Seconde frappe de l’Armée de l’air, à la frontière syro-libannaise (info # 022907/15) Version imprimable
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mercredi, 29 juillet 2015

 

© Metula News Agency

 

Métula 21h05, Paris 20h05

 

Indépendamment de l’anéantissement par un drone israélien de cinq combattants pro-Assad dans la ville d’Hader, dans le nord du Golan syrien, de nombreuses sources arabes, dont l’Armée syrienne elle-même, annoncent une seconde attaque du Kh’el Avir, à la frontière syro-libanaise.

 

Les diverses sources s’accordent pour déclarer que le raid s’est déroulé en milieu d’après-midi de ce mercredi, et qu’il avait pour cible une position du FPLP-CG.

 

Le FPLP-CG, le Front Populaire Pour la Libération de la Palestine-Commandement Général, est une organisation palestinienne laïque basée à Damas, se réclamant de l’extrême gauche et combattant en Syrie aux côtés des forces gouvernementales, des Pasdaran iraniens et du Hezbollah libanais.

 

A en croire un communiqué du FPLP-CG, le drone aurait tiré un missile sur l’une de ses bases à Koussaya, à l’est de Zahlé [voir la carte].

 

Les Israéliens auraient visé un dépôt de munitions contenant des missiles sophistiqués, qui auraient été anéantis. D’autre part, sept membres de cette organisation terroriste auraient été blessés lors de l’attaque.

 

Le porte-parole de Tsahal a refusé de confirmer les informations relatives aux deux opérations, arguant qu’Israël ne commentait pas les informations publiées par des media étrangers.

 

koussayamap.jpg

La zone élargie des deux raids de ce mercredi

 

Si nous sommes en mesure de confirmer l’ensemble du contenu de notre breaking de ce matin, ainsi que la réalité d’une action aérienne sur Koussaya, nous ne sommes, en revanche, pas en situation, pour l’instant du moins, de confirmer la nature de la cible visée au Liban ni le bilan humain. On doit considérer l’hypothèse selon laquelle ils pourraient être très différents de ce qui est rapporté par le FPLP-CG ainsi que les media arabes.

 

Concernant l’attaque de ce matin dans les environs d’Hader, il nous semble évident qu’il manque des informations relativement aux deux miliciens du Hezbollah et aux trois Syriens éliminés.

 

En effet, il n’est pas dans les habitudes de l’Armée israélienne de s’en prendre à de simples miliciens ou aux combattants anonymes de quelque faction que ce soit prenant part à la Guerre Civile syrienne.

 

En janvier dernier, lors d’une attaque similaire, également dans le périmètre d’Hader, Israël avait neutralisé le général iranien Mohammed Allahdadi, ainsi que le chef de la branche armée du Hezbollah, Djihad Mournieh, qui se trouvaient en compagnie d’autres officiers et combattants iraniens et libanais, tués eux aussi lors de ladite frappe.

 

Trois scénarii, dans le Golan syrien, peuvent justifier une intervention militaire israélienne : premièrement, toute tentative violente de s’en prendre aux installations frontalières ou de poser des explosifs le long de la barrière de sécurité, ou encore de la franchir pour pénétrer sur le territoire israélien. Secondement, toute tentative de perpétrer un massacre à l’encontre d’une population civile, en particulier contre la minorité druze syrienne. Troisièmement, toute réunion d’officiers supérieurs d’armées ou d’entités ennemies ou de membres de services de renseignement, en mission d’observation dans la région, ou en train de préparer des actions violentes contre l’Etat hébreu.

 

Sur la base des éléments en notre possession, nous pouvons d’ores et déjà exclure la deuxième hypothèse évoquée.

 

Suite aux deux raids aériens de ce mercredi, Tsahal est évidemment en état d’alerte le long des frontières syrienne et libanaise, par crainte de représailles, à l’instar de la riposte du Hezbollah en janvier, durant laquelle deux militaires israéliens avaient péri à proximité du village de Radjar, en Haute-Galilée.

 

 

 
Israël neutralise 5 combattants pro-Assad dans le Golan syrien (info # 012907/15) Version imprimable
Breaking News !
mercredi, 29 juillet 2015

 

© Metula News Agency

 

Métula 13h20, Paris 12h20

 

En fin de matinée, un drone israélien a tiré un missile sur un véhicule qui s’approchait de la ville druze de Hader, dans le Golan syrien.

 

La voiture, ainsi que ses cinq occupants ont été anéantis ; il s’agissait de deux membres de la milice chiite libanaise du Hezbollah et de trois soldats syriens, pro-Assad, appartenant à la formation des Comités Populaires.

 

Le lieu de l’interception se situe à trois kilomètres environ à vol d’oiseau de la frontière israélienne passant à proximité de la ville de Majdal Shams.

 

 

 
Les chars d’Erdogan tirent sur des combattants kurdes en Syrie (info # 012707/15) Version imprimable
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lundi, 27 juillet 2015

 

© Metula News Agency

 

Comme c’était prévisible, la Turquie, toujours présidée par Recep Erdogan et son parti islamiste de l’AKP, se livre, depuis lundi dernier, à une agression en règle contre le PKK, le Parti des Travailleurs du Kurdistan, la branche paramilitaire clandestine des Kurdes de Turquie.

 

Ce que nous craignions également s’est aussi réalisé, à savoir des frappes de l’Armée turque contre des positions des Unités de Protection du Peuple (YPG), l’organisation militaire des Kurdes de Syrie, qui protège le Rojava face aux tentatives de progression du Califat Islamique.

 

Tôt ce matin, en effet, des chars turcs ont frappé des positions des YPG dans le village de Zur Maghar, à une trentaine de kilomètres à l’ouest de Kobané. Ce bombardement à l’arme lourde a blessé quatre membres des forces kurdes syriennes ainsi que des rebelles de l’Armée Syrienne Libre qui se battent côte à côte. Les obus ont touché, outre Zur Maghar, d’autres villages avoisinants, et ont fait l’objet de deux salves distinctes.

 

Suite à cet incident, un porte-parole des YPG a déclaré : "A la place de s’en prendre aux positions occupées par les terroristes d’ISIS, les forces turques attaquent celles de nos combattants. Nous lançons un appel urgent aux dirigeants turcs afin qu’ils cessent cette agression et qu’ils se plient aux lignes directrices internationales. Nous disons à l’Armée turque", a poursuivi le porte-parole, "de cesser de tirer sur nos hommes et sur leurs positions".

 

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En rouge la région des combats, future "Zone sans ISIS"

 

Le déclencheur de cette offensive, aussi étrange que cela puisse paraître, a été l’agression par un kamikaze de l’Etat Islamique du Centre Culturel Amara à Suruç, ville distante de Kobané de quelques centaines de mètres uniquement. Cette attaque suicide a causé la mort de 32 personnes qui participaient à une réunion pacifique de solidarité avec les Kurdes de Syrie, et en a blessé plus d’une centaine d’autres.

 

Le centre en question avait déjà fait l’objet de plusieurs agressions par le passé et avait reçu des menaces récemment.

 

Ankara n’avait cependant pas jugé utile de protéger ce lieu de réunion. Cette nonchalance s’inscrit dans la droite ligne de la politique suivie jusqu’à maintenant par M. Erdogan à l’égard des Kurdes, qu’ils soient d’ailleurs turcs ou syriens. Lors de l’encerclement de Kobané par l’EI, même lorsque la situation semblait désespérée pour les Peshmergas, le gouvernement turc ne leur accorda aucune aide, même humanitaire, et poursuivit sa propagande verbale à leur encontre.

 

A en croire M. Erdogan et son alter ego raciste et antisémite, le 1er ministre Ahmet Davutoglu, les Kurdes syriens se livrent au nettoyage ethnique des zones qu’ils contrôlent, et ce sont des terroristes, au même titre et au même niveau que ceux de l’Etat Islamique.

 

Ankara nie cependant avoir bombardé des Kurdes syriens, précisant que l’opération militaire en cours a pour objectif de neutraliser des "menaces imminentes contre la sécurité nationale de la Turquie".

 

Ankara a également réitéré son intention de viser l’Etat Islamique en Syrie et le PKK en Irak ; les officiels ottomans ont contacté, ce lundi, des agences de presse, afin de leur communiquer que les Kurdes syriens n’étaient pas concernés par l’offensive en cours.

 

En dépit de ces dénégations et autres contrevérités, les témoignages existants sont suffisamment nombreux et fiables pour nous permettre d’affirmer que Zur Maghar, à l’est de la ville et du point de passage de Jarabulus, l’un des derniers à être encore contrôlés, côté syrien, par l’Etat Islamique, a bien eu lieu.

 

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L’immense poste frontière de Jarabulus, côté turc

 

Il devient évident, comme nous en avions déjà parlé la semaine dernière dans ces colonnes, que Recep Erdogan entend instrumentaliser l’attentat de Suruç pour faire le ménage contre le PKK, en Turquie et dans la région kurde autonome d’Irak, aussi bien que contre les YPG en Syrie.

 

La vague d’arrestations qui coïncide avec les offensives militaires touche également l’opposition de gauche et d’extrême gauche en Turquie. Au moins 1 000 personnes ont déjà été arrêtées et plusieurs autres ont été tuées lors des raids de la police, des forces spéciales et des forces des services de renseignement.

 

Les personnes arrêtées appartiennent au milieu des sympathisants kurdes, des djihadistes, mais également à la communauté religieuse alevi. Dont une femme, Günay Özarslan, a été tuée par la police vendredi dernier ; le gouvernement provisoire de l’AKP intervenant, dans la violence, pour empêcher la tenue des obsèques de la victime dans un temple alevi. Les alevis représentent douze millions de personnes, sur les soixante-seize millions que compte la Turquie.

 

Comme par le passé, nous redoutons, à Métula, qu’un grand nombre des personnes emprisonnées ne soient en aucune manière liées aux activités "menaçant la sécurité nationale de la Turquie", mais que, sous ce prétexte aussi global que fallacieux, beaucoup d’activistes pacifiques soient actuellement appréhendés.

 

L’actuelle vague d’arrestations s’inscrit sans aucun doute dans le cadre des efforts produits par Erdogan dans le contexte de la répression qu’il mène contre ceux qui ne partagent pas ses idées, la presse, la justice et même l’armée et la police.

 

Ankara, suite à l’attentat de Suruç a bien déclaré la guerre tant à ISIS qu’au PKK. Son armée, et particulièrement son aviation, ont effectivement lancé quelques raids contre des positions du Califat Islamique en Syrie et quelques-uns de ses miliciens y ont perdu la vie.

 

Reste que les points de passage entre Jarabulus et le sud de Kilis (100 km), soit la portion de frontière encore aux mains de l’EI côté syrien, n’ont pas été fermés et que la contrebande de denrées, d’armes, de munitions et de volontaires djihadistes, voulue par Erdogan, s’est poursuivie, même après les 32 morts de Suruç.

 

Il importe de ne pas oublier l’effet de politique intérieure qu’Erdogan et Davutoglu espèrent engendrer en déclenchant l’offensive militaire actuelle.

 

En effet, n’ayant pas obtenu la majorité absolue lors des élections générales de juin, et faute d’alliés potentiels partageant sa vision islamiste, l’AKP d’Erdogan n’est toujours pas parvenu à former un gouvernement ; il exerce ainsi le pouvoir sur une base intérimaire.

 

Alors que, dans le pays, on évoque de plus en plus souvent la tenue d’un nouveau scrutin pour briser le statu quo, les dirigeants de l’AKP misent sur un éveil de sentiments nationalistes en déclenchant leurs opérations militaires en Irak et en Syrie, sous le prétexte toujours porteur de l’existence d’une menace extérieure contre la sécurité de l’Etat.  

 

En Irak, dans la région autonome kurde, gérée dans tous les domaines comme un Etat indépendant, et alliée militaire de la coalition internationale anti-ISIS, les F-16 ainsi que l’artillerie turcs multiplient leurs bombardements des positions du PKK.

 

Le président du Gouvernement régional du Kurdistan, Massoud Barzani, dont le territoire qu’il gouverne se trouve ainsi agressé, soucieux de ne pas avoir à affronter militairement la Turquie, propose sa médiation à Ankara et au PKK.

 

L’intention déclarée de M. Barzani consiste à rétablir le cessez-le-feu qui prévalait entre les Ottomans et le Parti des Travailleurs du Kurdistan jusqu’à l’attentat suicide de Suruç.

 

Immédiatement après ledit attentat, au milieu des émeutes causées par le mécontentement des Kurdes turcs, des membres du PKK avaient froidement assassiné deux policiers, mercredi dernier, dans la ville de Ceylanpinar, à majorité kurde.

 

C’est précisément le prétexte qu’ont saisi Erdogan et Davutoglu afin d’inclure le PKK parmi les ennemis, à l’intérieur et à l’extérieur de la Turquie, auxquels ils ont décidé de faire la guerre.

 

Nous, d’observer, avec une surprise non dissimulée, le soutien enthousiaste qu’a exprimé, au nom de l’Union Européenne, la cheffe de sa diplomatie, Mme Federica Mogherini.

 

Mme Mogherini a assuré Ankara de son appui concernant les opérations militaires en cours contre l’Etat Islamique en Irak et au Levant et contre le PKK.

 

Elle a appelé par téléphone le ministre des Affaires Etrangères turc, M. Mevlüt Cavuşoğlu, pour lui transmettre les condoléances de l’Union Européenne relativement aux victimes de Suruç et aux attaques subies par les policiers et les militaires turcs.

 

Nous ne pouvons nous empêcher, quant à nous, de concevoir un étonnement certain en voyant Mme Mogherini offrir ses condoléances à un gouvernement islamiste, adversaire déclaré des Kurdes, pour la mort des victimes de Suruç, kurdes également dans leur grande majorité.

 

Et bien qu’il faille déplorer, sans le moindre bémol, l’assassinat des policiers à Ceylanpinar, il nous apparait cependant clairement que la riposte d’Ankara est en tous points disproportionnée, et notamment en cela qu’elle rompt un cessez-le-feu avec le PKK, qui peut générer une dégénérescence rapide de la situation dans les régions kurdes de Turquie ainsi que dans les grandes villes.

 

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La plupart des villes de Turquie connaissent déjà des manifestations d’une extrême violence

Il devient difficile, comme sur cette photo prise à Gazi, un quartier d’Istanbul et ces images

vidéo tournées à Cizre, cité kurde du sud-est de la Turquie, de différencier ces émeutes

 de scènes s’apparentant à une guerre civile

 

Nous étions persuadés, jusqu’à maintenant, que l’UE, et particulièrement Mme Mogherini, étaient très préoccupées par le maintien de la proportionnalité dans les ripostes des uns et des autres ; à moins, évidemment, que ce souci ne s’applique qu’aux ripostes de l’Etat hébreu, lorsqu’il est attaqué par des milliers de roquettes tirées par les terroristes du Hamas.

 

Dans sa communication avec Mevlüt Cavuşoğlu, Mogherini n’a pas hésité non plus à employer à plusieurs reprises le terme "terroriste" pour qualifier le PKK, alors qu’à notre connaissance, elle s’abstient toujours de le faire, lorsqu’elle parle du Hamas. Il est vrai que le PKK figure sur la liste de l’UE des organisations terroristes, mais le Hamas aussi.  

 

Plusieurs observateurs ont également été troublés par les louanges adressées par la cheffe de la diplomatie européenne au gouvernement turc, relevant par exemple son "courage" et sa "sagesse", alors qu’elle ne peut décemment ignorer la répression autoritaire exercée par Erdogan, les arrestations d’innocents et de journalistes, ainsi que le comportement barbare des forces de sécurité lors des manifestations, particulièrement à l’encontre des groupes minoritaires, à l’instar des homosexuels.

 

Washington est allé encore plus loin dans son soutien au gouvernement intérimaire d’Ankara ; les Etats-Unis et la Turquie ont en effet rendu public leur plan d’action militaire conjoint, destiné à nettoyer le versant syrien de la frontière entre Jarabulus et le sud de Kilis, sur une centaine de kilomètres de long et une quarantaine de profondeur.

 

Aux termes de cet accord, ce sont les chasseurs-bombardiers U.S. qui assureront l’essentiel des attaques aériennes, tandis que l’artillerie turque à longue portée bombardera les positions islamistes.

 

Les deux alliés ont décidé de définir leur objectif sous la dénomination de "Zone sans ISIS".

 

Le plan prévoit qu’à la fin du nettoyage de cette région, son administration soit confiée à l’Armée Syrienne Libre.

 

Nous, d’attendre avec une curiosité non dissimulée les réactions de Bruxelles et de Washington après le double bombardement d’aujourd’hui de l’Armée Syrienne Libre par les chars d’Erdogan, à Zur Maghar, précisément dans "Zone sans ISIS".

 

Etant tout à fait clair à nos yeux, et à ceux de la plupart des analystes que nous connaissons, que la cible réelle des Ottomans est constituée par les Kurdes syriens, et non par les miliciens de l’Etat Islamique, nous nous attendons à voir les frappes turques contre les YPG se poursuivre, de même que les raids dans le territoire autonome des Kurdes irakiens.

 

Que se passera-t-il lorsque, pendant que l’U.S. Air Force effectuera des missions de pilonnage dans la zone tampon, l’artillerie turque s’emploiera à détruire les positions des YPG ?

 

Autre interrogation pour laquelle nous n’avons pas de réponse : Comment justifier le soutien ininterrompu et documenté d’Ankara au Califat Islamique ? Et comment expliquer que, jusqu’à la semaine dernière, non seulement Erdogan ne participait pas à la coalition contre l’EI, mais, qu’en plus, il interdisait aux coalisés d’utiliser son territoire et même de le survoler lors de ses missions ?

 

Il nous semble, en constatant ces dernières évolutions, que le tandem Union Européenne – USA sous administration Obama, poursuit sa politique dans la lancée du traité avec l’Iran. Une politique faite de compromissions inutiles avec des régimes dictatoriaux ou à tendance dictatoriale, en prenant des initiatives diplomatiques ou militaires dont les objectifs nébuleux ne sont pas à même de résoudre ou d’atténuer les conflits, mais au contraire, de les amplifier et d’en étendre tout à la fois l’intensité et la durée.

 

 

 
Certains dirigeants européens d’aujourd’hui sont des antisémites très intelligents (info # 012607/15 Version imprimable
Analyse
dimanche, 26 juillet 2015

 

Par Guy Millière

 

Je ne l’ignore pas, les antisémites d’aujourd’hui sont, le plus souvent, intelligents. Ils ne disent en général jamais qu’ils sont antisémites. Ils se disent, plutôt, « antisionistes », autrement dit hostiles à l’existence du seul Etat juif sur la Terre, et du pays où vivent plus de la moitié des Juifs de la planète.

 

C’est le seul pays sur la Terre qu’ils voudraient voir disparaître ; mais si vous leur dites que le seul pays sur la Terre qu’ils voudraient voir disparaître est aussi le seul Etat juif sur la terre, ils vous répondent que c’est un pur hasard. Si vous leur dites que la disparition d’Israël signifierait la disparition de six millions de Juifs, le nombre même de Juifs disparus pendant la Shoah, ils vous répondent que vous êtes très excessif, qu’ils ne souhaitent pas la disparition des Juifs israéliens, mais juste celle d’Israël, le pays, et que si ceux qui, au Proche-Orient, veulent voir Israël disparaître devaient agir, et détruire Israël, habitants compris, ce ne serait pas leur faute à eux, « antisionistes ».

 

Les antisémites d’aujourd’hui peuvent être plus intelligents encore, et ne pas se dire « antisionistes », mais juste partisans de la « solution à deux Etats », hostiles à la « colonisation », à l’ « occupation », et à je ne sais quoi encore qui peut leur permettre d’accuser Israël.

 

Les dirigeants européens d’aujourd’hui sont des antisémites très intelligents. Ils sont favorables à la « solution à deux Etats », hostiles à la « colonisation », à l’ « occupation » et à je ne sais quoi encore.

 

En antisémites très intelligents, ils viennent de ratifier un accord avec l’Iran, qui aura pour conséquence que l’Iran deviendra une puissance hégémonique nucléaire régionale, et disposera de milliards en argent frais pour financer des groupes terroristes voulant détruire Israël.

 

federica.jpg

Mogherini et Zarif : en plus, on a bien rigolé !

 

Federica Mogherini, la cheffe de la diplomatie de l’Union Européenne :

"L’islam appartient à l’Europe. Il détient une place dans l’histoire de l’Europe, dans notre culture, dans notre nourriture – et, ce qui compte le plus – dans le présent et le futur de l’Europe. Je ne crains pas de dire que l’islam politique doit en faire partie".

 

Mais comme ce sont des antisémites très intelligents, ils disent qu’ils n’ont jamais entendu Rohani ou Khamenei prononcer des paroles antisémites. Ils ajoutent que, quand Rohani et Khamenei évoquent leur volonté de destruction génocidaire d’Israël, il ne faut pas les prendre au sérieux. Si vous insistez, ils vous disent que vous n’allez tout de même pas gâcher la perspective de beaux contrats avec la "République" Islamique d’Iran.

 

En antisémites très intelligents, les dirigeants européens s’apprêtent à soutenir, juste après la ratification de l’accord susdit avec l’Iran, un projet de reconnaissance d’un « Etat palestinien » par les Nations Unies, qui, s’il n’était pas respecté par le gouvernement israélien, impliquerait des sanctions internationales contre L’Etat hébreu.

 

Si vous leur faites remarquer que, en somme, juste après avoir ratifié la levée de toute sanction contre un régime dont les dirigeants évoquent la volonté de destruction génocidaire d’Israël, ils envisagent des sanctions contre Israël, qui ne peuvent que plaire aux dirigeants du régime iranien et les inciter à signer des chèques libellés en millions de dollars, ils se mettront en colère. Ils vous diront qu’il n’y a là que coïncidences et que votre esprit malveillant interprète à l’excès.

 

En antisémites très intelligents, les dirigeants européens n’en proposent pas moins un projet de reconnaissance d’un Etat palestinien par les Nations Unies, dont ils savent par avance qu’il ne pourra être accepté par Israël, et qui aboutira donc à la mise en place certaine de sanctions contre Israël, juste au moment où les sanctions contre le régime iranien seront levées.

 

En antisémites très intelligents, ils proposent, de fait, un projet de reconnaissance d’un Etat palestinien qu’Israël ne pourrait accepter qu’en acceptant son propre suicide : retour aux « frontières de 1967 », autrement dit, les lignes d’armistice de 1949, abandon de toute la Judée-Samarie et de la moitié est de Jérusalem, vieille ville comprise, et lieux saints inclus ; retrait de toutes les populations juives des villes et villages juifs de Judée-Samarie et de la moitié est de Jérusalem, création d’un « Etat palestinien » sans le moindre accord de paix avec Israël. Ils proposent donc à Israël le choix entre le suicide et des sanctions.

 

En Juifs très intelligents, bien plus intelligents que les antisémites très intelligents, les dirigeants israéliens ont, fort heureusement, déjà, comme dans une partie d‘échecs bien menée, quelques coups d’avance sur les dirigeants européens.

 

Ils voient que le rapprochement entre les dirigeants européens (et l’administration Obama qui supervise tout ce jeu sordide) et le régime iranien constitue une menace pour les régimes arabes sunnites, qui n’ont plus du tout pour priorité la « cause palestinienne », mais privilégient leur propre survie.

 

Ils voient que l’Egypte, l’Arabie Saoudite, les pétromonarchies du Golfe sont des alliés tactiques d’Israël, et ont, comme Israël, l’Iran pour ennemi principal.

 

Ils voient que l’Etat Islamique est le deuxième ennemi principal des régimes arabes sunnites, et ils sont bien placés pour savoir que l’Etat Islamique est aussi l’ennemi d’Israël.

 

Ils savent que l’Etat Islamique est présent en Judée-Samarie et à Gaza et cherche à y supplanter les dirigeants palestiniens, qui ont quasiment pour seuls appuis aujourd’hui les dirigeants européens (et l’administration Obama), ce qui ne place pas les dirigeants palestiniens dans une position confortable.

 

Ils savent que le développement du monde se fait désormais en Asie, et plus guère dans une Europe qui sent décidément le moisi.

 

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Etat Islamique-Erdogan : ça se gâte nettement (info # 012407/15) Version imprimable
Breaking News !
vendredi, 24 juillet 2015

 

© Metula News Agency

 

La nuit dernière, aux alentours de 3h45, heure de Métula et d’Ankara (2h45 à Paris), trois chasseurs F-16 de l’Armée de l’air turque ont attaqué des objectifs de l’Etat Islamique aux alentours du village de Hawar, en Syrie.

 

Ces raids au missile ont fait, c’est un premier bilan, trente-cinq morts dans les rangs du Califat et ont détruit plusieurs chars d’assaut ainsi que des pickups.

 

Cette incursion, limitée dans la profondeur à une distance de 10 à 15 kilomètres de la frontière turque, se voulait être une riposte à l’attaque par les miliciens islamistes d’un poste frontière entre la Syrie et la Turquie, situé non loin de la ville turque de Kilis.

 

Cette agression avait causé la mort, jeudi, d’un sous-officier et de deux soldats.

 

Les forces ottomanes, déployées massivement dans la région, avaient immédiatement répliqué par des tirs de chars, neutralisant un djihadiste et anéantissant trois de leurs véhicules.

 

Sans pouvoir dire, pour le moment, si l’on est en présence du commencement d’une confrontation durable entre l’Etat Islamique et Ankara, ou s’il s’agit d’incidents ponctuels, ces affrontements sont inattendus, car ils opposent des alliés islamistes sunnites.

 

La situation a commencé à se dégrader lundi, lorsqu’un terroriste kamikaze, Abdurrahman Alagöz, s’était fait exploser dans le Centre Culturel Amara de la ville de Suruç, tandis que s’y tenait une réunion politique de soutien aux Kurdes syriens réunissant 300 personnes. Cet assassinat collectif, perpétré pour la première fois par l’EI sur le territoire turc, a causé la mort de 32 personnes et blessé une centaine d’autres, pour la plupart des jeunes Kurdes et des militants de gauche.

 

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Après le carnage de Suruç, la douleur des proches

 

La réaction de l’organisation paramilitaire kurde-turque, ne s’était pas faite attendre : des membres du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) avaient en effet assassiné, mercredi matin, deux policiers d’Ankara à Ceylanpinar, une grosse agglomération kurde à la frontière syrienne.

 

Cet acte barbare - une balle dans la tête de chacun des gendarmes – se voulait être l’expression du mécontentement de la communauté kurde, qui a considéré que le Centre Culturel Amara, en dépit de menaces dont il était l’objet et d’attaques précédentes n’était pas protégé par la police. D’autre part, les mêmes Kurdes-turcs considèrent qu’ils sont la cible d’une discrimination systématique de la part du Président Recep Erdogan et de son parti islamiste, l’AKP, qui dirige actuellement un gouvernement intérimaire en l’absence d’une coalition gouvernementale.

 

Le grief principal des Kurdes-turcs se focalise cependant sur l’aide apportée par Ankara au Califat Islamique en Syrie dans sa lutte contre les YPG kurdes, les Unités de Protection du Peuple. Des milliers de personnes étaient descendues dans les rues des métropoles tuques après l’attentat de lundi pour critiquer la politique menée par le gouvernement. Kadri Gürsel, l’un des principaux éditorialistes du quotidien Milliyet (la nation), a été limogé mercredi pour avoir mis en cause M. Erdogan dans l’attentat de Suruç.

 

Diverses organisations appellent à un méga-rassemblement dimanche après-midi à Istanbul.

 

Les Kurdes se rappellent que, durant le long siège de la ville de Kobané, à 100 mètres de la Turquie, Erdogan avait refusé de porter secours aux défenseurs encerclés, leur fermant même sa frontière et permettant au contraire aux agresseurs, qui contrôlaient déjà 60% de la ville, de s’approvisionner chez lui en armes, munitions et en combattants.

 

Il est de notoriété publique que des miliciens de l’EI avaient utilisé, à plusieurs reprises, le point de passage de Mursitpinar, face à Kobané, afin de compléter l’encerclement de cette dernière par le Nord et d’attaquer les YPG grâce à de nombreux véhicules bourrés d’explosifs.

 

En plus de ce qui précède, Recep Erdogan et son Premier ministre Ahmet Davutoglu multiplient les propos hargneux et les menaces à l’encontre des Kurdes syriens, les accusant notamment de procéder à un imaginaire nettoyage ethnique, et leur prêtant l’intention de faire sécession du reste de la Syrie en déclarant un Etat indépendant dans le nord de ce pays, dans une région que les Kurdes nomment Rojava.

 

Erdogan, appuyé en cela par les partis nationalistes, craint que la progression militaire des YPG dans le Rojava ne déteigne sur les Kurdes turcs, qui constituent l’écrasante majorité de la population tout le long des 900 kilomètres de frontière commune.

 

Suite à un conseil des ministres extraordinaire, qui s’est tenu mercredi, Ankara a lancé une vaste opération policière, ce vendredi matin, impliquant des milliers d’hommes et des hélicoptères, dans le but d’appréhender les djihadistes se trouvant sur son territoire.

 

Le même raid vise également les membres des organisations paramilitaires kurdes et gauchistes, notamment ceux du DHKP-C (Front Révolutionnaire de Libération du Peuple), dont une activiste a été tuée par les forces de l’ordre.

 

On semble, ce matin, se diriger vers une triple confrontation, qui opposerait Ankara, premièrement aux Kurdes syriens, secondement aux membres des organisations indépendantistes Kurdes turques, et troisièmement, et c’est là que se trouve la nouveauté, aux miliciens de l’Etat Islamique, tant en Syrie qu’en Turquie.

 

La rivalité récente entre l’Etat Islamique et Recep Erdogan a aussi poussé ce dernier à mettre sa base aérienne d’Incirlik, à 200 kilomètres de la frontière syrienne, à disposition des forces de la coalition sous commandement américain, qui combat ISIS en Syrie et en Irak. C’est la première fois qu’Ankara se résigne à porter main forte à cette coalition, et à participer, même indirectement, au combat qu’elle mène.

 

Sur le plan stratégique, la brouille entre l’AKP et l’EI pourrait avoir des conséquences radicales pour le Califat. En effet, suite à la jonction effectuée par les YPG entre les cantons de Kobané, au centre du Rojava, et celui de Qamishlo, à l’Est, ainsi qu’à la progression de l’alliance militaire formée par les YPG et l’Armée Syrienne Libre (ASL) en direction du canton kurde d’Afrin, pour l’instant isolé à l’ouest du Rojava, les derniers points de passage restant à la disposition de l’EI pour s’approvisionner en Turquie se trouvent entre Jarabulus (Syrie) et le sud de Kilis, sur une distance d’environ 100 kilomètres.

 

Or c’est précisément sur cette portion de frontière qu’ont eu lieu les échanges de tirs d’hier ainsi que le raid aérien de cette nuit. Dans ces conditions, on peut difficilement imaginer qu’Erdogan continuera à approvisionner le Califat en utilisant ces points de passage.

 

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La carte de la région où se déroule l’essentiel de la confrontation

 

Les affrontements qui l’opposent à l’EI pourraient également servir de prétexte au président islamiste turc afin de pénétrer en territoire syrien, sur une trentaine de kilomètres entre Kilis et Jarabulus ; il pourrait ainsi espérer faire d’une pierre deux coups, en empêchant les Kurdes d’effectuer leur jonction entre Kobané et Afrin, et en étendant son contrôle des points de passage face au Califat Islamique ; ce dernier se verrait ainsi totalement soumis au bon vouloir du gouvernement ottoman pour l’ensemble de ses fournitures.

 

Le plan d’instauration de cette "zone tampon" avait été envisagé par Ankara à la fin de juin dernier, mais il n’avait pas été mis à exécution devant les réticences de l’Armée turque et la vive opposition des Américains.

 

On reste à se demander quelle est la raison qui fait que deux entités, partageant la même religion et poursuivant des objectifs très proches, tels l’EI et l’AKP (Le parti de la Justice et du Développement) se sont disputées au point d’en venir aux armes.

 

La réponse se situe probablement dans la tradition de détestation qui a toujours semé la discorde entre Turcs et Arabes ; l’Etat Islamique, en effet, est une organisation visant à créer un Etat islamique arabe sur la plus grande partie possible de la Syrie et de l’Irak ; quant aux visées de M. Erdogan, elles concernent principalement l’extension de l’hégémonie ottomane, même s’il est, lui aussi, profondément empreint de l’idéologie djihadiste.

 

Les observateurs ne manquent pas non plus d’observer que les choix et les décisions de la Turquie, sous Erdogan, ne sont pas toujours toutes dictés par la seule raison. En Occident, on a peut-être tendance à sourire en entendant les propos d’Erdogan rapportés par la presse, selon lesquels ce seraient les Turcs qui auraient conquis la Lune, et les Juifs qui seraient à l’origine des coups de grisou qui secouent les mines de Turquie.

 

Mais dans les faits, les Turcs n’ont pas le loisir de rire à ses délires, car ils participent à dicter, en les justifiant, les voies choisies par le pouvoir en place. Or ces options peuvent parfaitement conduire à des guerres superflues, dont la finalité est obscure, et donc discutable.

 

Dans cette conclusion on peut aussi noter que la Turquie est l’un des seuls pays du globe à avoir affronté militairement absolument tous les pays qui l’entourent, et parmi eux la Grèce, qu’elle a occupée durant des siècles, l’Arménie, où elle a commis un génocide, et l’île de Chypre, qu’elle a agressée en 1974 lors de l’Opération Attila, et dont elle occupe toujours militairement la moitié septentrionale.

 

Dans ces conditions extrêmement volatiles, et en présence de dirigeants et de chefs d’Etats dont la rationalité des décisions peut être discutée, nul ne peut prédire la tournure que prendront les évènements des prochains jours et des prochaines semaines.

 

 

 
Un attentat suicide de l’EI vise des Kurdes en Turquie : 32 morts (info # 012207/15) Version imprimable
Analyse
mercredi, 22 juillet 2015

 

Par Hevi Pekoz

 

L’identité du suspect principal dans l’attentat suicide qui a eu lieu dans la ville de Suruç, au sud-est de la Turquie, faisant face à Kobané, lundi en début d’après-midi, a été révélée par les autorités d’Ankara.

           

Le kamikaze serait un certain Abdurrahman Alagöz, âgé de 20 ans, originaire de la province d’Adiyaman, au nord de celle de Sanliurfa, où se situe Suruç. La police turque est en train d’enquêter quant à son appartenance à l’Etat Islamique.

 

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Turquie : le temps est à l’orage

 

Le 1er ministre turc, Ahmet Davutoglu, a déclaré lors d’une conférence de presse qui s’est tenue hier, que "ses éventuels liens à l'étranger ou en Turquie sont en cours de vérification. L’hypothèse la plus probable est qu'il s'agit d'un attentat suicide lié à DAESH".

 

Lundi, aux alentours de midi (heure locale), une bombe a explosée dans le jardin du Centre Culturel Amara, où débutait un meeting de la Fédération des Associations des Jeunes Socialistes, qui réunissait 300 personnes venues de toute la Turquie, causant 32 morts et une centaine de blessés, pour la plupart kurdes.

 

Ces jeunes gens s’apprêtaient à annoncer leur départ vers la ville voisine de Kobané pour participer à sa reconstruction, apportant avec eux des effets de première nécessité pour les habitants ainsi que des jouets pour les enfants.

 

Un second attentat suicide a eu lieu précisément dans le sud de Kobané, quelques minutes après celui de Suruç, lorsqu’une voiture chargée d’explosifs a foncé sur un barrage de sécurité mis en place par les Unités de Protection du Peuple kurde syrien, les YPG, tuant deux de ses combattants.

 

Tandis que la province kurde du nord de la Syrie, le Rojava, est accoutumée aux attaques constantes de DAESH, la Turquie avait été épargnée jusqu’à présent par les attentats de l’Etat Islamique.

 

Suite à la découverte de la télécommande ayant servi au déclenchement de la bombe dans l’estomac d’une jeune fille, lors de l’opération chirurgicale qu’elle subissait, les policiers avaient, dans un premier temps, dirigé leurs recherches vers un groupe de trois jeunes femmes, avant de trouver les preuves qui accablent Abdurrahman Alagöz. Ces personnes étaient membres de l’EI et connues des services de sécurité turcs.

 

Les trois jeunes filles en question, Fadime Kurt, Ozlem Yilmaz et Nuray Demirel, avaient, le mois dernier, pénétré sur le territoire turc dans le but de perpétrer des attaques. Elles étaient recherchées par les autorités d’Ankara, qui avaient, par ailleurs, annoncé que sept membres de DAESH prévoyaient de commettre des attaques meurtrières en Turquie.

 

Le Renseignement turc, le MIT, avait informé toutes les forces de sécurité de l’existence d’un risque accru d’attentats le 22 juin et le 3 juillet. La police avait procédé à de nombreux raids dans les villes d’Istanbul, Ankara, Sanliurfa, Konya et Izmir, se concluant par l’arrestation de 97 personnes, sans pouvoir cependant mettre la main sur les jeunes filles recherchées.

 

Après l’assassinat collectif de lundi, le HDP, le Parti Démocratique des Peuples, le parti des Kurdes en Turquie, et le CHP, le Parti Républicain du Peuple, l’opposition principale à l’AKP dirigé par Erdogan, ont vivement critiqué le gouvernement "qui n’a su ni prévenir cette attaque ni gérer ses conséquences".

 

Le président turc, qui se trouvait en déplacement dans la partie de Chypre occupée par la Turquie, a vaguement commenté l’attaque en la condamnant, mais sans prendre la peine de rentrer en Turquie, ce qui a été vivement critiqué par Selahattin Demirtas, l’un des principaux dirigeants du HDP.

 

Le député CHP, Haluk Koç, a quant à lui déclaré : "Si nous avons, dans le passé, décrété un jour de deuil lors de la mort d’un roi de n’importe quel pays, un jour de deuil national doit être mis en place pour commémorer l’assassinat des 32 jeunes personnes que nous avons perdues à Suruç".

 

En effet, en janvier dernier, Ankara avait ordonné un jour de deuil national au lendemain de la mort du roi saoudien Abdallah ben Abdelaziz.

 

Selon les media turcs et internationaux, la population turque, vivement choquée par l’attentat, est descendue dans les rues d’Istanbul, Ankara, Izmir et de nombreuses autres villes, accusant le président Erdogan de collaborer avec ISIS.

 

Des heurts ont éclaté entre la police et des manifestants ; deux personnes ont été blessées par des tirs de la police dans la ville de Mersin, dans le sud-est de la Turquie.

 

Le mois dernier, le gouvernement de Recep Erdogan avait renforcé son dispositif militaire dans la région frontalière de la zone autonome du Kurdistan syrien, affirmant que c’était pour prévenir de futures attaques de la part des islamistes.

 

Ce déploiement militaire avait cependant été ordonné immédiatement après la prise de la ville syrienne de Tell Abyad par les forces kurdes, le parti islamiste d’Erdogan, au pouvoir à Ankara, craignant que la progression des Kurdes ne contamine les agglomérations turques à population majoritairement kurde.

 

Le Centre Culturel Amara à Suruç avait déjà été la cible d’attaques précédentes. Bien qu’il héberge constamment des journalistes ou des organisations humanitaires se rendant à Kobané, et même des réfugiés syriens, il ne bénéficiait d’aucune protection appropriée.

 

Dans une interview téléphonique accordée au quotidien Radikal, la mère du suspect a affirmé qu’Abdurrahman avait quitté le domicile familial il y a neuf mois, suivi par son frère Yunus, trois mois plus tard. Les deux frères annonçant qu’ils partaient travailler à l’étranger.

 

Selon des sources proches de l’enquête, Abdurrahman aurait commencé à s’intéresser à DAESH il y a deux ans et l’aurait rejoint via un réseau terroriste islamiste qui s’est formé dans la province d’Adiyaman.

 

 

Après l’attentat de lundi, Selahattin Demirtas n’a pas appelé sa communauté à conserver son calme, comme il a coutume de le faire lors des fréquentes situations de tension. Sa colère s’explique par le fait qu’il tient le gouvernement d’Ankara responsable de l’assassinat collectif ayant frappé le Centre Culturel Amara. Non seulement ce dernier appartient partiellement à son parti, le HDP, mais les 300 personnes qui le fréquentaient lundi au moment de l’attentat étaient venues montrer leur solidarité avec la cause kurde.

 

Ce mercredi après-midi, un conseil des ministres extraordinaire était prévu en Turquie afin de discuter de nouvelles mesures à adopter pour sécuriser la frontière avec la Syrie. Au cas où, à l’issue de ce conseil, des dispositions convaincantes n’étaient pas annoncées en vue d’assurer la sécurité des zones à majorité kurde, il est à prévoir de nouveaux heurts entre les Kurdes de la région frontalière et la police d’Erdogan. Des Kurdes, qui refusent d’être continuellement traités comme des ennemis de l’intérieur et de ne pas pouvoir profiter du même niveau de sécurité que leurs concitoyens. Des Kurdes turcs, qui, comme les journalistes présents dans la région et la communauté internationale, sont parfaitement au courant de l’assistance apportée par le gouvernement ottoman à l’Etat Islamique.

 

C’est dans cette atmosphère particulièrement lourde que deux policiers turcs ont été retrouvés morts, ce mercredi matin, abattus chacun d’une balle dans la tête, dans une demeure de Ceylanpinar. Une cité à forte majorité kurde, située sur la frontière syrienne, à une centaine de kilomètres à l’est de Suruç.

 

Le Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), clandestin, a revendiqué ces meurtres sur son site Internet, en "représailles" à l’attentat suicide de lundi.


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Barack Obama ou l’avocat du Diable (info # 012007/15) Version imprimable
Analyse
lundi, 20 juillet 2015

 

Par Ilan Tsadik, Stéphane Juffa et Jean Tsadik

 

Rédigé par Ilan Tsadik

 

Lorsque l’on signe un bon accord, on n’a pas besoin de passer son temps à expliquer pourquoi on l’a signé. Or le Président Obama est intervenu mardi, quelques minutes après l’annonce à Vienne de la conclusion de l’accord, et il est longuement revenu mercredi dernier sur son contenu et ses implications, à l’occasion d’une conférence de presse tendue et inconfortable.

 

Le moins que l’on puisse en dire est que ses arguments n’ont pas été convaincants. D’autres, au sein même de la Ména, connus pour être moins conciliants que moi, et moins opposés à la gouvernance de Binyamin Netanyahu, ont parlé en interne de "foutage de gueule" de la part du pensionnaire de la Maison Blanche. Ce n’est, dans ce cas, qu’une question de différences sémantiques.

 

Avec Juffa et mon père, nous avons consulté, ces derniers jours, des dizaines de vidéos et des milliers de pages de déclarations antérieures, de commentaires et de critiques. Ce qui m’a le plus interpelé à la fin de ces consultations, consiste en cela que les Iraniens n’ont cessé, tout au long des négociations et après leur aboutissement, d’être beaucoup plus consistants qu’Obama et son administration.

 

Cela explique, au-delà de tout doute sensé, la raison pour laquelle à Téhéran et à Damas on danse de joie dans les rues, et qu’aucun ayatollah n’a perdu son temps à justifier, en les analysant publiquement, les clauses du contrat.

 

Ils avaient dit et répété que les inspecteurs de l’AIEA ne disposeraient pas du libre accès à leurs installations nucléaires, et l’accord leur donne raison. Ils avaient promis qu’ils ne détruiraient pas le moindre équipement de leur infrastructure nucléaire, qu’ils n’abandonneraient pas la recherche et le développement dans le domaine de l’atome, qu’ils n’exporteraient pas le moindre kilo d’uranium enrichi, qu’ils continueraient à développer des missiles capables de frapper leurs voisins aussi bien que les autres continents et ils n’ont pas non plus menti sur ces points.

 

Les ayatollahs avaient prévenu que leurs centrifugeuses continueraient à tourner et elles tourneront. En moins grand nombre, certes, pour un degré de purification du minerai temporairement limité, mais elles tourneront, et non plus dans la clandestinité mais en accord avec la législation internationale.

 

Khamenei avait exprimé que son pays ne signerait aucun document qui ne prévoirait pas la levée immédiate des sanctions, or l’an prochain, à la même époque que maintenant, dès la mise en œuvre de la réalisation des clauses du traité, l’Iran touchera en un tenant environ 160 milliards de dollars.

 

Khamenei avait garanti que les commissaires de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique ne seraient pas admis dans ses installations militaires, et l’annexe concernant d’éventuelles visites de ces sites n’a pas encore été rédigée et elle ne fait pas partie de la chose signée.

 

Lors de sa conférence de presse, Barack Obama a invité le public à consulter le document, à prendre connaissance du compromis, en lançant : "Vous n’avez plus besoin de spéculer, vous pouvez simplement lire ce qu’il dit". C’est en relevant l’invitation du président que nous avons fait les observations qui constituent cet article.

 

Force est de constater que si c’était pour en arriver là, si l’on finirait par céder à toutes les demandes de Téhéran, Kerry aurait pu signer l’accord il y a deux ans, au début de la phase décisive des négociations, et ce n’est pas une plaisanterie de ma part.

 

L’Administration Obama est passée outre les garde-fous imposés par les chefs de sa propre armée ; plus encore que cela, elle n’a tenu aucun des engagements qu’elle s’était elle-même fixés.  Dès lors, on ne sait pas comment il faudrait interpréter l’introduction du président lors de sa confrontation avec la presse, lorsqu’il affirma : "Voici ce que l’on peut accomplir à partir d’une position de force et en respectant ses principes !". Ca, c’est une plaisanterie mais elle n’est pas de mon fait.

 

Martin Dempsey, le président des chefs d’état-major de l’Armée U.S., c’est-à-dire le chef militaire suprême des forces américaines, avait mis en garde, il y a deux semaines, le Comité des Services Armés du Sénat, révélant à ses membres qu’ "en aucune circonstance on ne doit alléger la pression sur l’Iran au sujet de ses capacités en matière de missiles balistiques et de trafic d’armes".

 

Or, en lisant l’accord, comme Barack Obama nous a proposé de le faire, on s’aperçoit que toutes les limitations concernant l’importation et l’exportation des armes conventionnelles et des missiles, respectivement dans cinq et huit ans, seront levées.

 

Le président a répondu à cette remarque mercredi, déclarant que "nous ne retirons pas notre pression sur l’Iran en ce qui concerne les armes et les missiles balistiques".

 

Il a détaillé sa réponse en faisant valoir qu’ "il existait d’autres [en dehors du traité] résolutions multilatérales [internationales] et unilatérales [U.S.] qui nous permettent d’agir si l’Iran s’embarque dans de telles activités, que ce soit dans six ans ou dans dix ans à partir de maintenant".

 

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Contrairement à ce que déclare M. Obama, son administration œuvre

en ce moment même au Conseil de Sécurité afin que les futurs présidents

des USA ne puissent pas remettre en cause l’accord avec l’Iran

 

M. Obama aurait dû mieux lire le traité qu’il a signé et qui prescrit que tous ses signataires – donc les Etats-Unis y compris – doivent honorer ses clauses principales, telle la levée de l’embargo de l’ONU sur les armes et les missiles balistiques.

 

Les spécialistes du droit international sont indécis quant à l’obligation américaine d’adapter sa propre législation en fonction de la résolution issue du traité qui sera entérinée cette semaine par le Conseil de Sécurité ; mais l’on constate que les dispositions onusiennes issues des sanctions décidées pour s’opposer au programme de développement des missiles iraniens vont disparaître.

 

Dans la nouvelle résolution qui sera soumise ce lundi au Conseil de Sécurité, les restrictions concernant le programme balistique perse sont largement moins contraignantes que celles qui prévalaient jusqu’à maintenant. Les anciennes stipulaient que l’Iran avait "l’interdiction de réaliser toute activité relative à des missiles balistiques capables d’emporter des charges nucléaires". Quant à la nouvelle résolution, elle se contentera "d’en appeler à l’Iran" pour ne pas qu’il se livre à de telles activités.

 

La résolution issue de l’accord de Vienne ne mentionnera non plus aucune interdiction qui serait imposée à Téhéran de ne pas procéder au développement ou à l’importation de technologie applicable aux missiles ; les Iraniens pourront ainsi progresser dans leur programme balistique en toute légalité.

 

Quelle que soit l’opinion des juristes quant à la prévalence ou non des lois nationales américaines et à l’obligation ou non de les mettre au diapason de l’accord avec l’Iran, trois choses sont claires : 1. Si le Congrès, suivant le calendrier défini à Vienne, ne levait pas ses propres restrictions, l’Iran, après avoir empoché des sommes très importantes, sera en situation de dénoncer l’accord et de remettre son programme nucléaire militaire en marche. 2. Si l’intention de l’administration consistait à ne pas lever l’embargo sur les armes et les missiles, pourquoi a-t-elle accepté ces provisions ? 3. Comment exiger la bonne foi et la transparence de l’adversaire dans l’exécution de ses engagements si, à peine le protocole signé, le président des Etats-Unis envisage des voies légales pour le contourner ?

 

Mercredi, le président a également abordé le sujet de la levée de l’embargo imposé à l’Iran sur le trafic des armes conventionnelles, s’attardant sur les livraisons de matériel militaire aux Hezbollani, les supplétifs libanais des ayatollahs. Il a reconnu qu’elles faisaient peser une lourde menace sur l’Etat hébreu ainsi que sur les autres alliés des USA dans la région.

 

Barack Obama, sur ce point aussi, a évoqué l’existence d’autres résolutions onusiennes qui ne seraient pas éliminées – on touche à la même problématique qu’avec les missiles balistiques - par le traité avec Téhéran, et qui continueraient à donner à Washington l’autorité [légale] nécessaire pour empêcher que de telles livraisons ne se produisent.

 

A la Ména, ce passage de l’intervention du président nous a tous interloqués ; pour la raison assez compréhensible, nous semble-t-il, que durant l’existence des sanctions, l’Armée U.S. n’est jamais intervenue afin d’empêcher lesdites livraisons. Pendant ce laps de temps, ce ne sont pas moins de 80 000 roquettes et missiles, tous en provenance d’Iran, qui ont rejoint les arsenaux de la milice chiite libanaise. Washington a abandonné le sale boulot à la seule Tsahal, obligeant le Khe’l Avir à s’aventurer plusieurs fois jusque sur la capitale syrienne pour détruire les armes les plus sophistiquées et à bombarder les convois de camions qui tentaient de traverser la frontière syro-libanaise.

 

Le problème, a admis M. Obama pour expliquer la raison pour laquelle le Hezb avait obtenu ces fusées, était moins d’origine légale que relevant d’un "manque au niveau du Renseignement et de la capacité d’interdire ces livraisons".

 

Le président a proposé d’améliorer la "coordination avec ses alliés" afin de pallier ces lacunes et de faire en sorte qu’une quantité moins importante de ces chargements ne parvienne à traverser les mailles du filet.

 

Les mailles du filet ? Quel filet ? Personne, dans la région, n’a jamais vu de filet américain.

 

A mots à peine couverts, Obama promet en fait, en compensation pour la signature du traité avec Téhéran, de se mettre à agir pour atténuer cette contrebande. Mais comment le croire ? Comment croire qu’il fera désormais, alors que c’est plus compliqué, ce qu’il n’a pas fait lorsque c’était simple.

 

De plus, le président ne dit pas la vérité : le Renseignement U.S. est très performant dans la région et il a bénéficié de compléments d’informations réguliers et vérifiables de la part du Mossad, des chrétiens, des sunnites libanais, et de la Marine allemande, dont les bateaux espions sont très présents face à Beyrouth. Quant à la capacité d’agir, l’U.S. Air Force intervient quotidiennement dans le ciel syrien, mais durant les négociations, et même depuis le début de la Guerre Civile syrienne, elle a pris le plus grand soin d’éviter les soldats iraniens participant au conflit ainsi que les armes qu’ils livraient à la milice chiite libanaise.

 

Lors de la conférence de presse, quelqu’un a demandé au président pourquoi les négociateurs étasuniens n’ont pas obtenu, dans le cadre du traité, la libération des quatre otages américains détenus en Iran –Amir Hekmati, le pasteur Saïd Abedini, Jason Rezaian et Robert Levinson - pour des crimes imaginaires.

 

Barack Obama a répondu que la priorité de sa délégation à Vienne s’est uniquement focalisée sur la question du nucléaire, et que si John Kerry avait émis d’autres exigences, les Iraniens auraient probablement fait valoir leurs propres revendications concernant d’autres sujets.

 

A Métula, nous nous demandons cependant en quoi la levée de l’embargo sur les armes conventionnelles, dont les livraisons de matériel de guerre au Hezbollah, est-elle liée à la question du nucléaire.

 

Le président a garanti que les efforts diplomatiques de son administration en vue de libérer les quatre hommes ne cesseraient pas ; nous, nous pensons que la seule raison qui avait poussé les ayatollahs à la négociation découlait de la précarité extrême de leur économie causée par les sanctions internationales.

 

Avec la levée de celles-ci, aucun argument ne restera à la disposition de Washington afin d’obtenir d’autres concessions, et les otages auront été sacrifiés sur l’autel de l’amateurisme des négociateurs U.S., de l’absence de ligne directive solidement établie et fermement défendue, et du désir du pensionnaire de la Maison Blanche, quoi qu’il puisse en dire, de parvenir à un accord à n’importe quel prix.

 

Les faiblesses du traité sont de deux ordres. Le premier est technique : il dépend de l’impératif de réussite imposé par le chef de l’exécutif américain et pris à son compte par John Kerry ; dans ces conditions, très tôt identifiées et exploitées par la délégation persane, les concessions ne sont venues que d’un seul côté, ce qui a abouti à un protocole grossièrement déséquilibré en faveur de Téhéran, au point de le priver de logique dans la sauvegarde des intérêts des 5+1 en général, des Occidentaux et de leurs alliés, en particulier.

 

Ces lacunes se retrouvent dans la plupart des clauses du document et nous en décortiquons quelques-unes dans ce papier.

 

L’autre carence de l’accord, dont découle la première, est d’ordre conceptuel : l’Administration Obama est totalement passée à côté de la problématique posée par le programme nucléaire militaire de la "République" Islamique. Les Américains ont réellement négocié comme si le développement de la bombe atomique par la Révolution khomeyniste constituait le péril primordial qu’elle véhiculait, et que le reste de la problématique qu’elle pose était négligeable. Cette confusion a atteint un degré tel, qu’une fois la question du nucléaire "réglée", se figurait-on à Washington, les autres aspects grandement sous-évalués de la menace attenante à l’exercice du pouvoir par la théocratie chiite s’atténueraient d’eux-mêmes pour finir par s’estomper.

 

Il était difficile de plus se tromper. Contrairement à ce qu’affirme aujourd’hui le président Obama, l’Amérique a bradé sa position de force et négocié sans principes et sur la base d’une évaluation globale fantaisiste.

 

Les Etats-Unis ont surestimé la puissance de l’adversaire, comme si la perspective de voir l’Iran se doter de quelques bombes atomiques en faisait déjà une superpuissance ; comme s’il n’existait que la voie des concessions pour éviter une confrontation imminente entre Téhéran et ses voisins régionaux, et comme si une telle confrontation était le pire des avatars envisageables.

 

Les explications fournies, mercredi dernier, par le président à ce propos ne laissent pas planer le moindre doute et elles n’ont, à notre sens, pas suffisamment été exploitées par les autres analystes.

 

Pourtant, l’erreur conceptuelle peut être aisément détectée dans la représentation binaire et erronée qu’en a fait Barack Obama lors de sa rencontre avec la presse ; son système de réflexion s’articulait sur deux présomptions : With a deal contre without a deal, avec un accord, sans accord.

 

Après avoir abordé chacune des deux hypothèses appliquées à la plupart des points du contentieux, le président arrive à la conclusion que with a deal, les USA et le reste du monde sont plus sûrs et plus en sécurité.

 

Tandis que without a deal, l’unique alternative que M. Obama est capable d’envisager, consiste en "un programme nucléaire iranien sans limites, l’absence d’inspections, l’Iran plus proche de l’arme atomique, le risque d’une course régionale à l’armement atomique, et un risque de guerre accru, tout cela", ponctue le pensionnaire de la Maison Blanche, "est [l’unique] choix qui s’offre à nous".

 

Le président dépouille ensuite sa conceptualisation pour n’en garder que l’essentiel : "Soit le problème posé par l’Iran obtenant des armes nucléaires est résolu par la diplomatie, lors de négociations, soit par la force, par la guerre. Il n’y a que ces deux options".

 

Dans le même élan, il met au défi M. Netanyahu et le Congrès, bref, tous ceux qui prétendraient qu’il est possible d’obtenir de meilleures dispositions dans un contrat avec l’Iran, de lui indiquer les clauses qui pourraient être formulées différemment.

 

Malheureusement, l’approche du résident de la White House ne tient pas l’eau et ne résiste pas à l’analyse. D’abord, parce que l’équation bipolaire "ce traité ou la guerre" participe d’une vue de l’esprit. Si les 5+1 avaient rejeté les demandes iraniennes, Téhéran n’aurait en aucun cas déclaré ou déclenché un conflit armé. Contre qui aurait-il pu le faire ? Les USA ? Le monde entier ? Israël ? Initier une guerre, lorsque, dans tous ces cas, on sait qu’on n’a pas les moyens de la gagner, ni même de lui survivre ? Un conflit pour obtenir quoi, du point de vue iranien ?

 

En réalité, la possibilité qui s’offre aux ayatollahs, en l’absence d’accord, se limite à décider s’ils poursuivent leur programme nucléaire, ou s’ils le laissent en état de semi-gel, comme c’est le cas depuis l’entente intérimaire tacite de janvier 2014 ; ce, sachant que s’ils reprennent leur progression vers la bombe, ils s’exposent, d’une part, à la probabilité élevée d’une intervention armée, notamment d’Israël, et de l’autre, ce qui n’est guère plus gratifiant, ils font l’impasse sur quelques huit cents milliards de dollars, la somme des revenus confondus sur cinq ans de la levée des sanctions, calculée par les meilleurs experts financiers indépendants aux Etats Unis.

 

En fait, Obama n’a simplement pas réalisé, au moment d’établir sa stratégie de négociation, que Khamenei ne détient pas les clés de la guerre ou de la paix, mais que c’est lui, le président des USA et ses alliés, qui sont les seuls à en disposer.

 

Avec la maîtrise dans son jeu de la carte "guerre" et celle des "800 milliards", le président possédait des atouts qui lui permettaient pratiquement de dicter le texte de l’accord à ses adversaires. Or il a abandonné ces atouts lors des pourparlers, comme s’il existait une urgence absolue – conditionnant une Troisième Guerre Mondiale ? – à parvenir à une entente à Genève puis à Vienne.

 

Kerry a traité l’Iran comme s’il possédait la capacité immédiate d’empêcher la Terre de poursuivre sa rotation autour du soleil. Les cartes maîtresses auraient dû être la menace de guerre de la part des Etats-Unis – personne n’a dit à Obama qu’il fallait qu’il déclenche un conflit, nous avons toujours répété, ces dernières années, et c’est terriblement différent, qu’il lui suffisait de faire part de son intention de résoudre le différend par les armes si Téhéran n’abandonnait pas définitivement sa chasse à la bombe et de montrer les préparatifs idoines sur le terrain – ainsi que la carte du maintien des sanctions et de leur renforcement.

 

Or à Vienne, la seule carte qui fut utilisée par les négociateurs de Washington consista à imposer des dates butoir à répétition, en menaçant de ne pas les prolonger, ce qui n’impressionna pas Zarif, qui exploita au contraire l’empressement quasi-hystérique de ses contempteurs, s’amusant à les obliger à se contredire en reportant au moins cinq fois leur ultimatum à la date butoir.

 

L’Iran, objectivement en position de demandeur lors des discussions, transforma l’Amérique en demanderesse, sans posséder le moindre argument de pression dans son jeu. Il y parvint grâce à la tchatche de Mohammad Zarif, à l’arrogance tactique de Khamenei, et en faisant traîner les pourparlers sur des années, augmentant ainsi une pression totalement artificielle sur l’Administration Obama.

 

Tout ce que les ayatollahs pouvaient brandir au titre de menaces était de quitter la table des négociations. Et alors ? Que se serait-il passé ? Quelle catastrophe ? Armageddon ?

 

Sans rien dans les mains, mais en constatant l’impératif de réussite que s’étaient fixés ses interlocuteurs, Zarif, qui est intelligent, se rendit compte que le système immunitaire de Yankees était complètement détraqué, et qu’il n’avait plus même besoin d’utiliser la menace de quitter la discussion. Décidant de ridiculiser les six plus grandes puissances du globe, il fit savoir, la semaine dernière, que sa délégation ne saisissait pas les raisons de l’empressement des autres participants à conclure, et que, pour leur part, les Iraniens étaient disposés à poursuivre les entretiens aussi longtemps que nécessaire.

 

Zarif leur porta l’estocade dimanche 12 juillet dernier, lorsque, pendant que les employés de l’hôtel Cobourg dressaient déjà les nappes en vue de la cérémonie qui suivrait la signature de l’accord, il produisit l’exigence ultime de la levée des embargos sur les armes conventionnelles et les missiles balistiques. Il obtint évidemment satisfaction, faisant boire à Kerry et Obama le calice jusqu’à la lie, et ponctuant magistralement le cours de diplomatie que les représentants d’une minuscule dictature, suintant du sang par tous ses pores, pas même totalement extraite du sous-développement, avait, des années durant, infligé au reste du monde. Ou comment remporter l'ensemble de la mise sans avoir une seule paire dans son jeu.  

 

Sûr que l’Administration s’est fourvoyée dans son évaluation stratégique de la négociation – qui suis-je ? Qui est mon détracteur ? Quels sont mes arguments, quels sont les siens ? Qu’ai-je à perdre ? Qu’a-t-il à perdre ? Comment dois-je adopter ma tactique de négociation à ces constatations ? -, en traitant les représentants de la "République" Islamique d’Iran en égaux, comme s’il s’était agi d’ambassadeurs du Danemark, de l’Australie ou du Royaume-Uni, et en conduisant les discussions comme s’il s’était agi d’une négociation sur un accord concernant des échanges commerciaux.

 

L’équation n’est assurément pas celle présentée par Barack Obama – ce traité ou la guerre. Ce point de vue est pathétique tant il est éloigné de la réalité et des forces en présence. On aurait dû traiter les Iraniens pour ce qu’ils sont : des petits maîtres-chanteurs représentant la mafia des nations, ne possédant pas réellement les moyens de soutenir leur chantage.

 

C’est leur reddition – enrobée d’une enluminure diplomatique destinée à ne pas déshonorer le peuple iranien, et encore, à la condition que Khamenei se montre docile et réaliste – qu’il fallait négocier. Cela aurait fonctionné sans l’ombre d’un doute sensé. Nous le savons, Obama le savait mieux que nous encore, car, au cours des années de palabres, il s’était lui-même comporté de manière adéquate.

 

Cela s’est passé entre le 30 décembre 2013 et le 4 janvier 2014 : Khamenei refusait obstinément d’endosser le Plan d’Action Conjoint [l’accord temporaire], qui avait été envisagé à Genève durant les négociations de fin novembre 20131 ; le chef de l’exécutif U.S. avait alors contacté sans intermédiaire, en pleines réjouissances de la saint Sylvestre, les dirigeants de la junte théocratique à Téhéran, se contentant de leur donner 48 heures pour annoncer publiquement qu’ils acceptaient le Plan d’Action Conjoint dans son intégralité et sans amendements, faute de quoi, il donnerait son feu vert à Israël pour anéantir leur infrastructure nucléaire, ce, avec l’apport logistique de l’Armée américaine. Khamenei s’était exécuté avant même l’expiration de l’ultimatum.

 

Cela aurait dû paver la voie quant à la tactique à adopter durant les négociations visant à la finalisation du traité. Si l’Amérique avait réitéré la même menace, si Obama avait menacé Khamenei d’une opération militaire de Tsahal, de l’Army, des puissances occidentales, ou, idéalement, des 5+1 – mais n’importe laquelle de ces options était suffisante -, il aurait, et très rapidement, obtenu le démantèlement total de l’industrie nucléaire militaire iranienne et de son programme de missiles balistiques.

 

Parce que Téhéran ne dispose pas des moyens de s’opposer à une telle menace, et qu’une négociation à caractère stratégique, nous n’y pouvons rien, est toujours essentiellement basée sur un ultimatum.

 

On aurait alors procédé à une levée authentiquement graduelle et minutieusement contrôlée des sanctions, et obtenu un véritable examen de la bonne exécution par les ayatollahs de leurs engagements. On aurait, entre autres choses, exigé et obtenu le désengagement militaire de Téhéran au Moyen-Orient au côté du terrorisme, son lâchage de Bachar al Assad, ce qui aurait permis une solution négociée de la Guerre Civile en Syrie, et on aurait pu facilement endiguer la mainmise du Hezbollah au Liban, rendant ainsi au pays aux cèdres son indépendance et sa souveraineté. Bref, on aurait œuvré pour la paix et on aurait protégé les alliés de l’Occident dans la région pour des décennies.   

 

Et si le Président Obama ne se sentait pas d’engager de réelles négociations basées sur une menace militaire – ce qui reste incompréhensible pour les analystes -, il disposait, contrairement à ce qu’il prétend, d’une alternative simple : le maintien du statu quo. Une situation nettement préférable à celle qu’engendre le traité obtenu par John Kerry, qui possède les avantages sur la chose signée de maintenir en place toutes les options d’intervention, de permettre la mise en place de sanctions supplémentaires, de ne pas légaliser le programme nucléaire perse ni les positions stratégiques gagnées par la junte chiite au Moyen-Orient, de ne pas lui permettre de réintégrer le concert des nations fréquentables, de ne pas figer la population iranienne dans l’Inquisition islamique, et surtout, de ne pas la couvrir d’une quantité d’or qui conduit aux effets diamétralement opposés à ceux que je mentionne dans ce paragraphe.

 

Au vu de ce qui précède, les choix d’Obama, de même que le suivisme sans paroles affiché par les Européens, sont à la fois incompréhensibles et inacceptables.

 

Au bout de la doctrine Obama, tout au bout, ont ressurgi depuis mardi dernier les aspirations proprement délirante voire enfantines du président des Etats-Unis. A l’instar de son "espoir de construire sur la base de cette entente un dialogue avec l’Iran pour qu’il se comporte de manière différente et moins hostile dans la région" !

 

A cela, les ayatollahs ont répondu en organisant des manifestations dont les participants ont scandé "Mort à l’Amérique !" tout en brûlant le Stars and stripes. Khamenei, est intervenu à la télévision pour affirmer que le combat contre les Etats-Unis continuerait de plus belle (et avec bien plus de moyens).

 

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Un commentaire est-il réellement nécessaire ?

 

Le président a également avancé qu’après la signature du traité, la situation sera plus favorable pour travailler avec les Arabes, Israël et l’Union Européenne. Ces déclarations entraînent notre incrédulité : dans quelle mesure l’accord qu’ils condamnent rapprochera-t-il l’Administration Obama des Arabes et d’Israël ? Qu’est-ce qui empêchait Washington de travailler à sa guise avec ses partenaires avant la signature de mardi ?

 

Barack Obama, dans sa campagne de défense du traité avec l’Iran, ne cesse de répéter aux sceptiques que les USA et les 5+1 se sont assurés le recours au dispositif du snapback, soit le retour quasi instantané à la réimposition des sanctions, en cas de transgression, par les Iraniens, des clauses du contrat qu’ils ont signé.

 

Or cette procédure n’est pas applicable. D’abord, parce que les mollahs ne seront jamais pris en faute, car le régime de surveillance de l’exécution des engagements souscrits par les Iraniens dans le cadre de l’accord se situe à la limite du ridicule. On espérait que les inspecteurs de l’AIEA puissent se rendre à n’importe quel endroit du territoire perse, à n’importe quel moment, et sans être dérangés par personne, c’est ce à quoi l’administration U.S. s’était engagée ; mais on est très loin du compte. L’AIEA devra prévenir les Iraniens 24 jours avant qu’elle désire effectuer l’inspection d’un site non répertorié et décrire la raison de ses soupçons et la nature des substances liées au programme nucléaire qu’elle imagine découvrir sur place.

 

Binyamin Netanyahu a entièrement raison de comparer cela à une situation dans laquelle la police devrait donner à des trafiquants de drogue un préavis de vingt-quatre jours avant d’être autorisée à pratiquer une descente-surprise.

 

De plus, les inspecteurs de l’agence viennoise devront impérativement obtenir l’assentiment de Téhéran pour pouvoir intervenir, or le traité prévoit une procédure d’arbitrage pouvant durer des mois en cas de refus iranien. Il y a fort à parier que, dans ces conditions, si à l’issue de cet interminable chemin de croix, les Perses se voient contraints d’autoriser les spécialistes de l’AIEA à se rendre sur le site qu’ils suspectent, celui-ci aura entre-temps été transformé en village du Club Med. C’est encore sans parler des bases militaires, dont les visites ne sont pas codifiées par l’accord de mardi.

 

Sur ce point, l’Administration Obama se fait carrément l’avocate de Khamenei, l’un de ses hauts fonctionnaires expliquant que "les Etats-Unis d’Amérique n’autoriseraient personne à se rendre sur tous ses sites militaires, donc cette expectation n’est pas pertinente".

 

Certes, mais aux minuscules différences près que les USA sont une démocratie, qu’ils ne nient pas le génocide nazi, qu’ils ne pendent pas les homosexuels et les opposants aux grues, qu’ils n’ont jamais menacé personne d’anéantissement atomique, qu’ils ne financent pas le terrorisme international, et, finalement, qu’ils ne sont pas soupçonnés par la communauté internationale de développer secrètement la bombe atomique. Augmentée de ces nuances, la mise au point du fonctionnaire en question est totalement appropriée.    

 

Second inconvénient du snapback tel qu’il est envisagé par l’accord, il n’obligera pas les sociétés qui auront repris des activités commerciales avec l’Iran de les abandonner en cas de remise en vigueur des sanctions. Lors, au rythme où vont les choses - le ministre de l’économie allemand, M. Sigmar Gabriel, se trouve déjà à Téhéran pour y négocier des contrats, Fabius y est annoncé dans quelques jours -, dans un an, après avoir, de surcroît, empoché d’un coup les cent-soixante milliards de dollars retenus sur des comptes à l’étranger, un éventuel rétablissement des sanctions sera pratiquement sans aucun effet.


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Iran : L'Occident trahit Israël et se trahit lui-même (info # 011907/15) Version imprimable
Analyse
dimanche, 19 juillet 2015

 

Par Guy Millière

 

L'accord passé entre l'Iran, la Russie, la Chine et les puissances occidentales concernant le nucléaire iranien a été immédiatement perçu en Israël comme une trahison. A juste titre. C'est une trahison. Les propos hypocrites d'Obama n'y changeront rien, et sa façon d'ironiser sur les paroles, justes et légitimes, de Binyamin Netanyahou montrent que, par-delà l'hypocrisie, Obama est bel et bien un ennemi d'Israël.

 

Qu'Obama trahisse Israël n'a rien de surprenant : c'est chez lui une attitude constante depuis janvier 2009. Que les dirigeants européens, la France en tête, fassent de même n'a rien de surprenant non plus.

 

Aux Etats Unis, au moins, des propos critiques de la décision d'Obama se sont fait entendre. En Europe, en France en particulier, les propos critiques ont été inexistants, et je n'ai, je dois le dire, entendu personne s'en prendre à Laurent Fabius, qui a osé dire que l'accord était un "bon accord" et que la France avait fait preuve de fermeté.

 

En réalité, Obama, par Kerry interposé, a tout cédé, et Fabius n'a rien obtenu, sinon, peut-être, un point-virgule ici ou là.

 

Et un constat effroyable s'impose, les Etats Unis d'Obama laissent Israël seul ou presque face à un régime qui a pour obsession d'appeler à sa destruction génocidaire et à celle du peuple juif israélien. Les Etats Unis d'Obama font davantage que laisser Israël seul face à ce régime : ils offrent à ce régime l'opportunité de se doter de l'arme nucléaire et des missiles nécessaires pour frapper. Ils lui offrent, en outre, grâce à la levée de toutes les sanctions, des centaines de milliards de dollars pour monter en puissance et financer de multiples activités de déstabilisation et de terrorisme dans une région déjà en proie au chaos.

 

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Et pendant ce temps, à Téhéran

 

Un autre constat effroyable s'impose : les Européens, la France en tête, acceptent avec joie le fait qu'Israël soit laissé seul face au régime iranien, et que le régime en question puisse se doter de l'arme nucléaire et des missiles nécessaires pour frapper. Les Européens, France en tête, entérinent avec la même joie l'offre de centaines de milliards de dollars faite à l'Iran, et tout ce qui en résultera.

 

Dans un article sur ce sujet, Daniel Pipes se demandait voici peu si l'accord passé était le pire accord de tous les temps, et avait tendance à répondre par l'affirmative. D'autres analystes américains disaient qu'Obama était infiniment pire que Neville Chamberlain en 1938. Ils notaient que Chamberlain, au moins, aimait son pays, pensait gagner du temps, et agissait depuis une position de faiblesse. Et ils soulignaient, qu'à l'évidence, Obama n'aime pas son pays, ne veut en aucune façon gagner du temps, et n'est pas dans une position de faiblesse dès lors que les Etats Unis restent à ce jour la seule superpuissance mondiale.

 

Ils auraient pu rappeler que Chamberlain était accompagné, en 1938 à Munich, par le Français Daladier, et comparer Fabius à Daladier ; ils ne l'ont pas fait, car, hors de France, les dirigeants français actuels sont si insignifiants qu'il est inutile de les citer. Ils auraient pu rappeler, surtout, les mots que Winston Churchill a prononcés en 1938, après les accords de Munich : "Vous avez choisi le déshonneur pour ne pas avoir la guerre. Vous avez le déshonneur, et vous aurez la guerre".

 

Je cite, hélas, souvent cette phrase depuis janvier 2009. Jamais je n'ai pu la citer d'une façon à ce point appropriée. Les Etats Unis d'Obama ont choisi le déshonneur, et, même, bien pire que le déshonneur. Les Européens, la France en tête, ont fait le même choix que les Etats Unis d'Obama. Les Etats Unis d'Obama pensent avoir évité la guerre. Les Européens, la France en tête, pensent, comme des sots lâches et myopes, avoir fait avancer je ne sais quelle "paix".

 

Les Etats Unis d'Obama n'auront pas la guerre : ils l'ont déjà sous la forme du terrorisme islamique. La guerre contre les Etats Unis va s'accentuer. Les Européens, la France en tête, n'auront pas la guerre eux non plus, puisqu'ils l'ont déjà eux aussi. La guerre contre l'Europe va s'accentuer elle aussi.

 

Les Etats Unis d'Obama, comme les Européens, la France en tête, pensent qu'en lâchant Israël aux chiens, ils se sauveront eux-mêmes. Ils ne se sauveront pas. Ils semblent imaginer pouvoir s'allier à l'Iran pour combattre l'Etat Islamique, tout au moins c'est ce qu'ils disent : c'est aussi intelligent que prétendre utiliser la peste pour lutter contre le choléra. Ils sont touchés par le choléra et n'osent pas le combattre. Ils subiront bientôt les effets de la peste.


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Mauvais, naïf et surtout dangereux (info # 011407/15) Version imprimable
Analyse
mardi, 14 juillet 2015

 

Par Stéphane Juffa

 

Peu de grands traités internationaux ont été signés dans une si étrange atmosphère. Le Président Obama et son Secrétaire d’Etat, John Kerry, ont tous deux tenu à préciser, dans leurs allocutions respectives, que le compromis avec Téhéran ne concernait que la question du nucléaire ; c’est probablement cette approche qui est à l’origine du malaise généralisé dont je parle.

 

Comment oublier en effet les propos du Guide suprême Khamenei d’il y a 3 jours, qui déclarait que "les Etats-Unis représentent l’arrogance globale et le combat contre eux va continuer de plus belle, même après la conclusion de l’entente sur le nucléaire".

 

Personne ne peut, non plus, faire l’impasse sur le fait, qu’en début de semaine, alors qu’à Vienne les négociateurs faisaient preuve d’acharnement pour parvenir à un compromis, le président perse Rohani prenait part à une manifestation monstre, durant laquelle les participants ont brûlé par dizaines des drapeaux de l’Oncle Sam en hurlant à tue-tête "Mort à l’Amérique, mort à Israël !".

 

Pour rester encore quelques lignes sur l’aspect émotionnel de l’évènement, on retiendra le sourire enjoué de Zarif lors de la conférence de presse de cette après-midi, et les œillades amicales que lui lançait, extatique, Federica Mogherini, la cheffe de la diplomatie européenne et, accessoirement, des 5+1 durant la négociation.

 

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De l’indécence de certains sourires

 

Grâce aux traits d’humour de Mohammad Zarif, sympathique par obligation professionnelle, s’exprimant parfaitement en anglais et redoutable et futé négociateur, on en aurait presque oublié les homosexuels pendus au faîte des grues ; les femmes lynchées, le massacre des poètes et des opposants, et le fait que la normalisation des relations avec la théocratie chiite condamne, dans la pratique, les 77 millions d’Iraniens à continuer de subir l’une des plus sombres dictatures de la planète, juste derrière la Corée du Nord dans l’ordre de la répression.

 

Plus égoïstement, dans l’Etat hébreu, la déception est à son comble ; premièrement, parce que, nonobstant la signature du traité, tous les dirigeants iraniens continuent de plus belle à appeler à notre éradication et promettent de rayer Israël de la carte. Et en second, les choses sont évidemment liées, on observe d’ici que ces menaces directes de génocide n’ont en aucun cas impressionné les ministres des six principales puissances du globe, qui n’en ont visiblement tenu aucun compte. Et ce déchainement d’antisémitisme assumé ne les a pas empêchés de s’entendre avec le représentant de ce régime monstrueux, et même dans une ambiance finalement chaleureuse, quasi-festive.

 

Au niveau stratégique, car c’est ce qui importe après tout, Binyamin Netanyahou a relevé cette après-midi les propos du Président Rohani expliquant : "La communauté internationale lève les sanctions, et l’Iran conserve son programme nucléaire".

 

Presque tout est résumé dans cette phrase ; les 5+1 ont octroyé au monde, en principe, dix ans de délai dans la fabrication de la bombe atomique persane. Ils ont porté le breakout time, le temps nécessaire à la "République" Islamique pour fabriquer l’arme atomique, de trois mois actuellement, à un an approximativement. Lorsque Téhéran aura rempli ses obligations contractuelles, s’entend, et s’il les honore.

 

En principe, car les ayatollahs peuvent dénoncer l’accord quand ils le désirent, plus particulièrement lorsqu’ils auront touché l’essentiel de la contrepartie financière. Ils peuvent aussi, comme ils l’ont fait par le passé, essayer de tricher en maintenant au moins une partie de leur projet nucléaire militaire actif, au nez et à la barbe des inspecteurs de l’agence viennoise.

 

Car après avoir lu la totalité des 159 pages du Plan d’Action Global et Conjoint, c’est le titre de l’opuscule, nous n’avons pas manqué de nous étonner de l’anémie des clauses gouvernant le travail des commissaires de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique.

 

Contrairement à ce que la Maison Blanche avait promis, notamment à son propre Congrès, les inspecteurs ne pourront pas visiter les sites qui les intéressent où ils le désirent et quand ils le désirent ; ils seront contraints, au coup par coup, de requérir la permission des théocrates de Téhéran et d’obtenir leur accord préalable.

 

Quant à l’examen des sites militaires, l’annexe le concernant n’est pas encore rédigé ; il fera l’objet d’une négociation séparée entre l’AIEA et la bande à Zarif. Une discussion qui promet d’être au moins aussi tendue que celle qui a précédé la signature de l’accord ce mardi.

 

Or la liberté absolue des mouvements des inspecteurs de Vienne constituait l’unique garantie pour le reste du monde pour s’assurer que les Iraniens respectent au moins les engagements qu’ils ont pris. Cela aussi est étrange, qu’après avoir constaté le manque de coopération - c’est un euphémisme - de la théocratie chiite avec l’AIEA depuis l’accord intermédiaire de janvier 2014, John Kerry n’ait pas au moins insisté sur son unique possibilité de contrôler la bonne exécution du traité.

 

A Métula, on s’étonne aussi depuis quelques jours du silence assourdissant des gouvernements allemand et britannique, qui se gardent de tout commentaire à propos de la chose signée. L’on sait, depuis le début des pourparlers à l’hôtel Cobourg, que les délégations européennes n’appréciaient guère le cavalier seul du secrétaire d’Etat américain, ni sa propension à les mettre devant les faits accomplis, mais leur agacement est resté incroyablement retenu.

 

On se demande même si Berlin et Londres y sont allés d’une phrase ou d’une virgule dans le protocole qui nous est proposé aujourd’hui. Surprenante discrétion.

 

Dans l’espoir fragile de ne pas buter sur de nouvelles entourloupes de la part des mollahs, on peut revenir à notre résumé du traité : dix ans de gel de leurs activités nucléaires, augmenté de la destruction du stock d’uranium enrichi qui leur aurait permis, à terme, de confectionner entre 8 et 12 bombes.

 

Nous, de préciser, c’est important, qu’aucun boulon appartenant au programme nucléaire perse ne sera détruit ; 14 000 centrifugeuses seront mises sous bâches dans l’entrepôt B du centre d’enrichissement de Natanz. Dans une décennie, il suffira de les découvrir et de les graisser un peu pour les remettre en rotation.

 

Le reste, particulièrement le souhait exprimé par Barack Obama d’un assouplissement du régime, participe d’un vœu pieu qui nous apparaît particulièrement ingénu.

 

Car l’argent des sanctions, beaucoup d’argent, entre 160 et 200 milliards de dollars en espèces, qui ne sont pas grand-chose en comparaison des revenus prévisibles de la remise en route de l’exploitation du pétrole et du gaz, ne serviront ni à construire des routes, n’en déplaise au pensionnaire de la Maison Blanche, ni à réapprovisionner les hôpitaux en médicaments.

 

Ces sommes énormes seront consacrées à la poursuite de l’expansion armée de l’empire chiite dans tout le Moyen-Orient, de Beyrouth, sur les rives de la Méditerranée, aux plaines de Syrie et d’Irak, en passant par le Yémen et les Etats du Golfe.

 

Parce que la question foncière demeure sans réponse : s’il ne vise pas la bombe atomique, qu’est-ce que le pays qui dispose des deuxièmes plus grandes réserves mondiales de brut et de gaz naturel peut faire de 19 000 centrifugeuses et d’une usine à plutonium ? Il est tout simplement délirant de constater que les dirigeants de ce monde évitent ce questionnement depuis tant de temps.

 

Aux termes de l’accord, dans cinq ans, les mollahs pourront se remettre à acheter les armes conventionnelles qui leur font aujourd’hui défaut ; dans 8 ans, ils auront aussi le loisir d’acquérir des pièces et de la technologie nécessaires à la poursuite du développement de leurs missiles balistiques.

 

Des missiles, soit dit en passant, qui ont déjà la portée suffisante pour atteindre l’ensemble du monde arabe, Israël et les deux tiers de l’Europe occidentale.

 

Mais où est donc Angela Merkel, si active sur la question grecque ?

 

On préfère tout de même sa discrétion aux fanfaronnades de François Hollande, qui, ce 14 juillet, n’a rien trouvé de plus sensé que de demander à l’Iran de "montrer qu’il est prêt à nous aider à en finir avec le conflit syrien", le président français précisant que "cela passe par un départ du Président syrien Bachar al Assad, qui est la cause de ce qui s’est produit, donc la conséquence de ce que nous avons à faire pour trouver une solution politique".

 

Le président français, sans doute sous l’effet de l’alcool, a ajouté que la France devait désormais vérifier l’usage que les Iraniens feront des milliards de dollars émanant de la levée des sanctions internationales. Il ne faut pas, a mis en garde Monsieur Hollande, que cet argent parvienne aux organisations terroristes de la région. Le président "normal" a implicitement menacé Téhéran d’intervenir militairement s’il n’était pas écouté.

 

Dans les étals du bazar d’Ispahan on tremble sans doute de peur face à ses propos, ici, malgré les mauvaises nouvelles de la journée, ils nous ont arraché un sourire.

 

Au-delà des conséquences catastrophiques de l’enrichissement de la dictature théocratique perse, il faut aussi prendre en compte sa légitimation du fait du traité de ce jour. Son programme nucléaire, conduit jusqu’ici dans la clandestinité et contre la volonté de la communauté internationale, est certes gelé mais il est devenu totalement légal. Aujourd’hui l’atome iranien s’est vu décerner son droit de cité, et il le conservera bien au-delà du terme du contrat, dans une décennie.

 

L’occupation militaire de facto de la moitié de l’Irak par Khamenei et ses alliés chiites iraniens se voit également consacrée, tout comme la présence dans le Golan des Gardiens de la Révolution, qui ne vont pas tarder à toucher du matériel neuf et sophistiqué.

 

On n’y a sûrement pas pensé lors des pourparlers de Vienne - on est si étourdi - mais l’accord signé aujourd’hui ratifie également l’abandon définitif du Liban entre les mains des tyrans de Téhéran et de leurs supplétifs barbus du Hezbollah.

 

Ils imposaient déjà leur volonté par la force et l’intimidation aux autres communautés du pays aux cèdres, mais avec dix milliards de dollars en plus, cette emprise deviendra pérenne et indiscutable. Si personne n’a abordé le sujet à l’hôtel Cobourg, c’est que les discussions, ne concernaient que… la question nucléaire.

 

Qu’à cela ne tienne, l’encre du traité n’était pas encore sèche que le monde des affaires réservait déjà ses billets d’avion pour Téhéran. Téhéran, ce nouvel Eldorado du business, privé durant des années d’un approvisionnement régulier, manque en effet de tout.

 

Les géants pétroliers, et autres fournisseurs de matériel de pompage et de transport de pétrole voyageront dès demain en première classe. En business, les fabricants de voitures, d’avions civils et de leurs pièces de rechange, actuellement introuvables du côté de Téhéran. Même les antiquaires et les marchands de tapis – c’est authentique, nous leur avons parlé - vont s’y ruer comme un seul homme en chasse d’affaires mirobolantes.

 

La "République" Islamique va rapidement devenir un pays très riche.

 

Dans le monde arabe, c’est l’incrédulité qui prédomine face à l’inconscience des dirigeants des grandes puissances. Notre correspondant Hassan H. à Amman a ainsi recueilli les propos d’un analyste saoudien, qui lui faisait la remarque suivante : "Avec tout cet argent et dans l’attente de sa bombe atomique, l’Iran ne pourra pas s’attaquer à l’Amérique, pas plus qu’à Israël, et c’est donc aux pays arabes qu’il va s’en prendre incessamment". Comment ne pas donner raison à ce confrère ?

 

Restent deux barrages possibles pour arrêter le flux de cet accord exécrable : le premier est le Congrès américain, qui dispose de 60 jours pour rejeter le brouillon de John Kerry. Le Président Obama ayant fait savoir, dès cette après-midi, qu’il opposerait son veto à un éventuel refus des législateurs, il faudrait que la proposition de traité soit rejetée dans les deux Chambres à une majorité de plus de 75% pour empêcher le président de l’entériner.

 

Nos camarades en poste aux Etats-Unis se montrent pessimistes quant à cette éventualité ; ils prévoient cependant de chaudes empoignades et des votes qui se joueront à une ou deux voix près.

 

Nous, d’observer que l’administration a procédé à de nombreuses concessions sur des sujets fondamentaux, en comparaison aux promesses que le secrétaire d’Etat était venu faire au Capitole en mars dernier.

 

Les sénateurs et les représentants sont probablement plus sensibles que Barack Obama, lorsqu’un "nouveau partenaire" brûle leur drapeau et hurle sa haine de l’Amérique.

 

Le porte-parole Républicain de la Chambre des représentants a déjà, comme nombre de ses collègues, y compris des Démocrates, critiqué le contenu du traité. Contrairement aux prédictions du Président Obama, John Boehner a ainsi affirmé qu’ "à la place de stopper la prolifération des armes nucléaires au Moyen-Orient, ce deal va probablement alimenter une course aux armements partout dans le monde".

 

Le dernier recours est israélien, Binyamin Netanyahou ayant précisé que son pays "n’est pas lié par cet accord avec l’Iran, car l’Iran continue à viser notre destruction. Nous ne cesserons jamais de nous défendre".

 

On voit mal, cependant, Jérusalem prendre le contre-pied des grandes puissances de la planète en se lançant dans une opération militaire contre la "République" Islamique. En revanche, l’Etat hébreu guettera la moindre infraction fondamentale des ayatollahs relativement à leurs engagements pour envisager une éventuelle intervention.

 

Mais Barack Obama et son administration feront tout ce qui est en leur pouvoir afin de décourager le gouvernement hébreu. Moins par la dissuasion politique – ils sont à court d’arguments dans ce domaine -, qu’en tentant de l’amadouer en le couvrant de cadeaux ; ces derniers jours, Washington a promis de livrer à Jérusalem des armes haut de gamme, qu’elle ne partage pour l’instant avec personne d’autre. L’administration a aussi fait miroiter l’éventualité de livrer gratuitement à Tsahal un escadron supplémentaire de chasseurs bombardiers furtifs F-35, qu’Israël n’a pas les moyens de s’offrir, et dont elle a besoin.

 

Si cela pouvait alléger la pression que Jérusalem entend exercer sur les sénateurs et députés US, cela ferait l’affaire du pensionnaire de la Maison Blanche.


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Terrorisme : c’est Bush qui avait raison (info # 011207/15) Version imprimable
Analyse
dimanche, 12 juillet 2015

 

Par Guy Millière

 

Cela peut prêter tristement à sourire de songer qu’au moment où George Walker Bush parlait de « guerre contre le terrorisme », au lendemain des attentats du onze septembre 2001, le reste du monde occidental, à de rares exceptions près, le critiquait. Bush s’en prenait à une méthode d’action, et pas à un ennemi précis, disaient les uns, qui feignaient de ne pas voir que Bush désignait très précisément l’islam radical. Bush entraîne le monde dans une guerre contre l’islam radical, alors que les terroristes relèvent d’actions de police, disaient les autres, qui s’aveuglaient volontairement quant aux dangers du même islam radical.

 

Bush définissait clairement une stratégie et ce qui pourrait permettre une victoire du monde occidental. Il définissait le combat comme étant celui de la civilisation contre la barbarie, et n’a, bien sûr, jamais parlé de guerre de civilisations, contrairement à ce que des gens mal informés, ou mal intentionnés, ont pu prétendre.

 

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La destruction de toutes les valeurs communes

 

Il a agi avec courage et détermination. Le terrorisme islamique a reculé et a été réduit à une extinction presque complète. Des erreurs ont été commises, certes, comme le répètent ceux qui ne commettent jamais d’erreurs parce qu’ils ne font rien.

 

La campagne planétaire lancée contre George Walker Bush, contre la stratégie qu’il avait définie, et donc, contre la victoire qu’il avait envisagée, a porté ses fruits ; comme on le sait, le candidat le plus hostile à tout ce qu’incarnait George Walker Bush a été élu président des USA à l’automne 2008.

 

Barack Obama promettait d’en finir avec la « guerre contre le terrorisme ». Il promettait de ne plus s’en prendre à l’islam radical. Il défendait distinctement l’islam. Il a reçu le prix Nobel de la paix avant d’avoir fait quoi que ce soit.

 

Je comptais pour ma part d’emblée au nombre de ceux qui s’attendaient à ce qu’il a fait par la suite.

 

Cela peut se résumer aisément, et sans revenir une fois de plus sur les détails.

 

Le terrorisme a remporté de grandes victoires. L’islam radical aussi.

 

Ces victoires sont visibles en Irak, abandonné par Obama à l’Iran et à al Qaeda. Al Qaeda, qui s’est reconstruit à l’intérieur de la Syrie, avant de déferler à nouveau sur les régions sunnites d’Irak et de constituer l’Etat Islamique en Irak et en Syrie, ou Etat Islamique tout court.

 

Elles sont visibles en Syrie, où les combats entre l’armée du régime Assad, l’Etat Islamique, et une autre entité issue d’al Qaeda, le Front al Nosra (et quelques groupes de moindre force), ont fait deux cent cinquante mille morts à ce jour.

 

Elles sont visibles dans le Sinaï, au Yémen, en Somalie, en Libye, pays dont il était prévisible, dès que les opérations militaires furent lancées contre Kadhafi, qu’il deviendrait une Somalie sur Méditerranée.

 

Elles sont visibles en Tunisie, où un seul djihadiste a fait près de quarante morts et autant de blessés parmi les touristes occidentaux, et a vraisemblablement tué à lui tout seul l’industrie touristique du pays.

 

Elles sont visibles au Kenya, en Centrafrique, au Mali, mais aussi dans le monde occidental : des actes djihadistes ont eu lieu au Canada, aux Etats-Unis, au Royaume Uni, en Belgique, au Danemark, en Israël, mais aussi en France.

 

Certains dirigeants politiques osent désormais parler de guerre contre le terrorisme, sans discerner qu’ils citent George Walker Bush. Ils incriminent l’islam radical.

 

Ils ont contre eux ceux qui critiquaient George Walker Bush à l’époque, et c’est logique : il est des gens qui n’apprennent jamais rien et qui vivent les yeux crevés et le cerveau lessivé.

 

Ils sont sans grands moyens, et ils sont assez seuls : Manuel Valls en France n’est pas même suivi par le reste du parti socialiste, très pro-islamique et très « propalestinien ».

 

Ils n’ont pas à leur disposition ce dont disposaient les Etats Unis au temps de George Walker Bush.


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Ce n’est pas la fin du monde, mais c’est sans doute la fin de la Grèce (info # 010807/15) Version imprimable
Analyse économique
mercredi, 08 juillet 2015

 

Par Sébastien Castellion

 

Dimanche dernier, les Grecs se sont prononcés à 61,3 % pour rejeter les conditions mises par la Commission Européenne, la Banque Centrale Européenne et le Fonds Monétaire International à l’attribution d’un nouveau prêt d'urgence destiné à éviter l'effondrement financier complet du pays.

 

L’offre européenne consistait en une facilité de paiement pour faire face aux obligations à court terme de la Grèce, plus un fonds d’investissement de 35 milliards d’euros pour des projets structurants.

 

En échange, les Européens demandaient :

 

·       l'imposition d'une TVA à 23 % sur la restauration collective et l'abolition de sa baisse dans les îles ;

·       l'application d'une avance d'impôt de 100% sur les sociétés et les travailleurs indépendants, afin de lutter contre une fraude fiscale très répandue dans le pays ;

·       l'abolition des réductions d’impôt pour les agriculteurs ; une baisse de 900 millions d'euros (0,5 % du PIB) des dépenses de l'aide sociale (subventions, etc.) ;

·       une limitation immédiate des pré-retraites et l'abolition progressive de la retraite complémentaire ;

·       l’augmentation des recettes des caisses de sécurité sociale en supprimant leurs contributions aux tiers qui en détiennent des parts ;

·       l'augmentation des prélèvements pour soins de santé sur les pensions de 4 % à 6 % ;

·       le gel des retraites jusqu'en 2021 ;

·       une législation sur les licenciements collectifs ;

·       une réduction des salaires dans le secteur public ;

·       la poursuite de la privatisation du secteur de l'électricité ;

·       l’abandon des plans du gouvernement Syriza de faire revenir les cotisations sociales patronales au niveau de l'année 2014.

 

Le résultat du référendum fut célébré par des scènes de liesse dans les rues des villes grecques. Mais moins de 48 heures plus tard, il était déjà clair que la Grèce, une fois de plus, avait pris une décision qui ne peut qu’aggraver sa crise et augmenter le risque d’un effondrement complet.

 

Hier, 7 juillet, les dirigeants européens se sont réunis à Bruxelles pour discuter des conséquences de la décision grecque. A l’issue de cette réunion, le gouvernement d’extrême gauche d’Alexis Tsipras a jusqu’à dimanche pour présenter des propositions de réforme aux partenaires européens.

 

Dans les prochains jours, deux scénarios sont envisageables.

 

La bonne nouvelle est qu’aucun d’entre eux ne devrait provoquer une crise économique mondiale. Depuis que la Grèce est entrée dans un cycle de défauts de paiement et de renégociation de sa dette en 2010, les banques et les marchés financiers ont largement cessé de lui prêter de l’argent. Le secteur privé ne détient plus assez de dette grecque (environ 56 milliards d’euros en tout) pour qu’une faillite totale du pays entraîne des effets en chaîne incontrôlables.

 

La plus grande partie du risque, soit environ 265 milliards d’euros, est désormais portée par les autres Etats européens : 65 milliards pour l’Allemagne, 49 milliards pour la France, 43 milliards pour l’Italie etc. Pour tous ces pays, une faillite grecque entraînera une dégradation de leurs propres comptes et une charge supplémentaire pour leurs contribuables. Mais cette dégradation ne sera pas assez grave pour entraîner un effondrement de leurs économies : la dette publique française, par exemple, atteint déjà 2 052 milliards d’euros et ne serait donc augmentée que de 2,5%.

 

La mauvaise nouvelle est que le seul choix qui se présente aujourd’hui à la Grèce – et qui sera tranché dans les premiers jours de la semaine prochaine – est, soit d’accepter des conditions plus dures que celles qu’elle a rejetées dimanche, soit de faire face à un effondrement complet de son économie et de quitter le club des économies développées pour rejoindre durablement le Tiers Monde.

 

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« Et maintenant, allons voir les ruines de l’économie grecque ! »

 

La première hypothèse, celle d’un nouveau prêt européen, exigerait que le gouvernement grec parvienne à surmonter l’immense irritation de ses partenaires face au comportement qui a été le sien depuis son élection en février dernier.

 

Ce ne sera pas facile. Les Européens sont exaspérés de voir Alexis Tsipras refuser des réformes qui – au moment où ils acceptent de lui prêter leur argent une fois de plus pour éviter l’effondrement du pays – leur semblent la moindre des choses. Ils n’accepteront pas ses vagues promesses d’augmenter les impôts sur les hauts revenus, qui sont assorties d’estimations totalement irréalistes des montants qui pourraient être ainsi recouvrés. Ils savent parfaitement, et Tsipras le sait aussi bien qu’eux, que les Grecs les plus aisés ont fait fuir depuis bien longtemps hors du pays tout ce que le fisc pourrait saisir.

 

Cette exaspération européenne affaiblit la position de négociation de Tsipras. Pour calmer un peu ses collègues, il a mis fin, dès le lendemain du référendum, aux fonctions de son ministre de l’économie, Yannis Varoufakis, qui s’était rendu insupportable par son arrogance.

 

Plus encore que par l’irritation de ses partenaires, la position de Tsipras est affaiblie par la réaction des acteurs économiques face au référendum de dimanche.

 

Dès lundi, les banques ont fermé ; le montant maximal de retrait dans les distributeurs automatiques a été réduit à 60 euros ; les investisseurs et les marchés financiers ont commencé à se préparer à un effondrement de l’économie grecque et à sa sortie de la zone euro. Malgré la mise en place immédiate d’un contrôle des capitaux pour limiter l’hémorragie de liquidités hors du pays, le système financier grec n’a plus qu’environ 500 millions d’euros disponibles en caisse, soit moins de 50 euros par citoyen du pays.

 

Si le gouvernement grec veut vraiment rester membre de la zone euro et obtenir une aide d’urgence des pays européens, il devra, d’ici dimanche, prouver enfin qu’il peut être un partenaire crédible.

 

Concrètement, cela signifie qu’il devra presque certainement accepter des conditions plus rigoureuses que celles que son peuple a rejetées dimanche. De plus, il n’est pas certain du tout qu’il obtienne en échange davantage qu’une ligne de crédit d’urgence lui permettant de régler ses dettes immédiates. Le fonds d’investissement de 35 milliards, promis la semaine dernière, pourrait donc passer à la trappe.

 

Depuis son élection en février dernier, le gouvernement Tsipras a toujours fait l’hypothèse que les Européens ne voulaient pas perdre la Grèce et finiraient par lui accorder ce qu’elle demande. A entendre les diplomates européens cette semaine, c’est exactement l’inverse qui est vrai aujourd’hui. Les puissances prêteuses s’accommoderaient parfaitement d’un départ de la Grèce. Ce départ leur permettrait de se consacrer enfin à d’autres dossiers et de cesser de nourrir l’appétit sans fin d’un passager clandestin. On ne convaincra pas les Européens d’accorder un nouveau prêt à un pays qui n’inspire plus aucune confiance à personne, sauf si ce pays accepte des contreparties sévères et vérifiables.

 

Si aucun compromis ne se dessine sur ces bases, l’économie grecque s’effondrera dans l’indifférence presque absolue de ses voisins. Cet effondrement se déroulera à peu près comme suit :

 

Lundi ou mardi prochain, les banques grecques, faute de liquidités disponibles, refuseront la plupart des paiements et cesseront l’essentiel de leurs opérations.

 

Le gouvernement devra faire face à son incapacité, à la fin du mois de juillet, de payer ses fonctionnaires en euros. Il aura moins de deux semaines pour mettre en place une forme de monnaie parallèle – appelons-la « drachme », si vous voulez –, dont l’Etat annoncera qu’il l’accepte en paiement de ses propres créances.

 

Il est probable, cependant, que les moyens techniques de la mise en place de ces nouveaux assignats n’existent tout simplement pas dans un temps aussi court. Les Grecs devront donc attendre et vivront, pendant quelques jours ou quelques semaines, dans une économie purement et simplement privée d’argent.

 

A ce stade, la capacité que peuvent avoir les économistes de modéliser les comportements s’arrêtent. Les exemples historiques montrent seulement qu’une absence de liquidités pendant plus de cinq ou six jours se traduit presque toujours par des émeutes, des scènes de pillage, et une rapide montée des mouvements extrémistes.

 

Dans l’hypothèse la plus pessimiste, ce pourrait être, en quelques jours, la fin de la démocratie en Grèce – soit parce que le pays entier sombrerait durablement dans le chaos, soit parce que ce chaos ne serait évité qu’au prix de l’instauration d’une dictature qui assurerait une répression suffisante en attendant la mise en place du nouveau système monétaire.

 

Même si un semblant d’ordre public est préservé, une fois la nouvelle monnaie mise en place, sa valeur s’effondrera immédiatement. La richesse nationale grecque, qui a déjà baissé de 25% depuis 2008, perdra en quelques jours au moins la moitié de sa valeur. En termes de richesse par habitant, la Grèce quittera le groupe des économies industrielles moyennes (qui contient, par exemple, le Portugal, Taiwan ou la République Tchèque) et deviendra comparable au Mexique, à la Malaisie ou à la Turquie.

 

Pour l’Europe, la sortie de la Grèce de la zone euro mettra fin à la menace économique d’une extension graduelle de la crise grecque aux autres pays de la zone. Elle créera, en revanche, une nouvelle menace institutionnelle.

 

Une Grèce appauvrie et revenue à la drachme cesserait, certes, de menacer la stabilité de la zone euro par ses demandes permanentes de refinancement. En revanche, elle resterait membre à part entière de l’Union Européenne, qui ne dispose d’aucun mécanisme institutionnel pour exclure ceux de ses membres qui se comportent mal.

 

Or, au sein de l’Union, plusieurs politiques importantes exigent des décisions unanimes de tous les membres. C’est le cas de la politique étrangère et de sécurité commune, des questions de justice et d’affaires intérieures, et des décisions relatives au financement des institutions européennes.


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La Conférence de la honte (info # 010607/15) Version imprimable
Analyse d'une oeuvre
lundi, 06 juillet 2015

 

Par Hevi Pekoz

 

Il y a 77 ans, jour pour jour, le 6 juillet 1938, débutait, à Evian, une conférence qui réunissait vingt-neuf pays, dans le but déclaré de venir en aide aux 650 000 réfugiés juifs allemands et autrichiens fuyant le nazisme. En réalité, cependant, tous les pays participants s’étaient rendus sur les bords du lac Léman avec une toute autre motivation : celle de fermer leurs frontières et d’essayer de diriger les Juifs vers d’autres destinations.

 

Raphaël Delpard est écrivain, acteur, réalisateur, scénariste et journaliste – à la Mena –. Ses ouvrages historiques, Les Convois de la Honte, une enquête sur la SNCF et la déportation, Aux ordres de Vichy, enquête sur la Police française et la déportation, Les Justes de l’ombre 1940-1944, L’Armée juive clandestine en France 1940-1945, La Résistance de la jeunesse française 1940-1944, Les Enfants cachés et L’Enfant sans étoile (roman), traitent principalement de la période de la Seconde Guerre Mondiale en France. Delpard y a révélé, souvent pour la première fois, les lâchetés, le collaborationnisme et l’antisémitisme de Vichy, qui touchaient pratiquement tous les domaines de la vie publique.

 

Dans son nouvel essai, la Conférence de la Honte1, il se penche sur la Conférence d’Evian et décrypte l’irresponsabilité incommensurable des responsables de la planète, qui y ont simplement abandonné les Juifs aux mains de leurs bourreaux allemands.

 

Cette fois, il n’enquête pas sur un sujet qui implique spécifiquement la France, mais nous relate ce qu’il s’est réellement passé lors de la Conférence d’Evian.

 

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Des délégués à la conférence

 

En 1938, alors qu’Hitler détient les pleins pouvoirs à Berlin, que l’Autriche a été annexée depuis quatre mois lors de l’Anschluss, que les lois de Nuremberg ayant été adoptées dès 1935, les Juifs ne peuvent plus prétendre à une vie quotidienne normale, cela génère une augmentation massive de leurs tentatives d’immigration. Dans le même temps, la Société des Nations, l’ancêtre de l’ONU, mise en place afin de prévenir l’éclatement d’un second conflit mondial, échoue dans son rôle.

 

Des organismes protestants et juifs font pression sur le gouvernement américain pour trouver une solution au problème juif, et permettre à ce peuple de quitter des pays où il est désormais menacé d’extermination. C’est Franklin Delano Roosevelt, le président américain à l’époque, qui, face à la pression du public, se voit contraint d’organiser une conférence internationale en vue de trouver une solution pour ces réfugiés. 

 

Celle-ci aura lieu à Evian  – elle devait initialement se dérouler à Genève, où se trouvait le siège de la SDN, mais la Suisse, prétextant de sa neutralité, soucieuse d’éviter un éventuel afflux de Juifs refusera de l’accueillir – et durera 10 jours.

 

La Confédération Helvétique estimait avoir déjà fait le plein de réfugiés ; c’est en outre Berne qui prit l’initiative de demander à l’Allemagne hitlérienne de tamponner la lettre J sur les passeports de ses ressortissants juifs afin de pouvoir plus facilement les identifier et les refouler à sa frontière.

 

Trente-trois pays sont conviés, quatre se sont désistés ; afin de sauver les 650 000 âmes en danger, chaque participant est prié d’annoncer ses capacités d’absorption.

 

L’initiative de Roosevelt est bien accueillie par son opinion publique, qui la juge très courageuse dans un environnement d’indifférence et d’inaction. Au Congrès, toutefois, les députés et les sénateurs sont inquiets du déferlement des demandes de visas, qui affluent depuis 1933.

 

A travers un témoignage exceptionnel, Raphaël Delpard nous raconte l’envers du décor ; il raconte comment toutes les nations du globe sont parvenues à se débarrasser du problème juif sans pour autant se voir accusées de collaborer avec Hitler.

 

L’auteur nous apprend ainsi que le Secrétaire Général U.S., Cordell Hull, fut secrètement chargé par Roosevelt de prévenir les ambassadeurs américains dans les capitales du monde et de les rassurer sur les objectifs réels de la Conférence d’Evian : anéantir les initiatives humanitaires. A leur tour, lesdits ambassadeurs s’adressèrent aux dirigeants des pays où ils étaient en poste, et leur expliquèrent que cette réunion avait pour seul but de calmer la population étatsunienne ainsi que les lobbys juif et protestant.

 

Le délégué de la Couronne britannique à Evian demandera quant à lui à ses collègues d’éviter d’associer les mots Juif et Palestine, afin de ne pas donner l’impression que l’immigration des réfugiés vers le foyer national juif pourrait constituer une solution au problème. D’ailleurs, durant toute la conférence on n’utilisa pratiquement jamais le terme juifs, lui préférant celui des "réfugiés".

 

L’auteur atteste que les représentants de tous les pays arrivèrent à Evian avec des prétextes en poche pour ne pas avoir à offrir l’asile aux 650 000 êtres humains en danger. D’aucuns, comme la France, prétextèrent des problèmes économiques, d’autres, de probables difficultés d’assimilation, et d’autres, encore, leur indisponibilité à accueillir une population démunie, les nazis empêchant les immigrants de quitter l’Allemagne et l’Autriche avec le moindre pécule. Toutes les excuses étaient bonnes pour ne pas accueillir les Juifs.

 

Une seule offre tangible fut énoncée. Elle émanait de la République Dominicaine, qui proposait d’accueillir 100 000 Juifs en échange d’une subvention de la part des Etats-Unis. Mais le président dominicain de l’époque, Rafael Leonidas Trujillo Molina, qui venait de massacrer des milliers d’Haïtiens, fut soupçonné par Washington de vouloir remplacer sa population noire par des blancs et refusa cette proposition.

 

Le résultat de la Conférence d’Evian fut qu’aucun pays n’accepta de Juifs sur son territoire ; ils furent ainsi privés de terre de salut, et condamnés à attendre la solution finale. L’échec d’Evian réjouit la presse nazie qui titra : "Juifs à vendre – même à bas prix personne n’en veut". Hitler se vit ainsi conforté dans sa politique antisémite et n’hésitait plus à envisager l’extermination de tous les Juifs d’Europe. Il se fendit d’un commentaire personnel dans lequel il tourna en dérision les démocraties de la planète : "C’était honteux de voir les démocraties dégouliner de pitié pour le Peuple juif et rester de marbre quand il s’agit vraiment d’aider les Juifs !".

 

Quatre mois après la clôture de la réunion sur la rive du Léman se déroula la terrible Nuit de Cristal, qui signifia le début de la fin pour 6 millions d’Israélites européens.

                                                                                                                                                    

Raphaël Delpard décrit les événements avec précision et dans un style enlevé, digne des plus grands romans policiers. Le lecteur apprend ainsi comment les dirigeants de tous les pays du globe, y compris ceux qui se prétendaient démocrates et civilisés, ont agi dans la pire des lâchetés, participant de la sorte à l’assassinat de millions d’êtres humains.

 

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Juifs à vendre – même à bas prix personne n’en veut

 

Contrairement à ce qu’ils voulurent faire croire lors de la découverte des camps d’extermination, ils connaissaient leur existence, pour avoir indirectement participé à la Shoah. La responsabilité des Etats est terriblement lourde, car, à l’été 1938, au moment où s’est ouverte la conférence, les nazis étaient disposés à laisser partir "leurs" Juifs ; cela aurait privé de sens la solution finale, puisqu’il n’aurait plus été possible d’exterminer tous les Juifs d’Europe. Et si le monde avait fait preuve d’un minimum d’humanité, ce sont au moins 650 000 personnes qui auraient eu la vie sauve.

 

Raphaël Delpard soutient, de plus, que si, en 1938, les chefs d’Etats du monde avaient, au contraire de ce qu’ils ont fait, dénoncé tous les accords qui les liaient à l’Allemagne, s’ils avaient cessé les échanges commerciaux avec elle, s’ils avaient pris la peine de s’opposer aux lois raciales, aux violences et aux actes de cruauté, s’ils avaient seulement même pris la peine de lire Mein Kampf, si chacun avait accueilli en moyenne le nombre modique de 22 413 personnes, s’ils avaient, pour ainsi dire, été sensibles au sort des autres, cela aurait évité un véritable massacre et sauvé des millions de vies.

 

Mais l’indifférence des politiques est le plus souvent abjecte. Comme on peut le constater 77 ans plus tard, rien n’a vraiment changé sur le plan humanitaire, et les réfugiés des pays en guerre viennent se noyer à quelques dizaines de kilomètres des côtes de l’Europe.

 

En observant l’inaction des dirigeants politiques d’aujourd’hui quant à leur soi-disant intervention dans La Guerre Civile Syrienne, contre la nucléarisation de l’Iran, l’Etat Islamique, dans la chienlit libyenne, qu’ils ont crée de leurs propres mains, on distingue clairement qu’ils n’ont pas appris les leçons du passé.

 

En 1942, lorsque fut rendue publique, aux Etats-Unis, l’extermination des Juifs par les nazis, Franklin Roosevelt mit 14 mois à réagir officiellement ; et jusqu’à la fin du conflit, les Alliés n’entreprirent aucune action pour mettre fin à la Shoah. Nombreux sont les historiens à se demander pourquoi ils n’ont pas bombardé l’industrie allemande de l’extermination, de même que les voies de chemin de fer qui acheminaient les suppliciés vers les camps d’extermination. Or l’on sait désormais, photographies à l’appui, que l’état-major allié connaissait l’emplacement de ces camps, et savait pertinemment ce qu’on y faisait.

 

Tous les grands hommes du monde n’étaient pas des monstres, et l’écrivain, soucieux d’avoir la plume équitable, applaudit dans son ouvrage certains d’entre eux, tel Nicholas Winton, qui, en 1939, a permis à des enfants juifs de trouver refuge au Royaume-Uni, ainsi que James Grover Macdonald, Haut-Commissaire de la SDN aux Réfugiés de 1933 à 1935, dont Delpard salue la clairvoyance et le courage. MacDonald sera d’ailleurs le premier ambassadeur U.S. en Israël de 1949 à 1964.

 

Delpard, dans La Conférence de la Honte, expose l’horreur du "silence des nations" et nous met en garde contre la tendance qu’à l’histoire à se répéter. Les dirigeants politiques d’avant acceptèrent d’interagir avec un dictateur fou, qui, en plus d’éradiquer 6 000 000 de Juifs, fut la cause principale de la mort de plus de 60 000 000 d’hommes, civils et militaires confondus, lors de la Seconde Guerre Mondiale, soit environ 3% de la population planétaire de 1940.


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Pourquoi les socialistes français trahissent-ils Israël ? (info # 010507/15) Version imprimable
Analyse
dimanche, 05 juillet 2015

 

Par Guy Millière

 

La récente visite de Laurent Fabius au Proche-Orient a été peu commentée en France, et s’est vite trouvée éclipsée par l’ignoble décapitation et l’attentat commis à Saint-Quentin-Fallavier.

 

Elle n’en est pas moins très lourde de signification.

 

Binyamin Netanyahou ne s’y est pas trompé, et a réservé un accueil très froid, voire méprisant, à Laurent Fabius. Il a eu raison : on peut être froid face à un traître. On peut être méprisant vis-à-vis de quelqu’un qui se conduit de manière méprisable.

 

Laurent Fabius est venu pour faire avancer la trahison d’Israël par la France, pour appuyer les projets de l’Autorité Palestinienne, ce qui n’a rien d’étonnant, puisque la France se situe au premier rang des pays qui trahissent Israël en Europe, et est l’un des principaux soutiens de l’AP dans le monde occidental. Les socialistes français ont été, ces dernières années, n’en déplaise à Manuel Valls (qui n’a aucunement condamné la démarche de Laurent Fabius), au premier rang du premier rang de la bataille diplomatique livrée à Israël.

 

Laurent Fabius est venu, mû par une volonté évidente : apaiser la communauté musulmane française, qui déteste Israël et qui soutient la « cause palestinienne ». Cela s’explique : la situation intérieure française est très mauvaise et continue à se détériorer. Des émeutes seraient désastreuses pour le gouvernement français. Trahir Israël et s’afficher « propalestinien » est perçu par le gouvernement français comme un moyen d’éviter des émeutes.

 

Laurent Fabius est venu, mû par la volonté de faire davantage qu’apaiser la communauté musulmane française : l’attirer à nouveau vers les socialistes, que les musulmans français ont désertés ces dernières années, particulièrement depuis la légalisation du mariage homosexuel.

 

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Laurent Fabius avec le ministre iranien des Affaires Etrangères

Bien plus souriant qu’à Jérusalem

 

François Hollande a été élu grâce aux voix musulmanes en 2012. Seules les voix musulmanes, s’il les retrouve, pourront lui permettre d’être réélu en 2017, et il entend bien être réélu. Si trahir Israël et s’afficher « propalestinien » est le prix à payer pour la réélection de François Hollande en 2017, nul ne peut douter que le gouvernement français acceptera de payer le prix.

 

Laurent Fabius est venu, nul ne l’ignore, dans le cadre de la préparation de la concrétisation de la trahison d’Israël et du soutien français à la « cause palestinienne » : le projet de motion que la France devrait présenter aux Nations Unies dans les semaines à venir visant la reconnaissance d’un « Etat palestinien » dans les « frontières » de 1967.

 

Le gouvernement français n’est pas parvenu à faire passer une motion à la fin de l’an dernier, il espère cette fois y parvenir, parce qu’une abstention des Etats Unis, qui n’useraient pas de leur droit de veto lors du vote au Conseil de Sécurité, est désormais très envisageable.

 

Laurent Fabius est venu, dès lors, non seulement pour apaiser la communauté musulmane française, attirer les musulmans français vers les socialistes, mais pour faire cela en obtenant le vote d’une motion « pro-palestinienne » à l’ONU, avec l’assentiment tacite de l’administration Obama. Il sert, de facto, la volonté de l’administration Obama, qui veut la motion que la France entend présenter, et peut faire passer la motion en s’abstenant. Fabius se place au service des intentions funestes d’Obama à l’encontre d’Israël, et place la France en position d’homme de paille de ces funestes intentions.

 

Laurent Fabius aurait obtenu, dit-on à Washington, en échange de ses bons services anti-israéliens, des promesses de l’administration Obama dans le cadre des négociations pas encore achevées avec le régime des mollahs. Ayant besoin de l’argent du Qatar, la France ne peut suivre Obama, qui, tout l’indique, est prêt à tout céder ou presque aux mollahs. La France affiche donc, dans le dossier du nucléaire iranien, plus de « fermeté » apparente : Laurent Fabius aurait ainsi obtenu que l’administration Obama se montre elle-même un peu plus « ferme », juste un peu. Cela ne changera rien au bout du compte, mais Laurent Fabius aura sauvé les apparences.

 

Binyamin a réservé un accueil très froid, voire méprisant à Laurent Fabius, ai-je écrit. Chacun a pu le constater.

 

Chacun n’a pas nécessairement discerné l’étendue de la trahison française et toutes ses dimensions. Chacun n’a pas nécessairement discerné non plus à quel point Laurent Fabius s’était conduit de manière méprisable.


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Le nouveau délire explosif d’Erdogan (info # 010207/15) Version imprimable
Analyse
jeudi, 02 juillet 2015

 

Par Stéphane Juffa

 

En Turquie, alors que les résultats des élections générales du 7 juin dernier n’ont toujours pas permis la constitution d’une coalition gouvernementale, et que le parti au pouvoir "Justice et Développement" (AKP) de Recep Tayip Erdogan ne possède plus la majorité absolue au parlement, un débat extrêmement dangereux s’est ouvert.

 

Erdogan et son premier ministre, Ahmet Davutoglu, cherchent à réunir derrière eux les sentiments nationalistes de la population en préparant une aventure militaire dans le nord de la Syrie. Le 29 juin dernier, Erdogan s’est exprimé devant le Conseil National de Sécurité pour y faire part de ses "préoccupations" concernant la "menace terroriste" contre son pays, qui émanerait, selon lui, de la zone limitrophe du nord syrien.

 

Dans les faits, cependant, cette menace n’existe pas, aucune des factions armées participant à la Guerre Civile Syrienne ne s’étant jamais attaquée à la Turquie, et aucune d’entre elles n’ayant, à notre connaissance, l’intention de le faire.

 

Comme souvent dans l’histoire, des gouvernants à la recherche d’une échappatoire militaire visant à solutionner un problème politique domestique, font courir des rumeurs infondées, en s’appuyant notamment sur les organes de presse sympathisants.

 

Ainsi, "on" aurait aperçu des miliciens islamistes d’ISIS en train d’enterrer des mines face à la frontière turque. A en croire ces sources gouvernementales, les djihadistes utiliseraient également des bulldozers afin de creuser des tranchées à Jarabulus, qui fait face à la ville turque de Karkamis (voir carte).

 

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Pour comprendre

 

En réaction à ces fausses nouvelles, Ankara a envoyé sa cinquième brigade blindée dans la région, déployant aussi des batteries d’artillerie sur les collines de Karkamis, dans la province de Gaziantep, au sud-est de la Turquie, positions depuis lesquelles elles dominent et menacent le territoire syrien.

 

Nous, d’affirmer avec certitude que l’Etat Islamique n’a strictement aucune intention d’affronter l’Armée turque, ni de l’empêcher de se répandre en Syrie.

 

Le contraire est vrai : les journalistes présents sur place, y compris notre correspondant permanent Perwer Mohammad Ali, la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis, ainsi que d’autres pays qui scrutent les évènements de la guerre civile, ont amassé des dizaines de preuves démontrant que le régime de Monsieur Erdogan constituait le seul fournisseur de l’EI en armes et munitions. De plus, la plupart des volontaires qui rejoignent les rangs d’ISIS transitent par la Turquie, avec la bénédiction d’Erdogan et de son parti islamiste sunnite.

 

L’intention d’Erdogan et Davutoglu est double, premièrement, s’assurer que le dernier point de passage entre la Turquie et la Syrie encore aux mains de l’EI ne tombe pas dans les mains des forces kurdes, qui en ont récemment saisi deux autres, Kobané et Tell Abyad. Des forces kurdes, qui poursuivent leur progression vers l’Ouest en direction de la région dans laquelle ISIS serait en train de creuser des tranchées et de poser des mines face à… la Turquie.

 

Le but inavoué du régime turc est au contraire de protéger l’Etat Islamique contre la poussée des Unités de Protection Populaire (YPG), et leurs alliés de l’Armée Syrienne Libre (ASL).

 

Le deuxième objectif d’Erdogan consiste précisément à empêcher les forces kurdes, dont l’avant-garde se situe actuellement à 30 km à l’est de Kobané, de réaliser leur jonction avec leurs frères du canton d’Afrin, à l’Ouest (voir carte).

 

S’ils y parvenaient, les Kurdes occuperaient une zone continue s’étendant de la frontière irakienne au nord d’Alep, sur plus de 550 km.

 

Or cette région autonome kurde de Syrie jouxte celle du sud de la Turquie, dans laquelle sont concentrés 15 million de Kurdes.

 

La grande crainte du gouvernement temporaire - faute de coalition – du parti d’Erdogan est d’assister à la réunion des Kurdes des deux côtés de la frontière, dans l’intention de promulguer un Etat indépendant.

 

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Des blindés turcs en ordre de combat face à la Syrie (archives récentes)

 

Les officiels du régime passent leur temps à souligner que le PKK, le Parti des Travailleurs du Kurdistan (turc), est idéologiquement très proche du PYD kurde syrien, le parti de l’Union Démocratique, dont les YPG constituent le bras armé.

 

Les critiques contre les Kurdes fusent, de la part des leaders du parti de la Justice et du Développement au pouvoir. Ils les accusent de procéder à un nettoyage ethnique des zones qu’ils contrôlent, et dont ils chasseraient les populations n’appartenant pas à leur communauté.

 

On sait cependant que cette grave imputation est dénuée de fondements, car les Kurdes n’ont pas chassé le moindre habitant des régions qu’ils gouvernent. Qui plus est, l’Armée Syrienne Libre, composée pour la plupart de combattants sunnites non-islamistes et non-kurdes, participe activement aux combats contre l’Etat Islamique aux côtés des YPG.

 

Cela n’empêche pas Recep Erdogan de répéter à l’envi, et de plus en plus souvent ces derniers jours, qu’il "ne permettra jamais l’établissement d’un nouvel Etat" dans le nord de la Syrie, à savoir un Etat kurde.

 

Lors de la réunion de lundi du Conseil National de Sécurité turc, le président s’est une nouvelle fois "inquiété des actions visant les civils dans la région, destinées, à l’en croire, à modifier sa structure démographique".

 

Le quotidien gouvernemental turc Yeni Safak (aube nouvelle) a dévoilé dimanche les intentions militaires précises du régime ; il s’agit d’envoyer 20 000 soldats turcs en Syrie afin d’y constituer une zone tampon, longue de 100 km et large d’une trentaine d’autres, entre Kobané et le canton d’Afrin (voir carte). Ce, dans le but de stopper l’avancée kurde, d’empêcher les YPG de réaliser leur jonction avec l’enclave d’Afrin, et de sécuriser la voie d’approvisionnement de Jarabulus en faveur de ses alliés de l’Etat Islamique.

 

Inquiété par ce plan, le chef d’état-major de l’Armée turque, Necdet Ozel, a demandé un ordre écrit au gouvernement avant toute intervention militaire.

 

Si rien n’arrête Erdogan et Davutoglu, à commencer par la raison, on risque donc d’assister à une confrontation entre Kurdes et Turcs. Au-delà des déclarations bellicistes des maîtres d’Ankara, on se persuadera de leurs intentions en observant que l’Armée turque s’est également déployée en ordre de bataille, et creuse elle aussi des tranchées, dans le village de Nusaybin, qui fait face au chef-lieu du canton kurde de l’est syrien, Qamishlo (200 000 hab.).

 

Or Qamishlo se trouve à plus de 280 km de l’extrémité orientale de la zone-tampon envisagée par les Turcs. De plus, on ne signale pas de présence djihadiste à moins de 50 km de Qamishlo, ce qui indique donc, au-delà de tout doute censé, que les Kurdes sont les véritables ennemis désignés par le parti islamiste au pouvoir en Turquie.

 

Le débat quant à une éventuelle invasion partielle de la Syrie a gagné le parlement d’Ankara, où le projet se heurte à une sérieuse opposition ; à l’instar de celle de Kemal Kiliçdaroglu, le leader du CHP, le Parti Républicain du Peuple, arrivé en deuxième position lors des dernières élections, avec 25% des suffrages exprimés.

 

Kiliçdaroglu a fermement mis en garde le gouvernement contre une intervention militaire en Syrie, le priant de ne pas oublier qu’il relevait d’un "cabinet sortant", entendant ainsi qu’il n’avait pas la légitimité voulue pour lancer le pays dans une aventure militaire.

 

Le 1er ministre Davutoglu lui a répondu "que nous ne pouvons pas rester indifférents face au développement qui se déroule au-delà de nos frontières". Davutoglu menaçant : "nous prendrons toutes les décisions nécessaires, même s’il ne restait qu’une seconde pour les réaliser, non pas une année, une journée ou un seul instant".

 

Face au délire gouvernemental, qui veut sauver sa prééminence politique en impliquant la Turquie dans une guerre civile déjà sanglante, Kiliçdaroglu a renchéri en ses termes : "Donc, nous allons aller en Syrie. Pourquoi devrions-nous aller en Syrie ? Pour quelle raison ? La tuerie qui s’y produit actuellement n’est-elle pas suffisante ?".

 

L’incursion de l’Armée turque en Syrie, si elle a réellement lieu, ne sera pas une partie de plaisir ; on peut s’en persuader en prenant connaissance de l’avertissement lancé par Murat Karayilan, l’un des commandants clandestins du PKK, qui a prévenu, je cite, "que si les forces turques intervenaient dans les secteurs kurdes de la Syrie, nous répliquerons !".

 

On peut aussi se demander, si en cas de confrontation entre les YPG et les forces turques, les Kurdes turcs, très organisés et armés, ne se soulèveraient pas, obligeant Ankara à combattre sur un front cinq fois plus large que celui envisagé par Erdogan pour l’établissement de sa soi-disant zone tampon.

 

Le jeu en vaut-il la chandelle ? Il faut se poser la question, d’autant plus que les YPG sont les alliés de la coalition internationale, qui coordonne ses bombardements aériens avec les Unités de Protection Populaire.

 

Il est également légitime de s’interroger sur ce que serait la réaction des Américains et des Européens, si leur seul allié fiable en Syrie et en Irak venait à être attaqué, sans la moindre raison tactique intelligible, par les militaires ottomans. On rappelle que la Turquie est membre de l’OTAN, et qu’elle est même, en théorie à tout le moins, la seconde force armée la plus importante de l’Alliance Atlantique.

 

En pénétrant sur le territoire syrien pour y combattre au côté de l’Etat Islamique, les Turcs deviendraient de facto les ennemis sur le terrain de leurs alliés de l’OTAN, et l’on peut raisonnablement craindre une violente détérioration des rapports politiques et militaires entre Ankara et les autres membres de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord.

 

D’un point de vue strictement stratégique, on ne peut que conseiller à Erdogan de freiner sa politique délirante, antisémite et raciste, et de s’abstenir de réaliser l’agression militaire qu’il envisage. Une aventure militaire hasardeuse, dont il peut à peine imaginer le déclenchement, mais dont il ignore complétement les ramifications possibles et, partant, l’issue finale.

 

Hier matin (mercredi), les combattants kurdes syriens ont chassé l’Etat Islamique d’un quartier de Tell Abyad, à la frontière turque, que les djihadistes avaient investi mardi.

 

Comme à Kobané, la semaine dernière, à l’occasion d’une attaque suicide, des dizaines de combattants islamistes s’étaient infiltrés mardi dans la ville.

 

Une nouvelle fois, les Peshmergas ont fait la preuve de leur aptitude au combat ; elle serait insuffisante face aux bataillons, aux avions et aux chars d’une armée de la taille de celle des Turcs. Mais cependant suffisante pour faire payer chèrement à Ankara son arrogance et ses décisions à l’emporte-pièce.

 

D’autant plus que les Kurdes, grâce à la résistance qu’ils opposent à l’EI, à leur organisation assurément démocratique et au respect de l’individu dont ils ne se départissent jamais, ont gagné la sympathie de l’Occident.


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Négociations avec l’Iran : le vif du sujet (info # 013006/15) Version imprimable
Analyse
mardi, 30 juin 2015

 

Par Jean Tsadik

 

Il n’y aura pas d’accord sur le nucléaire iranien aujourd’hui à Vienne, c’est ce qu’a annoncé un membre de la délégation américaine aux négociations. Les trois questions en suspens consistent à savoir si les 5+1 et la "République" Islamique parviendront à s’entendre sur un traité, si ses termes seront acceptables pour le Congrès américain, et ce qui se passera si les négociations n’aboutissent pas ?

 

Après de longues années de négociations, une chose semble sûre : à en croire le même diplomate U.S., les discussions pourront être rallongées de "quelques jours", mais pas au-delà. On ne parle pas, à Vienne, d’une durée supplémentaire de plusieurs semaines et encore moins de mois ; on précise, au contraire, qu’une entente doit impérativement advenir lors du round actuel de négociations, et qu’elle doit aboutir à "un accord solide et global". 

 

Dimanche, le Secrétaire d’Etat Kerry a réuni autour de lui les ministres des Affaires Etrangères d’Allemagne et du Royaume-Uni afin de faire le point sur l’état des discussions. La réunion a ensuite été ouverte aux ministres des autres délégations des grandes puissances.

 

L’impression qui ressort des entretiens de ce week-end est que les 5+1 ont décidé de ne pas effectuer de concessions supplémentaires, hormis d’éventuels aménagements à caractère secondaire, en ce qui concerne les points d’achoppement restants. Leur décision est sans doute dictée par le fait que des reculs additionnels de leur part entraîneraient à coup sûr un rejet du brouillon par le Congrès, en plus d’une vive réaction des Israéliens.

 

Le ministre britannique des Affaires Etrangères, Philip Hammond, a repris la formule déjà utilisée par Binyamin Netanyahu pour exprimer la fermeté qu’il prône, répétant : "Mieux vaut ne pas parvenir à un accord plutôt qu’à un mauvais accord". Lors d’une conférence de presse, à Washington, ce mardi, Barack Obama a dit pratiquement la même chose : "J’abandonnerai les négociations si c’est un mauvais accord".

 

L’homologue allemand de Philip Hammond, Frank-Walter Steinmeir, a renforcé cette position dans les colonnes de Die Welt (le monde), déclarant que "la surveillance des sites nucléaires [par les inspecteurs de l’AIEA] n’était pas négociable". Il a ajouté, que "les grandes puissances étaient disposées à montrer quelque flexibilité uniquement sur la question relative à la manière d’opérer des inspections sur les sites nucléaires suspects en Iran, mais pas quant à savoir si elles devaient avoir lieu".

 

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John Kerry et Mohammad Zarif,

de simples exécutants ?

 

C’est sur ces manifestations de fermeté que Mohammad Zarif, le ministre iranien des Affaires Etrangères avait regagné Téhéran dimanche pour y consulter le Guide suprême du régime, Ali Khamenei. La "marge de finasseries diplomatiques" étant désormais épuisée, les Iraniens doivent maintenant prendre une décision sur les trois points encore litigieux s’ils comptent parvenir à un traité avec les 5+1.

 

Le premier de ces points concerne les inspections des enquêteurs de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique. Les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité et l’Allemagne exigent que les observateurs de l’AIEA puissent avoir accès à tous les sites, y compris militaires.

 

Le 2 avril dernier, à Lausanne, Téhéran s’était déclaré en principe disposé à ratifier le Protocole additionnel de l’AIEA. Il s’agit d’un document générique autorisant des inspections renforcées sur les lieux suspectés d’accueillir des activités nucléaires.

 

Les ayatollahs espéraient naïvement que les 5+1 se contenteraient de cette promesse en ce qui concerne les inspections, mais cela n’a jamais été le cas. L’agence onusienne, dont le directeur général, Yukiya Amano, a participé aux discussions de ce mardi, insiste sur la nécessité d’obtenir dans les clauses du traité le droit "de mener des inspections ad hoc dans tous les domaines qui ne sont pas stipulés dans le Protocole additionnel".

 

Plus simplement exprimé, cela signifie que, si l’on exige de l’agence viennoise qu’elle soit l’arbitre qui détermine si les Perses remplissent ou non leurs engagements contractuels, et, partant, qui déclenche indirectement la levée de sanctions, l’AIEA  réclame les moyens de remplir sa fonction. 

 

En particulier, l’agence exige de pouvoir contrôler des sites de recherche concernant le nucléaire, même s’il ne s’y déroule pas d’activités nucléaires au sens strict. Outre les laboratoires, on pense par exemple aux sites d’expérimentation militaire des dispositifs de la bombe, comme à Perchin, où des activités liées aux détonateurs des bombes se sont déroulées par le passé mais où elles ont désormais cessé. Or cette disposition n’est pas stipulée dans le Protocole additionnel, et les commissaires craignent d’être contraints de devoir entrer dans de laborieuses négociations avec les Iraniens chaque fois qu’ils envisagent une inspection, comme c’est le cas actuellement.

 

Pour éviter ces inconvénients, Yukiya Amano demande que ses collaborateurs aient le droit d’accéder à tous les sites qui les intéressent, même ceux à caractère militaire, et que ce droit soit très clairement libellé dans un éventuel traité.

 

On touche ici au second point de discorde entre les négociateurs, celui qui a directement trait à la "Possible Dimension Militaire" du programme nucléaire de la théocratie perse, abrégée en PDM.

 

En 2011, l’AIEA avait demandé à Téhéran des explications documentées sur onze points relatifs à des PDM. A ce jour, l’agence n’a reçu que deux réponses. Cette situation explique l’opiniâtreté de Vienne à vouloir visiter des sites comme celui de Perchin, et à recevoir l’ensemble des documents qu’elle réclame.

 

On se demande à Métula comment les négociateurs pourraient s’entendre sur ce qui ressemble à s’y méprendre à un cul de sac. En effet, pour les Iraniens, donner suite aux attentes des inspecteurs équivaudrait à reconnaître que l’objectif de leur programme nucléaire consiste effectivement à fabriquer une bombe atomique, conscients qu’ils sont que les limiers de l’AIEA n’auront aucun mal à découvrir les traces de ce qu’ils désirent cacher.

 

Le monde entier saurait alors qu’ils ont menti en s’obstinant à prétendre que leur programme ne vise que des applications civiles, et M. Netanyahu apparaitrait comme celui qui n’a cessé de dire la vérité, et qui a parfaitement raison lorsqu’il expose devant le Congrès les intentions réelles de la junte de Téhéran.

 

Ceci posé, les 5+1 et l’ensemble de la communauté internationale sont déjà au courant du mensonge et des dissimulations des Iraniens ; mais les négociateurs de l’Allemagne et des membres permanents du Conseil de Sécurité ne peuvent pas renoncer à leur exigence de clarification des activités militaires nucléaires de leurs interlocuteurs. Ce, pour deux raisons : premièrement, parce que le Congrès U.S. a déjà fait savoir que, faute d’obtenir toutes les informations concernant ces activités, il n’entérinerait pas l’accord, et, deuxièmement, parce que les Etats concernés ont impérativement besoin de pouvoir évaluer distinctement le degré d’avancement des Perses en direction de la bombe ; ces informations dicteront les actions qu’ils doivent entreprendre en marge du traité pour se confronter à cette menace.

 

Troisième et dernier point d’obstruction à la conclusion d’un accord : la levée des sanctions. Pour la "République" Islamique, toutes les sanctions qui la frappent doivent immédiatement disparaître au lendemain de la signature d’un éventuel accord. Le Guide suprême Khamenei et d’autres responsables de la dictature persane ont exprimé ce point de vue de façon péremptoire à des dizaines de reprises.  

 

Pour le Congrès américain, c’est absolument exclu. Même si l’on s’entend à Vienne, les premières sanctions ne pourraient pas être levées avant la fin de l’année, après que l’AIEA aura démontré que Téhéran a rempli tous les engagements auxquels il aurait souscrit. Le reste suivrait graduellement, au fur et à mesure des feux verts de Vienne, concernant notamment, outre le résultat des inspections, la mise en chantier des modifications à apporter à la centrale à eau lourde d’Arak, pour l’empêcher de produire du plutonium utilisable pour la confection d’une bombe, et la mise en place des dispositions agréées dans les centres d’enrichissement d’uranium de Natanz et Fodow, pour limiter leur production, en quantité et en degré de pureté du minerai.

 

On touche ici au cœur de la négociation, à sa raison d’être pour les ayatollahs. Avec, à la clé, des sommes considérables dépassant les cent milliards de dollars en cash pour les Iraniens, en plus de la possibilité de réintégrer le système économique mondial. Ce qui permettrait à l’Iran, entre autres choses, de tripler sa production de brut, pour la porter au quatrième rang mondial, avec 4,5 millions de barils/jour, derrière les Etats-Unis, l’Arabie Saoudite et la Russie qui vire en tête.

 

Nul doute qu’avec de telles ressources, la "République" Islamique deviendrait rapidement un pays riche. Or la levée graduelle des sanctions permettrait, au moins, de s’assurer que ces nouveaux revenus ne seraient pas immédiatement utilisés pour s’emparer du sud de l’Irak, imposer la suprématie chiite-alaouite en Syrie, booster la rébellion au Yémen, et se saisir du pouvoir (c’est presque déjà fait), par Hezbollah interposé, au Liban.

 

Pour Israël et les grands pays arabes (sunnites) du Moyen-Orient, même si l’annulation des sanctions se faisait progressivement, ces terribles conséquences stratégiques seraient inévitables, tout comme l’affrontement qui ne manquerait pas de s’ensuivre. C’est pour cela qu’ils considèrent que, quoique le traité contienne, ce serait un mauvais traité ; que l’objectif stratégique logique qui devrait être poursuivi est celui de la confrontation avec ce régime et non celui de la conciliation.

 

Reste, a minima, à s’assurer qu’un accord retarderait conséquemment l’accession de Téhéran à l’arme nucléaire. Pour cela, il importe que les négociateurs des 5+1 ne cèdent rien de plus lors des dernières péripéties des discussions, que le Congrès ne se laisse pas aveugler par l’enthousiasme de John Kerry et de Barack Obama, et qu’il demeure ferme sur ses exigences.

 

En fait, Khamenei s’est montré catégorique sur son refus de céder sur les trois sujets qui restent sans solution. Mais déjà, la nuit dernière, des rumeurs ont fait état d’une proposition ramenée par Mohammad Zarif de son bref passage à Téhéran pour résoudre la question des visites des inspecteurs sur les sites sensibles. A Vienne, on était précisément en train de la discuter pendant que j’écrivais mon analyse.

 

On doit également se demander ce qui se passerait si, en dépit de l’obsession de l’Administration Obama de parvenir à un accord, et de celle des ayatollahs de toucher le jackpot, on découvrait, ces tout prochains jours, qu’il n’y aura pas de traité avec la théocratie persane.

 

Israël et ses nouveaux alliés régionaux sabreraient le Champagne sans alcool. Mais au-delà, la guerre ou la paix dépendraient de l’attitude de Téhéran : si, même sans s’être engagé à quoi que ce soit, il continuait à se comporter comme le prescrit l’accord officieux et temporaire du 1er janvier 2014, en limitant son enrichissement d’uranium au-dessous de 5%, en évitant de rendre Arak opérationnel, et en conservant une relative transparence sur ses activités, la situation qui prévaut actuellement pourrait perdurer encore… un certain temps.

 

Si, au contraire, les ayatollahs relançaient leur programme nucléaire à pleine vapeur, ou même, s’ils augmentaient l’enrichissement du minerai à 20 pour cent, le rythme de son enrichissement, ou la taille de leurs stocks ; s’ils terminaient le réacteur d’Arak dans sa conception originelle, qui lui permet de produire du plutonium, on se dirigerait rapidement vers un conflit armé, car l’Iran ne se trouve qu’à six ou huit mois de la capacité de fabriquer une première bombe.


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Michael Oren : la vérité sur l’administration Obama (info # 012806/15) Version imprimable
Analyse
dimanche, 28 juin 2015

 

Par Guy Millière

 

Michael Oren a été ambassadeur d’Israël aux Etats-Unis de juillet 2009 à septembre 2013. Il a, pendant cette période, représenté son pays avec dignité et efficacité. Il n’a pas pu infléchir les orientations de l’administration Obama, car nul n’aurait pu y parvenir. Il n’en a pas moins occupé une position cruciale : celle de témoin.

 

N’étant plus diplomate, il a retrouvé la liberté de parler, et aussi, dès lors, celle d’écrire. Et il ne s’en prive pas. Il vient de publier un livre remarquable, qui, je pense, ne sera pas traduit en français : Ally: My Journey Across the American-Israeli Divide (Allié : Mon voyage au travers de la division entre l’Amérique et Israël), ainsi que plusieurs articles qui viennent compléter le livre.

 

Ce qu’écrit Michael Oren, c’est le moins qu’on puisse dire, ne plait pas à la Maison Blanche ; une demande officielle a même été adressée à Binyamin Netanyahou, par l’intermédiaire de l’ambassadeur des Etats-Unis en Israël, lui demandant un désaveu et des excuses. Binyamin Netanyahou n’a, bien sûr, pas obtempéré. 

 

Des dirigeants de la communauté juive américaine sont allés dans le même sens que la Maison Blanche (Abraham Foxman n’hésitant pas à accuser Oren de recourir au conspirationnisme), et n’ont pas davantage infléchi les positions de Binyamin Netanyahou. Ce dernier, expliquant que ce qui lui est demandé n’entre pas dans ses attributions de 1er ministre.

 

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Michael Oren lors de la présentation de ses lettres de créance à Barack Obama

 

Divers commentateurs, plutôt à gauche, dans la presse américaine comme israélienne, ont donné tort à Michael Oren et plus encore à Binyamin Netanyahou, les accusant l’un et l’autre de nuire aux relations entre Jérusalem et Washington.

 

Peut-on le dire ? Ces commentateurs se trompent très lourdement : ni Michael Oren ni Binyamin Netanyahou ne nuisent aux relations entre Israël et les Etats Unis. Michael Oren dit la vérité (nul, d’ailleurs, n’a réfuté au fond les éléments à charge qu’il énonce) et, en disant la vérité, il rend service aux deux pays, dissipant ainsi les illusions dont certains pourraient encore se bercer. Binyamin Netanyahou se situe du côté de la vérité et sait qu’en se situant du côté de la vérité, il  rend lui-même service à Israël et aux Etats-Unis.

 

Les dirigeants de la communauté juive américaine qui sont allés dans le sens de la Maison Blanche (tout particulièrement Abraham Foxman) ont montré qu’ils étaient idéologiquement inféodés à Barack Obama et faisaient peu de cas de la vérité.

 

La Maison Blanche s’est conduite comme elle se conduit depuis l’arrivée aux affaires de l’actuel président : comme une organisation maffieuse désirant imposer l’omerta, et mener ses manœuvres en secret.

 

De fait, les propos de Michael Oren ne font que mettre noir sur blanc et confirmer ce que ceux qui veulent savoir savent. Barack Obama est un ennemi résolu d’Israël, il entend tout faire pour passer un accord avec l’Iran et pour favoriser le régime des mollahs ; il est porteur d’un penchant net en faveur de l’islam, y compris des versions islamistes de celui-ci.

 

Les mots de Michael Oren confirment ce que je n’ai cessé d’écrire sur Barack Obama depuis la première élection de celui-ci. Michael Oren ajoute seulement à ce que j’ai pu écrire (et à ce que d’autres ont écrit comme moi) une liste de faits précis, directs et sans ambiguïté, qui rendent la confirmation accablante. Parce qu’il a été diplomate, et parce qu’il est très poli, parce qu’aussi, il est de tempérament feutré et d’orientation politique modérée, il préfère souvent la litote à l’affrontement direct.

 

Parce que la Maison Blanche se conduit comme elle se conduit depuis l’arrivée de Barack Obama au pouvoir, et parce qu’elle est au service de ce dernier, on y aurait préféré que certaines choses ne soient pas dites. C’est raté. On y a voulu recourir à l’intimidation, au-delà de Michael Oren, du gouvernement d’Israël et de Binyamin Netanyahou : c’est raté aussi. On y a voulu, une fois de plus, mettre Israël dans son tort : on l’a fait, mais la crédibilité de la Maison Blanche est désormais si proche du zéro absolu, que cela n’aura un impact que chez les ennemis d’Israël et chez ceux qui se conduisent en courtisans d’Obama.


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Il n’y a plus d’islamistes à Kobané (info # 012706/15) Version imprimable
Analyse
samedi, 27 juin 2015

 

Par Hevi Pekoz © Metula News Agency

 

Avec notre correspondant permanent dans le nord de la Syrie, Perwer Mouhammad Ali

 

Un peu après 10 heures, ce samedi matin, la ville de Kobané a été secouée par une très forte déflagration, d’ailleurs visible depuis la frontière turque. Il s’agissait d’une série de charges explosives, que les Unités de Protection du Peuple (l’YPG, la milice du Kurdistan syrien), venaient de faire sauter dans l’école secondaire des garçons, à l’entrée de la ville.

 

C’est dans cet établissement scolaire que les derniers combattants de l’EI encore vivants dans la cité, après leur agression de jeudi, s’étaient retranchés. Quinze islamistes sont morts dans l’assaut final lancé par les YPG et quelques membres de la police kurde Asayish. L’école a été partiellement détruite lors des combats et de l’explosion finale.

 

Cette dernière péripétie de la bataille contre les infiltrés a porté à 54 le nombre des miliciens d’ISIS morts durant cette opération.

 

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Les Peshmerga kurdes à l’œuvre contre les kamikazes de DAESH

 

Les YPG, pour leur part, ont perdu 16 combattants ; 148 civils ont également été tués lors des affrontements, y compris des dizaines de femmes et d’enfants. Ces civils ont été abattus dans les rues alors que les islamistes infiltrés tiraient sur tout ce qui bougeait, ainsi que dans les appartements dans lesquels les assaillants avaient trouvé refuge.

 

Parmi ces 148 victimes, on dénombre 23 personnes – hommes, femmes et enfants – assassinées à la mitrailleuse par ISIS, aux premières heures de jeudi matin dans le village de Barekh Boutane.

 

Comme nous l’écrivions dans notre breaking d’hier, l’opération menée par DAESH à Kobané ne visait pas à reprendre la ville mais à y générer le plus grand nombre possible de victimes ; il y a donc lieu de parler d’une "opération suicide", à laquelle ont participé 35 kamikazes islamistes, vêtus des uniformes des YPG, débarqués à bord de cinq véhicules dans le centre de Kobané après l’explosion d’au moins deux voitures piégées à proximité de la frontière turque.

 

D’autres miliciens sunnites s’étaient infiltrés à pied, en empruntant trois des accès à la ville.

 

On estime le nombre des membres de l’EI à avoir participé à l’opération entre 60 et 70. Trois ou quatre d’entre eux avaient réussi hier (vendredi) à s’exfiltrer en Turquie par la frontière de Mursitpinar, à une centaine de mètres de l’entrée nord de Kobané.

 

Durant la confrontation, les assaillants étaient parvenus à occuper cinq bâtiments élevés de la cité, depuis lesquels ils arrosaient les rues au fusil-mitrailleur et échangeaient des coups de feu avec les forces kurdes. Ces dernières ont méthodiquement encerclé les kamikazes islamistes, réduisant leurs positions les unes après les autres.

 

Le travail des YPG  était rendu délicat par le fait que les agresseurs avaient saisi des otages civils, dont ils se servaient comme de boucliers humains.

 

Dans la plupart des cas, les miliciens islamistes ont relâché les otages avant de succomber les armes à la main, voire de se rendre aux YPG.

 

Dans un cas au moins, un kamikaze a tué deux de ses camarades, avant d’être neutralisé à son tour. Au moins trois des membres de DAESH ont été fait prisonniers par les combattants kurdes.

 

Les objectifs poursuivis par l’EI dans cette opération étaient multiples : d’abord, l’Etat Islamique entendait se venger de la perte de Kobané en janvier dernier, ainsi que des nombreux revers militaires que les YPG leur ont infligés ces dernières semaines ; il s’agit notamment de la prise de la ville frontière stratégique avec la Turquie de Tell Abyad et de celle d’Ain Issa et de la base Liwa 93, qui lui est attenante. Les Peshmergas se trouvent désormais à une cinquantaine de kilomètres de la capitale officieuse de l’EI en Syrie, Raqqa.

 

ISIS entendait en outre démontrer, d’une part, qu’il ne s’avoue jamais vaincu et que s’il perd des batailles, il n’a pas perdu la guerre, et de l’autre, que ses miliciens sont prêts à mourir en nombre pour sa cause.

 

De plus, du point de vue tactique, l’EI a obligé l’état-major des YPG à rappeler des dizaines de combattants du front de Raqqa et de la ville d’al Hassaké pour participer au nettoyage de Kobané.

 

A ce propos, les Kurdes effectuent actuellement des opérations de ratissage dans cette ville, pour s’assurer qu’aucun milicien islamiste ne se cache encore dans ses maisons. Si l’état-major kurde pourra renvoyer un grand nombre de Peshmergas sur le front, situé à 200 km environ de Kobané, il devra désormais garder plus d’hommes dans les villes et les villages déjà reconquis, pour éviter de nouvelles attaques surprises, comme celle qui a affecté Kobané en cette fin de semaine.

 

Finalement, en attaquant Kobané et al Hassaké simultanément, et en provoquant, 24 heures plus tard, des attentats meurtriers à Sousse, Koweït-city et Saint-Quentin-Fallavier, très loin de ses bases arrières, l’EI a démontré à ses sympathisants islamistes, ainsi qu’à ses cellules dormantes dans les pays de l’Ouest européen, qu’il avait conservé une grande capacité de nuisance.

 

Qui plus est, DAESH a prouvé qu’il disposait desdites cellules dormantes au cœur de l’Europe et du Maghreb, causant un choc émotionnel dans ces territoires, portant atteinte à leur économie, et obligeant les gouvernements concernés à investir d’énormes moyens sécuritaires dans le but de réduire la probabilité d’attentats du même type à l’avenir.

 

En Tunisie, particulièrement, où le bilan des morts de l’attaque de l’hôtel Imperial à Sousse s’élève maintenant à 39 morts et 40 blessés, ISIS a porté un coup majeur à l’économie du pays.

 

Celle-ci, reposant principalement sur l’industrie touristique pour ses apports de devises étrangères, est frappé de plein fouet.

 

Certains de nos correspondants en Tunisie parlent même d’un "coup mortel et irréparable pour l’économie de leur pays".

 

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Le tireur principal de Sousse, quelques instants avant d’être abattu à son tour

 

Les images rapportées par les chaînes d’information ont montré que la quasi-totalité des vacanciers étrangers ont précipitamment quitté les hôtels dans lesquels ils logeaient, et attendent dans les aéroports les premiers vols en partance pour regagner leur pays d’origine.

 

Les forces de sécurité tunisienne, l’Armée et la police, ne sont pas assez puissantes pour garantir l’intégrité des touristes ; le président Beji Essebsi a d’ailleurs fait appel à la communauté internationale pour l’aider dans sa tâche de sécurisation des lieux touristiques.

 

Si Essebsi fait face à un énorme problème pour redonner confiance aux visiteurs étrangers, c’est parce que les terroristes islamistes foisonnent en Libye toute proche, dans laquelle règne l’anarchie, et aussi qu’ISIS et Al Qaeda peuvent compter sur des milliers de musulmans radicaux en Tunisie, prêts à fomenter de nouvelles attaques.

 

C’est le même souci qui inquiète les gouvernements d’Europe occidentale, en particulier la France, l’Espagne, la Grande-Bretagne et la Belgique, qui comptent aussi des milliers de musulmans radicaux parmi leur population issue de l’immigration. 

 

Phénomène aggravant : ces pays ont tout à craindre du retour de leurs ressortissants engagés en Irak et en Syrie, qui sont imprégnés de la culture meurtrière de l’Etat Islamique, et qui ont appris le maniement des armes et des explosifs, de même que le sens du sacrifice sacré.

 

Cette situation relève d’un casse-tête quasi insoluble pour les gouvernements en question ; la multiplication des mesures de sécurité n’a, en effet, qu’une influence négligeable quant à sa capacité d’empêcher des attentats terroristes. Objectivement, il ne sera pas possible d’enrayer complétement cette menace, et l’on peut s’attendre à d’autres drames ces prochaines semaines.

 

La solution la plus efficace consiste à renforcer les services de renseignement de manière très conséquente et à augmenter considérablement la coopération entre les différents Etats faisant face à la menace terroriste.

 

Cette entre-aide, pour être la plus efficace possible, doit impérativement inclure une synchronisation au plus haut niveau avec les services israéliens, même si cela pose des problèmes politiques aux capitales européennes.

 

Plusieurs spécialistes du renseignement vont jusqu’à affirmer qu’une collaboration avec le régime dictatorial et assassin de Bachar el Assad est inévitable pour recueillir les informations suffisantes, si l’on entend atténuer notablement la menace du terrorisme islamiste prenant sa source au Proche et au Moyen-Orient.


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Le vendredi noir de l’Etat Islamique (info # 012606/15) Version imprimable
Breaking News !
vendredi, 26 juin 2015

 

© Metula News Agency

 

Métula 18h30, Paris 17h30

 

Une journée après avoir lancé deux attaques meurtrières en Syrie, à Kobané et à al Hassaké, provoquant la mort de centaines de personnes, l’Etat Islamique a démontré, ce vendredi, en plein Ramadan, qu’il est également capable de frapper des objectifs à l’extérieur de sa zone de prédilection moyen-orientale.

 

DAESH est ainsi à l’origine de trois attentats terroristes, qu’il a perpétrés en Tunisie, au Koweït et en France.

 

Dans la ville de Sousse, un ou plusieurs terroristes islamistes ont ouvert le feu sur la plage de l’hôtel Imperial Marhaba, causant la mort d’au moins 28 personnes et blessant 34 autres vacanciers.

 

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Après le carnage, la plage de Sousse

 

Bien que cette attaque n’ait pas été officiellement revendiquée, elle porte le sceau de DAESH, car elle s’est déroulée selon le même mode opératoire que les agressions précédentes d’ISIS en Tunisie, notamment en mars dernier au Musée de Tunis.

 

Autre symbole, l’hôtel Imperial appartient à la députée Zohra Driss, membre du parti Nidaa Tounes (l’Appel de la Tunisie), du Président Beji Essebsi.

 

Madame Driss, fille de l’homme d’affaires M’hmed Driss, est également la propriétaire de deux autres palaces dans son pays. Avec l’Imperial Marhaba, ces trois établissements constituent le fleuron de l’industrie touristique tunisienne.

 

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Zohra Driss, la patronne de l’hôtel Impérial

 

Comme la plupart des hôtels tunisiens, l’Imperial était protégé par un service de sécurité, qui est parvenu à abattre le tireur principal. Il est clair qu’en choisissant cet objectif, l’Etat Islamique, qui compte de nombreux partisans au Maghreb, a tenté de porter atteinte à l’activité-phare de l’économie tunisienne, le tourisme, qui rapporte au pays le plus clair de ses devises étrangères.

 

Dans le pays, les actes terroristes se multiplient ces dernières semaines, sous l’influence notamment de la dégradation de la situation en Libye toute proche, et de la montée en puissance de l’islamisme armé.

 

L’augmentation de la violence en Tunisie correspond à la destitution par voie démocratique du parti Ennahda (Renaissance), et de son président Rachid al Ghannoushi, qui prônait un islamisme "politique", et qui fait maintenant partie de l’opposition parlementaire.

 

Au Koweït, c’est un kamikaze, Abou Souleiman al Mouwahed, qui s’est fait sauter dans la mosquée chiite Imam Sadek, dans le quartier de Saouaber de la capitale.

 

La bombe a éclaté au moment où plus de 2 000 fidèles chiites s’étaient rassemblés pour la prière du vendredi. Au moins vingt-cinq personnes ont été tuées, et on compte environ 200 blessés selon le bilan préliminaire des autorités.

 

L’Etat Islamique a revendiqué cette agression dans un communiqué, précisant que le terroriste avait frappé "un temple des rawafidh" (ceux qui rejettent), le mot utilisé par DAESH afin de désigner les chiites.

 

Les islamistes ont également visé la filiale de l’entreprise américaine Air Products à Saint-Quentin-Fallavier en l’Isère : deux individus, arborant des drapeaux de l’Etat Islamique, se sont introduits au volant d’une camionnette dans la cour de l’usine, où ils ont percuté intentionnellement et à grande vitesse des bombonnes de gaz, provoquant une explosion.

 

C’est un pompier, présent sur les lieux, qui est parvenu à maitriser l’un des terroristes, et qui a d’ailleurs été blessé lors de son intervention.

 

Le suspect a été identifié : il s’agit de Yassin Salhi, 35 ans, de Saint-Priest, dans la banlieue lyonnaise, père de trois enfants, sans casier judiciaire, mais répertorié comme islamiste radical par les services de sécurité tricolores.

 

Un second individu a été placé en garde à vue, pendant que la police procède à des perquisitions, ainsi qu’à l’interrogatoire de la compagne de Salhi et des personnes de son entourage.

 

Avant de s’en prendre aux bouteilles de gaz, les terroristes ont décapité le gérant d’une société de transport voisine, qui se trouvait à l’entrée de l’établissement. Il a fallu de longues minutes aux enquêteurs pour retrouver la tête du malheureux, que les islamistes avaient accrochée à un grillage, le long de la départementale 3111, non sans l’avoir préalablement recouverte d’inscriptions en arabe et entourée de fanions de l’EI.

 

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Les enquêteurs à Saint-Quentin-Fallavier

 

Pendant que le Président Hollande convoquait un conseil restreint à l’Elysée, qui se déroule alors que nous diffusons notre breaking, nous avons demandé à notre camarade, Patricia La Mosca, de se livrer à chaud à une mini-enquête dans une banlieue lyonnaise à forte concentration de personnes issues de l’immigration.

 

Sur une cinquantaine de personnes brièvement interrogées, plus de la moitié a refusé de répondre à notre consœur qui leur demandait de partager leur sentiment à la suite de cette agression. Quinze personnes se sont déclarées choquées, affirmant que ce genre d’actions ne reflétait pas l’esprit de l’islam, alors qu’une dizaine d’autres ont fait le louange des terroristes, les appelant chahids, martyrs, ou encore saints hommes ; la plupart de ces gens a toutefois refusé de justifier leur appréciation.

 

L’attaque de Saint-Quentin-Fallavier fait craindre une nouvelle vague d’attentats islamistes dans l’Hexagone ; outre la présence d’un réservoir inquiétant de musulmans radicaux sur le sol français, elle démontre la vulnérabilité des usines, même celles considérées à risque, à l’instar d’Air Products, qui appartient à la catégorie Seveso, du nom d’une usine chimique lombarde de laquelle un nuage toxique contenant de la dioxine s’était échappé en juillet 1976.

 

L’exécutif français a d’ores et déjà déclenché un plan d’alerte dans la région Rhône-Alpes et a renforcé la protection des lieux sensibles sur l’ensemble du territoire, y compris les bâtiments au service de la communauté israélite.

 

Nul doute que la France devra déployer des moyens de protection très conséquents si elle entend restreindre le risque de voir se multiplier les attentats de ce genre.

 

A la Ména, nous observons que l’agression en Isère se produit cinq jours après que le ministre tricolore des Affaires Etrangères, Laurent Fabius, avait déclaré à Jérusalem, à propos des relations israélo-arabes, que "la situation peut se dégrader à chaque instant". Nous avions précisé dans notre analyse que la situation prévalant en France était au moins aussi explosive que celle que nous connaissons en Israël, et que le différend entre Israéliens et Palestiniens ne constituait pas le problème principal de la planète.

 

D’autre part, tous les media français utilisent sans compter les mots "terroristes" et "terroristes islamistes" afin de qualifier les individus ayant commis les assassinats de ce vendredi, en Tunisie, au Koweït et en France ; nous prenons bonne note de ce que ces confrères s’abstiennent soigneusement d’employer ces termes lorsque des actes en tous points semblables tuent des Israéliens.

 

L’utilisation de ce double standard, jamais explicité, doit donner matière à réflexion aux observateurs, en ce jour noir pour la communauté internationale.

 

Sur le plan stratégique, nous remarquons que les dernières opérations lancées par l’Etat Islamique ont en commun leur nature suicidaire. Tant à Kobané, où ISIS a tué environ 150 Kurdes, qu’à Sousse, qu’à Saint-Quentin-Fallavier et à Koweït city, les exécutants n’avaient pratiquement aucune chance de s’en sortir vivants.

 

A Kobané, les agresseurs étaient au nombre de 35 à 100, ce qui est évidemment insuffisant pour espérer prendre le contrôle d’une ville de 60 000 habitants ; un fait qui n’a pas retenu l’attention des autres media.

 

En outre, lors des cinq attaques de ces dernières 48 heures, l’objectif de DAESH a partout consisté à générer, indistinctement, le plus grand nombre de victimes.

 

Il y aura lieu d’analyser plus en détail cette nouvelle stratégie de la terreur, qui n’octroie aucun avantage tactique à l’Etat Islamique. L’une des raisons de ce choix participe probablement de ce que l’EI, sur le terrain, en Irak et en Syrie, enregistre d’importants revers militaires face à ses ennemis. En Syrie particulièrement, les forces kurdes de l’YPG ne se trouvent plus qu’à une cinquantaine de kilomètres de la capitale officieuse de DAESH, Raqqa.

 

Faute de pouvoir progresser dans les zones où il combat, le Califat Islamique entend semer l’instabilité et le dérèglement économique parmi ses adversaires "incroyants" à distance, et démontrer également à ses membres et à ses sympathisants islamistes qu’il est toujours capable d’asséner des coups douloureux, loin de ses bases d’ancrage, malgré sa situation fragilisée.

 

 

 
Fabius : le bluff de trop (info # 022306/15) Version imprimable
Analyse
mardi, 23 juin 2015

 

Par Stéphane Juffa

 

Les temps stratégiques ne sont pas aux concessions territoriales de la part d’Israël, ni à l’ouverture du grand marchandage inévitable avec les Palestiniens ; alors que DAESH prépare une invasion du Liban et qu’al Nosra se trouve déjà aux frontières de l’Etat hébreu dans le Golan, tandis que l’on ignore si la proposition d’accord entre l’Iran et les 5+1 sera ou non présentée à la fin du mois comme annoncé, on n’imagine pas l’exécutif israélien disposé à négocier un retour aux lignes d’armistice d’avant mai 1967 ; celles qui coupent l’autoroute Tel-Aviv – Jérusalem et placent la Méditerranée à 14 kilomètres des frontières d’un éventuel Etat palestinien, rendant ainsi Israël militairement indéfendable.

 

Tout le monde, au Proche-Orient, comprend que les priorités régionales sont actuellement le nucléaire iranien et l’issue de la Guerre Civile Syrienne. C’est pourquoi les membres du Comité arabe de suivi du processus de paix, qui ont reçu Laurent Fabius samedi dernier au Caire, et Mahmoud Abbas, ainsi que Binyamin Netanyahu, qui en ont fait de même, dimanche, à Ramallah et Jérusalem, n’ont pas exactement saisi les motivations du ministre français des Affaires Etrangères.

 

Pourquoi prendre l’initiative de présenter maintenant un plan de paix destiné à résoudre le différend israélo-palestinien, alors qu’il ne recèle aucune idée originale et n’a strictement aucune chance de retenir l’attention de l’une au moins des deux entités en conflit ?

 

Au Caire et à Ramallah, on a écouté Fabius avec politesse, car ce qu’il promène dans sa mallette ne peut que faire pression sur Jérusalem ; à Jérusalem, on l’a, évidemment, écouté d’une oreille agacée.

 

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Fabius, pourquoi fait-il cela ?

 

Un plan en trois points, que nous qualifierons de simpliste, pour ne pas être méchants. M. Fabius l’a expliqué lors d’une conférence de presse à Jérusalem ; le 1er point consiste à reprendre les négociations entre Netanyahu et Abbas, ce que les Américains ont tenté vainement d’obtenir, avec des arguments un peu plus lourds que la seule bonne volonté dont le Quai d’Orsay dispose.

 

Phase 2 : convocation d’une conférence internationale réunissant les 5+1, d’autres pays européens et plusieurs Etats arabes, avec l’ "espoir" que cette conférence "assiste les parties lors de leurs négociations directes". Non seulement cela ne veut rien dire, non seulement, dans l’histoire, ce genre de réunions n’a jamais fait avancer les intérêts de la paix d’un seul centimètre, chacun s’y contentant, devant les caméras, de réitérer ses positions, dans leur mouture la plus jusqu’au-boutiste, dans le souci de bien rassurer la population que l’on représente ; mais Israël peut, de plus, difficilement rêver d’un forum qui lui serait plus hostile pour faire valoir ses positions. Cela fait penser à une invitation adressée à un crocodile de se rendre volontairement dans un atelier de maroquinerie.

 

La troisième étape est la plus controversée du projet français : elle prévoit de faire passer une résolution au Conseil de Sécurité, limitant à dix-huit mois la période impartie aux Israéliens et aux Palestiniens pour parvenir à s’entendre définitivement, et surtout, édictant à leur intention les principes sur lesquels devra s’échafauder leur accord.

 

Ces principes – inutile de faire durer les suspens inutiles – s’adresseront presque exclusivement à Israël. Ils prévoiront le retour aux lignes d’armistice de 68 pour y constituer la frontière occidentale de l’Etat palestinien, le retrait de la partie orientale de Jérusalem, et l’acceptation d’un corridor direct entre la Cisjordanie et Gaza. Car, en plus du reste, on demanderait aux Israéliens de reconnaître la bande de Gaza comme faisant partie de la Palestine, quand bien même elle resterait gouvernée par le Hamas, qui prône l’éradication d’Israël et le génocide de ses habitants.

 

Et si Israël refusait de se suicider, à la fin des dix-huit mois de grâce, on pressentirait des sanctions. La moindre d’entre elles, serait la reconnaissance par Paris de l’Etat de Palestine, mais cela pourrait aller, si les Etats-Unis n’opposent pas leur veto à cette funeste mascarade, jusqu’à l’adoption par le Conseil de sanctions économiques et militaires à l’encontre des Israéliens.

 

C’est d’ailleurs sur cette question du veto que se focalise l’unique intérêt de tout le mal que se donne Laurent Fabius pour ridiculiser l’image de la France dans notre partie du monde. Car si l’Administration Obama décidait de ne pas bloquer la route de ce plan, en septembre prochain à l’ONU à Manhattan, l’initiative sans intérêt et outrageusement déséquilibrée qu’il propose, se transformerait en problème existentiel pour Israël.

 

C’est d’ailleurs ainsi qu’il y a lieu de percevoir cette initiative : Paris permet à Washington de régler ses comptes avec Israël avant le départ à la retraite de Barack Obama. Ce soupçon est renforcé par le refus de Samantha Power, l’ambassadrice U.S. à l’ONU, la semaine dernière, lors d’une session du Congrès, de s’engager à faire usage du veto de l’Amérique pour contrer la résolution française.

 

Il est vrai que dans dix-huit mois, lorsqu’il faudra discuter des sanctions à infliger à Israël, M. Obama ne sera plus le pensionnaire de la Maison Blanche, et il existe de très grandes chances pour que son successeur jette la proposition Fabius et tout ce qu’elle implique, dans les poubelles de l’histoire auxquelles elle est destinée.

 

Ce qui précède explique la position du 1er ministre israélien, qui, peu avant de rencontrer Fabius, déclarait en conseil des ministres, que sa proposition ne prenait pas en compte les besoins sécuritaires élémentaires d’Israël, et qu’elle cherchait à "nous parquer dans des frontières qui ne sont pas défendables". Netanyahu, de surenchérir, affirmant que "l’effet de propositions de ce genre se limitait à éloigner les perspectives de paix, car, évidemment, Israël leur résistera, et les Palestiniens n’accepteront jamais de négocier".

 

Il y a lieu de clarifier la fin du commentaire de M. Netanyahu : si les Palestiniens ne négocieront jamais, c’est parce que la proposition française leur promet d’obtenir tout ce à quoi ils aspirent, sans négocier, sans ne rien avoir à concéder, et en voyant Israël se faire sanctionner si elle refuse.

 

J’ajouterai que même si la résolution de Paris est rejetée par le Conseil de Sécurité, ou neutralisée par le prochain président des Etats-Unis, elle aura tout de même eu cet effet préjudiciable, puisqu’elle poussera les Palestiniens à attendre une autre conjoncture politique internationale favorable, pour remettre sur le tapis ce qui "leur aura été promis par le Conseil de Sécurité", et qui fera pour eux, après avoir été présentée à New York par Fabius, office de base de négociation a minima pendant les années à venir.

 

En fait, et malgré les timides dénégations du ministre français des Affaires Etrangères, dès qu’il aura rédigé et soumis son plan au Conseil, aucun exécutif palestinien n’acceptera jamais plus de négociations directes avec Israël.

 

A terme, en considération des relations de force très inégales existant entre l’Etat d’Israël et l’Autonomie palestinienne, la démarche des Français, en rigidifiant durablement les positions de Ramallah, rendant ainsi tout compromis impossible, pourrait aboutir au démantèlement de l’AP et à l’enterrement de la perspective de création d’un Etat palestinien.

 

Ce scénario est d’autant plus plausible que Mahmoud Abbas a fait savoir aux Français qu’il n’interrompra pas – même si leur résolution était acceptée en septembre - les procédures anti-israéliennes qu’il a engagées auprès d’organisations internationales, en particulier à la Cour Pénale Internationale de La Haye. Or chaque corde possède son point de rupture, cela participe du domaine public.

 

J’assure le lecteur que l’hypothèse que je décris ci-dessus est éminemment plus réaliste que celle brandie par Laurent Fabius, quand il répète, au Caire, à Ramallah et à Jérusalem, qu’ "il existe un risque réel d’explosion entre les parties", et que, "si nous ne faisons rien, la situation peut se dégrader à chaque instant". En considération de ce qui se déroule tout autour du binôme Israël-Palestine, des 300 000 morts en Syrie, des combats qui s’étendent au Liban, du démantèlement de facto de l’Irak et de la Syrie, de la guerre au Yémen, de l’implosion de la Libye, des affrontements incessants entre le régime égyptien et les terroristes islamistes dans le Sinaï, le différend israélo-palestinien prend soudain des allures de partie d’échec au Club Med au bord de la piscine.

 

Mais Fabius et le ministère qu’il dirige sont des adeptes de la théorie également chère à John Kerry, selon laquelle le conflit israélo-palestinien constituerait la mère de toutes les guerres. Pour ces personnes, sans évidemment pouvoir l’expliquer, les affrontements que j’ai cités précédemment sont indirectement causés par la dispute israélo-arabe. Cette fixation leur est imposée par leur incapacité, située au niveau convictionnel, d’imaginer que le conflit millénaire entre chiites et sunnites se poursuit, et qu’il n’a, bien entendu, rien à voir avec Israël. Mais accepter que les musulmans continuent à s’étêter à cause de la succession de Mahomet au XIIème siècle, est au-dessus de leurs forces, et surtout, cela ne convient pas à leur perception du monde. Dans un cas pareil, les gens intelligents modifient leur perception, c’est moins dommageable que d’essayer de changer le monde.

 

A Jérusalem, Binyamin Netanyahu a fait remarquer à son hôte que, pendant qu’ils s’entretenaient, un terroriste palestinien avait poignardé un policier, et que, deux jours plus tôt, un autre avait assassiné un citoyen israélien, sans entraîner de condamnation de la part du ministère de Fabius.

 

Le 1er ministre a fustigé cette attitude consistant à préserver le terrorisme palestinien de toute condamnation. Peut-être Netanyahu ignore-t-il que l’agence de presse semi-officielle de l’Etat français, l’AFP, a officiellement banni l’usage du mot terroriste concernant les individus armés, palestiniens ou arabes, qui s’en prennent systématiquement à des civils juifs. Belle exonération !  

 

En attendant que M. Fabius rentre chez lui s’occuper de la vague d’antisémitisme, à laquelle ses oublis et omissions participent, sans précédent depuis Vichy ; nous, de lui signaler, qu’à cause de sa politique étrangère outrageusement déséquilibrée et de l’incitation incessante à la haine antisémite propagée par ses media, c’est en France que "la situation peut se dégrader à chaque instant".

 

Et de l’avertir, aussi, qu’en tentant de mettre Israël au pied du mur en voulant l’obliger à se suicider sur la base d’une résolution onusienne, il joue, en fait, le tout pour le tout. Souhaitant, en dix-huit mois, forcer Israël à se placer dans une situation d’insigne faiblesse militaire face à ses adversaires iraniens et islamistes en pleines offensives, il utilise l’ultime recours prévu par la communauté internationale : celui d’une résolution contraignante. Netanyahu a évoqué l’idée d’un diktat, et je ne peux que lui donner raison sur ce point ; mais un diktat est incontestablement une forme de violence extrême, de nature à provoquer plus de violence encore en réaction à cette agression.

 

Qu’on se le dise, si cette initiative française passait la rampe du Conseil de Sécurité mais se brisait ensuite sur la détermination d’Israël, la situation de relations "supportables", qui prévalent actuellement entre Israéliens et Palestiniens, mais aussi entre Français et Israélites, se verront altérées par la force des choses, et de façon définitive. C’est le prix à payer, lorsque l’on entend imposer un choix par la force à un Etat démocratique et énergique, ou à un peuple plurimillénaire, qui sait distinguer ses amis de ceux qui ont mis intentionnellement sa survie en danger.

  

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Lynchage de blessés syriens par des Druzes du Golan (info # 012306/15) Version imprimable
Breaking News !
lundi, 22 juin 2015

 

© Metula News Agency

 

Métula 00h45, Paris 23h45

 

Très grave incident, ce soir, vers 22 heures, dans la partie israélienne du Golan, à une vingtaine de kilomètres de la rédaction. Des blessés syriens, très probablement des civils sunnites, avaient été recueillis à proximité de la ville druze israélienne de Majdal Shams.

 

Escortée par une jeep de Tsahal, une ambulance militaire transportant les Syriens a traversé Majdal Shams en direction de la vallée du Jourdain, afin de se rendre à l’hôpital de Tzfat (Safed).

 

Pendant la traversée de la ville, 150 Druzes, pour la plupart des jeunes, ont repéré le petit convoi ; pensant qu’il s’agissait de combattants islamistes blessés, ils l’ont pris en chasse.

 

Les poursuivants ont réussi à intercepter les deux véhicules quelques kilomètres en aval, à la hauteur de la station de sports d’hiver de Névé Ativ. Là, ils s’en sont pris aux soldats d’escorte, en blessant deux, un modérément, et l’autre grièvement à la tête ; les militaires ont été enlevés par hélicoptère vers un hôpital.

 

Ce qui allait suivre était encore largement plus grave, les agresseurs procédant à un véritable lynchage des blessés, les assassinant dans des circonstances bestiales.

 

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Les corps mutilés des blessés syriens, quelques minutes après le lynchage

 

Les versions varient quant au nombre de Syriens tombés aux mains de la foule : certaines sources parlent de deux personnes, d’autres font état de quatre blessés, dont deux auraient été tués – ceci est un fait établi – alors que les deux autres pourraient se trouver entre les mains des assaillants druzes.

 

Les Israéliens ont dépêché d’importantes forces de police dans la région. On nous informe, qu’à Majdal Shams, des heurts opposent une partie de la population, en train de fêter une "victoire sur al Nosra" aux forces de l’ordre.

 

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A Majdal Shams, on fête la "victoire sur al Qaeda"…

 

Cet incident fait suite à un autre du même type, qui s’est déroulé ce matin en Galilée occidentale, près de la ville druze israélienne de Khorfesh. Des Druzes israéliens avaient pris en chasse une autre ambulance transportant des blessés syriens en direction de l’hôpital de Naharya. L’ambulance, qui n’était pas escortée, est parvenue à tenir ses poursuivants à distance jusqu’à ce qu’elle atteigne le commissariat de police de la ville de Maalot et y trouve refuge.

 

Des responsables religieux druzes, tant israéliens que du plateau du Golan, ont appelé leurs coreligionnaires au calme et au respect des lois. Nous avons interviewé des jeunes Druzes en soirée, et les propos qu’ils nous ont tenus nous font douter de l’efficacité de ces appels à la raison. La communauté druze est en effet en effervescence maximale, suite aux informations faisant état de la pression militaire exercée par le Front du Sud sunnite sur la ville de Hader, dans le Nord-Golan, et sur la montagne druze (Djébel Druze) et ses 450 000 habitants, dans le sud-est du plateau, à proximité de la Jordanie.

 

Les Druzes ne font aucune différence entre l’Armée Syrienne Libre (ASL) et les groupuscules islamistes, en particulier al Nosra, l’expression d’al Qaeda dans la Guerre Civile Syrienne.

 

Pour les Druzes du Golan et de Galilée, tous les sunnites syriens sont apparentés à al Nosra, et tous menacent de génocider leurs "frères", de l’autre côté de la frontière.

 

C’est cette virulence émotionnelle qui a créé l’amalgame, ce soir, entre les malheureux blessés assassinés à Névé Ativ, et d’éventuels combattants islamistes.

 

Pour ne rien arranger, la communauté druze israélienne, et tous ses composants, n’accepte pas qu’Israël assiste médicalement les sunnites syriens, ce qui inclut ceux qui ont été blessés durant les combats les opposant aux forces du régime et parfois aux Druzes syriens.

 

Nos interlocuteurs druzes nous ont confirmé, après avoir pris connaissance de l’incident, qu’ils justifiaient ces meurtres et ont promis qu’ils allaient eux-mêmes participer aux prochaines actions visant les transports des blessés syriens.

 

Outre les aspects humain et criminel de ce qui vient de se dérouler, à Métula, nous craignons que le lynchage de ce soir ne provoque une aggravation marquée de la situation de l’autre côté de la frontière. Jusqu’à maintenant, en effet, Jérusalem avait obtenu, par la menace d’une intervention militaire, et grâce à l’appui de l’Arabie Saoudite et de l’Egypte, que le Front du Sud s’abstienne de s’attaquer à la ville de Hader ainsi qu’au Djébel Druze.

 

Or, à Métula, nous venons d’observer que les réseaux sociaux syriens commentent abondamment l’incident de ce soir, et appellent leurs partisans à régler leurs différends sur le champ de bataille.

 

Nous, de craindre très précisément que, suite aux meurtres de ce soir, les éléments islamistes du Front du Sud décident de pénétrer dans Hader et de se venger sur les 17 000 civils druzes qui l’habitent.

 

 
Hader, sans intermédiaires (info # 011806/15) Version imprimable
Reportage photo
jeudi, 18 juin 2015

 

© Metula News Agency

 

Les reporters de la Ména sont parvenus à s’approcher à environ 2 kilomètres du centre de la ville druze syrienne de Hader, qui défraie actuellement la chronique.

 

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Carte du théâtre des opérations dans le Nord-Golan

© Metula News Agency

 

Selon la radio nationale israélienne, depuis l’offensive du Front du Sud de la rébellion syrienne lancée il y a quatre jours, Hader serait totalement encerclée et bombardée par les insurgés sunnites.

 

La situation que nous avons découverte est celle d’une petite cité d’environ 17 000 âmes (aucune information fiable n’existe à ce sujet), soumise à des bombardements sporadiques de l’artillerie de l’Armée Syrienne Libre, à raison d’une salve de calibre médian environ toutes les 8 à 9 minutes.

 

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Hader

© Metula News Agency

 

Mercredi, durant nos 4 heures d’observation, aucun projectile n’a atteint le centre de la localité, pas plus, d’ailleurs, que des bâtiments habités.

 

Le feu se concentrait sur la crête qui domine Hader, où se situe l’une des dernières positions de l’Armée régulière syrienne dans la région.

 

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Un obus vient d’exploser à proximité de la partie méridionale de la ville

© Metula News Agency

 

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Deux obus explosent simultanément sur la crête dominant la ville

© Metula News Agency

 

De plus, en dépit de nos objectifs grossissants, nous n’avons observé aucun mouvement de troupe ou de véhicules.

 

Cette situation de calme relatif intervient après que, durant la journée de mardi, quelques obus ont effectivement explosé à l’intérieur de la ville, tuant notamment un commandant druze et blessant une dizaine de personnes.

 

Il se pourrait que l’ASL ait entendu les menaces proférées par le Lieutenant-Général Gadi Eizenkot, le chef d’état-major de Tsahal. Celui-ci a en effet affirmé qu’Israël ferait tout son possible pour venir en aide aux civils (druzes) syriens si ceux-ci étaient menacés.

 

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Un projectile explose à un kilomètre et demi de la frontière israélienne

© Metula News Agency

 

Par des voies officieuses, des chefs de l’ASL ont promis aux Israéliens que les combattants d’al Nosra (al Qaeda en Syrie), ainsi que des autres formations islamistes qui ont intégré le Front du Sud, ne participeraient pas à la confrontation dans la zone de Hader.

 

En tout état de cause, nous sommes à même de témoigner de ce que, jusqu’à présent, rien de ce qui ressemble à un massacre ne s’est produit à Hader, et les craintes des Druzes israéliens et libanais à ce sujet, ne trouvent jusqu’à maintenant aucun écho sur le terrain.

 

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Des civils druzes du Golan israélien manifestent leur sympathie à l’égard de leurs frères syriens, à deux kilomètres de Hader

© Metula News Agency

 

Ce jeudi, les combats font toujours rage à proximité de la frontière israélienne, particulièrement sur les contreforts de la partie syrienne du mont Hermon.


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Assad n’a plus de frontière commune avec Israël (info # 011706/15) Version imprimable
Analyse
mercredi, 17 juin 2015

 

Par Hevi Pekoz

 

Le Front du Sud chasse l’Armée gouvernementale du Nord Golan

 

Les évènements se précipitent dans le sud de la Syrie, à proximité de la frontière israélienne, comme nous le supposions dans notre analyse d’avant-hier.

 

Durant la nuit de lundi à mardi, le Front du Sud, y compris ses unités salafistes, s’est lancé à l’assaut de la dernière portion de la frontière syro-israélienne qui était encore tenue par les forces gouvernementales.

 

L’attaque, qui semble couronnée de succès, a permis à la rébellion sunnite de s’emparer de la région de Hader (voir la carte), une ville située à moins de 5 km de Majdal Shams, en territoire israélien.

 

Les combats de mardi, qui se sont déroulés avec une grande intensité, avaient également permis à l’insurrection de s’approprier des positions importantes sur le mont Hermon syrien.

 

Les régions israéliennes du Golan et de Haute-Galilée, où se situe notre rédaction, sont sans cesse secouées par le bruit provenant de l’explosion des obus d’artillerie. Ce mercredi matin, les sirènes d’alarme ont retenti dans le Golan, appelant les résidents à se rendre dans les abris.

 

En cette même matinée, le Front du Sud a annoncé qu’il lançait une nouvelle offensive majeure, destinée à capturer les dernières positions tenues par l’Armée syrienne dans la région.

 

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La carte de la zone des combats

 

Parallèlement à ces avancées, la capitale Damas a subi plus d’une quinzaine de tirs de roquettes de la part des forces islamiques qui resserrent leur étau.

 

Ces dernières évolutions de la Guerre Civile Syrienne engendrent un vif émoi dans l’Etat hébreu, particulièrement parmi les Druzes israéliens et les Druzes de la partie du Golan sous souveraineté israélienne. Ainsi, 2 000 personnes, arborant des drapeaux druzes, se sont réunies lundi soir à Isfiya, en Galilée, portant des sabres à la ceinture, afin de faire savoir qu’ils ne laisseront pas leurs frères syriens se faire massacrer par les insurgés.

 

A Majdal Shams, ce sont 4 000 Druzes du Golan, qui en compte 20 000, qui se sont regroupés non loin de la frontière pour exprimer leur solidarité communautaire.

 

On assiste ces deux derniers jours à l’afflux de dizaines de Druzes israéliens dans le Golan, à proximité du lieu des combats. Nombre des personnes participant à ce mouvement sont des officiers et des soldats de réserve de Tsahal. Les chefs de la communauté druze, l’état-major de l’Armée israélienne et l’exécutif de Jérusalem craignent des initiatives spontanées de Druzes, qui pourraient traverser la frontière grillagée pour se rendre au secours de leurs frères de la région de Hader, sur laquelle pèse la menace de massacres visant les habitants.

 

Dans la matinée de mardi, le Front al Nosra (al Qaeda en Syrie) avait procédé à des bombardements de Hader. Un commandant druze a été tué lors de ces attaques et dix autres personnes de la ville ont été blessées.

 

Afin d’empêcher les attroupements à la frontière, l’état-major de Tsahal avait déclaré, dans l’après-midi de mardi, le Nord-Golan, zone militaire fermée ; son accès se voyait interdit à toute personne ne demeurant pas sur le plateau. Deux heures plus tard, la décision a été levée sans que l’Armée ne fournisse de plus amples explications.

 

Le chef de l’état-major de Tsahal, le Lieutenant-Général Gadi Eizenkot, dans un souci d’apaisement et de clarification, s’est fendu d’un communiqué dans lequel il déclare que "les Forces de Défense d’Israël feront tout ce qui est en leur pouvoir afin d’empêcher un massacre de civils syriens". Il s’agit là d’un avertissement très sérieux en direction des rebelles, afin de les inciter à ne pas s’en prendre aux Druzes des territoires dont ils se sont emparés.

 

Le porte-parole de Tsahal, le Brigadier-Général Moti Almoz, a précisé pour sa part que le haut-commandement, dans son évaluation de la situation de mardi, avait défini comme priorité, "la cause commune et l’alliance de sang entre nous et nos frères druzes dans l’Etat d’Israël".

 

Le Front du Sud a fait savoir à ce propos qu’il ne s’attaquerait pas à la population et que celle-ci n’avait rien à craindre. La tension reste toutefois très vive, et les forces de Tsahal dans la région sont sur le pied de guerre, car le Front al Nosra, ainsi que d’autres groupes salafistes, ont refusé de signer le pacte de conduite qui lie les formations rebelles participant à l’offensive. On redoute ici que les extrémistes sunnites ne donnent libre cours à leur haine des Druzes, mais aussi des chrétiens, des alaouites et des tcherkesses présents dans la région qu’ils occupent.

 

La communauté internationale a déjà été témoin des exactions perpétrées par les formations islamistes dans d’autres parties de la Syrie, notamment en Irak, aux dépends de ces minorités, ainsi que de la communauté yézidie (Irak), ce qui entretient les appréhensions des Israéliens.

 

Les heures et les jours prochains démontreront les intentions du Front du Sud quant à son traitement des populations civiles ; la situation pouvant dégénérer à n’importe quel moment, et engendrer une action militaire des forces israéliennes en Syrie.

 

Une équipe de reportage de la Ména est présente dans le nord du Golan afin d’observer les combats ; nos reporters viennent prêter main forte aux relais permanents de notre agence dans les agglomérations druzes et les kibboutzim le long de la frontière.

 

 

Des ingénieurs du nucléaire syrien et iranien neutralisés à Damas

 

On apprend par ailleurs que, dimanche dernier, quatre scientifiques syriens et un iranien, travaillant dans un centre de recherche nucléaire dans le nord de Damas, ont été éliminés lors d’un guet-appens.

 

Le journal gouvernemental Al Watan (la patrie) reconnait que les morts étaient des scientifiques du nucléaire et des ingénieurs en électricité.

 

L’embuscade a eu lieu près d’un pont autoroutier, dans la banlieue nord de la capitale. Aucun combat n’avait lieu dans cette région au moment de l’attaque.

 

Nous rappelons que le centre de recherches militaires et scientifiques, proche de Damas, dans lequel travaillaient les cinq chercheurs, avait fait l’objet d’un raid de l’Armée de l’Air israélienne en mai dernier.

 

En 2007, la Ména avait, d’autre part, révélé, en exclusivité mondiale, l’attaque et la destruction par le Khe’l Avir d’un réacteur nucléaire dans l’est de la Syrie. Le gouvernement américain avait, quelques jours plus tard, confirmé notre information.

 

Aucun commentaire officiel n’a été fait en Syrie, en Iran ou en Israël concernant la neutralisation des cinq scientifiques.

 

Les journaux du régime alaouite accusent quant à eux le Front al Nosra, la branche syrienne d’Al Qaeda, de ces assassinats. Mais rien n’est plus incertain, car il se pourrait que des pays voisins, profitant du désordre général causé par la guerre civile et l’avancée des forces islamiques, aient décidé de se débarrasser de ces scientifiques, dont ils jugeaient que les activités menaçaient leur sécurité.

 

 

Les Kurdes coupent l’axe d’approvisionnement principal de l’Etat Islamique

 

Dans le nord de la Syrie, à proximité de la frontière turque, les forces kurdes, les YPG (Unités de Protection du Peuple) se sont emparées de la totalité de la ville de Tell Abyad, qui se trouvait aux mains de l’Etat Islamique, et constituait le point de passage principal utilisé par le Califat pour ses échanges avec la Turquie.

 

A la suite de cette victoire kurde, stratégiquement plus significative encore que celle remportée à Kobané, les YPG ont complété leur prise de contrôle d’une bande continue de territoire, d’une longueur d’environ 500 kilomètres, allant de la frontière irakienne jusqu’aux alentours de Jarabulus, à une trentaine de kilomètres au sud-ouest de Kobané. La progression des combattants kurdes a été coordonnée avec les bombardements aériens réalisés par la coalition internationale et visant l’Etat Islamique.

 

Suite à la chute de Tell Abyad, Raqqah, la capitale officieuse de DAESH en Syrie, n’est plus reliée à la Turquie que par des points de passage difficiles d’accès, dangereux, et éloignés de plusieurs centaines de kilomètres.

 

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Carte de la situation des Kurdes syriens à la mi-juin 2015

 

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Carte de la situation des Kurdes syriens telle qu’elle se présentait en octobre 2014

 

Ces dernières voies de communication sont, d’autre part, menacées par la poursuite de la progression des forces kurdes, qui tentent maintenant de faire la jonction entre le canton kurde de Kobané et celui d’Afrin, à l’extrême nord-ouest de la Syrie (voir la carte).

 

Les échanges avec la Turquie sont indispensables à l’EI pour la poursuite de la guerre. C’est par Tell Abyad, qui fait face à la localité turque d’Akçakale, que DAESH recevait des armes, des munitions, ainsi que des renforts constitués par des sympathisants islamistes venant de Turquie et du monde entier. Dans le sens inverse, ISIS exportait le pétrole qu’elle exploite, de même que les objets historiques qu’elle pille dans les sites archéologiques des territoires qu’elle contrôle. Ce trafic est rendu possible grace à la coopération active du gouvernement de Recep Tayip Erdogan, qui soutient discrètement le Califat Islamique, en dépit de la participation de la Turquie à l’OTAN.

 

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Les Peshmergas fêtent la prise de Tell Abyad


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La coopération entre Israël et l’Arabie saoudite se précise (info # 011406/15) Version imprimable
Analyse
dimanche, 14 juin 2015

 

Par Guy Millière

 

J’ai été très sévère avec Barack Obama depuis son arrivée à la Maison Blanche, et je ne le regrette pas une seconde. Je n’ai pas un mot à retirer de l’ensemble des critiques que j’ai pu formuler concernant le président américain depuis son arrivée sur la scène politique et, surtout, depuis son élection en novembre 2008.

 

J’ai pris date à l’époque, en disant que Barack Obama serait le pire président de l’histoire des Etats Unis ; il est effectivement le pire président de l’histoire des Etats Unis. J’ai dit, dès novembre 2008, qu’il était le pire ennemi qu’Israël ait eu à la tête des USA, et il l’est. Quand viendra l’heure du bilan, je dresserai le bilan.

 

Parce que sa malfaisance s’est heurtée aux réalités souvent plus complexes que les idées abstraites, Obama a, cela dit, obtenu des résultats qui n’étaient pas toujours ceux qu’il escomptait.

 

Il ne s’attendait à l’évidence pas à ce que les Frères Musulmans soient balayés un an environ après leur arrivée au pouvoir au Caire, et il s’attendait moins encore à ce qu’ils soient remplacés par quelqu’un comme le Président Abdel Fattah Al Sisi, qui apparaît de plus en plus nettement comme un homme situé aux antipodes de l’islam radical.

 

Obama ne s’attendait pas non plus à un événement géopolitique bien plus étonnant encore : le rapprochement entre Israël et l’Arabie Saoudite.

 

Bien des choses séparent les deux pays : l’un est une démocratie capitaliste de type occidental, où existent la liberté de parole et celle d’entreprendre, l’autre est une monarchie absolue au fonctionnement féodal. Israël ne peut oublier que l’Arabie Saoudite a soutenu ses pires ennemis dans un passé assez récent. L’Arabie Saoudite, quant à elle, ne peut si aisément tendre la main à un pays officiellement diabolisé dans tout le monde musulman.

 

Néanmoins, les deux pays discernent que le danger principal et crucial est l’Iran des mollahs ; tous deux, alliés des Etats Unis, voient l’administration Obama les trahir et sont résolument hostiles au rapprochement entre Washington et Téhéran. L’un et l’autre pays sont confrontés à l’autre danger régional qu’est l’Etat Islamique, et discernent que les Etats Unis de l’administration Obama ne font quasiment rien pour contrer cette menace.

 

Des contacts discrets ont lieu depuis plusieurs années entre Israël et l’Arabie Saoudite au niveau militaire et stratégique.

 

Ces contacts se font désormais moins discrets. Lors d’un événement récent organisé à Washington par le Council of Foreign Relations (lit. conseil des relations étrangères), le représentant du gouvernement israélien, Dore Gold, s’exprimait depuis la tribune. Or le représentant du gouvernement saoudien, le général Anwar Majed Eshki, partageait la tribune avec Dore Gold.

 

Lorsqu’ils ont parlé l’un et l’autre, leur convergence de vues sur l’Iran, sur les projets américains concernant l’Iran, sur le péril majeur constitué par l’accès de l’Iran au nucléaire militaire, et sur une hégémonie régionale de l’Iran était frappante, tout comme leur convergence de vues à propos de l’Etat Islamique.

 

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Anwar Eshki et Dore Gold

 

Certaines positions énoncées par Anwar Majed Eshki n’ont pas été reprises par Dore Gold. Elles sont pourtant dignes d’intérêt. Le général saoudien a évoqué la nécessité d’un changement de régime en Iran, et la création d’un Etat kurde.

 

L’Arabie Saoudite ne reconnaît toujours pas Israël, mais Anwar Majed Eshki a redit que l’Arabie Saoudite était prête à reconnaître Israël dans le cadre du plan de paix saoudien.

 

Il est évident que le plan de paix saoudien est inacceptable par Israël, mais Israël peut se dire ouvert à la possibilité d’en parler : dès lors que l’Arabie Saoudite se dit ouverte au dialogue, il existe la possibilité d’être d’accord pour n’être pas d’accord, sans hypothéquer le futur.


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Syrie : l’aéroport d’al Thaala tombe à son tour (info # 011106/15) Version imprimable