Les Turcs sont mal-en-point (011610/19) Version imprimable
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mardi, 15 octobre 2019

 

 

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Par Perwer Emmal

 

Avec Jean Tsadik

 

Métula, mercredi 3h00 à Kobané et à Métula, 2h00 à Paris

 

Des appareils non-identifiés ont effectué plusieurs frappes sur une base iranienne à al Sikka, à proximité d’Aboukamal, à la frontière entre la Syrie et l’Irak [carte].

 

Ici [dans le Rojava], tout le monde est sûr qu’il s’agit d’avions israéliens venus empêcher les Iraniens de profiter le la gabegie ambiante afin d’acheminer des armes vers le Liban et la frontière israélienne.

 

D’autre part, Stéphane Juffa m’informe que trois avions cargo géants C17 Globemaster de l’US Air Force ont été vus sur les radars au-dessus de la Roumanie volant en direction de la Turquie.

 

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Trois C17 Globemaster

Images d’archives

 

D’après Juffa, il y a de fortes probabilités qu’ils se rendent sur la base aéronautique turque d’Incirlik à 110km à l’ouest du Rojava [d’où décollent la plupart des avions d’Erdogan qui bombardent les positions kurdes. Ndlr.].

 

La base d’Incirlik est conjointement utilisée par l’Armée de l’air turque et par l’US Air Force (et également par la Royal Air Force britannique et la Royal Saudi Air Force, et même par un régiment d’artilleurs espagnol).

 

Toujours selon Juffa, les C17 pourraient servir à évacuer de Turquie la cinquantaine de bombes atomiques américaines qui sont stockées sur cette base depuis l’époque de la Guerre Froide. Le Pentagone craint en effet qu’Erdogan ne soit tenté de se saisir de ces armes au moment imminent où les Etats-Unis décrèteront un train de sanctions à l’encontre d’Ankara.

 

La double décision d’évacuer les bombes atomiques et de prononcer des sanctions exemplaires contre la Turquie, proches de celles en vigueur contre l’Iran, intervient après le refus par Recep Erdogan d’accepter les termes d’un cessez-le-feu qui lui ont été transmis par Donald Trump.

 

Le tyran turc a répondu à l’offre de Washington en ces termes : "J’ai dit au Président américain que la Turquie n’acceptera jamais un cessez-le-feu au nord de la Syrie".

 

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Service cartographique © Metula News Agency

Le Rojava

 

Suite à cette discussion, la Maison Blanche a décidé de dépêcher aujourd’hui (mercredi) le Vice-président américain Mike Pence ainsi que le Conseiller à la Sécurité Nationale Robert O'Brien et l'émissaire américain pour la Syrie James Jeffrey à Ankara. Le Secrétaire d’Etat Mike Pompeo (ministre des Affaires Etrangères) sera également du voyage.

 

Ils exigeront de Recep Erdogan qu’il mette immédiatement fin à ses opérations en Syrie, faute de quoi les sanctions seront prises et les relations entre les deux pays se dégraderont de façon extrême.

 

Sur le terrain des opérations la tension entre la Turquie et le contingent U.S a fortement augmenté mardi. Alors qu’ils évacuaient la base de Kharabisk [carte] à 15km au nord-ouest de la ville d’Ayn el Issa sur l’autoroute M4, les soldats Américains ont à peine pu éviter un engagement avec des éléments de l’Armée turque qui s’approchaient d’eux.

 

L’US Air Force a réagi en envoyant des chasseurs-bombardiers et des hélicoptères Apaches [a-pa-tchi] en nombre sur la zone.

 

En fait, les Turcs ont tenté de s’emparer de la base que les militaires américains évacuaient avant les Kurdes. Dans les violents combats qui s’en sont suivis, les YPG ont eu le dessus et la base se trouve désormais entièrement sous leur contrôle.

 

Lors d’une autre intervention, l’Armée américaine a bombardé à l’artillerie lourde des positions des forces d'Assad dans le village de Khsham, à l'est de Deir ez-Zor [carte]. Elle répondait par ce pilonnage à une série de provocations menées par l’Armée d’Assad dans la région, notamment contre des positions tenues par les YPG au nord de l’Euphrate. Ces incidents démontrent que la coopération entre l’Armée gouvernementale syrienne et les forces kurdes est tout sauf cordiale.

 

A Manbij, des habitants ont en outre manifesté contre la présence de l’Armée de Damas. Il la jugent inefficace et lâche et pensent qu’elle n’intervient que pour remettre le pied au Rojava suite à l’accord négocié entre les Kurdes et les Russes.

 

Les Russes qui ne cachent plus qu’il existe un tel accord ; dans la région du saillant de Manbij, des policiers russes patrouillent ainsi entre les positions turques et celles des YPG et de l’Armée gouvernementale syrienne, personne ne les prenant pour cibles.

 

Il en résulte que les frontières entre les diverses zones d’influence n’ont pas bougé à Manbij depuis le début de l’offensive d’Ankara. Les policiers de Poutine protègent également de cette manière l’Armée d’al Assad qui, bien que présente en nombre dans le saillant, ne donne pas l’impression de pouvoir faire le poids face à celle d’Erdogan.

 

Ce sont les Peshmergas qui vont au contact de l’ennemi. A l’ouest du saillant, ils ont attaqué l’une de ses positions au mortier, tuant ainsi 5 soldats turcs et en blessant 8 autres. Les YPG répondaient au bombardement du village d’Um Adassat El Farat par l’artillerie turque, qui a tué trois villageois et en a blessé une quinzaine d’autres, dont plusieurs sont dans un état désespéré.

 

Le ministère russe de la Défense a annoncé quant à lui que les soldats russes se coordonnaient avec l'Armée turque dans la région de Manbij. Ce qui signifie que le front n’est pas près de bouger et que le plan d’invasion d’Erdogan à Manbij semble sérieusement compromis. D’autant plus que le même ministère a annoncé que l’Armée (gouvernementale) syrienne était en contrôle total de Manbij.

 

Le Président Poutine s’est entretenu à la fois avec Donald Trump et avec Recep Erdogan. Il a invité ce dernier à lui rendre visite à Moscou et Erdogan a accepté cette proposition.

 

Privé de victoire sur ce front le Sultan Erdogan a commenté : "L'entrée des forces du régime syrien dans la ville de Manbij n'est pas une chose négative". Mais les Russes ne se sont pas contentés de cette déclaration, ils ont aussi prévenu dans les termes les plus clairs qu’ils "ne permettront pas d’affrontements entre les armées turque et syrienne". Et aussi que "l’opération turque en Syrie était inacceptable".

 

Reste que l’affirmation de Moscou qui porte le plus à conséquence pour Erdogan et son projet d’annexion du Rojava est sans aucun doute la suivante, elle a été émise directement par le bureau de Vladimir Poutine au Kremlin aujourd’hui : "L'Armée turque ne peut pénétrer que de 5 à 10 kilomètres en territoire syrien".

 

On est bien loin ne serait que du plan minimal annoncé par le tyran d’Ankara à la veille du lancement de sont agression, lorsqu’il évoquait une bande de sécurité tout le long de sa frontière sur 30km de profondeur.

 

Non seulement il y a désaccord entre lui et Poutine sur ce point, mais la situation militaire sur le terrain n’est pas près de refléter son ambition. Ainsi, à l’ouest de Ras al Ayn, les YPG ont repris les villages stratégiques de Sari Kani et Tel Halaf tôt ce mardi matin, réduisant ainsi la seule poche de pénétration sérieuse des Turcs en Syrie [carte].

 

Un peu plus au Sud, s’attaquant toujours à la même poche, les Kurdes, avec le soutien de l'Armée (gouvernementale) syrienne ont repris les villages de Managhir, Lailan et Tal Attash aux supplétifs ex-al Qaëda d’Erdogan. Dans le village d’Alya, les Peshmergas ont détruit 3 véhicules sur chenilles, 4 transports de troupes et un char. Dans la même zone, ils ont capturé un char turc.

 

Et si cela ne suffisait pas au bilan des mauvaises nouvelles adressées à Erdogan, on note de très importantes concentrations de forces YPG et Armée d’Assad disposant de dizaines de blindés aux confins de cette poche, à courte distance de l’autoroute M4 que les ex-al Qaëda ont coupée. Il semble qu’une contre-attaque d’envergure soit en phase finale de préparation. Elle pourrait rejeter les Turcs de l’autre côté de la frontière, transformant "Source de Paix" en désastre militaire.

 

On est cependant sans nouvelle du sort destiné à Kobane, la ville dans laquelle je me trouve. Donald Trump a déclaré mardi que "Recep Erdogan lui avait donné sa parole que Kobane ne serait pas attaquée".

 

Quant à Poutine et à ses porte-paroles, il n’en font pas état.

 

A l’est de Jarabulus [carte] les Turcs bombardent les positions des YPG sur l’Euphrate ainsi que des fortifications entre Jarabulus et Kobane. Ils semblent se préparer à prendre la ville d’assaut. Suite à l’abandon de la base de Kharabisk par les Américains, la majorité des habitants qui restaient à Kobane, pris de panique, ont fui la cité. Les quelques centaines de civils qui s’y trouvent encore, ainsi qu’une poignée de confrères, sont désormais seuls avec les Peshmergas à guetter fébrilement les mouvements à la frontière. Et en espérant que les grands de ce monde n’ont pas décidé de nous livrer en pâture au sultan sanguinaire à titre de lot de consolation.

 

Car leur campagne de génocide du peuple kurde est en train de tourner à l’eau de boudin. S’opposer aux Américains et aux Européens était déjà difficile, mais s’opposer à eux et aux Russes à la fois s’apparente à une mission impossible.

 

 

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Et si c’était un remake du pacte germano-soviétique ? (011510/19) Version imprimable
Analyse
lundi, 14 octobre 2019

 

Par Stéphane Juffa

 

Avec Perwer Emmal à Kobane et toute l’équipe moyen-orientale de la Ména.

 

Métula, mardi 2h42 à Kobané et à Métula, 1h42 à Paris

 

Sur le terrain, l’essentiel de l’affrontement se déroule dans le saillant de Manbij, plus précisément encore à l’est de la ville autour du cercle numéroté 1 sur la carte.

 

Soutenus par les chars et l’artillerie turcs, ce sont les ex-al Qaëda qui sont aux avant-postes et qui se heurtent principalement aux forces kurdes, secondées par l’Armée gouvernementale syrienne et ses blindés.

 

Comme cela était prévisible, l’Armée de Bashar al Assad se montre décevante dans sa première journée d’intervention. Vers midi, on a même assisté, toujours à proximité du cercle no.1, à une débandade de ces hommes, suite à un bombardement de leurs ennemis. Les soldats de Damas ont été vus abandonnant leur position avec tout ce qui pouvait rouler, accélérateur au plancher [voir la vidéo de cette retraite précipitée].

 

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Service cartographique © Metula News Agency

Carte de la région de Manbij-Jarabulus où les armées s’affrontent

 

Ils ont également abandonné l’un de leurs chars les plus modernes sur le champ de bataille, ce qui a permis aux ex-al Qaëda de se pavaner sur l’engin et de se faire abondamment photographier sur sa tourelle.

 

Dans ce secteur géographique, les supplétifs islamistes d’Erdogan ont occupé quelques hameaux secondaires sans importance stratégique, incapables pour le moment de réaliser une percée.

 

Durant la journée, au même endroit, une troupe russe a également été prise sous un bombardement massif.

 

Ce soir, l’Armée gouvernementale syrienne acheminait des renforts dans la région.

 

Un peu plus à l’est, aux alentours du petit cercle sur la carte, sur la rivière Sajour, des combats sporadiques se déroulent. Ce matin, les ex-al Qaëda ont tenté d’y prendre d’assaut le village d’al Cat, mais leur attaque a été sévèrement repoussée par les Peshmergas. Les assaillants ont perdu un blindé dans cette aventure ainsi que quatre combattants.

 

A l’est de l’Euphrate – pas sur la carte – le front s’est relativement stabilisé même si les combats font rage partout.

 

Les soldats d’al Assad arrivent du Sud et s’installent au contact de l’adversaire dans les positions et les villes tenues par les Kurdes. La ville de Tel Abyad est définitivement aux mains des Turco-islamistes qui étendent leur zone d’influence autour de leur prise. Leur tête de pont y atteignant une trentaine de kilomètres de profondeur.

 

En revanche, les Peshmergas contrôlent toujours solidement Ras al Ayn sans l’aide de l’Armée régulière syrienne qui ne s’y est pas aventurée. Les Kurdes ont même repris la zone industrielle qu’ils avaient perdue à l’est de la cité.

 

Le plus gros acquis turco-islamiste du point de vue stratégique se situe entre Tel Abyad occupée et Ras al Ayn, où l’envahisseur contrôle des positions à 40km de la frontière et sur une largeur de 50km dans la direction sud-ouest/nord-est, parallèlement à ladite frontière.

 

Mais surtout, l’aspect important de cette poussée réside en cela que les Turcs ont atteint et même dépassé l’autoroute M4 sur laquelle le trafic est évidemment impossible. Les Kurdes et les gouvernementaux tentent de réduire cette percée et d’âpres combats se déroulent sur cette zone sans le moindre répit.

 

A l’est de Ras al Ayn, en revanche, l’agresseur se montre incapable d’augmenter son implantation et la poche a même tendance à se réduire.

 

En résumé, le poids de la confrontation s’est porté sur le saillant de Manbij à l’ouest de l’Euphrate, tandis qu’à l’est du fleuve, les combats se déroulent sur plusieurs poches séparées les unes des autres, sur 70km le long de la frontière, entre Tel Abyad occupée à l’ouest, et Ras al Ayn à l’est.

 

Les autres parties du Rojava sont étrangement beaucoup plus calmes depuis hier, et l’on ne signale pas de combats ni de bombardements aériens ou d’artillerie ni à Qamishli, la capitale informelle du Rojava, forte de ses 200 000 habitants, à 90km à l’est des poches, ni à Kobane, à 60km à l’ouest d’icelles.

 

Or ces deux villes avaient été copieusement bombardées ces jours précédents, ce qui pourrait faire songer à un accord secret entre Moscou et Ankara en vue d’un partage du Rojava. Ce, d’autant plus que l’Aviation russe, si elle survole constamment le saillant de Manbij, n’est pas intervenue.

 

C’est cela qui me turlupine le plus : si Poutine avait décidé de renvoyer Erdogan dans ses pénates, il l’aurait écrasé sous les bombes de ses avions, son meilleur argument militaire. Ses pilotes ne se contenteraient pas de compter les points à partir des nuages.

 

Dans le même registre, nous avons remarqué que les chasseurs-bombardiers d’Erdogan ne tiraient pas sur les zones dans lesquelles évoluent des troupes russes.

 

Et c’est précisément la question que nous nous posons à Métula en cette nuit de lundi à mardi : la Russie et la Turquie ont-elles passé entre elles une sorte de nouveau "pacte germano-soviétique", sur le modèle de celui qu’avaient signé Ribbentrop et Molotov à l’été 1939.

 

Par cet accord l’Union Soviétique et l’Allemagne nazie avaient convenu de se partager la Pologne et de ne pas s’agresser mutuellement.

 

On sait comment cet accord avait volé en éclats avec l’invasion de la Russie par Hitler deux ans plus tard lors du déclenchement de l’opération Barbarossa.

 

Cette fois, c’est le territoire des infortunés Kurdes que les deux pays pourraient s’être partagé. Les Russes, pas directement pour eux-mêmes, mais pour leur protégé alaouite Bashar al Assad, ce qui revient exactement au même.

 

Les Turcs, afin de pouvoir prétendre qu’il ont éloigné la menace terroriste en provenance de Syrie (une menace qui n’a jamais existé). Mais en occupant tout de même une bande de territoire qui couvrirait quelques 150km entre Kobane et Ras al Ayn, sur une profondeur de 40km en Syrie.

 

Cela permettrait au sultan sanguinaire d’affirmer que les objectifs de "Source de Paix" ont été atteints et ainsi de ne pas perdre la face aux yeux de son opinion publique, nationaliste jusqu’au fond des ouïes.

 

Et cela donnerait l’occasion à Poutine de remettre à Assad la majeure partie du Rojava, qu’il aurait été bien incapable de récupérer avant l’invasion turque ; ce, autant pour des raisons militaires qu’en proie aux intérêts occidentaux, alors que les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France, pour ne citer qu’eux, maintenaient des soldats dans le Rojava et combattaient aux côtés des Kurdes l’Etat Islamique, les Iraniens, mais également le régime d’Assad et occasionnellement les "conseillers" russes.

 

Depuis, mercredi dernier, Donald Trump, pour une raison qui nous échappe toujours totalement, a trahi et abandonné les Kurdes, et les Français et les Anglais ont quitté aujourd’hui le Rojava où leur présence ne servait plus à rien.

 

Ce qu’il y a d’inquiétant est que le déploiement des forces de Damas respecte ce schéma – elles ne tentent pas vraiment de bouter l’occupant hors de Syrie et préfèrent hisser leur drapeau sur les zones  délaissées par les YPG - de même qu’il semblerait que Turcs et Russes évitent manifestement de s’affronter.

 

Les perdants de cette histoire sont bien évidemment les Kurdes, qui voient leur rêve en tous points légitime de fonder un Etat et de vivre librement repoussé aux calendes grecques. Mais aussi les Européens, les Américains, les Israéliens, et les Arabes sunnites, qui perdent non seulement un allié fidèle avec les Kurdes, mais également l’accès à une zone géographique stratégique au cœur du Moyen-Orient.

 

Nous aurons bien entendu l’occasion de détailler cette analyse lorsque l’hypothèse du pacte germano-soviétique numéro 2 se confirmera.

 

Ce qui nous inquiète particulièrement est que l’entourage d’Erdogan a parlé d’une sorte de feu vert que les Russes lui auraient donné pour occuper Kobane. Moscou a bien nié l’information, mais, face à la préparation d’une attaque que Perwer Emmal a constatée à l’œil nu de l’autre côté de la frontière internationale, l’Armée gouvernementale de Bashar al Assad ne s’est pas déployée dans Kobane, alors qu’aucun obstacle ne l’empêchait de le faire.

 

Fort de cette constatation, j’ai conseillé à notre courageux correspondant dans le Rojava de quitter Kobane aux premiers bruits des canons d’Erdogan, ou même lorsque nous le lui indiquerons depuis Métula, vu que nous ne fermerons pas l’œil de la nuit et que nous pensons pouvoir nous forger une certitude avant le déclenchement de l’assaut.

 

Perwer Emmal a accepté notre proposition, car s’il y a complot entre Poutine et Erdogan, sa présence dans le feu n’a plus de raison d’être, puisque les dés seraient pipés et que l’issue de la bataille serait décidée à l’avance. Emmal aura l’occasion grâce à son véhicule de gagner Damas ou le Liban, puisqu’il paraît qu’Assad et les Kurdes sont à nouveau amis depuis hier. De là, nous l’accueillerons comme il le mérite à Métula, où il pourra prendre ses quartiers et continuer d’exercer sa profession.

 

Mais il est encore un tout petit peu trop tôt pour fixer notre détermination. A cela trois raisons :

 

1. Si les deux affreux se sont entendus, pourquoi alors s’étriper à Manbij ?

 

2. A moins que l’accord ne contienne certaines zones d’ombre sur lesquelles les deux leaders ne sont pas parvenus à s’entendre ?

 

3. Auquel cas, il est préférable d’attendre un peu en observant la décantation de la situation militaire.   

 

Car, s’il y a une chose que nous savons bien, c’est que tant pour Poutine que pour Erdogan la diplomatie en général et la négociation en particulier ne sont que des extensions de la force violente, disponibles afin d’améliorer ses positions stratégiques.

 

Il n’y a guère que des gens comme Emmanuel Macron pour être persuadés du contraire, et cela fait surement bien rigoler Vladi et Recep au palais du Kremlin à Moscou et à celui des Mille et une nuits à Ankara. 

 

Cette constatation en amène impérativement une autre : les deux hommes ne peuvent strictement s’accorder aucune confiance mutuelle. Tout ce qu’ils se racontent, et nous tenons pour certain que les deux capitales sont au moins en liaison permanente pour "échanger des informations sur la situation" comme ils disent, doit être perçu comme des annonces de poker.

 

Ces individus sont connus pour n’avoir ni amis ni ennemis, mais uniquement des partenaires temporaires...

 

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Déploiement de chars des 2 côtés de la rivière Sajour (021410/19) Version imprimable
Breaking News !
dimanche, 13 octobre 2019

 

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Métula, lundi 1h57 à Kobané et à Métula, 0h57 à Paris

 

L’Opération "Source de Liberté" (Armée turque) déclare Manbij et ses environs "zone de guerre".

 

Communiqué des Forces Démocratiques Syriennes FDS (essentiellement les YPG) : "Les FDS et l’Armée (gouvernementale) syrienne ont formé dans l’urgence une Force Syrienne Conjointe afin de repousser l’agression turque".

 

On note des scènes de liesse populaire dans diverses villes du Rojava suite à cette annonce.

 

Les chars (en bleu sur la carte) turcs et les supplétifs ex-al Qaëda se déploient au nord de la rivière Sajour [carte].

 

Les chars gouvernementaux syriens et russes (en rouge sur la carte) se déploient au sud de la rivière Sajour [carte].

 

L’Armée turque et ses supplétifs bombardent des villages situés sur la rive droite (sud) du Sajour.

 

Les YPG bombardent les positions turques dans et autour de Jarabulus et de Karkamis en Turquie.

 

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Service cartographique © Metula News Agency

Carte de la région de Manbij-Jarabulus où les armées se déploient

 

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Le risque de conflit majeur Turquie-Russie s’accentue (011410/19) Version imprimable
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dimanche, 13 octobre 2019

 

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Par Ilan Tsadik 

 

Métula, lundi 0h40 à Kobané et à Métula, 23h40 à Paris

 

Les forces gouvernementales syriennes sous couverture aérienne russe sont parvenues à Hasake [voir carte précédente], elles se trouvent à une trentaine de kilomètres seulement des premières unités turques et ex-al Qaëda.

 

A partir de l’Ouest, à l’orée de la zone de Manbij, les chars syriens ET RUSSES se disposent en ordre de bataille.

 

Les Turcs se regroupent en face à partir de Jarabulus. Des convois ont quitté la ville et se dirigent vers le Sud.

 

Les YPG annoncent avoir repris le contrôle total de Ras al Ayn.

 

La liaison avec Perwer Emmal est rétablie. On observe du brouillage radio (vérifié).

 

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L’Armée syrienne soutenue par les forces russes marche sur Kobane [Breaking] - Ména - Version imprimable
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dimanche, 13 octobre 2019

 

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L’Armée syrienne soutenue par les forces russes marche sur Kobane (021310/19) [Breaking]

© Metula News Agency

 

Par Jules Mazouz

 

Métula, dimanche 23h50 à Kobané et à Métula, 22h50 à Paris

 

Selon Jules Mazouz, notre spécialiste des écoutes radiophoniques, d’importantes troupes gouvernementales syriennes se dirigent en ce moment même vers Manbij et Kobane au contact de l’Armée turque [voir carte précédente].

 

A l'instant, 23h39, les Turcs menacent par la voix de Yassine Aktayi (un proche d’Erdogan) : "Si les troupes syriennes continuent leur approche vers les points de combat, ils feront face aux troupes turques. (…) Notre réponse sera virulente..".

 

La Ména observe que l’Armée gouvernementale syrienne, dans son état actuel, n’est absolument pas en mesure de se mesurer à l’Armée turque. Elle est plus faible que les YPG.

 

Le risque existe donc d’une confrontation imminente entre Turcs et Russes.

 

De plus, les liaisons Internet et satellitaire avec Perwer Emmal sont coupées pour la première fois depuis le début du conflit. Toute la région des combats est privée d’Internet, les sites d’information kurdes sont inopérants. Les media turcs ne diffusent aucune nouvelle fraiche. Il peut s’agir d’une opération de brouillage.

 

Nous suivons attentivement l’évolution de la situation.

 

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L’Armée syrienne soutenue par les forces russes marche sur Kobane (021310/19) Version imprimable
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dimanche, 13 octobre 2019

 

 

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Par Jules Mazouz

 

Métula, dimanche 23h50 à Kobané et à Métula, 22h50 à Paris

 

Selon Jules Mazouz, notre spécialiste des écoutes radiophoniques, d’importantes troupes gouvernementales syriennes se dirigent en ce moment même vers Manbij et Kobane au contact de l’Armée turque [voir carte précédente].

 

A l'instant, 23h39, les Turcs menacent par la voix de Yassine Aktayi (un proche d’Erdogan) : "Si les troupes syriennes continuent leur approche vers les points de combat, ils feront face aux troupes turques. (…) Notre réponse sera virulente..".

 

La Ména observe que l’Armée gouvernementale syrienne, dans son état actuel, n’est absolument pas en mesure de se mesurer à l’Armée turque. Elle est plus faible que les YPG.

 

Le risque existe donc d’une confrontation imminente entre Turcs et Russes.

 

De plus, les liaisons Internet et satellitaire avec Perwer Emmal sont coupées pour la première fois depuis le début du conflit. Toute la région des combats est privée d’Internet, les sites d’information kurdes sont inopérants. Les media turcs ne diffusent aucune nouvelle fraiche. Il peut s’agir d’une opération de brouillage.

 

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Les Turcs ont pris Tel Abyad (011310/19) Version imprimable
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dimanche, 13 octobre 2019

 

 

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Par Perwer Emmal à Kobane

 

Métula, dimanche 21h10 à Kobané et à Métula, 20h10 à Paris

 

Le petit contingent américain (sept véhicules) qui se trouvait à Kobane [no.5 carte] depuis les premières heures de la guerre a quitté la ville. Il s’ensuit un vent de panique parmi la population qui s’est jetée sur les routes en direction du Sud.

 

Pour avoir une idée de l’ampleur de l’exode, dans mon immeuble où vivaient sept familles, il ne reste plus que deux appartements occupés. Celui d’un vieux couple trop âgé pour fuir et mon studio.

 

On estime à plus de 150 000 personnes le nombre de civils qui ont quitté les villes du Nord, principalement Kobane, Tel Abyad et Ras al Ayn.

 

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Service cartographique © Metula News Agency
La situation militaire, ce vendredi à la mi-journée

 

La situation dans la ville de Kobane est relativement calme mais l’on s’attend à un raz-de-marée turc dans les prochaines heures. L’ennemi a amassé des moyens de franchissement de l’Euphrate à Jarabulus [no.6 carte], sans doute dans l’idée de déferler sur Kobane depuis l’Ouest mais également sur le cœur du Rojava.

 

Les YPG bombardent les préparatifs de cette attaque avec tout ce qu’ils possèdent, y compris le territoire turc, à partir de la région de Kobane et celle de Manbij.

 

Je suis en consultations permanentes avec la rédaction de Metula pour décider si je reste à Kobane pour y narrer la bataille qui s’y dessine ou si j’évacue également vers le Sud. Pour le moment, nous n’avons pris aucune décision, le Sud n’étant pas forcément plus sûr que l’endroit où je me trouve.

 

A Ras al Ayn [no.4 carte], un convoi civil revêtant pourtant les marques internationale de la presse a été pris pour cible par l’Aviation turque. Plusieurs véhicules ont été détruits [photo], dont ceux qui transportaient des confrères. Celui de Stéphanie Perez de France2 n’a pas été atteint mais il y a plusieurs morts et blessés [regarder la vidéo] à l’issue de cet incident.

 

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Des éléments du convoi de journalistes quelques secondes après l’attaque

 

Voici le commentaire de Stéphanie Perez sur Tweeter : "Nous étions dans le convoi de civils kurdes pris pour cible par les forces turques ou leurs alliés à Ras Al Ain. Notre équipe va bien, mais des confrères sont morts".

 

L’essentiel du centre-ville de Tel Abyad [no.3 carte] est virtuellement tombé entre les mains des Turcs et de leurs supplétifs ex-al Qaëda. Il reste toutefois d’importantes poches de résistance et les Peshmergas – qui n’ont pas opéré de retrait tactique généralisé – se battent avec courage.

 

Un accord a été passé entre les YPG et la Russie il y a quelques minutes afin de permettre à l’Armée gouvernementale syrienne de se déployer à Tel Abyad. Techniquement, on ne voit pas comment cela pourrait se faire sans occasionner des affrontements entre l’Armée d’al Assad et celle d’Erdogan.

 

C’est sans doute dans ce sens qu’il convient d’interpréter un très récent communiqué russe dont le contenu est : "La Russie espère que la partie turque et ses alliés feront preuve de retenue et ne se lanceront pas témérairement dans une guerre ouverte avec les forces gouvernementales (syriennes)".

 

On vient de voir également une délégation gouvernementale syrienne entrer à Manbij. Il semble que les forces kurdes, incapables de tenir seules face aux Turcs, trahies par leurs alliés naturels américains et européens, se résolvent à remettre une partie de leur territoire à Assad et à son allié russe plutôt que de se le voir enlever par Erdogan.

 

On note dans ce registre plusieurs concentrations de troupes gouvernementales syriennes au sud de l’Euphrate, d’Aboukamal, à Deïr ez-Zor et Raqqa [carte], qui s’apprêteraient à franchir le fleuve et à prendre position dans le Rojava.

 

On observe également que dans la zone de Hama et Idlib [carte], les échanges d’artillerie lourde entre Turco-al Qaëda et Russo-Assad ont largement gagné en intensité durant ces dernières 24h.

 

A Ras al Ayn, les Kurdes ont regagné du terrain durant la journée, notamment grâce à leur réseau de souterrains qui leur a permis de prendre l’ennemi à revers.

 

Des éléments infiltrés de l’Armée turque ont à nouveau coupé l’autoroute M4 au sud-est de Tel Abyad, interdisant la circulation sur cet axe [no.2 carte].

 

Un peu plus à l’Est [no.1 carte] les Américains ont abandonné leur base majeure de Tel Baïdar.

 

Nous estimons à 40 combattants et à 35 civils le nombre de Kurdes tombés aujourd’hui dans les combats jusqu’à 20h locales. L’ennemi a perdu au moins 70 hommes, pour la plupart des Arabes de l’ex-al Qaëda.

 

Dernières minutes :

 

Des discussions entre des officiers des forces kurdes et de l’Armée d’al Assad se déroulent en ce moment-même dans une base russe en Syrie.

 

 

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La situation des Kurdes se dégrade (011210/19) Version imprimable
Breaking News !
samedi, 12 octobre 2019

 

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Par Perwer Emmal à Kobane

 

Métula, samedi 13h50 à Kobané et à Métula, 12h50 à Paris

 

Hier, à partir de la fin de l’après-midi, l’Armée turque a bombardé à l’artillerie lourde sans discernement la ville de Kobane [40 000hab.] dans laquelle je me trouve. Les habitants ont vécu un véritable enfer et des centaines d’entre eux ont pris le risque d’évacuer la ville sous les obus en direction du Sud.

 

Les YPG ont réagi en bombardant une grande base de l’Armée turque de l’autre côté de la frontière qui a brûlé durant des heures [no.3 carte], dont voici une vidéo.

 

L’ennemi s’est également aventuré à bombarder intentionnellement la base de la Coalition internationale établie sur la colline de Mishtenur Hill [carte] située à 5km environ au sud de Kobane.

 

Cette base abrite principalement des militaires américains mais également des forces spéciales européennes. Deux soldats français ont été blessés durant ce bombardement.

 

Washington a invité la Turquie à "éviter toute action pouvant conduire à une riposte immédiate" et indique que ses forces "ne se sont pas retirées de Kobane".

 

Cela indique que le détachement américain dont nous avions indiqué en exclusivité qu’il s’était positionné à Kobane au premier jour du conflit s’y trouve encore, ce qui n’a pas empêché l’artillerie turque d’arroser copieusement la cité.

 

Le commandement U.S. local a aussi émis un avertissement à Ankara :

 

Le Capitaine américain Brook DeWalt a émis un communiqué dans lequel il déclare qu’ "une zone où les Turcs sont informés de la présence de forces américaines a été bombardée". Il a précisé que "ce tir d'artillerie n'a pas fait de blessés parmi les soldats américains".

 

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Les Américains sont revenus ce matin [samedi] en force réoccuper leurs positions

à Mishtenur Hill, qu’il s avaient abandonnées hier soir par mesure de précaution

 

Le Président turc Recep Tayyip Erdogan a réagi en affirmant que "l'offensive se poursuivrait en dépit des avertissements américains".

 

Suite à ce sérieux incident, des chasseurs-bombardiers ainsi que des hélicoptères de la Coalition ont survolé Kobane à basse altitude et à plusieurs reprises sans ouvrir le feu, ce qui a tout de même eu le mérite de faire baisser l’intensité des pilonnages turcs.

 

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Service cartographique © Metula News Agency

La situation militaire, ce vendredi à la mi-journée

 

Globalement, la situation militaire des forces kurdes sur le terrain se dégrade. L’ennemi, soutenu par ses supplétifs islamistes de l’ex-al Qaëda, est parvenu à effectuer une percée significative à l’est de Tel Abyad sur une trentaine de kilomètres, réussissant à couper l’autoroute M4 reliant Hasaké à Alep, importante pour les communications des YPG [no.1 sur la carte]. Les agresseurs s’en sont alors pris à des automobilistes civils, tuant plusieurs d’entre eux et empêchant les autres d’utiliser l’autoroute.

 

Des forces de la Coalition internationale, soutenues par des blindés, se sont positionnées sur la même autoroute un peu plus à l’Ouest, dans le but d’empêcher tout élargissement de cette nouvelle tête de pont [no.2 sur la carte]

 

A Ras al Ayn les Turcs sont parvenus à enlever la zone industrielle située à l’est de la ville. On se bat au sol à l’intérieur des deux villes de Ras al Ayn et de Tel Abyad sous le couvert de bombardements d’artillerie incessants. L’aviation et l’artillerie turques sont en train d’écraser sous les bombes le marché central de Ras al Ayn.

 

Le village de Tel Halfa, à l’ouest de Ras al Ayn, repris hier aux Turcs par les YPG a à nouveau été conquis par l’ennemi.

 

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Une vue de la zone industrielle de Ras al Ayn passée sous contrôle turc

 

Un officier des YPG à Ras al-Aïn a affirmé que ses forces avaient "repoussé l'avancée ennemie sur trois fronts" et fait état de "féroces combats en cours à la mi-journée" [samedi].

 

Le bilan des pertes que nous avons établi selon les diverses informations qui nous parviennent fait état, depuis le premier jour de l’agression ottomane, mercredi dernier, de 160 combattants kurdes et alliés tués ainsi que 32 civils. Les envahisseurs ont perdu environ 330 soldats et mercenaires, ainsi que 18 civils.

 

L’ennemi a en outre capturé ce samedi les villages de Nus Tal, Rajm Unwah, Al-Khuwayn Kabir, Al Khuwayrah Saghir, Al-Ghugayr, Al-Shawkan situés entre Tel Abyad et Ras al Ayn. Ce qui porte à une trentaine le nombre des villages frontaliers conquis par l’ennemi et ses janissaires depuis le début de l’affrontement.

 

Le commandant en chef des FDS [Forces Démocratiques Syriennes sous commandement YPG] , Mazloum Abdi a déclaré hier : "Si les USA sont incapables de trouver une solution pacifique avec la Turquie, nous leur demandons d'empêcher la Turquie d'utiliser notre espace aérien, car nous pourrons ainsi nous défendre".

 

Mazloum Abdi partage sur ce point l’avis exprimé depuis deux jours par l’analyste stratégique Stéphane Juffa, qui est également le rédacteur en chef de notre agence de presse, qui déclare que la seule décision qui pourrait équilibrer la confrontation serait la proclamation de l’interdiction de survol de la Syrie et des zone avoisinantes aux avions turcs par la Coalition américano-européenne, avec, si nécessaire, la participation d’Israël.

 

Selon Juffa, les avions turcs ne disposent pas de la technologie de pointe des grandes armées européennes, des USA et d'Israël, ils ne soutiennent pas la comparaison.

 

Toujours selon notre rédacteur en chef, "toutes les autres mesures et sanctions visant le régime d’Erdogan arriveraient trop tard pour empêcher la conquête du Rojava et le massacre des Kurdes par les Turcs et leurs supplétifs islamiques.

 

L’interdiction de survol, quant à elle, pourrait être imposée quasi-instantanément en considération des forces en présence et de leur positionnement actuel", a précisé Juffa.

 

 

Dernières minutes (par Perwer Emmal) :

 

Les YPG ont repris aux Turcs le contrôle total de l’autoroute M4 [no.1 sur la carte], chassant les soldats turcs et les ex-al Qaëda de la tête de pont qu’ils avaient établie cette nuit. L’ennemi a subi d’importantes pertes humaines et matérielles lors de cet assaut kurde qui s’est terminé à 13h locales.

 

Les Peshmergas de la poche d’Afrin ont renouvelé il y a quelques minutes leurs bombardements sur la garnison turque de Mari [carte].

 

 

Développements militaires, politiques, diplomatiques et déclarations (par Ilan Tsadik) :

 

Selon des sources vérifiées, des appareils non-identifiés ont mené hier quatre raids meurtriers contre des installations iraniennes dans la zone de la frontière entre la Syrie et l’Irak, à proximité d’Aboukamal.

 

Les dégâts sont importants, il y a de nombreux morts et blessés dans les rangs de l’Armée iranienne, ainsi que dans ceux de ses milices supplétives irakienne et libanaise chiites.

 

Les sources arabes attribuent l’opération à Israël.

 

Juffa note : "Il y a énormément de trafic militaire aérien sur tout le nord de la Syrie, entre les appareils russes, coalisés, turcs et israéliens. On a déjà évité de justesse des combats aériens entre ces armées. Les avions, qui ne coordonnent pas leurs interventions, et qui sont souvent du même type, se croisent fréquemment à quelques centaines de mètres de distance, parfois moins. La situation est terriblement explosive", conclut notre spécialiste des question aéronautiques, "elle pourrait gravent se dégrader en conséquence d’un incident".

 

Le Président Macron a appelé tôt ce matin Donald Trump pour lui dire "qu’il fallait faire quelque chose dans l’urgence afin de stopper l’avance turque".

 

Le tyran Recep Erdogan a adressé une menace directe à l’Europe alors qu’il s’adressait à des membres de son parti. Il s’est exprimé en ces termes : "Salut l’Union Européenne, réveillez-vous ! Je le répète : si vous essayez d’entraver notre opération là-bas en la traitant comme une invasion, notre tâche sera simple : nous ouvrirons nos portes et vous enverrons 3,6 millions de migrants".

 

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Les Kurdes tiennent le choc (011110/19) Version imprimable
Breaking News !
vendredi, 11 octobre 2019

 

 

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Par Perwer Emmal à Kobane

 

Métula, vendredi 15h00 à Kobané et à Métula, 14h00 à Paris

 

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Service cartographique © Metula News Agency

La situation militaire, ce vendredi à la mi-journée

 

Depuis hier soir, les force turques appuyées par les mercenaires islamistes de l’ex-al Qaëda sont parvenues à établir quatre têtes de pont à l’intérieur du Rojava, autour des villes de Tel Abyad et de Ras al Ayn, [points rouges sur la carte].

 

A Tel Abyad [15 000hab.], la tête de pont située à l’est de la ville s’étend sur une longueur de 6km, celle de l’Ouest sur 1km, toutes deux sur une profondeur de 2.5km. Des combats se déroulent dans la périphérie de la ville.

 

A Ras al Ayn (Serêkaniyê en kurde) [50 000hab.], dans laquelle les Turcs ne sont pas parvenus à poser le pied, la tête de pont située à l’est de la ville s’étend sur une longueur de 5km, celle de l’Ouest sur 3km, toutes deux sur une profondeur de 2km.

 

Dans les deux zones, les YPG contiennent les assauts des chars ennemis soutenus par l’artillerie et l’aviation et lancent des contre-attaques. L’objectif des Turcs étant d’encercler ces cités et de les prendre d’assaut.

 

A l’ouest de Ras al Ayn, les forces kurdes ont lancé à l’aube une violente contre-offensive qui s’est conclue par la reprise du village stratégique de Tel Halaf [carte], coupant littéralement la tête de pont turque en deux jusqu’à la frontière internationale. L’ennemi, principalement les mercenaires de l’ex-al Qaëda, ont perdu plusieurs dizaines de combattants et de nombreux véhicules blindés.

 

Lors de combats à l’est de Ras al Ayn, les ex-al Qaëda ont perdu 40 miliciens dont les corps sont en train d’être récupérés par les combattants kurdes.

 

Les Peshmergas ont en outre tendu une embuscade à des miliciens ex-al Qaëda dans la zone industrielle de Ras al Ayn, à l’est de la ville, en neutralisant 11.

 

Les deux routes menant de Ras al Ayn vers le Sud et la région de Hasaké [carte] sont solidement et totalement sous le contrôle des Peshmergas.

 

Des ex-al Qaëda qui tentaient de s’emparer de la route parallèle à la frontière à l’est de Ras al Ayn ont été repoussés, laissant les corps de 15 miliciens sur le terrain dans leur retraite.

 

Le village de Yabise, dans la tête de pont à l’ouest de Tel Abyad, a été également repris aux ex-al Qaëda par les YPG. L’ennemi compte des dizaines de morts dans la confrontation.

 

De nombreux renforts kurdes en provenance du Sud [front face à l’Etat Islamique], dotés d’armes lourdes, continuent à affluer en direction des têtes de ponts ennemies.

 

Selon des confrères journalistes, l’Armée américaine se serait déployée dans le village de Sharqraq, à 30km au sud de Tel Abyad.

 

Des avions de la Coalition internationale ont survolé hier soir et ce matin la région d’al Malikiya [carte], croisant ceux d’Erdogan.

 

L’Armée turque a par ailleurs bombardé à l’arme lourde l’église Sainte Marie dans le village assyrien de Tal Jihane.

 

Les forces ottomanes poursuivent leurs bombardements d’artillerie incessants tout le long de la frontière, y compris à l’est de Malikiya, sur la frontière avec l’Irak (nous ne les mentionnons pas sur la carte afin qu’elle reste lisible) ainsi que leurs raids aériens tout aussi ininterrompus.

 

Les attaques des Kurdes se poursuivent à partir de la poche de résistance proche d’Afrin. Elles visent les forces turques et leurs supplétifs principalement à Mari et à al Bab. L’ennemi riposte par des tirs d’artillerie. Les YPG dans la poche font planer l’hypothèse d’une offensive visant à réunir le saillant de Manbij au canton d’Afrin. Il s’agit d’une perspective TRES optimiste, mais d’une possibilité qui dépendra de l’issue des combats dans le Rojava. Jusqu’à maintenant, les forces kurdes font mieux que se défendre.

 

Il n’y a pas d’autres incursions turques dans notre territoire en dehors de celles que j’ai mentionnées dans ce compte-rendu. Ce, en dépit de plusieurs tentatives toutes repoussées par les Peshmergas et nos alliés locaux.

 

A Kobane, d’où je ne suis pas sorti depuis le début des hostilités, la situation s’est calmée et les tirs ennemis ne sont plus que sporadiques. Cela est sans doute dû au maintien dans la ville du petit détachement américain. Je me demande pourquoi les boys ne pouvaient pas faire cela tout le long de la frontière, ils auraient sans doute évité une guerre. Qu’avaient-ils à perdre ?

 

Si la situation se stabilise, demain j’irai accompagner des unités YPG sur la ligne de front, probablement à l’ouest de Tel Abyad. Ce afin de vous donner des informations plus proches des affrontements et de sonder le moral des combattants.

 

 

Développements politiques, diplomatiques et déclarations (par Ilan Tsadik) :

 

Tweet du Président Donald Trump (.@realDonaldTrump) : Nous avons vaincu 100% du califat ISIS et n'avons plus de troupes dans la région attaquée par la Turquie en Syrie. Nous avons parfaitement fait notre travail. La Turquie attaque les Kurdes qui se battent (entre eux) depuis 200 ans.

 

Hier, au Conseil de Sécurité, la motion condamnant l’agression turque n’a pas pu être adoptée en raison de l’opposition (veto) des Etats-Unis et de la Russie.

 

Le Premier ministre israélien Binyamin Netanyahou a condamné l'invasion de la Turquie dans le nord de la Syrie et a déclaré qu’Israël fera tout ce qui est en son pouvoir pour fournir une aide humanitaire au peuple kurde.

 

Des centaines de réservistes de Tsahal ont envoyé une pétition à Binyamin Netanyahu et au chef d'état-major de l'armée israélienne, le Lieutenant-Général Aviv Kokhavi, leur demandant d’intervenir afin d’empêcher les atrocités commises par la Turquie contre les Kurdes.

 

Ils ont écrit, en substance, que "nous, Israéliens et Juifs, ne devons pas rester inactifs lorsque nous voyons une autre nation abandonnée par ses alliés et laissée sans défense" [lire la totalité de la pétition en anglais].

 

Quelques dizaines de réservistes israéliens n’ont pas attendu la réponse à cette pétition et ont gagné le Rojava par leurs propres moyens. Il y ont rejoint des soldats d’autres armées amies qui donnent un "coup de main" aux Kurdes. Certains membres de cette brigade internationale ont déserté les contingents de la Coalition Internationale pour rejoindre les YPG.

 

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Trump : "Les Kurdes ne nous ont pas aidés en Normandie !" (011010/19) Version imprimable
Breaking News !
jeudi, 10 octobre 2019

 

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Par Perwer Emmal à Kobane

 

Métula, jeudi 13h00 à Kobané et à Métula, midi à Paris

 

Après avoir échoué dans leur première tentative de s’emparer de la ville de Tel Abyad, les Turcs et leurs supplétifs islamistes ont lancé hier soir (mercredi) une nouvelle offensive massive dans le même but, avec le soutien de l’aviation, des chars et de l’artillerie.

 

Les combats ont été extrêmement violents, mais les Turcs ne sont à nouveau pas parvenu à enlever la cité.

 

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Service cartographique © Metula News Agency

La situation militaire en ce jeudi matin

 

En revanche, leur tentative pour prendre Tel Abyad par l’Est leur a permis d’établir une position entre cette ville et celle de Suluk, à 7km à l’intérieur du Rojava [carte]. Il se sont emparés du même coup des villages de Tabatin et de Mashrefe.

 

Un peu plus à l’Est encore, à une centaine de kilomètres à vol d’oiseau, l’agresseur a réussi une seconde percée à l’ouest de Ras el Ayn (en arabe, Serê Kaniyê en kurde), au abords du village de Tel Halaf, à environ 5km de la frontière [carte].

 

Ce faisant, les Turcs et leurs supplétifs islamistes arabes sont parvenus à couper la route qui relie directement Tel Abyad et Ras el Ayn. Ils continuent en outre à menacer de prendre la ville et se trouvent actuellement à quelques dizaines de mètres de ses points d’entrée.

 

Les YPG opposent une vive résistance à ces attaques, conduite sous le couvert de raids aériens et de pilonnages d’artillerie ininterrompus. D’importants renforts kurdes, prélevés du front contre DAESH, sont en train d’arriver et de se positionner en ordre de combat face à ces deux têtes de ponts. Ces unités de Peshmergas incluent des blindés et de l’artillerie lourde.

 

Je pense que dans la journée ou demain, nous allons assister sur ce théâtre d’opération, à l’une des premières confrontations mobiles majeures de cette guerre. Elle nous fournira une indication quant aux capacités de chacun des camps d’évoluer dans une guerre de mouvement.

 

Sur un autre front, hier soir, une gigantesque explosion a secoué la ville d’al Raï [carte] dans la partie du Rojava occupée par la Turquie. On ignore pour le moment l’origine de l’explosion et ses conséquences.

 

Dans la région de Kobane où je me trouve, toujours sous le feu des batteries ennemies, les YPG ont lancé quelques violentes contre-attaques sur Jarabulus mais également en territoire turc.

 

Dans la zone du village d’Ein Diwar [carte], proche de la triple frontière, les forces kurdes ont également touché des objectifs sur le territoire de l’ennemi, visant des voies de communication par lesquelles les Turcs acheminent des renforts. Ce jeudi matin, les Peshmergas de la région sont la cible de bombardements aériens acharnés de l’ennemi.

 

Dans la poche occidentale, à proximité d’Afrin, les YPG ont pris l’initiative en ouvrant deux nouveaux fronts face à Meri et al Bab [carte]. Elles bombardent et lancent des opérations contre l’Armée ottomane et les ex-al Qaëda. Principalement, selon toutes les probabilités, afin de créer une diversion et d’obliger l’ennemi à déployer des forces plus à l’Ouest en le forçant à consolider ses positions autour de la poche. Il est par ailleurs possible que l’attaque qui a visé al Raï ait été montée à partir de cette enclave. C’est soit cela, soit une opération organisée à partir du saillant de Manbij.

 

Ailleurs, les bombardements d’artillerie ainsi que les pilonnages aériens de l’ennemi se poursuivent sans relâche, ciblant les positions des Peshmergas. Il est toutefois remarquable qu’à l’heure de ce nouveau compte-rendu, et malgré son écrasante supériorité en nombre et en matériel, l’ennemi ne soit pas parvenu à bousculer sérieusement nos lignes défensives. Nous combattons partout en bon ordre et dans le calme, en suivant des schémas tactiques prédéfinis. En revanche, on observe des mouvements de foules prises de panique parmi les civils coincés entre les combats.

 

Les Turcs font face à des combattants aguerris, bien préparé à l’éventualité d’une agression de la part d’Ankara, soutenus et conseillés par les armées occidentales, et désormais généreusement dotés en moyens militaires par les Etats-Unis.

 

Plus au Sud, dans la région de Raqqa-Deir ez-Zor, les YPG ont pratiquement délaissé leurs positions, ce qui a permis à DAESH de se réorganiser sur la base de cellules dormantes et de lancer plusieurs offensives sanglantes. En lâchant les Kurdes, Donald Trump et ses alliés Occidentaux risquent désormais de perdre tous les acquis stratégiques de la guerre contre l’Etat Islamique et d’assister au réveil violent de cet autre conflit. Quant à nous, nous n’avons strictement pas le choix.

 

 

Sur le plan politique et diplomatique (par Ilan Tsadik), la Turquie est pratiquement l’objet de condamnations et de mises en garde de toutes parts.

 

Le sénateur Républicain Lindsey Graham, traditionnel soutien du Président Trump, a annoncé avoir conclu un accord bipartisan avec le sénateur Démocrate Chris Van Hollen concernant le vote de sanctions très sévères à l'encontre de la Turquie en réponse à son invasion de la Syrie. Alors que l'administration refuse d'agir contre Ankara, une loi dans ce sens peut avoir des effets réellement dévastateurs sur l’économie turque, à l’instar de ce qu’il se passe en Iran.

 

L'Arabie Saoudite, les Emirats Arabes Unis, Bahreïn, la Jordanie, l'Egypte et le Liban condamnent l'agression turque contre la Syrie.

 

Le procureur turc a ouvert une enquête visant le vice-président du parti pro-kurde du HDP suite à ses commentaires sur l'opération turque en Syrie. Les media turcs ont été avertis de ne pas émettre de critiques au sujet de la guerre en cours sous peine de poursuites et d’emprisonnement des responsables.

 

Pour sa part, le Président Donald Trump, sans doute sous pression, multiplie les commentaires erratiques sur Tweeter. Il a ainsi reproché aux Kurdes de n’avoir pas aidé l’Amérique pendant la Seconde Guerre Mondiale, écrivant :  "Ils ne nous ont pas aidés en Normandie, par exemple".

 

Le président a en outre répondu à la question que j’ai posée dans ces colonnes, lorsqu’il avait "prévenu que la Turquie serait frappée par les sanctions dévastatrices si elle conduisait son offensive de manière inhumaine". J’avais demandé ce qu’il entendait par un comportement inhumain en temps de guerre. Interrogé par un journaliste qui a répété la même question que celle que j’avais posée, le président a répondu de manière tout aussi impénétrable : "Et bien il va falloir que nous voyons. Il va falloir qu’on le définisse au fur et à mesure que nous avançons".

 

 

 
Les Kurdes ont repoussé l’offensive terrestre à Tel Abyad (020910/19) Version imprimable
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mercredi, 09 octobre 2019

 

 

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Par Perwer Emmal à Kobane

 

Métula, mercredi 23h45 à Kobané et à Métula, 22h45 à Paris

 

Les YPG ont repoussé l’offensive terrestre contre la ville frontière de Tel Abyad [voir carte précédente], en dépit du soutien de dizaines de chars et de bombardements d’artillerie ininterrompus.

 

Les Turcs avaient envoyé les ex-al Qaëda faire le boulot au sol, encadrés par des officiers turcs.

 

Ils n’ont pas réussi à faire un mètre dans la ville.

 

Ils avaient tenté une percée par la campagne à l’est de Tel Abyad mais ils ont été éconduits.

 

Les combats continuent. Il y a des dizaines de morts et de blessés des deux côtés y compris de nombreux civils dans la ville, incapables de l’évacuer sous le feu.

 

L’électricité est coupée et les incendies d’immeubles embrasent le ciel.

 

Près du village d’Ein Diwar à proximité de la ville de Dirk, non loin de la triple frontière – Turquie, Rojava, Irak – et de la ville turque de Cizre, les YPG ont pris pour cible au mortier la concentration de forces turques qui les attaquaient infligeant de grosses pertes aux assaillants.

 

Note de la rédaction à Métula :

 

 

Nous sommes en communication permanente avec Perwer Emmal réfugié dans la cave de son immeuble. Le bombardement de Kobane par les Turcs se poursuit, les YPG répliquent contre leur adversaire dans toute la région, jusqu’à Jarabulus, à 32km à l’Ouest. Les Kurdes bombardent Jarabulus en territoire syrien à partir de la zone de Manbij, ainsi que la ville de Karkamis, juste de l’autre côté de la frontière en Turquie [carte]. Il s’agit de deux places fortes de l’Armée turque et de ses supplétifs. Selon les nouvelles qui parviennent à Perwer Emmal, le bombardement est précis et occasionne des ravages dans les positions ennemies.  

 

 
L’agression turque contre le peuple kurde a commencé (010910/19) Version imprimable
Breaking News !
mercredi, 09 octobre 2019

 

 

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© Metula News Agency

 

Par Perwer Emmal à Kobane

 

Métula, mercredi 22h10 à Kobané et à Métula, 21h10 à Paris

 

Comme cela était attendu, le tyran turc Recep Erdogan a déclenché les hostilités contre les Kurdes de Syrie aux environs de 16h locales.

 

L’ennemi procède pour le moment par des bombardements d’artillerie (bombes noires sur la carte) ainsi que des bombardements aériens (avions noirs).

 

Il y a environ quatre heures, Erdogan a annoncé le début de sa guerre d’agression par le communiqués suivant : "Les Forces Armées Turques avec l’Armée Nationales Syrienne [les mercenaires islamiques ex-al Qaëda. Ndlr.] viennent de lancer l’opération ""Source de Paix"" contre le PKK/YPG [il n’y a pas de PKK dans le Rojava. Ndlr.] ainsi que les miliciens de DAESH dans le nord de la Syrie [il n’y pas de miliciens de DAESH à part des prisonniers dans le Rojava et il n’y a pas de confrontation entre l’Armée turque et des éléments de DAESH. Ndlr.]. Notre mission est d’empêcher la création d’un corridor de la terreur [nous ignorons totalement de quoi parle Erdogan, une telle menace est inexistante. Ndlr.] à travers notre frontière méridionale, et d’apporter la paix dans la région".

 

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Service cartographique © Metula News Agency

La situation dans le Rojava à 22h heure locale

 

Depuis, l’Armée turque bombarde sans interruption les villes de Qamishly (dont le centre-ville) de Tel Abayd [carte], ainsi que des villages dans la poche de résistance tenue par les YPG (Unités de Protection du Peuple) [carte] au nord d’Alep.

 

Un enfant de six ans a perdu la vie lors du bombardement d’un village en périphérie de Qamishly.

 

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Qamishly, une ville de 200 000 habitants, est sous les bombes turques

 

Environ 25 F-16 turcs de fabrication américaine mènent de très nombreux raids jusqu’à 50km dans la profondeur du Rojava. Plusieurs personnes, dont des civils, ont trouvé la mort, d’autres sont blessées.

 

A Kobane où je me trouve, aucun bombardement n’a eu lieu pour l’instant car six command cars de l’Armée américaine se sont positionnés dans la ville dès le début de l’attaque [regarder la vidéo]. On ignore ici si ces combattants ont reçu l’ordre de se déployer de Washington ou s’il s’agit d’une initiative indépendante du commandement U.S. sur le terrain. Les ordres officiels provenant de la Maison Blanche étant de ne s’interposer nulle part dans les combats.

 

A 21h locales, pendant que je rédige mon compte-rendu, l’artillerie turque a commencé à bombarder lourdement Kobane, faisant trembler mon immeuble dans tous les sens. J’ignore si les soldats américains se sont retirés ou si le bombardement se déroule en dépit de leur présence.

 

Une position de nos alliés chrétiens syriaques du Conseil Militaire Syriaque près du village de Ter Cihan a été prise pour cible par les chasseurs-bombardiers d’Erdogan.

 

Les YPG ripostent à l’agression turque. Notre artillerie bombarde des positions ennemies à Karamis, en territoire turc. Juste à côté, à Jarabulus, notre artillerie lourde a détruit sept positions fortifiées de l’Armée turque. A Jindires, dans le canton d’Afrin occupé, une base de mercenaires de l’ex-al Qaëda a été visée. A Tel Abyad, nos forces ripostent au bombardement incessant des canons autotractés turcs.

 

A l’ouest de Manbij, aux portes du village d’Ulashi, sur la rive occidentale de l’Euphrate, les ex-al Qaëda ont tenté de progresser en direction de Manbij. Ils ont été immédiatement stoppés dans leur avance par les Peshmergas (le nom des combattants kurdes). C’est, à ma connaissance, l’unique affrontement d’infanterie jusqu’à maintenant. Un commandant que je connais dans la ville d’Arima où j’avais pris mes quartiers pendant la bataille d’Afrin m’a informé par téléphone qu’au moins huit mercenaires arabes avaient été tués lors de l’affrontement et plusieurs autres sont blessés. Nous comptons un blessé léger dans nos rangs.

 

Dernières minutes : Tel Abyad subit actuellement un assaut terrestre mené par les soldats turcs et leurs auxiliaires islamistes.

 

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Tel Abyad (15 000hab.), la première ville du Rojava à subir un assaut terrestre

 

Toute la frontière est à feu et à sang, les obus éclatent non loin de moi. L’ennemi utilise tout l’arsenal à sa disposition, notamment des roquettes. Les civils sont évacués des deux côtés de la frontière.

 

Je vais tenter de me mettre à l’abri en espérant une accalmie. Je continue sans relâche à suivre les péripéties des combats et à informer la rédaction à Métula.

 

 

Revue des réactions politiques et diplomatiques, préparée par Ilan Tsadik :

 

Le président Donald Trump, vivement critiqué pour sa décision de retirer les troupes américaines du nord-est de la Syrie, a affirmé ce mercredi qu'il se concentrait sur la "GRANDE IMAGE" [en majuscules sur le Tweet du président] qui n'inclut pas l'implication américaine dans "de stupides guerres sans fin au Moyen-Orient".

 

"Les combats entre différents groupes s’y déroulent depuis des centaines d'années. Les Etats-Unis n'auraient jamais dû être au Moyen-Orient", a complété Trump, ajoutant encore que "Les stupides guerres sans fin, pour nous, se terminent !"

 

"L'entrée au Moyen-Orient est la pire décision qui ait jamais été prise dans l’histoire de notre pays !", a-t-il encore proclamé. Précisant qu’il "qu'il ramenait lentement et prudemment nos grands soldats et militaires chez eux, conformément à ma promesse électorale. Terminant : "Nous nous concentrons sur la GRANDE IMAGE ! LES USA SONT PLUS GRANDS QUE JAMAIS AUPARAVANT !".

 

Le sénateur Républicain Lindsey Graham, pourtant proche allié de Trump, a intensifié ses critiques à l’encontre du président mercredi en affirmant sur FoxNews que "si Trump continue dans cette voie, ce serait la plus grosse erreur de sa présidence. J'espère qu'il a raison mais je ne le pense pas", a déclaré Graham, en comparant les points de vue de Trump à la "mentalité d'avant le 11 septembre qui a ouvert la voie au 11 septembre".

 

"Nous ne donnons pas le feu vert à la Turquie au Congrès", a tonné le sénateur qui prépare une loi conjointe avec les Démocrates afin de sanctionner Ankara, "et nous n'allons pas abandonner les Kurdes. Si le président le fait, nous ne le ferons pas".

 

L’Allemagne, la France et la Grande-Bretagne ont condamné l’agression turque. L’Egypte également, qui a demandé une réunion d’urgence de la Ligue Arabe afin de discuter des évènements dans le nord de la Syrie.

 

Les Pays-Bas ont vivement fait connaître leur mécontentement aux oreilles de l’ambassadeur turc à La Haye.

 

Le Conseil de sécurité des Nations Unies se réunira demain, jeudi, afin de discuter du conflit en Syrie à la demande de l’Union Européenne.

 

Les YPG ont complètement arrêté leurs opérations contre l’Etat Islamique, et ont rapatrié la quasi-totalité de leurs combattants pour faire face à l’Armée turque. Les miliciens de DAESH ont immédiatement repris les armes et se sont attaqués à plusieurs positions gouvernementales, à des convois et à des militaires iraniens.

 

Les Forces Démocratiques Syriennes dont les YPG constituent le composant essentiel demandent à la coalition américaine et internationale de mettre fin aux attaques turques dans le nord-est de la Syrie.

 

Pour le moment, la liaison avec notre camarade Perwer Emmal fonctionne et nous sommes en contact permanent avec lui. D’autres nouvelles suivront.

 

 

 
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Analyse
mardi, 08 octobre 2019

 

Par Perwer Emmal

 

En vérité, on ne s’y attendait pas. La conversation téléphonique entre Donald Trump et Recep Erdogan de dimanche dernier, lors de laquelle le président américain a donné son feu vert au génocidaire turc pour nous envahir et nous massacrer nous a surpris.

 

Nous restions sur "le mécanisme de sécurité" mis en place, par lequel les USA garantissaient notre sécurité sur la frontière avec la Turquie en échange de notre implication totale contre les ennemis de Washington sur l’Euphrate.

 

Le secrétariat de la Maison Blanche a émis un communiqué affirmant que "la Turquie allait prochainement mettre à exécution son opération planifiée de longue date dans le Nord syrien"

 

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Sourire de complice du meurtre d’une nation alliée

 

Je suis dans mon studio spartiate à Kobané, et je distingue, à cinq cents mètres de moi, les colonnes de chars ottomans rutilants qui s’apprêtent à nous écraser. Je n’ai pas la moindre idée quant à savoir avec quoi on pourrait les repousser.

 

Les militaires U.S qui sont en train de faire place nette pour l’invasion de notre ennemi mortel sont atterrés. J’en ai vu plusieurs qui se cachaient le visage en marchant pour qu’on ne les voit pas pleurer. Certains m’ont promis qu’ils allaient faire défection ou contrevenir aux ordres pour nous aider durant la bataille.

 

Hier (lundi), en fin d’après-midi, un colonel américain, un colosse de près de deux mètres, m’a serré dans ses bras à m’étouffer sans me laisser la possibilité de me libérer. Il marmonnait en vrac qu’il avait honte, que c’était une trahison, un acte criminel, qu’il nous aimait, que nous étions des gens bien, des compagnons d’armes, qu’il était un lâche qui nous laissait démunis tout en sachant que des milliers d’entre nous vivaient probablement leurs derniers jours. Il ajoutait qu’il ne comprenait pas cette décision et qu’il haïssait Donald Trump.

 

Puis il est parti sans se retourner et est monté dans une Jeep. Et moi je suis resté. Saisissant dans ma chair la signification insupportable de la solitude et la vacuité des mots et des bons sentiments.

 

Les militaires U.S ont déjà entièrement évacué leur base de Mabrouka à l’est de Kobané.

 

Tout l’état-major des Yankees partage l’avis de cet officier, il faut dire que nous nous sommes battus côte-à-côte pendant des années, et que les sept à huit mille d’entre nos frères que nous avons perdus lors de cette guerre ont été autant de Marines qui ont été épargnés par notre sacrifice.

 

Sentant que la décision de la Maison Blanche était proche, au courant de choses que nous ignorions, les chefs du contingent américain nous ont envoyé ces dernières semaines de longs convois d’armes et de matériel de protection. Ils en ont sans doute fait plus que ce que leurs ordres leur intimaient de faire, n’hésitant pas à nous abandonner une partie de leur propre matériel dont ils n’auront plus besoin lorsqu’ils seront loin d’ici.

 

Il y a tout juste quelques mois, nous n’aurions pas même osé rêver de ces dotations. Aujourd’hui elles nous semblent toutefois dérisoires face aux centaines de canons qui nous regardent menaçants.

 

Erdogan va commencer par lâcher ses chiens contre nous, comme à Afrin. Ces miliciens arabes mi-gangsters, mi-combattants, reliquats d’al Qaëda, payés par Ankara. Nous les terrasserons, car ils n’ont pas envie de se battre, ils ne le font qu’en pensant aux pillages qu’ils pourront réaliser et à nos sœurs qu’ils espèrent violer.

 

Mais ils sont mal armés, avec l’équipement de surplus que l’armée de veut plus et mal entraînés, et nous sommes désormais aguerris au combat. Ils ne feront pas le poids en dépit du soutien aérien dont ils bénéficieront et face auquel nous sommes sans défenses.

 

Puis viendra le moment de vérité, qui débutera par la décision d’Erdogan d’envoyer au combat ses soldats turcs. Une décision qui lui sera difficile à prendre, car des milliers d’entre eux ne reviendront pas et sa stature politique est chancelante depuis la perte de la mairie d’Ankara. Nul ne sait comment la population et son état-major prendront les nouvelles de ces pertes prévisibles lorsqu’elles se produiront.

 

On peut cependant compter sur les media lourdement censurés qui, comme lors de la bataille d’Afrin, inonderont l’opinion de bilans fantaisistes. A Afrin, nous avons perdu 700 Peshmergas et eux, 2 500 soldats et mercenaires islamiques [plusieurs bilans contradictoires existent relativement à ces combats. Michaël Béhé estime quant à lui que les Kurdes ont perdu 1 200 combattants et les Turcs et leurs alliés 1 700, dont 5 à 600 soldats turcs. Ndlr.], eux n’en ont admis que 400, dont 58 Turcs.

 

Malgré tout leur arsenal, plusieurs poches de nos Unités de Protection du Peuple (YPG) existent toujours juste sous leur nez dans la zone d’Afrin, en plein milieu de leur dispositif. Comme entre Azaz, la plaque tournante de leur accès au Rojava occidental, et la ville d’al Bab, et encore au nord-est d’Alep. En dépit d’efforts incessants et perdurants contre ces enclaves isolées, ils ne sont pas parvenus à nous en déloger.  

 

Mais nous ne sommes pas très nombreux, 70 000 tout au plus, et leur armée au total compte plus de 400 000 soldats disponibles, sans compter les mercenaires d’al Qaëda.

 

De plus, nous avons besoin d’un grand nombre de personnels afin de garder les camps de prisonniers du Califat Islamique (DAESH) et leurs familles, que j’estime à 80 000 personnes. 12 000 combattants et le reste, les familles, détenues au camp d’al Hol. Il est possible qu’en raison de la situation, nous les relâchions en territoire contrôlé par l’Armée d’al Assad dans la zone de Raqqa. La remise en circulation des miliciens du Califat pourrait ranimer la guerre contre DAESH et mettre en péril ses acquis. Mais ce ne sera bientôt plus notre problème, celui-ci se résumera à une seule chose : survivre.

 

Il importe de comprendre à ce sujet que dans le conflit qui nous opposait à DAESH, ainsi qu’à Assad, aux Iraniens et à leur mentor russe, nous poursuivions les objectifs assignés par la coalition internationale, c’est-à-dire les Américains. Certains de ceux-ci constituaient des intérêts stratégiques pour eux et non pour nous. Par exemple des villes où la population kurde était marginale et même inexistante. Ou des positions qui servaient à neutraliser la présence russe dans l’affrontement des deux grandes puissances. Or pour toutes ces opérations, nous avons dû combattre loin de nos propres pôles d’intérêt stratégique et disperser nos forces sur un territoire que nous ne pouvons pas contrôler seuls. Dans une guerre contre la Turquie, nous aurons cependant besoin de chaque fusil et dès lors nous envisageons d’évacuer de larges secteurs du front. Ce qui nous fait hésiter est que les territoires ainsi abandonnés pourraient être immédiatement investis par l’ennemi turc à partir de l’Irak, qui s’en servirait alors comme autant de points d’appui pour nous attaquer.

 

Pour le moment, les contingents européens, principalement britanniques, français, allemands, et les "conseillers" d’autres nations dont on nous a demandé de ne pas citer le nom ne partent pas. Mais il s’agit d’unités réduites, de commandos ou de forces extrêmement spécialisées.

 

Ils n’ont pas la capacité de se confronter à l’Armée turque mais leur présence est précieuse en cela qu’ils nous renforcent tout de même par leur grand professionnalisme, que les Turcs feront tout pour éviter de les blesser et s’embrouiller ainsi avec les gouvernements dont ils dépendent. Ils seront également des témoins en cas d’exactions commises par l’ennemi. Un autre aspect très positif de leur présence est qu’ils nous conseillent sur le point de savoir comment disposer nos forces et comment les utiliser.

 

Les Etats-Unis ont informé dès lundi matin le commandement des Forces Démocratiques Syriennes, essentiellement composées de nos combattants, qu’ils ne nous défendraient nulle part face aux Turcs.

 

Lors d’une conférence de presse Donald Trump a menacé Ankara de "mesures dévastatrices pour son économie si son Armée se conduisait de manière inhumaine" contre nous. Reste encore à définir le terme inhumain dans le cadre d’une guerre ; est-ce que bombarder depuis les airs une ville remplie de civils est inhumain, par exemple ? C’est ce que les pilotes d’Erdogan ont pourtant fait à de nombreuses reprises lors de la bataille d’Afrin.

 

Pourquoi le président américain a-t-il pris cette décision qui nous expose objectivement au risque d’un génocide ? Pourquoi a-t-il trahi ses plus fidèles alliés dans la région en nous enfonçant un coup de poignard dans le dos ?

 

Il n’est pas facile de répondre à ces questions. Disons que Trump est avant tout un homme d’affaires qui conduit la politique étrangère de son pays comme un business. Dans cette acception, il est clair qu’à tous points de vue, la Turquie importe plus que les six millions de Kurdes du Rojava ne recélant pas de richesses particulières.

 

Il est clair également, après l’arraisonnement de pétroliers dans le Golfe par l’Iran et l’agression visant l’Arabie Saoudite, restés sans représailles, que Trump déteste la guerre, et base la totalité de la dissuasion exercée par son pays sur la rétorsion économique.

 

De plus, à exactement un an des élections présidentielles, le fait de rapatrier les "boys" à la maison est un geste toujours favorablement perçu par le public américain. N’empêche que des parlementaires Républicains et Démocrates confondus ont prévenu qu’ "autoriser l’attaque turque pourrait conduire à un massacre des Kurdes et envoyer un message confus aux alliés de l’Amérique partout autour du Globe". D’ailleurs Juffa me dit qu’Israël est inquiet de cette pusillanimité, et qu’elle pourrait être le signe avant-coureur d’un recadrage de la politique extérieure U.S., y compris au détriment d’Israël et des Etats sunnites.

 

Mais nous sommes terriblement éloignés de ces considérations politiques et diplomatiques. Je garde l’œil fixé sur les chars d’assaut et la frontière en attendant avec anxiété le moment terrible où ils se mettront à cracher du feu. J’ai évidemment peur pour ma vie comme n’importe quel être humain qui se trouverait dans ma situation. Mais les Kurdes, comme les Juifs, ont l’habitude de mourir et ils savent le faire bravement. J’ai surtout très peur pour le sort des femmes et les enfants, et il m’apparaît inouï que les pays dits civilisés, à commencer par la première puissance du monde, laissent un massacre absolument gratuit s’organiser de la sorte au XXIème siècle. Car, et il est bon de le préciser, le Rojava n’a jamais menacé la Turquie de quelque manière que ce soit. Il s’agit d’une invention de la bande à Erdogan pour masquer ses ambitions expansionnistes et guerrières.

 

A la veille d’un conflit qui semble inévitable, regardons ce qui pourrait détourner le dictateur turc de ses intentions criminelles, voire l’arrêter en chemin : d’abord, et cela dépend directement de nous, si nous infligions à son armée, faute de pouvoir la vaincre, des pertes à ce point considérables que l’addition serait trop lourde, même pour un tyran, afin de poursuivre l’aventure.

 

Ensuite, un revirement de la décision américaine, face à la réaction du public, de la presse et des parlementaires, ce qui est bien moins prévisible.

 

En troisième, une énorme pression internationale, incluant des menaces d’intervention militaire de la part des autres puissances occidentales, ce qui est carrément aléatoire.

 

Notre unique espoir, et j’admets qu’il est ténu, serait une réaction en chaîne déclenchant tous ces évènements. Mais tout cela est conditionné par la précondition que nous soyons capables d’infliger des pertes extraordinaires à notre agresseur, tout en faisait durer la confrontation afin qu’elle pèse sur la conscience des opinions publiques européennes et chez nos autres amis ; et qu’elles fassent pression sur leurs gouvernants pour les obliger à agir.

 

J’énumérais juste des éléments d’analyse.

 

Et avec mes six millions de frères et sœurs, je me prépare à vendre chèrement ma peau. Dans mon cas, il s’agira de vous informer des avatars du conflit dans les colonnes de la Ména. Vous m’entendrez jusqu’à ce que je sois fait prisonnier ou que je ne sois plus là.   

 

 
Bruxelles-Métula du 7 octobre 2019 (010710/19) Version imprimable
Radio/audio - interview/reportage
lundi, 07 octobre 2019

 

Pourquoi la France ne parvient-elle pas à endiguer son problème avec le terrorisme ?

 

Déclarer qu’on est attaqué et qu’il faut se défendre ne constitue en aucune manière une profession de foi raciste. C’est uniquement la lecture fidèle des faits ainsi que la résolution naturelle qui en découle.

 

Ce que les gouvernements français successifs refusent pourtant d’assimiler et de mettre en pratique.

 

Evidemment, reprendre le contrôle de tout ce qu’il est possible de contrôler : à commencer par l’immigration, les mosquées, et tous les trafics et réseaux qui permettent de financer et/ou d’organiser ces activités, ainsi que les vastes cercles qui les soutiennent.

 

Il faut connaître précisément ce qui se passe dans les réservoirs à terroristes islamiques. C’est vos policiers qui doivent les infiltrer, et non le contraire.

 

On pourrait adopter l’approche apaisante des autorités. Se dire qu’il n’existe que des cas spécifiques et isolés, que l’islam enrichit la société. Qu’il ne faut pas stigmatiser cette religion.

 

Très bien. Mais il y a eu des milliers de morts simplement en France dues à ces attaques.

 

Et ces attaques recèlent des plus petits communs dénominateurs évidents : plus de 90 pour cent de ceux qui les ont perpétrées se réclamaient de l’islam.

 

Lorsqu’il s’agit d’un candidat musulman à un poste administratif, il faut impérativement vérifier s’il n’a pas pu être impacté par ces facteurs de risque.

 

Je suis pilote, je passe chaque année de fastidieux contrôles de tous ordres, parce que la santé de mes passagers importe plus que la mienne, et c’est parfaitement normal. L’intégrité physique des policiers importait plus que la vie de Mickaël Harpon, celle des enfants d’Otzar Hatorah, plus que celle de Mohammed Merah, etc.

 

Pas le choix.

 

L'analyse complète et originale de Stéphane Juffa au micro de Joanna Marchi sur Radio Judaïca

 

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Sur Youtube :

https://youtu.be/ObWHDt6y9_o

 

Sur Radio Judaïca

https://www.facebook.com/radiojudaica/videos/1143721342494415/?t=1

 

 

 
Il aura vécu comme si les frontières entre les mondes n’existaient pas (010210/19) Version imprimable
Hommage
mercredi, 02 octobre 2019

 

Par Stéphane Juffa

                                   

La nuit dernière Roger Bismuth, président de la communauté des Juifs de Tunisie, ex-député de ce pays, amoureux d’Israël, grand homme d’affaires, humaniste au sens le plus noble du mot, homme debout et sans concessions, mon ami le plus proche, est mort.

 

Il est parti dans sa maison sur la presqu’île de La Goulette, le cœur de la Tunisie cosmopolite dans sa plus belle différence, le musée de ce qui fut jadis la paradis des Juifs de Tunis, qu’il a été l’un des seuls à n’avoir jamais pu quitter.

 

Il avait quatre-vingt-treize ans, six enfants, une femme, Asse, dont il n’a jamais cessé d’être amoureux, et une myriade de petits-enfants disséminés sur l’ensemble de la Planète, des Etats-Unis à Israël, en passant par le Danemark et la France.

 

Il était l’ami d’enfance, dès l’âge de douze ans, d’un autre gamin des rues, l’ex-Président Béji Caïd Essebsi, né la même année que lui en 1926, à vingt jours d’intervalle, et décédé trois mois avant lui. Il avait, entre autres particularités, d’avoir également été un proche du Président précédent, Zine el-Abidine Ben Ali, mort lui aussi en septembre dernier en exil en Arabie Saoudite. Dans le palais duquel Roger entrait et venait à sa guise, et avec lequel il jouait au poker jusqu’aux premières lumières de l’aube. Si droit qu’il n’avait jamais fait d’affaires avec lui, et ne s’était jamais compromis dans ses nombreux trafics, au point de ne pas être inquiété au moment de son renversement.

 

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Roger Bismuth 1926-2019

 

Il avait aussi côtoyé le grand Habib Bourguiba, dont il conservait un souvenir élogieux, de même que des liens étroits avec sa famille proche.  

 

Grand témoin lucide de la Tunisie du XXème siècle, la maison de Roger était un point de passage obligé et apprécié pour les principaux ambassadeurs en poste à Tunis. Ils venaient régulièrement le consulter afin de comprendre les méandres de la situation politique et humaine du pays, indéchiffrable pour la plupart des gens.

 

Lui était terriblement préoccupé par la gabegie qui y règne et son dérèglement économique. C’est qu’il l’aimait sa Tunisie… Il m’en parlait avec tristesse chaque fois que nous nous entretenions, c’est-à-dire tous les jours de ces dernières années par Skype, jusqu’à quatre mois de cela environ, lorsque son état de santé avait brutalement décliné, justifiant un traitement en urgence à Paris.

 

Nous étions très proches dans notre vision du monde et des hommes et nous partagions les mêmes points de vue pratiquement sur tout. En quarante ans d’amitié, nous ne nous étions jamais affrontés. Nous nous étions rencontrés à New York, au Waldorf Astoria, où des hommes d’affaires m’avaient demandé d’aller lui parler de leurs projets.

 

Je me souviens d’un homme droit, grand, très élégant, un brin playboy, et qui allait directement aux sujets qui l’intéressaient sans s’embarrasser de circonvolutions inutiles, mais toujours avec sensibilité, sans jamais tenter d’écraser son interlocuteur.

 

Roger a été l’un des premiers abonnés de la Ména dont il attendait les articles avec impatience. Lorsque le texte l’intéressait, il m’appelait quelques minutes plus tard pour me gratifier de son commentaire. Il possédait une capacité d’analyse hors du commun.

 

Nous nous rencontrions chaque fois que nous le pouvions un peu partout dans le monde. Même à quatre-vingt-cinq ans passés, il n’hésitait pas à venir m’écouter en conférence. Ni à rencontrer mes meilleurs amis. Je me rappelle de moments exceptionnels à Marseille, et aussi dans une maison magnifique, à Sauve, dans les Cévennes, chez d’autres amis chers à mon cœur qui étaient rapidement devenus les siens.

 

Avec Asse ils étaient venus deux fois séjourner chez nous, à Métula. Ils étaient heureux, et moi aussi. Nous étions allés avec la Land Rover inspecter les positions syriennes sur le plateau du Golan. Puis la santé de sa femme se dégrada et il ne quitta pratiquement plus La Goulette.

 

Chaque matin, jusqu’à ces derniers mois, il rejoignait aux aurores l’empire financier qu’il avait bâti et dont il était si fier. Assisté par sa fille Michèle et son fils Peter, il commandait tel un grand capitaine d’industrie le paquebot des entreprises Bismuth et leurs centaines d’employés. Ils touchaient à de nombreux domaines, dont la distribution de grandes marques, la production d’appareils électriques, les produits chimiques. Ils étaient les importateurs de l’Oréal pour la Tunisie, et récemment, la maison française s’était même associée à eux.

 

Il tenait à me raconter ses nouvelles idées, ses projets, son organisation, ses réalisations et ses résultats économiques. Toujours en hausse, même lorsque la situation autour de lui était désastreuse. Même lorsque, pour des raisons administratives, ses conteneurs restaient bloqués au port pendant des semaines. Il n’y avait jamais d’excuses avec Roger, les résultats devaient suivre quelques soient les circonstances du marché. Même à quatre-vingt-dix ans.

 

Parfois je ne comprenais pas ce qu’il cherchait encore à prouver, il possédait tout ce que l’on peut désirer mais toujours sans attrait pour le blingbling, sans vouloir en mettre plein la vue à personne. Les avions privés, les Rolls et les Ferrari, ce n’était pas son truc, c’était extravaguant. Il leur préférait Tunisair, sa maison, certes confortable, celle de la famille de sa femme dans les bois au Danemark où il passait quelques fois l’été, mais qui n’avaient strictement rien de palais. J’avais décrété dans ma tête que pour lui, la réussite de ses sociétés était une sorte de Monopoly, un jeu dans lequel il fallait augmenter sans cesse les bénéfices mais dont il n’avait, à titre personnel, plus l’utilité depuis longtemps.

 

Il faut dire que cet ex-grand sportif ne pouvait plus briguer une médaille aux Jeux Olympiques, alors le succès était devenu un but en soi. Cela lui permettait aussi de soutenir sa famille et de lui donner la sécurité, ce qui revêtait une grande importance à ses yeux.

 

Il était aussi toujours à l’écoute de ses employés qui lui vouaient une sorte de culte, comme dans les grandes usines familiales du début du siècle précédent en Europe. Je n’ose pas même songer à ce qu’ils doivent ressentir aujourd’hui, certains collaborant avec lui depuis des décennies.

 

Roger n’oubliait pas d’où il venait et il l’évoquait souvent et en détail. Sa famille désargentée, sa mère dont il avait la charge, l’avaient poussé sur les chantiers dès son plus jeune âge. Il parcourait à bicyclette des dizaines de kilomètres quotidiennement pour aller bosser dans la construction. En escaladant les échelons – et pas uniquement de manière linéaire – à partir du sous-sol.

 

Le récit par Roger de la période de l’occupation allemande était décoiffant. Il était encore adolescent mais un officier nazi, tout en sachant qu’il était juif, appréciait à ce point son travail qu’il venait le chercher tous les matins à son domicile en voiture. Puis il racontait l’entrée des officiers britanniques à Tunis sur leurs chevaux, et l’on pouvait partager la joie qu’il ressentait encore.

 

Tout dans la vie de Roger a été extraordinaire, les bonheurs comme les très grandes peines, du genre que peu de gens ont connues.

 

Ce qui reste de plus remarquable tout de même a été sa capacité à conjuguer sa double appartenance au mondes arabe et juif, traversant les barrières infranchissables simplement comme si elles n’avaient pas existé. Se jouant de ses allégeances au demeurant inconciliables comme si cela ne relevait d’aucune difficulté particulière. Et sans jamais en trahir une au profit de l’autre, sans jamais placer une appartenance plus haut que l’autre, sans jamais réduire son amour ou sa fidélité à l’une ou à l’autre par mesure de précaution.

 

Roger me faisait rire aux éclats lorsqu’il me racontait ce qu’il avait fait, au début des années quatre-vingt, lorsque l’OLP et Yasser Arafat (en compagnie de son conseiller Sami el Soudi), chassés du Liban par Tsahal, avaient trouvé refuge à Hammam Chott, sur le bord de mer, à proximité de Tunis. Or Roger prenait un malin plaisir à aller et venir à la plage de Tunis devant les huiles du Fatah en arborant une gigantesque étoile de David en or.

 

Les Palestiniens, surpris, se plaignirent, mais on ne sanctionnait pas Roger Bismuth en Tunisie, il était chez lui. Même en octobre 85, lorsque que le Khe’l Avir, en représailles à l’assassinat de trois plaisanciers israéliens sur leur yacht, au large de Larnaka à Chypre, lança l’opération Jambe de bois visant les chefs de la Force 17 de l’OLP en Tunisie qui avaient organisé l’assassinat.

 

Les F-15 à l’étoile de David, la même que celle du collier de Roger, ciblèrent les terroristes et en neutralisèrent une soixantaine. Mais aussi dix-huit Tunisiens.

 

Ce qui n’empêcha pas mon ami d’être coopté au parlement national en 2005, ni de faire partie de l’Association des Chefs d’Entreprises Arabes, ainsi que du bureau exécutif de UTICA, l’Union Tunisienne de l'Industrie, du Commerce et de l'Artisanat.

 

On lui proposa souvent un portefeuille de ministre, mais par modestie, chaque fois il refusa. Il a été le seul Juif à pouvoir naturellement participer à un congrès décisionnaire de grands patrons arabes en Arabie Saoudite le lundi, et dîner à la table de Shimon Pérès le jeudi. Sans que personne – ou presque – ne trouva rien à redire.

 

Maintenant qu’il n’est plus là, mon cœur est déchiré, et la tristesse a aussi envahi celui d’autres rédacteurs de la Ména qui l’ont connu. Cela m’a fait du bien d’en parler, j’ai presque oublié que, pour la première fois depuis que nous existons, on ne diffusera pas son commentaire lors des vœux des rédacteurs de la Ména le 1er janvier. Et c’est mieux ainsi, car l’idée m’est presque insupportable.

 

Les camarades de la Ména se joignent à moi afin de présenter à Asse, à Michèle, Philippe et Peter, ainsi qu’au reste de la famille la marque de notre sympathie et de notre profonde tristesse.

 

 
Raid majeur sur les positions iraniennes à la frontière syro-irakienne (012809/19) Version imprimable
Breaking News !
vendredi, 27 septembre 2019

 

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Métula, samedi 01h50 (Exclusif)

 

Gros raid ce vendredi soir sur des installations de l’ "autoroute iranienne", dans la zone de la base d’Imam Ali près d’Abou Kamal, à la frontière syro-irakienne (côté syrien).

 

Des entrepôts de missiles fraîchement arrivés d’Iran, de même que d’autres armes et munitions ont été pulvérisés.

 

Cette base a été régulièrement prise pour cible depuis quelques semaines lors de raids aériens attribués à Israël par les media arabes.

 

De source médicale jointe par Michaël Béhé, on fait état de 16 morts et de 25 blessés dont plusieurs sont dans un état désespéré.

 

Ces combattants appartiennent à l’Armée régulière de la "République" Islamique d’Iran, corps des Gardiens de la Révolution, à la milice chiite du Hezbollah libanais ainsi qu’aux supplétifs irakiens de l’Iran.

 

La nouvelle du raid est confirmée par une nouvelle recrue de la Ména, Jules Mazouz, un spécialiste des écoutes radiophoniques parlant couramment l’arabe.

 

Les stations captées par Mazouz au sujet de l’opération de cette nuit répètent les nouvelles recueillies par nos autres reporters, y compris les morts et les blessés, sans toutefois en préciser le nombre.

 

Jules Mazouz a pour formation professionnelle le contrôle non destructif des installations et des produits dans l’aéronautique, l’automobile et la sidérurgie. Il est installé en Israël depuis 2002. Ses capacités d’écoute radiophonique viennent encore renforcer notre aptitude à vous informer et ajoutent une possibilité appréciable de vérification croisée de nos scoops.

 

D’autre part Perwer Emmal, le correspondant permanent de la Ména dans le Kurdistan syrien, annonce de multiples incidents entre, d’une part les Kurdes des Forces Démocratiques Syriennes, soutenus par les USA et divers contingents occidentaux, et de l’autre, l’Armée gouvernementale de Bashar al Assad, soutenue par les Iraniens et les Russes.

 

Ces incidents ont lieu le long de l’Euphrate et particulièrement autour de la ville de Deïr ez-Zor (à 120km d’Abou Kamal) et des champs pétroliers avoisinants. Plusieurs manifestations antigouvernementales de résidents de la région ont en outre été sauvagement réprimées, les soldats de Bashar al Assad n’hésitant pas à tirer dans le tas pour disperser les manifestants non-armés.

 

Autre sujet de préoccupation, l’accusation portée jeudi par le Secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo selon laquelle le régime damascène aurait à nouveau fait usage de gaz de combat, cette fois-ci du chlore, lors des combats d’Idlib (ouest syrien) ce printemps.

 

M. Pompeo a affirmé que son pays détenait la preuve de cette utilisation d’armes chimiques et a promis de riposter. En avril 2017, les Etats-Unis avaient lancé 59 missiles de croisière sur la base aérienne gouvernementale d'al Chaayrat après une attaque au gaz sarin dans la même province d'Idleb.

 

Pendant ce temps, des experts américains, britanniques et européens vérifient que les missiles de croisière qui ont atteint les installations pétrolifères saoudiennes il y a une quinzaine de jours avaient bien été tirés par l’Armée iranienne. Il s’agit de vérifications approfondies, les services spéciaux occidentaux étant déjà arrivés à la conclusion de la responsabilité directe de Téhéran dans cette agression.

 

A l’issue de cette enquête, l’éventualité d’une réplique militaire contre la théocratie des ayatollahs est probable, assortie d’une nouvelle salve de sanctions américaines.

 

Pour terminer, notre expert en aéronautique Stéphane Juffa s’inquiète du nombre d’appareils présents dans le ciel syrien. Il précise que des avions russes, américains, européens, israéliens, syriens et turcs, sans compter des dizaines de drones, se croisent sans arrêt, souvent à quelques centaines de mètres de distance, alors qu’ils se trouvent impliqués dans des missions opérationnelles et que le risque d’engagements n’a jamais été aussi présent. Des confrontations aériennes qui pourraient tourner en catastrophe en dépit de l’intention des Etats engagés d’éviter absolument les affrontements.

 

Depuis dix jours, l’Armée de l’air turque à elle seule a effectué six incursions profondes dans le ciel syrien. Quant aux Russes, ils bombardent quotidiennement à Idlib les positions de la résistance islamique (ex-al Qaëda) soutenue par Ankara.

 

Comme on peut s’en convaincre en consultant ce compte-rendu, la tension militaire est actuellement très élevée dans l’ensemble du Moyen-Orient.

 

 
Spéciale Bruxelles-Métula du 26 septembre 2019 (012609/19) Version imprimable
Radio/audio - interview/reportage
jeudi, 26 septembre 2019

 

Le mandat confié hier par le Président Rivlin à M. Netanyahu est une victoire tactique de M. Gantz.

 

Il ne sert à rien du tout pour Binyamin Netanyahu, qui va rapidement le rendre à M. Rivlin en concédant qu’il n’est pas parvenu à former un gouvernement. Bien avant les 28 jours qu’il a à disposition.

 

Ensuite, ce sera sans doute le tour de Benny Gantz d’essayer. Mais alors, tout le monde saura que s’il échoue, de nouvelles élections générales seraient convoquées en janvier-février.

 

Avec un Netanyahu sans doute définitivement inculpé au pénal.

 

Avec un public qui en a assez des tergiversations et qui ne voudra pas d’un Premier ministre inculpé.

 

Si les élus du Likoud ne réagissent pas en écartant M. Netanyahu, ils savent qu’ils perdront, en plus de la gouvernance, toutes les présidences de commissions à la Knesset, la présidence de la Knesset elle-même, et qu’ils obtiendront entre moins et beaucoup moins de sièges en janvier-février.

 

Au moins dix d’entre eux passeraient d’une pension à vie en tant que députés, à la recherche d’un emploi. Ils sont liés à M. Netanyahu mais pas au point de lui sacrifier leur avenir. Un grand nombre se prononcera pour une alliance avec Kakhol-Lavan SANS M. Netanyahu.

 

Toute la suite dans l’émission…

 

L'analyse complète et originale de Stéphane Juffa au micro d’Anne-Sophie Dekeyser sur Radio Judaïca

 

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Sur Youtube :

https://youtu.be/-ihziwuqsIM

 

 

 
Bruxelles-Métula du 23 septembre 2019 (012309/19) Version imprimable
Radio/audio - interview/reportage
lundi, 23 septembre 2019

 

Deux sujets au sommaire :

 

Israël a augmenté sa cadence de frappes contre des cibles iraniennes en Irak (selon des sources arabes)

Des raids ont lieu presque tous les jours, parfois plusieurs fois par jour.

Le détail des dernières attaques, en exclusivité de la Ména et de Radio Judaïca.

 

 

Le Président Rivlin devant un choix difficile :

ni Gantz ni Netanyahu ne désirent être le premier à tenter de former un gouvernement.

57 recommandations au président en faveur de Benny Gantz, 55 pour Binyamin Netanyahu.

Les scénarios possibles.

 

 

L'analyse complète et originale de Stéphane Juffa au micro de Joanna Marchi sur Radio Judaïca

 

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Sur Youtube :

https://youtu.be/Ll71ytro8l4

Sur Radio Judaïca :

https://www.facebook.com/radiojudaica/videos/932534043771698/?t=77 

 

 
Elections israéliennes : les jeux sont faits, rien ne va plus (012009/19) Version imprimable
Analyse
vendredi, 20 septembre 2019

 

Par Stéphane Juffa

                                   

Les résultats quasi-définitifs des élections générales israéliennes de mardi sont connus, ils ne changeront plus.

 

Kakhol-Lavan (le parti Bleu-Blanc) a remporté le scrutin avec 33 sièges contre 31. Son no.1 Benny Gantz est à la tête du plus grand parti d'Israël. Ce sont les deux éléments d'une victoire électorale indiscutable.

 

De plus, aucun autre parti ne veut de coalition avec Binyamin Netanyahu et son bloc de réfractaires comptant 55 députés. Ce, alors que Lieberman et les Arabes, séparément, accepteraient volontiers une alliance avec Kakhol-Lavan. Cela reste toutefois insuffisant comme plateforme commune pour composer une coalition ; pour gouverner sans le Likoud, il faudrait une alliance Kakhol-Lavan, Lieberman, liste arabe, ce qui paraît très improbable.

 

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Aujourd'hui, le seul obstacle à la formation d'une large coalition gouvernementale libérale et laïque articulée autour de Kakhol-Lavan et du Likoud est un homme, pas un parti : Binyamin Netanyahu. Celui qui a conduit Israël à cette impasse en introduisant dans l'équation politique des éléments judiciaires personnels.

 

Immédiatement après les élections, sans même attendre les résultats du vote des militaires, il a constitué avec son bloc de fascistes et d'antisionistes une coalition de barrage dont l'objectif unique consiste à empêcher qu'Israël soit gouvernée, à moins que ce ne soit par ceux qui ont perdu les élections.

 

Ne vous y trompez pas, il s'agit d'un autre coup d'Etat de la part de Binyamin Netanyahu, qui a soudain abandonné les slogans électoraux auxquels il n'a jamais cru : l'urgence sécuritaire a cessé de le préoccuper. Celle dans laquelle il a pourtant plongé Israël par l’inconsistance de son raisonnement stratégique et ses calculs à court terme.

 

Désormais, à moins d'être dirigée par celui qui a perdu les élections, la sécurité de l'Etat hébreu face à l'Iran, au Hamas et au Hezbollah peut attendre jusqu'aux calendes grecques.

 

Suite à la profession d’intention de la coalition de barrage érigée par les défaits, consistant à faire échec au processus démocratique issu du résultat du scrutin, aux principes de gouvernance et à l’exercice de l'autorité du pays, il n'existe pas de solution négociée pour former une majorité gouvernementale stable assurant l'avenir d'Israël et des Israéliens.

 

Ceci, bien qu'au moins 75 pour cent des électeurs se soient exprimés en faveur de formations libérales et laïques.

 

A cause de la volonté d'un homme de tenter d'échapper à la justice - qui veut le juger pour les délits dont elle l'accuse -, même au prix de la destruction de son pays.

 

Il reste cependant deux solutions non-négociées et non-négociables à cette situation de blocage volontaire : que le Président Rivlin nomme initialement Netanyahu pour former un gouvernement, une tâche qu'il ne pourra pas accomplir avec succès ; et que, le 2 octobre, le procureur de l'Etat inculpe définitivement Netanyahu dans trois des affaires dans lesquelles il est impliqué.

 

Après n'importe laquelle de ces deux occurrences, à savoir celle qui adviendra en premier, les individus raisonnables du Likoud s'occuperont enfin des intérêts de leur pays pour la protection desquels ils ont été élus.

 

Ils le feront après avoir laissé l’opportunité à leur chef actuel de former un gouvernement, ils le feront parce qu'il y a des députés élus du Likoud qui comprennent parfaitement ce que je viens d'écrire. Ils le feront aussi parce qu'en cas de troisièmes élections en janvier, uniquement destinées, comme les deux précédentes, à sauver Netanyahu de la prison, leur parti n'atteindrait probablement pas les 35 sièges qu’ils comptabilisaient en avril, ni les 31 qu’ils ont obtenus mardi, mais sans doute un chiffre ne dépassant pas 25 mandats.

 

S’ils participent au putsch ourdi par Netanyahu, les élus du Likoud verront les électeurs prendre leurs responsabilités à leur place, et les condamner irréversiblement aux gémonies.

 

Bibi c’est fini. Dès la rentrée parlementaire du 3 octobre, le lendemain de l’audition de Netanyahu par le procureur de l’Etat, la nouvelle majorité surmontera ses différences (même si elle est encore incapable de former un gouvernement) afin de reprendre aux perdants la présidence des divers comités, le perchoir au Likoudnik Youli Edelstein et la tête des autres institutions dépendant du parlement qui déterminent la vie de tous les jours en Israël. Nul doute que si la coalition de barrage aura résisté jusque-là, elle se délitera rapidement lorsque ses constituants se verront dépouiller de tous leurs privilèges.

 

La solution la plus élégante consisterait pour Netanyahu à négocier avec le proc l’abandon des poursuites qui le visent en échange de son retrait de la vie politique. Après consultation du Président Rivlin, des chefs de partis, des juges de la Cour Suprême, je ne doute pas que l’on pourrait s’entendre.

 

En fait, l’actuel Premier ministre, s’il considère logiquement sa situation, n’a pas réellement d’alternative, car s’il n’utilise pas ce dernier recours, il perdra dans tous les domaines : il ne sera plus chef de l’exécutif et il devra apparaître devant ses juges avec un gros risque de finir en prison. Pour éviter cela, Netanyahu doit mettre en branle le processus de deal avec l’appareil judiciaire de manière à ce qu’il se termine avant l’audition du 2 octobre. Ensuite, ce serait beaucoup plus compliqué.

 

Ce qui est sûr est qu’il y a de moins en moins de dupes dans la société israélienne prêts à aller une troisième fois aux urnes en une année pour répondre au seul caprice d’un homme poursuivi par ses malversations ; celles qui font déjà l’objet de procédures et celles, bien plus lourdes de conséquences, qui vont immanquablement suivre et que le parquet envisage déjà depuis plusieurs mois.

 

Et le public en a aussi ras-le-bol des campagnes électorales à la Netanyahu, axées sur le dénigrement dévoyé des autres candidats. Et surtout que l’on ne vienne pas me dire que la violence était réciproque, car ceux qui prétendent cela ne comprennent pas l’hébreu. Gantz et ses trois compagnons n’ont pas répondu aux insultes et aux invectives, il sont restés dignes et mesurés.

 

Aussi, le public en a majoritairement ras-le-bol de voir le Premier ministre en exercice traiter, à longueur de journées, de gauchistes, d’impotents et presque de traitres, ceux qui avaient la charge suprême de la sécurité d’Israël. Netanyahu a fait des proxénètes de nos généraux et c’est insupportable. Dans le même temps, il inventait du patriotisme chez les orthodoxes qui brûlent le drapeau national le Jour du Souvenir de nos guerres et surtout de nos morts.

 

A la Ména nous ne donnons pas dans l’activisme, ni en faveur, ni à charge de personne, mais nous n’hésitons jamais à mentionner l’information sans nous soucier de préserver la paix des ménages. Ainsi, pour illustrer le fait que tant Shas que Yahadut Hatorah (le judaïsme unifié de la Torah) n’ont rien à faire dans un prétendu "bloc national", il suffit de se rapporter à une actualité de la nuit dernière :

 

Dans le quartier ultra-orthodoxe hiérosolymitain de Méa Shéarim [heb. : les cent portes], l’un des rares soldats engagé dans l’Armée revenait en permission. Il s’était arrêté à l’étal d’une libraire et consultait des ouvrages. A ce moment, des dizaines, sans doute des centaines d’étudiants des écoles religieuses de Yahadut Hatorah se sont rués sur l’infortuné militaire et ont entrepris de le lyncher car il œuvre à la défense d’un pays dont ils ne reconnaissent pas l’autorité et contestent l’existence. Le jeune homme, blessé, n’a dû sa survie qu’à l’intervention rapide et musclée de commandos de police, eux aussi pris à partie par les étudiants talmudiques et leurs rabbins qui les couvraient de projectiles. Il n’y a eu aucune condamnation de cette agression de la part de Shas ou de Yahadut Hatorah. Pas plus d’ailleurs que de responsables de partis de la coalition de barrage, et particulièrement pas du Premier ministre en exercice.

 

Et ce genre d’incident, relaté ce matin par la presse israélienne est de plus en plus courant. La haine des laïques a atteint un tel seuil dans ces quartiers, qu’il y a quelques mois, des pompiers venus éteindre un incendie ont été également caillassés. Ils ont dû abandonner le sinistre et laisser la maison des orthodoxes se consumer. Ceci, c’est l’image de la réalité non glamourisée au Netanyahou-Photoshop.

 

Un dernier mot dans cette analyse, elle concerne les Arabes-israéliens. Il est erroné de prétendre qu’ils ont envie de s’intégrer. Ils sont déjà intégrés. Ils sont médecins, juges, avocats, ingénieurs, ouvriers et étudiants. Ils fonctionnent quotidiennement aux côtés de leurs concitoyens juifs, druzes et Tcherkesses. Ils dirigent des hôpitaux publics, sont officiers dans l’Armée, siègent à la Haute Cour de Justice.

 

Toutes les études montrent  qu’au moins quatre-vingt pour cent d’entre eux se sentent bien dans la réalité israélienne et entendent y jouer un rôle politique beaucoup plus actif. Ce n’est pas le cas de leurs représentants, de la plupart des treize élus de la Liste commune qui sont ouvertement antisionistes. Je dis quant à moi qu’il importe de jeter des ponts par-dessus ces politiciens afin de ne pas laisser deux millions de compatriotes sur la touche ; les ignorer en nous drapant dans nos avantages optiques perpétue une erreur. Ce sont les Arabes les plus libres et respectés du Moyen-Orient, ils le savent très bien et ils apprécient leur situation. Je prétends qu’ils ne posent aucun danger pour la société israélienne et qu’il faut profiter de cette coexistence satisfaisante pour commencer à les responsabiliser. Et qu’il ne demandent pas mieux.

 

J’ai même la solution : les faire entrer dans la coalition gouvernementale qui dirigera Israël. Qu’il y ait des ministres arabes, musulmans et chrétiens. Le tout sous une seule condition sine qua non : qu’ils ne participent ni aux discussions ni aux décisions concernant la sécurité du pays, car en cette matière, il y a conflit d’intérêt, et qu’ils s’engagent à voter toutes les propositions de lois présentées par le gouvernement. Je sais, pour en avoir discuté avec des représentants arabes, que plusieurs membres de la Liste commune, qui est en fait un aligot de plusieurs formations idéologiquement très différentes, sont disposés à s’accommoder de cette restriction, si les partis juifs les acceptent.

 

Quelle que soit la décision qui sera prise concernant les Arabes-israéliens, ma principale constatation dans cette analyse post-électorale est que la carrière de Binyamin Netanyahu est terminée. Qu’Israël, probablement sans avoir à subir un nouveau round électoral en janvier, mais dans le déchirement et pas dans l’harmonie, va tourner une nouvelle page de son histoire. Les partis traditionnels vont finir de se refondre et de se mélanger ce qui n’est sûrement pas un mal. Lorsque nous seront gouvernés, il faudra aussi songer à reformuler notre système électoral. Parce qu’à l’instar de certains politiciens, il vient de démontrer qu’il était allé au bout de ses limites.

 

 
91% des bulletins : Bleu-blanc en tête (011809/19) Version imprimable
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mercredi, 18 septembre 2019