Une tache de barbarie à la surface de la Terre (info # 010502/16) Version imprimable
Analyse
vendredi, 05 février 2016

 

Par Sami El Soudi

 

Il y a maintenant plusieurs années de cela, le magazine français Télérama, appartenant au groupe Le Monde, se moquait de la Ména parce qu’elle me comptait dans ses rangs et que j’étais un improbable "Palestinien pro-israélien !".

 

Le public a sans doute eu le temps de se demander, depuis, qui d’une terroriste de treize ans poignardant un Juif ou de Sari Nusseibeh, universitaire qui œuvre avec des Israéliens à la recherche d’une solution applicable du différend israélo-palestinien est le plus efficace pour faire avancer notre cause. Et qui, d’Ismaïl Hanya, dirigeant du Hamas, qui prône l’éradication de l’Etat hébreu et qui construit des chars d’assaut en bois, ou de Salam Fayyad, ex-Premier ministre de l’Autorité Palestinienne, qui a tenté de nous doter de structures et d’infrastructures étatiques en évitant la confrontation avec Israël, pose un réel problème politique pour la coalition Netanyahu. 

 

Je suis un Arabe et un Palestinien athée, né dans une famille sunnite. Mon père, qui se rendait à la mosquée plusieurs fois par jour, avait appris à ses enfants à respecter tout le monde, à commencer par les chrétiens et les Juifs, à ne pas avoir de préjugés basés sur l’origine des personnes, à prendre le temps de discerner nos objectifs personnels ainsi que la manière de les atteindre, et à bien réfléchir avant de nous exprimer.

 

C’est l’héritage précieux qu’il nous a légué. J’ai tourné le dos depuis longtemps à la religion mais je sais qu’il existe des dizaines de millions de mahométans paisibles qui ne demandent qu’à vivre leur vie en laissant les autres poursuivre la leur. Je connais personnellement aussi des dizaines d’agnostiques arabes, et je crois qu’il en existe quelques millions parmi le milliard et demi de musulmans vivant actuellement sur Terre. Ils sont contraints de dissimuler leurs opinions car ils vivent au sein d’une culture dans laquelle il est interdit de ne pas croire.

 

sacsenpapier.jpg

Ces hommes dont la tête a été recouverte d’un sac en papier

vont être exécutés sans jugement en pleine rue à Gaza

Ils sont soupçonnés d’avoir communiqué avec l’ennemi

 

Depuis l’éclatement de l’Intifada des couteaux, je traverse une déprime intellectuelle profonde. Non pas une dépression psychologique, mais une remise en question de ma motivation ainsi que de mes finalités. Je ne chôme pas pour autant, essayant de me trouver au plus près des milieux de poignardeurs pour comprendre ce qui les pousse à agir, des autorités de l’AP, pour observer leurs réactions, des sympathisants islamistes connus en Cisjordanie, ainsi que des familles des terroristes-assassins, afin de mesurer les intentions des foules lors des enterrements, ce qui m’aide à me figurer la voie vers laquelle se dirige la cause palestinienne. Une cause pour laquelle j’avais décidé de consacrer mon existence, allant jusqu’à suivre Yasser Arafat au Liban, puis dans son exil tunisien, avant de le quitter alors qu’il occupait la Moukata de Ramallah, horrifié par sa pédophilie étalée aux yeux de tous, et par ses agissements qui nous conduisaient droit à l’apocalypse plutôt qu’à la paix.

 

Cette semaine, alors que j’assistais aux obsèques d’un homme qui avait tué une jeune israélienne, j’ai entendu les participants hurler qu’il était désormais temps d’utiliser des armes automatiques pour éliminer les Juifs.

 

Je n’ai pas discerné la moindre expression de regret ou d’humanité. La moindre trace d’intelligence ou de désir construit d’édifier l’Etat de Palestine. Je n’ai vu que bave et rage, que besoin de tuer ; en fermant les yeux j’avais l’impression d’être entouré de morts-vivants en train d’avancer, tels qu’on les voit dans les films d’horreur.

 

J’ai ressenti instinctivement qu’il était temps pour moi de faire un pas de retrait et de réflexion pour envisager la poursuite de mes combats politiques. Je l’écris comme je le pense : non seulement je ne parviens pas à me reconnaître au milieu de ces individus déshumanisés, mais je me surprends à n’avoir plus rien en commun avec eux. Et je me demande si je pourrais vivre dans l’Etat de Palestine en leur compagnie et aussi si j’en ai l’envie, mais j’éprouve en réponse l’inverse d’une certitude.

 

La question n’est cependant pas à l’ordre du jour, puisque l’écrasante majorité de mon peuple a pris un chemin qui ne mène pas à l’émancipation mais à la destruction et au suicide. Ces gens baignent dans un environnement mental hétéroclite, fait d’une bonne dose d’islamisme, même si je doute que la plupart d’entre eux entende quoi que ce soit à la religion, de nationalisme arabe, du remord de n’être pas en train de combattre en Syrie et en Irak, de délabrement matériel autant que mental, nourri par une vie de promesses infondées et donc inévitablement pas tenues, et d’une poussée de monoculturalisme assorti de son lot de racisme, de xénophobie et d’antisémitisme.

 

Le pire étant que je suis convaincu – parce que je leur parle autant que faire se peut, ce qui est délicat, car raisonner les irrite rapidement - qu’aucun de ceux que je vois s’agiter autour de la dépouille du terroriste n’est intellectuellement capable d’assimiler le contenu du paragraphe précédent. Ils sont comme une potion médicamenteuse dont on ignorerait les ingrédients mais qui s’intitulerait "Aliénation mortelle". 

 

Ils ne cherchent nullement à remporter un quelconque combat, mais uniquement à tuer des ennemis et à mourir ensuite pour atteindre le ciel et les vierges qui s’y prélassent en les y attendant. Ils en sont à ce point persuadés qu’ils le crient en chœur à la moindre occasion.

 

Ils ne sont responsables de rien, ils sont irresponsables, la vie terrestre n’a aucune valeur à leurs yeux, la mépriser, c’est se rapprocher d’Allah, tout est la faute de l’autre, et l’autre le plus proche est l’Israélien. Donc ils se jettent sur les Israéliens pour les tuer.

 

Leur "détermination", en fait leur délire, impressionne les journalistes et les gouvernements des Etats industrialisés qui ne s’intéressent pas vraiment à la situation que je décris. Cela les pousse à s’auto-flageller et à leur montrer de la compassion au détriment des Israéliens. Au point que l’un des membres de notre rédaction a écrit cette semaine sur Facebook que "si ce sont des terroristes", comme la Ména l’écrit, "ce sont des monstres. Mais si ceux qui commettent ces crimes sont des Palestiniens", comme le rapportent les media occidentaux, "alors les Palestiniens sont des monstres".

 

Ce n’est pas tout de l’aveuglement du monde chrétien : la situation que je décris en Cisjordanie est la même que celle qui ravage actuellement la presque-totalité du monde musulman. Or face à une violence inouïe qui les effraye, les Occidentaux ont perdu leurs repères, et, partant, l’énergie nécessaire à se protéger. Au prétexte d’éviter l’islamophobie et l’amalgame, ils ont abandonné leur sens critique et ne discernent plus le phénomène abominable qui se déroule pourtant sous leurs yeux. C’est donc moi, un Arabe, pétri de honte et de repentir, pour sauver l’honneur des quelques-uns, à l’instar de ceux que j’ai déjà cités et d’esprits supérieurs à l’image de l’écrivain Boualem Sansal, qui vais leur proposer un petit récapitulatif.

 

Actuellement, sur l’ensemble du globe, de manière systématique et au nom de l’islam :

 

Seuls des musulmans participent à des guerres.

Seuls des musulmans tranchent les têtes de leurs adversaires.

Seuls des musulmans les brûlent vifs.

Seuls des musulmans les noient.

Seuls des musulmans pendent leurs détracteurs.

Seuls des musulmans procèdent à la pendaison par étouffement.

Seuls des musulmans condamnent des gens à la décapitation par le sabre.

Seuls des musulmans procèdent à la crucifixion.

Seuls des musulmans précipitent des condamnés depuis le toit des immeubles.

Seuls des musulmans condamnent les homosexuels à mort.

Seuls des musulmans ont recours à la lapidation.

Seuls des musulmans réalisent l’ablation punitive de certaines parties du corps.

Seuls des musulmans condamnent des gens à recevoir des centaines de coups de fouet.

Seuls des musulmans pratiquent le terrorisme, tant dans leurs régions que dans les pays étrangers.

Seuls des musulmans assassinent sans discernement des êtres humains, sans les avoir identifiés autrement que par leur supposée identité nationale ou religieuse.

Seuls des musulmans pratiquent des assassinats-suicides

Seuls des musulmans pratiquent des assassinats à la voiture tueuse.

Seuls des musulmans assassinent des journalistes dans leur rédaction.

Seuls des musulmans assassinent des gens attablés dans des restaurants.

Seuls des musulmans assassinent des gens assistant à des spectacles.

Seuls des musulmans assassinent des Juifs, y compris des enfants, dans des écoles.

Seuls des musulmans assassinent des Juifs dans des supermarchés casher.

Seuls des musulmans assassinent des innocents dans des gares et des stations de métro.

Seuls des musulmans assassinent des Juifs dans des musées.

Seuls des musulmans ont assassiné 2 500 innocents n’ayant jamais offensé l’islam (le 11 septembre 2001 aux Etats Unis) en une seule journée.

Seuls des musulmans détruisent des lieux de culte d’autres religions.

Seuls des musulmans détruisent des vestiges historiques appartenant au patrimoine de l’humanité.

Seuls des musulmans invoquent le nom de Dieu lorsqu’ils assassinent.

Seuls des musulmans réduisent des êtres humains à l’esclavage et à l’esclavage sexuel.

Seuls des musulmans œuvrent en faveur d’une doctrine visant à soumettre le monde à leur croyance.

Seuls des musulmans épousent des enfants impubères. [1/3 des mariages célébrés en Turquie le sont avec des mineurs. Source : Fonds des Nations Unies pour la Population. Ndlr.].

Seuls des musulmans condamnent à mort les femmes prétendument infidèles.

Seuls des autorités d’Etats et d’entités étatiques musulmans honorent les terroristes pour les assassinats qu’ils ont commis.

Seuls des musulmans persécutent, chassent et massacrent les minorités qui vivent parmi eux, Yazidi, Kurdes, Coptes, chrétiens, zoroastriens, bahaïs, bouddhistes, etc.

En 1960, le Liban était un pays à majorité chrétienne ; les membres de cette communauté ne représentent plus aujourd’hui que vingt pour cent de la population.

En 1950, les chrétiens constituaient 85 % de la population de Bethlehem, ils sont aujourd’hui 35 %. Le même phénomène se retrouve partout en Cisjordanie, où des communautés entières ont émigré à l’étranger, notamment en Amérique du Sud.

Il reste 350 000 chrétiens en Irak, en 1980, ils étaient un million. Les chrétiens d’Irak sont en voie de disparition.

Seuls des Etats musulmans menacent d’autres Etats d’éradication.

Les seuls Etats à nier l’extermination industrielle des Juifs durant la Seconde Guerre Mondiale sont musulmans.

Le seul Etat dans lequel selon l’OMS plus de 90 % des femmes sont exclitorisées est musulman (l’Egypte).

Seuls des musulmans pratiquent le viol de masse.

Seuls des musulmans pratiquent le Crime d’honneur.

Seuls des musulmans masquent la totalité du corps des femmes y compris leurs yeux.   

Seuls des musulmans punissent les femmes qui montrent leur visage.

Il n’existe qu’un seul Etat musulman réellement démocratique : la Tunisie.

Seuls des musulmans punissent les femmes qui se trouvent en compagnie d’hommes n’appartenant pas à leur famille.

 

Si j’ai mentionné le moindre crime exclusivement musulman par erreur ou pratiqué le moindre amalgame, je vous invite à le faire savoir à la rédaction et je m’engage à apporter les corrections nécessaires.

 

Si vous assimilez le fait d’établir la liste des crimes exclusivement pratiqués par des musulmans à de l’islamophobie, c’est que vous entendez museler l’expression de la réalité.

 

Ceux qui prétendent qu’une religion dont les membres s’adonnent aux genres de crimes figurant sur cette liste et dans les quantités où ils les perpètrent est une "religion de paix", devraient être invités à s’expliquer. En ce qui me concerne, je crois que le monde serait largement plus viable et paisible si cette croyance n’existait pas et qu’elle est un fléau pour les êtres humains et les nations, dont la mienne. Une tache de barbarie à la surface de la Terre.

 

J’ai honte.


 
Le délit d’antisionisme, crime contre l’humanité ? (info # 010302/16) Version imprimable
Analyse
mercredi, 03 février 2016

 

Par Claude Berger*

 

Manuel Valls, le Premier ministre français, s’efforce de rassurer la communauté juive et ceux qui, en dehors d’elle, s’inquiètent de la banalisation de l’antisémitisme et de l’augmentation des agressions antijuives. Mais le Premier ministre n’a pas vu que la donne a changé : si l’antisémitisme identitaire se conjuguait jusqu’ici avec l’islamisme, l’islamo-gauchisme et le vieux tiers-mondisme pour nourrir l’antisionisme, c’est désormais la diabolisation d’Israël et l’antisionisme qui nourrissent l’antisémitisme, faisant des Juifs des représentants d’un pays étranger, voire « illégitime », qui n’auraient pas leur place ici.

 

A tel point qu’il devient méritoire d’afficher en public une simple évocation positive d’Israël, un pays confronté à l’islamisme depuis l’origine de son existence. Alors qu’auparavant, après la Shoah et la culpabilisation des propos antisémites, on a évolué inconsciemment de peuple de trop à pays de trop pour condamner Israël ; on passe désormais de pays de trop à peuple de trop pour ostraciser les Juifs. Ce n’est pas tant le nombre des attentats et d’actes antisémites commis en France qui mine les Israélites de l’Hexagone, que ce sentiment d’une nouvelle exclusion qui les met en porte-à-faux et les pousse à partir.

 

M. Valls n’a sans doute pas remarqué que c’est son propre gouvernement, encadré par ses mouvances de gauche, qui mène une stratégie de diabolisation d’Israël en ne s’opposant pas à des démarches caricaturalement hostiles à l’Etat hébreu, auprès de l’UNESCO ou au sein de l’ONU. Des démarches  allant jusqu’à islamiser des sites historiques juifs dans le seul but de faire porter la responsabilité du conflit par Israël, accusé « d’occupation » et de « répression » de façon à l’assimiler à un Etat colonial et partant, illégitime.

 

vallsyna.jpg

Obliger Jérusalem à ne conserver que 14km d’Israël entre des terroristes islamistes et la mer ?

Une nouvelle acception de l’amitié ? De la fraternité ?

 

L’ensemble des media convertis à la même obédience participe à la manipulation des opinions publiques par une sémantique appropriée. On ne parle plus de Judée et de Samarie mais de « Cisjordanie ». On évoque des territoires occupés et non pas disputés, pour cacher que ces territoires ont été repris, en 1967, par Israël aux Jordaniens, qui les occupaient depuis 1948.

 

Initialement destinés par l’ONU, en novembre 1947, à l’installation de deux pays [le Plan de partage. Ndlr.], les forces arabes et les Arabes de Palestine, obnubilés par leur seul refus d’un Etat juif, n’ont jamais songé à y constituer le leur, pendant que les « territoires » étaient occupés, vingt ans durant, par les Jordaniens.

 

Dans le même temps, les Juifs étaient chassés des pays musulmans suite aux défaites des armées arabes à l’issue des guerres de 1948 et de 1967, dont l’unique but était d’éradiquer le nouvel Etat d’Israël.

 

Le retour à la ligne de 1967 prôné par la France veut simplement faire oublier qu’il s’agissait de la ligne d’armistice de 1948 entre Israéliens et Jordaniens et ne correspondait pas à une frontière consensuelle entre eux, et moins encore avec les Palestiniens, qui ne se doteront d’une structure nationaliste que bien plus tard, en 1964.

 

Cette exigence française est donc partiale voire intolérable, comme l’est la nouvelle menace de M. Fabius, qui désire contraindre les Israéliens à se soumettre aux volontés d’une conférence internationale, et reconnaître l’Etat de Palestine de façon aussi unilatérale que le Pape François.

 

Or l’Autorité palestinienne n’a rien d’un Etat, en l’absence d’unité politique et territoriale entre Ramallah et Gaza tenu par le Hamas ainsi que de tolérance pour les minorités soumises à leur gouvernance. Rien à voir avec Israël, le soi-disant « Etat  raciste » de Rony Brauman, qui abrite 20% d’Arabes sur son sol, au bénéfice des mêmes droits que les autres citoyens.

 

En fait, le mouvement palestinien n’est pas hanté par l’envie de construire son Etat mais plutôt motivé par son désir perpétuel de détruire Israël et d’éradiquer les Juifs. De plus, le refus du fait juif dans l’histoire, et donc du pays juif, est gravé dans l’islamisme aussi bien que dans l’islam, et c’est ce refus qui a gagné la politique étrangère de la France.

 

Tant que la France ne changera pas de politique à l’égard d’Israël, confronté à l’islamisme depuis sa naissance et au mufti hitlérien de Jérusalem, qui dirigeait le mouvement palestinien durant la Seconde Guerre Mondiale, on peut légitimement douter du bienfondé de son action, non seulement pour les Juifs, mais également pour la sécurité des Français, désormais confrontés au même terrorisme que les Israéliens.

 

La négation du peuple juif, de son histoire et de ses liens avec la terre d’Israël de façon ininterrompue depuis l‘antiquité tient au cœur de tous les antisionistes. Ce nouveau négationnisme est aussi criminel que l’antisémitisme.

 

Nouveau ? Pas vraiment, en fait… Le Rabbin Yehiel de Paris gagna déjà la Terre d’Israël après que le « bon » roi Louis IX, dit Saint Louis, eut fait brûler le Talmud en Place de Grève. Et Maïmonide se rendit à Jérusalem après l’instauration de la dictature musulmane des Almohades en Andalousie.

 

Les cabalistes espagnols, et Joseph Caro parmi eux, fuyant l’inquisition, s’installèrent à Safed en Galilée. Caro, en y écrivant le "Choulkhan aroukh [la table dressée. Ndlr.]", le principal code de la Loi juive, deviendra le plus grand décideur halakhique dans l’histoire du judaïsme.

 

Bien plus tard, Moses Hess, après avoir rompu, en 1862, avec Engels et Marx, devenu antisémite – tous trois collaboraient au même journal, la Rheinische Zeitung (le journal du Rhin) - détecta sous des formes séculières un combat entre la pensée de Rome et celle de Jérusalem. Une confrontation  qui invita Hess à restaurer l’idée d’un Etat-nation juif. Mort en 1875, Moses Hess a été ré-enterré en 1961 dans le village de Kinnereth, aux côtés d’autres grands philosophes du sionisme socialiste. Un autre village porte son nom – Kfar Hess (Heb. Kfar, village) – au centre d’Israël.

 

En France (1306), les Juifs ont été expulsés et interdits quatre siècles durant, de 1394 à 1791, après avoir subi une mesure similaire en Angleterre (1290) et avant qu’elle ne les frappe en Espagne (1492).

 

Il reste naturellement un petit quelque chose de ces bannissements dans l’inconscient de certains ignorants, y compris chez certains Juifs tentant de fuir leurs origines.

 

A l’inverse de la véritable culture française, qui, de Rabelais à Renan et à Victor Hugo, reconnait l’apport des Juifs et du judaïsme dans son rayonnement.

 

Après être revenus sur le caractère précaire des Israélites dans les grands Etats d’Europe, il serait  salutaire, pour rappeler à Brauman et à Fabius le lien immémorable qui unit leur peuple à sa terre, de citer ce qu’en dit Chateaubriand lorsqu’il se rend à Jérusalem, où les Juifs sont majoritaires dès le XIXème siècle : « Quand on voit les Juifs dispersés sur la terre selon la parole de Dieu, on est surpris sans doute mais pour être frappé d’un étonnement surnaturel, il faut les retrouver à Jérusalem, il faut voir ces légitimes maîtres de la Judée esclaves et étrangers dans leur propre pays… Si quelque chose parmi les nations, porte le caractère du miracle, nous pensons que ce caractère est ici. ». (Itinéraire de Paris à Jérusalem).

 

Le même Chateaubriand, visionnaire, écrivait à propos de l’Orient musulman qui entourait Jérusalem : « Qu’en sortira-t-il ? Recevrons-nous le châtiment mérité d’avoir appris l’art moderne des armes à des peuples dont l’état social est fondé sur l’esclavage et la polygamie ? Avons-nous porté la civilisation au dehors ou avons-nous amené la barbarie dans l’intérieur de la chrétienté ?... Je ne me laisse pas éblouir par des bateaux à vapeur et des chemins de fer, par la vente du produit des manufactures… tout cela n’est pas de la civilisation… » (Mémoires d’Outre-tombe, p.390 T2).

 

 

 

Note :

 

*auteur de « Pourquoi l’antisémitisme », « En finir avec le salariat » et « Itinéraire d’un Juif du siècle » (Aux Editions de Paris)


pour lire la suite...
 
Antisémitisme en France : il est très tard, peut-être trop tard (info # 013101/16) Version imprimable
Analyse
dimanche, 31 janvier 2016

 

Par Guy Millière

 

Qui peut l’ignorer ? Un débat a récemment eu lieu en France concernant le port de la kippa. Ce débat venait après l’agression d’un enseignant juif à Marseille par un adolescent musulman passé au djihad. Zvi Ammar, président du consistoire israélite de Marseille, a recommandé aux Juifs français de s’abstenir de porter la kippa, par prudence. De vives critiques se sont élevées à son encontre. Joël Mergui, président du consistoire central, tout en disant comprendre la volonté de prudence de Zvi Ammar, a ajouté que le non port de la kippa ne résoudrait pas la question du terrorisme. Meyer Habib et Claude Goasguen, portant la kippa dans le hall de l’Assemblée Nationale, ont appelé à ne pas reculer. Roger Cukierman et Haïm Korsia sont allés dans le même sens. Divers dirigeants politiques français non juifs ont eux aussi appelé les Juifs à « ne pas renoncer ».

 

Je comprends la recommandation de Zvi Ammar. Je suis toutefois en plein accord avec Joël Mergui, Meyer Habib, Claude Goasguen, Roger Cukierman et Haïm Korsia. Je comprends aussi les dirigeants politiques français non juifs qui ont appelé les Juifs à « ne pas renoncer ».

 

Je pense, cela dit, qu’il est très tard, peut-être trop tard.

 

Le nombre des agressions antisémites en France s’est considérablement accru ces dernières années, et il risque fort de continuer à augmenter.

 

Les raisons à cela sont claires.

 

La première de ces raisons est que le combat contre l’antisémitisme en France a été fort peu et fort mal mené ces dernières années. Les organisations antiracistes déclarées comme telles combattent volontiers l’antisémitisme quand il vient de l’extrême droite. Elles sont beaucoup plus mal à l’aise quand il provient de la communauté musulmane et quand il participe ainsi de l’antisémitisme islamique.

 

quenelle.jpg

Faute de combattre l’antisémitisme là où il se trouve,

l’antisémitisme s’étend

 

Le problème réside en cela que l’essentiel de l’antisémitisme en France aujourd’hui n’est pas un antisémitisme d’extrême droite, mais précisément un antisémitisme islamique : ni Mohamed Merah, ni Medhi Nemmouche, ni Amedy Coulibaly, ni le jeune musulman de Marseille qui a agressé le professeur ne relèvent en quoi que ce soit de l’extrême droite. Lorsqu’on veut mener un combat efficace, je l’ai déjà écrit, et je dois l’écrire encore, il faut viser juste : viser à côté de la cible conduit immanquablement à rater celle-ci. Le combat mené contre l’antisémitisme en France aujourd’hui vise, quasiment sans cesse, à côté de la cible.

 

La deuxième raison est qu’il existe, bien plus largement, une peur de regarder en face l’islam tel qu’il est aujourd’hui. Il en résulte concrètement que des ouvrages antisémites circulent dans les librairies islamiques de France, à l’instar de nombre de pays musulmans où l’antisémitisme est omniprésent et légal. La principale organisation musulmane en France est une branche des Frères Musulmans, organisation antisémite guidée par les écrits d’hommes vecteurs d’un antisémitisme virulent, tels Sayyid Qutb. L’un des principaux prêcheurs de l’organisation, Youssouf al Qaradawi, est non seulement un antisémite virulent, mais également un admirateur avéré d’Adolf Hitler. La peur fait que ces données, pourtant élémentaires et flagrantes, ne sont jamais rappelées à la population, ou bien de manière fragmentaire et très édulcorée. La peur crée un effet d’aveuglement, voire de complaisance.

 

La troisième raison est que des organisations qui cachent leur antisémitisme derrière un discours « antisioniste » répandent sans cesse leur venin et leurs mensonges, et, qu’en parallèle, les reportages et les nouvelles diffusés dans la quasi-totalité des media sont résolument biaisés et ressemblent souvent à des appels à la haine à l’encontre d’Israël. Dès lors que le public exposé à ce genre de reportages et de nouvelles n’ignore pas qu’Israël est le pays juif, il n’y a rien d’étonnant à ce qu’en résulte une animosité antijuive qui ne cesse de croître. La haine aux dépens d’Israël s’est ainsi ancrée dans les esprits.

 

La quatrième raison est qu’il existe en France, comme en divers autres lieux d’Europe, un antisémitisme subconscient qui vient de deux millénaires d’antisémitisme omniprésent.

 

Je suis persuadé, en ce contexte, que si, en janvier 2015, il y avait eu uniquement une attaque contre un supermarché casher, il n’y aurait pas eu de manifestation du 11 janvier, car l’agression n’aurait touché que des Juifs. Je suis convaincu que le fait que l’ambassadeur de France aux Etats Unis ait, au lendemain des attentats du 13 novembre dernier, utilisé des mots qui ressemblaient à ceux de Raymond Barre après l’attentat de la rue Copernic en 1980, et fait une distinction entre un attentat visant des Juifs et un attentat touchant des Français innocents n’est pas un hasard, mais la traduction d’un sentiment malsain et latent, très répandu en France, et que je vois trop souvent suinter à la surface des discours.

 

Je pense, malheureusement, qu’il est très tard, peut-être trop tard.

 

Des tendances lourdes, très lourdes, sont à l’œuvre.

 

Je ne m’attends pas à ce que le combat contre l’antisémitisme en France, comme ailleurs en Europe, se mette à viser ce qui devrait être sa cible. Des associations de lutte contre l’ « islamophobie » pousseraient aussitôt de hauts cris, et seraient très vraisemblablement entendues : il y a au moins dix fois plus de musulmans que de Juifs en France, et cela rend certains cris plus audibles que d’autres.

 

Je ne m’attends pas non plus à ce que des tentatives de regarder l’islam en face, tel qu’il est aujourd’hui (et ce qui en résulte concrètement) et à ce que la peur, l’aveuglement, la complaisance, se dissipent. Ce, pour la même raison qu’il y a au moins dix fois plus de musulmans que de Juifs en France. Le poids de l’islam et de ses versions radicales s’accentue dans la société et ce phénomène va vraisemblablement se poursuivre et s’accentuer. Les livres portant un regard critique, ou simplement lucide, sur l’islam sont en voie de disparition.

 

Je m’attends à ce que le venin et les mensonges répandus par les organisations qui cachent leur antisémitisme derrière l’ « antisionisme » se répandent davantage encore, et à ce que les reportages et les nouvelles biaisés, ressemblant à des appels à la haine d’Israël, se multiplient, toujours plus haineux. Le nombre de militants d’organisations « antisionistes » persuadés de défendre une juste cause semble s’accroitre, et ces militants ne discernent même plus qu’ils répandent du venin et des contre-vérités. Le nombre de journalistes auteurs de reportages et de nouvelles biaisés s’accroît également, et les journalistes en question n’ont pas conscience de diffuser des informations bidouillées. La haine aux dépens d’Israël va continuer à se répandre dans les esprits, de même que l’animosité antijuive qui en résulte.

 

L’antisémitisme subconscient s’appuie sur deux millénaires d’antisémitisme et ne s’effacera pas si facilement, d’autant plus qu’il est subconscient.

 

Les propos de Raymond Barre en 1980 avaient choqué. Les propos de l’ambassadeur de France aux Etats Unis, en 2015, n’ont choqué que des Juifs.

 

pour lire la suite...
 
Corneille : une politique pour aujourd’hui (info # 012801/16) Version imprimable
Analyse d'une oeuvre
jeudi, 28 janvier 2016

 

Par Llewellyn Brown

 

HORIZONTALITE OU VERTICALITE ?

 

Le peintre et poète Michaux n’aimait pas les chaises, qui contraignent à une posture verticale : son poème « Clown » en témoigne, dans l’accent qu’il met sur la notion de l’horizontalité : « Anéanti quant à la hauteur », « à force d’être nul / et ras… / et risible… ». Cette attitude est loin d’être anecdotique : en 2014, le psychanalyste et écrivain Gérard Wajcman conçut une exposition1 autour de la perception que, du Mur de Berlin aux Tours jumelles, « le XXème siècle est né dans les chutes ». A cette exposition, il donna le titre beckettien « All that falls2 » (Tous ceux qui tombent). En effet, le motif de la chute ouvre une question politique à laquelle Corneille apporte une réponse.

 

Que vient faire ici le nom de Pierre Corneille ? On le lit rarement aujourd’hui : même à l’école, on lui préfère son successeur, Racine. Certes, on connaît « Le Cid » (pièce “raciste”, parce que Rodrigue y vainc les Maures ?), on poussera jusqu’à « L’Illusion comique », pièce haute en couleur : du théâtre dans le théâtre, et à « Horace », tragédie de forme très régulière, mais guère plus loin : de nombreuses pièces demeureraient en grande partie inconnues, sans les splendides mises en scène de Brigitte Jaques-Wajeman.

 

Une réaction exprimée par des élèves en classe est éclairante : quand un personnage comme Rodrigue doit combattre le père de son amante, Chimène, au risque de le tuer et de s’attirer la haine de cette dernière, on s’étonne : mais pourquoi ne s’arrangent-ils pas ?

 

Or justement, dans un contexte où domine une certaine conception de l’héroïsme, rien ne “s’arrange” ! C’est donc bien ici que, situé au seuil de notre époque moderne (rappelons que le Grand siècle vit le triomphe de la rationalité, avec l’essor de la science et du capitalisme) que Corneille peut nous instruire. Dans ses pièces, on ne « tombe » que pour mieux porter haut son honneur, que jamais l’on n’acceptera de brader. Bien au contraire, Rodrigue et Chimène ne pourront s’aimer que devant cette impossibilité radicale d’accorder l’honneur (inscrit dans un lien à la lignée familiale et à l’Etat) et l’amour (témoignant du singulier) : chacun revendique ces qualités dans leur entièreté, et aucun des deux n’accepterait que son partenaire renonce à son honneur au profit d’un amour fondé sur un compromis avilissant. Ni l’honneur ni l’amour ne se monnaient !

 

C’est bien ce « nœud de la gloire » (selon le terme forgé par François Regnault3), situé au cœur de la tragédie classique, que notre époque a du mal à comprendre. Nous avons bien plutôt l’idée que, grâce au capitalisme, le progrès est à notre portée et que tout est négociable ; l’honneur est devenu une valeur désuète, parce que trop coûteuse. Pour nos contemporains, tout peut se diluer dans des échanges qui ne coûtent rien et qui demeurent sans perte : il suffit de n’être pas “raciste”, de ne pas faire d’“amalgame”, d’aimer l’“autre” et de soutenir le “développement durable” (vraiment : la quadrature du cercle !). La réalité se charge de battre en brèche cette vision idyllique qui obnubile nos bien-pensants. Or ce que nous offre Corneille, c’est la possibilité de l’insoumission.

 

UNE MACHINE PASSIONNELLE

 

Alors, poussiéreux, le vieux Corneille ? Loin s’en faut ! Voyons d’abord le fameux alexandrin, qui peut faire reculer certains. Les pièces classiques sont composées entièrement de monologues, de tirades et de dialogues en cette forme, où les héros déploient ce qui les habite. Chez Corneille comme chez Racine, ces discours montrent à quel point le rationalisme, dans la logique qui se joue à chaque instant de la parole, peut être non pas sec ou austère, mais passionnel. La Tragédie (chez Shakespeare aussi) est cette forme qui donne de la hauteur à des passions déchaînées : les personnages savent parler, discourir, de ce qu’ils éprouvent. Chacun ressent l’obligation de conserver la dignité en paroles et en actes. La rigueur de la diction donne encore plus de force aux paroles : on dit, on déclare, au lieu de murmurer, parce que ce que l’on a à dire doit s’entendre ; n’oublions pas qu’on parle certes entre personnages, mais aussi sous le regard du roi. L’obligation de raisonner, de disputer de la façon la plus rigoureuse – « Leurs vers font leur combat, leur mort suit leurs paroles » (L’Illusion comique) – montre qu’il leur faut aller jusqu’au bout de l’alexandrin, de la tirade, de la pièce : leur passion (amour, haine…) conduit les personnages tout au long de ce chemin fixé d’avance.

 

La tragédie montre une machine implacable, une situation sans issue, parce que les personnages la veulent telle : il n’y a plus de dieux, il n’existe que des hommes. Tous les personnages embrassent des positions inconciliables les unes avec les autres : mutuellement exclusives, chacune avec sa logique absolue. Risquons une hypothèse. La tragédie apparaît à certaines époques seulement : quand l’ancien monde régi par les dieux est déjà perdu, qu’on se trouve soumis à une nouvelle logique universalisante et qu’on veut faire exister encore, par ce nouveau biais, la gloire passée, qu’on veut la perpétuer malgré sa perte. Les Grecs réunis dans leur polis se découvrent responsables des conséquences de leurs actes ; la France du Grand siècle bascule de la féodalité aux lois rationnelles de la science.

 

DES MISES EN SCENE SAISISSANTES

 

Mais il faut voir une pièce de Corneille mise en scène par Brigitte Jaques-Wajeman ! Les personnages parlent d’un ton libre, sur des registres variés : on entend des hurlements, des moqueries, des sarcasmes. Dans Suréna, le roi Orode montre son impuissance, parlant sur un ton las, plaintif : il ne trouve aucun moyen de prendre de la hauteur afin de se montrer reconnaissant face à Suréna, son général victorieux, qui dépose les couronnes de trois royaumes à ses pieds. On assiste à des joutes, où l’on refuse de divulguer le secret – qui Suréna et Eurydice aiment-ils ? –, mais où l’on vise néanmoins au cœur du conflit. Dans leur diction, les comédiens « essorent » les mots, pour en extraire la quintessence : il en résulte une force d’émotion inouïe.

 

Le corps – usuellement écarté de ces pièces à discours – est hautement présent, comme s’il s’agissait d’une hallucination : on y voit les actes et les gestes qui hantent les rêves des personnages. Ainsi, on assiste à une scène où les amants Suréna et Eurydice se trouvent enlacés sur le sol. Ou encore, la violence fait irruption entre Eurydice et son prétendant éconduit, Pacorus : il s’agit presque d’un viol. Ou bien, on assiste à l’extrême sensualité de Palmys (sœur de Suréna), quand elle dit la souffrance à laquelle elle aspire ; ce moment d’intensité révèle sa face comique quand la jeune femme revient à elle. Enfin, quand on rapporte la mort de Suréna, Eurydice s’effondre sur scène ; des sicaires viennent ensuite exécuter les survivants.

 

nicomede.jpg

Les Nicomède et Suréna de Brigitte Jaques-Wajeman

 

Les costumes sont modernes, évitant au spectateur d’être obnubilé par le pittoresque historisant. Quant au décor, il est simplifié : un cercle de lumière dans un ensemble obscur, entouré par les spectateurs. Le drame surgit d’un fond noir, renforçant l’aspect hallucinatoire. Etymologiquement, le mot théâtre signifie donner à voir : chaque spectateur a devant les yeux un fantasme de passion, de violence et de mort.

 

On sait que, passée l’époque des spectacles à « machines », ou en dehors des comédies-ballets de Molière, le théâtre classique réduit l’espace à sa plus simple expression : l’aire abstraite de la scène devient ce qu’on appelle un « palais à volonté ». Dans les mises en scène de Brigitte Jaques-Wajeman, cet espace est occupé par une table : le lieu où l’on se rencontre et prend ses assises. C’est une salle de banquet « à tout faire » : tout tourne autour et par-dessus la table. Si les objets (bouteilles d’alcool, carafes, grappes de raisin…) représentent la civilisation menacée par la mort qui rôde, le meuble apparaît comme un véritable point d’achoppement : non seulement ce autour de quoi les personnages se disposent cérémonieusement, mais aussi ce contre quoi ils se jettent, par-dessus quoi ils sautent ou s’élèvent. La visibilité du décor recouvre un abîme invisible que rien ne résorbera, et qui déchaîne la violence…

 

SURENA

 

Prenons deux exemples, pour montrer comment les personnages cornéliens ménagent un espace de liberté au sein de la contrainte la plus rigoureuse. Il s’agit de deux pièces – Suréna et Nicomède – que Brigitte Jaques-Wajeman a montées en diptyque, comme appartenant au « théâtre colonial » de Corneille : des pièces où l’Empire romain exerce sa domination sur les royaumes qui tombent sous son joug. Dans la première, datant de 1674, le victorieux général d’armée, Suréna, et Eurydice – qui « aime ailleurs », et dont le nom la désigne par avance à la mort – s’aiment. Cependant, cette dernière – reine d’Arménie – n’est pas libre de ses choix, étant retenue dans la cour du roi Orode, dont elle doit épouser le fils Pacorus. En effet, l’amour clandestin a pris naissance – comme par hasard… ! – au moment même où Suréna plaidait la cause amoureuse du prince. Le jeune héros, pour sa part, doit épouser une certaine « Mandane », que ni le spectateur ni les personnages ne verront jamais.

 

Dans cette pièce, il s’agit de faire exister un amour idéal en en dessinant l’aire au-delà du devoir : les jeunes premiers s’aiment non pas malgré l’interdit, mais à cause de lui. Alors, loin d’être les simples victimes des exigences de l’Etat, ils annexent ce dernier à leur passion. Ils obéissent à l’ordre régnant – Eurydice ne refuse pas le mariage qu’on lui impose –, mais alors qu’elle accepte de donner sa « main », elle ne cédera jamais son cœur, et ce, d’autant moins que le roi et Pacorus finissent par en percer le secret. L’Etat prétend régner sur les sentiments, revendiquant un empire absolu sur les mouvements du cœur et qui, de fait, représentent une menace pour la sureté.

 

Or, loin de triompher, le roi se montre impuissant, ridicule, même quand il tonne : il se trouve obligé de négocier au lieu d’ordonner. Nous assistons ici à la chute de l’autorité paternelle, à l’époque moderne, et dont nous voyons aujourd’hui les conséquences.

 

Irréprochables en ce qui concerne les ordres qu’on leur intime, Eurydice et Suréna se montrent radicalement réfractaires. Dans cette tragédie, marquée par son ton élégiaque [qui exprime la mélancolie. Ndlr.], ces amants qui refusent toute concession parviennent à assujettir la royauté. Le régime du Maître se brise alors contre une force encore plus grande : ce maître absolu qu’est la mort, désignée par le terme « ailleurs ». Ce qui s’entend derrière leurs propos, c’est la devise « la liberté ou la mort » et qui, en dernière analyse, se résume dans l’appel à la mort. François Regnault4 rappelle que, contrairement à la devise « la bourse ou la vie », ici l’on réalise les deux termes de l’alternative. Ces personnages ne se satisfont pas de la pacotille de la révolte : ils n’accepteront rien de moins que la maîtrise car, n’oublions pas qu’avec la mort de Suréna, l’Etat lui-même ne peut que s’effondrer.

 

Dans cette soif de la mort qui les habite, ces personnages font exister un maître : maître pour soi en tant que sujet, non le dieu obscur du terrorisme djihadique, qui vise à l’exercice d’une tyrannie sur les nations entières. C’est par ce biais que les personnages esquissent, paradoxalement, une forme d’issue, au sein même d’une impasse de l’universel qui se répandait déjà au XVIIème siècle, sous les formes de la science et du capitalisme.

 

NICOMEDE

 

D’un côté, dans Suréna, le Maître se voit contraint de servir la jouissance du couple, de l’autre – dans Nicomède (1651) –, nous découvrons une grandeur sans mélange et qui, à nouveau, renvoie le Maître à son insignifiance.

 

Dans cette pièce, le Général d’armée Nicomède est amoureux de Laodice, reine d’Arménie, que son père a confiée à la tutelle du Roi Prusias de Bythinie. Le conflit est éminemment politique : ce dernier n’est qu’un jouet de Rome, la puissance coloniale. Il a épousé, en secondes noces, Arsinoé, véritable marâtre intrigante des contes de fées, et dont le fils, Attale, a été élevé à Rome. En effet, les Romains cherchent avant tout à diviser les contrées qu’ils conquièrent et, ici, ils tiennent à faire épouser Laodice par le falot Attale, pour empêcher Nicomède d’unir plusieurs royaumes sous la même couronne.

 

Dans ces circonstances, c’est le soldat qui est la réelle source du pouvoir, non le roi : celui-ci gémit, accablé, et proclame son désarroi de n’avoir aucun moyen de remercier Nicomède. En effet, il est l’obligé de celui qui lui a donné, par ses conquêtes, pas moins de trois royaumes ! Le roi est dans l’impossibilité complète de se montrer quitte envers celui qui demeure l’unique pilier de son régime : dans cette mise en scène de Brigitte Jaques-Wajeman, on le voit tourner dans ses mains une couronne de pacotille.

 

Dans Nicomède, le ton élégiaque de Suréna cède à une comédie féroce, avec des scènes qui ont inspiré Molière, notamment dans « Le Malade imaginaire ». Dans la version que nous livre Brigitte Jaques-Wajeman, on assiste au badinage entre Laodice et Attale, mais où la reine d’Arménie traitera ce dernier de « fils de souverain », laissant une pause significative avant le dernier mot !

 

Avec superbe, Nicomède se moque d’Attale, qui veut se prévaloir de son enfance chez les Romains pour gagner ses batailles d’amour. L’ambassadeur romain le remettra brutalement à sa place de pion dans un jeu qui le dépasse. Nicomède raille et insulte l’ambassadeur romain, avec qui il a un lourd contentieux… Les simagrées d’Arsinoé – femme manipulatrice, intrigante et histrionne – sont inimitables. Ce personnage – simple confidente dans la pièce précédente – porte une inénarrable choucroute sur la tête. Quant au corps, il impose sa présence, par exemple dans la scène où la machination d’Arsinoé ayant été déjouée, Laodice domine désormais la situation : elle apporte des sacs contenant la tête des esclaves traîtres, puis tient son pistolet contre Arsinoé, poursuivant son discours debout sur la table…

 

La leçon politique de cette pièce est à l’inverse de celle de Suréna. Tous les discours de Prusias et d’Arsinoé semblent des fioritures impuissantes, des gesticulations, face à Nicomède, le héros sans peur et sans reproche semblable à un nouveau Rodrigue. Appartenant au régime colonisé, Nicomède apparaît comme porteur de force et de dignité : il est plus royal que le roi. Ensemble, Nicomède et Laodice refusent de céder aux calculs indignes où l’on perd tout ce qui fait la qualité d’un monarque : seule leur dignité peut tenir tête à l’impérialisme omniprésent de Rome. Tout repose sur l’Idéal de la notion de roi, et que bafouent tous ensemble le roi Pacorus, Rome l’oppresseur, Attale et sa mère Arsinoé, avec leur bassesse et leurs intrigues. Jamais ni Nicomède ni Laodice ne cèdent devant les menaces. On assiste alors à une formidable leçon de liberté : à Rome, maîtresse du monde, fait défaut seulement l’Arménie – et nos deux héros… –, ce qui suffit pourtant à signer son impuissance. Les menaces mêmes, proférées par le tout-puissant Empire, trahissent sa faiblesse.

 

CONCLUSION

 

L’art ne propose pas de solutions applicables au domaine politique : il offre une analyse des problématiques rencontrées par des sujets et par une civilisation ; des problématiques qui nécessitent d’être interprétées à leur tour. Ces deux pièces jouent ce rôle à l’orée de notre époque moderne. Ecrites au XVIIème siècle, elles révèlent le gouffre ouvert par la science et le capitalisme – celui qui dévoilerait toute sa violence plus tard dans la Terreur et dans le génocide des Vendéens.

 

La réelle force morale manifeste dans Nicomède dessine un contraste total avec ceux qui, aujourd’hui, se présentent comme les « victimes » attitrées : ceux qui sèment la terreur, ces déchets moraux – dont un certain nombre sont subventionnés par l’Union Européenne – de la société mondialisée. A ce titre, Gérard Wajcman cite la remarque faite par Lacan au sujet de la pièce « Antigone », de Sophocle : « Il n’y a que les martyrs pour être sans pitié ni crainte. Croyez-moi, le jour du triomphe des martyrs, c’est l’incendie universel5. » Aujourd’hui, l’“idéal” promu par les media se résume dans les statuts de parasite ou de victime ; de « migrant » profiteur et violeur.

 

Quant aux terroristes, ils n’ont pas le courage de combattre d’autres hommes, mais assassinent des citoyens sans défense, les frappant dans le dos. La prétendue moralité – « antiraciste » à l’occasion – veut faire la loi en Occident. Dans ce que les Anglo-Saxons appellent lawfare (en jouant sur le mot warfare (guerre)), on ne s’affronte plus à l’adversaire en utilisant les mêmes armes que lui : on le menace de procédures judiciaires sans fin, pour qu’il n’ose plus prendre la parole. Nous avons affaire à des Lilliputiens qui veulent ligoter leur Gulliver au lieu de s’affronter à lui.

 

 

 

Notes :

 

1 Exposition de Gérard Wajcman et Marie de Brugerolle, sur une proposition de Gérard Wajcman. Au Palais de Tokyo, du 6 juin au 7 septembre.

2 Pièce radiophonique de Samuel Beckett : « All that fall » / Tous ceux qui tombent, dont le titre parodie un verset biblique.

3 François Regnault, La Doctrine inouïe : dix leçons sur le théâtre classique français, Paris, Hatier, « Littérature ; brèves », 1996, p. 59-64.

4 « “Les choses de l’amour” : hypothèses sur les récents événements de Paris, vu d’El Al », Lacan quotidien n° 548. Il ajoute que, dans le djihad, le choix se resserre à la mort ou la mort.

5 Jacques Lacan, Le Séminaire, Livre VII, L’Éthique de la psychanalyse, Seuil, 1986, p. 311, cité par Gérard Wajcman, « Victimes décidées », Lacan quotidien n° 524.

6 Sur la série télévisée, lire Gérard Wajcman, Les Experts : la police des morts, Paris, PUF, 2012.

7 Paris, Théâtre des Abbesses, du 4 au 20 février 2016.

 

pour lire la suite...
 
La France légitime les assassinats de civils israéliens (info # 012701/16) Version imprimable
Réinformation
mercredi, 27 janvier 2016

 

Par Stéphane Juffa

 

Shlomit Krigman, une jeune femme de vingt-quatre ans, est décédée hier matin à l’hôpital Hadassah de Jérusalem. Elle succombe à un nouvel assassinat perpétré la veille par deux terroristes palestiniens dans l’implantation de Beit Oron, à cinq kilomètres à l’est de la "ligne verte" qui séparait, avant 67, Israël de la Jordanie.

 

A en croire à nouveau le Premier ministre français, M. Manuel Valls, qui s’exprimait lundi à l’hôtel de ville de Paris à l’occasion d’une cérémonie en mémoire de l’ancien président du conseil israélien et Prix Nobel de la Paix, Itzhak Rabin, la France et Israël seraient "deux nations sœurs".

 

A propos de l’antisémitisme, M. Valls a déclaré : "Il frappe au Proche-Orient. Il frappe aussi l'Europe. Et la France mettra, et met toute sa force pour protéger les Juifs de France, pour faire que les Français juifs, qui sont légitimement attachés à la terre d'Israël comme ils aiment leur pays la France, regardent toujours la France comme leur mère-patrie".

 

Toute sa force ? Non. On aimerait bien croire le chef du gouvernement français, mais on ne le peut pas. Depuis plusieurs mois, il nous donne l’impression de vivre dans un monde virtuel où la dignité et la rationalité seraient de mise, mais nous mesurons, jour après jour, l’immense fossé existant entre ses propos et la réalité de nos rapports "fraternels". Et force nous est de constater que le fossé se creuse encore et que les propos du Premier ministre, dont nous apprécions l’amitié sincère, ne reflètent pas la réalité, et qu’ils participent d’un vœu pieux que pourrait exprimer un commentateur politique mais pas de mesures pratiques que peut prendre le chef d’un exécutif.

 

S’il est indiscutable que "les Juifs sont encore et toujours pris pour cibles, victimes d'un antisémitisme virulent qui se dissimule derrière la haine d'Israël", il est tout aussi indiscutable que la France médiatique attise cette haine loin d’essayer de la circonscrire.

 

C’est un fait. Un fait affligeant mais un fait indiscutable. La presse tricolore – et notamment l’agence semi-publique AFP et le Service Public d’information – a justifié, par exemple, l’assassinat de Shlomit Krigman. La France, contrairement à ce qu’affirme M. Valls, a déclaré la Guerre Sémantique totale à Israël et donc également à ces "Français juifs, qui sont légitimement attachés à la terre d'Israël".

 

jesuispartout.jpg

 

Or, contrairement à ce que pense le Premier ministre, ce n’est pas principalement la violence qui inquiète nos coreligionnaires de l’Hexagone, qui est certes omniprésente mais avec laquelle ils ont appris à se mesurer, mais l’inaction absolue de leurs autorités pour mettre un terme à la Guerre Sémantique systématique que j’ai évoquée.

 

Ces Israélites ont dans leurs gènes l’expérience des ravages que cette haine, lorsqu’elle est entretenue plutôt que combattue, peut faire en France, étant les descendants directs de Dreyfus, des dénonciations volontaires sous Pétain, des lois raciales et des déportés de Drancy. Des Juifs, innocents comme eux, envoyés dans l’indifférence générale vers leur anéantissement par des policiers français et dans des trains conduits par des mécaniciens français. Ils se souviennent comment la gauche et la droite peuvent, dans ce pays, gommer leurs différences pour les stigmatiser d’un seul souffle et d’un seul tenant.

 

C’est donc bien la crainte qu’ils ressentent, mais pas celle engendrée par les coups de couteaux ni par les assassinats à la Kalatch dans leurs écoles et leurs supermarchés. Ce qu’ils éprouvent, c’est la peur que cela aille plus mal encore, en constatant, dans leurs journaux et sur leurs écrans, les méfaits de la guerre que livre leur nation à celle d'Israël. Attachés, entre autres, parce qu’ils distinguent avec raison l’existence d’Israël comme étant, par-delà les propos apaisants des uns et des autres, l’unique garant de leur survie et de celle de leur progéniture si les choses devaient à nouveau mal se passer, ce qui, au train où vont les choses, ne saurait être catégoriquement exclu.  

 

Nous, dans ces conditions, faisant face aux accusations délirantes parce qu’indémontrables de communautarisme, d’islamophobie, en France, et de colonialisme et de maltraitance des Arabes au Moyen-Orient, avons choisi, pour dénoncer et porter à la lumière les mécanismes de la Guerre Sémantique, de nous attacher strictement aux faits et de les exposer.

 

Nous avons chaque jour l’impression que nos confrères franciliens accusent les Juifs de l’incendie du Reichstag, à l’image du coup monté par les hitlériens pour fabriquer un motif raisonnable de s’en prendre aux Juifs. Contrairement à ce qu’il pourrait y paraître, cette comparaison n’est pas exagérée, car il est nécessaire de se souvenir que les antisémites prennent toujours soin de se présenter comme des victimes des Juifs et non comme des psychopathes poussés par leur seule détestation.

 

Les nazis prétendaient ainsi que les Juifs avaient déclaré la guerre à l’Allemagne et que leur éradication était une question de survie pour la race arienne. L’Eglise affirmait, pour justifier les autodafés, que les Juifs avaient tué Jésus, les Tzars, pour couvrir leurs pogroms, qu’à la Pâque, ils mélangeaient le sang des nouveau-nés chrétiens pour préparer les pains azymes, et les Français, pour crier "Mort aux Juifs !", qu’un capitaine juif avait trahi la France, puis, un peu plus tard, que leur débâcle face aux armées du Reich avait été causée par les Juifs qui les avaient "poussés à la guerre".

 

Désormais, l’intelligentzia française "met toute sa force" afin de persuader le public qu’il existait autrefois un pays nommé Palestine, qu’en 1967, les Juifs s’en sont emparés pour agrandir le leur. C’est pour justifier ce mensonge qu’ils n’ont de cesse d’évoquer les "territoires palestiniens occupés", feignant d’ignorer que si occupation il devait y avoir, ils devraient parler de "territoires jordaniens occupés". Ils affectent également d’ignorer, qu’entre 1948 et 1967, les territoires en question étaient totalement sous domination arabe, y compris la partie orientale de Jérusalem, sans que ne fut jamais évoquée la nécessité d’y créer un Etat palestinien. Ils oublient, de plus, de mentionner que la ligne verte, qui sépare virtuellement Israël et les "territoires", n’a jamais été une frontière mais une ligne d’armistice délimitant les positions des Hébreux et des Transjordaniens à l’issue de la Guerre d’Indépendance. Si la ligne verte ne devint pas une frontière, ce le fut pour la raison exclusive que les Arabes refusaient de reconnaître l’existence d’Israël sous quelque forme que ce fût et quelles qu’en auraient été les frontières.   

 

Ce qui précède participe du détournement de l’Histoire, mais nombre de Français croient dorénavant mordicus à cette fable, quitte à vous traiter de menteur si vous dites la vérité.

 

Cela reste néanmoins une rustine nécessaire de l’Histoire, sans laquelle les journaleux et leurs amis dialecticiens et activistes du nouvel antisémitisme qu’est l’antisionisme ne pourraient pas justifier la Guerre Sémantique qu’ils nous livrent actuellement.

 

Parce qu’à en croire l’AFP, reprise sans le moindre questionnement par la totalité – c’est cela qui effraye les Juifs, nous sommes un peuple qui a peur du racisme lorsqu’il fait l’unanimité ! -, au sujet de l’assassinat de Shlomit Krigman, "Deux Palestiniens ont blessé lundi au couteau deux femmes, dont une grièvement, dans une colonie israélienne de Cisjordanie occupée, avant d'être tués par balles, ont indiqué la police et les services de secours israéliens".

 

Ce serait un fleuron de la Guerre Sémantique, si ces malversations n’étaient pas quotidiennes et, partant, systématiques et préméditées.

 

Quand on mentionne qu’une attaque menée par de simples Palestiniens, sans autre qualifiant, s’est déroulée "dans une colonie israélienne de Cisjordanie occupée", le reste de la dépêche n’a plus d’importance, car on vient de justifier l’assassinat de Shlomit Krigman.

 

Vu qu’en droit international et en politologie, lorsque l’on abat quelqu’un qui occupe votre pays, on accomplit un acte rendu légitime par ladite occupation, lors, s’il y a crime, il est justifié. C’est tout, il s’agit d’un acte de racisme et d’antisémitisme consommés, faisant des media tricolores des complices objectifs de cet assassinat. Le colportage de cette justification est constitutif d’un acte de guerre.

 

Les antijuifs français viennent d’ailleurs de recevoir hier le soutien inattendu du Secrétaire Général de l’ONU, Ban Ki-Moon. Pendant que je préparais ce papier, le Sud-coréen, durant une réunion périodique du Conseil de Sécurité, tout en condamnant les violences palestiniennes a ajouté : "Comme les peuples opprimés l’ont démontré à travers les âges, il est humain de réagir à l’occupation". C’est biaisé, comme l’a fait remarquer M. Netanyahu, mais Moon a fait part de son opinion clairement, de sa bouche, et non pas en se livrant à des manipulations de truands. De plus, c’est la même ONU de U Thant, qui avait, avant le déclenchement de la Guerre des Six Jours, évacué les Casques bleus du Sinaï afin de permettre aux troupes de Gamal Abdel Nasser, pensait-il, d’éradiquer l’Etat hébreu, celle de l’Oberleutenant de l’Armée nazie Kurt Waldheim, ou l’ONU de Boutros Boutros-Ghali, qui avait détourné les yeux pendant que les Hutus, soutenus et armés par la France, procédaient, en quatre mois, au génocide d’un million de Tutsis au Rwanda. L’ONU…

 

En outre, j’ai démontré dans des textes circonstanciés précédents, et en prenant appui sur les experts reconnus en guerres de décolonisation, que les implantations ne sont en aucun cas des colonies, ce qui rend cette autre tentative de légitimation de l’assassinat de Shlomit Krigman aussi criminel que la précédente.

 

La dernière puissance coloniale du globe est la France, seule puissance à continuer de contrôler les territoires d’outre-mer, sans lien historique, géographique, ethnologique ou anthropologique avec la métropole, que sont la Guadeloupe, la Martinique, la Réunion, la Polynésie française, la Nouvelle Calédonie, etc. Les colonies françaises, en laissant ouverte la question de la Corse, représentent à ce jour 2,7 millions de colonisés, vivant sur des terres représentant 17,9 pour cent du territoire national français.   

 

Dans le cas d’Israël, l’existence de ces liens historique, géographique, ethnologique ou anthropologique avec la Cisjordanie et Jérusalem sont indéniables, ils comptent même parmi les plus anciens de la planète et ont constitué le creuset de toute la civilisation judéo-chrétienne. Il est certes légitime de débattre de leur prépondérance dans l’évaluation du différend israélo-palestinien ou israélo-arabe, dans le cadre de l’analyse de la double légitimité nationale antinomique en présence. Mais oblitérer systématiquement la revendication juive sur la Judée-Samarie et Jérusalem, en qualifiant la présence d’implantations israéliennes sur ce territoire disputé, de "Cisjordanie occupée" ou de "territoires palestiniens occupés" procède d’une posture indiscutablement malhonnête, propagandiste, raciste et antisémite.

 

Au-delà des modes et des consensus éphémères de la haine, ceux qui emploient ces expressions, les autorisent, les répercutent ou, après avoir lu ces lignes, omettent de combattre leurs auteurs, leurs éditeurs et leur bienfondé s’inscriront dans l’Histoire comme y figure déjà Drumont et sa Libre Parole, voire aux côtés des animateurs de Je suis partout, Robert Brasillach, Pierre-Antoine Cousteau (le frère de l’océanologue) et Lucien Rebatet. Cela ne fait aucun doute.

 

Il y a plus antisémite encore : l’exception. L’accolement systématique par l’AFP et ceux qui la reprennent des mots "Cisjordanie" et "occupée", n’étant pas de mise chez ceux qui l’emploient pour qualifier la "Crimée occupée", "Chypre occupée", le "Tibet occupé", ainsi que les quelques deux cents territoires faisant l’objet d’une dispute territoriale ; la "Cisjordanie occupée", constitue une exception sémantique inexplicable. S’agissant d’une singularité ne trouvant aucune justification dans la langue française ou ailleurs, l’observateur est contraint de déceler dans cette accolement une spécificité uniquement utilisée à l’encontre de la nation israélite, ce qui fait des responsables de cet acte systématique supplémentaire de malveillance des individus malhonnêtes, propagandistes, racistes et antisémites. Des pseudo-intellectuels ayant de bonnes chances d’échapper au jugement des tribunaux français et de leurs pairs, décidément toujours aussi cléments lorsqu’il s’agit d’antisémitisme, mais voués au mépris de ceux qui voient dans l’équilibre, la correction et la déontologie les piliers d’un monde apaisé, à la recherche de justice, du progrès et de la paix.

 

Autre malfaçon à caractère raciste : la sous-qualification journalistique. Déontologiquement, l’usage de la forme "Deux Palestiniens ont blessé lundi (…)" procède d’une filouterie à caractère raciste et antisémite, les auteurs et les diffuseurs ce texte étant parfaitement conscients que l’activité connue pour laquelle les deux énergumènes sont mentionnés dans cette information dépasse leur seule identification en tant que "Palestiniens". Cette faute professionnelle équivaut à écrire qu’ "un Français" a fait une déclaration avant-hier à l’hôtel de ville de Paris, en omettant volontairement de préciser qu’il s’agissait du Premier ministre.

 

Dans le cas de Manuel Valls, il ne s’agirait que d’une sottise privant le public d’une information principale, mais, dans celui des Palestiniens Ibrahim Alan et Hussein Abu Ro’ash, les assassins de Shlomit Krigman, négliger de mentionner qu’il s’agissait de "terroristes", comme méthodiquement omis dans les dépêches de ces media, soit d’ "individus armés s’attaquant systématiquement à des civils", procède d’un exercice visant à renforcer l’impression de légitimité du meurtre qu’ils ont commis. Il s’agit, là aussi, évidemment, d’une tromperie malhonnête, propagandiste, raciste et antisémite.

 

La malversation est encore augmentée, de même que son caractère antisémite, par le fait que, pour un crime absolument semblable, commis aux USA, en France, en Angleterre et dans tous les pays à l’exception notable d’Israël, les mêmes journalistes et diffuseurs des mêmes media n’hésitent pas un seul instant à qualifier ses auteurs de "terroristes". L’usage de l’exception est un facteur révélateur des antisémites. Il s’agit pour eux de traiter différemment les Juifs et les non-Juifs pour l’accomplissement d’un acte identique ou lorsqu’ils en sont les victimes.   

 

Dernière manifestation antisémite dans les trois lignes choisies du communiqué de l’AFP – ça fait tout de même beaucoup ! -, celle, devenue également systématique, consistant à faire croire au lecteur que les autorités israéliennes admettent elles aussi le narratif proposé par l’Agence France Presse.

 

Cette imposture majeure conclut habituellement la relation des faits caractéristiques d’un incident, comme dans : "Deux Palestiniens ont blessé lundi au couteau deux femmes, dont une grièvement, dans une colonie israélienne de Cisjordanie occupée, avant d'être tués par balles, ONT INDIQUE LA POLICE ET LES SERVICES DE SECOURS ISRAELIENS".

 

Naturellement, les deux institutions en question n’ont jamais émis ce commentaire ; nous sommes en présence d’une manipulation basique, d’un énorme mensonge. Ce que la police et le Maguen David Adom ont déclaré est que deux "terroristes palestiniens" ont blessé (…) dans une "implantation de Judée-Samarie" (…).

 

Bidouiller une citation c’est éminemment grave, cela représente même l’une des fautes journalistiques les plus aisément répréhensibles. En principe, on ne voit de tels procédés que dans les dictatures les plus arriérées. Le but de l’exercice est double : d’une part, il est question de fiabiliser une fausse information en insinuant : "c’est forcément vrai puisque même le gouvernement israélien le dit", et, en second, l’AFP et ses complices emploient ce procédé afin de composter le message de leur composition qu’ils entendent faire passer.

 

L’exercice est devenu systématique, on le retrouve, de même que toutes les autres malversations antisémites que je dénonce dans cet article, dans une autre dépêche récente couvrant l’assassinat de Dafna Meïr. La construction est parfaitement identique, elle est composée de trois lignes pour cracher son racisme et tenter de dénaturer un crime de guerre au profit de la cause de ceux qui l’ont perpétré et aux dépens des victimes : "Un Palestinien a pénétré dimanche dans une colonie israélienne de Cisjordanie occupée et a poignardé à mort une femme dans sa maison, a indiqué l'armée israélienne". L’Armée israélienne, en apprenant par nos soins ce qu’elle déclare, va une fois encore tomber des nues.

 

Cette façon de traiter l’information est bien entendu réservée à Israël ; elle constitue un facteur supérieurement incitateur à la violence à l’intérieur de l’Hexagone, doublé d’une importation du conflit israélo-palestinien ; car imaginer que la communauté juive et quelques intellectuels français qui vivent les yeux grands ouverts, échaudés par ce genre d’escroqueries médiatiques à répétition, pourraient s’abstenir de réagir équivaudrait à se leurrer.

 

Avant que "la France ne mette toute sa force pour protéger les Juifs", ce qui serait déjà le cas selon Manuel Valls, il faudrait sans doute qu’elle cesse sa guerre médiatique contre la nation israélienne. Si quelqu’un, un journaliste, un intellectuel ou un représentant de l’Etat tricolore, concevait la moindre réserve quant à l’authenticité de ce qui précède, j’en débattrais volontiers avec lui en public. Mais je doute que l’on nous appelle, les antisémites n’étant pas très courageux par nature.

 

Tout ce que le gouvernement français a à faire est d’exiger de ses journalistes qu’ils abandonnent les exceptions qu’ils conçoivent dans le traitement qu’ils réservent à Israël. Il est impérativement temps d’abroger dans les faits et non pas uniquement dans la Constitution, la Loi d’exception du 3 octobre 1940 portant statut des juifs et sa modification du 2 juin 1941, de même que celle du 4 octobre 1940 sur les ressortissants étrangers de race juive.

 

Soixante-quinze ans de ségrégations antisémites, cela devrait suffire. Selon deux récents sondages, près de soixante pour cent des Israélites français auraient déjà décidé de quitter le navire ; en voyant comment l’Etat censé les protéger permet qu’on insulte systématiquement le pays auquel ils sont légitimement attachés, et en constatant la quantité de fiel antijuif qui oriente la plume de leurs compatriotes journalistes, il serait difficile de leur donner tort. Comment font-ils déjà pour supporter une pareille atmosphère de stigmatisation permanente à leur encontre ? Je les trouve héroïques.

 

J’ai parlé d’atmosphère ? Je pensais probablement à la dernière émission de "Des paroles et des actes", présentée par David Pujadas, qui a permis et probablement organisé l’irruption de Wiam Berhouma dans le débat, non sans avoir préalablement précisé que l’enseignante était apolitique et qu’elle avait uniquement fait partie d’une "association citoyenne".

 

Renseignements pris, l’association "citoyenne" en question est le MAFED, une émanation exclusivement féminine du parti politique des Indigènes de la République. Lui-même violemment anti-israélien et faisant l’éloge du Hezbollah, du Hamas et du FPLP, en plus de celle de nombreux terroristes assassins et d’émeutiers français condamnés. Ce parti s’oppose notamment à la loi interdisant la dissimulation du visage des femmes dans l'espace public.

 

Alain Finkielkraut a déploré que la jeune femme qui lui a intimé à l’antenne de se taire n’avait fait l’objet d’aucune recherche de la part de la chaîne-phare du Service Public avant que les producteurs ne l’invitent à intervenir en direct dans l’émission.


pour lire la suite...
 
L’assassinat d’une femme juive, et des journalistes malhonnêtes et sans scrupules (info # 012401/16) Version imprimable
Analyse
dimanche, 24 janvier 2016

 

Par Guy Millière


Après l’ignoble assassinat qui a coûté la vie à Dafna Meïr à Otniel, j’ai cherché les articles sur le sujet dans la presse française. J’en ai trouvé très peu. L’assassinat d’une femme juive par un Arabe n’intéresse quasiment personne. Quand la femme juive est israélienne, et quand l’Arabe est « palestinien », cela n’intéresse vraiment personne ; pour nombre de gens en France, c’est presque une affaire de logique.

 

Dans la poignée d’articles et de dépêches relatant tout de même l’évènement, j’ai trouvé les mots que je m’attendais à voir. Il ne s’est pas agi d’un « assassinat », était-il écrit dans chaque article, mais d’une « attaque au couteau », histoire d’édulcorer les faits. Si l’emploi du vocable « assassinat » indique que la mort a été donnée intentionnellement par un criminel, l’ « attaque au couteau » sert d’adoucisseur, l’intention de tuer est estompée et la mort qui s’ensuit n’est pas directement mentionnée.

 

L’ « attaque au couteau » a eu lieu dans une « colonie », était-il aussi chaque fois stipulé. Les connotations du mot « colonie » excusant le coupable et incriminant la victime, une fois de plus. Un colon, n’est-ce pas, c’est un colonisateur, à peine un être humain, et s’en prendre à un colonisateur est juste et légitime.

 

daphnameir.jpg

Dafna Meïr et son mari : des visages dont émane la bonté

 

Les articles en question proposent aussi, chaque fois, le décompte des morts juifs depuis le début du mois de septembre, opposé à celui des morts « palestiniens » ; ainsi, au moment de l’assassinat de Dafna Meïr, le « bilan » des media français faisait état de vingt-quatre morts juifs et de cent cinquante-six arabes « palestiniens ». Ce bilan n’était évidemment pas indiqué par hasard : il s’agissait, une fois de plus, de montrer qu’il y a plus de morts arabes que de morts juifs. Que les Juifs soient mots assassinés, alors que les Arabes sont morts parce qu’ils assassinaient ou tentaient d’assassiner était, comme à l’accoutumée, un « détail » abandonné de l’histoire.

 

Nous faisons face à un procédé journalistique intentionnel tendant à banaliser les assassinats commis contre des Juifs israéliens, tout en justifiant les assassins au travers de leurs prétendus mobiles. Cette façon de présenter sans cesse les « Arabes  palestiniens » comme des victimes suscite mon dégoût depuis des années, et ce dégoût ne fait que croître.

 

Si des journalistes honnêtes, scrupuleux et pleinement dépourvus d’antisémitisme rapportaient l’évènement, ils préciseraient que chaque Juif assassiné était une personne humaine, innocente, dont on a pris la vie de manière haineuse. Ils feraient preuve de compassion. Ils en diraient davantage sur les victimes : Dafna Meïr, en l’occurrence, était une femme en tous points exemplaire. Mère de quatre enfants, en ayant adopté deux, elle était infirmière et s’occupait, avec amour et compassion, des gens de son village et des villages arabes alentour.

 

Des journalistes honnêtes, scrupuleux et pleinement dépourvus d’antisémitisme s’étendraient davantage sur les circonstances de l’assassinat : Dafna Meïr a été tuée sous les yeux de ses enfants. Quelle cruauté faut-il ressasser pour tuer une mère sous les yeux de ses enfants ? Des actes aussi cruels, voire plus cruels encore, sont pourtant régulièrement commis par des « Arabes palestiniens », je sais.

 

Si des journalistes honnêtes, scrupuleux et pleinement dépourvus d’antisémitisme traitaient le sujet de manière approfondie, ils ne pourraient être que révulsés par la barbarie « arabe  palestinienne », et révoltés par le fait que le Hamas et l’Autorité Palestinienne (qui ne valent pas mieux l’un que l’autre) appellent sans cesse à la haine antijuive et à l’assassinat de Juifs.

 

Ils discerneraient que des journalistes malhonnêtes, sans scrupules et versés dans l’antisémitisme qui ne dit pas son nom agissent en complices des assassins de Juifs, en complices de la barbarie « arabe  palestinienne », en complices du Hamas et de l’Autorité Palestinienne.

 

Ils partageraient mon dégoût.

 

Ils discerneraient aussi que les journalistes malhonnêtes, sans scrupules et teintés d’un antisémitisme qui ne dit pas son nom, en se conduisant en complices des assassins de Juifs, de la barbarie « arabe palestinienne », du Hamas et de l’Autorité Palestinienne se rendent aussi coupables d’incitation à l’assassinat et aux tentatives d’assassinats de Juifs en France et en Europe.

 

La haine antijuive, que d’aucuns légitiment lorsqu’elle se tourne contre des Juifs israéliens, est devenue depuis des années une haine antijuive tout court, et se tourne contre les Juifs ailleurs que dans l’Etat hébreu.

 

La « cause palestinienne », à laquelle adhèrent les journalistes malhonnêtes, sans scrupules et teintés d’un antisémitisme qui ne dit pas son nom, est devenue la « cause » de millions de musulmans sur le sol européen, certains d’entre eux s’identifiant aisément à des assassins « palestiniens ».

 

Quand des crimes comme ceux de Mohamed Merah, Medhi Nemmouche, Amedy Coulibaly ont lieu, certains journalistes et patrons de rédactions ne devraient pas avoir la conscience tranquille. Ils n’ont, hélas, ni conscience ni valeurs éthiques : la façon dont ils ont traité l’assassinat de Dafna Meïr le prouve à nouveau.

 

Quand l’assassin de Dafna Meïr a été arrêté, les journalistes malhonnêtes, sans scrupules et teintés d’un antisémitisme qui ne dit pas son nom, ont juste noté que c’était un « adolescent » ; certains ont ajouté un « adolescent fragile ». Tellement « fragile » qu’il a assassiné sauvagement une mère de famille.


pour lire la suite...
 
Busha ! (héb. honte)(info # 011912/15) Version imprimable
Analyse
mardi, 19 janvier 2016

 

Par Jean Tsadik

 

Mardi dernier, deux vedettes rapides de la Marine américaine ainsi que leurs équipages de dix combattants, dont une femme, ont été faits prisonniers par les Gardiens de la Révolution khomeyniste dans les eaux du Golfe arabo-persique, à proximité de la petite île de Farsi.

 

Les bateaux et les marins ont été remis en liberté par les Iraniens le lendemain, suite à plusieurs interventions téléphoniques de M. Kerry auprès de son homologue perse Mohammed Javad Zarif et après que le gouvernement US se soit officiellement excusé auprès de la "République" Islamique pour "avoir violé ses eaux territoriales".

 

L’Administration Obama nie avoir présenté lesdites excuses mais les media de la théocratie chiite ont publié suffisamment de détails permettant d’établir objectivement le contraire. Il est d’ailleurs très probable que ce soit Zarif qui ait exigé des excuses au téléphone avec Kerry.

 

Plusieurs éléments troublants aussi bien qu’inquiétants liés à cet incident ont conduit la rédaction de la Ména à approfondir l’enquête menée par les autres media. Nous vous en livrons ici les conclusions.

 

Il importe d’abord d’observer que l’île Farsi, aux abords de laquelle a eu lieu l’arraisonnement, ne se situe pas à proximité de la côte iranienne mais en plein centre du Golfe arabo-persique, à équidistance – 102 kilomètres – des rives arabe et perse.

 

farsimap.jpg

Service cartographique © Metula News Agency

                                                                                             

La Garde Républicaine y a établi une base maritime, interdisant l’accès de l’île. Laquelle se trouve à une distance minime des voies maritimes internationales par lesquelles transitent environ trente pour cent du pétrole consommé sur la planète. L’île Farsi constitue une sorte de "repère de pirates" à partir duquel les Iraniens observent et menacent le trafic international, n’hésitant pas, lorsque l’occasion se présente, à aborder des navires et à retenir leurs marins.

 

Ce fut encore le cas, fin mars dernier, lorsque des navires de guerre iraniens capturèrent le porte-conteneurs géant Maersk Tigris et ses trente-quatre membres d’équipage, ouvrant le feu sur le bâtiment marchand qui naviguait pourtant dans les eaux internationales.

 

Cette menace permanente et active oblige les puissances mondiales, à commencer par les Etats Unis, à protéger la libre circulation des pétroliers, en maintenant notamment des porte-avions dans le Golfe. De plus, l’US Navy a établi une base importante à Bahreïn pour sa Vème Flotte.

 

On le comprend aisément, les commandos US ne faisaient que leur travail de sécurisation de la voie d’eau en allant inspecter les environs de l’île de Farsi.

 

C’est là que les choses se compliquèrent, quand des bateaux perses mirent en joue les marins américains et les obligèrent à se mettre à genoux et à placer leurs mains sur leurs têtes. Notre première conclusion est que les servants des deux vedettes n’avaient aucune raison d’obtempérer.

 

Leurs embarcations, renseignements pris, étaient des Riverine command boat, des vedettes rapides d’attaque de fabrication suédoise, dont le nom original est CB-90. Or aucune unité au service des Gardiens de la Révolution n’est capable de rivaliser, d’arraisonner, de rattraper ou de couler un CB-90 ; assurément pas le canot de plaisance iranien, de trois mètres cinquante de long, en plastique, occupé par deux individus, un pilote et un mitrailleur, et mu par deux moteurs hors-bord, que l’on aperçoit sur les photos et les vidéos généreusement distribuées par les Iraniens. Une embarcation de ce type, selon les législations européennes, n’a pas le droit de naviguer en haute mer.

 

circledknee.jpg

"Tout semble indiquer que nos marins ont été bien traités, qu’on leur a remis des couvertures

et de la nourriture" (J. Kerry) Dans le cercle, le "navire" iranien qui tient en joue les Marines

 

Face au blindage d’un CB-90, à ses trois mitrailleuses lourdes, à son lance-grenades et à ses équipements sophistiqués, le temps de survie du youyou perse en cas d’affrontement ne dépassait pas vingt secondes. Alors pourquoi se mettre si rapidement à genoux, en se plaçant à l’improbable merci d’un régime barbare et de ses hommes de main ?

 

La question se corse encore lorsque l’on sait que les Américains ont impérativement vu venir les Iraniens et les ont laissé s’approcher d’eux ; non seulement les CB-90 sont équipés de radars, mais ils reçoivent également des informations tactiques en temps réel en provenance des autres bâtiments de l’armada US dans le Golfe, et notamment du porte-avion Harry Truman, de son escorte et de ses chasseurs-bombardiers et hélicoptères de combat - dont certains sont maintenus en vol en permanence -, qui faisaient mouvement à proximité.

 

Et si cela s’avérait encore insuffisant, on remarque que les postes de mitrailleurs sur les Riverine command boats sont disposés de manière à scruter toutes les directions. On peut ainsi en déduire que, mardi dernier, au moins deux mitrailleurs américains regardaient dans la direction par laquelle les canots iraniens se sont approchés d’eux. De plus, se sachant en mission de combat à proximité d’un point d’appui ennemi, il ne fait aucun doute que les Marines déployaient toute leur attention dans l’exercice de leurs fonctions et qu’ils jouissaient d’une protection aérienne de tous les instants.

 

cb-90.jpg

Deux CB-90, ou Riverine command boats

 

Dans cette configuration, les commandos disposaient de plusieurs choix tactiques pour se débarrasser de leurs adversaires : ils pouvaient leur envoyer quelques tirs de semonce, ce qui les aurait fait rebrousser chemin, ou les envoyer par le fond s’ils insistaient.

 

Ils auraient pu également, s’ils entendaient éviter un incident, filer à l’anglaise ; en effet, leurs vedettes peuvent atteindre les 74 kilomètres à l’heure, ce qui les rend au moins plus rapides d’un tiers en comparaison des vaisseaux iraniens les plus véloces.

 

Bref, il n’existe aucune situation envisageable pour que deux CB-90 puissent être arraisonnés de force par un bâtiment iranien aux performances connues. Certaines voix proches de l’Administration US ont prétendu que l’un des bateaux connaissait un ennui de moteur et dérivait contre son gré en direction de Farsi.

 

Cette hypothèse non plus ne tient pas l’eau et c’est le cas de le dire. Pour la raison simple que les CB-90 sont équipés de deux moteurs, deux puissants Scania V8 Diesel, développant chacun 625 chevaux. Or une embarcation de ce type peut parfaitement naviguer avec un seul moteur, et même atteindre les 55 km/h, qui suffisaient encore pour semer n’importe quel Iranien.

 

Au cas, mais personne n’a invoqué cette situation, où l’une des vedettes était hors d’état de naviguer, il aurait été loisible de la faire remorquer par le second CB-90, sous la protection d’hélicoptères américains tout proches. Et si la situation avait été encore plus délicate, il aurait parfaitement été possible de transférer le personnel de l’unité endommagée sur celle valide et d’abandonner l’embarcation inutilisable, ce qui est nettement préférable à la mise en danger de dix commandos et à l’humiliation publique que leur ont fait subir les dirigeants de la junte théocratique chiite.

 

hijab.jpg

La prisonnière américaine, obligée de porter le hijab

 

Comme on le comprend à la lecture de cette enquête, validée par des officiers de marine spécialisés dans les opérations du même type, les choses sont bien plus graves encore que celles qui ont été présentées par la presse américaine.

 

Les marins US n’avaient strictement aucune raison sensée de se rendre aux Iraniens. Reste qu’ils l’ont fait et qu’il faut dès lors se demander pourquoi. L’unique hypothèse concevable après les avoir toutes envisagées est que les dix commandos ont reçu un ordre qui ne provenait pas de leur hiérarchie militaire et qui n’était pas dicté par les rapports de force de la situation, mais qui a émané directement de la Maison Blanche : "N’opposez aucune résistance, laissez-vous appréhender !".

 

L’incident se déroulait quelques jours avant la mise en place officielle de l’Accord de Lausanne, aussi, Barack Obama n’avait pas l’intention de risquer une escalade militaire qui aurait pu tout remettre en question ; il a déjà fait pire pour parvenir au même résultat, obligeant l’Occident à signer un traité d’infamie qui renforce son pire ennemi et le transforme, à lui seul, en puissance (terroriste) régionale.

 

Il y a quelques semaines, alors que Téhéran menaçait de ne pas respecter l’accord si l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) poursuivait ses investigations au sujet des activités nucléaires iraniennes à caractère militaire, le président américain intervenait sur le collège des gouverneurs de l’AIEA afin de se plier aux désirs de la dictature chiite. Cette concession prive la communauté internationale de connaissances prépondérantes sur le programme nucléaire perse ; de plus, la mise en lumière de ses aspects militaires faisait partie de l’Accord de Lausanne, et Obama avait lourdement souligné son importance face au public américain.

 

Ces jours derniers a eu lieu un échange de prisonniers, lors duquel quatre Américano-iraniens ont été relaxés, dont Jason Rezaian, le chef de bureau du Washington Post à Téhéran, ainsi qu’un étudiant répondant au nom de Matthew Trevithick. En revanche, Robert Alan "Bob" Levinson, un Américain de confession israélite, arrêté par le contre-espionnage iranien le 9 mars 2007 sur l’île de Kish, dont la famille a reçu des photos en 2010 et dont la chaîne d’Etat de la théocratie perse, Press TV, a annoncé la détention, ne fait pas partie des personnalités libérées. Téhéran affirme désormais ne pas savoir où l’infortuné se trouve.

 

Peu après la capture des marins des CB-90, l’USS Truman et le Charles De Gaulle se sont approchés des côtes iraniennes et se sont placés en situation d’intervenir. C’est ce que le chef du Corps Naval des Gardiens de la Révolution, le Sous-amiral Ali Fadavi, a publiquement décrit comme "des manœuvres non-professionnelles qui ont duré 40 minutes suivant la capture des intrus".

 

Fadavi a prévenu que ses forces étaient prêtes à ouvrir le feu avec "leurs missiles côte-mer, leurs vedettes lance-missiles ainsi que d’autres moyens multiples" dont le commodore n’a pas tenu à préciser la nature.

 

Si les porte-avions avaient poursuivi leurs "manœuvres non-professionnelles, ils seraient allés au-devant d’une catastrophe d’une ampleur qu’ils n’ont jamais connue dans l’histoire. Nous avions verrouillé nos missiles sur eux et si nous avions tiré, ils auraient été détruits", a poursuivi Fadavi.

 

Dans ces conditions, la relativisation des faits à outrance proposée par le Vice-président Joe Biden dès mercredi a de quoi surprendre : "Les Iraniens ont ramassé les deux bateaux de la même façon que nous avons ramassé des bateaux iraniens en détresse, pour les libérer par la suite, vous savez, comme le feraient des nations ordinaires. C’est ainsi que les nations s’adressent les unes aux autres", a soutenu le vice-président, "c’est pour cela qu’il est important d’avoir des canaux de communication ouverts".

 

On est à des années-lumière du verrouillage des missiles de Fadavi sur le Truman et le De Gaulle et du presque commencement de la Troisième Guerre Mondiale.

 

John Kerry est pourtant allé plus loin encore que Biden, puisque le secrétaire d’Etat s’est dit "très satisfait" (…) et a insisté pour "exprimer sa gratitude aux autorités iraniennes pour leur coopération qui a permis une résolution rapide de cet incident".

 

Kerry a ajouté : "Tout semble indiquer ou nous dire que nos marins ont été bien traités, qu’on leur a remis des couvertures et de la nourriture et qu’on les a assistés dans leur retour vers notre flotte tôt ce matin".

 

Il semble que pour le secrétaire d’Etat, le manquement des Iraniens aux Conventions de Genève aux dépens des marins américains n’a aucune importance. Tel le fait de montrer publiquement leurs visages et d’obliger la seule femme de l’équipage à porter un hijab.

 

A la Maison Blanche, parlant de la mise en œuvre de l’Accord Iran-5+1, Barack Obama a déclaré que "c’était une bonne journée car une fois de plus, nous voyons ce qu’il est possible [de faire] grâce à une forte diplomatie américaine. Ces choses", a répété le président, "sont un rappel de ce que l’on peut réaliser lorsque l’on dirige avec force et sagesse".

 

En réalité, M. Obama a tout fait afin d’éviter un conflit avec l’Iran ; la "forte diplomatie américaine" est à l’image de ces commandos à genoux devant un Iranien barbu tenant une mitraillette. Pour parvenir à ses fins, le président a sacrifié la sécurité de ses alliés dans la région, les Arabes et les Israéliens, qui ont perdu toute confiance dans l’Amérique et qui se préparent à affronter partout des terroristes pro-iraniens, requinqués par l’injection initiale de cent milliards de dollars dans l’économie de la dictature chiite, le régime le plus répressif du globe après la Corée du Nord.

 

Le pensionnaire de la White House a probablement, comme il s’en vante, empêché la théocratie des ayatollahs de "mettre la main sur la bombe atomique" pour une dizaine d’années. Mais il l’a fait en légalisant le programme nucléaire iranien, sans démanteler la moindre centrifugeuse, non plus que l’installation souterraine de Fordow, source de toutes les inquiétudes, et en ramenant à la vie une autocratie abominable qui se trouvait en état de banqueroute et d’agonie. Ce faisant, il a condamné 78 millions d’Iraniens à un interminable enfer, ne s’étant jamais soucié de leur sort et tournant ainsi le dos aux valeurs de l’Amérique et à son rôle de fer de lance de la liberté.

 

L’Amérique d’après l’Accord est à l’image de Joe Biden et de John Kerry, qui remercient les ennemis de l’Amérique d’avoir humilié ses meilleurs marins livrés à des épouvantails auxquels ils ont donné vie. Leur délire, car c’est d’un délire qu’il s’agit, consiste à voir une victoire dans l’affaiblissement de la plus grande démocratie du monde, en se faisant les avocats invétérés de ses ennemis.

 

Cette administration a simplement exagéré au centuple la puissance de la "République" Islamique, oubliant que ceux qui prétendent avoir mis en joue les porte-avions de la démocratie ne disposent que d’une marine de dix-huit mille hommes et de quelques dizaines d’épaves flottantes transformées en vaisseaux de guerre. Face à eux, la Navy peut aligner quatre cent trente-cinq mille marins, quatre cent trente navires ultra-modernes, dont onze porte-avions à propulsion nucléaire, et près de quatre mille avions.

 

Pour la prochaine campagne présidentielle, il suffira aux Républicains de reproduire l’image insoutenable des Marines à genoux sur une seule affiche, avec l’inscription : "L’Amérique selon les Démocrates". Ou, plus simplement encore : "Vote Democrat !".  

 

 

 
Le devoir du gouvernement israélien : montrer qu’il est le « cheval fort » (info # 011701/16) Version imprimable
Analyse
dimanche, 17 janvier 2016

 

Par Guy Millière

 

L’attaque terroriste menée à Tel Aviv [3 morts, 8 blessés] le 1er janvier dernier n’a, bien sûr, été relatée que comme une « fusillade » par les media français. C’est le mot qu’ils avaient déjà utilisé pour qualifier l’attaque terroriste perpétrée par Medhi Nemmouche contre le Musée juif de Bruxelles en 2014. Ce n’est, en revanche, pas celui qui a été employé pour décrire les attaques menées contre des cafés et des restaurants à Paris, le 13 novembre dernier.

 

J’aurais tendance à penser que lorsque des Juifs sont visés, c‘est une « fusillade », donc, selon le dictionnaire, un échange de coups de feu, tandis que lorsque les gens visés ne sont pas juifs, cela devient une attaque terroriste.

 

J’ai l’esprit mal tourné. Sans doute ai-je l’esprit encore plus mal tourné lorsque je demande qui, à part les terroristes, ont fait usage d’armes à feu à Tel-Aviv et à Bruxelles. Or s’il n’y a qu’un camp qui tire, il n’y a donc pas d’échange, et sans échange, pas de fusillade, par définition. Il est à peine croyable d’observer à quel point les antisémites ont une mauvaise connaissance du français.

 

herosislam.jpg

Des activistes et des militants célébrant une victoire suite à une fusillade à Tel-Aviv (APF)

 

N’y aurait-il pas une volonté d’édulcorer les choses lorsque des Juifs sont visés ? Et quand cela se passe en Israël, la volonté d’édulcorer ne se fait-elle pas plus manifeste ? Je reste en tout cas persuadé que si, en janvier 2015, il n’y avait eu qu’une attaque contre l’Hyper cacher de Saint Mandé, on n’aurait pas assisté à l’immense manifestation contre le terrorisme du 11 janvier.

 

Les autorités françaises auront beau faire et dire, il y a des relents d’antisémitisme en France, qui remontent rapidement à la surface. Et si on avait, le onze janvier dernier, compté le nombre de panneaux disant « Je suis juif » comparé à celui des panneaux scandant « Je suis Charlie », il serait vite apparu que le nombre des panneaux « Je suis juif » était minime.

 

Les autorités françaises auront beau faire aussi, il y a des relents de haine et de mépris à l’encontre d’Israël en France, et au lendemain des attentats du treize novembre, les ministres et le président français ont pris bien soin, lorsqu’ils ont énuméré les pays où il y avait eu des attentats suicides auparavant, d’éviter de citer le nom d’Israël. Israël, le pays où il n’y a jamais d’attentats mais uniquement des actions d’activistes, des fragments de « cycles de la violence », et des fusillades quelquefois.

 

L’attaque terroriste du 1er janvier dernier aurait pu être l’occasion pour la presse française de se pencher de plus près sur les Arabes israéliens, puisque le terroriste appartenait à cette minorité, et puisqu’il est avéré qu’il a, dans sa fuite, tué un chauffeur de taxi, lui aussi arabe israélien, Ayman Shaaban.

 

La presse française aurait pu noter qu’il y a, en Israël, près de vingt pour cent d’Arabes, et souligner ce qu’ont montré des sondages à plusieurs reprises : les trois quarts des Arabes israéliens se définissent comme israéliens, et n’ont aucune envie de devenir citoyens d’un hypothétique Etat palestinien.

 

Mais la presse française, comme à son habitude, préfère s’intéresser aux dix-huit pour cent d’Arabes israéliens qui soutiennent la « cause palestinienne » et les assassinats de Juifs (les sept pour cent restants ne se prononcent pas).

 

Ces dix-huit pour cent ne constituent pas une majorité, mais un grave problème. La presse française voit en eux des gens plus lucides que les autres, puisqu’ils soutiennent ce que les journalistes tricolores plébiscitent eux-mêmes.

 

Le gouvernement israélien voit en eux le grave problème qu’ils constituent, et il a raison. Ces dix-huit pour cent représentent environ deux cent cinquante mille personnes, ce qui n’est pas rien quand on voit les dégâts qu’un seul terroriste peut réaliser.

 

Ces "sympathisants" des auteurs d’assassinats collectifs ont contribué à faciliter la fuite du terroriste de Tel-Aviv, Nashaat Melhem. Ils lui ont permis de se cacher dans son village d’origine jusqu’à ce que la police le découvre et l’abatte.

 

Binyamin Netanyahou a évoqué la problématique posée par ces "collaborateurs". Il l’a fait de manière pertinente, en indiquant sa volonté de lutter plus efficacement contre le crime, les incitations à la haine et l’irrespect de la loi dans diverses zones où vivent des Arabes israéliens. Il a ajouté qu’il n’était pas concevable qu’il y ait, en Israël, un « Etat dans l’Etat » et des « enclaves où règne l’islamisme ». Il a souligné : « Nous demandons la loyauté envers les lois de l’Etat de la part de tout le monde… Qui veut être israélien doit être pleinement israélien, avec des droits, et des responsabilités ».  

 

La presse française a, évidemment, titré : « Netanyahou s’en prend aux Arabes Israéliens ». Inutile de lui rappeler que ce qu’a dit Netanyahou est un simple rappel de l’égalité de droits et de devoirs qui doit exister dans tout Etat de droit ; mais pour la presse française, Israël est un Etat juif, donc un Etat entièrement à part, échappant aux critères journalistiques de retenue, de réserve et de l’obligation de dire la vérité.

 

Netanyahu a évoqué le problème de manière pertinente, disais-je, ce qui ne signifie pas qu’il a commencé à le résoudre.

 

Est-il possible pour Israël de marginaliser et d’éradiquer ces dix-huit pour cent de "sympathisants du terrorisme djihadiste" ? Ce sera difficile.

 

On doit noter, cependant, que le nombre d’Arabes israéliens qui se définissent comme israéliens et n’ont aucune envie de devenir palestiniens s’accroit. Ce qui est un signe intéressant. On peut dire qu’avoir laissé exister impunément des partis islamiques en Israël n’a pas été une bonne idée : la place d’islamistes incitant à la violence dans un Etat de droit est la prison.

 

L’interdiction de la branche nord du Mouvement Islamique, décidée en novembre, est une décision très positive. La présence à la Knesset de parlementaires tenant un discours qui ressemble souvent à celui du Mouvement Islamique ne se justifie en rien. La Liste unifiée (arabe) que dirige Ayman Odeh comprend des gens dont les propos relèvent de la subversion et de la sédition active.

 

L’existence d’ONG financées par de l’argent venu de pays et d’ensembles de pays ennemis d’Israël, telle l’Union Européenne, fait de ces ONG des agents d’influence étrangers en Israël, impliquant qu’elles soient traitées comme telles. La loi demandant à ces ONG de divulguer leurs sources de financement, je l’ai dit et je le répète, devrait être votée au plus tôt.

 

Il faudrait, enfin, considérer l’Autorité Palestinienne pour ce qu’elle est : une entité terroriste accolée au flanc d’Israël comme une tumeur cancéreuse qui ne vaut pas mieux que le Hamas. Une tumeur cancéreuse peut produire des métastases. Les dix-huit pour cent susdits sont des métastases.

 

On parle, ici ou là, de l’effondrement de l’Autorité Palestinienne. J’ai écrit ailleurs que cet effondrement ne serait pas nécessairement une mauvaise nouvelle pour Israël. Je reviendrai sur ce thème à l’occasion d’un autre article.

 

Cet effondrement ne règlerait pas le danger représenté par l’islam radical, mais moins les tenants de l’islam radical peuvent avoir le sentiment de s’appuyer sur un « cheval fort » et d’avoir affaire à un « cheval faible », plus ils ont tendance à se calmer.


pour lire la suite...
 
C’est vous qui êtes à Matignon, M. Valls (info # 011201/16) Version imprimable
Analyse
mardi, 12 janvier 2016

 

Par Ilan Tsadik

 

Samedi soir, le Premier ministre français, M. Manuel Valls, s’est exprimé devant l’Hyper Casher de Vincennes, où quatre Juifs ont été tués par l’islamiste Amedy Coulibaly, le 9 janvier 2015, soit il y a exactement un an de cela.

 

M. Valls a allumé l’une des dix-neuf bougies disposées sur l’estrade, de même que le Grand-rabbin de France, le Cardinal-archevêque de Paris et le dirigeant du Conseil du culte musulman.

 

Le maire de la capitale, Anne Hidalgo, et le 1er Secrétaire du Parti socialiste, Jean-Christophe Cambadélis, les ont imités, sous les copieux sifflets du public. Le Président des Républicains, Nicolas Sarkozy, participait également à la cérémonie.

 

immigrationpannel.jpg

Une réalité dure comme des statistiques

 

Si mon opinion intéresse quelqu’un, je pense que Manuel Valls est l’un des politiciens français les plus respectables en général, et, plus particulièrement, à l’égard d’Israël. Je n’ai pas oublié que le 16 décembre dernier, depuis la tribune de l’Assemblée Nationale, il avait condamné "toutes les campagnes de boycott des produits israéliens", ainsi que les manifestations d’ "un antisionisme qui bascule dans l’antisémitisme".

 

Je n’oublie pas non plus qu’il avait quitté la salle lors du vote des députés de l’Hexagone reconnaissant l’Etat de Palestine sur les "frontières" de 1967, sans négociations possibles concernant leur tracé, ce qui placerait ledit Etat palestinien, par endroits, à 14 km de la mer. 14 km parmi les plus densément peuplés de l’Etat hébreu.

 

C’est précisément là que je cesse de comprendre : pourquoi cet ami d’Israël ne s’est-il pas battu depuis l’estrade du parlement pour exposer ses vues ? Pourquoi n’a-t-il pas tenté de convaincre les députés socialistes, il est Premier ministre après tout ?

 

Ces interrogations se prolongent au sujet du contenu de ses déclarations de samedi soir : ce sont certes des propos courageux, ceux d’un commentateur politique ou d’un membre de l’opposition, occasionnellement, mais pas ceux d’un chef de gouvernement.

 

Quand Valls s’enflamme et lance : "Rien ne peut expliquer que l’on tue à des terrasses de cafés ! Rien ne peut expliquer que l’on tue dans une salle de concert ! Rien ne peut expliquer que l’on tue des journalistes et des policiers ! Et rien ne peut expliquer que l’on tue des juifs ! Rien ne pourra jamais expliquer !".

 

C’est vrai, rien, dans notre culture européenne, ne peut expliquer tout cela, et alors ? Est-ce pour faire ce genre de constats qu’on s’installe à Matignon ?

 

Est-ce pour entendre la suite ? "Pour ces ennemis qui s’en prennent à leurs compatriotes, qui déchirent ce contrat qui nous unit, il ne peut y avoir aucune explication qui vaille. Car expliquer, c’est déjà vouloir un peu excuser".

 

Mais personne (ou presque) n’a jamais eu l’intention de pardonner leurs assassinats à ces terroristes français. Tout le monde est d’accord, M. Valls !

 

Le Premier ministre a, une fois de plus répété : "Je l’ai dit avec mes mots, avec mon cœur, avec mes tripes, et je ne cesserai de le répéter parce que c’est une conviction profonde : sans les Juifs de France, la France ne serait pas la France !".

 

D’abord, on le croit. A la manière de le dire, on est persuadé, d’une, que c’est ce que Manuel Valls pense, de deux, que cela lui fait mal, et de trois, que c’est vrai ; c’est-à-dire que si les Juifs s’en vont, la France ne sera pas ce qu’elle est aujourd’hui et perdra une partie de son âme et de son ingéniosité.

 

Mais on reste totalement dans le domaine de la constatation. Cela fait dix ans que les Israélites se tirent et on n’est pas complètement surpris que le gouvernement s’en soit également aperçu. Et alors ? Il fait quoi, le gouvernement,  pour résorber l’hémorragie ?

 

Ce qui suit est très beau, on dirait du Zola :

 

"Voir des Français juifs quitter, de plus en plus nombreux, leur pays parce qu’ils ne se sentent plus en sécurité… mais aussi parce qu’ils ne se sentent plus compris, parce qu’ils ne se sentent plus à leur place, aurait dû être, depuis longtemps, pour nous tous Français, une idée insupportable".

 

Disons que, pour certains Français – j’en connais –, il s’agit effectivement d’ "une idée insupportable". Il y en d’autres qui se réjouissent du départ des Feuj, j’en connais aussi.

 

Et alors ? Qu’y a-t-il dans ces paroles compatissantes pour faire changer d’avis ceux qui préparent leur alya ? Je dirais même plus, mon cher Dupont, le fait que le chef du gouvernement reconnaisse la validité des raisons de leur départ constitue, pour ceux d’entre eux qui réfléchissent, une excellente raison de foutre le camp.

 

Ce qui les encouragerait à rester, ce serait que M. Valls affirme que ces raisons sont infondées, ou qu’il a pris des mesures concrètes pour changer le cours des choses et gommer ces sentiments désagréables.

 

Voyons cela de plus près… les Juifs français ne se sentent plus en sécurité, c’est indéniable. Mais, comme le signale à l’attention de M. Valls la vaste majorité des internautes du Monde, tous les Parisiens et tous les Français ont peur, et eux n’ont pas de pays de substitution à disposition pour s’enfuir.

 

Ils lui reprochent de communautariser les Israélites français en leur accordant beaucoup trop d’importance, alors qu’ils ne représentent guère plus qu’un pour cent de la population. Certains autres lecteurs-commentateurs du "journal de référence", une toute petite poignée, leur ont fait très gentiment remarquer que les Mohamed Merah et autre Amedy Coulibaly aussi accordent aux Juifs une "importance exagérée", qu’ils expriment le plus souvent au fusil d’assaut.

 

Encore que Le Monde, toujours aussi "sélectif" lorsqu’il s’agit d’Israël et des Juifs, avait préventivement décidé de s’abstenir de publier un autre passage du discours de Manuel Valls, dans lequel le Premier ministre déclarait : "L’antisémitisme, qu’il vienne de l’extrême droite ou de l’extrême gauche, qu’il vienne du fond des âges ou, aujourd’hui, d’une partie de la jeunesse de nos quartiers doit être combattu avec la même détermination". Nul doute que cela aurait fait encore plus jaser, tant le déni de l’antisémitisme est vigoureux dans la vieille république.

 

Ce qui nous ramène à ce qui me semble être l’essentiel du problème des Juifs français de ce début de XXIème siècle : "(…) ils ne se sentent plus compris, parce qu’ils ne se sentent plus à leur place".

 

Valls aurait également pu employer les adjectifs "rejetés" ou "marginalisés" ou "détestés" ou "pas respectés" ou "systématiquement stigmatisés", bref, ils ne se sentent pas uniquement menacés physiquement mais aussi rejetés du consensus national.

 

Mais pour atténuer ce ressenti, M. Valls, il existe des remèdes simples que vous pourriez administrer à la France sans risquer d’innombrables effets secondaires. Je parle, d’une part, d’inviter vos media à uniformiser leur vocabulaire lorsqu’ils évoquent les Juifs et Israël avec celui qu’ils utilisent dans leur couverture de tous les autres sujets de la planète.

 

Je vous assure que c’est "insupportable" de lire et d’entendre "Cisjordanie OCCUPEE", chaque fois qu’il est question de la Judée-Samarie, et pas à propos du Tibet, de la Crimée ou du nord de l’île de Chypre. Face à une telle discrimination sémantique, on se sent vite stigmatisé. Et lorsque l’on constate que c’est généralisé et que les pouvoirs publics s’accommodent de cette ségrégation médiatique sans broncher, cela donne effectivement, à n’importe quel être humain normalement constitué, l’envie de prendre ses jambes à son cou et de ne plus se retourner.

 

Tout comme il est "insupportable" de constater qu’un quidam qui lance son automobile contre des gardiens de la paix à Paris est un "terroriste", alors que s’il effectue le même geste à Tel-Aviv, c’est un "Palestinien" ; que lorsqu’il est abattu par les gendarmes dans la ville des Lumières, cela paraît absolument naturel, tandis que dans le cas de Tel-Aviv, on va gloser sur l’hypothèse d’un assassinat extrajudiciaire à priori évitable. Ce, même si l’agresseur de Paris n’était pas armé, et que celui de Tel-Aviv l’était jusqu’aux dents.

 

J’ai relaté la plupart de ces cas de double-standards antisémites dans vos media dans mon récent article : "Le poison antisémite coule dans les veines des media français", aussi, je ne vais pas vous infliger des répétitions superfétatoires.

 

On a aussi tendance à se trouver "pas à sa place", quand, sur les grands boulevards, on crie "Juif, tire-toi, la France n’est pas à toi !", et que la réaction de la population, des partis politiques, des media, bien sûr, et du gouvernement est à ce point retenue qu’elle est pratiquement invisible et inaudible. A mon tour de vous assurer, M. Valls, que s’il y avait eu un million de leurs compatriotes dans la rue, en ces occasions, avec le président de la République en tête de cortège, pour affirmer leur solidarité avec la minorité juive, très peu de ses membres songeraient aujourd’hui à apprendre l’hébreu.

 

Autre exemple de cause d’envie de vomir des Juifs de France : les manifestations (plusieurs jours de suite) des partisans du boycott d’Israël pour la venue de la très paisible troupe de danseurs israélienne Bat Shéva à l’Opéra Garnier. Les racistes de BDS sont parvenus à déployer des drapeaux palestiniens et à interrompre le spectacle jusque dans les couloirs et les balcons de la salle de spectacle.

 

Le Bataclan ne vous a pas suffi ? Il paraît que le préfet de Paris a décerné à ces trublions la dérogation nécessaire pour manifester en période d’état d’urgence. Or j’avais l’impression que le préfet était le représentant du gouvernement sur le territoire, et qu’il recevait directement ses ordres des ministres.

 

Avec toute la sympathie que votre démarche personnelle m’inspire, M. Le Premier ministre, de même que le contenu de vos interventions, je vous indique très humblement l’exigence de cohérence entre ce que quelqu’un dit et les actes qu’il produit.

 

Dans les cas que j’ai relatés dans ce papier, il n’est nul besoin "d’affronter une véritable guerre et de la gagner", comme vous l’avez bravement répété samedi ; il suffit de rappeler vos journalistes à l’ordre, en commençant par ceux de l’AFP et du Service Public sur lesquels vous avez autorité, et de signifier à vos préfets que l’antisionisme et l’antisémitisme c’est kif-kif et beurk-beurk.

 

Et peut-être, afin qu’ils comprennent, que Dreyfus, la Collaboration, Drancy et l’Exposition du Juif universel, le peuple sûr de lui-même et dominateur, la Controverse de Nétzarim et le terrorisme islamique ont déjà causé beaucoup de dégâts et d’injustices en France, et qu’il est probablement inutile de retenter l’expérience antisémite ou de la laisser se prolonger.

 

Sinon, je veux dire si vous ne faites pas ce qu’il est urgentissime de faire, vos media continueront d’encourager les vocations de terroristes djihadistes, et il y aura, à l’avenir, de moins en moins de Juifs pour venir écouter vos prises de positions sincères et courageuses.

 

 

 
Israël ne peut se contenter de mener un combat défensif (info # 011001/16) Version imprimable
Analyse
dimanche, 10 janvier 2016

 

Par Guy Millière

 

Dans les années 1960-1965, Israël était un pays dont on parlait peu dans les media européens, et, lorsqu’on en parlait, c’était sous un angle favorable. On soulignant l’esprit pionnier de ces Juifs qui avaient transformé le désert en champs fertiles, à force d’inventivité et d’opiniâtreté, et qui avaient gagné la guerre contre le monde arabe au prix d’immenses sacrifices.

 

La Shoah était peu évoquée, mais il restait, dans l’inconscient collectif, le souvenir à demi dénié que les Européens s’étaient très mal comportés. Le monde arabe n’avait pas très bonne presse, et le fait qu’il voulait « jeter les Juifs à la mer » était très mal perçu. La Guerre des Six jours, en 1967, n’a pas changé fondamentalement quoi que ce soit : l’Armée israélienne victorieuse a fait, au contraire, l’objet d’une certaine admiration.

 

Tout a commencé à basculer à ce moment-là. Le basculement est venu de la « politique arabe  de la France », initiée par le Général de Gaulle, qui est devenue ensuite, peu à peu, la politique musulmane de l’Europe.

 

Le discours sur le  « peuple d'élite, sûr de lui-même et dominateur », du 27 novembre 1967, a été une forme de signal déclencheur. Un rapprochement entre la France, l’Europe, et le monde arabo-musulman s’est mis en place. Ce rapprochement et la stratégie qui le sous-tendait ont été décrits par Bat Ye’or dans son livre Eurabia.

 

irondome.gif

Se défendre, c’est nécessaire, mais c’est insuffisant

 

Le basculement est venu aussi de la naissance de la « cause palestinienne ». L’OLP était née en 1964, mais elle ne prit réellement son essor qu’à la fin des années 1960 avec l’appui de l’Union Soviétique, de son appareil de propagande et des organisations léninistes disséminées sur la planète.

 

Depuis, l’image d’Israël n’a cessé de se dégrader. Par la grâce d’une propagande intensive, de tous les idiots utiles et de toutes les crapules cyniques qui l’ont disséminée, Israël est passé du statut de petit Etat assiégé par les pays arabes, à celui de puissance impérialiste cherchant à écraser un petit peuple épris de liberté. Les pays arabes sont passés, quant à eux, au statut de pays œuvrant pour la liberté de ce petit peuple.

 

Le terrorisme palestinien a bénéficié de l’apparence d’une lutte de libération nationale et s’est vu ainsi accorder toutes les circonstances atténuantes imaginables. L’Egyptien Yasser Arafat, chef d’une bande de tueurs sans scrupules, est devenu un héros populaire pour gauchistes fébriles et antisémites en quête de nouveaux alibis et discernant, à cette fin, que l’antisionisme constitue un prétexte intéressant.

 

Des dirigeants Israéliens ont entamé des pourparlers avec l’OLP. Les crapules cyniques de la politique internationale n’étant pas toutes européennes, des politiciens américains, adeptes de la realpolitik, ont décidé de faire pression sur Israël pour que les pourparlers prennent la forme d’accords. Sous le mandat de Bill Clinton, et grâce à Shimon Peres, les accords sont devenus les Accords d’Oslo.

 

Ceux-ci ont provoqué une catastrophe dont Israël n’a cessé de payer chèrement le prix : d’un seul coup, Israël a reconnu l’OLP comme un interlocuteur légitime, le « peuple palestinien », comme un vrai peuple en quête de liberté, l’idée que des territoires qui n’avaient jamais été « palestiniens » pouvaient être échangés contre la paix avec l’OLP et contre la création, à terme, d’une entité palestinienne qui a été appelée Autorité Palestinienne, et qui, d’engrenage en engrenage, était censée devenir l’Etat Palestinien.

 

Depuis, des négociations sont en cours et sans cesse interrompues, et ces négociations reposent sur le principe de base selon lequel Israël a toujours tort puisque l’OLP, devenu Autorité Palestinienne, représente un « peuple opprimé » par Israël, qui est tenu de donner satisfaction à l’OLP. Depuis, l’OLP mène la guerre par le terrorisme sans subir la moindre conséquence, puisque les terroristes agissent dans le cadre d’une « lutte de libération nationale ». Depuis, l’OLP conduit également une offensive diplomatique contre Israël qui court de succès en succès.

 

Israël résiste, mais livre un combat essentiellement défensif. Israël est, aussi, devenu un pays largement détesté.

 

Je pense (dois-je encore l’écrire ?) qu’Israël ne peut se contenter de mener un combat défensif. Je pense que l’Autorité Palestinienne est une machine infernale installée sur le flanc d’Israël et destinée à le détruire. Je pense que, tôt ou tard, Israël devra en finir avec l’Autorité Palestinienne.

 

Je pense aussi qu’une étape préalable à la possibilité d’en finir avec l’AP implique qu’Israël se consacre davantage à la réinformation, qui est le contraire absolu de la propagande.

 

La réinformation implique de ne jamais se tenir sur le terrain de l’ennemi, de ne jamais accepter son vocabulaire, de ne jamais accepter le moindre élément de la falsification des faits qu’il véhicule.

 

Les dirigeants israéliens devraient, à mes yeux, appeler les terroristes par leur nom de terroristes, annoncer que Mahmoud Abbas et son entourage sont directement responsables d’incitations au meurtre, et donc complices des meurtres commis contre des Israéliens depuis le début du mois de septembre. Ils devraient dire que, entré dans la onzième année de son mandat de quatre ans, Mahmoud Abbas ne jouit pas de la moindre légitimité.

 

Ils devraient, toujours, appeler la Rive Occidentale (ou « Cisjordanie ») par le nom qui est le sien depuis trois millénaires : la Judée-Samarie. Les dirigeants israéliens devraient appeler villes et villages les implantations juives en Judée-Samarie. Ils devraient également demander aux dirigeants occidentaux qui soutiennent l’Autorité Palestinienne ce qui les pousse à accepter le principe d’épuration ethnique anti-juive prôné par l’Autorité Palestinienne, qui veut explicitement une Judée-Samarie sans Juifs.

 

Ils devraient dire qu’un préalable à toute négociation devrait non seulement être que l’Autorité Palestinienne reconnaisse Israël en tant qu’Etat juif, donc reconnaisse Israël tout court, mais aussi qu’elle supprime immédiatement de ses écoles et de ses media toutes les  incitations à la haine anti-juive et toute glorification du terrorisme.

 

La loi demandant aux ONG de propagande anti-israélienne de révéler leur financement par des puissances étrangères hostiles à Israël, telle l’Union Européenne, constitue un pas dans la bonne direction, mais rien de plus. D’autres pas devront suivre.


pour lire la suite...
 
Cette guerre a quatorze siècles (info # 010801/16) Version imprimable
Analyse
vendredi, 08 janvier 2016

 

Par Stéphane Juffa

 

Aux Etats Unis et en Europe, il est ringard et même politiquement incorrect d’invoquer les questions religieuses ou ethniques qui sont le plus souvent à l’origine des conflits. On préférera chercher les causes des disputes dans le répertoire politique.

 

Il y a plusieurs raisons à cela : d’une part, parce qu’en Europe il semble particulièrement incompréhensible de se battre "encore" pour des religions, ces dernières ayant pratiquement tout perdu de leur influence sur l’Etat ; de l’autre, au vu des problèmes migratoires et des minorités, on a très arbitrairement choisi de prétendre que les religions sont des vecteurs de paix, et qu’il n’existait rien de si stimulant pour un pays que d’être habité par des individus provenant d’origines diverses et variées.

 

Dans ces pays développés, le seul culte que l’on cultive au contraire est celui de la causalité : on passe son temps à chercher dans les actions des uns et des autres les éléments déclencheurs des conflits. Pour cette raison, on n’a jamais envisagé que la différence de traditions religieuses et de croyances quotidiennes pouvait être à la base de l’incapacité des Israéliens et des Palestiniens à s’entendre, des Libanais à vivre ensemble, des guerres civiles interminables en Syrie et en Irak, etc.

 

Le causalisme épargne ainsi aux Occidentaux la frayeur qu’occasionnerait l’éventualité selon laquelle l’islam, sous ses acceptions actuelles à tout le moins, ne serait pas une religion de paix, qu’elle chercherait à s’imposer par la violence si cela était nécessaire, et surtout, que cette dernière finalité pourrait oblitérer et vider de leur sens les principes nobles et humanistes dans lesquelles les Européens se contemplent.

 

Les journalistes et les dirigeants des Etats industrialisés évitent ainsi soigneusement de parler de l’islam, qu’ils remplacent par les termes islamisme, djihadisme, al Qaeda ou DAESH, en même temps qu’ils minimisent la spécificité du régime iranien, qui s’est auto-intitulé "République Islamique d’Iran".

 

Vu de Bruxelles ou de Washington, où l’on adore traduire les équations dans un langage que l’on maitrise, on pratique par des simplifications trompeuses permettant "d’y voir clair" et de matérialiser, même si c’est terriblement arbitraire, ses amis et ses ennemis en leur donnant des noms et en leur prêtant des fonctions régionales et des ambitions politiques.

 

Mais vu de Téhéran, de Riyad et du Caire, les choses sont terriblement plus évidentes : il y a, d’un côté – celui de l’Iran – les chiites, qui voient en Ali, le cousin du prophète, et en sa famille les successeurs de Mahomet, qu’il aurait lui-même désignés pour poursuivre son œuvre. Face à eux, les sunnites, qui représentent 90 % du milliard et demi de musulmans, qui considèrent que ce sont les disciples de Mahomet qui, à partir de sa mort en 632, à commencer par son confident Abou Bakr, doivent diriger l’islam.

 

A partir de là c’est le chiisme, qui a donné le mot schisme en français et en de nombreuses autres langues, qui a vu les deux communautés de croyants camper sur leurs positions et se livrer une guerre quasi-ininterrompue depuis 1 400 ans.

 

sunshi.jpg

Dans la fertile représentation populaire arabe,

la même qui est convaincue mordicus que DAESH est une création israélienne

 

Cette perspective remise à sa place donne accès à une grille de lecture des conflits autrement plus "locale". Premièrement, parce que, pour tous les musulmans du Moyen-Orient, il ne s’agit pas de conflits mais bien DU conflit entre sunnites et chiites qui se prolonge et ne se terminera que par l’écrasement définitif de l’un des deux camps.

 

Ensuite, lorsqu’au Caire, à Amman, à Riyad, à Ankara et dans les émirats du Golfe l’on considère DAESH, al Qaeda et les autres organisations combattantes sunnites, on distingue principalement le fait qu’ils affrontent et contiennent l’ennemi chiite et qu’il tient du devoir sacré de les aider à continuer à le faire.

 

Si, dans quelques-uns de ces pays, on déplore les méthodes cruelles et barbares qu’ont ces combattants sunnites de traiter leurs prisonniers et les femmes de ceux-ci, ce sont des considérations accessoires. N’oublions pas que la population allemande, dans son écrasante majorité, soutenait les divisions SS qui se battaient avec les Soviétiques et les alliés, tout en connaissant les crimes industriels que ces unités perpétraient dans les camps d’extermination. A part pour les âmes exceptionnellement éclairées, le nationalisme, le clanisme et la suprématie culturelle (ou religieuse) priment sur les considérations humanitaires.

 

Et puis, il n’existe pas de grandes différences entre les punitions d’inspiration religieuse telles que DAESH les applique à ceux qui s’écartent de l’islam sunnite, et celles, contre les apostats, les homosexuels et les femmes supposément adultérines, qui sont administrées par la monarchie saoudienne, elle aussi sunnite.

 

Au risque de se tromper complètement de lecture, ne confondons pas nos valeurs et les leurs et n’attendons pas qu’ils s’apitoient sur le sort de leurs victimes parce que nous le leur demandons ou parce que ce qu’ils font nous dégoute et nous effraie. 

 

D’ailleurs, s’il est un terrain sur lequel chiites et sunnites se rencontrent, c’est celui des châtiments que le Coran prescrit d’infliger aux auteurs des crimes identiques. Sauf qu’à Téhéran, on pend les homos au faîte des grues jusqu’à ce qu’ils étouffent, alors qu’à Riyad, on leur coupe la tête au sabre, jusqu’à ce qu’elle daigne se séparer du tronc.

 

C’est en fonction des lignes qui précèdent qu’il convient de considérer la rupture des relations diplomatiques avec l’Iran décidée par les Saoudiens. Pour ceux qui veulent absolument y voir un acte causal et entendent continuer intentionnellement à inverser les causes et les effets, rappelons que le prétexte qui a présidé à cette décision a été l’attaque de l’ambassade saoudienne à Téhéran, elle-même consécutive à l’exécution, samedi dernier dans le royaume, du cheikh chiite saoudien Nimr Baqer el-Nimr, en même temps que quarante-six autres "terroristes".

 

Baqer el-Nimr enflammait par ses sermons contre la dynastie les membres de la minorité chiite saoudienne, établie à l’est de la monarchie ; les autres chefs d’accusation qui l’ont mené au billot étaient "la sédition", "la désobéissance au souverain" et "le port d’armes".

 

Dimanche, les fils de Saoud rompaient les relations diplomatiques avec la théocratie chiite, et étaient imités en cela par six autres Etats sous contrôle sunnite : les Emirats Arabes Unis, le Koweït, le Soudan, le Bahreïn, Djibouti et le Qatar. En plus du rappel de leurs diplomates à Téhéran, de la fermeture des ambassades et consulats perses sur leurs sols et du renvoi de leurs personnels, les sept Etats ont également décidé d’interrompre les liaisons aériennes avec Téhéran et d’interdire à leurs ressortissants de se rendre en Iran.

 

Pour le Royaume de Bahreïn, dont les côtes se situent à 180 km de celles de l’Iran, cette décision marque le début d’une guerre froide. Idem pour les autres royautés et émirats du Golfe : si le risque du déclenchement immédiat d’une guerre régionale n’est pas à l’ordre du jour, chaque vol commercial, chaque appareillage de paquebot, chaque exercice militaire va devenir un casse-tête. Sans parler des risques d’infiltrations d’agents iraniens et des activités de déstabilisation télécommandées par les ayatollahs.

 

La rupture des relations avec ceux-ci indique le franchissement d’un nouveau palier entre le désamour et la guerre ; plus près de la guerre. Pour les six pays qui ont suivi Riyad, cette décision n’a été causée par aucun acte perse spécifique qui leur fût hostile ; cela démontre simplement qu’ils ont décidé de respecter l’alignement sunnite, et que ce dernier est suffisamment important pour qu’ils prennent délibérément le risque d’évoluer dorénavant sous le régime d’un état d’alerte militaire permanent.  

 

Si le risque de l’éclatement immédiat d’une guerre est faible, c’est parce que l’Arabie et ses alliés de la péninsule n’ont pas de vocation offensive, pas plus que de visées territoriales en Iran. Tout ce qui les intéresse consiste à veiller jalousement sur leurs avantages. Quant à Khamenei, il n’a, d’abord, pas la puissance militaire requise pour se lancer à l’assaut des Etats arabes ; il sait, de plus, que ses efforts en vue de se faire réadmettre dans le concert des nations s’effondreraient sitôt le premier missile tiré sur ses voisins. De plus, s’il faisait cette immense bêtise, il ferait l’unanimité contre l’Iran, à commencer par les Arabes, mais également chez les Occidentaux, qui n’hésiteraient pas vingt-quatre heures avant de leur prêter main forte.

 

Une guerre ouverte contre le sunnisme constituerait probablement le premier et le dernier pas d’un processus qui évincerait dans la violence le clergé chiite du pouvoir à Téhéran. Le but des ayatollahs était de développer la bombe atomique et des missiles balistiques afin de s’imposer – d’imposer les chiites – au sein du monde musulman comme la seule puissance capable de les représenter d’égal à égal face au monde païen et à Israël, et non de se lancer dans un affrontement qu’ils n’ont aucune chance de remporter.

 

Ce que je viens d’écrire ne signifie pas que la théocratie ne va pas se livrer à des provocations armées dans les eaux du Golfe. Il y a quelques semaines, les Perses n’avaient pas hésité à tirer des roquettes à 1 500 mètres d’un porte-avions U.S et d’une frégate française ; il n’y a ainsi aucune raison pour qu’ils s’abstiennent de harceler leurs adversaires sunnites.

 

La situation est sérieuse. Hormis la guerre ouverte, on peut être certain que les Saoudiens vont faire tout ce qu’ils peuvent pour atténuer le redémarrage de l’économie de la dictature chiite, à commencer par maintenir le prix du pétrole à un niveau très bas. C’est ainsi que le Brent, le brut négocié à Londres, est passé avant-hier au-dessous de 35 dollars le baril, pour la première fois depuis douze ans.

 

Riyad persiste dans son refus de réduire sa production, qui s’élève actuellement à 10.4 millions de barils par jour. Avec un marché noyé sous l’or noir, les ayatollahs vont avoir du mal à augmenter leur propre production qui stagne toujours autour des 2.5 millions de barils/jour. Pour atteindre l’objectif des quatre millions que les dirigeants iraniens s’étaient fixé, il leur faudra réhabiliter et rénover l’ensemble de leur appareil de pompage et de transport du brut ; avec un baril à 34 dollars et peut-être moins, cela va engloutir une bonne partie des fonds qui seront libérés par les banques étrangères en réalisation de l’Accord avec les 5+1. Relativement à un pétrole à 70 dollars, c’est exactement comme si Khamenei toucherait la moitié des fonds qui lui sont promis.

 

Le maintien d’une quantité de production élevée permet aussi aux Saoudiens de préserver leur emprise sur le marché européen ainsi que de limiter les revenus des Russes, qui produisent la même quantité quotidienne qu’eux. Des Russes qui sont devenus leurs ennemis depuis qu’ils ont inversé la tendance du conflit syrien et qu’ils vendent des équipements militaires avancés et de nouvelles centrales nucléaires aux Iraniens.

 

N’oublions pas non plus, qu’outre la Syrie, trois des fronts opposant directement les sunnites aux chiites sont actifs, s’agissant du Yémen, de l’Irak et du Liban. Dans les deux derniers pays cités, le regain de tension entre Riyad et Téhéran peut rallumer ce que les confrères nomment la "guerre civile", mais qui est en fait une péripétie de l’interminable Guerre sunnites-chiites. A Beyrouth, on se dirige vers la pérennisation de la disparition des institutions républicaines et de l’absence d’un gouvernement et d’un président. L’Iran soutient la milice chiite du Hezbollah qui exécute ses ordres, tandis que Riyad finance et conseille toutes les autres composantes du puzzle libanais, à commencer, évidemment, par les sunnites qui forment la plus nombreuse d’entre elles.

 

Il est difficile de prendre connaissance sans pouffer du commentaire fait avant-hier (mercredi) par Mohammad Javad Zarif, le ministre iranien des Affaires Etrangères. L’homme qui rit avec Federica Mogherini et John Kerry et aux dépens d’iceux. Pour Zarif, l'Arabie saoudite "doit arrêter" de s'opposer "aux efforts de paix" de l'Iran, comme elle le fait "depuis deux ans et demi".

    

L’Arabie, les Etats du Golfe et les autres régimes sunnites vont plutôt renforcer leur arsenal militaire afin de dissuader les ayatollahs de faire des âneries. Pour cela, ils ont impérativement besoin du savoir-faire des Israéliens. Ils ne peuvent en effet plus compter sur l’allié américain et sur les Européens, qui, en signant le Traité de Lausanne et en continuant, depuis, de faire des concessions très au-delà de celles déjà octroyées aux chiites aux termes de l’Accord, ont considérablement augmenté la menace militaire à laquelle ils sont maintenant exposés.

 

En Egypte, l’Etat arabe possédant la plus imposante force armée du camp sunnite, les dirigeants ne sauraient oublier que sans l’appui et l’ingérence directs de Barack Obama, leur pair Hosni Moubarak n’aurait pas été destitué, et leur ennemi islamiste Morsi n’aurait pas pris le pouvoir.

 

Or les Arabes ont besoin des armes de dernière génération, de boucliers antimissiles, de la faculté de regarder derrière les lignes ennemies, de celle de faire le meilleur usage des armes qu’ils ont achetées à l’Occident, et des meilleurs experts pour les conseiller. Pour les Saoudiens et les Etats du Golfe, il s’agit à la fois de se rassurer et de combler les lacunes dont ils ont connaissance au sein de leurs forces armées.

 

Dans ces conditions, le choix du voisin israélien s’impose, qui est capable de fournir tous les équipements et services en question et qui nourrit les mêmes craintes face à l’ennemi iranien. Pendant que les Européens, les Russes et les Américains vont continuer à s’acharner sur le Califat sunnite d’Irak et de Syrie, d’une manière effectivement disproportionnée et surtout, qui ne prend pas en compte la nécessité de préserver l’équilibre sunnites-chiites dans la région, les sunnites vont se rapprocher encore un peu de l’Etat hébreu.


pour lire la suite...
 
L’école des incompétents (info # 010501/16) Version imprimable
Analyse
mardi, 05 janvier 2016

 

Par Llewellyn Brown

 

La prétendue “réforme” du collège, promue cette année scolaire par notre ministresse Najat Belkacem, correspond plutôt à un effort de démantèlement. A ce titre, elle a provoqué des remous sans précédents : non seulement chez les professeurs, mais aussi chez les inspecteurs d’académie, et parmi des penseurs renommés comme Alain Finkielkraut, parmi d’autres. Habitée par ce qui ressemble à du mépris, Madame Belkacem a l’outrecuidance de qualifier ses contempteurs de « pseudo-intellectuels ».

 

 

Une politique méconnue

 

Cette manie d’entreprendre une « réforme » avec chaque nouveau gouvernement n’est pas nouvelle, et l’on en saisit l’absurdité : depuis des millénaires, on forme des penseurs et des créateurs ; on n’a pas attendu l’invention des prétendues “sciences” de l’éducation. Voire, on n’a jamais vu une telle chute dans la qualité de l’instruction que depuis que l’on applique les notions forgées par cette idéologie. Sans entrer dans les détails de l’actuelle restructuration de l’ensemble – qui entraîne la suppression des langues anciennes (latin et grec) et la création de cours interdisciplinaires –, nous pouvons remonter à une approche un peu plus ancienne, portant sur ce qu’on appelle des « compétences ». Cette mise à plat permettra d’expliquer en quoi l’école en France n’a plus pour mission d’instruire des élèves, mais de les conditionner.

 

Il importe d’en faire état, d’autant que souvent les professeurs eux-mêmes ne savent que très vaguement de quoi il s’agit. Quand on évoque « l’évaluation des compétences » réclamée par le ministère, les professeurs s’exclament : « Mais c’est ce que nous faisons déjà ! ». Cependant, ils confondent la notion courante de compétence avec la version techniciste et idéologique qu’on entend leur imposer.

 

ecolepourtous.jpg

 

Une telle méprise est tout à fait compréhensible, pour deux raisons fort simples. D’abord, les idéologues au pouvoir sont les ennemis farouches de toute notion de transmission. Il suffit d’assister à un stage de formation continue, organisé par l’académie, pour s’en convaincre. En début de journée, le formateur fait faire un « tour de table », demandant aux professeurs-stagiaires de quel établissement ils viennent, ce qu’ils attendent du stage, et quelles questions ils désirent y traiter. Ensuite, les stagiaires sont invités à se répartir en groupes pour trouver collectivement des réponses à la question qu’ils ont choisie. A la fin de la journée, tout le monde se réunit pour « mettre en commun » les résultats de leur élucubration. On s’aperçoit, dans cette description à peine caricaturale, que le formateur n’y fait souvent aucun apport touchant à une quelconque réflexion. L’ennui y est assuré !

 

Il existe une seconde raison à l’ignorance des professeurs concernant les compétences. Celle-ci est due au fait que les « pédagogistes » ne révèlent rien concernant les fondements théoriques de leur idéologie, tout simplement parce que ceux-ci sont inavouables. En effet, comment reconnaître que l’on aspire à la déculturation des générations actuelles et à venir ? A soumettre ces dernières à toutes les manipulations que la société ou nos dirigeants voudront leur imposer ?

 

 

L’Ecole est une entreprise comme une autre

 

Ainsi, ceux qui croient (y compris l’auteur de ces lignes…) que l’école a pour mission d’instruire les élèves, n’ont strictement rien compris.

 

Un document publié en Belgique1 apporte une précieuse lumière sur cette question. Il permet de mettre au clair la structure de cette destruction et sa logique, en lien avec la question des « compétences ». Dans cette étude, on dessine les liens entre ce qu’on vise pour l’école, et le monde de l’entreprise. On note la proche parenté entre les « familles de tâches » à l’école, et les « référentiels de compétences » promus en milieu professionnel, où l’on attend de l’employé qu’il sache accomplir des missions dans des situations très diverses.

 

La notion des compétences relève donc d’une idéologie productiviste issue du monde de l’entreprise. En effet, avec l’accélération des progrès technologiques, il est impossible de prévoir quels secteurs seront porteurs dans les années à venir, et quelles qualifications seront nécessaires. Cette instabilité rejoint une nouvelle organisation du travail, selon laquelle les tâches ne sont plus cloisonnées et répétitives, confiées à des travailleurs spécialisés et coordonnées par un cadre intermédiaire ou supérieur : elles sont désormais diversifiées, en sorte que l’employé est appelé à être polyvalent, et en situation d’apprentissage permanent. Il n’est nul besoin qu’il détienne des connaissances dans un domaine de spécialité : il doit être continuellement compétent et adaptable.

 

On note, par ailleurs, dans l’entreprise depuis les années 1990, un déclin dans le nombre d’emplois de niveau intermédiaire, au profit à la fois de « petits boulots » et d’emplois hautement rémunérés, correspondant à ce que Jean-Claude Milner explique concernant l’élimination progressive des classes moyennes2. En effet, celui-ci souligne qu’autrefois les dirigeants pensaient pouvoir assurer la paix en s’appuyant sur la classe moyenne. Les événements de mai 1968 ont mis un terme à cette illusion : ce sont les bourgeois eux-mêmes qui se sont élevés contre le système, réclamant une « jouissance sans entrave » ; autrement dit, ils voulaient profiter sans freins des fruits du capitalisme. Aujourd’hui donc, et comme d’autres, les professeurs font l’expérience de cette dégradation : leur salaire qui, avant l’euro, était tout à fait confortable, est gelé depuis bon nombre d’années, et tombe bien en dessous de ce qu’exigerait l’augmentation du coût de la vie.

 

 

Du « collège unique » aux « compétences »

 

On le sait : dans le second cycle, on a créé « le collège unique », où tous les élèves sont scolarisés ensemble, sans distinction, sous le prétexte d’égalitarisme ; on refuse de discriminer les faibles, prétendant les faire réussir au même titre que les plus forts. Le résultat est visible pour tous : à défaut d’instituer une mythique « pédagogie différenciée » – qui obligerait le professeur à mener plusieurs cours simultanément –, on produit un nivellement par le bas ; tant pis pour les élèves qui possèdent la volonté et les moyens intellectuels de réussir.

 

Pourtant l’OCDE, cherchant à réduire les coûts de l’enseignement, l’avait bien reconnu dès 2001 : tous les élèves « n’embrasseront pas une carrière dans le dynamique secteur de la “nouvelle économie” – en fait, la plupart ne le fera pas –, de sorte que les programmes scolaires ne peuvent être conçus comme si tous devaient aller loin ». L’objectif réellement visé est donc tout le contraire de la fameuse « réussite pour tous » qu’on prétend offrir : celle-ci ne sera offerte qu’à quelques-uns. En 2004, le Rapport Thélot réitère ce principe : « La notion de réussite […] ne veut certainement pas dire que l’école devrait se proposer de faire que tous les élèves atteignent les qualifications scolaires les plus élevées. Ce serait une illusion pour les individus et une absurdité sociale, puisque le niveau de qualification ne serait plus adapté, même vaguement, à la structure des emplois ». Dans cette marchandisation de l’école, il s’agit seulement d’insérer tous les élèves dans le circuit de l’économie, au détriment de leur niveau de culture.

 

Alors, pour rapprocher l’école « pour tous » du milieu du travail, on recourt à la notion des « compétences ». Au lieu que l’élève s’imprègne de connaissances scolaires, il apprend à s’orienter dans toutes les situations qu’il pourra rencontrer dans le monde de l’entreprise. Dans le secteur des services, par exemple, on a moins besoin de connaissances professionnelles que de compétences génériques, telles la capacité d’analyse et la communication. Par conséquent, on ne donnera pas à l’élève des connaissances théoriques, mais uniquement le minimum de bagage qui pourra lui servir : ce qu’on appelle désormais le « socle commun ». Ce « smic » scolaire se compose des compétences suivantes : savoir communiquer dans sa langue maternelle et dans une autre langue (d’où l’accent mis sur les langues vivantes parlées, au détriment de leur expression littéraire), une culture scientifique et mathématique, l’utilisation de l’ordinateur, l’adaptabilité, l’esprit d’entreprise (d’où le travail en groupes, au lieu de l’apprentissage individuel).

 

 

La production du quelconque

 

Tandis que les élites continueront à mettre leurs enfants dans des écoles privées qui construisent des bases intellectuelles solides, les autres devront subir la dégradation des contenus qu’on leur enseigne, le terme contenu étant désormais un terme réprouvé. Les savoirs relevant de la culture humaniste sont ravalés au statut de « supports » exploités pour faire acquérir les compétences.

 

L’élève devra donc être formé à « mobiliser des ressources en vue de la réalisation d’une tâche », non à aiguiser son discernement intellectuel. Il n’apprendra pas à lire des classiques pour la beauté de la langue, pour leur subtilité d’expression, pour les connaissances culturelles que l’on peut en extraire. On lui donnera « du texte » : des extraits indifférenciés, dont l’élève ne connaîtra jamais l’œuvre intégrale. Ainsi, au Baccalauréat, le candidat devra discerner les liens réunissant des extraits au sein d’un « groupement ». Le même exercice est proposé dans les concours, et l’on mesure combien le savoir y est dévoyé : le candidat qui réalise un devoir dit de « didactique » brille seulement par son aptitude à identifier la « problématique » enfouie au sein des textes présentés. Par contraste, celui qui réussit une dissertation à l’ancienne s’efface, dans la mesure où il se met au service de l’œuvre littéraire, dont il sait révéler les richesses.

 

L’on comprend pourquoi le « cours magistral » est tellement conspué de nos jours : il est jugé honteux que le professeur veuille transmettre des savoirs que l’élève serait contraint d’écouter. Cette pratique traditionnelle est jugée source de passivité et d’ennui pour les élèves : on déclare qu’il s’agit d’un exercice de manipulation, d’une recherche d’autosatisfaction de la part du professeur. L’on refuse d’admettre qu’écouter et prendre des notes est une activité hautement intellectuelle, qui réclame une attention des plus aiguës.

 

Quant au professeur, il doit accepter de voir son statut rétrogradé à celui d’ « enseignant », puis à celui d’animateur ou de coach. Il sera « pédagogue » : se démenant non pour développer sa propre culture – au profit de ses élèves –, mais pour concevoir des exercices susceptibles de faire développer des « compétences ». De la sorte, on asservit les professeurs, en les lançant dans la « chasse au Dahu » des « méthodes innovantes ». Partant, on institue les élèves en juges aptes à déclarer si le professeur les a suffisamment divertis. En effet, celui-ci sera évalué sur sa capacité à créer des « activités », non à transmettre un savoir : le pédagogue recherché est quelqu’un qui ne sait rien, mais qui sait l’enseigner !

 

L’« enseignant » ne risque pas de heurter « l’apprenant » (mots issus du jargon « pédagogiste ») : il ne l’obligera pas à prendre en compte une pensée qui diverge de ses préjugés. Seul avec sa tâche, l’élève avancera à son rythme. On ne lui demandera pas d’atteindre un certain niveau d’exigence : il demeurera privé de l’esprit d’émulation qu’instaure la présence d’autres élèves auxquels on se mesure, car, au lieu d’apprendre des contenus, il devra uniquement « apprendre à apprendre ».

 

On notera la convergence de cette conception de l’école avec notre politique d’immigration, selon laquelle un pays n’est qu’un trou dans lequel on peut mettre n’importe quoi. Dans les deux cas, les gauchistes – idiots utiles – obéissent aux injonctions du capitalisme financier : ils surfent sur l’écume du progrès technologique, s’estimant sans contraintes, sans passé, vivant dans un présent perpétuel ; la vie est jugée facile et festive, comme dans une publicité. Transposant cet esprit dans le domaine de l’école, les gourous « pédagogistes » prétendent qu’existerait – quelque part dans les sphères célestes… – une aptitude à apprendre délestée des contenus que l’on enseigne. Avouons qu’on se trouve là dans la pensée magique ! Sur le plan pratique, cela suppose la possibilité de réduire les compétences en des dizaines d’« items » distincts, et de juger – une par une, s’il vous plaît ! – si oui ou non elles ont été acquises (on doit les « valider » à la fin de la 3ème). Comme si –chacun peut le constater d’après sa propre expérience – on n’acquérait pas nécessairement des capacités d’analyse et d’expression, par exemple, en s’attelant à une étude véritable.

 

 

Le savoir contre la manipulation

 

En réalité, le but est autre : il s’agit d’adapter l’élève, à son insu, à la société et à l’économie – par exemple, au tout numérique, comme le dénonce Marc Fumaroli –, et de le priver de toute possibilité d’exercer un esprit critique. On ne voit pas, en effet, au nom de quoi l’élève devrait obéir à un professeur qui n’a pas plus de savoir que lui, et qui l’enjoint néanmoins à participer à des « activités ». Obéir simplement parce qu’un quidam veut lui faire acquérir des « compétences » ne suffit pas.

 

L’école, telle qu’elle fut instaurée par la Troisième République visait, au contraire, à créer une élite qui ne soit pas formée par l’Eglise. Cela, afin d’établir « un régime républicain dans un pays qui n’en voulait pas »3. Ainsi, une brèche salutaire fut engendrée, afin de favoriser la liberté de pensée et d’affranchir les élèves du déterminisme imposé par leur milieu social. C’est là une condition du désir d’apprendre. En effet, l’on ne s’investit que pour ce qui ne se laisse pas relativiser, et qui apporte sa propre justification : c’est pour cette raison même qu’on ne lâche pas, qu’on poursuit une activité jusqu’au bout de sa logique. Dans cette perspective, en effet, l’élève est appelé à développer son intelligence, avant de se tourner vers le monde du travail. C’est ainsi que l’école investit dans l’humain, dans un développement intellectuel qui se joue sur le moyen et long terme. Fumaroli explique très éloquemment le problème actuel : « Le plus grave de ces dommages est l’atrophie sans douleur et sans symptôme, sinon à long terme, d’un autre mode de notre rapport au monde et aux êtres. Cet autre mode, allégorique et non algorithmique, analogique et non linéairement logique, nous donne accès à l’univers de la qualité […] ».

 

 


Notes :

 

1 Par Nico Hirtt, « L’approche par compétences : une mystification pédagogique », septembre 2009. Sur le site < www.ecoledemocratique.org>.

 

2 Jean-Claude Milner, Clartés de tout : de Lacan à Marx, d’Aristote à Mao, entretiens avec Fabian Fajnwaks et Juan Pablo Lucchelli, Lagrasse, Verdier, 2011, p. 213 sqq.

 

3 Jean-Claude Milner, Existe-t-il une vie intellectuelle en France ? Lagrasse, Verdier, 2002, p. 11.

 

4 Marc Fumaroli note que le problème n’existe pas de manière aussi aiguë dans d’autres pays.

 

pour lire la suite...
 
Doigt de la Galilée : le Hezbollah a raté son coup (info # 020401/16) Version imprimable
Breaking News !
lundi, 04 janvier 2016

 

© Metula News Agency

 

Métula, lundi, 19h40 à Métula, 18h40 à Paris

 

Vers 15:30 locales aujourd’hui, le Hezbollah a fait exploser deux engins de forte puissance à proximité de deux bulldozers de type D-9 de l’Armée israélienne et d’un poste de l’ONU.

 

On ne dénombre pas de victimes dans les rangs de Tsahal.

 

A l’appui d’un film du guet-apens que nous avons trouvé sur le Net, et du témoignage direct d’habitants du village de Radjar que nous connaissons bien et dont la maison se situe à moins de 100 mètres des explosions, nous sommes en mesure de déterminer avec précision qu’elle se sont produites au nord de ce village alaouite israélien, au bord de la route qu’empruntent les patrouilles israéliennes sur la frontière avec le Liban.

 

La bombe a sauté à la hauteur du "R" de Radjar sur la carte que nous proposons, à quatre kilomètres, à vol d’oiseau, de notre rédaction à Métula.

 

ouazzani.jpg

Service cartographique © Metula News Agency

 

A propos de Radjar, parfois orthographié Ghajar, sans en modifier la prononciation, il s’agit d’un village traversé en son cœur par la frontière internationale.

 

En 1981, tous les habitants de Radjar à une exception près, le chef de la famille Silman, envoyèrent une pétition au Secrétaire général de l’ONU pour lui demander que leur village soit rattaché à Israël et qu’ils jouissent de la nationalité israélienne. C’est chose faite depuis, mais les deux tiers nord de la localité appartiennent au Liban, sans qu’il soit loisible, pour les habitants, de se rendre dans ce pays. En situation normale, et selon un accord conclu avec l’Armée du pays aux cèdres, Tsahal ne pénètre pas dans la partie libanaise de la bourgade de 3 000 habitants.

 

La population de Radjar, seul village alaouite en Israël, membre de la communauté du Président syrien Bechar al Assad qu’elle adule, soutient massivement le gouvernement de M. Netanyahu, dont le parti, lors des dernières élections législatives, a obtenu dans ce village atypique l’un de ses scores les plus élevés au niveau national. Les listes arabes, quant à elles, n’ont pas trouvé grâce aux yeux des électeurs alaouites.

 

Hussein Sliman, qui s’était opposé au rattachement à l’Etat hébreu en 81, enseigne, de même que son frère, dans des prestigieuses universités israéliennes.

 

Après l’explosion, qui a ébranlé Radjar et ses habitants, les soldats israéliens ont rapidement identifié que les artificiers du Hezbollah avait télécommandé l’engin à partir du hameau tout proche (il faisait, à l’origine, partie de Radjar) de Ouazzani. Ils sont également parvenus à localiser les demeures dans lesquelles les miliciens se cachaient et les ont arrosés, avec précision, pendant trois quarts d’heure, à coups d’une cinquantaine d’obus d’artillerie.

 

Des points d’appui de la milice chiite ont été ainsi détruits mais on ne décompte, côté libanais également, aucun blessé suite à ces bombardements.

 

Le Hezbollah a revendiqué l’attentat sur son media al-Manar (le phare), arguant, ce qui est absolument et globalement faux, qu’elle s’était produite à proximité du lieu-dit des Fermes de Shaba dans le Golan, qu’elle avait atteint un transport de troupes de type Hummer, le détruisant et blessant tous ses occupants. La milice chiite libanaise s’enorgueillit aussi d’avoir visé un gradé israélien qui se serait trouvé à l’intérieur du véhicule détruit, ce qui constitue un mensonge supplémentaire.

 

La vérité est que le Hezb a raté son opération, et que le peloton d’artificiers amateurs qu’il avait pompeusement appelé "Groupe Samir Kountar", du nom de l’assassin de la famille Haran à Nahariya, récemment neutralisé par l’Armée de l’air à l’étoile de David à Damas, a marqué un coup dans l’eau.

 

La question que l’on se pose désormais consiste à savoir si cette leçon suffira à Hassan Nasrallah et à ses sponsors iraniens, ou s’ils entendent remettre l’ouvrage sur le métier et risquer l’embrasement du Liban. A notre avis, mais nous ne sommes pas des sondeurs d’âmes, vu l’état dans lequel se trouve le Hezbollah, empêtré en Syrie où il a perdu le tiers de l’ensemble de ses effectifs, et compte-tenu du rapport de force avec Tsahal, se contentera de cette "tentative de riposte", qui lui sauve la face d’un point de vue symbolique, et lui permet de fanfaronner ses sornettes devant ses compatriotes et néanmoins ennemis libanais.

 

Par précaution, la route de Radjar demeure pour le moment fermée, et les nombreux résidents du village qui travaillent à l’extérieur de la localité, s’agglutinent au carrefour du Tank, en attendant de pouvoir rejoindre leurs foyers à 3,5 kilomètres de là.     

 

 

 
Tirs dans le Doigt de la Galilée (info # 010401/16) Version imprimable
Breaking News !
lundi, 04 janvier 2016

 

© Metula News Agency

 

Métula, lundi, 16h05 à Métula, 15h05 à Paris

 

Il y a un peu plus d’une demi-heure, des explosifs ont sauté à proximité d’un véhicule de Tsahal dans la région d’Har Dov, dans le massif du Hermon. Aux premières nouvelles, il n’y aurait pas de blessés, même si les services de secours se sont rendus sur les lieux de l’attaque.

 

Il pourrait s’agir d’une diversion en vue de kidnapper un soldat, l’Armée israélienne effectue des recherches en ce sens.

 

L’artillerie de Tsahal bombarde copieusement depuis une demi-heure la région de l’incident, notamment la partie d’Har Dov située juste au-dessus du village alaouite israélien de Radjar, au pied du Golan.

 

A Métula, on sent l’odeur de la poudre en plus du bruit des tirs et des impacts.

 

Nos envoyés sur place font état d’épaisses colonnes de fumée dans ce secteur. Le théâtre des combats se situe à 4,5 km à vol d’oiseau à l’est de notre rédaction de Métula. Notre vision est gênée par le mauvais temps et le brouillard dense qui recouvre le Doigt de la Galilée.

 

On assiste probablement à la "riposte" promise par Hassan Nasrallah suite à l’élimination de l’archi-terroriste du Hezbollah Samir Kuntar à Damas.

 

La route menant à Métula a été coupée par l’Armée mais les habitants de notre village n’ont pas été priés de rejoindre les abris.

 

 

 
Pourquoi je continuerai à être résolument au côté d’Israël (info # 010301/16) Version imprimable
Analyse
dimanche, 03 janvier 2016

 

Par Guy Millière

 

Je dois, en ce début d’année 2016, procéder à un triste constat. Parmi les intellectuels qui ne sont pas juifs, je suis l’un des seuls en France à défendre Israël clairement, nettement et sans ambiguïtés.

 

Je n’ai qu’à regarder autour de moi pour comprendre ma quasi solitude : défendre Israël, en France, et surtout, le faire explicitement et sans équivoques, lorsqu’on n’est pas juif, n’incite guère à la sympathie dans les milieux de la culture, de l’université, de l’édition et des media. Je ne puis compter les portes qui se sont fermées devant moi ces dernières années pour cette raison, le nombre de gens qui m’ont tourné le dos, ou qui m’ont regardé avec dédain et suspicion.

 

J’ai constaté, lors de débats télévisés auxquels j’ai participé, que je pouvais, à la rigueur, critiquer Barack Obama, mais que défendre Binyamin Netanyahou sans ajouter aussitôt quelques dièses et quelques bémols permettant de suggérer qu’il est tout de même « très à droite », relevait de l’impensable et faisait que je passais les bornes et que je ne serais plus invité la fois suivante.

 

J’ai entendu des journalistes me dire que mes positions étaient inexplicables dès lors que je ne suis « même pas juif ».

 

guymi.jpg

Guy Millière : même pas juif !

 

J’ai reçu des conseils avisés de commentateurs qui, eux, sont encore invités dans les débats télévisés, sur la façon de tenir des propos plus « équilibrés » : commencer par dire le contraire de ce que je pense, et continuer en disant effectivement ce que je pense. Il m’a été dit que je serais ainsi plus audible. J’ai répondu que si je commençais par mentir avant d’en venir à dire la vérité, et en reprenant les mensonges qui trainent partout dans l’air fangeux du temps, je me conduirais de façon malhonnête.

 

Ceux qui m’ont donné ces conseils ont considéré, semble-t-il, que me conseiller était inutile et que j’étais incurable.

 

Je tiens à le confirmer ici : je suis incurable.

 

J’ai choisi de faire un travail intellectuel honnête.

 

Je considère que la façon dont Israël se trouve traité en France de tous côtés, et tout particulièrement dans les milieux de la culture, de l’université, de l’édition et des media, est imprégnée d’une malhonnêteté consciente ou inconsciente de la part de ceux dont elle émane.

 

Je tiens aussi à le confirmer ici : je préférerais arrêter totalement de faire mon travail que de commencer à le faire de façon malhonnête.

 

Il y a quelque chose de très suspect dans la façon dont Israël se trouve unanimement traité en France. Je pense que la haine et le ressentiment à l’encontre d’Israël ne sont que la nouvelle peau dont s’est doté l’antisémitisme et que la « cause palestinienne » est le masque dont s’affublent nombre d’antisémites qui n’osent pas avouer ce qu’ils sont.

 

Je constate que cette haine et ce ressentiment sont présents ailleurs qu’en France, dans toute l’Europe, et se retrouvent même, à mots feutrés, dans les décisions politiques de l’Union Européenne.

 

Je constate aussi, étant souvent aux Etats-Unis (d’où je viens tout juste de rentrer), que, quand bien même cette haine et ce ressentiment se retrouvent dans l’extrême gauche américaine, qui présentement contamine peu à peu le parti Démocrate, ils sont bien moins présents au sein de la population américaine.

 

L’idée qu’il existe une éthique inhérente au travail intellectuel est une idée qui, malgré le « politiquement correct », reste bien plus présente aux Etats Unis qu’en Europe.

 

C’est sans aucun doute pour cela que je trouve l’air américain plus respirable, et que lorsque j’ai besoin de respirer à pleins poumons et que je ne me rends pas en Israël, je choisis d’aller aux Etats Unis, pays où, jusqu’à présent, nul ne s’étonne que quelqu’un qui n’est pas juif défende Israël. Clairement. Nettement. Et sans ambiguïtés


pour lire la suite...
 
Les vœux de l’an de la Ména pour 2016 (info # 010101/16) Version imprimable
Exclusivité
jeudi, 31 décembre 2015

 

© Metula News Agency

 

La na est une agence d’analyse, de ré-information et de reportage de proximité

Copyright © 2016 Metula News Agency

 

Stéphane Juffa (analyste stratégique, rédacteur en chef) :

 

A la fin de sa quinzième année d’existence, la Ména se porte bien ; bien mieux que la région dans laquelle sa rédaction est installée. Ma réflexion la plus importante est que, depuis le Printemps égyptien et l’hiver syrien, la survie de l’Etat d’Israël n’est militairement menacée par personne.

 

Certes, l’Iran des ayatollahs constitue un ennemi irréductible autant qu’hystérique, mais il ne dispose toujours pas des ressources nécessaires à mettre en cause la pérennité d’Israël.

 

La situation qui prédomine actuellement est nettement plus sécurisante que l’époque, pas si lointaine que cela, où des millions de soldats n’étaient mobilisés, chez nos voisins, que dans le but de se préparer à nous faire la guerre. Ils disposaient ensemble de milliers d’avions et d’encore plus de chars d’assaut.

 

Cette période est révolue. Le pays doit désormais se mesurer aux attaques terroristes en provenance de Gaza, du Liban et de nos voisins palestiniens. Leurs coups sont désagréables, mais pas mortels au niveau national.

 

Afin de faire face aux dangers futurs, l’Etat hébreu est en train de développer le plus efficace de tous les boucliers antimissiles, le Dôme de fer, la Fronde de David, le Khetz et le Barak-8 de défense maritime, qui a passé avec succès, ces derniers jours, un test d’interception avancé, en collaboration avec la Marine de guerre indienne et sur l’un de ses bâtiments. Notre avance technologique dans ce domaine, enregistrée grâce aux capacités de nos savants, démontre à elle seule la dynamique de notre petit pays et laisse entrevoir un avenir radieux.

 

Ces réalisations nous ont rapprochés des grands Etats arabes sunnites, qui partagent avec nous les mêmes intérêts stratégiques face à l’Iran, et qui ne peuvent plus compter, pour leur défense, sur les Etats-Unis, non plus que sur l’Europe.

 

En 2016, il importera que nous améliorions le niveau de nos politiciens qui n’est pas à celui de notre technologie et de Tsahal, et qui se perd souvent dans des calculs d’apothicaires indignes des sacrifices consentis par les Israéliens et de leurs traditions.

 

Il  faudra, dans ce registre, trouver enfin un modèle transparent pour exploiter de façon intelligente et pour le bien-être commun les ressources en gaz et en pétrole dont chaque habitant de ce pays rêvait depuis son enfance.

 

Il sera également impératif d’éradiquer le phénomène du terrorisme édenniste, devant lequel je mets en garde depuis plusieurs années, m’exposant à me faire traiter de gauchiste, d’antireligieux et je ne sais de quelles autres fadaises encore.

 

Si Israël ne réagit pas lorsque des Israéliens juifs brûlent vifs des enfants et des nourrissons, de quelque confession ou nationalité que ce soit, et si elle reste indifférente ou pire, amorphe, quand des rabbins et des édennistes se félicitent publiquement de ces assassinats, tout notre savoir, toute notre culture, toutes nos ressources, tous les sacrifices de nos pères n’auront servi à rien. Nous nous serions vaincus tous seuls, et aurions offert à nos ennemis la dégénérescence que, malgré tous leurs efforts, ils n’ont jamais réussi à nous imposer.

 

Je crois en la santé de ma nation et en sa capacité de distinguer le bien du mal en évitant de ressembler aux pires d’entre nos voisins. Et pour ne pas nous approcher du précipice, nous ferons en sorte que nos institutions fonctionnent et que personne ne puisse les remettre en doute ou les empêcher de fonctionner. Personne !

 

Je vous souhaite la santé et le plaisir pour 2016, et je remercie tous les rédacteurs qui font vivre la Ména et tous les lecteurs qui nous prêtent leur confiance.

 

 

Michaël Béhé à Beyrouth (analyste politique, chef du bureau libanais de la Ména) :

 

Triste Liban à la dérive, où l’Iran, par Hezbollah interposé, nous empêche de désigner un nouveau président de la République depuis que ce poste a été laissé vacant, le 25 mai 2014. Les chiites réclament une rançon en échange de leur accord pour nommer un président et, partant, restaurer nos institutions qui sont toutes à l’arrêt.

 

Pour que revive "un Liban", Téhéran exige ce qu’on appelle à Beyrouth ces jours un package deal. Celui-ci comprendrait notamment la création d’un poste de vice-président qui leur serait acquis, de portefeuilles ministériels clés qui leur seraient réservés, ainsi que l’adoption d’un certain nombre de principes d’Etat, dont celui de la "Résistance" perpétuelle à Israël.

 

Ce dernier diktat obligerait dans les faits le Liban à faire la guerre à l’Etat hébreu aussitôt que les ayatollahs le décideraient. Ils nous demandent ainsi de leur abandonner la prérogative de décider par nous-mêmes de notre politique étrangère et d’exposer l’ensemble de notre pays – et non plus uniquement le Hezbollah – à un risque de destruction totale en cas de conflit qu’ils auraient provoqué.

 

De toute façon, les deux candidats principaux pressentis, le Général Aoun (soutenu par le Hezbollah) et Sleiman Frangié, l’héritier du clan Frangié, sont deux chrétiens acquis à la cause du Courant du 8 mars, soumis aux désirs et aux ordres de Téhéran et de Damas. Même en ayant posé cela, il semble que la "République" Islamique préfère que le Liban cesse d’être un Etat indépendant possédant des instances gouvernementales actives, pour nous réduire à l’état d’une espèce de colonie, et décider à notre place de ce que nous devons faire.

 

Cela permet entre autres au Hezbollah de disposer d’une marge de manœuvre absolue, puisqu’il dispose de la force et en use avec violence, et surtout, puisque aucun gouvernement légal ne peut contester ses décisions.

 

L’impact de l’Iran est de plus en plus prédominant au Liban, notamment au sein de l’Armée, que le Hezb phagocyte morceau après morceau. Téhéran instrumentalise ainsi nos soldats dans l’est de la Bekaa pour contenir les tentatives d’infiltration des combattants sunnites, au prix de pertes importantes en hommes, de prises d’otages, d’actes de violence gratuits et d’abandons de territoires à la frontière syrienne. En fait, le poids de cette influence perse fluctue au gré des péripéties de la Guerre Civile syrienne. Or, avec l’intervention russe, les forces de l’axe Iran-Assad-Hezbollah ont repris l’initiative et souhaitent imposer leur loi de façon barbare dans le pays.

 

J’aimerais pouvoir vous parler de paix et de développement mais cela m’est impossible, dans un pays, privé d’exécutif, qui se montre incapable de gérer ses ordures ménagères et de fournir régulièrement de l’électricité à ses habitants. L’avenir est maussade, la majorité de mes compatriotes se sent trahie, délaissée et incomprise par ses amis traditionnels. Merci à la Ména de leur procurer une voix indépendante et crédible et bonne année nouvelle à tous. 

 

 

Sylvie Tobelem en Israël (1ère assistante de rédaction) :

 

Nous avons eu très chaud en 2015 suite à une attaque hypersophistiquée (ne provenant pas d’un hacker isolé), qui a neutralisé l’ensemble de la Ména une semaine durant et détruit définitivement plusieurs ordinateurs.

 

Ensuite, il a fallu tout reconstruire, ça a pris des centaines d’heures, nous avons réhabilité les copies de sécurité en donnant, évidemment, la priorité à ladite sécurité. Cela nous a mis en grand retard pour le service aux abonnés et je les prie de nous en excuser.

 

A la Ména, même la gestion administrative est une chose passionnante et j’ai pu développer des relations chaleureuses avec un certain nombre de lecteurs. Il est beaucoup question lors de nos discussions en interne du lancement de la chaîne TV de la Ména, et je suis persuadée que cela changerait la perception des évènements du Moyen-Orient pour beaucoup de gens. Je sais que le feu vert dépend de la création d’une solide base financière, et je ne peux qu’inviter les partenaires intéressés à nous rejoindre. La Ména est une agence de presse et non un club fermé, il faut que cela se sache. Ceux qui n’ont pas les moyens de participer à un tel projet peuvent cependant apporter leur contribution en s’acquittant régulièrement du modique prix de leur abonnement, la réussite de l’agence étant toujours basée sur ce contrat de confiance.

 

C’est évidemment de tout cœur que je vous souhaite à tous, lecteurs, rédacteurs et collègues, une merveilleuse année 2016, la santé, le bonheur et beaucoup d’amour, sans lequel la vie n’a pas de sens.

 

 

Perwer Emmal (correspondant aux Kurdistans syrien et turc) :

 

Pas question de nouvel an dans le sud-est de la Turquie, où l’Armée turque mène une vaste opération de guerre, soutenue par de l’artillerie, des avions et des chars, contre les combattant du Parti des Travailleurs Kurdes, le PKK, ainsi que contre les civils kurdes de la région.

 

Les dix mille soldats officiellement impliqués depuis trois semaines dans cette opération commettent un authentique massacre. Les régions visées sont les villes de Cizre, de Silopi, de Nuaybin, la grande cité kurde [capitale officieuse] de Diyarbakir, ainsi que le district de Sur. Elles sont soumises à un couvre-feu absolu, qui comprend les moyens de communication et la neutralisation des camarades journalistes ; 37 d’entre eux ont été arrêtés et l’on se fait du souci quant à leur sort, particulièrement à propos de leurs conditions de détention. Ailleurs en Turquie, les autres confrères et leurs rédacteurs en chef pèsent chaque mot de leurs éditoriaux afin d’éviter les accusations de haute trahison qui fusent comme au cœur d’une bourrasque de neige.

 

Ce qu’il m’est possible d’annoncer de manière incontestable est que des quartiers entiers des villes que j’ai mentionnées ont été réduits à l’état de ruines par l’artillerie d’Erdogan. Le cœur historique de Diyarbakir, ses commerces, ses immeubles d’habitations et ses vestiges historiques ont été rendus à l’état de gravats. On dénombre des centaines de morts parmi les civils et au moins trois cents au sein du PKK et de son mouvement de jeunesse, le YDG-H. Ces derniers tentent de contenir les Turcs par des opérations de guérilla mais leur tentative est rendue improbable par le fait qu’ils ne détiennent que des armes légères.

 

On signale aussi la présence sur le théâtre de la confrontation d’un nouveau venu, le Esedullah, littéralement le groupe des lions d’Allah, barbus et dissimulés derrière des cagoules noires, qui n’hésitent pas à torturer les enfants et les femmes, promettant le viol à ces dernières.

 

Les membres du Esedullah ne s’expriment ni en turc ni en kurde, ce qui a persuadé la population que ce sont des commandos de DAESH qu’Erdogan a importés de Syrie afin d’instaurer la terreur parmi les Kurdes.

 

A Ankara, le député du principal parti d’opposition, le CHP, Sezgin Tanrikulu, a soumis une question écrite au Premier ministre, lui demandant : "Qui a créé les Esedullah et dans quel but ?". La réponse à cette interrogation urgente est venue du ministère de l’Intérieur, qui n’a pas lancé d’enquête à propos des Lions d’Allah mais des graffitis qu’ils ont laissés sur les murs durant les attaques contre les quartiers des villes visées.

 

Face à la guerre civile déclenchée par le régime, le dirigeant du parti officiel kurde siégeant au parlement (le troisième par le nombre de ses députés), Selehattin Demirtas, a évoqué, le week-end dernier, la nécessité d’établir une autonomie pour les Kurdes turcs.

 

Il a eu le mérite de déclencher une réaction hystérique de la part d’Erdogan, qui a déclaré que son Parti de la Démocratie des Peuples (HDP) constituait la branche politique du PKK et d’être "ses marionnettes". La justice turque a immédiatement ouvert une enquête contre M. Demirtas, accusé par Erdogan d’avoir "commis une trahison, une provocation très claire". Tayyip Erdogan a également averti que la "volonté populaire" et les forces armées ne permettront pas l’établissement d’un Etat dans le Sud-Est.

 

Il est nécessaire de mentionner que l’offensive militaire actuelle survient après un cessez-le-feu de deux ans entre l’Etat et le PKK, scrupuleusement respecté par l’organisation kurde. Erdogan est simplement pris de panique par la poussée des combattants kurdes syriens, qui se trouvent actuellement à vingt kilomètres de la capitale syrienne de DAESH, Raqqa, en dépit des efforts constants d’Ankara en faveur du Califat Islamique.

 

Sur ce point aussi, pour comprendre ce que nombre de media européens et américains cachent à leurs lecteurs, il est utile de saisir que le Président Erdogan se considère comme un islamiste et dénonce l’existence d’un prétendu islam modéré. C’est ainsi qu’il a déclaré à un magazine : "Le terme "islam modéré" est laid et offensant ; il n’existe pas d’islam modéré".

 

boum.jpg

 

Le même Erdogan, accusé par les Russes de se livrer au trafic de pétrole avec DASESH au profit de sa famille, rencontre également des problèmes en Irak. Il a en effet établi une base militaire importante à une vingtaine de kilomètres de la ville de Mosul tenue par l’Etat Islamique, au prétexte d’entraîner à la guerre les Peshmergas kurde irakiens.

 

En réalité, avec des dizaines de chars sur place, il s’est positionné afin d’avoir l’option de soutenir le Califat Islamique, sunnite comme lui, qui tient la ville et y commet des exactions difficilement descriptibles, au cas où les forces irakiennes chiites, soutenues par des militaires iraniens (chiites) lanceraient un assaut imminent contre la ville. Cette semaine, le gouvernement de Bagdad a menacé la Turquie d’utiliser la force si Ankara ne se plie pas à son exigence de ramener ses soldats dans leur pays.

 

En dépit des massacres dans la région kurde de la Turquie, qui peuvent à tout moment dégénérer en un nouveau génocide, la cheffe de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, de même que John Kerry et la plupart des chefs d’Etat européens soutiennent leur allié turc dans ses exactions par leur silence complice et en ne faisant rien pour saisir le Conseil de Sécurité. Ils sont probablement en vacances de neige !

 

Il est vrai que les Kurdes n’ont pas l’avantage d’être arabes, ce qui les prive du soutien dont jouissent par exemple les Palestiniens.

 

La politique des Occidentaux dans la région est d’ailleurs à ce point ubuesque qu’elle est indéchiffrable ; témoin, malgré les concessions inouïes octroyées aux Iraniens, le tir de roquettes, samedi dernier, par les Gardiens de la Révolution, explosant à 1 500 mètres du porte-avions Harry Truman. Le destroyer U.S Buckley ainsi qu’une frégate française ont également été inquiétés par ces tirs provocateurs, mais je doute que vos media fassent allusion à cet incident.

 

C’est pour ces raisons, pour connaître de ce qui se passe réellement dans notre région, principalement au moment où la liberté de la presse a cessé d’exister en Turquie et que les media occidentaux vont confondant propagande et information, que le travail de la Ména et son déploiement sur le terrain sont si importants.

 

Il m’est impossible de me réjouir du nouvel an alors que mon peuple est en train de se faire massacrer avec l’approbation tacite des pays dits libres – qui persévèrent à vouloir intégrer Erdogan dans l’Union Européenne ! - ; mais je désire exprimer mon vœu que la nation kurde puisse bientôt établir son Etat sur sa terre, de la côte méditerranéenne à l’Irak, sans oublier un seul instant nos frères lourdement persécutés en Iran. Nous formerons ensuite, avec Israël, le second pays démocratique non confessionnel de la région, et tenterons d’entretenir des relations paisibles avec tous nos voisins, y compris la Turquie. Que 2016 nous rapproche de cet objectif et qu’il sourie à toutes les personnes dont le respect des valeurs humaines constitue la croyance principale.

 

 

Olivier Katz à Montana-Crans (rédacteur-relecteur) :

 

L’année 2015 marquera les esprits par son caractère hors normes : le monde a basculé dans un paradigme encore inconnu, mettant en péril les démocraties et leurs valeurs fondamentales, par des actes d’une cruauté inégalée hors période martiale. L’exportation vers l’Europe du Djihad et de son cortège d’exactions a sans l’ombre d’un doute atteint son objectif : toucher le monde libre au cœur de son système de pensée.

 

Parallèlement, Israël n’est pas resté dans l’œil du cyclone, et voit s’éloigner un peu plus, à chaque tentative d’attentat, un règlement pacifique du problème palestinien.

 

Le plus difficile maintenant sera de faire comprendre au monde civilisé que ces deux offensives ne relèvent que d’une seule cause qu’il appartiendra à l’Occident de traiter, sous peine d’y succomber. D’autant plus qu’en 2016, le monde va voir revenir sur la scène internationale, grâce à Barack Obama, l’Iran des Ayatollahs, inconditionnel soutien de l’antisionisme et du terrorisme qui l’accompagne.

 

Je vous souhaite à tous une excellente année 2016, pleine de réflexions et d’épanouissement personnel. Compte-tenu de ce qui s’est passé en 2015, on ne pourra qu’être « déçu en bien » comme disent les Suisses !

 

 

Roger Bismuth à Tunis :

 

Très chers tous de la Ména. A chaque mail, à chaque breaking news, je suis fier de vous, je suis avec vous, je suis de vous.

 

Je ne vous connais, en vrai, pas tous mais vous n'imaginez pas combien, seulement en lisant, je détecte l'auteur et, lors de mes contacts quotidiens avec Stéphane, ses descriptions de chacun de vous, font de moi "JE SUIS MENA".

 

Continuez ce que vous faites de vérité, de précision et de dévouement dans ce métier si noble quand il est bien fait.

 

A vous tous bonne fin d'année, mes chers frères, et, pour le futur, toujours plus de bonheur dans votre vie.

 

 

Guy Millière à Paris (analyste politique, expert en économie) :

 

Au vu de la situation présente en Israël, mon vœu le plus cher pour l’année qui vient est que la sécurité soit rétablie en Israël. Même si les meurtres au couteau tuent moins que les attentats-suicides, ils tuent aussi, et il serait très largement temps que des mesures plus drastiques soient prises pour que les meurtres cessent.

 

Sachant que la sécurité du monde avance quand le poids de l’islam radical recule et quand les Etats Unis montrent qu’ils sont le « cheval fort », je souhaite, bien sûr, un recul très net de l’islam radical, qui passe par l’écrasement de groupes tels que l’Etat Islamique, et un remplacement de Barack Obama par un président américain à nouveau digne de ce nom.

 

Ce qui, dans le contexte actuel où le parti Démocrate est en pleine dérive gauchiste, signifie que je souhaite très vivement l’élection d’un Républicain en novembre 2016. Je crains qu’il faille attendre cette élection d’un Républicain pour que le recul de l’islam radical commence effectivement.

 

 

Jean Tsadik à Métula (analyste stratégique, expert militaire) :

 

Il semble clair que le programme nucléaire militaire de la "République" Islamique d’Iran est gelé pour une décennie environ. Ceci dit, dans dix ou quinze ans, s’ils sont toujours au pouvoir, auquel ils sont solidement amarrés, les ayatollahs pourront reprendre le développement de leur bombe atomique au grand jour. L’une des conséquences de l’Accord déplorable conclu entre Téhéran et les 5+1 réside en ce que le projet nucléaire de la théocratie chiite est passé du stade de l’illégalité absolue à celui de la légitimité, tout en conservant, à l’exception du réacteur à eau lourde d’Arak, son infrastructure intacte.

 

On doit cette situation à la gestion médiocre des négociations par le tandem Kerry-Obama, rendue possible par la passivité consentante des Européens. Or si l’actualité de ce traité est un fait désormais accompli, la débonnaireté de l’administration U.S à l’égard de la junte cléricale chiite se prolonge, au-delà même des concessions stipulées dans le texte de l’entente.

 

C’est ainsi que, sous la pression de Khamenei, Barack Obama a consenti à tirer un trait sur les activités nucléaires militaires passées des Iraniens, alors même que leur documentation était essentielle afin de savoir jusqu’où leur recherche était arrivée ; c’était d’ailleurs provisionné dans l’accord de Lausanne, mais la Maison Blanche a cédé sans combattre et en dépit des promesses dithyrambiques émises par son pensionnaire lorsqu’il s’était agi de convaincre le Congrès.

 

De toute façon, du côté des grandes puissances, il n’est plus question de renoncer à la mise en œuvre de l’accord, tant le business avec la dictature chiite bat son plein et implique les entreprises de tous les pays signataires pour des contrats s’élevant à plusieurs dizaines de milliards de dollars.

 

khomei.jpg

 

Cette gigantesque compromission renforce les appétits hégémoniques des ayatollahs, notamment au Yémen, en Irak, en Syrie et au Liban, où ils ont envoyé des troupes au sol qui combattent aux côtés des milices chiites locales et bloquent tout développement diplomatique.

 

Avec l’acharnement anti-sunnite des Américains, des Européens et des Russes, en Irak et en Syrie, les grands Etats arabes ainsi qu’Israël et la Turquie s’inquiètent du remplacement du Califat Islamique par l’Iran et ses supplétifs.

 

Cette inversion incontrôlée des tendances et des avancées militaires constituera à mon sens la menace la plus tangible durant 2016 dans la région. Avec, en ligne de mire, la possibilité d’un affrontement violent mais limité, au Liban et sur le plateau du Golan, entre Tsahal et la milice chiite libanaise du Hezbollah, inféodée à Téhéran.

 

 

Claude Berger à Paris (essayiste, romancier, poète et musicien)

 

Mes vœux aux lecteurs de la Ména afin que nos énergies convergent vers une meilleure analyse de la marche du monde et le succès du chemin de vie du peuple juif parmi les nations.

 

 

Fayçal H. à Amman (informateur-relais) :

 

Depuis plusieurs années, je tiens régulièrement informée la rédaction, et les lecteurs de la Ména en fin d’année, de l’évolution des relations entre Israël et les grands pays arabes en général, l’Arabie Saoudite en particulier.

 

A l’orée de 2016, on peut affirmer que l’Etat hébreu est un allié officieux de l’alliance militaire des pays musulmans dont Riyad a décidé de prendre la tête ; un allié primordial, même.

 

Israël fournit du matériel et des conseillers à Riyad dans la guerre qui l’oppose aux chiites au Yémen ainsi que face aux ambitions hégémonistes des ayatollahs. Des experts israéliens se trouvent également dans plusieurs pays du Golfe arabo-persique, participant à leur défense tout en recueillant des informations utiles à leur pays.

 

Les relations "professionnelles" sont franches et bien organisées, faute d’être cordiales. Pour régulariser et officialiser ses relations avec Jérusalem, le royaume des Ibn Fayçal attend une entente entre les Israéliens et les Palestiniens, ne pouvant guère donner l’impression, dans le monde arabe, d’abandonner ces derniers sur l’autel de ses propres intérêts.

 

Ceci dit, l’Arabie Saoudite n’entretient de relations cordiales avec aucun autre Etat, étant jalouse de ses particularités et peu encline à voir des milliers de touristes aux mœurs occidentales envahir ses villes. L’autoroute Eilat-Riyad n’est pas pour demain, mais le roi Salman maintient la même distance infranchissable avec l’Egypte, par exemple, mais également la Jordanie et tous les pays arabo-musulmans, y compris les émirats du Golfe avec les souverains desquels de nombreuses et persistantes tensions existent.

 

La base des relations actuelles s’est tissée autour d’intérêts communs face à la poussée iranienne, le choix de la prévalence perse par les Occidentaux et l’absence de confiance avec les Etats-Unis et son président actuel.

 

C’est dans ces conditions que la monarchie a un besoin constant de conseillers militaires et d’équipements de haute-technologie, à l’instar des drones et des boucliers antimissiles.

 

Entre la Jordanie et Israël, à l’échelon gouvernemental, les relations sont au beau fixe, comprenant une coopération étendue dans les domaines militaire et du renseignement. Cet automne, les meilleurs pilotes du royaume hachémite sont allés s’entraîner en Israël, pour le plus grand bien des deux pays.

 

Au sommet des gouvernements arabes, et plus spécifiquement des services spéciaux et des armées, on se fait régulièrement traduire les articles de la Ména qui sont très appréciés. Chaque année, l’influence de notre petite agence gagne ainsi en importance, pour jouer un rôle unique dans la compréhension des points de vue des uns et des autres, notamment dans les conflits syrien et irakien où notre sérieux et notre fiabilité sont pratiquement irremplaçables.

 

En dépit des ombres qui planent sur la région, l’ambiance est prudemment optimiste, surtout après la reprise en main de l’Egypte par le Maréchal al Sissi qui est l’ami et l’allié de tous, et qui a aidé à faire comprendre aux Arabes qu’Israël n’était pas leur ennemi et qu’il était possible de tirer un grand profit en l’intégrant dans le système de défense faisant face aux chiites et à l’innocence mercantile des Occidentaux.

 

A tous les lecteurs et les rédacteurs de la Ména, j’offre mes meilleurs vœux pour la nouvelle année.

 

 

Ferit Ergil (Correspondant de la Ména à Istanbul) :

 

Tout au long de l'année écoulée, 2015, j'ai essayé de vous informer, dans la mesure de mes moyens, au sujet de la Turquie, de son implication à l'instigation de son gouvernement dans les conflits qui secouent le Moyen-Orient, la Syrie en particulier, ainsi que des querelles meurtrières dans le pays.

 

Atatürk, fondateur de la République de Turquie, avait pour devise "paix dans le pays, paix dans le monde". Ces temps sont révolus et nous sommes en guerre à l'intérieur comme à l'extérieur. La philosophie des Lumières, si chère au fondateur de notre République, a été bafouée et a cédé progressivement la place à un obscurantisme religieux, à un islamisme rigoureux se développant sur fond d'intérêts de clans et d'ambitions personnelles. La liberté d'expression a été foulée aux pieds, avec l'arrestation arbitraire de journalistes, d'intellectuels qui résistent courageusement à la mise en place d'un régime totalitaire.

 

Tout espoir n'est pas perdu pour autant. Dans le pays et dans la diaspora, des voix courageuses se font entendre, pour la démocratie, et pour une entente durable entre les différentes composantes de la société, ainsi que pour la paix dans la région.

 

Je vous souhaite une bonne et heureuse année 2016, santé, bonheur et paix !

 

 

Philippe Bercovici à Bruxelles (dessinateur de BD, auteur des illustrations de ces vœux) :

 

Je crois que la plupart des gens s’accordent à dire que 2015 a été une année plutôt « mauvaise », et ce, malgré le grand soin apporté à l’élaboration de nos vœux, il y a un an… Si on veut être réaliste cinq minutes durant, il y a peu de chances pour que la tendance s’inverse durablement en 2016, mais les souhaits de bonne année ne sont pas faits pour être lucides et objectifs, mais plutôt pour porter l’espoir.

 

De plus, l’optimisme et la foi en l’avenir sont des valeurs séduisantes, et qui font partie de notre culture. Aussi, je me permets de souhaiter à tous les lecteurs de la Ména, ainsi qu’à leurs familles, la meilleure année 2016 possible !

 

 

Raphaël Delpard en France (cinéaste, historien, écrivain) :

 

Enoncer des vœux de paix pour 2016 relèverait de la naïveté. Nous savons que des guerres se préparent ; elles n’exploseront pas forcément pendant le courant de l’année qui vient, mais il nous sera loisible d’en distinguer les prémices. Mes vœux sont que les hommes politiques, particulièrement en France, cessent de mentir, de se montrer hypocrites, qu’ils s’aperçoivent qu’il existe un peuple, qui est souverain et auquel ils doivent tout. Et qu’ils sont à sa disposition, et non pas, comme ils le croient, uniquement accrochés à leurs prébendes. Ce ne sont que des vœux ! Attendons la suite.

 

 

Patricia La Mosca à Paris (journaliste généraliste, enquêtrice, chroniqueuse juridique) :

 

Nous vivons, en Europe, une époque dramatique. En France, un ordre basé sur les semblants et la culture du mensonge, au sommet de l’Etat et dans la presse, est en train de s’effondrer sous nos yeux. La faute au désastre économique sans fin dans lequel nous sommes plongés, tout en sachant que si les socialistes étaient remplacés par les Républicains, ou même par les Frontistes, cela ne changerait pas grand-chose.

 

C’est la société, son mode opératoire et ses attentes qui ne sont plus en phase avec la réalité.

 

Pour la Ména, je passe mon temps auprès des habitants des banlieues, des immigrants et des forces de l’ordre, si bien que je m’y suis fait mes habitudes. Quiconque ne voit pas la réalité que je fréquente ne peut pas imaginer l’univers entier qui se cache derrière l’appellation "jeunes" qui figure dans vos journaux et sur vos écrans TV.

 

Il s’agit d’un univers qui vous hait de toutes ses forces et qui ne partage pratiquement aucune de nos valeurs, tout en désirant les détruire. Je parle spécifiquement des habitants "modérés", qui sont ceux qui ne veulent tuer personne, de la masse, qui s’est réjouie à l’annonce de la nuit sanglante de Paris et de ses morts, et qui vénère ses auteurs comme des héros, ainsi que la minorité – pas si négligeable que cela – qui aimerait les imiter.

 

Ceux qui s’imaginent que nous allons tous nous retrouver derrière un idéal républicain sont, au mieux, des rêveurs, car je n’ai pas trouvé de pont, ni même de passerelle entre les deux mondes. Pourtant, j’en ai cherché, parce que je ne hais personne et n’appartiens à aucun courant politique.

 

Tous les responsables des services de renseignement, de la police et de la gendarmerie, sont parfaitement au courant de ce que je viens de résumer, et leur malaise est incommensurable. Mais on leur demande de se taire et de continuer à jouer la comédie ; ceux qui craquent, et nous en avons vus, sont instantanément virés, soumis aux quolibets et jetés aux gémonies. Ils sont traités de racistes, d’islamophobes lorsque ce n’est pas de fascistes, alors que ceux que je connais ne sont rien de tout cela mais ressentent le besoin d’avertir la population de ce qui l’attend et considèrent la politique du gouvernement comme inconsciente, voire suicidaire.

 

En 2016, les attentats et l’insécurité quotidienne vont augmenter. Non à cause de DAESH qui a bon dos, qui ne pourrait rien contre nous s’il ne jouissait d’un vaste enclos de culture acquis à son idéologie, mais à cause de ces Français qui sont prêts à se faire exploser au milieu d’autres Français, pour des raisons que toute personne sensée est incapable de comprendre.

 

Sans y croire un seul instant, je vous souhaite une bonne nouvelle année. Préoccupez-vous de la sécurité de vos proches et n’écoutez que votre bon sens et les informations vraies et désintéressées de la Ména.

 

 

Jean-Claude Zerbib (ingénieur atomiste, spécialiste des questions nucléaires) :

 

Les premiers pays qui on construit une arme nucléaire et l’ont fait exploser avaient recouru à des physiciens de haut niveau qui maîtrisaient la physique du neutron. Concevoir le cœur d’un réacteur nucléaire ou une bombe fait appel aux mêmes savoirs, aussi les Etats qui ont conçu un réacteur ont également la capacité de construire une bombe "A" à fission, voire même une bombe "H" à fusion.

 

A ce premier groupe, se sont ajoutés des pays comme le Pakistan, qui ont fabriqué une bombe après avoir subtilisé les plans d’une centrifugeuse à la société URENCO (Royaume-Uni, Pays-Bas, Allemagne) et acheté les plans d’une bombe chinoise. L’Iran est entré dans ce deuxième groupe en achetant, en deuxième main, les éléments principaux du "Lego" nucléaire au Pakistan, à la Corée du Nord (le missile nucléaire) et à la Chine (l’hexafluorure d’uranium).

 

La collaboration avec les Nord-Coréens persiste toujours : des Iraniens étaient présents lors du tir nucléaire nord-coréen en février 2013, mais aussi lors des deux précédents essais ; le missile iranien à longue portée Shahab-3 est un clone du No Dong 1 nord-coréen.

 

L’Iran dispose donc aujourd’hui de toutes les pièces du Lego nucléaire pour construire une arme : l’uranium enrichi et la technique de réalisation des hémisphères en uranium-métal, les explosifs multiples très spéciaux à mise à feux simultanée, qui réuniront les hémisphères lors de la commande du tir, l’allumette neutronique et le missile porteur, qui déclenche le tir à environ 600 mètres d’altitude (580 m pour la bombe d’Hiroshima). La réalisation de ces éléments, hormis l’uranium enrichi en isotope 235, qui a aussi des usages civils, sont tous très spécifiquement liés au seul usage nucléaire militaire.

 

L’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA), qui, dès 1958, s’est préoccupée de mettre en œuvre la non-prolifération des armes nucléaires et a produit, en mars 1970, le Traité de non-prolifération (TNP), a bien identifié tous les non-respects du TNP par l’Iran, qui avait pourtant signé (1968) puis ratifié le TNP en 1970 ainsi que le protocole additionnel au TNP.

 

Dès 2002, un dissident iranien dévoila l’existence d’une usine d’enrichissement de l’uranium à Natanz. Les photos satellites et même les déclarations d’Ahmadinejad en avril 2006 sur l’enrichissement apportèrent de nouvelles données sur le développement du nucléaire iranien.

 

En février 2008, c’est le Finlandais Olli Heinonen, ancien directeur adjoint de l’AIEA, responsable des équipes d'inspecteurs qui enquêtent sur le programme nucléaire de l'Iran, qui révéla, lors d’une présentation à huis-clos, plusieurs réalisations iraniennes, comme un dispositif d’essai d’explosifs et la fabrication d’une ogive nucléaire.

 

Un discours technique qui tranchait avec les rapports "politiques" de l’ancien directeur de l’AIEA, M. Elbaradey. En 2009, ce fut la découverte d’un deuxième site d’enrichissement à Fordow (près de la ville sainte de Qom). En août 2014, Yukiya Amano, le nouveau directeur de l’AIEA, déclarait à Vienne que l’Iran n’a toujours pas mis en œuvre toutes les mesures de transparence nucléaire qu’il avait accepté de mettre en œuvre avant fin août 2014, et que "son agence ne pouvait pas conclure que tous les équipements nucléaires en Iran sont utilisées dans des activités pacifiques".

 

Les 5 grands et l’Allemagne savent bien tout cela. L'Iran a notifié, le 18 octobre 2015, à l’AIEA qu'il appliquera le Protocole additionnel au Traité de non-prolifération nucléaire mais chacun sait que le jeu du chat et de la souris va se poursuivre entre l’Iran et les inspecteurs de l’AIEA. Un jeu dangereux mais devenu inéluctable. Plusieurs experts pensent que l’Iran est moins dangereux en trichant au sein de l’AIEA qu’en étant libre hors d’elle. D’autres estiment qu’en desserrant le garrot économique qui étranglait l’Iran, ses dirigeants veilleront à ce qu’il ne se referme pas.

 

Mais peut-on bâtir uniquement des hypothèses rationnelles pour évaluer les changements politiques en Iran ?

 

 

Ilan Tsadik en Israël (journaliste, reporter, journaliste sportif) :

 

On recense environ deux cents territoires disputés sur la planète, dont le Tibet, occupé par la Chine, sans l’ombre d’un doute sensé, la moitié nord de Chypre, occupée militairement par la Turquie qui y a décrété un nouvel Etat, et la Crimée, récemment envahie et annexée par les troupes russes.

 

Quand les media français mentionnent ces territoires, ils ne font jamais état du "Tibet occupé", de "Chypre occupée" ou de "la Crimée occupée". C’est cependant ce qu’ils font chaque fois qu’ils citent la "Cisjordanie occupée", dans leurs vidéos et leurs articles ; il s’agit d’un tri à caractère raciste, puisqu’aucun autre critère ne peut être invoqué pour justifier ce double standard.

 

D’autre part, si les collègues tricolores étaient à ce point tenaillés par le souci de précision, ils devraient au moins indiquer "…l’organisation terroriste du Hamas et du Hezbollah" à chaque occasion où ils y font allusion.

 

Cela découle de la décision de l’Union Européenne, confirmée pas plus tard que le 27 mars dernier à propos du Hamas. On verrait ainsi des situations clarifiées, dans lesquelles on citerait "…l’organisation terroriste du Hamas a tiré cinq roquettes sur la ville israélienne de Beersheva", et non "cinq roquettes ont été tirées à partir de la bande de Gaza", selon la formule qu’ils ont consacrée, ou "selon des sources médicales palestiniennes à Gaza…".

 

Il est déontologiquement nécessaire d’évoquer, dans une nouvelle, qu’il s’agit "des sources médicales sous le contrôle de l’organisation terroriste du Hamas", à moins que l’agence de presse semi-étatique de la République française, qui orchestre la guerre sémantique contre Israël, ne considère que Paris ne se situe pas en Europe lorsqu’une information implique l’Etat hébreu.

 

Encore que la même déontologie dicte de ne pas mettre de parenthèses dans le cas qui précède à terroriste, puisque ce qualificatif ne constitue pas le terme choisi arbitrairement par Israël, l’une des parties en conflit, mais par l’Union Européenne.

 

De plus, si la France, ses media et son gouvernement ont parfaitement le droit de considérer que Jérusalem n’est pas la capitale d’Israël, ils n’ont, en revanche, pas celui de parler de "Tel-Aviv, la capitale d’Israël", car Tel-Aviv n’est la capitale de rien du tout, et qu’il ne leur appartient pas de décider pour d’autres nations où se situe leur capitale.

 

A cela vient s’ajouter la confusion incorrecte en français, entretenue artificiellement par les mêmes media, entre les activistes – qui sont des militants politiques (non armés par définition), les terroristes – les membres d’une organisation terroriste – et des miliciens, soit des individus armés combattant pour le compte d’une milice.

 

Samir Kuntar était donc un "terroriste du Hezbollah", et non un activiste, un Libanais, un Druze, un cadre ou une "figure" du Hezbollah, comme ce fut annoncé à l’occasion de son élimination, par tous les media de l’Hexagone.

 

Pire encore, au titre de la propagande anti-israélienne permanente de la presse française, cette propension, comme ce fut encore le cas sur les ondes d’une radio du Service public ces derniers jours, à mélanger indistinctement les assassins palestiniens et leurs victimes juives dans ses communiqués. "Quatre blessés à Jérusalem, deux Israéliens et deux Palestiniens", ce n’est pas de l’information, c’est de la propagande de type goebbelsien. Tout comme le fait d’appeler terroriste quelqu’un qui poignarde un passant à Londres, et "Palestinien", celui qui perpètre le même crime à Tel-Aviv, dans des conditions identiques.

 

terror.jpg

 

Ces compromissions avec la langue française, ces doubles standards, ces omissions préméditées du "qualifiant prépondérant" lorsqu’il s’agit de terroristes arabes, ces prises de libertés avec la politique décidée par Bruxelles ne sont pas uniquement des réminiscences de l’antisémitisme le plus obscur qu’ait connu l’Europe, ce sont aussi des incitations indirectes à la haine antisémite, de la part d’institutions étatiques françaises ainsi que des media indépendants de ce pays.

 

Tant que ces malversations persisteront, il ne pourra exister de relations "normales" entre les Israélites et la France, les Juifs continueront à quitter ce pays par milliers, et, bien plus grave encore, des individus, chauffés depuis leur enfance par cette incitation aussi raciste que mensongère, multiplieront les assassinats contre des écoles et des supérettes juives.

 

Si c’est ce que désirent les autorités et les journalistes français, qu’ils continuent à tolérer l’intolérable. Ces malversations, que je décortique régulièrement pour la Ména inspirent le dégoût. Bonne année 2016 à tous. 

 

 

Sami El Soudi en Palestine (chef du bureau palestinien de la Ména) :

 

L’Autorité Palestinienne fait actuellement face à deux problèmes distincts : l’Intifada des couteaux et le blocage absolu, décidé par Binyamin Netanyahu, de toute perspective de résolution de notre différend avec Israël.

 

Je sépare les deux problèmes parce qu’ils n’ont qu’une vague relation entre eux, car ceux qui perpètrent les tentatives d’assassinats contre des Israéliens sont dénués de la conscience politique qui permettrait de faire la synthèse entre les deux situations. Ils ont la rage au cœur, qui leur a été instillée par des années de propagande, et haïssent simplement les Juifs ; ils sont mus par deux sentiments : le religieux, dont les imams décrivent les Israélites comme les ennemis suprêmes des musulmans. Des ennemis avec lesquels aucun compromis n’est possible et qu’il est donc nécessaire d’éliminer jusqu’au dernier. Leur second ressenti, mélangé au premier, est que nous sommes occupés et que l’unique façon de sortir de notre grande misère objective (mais pas principalement due à la présence israélienne) consiste à assassiner l’occupant.

 

La difficulté tient à cela que les pulsions ainsi créées sont profondes et majoritairement répandues, ce qui fait qu’il existe encore des centaines de mes compatriotes qui attendent l’occasion adéquate pour mourir en enlevant si possible la vie à un ou plusieurs Juifs.

 

La haine est grande et elle atteint la plus grande partie des Palestiniens, même ceux qui ne cherchent pas à devenir des martyrs. Cela n’augure aucun optimisme, et même si cette Intifada se terminait, ce ne serait qu’une question de temps jusqu’à ce qu’une autre reprenne, dans quelques mois ou dans quelques années. L’histoire de notre peuple est rythmée par ces "grandes révoltes" à répétition contre les Juifs, dont les premières avaient éclaté déjà bien avant la déclaration de leur indépendance.

 

L’autre problème tient au fait que le gouvernement israélien n’a strictement aucune intention de parvenir à un accord avec nos dirigeants. Il y a quelques semaines l’AP avait approché l’administration Netanyahu pour lui proposer des négociations secrètes dont le but était de convenir des frontières nécessaires à l’instauration de la solution des deux Etats.

 

Cette initiative a buté sur une fin de non-recevoir des Israéliens. Ce que je peux comprendre en considérant la coalition actuellement aux affaires à Jérusalem : il suffirait en effet que M. Bennett ait vent de la tenue de pourparlers visant à créer un Etat à côté du sien pour qu’il quitte le gouvernement avec son parti, rejetant ainsi M. Netanyahu, qui ne dispose que d’un seul siège de majorité à la Knesset, pour longtemps dans l’opposition.

 

Je le comprends mais je ne l’excuse pas, car cette situation politique est le résultat des choix et des orientations du Premier ministre. Or pendant que j’écris ces vœux, il a ouvert de nouveaux territoires palestiniens à l’implantation juive, les actes de provocation quotidiens des Edennistes contre notre population se multiplient, et, comme tout le monde le sait, ils ont franchi l’échelon des agressions destinées à donner la mort.

 

La politique de Binyamin Netanyahu ne propose strictement aucune solution concernant les deux millions et demi de Palestiniens que nous sommes, qui vivent en Cisjordanie et vont continuer à y vivre. Il s’agit d’une politique de cul-de-sac, menant, sans alternative possible, à plus de violence et plus de morts des deux côtés.

 

Ce manque de perspective est de mon point de vue ahurissant de la part d’un chef d’Etat. Il démontre une grande résignation et de beaucoup de médiocrité intellectuelle. Une médiocrité comparable à celle de la Moukata [le siège du gouvernement palestinien] de Ramallah, qui encense les terroristes en leur attribuant des noms de rues, et entretient la rumeur de la destruction prochaine de la mosquée al Aqsa.

 

Dans ces conditions, j’aimerais pouvoir vous dire que j’aperçois le bout du tunnel mais ce ne serait pas vrai. Avec la guerre qui gronde aux portes d’Israël et de la Palestine, et qui ne laisse personne indifférent, je prédis une année 2016 sanglante et meurtrière. D’où l’importance redoublée de la Ména, qui conserve une capacité d’analyse sereine et indépendante ; je vous adresse ainsi, aux lecteurs ainsi qu’à mes camarades journalistes de toutes les tendances, mes vœux pour un nouvel an le moins mauvais possible.

 

 

Sébastien Castellion à Métula (analyste politique, expert en économie) :

 

Dans la guerre mondiale que l’islam politique mène contre le reste de l’humanité, l’année 2015 qui s’achève a été celle de succès décisifs pour le camp de la civilisation.

 

L’ennemi a attaqué deux fois la France. D’abord parce que mon pays joue un rôle important dans la guerre en empêchant, du Mali au Tchad, l’Afrique sahélienne de basculer ; ensuite, parce qu’il a une forte minorité musulmane (la deuxième d’Occident en pourcentage, après Israël) que l’ennemi espère se rallier massivement, poussant la majorité à accepter sa défaite.

 

Ce fut un échec complet : 5 millions de Français dans la rue ; une protection sans faille par l’Etat des écoles et lieux de cultes juifs, et désormais chrétiens ; une poursuite sans relâche par la France, sur son territoire et à l’étranger, d’un ennemi qu’elle est résolue à détruire.

 

L’Etat islamique a perdu en 2015 Kobane, Tikrit, Ramadi et le contrôle de la plupart des points de passage avec la Turquie. L’aviation russe est en train de détruire systématiquement ses sources de revenus pétroliers. Son alliance avec la Turquie est en train de s’effondrer. Le seul obstacle à son anéantissement est le calcul des puissances coalisées, qui ne voient aucun intérêt à se ruiner pour accélérer l’inévitable.

 

L’accord nucléaire du 14 juillet entre les 6 puissances et l’Iran ne s’est pas traduit – contrairement à ce que j’avais craint et prédit – par une extension de l’influence iranienne. L’encre de l’accord n’avait pas séché que le président Obama approuvait une augmentation et une amélioration des armements livrés aux alliés arabes et à Israël. La coalition sunnite au Yémen a définitivement pris le contrôle d’Aden et Marib avant d’attaquer depuis le Nord, dans les dernières semaines, la rébellion Houthi, filiale de l’Iran. Je prévois que les Houthis, pris en tenaille et mal aidés par l’Iran, perdront Sanaa en 2016.

 

L’échec iranien est encore plus marquant en Syrie. En juin dernier, Qassem Suleimani, le chef suprême de la force Al Quds chargée de porter la guerre iranienne à l’étranger, annonçait qu’il allait remplacer l’armée syrienne par des « Pasdaran syriens » sous son commandement. Depuis, l’Iran a perdu en Syrie pas moins de quarante généraux de la force al Quds et du Hezbollah (y compris Suleimani lui-même, gravement blessé près d’Alep en novembre, hospitalisé à Téhéran et, peut-être, mis définitivement hors d’état de nuire). Tout se passe comme si la Russie, théoriquement alliée à l’Iran, transmettait la localisation des chefs iraniens… disons, à une autre puissance régionale. L’Iran est, en ce moment même, en train de faire plier bagage à ses combattants, laissant face aux forces sunnites des conseillers militaires et ses alliés du Hezbollah qui y ont déjà perdu le tiers de leurs meilleurs guerriers.

 

avion.jpg

 

Pendant ce temps-là, l’économie mondiale ronronne sans encombre, sans souffrir le moins du monde de la guerre mondiale en cours. La croissance mondiale a atteint environ 3% en 2015 et devrait augmenter d’un demi-point en 2016. Un ennemi qui se croit à l’aube de prendre possession du monde n’est pas même capable de faire augmenter le prix du pétrole ou baisser celui de l’immobilier à Paris ou Tel-Aviv.

 

Nous pouvons continuer à nous faire peur devant la haine qui émane des minorités marginales, mal éduquées, privées de moyens et d’influence, qui résident dans les banlieues ou grenouillent dans les salles de rédaction parisiennes. Ou alors, nous pouvons observer les mouvements de fond. Tous sont allés dans le sens d’une amélioration en 2015 et devraient prendre la même direction en 2016. Puissent tous nos lecteurs, en ces temps qui deviennent plus heureux, connaître une année fructueuse et rassurante.

 

 

Bernardo Stenhof à Genève (ambassadeur auprès des institutions internationales) :

 

Déjà 2016, et pourtant rien ne change depuis que j’écris dans vos colonnes. Ici à l’ONU, en dehors des travaux de réfections pharaoniques, rien n’évolue. Sauf peut-être la visite impromptue de ce cher vieux Abbas, reçu avec les honneurs de la garde de l’ONU. Puis quelques jours plus tard, ce coquin de Maduro, chef du gouvernement d’alors du Venezuela, qui, lui, a été admis dans notre enceinte, à contrecœur cette fois. Pour quand la venue de tous les guignols de l’histoire contemporaine ?

 

Franchement, je n’arrive pas à comprendre cette concentration de haines contre les démocraties, notre auguste salle des droits de l’homme s’est-elle transformée en une annexe de l’Etat Islamique ? Comment se fait-il que nos amis Russes deviennent soudain les justiciers du monde libre, suivis par la Chine et les Cubains, dont la dialectique a si peu changé depuis que les USA et Cuba se sont rapprochés (la seule différence est qu’il faut désormais augmenter le son des écouteurs qu’il fallait il n’y a pas si longtemps baisser, tant leurs échanges étaient bruyants).

 

En y réfléchissant, il y a tout de même du nouveau : Genève a eu son alerte terroriste, cela faisait bien longtemps que rien de ce genre n’avait eu lieu ici, précisément depuis la campagne de terreur de l’ASALA, les mouvements arméniens qui avaient fait sauter les consignes de la gare de Cornavin, et la bombe qui avait explosé devant l’agence de Royal Jordanian.

 

 

Llewellyn Brown en France (traducteur officiel de la Ména, rédacteur, écrivain) :

 

On le sait : cette année 2015, à Paris, a été marquée par la sauvagerie islamiste. Le 7 janvier, le massacre à Charlie Hebdo fut suivi, le 9, de la prise d’otages à l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes. En réaction immédiate, une manifestation impressionnante fut organisée. Puis, le 13 novembre, eurent lieu des massacres en simultané : ce terme brutal de massacre me paraît bien plus adéquat que celui, plus abstrait, d’attentat.

 

Une réflexion s’impose : si ces actes barbares furent traumatisants, ils ne furent pas inattendus, pour ceux qui se soucient du devenir de notre société. Sans remonter jusqu’aux attaques de la rue des Rosiers et de la rue Copernic, l’événement qui marqua un réel changement d’époque fut la catastrophe du 11 septembre 2001 : non une « attaque contre les Tours jumelles » mais un assassinat de masse. Les journalistes annoncèrent aussitôt que le monde ne serait plus comme avant, puis reprirent leurs discours habituels : l’inouï se trouvait logé dans une représentation destinée à conforter le peuple. En mars 2012, ce fut l’assassinat d’un militaire à Toulouse, celui de deux soldats à Montauban et, pour finir, la tuerie de l’école Otzar ha-Torah à Toulouse. La gêne alors était palpable en France : on s’apercevait – sans le dire – que les assassinats perpétrés en Israël depuis un siècle se reproduisaient « chez nous ».

 

Maintenant, le phénomène s’est implanté, au point où l’on ne peut plus l’ignorer (sauf à être journaliste à Libération, au Monde ou à l’AFP, mais ils sont payés pour…). D’abord, on a été « Charlie » (mais surtout pas « Hyper Cacher »), puis « Paris ». Mais nous sommes condamnés à connaître d’autres actes barbares : que ferons-nous quand nous n’aurons plus de slogans anodins à disposition ? Force est de constater, en premier lieu, que, quelle que soit la volonté des forces de sécurité de pister de tels criminels, elles sont dans l’incapacité de suivre tous ceux qui risquent de passer à l’acte. Ensuite, ce qui manque est un sursaut chez nos « élites » (la caste politico-médiatique) sur le plan politique et civilisationnel, apte à répondre au désir désormais clairement exprimé par une part grandissante de la population. Le traitement de la question des « migrants » suit la même logique. En effet, en attendant le pire – et pour distraire la populace –, nos dirigeants s’agitent autour des « grandes questions ». Ils prétendent modifier le climat : rien de moins ! (pour ma part, je suggère qu’on installe un variateur sur le soleil…).

 

La rigueur de la pensée, le courage de maintenir une parole vraie, et le souci des enjeux humains nous sont plus que jamais indispensables. A tous les lecteurs de la Ména, je souhaite une année riche en belles surprises et en échanges fructueux.

 

 

Yoshua Ohana (fixeur militaire, photographe, région-nord-est)

 

Ce 31 décembre, dans le Doigt de la Galilée, c’est la tempête. La météo annonce la neige jusqu’en plaine pour ce soir ; malgré cela, les soldats de Tsahal sont en état d’alerte élevée, déployés sur la frontière et les routes adjacentes, dormant dans le froid et la bourrasque.

 

Ils y assurent la sécurité d’Israël face à la menace de représailles du Hezbollah suite à l’élimination de l’archi-terroriste tueur de petites filles, Samir Kuntar.

 

Dans mes activités de photographe de la Ména, c’est cette réalité qui m’importe particulièrement, et non les décisions qui se prennent dans les bureaux douillets des politiciens. Ce sont ces visages, ceux de ces jeunes hommes et femmes que je veux vous montrer, qui se crispent sous le froid pour que le monde puisse dormir tranquille.

 

Les menaces existent mais nous aussi, et les valeurs les plus fortes et authentiques prédomineront, cela ne fait pas l’ombre d’un doute sensé. Je vous souhaite la santé et le bonheur pour 2016.

 

 

 

 
Pour en finir avec la campagne d’assassinats de Juifs en Israël (info # 012712/15) Version imprimable
Analyse
dimanche, 27 décembre 2015

 

Par Guy Millière

 

Cela fait maintenant plusieurs mois que ce que certains ont appelé l’ « Intifada des couteaux » s’est déclarée en Israël.

 

L’expression est totalement inadéquate, « intifada » signifiant soulèvement en arabe, alors qu’il ne s’agit pas d’un soulèvement. Les couteaux n’agissent pas seuls et impliquent des assassins pour les utiliser.

 

Je parlerai donc de « campagne d’assassinats de Juifs au couteau ».

 

Cette campagne n’est pas endiguée. Elle a fait de trop nombreux morts [20] et de trop nombreux blessés. Elle crée en Israël un climat de tension, de précaution et de crainte latente qui n’est pas tolérable, et ne devrait pas être toléré.

 

S’il n’est pas possible de placer un policier ou un soldat derrière chaque Arabe musulman, et s’il n’est pas envisageable non plus de séparer intégralement les populations arabes musulmanes des populations chrétiennes et juives (ce qui entraînerait des accusations de discrimination à l’encontre d’Israël), il est néanmoins envisageable de concevoir d’autres actions.

 

L’une de celles-ci impliquerait de prendre en compte les relations de cause à effet.

 

La campagne d’assassinats a eu un commencement et a reposé sur des incitations. Les incitations continuent. Elles sont la cause, les assassinats n’étant que l’effet.

 

kuntar_hitlrien.jpg

Celui-ci, Kuntar, a définitivement cessé de faire le salut hitlérien

 

La campagne d’assassinats, plus profondément, s’appuie sur une haine antijuive essaimée depuis longtemps, comme un venin, et cette haine est entretenue jusqu’à ce jour. Elle est la cause essentielle : les assassinats sont, en profondeur, un effet de cette cause.

 

Derrière la cause essentielle, il y a, très simplement, l’islam radical. 

 

Derrière la cause tout court, et les incitations aux assassinats, il y a les organisations « palestiniennes », qu’elles soient ouvertement islamistes, à l’instar du Djihad Islamique ou du Hamas, ou qu’elles soient islamistes sans le dire explicitement, et l’Autorité Palestinienne ne peut être exonérée de ce soupçon un seul instant. 

 

Les premiers assassinats ont eu lieu parce que Mahmoud Abbas, président de l’Autorité Palestinienne, a voulu qu’ils aient lieu, et celui-ci avait proféré à cette fin des accusations délibérément fausses contre Israël concernant le statut de la mosquée al-Aqsa.

 

Les assassinats suivants ont eu lieu parce que Mahmoud Abbas et ceux qui l’entourent ont apporté leur soutien aux assassinats et défini, conformément à leurs habitudes, les assassins comme des héros, ou, selon la tradition islamique, des « martyrs ».

 

Israël a toujours traité le Djihad Islamique et le Hamas comme des organisations terroristes avec lesquelles tous pourparlers sont inutiles, et la position d’Israël sur ce point a recoupé les positions du monde occidental dans son ensemble.

 

Israël a longtemps traité l’OLP comme étant elle-même un conglomérat d’organisations terroristes. Cela a changé avec les accords d’Oslo, puis avec la création de l’Autorité Palestinienne, qui n’est que l’OLP sous un autre nom.

 

Depuis, le monde occidental tout entier feint de croire que l’Autorité Palestinienne est « modérée ». Et Israël se voit condamné diplomatiquement par tous gouvernements confondus à faire semblant d’avoir un « partenaire pour la paix ».

 

Israël ne peut pas si aisément briser le piège qu’ont constitué (et que constituent toujours) les accords d’Oslo et la création de l’Autorité Palestinienne, surtout dans le contexte présent où un président des Etats-Unis très anti-israélien habite la Maison Blanche, et où l’Union Européenne se sent libre de s’adonner à ses ardeurs « pro-palestiniennes ».

 

Mais Israël peut néanmoins prendre un certain nombre de mesures.

 

Celle-ci entre autres : déclarer que l’Autorité Palestinienne, dans son ensemble, et son dirigeant actuel, Mahmoud Abbas, ne constituent en aucune façon des interlocuteurs, car ils procèdent à des incitations au meurtre et sont les authentiques responsables de la campagne d’assassinats de Juifs actuellement en cours. Des gens qui sont instigateurs et complices d’assassinats ne sont pas des gens avec qui on peut négocier.

 

Cette décision pourrait en impliquer une autre : l’interdiction faite de voyager et de quitter les territoires occupés par l’Autorité Palestinienne à tous les dirigeants de celle-ci. Cette interdiction avait frappé Yasser Arafat dans le passé. Elle devrait frapper aujourd’hui Mahmoud Abbas et son entourage, et se trouver maintenue tant qu’ils n’appelleront pas publiquement et officiellement à la fin de la campagne d’assassinats, et ne condamneront pas explicitement les assassinats commis.

 

Pour étayer ces décisions, le gouvernement israélien pourrait s’appuyer, plus largement, sur divers propos récents de Mahmoud Abbas et de son entourage, exprimés en arabe, qui sont sans équivoque et absolument nauséabonds.

 

Le gouvernement israélien pourrait aussi rappeler à quel point Mahmoud Abbas a, depuis longtemps, du sang sur les mains : en particulier celui des membres de la délégation olympique israélienne aux Jeux de Munich en 1972. Mahmoud Abbas (alias Abou Mazen) a été l’un des organisateurs et le financier de l’attaque terroriste qui a fait onze victimes parmi les sportifs hébreux.

 

Mahmoud Abbas et son entourage n’ont cessé d’être des criminels terroristes. Les traiter comme tels constituerait un pas dans la bonne direction.

 

Les traiter vraiment comme les criminels terroristes qu’ils sont impliquerait bien plus que les deux décisions susdites, cela va de soi. La place des criminels terroristes est en prison ou, mieux encore, six pieds sous terre, mais un pas dans la bonne direction est déjà un pas.

 

La campagne d’assassinats de Juifs au couteau ne cessera que si Mahmoud Abbas et son entourage subissent les conséquences directes de leurs incitations au meurtre.


pour lire la suite...
 
Le poison antisémite coule dans les veines des media français (info # 012512/15) Version imprimable
Réinformation
vendredi, 25 décembre 2015

 

Par Ilan Tsadik

 

Dans la nuit de samedi à dimanche derniers, un individu répondant au nom de Samir Kuntar a trouvé la mort, de même qu’au moins huit autres personnes, dans un immeuble de Jaramana, un quartier de Damas. Selon des sources étrangères concordantes, le bâtiment visé, dont il ne reste que des gravats, aurait été atteint par quatre missiles SPICE (angl. épice), tirés à partir de chasseurs-bombardiers israéliens.

 

Kuntar était un terroriste – un homme armé s’attaquant systématiquement à des civils -, mais pas n’importe lequel. Il n’a pas été pris pour cible par hasard, mais notamment parce qu’il avait commis les assassinats les plus odieux depuis le début du conflit israélo-arabe, il y a de cela environ 85 ans.

 

Ce fait difficilement discutable singularise l’opération de samedi dernier, et la transforme en un acte de guerre hors du commun. On est ainsi en présence d’une péripétie de cet affrontement revêtant des significations particulières, tant d’un point de vue émotionnel, qu’historique et même stratégique.

 

Reste que, pour une raison qui leur est propre, la quasi-totalité des media français, de gauche comme de droite, ont pris la décision de dissimuler ces particularités au public de l’Hexagone, l’empêchant ainsi de connaître la vérité quant aux motifs de ce raid.

 

jaramana.jpg

Ici, dans un quartier de Damas, se dressait un immeuble il y a une semaine.

Un tueur d’enfants et des acolytes s’y étaient réunis afin de préparer

un nouvel assassinat collectif de Juifs, lorsque…

 

Nous sommes indéniablement en présence d’un bidouillage de l’information par omission ; une tentative forcenée de banaliser l’incident, en le présentant comme une vengeance à première vue incompréhensible de l’Etat hébreu, 36 ans après les faits reprochés à Kuntar. L’effet recherché consiste à présenter Israël sous les traits d’un pays belliciste, n’hésitant pas à tuer un "simple combattant ennemi", tout en enlevant la vie aux habitants a priori innocents d’un immeuble d’habitation.

 

Un combattant ennemi ? Même pas, pour Le Figaro, qui le définit comme un "militant libanais", à savoir – c’est une affaire de vocabulaire français ! – un activiste politique, ce qui exclut du même coup l’usage – présent ou passé – d’armes par l’individu en question.

 

Samir Kuntar un "activiste politique", voyons voir ?

 

Agé d’à peine seize ans, en 1979, il dirigea un commando du Front de Libération de la Palestine sur la ville côtière de Nahariya à bord d’un canot pneumatique, dans le but d’y prendre des otages.

 

Après avoir exécuté un policier, Elyahou Shakhar, il avait pénétré avec ses complices dans l’appartement de la famille Haran, en extirpant le père, Danny (31 ans), et sa fille Einat.

 

Découvrant sur la plage que le bateau gonflable avait été rendu inutilisable par les échanges de tirs, Kuntar abattit Danny Haran d’une balle dans le dos, sous les yeux d’Einat ; pour s’assurer que Danny était bien mort, il lui maintint la tête plusieurs minutes sous l’eau de la Méditerranée. Il emmena ensuite la fillette de quatre ans, plaça son visage sur un rocher et le lui fracassa à l’aide du manche de sa Kalachnikov.

 

Smadar Haran, la mère, avait réussi à se cacher dans un débarras avec sa seconde fille, Yaël (2 ans), ainsi qu’une voisine. Elle avait bâillonné Yaël afin d’étouffer ses cris mais, ce faisant, elle avait asphyxié sa deuxième fille.

 

Qualifier l’auteur de tels actes d’ "activiste politique" participe du délire antisémite paroxysmique. Cacher ces éléments au public français constitue un complot, puisque, sous l’impulsion de l’ineffable AFP, la presque totalité de la presse tricolore, Libération, Le Monde, etc., reprend cette version fortement édulcorée de la vérité historique.

 

C’est évidemment un dol, une malversation journalistique, une faute éthique. Si les faits avaient été correctement retranscrits, les lecteurs et les téléspectateurs auraient pu concevoir l’émoi qui envahit la population israélienne à l’annonce de la mort du scélérat, et la satisfaction contenue exprimée par des responsables politiques.

 

Pour faire correctement leur boulot, les Francouillons de la presse antisémite auraient pu interviewer Madame Haran pour lui demander son commentaire et faire écho de son ressenti. Ç’aurait été de l’information, mais l’information n’existe plus en France depuis longtemps dès qu’il s’agit de traiter d’Israël. Ils vivent au temps du Capitaine Dreyfus, lorsqu’il fut accusé et condamné pour trahison, et de Je suis partout, et cela ne les prive pas de leur sommeil.

 

Leur public, leurs lecteurs, leurs clients, ceux qui les paient pour qu’ils les informent, auraient facilement compris pourquoi l’armée de l’air à l’étoile de David avait pulvérisé la maison de Jaramana pour régler son compte à ce fils de pute. Mais c’est précisément ce que les Francouillons de la presse antisémite ne voulaient pas que leur public comprenne, c’est pour cela qu’ils lui ont menti ; il aurait, en ces temps difficiles où les Kuntar n’épargnent pas Paris, pu ressentir de l’empathie pour les Israéliens, et même, horreur absolue pour ces gratte-merde, s’identifier à la victoire des Juifs et à la justice historique qu’ils ont réhabilitée. 

 

Alors, pour le Fig, lorsqu’il s’agit de Juifs, écraser le crâne d’une petite fille sous la crosse d’un fusil après avoir abattu son papa sous ses yeux, c’est "une opération armée qui avait fait quatre morts dans le nord de l'Etat hébreu", ou encore, une "sanglante attaque transfrontalière".

 

Même requiem sur Le Monde, qui explique l’anéantissement de l’archi-terroriste et l’entêtement d’Israël à cause d’ "une opération meurtrière qui avait fait quatre morts, dont une fillette de 4 ans". Aucune mention du fait que c’est Kuntar qui l’a tuée ni dans quelles circonstances ; le coupable, dans la construction de cette phrase, c’est le sujet : l’ "opération meurtrière" !

 

A Libération, sous la plume d’un certain Nissim Behar, on apprend que ce – brave ? pauvre ? – Kuntar "s’était infiltré dans le nord d’Israël avec un commando du Front de Libération de la Palestine pour y prendre des otages, faisant quatre morts". Si cette description n’a pas le mérite de respecter les règles du journalisme, elle a, en revanche, celui de la concision.

 

Ces quotidiens ont employé un narratif lapidaire qui a limé intentionnellement la gravité des crimes d’un individu défini comme super-terroriste hyper-dangereux sur les listes des services américains, afin de maintenir à tout prix – même celui de l’infamie - l’image de la victimisation du camp arabo-palestinien et celle de l’agressivité inexplicable autant qu’invétérée des Israéliens. Cela s’appelle simplement de la propagande. Et dans le cas qui nous préoccupe (beaucoup), de la propagande antisémite.

 

Autre dol déontologique de nature et de fonction identiques : la "qualification insuffisante". C’est ainsi que le Figaro désigne Kuntar dans son titre comme une "figure du Hezbollah", tout en sachant pertinemment que ce n’est pas pour ce motif qu’il a été neutralisé par le Khe’l Avir, et que le qualifiant le plus pertinent pour le décrire – c’est une obligation de s’y tenir dans notre métier – est "le boucher de Nahariya" et non un titre ou une fonction qu’il aurait acquis au sein d’une organisation terroriste. Il m’incombe de préciser qu’il ne s’agit pas ici d’un choix éditorial ou d’une opinion facultative mais de l’acte le plus marquant, le plus inhabituel et le plus identifiant que l’on puisse objectivement attribuer à cet individu.

 

Même malversation dans Le Monde, qui évoque "une figure du mouvement chiite libanais" et "un symbole du Hezbollah". Cherchez les adeptes du complot, mais cherchez-les, pour une fois, là où ils se trouvent !

 

Behar et Libé vont plus loin encore dans l’abjection et la glissade déontologique en décrivant Kuntar comme un "Druze", un "Libanais", ou encore "une cible privilégiée des services de renseignement israéliens", étant vivement posé, pour ceux qui ne sont pas de langue maternelle française, qu’une "cible" est forcément une "victime".

 

Pour le correspondant de ce journal, sauvé de la fermeture il y a moins de deux ans par l’injection de quatre millions d’euros par un citoyen israélien, Patrick Drahi, qui détient toujours la moitié du capital de ce torchon, le Mossad "rêvait" de se "débarrasser" de Kuntar, qu’il avait l’audace incroyable de "présenter comme un "architerroriste"".

 

"Architerroriste" entre guillemets et en italique – deux précautions valant toujours mieux qu’une pour souligner à quel point ces Israéliens sont décidément infréquentables et excessifs. Je poserais bien la question de savoir qui, au monde et dans l’histoire, plus que Kuntar mérite la mention d’archi-terroriste, mais je cultive le principe de ne pas discuter avec les racistes, les antisémites, les antisionistes (pléonasme), les fielleux, les vendus et les cons.

 

Passons au Bêtisier de Noël : selon Nissim Behar, l’immeuble de Jarama "frappé par quatre roquettes (…) s’est effondré comme un château de cartes". Les antisémites et les vendus ne sont décidément pas très au courant de l’actualité qu’ils relatent : s’il avait été frappé par des roquettes, le bâtiment serait toujours debout, et le "Druze libanais" continuerait à respirer le même air que Behar, la charge explosive des roquettes variant dans la région entre 5 et 75 kilos. En réalité, chacun des quatre missiles SPICE emportait entre 1 000 et 2 000 kilos d’explosifs, ce qui explique la totale dislocation de l’édifice. Il y a boum et bouuuuum, sachons apprécier la différence…

 

On retrouve le même genre de "précision professionnelle" – il est difficile de faire à la fois du journalisme et de la propagande pour le Hezbollah - au milieu d’innombrables fautes d’orthographe, sur le Fig, qui raconte à ses lecteurs que la région de Kouneitra se situe "près du plateau du Golan". En vérité, Kouneitra est la capitale du Golan… Boum.

 

Autre perle du même journal, qui nous dit qu’en 2008, Kuntar avait été libéré "lors d’un échange de prisonniers [d’Israël] avec le mouvement chiite libanais Hezbollah". En fait, l’archi-terroriste et quatre autres de ses pairs furent échangés contre les dépouilles des soldats Ehud Goldwasser et Eldad Regev. Il y avait peu de chances que ces "prisonniers" s’évadent…  

  

Ne nous attardons pas sur les anecdotes alors qu’on a, une nouvelle fois, la preuve, dans ces trois articles, que la presse française est rongée jusqu’à l’os par le cancer de l’antisémitisme. Au point de tronquer systématiquement l’information au profit des pires ennemis d’Israël et de l’humanité. Nous aurions d’ailleurs pu effectuer la même analyse sur la base des articles et commentaires des autres media français mainstream, qui mentent pratiquement tous de la même manière, avec les mêmes a priori nauséeux et les mêmes arguments.

 

Alors nous répétons nous aussi notre avertissement : cette propagande participe d’une incitation extrêmement grave à la haine des Juifs. Sans qu’il soit possible de quantifier ses effets, on peut sans hésitation déterminer qu’elle a largement contribué à développer la passion vengeresse de terroristes-tueurs musulmans ayant agi en France et ailleurs, et qu’elle coûte ainsi des vies humaines.

 

Les Francouillons de la presse sont des êtres irresponsables emplis de haine antisémite. Faute de les rappeler fermement à leurs contraintes ontologiques, le gouvernement français prend des risques redoutables, dont les effets sont en passe de devenir incontrôlables et irréversibles. En plus de leur impact sur le terrorisme, ils collaborent à l’abandon de la France par les Juifs, dont l’émigration en Israël a battu tous les records en 2015.

 

Une dernière chose, destinée à ceux qui se demandent comment Israël peut justifier d’avoir tué huit autres personnes dans le bâtiment dans lequel se trouvait Kuntar à Damas. Tous étaient des miliciens libanais du Hezbollah, des terroristes druzes syriens et des officiers iraniens. Ils s’étaient réunis afin de préparer une opération sanglante contre un village israélien du Golan. Ce n’est pas la Ména qui l’affirme, mais le gouvernement israélien, de même que des organes d’information arabes, y compris ceux dépendant du Hezbollah.

 

Organiser une opération sanglante contre un village israélien du Golan, ce serait légitime, puisque l’AFP et les autres Francouillons nous rebattent nuit et jour les oreilles sur le fait que le fameux Golan serait "occupé" ou "annexé" par un corps étranger, à savoir l’Etat hébreu. N’est-il pas significatif tout de même, dans ces conditions, qu’aucun Francouillon ne se soit demandé ce que des miliciens libanais et des soldats iraniens, soit des étrangers par excellence, ont à faire sur ce territoire dont les gratte-merde antisémite se plaisent à revendiquer la syrienneté absolue ?

 

Joyeux Noël. Mais uniquement aux hommes de bonne volonté.

 

 

 
Trois roquettes tirées sur le nord-ouest d’Israël (info # 032012/15) Version imprimable
Breaking News !
dimanche, 20 décembre 2015

 

© Metula News Agency

 

Métula 18h25, Paris 17h25

 

Trois roquettes tirées à partir du Liban ont explosé il y a quelques minutes dans la périphérie de Shlomi, au nord de Haïfa.

 

On ne dénombre ni victimes ni dégâts.

 

Pour le moment, Tsahal n’a pas répliqué. Ces tirs se produisent après l’élimination de l’archi-terroriste du Hezbollah Samir Kuntar au centre de Damas, à 22h 10 samedi.

 

A Métula, nous ne pensons pas qu’il s’agisse de la réplique du Hezbollah, qui a l’habitude de prendre son temps avant de riposter et préfère des opérations plus ciblées, que les terroristes de la milice chiite appellent "qualitatives".

 

La tension est importante et Tsahal se trouve en état d’alerte. Les sirènes des radars "couleur rouge" ont retenti dans le nord-ouest d’Israël. Jusqu’à maintenant, on n’a observé aucun incident dans le Doigt de la Galilée, la région de Métula et Kiryat Shmona.

 

 

 
La Conférence d’Evian : un livre important de Raphaël Delpard (info # 022012/15) Version imprimable
Analyse d'une oeuvre
dimanche, 20 décembre 2015

 

Par Guy Millière

 

Quand la Shoah a-t-elle commencé ? La question s’est récemment posée lorsqu’il a été question de la rencontre entre Adolf Hitler et Amin al Husseini à Berlin, quelques semaines avant que ne soit prise, à Wannsee, la décision d’enclencher la « solution finale ». Quelle que soit la responsabilité d’Amin al Husseini, celle-ci est écrasante, et Amin al Husseini y a, pour le moins, collaboré et participé activement, dans un contexte où le national-socialisme et la volonté d’extermination des Juifs suscitaient l’enthousiasme dans le monde arabe, tant chez les nationalistes que chez les islamistes.

 

La Shoah, cela dit, a commencé avant Wannsee. Elle a commencé avant la rencontre entre Adolf Hitler et Amin al Husseini.

 

Elle a commencé avec l’antisémitisme virulent qui a imprégné l’Europe pendant des siècles, et elle en a été la sinistre apothéose.

 

Elle a continué avec la montée en puissance du national-socialisme et de l’antisémitisme national-socialiste en Allemagne et bien au-delà de l’Allemagne, à partir des années 1920.

 

Elle a impliqué la complicité de tous les pays du monde, déjà présente au moment des Jeux Olympiques de Berlin en 1938, organisés alors que nul ne pouvait ignorer qui était Adolf Hitler et ce qu’étaient ses projets.

 

joinville.jpg

La délégation française

 

Cette complicité a connu un tournant symbolique lors d’un événement trop souvent passé sous silence, et que, dans un livre indispensable, La conférence de la honte, notre camarade Raphael Delpard met au jour de façon détaillée : la conférence d’Evian, tenue pendant l’été 1938.

 

Ce qui s’est joué à Evian a été effectivement honteux, mais cela a été davantage qu’honteux, comme le montre Delpard : cela a été l’abandon par le monde de centaines de milliers de personnes. Cela a été la confirmation donnée à Hitler qu’aucun pays du monde, pas même les Etats-Unis de Franklin Roosevelt, n’était prêt à accueillir la moindre de ces personnes.

 

Cela a été une sorte de feu vert donné à ce qui allait conduire à Auschwitz.

 

Cela a été la démonstration apportée à Hitler que pas un seul pays ne voulait des Juifs, et les détails que donne Delpard (tirés des déclarations faites lors de la conférence) sont accablants.

 

Cela a été la preuve qu’Hitler avait raison, et que toute tentative qu’il aurait pu envisager de se contenter de persécuter les Juifs aux fins de montrer qu’il les haïssait au point de les torturer physiquement et mentalement et de les tuer, aux fins qu’une main se tende vers eux se révélerait vaine, tout projet qu’il aurait pu concevoir de les déporter vers d’autres terres se révélerait inconcevable et voué à l’échec.

 

Delpard rappelle que le foyer national juif qu’était censé être le Mandat palestinien confié aux Britanniques a été fermé aux Juifs de façon quasiment hermétique dans les mois qui ont suivi Evian. Amin al Husseini ne voulait pas des Juifs et les préférait morts, les Britanniques, trahissant la déclaration Balfour, n’en voulaient pas non plus : ils ont même, trahison des trahisons, envisagé, en 1939, de faire du Mandat palestinien un Etat arabe.

 

conf.jpg

La conférence de la honte

 

Delpard rappelle que les bombardements alliés ont épargné, volontairement, les lignes ferroviaires et les installations génocidaires nazies. Il rappelle la pathétique trajectoire du Saint Louis, ce bateau chargé de Juifs qui, après avoir quitté l’Allemagne, n’a pu trouver, outre Atlantique, aucun port où faire débarquer ses infortunés passagers, et est retourné en Allemagne. Il rappelle que les alliés ont tiré sur des bateaux chargés de rescapés des camps de la mort dès les derniers mois de la guerre, et après la guerre.

 

Le crime nazi, écrit Delpard, a été rendu possible par le silence des nations.

 

J’aurais tendance à aller plus loin, et à dire que le crime a pu se perpétrer (et s’est perpétré) avec la complicité du monde.

 

La conférence d’Evian a, effectivement, été la conférence de la honte, et, en même temps, un moment davantage qu’honteux.

 

La complicité du monde a fait de la Shoah un grand Crime commis en commun par les pays et dirigeants du monde entier.

 

Elle suffirait à justifier l’existence d’Israël, si Israël n’avait pas, en soi, la légitimité d’être la renaissance de la souveraineté juive sur la terre d’Israël.

 

Voir que la complicité des dirigeants du monde entier avec les ennemis d’Israël se dessine aujourd’hui montre que ceux qui ont été complices de la Shoah gardent une mentalité de complices.

 

 

 

Note :

 

Raphael Delpard, La conférence de la honte, Michalon, 2015, 250p., 19€

 

 

 
On a fini par l’avoir (info # 012012/15) Version imprimable
Analyse
dimanche, 20 décembre 2015