des amis d’Israël, tels Tom Donilon et Dennis Ross. Ces derniers s’activant afin que les désaccords entre Washington et Jérusalem ne dégénèrent pas en éruption volcanique. "Maintenant que Donilon et Ross sont partis, commente l’observateur, vous pilotez un avion sur une seule aile".

 

La première partie de cet article suggère que le Président Obama a fait certains choix stratégiques péremptoires au sujet du Moyen-Orient, et que ceux-ci sont intervenus avant la réélection de M. Netanyahu, ses remarques douteuses, et même avant qu’il ne décide de venir s’adresser au Congrès.

 

Le commentaire que cela inspirerait est : Quand on veut tuer son chat on dit qu’il a la gale. Reste que Barack Obama est président des Etats-Unis d’Amérique et que l’Etat d’Israël est largement tributaire de son bon vouloir, particulièrement dans les domaines diplomatique et de l’assistance militaire.

 

C’est une faute politique, peut-être un grave égarement stratégique, de l’oublier un seul instant ; le contenu de cet article démontrant que la situation de l’Etat hébreu n’a pas été aussi délicate depuis fort longtemps et que certaines décisions prises par Binyamin Netanyahu étaient tout sauf absolument nécessaires, comme celles de proclamer aussi souvent la construction de logements dans les implantations, de snober les discussions avec Abbas qui n’est pas un monstre – Salam Fayyad, moins encore avant lui -, ou celle d’affirmer à tous les chefs d’Etat de la planète qu’on est en faveur de la solution à deux Etats, tandis que, dans les actes, ont fait précisément montre du contraire.

 

Le manque de réalisme dangereux, dans un papier précédent j’avais parlé d’amateurisme, de la politique obamienne à l’égard de l’Iran ne fait pas de doute, et je ne dispose même pas d’éléments me permettant de motiver ou d’expliquer cette option. Elle ne justifie cependant pas les prises de risques intempestives et le populisme de Netanyahu, ni son manque criant d’objectifs stratégiques.


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Netanyahu et les somnambules (info # 012203/15) Version imprimable
Analyse
dimanche, 22 mars 2015

 

Par Guy Millière

 

Hermann Broch fait paraître en 1931, à Munich, le premier volume de son roman Les somnambules. Il y analyse la dissolution des valeurs de son pays, l’Autriche, avant la Première Guerre Mondiale, la cécité qui en a résulté, et le désastre qui a suivi. Il est clair qu’il évoque, en filigrane, un autre désastre en gestation.

 

L’époque où nous vivons est très différente sous de nombreux aspects, mais elle est marquée, elle aussi, par un somnambulisme préoccupant. C’est dans tout le monde occidental que s’opère présentement une dissolution des valeurs. Et c’est dans tout le monde occidental que s’installe une cécité. Nous n’en sommes pas encore au désastre, mais le désastre peut survenir.

 

Au sein de l’Europe, des analyses très parcellaires circulent concernant une « crise économique » touchant le continent, mais quasiment aucune analyse d’ensemble ne circule venant expliquer que la « crise » est une crise politique, culturelle, démographique, tout autant qu’une crise économique.

 

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Winston Churchill

"Vous avez voulu éviter la guerre au prix du déshonneur.

Vous avez le déshonneur et vous aurez la guerre"

 

Aucune lecture du monde ne s’opère prenant en compte des repères essentiels tels que la différence entre démocratie et dictature, entre liberté et oppression. D’étranges et tortueux discours teintés d’un apaisement suicidaire hantent l’atmosphère, suggérant que l’Iran des mollahs n’est pas si dangereux, ou que le pays juif est la cause essentielle de la rage musulmane.

 

Aux Etats Unis, des discours plus lucides peuvent se tenir. La dissolution des valeurs n’est pas encore aussi intense qu’en Europe. Mais la cécité a beaucoup gagné de terrain, puisqu’elle a permis l’installation à la Maison Blanche d’un homme qui a pour unique profession, depuis sa jeunesse, la dissolution des valeurs et l’installation de la cécité ; ce qui, bien sûr, fait qu’il est tenu en haute estime en Europe, quitte à démentir le proverbe, "il faudrait dire qu’au royaume des aveugles, le roi des aveugles est, logiquement, roi".

 

A côté des discours plus lucides qu’on entend aux Etats-Unis, des discours se multiplient, porteurs d’analyses aussi parcellaires que ceux qui circulent en Europe, et qui semblent avoir pour but d’entraîner les Etats Unis vers les engrenages qui broient actuellement l’Europe. Des discours porteurs d’un effacement des repères, alors que d’autres disent ce qui se dit en Europe concernant l’Iran, le pays juif et la rage musulmane.

 

Dans un pareil contexte (assez effroyable et assez inquiétant, car il peut conduire au désastre), il est des femmes et des hommes qui savent se dresser au-dessus de l’époque, pour dire ce qui doit l’être. Quand ils sont écrivains, ou intellectuels, ils analysent, ils énoncent, et laissent leurs analyses et leurs énoncés comme les signes que tout, en leur époque, n’était pas que cécité.

 

Quand ils sont dans la politique, ils peuvent tenter de faire davantage. Winston Churchill, au vingtième siècle, a tenté de faire davantage, et, dans les années 1940, face à la dissolution des valeurs et à la cécité de son temps, il a dit et fait ce qui devait l’être. Il n’a pas toujours été écouté : il avait prévenu des intentions d’Hitler avant qu’elles prennent, abominablement, forme. Et il avait prévenu des intentions de Staline bien avant que celles-ci se concrétisent. Il a, parfois, pu éviter le pire. Nombre de Britanniques lui ont tardivement (parfois trop tardivement) rendu hommage.

 

J’ai, dans d’autres articles, placé Binyamin Netanyahou à la hauteur de Winston Churchill. Je persiste et je signe : Binyamin Netanyahou perçoit la dissolution des valeurs qui règnent en Europe et qui gagnent aux Etats Unis. Il rappelle, face à cette dissolution, ce qui doit l’être. Il discerne la cécité hégémonique en Europe et installée à la Maison Blanche, et il rappelle, là encore, ce qui doit l’être.

 

Il défend et incarne la sécurité d’Israël dans un contexte très difficile et très délétère.

 

Il a, en prenant tous les risques, car il n’a cessé de savoir l’hostilité de l’occupant de la Maison Blanche, rappelé pourquoi l’Iran des mollahs est dangereux. Non pas seulement pour Israël, mais pour le monde.

 

Il a désigné la rage musulmane comme la pathologie majeure de ce temps et expliqué que non, le pays juif n’en est pas la cause essentielle.

 

En parlant comme il l’a fait en France, en janvier, après l’attaque djihadiste au magasin Hyper Cacher, il ne fait aucun doute qu’il percevait la nature des engrenages qui étaient en marche.

 

Il a dit, et dit encore, ce qui doit l’être. Il a fait, et fait encore, ce qui est en son pouvoir. Il a prévenu, et prévient, avant que le pire prenne forme. Il a tenté, et tente de contribuer à éviter le pire.

 

Nombre d’Européens le détestent tout autant que l’occupant de la Maison Blanche le déteste, mais être détesté par certaines personnes est un honneur.

 

Nombre d’Israéliens l’ont beaucoup critiqué, voire traîné dans la boue, avant que le peuple d’Israël, dans un élan de lucidité digne d’éloges, lui donne, aux élections du 17 mars dernier, une victoire essentielle pour le futur d’Israël et celui du monde.

 

Nombre d’Israéliens lui rendent hommage dès aujourd’hui. Des Israéliens en plus grand nombre encore lui rendront hommage plus tard, lorsque d’épiphénoménales médiocrités auront rejoint le néant qu’elles n’auraient jamais dû quitter.

 

Je pense utile de lui rendre hommage dès aujourd’hui et de rappeler ce qui doit l’être.

 

Il reste à Binyamin Netanyahou à former un gouvernement, puis à gouverner Israël encore, dans une période très difficile.

 

Il sera à la tête d’Israël quand Obama quittera la Maison Blanche.

 

Il sera dans l’histoire d’Israël et dans l’histoire du monde quand d’autres auront quitté l’histoire du monde par la porte de service.


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Netanyahu, par knock-out (info # 011703/15) Version imprimable
Analyse
mercredi, 18 mars 2015

 

Par Etienne Duranier

 

Israël s’est réveillé ce matin en découvrant un véritable triomphe de Binyamin Netanyahu à l’issue des élections générales d’hier. A la tête de son parti, le Likoud, il a remporté 30 des 120 sièges de la Knesset alors que la totalité des suffrages ont été dépouillés. Son principal concurrent, le travailliste Bouji Herzog, qui, jusqu’aux premières heures du matin prétendait pouvoir former un gouvernement, doit se contenter d’un maigre 18.73 pour cent des voix, soit 24 mandats.

 

Dans ces conditions, il ne fait aucun doute que l’actuel 1er ministre va pouvoir réunir une coalition à sa main, basée exclusivement, comme il l’a déjà annoncé, sur une alliance avec les formations du "camp national", à savoir les partis de droite et d’extrême droite ainsi que les religieux ultra-orthodoxes séfarades et ashkénazes.

 

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King Bibi

Rancunier ?

 

Nous allons revenir sur les perspectives ouvertes par cette victoire, mais il nous faut préalablement commenter un véritable scandale, qui a placé toute les discussions post-électorales de mardi soir sous une lumière de ridicule, confinant les commentaires des chefs de partis et des analystes dans un registre qui les fait passer, ce mercredi, pour des gens peu sérieux.

 

Comme en 1996, lorsque Shimon Peres, alors candidat des travaillistes, était allé se coucher en étant convaincu qu’il allait devenir 1er ministre, pour se réveiller, le lendemain matin, battu par le même Netanyahu, les instituts de sondage ont à nouveau tous faussé la discussion en publiant des estimations fantasques.

 

Baste pour les enquêtes d’opinion réalisées avant le scrutin, qui attribuaient entre 20 et 22 sièges au Likoud - alors qu’il en a recueilli un tiers de plus – et avertissaient de la victoire du tandem Herzog-Livni avec un écart de deux à quatre mandats, même si leurs prévisions se trouvaient à des lieues de la marge d’erreur de trois points, habituellement concédée aux instituts de sondage.

 

A 22 heures, à la fermeture des bureaux de vote, se basant non plus sur des enquêtes d’opinion mais sur un échantillonnage des résultats du vote, deux des trois organismes donnaient, sur la chaîne publique et sur La 10, Bibi et Bouji à égalité avec 27 sièges chacun, tandis que Mina Tzemach, à peine plus heureuse, augurait, sur La 2, un succès du Likoud sur le score de 28 à 27.

 

Or, au niveau de l’échantillonnage, on est censé donner les résultats réels, généralement à un point près. On était cependant très loin du compte, ce qui ouvrit la voie aux ténors de l’ "Union Sioniste" – qui revendiquèrent la victoire et formèrent déjà une équipe de négociateurs pour rallier les autres partis -, de leurs alliés potentiels, Yaïr Lapid (Yesh Atid, il y a un avenir), Moshé Kakhlon (Koulanou, nous tous), Avigdor Lieberman (Israël Beiténou, Israël notre maison), ainsi qu’à la plupart des observateurs professionnels, pour entrevoir un gouvernement sans Bibi.

 

C’était burlesque, la soirée de mardi, jusqu’aux petites heures de la nuit, fut le théâtre, sur toutes les chaînes TV et toutes les stations de radios, d’un seul et même débat sur le thème : qui du Likoud ou des travaillistes, arrivés ex aequo, allait constituer le prochain exécutif.

 

Le président de l’Etat, Rubi Rivlin, était le premier à tomber dans le panneau, invitant, devant la situation de pat, Netanyahu et Herzog à former un gouvernement d’union nationale.

 

A 22 heures, l’heure des estimations, le scandale courait déjà depuis plusieurs heures. Les instituts de sondages, en effet, avait réalisé leurs évaluations réelles dès 18h 30 et les avaient évidemment communiquées aux appareils des grands partis. Or ces appréciations confirmaient, sur la base du double vote à la sortie des urnes officielles, la victoire travailliste sur un écart à confirmer, qui variait de 1 à 4 points.

 

Soupe à la grimace au Likoud, où on se montrait presque résigné et où on cherchait des prétextes, répétant à l’envi que des éléments et des fonds venus de l’étranger avaient pipé le processus démocratique. Un ministre confiait même, autour de 20h, à notre rédacteur en chef : "Bien évidemment Bouji va se déclarer vainqueur mais nous aussi, quel que soit le résultat, nous revendiquerons la victoire".

 

Au siège des travaillistes, on affichait des mines réjouies, les scouts des mouvements de jeunesse dansaient et chantaient en criant "maapakh" (renversement), et les chefs ne les contredisaient pas, nous parlant ouvertement des "tractations qui avaient déjà débuté en coulisses pour former la prochaine équipe de gouvernance".

 

Les choses ne changèrent qu’à vingt minutes de la publication des "résultats" par les media, lorsque les Q.G des partis furent informés que le Likoud et l’Avoda (travail, parti du travail, travaillistes) étaient au coude-à-coude. Dans les rangs du parti de droite on reprenait des couleurs, tandis qu’à gauche, on se disait que cela allait être plus difficile que prévu.

 

Je comprends ce mercredi matin la raison pour laquelle Stéphane Juffa, intervenant dès 22 heures sur de nombreuses radios, répéta une bonne cinquantaine de fois qu’ "il était urgent d’attendre, qu’il ne s’agissait que de résultats temporaires", suscitant parfois l’irritation des interviewers et des membres des panels, tous occupés à faire des calculs pour voir qui avait les meilleures chances de former une coalition.

 

A minuit, Juffa nous prit de court lorsqu’il déclara : "on bâche, on va tous dormir, je ne la sens pas, on publiera notre synthèse demain, les bulletins ne vont pas s’envoler".

 

Ce matin, Bouji appela Bibi au téléphone pour reconnaître sa défaite et souhaiter bonne chance au prochain 1er ministre d’Israël. Les instituts de sondage avaient encaissé des millions d’euros pendant les deux mois précédant les élections ; comme lors de toutes les dernières consultations, ils avaient lamentablement échoué dans leur tâche. Et ce qui est encore bien plus grave, c’est qu’ils ont diffusé quasiment les mêmes mensonges durant cette période, à deux points près, ce qui ne démontre pas la fragilité de leurs hypothétiques méthodes de travail, à la limite de l’escroquerie, mais qu’ils se sont copiés les uns les autres dans leurs estimations au pif, qui leur valent aujourd’hui un zéro pointé.

 

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Mous, sans programme et pas au niveau de la concurrence

 

Malheureusement, comme nous l’avions déjà écrit lors d’occasions précédentes, ces déboires seront vite oubliés et les partis, ainsi que des gouvernements étrangers, continueront à avoir recours à leurs services la prochaine fois.

 

Quant à la victoire de Netanyahu, c’est celle d’un animal politique, un "magicien" comme disent ses partisans. Inactif deux mois durant, convaincu, après avoir lui-même convoqué ces élections anticipées, que son intervention devant le Congrès suffirait à persuader ses concitoyens de voter pour lui, refusant de débattre et d’apparaître sur les écrans de télévision. Puis, pris de panique, à la moitié de la semaine dernière, quand tous ses conseillers lui prédirent la débâcle, il se rua sur les media, les assiégeant cinq jours durant pour lancer son offensive de la dernière chance.

 

Alors qu’au sein même du Likoud on murmurait déjà dans son dos en préparant la relève qui s’imposerait après la "défaite", lui assénait des coups dans toutes les directions ; mettant décisivement le cap à droite toutes, il prévenait, au risque de contredire ce qu’il avait dix fois affirmé auparavant et de se mettre à dos l’ensemble des chancelleries occidentales, qu’il n’y aurait pas d’Etat palestinien. Il rameuta les électeurs de droite comme s’il les mobilisait pour aller à la guerre, se disputant avec les journalistes et même avec le comité de surveillance des élections. Au bord de l’hystérie, il affirmait que tous, aussi bien à l’étranger qu’en Israël, s’étaient ligués pour le faire trébucher.

 

Le jour même du vote, il joua à fond sur le retard que prédisaient les sondages, implorant les électeurs de sauver le pays en l’arrachant des griffes de l’incompétent Bouji et de la gauchiste Tsipi - qu’il avait cependant choisie jusqu’en décembre dernier pour pourvoir le poste de ministre de la Justice et occuper un siège dans le cabinet restreint politico-sécuritaire -, et qui s’apprêtaient à solder Israël aux Arabes, menaçant ainsi sa sécurité.

 

Hier matin, Bibi vociférait encore, prétendant que des volontaires étrangers embarquaient les Arabes israéliens par autobus entiers – ce qui était factuellement faux et presque raciste, s’agissant de citoyens à part entière de l’Etat d’Israël – et qu’il fallait voter pour lui pour déjouer le complot.

 

Cela manquait cruellement de nuance, ce fut terriblement populiste et même très inélégant quant au fond, mais c’était soutenu par une énergie incroyable, qui a bluffé jusqu’à ses adversaires et les confrères journalistes qu’il a laissés sans voix, comme débordés sous un bibi-tsunami.

 

Pour parvenir à ses fins, Netanyahu a ratiboisé les autres partis de droite, ne leur laissant que les yeux pour pleurer. Voyez plutôt les résultats des partenaires de sa coalition précédente : Bennett perd 4 sièges et n’en conserve que 8, Lapid égare 8 sièges pour n’en garder que 11, et Lieberman atteint tout juste le quorum qu’il avait lui-même imposé, restant avec 6 sièges alors qu’il en détenait 13 la semaine dernière.

 

La fronde c’était eux, eux qui mettaient en doute sa prévalence, eux qui avaient rendu le cabinet presqu’ingouvernable à force de le critiquer et d’œuvrer à son éviction. Eux, aussi, qui ne supportaient plus de ne pas être consultés lorsque Bibi prenait seul des décisions qui les concernaient en tant que ministres. C’est pour mettre fin à ces mazarinades que Netanyahu avait convoqué des élections anticipées, pour établir clairement qui est le numéro 1 et se donner une majorité de gouvernance.

 

A moins d’accepter de passer par le purgatoire qu’est l’opposition, ils vont devoir revenir, mais à quatre pattes, comme les conjurés écrasés qu’ils sont. Yvette Lieberman va devoir ré-adresser la parole à Netanyahu s’il entend recevoir un portefeuille. Il visait celui de la Défense – ce qui nous faisait craindre une IIIème, une IVème voire une Vème guerre mondiale -, il devra se contenter de ramasser les miettes, lui qui se voyait déjà dans le costume d’un prochain premier ministre.

 

Car Netanyahu dispose des alliés potentiels nécessaires à former une coalition qui pourrait compter jusqu’à 78 députés au terme d’une addition rendue facile par son triomphe. Dans ces conditions, il peut choisir, il n’est pas en position de demandeur et pourrait bien former une alliance qui tiendrait quatre ans.

 

Cela fait longtemps que cela n’était plus arrivé et le public s’était accoutumé à des élections anticipées tous les un ou deux ans. Il se dit aussi, au Likoud, que ce mandat sera le dernier que Bibi briguera, ce qui lui permettrait de réaliser pleinement sa politique, un peu comme un président US réélu et disposant de la majorité automatique au Congrès.

 

Reste à savoir quelle politique il mettra en place, et notamment à quoi vont servir Mahmoud Abbas et l’Autorité Palestinienne, maintenant qu’il n’a plus rien à négocier avec eux et, qu’enfin, cela se sait.


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Avec ou sans Bibi (info # 011603/15) Version imprimable
Analyse
lundi, 16 mars 2015

 

Par Stéphane Juffa

 

Ce lundi, John Kerry et Mohammad Zarif se rencontrent à l’hôtel Beau Rivage à Lausanne afin, à en croire le ministre perse des Affaires Etrangères, de "régler certains détails" de l’accord portant sur le nucléaire iranien.

 

Une réunion entre les deux hommes était déjà prévue hier soir mais elle a été reportée car les équipes de négociateurs planchaient encore sur certains différends.

 

Il semble toutefois, qu’à moins d’une surprise de dernière minute, nous nous dirigeons vers une entente entre les 5+1 et la "République" Islamique. Si le programme est respecté, Zarif se rendra ce soir encore à Bruxelles afin d’exposer les termes de l’agrément aux représentants des cinq autres Etats qui sont parties prenantes des négociations.

 

Il devrait revenir mardi en Suisse pour parafer un mémorandum avec Kerry, définissant les lignes directrices du contrat et fixant au 30 juin la date butoir pour la rédaction du texte définitif. Dans l’entretemps, les membres permanents du Conseil de Sécurité plus l’Allemagne sont censés modifier les dispositions légales existantes à l’ONU afin de permettre une levée des sanctions frappant Téhéran. Levée qui devrait commencer avec la signature du document définitif au plus tard le 1er juillet.

 

Les discussions ont déjà débuté dans ce sens entre les 5+1 et l’Iran, comme l’a confirmé un officiel de l’Administration Obama. Il est notoire que ces échanges ont lieu dans un endroit discret et non dans le bâtiment de l’ONU à New York, comme à l’accoutumée en semblables circonstances.

 

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Deux potes en goguette sur le pont de l’Ile à Genève

 

La recherche de discrétion s’explique par le fait que ces manœuvres diplomatiques se déroulent sur fond d’épreuve de force entre le gouvernement U.S et son Congrès. Ce dernier est particulièrement inquiet des propos tenus par John Kerry à la chaîne CBS à partir de l’Egypte, où il se trouvait la semaine dernière pour tenter de convaincre les principaux pays arabes du bien-fondé des discussions avec l’Iran.

 

Le Secrétaire d’Etat avait en effet déclaré devant les caméras, faisant montre d’impatience : "Si le programme nucléaire iranien est pacifique, allons-y, finissons-en !".

 

Le spécialiste de la Ména en matière d’armement, Jean Tsadik, l’un des plus fins connaisseurs du dossier nucléaire iranien, a également rebondi sur cette déclaration, "affirmant que M. Kerry était probablement le seul diplomate occidental à ne pas être convaincu que l’Iran tente de fabriquer la bombe atomique". 

 

Tsadik fait ainsi écho aux propos exprimés dimanche par le chef de file des Républicains au Sénat, Mitch Mc Connell : "Apparemment, l'Administration est sur le point de conclure un très mauvais accord avec l'un des pires régimes du monde, et qui leur permettrait de garder leur infrastructure nucléaire".

 

Entre le Congrès à majorité Républicaine dans les deux chambres et la Maison Blanche, l’affrontement est total. Les tentatives forcenées de l’Administration pour faire passer une résolution au Conseil de Sécurité permettant de lever les sanctions et d’endosser un hypothétique accord sont perçues, sur la colline du Capitole, comme une démarche visant à engager l’Amérique au plan international. Ce qui empêcherait le Congrès – il y a polémique sur le sujet - de rejeter l’accord en vue et d’interdire au Président Obama de procéder à sa réalisation.

 

John Kerry a pourtant affirmé, mercredi dernier devant le même Congrès, dans le but de le tranquilliser, que l’accord ne serait pas "légalement contraignant", laissant supposer que les législateurs US conserveraient la prérogative de l’accepter ou de le repousser.

 

Mais un diplomate occidental a immédiatement réagi à ces propos en déclarant qu’une résolution du Conseil de Sécurité reconnaissant un traité avec Téhéran serait probablement contraignante pour les Etats-Unis. Ce qui explique sans doute le commentaire d’un autre membre de l’Administration – tous les officiels US s’exprimant sur ce sujet le font sous le couvert de l’anonymat -, assurant que "s’il y a entente avec l’Iran (…) nous allons vouloir agir rapidement sur la question des sanctions".

 

Nous, de noter que Binyamin Netanyahu est entièrement absorbé par les élections de demain en Israël, à la veille desquelles il se trouve en situation délicate, et qu’il ne participe pas à ces joutes.

 

Nous observons également que l’Administration fait, pour le moment au moins, cavalier seul, conduisant seule, par exemple, les discussions avec Zarif. Cette docilité doublée de discrétion est notamment étonnante de la part de la Chine et de la Russie de Poutine.

 

De plus, les associés de Washington participent aussi à la rédaction de la nouvelle résolution du Conseil de Sécurité sans avoir connaissance du texte définitif du mémorandum, ne serait-ce que pour la suffisante raison que celui-ci n’existe pas encore.

 

On se demande, à Métula, quel est le rationnel qui pousse les Européens, en particulier les Allemands, les Anglais et les Français, à s’associer aveuglément à la course contre la montre engagée par Barack Obama pour signer, presque à tout prix, un traité qui laisserait intacte la capacité de Téhéran d’enrichir de l’uranium et l’autoriserait même à relancer sa production de la Bombe, dans un délai de dix à douze ans.

 

Pendant que Barack Obama se préparerait à se rendre à Genève – c’est la rumeur qui court ce matin dans les couloirs de l’ONU dans la cité de Calvin – pour signer le protocole d’entente, probablement avec Rohani, avant le 20 courant, nous avons posé la question à nos amis diplomates œuvrant dans diverses délégations de pays européens. Aucun d’entre eux ne nous a proposé de réponse satisfaisante ; j’ai entendu, lors de ces conversations, parler de "l’existence d’une dynamique positive", et du souci de "ne pas mettre les bâtons dans les roues d’Obama", mais les raisonnements qui m’ont le plus convaincu, encore que ma conviction n’était que relative, sont que "l’accord en vue est meilleur que la situation actuelle ou que pas d’accord du tout", qu’ "aucune autre mesure, même une intervention militaire, n’était à même de retarder mieux que l’accord l’échéance de l’Iran doté de la bombe atomique", et que, "de toutes façons, l’Occident n’est pas du tout enclin à déclencher une campagne militaire contre les ayatollahs".

 

Je rapporte les propos synthétisés de mes trois interlocuteurs mais mon interrogation quant à la passivité des Européens demeure intacte. Ainsi que ma curiosité.

 

C’est dans cette atmosphère pesante, enrobée de secrets, de malaises et nourrie de rumeurs, que quarante-sept des cinquante-quatre sénateurs Républicains ont adressé, il y a précisément une semaine, une lettre ouverte aux "leaders de la République Islamique", les avertissant que le Congrès sera en mesure de bloquer un accord s’il ne le juge pas satisfaisant.

 

M. Obama a réagi à cette initiative, affirmant que lesdits sénateurs faisaient "cause commune" avec les "radicaux iraniens également opposés aux négociations en cours". Cette réaction est elle aussi étonnante, personne n’ayant jamais observé que des opposants quels qu’ils soient à la ligne choisie par le guide suprême Ali Khamenei avaient droit au chapitre sous la théocratie iranienne. Dans ce diptyque choisi par le président américain, on devrait logiquement conclure que son gouvernement fait, quant à lui, cause commune avec Zarif et Khamenei.

 

Il ne s’agit nullement d’un bon mot de ma part, pas plus que d’une parenthèse humoristique, mais d’une vive inquiétude. Je me réjouis, pour l’exprimer, que M. Netanyahu soit momentanément hors-jeu, car j’ai eu plus que l’impression, durant les derniers mois, que des confrères, surtout des Démocrates américains et des journalistes français, avaient tendance à exempter la théocratie chiite de ses crimes simplement parce qu’elle est l’ennemie de l’actuel 1er ministre hébreu.

 

Bien des media tricolores ont ainsi disserté sur l’ "obsession" iranienne du chef de l’exécutif israélien, allant, sans états d’âme, jusqu’à mettre en doute l’existence du programme nucléaire militaire perse ou, à tout le moins, sa dangerosité. Je me suis même demandé si, dans leur esprit, je parle également de certaines prises de positions notamment d’éditorialistes du New York Times, ce n’était pas l’Iran mais Israël qui constituait, avec la Corée du Nord, l’un des systèmes les plus répressifs de la planète.

 

Comment ne pas se sentir outré, toutefois, en voyant Kerry et Zarif se promener comme deux vieux copains sur les quais du lac Léman ? Par quel tour de passe-passe serait-il possible d’oublier la répression, l’assassinat des homosexuels, des femmes, des poètes, des apostats, des curés et des opposants, que le régime dont Zarif et Rohani sont des pièces maîtresses, perpètre contre son propre peuple ?

 

Est-ce uniquement parce que Binyamin Netanyahu, l’Israélien, le Juif, n’a pas envie de voir un tel régime se doter de l’arme suprême ?

 

Cela fait longtemps que Barack Obama a abandonné le peuple iranien à son sinistre destin, adoptant, pour des raisons qui échappent complètement à la conscience humaniste et démocratique, une attitude apaisante à l’endroit de ses infâmes bourreaux.

 

C’est à peine si l’on entend, de loin en loin, parler dans les media que j’ai mentionnés, des milliers de cas de maltraitance et de tortures qui se conjuguent au quotidien dans cet empire infernal. L’Iran aurait-il cessé d’être une cause de la défense des droits de l’homme simplement parce qu’il s’oppose à Israël ? En somme-nous là de l’actuelle épidémie d’antisémitisme ? A-t-elle le pouvoir de rendre fréquentables des assassins du seul fait qu’ils travaillent à l’anéantissement d’Israël et de sa population ?

 

Kerry doit-il sourire de la sorte au ministre d’un gouvernement annonçant chaque semaine que l’Etat hébreu est un cancrelat et un cancer, que Zarif et ses collègues s’emploient activement à effacer de la surface du globe ? Est-ce là une attitude que d’envisager une normalisation avec un régime qui nie le génocide nazi ? Des alliés d’Israël peuvent-il se comporter ainsi ? Des démocrates peuvent-ils s’adresser à de tels assassins autrement qu’avec des gants stériles, une pince à linge accrochée sur le nez ou au travers du viseur d’un fusil ?

 

Ces considérants, je l’affirme, font partie intégrale de la réflexion stratégique au sujet de l’Iran, comme le traitement de la question juive par Hitler et l’anéantissement de l’opposition allemande dans les camps d’internement faisaient partie de la réflexion stratégique sur l’Allemagne nazie.

 

Ceux qui ne l’ont pas compris pavent des lendemains d’horreur pour les Iraniens, pour le Moyen-Orient et pour leurs propres pays, avec ou sans Bibi. Il y a des catégories de gens auxquels on ne sourit pas mais que l’on combat lorsqu’il nous reste quelques valeurs.

 

J’en ai vu assez, j’ai assez analysé les choix stratégiques de l’Administration Obama, m’efforçant de leur trouver une logique, une finalité compréhensible, pour attester désormais qu’il n’en existe aucune. Qu'on ne peut laisser un individu qui, comme John Kerry, avait réuni à Paris, cet été, une conférence sans les Israéliens, les Egyptiens et l’Autorité Palestinienne pour mettre urgemment un terme à Rocher Inébranlable négocier un traité aussi prédominant pour l’avenir de la planète.

 

Il n’est pas conscient ni conséquent ou responsable de permettre à une administration qui a perdu tous les points d’appuis des Etats-Unis au Moyen-Orient, hormis Israël, de définir seule les conditions d’un armistice nucléaire avec Khamenei.

 

Avant la venue de ces amateurs à Washington, l’Egypte, le plus grand et le plus influent pays arabe, était l’alliée de l’Amérique. Désormais, après avoir été privé de l’aide militaire US durant deux ans, le Maréchal Sissi achète ses armes en France et en Russie. Comme la totalité des Etats arabes, l’Egypte n’a plus aucune confiance dans les capacités de Barack Obama et de John Kerry, pas plus, évidemment, que dans leurs promesses.

 

Comment les Arabes pourraient-ils croire une administration qui a laissé son ambassadeur à Bengazi et ses collaborateurs se faire exterminer par des hordes islamistes alors qu’elle disposait, à proximité, des moyens et des hommes pour les protéger ?

         

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Armée et religion : ne pas tout mélanger (info # 011403/15) Version imprimable
Analyse
samedi, 14 mars 2015

 

Par Ilan Tsadik

 

Une directive de 2009, rectifiée en 2011, tentait de faire la part des choses entre les attributs du Rabbinat militaire et ceux du Corps éducatif au sein de Tsahal. Selon ce texte, le Corps éducatif est en charge des plans et programmes éducatifs de l’Armée, incluant l’identité israélienne et juive, tandis que le rabbinat devrait s’occuper de la "conscience juive".

 

Face à la multiplication des tensions entre les deux entités, le chef d’état-major sortant, Benny Gantz, avait, en 2013, confirmé la répartition de ces prérogatives.

 

A cette époque, l’unité du porte-parole de Tsahal avait tenu à préciser que ""l’identité juive", que le Corps éducatif a pour mission d’inculquer, englobe la tradition nationale du peuple juif, la tradition militaire, le dialogue sioniste moderne, le pluralisme, la culture de la mémoire de la Shoah, ainsi que des sujets de la même veine".

 

Quant à la "conscience juive", dévolue au rabbinat, elle est censée se préoccuper d’exposer "le lien entre les soldats et leurs racines juives".

 

En 2013 également, le contrôleur interne de l’Armée avait été saisi de plaintes émanant d’officiers du Corps éducatif, rapportant des tentatives du Rabbinat militaire en vue de changer le statu quo régulant la séparation des questions attenantes à l’Etat et celles concernant la religion, et de s’éloigner des directives en vigueur. Le contrôleur avait endossé ces craintes, jugeant qu’elles étaient démontrées, et avait invité les deux autorités à s’en tenir strictement à la démarcation établie entre leurs deux fonctions. Le contrôleur avait notamment observé que le rabbinat se mêlait de la formation éducationnelle des recrues, qui n’entrait pas dans ses tâches.

 

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Une affiche ultra-orthodoxe dépeignant les soldats comme des porcs

 

Loin de se calmer, la dispute s’est amplifiée ces derniers mois, se cristallisant autour des cérémonies de prestation de serment des militaires. A en croire l’officier en charge de l’éducation des hommes, le Brigadier Général Avner Paz-Tzuk, qui s’en est ouvert par écrit au Major Général Khagaï Topolanski, le responsable des ressources humaines des Forces de Défense d’Israël [Tzva Haganah le Israël, Tsahal], les rabbins se sont accaparés du rôle central lors des cérémonies de prestation de serment, alors qu’ils n’ont rien à y faire.

 

Cette cérémonie, à en croire Paz-Tzuk, "n’a pas de caractère religieux et il n’existe aucune raison pour qu’il en aille autrement. Il n’y a pas de raison", ajoute le brigadier général, "pour qu’un rabbin prononce l’allocution principale lors d’une cérémonie durant laquelle les appelés jurent fidélité à Tsahal et à l’Etat".

 

Or de nos jours, la plupart de ces cérémonies sont conduites par les commandants de l’entraînement de base des unités participantes, conjointement avec le rabbin desdites unités.

 

Paz-Tzuk affirme avoir reçu de nombreuses réclamations émanant des commandants, qui se plaignent de la centralité déplacée des rabbins durant ces occurrences. Il demande que le rôle principal de cet évènement à caractère strictement militaire – il marque la fin de la période de tironout, la préparation militaire de base - soit uniquement réservé aux commandants des unités, sans qu’ils ne soient accompagnés comme leur ombre par des rabbins.

 

Les commandants, précise Paz-Tzuk, ne voient aucun mal à ce que des passages de la bible soient lus durant la prestation de serment, mais il affirme que ce sont les officiers et les soldats qui doivent les lire.

 

Le porte-parole de l’Armée a admis que l’ordre de ces cérémonies avait été bouleversé à un certain nombre d’occasions au fil du temps, et annonce que Tsahal est en train d’examiner les recommandations émises par ses personnels professionnels.

 

L’Armée entend définir encore plus spécifiquement l’ordre de ces évènements, dont la place des commandants, afin de préserver le caractère étatique de Tsahal et des individus aux croyances diverses qui servent dans ses rangs.

 

Ce point me semble important au vu de mon expérience personnelle ; de nombreux soldats non-israélites effectuent leur service militaire obligatoire dans l’Etat hébreu, parmi eux, les Druzes, les bédouins (musulmans), les Circassiens, ainsi qu’un nombre grandissant de chrétiens se portant volontaires [pour eux et les autres musulmans, le service militaire n’est pas obligatoire. Ndlr.] pour défendre leur pays.

 

Dans presque toutes les unités, il existe un nombre plus que symbolique de recrues non-juives ; dans l’unité des gardes-frontières (affiliée à la police), il advient parfois que lors d’une prestation de serment, il y ait plus de représentants des autres confessions que d’Israélites. Vouloir imprimer un caractère essentiellement rabbinique à ces évènements a souvent pour effet de détacher ces appelés de l’ethos commun et de les mettre mal à l’aise, comme si le rabbinat militaire tenait absolument à ce qu’ils se sentent sinon étrangers, du moins particuliers dans leur propre pays. Un pays qu’ils s’apprêtent à défendre durant au moins trois ans, et pour lequel, quelquefois, ils vont faire le sacrifice ultime de leur personne.

 

Ce, tandis que la majorité des jeunes religieux juifs (pratiquants et harédis confondus), ainsi que des rabbins en Israël, rejettent le service militaire. Tandis qu’aussi, en cette veille d’élections, il est possible d’entendre des responsables de formations politiques fondamentalement juives religieuse, à l’instar des dirigeants de Shass (Sefardim Shomreï Torah, les sépharades qui respectent la Torah), le parti des religieux sépharades comptant des centaines de milliers d’adeptes, répéter que le sionisme est une erreur, quand ils n’affirment pas, à l’image de feu leur rabbin et guide Ovadia Yossef, que "les sionistes sont des singes".

 

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Des milliers de religieux effectuent leur service militaire  

 

Les problèmes de l’Armée divisant le Rabbinat militaire et le Corps éducatif ne sont que le reflet du désordre trônant dans la société civile à propos de la séparation entre l’Etat et la religion. Il manque aux citoyens de ce pays des lois claires établissant les prérogatives de l’un et de l’autre ; mais l’unique façon d’y parvenir passe par l’adoption d’une Constitution.

 

On pourrait enfin savoir si nous vivons dans une république – ce à quoi s’oppose avec véhémence la plupart des rabbins -, dans une monarchie de droit divin – ce à quoi s’oppose la quasi-totalité des laïcs – ou dans un régime d’un type nouveau qui reste à inventer.

 

Pour le moment, nous devons être l’un des seuls Etats sur la planète Terre à être "juste un Etat". On dit Royaume de Belgique, République française, mais Etat d’Israël.

 

La division entraînant le blocage au sujet de la Constitution tourne également autour de la question des droits fondamentaux de l’être humain. Ici, il est impossible de se départager sur la question de savoir si c’est l’Homme ou Dieu qui se situe au centre du monde et pour lequel on doit principalement œuvrer.

 

Il existe traditionnellement à la Knesset une "Commission de la Constitution", mais elle piétine depuis des décennies et continuera vraisemblablement à faire du surplace durant la prochaine législature, quel que soit le vainqueur des élections de mardi. La faute à tous les autres problèmes dont le traitement paraît plus urgent aux partis politiques.

 

La faute aussi aux partis laïcs, qui se priveraient de leurs électeurs religieux s’ils faisaient de la Constitution un cheval de bataille. Aussi, alors que l’on prévoit un écart de un à quatre sièges entre le 1er et son dauphin, s’aliéner les voix de qui que ce soit participe carrément d’une erreur stratégique.

 

Ce, à moins de s’appeler Avigdor Lieberman, qui promet, élection après élection, le mariage civil à ses partisans en tête de ses programmes politiques, et qui l’oublie aussitôt qu’il reçoit un portefeuille ministériel.

 

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Obama à Abbas : ne pas jouer le jeu du Likoud ! (info # 011003/15) Version imprimable
Analyse
mardi, 10 mars 2015

 

Par Sami El Soudi

 

Alors même que l’Autorité Palestinienne vient très récemment d’annoncer qu’elle allait cesser la coopération sécuritaire avec Israël, les services de sécurité de l’AP ont, ces deux derniers jours, procédé à l’arrestation d’une cinquantaine de membres des branches militaires du Hamas et du Djihad Islamique.

 

Apparemment, l’interpellation de ces individus est destinée à empêcher des attaques terroristes  contre l’Etat hébreu, comme souvent à l’orée d’une consultation électorale chez nos voisins de l’Ouest.

 

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Celui de gauche, Mashal, du Hamas, a monté une opération pour éliminer le président

de l’AP, à droite. Et le Hamas s’outrage ensuite qu’Abbas fasse arrêter ses cellules terroristes

 

Ces attentats, à l’instar de celui, en 1988, qui, à Jéricho, avait pris pour cible un car et causé la mort de cinq Israéliens, dont une mère et ses trois enfants, ont généralement pour objectif de radicaliser l’électorat hébreu, le poussant à voter pour les partis de droite voire d’extrême droite.

 

Ces agressions pré-électorales constituent l’un des modes opératoires des organisations islamistes et djihadistes palestiniennes afin d’empêcher un règlement pacifique du différend. Un tel règlement, on le comprendra aisément, serait plus facilement négociable entre Mahmoud Abbas et Tsipi Livni, qu’entre le président de l’AP et Binyamin Netanyahu.

 

Ce, d’autant plus que le 1er ministre actuel est revenu sur les propos qu’il avait maintes fois tenus en public, dans lesquels il se déclarait favorable à la solution des deux Etats. Désormais, pour plaire aux électeurs droitistes, il affirme qu’il n’y a pas de place pour un Etat palestinien entre la Méditerranée et le Jourdain.

 

En 1988, à en croire M. Shimon Peres, l’ex-président de l’Etat d’Israël, l’attaque du bus et ses conséquences avaient convaincu une partie des travaillistes de changer d’intention de vote au dernier moment en faveur du Likoud, dirigé alors par Itzkhak Shamir.

 

Toujours selon M. Peres, ce sont ainsi deux à trois sièges qui avaient changé de camp, offrant à M. Shamir la victoire par 40 sièges contre 39. Bien qu’étriqué, ce succès avait suffi à la droite pour former un gouvernement et rejeter aux calendes grecques une éventuelle entente avec nous.

 

Cette semaine, la majorité des personnes appréhendées sur l’ordre direct de Mahmoud Abbas appartient au Hamas et un petit nombre au Djihad. Ces arrestations font suite à 11 incarcérations opérées en janvier par les Forces israéliennes et leur service de contre-espionnage, le Shin Bet, visant des individus du Hamas, dans la région d’Hébron, qui s’apprêtaient à commettre diverses violences contre des civils, notamment des attentats-suicides ainsi que des attaques à la voiture écrasante et au moyen d’armes à feu.

 

On peut se demander ce qui justifie une semblable synergie entre les forces de sécurité des deux entités. Les raisons sont nombreuses : d’abord, les éléments armés des organisations islamistes menacent aussi bien les Israéliens que les dirigeants de l’AP, ainsi que l’ordre et la sécurité des habitants arabes de Cisjordanie. Ensuite, et ça n’a l’air de rien, alors qu’au niveau politique, les relations sont officiellement coupées entre Jérusalem et Ramallah, entre les militaires et les policiers, c’est la confiance qui prédomine, et la coopération sécuritaire contre les ennemis islamistes communs a abouti à des résultats qui satisfont les deux camps.

 

Il y a aussi que la direction de l’AP se rappelle que les négociations les plus sérieuses avec nos voisins, qui avaient presque abouti à un accord, s’étaient déroulées face à Tsipi Livni en 2008 et jusqu’aux élections pour la 18ème Knesset, qui eurent lieu le 10 février 2010.

 

Mme Livni et Kadima l’avaient même emporté en nombre de mandats (28) mais, faute de pouvoir constituer une coalition, c’est le Likoud et M. Netanyahu qui réussirent dans cette tâche, bien qu’arrivés en deuxième position dans les urnes.

 

A l’époque, avec les lecteurs de la Ména, nous avions suivi semaine après semaine ces pourparlers qui impliquaient des dizaines de négociateurs dans tous les domaines, et avions publié qu’à la Moukata, début 2009, on avait hésité à déclarer qu’un pré-accord avait été atteint et qu’il apportait des solutions à toutes les questions-clés du différend.  

 

Cette frilosité avait contribué à ramener Binyamin Netanyahu aux affaires et à enterrer le travail qui avait été accompli. Plusieurs dirigeants de l’Autorité avec lesquels je me suis entretenu, sont favorables à une reprise des discussions avec le tandem Livni-Herzog.

 

Autre facteur, probablement le plus important de ceux qui ont poussé M. Abbas à prévenir d’éventuels attentats du Hamas contre des cibles israéliennes durant ce mois de mars : l’intervention massive de Washington dans ce sens. Barack Obama aurait expliqué personnellement au président de l’AP qu’il était dans son intérêt explicite que l’Union Sioniste parvienne à former le prochain gouvernement, et qu’il attendait de lui qu’il prenne absolument toutes les dispositions nécessaires pour tenter d’empêcher toute activité terroriste, qui provoquerait à nouveau un réflexe sécuritaire et privilégierait Netanyahu.

 

Selon mes interlocuteurs habituels à la Moukata, le résident de la Maison Blanche se serait même montré tranchant, allant jusqu’à avertir son interlocuteur, qu’en cas de "passivité" face aux menaces terroristes de sa part, M. Obama réduirait son soutien à la cause palestinienne après les élections israéliennes.

 

Le président américain aurait également prié Abou Mazen de cesser de se livrer à toute provocation verbale ainsi qu’à tout acte d’hostilité à l’encontre de l’Etat hébreu et à exprimer, au contraire, des idées positives et consensuelles, comme sa disponibilité à reprendre les contacts avec Jérusalem.

 

On a observé dans les faits que les pressions américaines portaient leurs fruits et que Mahmoud Abbas réalisait précisément ce qui lui a été demandé par Washington.

 

Côté Hamas, quels que soient les motifs de Ramallah, on écume littéralement de rage. Ismail al Aksar, un officiel du Hamas à Gaza, a évoqué une "trahison nationale" de la part de l’AP et "un couteau planté dans le dos du peuple palestinien". Quant à son collègue Faouzi Barhoum, il a parlé d’ "une campagne en tandem de l’ennemi sioniste et de l’Autorité Palestinienne pour déraciner le Hamas et la résistance". Ce sur quoi, il est difficile de lui donner tort.

 

L’Autorité a réagi par l’un de ses porte-parole, affirmant que les interpellations avaient été réalisées "en accord avec la loi et non en raison d’éventuelles affiliations politiques", ajoutant que les délits des suspects étaient d’ordre criminel et participaient à de l’incitation à l’encontre de l’Autorité Palestinienne.

 

Ismaïl Hanya et la "résistance islamique" ont des raisons de redouter la venue au pouvoir d’une coalition modérée en Israël, et de l’influence que cela pourrait avoir sur la reprise des négociations. En effet, le Hamas traverse une très mauvaise passe, entièrement due au fait qu’il ne parvient pas à se réarmer et à se réapprovisionner en munitions. Cela est causé par l’action conjuguée de l’Etat hébreu, qui filtre minutieusement les cargaisons de camions destinées à Gaza, interdisant l’accès à tout ce qui pourrait contribuer à restaurer l’infrastructure militaire de ses ennemis, et à la détermination du maréchal al Sissi à isoler la Bande, en construisant un vaste no mans’ land autour d’elle.

 

L’Egypte a déjà détruit des centaines de maisons de Palestiniens installées sur son territoire, chassant leurs occupants pour aménager à leur place une bande neutralisée de 14 kilomètres sur un, vide de toute activité. Quant au poste frontière de Rafah, il est bien plus souvent fermé qu’ouvert.

 

Cette situation pousse le Hamas à engager des discussions avec la communauté internationale et, indirectement, avec Israël, sur le sujet de la "reconstruction" de la bande côtière après les dégâts subis lors de Rocher Inébranlable. On évoque désormais l’éventualité d’une trêve de 3 à 5 ans, que l’organisation islamiste terroriste qui gouverne Gaza tente toujours de mettre à profit pour exiger la levée du "siège" de l’enclave palestinienne ; un autre mot pour le Hamas afin de dire qu’il voudrait voir les marchandises qui lui parviennent exemptées de toute espèce de contrôle.

 

Une idée naturellement inacceptable pour le Caire et Jérusalem, mais également pour les représentants des organisations internationales, qui prônent un rôle prédominant pour l’AP à Gaza et à ses portes, en échange d’un accroissement de l’aide financière. Ils sont également à la recherche d’un mécanisme qui garantirait aux voisins du Hamas, à leurs habitants et à ceux de la Bande, qu’Hanya et ses complices ne puissent plus, à l’avenir, reconstituer leur arsenal.


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La Grèce, l’Europe, l’argent (info # 010903/15) Version imprimable
Analyse
lundi, 09 mars 2015

 

Par Sébastien Castellion

 

Une fois de plus, les ministres des finances de la zone Euro se réuniront aujourd’hui à Bruxelles, afin d’examiner les dernières propositions préparées par la Grèce pour éviter un défaut de paiement du pays sur le service de sa dette.

 

Cette réunion fait suite à une autre, tenue à Chypre mercredi et jeudi dernier par le conseil des gouverneurs de la Banque Centrale Européenne (BCE). Au cours de cette rencontre, les gouverneurs avaient décidé, sans surprise, de lever le plafond de 15 milliards d’euros que les institutions européennes imposaient à la Grèce pour l’émission de bons du Trésor que la BCE peut acheter pour fournir des liquidités au pays. Ce plafond avait déjà été atteint ; s’il n’avait pas été rehaussé, l’Etat grec se serait trouvé en défaut de paiement dans les prochaines semaines.

 

Maintenant qu’un financement d’urgence est assuré, la Grèce doit présenter aux ministres des Finances le programme de réformes économiques (ventes d’actifs, réduction de dépenses) qui permettra d’assurer son équilibre financier à plus long terme.

 

Soutien européen en échange de mesures de rigueur : l’équation paraît bien classique. L’arrivée au pouvoir, le 25 janvier dernier, d’un gouvernement dominé par le parti d’extrême gauche Syriza (en coalition avec un parti de la droite nationaliste, les Grecs Indépendants) ne devait-elle pas marquer un bouleversement complet ? La fin de l’austérité ? Le renversement de toutes les valeurs ? Le grand soir ?

 

C’est ce qu’une partie de la presse française a fait semblant de croire (pendant que les presses anglaise et américaine annonçaient de manière tout aussi pavlovienne la fin imminente de l’euro, ce qu’elles font tous les jours pour le lendemain depuis quinze ans).

 

Il est vrai que le gouvernement du Premier ministre Alexis Tsipras a beaucoup fait pour entretenir cette illusion française. Peu après son entrée en fonctions, le nouveau ministre des Finances – l’omniprésent et éminemment habile Yanis Varoufakis, dont il serait surprenant qu’il ne finisse pas, un de ces jours, par diriger la Grèce – a spectaculairement déclaré qu’il refusait de poursuivre le programme de sauvetage européen par lequel, en échange de mesures de rigueur, la BCE attribuait des fonds au pays. La Banque centrale, contrainte, a donc abandonné ses mesures de soutien.

 

Mais la politique est une chose, l’économie en est une autre. Après la fin du programme de sauvetage, les banques centrales ont dû se replier sur un programme dit « d’assistance de liquidités d’urgence » (ELA selon le sigle anglais) qui est fourni par la Banque centrale grecque… elle-même partie intégrante, puisque la Grèce est membre de la zone euro, du système de banques centrales animé par la BCE.

 

Au lieu d’un système dans lequel la Grèce, pays constamment au bord du défaut de paiement, bénéficie de lignes de crédit européennes en échange d’un programme d’économies et de ventes d’actifs, nous sommes donc entrés dans une époque totalement nouvelle, où la Grèce, en échange d’un programme d’économies et de ventes d’actifs, bénéficiera de lignes de crédit européennes pour lui éviter un défaut de paiement.

 

Il ne suffit pas, en effet, qu’un peuple « vote contre l’austérité » pour que l’austérité disparaisse. Le métier des hommes politiques consiste, en grande partie, à faire croire aux électeurs que l’impossible est possible. Mais une fois parvenus au gouvernement, il n’y a pas plus d’argent dans les caisses qu’auparavant ; le risque de faillite est strictement identique et les créanciers – en l’espèce, les autres pays de la zone euro, sous la direction de l’Allemagne – n’ont aucune raison d’être moins vigilants qu’auparavant pour préserver leurs intérêts. Il faut alors passer du monde de la politique, où les slogans conduisent au succès, au monde de l’économie, où seule compte la réalité.

 

Or, la réalité est que la Grèce n’a, aujourd’hui, strictement aucun moyen de se financer sans le soutien de l’Europe et que ce soutien ne sera jamais accordé sans mesures de rigueur et sans privatisations.

 

Les marchés financiers ne prêteront pas à un pays qui a pris, depuis 150 ans, l’habitude de voler ses créanciers par des banqueroutes à répétition.

 

Les contribuables grecs – qui ne furent jamais des modèles de civisme – ont drastiquement réduit leurs contributions depuis la fin de l’année 2014, lorsque les sondages ont commencé à montrer que la victoire de Syriza [ΣΥΡΙΖΑ en grec, est un adjectif signifiant "à partir des racines". Ndlr.] était inévitable.

 

Autant qu’ils le pouvaient, les citoyens et les entreprises ont fait fuir leur argent hors du pays, ou, du moins, hors de leurs comptes bancaires, pour éviter que le gouvernement se serve directement dans les comptes en banque, comme celui de Nicosie l’avait fait à Chypre en 2013.

 

Depuis décembre dernier, ce sont environ 2 milliards d’euros qui disparaissent chaque semaine des comptes courants dans les banques grecques, soit déjà 25 milliards qui sont allés se réfugier à l’étranger ou sous les matelas des déposants. Les banques n’ont plus à gérer qu’environ 140 milliards d’euros, contre 165 fin 2014… et 240 début 2009, avant le début de la crise financière.

 

Sans impôts, sans liquidités et sans accès au marché, le gouvernement n’a pas d’autre solution que de se tourner vers la BCE et l’Union Européenne pour assurer ses fins de mois.

 

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Varoufakis et Tsipras : un gouvernement sans cravates, mais étranglé tout de même

 

Depuis l’entrée en fonctions du gouvernement Tsipras, on assiste donc au jeu politique suivant :

le gouvernement grec souffle et tempête, annonce une modification radicale des règles du jeu, menace de cesser les réformes qui font souffrir le peuple grec et exige une aide européenne assortie d’aussi peu de conditions que possible.

 

Mais ce gouvernement sait aussi que s’il cessait ses paiements, il se retrouverait du jour au lendemain sans accès à aucun financement et devrait donc cesser de payer ses fonctionnaires et ses fournisseurs – bref, de fonctionner comme gouvernement.

 

La situation économique déjà grave de la Grèce deviendrait catastrophique et pourrait aller jusqu’à un effondrement complet de la société : émeutes de la faim, coup d’Etat ou anarchie, fin de la démocratie, et, presque certainement, pour finir, prise de contrôle du pays par la première puissance étrangère (Chine ? Russie ? Qatar ?) prête à donner quelques milliards pour s’acheter un pied-à-terre en Europe.

 

Ce serait aussi la situation la plus probable si le gouvernement décidait, comme nos amis anglo-saxons l’y incitent, à « sortir de l’euro » - une curieuse expression du reste, car les dettes du pays resteraient libellées dans cette monnaie. Dans un pays qui ne sait pas faire entrer l’impôt et n’a pas accès aux financements du marché, une monnaie « nationale » ne peut avoir aucune valeur.

 

La conséquence de tout cela est que les menaces et les rodomontades de Varoufakis n’ont aucune crédibilité, et que les créanciers européens le savent parfaitement.

 

Ces créanciers n’ont toutefois aucun intérêt à voir la Grèce s’effondrer. Le coût d’un tel effondrement serait bien plus important pour eux – économiquement et politiquement – que celui d’une renégociation de la dette grecque, qui atteint à peine 400 milliards d’euros pour une richesse annuellement produite en Europe de près de 16 000 milliards. La faillite de la Grèce serait une menace directe pour la crédibilité de la construction européenne et, plus concrètement, pour la sécurité du continent.

 

S’il le fallait réellement, l’Europe pourrait donc consentir des conditions plus favorables au pays en échange d’un maintien de ses financements. C’est ce sur quoi comptait Varoufakis au début de la négociation. Mais à l’inverse, si l’Allemagne et les autres créanciers tiennent bon, le gouvernement grec est obligé de céder, car le coût d’une faillite est encore plus grave pour la Grèce que pour le reste du continent. C’est ce qui s’est produit au cours des dernières semaines.

 

Les créanciers européens ont continué à exiger, en échange de leur soutien, que la Grèce présente ce qu’on appelle pudiquement « des réformes », c’est-à-dire un mélange d’économies, de nouveaux impôts et de ventes d’actifs. Et c’est exactement ce que la Grèce fera aujourd’hui à Bruxelles. Il n’est pas même certain que l’étendue de ce programme soit différente de ce qu’elle aurait été si les Grecs n’avaient pas voté pour un parti qui promettait de les sortir de « l’austérité ».

 

Pour les Grecs, la situation restera certainement extrêmement dure pendant plusieurs années. Les transferts sociaux – retraite, chômage – ont été réduits au strict minimum. Les fournisseurs de l’Etat ont les plus grandes difficultés à se faire payer. Aucune amélioration réelle n’est en vue ; tout au plus, espère-t-on, grâce à la poursuite des négociations européennes qui permet d’éviter la menace d’un effondrement financier total, que l’amélioration générale de la situation économique de l’Europe amènera les touristes à visiter le pays en plus grand nombre cette année.


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Pourquoi Obama s’emploie-t-il à faire battre Netanyahu (info # 010803/15) Version imprimable
Analyse
dimanche, 08 mars 2015

 

Par Guy Millière

 

Le discours de Binyamin Netanyahou devant le Congrès fut, comme c’était anticipé, un excellent discours, et même, on peut le dire, un discours imprégné de grandeur.

 

La fureur de Barack Obama après cette intervention montre que le 1er ministre hébreu a marqué des points et a créé un impact dans les esprits.

 

Cela ne signifie pas pour autant que les projets nuisibles de Barack Obama concernant l’Iran des mollahs ont changé. Tout montre, au contraire, qu’il a l’intention de passer un accord avec Téhéran, même si cet accord participe d’une capitulation pour les Etats Unis et met en danger la sécurité du monde, celle d’Israël et des USA.

 

Cela ne signifie pas non plus, et c’est étroitement lié, que Barack Obama va freiner ses ardeurs anti-israéliennes.

 

Pour l’heure, son objectif reste de faire battre Binyamin Netanyahou le 17 mars prochain, et on peut compter sur lui pour tout mettre en œuvre aux fins d’atteindre son objectif.

 

Au-delà du 17 mars, et c’est pour cela que Barack Obama veut faire battre le candidat du Likoud, le pensionnaire de la Maison Blanche entend faire plier Israël et il aura de nombreuses occasions de s’y employer.

 

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Ils ne regardent assurément pas dans la même direction

 

Dès le lendemain du 17 mars, l’Autorité Palestinienne et ses alliés européens, la France en tête, vont présenter un ensemble de résolutions devant le Conseil de Sécurité des Nations Unies destinées à contraindre Israël à revenir aux célèbres « frontières de 1967 » qui (faut-il le répéter ?) ne sont pas et n’ont jamais été des frontières.

 

L’Administration Obama a demandé à l’Autorité Palestinienne et à ses alliés européens d’attendre que les élections israéliennes soient passées avant d’agir. L’AP et ses partenaires européens vont demander à l’Administration Obama de ne pas user de son droit de véto.

 

Il est néanmoins vraisemblable que l’Administration Obama exercera tout de même son droit de véto. On peut toutefois s’attendre à des chantages à l’encontre d’Israël. Qui, pensez-vous, apparaît, aux yeux de l’Administration, le plus à même de céder à des chantages ? Binyamin Netanyahou, direz-vous ? Je ne le pense pas.

 

Dès le 1er avril, l’Autorité Palestinienne, avec la bénédiction de ses alliés européens, va faire son entrée en tant qu’ « Etat de Palestine » au Tribunal Pénal International, et va sans doute s’empresser de déposer plainte contre Israël pour « crimes de guerre ».

 

On peut s’attendre à ce que le gouvernement américain se place du côté d’Israël dans ce dossier. Mais il est aussi probable qu’il exige d’Israël des concessions majeures en échange de son soutien. Qui, pensez-vous, semble, aux yeux de Barack Obama, le plus à même de procéder à des concessions majeures ? Si vous répondez Binyamin Netanyahou, je vous dirai à nouveau que ce n’est pas ma réponse.

 

On peut ajouter que l’Autorité Palestinienne va sans doute exiger, avec une ardeur renouvelée, le paiement par Israël des sommes correspondant aux droits de douane et à la TVA qu’Israël ne verse plus à l’AP depuis que celle-ci a demandé son entrée en tant qu’ « Etat de Palestine » au TPI.

 

Sur ce point, la Maison Blanche fera vraisemblablement tout son possible pour qu’Israël cède.  Qui, d’après vous, semble, aux yeux de l’Administration Obama, le plus à même de céder ? Si vous répondez Binyamin Netanyahou une fois encore, je vous dirai que vous êtes incorrigibles et que vous n’avez décidément rien compris à Barack Obama et à son administration.

 

Comme l’ont écrit divers commentateurs américains ces jours derniers, le président U.S et son gouvernement ne vont pas manquer d’opportunités dans les semaines à venir pour s’en prendre à Israël.

 

En s’adressant au Congrès et, au-delà de lui, au peuple américain, Binyamin Netanyahou a pris date et affirmé une position concernant l’Iran et son accès au nucléaire militaire, mais qui considérait aussi tout ce qui va suivre.

 

Barack Obama fera le forcing pour passer un accord avec l’Iran.

 

En faisant tout son possible, jusqu’au 17 mars, pour faire battre Binyamin Netanyahou, il espère ensuite disposer d’un gouvernement israélien à l’échine bien plus souple et bien plus modelable qu’actuellement.

 

Une réélection de Binyamin Netanyahou constituerait un désaveu pour Barack Obama et une entrave à ses projets les plus néfastes. Une défaite de Binyamin Netanyahou serait une victoire pour Barack Obama et pour ses desseins les plus funestes.


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Obama, Bibi : deux approches inconciliables du problème (info # 010403/15) Version imprimable
Analyse
mercredi, 04 mars 2015

 

Par Stéphane Juffa

 

Au lendemain de l’allocution de Binyamin Netanyahu devant le Congrès, il apparaît évident que la dispute entre le président américain et le 1er ministre israélien est insoluble du fait que les deux hommes ne partent pas du même questionnement quant au nucléaire iranien. Dans ces conditions, on ne saurait attendre qu’ils proposent des solutions convergentes ou même comparables.

 

Mais d’abord, c’est ainsi qu’il faut présenter correctement les choses, on assiste à une dispute entre deux hommes, entre deux visions du monde et entre leurs conseillers réciproques. Ceux qui parlent d’une fracture entre les Etats-Unis et l’Etat hébreu n’ont pas regardé le discours de Bibi à la télévision.

 

L’Amérique, c’est la totalité des représentants et des sénateurs Républicains et les trois quarts de leurs homologues Démocrates qui ont ovationné debout le chef de l’exécutif israélien une bonne quarantaine de fois. C’est cela que pense et ressent l’Amérique à l’égard d’Israël, et, à ce propos, les relations entre les deux pays ont de beaux jours devant elles.

 

La problématique ne concerne donc pas deux Etats mais les deux responsables qui les dirigent et qui décident au jour le jour de leur politique. Or ces derniers sont éphémères ; dans moins d’un an et demi un autre décideur aura remplacé Barack Obama à la Maison Blanche ; quant à Netanyahu, il risque de subir le même sort dans moins de quinze jours déjà.

 

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Dans l’entourage du président, on a répété l’appréciation selon laquelle l’intervention de l’hôte israélien n’avait qu’un caractère rhétorique. Il paraît même que M. Obama, après avoir tant fait pour qu’il soit annulé, n’aurait pas regardé le speech de son détracteur devant son propre parlement. Si on nous le dit, pourquoi ne pas le croire ?

 

Cela doit tout de même créer une bizarre sensation, pour un président U.S, de voir le chef d’un Etat étranger démolir sa politique devant les membres de ses deux chambres législatives réunies, extatiquement en faveur de la présentation qui leur est faite. Heureusement qu’Obama n’a pas regardé.

 

Netanyahu est tout de même le seul chef de gouvernement étranger – avec Winston Churchill – à avoir été invité trois fois à s’exprimer devant le Congrès et par le Congrès. Et, contrairement au Britannique, pour l’Israélien, ce n’est peut-être pas la dernière.

 

Une harangue limitée à son impact rhétorique, dit-on dans l’entourage d’Obama, - personne ne mettant en doute les exceptionnelles qualités d’orateur de Bibi -, un show pour du beurre, en quelque sorte, qui ne gênera pas le pensionnaire de la White House et ne l’empêchera pas de signer ce qui lui plaît avec l’ayatollah Rohani. Ce, notamment grâce au droit de veto présidentiel lui permettant de contourner le parlement.

 

Nous, nous disons que cela participe de l’autosuggestion de la part de l’Administration et de son chef, doublée d’une volonté évidente de marginaliser artificiellement la portée de l’évènement d’hier. Une autosuggestion basée sur une hypothèse qui nous semble fragile : l’opposition parlementaire à la signature de l’accord en gestation avec l’Iran ne réunirait pas les trois quarts des membres du Congrès.

 

Or Jean Tsadik, qui, depuis huit ans, passe tous ses étés à diriger des think tanks aux USA, est persuadé, quant à lui, qu’Obama bluffe, et qu’il sait que si le texte qu’il négocie était aujourd’hui soumis au vote des représentants et des députés, il serait rejeté par largement plus de 75 pour cent d’entre eux, neutralisant ainsi son droit de veto et lui infligeant l’un des plus grands désaveux de l’histoire des Etats-Unis.

 

Contrairement à ce qu’il laisse paraître, Obama tremble devant cette éventualité et c’est compréhensible. Le pouvoir politique américain s’en trouve comme écartelé, avec, à Washington, les législateurs qui font un authentique triomphe à Netanyahu, tandis que, simultanément, à Montreux, à 6 500 kilomètres de là, John Kerry, assisté par des experts de l’Administration, négocie avec Zarif les détails du compromis que Bibi est venu disqualifier sur la colline du Capitole.

 

Le cas est… inhabituel.

 

En fait, cela commence par un grand mensonge : même si M. Obama a encore mandaté hier un porte-voix anonyme, quoiqu’officiel, pour répéter à la presse que "les négociations que nous menons sont destinées à empêcher l’Iran de posséder la bombe atomique (…)", ce n’est pas vrai et ne l’a jamais été.

 

Cela, c’est le point de vue de Bibi et la raison de sa campagne ! Ce qu’Obama veut, c’est "gérer" pendant un temps la capacité des Perses à confectionner l’arme nucléaire, et ces deux objectifs ne sont pas du tout semblables et sont à la source du désaccord entre les deux hommes.

 

Netanyahu a raison, pour "empêcher l’Iran de posséder la bombe atomique", il est nécessaire de neutraliser ses outils destinés à la produire et signer avec les ayatollahs un contrat avec une validité de cinquante ans – une éternité pour un régime dictatorial – et non de dix ans, une heure, à l’échelle de la Terre.

 

C’était deux des trois points forts de son discours et ils sont indiscutables.

 

A ces arguments, Obama répond qu’il n’existe pas de meilleure alternative à l’agrément qu’il est en train de négocier. Il affirme que s’il interrompt les discussions, Khamenei accélérera sa course à la bombe, sans qu’aucune des trois parades envisageables soit de nature à apporter des solutions meilleures que les termes du contrat entrevu. Et le président, de citer ces trois options : une attaque militaire U.S, une opération de Tsahal ou un renforcement des sanctions.

 

Aucune de ces trois répliques potentielles, à l’en croire, ne procurerait un répit supérieur à dix ans : un nouveau train de sanctions, parce que cela ne découragerait pas les ayatollahs, et des frappes, parce qu’ils pourraient rebâtir (ou réparer) leurs infrastructures nucléaires en deux ou quatre ans, selon les spécialistes de l’Administration, avec, cette fois, la légitimité de l’Etat agressé devant se défendre face à ses ennemis.

 

Les experts de la Ména contestent à la fois cette expertise et la proposition avancée par Bibi devant le Congrès et réitérée à son arrivée à Tel-Aviv ce matin. En effet, nous avons toujours dit qu’une éventuelle opération initiale contre les installations nucléaires perses devait englober certains objectifs défensifs de l’Armée iranienne, et surtout, qu’elle devrait être suivie de "frappes d’entretien" limitées, dont le but serait de prévenir la reconstruction de la capacité nucléaire de l’adversaire.

 

Quant à lier, comme le préconise Netanyahu, l’allégement des sanctions au démantèlement dudit potentiel, sans limitation dans le temps, et en le conditionnant à un changement de politique de la part de Téhéran – spécifiquement une cessation de son ingérence dans les affaires des Etats avoisinants et de son soutien au terrorisme -, c’est effectivement un vœu pieu et une fausse solution, comme le souligne avec raison l’entourage d’Obama. Celui-ci ajoute que ce que le 1er ministre sous-entend mais ne dit pas dans sa formule procède de l’exigence d’un changement de régime chez les Perses, ce que l’Administration juge irréaliste et qu’elle ne souhaite pas. Nous reviendrons sur ce point plus tard dans notre exposé, car cela mérite que l’on s’y attarde.

 

Mais avant cela, nous avons à faire une remise en perspective qui nous paraît plus importante. Nous avançons, à Métula, que la Maison Blanche dispose de moyens de pression décisoires sur Khamenei dont elle dissimule l’existence. Des mécanismes qui n’impliquent pas obligatoirement une intervention militaire mais qui auraient plutôt la faculté d’éviter une confrontation tout en barrant la route de la bombe à la "République" Islamique.

 

Et si nous sommes si sûrs de l’efficacité de cette mesure, c’est parce que M. Obama l’a employée avec succès pas plus tard qu’en janvier 2014. Cette option est celle de la dissuasion, que personne n’évoque actuellement pour des raisons que nous ignorons.

 

Pour comprendre ce que nous prétendons, il faut se souvenir de certains faits extraordinaires que la Ména fut à nouveau la seule à relever il y a un an et demi. Souvenez-vous, suite à des fuites et à des recoupements, nous avions révélé qu’en novembre 2013, contrairement à ce qu’affirmaient les 5+1, aucun accord provisoire entre eux et l’Iran n’avait été signé à Genève. [Voir "Il n’y a pas eu d’accord avec l’Iran", "Les conséquences de la duperie de Genève", "Iran : maintenant il y a un accord"]

 

A cette période, Barack Obama avait présenté à l’opinion une "feuille d’information" (fact sheet) détaillant les clauses de l’ "accord" qui, certifiait-il, venait d’être convenu avec les délégués iraniens, le 22 novembre, dans la capitale lémanique.

 

Occurrence en tous points exceptionnelle, les services de M. Zarif avaient directement indiqué à la Ména que la feuille en question ne représentait que la position de Washington et qu’aucun des points qu’elle contenait n’avait recueilli leur approbation. Notre interlocuteur ajouta dans un souci de clarté : "Nous avons fait adjoindre un paragraphe spécifique à ce sujet en toute fin du document de travail non contraignant, stipulant qu’il n’y aurait pas d’accord tant que tous les points de la discussion auraient été adoptés par les deux parties". Mieux encore, à la suite de cette discussion, l’agence de presse étatique FARS avait confirmé ce qui nous avait été dit par téléphone.

 

Preuve supplémentaire de l’inexistence de cette entente, les négociations en vue d’un arrangement intermédiaire se poursuivirent à un rythme élevé, sur les aspects techniques à Vienne, et politiques à Genève. Mais elles piétinèrent jusqu’au réveillon de la Saint-Sylvestre ; jusqu’à ce que, entre le nouvel an et les tout premiers jours de janvier, Barack Obama se décide à intervenir, pesant de tout le poids des Etats-Unis dans un ultimatum lancé à la junte théocratique perse. Nous ne sommes évidemment pas au courant des termes précis et jamais divulgués de cette mise en demeure, mais nous sommes prêts à risquer notre réputation et à affirmer qu’elle comptait quatre éléments : la menace de nouvelles sanctions dévastatrices pour Téhéran, la menace d’une intervention militaire américaine ou d’une intervention israélienne jouissant du soutien illimité des USA, et l’exigence de l’acceptation as is, telle quelle, de la feuille d’information, ainsi que l’exigence d’une réponse quasi immédiate de Khamenei, une affaire d’heures et non de jours ni de semaines.

 

Les Iraniens s’exécutèrent, probablement parce que cette initiative ne leur laissait pas d’autre choix que l’acceptation ou le suicide. Evidence supplémentaire de ce dont nous attestons, même si la charge de la preuve est déjà établie : le délai de six mois stipulé dans l’accord transitoire pour la conclusion d’une entente définitive fut fixé au 1er juillet 2014 et non au 22 ou au 24 juin. Depuis, il a été prorogé d’exactement un an.

 

Nous sommes ici convaincus qu’une nouvelle intervention directe du président des Etats-Unis, exigeant la neutralisation volontaire de toute l’infrastructure nucléaire persane à finalité militaire, présentée dans les mêmes termes et avec la même conviction qu’en janvier 2014, aurait les mêmes effets. Khamenei mettrait un genou à terre et ne risquerait pas l’anéantissement de son régime pour mener à son terme son aventure nucléaire. Ce, car à cette date et en d’autres occasions, il a montré qu’il n’était pas kamikaze.

 

Le problème réside en cela que le pensionnaire de la Maison Blanche n’a pas l’intention de s’impliquer à nouveau et à ce niveau de risque pour obtenir la destruction de l’appareil nucléaire de la révolution khomeyniste. Et cela, ça n’est pas un secret, puisque cela transparait dans le document transmis mardi à la presse par le messager officiel d’Obama ; plus particulièrement dans l’étonnante assertion suivante : "L’exigence de Netanyahu pour le démantèlement complet de l’infrastructure nucléaire de l’Iran ne serait pas seulement inacceptable pour l’Iran mais aussi pour les autre pays impliqués dans les négociations : l’Allemagne, la Grande-Bretagne, la France, la Russie et la Chine".

 

Ah vraiment ? Nous, de nous demander quel serait l’intérêt de ces pays de préserver la capacité de la dictature chiite de produire des bombes atomiques - ainsi que des missiles pour les transporter, ayant la portée nécessaire à les atteindre et, bientôt, celle nécessaire à rejoindre l’Amérique ? En attendant de le leur demander, sous le coup de la surprise, nous ne pouvons qu’en déduire les intentions de Barack Obama.

 

Ce dernier considère vraisemblablement l’Iran comme un partenaire potentiel, tandis que Netanyahu le tient pour un ennemi irréductible. Les actes hostiles passés de Téhéran, dont l’assassinat de centaines de soldats américains, de même que les menaces itératives d’anéantir Israël, et l’intention affichée par le Guide suprême de posséder "190 000 centrifugeuses" donnent du grain à moudre à ceux qui s’interrogent quant aux finalités poursuivies par l’actuel président.

 

D’autant plus que son officiel anonyme a lui-même précisé : "Nous sommes d’accord avec ce qu’il [Netanyahu] a dit à propos de l’implication de l’Iran dans la terreur et des autres choses négatives que fait l’Iran (…)".

 

Conscients de ce que Téhéran contrôle désormais Bagdad, Damas, Beyrouth et Sanaa ? De ce que la constitution iranienne en vigueur implique l’exportation de la révolution khomeyniste et le djihad mondial, comme l’a évoqué le 1er ministre lors de son adresse ?  

 

Netanyahu exige-t-il un renversement de la dictature théocratique chiite contre la levée des sanctions, comme l’affirme l’entourage d’Obama. Non, assurément. Il se satisferait de voir le régime en place interrompre son soutien au terrorisme et abandonner ses entreprises impérialistes aux portes d’Israël.

 

Mais cela équivaut effectivement à demander à ISIS d’abroger la peine de mort, au Hamas de se mettre à l’agriculture, à Kim Jong-un de nourrir correctement les Coréens ou au Hezbollah de devenir démocratique. Cela ne se peut pas, car ce faisant, ils perdraient leur identité, leurs marques de fabrique et leur raison d’être.

 

C’est précisément ce qui fait de ces Etats et de ces entités des ennemis des valeurs communes aux Etats-Unis, à Israël et à bon nombre de pays développés. L’ennemi est celui qui répond à deux critères : il vous menace et ses valeurs sont organiquement incompatibles avec les vôtres.

 

Leur permettre d’accéder à la bombe atomique, même dans dix ans, et surtout si vous avez les moyens de les en empêcher (pour la Corée, à cause d’une cascade d’erreurs, c’est déjà trop tard) sans déclencher une troisième guerre mondiale, procède d’une aberration et d’un refus de prendre ses responsabilités.

 

Sûr que Bibi préférerait voir un régime démocratique à Téhéran, pas vous ? Mais il s’est contenté d’énoncer trois conditions pour cohabiter pacifiquement avec la dictature actuelle, dont la neutralisation des installations nucléaires et la non-limitation à dix ans d’un accord.

 

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Echec de l’offensive Assad-Pasdaran-Hezbollah dans le Golan (info # 012702/15) Version imprimable
Analyse
vendredi, 27 février 2015

 

Par Michaël Béhé à Beyrouth

 

L’offensive conjointe des armées régulières d’Iran et de Syrie et des miliciens du Hezbollah en vue de reprendre le Golan et l’accès aux frontières israélienne et jordanienne à l’Armée Syrienne Libre a échoué.

 

Au début de cette campagne, il y a quinze jours, les media libanais aux mains de la milice chiite faisaient état d’une avance rapide et de la prise de nombreux villages. Ils nous expliquèrent ensuite que les opérations étaient ralenties à cause de la tempête de neige qui ravageait la région, mais maintenant que les éléments naturels se sont calmés, force est de constater que le projet de l’Axe a échoué.

 

Certes, des combats violents et sporadiques se poursuivent actuellement, mais la carte que nous publiions le 12 courant pour illustrer l’article de Stéphane Juffa "Offensive irano-syro-hezb dans le Golan" reste globalement inchangée.

 

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L’offensive de Damas et Téhéran n’a rien changé

 

Si le Hezb et ses alliés iraniens et syriens ont effectivement conquis initialement quelques villages sans importance stratégique, Jabkhat Thowar Suriya, le Front Révolutionnaire Syrien (FRS), non islamiste, branche de l’Armée Syrienne Libre, et ses alliés de circonstance d’al Nosra, l’expression syrienne d’Al Qaeda, ont également pris le contrôle de plusieurs localités et ils se trouvent toujours à 30-35 kilomètres de la capitale Damas.

 

Surtout, les routes Deraa-Damas, la route menant à Quneitra et, a fortiori, le poste frontière du même nom ainsi que la colline stratégique de Tel Hara restent solidement entre les mains de la rébellion et ne sont plus menacés directement.

 

Lors de cette offensive, supervisée pourtant par le général iranien commandant la force d’élite Quds (Jérusalem), Qassam Soleimani, l’Axe alignait de 2 à 3 000 soldats de l’Armée régulière syrienne, de 800 à 1 500 miliciens chiites libanais, et entre 200 et 350 Pasdaran perses, tous dotés de chars et d’artillerie.

 

Face à eux, le FRS pouvait compter sur environ dix mille combattants postés dans les provinces de Deraa et Quneitra, dont 5 000 ont été engagés dans les affrontements. Ceux-ci utilisent, outre des armes légères, divers types de missiles et des mortiers, fournis par Israël, les Etats-Unis et les Européens, et cofinancés par plusieurs Etats sunnites de la région.

 

De l’aveu des chefs de Jabkhat Thowar Suriya, ils étaient constamment informés avec précision de la position de leurs ennemis, ce qui leur a facilité la tâche. Ces mêmes commandants ont préféré ne pas mentionner que ces renseignements leur avaient été fournis grâce à l’étroite collaboration entre Israël et la Jordanie, qui permet à Tsahal d’utiliser son territoire pour y faire décoller et atterrir ses drones d’observation.

 

Il est très difficile d’établir un bilan précis des pertes réciproques, mais après avoir enquêté, j’avancerais le nombre de 500 à 600 morts du côté de l’Axe, et entre 2 et 300 dans les rangs de l’ASL et d’Al Nosra. Le bilan global de la Guerre Civile atteignant quant à lui 270 000 morts et sept fois plus de blessés.

 

Parmi les morts iraniens de la dernière offensive du Golan, on dénombre entre 100 et 150 tués (le FRS mentionne le chiffre de 200) au cours d’un seul bombardement de l’artillerie syrienne par erreur sur des positions tenues par les Iraniens.

 

Cet incident a marqué la campagne, car on n’est absolument pas certain qu’il ait réellement et totalement eu lieu par hasard. Ce qu’il importe de comprendre à propos de la Guerre Civile Syrienne, c’est que personne n’aime personne ; les alaouites détestent les Libanais qui le leur rendent bien, et les Iraniens se montrent condescendants avec les soldats d’Assad, dont ils passent leur temps à critiquer l’aptitude au combat et le courage. Les alaouites, très fiers et orgueilleux, supportent difficilement qu’on vienne leur faire la leçon chez eux, et prétendent avoir longtemps tenu seuls contre les assauts des rebelles, ajoutant que leurs alliés sont des combattants de parade, qui choisissent les théâtres d’opérations où il est le plus facile de briller.

 

Au cœur de ces querelles et détestations, la critique des Syriens par les chiites libanais et iraniens pour la perte du plateau du Golan au profit de l’ALS. Un reproche qui passe mal, et mon petit doigt me dit que les officiers d’al Assad ne seraient pas mécontents des récentes "difficultés" rencontrées par leurs partenaires. Difficile, en tout cas, dans ces conditions, de remporter une bataille.

 

En face, les divergences idéologiques entre le Jabkhat Thowar Suriya et al Nosra sont elles aussi énormes. Le FRS rêve d’instaurer la démocratie à Damas et de reconduire tous les mercenaires à la frontière, tandis que la branche syrienne d’al Qaeda s’appuie sur lesdits volontaires et compte instaurer un Etat islamique régi par la Charia, dans le cadre du djihad mondial.

 

Mais les deux groupes, qui s’affrontent militairement d’ailleurs dans d’autres parties de la Syrie, ont retenu qu’ils étaient sunnites et qu’ils devaient absolument faire cause militaire commune dans le Golan s’ils veulent tenir tête aux forces de l’Axe. De plus, des financiers communs, en particulier le Qatar, conditionnent leur aide au respect de certaines conditions qu’ils sont parvenus à imposer.

 

Parmi celles-ci, la prééminence officielle de l’ALS dans la région et le fait que c’est à elle seule qu’incombe la tâche de régir tant les points de passage que les relations avec Israël. Les deux partis s’engagent également à utiliser la bonne volonté de l’Etat hébreu pour son assistance logistique et les soins qu’il procure aux blessés, mais sans lui rendre la moindre contrepartie politique. Cette coopération-là ne se fait pas non plus dans l’amour et la fraternité, mais à cause d’intérêts communs primordiaux.

 

En Israël où, mis à part les médecins qui se donnent corps et âme pour sauver des vies, indépendamment de la nationalité et des convictions des patients, Tsahal, selon nos camarades de la rédaction à Métula, n’éprouve strictement aucune empathie à l’égard des participants à la Guerre Civile quels qu’ils soient. Les soldats israéliens procurent à l’ASL des services minimums, avec professionnalisme mais sans le moindre enthousiasme. Bref, à tous les étages, cette guerre n’est pas celle du cœur mais celle de la haine, du mépris et de la suspicion permanente.

 

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Les Merkava israéliens dans le Golan :

à peine visibles mais terriblement redoutés

 

Les divergences s’expriment même sur le plan stratégique du côté de l’Axe ; Téhéran et le Hezbollah ayant pris la décision d’ouvrir un nouveau front contre Israël à partir du Golan, ou, plutôt, de faire du Golan et du Liban-Sud un seul et même front.

 

Mais dans l’Armée alaouite, tant chez les gradés que parmi la piétaille, même si l’on acquiesce à cette décision – surtout parce que l’on n’a pas d’autre choix – on ne l’apprécie guère. Ce, parce qu’on est si occupé à résister sur les autres fronts, particulièrement face à la pression de l’Etat Islamique, que l’on sait pertinemment que l’on est incapable de résister à une éventuelle implication de Tsahal, qui ne manquerait pas d’advenir si l’on s’attaque aux Israéliens à partir de la Syrie.

 

Les Hébreux, forts de leur supériorité écrasante, qui font ce qu’ils veulent, quand ils veulent et où ils veulent. D’ailleurs, chaque fois que le Hezb et les Pasdaran montent une embuscade, les militaires de Jérusalem détruisent une ou plusieurs positions de l’Armée régulière, faisant de nombreux morts et encore plus de blessés. Dans les rangs de l’Armée régulière, on sait qu’on paie cash le choix stratégique que Téhéran a imposé à Assad, on n’y trouve aucun intérêt parce qu’on est complètement absorbé par la tâche de protéger Damas et les grandes villes de l’Ouest, et on ne compte absolument pas sur les Pasdaran et les Hezbollani au cas où, par leur faute, il faudrait affronter les Hébreux.

 

De plus, on ressent douloureusement les frappes meurtrières et dévastatrices des Forces de Défense d’Israël au cœur de Damas, chaque fois que les Perses tentent de faire parvenir des armes sophistiquées au Hezb en passant par l’aéroport de la capitale. Des centaines de soldats alaouites sont déjà morts lors de ces raids.

 

A Jérusalem, où on suit assurément la situation heure par heure, on n’a, pour le moment, aucune raison ni aucune intention de s’empêtrer dans le conflit syrien. Le statu quo convient aux Israéliens, qui se réjouissent de la bonne tenue de l’ASL face à l’offensive de l’Axe. Leur état-major surveille certainement le degré de déploiement des unités iraniennes et il a, tout aussi certainement, tracé des lignes rouges dont le franchissement susciterait une réaction militaire.

 

A Beyrouth, on s’inquiète également – et cela transparait dans plusieurs media – d’une éventuelle tentative de Binyamin Netanyahu de raviver subitement le feu dans les secteurs du Golan et du Sud-Liban afin de montrer au Congrès et au peuple américain la dangerosité représentée par la théocratie chiite. Ce, au moment où le Président Obama désirerait signer un accord avec les ayatollahs, sur le problème nucléaire, mais également sur une coopération stratégique et une relance de leur économie.

 

Possédant l’avantage unique de coopérer étroitement avec mes camarades israéliens de la Ména à Métula, les informations qui me parviennent de leur part indiquent que ces craintes partent d’une nouvelle "libanaiserie", une rumeur hystérique épisodique n’ayant aucune prise dans la réalité.

 

Simplement, à l’instar de Béchar al Assad, on redoute ici que le Hezb, qui obéit strictement aux ordres de Téhéran et donc à ses intérêts, n’entraîne, par ses provocations, tout le pays aux cèdres dans une guerre que nous ne désirons pas, que nous n’avons pas de raison ni les moyens de faire, qui dévasterait à coup sûr tout notre fragile territoire et nous replongerait immédiatement dans une guerre civile.


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Jeu, set et match Iran (info # 012502/15) Version imprimable
Analyse
mercredi, 25 février 2015

 

Par Jean Tsadik

 

Barack Obama est prêt à concéder aux ayatollahs ce qu’ils ont toujours désiré : l’arme atomique, la prévalence régionale et la renaissance économique

 

Nul besoin d’attendre le texte de l’accord faisant l’objet de négociations intensives entre John Kerry et le ministre des Affaires Etrangères de la théocratie perse, Mohammad Javad Zarif, pour affirmer que le Président Obama a menti sur toute la ligne. Tant à Washington devant le Congrès, qu’à l’Assemblée générale de l’ONU et à Jérusalem, il avait déclaré qu’il ne laisserait jamais la "République" Islamique accéder à la bombe atomique. Il avait demandé à tout le monde et en particulier à Israël de lui faire confiance, tançant vertement ceux qui exprimaient des doutes.

 

Quand Obama prétendait que "toutes les options pour empêcher Téhéran de parvenir à son objectif étaient sur la table", faisant allusion, si la voie diplomatique échouait, au recours à la force, il mentait aussi. Il n’a jamais eu l’intention de livrer bataille aux mollahs.

 

Une double course contre le temps est désormais engagée par l’Administration U.S pour s’entendre avec Khamenei avant le délai fixé au 31 mars et pour placer le 1er ministre israélien devant le fait accompli lorsqu’il s’adressera au parlement américain la semaine prochaine.

 

Consciente de ces échéances, la délégation perse fait encore monter les enchères et se montre plus exigeante que jamais. Elle refuse désormais l’idée d’une solution en deux temps : consensus sur les grandes lignes à la fin mars et négociation des détails jusqu’au premier juillet. Elle rejette aussi l’éventualité d’un texte souple, comme Obama les aime, qui laisserait un peu d’espace pour l’interprétation de chacun.

 

De plus, les Iraniens sont toujours intraitables quant à l’abolition des sanctions économiques existantes : pas question pour eux d’une levée graduelle des mesures répressives en vigueur – sur quelques années et parallèlement au constat du respect de leurs engagements -, ils réclament leur abandon en quelques mois ou même en un tenant, à la signature de la convention.

 

Refus également de Téhéran de détruire quoi que ce soit de sa capacité d’enrichissement de l’uranium, le hardware, les outils de production doivent rester intacts. Ce, nonobstant le fait que les 5+1 ont depuis longtemps renoncé au démantèlement de la plupart des centrifugeuses existantes ; ils voulaient n’en laisser que mille à deux mille en mouvement, et ils acceptent maintenant que les ayatollahs en conservent 6 500.

 

Dans la dernière proposition qu’ils ont soumise à leurs interlocuteurs à Munich, il y a quinze jours de cela, les membres permanents du Conseil de Sécurité plus l’Allemagne se contentaient de modifications mineures et réversibles sur les centrifugeuses actuelles, destinées à réduire leur efficacité.

 

Même schéma pour le réacteur d’Arak ; sa destruction n’est plus à l’ordre du jour, on demande simplement aux Iraniens d’y apporter des modifications afin de réduire la quantité de plutonium qu’il est censé produire.

 

Dans ce même document qui aurait dû rester confidentiel mais que les diplomates européens, israéliens et même américains ont abondamment diffusé, il apparaît que l’accord serait limité à une période de quinze ans, que, pendant cette période, la dictature chiite serait autorisée à enrichir du minerai à 3,5 et 5 pour cent, mais uniquement à l’aide des centrifugeuses existantes.

 

Elle pourrait en conserver une partie insuffisante pour confectionner une bombe – 300 kilos – et s’engagerait à envoyer le reste en Russie, où l’uranium serait transformé en carburant nucléaire inoffensif.

 

Les trois diplomates occidentaux auxquels j’ai parlé m’ont tous répété la même chose : l’objectif poursuivi lors des négociations est d’instaurer un breakout time d’un an, qui serait nécessaire aux Perses pour purifier assez d’uranium pour fabriquer une bombe. En d’autres termes, un an leur serait nécessaire, s’ils rompaient leurs engagements, pour parvenir à cette fin. Un laps de temps suffisant est sous-entendu dans cette proposition pour permettre aux Occidentaux, voire à Israël, d’envisager un recours militaire si Téhéran brisait l’accord.

 

Ce, à la condition qu’il ne se lance pas dans de l’enrichissement masqué qui échapperait à la perspicacité des inspecteurs de l’AIEA. Sur ce point les choses sont assez mal barrées, puisque l’Agence Internationale de l’Energie Atomique rapporte déjà, avant la signature éventuelle d’un nouveau compromis, que les Perses leur interdisent l’accès de certains sites sensibles, potentiellement militaires.

 

Dimanche dernier, Binyamin Netanyahu s’étonnait, au moment même où, à Genève, Kerry rencontrait une fois de plus Zarif, que les discussions se poursuivent alors que l’Iran ne respecte même pas les termes de l’accord intermédiaire qui assurait la libre circulation des agents de l’organisation viennoise. "Non seulement ils continuent (de discuter)", a dit le président du conseil israélien, "mais ils ont encore augmenté leur effort pour atteindre un accord sur le nucléaire dans les prochains jours ou les prochaines semaines".

 

Les spécialistes du dossier pensent particulièrement au camp de Perchin, dans lequel les khomeynistes sont fortement soupçonnés d’avoir élaboré et testé des équipements militaires spécifiques aux bombes atomiques. Depuis, ils ont rasé les installations en question et ont même nettoyé les terrains avoisinants au peigne fin, mais les experts de l’AIEA sont convaincus que les Iraniens n’ont pas pu éliminer toutes les traces de leur commerce, eux qui continuent de clamer qu’ils ne poursuivent aucun projet nucléaire militaire.

 

L’un des diplomates avec lequel j’ai conversé m’a avoué que les 5+1 n’insistaient plus sur l’inspection de Perchin, car si les inspecteurs y trouvaient ce que tout le monde est sûr qu’ils y trouveront, cela signifierait la fin des tractations diplomatiques, ce qui est contraire aux intentions des 5+1 en général, et du président américain, en particulier.

 

Et Binyamin Netanyahu ne pouvait, en principe, pas être au courant des révélations fournies pas plus tard qu’hier (mardi) quant à l’existence depuis 2008, dans la banlieue nord-est de Téhéran, d’un centre de recherche nucléaire souterrain, soustrait à l’activité des inspecteurs de l’AIEA et en complète contradiction avec les engagements pris par l’Iran au terme de l’accord de janvier dernier.

 

Ce site, Lavizan-3, révélé par la Coalition de la Résistance Nationale en Iran, est utilisé pour la recherche et le développement de la bombe atomique, au moyen de centrifugeuses de nouvelle génération IR-2m et IR-4, que Téhéran prétend ne pas avoir mis en opération.

 

Il existe peu de doutes quant à l’authenticité de ces divulgations, vu que la Coalition de la Résistance Nationale en Iran, ou NCRI, était déjà l’organisation clandestine qui, au début des années 2000, avait annoncé au monde l’existence de l’usine d’enrichissement de Natanz et du réacteur à plutonium d’Arak.

 

lavizan3.jpg

Photo satellite du périmètre sous lequel est dissimulé le centre

de recherche nucléaire secret de Lavisan-3 à Téhéran

 

Voilà qui est de bien mauvais augure pour la suite et qui hypothèque objectivement la valeur de la signature des ayatollahs sur un nouveau contrat.

 

Ce qui n’empêche nullement Washington de poursuivre frénétiquement les pourparlers en faisant cavalier seul, les Américains menant les discussions avec Zarif à l’écart de leurs cinq partenaires, et ne "leur rapportant pas forcément tous les détails des consultations en cours et des informations sensibles en leur possession", à en croire l’un des amis diplomates qui me renseignent.

 

Officiellement, ce serait pour empêcher les fuites en direction de Jérusalem, pour ne pas verser de l’eau au moulin de Netanyahu, mais parmi les négociateurs européens au chômage technique, l’inconfort gagne, en même temps que l’impression que Kerry prend des initiatives téméraires. Deux de mes interlocuteurs ont cru bon de me rappeler qu’Israël n’était pas seul concerné, et que l’Union Européenne craignait également la nucléarisation de Téhéran.

 

La situation demeure assez claire, au-delà des réticences des alliés d’Obama et de la contestation qu’il provoque chez ses adversaires en Israël, mais aussi, et en bien plus grand nombre, aux Etats-Unis.

 

Jusqu’à la très prudente Associated Press, qui écrit que "les Etats-Unis et l’Iran dessinent les contours d’un accord qui gèlerait initialement le programme nucléaire de Téhéran mais qui lui permettrait de reprendre lentement des activités rampantes pouvant être utilisées à faire des armes nucléaires durant les dernières années de l’agrément".

 

Jennifer Rubin, pour le Washington Post, parle carrément d’ "une capitulation totale face aux exigences des mollahs, de la répudiation de la position des administrations tant Démocrate que Républicaine, et du premier pas vers une course aux armes nucléaires au Moyen-Orient".

 

On compte ce genre de commentaires par dizaines, en Amérique principalement, mais pas uniquement dans le camp conservateur ; et comme nous ne sommes pas en train d’effectuer une revue de presse, je résumerai sans les trahir la position de ces intervenants en exprimant qu’ils s’accordent parfaitement avec les propos du 1er ministre hébreu lorsque celui-ci exprimait dimanche que "cet accord est dangereux pour Israël, la région et le monde".

 

Binyamin Netanyahu se rend à Washington pour exhorter le Congrès à s’opposer activement à la signature du compromis et à voter de nouvelles sanctions contre le régime des ayatollahs, ce qui mettrait un terme aux tentatives de parvenir à une entente par les voies diplomatiques.

 

Il va certainement trouver des oreilles attentives sur les berges du Potomac et peut-être le soutien qu’il est venu y chercher. Hormis l’Administration Obama, c’est, de façon très surprenante, à la maison qu’il se heurte à l’opposition la plus concrète et la plus construite. Celle-ci émane du Mossad, le service de renseignement israélien, qui a fait plusieurs fois parvenir le point de vue de ses experts contestant l’avis du 1er ministre à des organes de presse étrangers. De manière assez saisissante, qui ne s’explique que par la proximité des élections générales au pays de Canaan et par l’intérêt de Netanyahu de ne pas se disputer sur la scène publique avec ses propres services (en principe) secrets, le 1er ministre n’a pas réagi ouvertement à l’incursion du Mossad sur la scène politique.

 

Pourtant, ce dernier a fait savoir que l’intérêt d’Israël se situait dans le camp des minimalistes ; ceux qui pensent qu’un mauvais accord avec Khamenei vaut mieux que pas d’accord du tout, et qu’il est préférable pour l’Etat hébreu d’accepter l’émergence d’un Iran au seuil de la bombe atomique, que de le pousser, en l’isolant, à tenter de la confectionner sans attendre, ne laissant à Jérusalem que le choix d’une intervention militaire immédiate. Une intervention "forcée" contre un pays de 75 millions d’habitants, que les services redoutent.

 

Le Mossad a fait savoir, dans cette veine, qu’il pensait que le vote de nouvelles sanctions par le congrès participait d’un acte contre-productif.

 

A Netanyahu, qui prétendait, en octobre 2012 à la tribune des Nations Unies, brandissant le dessin d’une grenade allumée, que Téhéran n’était qu’à quelques mois de la capacité nucléaire, le Mossad répondait, le mois suivant, que c’était certes exact, mais "que les Iraniens n’avaient pas entrepris les activités nécessaires pour y parvenir".

 

Le rapport "secret" du Mossad de 2012 se concluait ainsi : "En résumé : même si, à ce stade, l’Iran ne réalise pas les activités nécessaires à la production d’armes, il s’active à remplir les manques dans des domaines au demeurant légitimes, tel l’enrichissement, les réacteurs, ce qui réduira le temps requis pour la production d’armes dès le moment où les instructions dans ce sens seront données (par le régime)".

 

Toute la question, on le voit bien, consiste à choisir si l’on accepte que l’Iran devienne un pays "au seuil de la bombe", à l’instar de l’Allemagne ou du Japon, par exemple, ou s’il y a lieu de le contraindre à détruire l’équipement qui l’a amené à cette position.

 

Cette interrogation s’accompagne cependant de nombreuses nuances et de multiples interrogations. En observant, qu’au contraire de Berlin et de Tokyo, la junte religieuse chiite est tout sauf une démocratie, qu’elle s’oppose idéologiquement aux valeurs occidentales qu’elle appelle à combattre, qu’elle est ouvertement antisémite et œuvre à la destruction d’Israël, qu’elle est le principal soutien mondial des organisations terroristes, qu’elle est en guerre permanente avec la partie sunnite de l’islam, et qu’elle pratique la torture et foule aux pieds les fondements mêmes des droits de l’homme.

 

Accepter un tel membre dans le club des pays "au seuil de la bombe" procède d’une décision risquée. En faire, comme c’est l’objectif sous-jacent d’Obama, un allié privilégié et à long terme des Etats-Unis pour réduire leur dépendance vis-à-vis de l’Arabie Saoudite et des autres fournisseurs arabes de pétrole, pour prévenir des guerres civiles totales et "irrécupérables" en Irak, en Syrie, en Afghanistan et au Liban et pour participer aux côtés de l’Oncle Sam à la lutte contre Al Qaeda et ISIS, est plus osé encore.

 

A Jérusalem, des spécialistes se demandent carrément si le pensionnaire de la Maison Blanche n’a pas perdu une partie de sa raison, notamment en retournant sa veste aussi rapidement, passant d’un soutien extrême et inexplicable aux Frères Musulmans durant les printemps arabes, les piliers du sunnisme dans le monde musulman, au soutien de leur pire ennemi chiite, largement plus haï qu’Israël, au point d’en faire une grande puissance régionale.

 

Le plus inquiétant pour les "anciens" alliés d’Obama est qu’il n’a pas attendu la conclusion de l’accord avec Khamenei, ni même son acceptation d’une alliance avec l’Amérique, pour appliquer sa nouvelle politique. On se souvient ainsi que Bachar al Assad, le protégé de Téhéran, était décrit il y a peu par Obama comme le tyran par excellence, l’autocrate sanguinaire à dégommer à tout prix. Eh bien aucun des soldats, des avions et des chars d’Assad n’a jamais été visé par l’un des chasseurs-bombardiers U.S qui survolent jour et nuit la Syrie, bombardant sans relâche les ennemis de Bachar et des Perses, les djihadistes de l’Etat Islamique et d’al Qaeda.

 

Bien plus préoccupant, principalement pour les Israéliens et les Libanais, est le blanc-seing de facto accordé par la Maison Blanche au déploiement des Gardiens de la Révolution khomeyniste en Syrie, aux frontières du pays aux cèdres et de l’Etat hébreu, très loin de leurs bases en Perse, à 20 kilomètres de notre rédaction.

 

Non seulement l’Administration Obama ne combat-elle pas l’intervention armée des Pasdaran et de leurs supplétifs chiites libanais en Syrie, encore ne la condamne-t-elle même pas. Ce, quand bien même leur but consiste à ouvrir un nouveau front hyper-dangereux au nord-est d’Israël et à aider leurs porte-flingues du Hezbollah à finir de mettre la main sur le Liban, autre allié traditionnel des USA et de l’Occident.

 

Or, dans le Golan, à l’abri des frappes et des critiques étasuniennes, pendant que nous publions ces lignes, des milliers de soldats de l’Armée régulière iranienne combattent l’Armée Syrienne Libre, que Washington, déclare soutenir, qu’il forme, qu’il arme et qu’il conseille. Et si l’ASL perd pied dans le Golan, elle disparaîtra de l’échiquier politique syrien, l’abandonnant exclusivement aux alaouites et aux extrémistes sunnites. Et l’Iran disposera d’une frontière commune, d’une aire de frottement avec l’Etat hébreu. Face à des comportements à ce point contradictoires on sort de la sphère de l’analyse stratégique pour questionner le bon sens de l’homme le plus puissant de la planète. C’est précisément ce à quoi se livrent certains spécialistes israéliens.

 

Que dire, encore, du fait que Barack Obama choisit comme allié stratégique un régime qui pend par centaines au faîte des grues les homosexuels, les femmes jugées infidèles au terme de simulacres de procès, alors que, très souvent, elles ont simplement subi des viols ou qu’elles ont tué pour se défendre d’agressions sexuelles, des poètes, des libres penseurs, des opposants inoffensifs, des chrétiens, des zoroastriens, des Kurdes, des bahaïs et, plus généralement, les adeptes des autres religions ? Que dire du fait que l’Administration Obama ne condamne plus ces assassinats pour ne pas gêner les négociations, et que la plus grande démocratie du monde, le phare du monde libre, abandonne tous ces malheureux, de même que la population iranienne oppressée en permanence, à leur abominable sort ?

 

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Cohérence ou reddition (suite et fin)(info # 012102/15) Version imprimable
Analyse
samedi, 21 février 2015

 

Par Stéphane Juffa

 

Nous, cela fait quinze ans que nous mettons en garde contre l’incitation des media français à la haine d’Israël et donc à l’antisémitisme, avec des centaines d’analyses à l’appui en guise de preuves de ce que nous avançons.

 

Nous étions les seuls à établir cette relation de cause à effet jusqu’en 2005, les seuls à dénoncer le lien existant entre la démonisation systématique d’Israël dans les media français et la multiplication des actes antisémites. Mais en 2005, le ministre de l’Intérieur d’alors, Dominique de Villepin, commanda à une source neutre, le Dr. Jean-Christophe Rufin, un rapport sur l’état et les raisons de l’antisémitisme en France et sur les moyens de le combattre.

 

Lequel Rufin, écrivain, médecin et président d’une association humanitaire, préconisait des mesures radicales pour lutter contre le fléau envahissant d’un antisémitisme à la française, de plus en plus violent et étendu. De ce rapport se dégageait non seulement le constat d’une recrudescence inquiétante des actes de nature raciste et particulièrement antisémite, mais également, et surtout, l’urgence d’agir. 

 

Il y a dix ans, il était urgent d’agir, mais, tout en déclarant le contraire, Villepin et le gouvernement auquel il appartenait ne réalisèrent aucune des suggestions du rapport, ce qui a plus que probablement mené à la situation dramatique que nous connaissons aujourd’hui.

 

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Rien ne change dans la propagande antijuive (affiche de l’Occupation)

L’un des problèmes majeurs de la guerre contre l’antisémitisme

est que c’est une guerre civile

 

Il est absolument indispensable de lire le papier "Paroles de ministre. Le rapport Rufin : pour rien", qu’avait rédigé notre consœur Viviane Miles à l’époque, et qui comprenait une interview de M. Rufin. Ce que la Ména avait publié il y a une décennie, lu dans le prisme des évènements actuels, est insupportable de vérité. On peine à comprendre l’inaction d’alors, et, plus encore, qu’elle se poursuive actuellement ; ça nous fait penser à de la négligence dans sa qualification pénale.

 

Voici un extrait de l’article de Viviane Miles : "La proposition la plus significative de Rufin concernait l’antisémitisme d’amont. Elle appelait à la promulgation d’une loi qui complèterait celles du 1er juillet 1972 et du 13 juillet 1990 (la loi Gayssot), punissant « ceux qui porteraient sans fondement à l’encontre de groupes, d’institutions ou d’Etats, des accusations de racisme et utiliseraient à leur propos des comparaisons injustifiées avec l’apartheid ou le nazisme »".

 

C’est sans doute l’endroit de citer Pascal Boniface, le fondateur et directeur de l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques, l’IRIS ; une entreprise au financement nébuleux, qui forme toutefois de nombreux cadres du ministère français des Affaires Etrangères et qui a financé le livre de l’un de ses "chercheurs", Barah Mikhaïl, pour tenter de décrédibiliser la Ména par des successions de contrevérités. Un ouvrage que personne n’a jamais lu mais qui sert toutefois de support principal à l’article consacré à notre agence dans l’édition française de Wikipédia.

 

Boniface, autre maillon central du "système français", souvent invité par les chaînes TV tricolores pour "expliquer" les avatars du Moyen-Orient aux téléspectateurs, avait, dans l’un de ses propres ouvrages, déterminé que ce n’était pas un hasard si l’Etat d’Israël et l’apartheid étaient nés le même jour.

 

Vive la révolution et suite de l’extrait de l’article de Madame Miles : "Enfin une recommandation concrète qui aurait pu infléchir vers le bas la courbe de progression des actes antijuifs en France ! Pour nous, c’était le b-a ba de la prévention, mais l’essentiel tenait dans cette prise de conscience du problème par le pouvoir hexagonal. De grandes injustices ont déjà été infligées à la nation d’Israël dans les media tricolores, générant leurs wagons de haine, mais, au moins, le rapport Rufin entretenait l’espoir de limiter les dégâts, de dé-normaliser la propagation impunie d’informations mensongères et déformantes relatives à l’Etat hébreu et à son peuple.".

 

En 2005 !

 

Depuis la mise en scène de l’assassinat de Mohamed Dura par les soldats de Tsahal, diffusée gratuitement par le service public à toutes les chaînes TV du globe, une génération de Français a grandi bercée par cette haine insatiable d’Israël et de ceux qui la soutiennent, sur tous les media de l’Hexagone. Ces mensonges, ces dénis à répétition, sortes de Protocoles des Sages de Sion modernes, mais terriblement plus unanimement et sérieusement répandus, boostés à la puissance mille par l’amplification audiovisuelle et déversés entre autres par des media d’Etat, ont fait en sorte, comme l’ont démontré des études et des sondages récents, réalisés par des instituts crédibles, que c’est en France, de toute l’Europe occidentale, que l’on trouve le plus grand nombre de personnes se déclarant antisémites. 37% selon un sondage réalisé par Anzalone Liszt Grove Research entre juillet 2013 et février 2014. C’est également en France que l’on dénombre le plus grand nombre d’actes antisémites perpétrés dans la même partie du monde.

 

Ce sont ces constatations qui me font penser qu’il est peut-être déjà trop tard pour inverser la tendance, car l’effort nécessaire pour y parvenir est en tous points monumental, s’agissant d’écarter sans états d’âme les antisémites des ramifications du "système" français – un sacré projet ! -, et de forcer la machine médiatique à restituer une image rationnelle, proportionnelle et surtout fidèle d’Israël dans les cerveaux atteints.

 

Les résistances ne manqueraient pas, entre ceux qui ont cru Fr2, et qui sont désormais honnêtement convaincus que les Juifs sont à ce point dégénérés et pervers pour, 45 minutes durant et sans interruptions (selon le témoignage du cameraman de Fr2 Talal Abou Rahma), concentrer leur feu, parmi deux cents adultes, sur un jeune Palestinien pour connaître la satisfaction de le tuer. Car ce n’est que de cette satisfaction sadique "à la Morin, Sallenave et Naïr" qu’il pouvait être question, puisque l’assassinat de Mohamed Dura ne leur procurait aucun avantage tactique ou stratégique et que le jeune "shahid" ne présentait aucun danger pour les militaires retranchés, en 2000, au carrefour de Nétzarim. Ces millions de Français ne comprendraient pas qu’on leur raconte maintenant une histoire différente, et ils pourraient, à juste titre dans la logique ambiante, y voir la main du complot juif et de l’épouse de Manuel Valls. Et cela risque de ne pas leur plaire et de ne pas se passer sans encombre.

 

Il y a aussi ceux qui s’opposeraient à la révolution pour des raisons d’intérêt, parce qu’ils profitent professionnellement du système en place ou des largesses des émirs qui exigent des comportements antijuifs.

 

Et il y a les antisémites traditionnels, qui trouvent chez les membres des deux groupes précédents des intérêts concordants, ce qui peut mener à des rencontres inattendues comme celle entre M’bala M’bala et Jean-Marie Le Pen.

 

Mais dans ce pays, on préfère combattre – c’est infiniment plus simple - le fantôme de l’islamophobie, peut-être à titre préventif, car je suis, sans doute comme beaucoup d’entre vous, incapable de citer le nom d’un seul islamophobe ou d’un quelconque intellectuel ayant réalisé l’amalgame entre les meurtriers de Charlie et de l’ "Hyper Cacher" et l’ensemble de la population musulmane, même après la perpétration de ces crimes.

 

La révolution dont je traite dans cet article réclame aussi de reconsidérer les relations de Paris avec tous les Etats où l’antijuivisme est raison d’Etat, et de ne pas accepter cette posture comme une catastrophe naturelle ; cette exigence est singulièrement nécessaire dans les relations avec des Etats musulmans, sous peine de voir, comme c’est le cas actuellement, leur antisémitisme donner un mauvais exemple aux jeunes gens issus de la population immigrée. Le silence, au sommet de l’Etat, face par exemple à l’antisémitisme frénétique d’Erdogan et Davutoglu en Turquie, laisse à penser que cette forme de racisme procède d’un point de vue légitime et acceptable, puisqu’il est le fait de régimes amis de la France et qu’icelle n’y trouve rien à redire.

 

Il faudrait, de plus, si l’on entend effectivement terrasser l’antisémitisme, revoir les instructions données aux représentants tricolores auprès des institutions internationales. Car, comme ce fut le cas au Conseil des Droits de l’Homme, accepter sans broncher que 21 des 25 condamnations de pays en une année ciblent l’Etat hébreu, non seulement profère des justifications d’agir aux aspirants djihadistes, mais, de plus, néglige la protection nécessaire des personnes et de leurs droits fondamentaux en Iran, au Pakistan, en Corée du Nord, en Chine, et dans un grand nombre d’autres pays, dont la plupart des Etats musulmans.   

 

Voilà ce qu’exige la lutte pour l’éradication de l’antisémitisme en France, en considération des proportions qu’on lui a laissé prendre. On le constate, cela dépasse, et de loin, la prise de quelques mesures apaisantes qui démontreront leur inutilité au prochain attentat. C’est d’une révolution dont il s’agit, presque d’une guerre, comparable sur le plan idéologique à celle qui a opposé la Résistance et la Milice.

 

La mesure première et urgentissime, on l’aura compris, passe par la réintroduction du devoir de réserve, du devoir de vérité et de respect d’Israël dans les media – elle ferait d’Israël un Etat ayant les mêmes droits que les autres, et, partant, des Juifs français, des citoyens ayant les mêmes droits que les autres -, mais le reste doit suivre.

 

La demi-mesure, les décisions au rabais feront qu’il faudra sempiternellement et de plus en plus souvent compter les morts des agressions islamo-fascistes et trouver de nouvelles formules pour exprimer sa sympathie aux parents des victimes et à leur communauté.

 

On peut aussi renforcer la protection policière des Israélites et des journalistes ; mais pendant combien de temps ? Pendant combien de temps croit-on que les mères de familles accepteront de voir passer leur progéniture entre deux gendarmes sur le seuil de l’école. De trembler en se demandant à chaque instant s’il ne lui est rien arrivé de fâcheux.

 

Ce, d’autant plus qu’en Israël, on annonce pour 2015 une croissance de plus de 7 pour cent et que tous les autres indicateurs économiques sont au beau fixe. En Israël, où les Juifs peuvent respirer et s’occuper de se défendre de manière appropriée. Où ils ne voient pas leur reflet en monstres chaque fois qu’ils regardent un journal télévisé ou un documentaire.

 

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Cohérence ou reddition (1ère partie)(info # 022002/15) Version imprimable
Analyse
vendredi, 20 février 2015

 

Par Stéphane Juffa

 

Jusqu’à quand sera-t-il possible de se tromper en prenant les mauvaises dispositions pour combattre l’antisémitisme et les crimes qu’il engendre ? Visiblement, l’exécutif français n’a pas pris la mesure du problème et ne réalise pas l’ampleur de l’effort nécessaire, ne serait-ce que pour incurver la tendance de l’antisémitisme dans le pays qu’il gouverne.

 

Placer des gendarmes devant chaque lieu de culte israélite c’est bien plus que bien, c’est absolument nécessaire, car s’ils ne s’y trouvaient pas, on assisterait probablement à des carnages quasi hebdomadaire dans l’Hexagone.

 

Les dispositions juridiques destinées à combattre le terrorisme sont du même tonneau : si elles n’avaient pas été adoptées, les moyens légaux de poursuivre les terroristes n’existeraient pas.

 

On annonce aussi une offensive gouvernementale sur le Net pour dissuader les candidats potentiels au Djihad de se rendre en Syrie ou de faire des cartons sur les journalistes athées et les Juifs. Cela peut servir en cela que ça va dans la bonne direction, mais c’est de la Hasbara – de l’explication - à la française, et la Hasbara, comme le gouvernement israélien a pu s’en rendre compte au fil des années, cela ne convainc que les convaincus et ceux, peu nombreux, qui peuvent encore l’être.

 

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"Hyper Cacher", pourfendre l’antisémitisme et les antisémites

ou laisser partir les Juifs

 

S’en prendre à Netanyahu, lorsqu’il appelle les Israélites à se rendre massivement en Israël ? Pourquoi pas ? En affirmant aux Juifs qu’ils sont chez eux en France, que la France les aime et qu’elle ne serait plus la même s’ils s’en allaient ? Cela sonne agréablement à l’oreille, mais c’est tellement insuffisant pour répondre à leur questionnement !

 

De quel poids ces bonnes intentions pèsent-elles dans la guerre de l’antisémitisme face à la simple affirmation parue dans Le Monde, en juin 2002, selon laquelle Israël "est un peuple méprisant ayant satisfaction à humilier" ?

 

Après des proclamations de ce genre, on ne se demandera plus : comment peut-on haïr les Juifs, mais comment peut-on ne pas être antisémite ? D’ailleurs, cette question fait florès sur les réseaux sociaux.

 

Il en est ainsi lorsque l’on sait que les auteurs de l’article qui contenait cette déclaration – ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres -, Danièle Sallenave, Edgar Morin et Sami Naïr, se situent au cœur encensé du "système" tricolore. Sallenave dispose d’une chronique hebdomadaire sur France Culture et elle a été élue à l’Académie française en 2011, et le Commandeur de la Légion d’Honneur Morin a reçu tant de distinctions, que leur énumération prendrait presqu’autant de place que mon article. [Lire ou relire absolument "Ca vient bien d’en haut… et c’est grave" de 2004. Ndlr.]

 

Ces auteurs assurément antisémites ne se situent pas dans la marginalité de l’expression française actuelle mais dans son ton, et c’est ce qui crée problème, parce qu’ils sont fort nombreux.

 

C’est un ton dans lequel il est loisible de critiquer Manuel Valls parce qu’il vit avec une Juive et que cela l’a "évidemment" placé sous l’influence d’Israël. Après déblaiement des scories, on dira plus clairement que le 1er ministre subit ce genre d’agression, parce qu’il refuse d’entrer dans la détestation d’Israël et qu’il conserve une attitude équilibrée – pas même pro-israélienne – dans son appréhension du conflit proche-oriental, et que cette attitude est de moins en moins acceptable, à Paris, par les temps qui courent.

 

Comme l’ineffable Roland Dumas, bien d’autres détracteurs ont également remarqué que Valls avait quitté l’Hémicycle juste avant le vote d’infamie par lequel le parlement tricolore vient de reconnaître l’Etat de Palestine, avec pour frontière occidentale la ligne d’armistice de 1967 entre Israël et la Jordanie. Et cela les contrarie grandement.

 

Reste que les observateurs mentionnent que l’antisémite cacochyme fut tout de même président du Conseil Constitutionnel, ce qui le situait lui-aussi en plein centre du "système" français, après avoir notamment détenu le portefeuille des Affaires Etrangères, entre autres ministères.

 

Or les gens du "peuple qui prend de la satisfaction à humilier les Arabes" n’ont pas oublié l’impact dévastateur que Dumas avait eu sur les relations entre Paris et Jérusalem durant ses années au Quai d’Orsay, à l’instar d’Hubert Védrine et de quelques autres "grands hommes".

 

L’interrogation qu’on ne se pose pas, à tort, consiste à se demander si la détestation des Juifs est venue à Dumas avec son grand âge, ou si, peut-être, par hasard, j’ose, il la nourrissait déjà lorsqu’il gravitait dans les plus hautes sphères de l’Etat français. Las, s’ils sont incapables de se poser cette question, comment pourraient-ils se demander s’il n’y a pas d’autres Roland Dumas, actuellement, à des postes qui comptent ; là où, précisément, Valls et Hollande auraient besoin d’alliés qui partagent leur amour pour les Français israélites, et qui sont censés leur montrer à quel point on n’a pas envie qu’ils partent.

 

Problème d’enracinement. Mais aussi d’intérêts, d’influences et de politique. Car Roland Dumas n’a pas exprimé sur le tard une espèce de cri du cœur, ne soyez pas naïfs ! Ne faites pas semblant de ne pas voir que le microcosme bleu-blanc-rouge se partage aujourd’hui, très inégalement d’ailleurs, entre l’influence arabophile, systématiquement antisémite, et une poignée d’amis d’Israël et des valeurs qu’elle transporte.

 

A Paris tout le monde sait que, depuis Saddam Hussein, les dictateurs arabes se paient des députés et des ministres en espèces sonnantes et trébuchantes ; la Ména a consacré moult analyses à ce phénomène, preuves et détails à l’appui.

 

Quant à Roland Dumas, il faisait fréquemment le court voyage de Genève, où il utilisait le consulat de France, rue Saint Léger, comme un pied-à-terre personnel. On l’y voyait confier de grosses sommes d’argent à un vieux banquier helvète, qui ne faisait pas mystère de ses opinions fascisantes. Comme à mon habitude, je ne relate pas cela sans preuves et sans témoins ; d’ailleurs on peut aussi se demander pour quel motif Dumas aurait rencontré régulièrement ce sinistre personnage pour parler d’autre chose que d’argent, à moins qu’ils ne devisaient de philosophie…

 

De fait, Dumas, qui n’est pas si sénile qu’il y paraît, appartient à un camp et Valls à un autre ; et la récente remarque du premier cité quant à l’inféodation du second à l’Etat hébreu est aussi habile que pernicieuse.

 

Quand on voit le pullulement des sites Internet faisant la liste de tous les Juifs qui dirigent la France dans les domaines de la politique du business et du spectacle, même si pour moitié ils ne sont pas réellement de descendance mosaïque, on recadre sans peine l’intention derrière l’invective de Dumas. Valls "en ferait partie" par alliance avec sa "sorcière". Toutes les Juives ne sont-elles pas des manipulatrices au service du complot permanent qui caractérise leur peuple.

 

L’idée de la cabale juive, à l’affût des moments de faiblesse des indigènes, était largement partagée par le Général de Gaulle ; elle resurgissait par intermittence dans ses interminables discours, comme dans celui, célèbre, du peuple sûr de lui-même et dominateur. Cette conviction dominait apparemment le souvenir de tous ces Israélites qui l’avaient rejoint et aidé à Londres, et ceux qui avaient restauré l’honneur écorné de la France en résistant à Rommel à Bir Hakeim et dans les maquis.

 

On peut aussi mentionner dans cette liste de Juifophobes ou de "Juiforéticents", la plupart des présidents de la Vème République. Avec un astérisque à côté du nom de Jacques Chirac, qui était persuadé que le Mossad se dissimulait derrière tous les malheurs du monde, jusqu’à en devenir hystérique, selon ses proches.

 

Ou évoquer le patronyme de Raymond Barre, faisant la différence, après l’attentat de la rue Copernic, entre les victimes juives et les Français innocents ; et qui proposait au conseil des ministres de reconstruire la fabrique de bombes atomiques livrée par Paris à Saddam Hussein, Osirak ou O Chirac, après sa destruction par le Khe’l Avir, mais en souterrain, pour la préserver des attaques des Juifs. Barre, qui avait en outre garanti au dictateur irakien qu’aucun ingénieur israélite ne participerait au projet et qui tint parole.

 

Je ne suis pas en train de rédiger un papier historique à propos de l’antisémitisme d’Etat en France, évitant d’ailleurs de remonter au déferlement antijuif engendré par l’état-major de l’Armée française à l’occasion de l’Affaire Dreyfus ou à l’époque vichyssoise et ses récipiendaires de la Francisque.

 

Mais je veux dire quatre choses, à savoir que cet antisémitisme n’est ni nouveau ni marginal, que les deux derniers présidents, Sarkozy et Hollande, sont les premiers d’une longue série à n’être strictement pas affectés ou infectés par l’épidémie, que leur bonne volonté est absolument insuffisante pour remettre la France sur le droit chemin, mais qu’il existe des moyens référencés par des sources françaises neutres pour tenter de la combattre efficacement.

 

Parce que pour y parvenir, il faudrait une véritable révolution nationale, je pèse mes mots et je ne suis pas même certain qu’il ne soit pas trop tard.

 

La faute à ces politiciens qui ne peuvent pas sentir les Israélites et les Israéliens, et qui servent de mur de protection au vecteur principal de cette peste que sont les media et les think-tanks français.

 

Comment voulez-vous combattre l’antisémitisme alors que le directeur des programmes de France 2, Thierry Thuillier, avait été pris sur le vif par la Ména, en février 2004, en train de mettre en scène l’assassinat de trois jeunes Palestiniens par Tsahal, coupables, selon Thuillier, d’avoir donné des coups de pieds dans la barrière de sécurité ? Thuillier, non content de son forfait, qui critiquait à la fin de l’émission la presse israélienne pour ne pas avoir fait état de l’incident qu’il venait d’inventer. [Lire ou relire attentivement "Les émules d’Enderlin à un doigt de l’accusation de crime rituel". Ndlr.]

 

Les interventions télévisées de Charles Enderlin, le faussaire de Nétzarim, donnent l’impression, par leur contenu, de comptes-rendus courageux d’un reporter émettant depuis un pays en guerre avec la France. Tout comme l’AFP, véritable grossiste de détestation d’Israël, n’hésitant jamais, elle non plus, à inventer des crimes de guerre israéliens ou à "retoucher" les déclarations d’officiels hébreux lorsque l’actualité ne permet pas de stigmatiser suffisamment l’Etat à l’étoile de David, et qui, dans ses dépêches, utilise un mode opératoire spécifique à l’encontre d’Israël, qu’elle n’applique à aucun autre pays de la planète.

 

Comment peut-on donc ne pas être antisémite en France ?

 

Pays où LCP, La Chaîne Parlementaire, chaîne d’Etat s’il en est, participe à la mêlée, en diffusant, ces derniers jours, juste après al Jazzera, un documentaire de propagande du réalisateur Yotam Feldman, intitulé "Vendeurs de guerre". Son titre original est The Lab - le laboratoire - pour expliquer qu’Israël génère des conflits avec ses voisins, particulièrement avec les Palestiniens à Gaza et en Cisjordanie, non pas pour se défendre contre d’éventuelles agressions d’organisations terroristes, mais pour servir à la mise au point d’armes – le laboratoire – et pour en faire de la publicité. L’Etat hébreu, à en croire les auteurs et de mémoire, serait ainsi devenu le quatrième exportateur d’armes au monde.

 

C’est presque exact au niveau statistique, sauf que, selon l’Institut International de Stockholm pour la Paix, qui fait référence en la matière, en 2013, Israël était seulement le 8ème exportateur mondial, avec un chiffre d’affaires d’un peu moins de huit milliards d’euros. Le quatrième, c’est… la France, avec exactement le double d’exportations.

 

Mais personne n’en parle dans le film car c’est probablement "hors sujet" ; ce, d’autant plus que ce sont les contribuables français et belges qui ont financé ce "chef d’œuvre" qui n’avait aucune chance de voir le jour sans leur concours par l’intermédiaire du Centre National de la Cinématographie et de France Télévisions.

 

France Télévisions, le propriétaire de Fr2, entre autres, déjà célèbre dans le monde arabe et les banlieues françaises pour sa fiction : "L’assassinat en direct de Mohamed Dura par la soldatesque israélienne", en septembre 2000. Un film qui a fait beaucoup pour le rapprochement entre les communautés juive et musulmane dans le monde en général, et en France, en particulier. Le financement de ce type de films ne colle pas avec les déclarations de Valls et de Hollande, elles vont même en sens contraire ; pour faire la révolution, il faut commencer par être cohérent.


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Métula, un 20 février (info # 012002/15) [Reportage TV] Version imprimable
Reportage
vendredi, 20 février 2015

 

© Metula News Agency

 

Naan, pas les Alpes, ce n’est pas Zermatt, c’est Métula-700 en Galilée, sous 20 centimètres de neige.

 

Ce matin. De belles images aériennes sur un extrait de la Rhapsodie russe de Rachmaninov.

 

Deux minutes de détente à passer ensemble, pour partager d’autres émotions.

 

Et pour amortir le choc d’une analyse très lourde et douloureuse qui suivra dans un moment.

 

Eh oui, les intempéries et les malheurs du monde, ce n’est pas notre faute. Notre travail consiste à les mettre en évidence le plus fidèlement possible.

 

http://youtu.be/3LizEb0NOTQ

 

 

 
Offensive irano-syro-hezb dans le Golan (info # 011202/15) Version imprimable
Analyse
jeudi, 12 février 2015

 

Par Stéphane Juffa

 

Les media gouvernementaux syriens, iraniens et libanais proches du Hezbollah ont annoncé que leurs forces conjointes avaient lancé, ces derniers jours, une offensive majeure dirigée contre les provinces du Sud-Ouest de la Syrie, Quneitra et Deraa. Le but de cette manœuvre consiste à déloger l’Armée Syrienne Libre (ASL) des positions qu’elle occupe le long des frontières israélienne et jordanienne.

 

Cette opération poursuit plusieurs objectifs : empêcher l’approvisionnement en armes, en hommes et en munitions de l’ASL via les deux pays limitrophes, ainsi que l’aide américaine et européenne qui y transite, reprendre le contrôle stratégique du point de passage de Quneitra avec Israël, et permettre, le cas échéant, au Hezbollah et aux Pasdaran de lancer des raids contre l’Etat hébreu.

 

Mais surtout, l’opération en cours a pour but suprême de barrer la route de Damas à l’ASL par le Sud et le Sud-Ouest. Ce, alors que ces dernières semaines, des affrontements se sont déroulés à l’intérieur de la capitale syrienne, qui a en outre été touchée par des bombardements de l’artillerie rebelle.

 

Or la région du Golan est la dernière à se trouver sous le contrôle exclusif des sunnites non islamistes de l’ASL, précisément les partisans de Jabkhat Thowar Suriya, le Front Révolutionnaire Syrien (FRS), dont les reporters de la Ména avaient photographié le drapeau au checkpoint de Quneitra.

 

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C’est toujours le drapeau de l’ASL qui flotte sur le poste frontière de Quneitra

Archives © Metula News Agency

 

Le maintien de l’ASL dans cette zone est largement dû au soutien que lui procurent Israël et le Royaume hachémite. En Jordanie, cette force, la préférée des Occidentaux dans la Guerre Civile syrienne, reçoit notamment un entraînement administré par des formateurs U.S.

 

Dans les autres régions de Syrie, on assiste à une radicalisation de l’affrontement, qui n’impliquera bientôt plus que les islamistes d’ISIS et d’al Nosra (al Qaeda), d’une part, et l’alliance Iran-Hezb-Alaouites, de l’autre. Avec, dans l’extrême Nord, le long de la frontière turque, un affrontement Kurdes-ISIS.

 

Ailleurs, on voit les combattants sunnites "modérés" de l’ASL rejoindre massivement les rangs des organisations islamistes.

 

L’offensive actuelle suit de peu la promesse du ministre des Affaires Etrangères d’al Assad, qui avait garanti que les rebelles ne conserveraient pas la moindre position sur la frontière israélienne.

 

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La carte approximative des combats du Golan à l’heure actuelle

Service cartographique © Metula News Agency

 

Nous savons aussi que ce sont les Iraniens et leurs supplétifs chiites libanais qui ont conçu et qui sont les principaux maîtres d’œuvre de l’offensive. C’est d’ailleurs le chef de la Force Quds, le commando d’élite des Gardiens de la Révolution khomeyniste, le Général Qassem Soleimani, qui supervise les combats sur place.

 

Soleimani était le père adoptif de Djihad Mournieh, chef militaire du Hezb, éliminé par Tsahal le 18 janvier dernier dans le nord du Golan, de même que le général de Quds Mohamed Ali Allahdadi ; certaines mauvaises langues prêtaient même à Soleimani une liaison intime avec le fils biologique de feu Imad Mournieh.

 

Assaillis sous les récits contradictoires, il est difficile de connaître avec précision du déroulement des hostilités. Nous avons toutefois observé que les rebelles ont rameuté leurs réserves par l’intermédiaire de leurs sites Web, les enjoignant à rejoindre leurs unités dans les régions de Quneitra et Deraa, "afin de stopper l’avance de l’Armée régulière".  

 

Ce que l’on peut affirmer avec certitude est que l’alliance chiites-alaouites a reconquis la ville de Deir al Adas, à 30 kilomètres de Damas, ainsi que des villages et des collines avoisinants.

 

Un chef rebelle que nous avons brièvement eu au téléphone nous a aussi affirmé que les deux objectifs tactiques que visent Assad et ses alliés au cours de la phase actuelle de l’affrontement sont la route Deraa-Damas et la colline de Tel Harah, au nord-est de la cité d’Harah.

 

L’importance de la route en question se situe dans la crainte de Téhéran et de Damas d’une offensive en gestation chez l’ASL, avec l’encadrement logistique de ses amis, en vue d’une campagne déterminante destinée à enlever Damas et à modifier ainsi le cours de la guerre.

 

Quant à Tel Harah, c’est une position qui domine les abords de Quneitra, permettant à la fois d’en neutraliser les activités grâce à l’artillerie, et de servir de position de départ pour une reconquête du poste frontière.

 

D’autre part, des informations contradictoires circulent quant à l’éventuelle prise de la ville de Hirbet Ghazaleh, à quinze kilomètres au nord-est de Deraa. Si l’information se confirmait, ce serait la première fois depuis plus de deux ans que les forces gouvernementales contrôleraient cette cité.

 

Le chef rebelle qui nous a parlé a reconnu des pertes territoriales concédées par ses troupes, mais il les a qualifiées d’ "absolument insignifiantes". Il a également admis la mort d’une quarantaine de combattants et "de plusieurs blessés soignés chez vous", mais nous a affirmé que l’ASL avait infligé plus de 250 morts au camp adverse, dans des combats d’une intensité extrême. Des bilans qu’il nous est impossible de vérifier.

 

Ce qui est avéré est que la bataille est rendue encore plus difficile à cause des conditions météorologiques quasi-polaires qui règnent sur le Golan, particulièrement au nord du plateau. Durant la seule nuit dernière (mercredi à jeudi), on a enregistré 65 centimètres au sol à 1 700 mètres d’altitude suite à des chutes de neige ininterrompues jusqu’à ce jeudi après-midi.

 

Sur le théâtre des opérations, en plus des précipitations – pluie glacée vers Deraa, neige au nord du plateau – le vent souffle à la limite de la tempête et la visibilité ne dépasse jamais un kilomètre. Or ces conditions favorisent le camp des défenseurs lors d’un conflit, les armées évitant d’habitude de lancer des offensives majeures dans ces circonstances.

 

Dans le cas précis, il est possible que les stratèges iraniens aient au contraire choisi délibérément cette météo songeant ainsi empêcher l’Armée de l’air israélienne d’intervenir au cas où elle en recevrait l’ordre.

 

Il s’agirait d’un calcul douteux, car les appareils du Khe’l Avir sont dotés d’équipements leur permettant d’intervenir pratiquement par tous les temps et presque sans aucune visibilité. D’ailleurs ils survolent copieusement la région des combats, le Golan israélien, la zone de Métula et le Liban-sud.

 

Mais aucune décision d’intervenir n’a encore été prise par Jérusalem, qui consulte ses alliés occidentaux en permanence sur ce dossier, de même que ses partenaires régionaux. La Ména a ainsi appris que les Israéliens effectuent de nombreux repérages aériens grâce à leurs drones sur la frontière jordano-syrienne, avec l’accord d’Amman, et probablement pour pouvoir informer les rebelles de la position des concentrations de leurs ennemis.

 

On peut se demander quelle serait la réaction de tous ces Etats soutenant l’ASL au cas où elle serait sur le point de perdre pied face à l’avance syro-irano-libanaise. Il est certain que Jérusalem et Amman préfèrent de loin son voisinage à celui de l’Iran et du Hezbollah et qu’ils disposent de la capacité militaire nécessaire pour éradiquer l’offensive en cours.

 

En principe ces pays ont choisi de ne pas se mêler directement de la Guerre Civile syrienne, mais faute de l’assister face à une telle coalition, l’Occident risque tout simplement la disparition de la seule composante démocratique – avec les Kurdes – de ce conflit, ce qui représenterait pour eux une perte stratégique considérable. Un hypothétique revers stratégique qu’il est loisible de résumer simplement ainsi : sans l’ASL, la Syrie appartiendra soit au Califat Islamique soit à l’Iran.

 

De plus, c’est la première fois que les media de Damas font officiellement état de la participation directe du Hezb et des Pasdaran aux combats. Il est vrai que l’Armée régulière syrienne n’avait pas su résister seule à la rébellion dans le Golan, et c’est son incapacité qui a permis à l’ASL de s’approcher à moins de trente kilomètres de Damas. Il est dès lors clair que l’intervention de Téhéran avec ses troupes d’élite poursuit une stratégie régionale dépassant le cadre de la Guerre Civile syrienne. Or si les ayatollahs s’octroient le droit de promouvoir leurs intérêts, ses adversaires feraient bien de s’occuper des leurs.


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Les cascades de Métula Version imprimable
Reportage
lundi, 02 février 2015

 

© Metula News Agency

 

L’une des particularités du parti pris antisémite de nombreux media occidentaux consiste à ne jamais montrer les beaux aspects d’Israël.

 

Ou alors, ils les diffusent, mais en les accompagnant d’affirmations le plus souvent inexactes, comme celles prétendant que ces paysages auraient été volés aux Palestiniens, ou mentionnant les villages israéliens, y compris ceux d’avant 1967, comme autant de "colonies".

 

La liberté de calomnier Israël, l’exemption du devoir de réserve et de vérification du commentaire, et l’immunité pour les imputations mensongères aux dépens des Israéliens et des Israélites constituent à n’en point douter une partie importante dans l’agression médiatique qu’ils subissent.

 

Heureusement - c’est de l’humour juif - depuis l’Affaire Dreyfus et jusqu’à la Controverse de Nétzarim ou aux "tirs tendus quotidiens des soldats de Tsahal sur les agriculteurs de Gaza", en passant par Radio Paris, nous avons eu le loisir d’apprendre à reconnaître ces comportements. Il fallait être un peu naïf pour se convaincre qu’ils avaient été éradiqués de la surface de la Terre.

 

Mais en réalité, l’Etat hébreu est tout autre chose que l’enclos entouré de barbelés que l’on vous présente jour après jour dans vos JT, différent aussi d’une sorte de caserne dans laquelle même les civils ne songeraient qu’à malmener leurs voisins arabes, comme l’affirment certains intellectuels français, par exemple.

 

La Ména est aussi là pour filmer les images de la réalité ordinaire ; cela fait partie de la réinformation que de montrer la Galilée sous la neige, où ce qui figure dans ce nouveau petit documentaire : "Les chutes de Métula".

 

Elles sont cinq au total, gonflées par la fonte précoce des neiges et les températures printanières. Nous vous les présentons comme seuls les oiseaux les connaissent, ayant pu accéder, grâce à notre drone, à des endroits où l’homme n’avait jamais posé les yeux.

 

Chaque fois que l’actualité nous en donnera l’occasion, nous continuerons – comme nous l’avons toujours fait - à vous proposer des images de ce magnifique et paisible pays qu’est Israël.

 

Sans parler. Comme un interlude dans la haine incessante que l’on nous adresse. Nous vous offrons aujourd’hui deux minutes trente-trois de relaxation et de détente. Un clin d’œil vers ceux qui nous aiment et vers ceux qui nous détestent. Pour remplir le cœur des premiers de douceur et entretenir la rage des seconds en quatre mots : Ici c’est Israël.

 

 

 
Golan : un général iranien parmi les victimes (info # 011901/15) Version imprimable
Breaking News !
lundi, 19 janvier 2015

 

© Metula News Agency

 

Metula 20h25, 19h25 à Paris

 

Nous avions raison, hier, en établissant le bilan de l’attaque dans le Golan syrien par un hélicoptère de Tsahal à sept miliciens éliminés, de préciser "au moins".

 

Car ce lundi, après moult vérifications, nous sommes en mesure d’annoncer que le bilan non définitif du raid aérien effectué à Mazrat el Amal, à 7 kilomètres de la frontière israélienne, a causé la mort de six militaires iraniens, en plus de 6 Hezbollanis chiites libanais.

 

Les militaires perses appartenaient au corps d’élite des Pasdaran, les Gardiens de la Révolution de la "République" Islamique.

 

Outre la neutralisation de Djihad Mournieh, 25 ans, le fils du chef militaire du Hezb éliminé en 2008 à Damas et d’un autre officier de la milice libanaise, l’Iran a reconnu aujourd’hui que le général Pasdaran Mohammed Ali Allahdadi faisait également partie des victimes.

 

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Le général perse éliminé lors du raid d’hier

 

Djihad Mournieh, enveloppé du drapeau jaune du Hezbollah, figurant le Coran et la Kalachnikov, a été mis en terre aujourd’hui dans le sud chiite de Beyrouth, accompagné à sa dernière demeure par une foule de plusieurs milliers de personnes.

 

Les participants criaient : "Mort aux Etats-Unis et à Israël !", et aussi "Israël est l’ennemi des musulmans !".

 

Des miliciens pleuraient et tiraient en l’air, tandis que le jeune homme était enterré dans le caveau de son père.

 

Les dirigeants de la milice libanaise supplétive de Téhéran ont promis à Israël une "vengeance sévère". Cependant, des deux côtés de la frontière israélo-libanaise, les spécialistes estiment que s’il y aura probablement une tentative de riposte de la part de l’organisation dirigée par Hassan Nasrallah, celle-ci sera plus importante que de banales représailles mais moins qu’une guerre.

 

Tous les experts estiment que le Hezb n’est pas en mesure d’ouvrir un nouveau front contre Tsahal, particulièrement pendant que l’élite de ses combattants – de six à huit mille hommes -, guerroient en Syrie aux côtés de l’armée alaouite de Béchar al Assad et du corps expéditionnaire iranien.

 

On se demande où aura lieu la tentative de réplique de l’axe Hezbollah-Syrie-Iran, et quels objectifs elle visera. A notre avis elle se produira soit dans le Golan syrien, soit à l’étranger, afin d’éviter une intervention israélienne sur le sol libanais. Reste que l’état-major de l’Armée israélienne est sur ses gardes, et que toute tentative de représailles pourrait engendrer une punition majeure de la part des soldats de Jérusalem.

 

A Métula on souligne la disparité évidente des forces en présence, cristallisée par la supériorité de Tsahal sur terre, en mer et dans les airs, face aux trois ennemis, ensemble ou considérés indépendamment.

 

Téhéran, même s’il accuse le coup de la perte d’un général privilégie le dialogue avec les Occidentaux à une aventure armée contre Israël, qui se terminerait pour lui en Bérézina militaire et par une coupure du dialogue avec l’Ouest.

 

Quant au Hezbollah, il est conscient du fait que s’il provoque un conflit généralisé avec les Israéliens, celui-ci engendrerait la dévastation du pays aux cèdres, et possiblement sa disparition de la scène libanaise, ardemment désirée par ses compatriotes sunnites, chrétiens, et Druzes.

 

Côté israélien, même si on est totalement conscient de ses capacités militaires supérieures, on n’est pas non plus intéressé par l’éclatement d’une guerre régionale, qui pourrait faire des milliers de morts parmi les civils et les militaires.

 

Au vu de ce qui précède, si une riposte de l’ennemi a lieu, et qu’elle ne fait pas de victimes dans les rangs hébreux, on évitera de déclencher un cycle de violences ; mais si des Israéliens devaient être blessés lors d’une agression venant du Nord, Tsahal frapperait très violement ceux qui en sont à l’origine.

 

A Métula, nous avons constaté avec surprise que les media français n’ont pas mentionné, à l’occasion de l’incident d’hier, que le père de Djihad Mournieh était à l’origine de l’assassinat des 54 parachutistes du Drakkar ainsi que de nombreux autres citoyens tricolores. Nous nous posons des questions quant au ressenti des familles face à cet "oubli" aux relents nauséeux de politiquement correct.

 

En général, dans la presse parisienne, on a plutôt présenté les évènements de Mazrat el Amal comme une agression israélienne visant de paisibles membres du Hezbollah libanais (l’un d’entre ces terroristes a été présenté comme un "chargé de dossier" !) ; ce, en s’abstenant lourdement de mentionner que le Hezbollah figure sur la liste européenne des organisations terroristes, ni, comme l’ont signalé plusieurs experts, et pas uniquement israéliens, que la troupe interceptée à proximité de Kuneitra préparait une agression sanglante contre l’Etat hébreu.

 

Nous nous demandons si ce genre de récits journalistiques biaisés ne participe pas à faire l’apologie du terrorisme, et ce qu’il faut de plus, selon les nouvelles dispositions prises en France après le Mercredi rouge, pour envoyer leurs rédacteurs et les responsables des media impliqués devant la justice.

 

Aucun journaliste, en France, ne s’est par exemple demandé ce que des Libanais armés et des soldats de l’Armée régulière iranienne faisaient à 7 km de l’Etat hébreu en plein territoire syrien.

 

Hier, les seuls qui manquaient à l’appel lors de l’incident étaient les Syriens, qu’ils appartiennent à l’Armée régulière ou à la résistance.

 

On se demande aussi, à la rédaction, quelle était la raison pour laquelle l’ennemi avait envoyé autant de combattants de si haut rang aussi près de notre frontière, et dans une zone largement contrôlée par l’Armée Syrienne Libre. A ce propos nous sommes ici persuadés que l’identification de la cible n’a pu se faire que grâce à une coopération étroite entre le renseignement de Tsahal et l’ASL. La témérité des Iraniens et du Hezb leur aura coûté cher.

 

Nous retenons deux hypothèses quant aux mobiles possibles de cette présence ; tous les deux indiquent que la prise de risques était justifiée par le choix d’un objectif tactique d’importance supérieure que poursuivaient les victimes.

 

Celles-ci se trouvaient soit en phase préparatoire en vue d’une opération d’envergure, qui était appelée à être déclenchée très prochainement, soit elles étaient déjà en ordre de bataille, et s’apprêtaient à frapper Israël incessamment.

 

A la rédaction nous sommes absolument convaincus que les responsables concernés de Tsahal connaissaient pertinemment les plans du commando ennemi, et que la décision de l’éliminer - avec les risques qui s’ensuivent - était conditionnée par la dangerosité de la mission dont il était porteur.

 

Au lendemain de cette opération, les abords immédiats de la frontière, tant sur le Golan qu’en Haute Galilée sont calmes, mais l’on ressent une certaine tension dans l’atmosphère. On observe une présence de personnel armé un peu plus soutenue que d’ordinaire ainsi que le déploiement ce lundi de matériel spécifique dans la région frontalière.

 

 

 
Golan : 7 miliciens du Hezb éliminés en Syrie (info # 031801/15) Version imprimable
Breaking News !
dimanche, 18 janvier 2015

 

© Metula News Agency

 

Metula 19h50, 18h50 à Paris

 

Nous sommes en mesure d’affirmer que l’attaque de l’hélicoptère israélien, qui a visé en début d’après-midi une cellule terroriste du Hezbollah a proximité du lieu-dit Mazrat el Amal, dans la banlieue de la ville syrienne de Kuneitra, a tué au moins 7 miliciens qui se trouvaient à bord de deux véhicules.

 

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Feu Djihad Mournieh

 

Parmi les morts, qui s’apprêtaient à conduire une opération contre le territoire israélien, se trouve le commandant Mohammed Issa, nom de guerre "Abou Issa", un haut gradé iranien qui répondait au nom d’Abou Ali Tabtabaï, et Djihad Mournieh, le commandant du Hezbollah pour le secteur du Golan syrien et le fils de l’ancien commandant général du Hezbollah, Imad Mournieh.

 

Ce dernier avait été neutralisé en plein cœur de Damas, le 12 février 2008, par l’explosion d’une bombe posée dans sa Mitsubishi Pajero.

 

Des media appartenant au Hezbollah ont reconnu que l’organisation avait perdu des combattants lors du raid aérien israélien de cette après-midi.

 

Imad Mournieh fut notamment le responsable de l’attentat, en octobre 1983, contre l’immeuble du Drakkar où était caserné le 1er régiment de chasseurs parachutistes français. Durant ce massacre, 58 militaires français ainsi que le gardien d’immeuble libanais et sa famille avaient péri.

 

Mournieh père fut également l’architecte de l’enlèvement et de l’exécution du journaliste français Michel Seurat en 1986.

 

Le Hezbollah a mis ses miliciens en alerte maximale le long de la frontière libano-israélienne ainsi que dans le Golan.

 

Des chasseurs-bombardiers israéliens patrouillent actuellement au-dessus de nos têtes ainsi que sur le Golan.

 

 

 
Golan : visite de bon voisinage (info # 010909/14) Version imprimable
Reportage photo
mardi, 09 septembre 2014

 

Par l’équipe de reportages Nord-Est © Metula News Agency

 

Nous avons effectué hier, lundi, un reportage extrêmement fructueux le long de la frontière entre Israël et la Syrie, sur le plateau du Golan.

 

Les objectifs de notre petite expédition consistaient à observer visuellement l’état du conflit entre la rébellion et l’Armée de Béchar al Assad, ainsi qu’à tenter de savoir qui faisait la loi au sein de l’opposition armée dans cette région, entre les islamistes extrémistes et les composantes plus modérées de l’Armée Syrienne Libre (ASL).

 

D’autre part nous voulions savoir si la ligne Alpha, autrement dit la frontière entre l’Etat hébreu et son voisin de l’Est était calme et stable, ou si les escarmouches s’y multipliaient, et les menaces se concrétisaient.

 

Comme dans notre cas le journalisme ne se limite pas à répercuter les bilans des victimes obtenus au guichet d’une organisation terroriste, nous avons arpenté des sentiers pierreux et à peine praticables le long du grillage de séparation, nous trouvant, pendant plus de 3 heures, à moins de 10 mètres de la Syrie en guerre.

 

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Une position de l’ONU adossée à Kuneitra

 

La première constatation que nous tirons de notre randonnée est, qu’hier du moins, la situation était particulièrement sereine. Le front du Golan, pratiquement sur toute sa longueur, des contreforts du mont Hermon, au Nord, jusqu’à Khamat Gader, au Sud, sur la frontière jordanienne, est aux mains des opposants à Assad.

 

L’Armée du régime tient toujours ses positions sur l’un des deux mamelons constituant le mont Hermon, et de là, le long du Liban, qu’elle a déjà entrainé dans sa guerre civile.

 

On se balade en plein traumatisme d’après la bataille ; de toute l’après-midi, nous n’avons pas croisé le moindre porte-flingue d’al Assad, ni aucun combattant de l’ASL, pas plus que les habitants, encore terrés dans leurs maisons. A peine quelque véhicule utilitaire s’aventurant prudemment sur des routes dangereuses.

 

Côté israélien, des patrouilles, qui ne se formalisent pas outre mesure de notre présence, nous prenant sans doute pour des forces spéciales (qui d’autre s’aventurerait ici ?). Tsahal s’est installé à quelques centaines de mètres de la frontière, dans des bases où il a pu déployer tout son arsenal hypersophistiqué. Les soldats nous regardent sans doute à la jumelle mais nous fichent la paix.

 

La zone reste tout de même très dangereuse. Pendant notre visite, sur le coup de 19 heures, on entend deux ou trois rafales au loin ; une balle perdue a touché légèrement un militaire israélien à la jambe. Celui-ci est emmené en hélicoptère vers l’hôpital de Safed, à 5 minutes de vol.

 

Notre découverte la plus intéressante, nous l’avons faite à Kuneitra. Kuneitra, ville fantôme dans laquelle personne ne vit depuis 1967 lorsqu’elle fut prise et détruite par les guerriers hébreux.

 

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L’hôtel de ville abandonné de Kuneitra

 

Israël s’en est retiré depuis 40 ans, et, ces derniers mois, elle était devenue l’enjeu de la guerre du Golan entre Assad et ses contempteurs.

 

Au centre de la bataille un petit poste frontière, l’allure insipide, à 30 mètres de son homologue israélien. C’est cette position, symbolique et stratégique à la fois, qui était au cœur des combats ; des centaines de Syriens viennent de mourir pour elle.

 

Difficile de croire que l’on puisse donner sa vie pour quelque chose d’aussi misérable. Le poste frontière est là, devant nous, vide de toute présence humaine à notre grand étonnement.

 

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C’est pour ça que 300 personnes au moins sont mortes

 

Il y a quelques jours, dans l’euphorie de la victoire, les drapeaux de toutes les factions en guerre contre la dictature alaouite avaient surgi de nulle part.

 

Maintenant, quelqu’un a fait de l’ordre et il ne reste qu’une seule bannière. Nous reconnaissons celle de Jabkhat Thowar Suriya, le Front Révolutionnaire Syrien (FRS).

 

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C’est une agréable nouvelle, car le FRS représente une aile idéologiquement modérée au sein de l’Armée Syrienne Libre.

 

C’est un front qui s’est solidifié face au renforcement du Califat Islamique, sous les ordres d’un certain Jamal Maarouf, le chef de la Brigade des Martyrs de Syrie, basé à proximité d’Idlib, dans le nord-ouest du pays.

 

C’est l’un des rares groupes à s’être prononcé en faveur de la seconde conférence de paix de Genève, en présence de représentants du régime.

 

Le FRS, qui compte une dizaine de milliers de combattants, prône le renversement des alaouites et l’établissement d’une démocratie pluraliste, une perle rare dans la région ; une organisation plus nationaliste arabe qu’islamiste, on pourrait presque parler d’un mouvement "laïque".

 

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On ne s’est pas fait le moindre cadeau

 

Ce sont des gens avec lesquels il est possible de discuter, du genre que les Européens, les Américains et les Israéliens aideraient volontiers.

 

D’ailleurs ce que l’on constate sur le terrain témoigne de ce qu’un dialogue existe. Notamment l’hôpital de campagne opéré par les Hébreux, à califourchon sur la ligne Alpha, pas loin de la bourgade druze-israélienne de Boukata.

 

C’est un secret de polichinelle de dévoiler que le Front Révolutionnaire Syrien reçoit de la part des Occidentaux des aides de toutes sortes. Mais mieux vaut, pour le moment, ne pas entrer dans les détails.

 

Ce qui frappe sur place c’est ce drapeau orphelin, pas dominateur puisqu’attaché à mi-mât et sans personne pour le garder.

 

En face, en Israël, c’est pareil, le poste frontière est fermé et désaffecté. Il y a quelques jours, la Police Militaire, armée jusqu’aux dents, nous a empêché de nous approcher à 100 mètres d’ici, mais ce lundi, cela ressemble au désert des Tartares. Personne - ni dans les nombreuses bâtisses, ni dans l’aile technique, ni dans les miradors.

 

Il est évident que des deux côtés de la frontière on s’est entendu afin d’éloigner les combattants les uns des autres et d’éviter ainsi les frottements incendiaires.

 

Dans ces conditions nous pouvons aller ou nous voulons ; il n’y a pas même un Casque bleu de l’ONU, dont les baraquements sont tout proches, pour nous barrer le chemin. A peine deux soldats philippins ventripotents, absorbés par leur jogging quotidien, qui nous font un geste amical, tout heureux de croiser d’autres êtres vivants.

 

Nous posons le pied dans le No Man’s Land, gravissons les marches d’un mirador des Nations Unies déserté et posons notre lourd téléobjectif sur la rambarde de métal pour prendre des photos,

 

Nous regardent-ils en face ? Probablement. On sent quelques paires d’yeux fixées sur nous mais en toute discrétion : que ce silence a l’air bien ordonné !

 

Nous continuons notre inspection, et croisons  des voisins moins tranquilles. C’est un pick-up d’al Nosra - le drapeau d’al Qaeda à l’avant en témoigne -, qui revient d’une tournée de pillage. Il est chargé comme un mulet de motocyclettes volées et tire par un câble un tout terrain, lui aussi ramené en butin d’une razzia sur le village d’el Hmidaiah, à 7 km d’ici. Ses habitants avaient eu la mauvaise idée de prendre parti pour al Assad ; ils sont désormais contents de conserver leur tête sur leurs épaules à défaut de leurs moyens de locomotion.

 

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Les islamistes d’al Qaeda ramenant leur butin (dans le cercle rouge, le drapeau d'al Nosra)

 

Les miliciens sont extrêmement dangereux, ce sont eux qui détiennent toujours les 45 Casques bleus fidjiens, probablement à une cinquantaine de kilomètres de notre frontière. Nous sommes les témoins privilégiés de la coexistence entre le Front Révolutionnaire Syrien et les barbares d’al Nosra.

 

Le drapeau au check post montre qui est actuellement le chef, le plus fort. Mais les miliciens islamistes semblent ici chez eux, jouissant d’une grande liberté de mouvements de la part de leurs alliés du moment.

 

Cette alliance est d’ailleurs assez surprenante lorsque l’on sait qu’il y a tout juste un peu plus d’un mois, le FRS et al Nosra se sont violemment affrontés dans Jisr al Choughour, pas loin du port syrien de Lattaquié et à 6 km de la frontière turque.

 

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Le nucléaire iranien et l’AIEA (info # 010506/14) Version imprimable
Analyse
jeudi, 05 juin 2014

 

Par Jean Claude Zerbib

 

L’uranium est un élément chimique naturel qui est extrait, suivant les types de gisements, dans des carrières "à ciel ouvert" ou dans des mines souterraines. Cet élément, 1,67 fois plus lourd que le plomb, est constitué de 3 isotopes (234, 235 et 238) mais seul l’uranium 235 (235U) est recherché pour sa propriété de se couper en 2 ou 3 morceaux, en libérant beaucoup d’énergie lorsqu’il est bombardé par des neutrons.

 

Ce phénomène physique (appelé "fission" nucléaire) est très rapidement passé des expériences de laboratoire (dès 1938) à la construction du premier réacteur en décembre 1942, puis à celle d’une arme redoutable, lancée sur Hiroshima le 6 août 1945.

 

La teneur pondérale en isotope 235 de l’uranium naturel est très faible : 0,71% (soit 7,1kg d’235U par tonne). S’il faut environ 20kg d’uranium 235 pour faire une bombe1, soit la quantité présente dans quelques 3 tonnes d’uranium naturel, la solution de l’enrichissement artificiel de l’uranium naturel en isotope 235 s’est imposée afin de réduire la masse des bombes.

 

Ce sont donc des teneurs supérieures à 90% qui sont utilisées dans une arme, soit des concentrations plus de 130 fois supérieures à la teneur naturelle.

 

Deux techniques d’enrichissement ont atteint un développement industriel, mais c’est la "centrifugation" qui s’impose aujourd’hui, car elle est 50 fois moins gourmande en énergie électrique que la "diffusion gazeuse". Elle permet aussi de réaliser des installations de petite taille et de formes banales, ce qui a facilité la prolifération nucléaire. C’est la diffusion qui a été choisie par les Pakistanais pour réaliser leur bombe. Une technique et des matériels qu’ils ont ensuite vendus aux Libyens et aux Iraniens.

 

L’Iran soutient que tous ses efforts en matière d’enrichissement ne visent qu’à fabriquer de l’uranium enrichi nécessaire au combustible du réacteur de Téhéran2, utilisé pour produire des radionucléides à usage médical (diagnostic de cancers, de pathologies cardiaques et radiothérapie, ou curiethérapie de certains cancers). Le cœur de ce réacteur doit comporter environ 30kg d’uranium enrichi3 à 20% en uranium 235.

 

L’Iran possède également un réacteur4 électronucléaire de 915 mégawatts, mais le combustible "neuf" est contractuellement fourni par les Russes, qui le récupèrent une fois "usé" afin d’éviter la récupération du plutonium produit dans le combustible.

 

Le seul argument recevable de la part de l’Iran serait donc un enrichissement de l’uranium en vue de la fabrication du combustible utilisé dans le réacteur piscine de Téhéran qui n’est plus très jeune (47 ans). Mais il est difficile de croire que l’Iran fasse autant d’investissements lourds, prenne autant de risques économiques et politiques en affrontant les grands de ce monde, uniquement pour alimenter un réacteur de recherche5 avec un combustible que plusieurs pays achètent sur le marché international, comme l’Iran pourrait le faire.

 

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Les cachoteries nucléaires de l’Iran

 

L’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) sait depuis juin 20036 que l’Iran a triché depuis plusieurs années (depuis 18 ans pour la centrifugation), en ne respectant pas les accords signés avec l’Agence7, en camouflant ses importations de matières premières et en ne déclarant pas un nombre important d’activités nucléaires clandestines8, qui couvraient la quasi-totalité de ce que l’on appelle le "cycle nucléaire".

 

Les préoccupations prennent corps lorsque l’AIEA découvre, le 26 août 2003, sur le site de Natanz, des traces d'uranium enrichi "supérieures aux normes civiles" (un enrichissement supérieur aux teneurs utilisées dans les réacteurs électronucléaires civils qui sont de 3 à 4% environ).

 

Depuis 2003, l’AIEA publie chaque année un important rapport relatif à d’anciennes et nouvelles révélations que l’Iran ne daigne pas toujours prendre en considération. Téhéran envoie parfois quelques lettres en réponse aux questions de l’Agence, mais la véracité de leur contenu est souvent mise en doute par les experts basés à Vienne.

 

Les activités nucléaires iraniennes cachées comprennent l’extraction d’uranium, le traitement, la conversion9 sous forme gazeuse de l'uranium, puis son enrichissement ; la fabrication du combustible, la production d'eau lourde (depuis 2006 à Arak) et la construction d’un réacteur plutonigène à eau lourde10 de 40 mégawatts.

 

L’irradiation neutronique de cibles d’oxyde d’uranium suivie d’essais d’extraction du plutonium produit ont également été conduits dans des "cellules chaudes" blindées non-déclarées. Toutes ces activités sont compatibles avec l’exploration des deux voies d’accès à la mise au point d’une arme utilisant de l’uranium enrichi ou du plutonium.

 

Au cycle du combustible nucléaire à usages civil et militaire, s’ajoutent des activités à visées purement militaires comme :

 

La fabrication de polonium 210, car en associant cette substance radioactive à une cible de lithium, l’on d’obtient le flux de neutrons qui constitue l’allumette neutronique d’une bombe

 

La mise au point de détonateurs d’explosifs classiques, mais très spécifiques, utilisés uniquement dans la mise en œuvre des bombes à uranium et à plutonium. Cette information a été déduite par les inspecteurs de l’AIEA sur la base d’analyses de dossiers en septembre 2013.

 

Ce dernier point important avait été soulevé dès le 25 février 2008 par le directeur général adjoint de l'AIEA, le Finlandais Olli Heinonen, lors d'une présentation à huis clos11 devant des représentants des missions étrangères auprès du siège de l'Agence. M. Heinonen avait présenté la description d'un système de détonateurs reliés à une distance de 10 km à un puits de 400 m de profondeur (confirmé par l’examen de clichés satellites par des inspecteurs de l’AIEA).

 

Heinonen avait également démontré que les caractéristiques du missile iranien Shahab-3, consistaient à exploser à une altitude d'environ 600 m. Il a affirmé qu'une telle altitude n'était compatible qu'avec l'emploi d'une charge nucléaire12. Ce point continue d’inquiéter l’AIEA, l’Agence l’a signalé dans son rapport13 du 30/08/2012 (GOV/2012/37 paragraphe 38).

 

Le rapport AIEA14 de novembre 2011 rappelait à l’Iran que les mesures exigées dans les résolutions de l’Agence (dix d’entre elles sont restées sans suite entre 2003 et 2009) avaient "un effet contraignant". Ce document signalait que le matériel utilisé avec ces explosifs ne correspondait à aucun usage civil ni même à aucune utilité militaire conventionnelle connue. Une annexe de 12 pages décrit le détail de ces "activités militaires possibles" comme le dit l’AIEA avec une prudence très diplomatique, tout en évoquant ses "sérieuses inquiétudes" (paragraphe 53).

 

Ainsi, à des niveaux d’achèvement divers, tout l’arsenal permettant de réaliser une bombe à uranium enrichi ainsi qu’une autre au plutonium (même si l’Iran est très loin de l’avancée atteinte pour l’uranium) et de la lancer, a donc été mis en œuvre par les Iraniens. Une série d’activités nucléaires clandestines qui dépassent très largement le seul enrichissement de l’uranium, qui, bien que très important, n’est en fait que la partie émergée de l’iceberg nucléaire iranien.

 

 

Les négociations de l’Iran avec les grandes puissances

 

Le rapport de février 2014 de l’AIEA sur l’Iran15, décrit les mesures acceptées par ce pays dans le cadre d’un accord (dit des "5+1" ou des "3E+3"), passé en plusieurs étapes avec les cinq puissances mondiales : les Etats-Unis, la Russie, la France, la Grande-Bretagne, la Chine + l’Allemagne (soit 3 européens + 3).

 

Après avoir dévoilé des informations sur ses activités nucléaires secrètes dans six lettres adressées à l’AIEA entre décembre 2013 et février 2014, l’Iran vient de s’engager à ne plus enrichir d’uranium dans ses deux sites de production : l’installation pilote d’enrichissement du combustible de Natanz (IPEC) et celle souterraine de Fordou (IECF), construite près de Qom, une ville sainte pour les Iraniens.

 

Le rapport de 2014 de l’AIEA développe six points éclaircis par les lettres de l’Iran adressées à l’AIEA, mais fournit des demandes d’éclaircissement en ce qui concerne sept autres points. Les deux premiers parmi ceux-ci portent sur une autorisation donnée aux inspecteurs de l’AIEA pour des "accès règlementés" dans l’usine d’eau lourde d’Arak, la mine d’uranium de Gchine et les ateliers de production, d’assemblage et d’entreposage des centrifugeuses.

 

Il faut connaître le langage codé des textes de l’AIEA pour traduire en termes clairs ce que recouvrent les termes d’"accès règlementé" : ils excluent en pratique les visites "inopinées" des inspecteurs de l’AIEA et toute incursion dans des parties de l’installation qui leur paraitraient utiles lors de la visite. Ce sont donc des visites très verrouillées, stipulant un jour, une heure et un espace limité, convenues après une négociation difficile.

 

Cette liberté laissée aux Iraniens permet de fixer une date qui leur donne du temps pour la mise en œuvre des camouflages, tout en pouvant interdire la visite des zones difficiles à cacher. Un cauchemar donc pour les inspecteurs de l’AIEA, qui donnent à l’Iran l’alibi d’avoir été officiellement contrôlé, tout en sachant que leurs contrôles laissent des zones d’ombres. Il leur faut alors traquer les incohérences du discours en les confrontant avec ce qu’ils ont vu, aux données techniques recueillies et aux résultats d’analyses radioactives des multiples prélèvements effectués sur les lieux visités. La version nucléaire du jeu du chat et de la souris.

 

C’est ainsi qu’ils ont découvert, par exemple, à la lecture des dossiers disponibles, que des échantillons de bismuth avaient été irradiés pour produire du polonium 210 (en 2003) ou la présence de particules d'uranium naturel et hautement enrichi dans les échantillons prélevés sur des équipements, à l'Université technique, en janvier 200616 (GOV/2006/53 paragr. 24).

 

Les quatre autres points du rapport de 2014 font référence à l’annonce officielle par l’Iran de projets de construction de nouvelles installations nucléaires (un réacteur de recherche, le recensement de zones pour ériger de nouvelles centrales nucléaires, la réalisation de dix installations supplémentaires d’enrichissement de l’uranium) et à des informations complémentaires sur l’enrichissement par "laser".

 

Après autant d’efforts engagés par les grandes puissances pour arrêter la production des deux installations d’enrichissement existantes, l’annonce de la construction de dix nouvelles installations est stupéfiante. Alors que l’Iran s’engage à ne plus enrichir au-delà de 5% et à diluer ou à convertir les quantités disponibles enrichies à plus de 5%, quelle cohérence peut-on trouver entre ces arrêts de production avec l’annonce de ce spectaculaire accroissement des capacités d’enrichissement ?

 

Quant au dernier point, relatif à l’enrichissement "laser", il est une "signature" de plus qui indique la volonté de l’Iran de construire une arme au plutonium. Même si les Iraniens affirment que ces recherches et développements se sont achevés en 2003 (l’Iran travaillait depuis 12 ans sur la séparation laser) et qu’aucun équipement n’a été conçu ou préparé pour être utilisé par la suite (lettre du 18/01/2014), quelle confiance peut-on apporter à ces dires lorsque les inspecteurs de l’AIEA ne disposent pas de la possibilité de conduire des contrôles inopinés ?

 

Pour faire de l'enrichissement isotopique, deux techniques ont été développées industriellement : la diffusion gazeuse et la centrifugation. La France et les USA ont tenté une 3ème technique, celle de "l'excitation laser17". Les USA poursuivent leurs travaux (Projet SILEX), mais la France l'a abandonnée (Procédé SILVA) en 2004, car le procédé était difficile à industrialiser. Une fois maitrisée avec l’uranium, cette technique peut s'appliquer au plutonium afin d'extraire du plutonium "civil", l'isotope 239, pour faire une bombe. De plus, ces installations peuvent être de petite taille et devenir ainsi difficilement identifiables par une surveillance satellitaire.

 

 

L’examen des installations déclarées par l’Iran à l’AIEA

 

Les activités d’enrichissement, sont conduites en Iran dans deux installations : Natanz pour un enrichissement en 235U de 5 % au maximum et Fordou, qui est équipée pour produire de l’uranium enrichi à 20% et plus. L’AIEA donne, dans son rapport de février 2014, le bilan des différents modèles de centrifugeuses installées, IR1, IR2m, IR4, IR6s, et d’un exemplaire de l’IR5 et de la nouvelle IR8.

 

Le rapport donne également les tonnages d’uranium naturel sous forme gazeuse (UF6) utilisés à Natanz (127 tonnes) qui ont permis de produire 7,6 tonnes enrichies jusqu’à 5% et 448 kg jusqu’à 20%. La dilution de la partie enrichie au-delà de 5% a commencé selon l’engagement de l’Iran (1/20ème avait été transformé au 9 février 2014). Cependant, cette conversion à 5% d’enrichissement en 235U est réversible et si l’Iran le décide, le retour vers des hauts taux d’enrichissement pourra reprendre. L’Iran détient, sous forme gazeuse (UF6), 7 609 kg d’uranium enrichi jusqu’à 5%.


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Il n’y a pas eu d’accord avec l’Iran (info # 022411/13) Version imprimable
Scoop
dimanche, 24 novembre 2013

 

Par Stéphane Juffa

 

Avec le concours de tous les rédacteurs de l’agence.

 

A la Ména ainsi que dans les rédactions d’autres media pas totalement endormis en ce dernier dimanche de novembre, on se demandait depuis ce matin pourquoi personne n’avait publié le texte original et intégral de l’ "accord" qui a été signé ce week-end entre les 5+1 et la "République" Islamique d’Iran.

 

Peu après l’annonce de l’existence d’un accord, la Maison Blanche a diffusé un "Fact sheet", une fiche d’information, dans laquelle elle "explicite" ce qu’elle nomme les "Accords du premier stade concernant le programme nucléaire de la République Islamique d’Iran".

 

Intrigués, notamment par le fait que nous n’avions vu aucune déclaration officielle de la part de la cheffe des 5+1, Madame Catherine Ashton, nous avons même pris la liberté d’interpeler l’un de ses porte-paroles, M. Sébastien Brabant. Ce dernier nous affirmait qu’il n’avait pas vu non plus le document du traité. Nous lui avons dit qu’il était exclu, pour notre part, de réaliser une analyse stratégique des conséquences du traité sans avoir eu le loisir de le consulter, car commenter des commentaires ne participe pas du mode opératoire de notre agence. M. Brabant nous assura que, comprenant notre approche, il nous rappellerait rapidement. Nous attendons toujours une éventuelle manifestation de sa part.

 

La réponse à nos doutes est choquante, voire difficilement appréhendable ; elle nous vient de l’IRNA, l’Islamic Republic News Agency, et est confirmée par le ministère iranien des Affaires Etrangères : il n’y a pas d’accord !

 

L’agence de presse de la "République" Islamique diffuse l’intégralité du document qu’elle intitule l’ "Accord Iran-5+1 de Genève".

 

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Pour quelle raison s’embrassent-ils ?

 

En en prenant connaissance, on ne peut être qu’étranglé par la surprise, par l’irresponsabilité des membres permanents du Conseil de Sécurité, ainsi que par l’énorme fraude organisée, de laquelle des media sont très probablement complices, diligentée par tous les gouvernements des 5+1, à commencer par celui des Etats-Unis et leur président, qui font croire au public qu’un accord a été conclu avec la théocratie perse. Car c’est faux. Absolument faux.

 

Il existe bien un document, mais ce n’est pas un traité, ni un accord, pas plus qu’un contrat ; c’est un texte intitulé "Plan d’action conjoint". Il ne contient aucun engagement d’aucune sorte, n’est pas rédigé à la manière d’un document juridique ou d’un traité international et est entièrement au conditionnel.

 

Exemple dès le premier paragraphe qui est nommé : "Eléments d’un premier pas", suivi par "l’Iran pourrait (would) s’engager aux mesures volontaires suivantes :".

 

Suit une longue liste d’actions que l’on "pourrait prendre" de part et d’autre, sans l’ombre de l’esquisse d’une contrainte ou d’un engagement quelconque.

 

Idem pour l’allègement des sanctions : "En contrepartie [entendez si l’Iran décidait de réaliser ce qui est mentionné dans ce ""Plan d’action conjoint"], les E3/EU+3 prendraient les mesures volontaires suivantes : (…)".

 

Ce document, que l’on peut qualifier de brouillon de travail si l’on veut se situer au plus près de la réalité, n’a strictement rien à voir avec les annonces faites par le président Obama ce dimanche. Quand ce dernier clame que l’Iran a, entre autres multiples "engagements", pris celui de "cesser l’enrichissement au-dessus de 5%", il ne dit manifestement pas la vérité.

 

Mais l’arnaque est plus globale : il n’existe aucun engagement d’aucune sorte dans tout le texte en question. Résumé juridiquement, cela donne la formule suivante : "l’Iran a le loisir de prendre un certain nombre de mesures destinées à limiter son activité nucléaire, et s’il le fait, les 5+1 pourraient, à leur tour, lever certaines sanctions".

 

Le seul avantage (très) relatif que l’on peut prêter à ce brouillon est qu’il établit la liste de "ce qui pourrait être entrepris, de part et d’autre, afin de parvenir à un accord intérimaire".

 

Mais quelqu’un ment même au sujet de cette liste, par exemple, quand le "Plan d’action conjoint" prévoit que "l’UE et les USA suspendraient les sanctions sur "l’or et les métaux précieux ainsi que sur les services dérivés", la feuille d’information d’Obama rapporte, pour sa part, sous le titre "Allègement limité, temporaire, réversible", que le "P5+1 (…) s’est engagé à suspendre certaines sanctions sur l’or et les métaux précieux (…)".  

 

Il ne s’agit pas de certaines sanctions, mais des sanctions, et la différence est appréciable. Quant au titre "Allègement limité, temporaire, réversible" et aux autres mesures provisionnant les restrictions que les 5+1 apporteraient à la levée de certaines sanctions, rien de cela n’apparaît sur le brouillon commun ; il s’agit d’une vue de l’esprit de M. Obama, de son administration, et de ce qu’il faudra très bientôt commencer à considérer comme leurs complices dans cette gigantesque imposture à l’échelle planétaire.

 

Dans le genre escroquerie, on relèvera la dernière note du document : "Relativement au stade final et à chacun des stades intermédiaires, le principe standard selon lequel "rien n’a été agréé jusqu’à ce que tout soit agréé" s’applique".

 

Or sur la feuille de désinformation de la Maison Blanche, sous le titre "Une solution globale", on lit : "En ce qui concerne cette solution globale, rien n’est convenu concernant la solution globale [définitive] jusqu’à ce que tout ait été agréé".

 

Il s’agit bien sûr d’un détournement du sens de ce qui est stipulé sur le brouillon de travail ; sur la feuille d’info d’Obama, cela signifie que les éléments concernant le premier stade sont réglés par un traité, quant à la solution définitive, qui doit être négociée durant les six prochains mois, rien n’a été arrêté.

 

Tandis que sur le brouillon commun, cela signifie que rien, y compris ce qui y figure – s’agissant de l’un des stades intermédiaires – n’est constitutif d’un accord. Qu’il n’existe pas d’accord. Sur rien. Que ce week-end, les 5+1 et l’Iran ne sont pas parvenus à s’entendre.

 

Je crois que nous avons levé l’une des plus grandes impostures de l’histoire, en tout cas, je n’ai pas connaissance d’une autre mystification de cette ampleur.

 

 

 
Il n’y a pas que les trains qui déraillent en France (1ère partie)(info # 011707/13) Version imprimable
Reportage
mercredi, 17 juillet 2013

 

Par Patricia La Mosca

 

La catastrophe de Brétigny, vendredi dernier, a eu d’étranges effets. Un différend s’est rapidement installé à propos d’actes de pillage qui seraient survenus sur des morts et des blessés ainsi qu’au sujet de heurts entre les forces de l’ordre et les énergumènes qui se seraient rendus coupables de ces actes de dépouillage.

 

Les affirmations concernant les vols ont émané d’un syndicat de police, Alliance, ainsi que de quelques confrères, d’Europe 1, de France 2 et du Parisien, principalement.

 

Puis le paysage de la communication a subitement changé, les représentants de l’Etat, Manuel Valls en tête, le ministre de l’Intérieur, ainsi que Frédéric Cuvillier, celui des Transports, et le préfet de l’Essonne niant en bloc les allégations des dénonciateurs.

 

Ils ont parlé de rumeurs très exagérées, d’actes isolés, du vol du portable d’un secouriste, réfutant le reste en bloc et plongeant le public dans le doute. Doute entretenu par les rares déclarations publiques de représentants des forces de l’ordre et du SAMU, n’intervenant plus que pour confirmer les dires des ministres.

 

Quant aux confrères accusateurs, soumis à des pressions comme on n’en connaît que trop dans la presse française – qui elle aussi est bien malade –, ils ont mis la pédale douce, atténuant tour-à-tour leurs témoignages.

 

Restaient quelques sites engagés, qui reprenaient en boucle les déclarations initiales d’Alliance, mais sans pouvoir ajouter le moindre fait nouveau. Ils s’imaginaient que quelque chose ne tournait pas rond dans le narratif de l’affaire, et brodaient le reste au gré de leurs convictions politiques et de leurs feuilles de route. Mais cela faisait des billets d’opinion et rien d’autre.

 

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Dépouiller des victimes ? Là-dedans ?

 

Faute de témoignages de première main, il était objectivement impossible de dire si des pillages en bandes avaient suivi le déraillement du train ou si un pickpocket avait seulement bousculé un pompier par inadvertance. La machine à faire taire de l’Etat français s’était mise en branle et elle paraissait efficace.

 

A la Ména, nous nous sommes bien gardés de prendre parti, ne versant pas volontiers dans les accusations sans fondements. Dès samedi, dérangés par les versions contradictoires, l’abysse qui les sépare, ainsi que par la gravité des faits inférés, nous nous sommes mis en quête d’indices, ne sachant pas, à priori, qui disait la vérité, mais convaincus que quelqu’un mentait.

 

Nous avons fait jouer les bons contacts existant entre l’agence et des officiers français de la sécurité pour nous faire recommander quelqu’un qui avait assisté à la scène et qui était disposé à nous en parler en toute liberté.

 

Hier mardi, on nous amena l’oiseau rare ; un policier courageux dont nous tairons le grade et les attributs, vous allez rapidement comprendre pourquoi. Et le brouillard du coup s’est levé.

 

Notre témoin est fiable pour plusieurs raisons. D’abord, ceux qui nous l’ont présenté sont des gens bien, que j’avais côtoyés pendant que je couvrais les émeutes de la cité de la Villeneuve à Grenoble en 2010. Ils m’avaient déjà, à l’époque, permis de diffuser la vérité [voir "Grenoble ou le cimetière des rêves", sur le site d’un syndicat de policiers] sur ces troubles. Ensuite, son récit se tient, il est logique, ne contient aucune contradiction et s’illustre de détails difficiles à inventer. Et finalement, il suffit presque de voir et d’entendre ce policier de carrière, parlant sans crainte et sans préjugés, pour se persuader qu’il ne nous mène pas en bateau.

 

Ce nouveau témoignage permet d’établir que Manuel Valls, Frédéric Cuvillier et le Préfet Fuzeau ont menti aux Français, qu’ils ont décidé de dissimuler un crime terrible, et que, pour parvenir à leur fin, en plus de mentir, ils n’ont pas hésité à corrompre des fonctionnaires de l’Etat, à brandir des menaces et à infliger des pressions sur d’honnêtes professionnels disant la vérité, dans le but unique qu’ils la taisent.

 

Plus que cela, la situation générale décrite par notre intervenant dépeint un univers apocalyptique ignoré par la majorité de mes compatriotes, qui présente un état de délitescence mafieuse et de désagrégation sociale et sécuritaire auxquelles il est difficile d’imaginer des remèdes. Et contre lesquelles l’Etat de droit ne fait rien ou si peu, à part, peut-être, s’efforcer de cacher leur existence.

 

J’évoque aux oreilles de M. Damien (appelons-le ainsi) la difficulté que nous avons eue à recueillir le narratif d’un témoin oculaire des faits.

 

Damien :         C’est normal, tout est cloisonné. La compagnie de CRS qui est intervenue à Brétigny a été spécialement rassemblée par son commandant et a reçu l’ordre de ne rien dire, de ne rien raconter aux proches de ce qui s’était passé, car il ne s’est rien passé !

 

La Ména :       Il ne s’est réellement rien passé ?

 

Damien :         Il y a eu un attroupement de jeunes des banlieues autour des victimes, des blessés et des morts, qui leur ont fait les poches. Ils se sont également livrés à des vols et des rackets sur les secouristes.

 

                        Cela s’est déroulé "en champ ouvert", selon l’expression que nous utilisons, pas en champ fermé, devant les yeux de tout le monde, pas en petit comité.

 

La Ména :       Les autorités parlent d’un seul secouriste qui se serait fait dérober son téléphone.

 

Damien :         C’est totalement faux. D’ailleurs, si on n’avait volé qu’un seul téléphone, comment y aurait-il eu quatre interpellations ? Ils se mettent maintenant à quatre pour chouraver un portable ? Il y a eu de nombreux vols et plus encore de tentatives de vols sur les secouristes.

 

                        Et il y a eu un affrontement en règle CRS-jeunes. Au départ, ils étaient une quinzaine, vingt peut-être ; lors de l’affrontement, leur nombre a pratiquement doublé. Les hommes ont dû faire usage de la force et de petites grenades DMP, à la fois fumigènes et lacrymogènes.

 

                        Nous avons essuyé des jets de pierres et de canettes nourris.

 

La Ména :       Pourquoi ne les avez-vous pas appréhendés ?

 

Damien :         A quoi ça sert, j’ai envie de vous dire à quoi ça sert ! Récemment, nous en avons serrés qui venaient de dégrader une voiture de RER et qui avaient racketté les passagers, ils n’ont eu que du sursis. A quoi ça sert ?

 

                        Ils sont arrivés juste après le déraillement, se sont jetés sur les personnes qui se trouvaient au sol – je ne sais pas si elles étaient blessées ou mortes -, en tout cas, ils se sont jetés sur elles, les ont fouillées et ont commencé à leur faire les poches.

 

                        Dans un premier temps, on a cru qu’ils s’approchaient des victimes pour donner un coup de main aux secouristes, mais nous nous sommes très vite rendu compte qu’ils étaient en train de les dépouiller.

 

                        Et on a classé cela sans suite. Comme ils ne veulent pas que ça se sache, c’est classé sans suite. Eh oui !

 

 

 

A suivre…

 

 

 
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mardi, 02 février 2010

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