Trump : J’ai fait un rêve ! (info # 012404/17) Version imprimable
Analyse
mercredi, 24 mai 2017

 

Par Ilan Tsadik

 

Avec Sami El Soudi

 

Donald Trump, sa charmante épouse – quelle classe, quelle indépendance et quel maintien ! - ainsi que les quelques mille personnes qui les accompagnaient, journalistes, agents de sécurité, techniciens, diplomates, pilotes, médecins et conseillers ont maintenant quitté Israël pour Rome depuis près de vingt-quatre heures. Ils ont embarqué dans trois Jumbo-jets présidentiels, suivis de la doublure du Air Force One, le 747 du président, qui suit tous ses déplacements aériens, au cas où le premier appareil tomberait en panne. C’est comme un petit pays, ou un immense cirque itinérant, qui se déplace d’étape en étape du périple du pensionnaire de la Maison Blanche.

 

Encore sont-ils partout devancés de plusieurs jours par des gros porteurs Galaxy, qui déversent sur place les préposés à la sécurité présidentielle, des contrôleurs aériens, qui sont présents dans toutes les tours des aéroports visités, et des tonnes de matériel, y compris le Marine One, l’hélico dans lequel le président effectue tous ses vols, aux USA comme à l’étranger. De même que cinq autres gros "choppers", dans lesquels prennent place ses suiveurs les plus importants. Les autres parcourant les trajets en voiture.

 

Cela donne au spectateur ainsi qu’aux hôtes officiels et aux dignitaires des pays visités une impression de puissance, d’abondance et d’organisation qui ne manque jamais de frapper les esprits.

 

La visite en Israël a été un franc succès, tout le monde est content : la droite israélienne et les Edennistes, parce qu’à aucun moment Trump n’a évoqué d’Etat palestinien, et n’a pas semblé appliquer une pression insupportable sur Binyamin Netanyahu. Et tous les autres, parce qu’il a été très clair quant à ses objectifs dans notre région, et parce qu’avant même son arrivée, il avait exigé et obtenu diverses mesures d’ouverture en direction des Palestiniens, ce qui avait, deux jours avant son arrivée, occasionné de vives tensions entre les faucons et les vraies mouettes (il n’y a pas de colombes dans ce cabinet) du gouvernement israélien.

 

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Ca a l’air d’aller…

 

Durant l’interminable cérémonie d’accueil à l’aéroport Ben Gourion près de Tel-Aviv, où le couple présidentiel eut à serrer des dizaines de mains, Naftali Bennett, le ministre de l’Education et de la Diaspora, chef du très à droite et très edenniste parti du Foyer juif, a profité de se trouver nez-à-nez avec le président U.S pour lui parler politique. Craignant, à juste de titre, de ne pas avoir l’occasion de le faire plus tard dans le cours de la visite, Bennett a brièvement entretenu celui qui venait de descendre d’avion de la nécessité de transférer son ambassade de Tel-Aviv à Jérusalem, et de celle de ne pas participer à la création d’un Etat palestinien et de ne pas diviser notre capitale.

 

Donald Trump l’a écouté poliment mais sans lui prêter une grande attention. Au contraire de Bougie Herzog, le leader travailliste de l’opposition, avec lequel le président a échangé plusieurs minutes durant. J’étais trop loin pour entendre ce qu’ils se sont dits, mais un voisin d’Herzog dans la file des serreurs de mains a eu l’obligeance de me rapporter leurs propos. L’homme le plus puissant de la planète à la crinière blonde a dit à l’Israélien qu’il allait se passer de grandes choses et que Netanyahu allait avoir besoin de son soutien ; le travailliste a assuré M. Trump qu’il pouvait compter sur lui et que l’opposition soutiendrait le gouvernement s’il décidait d’avancer en direction de la paix.

 

Ce fut presque l’essentiel des propos politiques pendant toute cette visite. Le Président, qui venait d’effectuer le premier vol officiel direct d’Arabie Saoudite en Israël, gardera jalousement tout le reste de ses discussions pour le seul Binyamin Netanyahu et entre quatre yeux. Tout ce qu’il y avait d’important s’est déroulé lundi soir dans un lieu tenu secret – le dîner prévu a été annulé -, les deux couples se retrouvant loin des milliers d’yeux indiscrets des caméras.

 

Ce mercredi matin, aucun des ministres israéliens n’avait été mis au parfum du contenu de ces entretiens. Certains, comme le ministre de la Défense, Avigdor Lieberman, et celui des Infrastructures Nationales, de l’Eau et de l’Energie, responsable de la Commission Israélienne de l’Energie Atomique et membre du cabinet sécuritaire restreint, Youval Steinitz, s’inquiétaient ouvertement des répercussions de la méga-vente d’armement à l’Arabie Saoudite. Celle-ci va simplement doubler son potentiel militaire, et personne ne sait ce qu’il adviendra de ce régime fragile dans cinq ou dix ans. Ces ministres se demandent comment sera appliqué l’engagement américain à maintenir la supériorité conventionnelle et technologique de l’Etat hébreu sur tous ses voisins réunis, et seul, pour le moment, Binyamin Netanyahu connaît la réponse à leur préoccupation.

 

Sinon, les déclarations des deux leaders n’ont été presque que symboliques et pré-écrites durant les deux jours qu’a duré la visite. Trump est allé s’entretenir avec le Président de l’Etat, Ruvi Rivlin, comme le veut le protocole, quoiqu’en Israël, le président n’a aucun pouvoir décisionnel, à l’instar de la reine d’Angleterre. Il est ensuite allé se recueillir devant le Mur des Lamentations, où sa fille, Ivanka, convertie au judaïsme orthodoxe, a éclaté en sanglots sous le coup de l’émotion. Il s’est rendu à l’église du Saint Sépulcre, ainsi qu’au musée du génocide nazi de Yad Vashém (la main et le nom).

 

Entre-temps, il avait fait le déplacement de Bethléem pour y rencontrer le président de l’Autorité Palestinienne, Mahmoud Abbas. La ville était pavoisée pour l’occasion d’immenses affiches qui souhaitaient la bienvenue "de la ville de la paix à un homme de paix". L’entretient a été aussi discret que du côté israélien. Sami El Soudi, qui suivait la visite pour la Ména, a rapporté que tout s’était passé comme prévu, sauf que Trump, à la fin du rendez-vous, n’a pu s’empêcher de lâcher quelque chose du genre : "Ce n’est pas dans cette atmosphère de violence, de terrorisme et d’antagonisme qu’il est possible de faire la paix".

 

Ce qui n’a pas empêché le président U.S, quelques heures plus tard, à l’occasion du discours principal de son séjour, au Musée d’Israël à Jérusalem, d’affirmer qu’aussi bien Binyamin Netanyahu que Mahmoud Abbas étaient prêts à faire la paix et désireux d’y parvenir. Ce que n’a pas démenti le Premier ministre israélien, tout en relevant que si l’attentat de Manchester avait été perpétré contre des Israéliens par des terroristes palestiniens, les familles des terroristes toucheraient une rente à vie de la part de l’Autorité Palestinienne, ce qui est parfaitement exact, cela, c’est moi qui l’ajoute. C’est probablement ce genre de constatation qui avait engendré la remarque de Trump à Bethléem.

 

Le discours du musée fut surtout teinté du sceau de l’émotion et de l’amitié retrouvée, après deux mandats de relations tendues avec Barack Obama. La foule a ovationné Donald Trump debout, après qu’il ait affirmé : "C’en est fini des appels des dirigeants iraniens à anéantir Israël ; maintenant, Donald J. Trump est là !". Entendant ces paroles, Netanyahu a levé le poing en signe d’adhésion et, sous un tonnerre d’applaudissements, le président yankee a répondu : "Moi aussi je vous aime !". Pour ne rien laisser dans le flou à ce propos, il a encore précisé que jamais il ne laisserait l’Iran parvenir à la bombe atomique. Après sa visite à Riyad, où il a également rencontré l’essentiel des dirigeants arabes, on le croit sur ce sujet, qui constitue une victoire à retardement pour Netanyahu, qui avait livré bataille aux Etats-Unis contre l’accord sur le nucléaire iranien, adoptant une position frontale face à Barack Obama qui fut son plus fervent promoteur.

 

Désormais, cet accord a du plomb dans l’aile, de même que le projet des ayatollahs d’établir une ceinture chiite reliant Beyrouth, Damas, Bagdad et Téhéran. La détermination américaine est d’autant plus crédible que, la semaine dernière, l’Aviation U.S a détruit un convoi progouvernemental syrien, principalement constitué de soldats iraniens, qui tentaient de s’emparer du poste frontière d’al Tanf, avec l’Irak, près des trois frontières – Irak – Jordanie – Syrie -. De nombreux militaires iraniens et pro-régime ont trouvé la mort lors de ce raid. Le premier visant al Assad et ses alliés depuis l’attaque au missile contre la base aérienne de Sharyat, d’où était partie l’attaque au gaz contre des hôpitaux tenus par la rébellion.

 

Le traitement du problème posé par les Khomeynistes paraît non seulement en bonne voie d’assainissement, mais il constitue également le ciment de l’alliance officieuse entre l’Etat hébreu et ses voisins sunnites. Une alliance que Donald Trump s’efforce désormais d’institutionnaliser. Au Musée d’Israël, il a fait l’éloge de la perspicacité du Roi Salmane d’Arabie et de sa volonté de parvenir à ce but. Pour les sunnites et pour Israël, c’est leur préoccupation stratégique numéro un qui est enfin prise en compte par la première puissance militaire du globe.

 

Le reste de l’intervention du président étasunien fut consacré à la nécessité d’utiliser l’occasion du rapprochement avec les sunnites afin de régler une fois pour toutes le problème palestinien.

 

Et c’est tout ! En plus, certes, de mots forts employés pour mettre en valeur le caractère unique et indestructible des relations liant Israël aux Etats-Unis, et de l’affirmation par le président du caractère juif d’Israël et de Jérusalem. Ce qui, intervenant après les votes et les abstentions à l’UNESCO allant dans le sens inverse, a fait le plus grand bien aux oreilles israéliennes.

 

Ca c’est pour les oreilles, quant aux mauvaises langues, on les entendait murmurer que le but de ce voyage au Moyen Orient était uniquement de signer les énormes contrats d’armement – 130 milliards de dollars et ce n’est qu’un début – à Riyad, et que le reste n’est que roupie de sansonnet. Les mêmes mauvaises langues évoquent des vacances touristiques en Israël, soulignant que ce séjour de 48 heures n’a été ponctué d’aucun projet tangible.

 

Notre avis et celui de nombre d’observateurs israéliens diverge. Tout est dans le non-dit, ou plutôt, le non-déclaré publiquement. D’abord, parce qu’après cette visite, les liens entre Israël et ses voisins, énumérés par mon père dans ces colonnes la semaine dernière, ne peuvent qu’aller s’amplifiant après la bénédiction appuyée du pensionnaire de la Maison Blanche.

 

Ensuite, parce que si le contenu des entretiens entre Donald et Bibi n’a pas été divulgué, c’est pour retarder une crise gouvernementale en Israël, la droite de la coalition n’étant pas prête ne serait-ce qu’à entendre parler de négociations avec Abbas. Les choses seront rendues publiques lorsqu’il y aura du concret, du défendable.

 

Jusqu’alors, d’autres mesures vont être prises par le gouvernement hébreu, dans les sens d’un rapprochement prudent avec Abbas. Ce qui ne manquera pas déjà de faire sursauter Bennett et ses amis.

 

Dans le même temps, ce sont les Saoudiens, les Egyptiens et les Jordaniens qui seront chargés par Trump de continuer d’assouplir les positions des Palestiniens afin de les mettre en phase avec le projet américano-saoudien. Celui-ci comprendra la création d’un Etat palestinien démilitarisé, avec un droit d’intervention israélien qui durera jusqu’à la disparition totale du terrorisme, avec Tsahal qui gardera le contrôle du Jourdain, et des ajustements de frontière permettant d’inclure en Israël les trois blocs d’implantations principaux. Plus question de rendre le Golan aux Syriens, ni d’accueillir les descendants des réfugiés palestiniens de 48, à part en petit nombre, pour la réunion des familles, dans un geste de bonne volonté.

 

On se demandait si Netanyahu accepterait ces propositions, et c’est un scoop, globalement, pour peu que les choses aillent strictement dans ce sens et que Washington renforce les capacités militaires israéliennes et ses projets technologiques, le Premier ministre est d’accord. Et que personne ne nous demande nos sources, c’est du super-confidentiel.

 

Les négociations vont se poursuivre dans la plus grande discrétion mais à un rythme soutenu. Pour parvenir à un accord, il faut, et c’est Sami El Soudi le premier qui en avait parlé il y a plusieurs années, réduire les ambitions des barons de l’Autorité Palestinienne, en leur enlevant l’idée qu’ils pourront négocier sur pied d’égalité avec l’Etat d’Israël, ce que certains dirigeants occidentaux leur ont mis en tête sans leur rendre service.

 

L’incursion de Trump à Bethléem s’inscrivait parfaitement dans ce dessein : elle fut courte et limitée dans le temps et la portée. Avec la fanfare de Grospierrot-sur-Paulette qui interprète probablement mieux l’hymne américain que celle d’Abbas.

 

C’est avec Salmane et Sissi que l’on va discuter des détails, pas à Bethléem. Et Abbas ne se mettra pas au milieu du chemin sur lequel passera le convoi, il l’a déjà compris et cela ne le dérange pas. Il lui est en effet plus facile d’attribuer les concessions aux deux ou trois grands frères arabes qu’à ses propres décisions. La populace, la tête gonflée par les promesses du Hamas, du Qatar, des Turcs et de certains Premiers ministres européens aurait accusé Abbas d’être de mèche avec les Israéliens ; une accusation qu’ils peuvent difficilement adresser au roi d’Arabie Saoudite.

 

A la fin, mais uniquement lorsque 99% des sujets auront été solutionnés, comme il est de mise dans une démarche diplomatique bien sentie, on organisera une conférence internationale, à laquelle tout le monde sera invité, pour "discuter" d’une paix globale entre Israël et le monde arabe.

 

La proposition sera soumise au vote des populations concernées, et l’on fera en sorte qu’elles n’aient pas de raison de la rejeter, à grands coups de pub et de mobilisation des décideurs.

 

C’est en tout cas le scénario qu’ont écrit ensemble le roi d’Arabie Saoudite, le Maréchal Sissi, Binyamin Netanyahu et le Président Trump. En principe, cela tient l’eau, et cela apporterait un changement politique fondamental aux niveaux régional et mondial. Maaais… nous sommes au Moyen Orient, et peu de choses s’y déroulent comme elles ont été initialement prévues.


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Macron et la perversité de la toute-puissance (info # 012305/17) Version imprimable
Analyse
mardi, 23 mai 2017

 

Par Amram Castellion

 

Pour qui veut exercer le pouvoir, mais ne dispose ni d’une légitimité évidente, ni de soutiens forts, ni d’un programme clair, la meilleure solution est de semer la confusion et de détruire méthodiquement tout ce qui pourrait lui faire obstacle.

 

Emmanuel Macron a été élu il y a à peine plus de deux semaines par des électeurs qui, pour près des deux tiers, ne l’avaient pas soutenu au premier tour et ne s’étaient déplacés que pour empêcher l’élection de la candidate populiste Marine Le Pen. Celle-ci avait malgré tout obtenu 34% des voix, alors que son père, quinze ans plus tôt, n’était parvenu qu’à 18% contre Jacques Chirac.

 

Au second tour, malgré un matraquage médiatique incessant pour appeler les Français à voter Macron, l’abstention avait atteint son plus haut niveau depuis 1969 (24%) et le nombre des votes blancs et nuls avait atteint 12%, un record historique absolu dans l’histoire de France.

 

Le président français ne peut donc pas prétendre à un soutien populaire massif. Il a la légitimité technique que lui confère sa victoire, mais rien de plus.

 

Dans ces conditions, la meilleure manière d’asseoir son pouvoir est de recourir, comme le disent ses partisans eux-mêmes, à la « disruption » : miner systématiquement, et détruire si possible, toutes les institutions qui pourraient s’organiser pour limiter l’omnipotence du nouveau satrape.

 

Les partis politiques existants, dont le rôle dans le bon fonctionnement de la démocratie est reconnu par la Constitution française, sont la première de ces institutions. Après leur mauvaise performance aux élections présidentielles, deux des plus importants partis existants – le parti socialiste et le Front national – sont actuellement plongés dans une crise existentielle. Ni l’un ni l’autre n’est certain de pouvoir obtenir les 15 députés qui lui permettraient de constituer un groupe parlementaire dans la prochaine Assemblée.

 

Le principal parti de centre droit, Les Républicains, résiste mieux : selon les sondages, il aura environ 200 députés et devrait constituer la deuxième force politique dans la prochaine assemblée – peut-être même, selon la dynamique politique des prochaines semaines, la première devant le nouveau parti macroniste.

 

Devant le danger de voir se constituer un contre-pouvoir, le prince a entrepris de démobiliser, autant qu’il est en pouvoir, l’opposition de droite. Il a utilisé pour cela deux méthodes éprouvées : le débauchage des personnes et les promesses confuses pour les électeurs.

 

Son nouveau Premier ministre, Edouard Philippe, et ses deux ministres à portefeuille économique, Bruno Le Maire et Gérald Darmanin, sont des transfuges des Républicains. D’autres ministres, comme le nouveau ministre de l’Education Nationale, Jean-Michel Blanquer, sont également considérés comme des personnalités de droite, même s’ils ne sont pas affiliés aux Républicains.

 

Pour compléter le découragement que leur trahison inspirera aux électeurs de droite, Macron a envoyé des messages politiques destinés à les amadouer. Il fait savoir que ses premières actions porteront sur la simplification du droit du travail – un thème cher à la partie libérale de la droite – et sur le rétablissement d’une école méritocratique et centrée sur l’acquisition des savoirs. Le contenu précis des réformes n’est, cependant, pas annoncé à l’avance. Tout le but de l’exercice est d’augmenter le pouvoir du prince, et non de le limiter par des engagements trop détaillés.

 

En même temps qu’il minait les partis politiques existants, Macron a, certes, créé son propre parti. Mais tout est fait pour que le parti macroniste n’ait aucune autonomie vis-à-vis du chef.

 

C’est vrai dans le choix des hommes et des femmes. La grande majorité des candidats macronistes aux prochaines élections législatives – à l’exception d’élus socialistes transfuges, dont la trahison permet de détruire presque entièrement ce qui restait de ce parti – est constituée de seconds couteaux et de recalés des partis traditionnels. Il n’y a personne, parmi eux, qui risque de menacer ou même de limiter le pouvoir du prince.

 

Le désir de toute-puissance personnelle de Macron à travers son parti se traduit même sur le plan symbolique. Le premier sigle du parti macroniste (EM !) était, en toute modestie, constitué des initiales de son fondateur. Après un récent changement de nom, un nouveau sigle – LREM – introduit délibérément la confusion entre ces initiales et le signe du parti Républicain, LR. La seule opposition qui reste au satrape se trouve ainsi symboliquement absorbée dans une référence à son auguste personne.

 

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 « Vous n’êtes pas moi. Ayez donc l’obligeance de disparaître »

 

Les deux autres institutions qui pourraient apporter un contre-pouvoir organisé à l’omnipotence du prince sont la presse et la justice. L’une et l’autre, depuis l’élection de Macron, ont été systématiquement humiliées.

 

La presse française – sur instruction de sa poignée de propriétaires, que le nouveau président a pris le temps d’aller charmer individuellement lorsqu’il était candidat – donne le spectacle affligeant d’une concurrence féroce dans la servilité. Après avoir lu article sur article vantant le talent tactique du président, sa jeunesse, son intelligence, la chance qu’a la France de l’avoir élu, l’image restaurée du pays, les excellentes mesures à venir et les délicieuses qualités personnelles de son épouse, on en vient à prendre pitié d’une profession qui ne se vante de son indépendance que pour la sacrifier à genoux à un prince qui la méprise.

 

Comme il est de règle dans les relations sadomasochistes, Macron n’a répondu à cette débauche de servilité que par des humiliations supplémentaires. Le moindre écart à la ligne élyséenne est immédiatement sanctionné, dans les salles de presse, par un appel furieux de l’équipe de communication élyséenne, dirigée par le cireur de Louboutins en chef, Sylvain Fort. Le président a fait savoir que, contrairement à la pratique de ses prédécesseurs, il ne choisirait pas seulement les organes de presse invités à l’accompagner dans des voyages officiels, mais les journalistes à titre individuel. Chacun est donc prévenu que son degré de soumission sera soigneusement mesuré dans la poursuite de sa carrière.

 

Quant à la justice, qui sert souvent de dernier rempart à la liberté dans les démocraties menacées par la mégalomanie d’un chef, son humiliation a été, si possible, encore plus complète que celle de la presse.

 

La justice française a joué un rôle décisif dans le résultat de l’élection. En se précipitant – avec une rapidité littéralement inouïe – pour mettre en examen le candidat des Républicains, François Fillon, les juges ont convaincu un petit nombre d’électeurs de droite que leur candidat n’aurait plus la crédibilité nécessaire pour exercer sa fonction et qu’il valait mieux, dès le premier tour, se prononcer pour Emmanuel Macron. Ce groupe d’électeurs de droite impressionnés par les affaires représente environ un électeur sur trente ou quarante. Leur transition vers Macron est ce qui a assuré sa présence au second tour et, pour finir, sa victoire.

 

Elu grâce à la célérité de la justice pour persécuter son adversaire, on aurait donc pu s’attendre à ce que Macron témoigne de son respect pour cette institution en évitant de nommer des ministres en difficulté sur les affaires judiciaires. Mais tel n’est pas le mode de fonctionnement du nouveau prince. Lorsqu’une personne ou une institution sont à résipiscence devant lui, il veille à les humilier encore davantage pour bien marquer qu’il est la source unique du pouvoir.

 

Macron a donc fait l’effort délicat de nommer un ministre, Bruno Le Maire, dont l’épouse a longtemps été l’attachée parlementaire sans qu’il existe la moindre trace d’un travail effectif –précisément ce qui avait motivé la mise en examen de François Fillon. Et, pour faire bonne mesure, il a nommé ministre de la Justice François Bayrou, un homme politique actuellement mis en examen (pour une affaire de diffamation). Pour faire bonne mesure et enfoncer le clou encore davantage, Macron a chargé Bayrou d’une mission « pour la moralisation de la vie publique ».

 

La justice française, naturellement, ne fera rien contre Le Maire – sauf peut-être plus tard, si cela devenait le bon vouloir du prince. La partialité absolue de nos juges, leur soumission d’esclaves à la volonté présidentielle, ne sont donc pas seulement démontrées : elles sont délibérément rendues visibles pour mieux les humilier.

 

A une échelle plus anecdotique, la constitution en cours des cabinets ministériels montre aussi la volonté de toute-puissance du prince. Les nominations de conseillers, généralement effectuées en quelques heures ou quelques jours, traînent depuis maintenant plus d’une semaine. Les échos des palais ministériels veulent que l’Elysée cherche à tout superviser, remet tout en cause, et intervient régulièrement pour annuler une nomination qui semblait acquise. Certains des fidèles les plus anciens du président, qui l’ont accompagné loyalement dans toute sa campagne, sont encore dans l’incertitude sur leur sort, tremblants et soumis devant son arbitraire majesté.


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Donald Trump vient en Israël en véritable ami (info # 012105/17) Version imprimable
Analyse
dimanche, 21 mai 2017

 

Par Guy Millière

 

Donald Trump va arriver en Israël. Je traiterai de sa visite en Israël ici dans ces mêmes colonnes la semaine prochaine. Je sais que chaque parole qu’il prononcera sera scrutée. Je sais aussi que chaque geste qu’il fera sera observé et disséqué.

 

Avant même que le voyage ne se déroule, des rumeurs teintées de fausses informations se sont disséminées. Un responsable américain aurait dit que le Mur des lamentations était “extérieur” au territoire israélien, et, bien que le propos ait été aussitôt démenti par l’administration Trump, des commentaires évoquant la “trahison” de Donald Trump sont montés de toutes parts dans l’atmosphère. Deux jours plus tôt, il avait été question d’une “volonté” de l’administration Trump  d’exercer des “pressions” sur le gouvernement israélien pour imposer un accord, et bien que ces “pressions” soient inexistantes, des commentaires les ont évoquées aussi à n’en plus finir. D’autres rumeurs sont susceptibles de prendre forme.

 

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On ne va plus tarder à savoir vers quoi on se dirige

 

Leurs sources peuvent être multiples : bien que Donald Trump soit sans doute le président des Etats-Unis le plus pro-israélien de l’histoire, il est entouré de gens qui ne lui veulent pas nécessairement du bien, et certains d’entre eux sont des vestiges de l’administration Obama dont, en raison de l’obstructionnisme systématique des Démocrates au Congrès, il n’a pu se débarrasser.

 

Donald Trump a aussi à ses trousses une bande de journalistes américains souvent aussi sympathiques qu’une meute de rottweilers enragés, ce qui n’arrange rien. Il a, collés à ses basques, des politiciens Démocrates qui, certains jours, semblent plus féroces et frénétiques encore que les journalistes. Et c’est sans compter sur des journalistes israéliens qui peuvent quelquefois se conduire aussi mal que des journalistes américains.

 

Lorsqu’en recevant Binyamin Netanyahu, il y a plusieurs semaines déjà, Donald Trump avait déclaré qu’il était ouvert à toute solution, qu’elle soit “à un Etat ou à deux Etats”, et a dit qu’il n’exercerait aucune pression sur Israël, ses propos ont conduit à des interprétations très excessives déjà, et pas toutes bienveillantes. Lorsqu’il a évoqué un peu plus tard une reprise de négociations avec l’Autorité palestinienne et a reçu Mahmoud Abbas à la Maison Blanche, d’autres interprétations, très excessives et bien plus malveillantes ont émergé.

 

La question du transfert de l’ambassade des Etats-Unis à Jérusalem n’a cessé d’être agitée en arrière fond. Donald Trump a promis ce transfert. Il a ensuite différé sa décision. Les spéculations sur le sujet n’ont pas cessé.

 

Ce qui semble clair et doit être sans cesse gardé à l’esprit est que Donald Trump est sans doute le président des Etats-Unis le plus pro-israélien de l’histoire, et si cela était considéré comme un fait établi, ce serait un bon début. Cela n’exclut pas la vigilance, mais cela peut éviter de dire n’importe quoi. Jared Kushner, Jason Dov Greenblatt et David Friedman, qui constituent l’armature de l’administration Trump pour ce qui concerne les relations avec Israël, ne peuvent que très difficilement être décrits comme des ennemis d’Israël et des sympathisants du terrorisme palestinien !

 

Ce qui doit être ajouté est que Donald Trump souhaiterait sans aucun doute, avec beaucoup de bienveillance et de bonne volonté, que la paix avance et que le conflit israélo-arabe, au cœur duquel se trouve la “question palestinienne”, soit résolu : cela ne signifie pas que la paix avancera effectivement et que le conflit sera concrètement résolu, mais c’est infiniment mieux qu’avoir affaire à des gens malveillants et de mauvaise volonté tels que ceux qui gouvernaient les Etats-Unis il y a quelques mois encore.

 

Ce qui doit être précisé est que, et il l’a montré plusieurs fois, Donald Trump ne se fait aucune illusion sur Mahmoud Abbas et sur l’Autorité Palestinienne : il a laissé Mahmoud Abbas mentir à la Maison Blanche (Mahmoud Abbas ment partout où il passe), il n’en a pas moins demandé explicitement que les incitations à la haine et au meurtre présentes dans les media et dans les manuels scolaires “palestiniens” disparaissent, ce qu’aucun de ses prédécesseurs n’avait fait avant lui.

 

Quiconque connait un tant soit peu la façon de procéder de Donald Trump, et cesse un instant de le prendre pour le crétin qu’il n’est pas du tout, discerne qu’il a placé l’Autorité Palestinienne dans une position où il pourra aisément la mettre en tort et tirer depuis là, le cas échéant, toute les conséquences requises. Donald Trump n’est ni Barack Obama ni John Kerry, et il est très vraisemblable que les conséquences requises, si elles doivent être tirées, seront une coupure des fonds à destination de l’Autorité Palestinienne, et une avancée vers une “solution israélienne” qui sera à même de convenir au gouvernement israélien et à Binyamin Netanyahu. Et qui sera vraisemblablement inspirée d’idées telles que celles développées ces derniers mois par Daniel Pipes, qui n’est pas vraiment un ami du terrorisme, je peux en attester.

 

Ce qui doit être encore ajouté est qu’une administration américaine doit garder le contexte plus large, et Donald Trump regarde le contexte plus large : c’est pour cela qu’il s’est rendu en Arabie Saoudite avant de se rendre en Israël.

 

Le contexte plus large est celui de la situation au Liban, en Syrie et en Irak, de la volonté d’hégémonie régionale de l’Iran, renforcée par les milliards de dollars de cadeaux faits aux mollahs par l’administration Obama. Il est aussi celui du jeu joué par la Russie dans la région, du glissement de la Turquie vers une dictature islamique, et de la question kurde.

 

Donald Trump entend tenter de mettre en place un endiguement de l’Iran en s’appuyant sur l’Egypte, l’Arabie Saoudite, la Jordanie (où le roi et le gouvernement jouent ces temps derniers un jeu douteux de conciliation avec le terrorisme anti-israélien). Il entend mettre en place une alliance tactique entre les pays arabes que je viens de citer et Israël. Il entend trouver le moyen de dissocier la Russie de l’Iran des mollahs, de pousser la Russie à endiguer le Hezbollah, de  calmer les ardeurs d’Erdogan, d’aider les Kurdes autant que faire se peut, et cela peut impliquer de recevoir Mahmoud Abbas, sans penser pour autant que Mahmoud Abbas est autre chose que ce qu’il est.

 

Donald Trump n’est Président que depuis quatre mois, et son action ne peut pas se juger sur un moment aussi bref, mais ce qu’on en voit va globalement dans une très bonne direction.

 

Donald Trump n’a fait aucune concession aux ennemis d’Israël: strictement aucune. Il n’a pas un seul instant renoncé au transfert de l’ambassade des Etats -Unis à Jérusalem et, quelle que soit la raison, n’a fait que différer celui-ci, pour quelques mois ou davantage, mais pas du tout indéfiniment, sauf si Israël le demande. Tout semble indiquer d’ailleurs que si Netanyahu était et reste favorable au transfert, l’état-major de l’Armée israélienne aurait un avis différent.  


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Bruxelles-Métula du 19 mai 2017 (011905/17) Version imprimable
Radio/audio - interview/reportage
vendredi, 19 mai 2017

 

© Metula News Agency

 

L’analyse de Stéphane Juffa au micro de Jim Mosko, sur Radio Judaïca https://www.youtube.com/watch?v=_rO7bHQV-zw&feature=youtu.be (Youtube), dans l’émission Bruxelles-Métula.

 

Au sommaire :

 

Le plan de paix américano-saoudien, consistant à former officiellement un bloc israélo-sunnite face à l’Iran pour que les USA reprennent leur place au Moyen Orient, non seulement du point de vue stratégique, mais également sur le plan économique.

 

Donald Trump, c’est clair, veut obtenir sa place dans l’histoire comme l’homme qui aura réalisé la paix entre les Arabes et les Israéliens, assurant de la sorte la pérennité de l’Etat hébreu.

 

Sous l’égide de Washington, la proposition d’accord global saoudienne de 2002 a été nettement assouplie ; il peut désormais englober un processus de négociation, n’exige plus le strict retour d’Israël sur la ligne d’armistice de 1967, n’exige plus le retour des réfugiés palestiniens exilés, non plus que le retrait du Golan, et pourrait s’accommoder du maintien de Tsahal sur le Jourdain.

 

L’offre revisitée suggère une progression par paliers, qui commencerait par une normalisation partielle des relations entre le monde arabe et l’Etat hébreu, déjà largement mise en place dans la réalité, qui comprend l’établissement de moyens de communications directs, le survol des Etats du Golfe par les appareils commerciaux arborant l’étoile de David, et l’ouverture au commerce avec Israël.

 

On verra en début de semaine si Binyamin Netanyahu est prêt é intégrer la Pax Trumpana. Il y gagerait l’éradication de facto de la menace iranienne, l’acception de son pays dans l’environnement régional, ainsi qu’un boum économique sans précédent.

 

En contrepartie, on exigerait de sa part l’acceptation de la création d’un Etat palestinien aux prérogatives édulcorées.

 

La rencontre cette semaine à Washington entre Messieurs Erdogan et Trump, qui s’est soldée par des désaccords polis.

 

La Maison Blanche  n’accepte pas de renoncer à ses alliés kurdes dans la guerre contre l’Etat Islamique, comme exigée par Ankara.

 

Cela a généré, quelques heures seulement après l’entrevue, une menace de la part de la Turquie de continuer sa guerre contre les Kurdes de Syrie, même s’ils fonctionnent, aux abords de la frontière ottomane, dans des unités mixtes composées de Peshmergas kurdes et de militaires U.S.

 

En cas d’attaques visant ces unités, la vie des soldats de l’Oncle Sam serait mise en péril, ce qui a engendré un sévère mécontentement aux Etats-Unis.

 

 
La semaine prochaine à Jérusalem (info # 011805/17) Version imprimable
Analyse
jeudi, 18 mai 2017

 

© Metula News Agency

 

Avec Hussein Hache à Amman, Sami El Soudi dans l’Autonomie Palestinienne et Stéphane Juffa à Métula

 

Cela fait déjà plusieurs années qu’Hassan Hache, le correspondant permanent de la Ména en Jordanie, fait état de contacts nombreux et fournis entre des représentants du Royaume Saoudien et des responsables israéliens. Hache a déjà donné de nombreuses informations quant à la coopération entre les deux pays, notamment dans le cadre de la Guerre au Yémen, ainsi qu’à propos d’une coordination étroite des moyens à disposition face à l’Iran. La politique suivie par l’agence de Métula dans ce domaine consiste à donner à ses lecteurs le plus d’indications possibles sans compromettre ces activités, d’une part pour protéger les intérêts des Etats de la région, de l’autre, afin de ne pas fournir d’éléments d’analyse à leurs ennemis.

 

Ces dernières semaines, des informations partielles ont été diffusées par des media occidentaux, particulièrement par le Wall Street Journal et le réseau Bloomberg. Ils font état d’une proposition de la part des Etats du Golfe de normaliser leurs relations avec Israël.

 

Contrairement à ce qui a été parfois annoncé à ce propos, les Emirats et Riyad n’exigeraient pas un gel total des implantations en Judée-Samarie, mais des gestes d’ouverture – comme leur gel partiel – en Cisjordanie, ainsi qu’un allègement des restrictions frappant Gaza. En échange, les Arabes n’offriraient pas l’établissement de relations diplomatiques pleines et complètes avec l’Etat hébreu, mais la création de liens de communication directs avec lui, l’admission de sportifs et d’hommes d’affaires israéliens sur leur territoire, et le droit pour les appareils commerciaux arborant l’étoile de David de le survoler.

 

Même après avoir apporté cette précision, en adéquation réelle avec l’offre adressée par lesdits pays à Jérusalem, on reste toutefois très loin de la réalité du terrain. En fait, à part le droit de survol des avions de ligne, toutes ces mesures existent déjà dans la réalité, ce qui démontre que les confrères pourraient être mieux renseignés.

 

Essayez simplement d’appeler un numéro de téléphone à Abou Dhabi ou au Qatar à partir de Jérusalem, de Tel-Aviv ou de Métula, et vous comprendrez que cela fonctionne sans la moindre difficulté, et même, que la qualité de la communication est exceptionnellement claire. De plus, il existe des représentations officieuses de l’Etat hébreu dans pratiquement tous les pays du Golfe, et, depuis deux ans, une représentation tout ce qu’il y a de plus officielle dans les Emirats Arabes Unis. Quant à ElAl, si elle ne survole pas encore l’Arabie Saoudite et ces Etats, c’est uniquement parce que c’est trop voyant à l’heure où l’on peut suivre tous les vols réguliers de la planète sur des sites Internet comme Flight Radar. En revanche, une compagnie aérienne comme Qatar Airways gère une offre spéciale pour les Israéliens, leur permettant de rejoindre l’Extrême Orient à des prix et un confort de vol imbattables.

 

Les passagers embarquent dans des aéroports européens et font escale à Doha par milliers avant de rejoindre leur destination finale. A Doha, ils sont en transit et ils s’expriment librement dans leur langue, que l’on entend profusément dans ce qui est l’un des plus grands aéroports au monde.

 

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Poignée de mains cordiale en apparence entre le Prince saoudien Turki al Faisal (g) et l’ex-ministre de la Défense Moshé Yaalon, à la Conférence sur la Sécurité à Munich, en février 2016. Depuis des scènes semblables se reproduisent un peu partout, entre des gens qui se connaissent visiblement

 

Mais cela, c’est l’aspect visible, presque anecdotique de la situation. Les Hébreux, principalement dans le domaine du renseignement, des drones et des missiles, sont partout présents. Les transactions dans le domaine militaire atteignent plusieurs milliards de dollars annuellement. Les sociétés israéliennes proposant des conseillers dans ces domaines font des affaires en or, de même que celles spécialisées dans celui de la protection, de l’espionnage et du contre-espionnage informatiques.

 

Il existe même un "projet" d’assemblage de drones israéliens en Arabie Saoudite, dont nous nous contenterons de dire qu’il se trouve à "un stade de réalisation très avancé".

 

Outre les réunions régulières à Amman, en République Tchèque, aux Etats-Unis et dans d’autres pays, et des liens directs et permanents entre les bureaux de renseignement, nous en sommes au stade des visites directes de responsables du plus haut niveau dans les capitales respectives. Et contrairement à ce qui est généralement indiqué par les confrères, et aussi étonnant que cela puisse paraître, ces échanges ne sont pas uniquement polis, mais de réelles relations d’amitié se sont tissées entre officiers, hommes d’affaires, fonctionnaires supérieurs et hommes politiques.

 

Il est évident que c’est la menace iranienne et les intérêts stratégiques communs qui en découlent qui sont à la source de cette coopération, qu’il est plus exact d’appeler dorénavant alliance. Celle-ci a atteint de nouveaux sommets depuis la signature de l’accord sur le nucléaire à Vienne. Mais nous soulignons que les responsables s’entendent remarquablement, et que les contacts sont efficaces.

 

On peut, sans entrer dans les détails, mentionner des investissements arabes massifs dans plusieurs projets de l’industrie israélienne. On peut même faire carrément état de projets communs. Les détails de ces mouvements de capitaux feraient tomber les chaussettes à plus d’un observateur, sans parler des confrères, qui sont pour la plupart complètement largués, à la traîne derrière la réalité de l’information depuis plusieurs années.

 

Israël joue également un rôle prépondérant dans le recueil d’informations dans la région du Golfe arabo-persique, dans la mer d’Oman et la mer Rouge. Ses militaires y disposent non seulement de toute la liberté de mouvements nécessaire, mais aussi des appuis logistiques de la part des gouvernements concernés. L’autorisation de survol de ces territoires en cas d’actions contre l’Iran est de l’histoire ancienne.

 

Les services de renseignement occidentaux sont au courant de la majorité de ces dispositifs et les considèrent comme bienvenus et alliés. Des synergies existent aussi entre les forces des différents pays présentes sur les lieux, sans épiloguer.

 

Dans les conditions que nous venons de parcourir avec un grand souci de retenue, on peut dès lors se demander à quoi rime l’annonce plus ou moins secrète – elle ne l’est pas réellement, puisque quelqu’un s’est occupé d’en informer le WSJ – de l’offre de "normalisation" des Etats du Golfe et de l’Arabie saoudite, concernant des points qui ont déjà été normalisés ?

 

D’abord et simplement posé, lorsque quelque chose existe déjà, il est largement plus facile de le réaliser le moment voulu. Ensuite, la coopération dans ces divers domaines a atteint de telles proportions qu’il n’est plus envisageable de la dissimuler. D’autant plus que cette coopération ne cesse de croître. Mais surtout, cette offre est liée à la démarche de Donald Trump, qui s’est mis en tête de rendre publique l’alliance de facto entre les Arabes sunnites et l’Etat hébreu.

 

Il y à cela deux raisons : le nouveau président U.S a décidé que les Etats-Unis devaient retrouver leur influence dans cette région du monde ; et pour y arriver, rien de tel que la construction d’une alliance visible, avec les USA comme grand patron, et des retombées économiques énormes à la clé, et Israël, comme "directeur régional", beaucoup plus disponible que le grand patron. Washington va laisser les contrats moyens et plus petits à l’Etat hébreu, ce qui, outre l’aspect de l’intégration politique dans la région, va lui procurer des revenus à même de le transformer en petit eldorado.

 

Pour saisir ce dont je parle de façon pratique, Riyad et Washington sont en train de finaliser un contrat d’armement à hauteur de trois cents milliards de dollars ! Pour les Saoudiens, un autre intérêt du rapprochement avec l’Etat hébreu et du fond sonore de "normalisation" des relations avec lui, consiste à gommer les éventuelles oppositions à ces méga-contrats, qui, dans un environnement hostile, mobiliseraient les nombreux amis d’Israël au Capitole.

 

Les Saoudiens multiplient ainsi les gestes diplomatiques démontrant leur bonne composition. Ils viennent, dans cette dynamique, de récupérer les deux îles situées à l’entrée de l’étranglement du détroit de Tiran, à l’ouverture du Golfe d’Eilat-Akaba, qu’ils avaient "prêtées" à l’Egypte car ils ne pensaient pas pouvoir les défendre. Comme ces deux petites îles commandent l’accès au grand port israélien sur la mer Rouge, et qu’Israël et l’Arabie Saoudite n’ont toujours pas de relations diplomatiques, à la demande de Jérusalem, le Roi Salman al Saoud s’est engagé par écrit à ne pas entraver la navigation des navires israéliens, tant civils que militaires.

 

La seconde intention de Donald Trump dans son entreprise visant à créer un bloc israélo-sunnite visible à la lumière du jour est de disposer d’un argument politique face aux Israéliens, suffisamment significatif pour les amener à considérer sérieusement la création d’un Etat palestinien en Cisjordanie. Cet autre nouveau grand projet du pensionnaire de la Maison Blanche présente pour lui deux attraits : le premier est de permettre au monde arabe de montrer à sa population, qu’en échange de la normalisation complète avec Israël, les gouvernants n’ont pas sacrifié la "cause palestinienne", très présente dans la conscience collective. Le second est tout simplement, pour Trump, d’entrer dans l’histoire en réalisant ce sur quoi tout le monde avait échoué, à savoir la réalisation d’un accord entre Israéliens et Palestiniens, aboutissant à un pacte global avec les Arabes, tout en garantissant la pérennité de l’Etat hébreu à long terme, élément sur lequel tous les dirigeants, israéliens, cette fois, avaient butté.

 

Pour aider à la manœuvre, Riyad ne présente plus à Israël, comme en 2002, une proposition d’accord "as is", c’est-à-dire à prendre ou à laisser sans négociation possible. Désormais, le "monde arabe", par la voix de son leader saoudien, accepterait de renoncer à la clause du retour des réfugiés palestiniens, à la restitution du Golan à la Syrie, et de considérer des modifications de la "frontière" de 1967, tenant compte des trois grands blocs d’implantations en Judée Samarie.

 

C’est précisément de cela dont Donald Trump va s’entretenir avec Binyamin Netanyahu la semaine prochaine à Jérusalem, ce dont le gouvernement israélien est parfaitement conscient et qui crée d’ores et déjà une atmosphère tendue et émaillée d’incidents avec Washington.

 

Mais avant de balayer d’un revers de manche la proposition américano-arabe, le Premier ministre hébreu devra considérer, outre le risque d’une crise ouverte avec la nouvelle administration, qui pourrait s’avérer bien pire que celle qui l’avait opposé à Barack Obama, le fait, qu’objectivement, Israël n’obtiendra probablement jamais de meilleures conditions en vue d’une paix globale.

 

Celle-ci, en plus des traités qui ne garantissent pas grand-chose, pourrait bénéficier d’un engagement non-réversible de l’Amérique au sujet de la sécurité d’Israël et d’aménagements militaires, comme la possibilité de maintenir Tsahal sur le Jourdain. Elle assurerait, de surplus, la neutralisation permanente de l’Iran et du danger qu’il représente. Si Netanyahu demandait, en contrepartie de son adhésion à la Pax Trumpana, l’annulation ou le gel du traité sur le nucléaire iranien, toute l’équipe d’analystes qui a réalisé cette synthèse est d’avis qu’il l’obtiendrait. Ce qui provoquerait du même coup l’euphorie à Riyad, au Caire et dans les émirats du Golfe.

 

Et si c’est la volonté des USA et de l’ensemble des grands Etats arabes, la direction palestinienne n’aura pas la possibilité de s’y opposer. Les émissaires de Trump, présents en continu dans la région depuis des mois, ont déjà multiplié les entretiens avec les décideurs de l’Autorité Palestinienne.

 

Les termes de l’offre faite à Mahmoud Abbas sont simples : un Etat contre une baisse substantielle de vos revendications. Il paraîtrait, selon Sami El Soudi, que le gouvernement palestinien serait enthousiaste. Ce, pendant qu’un dignitaire saoudien affirmait publiquement – la pression devant être intelligemment répartie -, que le royaume des Ibn Saoud ne pourrait pas soutenir ad aeternam des dirigeants palestiniens qui disent non à tout ce qu’on leur propose.

 

La constellation qui se dessine rappelle les indications données par El Soudi dans ses articles, selon lesquelles aucun débouché vers un règlement israélo-palestinien ne pourrait voir le jour tant que la direction de l’AP s’obstinerait à vouloir traiter d’égal à égal avec Jérusalem, comme s’il s’agissait de deux entités étatiques d’importance similaire. Dans la proposition que Trump amène dans ses bagages, ce sont les gouvernements sunnites, appuyés par la Maison Blanche, qui gèreraient ces pourparlers, avec beaucoup plus de souplesse que ne pouvait se le permettre la bande d’amateurs corrompus exerçant depuis la Moukata de Ramallah.

 

Nul doute qu’après avoir pris connaissance de cette analyse, les lecteurs de la Ména saisiront le sens de la proposition de "normalisation limitée", apparemment sans objet, qui a fuité dans les colonnes du Wall Street Journal.

 

Il se pourrait même que Trump ait réussi à convaincre les pays sunnites de procéder à ces gestes de bonne volonté sans s’attendre réellement à une contrepartie. Ce qui n’a pas d’importance, puisque lesdits gestes ont déjà été réalisés à 80% dans la réalité.

 

Reste à savoir quelle sera la réaction de Binyamin Netanyahu. S’il entend intégrer la vision de Trump, il lui faudra changer de coalition, quitte à former un gouvernement ne jouissant pas d’une majorité à la Knesset. Ce qui ne serait pas dramatique, vu qu’il est quasiment assuré du soutien hors gouvernement, pour une telle initiative, du centre et du centre-gauche. Et que le faux Raspoutine qu’est Avigdor Lieberman, en vrai pragmatique, possède une idée très correcte des rapports de force.


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Macron est-il un ami d’Israël ? (info # 011405/17) Version imprimable
Analyse
dimanche, 14 mai 2017

 

Par Guy Millière

 

On a tenté, ces derniers jours, de me persuader qu’Emmanuel Macron était un ami d’Israël. J’ai été difficile à convaincre. Je ne toujours pas dupe, même si je sais que les électeurs français vivant en Israël ont voté massivement pour lui. Je sais que voter Marine Le Pen était impensable, pour des raisons légitimes, pour des électeurs juifs ainsi que pour la majorité des Français, mais je sais aussi que la circonspection et la lucidité sont utiles, et que certaines illusions se paient cher. Il y a chez les socialistes français un ami d’Israël que je pense sincère, quand bien même j’ai pu constater qu’il était prêt à avaler des couleuvres par dizaines, Manuel Valls.

 

Mais Emmanuel Macron ? En regardant son entourage proche, je vois des gens tels que Richard Ferrand, qui a financé le mouvement Boycott Désinvestissement Sanctions, ou Christophe Castaner, qui soutint des gens qui avaient pris place à bord de navires des flottilles pro-Hamas. Je vois qu’ont gravité et que gravitent encore autour de lui des gens tels Dominique de Villepin et Hubert Védrine, que j’ai très rarement entendu tenir des propos enthousiastes ou mêmes équilibrés concernant Israël. J’entends donc rester circonspect et lucide.

 

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Saou : "Un type très bien"

 

Et je n’oublie pas qu’Emmanuel Macron a reçu le soutien massif de toutes les organisations musulmanes françaises, parmi lesquelles la plus importante d’entre elles, l’Union des Organisations Islamiques de France, devenue récemment Musulmans de France, et qui compte parmi ses principaux inspirateurs Youssouf al Qaradawi, que nul ne pourra me présenter comme un ami d’Israël et du peuple juif.

 

Je n’oublie pas qu’Emmanuel Macron n’a pas repoussé ce soutien. Que des dirigeants d’organisations juives françaises aient appelé à voter de la même façon que l’UOIF a suscité en moi, qui n’ai cessé d’être de tous les combats contre l’antisémitisme et pour Israël depuis de nombreuses années, un malaise certain.

 

Je n’oublie pas non plus ce qui figure dans le programme d’Emmanuel Macron, et qui est très favorable à l’islam en France. Les promesses n’engagent que ceux qui les croient, tout particulièrement en France, j’en suis conscient, mais le fait qu’elles soient énoncées me dérange, c’est plus fort que moi.

 

Il est terrible à mes yeux que le programme d’Emmanuel Macaron soit à quatre-vingt-dix pour cent fait de mots aussi vides que des bulles de savon, et que dans les dix pour cent restants s’immiscent, outre des propositions socialistes, des propositions islamophiles. Je sais que l’islam est la première religion de France et que le flatter attire des électeurs, mais je ne parviens pas à être certain qu’il n’existe pas d’antisémitisme musulman, et je ne parviens pas non plus à me convaincre qu’une proportion très élevée de musulmans portent un amour immodéré à Israël et au peuple juif. Je peux me tromper, bien sûr, mais j’ai la faiblesse de penser que ce n’est pas le cas.

 

J’ajouterai que, dès lors qu’Israël est un pays confronté autant que la France au danger terroriste islamique, et qui se mesure, dans sa périphérie, à plusieurs organisations terroristes islamiques, un homme qui semble ne pas percevoir le danger est un homme qui me préoccupe. Quelqu’un de très peu à même de comprendre les impératifs de la lutte contre le terrorisme islamique.

 

Or Emmanuel Macron, jusqu’à présent du moins, semble n’avoir pas perçu le danger. Il a même fait pire : je ne puis oublier qu’il a dit dans un passé proche que le danger terroriste islamique nait de la "défiance" que des sociétés comme la société française laissent s’installer ; ce qui signifie, en clair, qu’aux yeux d’Emmanuel Macron, la défiance vis-à-vis du risque terroriste islamique peut constituer une incitation au terrorisme islamique !

 

Il n’a pas dit, bien sûr, que la défiance qu’Israël peut concevoir vis-à-vis du terrorisme islamique constituait une incitation au terrorisme islamique en Israël, mais il est très difficile de voir pourquoi, dès lors qu’il raisonne de cette façon concernant la France, et semble en tirer des conclusions applicables à tous les pays occidentaux, ces conclusions ne pourraient pas s’appliquer à Israël.

 

J’ai publié récemment sur le site d’un institut qui m’accueille au titre de chercheur, le Gatestone Institute à New York, un article sur le péril potentiel représenté par les positions d’Emmanuel Macron. Je l’ai intitulé : "Elections françaises : Emmanuel Macron, un désastre". Je pensais, au moment où j’ai publié cet article, qu’Emmanuel Macron serait un désastre pour la France et serait potentiellement nocif à Israël et au peuple juif. Je continue à le penser.

 

Depuis, un autre auteur écrivant pour le Gatestone Institute s’est penché plus précisément sur la dimension musulmane du programme d’Emmanuel Macron, Yves Mamou, et l’article qu’il a publié vient compléter mon propre article. L’article s’appelle : "Emmanuel Macron, Président et idiot utile de l’islamisme". Je partage les conclusions tirées par Yves Mamou.

 

Dans un troisième article cité par Mamou et rédigé par Mohammed Louizi, Emmanuel Macron est accusé de liens bien plus nombreux que ceux que j’énonce ici avec des gens douteux. Un nom ressort particulièrement, celui d’un certain Mohamed Saou [le référent départemental d’En Marche ! dans le 95. Ndlr.], proche des milieux islamistes français, auteur de commentaires montrant sa joie après des assassinats de Juifs en France et en Israël, et à propos de qui Macron a dit : "il a fait un ou deux truc un peu plus radicaux, mais à côté de ça, c'est un type très bien".

 

J’ai un mal infini, moi, à me dire qu’Emmanuel Macron, vis-à-vis d’Israël, est un "type très bien".

 

Le fait que deux candidates initialement investies pour représenter le mouvement En marche ! à l’Assemblée nationale soient résolument “pro-palestiniennes”, voire pro-Hamas, Haouaria Hadj-Chick et Latifa Chay, ne fait rien pour me rassurer.

 

L’investiture initialement accordée à un antisémite notoire, qui traite Israël de "pays nazi", un certain Christian Gérin, n’est pas non plus de nature à me rassurer.


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Ca bouge aussi en Syrie (info # 010905/17) Version imprimable
Analyse
mardi, 09 mai 2017

 

Par Perwer Emmal

 

Souvent, lors des conflits, l’un des protagonistes affirme que son ennemi est fou ou dirigé par un fou. Le plus souvent, il s’agit d’un acte de propagande destiné à le décrédibiliser, mais dans le cas de la Turquie et de son Sultan Erdogan, cela ne fait pas l’ombre d’un doute.

 

Il y a environ trois semaines, alors que les FDS – Forces Démocratiques Syriennes – à large prédominance kurde, soutenues par l’Aviation et un millier de commandos américains, continuaient leur manœuvre visant à l’encerclement de Raqqa (la capitale de DAESH en Syrie - carte) par le Sud, on a failli assister à l’éclatement d’un conflit à grande échelle entre la Turquie et le territoire autonome kurde du Rojava.

 

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Service cartographique © Metula News Agency

 

En effet, et sans la moindre provocation de la part des FDS, Erdogan a fait donner son artillerie lourde contre onze positions limitrophes du Rojava, tuant seize personnes et en blessant vingt-six. Les YPG kurdes, les Forces de Protection du Peuple, ont riposté, principalement au mortier, et la situation était en voie d’aboutir à un embrasement total.

 

Presque dans le même temps, le 25 avril, l’Aviation turque avait déjà procédé à une incursion en Irak, tuant six Peshmergas (le nom des combattants kurdes) et en blessant neuf autres. Au début, Ankara affirma que le raid avait été réalisé par erreur, puis, dans sa seconde version, elle précisa qu’il avait eu lieu pour prévenir des incursions en Turquie de groupes de combattants affiliés au PKK, le Parti des Travailleurs du Kurdistan.

 

A Derik, dans le Rojava syrien, les appareils d’Erdogan tuèrent le même jour 18 membres des YPG.

 

La situation se détériorait rapidement ; on se trouvait devant une circonstance étrange, où les Kurdes bataillaient au Sud pour prendre la ville de Tabkah (carte) à DAESH, pendant qu’au Nord et en Irak, les mêmes forces étaient soumises aux attaques ottomanes.

 

Les responsables kurdes intervinrent auprès de leurs alliés américains pour leur faire savoir que si Washington n’empêchait pas Erdogan de déclencher une guerre au Nord, ils devraient retirer l’essentiel de leurs forces de la bataille de Raqqa pour défendre le Rojava face au Turcs.

 

Cette fois-ci, les Etats-Unis réagirent prestement et efficacement, ce qui n’était pas le cas du temps de l’Administration Obama. Le commandement U.S envoya des véhicules blindés, surmontés de grands drapeaux du Stars & Stripes, encadrer physiquement les FDS qui patrouillent le long de la frontière turque. Ces patrouilles mixtes continuent actuellement leur travail, qui, accompagné d’un avertissement cinglant à Erdogan, a instantanément fait cesser les bombardements sur le Rojava.

 

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Les boys patrouillent à la frontière turque

 

La réaction d’Ankara consista à répéter l’antienne selon laquelle il fallait retirer les forces kurdes (et américaines ?) du front, ce qui permettrait à l’Armée turque de réduire en poussière – anéantir – broyer, cela change suivant les communiqués, Raqqa en quelques heures.

 

Hier, devant le manque d’empressement de Donald Trump à répondre à cette proposition, Ankara a menacé de reprendre les bombardements sur le Rojava, nonobstant la présence des soldats yankees, et même si certains d’entre eux devaient perdre la vie lors de ces attaques. Nul doute que ce genre d’attitude sera passé en revue lors de la visite du sultan à la Maison Blanche, prévue les 16 et 17 mai prochains, juste avant l’ouverture du sommet de l’OTAN à Bruxelles.

 

M. Trump ne manquera pas non plus d’interroger son interlocuteur au sujet de l’accord passé à Astana, la capitale du Kazakhstan, entre la Turquie, la Russie et l’Iran, mais sans consultation avec Washington et ses alliés occidentaux et arabes.

 

Cet accord appelle à la cessation des hostilités dans quatre zones de Syrie (voir carte), touchant les provinces de Damas, Idlib, Lattaquié, Alep, Homs, Hama, Deraa et Kouneitra, les deux dernières étant situées dans la partie syrienne du Golan, jouxtant la frontière israélienne.

 

Ces zones sont appelées "zones de désescalade (militaire)". Les affrontements entre l’Armée régulière et les groupes rebelles devraient y cesser. L’accord couvre une durée de six mois, renouvelable en cas de progrès. Moscou a précisé qu’il ne concerne ni DAESH ni al Nosra, une émanation d’al Qaëda, rebaptisée en 2016 Front Fatah al-Cham ou Jabhat Fatah al-Sham [Sham/Cham arab. = Syrie].

 

Cela peut avoir une incidence intéressante, vu que les supplétifs de l’Armée turque dans l’enclave qu’elle occupe en Syrie sont, à 90 pour cent, des mercenaires stipendiés par Ankara, issus d’al Nosra et de ses déclinaisons.

 

Le gouvernement de Bashar al Assad, qui n’est pas partie prenante à cette entente, et qui affirme qu’il va continuer à faire la guerre aux rebelles, se voit interdire d’utiliser son aviation pour le survol et l’attaque dans les zones de désescalade. Seule l’Aviation russe pourra y patrouiller mais sans ouvrir le feu.

 

L’accord prévoit également des aménagements humanitaires, la création de couloirs sécurisés, et la possibilité pour des forces et des civils encerclés de rejoindre des secteurs du pays où ils se sentent en sécurité. Une opération de ce type a déjà été réalisée dans l’est de Damas avec succès, des rebelles ayant pu quitter leurs quartiers encerclés.

 

Des voix officieuses russes ont prévenu que les avions de l’Oncle Sam n’auront pas le droit de survoler les quatre sanctuaires, ce qui n’a suscité aucun commentaire officiel à Washington. Les Arabes, les Américains et les Israéliens sont surtout très préoccupés par la présence de Téhéran parmi les signataires-garants de la bonne exécution du traité.

 

A Jérusalem, comme nous l’a confirmé notre camarade Jean Tsadik au téléphone, on ne se sent en aucune manière lié par ce qui a été signé à Astana. Officieusement, on a fait savoir qu’on ne réagira que si le territoire israélien est menacé ou attaqué et on survolera la Zone 4 si l’on pense que c’est nécessaire, sans se préoccuper de ce qui a été décidé par les trois pays signataires. Jean Tsadik ajoute que l’accord d’Astana ne devrait pas remettre en cause l’entente décidée avec les Russes, selon laquelle les Mig et les Soukhoï de Poutine patrouillent dans le Nord jusqu’à Damas, et les F-15 et les F-16 frappés de l’étoile de David, du Sud, jusqu’au sud de Damas.

 

Ceci dit, en cas de velléité de livraison par al Assad et les Iraniens d’armes au Hezbollah ou de tentative de renforcer la présence des Pasdaran et du Hezbollah sur le Golan, Jérusalem réagirait là où elle le jugerait nécessaire, comme elle l’a fait pas le passé, sans doute en avisant les Russes des mouvements de son aviation au tout dernier moment.

 

J’ai demandé à Jean Tsadik quelle influence l’accord d’Astana pourrait avoir sur le projet du Front du Sud de s’emparer du Golan syrien, presque en conformité avec la délimitation de la Zone 4, avec le soutien des Arabes, d’Israël et des Occidentaux. Mon éminent camarade m’a renvoyé à son analyse "Le Golan bouge", publiée par la Ména le 29 avril dernier, dans laquelle il expliquait que, outre l’éventuelle opposition des Russes, l’obstacle principal à l’offensive prévue consistait en l’activité de l’Armée de l’air d’Assad. Il m’a fait remarquer que l’accord d’Astana lui interdisait d’intervenir dans la Zone 4, à l’exception d’un minuscule corridor le long de l’autoroute M5 et dans la région de concentration des forces du Front du Sud, le long de la frontière jordanienne. Ladite région, ainsi que la ville de Deera, même si elles ne sont pas incluses dans la Zone 4, restant hors d’atteinte des pilotes alaouites, puisque pour s’y rendre, ils devraient survoler la Jordanie ou Israël, ce que personne de sensé ne leur conseille de faire.

 

Selon Jean Tsadik, les combats au sol pourraient, selon les zones, diminuer en intensité, sauf dans la Zone 4, où c’est le contraire qui pourrait se passer. Mon camarade s’étonne même de la délimitation de ladite zone, qui indiquerait éventuellement que Poutine ne s’oppose pas à l’avancée des rebelles dans ce secteur, possiblement pour amener, à un stade ultérieur des pourparlers, le régime d’Assad à faire des concessions politiques. Sans pouvoir avancer de preuves à cette hypothèse, Tsadik a l’ "impression" que la délimitation "très particulière de la Zone 4 a été discutée entre les Russes et les Israéliens".

 

Au Nord, dans le Rojava, il n’a pas été prévu de zones de désescalade. C’est le signe évident que Vladimir Poutine a décidé d’y conserver un contrôle sans partage, en n’y associant pas la Turquie et l’Iran. C’est un mécanisme différent que le Tsarévitch y a installé.

 

D’abord, dans toute la partie de territoire s’étendant du canton d’Afrin à l’Euphrate, qui se trouve sous l’influence de son aviation, il continue d’interdire le survol de l’aviation d’Erdogan. Ensuite, il a installé un mécanisme qui, pour le moment du moins, donne satisfaction à la fois aux Turcs et aux Kurdes.

 

Poutine y a fait déployer [étoiles 1 & 2 au nord d’Alep sur la carte] des unités de la brigade des Martyrs de Kafr Saghir entre les lignes des FDS et celles de l’Armée turque et de ses supplétifs islamistes. Les Martyrs de Kafr Saghir sont une force kurde, officiellement intégrée dans l’Armée de Bashar al Assad, qui ont participé à ses côtés, mais surtout aux côtés des Russes, à la bataille pour la libération d’Alep, durant laquelle ils se sont illustrés.

 

Quelques 200 combattants de cette brigade sont déployés dans le Rojava, d’une part pour protéger les FDS d’éventuelles attaques turques – s’en prendre à eux équivaudrait à s’en prendre à l’Armée régulière, et, partant, aux Russes. Et, d’autre part, en guise de garantie de Poutine à Erdogan que les FDS n’essaieront pas de créer la jonction entre les deux parties du Rojava. Les unités alaouites, iraniennes et celles du Hezbollah, les ennemis des Kurdes, ne participent pas à cette "force d’interposition" et sont confinées au sud de la route Alep-Manbij.

 

On a dit des Martyrs de Kafr Saghir qu’ils étaient à la fois des amis et des ennemis d’al Assad, et qu’ils obéissent en réalité au commandement des YPG. De plus, le 19 février dernier, leur leader, Rezan Hedo, avait fait savoir que sa brigade cessait ses activités à cause de l’absence d’entente entre le gouvernement syrien et les FDS. Ce n’est pas exact, puisque je les ai vus de mes yeux, sur le terrain, pas plus tard que samedi dernier.

 

En fait, la Pax Poutina ne dérange pas plus que cela les Kurdes, occupés actuellement à la prise de Tabkah, dont ils contrôlent désormais les huit dixièmes. Ils ont ralenti leur progression car les miliciens de DAESH utilisent la population comme boucliers humains. De nombreuses rumeurs, cette semaine, font état d’un accord secret au terme duquel les islamistes de DAESH seraient autorisés à quitter Tabkah sans encombre pour se replier sur Raqqa s’ils ne touchaient pas aux civils. Le commandement des FDS sur place, que j’ai interrogé, a toutefois démenti cette rumeur.

 

En tout état de cause, une éventuelle reprise des efforts militaires en vue de réunifier le Rojava n’est envisageable qu’après la prise de Raqqa et, peut-être, de Deïr Ez-Zor. Car près de 30 000 FDS sont engagés dans cette bataille, 10 000 protègent la frontière turque et les villes du Rojava, et 8 000, environ, sont mobilisés dans les saillants de Manbij et d’Afrin.

 

A ce propos, les Kurdes ont émis, ces deux derniers jours, l’esquisse d’une proposition sortant de l’ordinaire : ils pourraient offrir à Assad d’échanger la libération de Deïr Ez-Zor contre un couloir d’une centaine de kilomètres de long, menant du canton d’Afrin à la Méditerranée.

 

A Deïr Ez-Zor, la 104ème brigade d’élite aéroportée des Gardes Républicains d’Assad, commandée par le Brigadier-Général Issam Zahreddine, ainsi qu’environ 100 000 civils pro-régime, sont encerclés de toutes parts par DAESH, sans possibilité d’être secourus par l’Armée régulière qui se trouve à plus de 190km de là. Seules les FDS, qui progressent sur l’Euphrate et qui ne sont plus qu’à 50km de la ville assiégée pourraient leur venir en aide.

 

Or Deïr Ez-Zor est très majoritairement peuplée d’Arabes, avec une minorité arménienne et un petit nombre de Kurdes uniquement. Elle ne fait pas partie historiquement du Rojava et son contrôle n’intéresse que modérément le leadership kurde.

 

Sa libération pourrait ainsi faire l’objet d’une négociation, qui, même si elle déplairait profondément à Assad parce qu’elle consacrerait la partition de la Syrie, pèserait d’un poids majeur sur son jugement. Pour les Kurdes, l’obtention d’un débouché sur la mer, dans l’optique d’un Etat indépendant comprenant les Kurdes de Syrie, d’Irak, de Turquie et d’Iran, qui constitue leur objectif ultime et permanent, permettrait d’écouler librement leurs marchandises, en particulier leur brut, sans être tributaires du bon vouloir de leurs voisins.

 

On reparlera sans doute de cette tractation dans les semaines ou les mois à venir. Mais ce qui est intéressant, du point de vue kurde, est que nous sommes désormais les meilleurs alliés, les seuls fiables, des Russes, des Américains et des Européens dans la lutte contre DAESH. Notre concours irremplaçable et notre culture pro-occidentale nous permettent de voir l’avenir plutôt positivement.

 

J’ai visité le camp d’entraînement que les Russes ont installé pour nous à Afrin ; il est non seulement imposant et dispense un enseignement particulièrement adapté à nos besoins, mais, de plus, sa seule existence agit comme un instrument de dissuasion remarquable contre les menaces d’Assad et des Turcs.

 

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Emmanuel Macron : François Hollande, en pire (info # 020705/17) Version imprimable
Analyse
dimanche, 07 mai 2017

 

Estimation du président de l’institut Opinion Way : 26% d’abstention. Selon le ministère de l’Intérieur à 19h : 13% de votes blancs ou nuls.

 

Emmanuel Macron : François Hollande, en pire 

Par Guy Millière

 

Ceux qui liront cette chronique en France ne sauront pas encore nécessairement le nom du prochain président français, sauf s’ils me lisent le soir ou s’ils ont reçu les estimations de la Ména à 18h.

 

Je peux d’ores et déjà leur épargner tout stress et leur faire une confidence : le prochain président français s’appellera Emmanuel Macron.

 

Je peux leur dire aussi que quasiment tous les journalistes sur toutes les chaines de télévision et dans toutes les stations de radio, ainsi que dans toutes les rédactions seront très heureux. Les socialistes français seront très heureux aussi, sauf peut-être Benoit Hamon et Jean-Christophe Cambadélis. Encore que je ne doute pas qu’ils sauront se mettre “en marche” et rejoindre le futur nouveau parti socialiste qui, pour l’heure, porte ce nom.

 

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Ding et dong !

 

Les gens qui ont occupé des fonctions au sein de la droite modérée depuis trente ou quarante ans et qui ne se sont pas encore mis “en marche” commenceront vraisemblablement à courir pour rattraper le temps perdu. Ceux d’entre eux qui ont encore quelques convictions se demanderont comment sauver le mouvement Les Républicains et n’y parviendront que difficilement.

 

Une recomposition du paysage politique français viendra un peu plus nettement prendre forme, qui laissera sur ses marges une gauche populiste marxiste autour de Jean-Luc Mélenchon et une droite populiste autour de Marine Le Pen.

 

Ce qui manquera plus que jamais dans ce paysage sera une formation politique libérale économiquement et conservatrice en termes de valeurs. Ce qui manquera plus que jamais aussi sera un discours ferme et net, à même de faire face à l’islam radical et au danger terroriste islamique. Un discours qui soit susceptible de redonner au pays le dynamisme économique dont il aurait besoin.

 

Marine Le Pen restera sans doute la seule à dénoncer islam radical et terrorisme islamique ; cela permettra aux autres de continuer à ne pas parler d’islam radical et de terrorisme islamique.

 

Ce qui manquera plus que jamais sera une dénonciation de l’antisémitisme qui tue des Juifs en France, et qu’il restera interdit de nommer de son nom : l’antisémitisme islamique.

 

Ce qui manquera plus que jamais aussi sera un combat contre cet antisémitisme-là : les organisations de lutte contre l’antisémitisme restent, en France, bloquées dans leur logiciel et continuent à viser à côté de la cible, en s’attaquant à un antisémitisme d’extrême droite qui n’est pourtant désormais qu’un fantôme sénile et agonisant, que la gauche se plait à agiter pour qu’on oublie qu’elle est profondément complice de l’antisémitisme islamique.

 

Macron parlera de “rassemblement”, oubliant un peu vite qu’en traitant avec mépris, voire avec haine les électeurs de Marine Le Pen, il aura exacerbé leurs colères et leurs frustrations, qui ont des bases bien réelles et qui n’ont rien à voir avec une quelconque nostalgie pour le temps de Pétain. Mais tout à voir avec le changement de population qui s’opère, avec la misère qui monte telle une lèpre, avec le chômage endémique, avec le sentiment de tant de pauvres gens de ne plus avoir, faute d’autre chose, la possibilité de se sentir encore chez eux dans leur propre pays.

 

Macron offrira des postes de professeurs supplémentaires, des mesures contre le “changement climatique” et une multitude d’autres choses qui plaisent beaucoup aux bobos vivant confortablement, mais qui exaspèrent ceux qui se demandent s’ils auront encore un emploi demain et si leurs enfants auront un avenir après-demain.

 

Les Juifs français se diront qu’ils ont évité l’abominable en soutenant Macron et en se mobilisant contre Marine Le Pen, qui n’a jamais eu la moindre chance de gagner, découvriront lors des prochains attentats islamiques, lors du prochain assassinat de Juifs par un individu vociférant Allahou Akbar, que, sous Emmanuel Macron, le danger terroriste restera entier, et le danger pour les Juifs continuera à s’accroitre.

 

Ceux parmi eux qui regarderont encore la télévision française verront que les incitations à la détestation d’Israël, qui ne sont pas étrangères à l’animosité à l’encontre des Juifs en France, continueront sur leur lancée actuelle. L’essentiel de la gauche est anti-israélienne, car elle prend fait et cause depuis longtemps pour les “Palestiniens”. L’extrême gauche est résolument favorable aux Palestiniens, depuis plus longtemps encore.

 

Le jour du soixante-neuvième anniversaire d’Israël, les pays musulmans membres de l’UNESCO ont présenté une résolution infâme contre Israël, niant totalement l’histoire de la présence juive à Jérusalem depuis des millénaires.

 

Or si des pays d’Europe membres de l’UNESCO ont eu la dignité de voter non à cette résolution, la France, elle, s’est abstenue ; ce qui signifie qu’une fois de plus, le gouvernement français s’est conduit de manière insultante et n’a pas pris position face à une agression contre Israël et face à une falsification de l’histoire.

 

Sous Emmanuel Macron, je peux l’affirmer avec autant de certitude que lorsque j’écrivais en commençant qu’Emmanuel Macron sera le prochain occupant de l’Elysée, le gouvernement français continuera à se conduire de manière insultante et à ne pas prendre position face aux agressions contre Israël et face aux falsifications de l’histoire.

 

Je suis prêt à prendre date pour en reparler et à dire ici : Emmanuel Macron, ce sera François Hollande en pire.

 

Reste, bien sûr, la possibilité que, comme l’envisageait hier ici même Ilan Tsadik, les documents récemment publiés sur Macron ne soient pas tous des faux, et que le Macronleaks coule Macron dès le 7 mai ou dans les jours qui suivront...

 

 
Les estimations à la sortie des urnes, en exclusivité de la Ména : Version imprimable
Breaking News !
dimanche, 07 mai 2017

 

A 18h, heure française.

 

Estimations de l’un des plus grands instituts de sondages sur la base d’une interrogation à la sortie des urnes : Macron 63% Le Pen 37%.

 

Tous les grands instituts de sondages donnent Macron entre 63 et 65%.

 

Résultats des bureaux tests du ministère de l’Intérieur : Macron 61% Le Pen 39% avec 10% de résultats blancs ou nuls.

 

 

 
Macronleak : un gros pavé dans la mare (info # 010605/17) Version imprimable
Analyse
samedi, 06 mai 2017

 

Par Ilan Tsadik

 

Quelques minutes avant minuit, heure française, vendredi, c’est-à-dire juste avant la clôture de la campagne présidentielle, associée à l’impossibilité, pour les media tricolores, de commenter les informations liées à l’élection, des dizaines de milliers de documents [totalisant quinze gigaoctets de fichiers !], des emails, des photos et des pièces jointes concernant Emmanuel Macron et le parti En Marche ! ont fait leur apparition sur les réseaux sociaux.

 

L’équipe de campagne du candidat à la présidence a confirmé les faits, "relatant une action de piratage massive et coordonnée" conduisant à la révélation, sur les réseaux sociaux, "d’informations internes comme des courriels ou des documents comptables".

 

Parmi tous les documents auxquels il est possible d’accéder grâce à un lien apparaissant sur le compte Twitter de Wikileaks, certains ont immédiatement retenu l’attention des spécialistes. Il s’agit notamment d’un "operating agreement", un terme qui désigne en anglais un contrat passé entre deux sociétés à responsabilité limitée, qui n’a pas d’équivalent en français.

 

Le lien de Wikileaks conduit au site Pastebin, un bloc-notes public en ligne permettant de publier des documents de manière relativement anonyme.

 

L’"operating agreement", daté du 4 mai 2012, qui porte le nom et la signature d’Emmanuel Macron, s’il est authentique, aurait eu pour objet la formation de la société à responsabilité limitée "La Providence  LLC", enregistrée, en conformité avec les lois ad hoc, dans l’Etat de Saint Kitts & Nevis dans les Caraïbes.

 

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La signature de Macron sur l"operating agreement" selon Pastebin

 

La Providence est également le nom du lycée jésuite qui avait accueilli M. Macron à Amiens dès 1993 et dans lequel il a fait la connaissance de sa femme Brigitte, qui y enseignait le français et le latin.

 

Un autre document trouvé sur Pastebin est un fax concernant une transaction entre La Providence Ltd. – qui disposerait donc d’au moins un compte bancaire - et la First Caribbean International Bank. Le no. de fax indiqué sur le document est bien celui de la banque en question, et la personne à laquelle il est adressé, Brian Hydes, a bien été employé par cet établissement.

 

La First Caribbean International Bank a souvent été mentionnée par des media de premier plan comme étant impliquée dans des affaires d’évasion fiscale. Reuters la cite pour avoir été mêlée, en 2015, à un cas de fraude lié aux scandales ayant affecté la FIFA, la Fédération Internationale de Football Association.

 

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Le fax qu’aurait adressé la banque caribéenne à La Providence, le 11 février 2015

Un mois après le rachat d’une partie d’Alstom par General Electric

 

Le 16 mars dernier, M. Macron avait nié, dans sa Déclaration de Situation Patrimoniale en tant que Candidat à l’Election Présidentielle adressée à l’HATVP, la Haute Autorité Pour la Transparence de la Vie Publique, qu’il détenait des comptes bancaires à l’étranger. Il va de soi que si les documents présentés sont véridiques, le candidat a commis un parjure, et qu’il doit être soupçonné d’évasion fiscale.

 

Emmanuel Macon a quitté son poste à la Banque Rothschild & Cie onze jours après la date de signature alléguée de l’"operating agreement", soit le 15 mai 2012, pour travailler avec le Président Hollande, qui venait de battre Nicolas Sarkozy au second tour des élections.

 

A la Banque Rothschild & Cie, il aurait touché, selon ses collègues, un coquet bonus pour son rôle de conseiller dans une transaction entre les géants industriels Pfizer et Nestlé. Un bonus qui lui aurait été remis alors qu’il avait déjà intégré sa fonction de Secrétaire général adjoint du cabinet du président de la République française. La question qu’on peut se poser – si les documents sont authentiques - consiste à savoir si l’argent n’a pas fini à la First Caribbean International Bank de Nevis.

 

Le 26 août 2014, Emmanuel Macron se voit attribuer le poste de ministre de l'Economie, de l'Industrie et du Numérique dans le gouvernement de Manuel Valls. A ce poste, il refuse la position prônée par son prédécesseur Arnaud Montebourg, qui s’opposait au rachat de la branche Energie d’Alstom par la firme américaine General Electric. Le 4 novembre 2014, Macron autorise l’opération, pour un montant de 12 milliards d’euros.

 

Le rachat de la branche Energie d'Alstom par GE rapporte à vingt-et-un dirigeants d’Alstom - dont le mari de Valérie Pécresse – une prime spéciale à hauteur de 30 millions d’euros.

 

Le 22 décembre de la même année, Alstom accepte, après négociations, de verser la somme de 772 millions de dollars au Département de la Justice des Etats-Unis. Il s’agit d’une amende pour des faits de corruption en Indonésie. Alstom avait plaidé coupable, après avoir déjà été condamnée pour des faits du même ressort en 2012 par la Banque Mondiale.

 

Le comportement d’Alstom a suscité plusieurs enquêtes pour des soupçons de corruption et de concurrence déloyale, respectivement aux USA et auprès de la Commission Européenne. Un avocat américain a même été imposé à titre d’observateur "monitor" au sein d’Alstom, afin de s’assurer que la société opérerait dorénavant selon les règles en vigueur aux Etats-Unis en matière de corruption.

 

En janvier 2016, General Electric a annoncé la suppression de 6 500 emplois en Europe, dont 765 en France, dans les activités Energie d'Alstom.

 

Il conviendrait de vérifier que des sommes d’argent n’ont été versées à La Providence par Alstom et/ou la General Electric, directement ou par l’intermédiaire de proxys à cette période. Si c’était le cas, il n’y aurait pas d’autre option que de poursuivre Emmanuel Macron, le prochain président pressenti de la République française, en plus des charges de corruption, pour des soupçons d’évasion fiscale.

 

On est en présence d’une affaire majeure, ne serait-ce que par le nombre des documents révélés. La plupart des observateurs pointent la Russie du doigt, car le mode opératoire de ce hacking ressemble à celui qui avait frappé le parti Démocrate américain et qui avait sans doute joué un rôle dans la défaite d’Hillary Clinton face à Donald Trump. Autre indice : l’essentiel des media russes, très influencés par la présidence de Vladimir Poutine, se déchaîne contre Macron. Troisième indication : le travail de piratage, à une pareille échelle, a dû coûter très cher et nécessiter de gros moyens humains, tant quantitatifs que qualitatifs, et il est douteux qu’une organisation non-étatique quelle qu’elle fut puisse l’avoir réalisé, ou même avoir eu un quelconque intérêt à le faire.

 

Mais deux questions se posent à présent et non pas une seule, comme tentent de l’accréditer les amis et soutiens du favori de dimanche. La première tient bien sûr aux motifs du cyber-agresseur et à son identité, ainsi qu’à la nécessité d’empêcher des éléments extérieurs de fausser les termes d’un processus démocratique.

 

La seconde est plus délicate mais elle doit aussi et impérativement être posée : les révélations publiées sur le site Pastebin sont-elles authentiques ? Pour la simple raison que, si tel est le cas, par exemple pour les documents que nous avons eu le temps d’étudier, la France risque d’élire demain un candidat ayant commis des actes condamnables par la justice pénale.

 

On remarquera à ce propos que, dans le cas d’Hillary Clinton, personne n’a jamais mis en cause l’authenticité des documents révélés. Dans ces conditions, malgré l’immixtion déplorable de pirates dans la campagne électorale, on peut également affirmer qu’ils ont contribué à mettre en lumière des agissements néfastes voire répréhensibles de Madame Clinton.

 

Dans le cas qui nous intéresse, on mentionnera tout de même qu’un acte avéré de corruption d’une personne dépositaire de l’autorité publique est puni, en France, selon l’article 432/11 du code pénal, d’une peine d’emprisonnement de dix ans et d’une amende s’élevant à un million d’euros, en plus du double du produit tiré de l’infraction. On ne traite pas d’un délit mineur, on s’en rend bien compte.

 

A ce qui précède, il convient d’ajouter une information fondamentale pour la suite : toute infraction informatique laisse des traces, et le fait de publier les documents sur Pastebin ne garantit pas l’anonymat. Obtenir des résultats probants à l’issue d’une enquête ne dépend que des moyens qu’on est prêt à investir pour trouver les coupables. Le plus intéressant est sans doute que les hackers sont parfaitement au courant de ce qu’ils ne disposent d’aucune immunité pour couvrir leur acte, et que cela a été pris en compte lors de la décision de publier la moisson du hacking de Macron et de son parti.

 

Si c’est "encore un coup des Russes", ils savent pertinemment qu’ils vont être découverts, à tout le moins, les individus qu’ils ont mandatés pour effectuer le job. Mais ce n’est pas ce qui pourrait déstabiliser Poutine, qui n’a pas de comptes à rendre à la Commission Nationale de Contrôle de la Campagne Electorale en vue de l’Election Présidentielle (CNCCEP). On n’effraie pas aussi facilement l’homme qui a rasé Alep de la surface de la Terre sans jamais être inquiété par la "communauté internationale" et encore moins par la France.

 

Cette constatation comporte une nuance majeure que nous avons déjà évoquée, et qui va conditionner le fait de savoir si nous sommes en présence d’une grosse affaire ou d’une énorme affaire. Retour donc à la question fondamentale : Macron est-il coupable ou victime ? Si Macron est coupable, peu importe à Poutine qu’il ait semé le trouble dans le fonctionnement démocratique d’un pays européen ; c’est un peu une constance de sa politique, un comportement "normal" de son point de vue, qui consiste principalement en un rapport de force simple : affaiblir les autres et renforcer la Russie.  

 

Si Macron est corrompu, Poutine tient en main des atouts majeurs ; il sera celui qui a démasqué le "criminel" qui allait se hisser à la direction de la France. S’il ne l’est pas, on reprochera au Tsarévitch son comportement brutal et on se méfiera encore plus de lui, si c’est encore possible. Or ce questionnement répond presque à l’interrogation.

 

Si Macron est corrompu,  il faut assumer que Poutine détient les preuves du délit et des originaux de documents publiés. Si c’est le cas, c’est que Poutine entend vraiment empêcher le candidat d’En Marche ! de devenir président. Dans cette hypothèse, il a sans doute convaincu, documentation à l’appui, Maître Collard de la culpabilité de l’adversaire de Marine Le Pen. Il y aurait de quoi priver Emmanuel Macron de sommeil durant cette nuit : vous imaginez, dimanche, à 20h et une minute, à la place de voir MLP reconnaître sa défaite et remercier ses électeurs, Gilbert Collard, sur Fr2, présentant les extraits de comptes de La Providence à la caméra, en s’exclamant "Français, Françaises, vous venez d’élire un escroc !" ?

 

Et à la place de Macron, quelle est la meilleure posture à adopter ? S’il était coupable, la meilleure conduite consisterait à renoncer à la fonction présidentielle avant de se la voir décerner. Par une annonce dramatique. Parce qu’à 20h 01, quoi qu’il en soit, la presse va faire pleuvoir des hallebardes de questions sur le candidat à propos des fuites. Cela risque de prendre plus de place que sa victoire attendue aux élections !

 

S’il n’a rien à se reprocher, il devrait renoncer à l’immunité présidentielle, le temps de démontrer son innocence. Ce serait un acte convaincant pour les Français, et sans danger pour lui dans cette configuration.

 

Mais si les documents concernant La Providence et Saint Kitts & Nevis sont authentiques, qu’il ne compte pas sur l’immunité pour se sortir d’affaire. Car la menace du tribunal est nettement moindre que celle de la rue et des journalistes. S’il a fauté, il n’a aucune chance de s’en sortir, il pourrait s’embourber "à la Fillon", mais à la puissance dix. Les faits reprochés à Fillon sont des peccadilles en comparaison d’accusations de corruption et d’évasion fiscale.

 

Un collègue énarque qui connaît bien le caractère d’Emmanuel Macron nous a toutefois mis en garde : ce type est narcissique, il a l’impression que sa personne a rendez-vous avec la France, et que rien, quoi qu’il advienne, ne saurait empêcher son destin de se réaliser. Même s’il est coupable, il se battra jusqu’au bout, même si l’espoir de s’en sortir disparaît.

 

François Hollande, à sa sortie de l’Institut du monde arabe (Ima) à Paris a déclaré à l’AFP : "On savait qu’il y aurait ces risques-là durant la campagne présidentielle, puisque ça s’était produit ailleurs. Rien ne sera laissé sans réponse". On ne sait trop ce qu’il faut comprendre de ce commentaire. Répondre à qui ? Comment ? Il aurait mieux valu qu’il parle de l’ouverture immédiate d’une enquête approfondie, cela aurait été plus adapté aux circonstances.

 

Quant à la première réaction du CNCCEP, samedi matin, elle a consisté à avertir que "certains documents fuités sont probablement faux". C’est encourageant, cela signifie qu’il y en a qui ne le sont pas.

 

Demain sera un jour tendu. Bien davantage qu’il aurait dû l’être, compte tenu de l’écart entre les candidats prévu par les sondages. La chienlit menace. L’improvisation devant une situation jamais rencontrée. Le nom du président ne sera pas forcément connu demain.

 

 
Claude Moniquet et Stéphane Juffa en live a propos des élections françaises (010505/17) Version imprimable
Radio/audio - interview/reportage
vendredi, 05 mai 2017

 

© Metula News Agency

 

L’analyse de Stéphane Juffa et de Claude Moniquet au micro de Jim Mosko, sur Radio Judaïca https://www.youtube.com/watch?v=9aJgU22cFDQ (Youtube), dans l’émission Bruxelles-Métula.

 

Les analystes stratégiques Claude Moniquet et Stéphane Juffa donnent leur opinion sur les candidats aux élections de dimanche. Moniquet, qui possède la nationalité française, appelle à voter Macron pour faire barrage au Front National. Juffa, qui ne l’a pas, se refuse à donner des consignes de vote, car il considère que ce n’est pas le rôle d’un journaliste ; il note que les deux candidats sont médiocres, et surtout dangereux pour l’avenir des relations en Israël et la France.

 

 

 

 
Macron vainqueur aux points mais sans gloire (info # 010405/17) Version imprimable
Analyse
jeudi, 04 mai 2017

 

Par Stéphane Juffa

 

Les deux ont été égaux à eux-mêmes, c'est-à-dire médiocres. Le débat s’est déroulé exactement comme je l'avais prévu en avant-première sur Facebook, mais ce fut sans grand mérite, tant les candidats étaient prisonniers de leurs déclarations précédentes ainsi que de leurs programmes respectifs.

 

Avec une Marine Le Pen inexistante sur l'économie, et on ne peut pas briguer la présidence d’un Etat tel la France avec de telles lacunes dans ce domaine, et Macron, dans les cordes sur la sécurité, les alliances et l'islamisme, Macron reste plus apte à diriger la France, mais il fera un très mauvais président.

 

La discussion a débuté par les sujets économiques et l’Europe. La candidate du Front National s’est perdue lorsqu’elle s’est montrée incapable de citer les revenus additionnels qu’elle générerait afin de financer les cent-cinquante milliards de dépenses supplémentaires que réclame son projet. Même en lisant ses notes, elle ne parvint qu’à justifier quinze ou vingt milliards, et encore, sur la base d’économies fictives.

 

Elle sombra corps et biens quand, expliquant qu’elle allait faire baisser le prix des médicaments en faisant pression sur les laboratoires médicaux, son adversaire lui expliqua que quatre-vingt pour cent des médicaments vendus dans l’Hexagone étaient importés d’autres pays, et qu’elle voulait précisément les soumettre à une taxe à l’importation.

 

Tous les spectateurs dotés d’un minimum de connaissances en économie, ou même en mathématiques, comprirent alors trois choses : premièrement, qu’en appliquant son programme, les médicaments couteraient plus cher et non le contraire, secondement, qu’elle ne maîtrisait pas ses dossiers, et troisièmement, que ses propositions n’avaient pas été vérifiées.

 

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Aux poings

 

C’était déjà fini en ce qui concerne les élections de dimanche. Marine Le Pen s’enferra encore un peu plus dans sa démonstration improbable du passage à l’euro, dont Macron n’eut aucune peine à dénoncer l’inanité. Et les tentatives de la championne frontiste de pallier ses absurdités par des attaques ad hominem ne firent que mettre ses faiblesses en exergue.

 

Elle était bonne quand elle accusait son détracteur d’être l’enfant caché de François Hollande et du parti socialiste, sauf qu’elle abusa ad nauseam de cet argument, et elle était mélenchonienne quand elle lui reprochait d’être le candidat du grand capital.

 

Son contempteur sut parfaitement mettre en évidence le fait que Madame Le Pen se présentait à la présidence sans programme économique digne de ce nom. La conséquence de cette démonstration était que si elle parvenait à l’Elysée, elle mènerait la France au naufrage, et cela a suffi pour éclairer les indécis et faire fuir des partisans qui se rendirent compte que leur pur-sang n’arrivait pas même à la première haie.

 

A Métula, nous nous posions la question de savoir s’il n’y avait pas un seul expert en économie à la direction du FN, qui aurait pu écrire la partie économique de son programme, ou, à tout le moins, corriger ses incohérences, et en tous cas enseigner à la candidate les fondamentaux dans ce domaine.

 

Ou était-ce, comme Macron l’avança un peu plus tard, que le Front National n’est pas un parti de gouvernance, qu’il grandit uniquement en surfant sur la désillusion populaire et l’exploitation des erreurs des autres acteurs de la vie politique ?

 

La question vaut d’être posée ; ce qui nous a semblé clair est que Marine Le Pen paraissait surprise d’être parvenue si loin dans cette élection. Elle ne possède visiblement pas les arguments pour remporter la finale, et l’on peut s’étonner de son impréparation à la confrontation d’hier. Quelqu’un aurait pu la briefer pour l’aider à faire meilleure figure, même si elle n’avait aucune chance de passer la barre face à un honnête énarque, à qui il suffisait de bien restituer les principes de base de l’économie pour faire comprendre que son interlocutrice ne les possédait pas.

 

Là où il l'emporte au fond, c'est au niveau des mesures conservatoires : pas sortir de l'U.E, pas abandonner l'euro, pas dilapider l'argent que vous n'avez pas, avoir conscience de l’existence de la dette et de la prévalence des vases communicants : on ne peut dépenser que ce que l'on produit.

 

Macron n'a rien dit qui soit de nature à faire repartir l'économie française. Il n'a fait que présenter de petits ajustements comptables, qui n'ont pas la capacité de changer quoi que ce soit d’essentiel, mais il est vrai qu'il n'existe pas de mesures miracles en la matière. Croire ou faire croire qu’il en existe, c’est déjà tromper son monde. Le seul moyen pour migrer vers une meilleure orbite consisterait à rendre la France sexy pour attirer les investisseurs, et leur laisser miroiter la possibilité de gagner de l’argent, au moins aussi facilement que dans les pays avoisinants, et à un degré égal de sécurité.

 

Mais comment faire quand les trois quarts des électeurs considèrent que la bourse est l’ennemi ultime de l’humanité, assistée de ses lieutenants haïs, du capital et du marché. Dans un pays où l’envie d’être riche ressemble à un délit pénal, et où l’on s’attend sérieusement à ce que les créateurs d’entreprises ne se soucient que de générer des emplois.

 

On aurait pu avoir Fillon dans le rôle du "gestionnaire le moins mauvais possible", ou Valls, cela n’aurait pas changé grand-chose. Mais Fillon a payé pour ses écarts et ses contradictions, et Valls a servi de bouc émissaire à Hollande pour réussir son magistral tour de passe-passe.

 

Autant il fut un piètre président, autant il s’est montré génial – vous lisez bien génial, ce n’est pas une erreur de frappe – pour faire en sorte que les socialistes conservent l’Elysée après un quinquennat catastrophique, qui n’a pas même permis au président sortant de se représenter.

 

D’une part, François Hollande a écarté le favori de la consultation, celui du parti Les Républicains, en demandant à un procureur de son accointance de coller aux choses de François Fillon, jusqu’à ce qu’il ne parvienne plus à marcher. Ensuite, il a jeté un candidat de l’aile révolutionnaire-utopique du PS, Benoît Hamon, en pâture aux lions à sa place. Lequel n’a pas pris la moindre décision qui aurait pu convaincre quelqu’un de voter pour lui et souriait un peu plus au fur et à mesure qu’il reculait dans les sondages. Et en troisième, Hollande a façonné un soi-disant nouveau venu en politique, soi-disant centriste ou indéfini, à qui il a décollé l’étiquette socialiste avant de le lancer dans la bataille, soutenu par l’appareil visible et les réseaux souterrains du parti, ceux qui ont soif dans le désert, et ceux qui font des eczémas en entendant le nom des Le Pen.

 

Il aurait pu envoyer Valls à la place de Macron, son expérience et son brio naturels auraient prévalu, mais Valls ayant été Premier ministre, donc coresponsable de la "Titanic policy", on n’aurait pas réussi à décoller l’étiquette. De plus, il aurait fallu que Manuel Valls quitte plus tôt – nous avions dit un an avant la consultation populaire – le bateau qui coulait, en poussant, en plus, un gros coup de gueule en partant, pour qu’il fût crédible. Et Hollande en avait besoin pour gérer les affaires courantes.

 

Et voilà comment un président crédité de moins de dix pour cent d’opinions favorables dans les sondages est parvenu à placer sur le trône de la République le successeur qu’il s’est choisi. Il fallait le faire ! Et comme "En Marche" n’a ni appareil ni députés, on va lui prêter ceux du parti socialiste, jusqu’au moment où personne ne pourra plus les discerner.

 

Marine Le Pen a dit tout cela, mais sans y mettre l’intensité nécessaire, et après avoir mordu la poussière lors de l’examen d’économie. Elle était donc inaudible et tout ce qu’elle exprimait s’apparentait dès lors à des "sauts de cabri".  

 

Elle a connu un bon moment lorsqu’elle a parlé du soutien électoral qu’apporte l’UOIF (l’Union des Organisations Islamiques de France) à son adversaire, évoquant les appels au meurtre des Israélites et des homosexuels prononcés dans ses mosquées, ses écoles religieuses, ses crèches et ses associations sportives.

 

Cela a fait parler Macron au futur : s’il découvre que c’est effectivement le cas, il les poursuivra en justice. Mais jusqu’alors, il va se faire élire grâce aux voix des sympathisants de l’UOIF. Et aujourd’hui, il ignore tout des activités de cette organisation, vous parlez d’un candidat à la présidence d’un pays sous état d’urgence pour se défendre contre le terrorisme islamique ! Macron s’est montré aussi transparent sur les moyens de lutter contre le terrorisme islamiste que Le Pen en économie, ce qui promet des lendemains sanglants.

 

Il veut que la police puisse dresser des contraventions dans les "quartiers" aux petits délinquants. Et s’ils refusent de payer l’amende, par exemple pour un vol à l’étalage, les huissiers iront récupérer l’argent dans les territoires perdus de la République. Là où il faut une division de gendarmes armés jusqu’aux dents, avec support de blindés et d’aviation, pour essayer d’arrêter un criminel multirécidiviste ?

 

MLP a mis son adversaire une dernière fois dans les cordes en rappelant que, depuis Alger, il avait accusé la France d’avoir commis des crimes contre l’humanité. Ce fut l’une de ses nombreuses sorties médiocres durant sa campagne de candidat médiocre. Pour s’extirper des cordes, il rebondit sur la rafle du Veld’ hiv, dont la tout aussi médiocre candidate frontiste avait déculpabilisé la France.

 

Les téléspectateurs se voyaient infliger un face-à-face misérable, d’un niveau indigne de l’évènement, opposant deux fripiers menteurs. Mais de beaucoup de pugnacité, de spontanéité et de tension. Macron toucha le fond, lorsqu’après lui avoir infligé d’épais sous-entendus d’appartenance au fascisme, il imputa à sa contemptrice une orientation qui conduisait l’Europe à une nouvelle guerre mondiale, tandis que lui œuvrait à en préserver les enfants français.

 

On subissait deux argumentations populistes, sans que l’on ne pût jamais, et cela aussi doit être dit en parallèle aux critiques justifiées, attribuer à Marine Le Pen le moindre propos raciste, homophobe, islamophobe ou antisémite. Prétendre le contraire ne servirait qu’à attiser artificiellement la haine.  

 

L’élection plus que probable d’Emmanuel Macron, dimanche, va sans doute suffire à préserver la France d'un désastre économique absolu et immédiat, auquel elle aurait eu droit si Le Pen était passée.

 

Mais Macron n'a clairement pas conscience du stade d'érosion atteint par la société française. Vous savez, mettre le feu aux policiers et manifester le lendemain avec des pancartes "ça sent le poulet grillé", sans susciter la moindre émotion. Ou si peu !

 

Ceux qui y voient un avatar passager n'ont pas idée de ce qui va suivre. On n'en est pas là par hasard ; c'est la conséquence profonde de plusieurs facteurs concordants et durables. Dont la poussée islamiste, évidemment.

 

Ce ne sont pas les dix mille policiers supplémentaires promis par Macron qui vont endiguer la vague islamiste, ramener la légalité dans les banlieues, ni apaiser les brûleurs de flics. Vingt-cinq pour cent des électeurs "insoumis" de Mélenchon voteront Le Pen dimanche ; ceux qui invoquent la gauche comme vecteur de tous les maux le font pour se rassurer, pour évoquer des démons familiers qu’ils ont appris à domestiquer.

 

La vérité est qu’il n’y a plus de gôche et plus de droite, que les programmes chimériques de Mélenchon et de Le Pen pour la sortie de l’Europe, et pour s’occuper en priorité des petits poissons contre le système et la finance, se ressemblaient à s’y méprendre. Et lorsque l’extrême gauche et l’extrême droite se confondent, c’est, historiquement, qu’il y a péril en la demeure.

 

C’est de cela qu’il aurait fallu parler prioritairement, du seuil dépassé du mécontentement explosif ; du fait que le taux de désespoir est tel que la vie est en pleine dévaluation ; laquelle entraîne la perte de toutes les valeurs, l’incursion d’une idéologie étrangère, raciste, haineuse, violente, l’incapacité à gérer l’islamisme dont je parle, ses bombes humaines et sa perversion des âmes. La lassitude et finalement, l’impuissance.

 

Macron prétend vouloir conserver l’unité de la France. Mais où l’a-t-il rencontrée ?

 

Avec des drapeaux arborant le marteau et la faucille, et des drapeaux palestiniens, bien entendu, des milliers de personnes ont, le 1er mai dernier, applaudi chaque fois qu’un policier prenait feu. Il ne s’agit évidemment pas d’émeutiers professionnels, car cela n’existe pas, ni de la partie frontale, médiane ou culière du cortège, comme l’ont prétendu les commentaires officiels anesthésiants, car personne ne l’a quitté, et c’est ce qui rend l’observation de la situation particulièrement préoccupante.

 

Ils sont des millions que l’élection prévue d’Emanuel Macron n’apaisera pas. Des millions qui s’en désintéressent. D’autres millions qui espèrent une embellie économique qui n’arrivera pas. Et des millions, encore, qui se sont juré de détruire ce système parce qu’ils lui ont déclaré le djihad.

 

Le succès du tour de prestidigitation de Hollande est une victoire d’officine, un saut périlleux de la politique politicienne. Rien qui puisse concerner la révolte des sans-dents, qui se fichent comme de l’an quarante du débat particulièrement médiocre que seize millions de Français ont regardé, plutôt que Monaco-Juventus, qu’ils ont également perdu.

 

 
Breaking the Silence et B’Tselem sont des organisations criminelles (info # 013004/17) Version imprimable
Analyse
dimanche, 30 avril 2017

 

Par Guy Millière

 

On le sait, je pense, Binyamin Netanyahu a, voici quelques jours, refusé de recevoir le ministre des Affaires Etrangères allemand, Sigmar Gabriel, qui était en visite en Israël. M. Netanyahu a indiqué de manière explicite pourquoi il avait pris cette décision. Un communiqué a été publié par ses services, disant : “La politique du Premier ministre est de ne pas recevoir de visiteurs étrangers qui, lors de voyages diplomatiques, rencontrent des groupes qui calomnient les militaires israéliens en les présentant comme des criminels de guerre”.

 

La presse française a, bien évidemment, incriminé le Premier ministre israélien, l’accusant d’avoir suscité délibérément des tensions avec l’Allemagne. Elle a rappelé que l’Allemagne participe au financement de la construction de sous-marins israéliens, aidant ainsi Israël. Les media français ont également souligné que les groupes rencontrés par le ministre des Affaires Etrangères allemand sont des “groupes de défense des droits de l’homme”.

 

Une seule de ces affirmations est exacte : celle concernant les sous-marins israéliens ; mais que l’Allemagne, après avoir exterminé six millions de Juifs il y a sept décennies, fasse preuve d’un minimum de générosité à l’égard de l’Etat du peuple juif peut paraitre constituer la moindre des réparations.

 

La première affirmation est inexacte et inverse les responsabilités : ce n’est pas Binyamin Netanyahu qui a suscité des tensions avec l’Allemagne, c’est le ministre des Affaires Etrangères allemand qui s’est conduit de manière inadmissible pendant qu’il se trouvait en Israël.

 

La troisième affirmation est bien davantage qu’inexacte, elle est absolument calomnieuse. Les groupes rencontrés par le ministre des Affaires Etrangères allemand ne défendent pas les droits de l’homme, mais se livrent à une vile propagande et agissent contre les droits de l’homme. Ils s’emploient à salir un pays démocratique, Israël, en aidant des terroristes et en mettant en danger - voire en entrainant leur mort -, des soldats chargés de combattre le terrorisme. Ce sont des groupes criminels, qui devraient être traités comme tels par le gouvernement israélien et par les gouvernements de tous les pays éclairés.

 

Il n’est pas étonnant, quoique scandaleux, que le ministre des Affaires Etrangères allemand a rencontré les groupes en question : ceux-ci sont en large partie financés par les pays d’Europe et par l’Union Européenne, donc Allemagne comprise, qui joue dès lors, de manière consciente ou non (mais j’ai du mal à croire en l’inconscience en une époque où l’information circule largement et est aisément disponible) un jeu des plus pervers.

 

Et il ne serait encore pas étonnant, mais toujours aussi scandaleux, que le ministre des Affaires Etrangères allemand et son gouvernement affirment de manière hypocrite que les groupes en question sont, comme l’a avancé la presse française, des groupes de défense des droits de l’homme, car c’est la justification que se donnent les pays d’Europe et l’Union Européenne pour les financer.

 

Ce doit être l’occasion de souligner que les groupes en question sont sous la surveillance d’une organisation indispensable de salubrité publique : NGO Monitor (http://www.ngo-monitor.org), qui effectue un travail sérieux et remarquable, avec peu de moyens, pour défendre quant à elle les droits de l’homme et la vérité.

 

Le site de NGO Monitor [l’observateur des ONG] explique en détail, et preuves à l’appui, que l’un des groupes rencontrés par le ministre allemand, Breaking the Silence ("Shovrim Shtika", "On rompt le silence") utilise des témoignages anonymes, dont rien n’indique qu’il ne s’agit pas de faux, aux fins de prouver que l’Armée israélienne commettrait des “crimes de guerre”. Breaking the Silence définit les terroristes arabes tueurs de Juifs sous l’appellation de “combattants de la liberté”, ce qui constitue une preuve suffisante pour démontrer que cette organisation considère que tuer des Juifs participe d’un acte libérateur.

 

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Les "libérateurs" de Shovrim Shtika

 

NGO Monitor explique aussi que l’autre groupe rencontré par l’hôte allemand, B’Tselem, accuse sans cesse Israël, non seulement de “crimes de guerre” elle aussi, mais de pratique de l’ ”apartheid”. Or cette allégation suffit pour sa part à établir qu’elle ne tient aucun compte de la réalité et participe à une opération préméditée de désinformation et de stigmatisation de la société israélienne. Que des Israéliens - B’Tselem est une ONG israélienne - fassent comme s’ils ne voyaient pas que la société israélienne est une société pluriculturelle où Arabes et Juifs vivent ensemble sans discrimination, et comme s’ils ne voyaient pas que l’Autorité Palestinienne pratique quant à elle non pas l’apartheid mais l’épuration ethnique, est accablant quant aux intentions de cette organisation.

 

Binyamin Netanyahu a pris une décision légitime en ne recevant pas Sigmar Gabriel. Il devrait maintenant demander, voire exiger, que les pays d’Europe et l’Union Européenne cessent de financer des groupes tels que Breaking the Silence et B’Tselem, et cessent de les définir comme des groupes de défense des droits de l’homme.

 

Cela impliquerait que ces groupes soient considérés en Israël pour ce qu’ils sont, et que soient tirées par le gouvernement israélien les conclusions qui s’imposent à leur endroit.

 

Un pays démocratique est un pays où la liberté de parole doit être considérée comme sacrée. Un pays démocratique est aussi un pays où il existe une limite à la liberté de parole, et la complicité de crime, voire l’incitation au crime, donc la participation au crime, se situent clairement au-delà de cette limite.

 

Un groupe qui accuserait sur des bases spécieuses des soldats de l’armée d’un pays d’Europe  ou d’Amérique du Nord de commettre des crimes contre l’humanité aurait rapidement des problèmes avec la justice. Un groupe qui laisserait entendre que tuer des Juifs est libérateur serait, en Europe ou en Amérique du Nord, considéré comme un groupe antisémite, et traité comme tel.


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Le Golan bouge (info # 012904/17) Version imprimable
Analyse
samedi, 29 avril 2017

 

Par Jean Tsadik

 

Depuis longtemps, plus de deux ans, la situation sur le plateau du Golan était plutôt figée. Israël protégeait jalousement sa frontière – en fait, la ligne de séparation des forces Alpha – observant les belligérants syriens. En face, les forces gouvernementales et leurs alliés iraniens et libanais du Hezbollah, augmentés de quelques dizaines de Druzes syriens favorables au régime d’Assad, d’une part, et le Front du Sud, une mosaïque hétéroclite de pas moins de soixante organisations, de l’autre, se livraient à une guerre de positions, incapables, ni les uns ni les autres, de forcer la décision militaire.

 

Pendant que l’aviation du régime bombardait les villes tenues par la rébellion à coups de barils d’explosifs, le Front du Sud s’était emparé de la quasi-totalité de la frontière avec Israël. Hormis une zone contrôlée par des partisans de l’Etat Islamique au sud du plateau, dans le secteur des trois frontières, ainsi que quatre kilomètres à proximité du mont Hermon, qui demeurent entre les mains de l’Armée régulière.

 

Israël subvenait aux besoins les plus urgents des insurgés en matière d’assistance médicale et de nourriture, et en transférant à la rébellion les armes achetées par des pays arabes et, par intermittence, par les Etats-Unis.

 

Chaque fois qu’un obus tombait en territoire israélien, Tsahal ripostait – c’est encore arrivé il y a une semaine -, en prenant soin de détruire la batterie d’artillerie qui avait tiré le projectile. A de rares reprises, des avions ennemis qui s’approchaient de trop près de la frontière ont été immédiatement abattus. Sauf quand les appareils étaient russes et qu’ils s’étaient aventuré dans notre ciel - volontairement ou non, allez savoir, les pilotes de Poutine ont de vraies lacunes en matière de navigation ! -, auquel cas, en leur parlant à la radio dans leur langue maternelle, nos contrôleurs aériens les remettaient dans le bon chemin sans coup férir.

 

En d’autres occasions, l’Armée israélienne est intervenue par des frappes ciblées contre des véhicules ou des positions d’une force spéciale qui comprend des Syriens, des Iraniens, des Hezbollani et des Druzes. Plusieurs généraux iraniens et les plus hauts responsables militaires du Hezb y ont laissé leur peau avant qu’ils ne puissent réaliser les opérations qu’ils ourdissaient. L’archi-terroriste libanais Samir Kountar, qui chapeautait ces activités pour les Iraniens et le Hezbollah, s’est fait cueillir en décembre 2015 par un missile dans un appartement de Damas où il se croyait en sécurité.

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Service cartographique © Metula News Agency

En vert les positions du Front du Sud, en rouge, celles de l’Armée gouvernementale

 

La situation que je viens de décrire brièvement prévaut encore, mais plusieurs choses sont en train de changer. D’abord au niveau humanitaire : l’Etat hébreu ayant autorisé des réfugiés syriens à s’établir à trente mètres de l’épais grillage qui marque sa frontière. Il s’agit d’un village de quelques dizaines de tentes, situé au sud du Moshav (village semi-collectiviste) d’Aloneï Habashan (voir carte).

 

Des volontaires de la société civile israélienne fournissent aux habitants syriens de la nourriture, des tentes et des produits de première nécessité. De plus, les plus proches voisins syriens des réfugiés appartiennent au village circassien de Bariqa (ou al Bariqa). Ils sont eux-mêmes des ex-réfugiés du sud de la Russie, chassés par les tsars, chrétiens à l’origine et convertis à l’islam par les Ottomans en échange du droit de s’implanter dans ce qui est aujourd’hui la Jordanie, Israël et la Syrie. En Israël, où ils ont établi deux villages, ils sont des citoyens exemplaires, qui remplissent tous leurs devoirs, y compris celui d’accomplir leur service militaire. L’un d’entre eux, Bibras Natkho, est l’un des piliers de l’équipe nationale israélienne de football.  

 

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Le village de tentes des réfugiés syriens, adossé à la frontière israélienne

 

A Bariqa, ils ont conservé leur sens de l’hospitalité au cours des ans et cultivent les valeurs pacifiques. De sorte que même durant les conflits les plus durs du passé entre Damas et Jérusalem, ils ont veillé à garder des relations sereines avec Aloneï Habashan, distant uniquement de quelques centaines de mètres. On peut également avancer que, dans cette Syrie où les minorités sont régulièrement mises à rude épreuve, les Circassiens considéraient Israël comme une sorte de police d’assurance sur la vie.

 

En tout état de cause, les réfugiés du village de tentes sans nom n’ont rien à craindre de Bariqa, bien au contraire, et leur nombre va sans cesse croissant, suscitant l’irritation du pouvoir et de ses complices.  

 

Cette semaine, comme on le distingue sur une photo (ci-dessous) prise à partir de la Syrie, Tsahal a procédé à une incursion de quelques centaines de mètres en territoire ennemi pour permettre à des officiers de traverser le grillage et de venir s’entretenir de vive voix avec les réfugiés. Les objectifs consistaient à établir une liste de leurs besoins, à faire plus ample connaissance avec les responsables, à fixer des règles de cohabitation et de communication, et à s’assurer que des éléments hostiles ne s’étaient pas mélangés aux réfugiés.

 

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Deux chars israéliens en Syrie

 

Durant la même semaine, l’une de nos équipes de reporters a tenté de s’approcher du village de tentes, mais elle en a été empêchée par l’Armée, qui a bouclé toutes les routes et les sentiers qui conduisent aux réfugiés. Durant cette tentative, nos camarades ont fortuitement essuyé plusieurs tirs d’obus des soldats d’Assad, dont certains n’explosant qu’à quelques centaines de mètres de leurs Jeeps.

 

L’aspect humanitaire de cette nouvelle implantation coïncide avec plusieurs préoccupations stratégiques communes aux gouvernements israélien et jordanien. Celle qui prédomine veut qu’il est préférable de s’occuper des réfugiés chez eux que de les accueillir chez soi. Surtout pour des "petits" pays comme l’Etat hébreu et la monarchie hachémite. Dans cette dernière, ils sont déjà 1.4 millions, pour une population indigène de dix millions de personnes. Ils coutent annuellement au royaume pas moins de 2.5 milliards de dollars, soit 6% du produit intérieur brut. De plus, dans ce pays démographiquement instable, dirigé par une petite minorité de descendants de bédouins et comptant de nombreux groupes hostiles au pouvoir, ainsi qu’une menace représentée par l’islam radical, l’hébergement des réfugiés pose problème.

 

Quant à Israël et à ses 8.6 millions d’habitants, depuis le début de la Guerre Civile chez son voisin, il n’a reçu que des Syriens malades ou blessés, afin de les soigner et de les renvoyer chez eux une fois rétablis. Pour Jérusalem, il n’est pas question de modifier la proportion entre Juifs et Arabes par un afflux massif de musulmans sunnites.

 

En tenant compte de ces facteurs, on comprend aisément pourquoi le Roi Abdallah et le Premier ministre Binyamin Netanyahu envisagent depuis un certain temps déjà d’instaurer une zone sécurisée pour les réfugiés dans le Golan, quitte à en prendre soin sur place.

 

Cette préoccupation se marie à ravir avec la volonté de maintenir les alliés de Bashar al Assad, le Hezbollah et l’Iran, le plus loin possible de leurs frontières. Et ce souci a encore grandi avec les victoires remportées par le régime dans l’ombre l’intervention russe. La politique ne connaissant pas de situation de vide, Téhéran est fortement tenté d’avancer ses pions en direction de ses ennemis israélites et sunnites ; ne serait-ce que pour se trouver dans leur proximité en cas d’attaque contre l’Iran, et de pouvoir répliquer en palliant le manque d’armes fiables à longue distance par  des missiles de courte portée, l’artillerie, et les fantassins, dont il dispose en très grand nombre.

 

L’idée des Jordaniens et des Israéliens consiste à armer, conseiller et renforcer les entités fréquentables parmi celles qui composent le Front du Sud. Non seulement il en existe, mais elles sont déjà en contact avec Amman et Jérusalem, pratiquant un dialogue pragmatique et efficace.

 

Avec l’aide des Etats-Unis et des pays arabes, entièrement conquis par le projet, il s’agirait de repousser l’Armée alaouite et ses alliés, en rouge sur la carte, dans un premier temps du saillant qui conduit de Damas presque jusqu’à la frontière jordanienne, le long de l’autoroute M5. Et ensuite, sans toucher au Jabal Druze (la montagne des Druzes), ce qui générerait des troubles aussi graves qu’inutiles en Israël avec l’influente minorité druze locale, d’occuper et de sécuriser tout le Golan syrien, jusqu’à une vingtaine ou une trentaine de kilomètres au sud de Damas.

 

Les bénéfices d’une telle opération seraient multiples : relocaliser les réfugiés, éloigner les ennemis irréductibles, imprimer une pression constante sur le régime, ce qui ne peut être que favorable au moment où les négociations réelles concernant l’avenir de la Syrie s’ouvriront, et s’assurer de bonnes relations avec la population qu'on aura aidée, qui continuera, dans sa majorité, à demeurer dans le Golan, et qui restera longtemps tributaire de l’aide des pays arabes, de celle de Washington et des Occidentaux, et du rôle de voisins attentionnés et compréhensifs de la Jordanie et d’Israël.

 

Autre avantage appréciable, dans cette guerre de religion qui ne dit pas son nom, les sunnites et leurs adversaires chiites et alaouites ne sont pas miscibles, ce qui réduit quasiment à néant le risque de renversement d’alliances et de trahisons.

 

Pour toutes ces raisons, on doit considérer le village de tentes qui s’est spontanément établi le long de la frontière israélienne à la recherche de protection comme un ballon d’essai. Tout le plateau pourrait bientôt lui ressembler, avant de se pérenniser par des constructions en dur dans les nombreuses agglomérations de moyenne importance qui foisonnent dans la région. Le projet est certes vertigineux, car, en plus des réfugiés actuellement en Jordanie, il faut s’attendre à en voir affluer d’autres en provenance des zones dominées par la dictature alaouite d’al Assad. Mais comme me l’a confié un responsable jordanien il y a quelques jours, cette population est déjà hébergée, nourrie et encadrée médicalement, "il suffira de la déplacer de quelques dizaines de kilomètres et d’améliorer les infrastructures. En plus, elle sera chez elle et pourra participer à la construction de son avenir, ce qui n’est pas le cas actuellement".

 

Il existe plusieurs conditions à la réussite de ce projet, la principale étant la reconquête du territoire et sa sécurisation. Tant que cela ne sera pas accompli, les réfugiés refuseront de rentrer chez eux pour y affronter l’incertitude.

 

On y travaille ferme. Une zone de concentration, de formation et de dotation des forces du Front du Sud a été installée dans le sud du Golan syrien, dans un secteur déjà contrôlé par la rébellion (carte), et trop proche de la frontière jordanienne pour que l’Aviation d’Assad ne la pilonne impunément. D’ailleurs, les F-16 jordaniens et israéliens ne la laisseraient pas faire, et les patrouilles conjointes sur le Golan sont monnaie courante. De plus, les Hachémites disposent à al Mafraq (carte), à 10km de la frontière, d’un aéroport possédant une piste de 3.5km de long, ce qui est amplement suffisant pour acheminer sur place tous les équipements civils comme militaires nécessaires au projet.  

 

Le problème majeur procède du danger d’une réaction violente des Russes qui sont les protecteurs du régime de Damas. Or il est hors de question de se confronter aux Russes et ce n’est pas une affaire de rapport de forces au niveau régional, qui pourrait être gérable ; c’est que ni la Jordanie ni Israël, même avec l’appui politique de toute la région, ne peuvent supporter le risque d’un conflit avec la Russie, qui reste la seconde puissance militaire de la planète.

 

Il existe deux solutions à cet écueil : la première consiste à conserver le statu quo négocié entre Jérusalem et Moscou, qui veut que ni l’un ni l’autre n’intervienne avec son aviation dans le Golan syrien à moins d’être directement attaqué. Cela implique que l’Aviation syrienne demeurerait la seule à pouvoir utiliser cet espace aérien et que le Front du Sud devrait opérer sans couverture aérienne, ce qui est déjà le cas actuellement.

 

Cela complique évidemment les choses dans la perspective de l’offensive majeure qui est en train de se mettre en place. Même si l’efficacité de l’Armée de l’air d’Assad, fortement diminuée par la Guerre Civile, ne joue pas le même rôle déterminant que celles de ses voisins, et que les Hébreux et les Jordaniens pourraient continuer à lui interdire l’espace de vol situé à dix kilomètres de leurs frontières environ, sans pour cela déclencher la furie de Poutine.

 

L’autre solution, largement plus confortable, consisterait à obtenir l’appui définitif des USA qui sont déjà continuellement informés du déroulement des préparatifs. Il suffirait sans doute que l’U.S Air Force survole massivement la région durant l’offensive et décrète l’interdiction de survol du Golan par les aviations des autres pays pour dissuader les Syriens, mais surtout les Russes, d’intervenir par la voie des airs.

 

Trump prendrait un risque en assumant ce genre d’engagement, mais c’est un risque calculé et partant limité. Un risque qu’il a déjà pris en lançant, au début de ce mois, ses 59 Tomawak sur la base aérienne syrienne de Shayrat en passant sur la tête des Russes. Lesquels ont pesté et menacé de réagir, mais leurs appareils se gardent consciencieusement de défier le dispositif militaire américain dans la région.

 

Il est probable que l’on assisterait au même scénario au cas où le nouveau président américain décréterait l’interdiction du survol du Golan, les Russes n’étant pas suicidaires non plus.

 

Et puis Trump, après l’utilisation par Assad de gaz de combat contre des civils au nord de Homs, semble décidé à renverser le dictateur alaouite, c’est du moins ce qu’il affirme désormais. Or l’offensive en gestation constitue l’un des seuls moyens pratiques de parvenir à cette fin sans envoyer de boys massivement sur le terrain.

 

D’autre part, il comprend, qu’accessoirement, l’éviction définitive d’Assad et de ses acolytes du plateau du Golan consacrerait de facto l’annexion auto-proclamée de sa partie occidentale par Israël. Futé comme il l’est, habile en négociations et sachant exploiter la puissance de son pays (ce qu’Obama ne savait pas faire), le président-milliardaire pourrait faire pression sur Netanyahu afin qu’en échange de son soutien pour le "projet" sur le Golan, il montre de la souplesse face à l’Autorité Palestinienne.

 

Car tout le monde l’aura remarqué, Donald Trump s’est aussi mis en tête de résoudre le différend au demeurant insoluble entre Israël et les Palestiniens. Cette semaine il a déclaré "qu’il n’existait pas de raison quelle qu’elle soit pour qu’il n’y ait pas la paix entre Israël et les Palestiniens". Cela sera encore plus évident durant le mois de mai, lorsqu’après avoir rencontré Mahmoud Abbas à Washington, mercredi prochain, il se rendra à Jérusalem le 22, à son initiative, pour rendre visite à M. Netanyahu. Or les analystes de la Ména et nos amis et confrères régionaux, tant institutionnels que privés, partagent l’avis que cela ne sera pas uniquement, ni même principalement, une visite de politesse.


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Bruxelles-Métula du 28 avril 2017 Version imprimable
Radio/audio - interview/reportage
samedi, 29 avril 2017

 

Ecoutez l’émission Bruxelles-Métula d’hier grâce au lien https://youtu.be/qmSCwKO_kLM.

 

Jim Mosco y interroge Stéphane Juffa au sujet du drone abattu jeudi soir sur le Golan, du terroriste libanais arrêté à la gare routière de Kiryat Shmona, et de l’avancement significatif, visible notamment dans l’attitude de l’Autorité Palestinienne face au Hamas, de l’initiative de Donald Trump visant à instaurer la paix entre Israéliens et Palestiniens.

 

 
L’analyse de l’attaque de l’Aéroport de Damas (info # 012704/17) Version imprimable
Analyse
jeudi, 27 avril 2017

 

Par Stéphane Juffa

 

La nuit dernière, à 3h25 locales, cinq missiles ont frappé un site de déchargement et de stockage au sud-ouest de l’Aéroport International de Damas, causant des explosions entendues dans tous les quartiers de la capitale syrienne, suivies d’importants incendies. Les media de Bashar al Assad ainsi que la presse arabe ont confirmé les faits. Le chef de la Ména libanaise, Michaël Béhé, s’est entretenu par téléphone avec des témoins oculaires directs de l’attaque.

 

Cette opération fait suite à l’arrivée, plus tôt dans la nuit, de plusieurs avions cargos iraniens qui apportaient du matériel de guerre avancé à destination des miliciens du Hezbollah libanais. Il s’agit de deux Boeing 747, de deux Ilyushin IL-76, ainsi que d’un Airbus A300 de la compagnie perse Mahan Air. Toute personne possédant un ordinateur et branché sur l’un des sites publics de suivi du trafic aérien tel que Flightradar24 aurait pu suivre l’évolution de ces appareils en temps réel (voir la photo ci-dessous).

 

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Les vols Iran-Damas de cette nuit

 

Pour Tsahal, il était impératif de détruire l’ensemble de ce matériel alors qu’il se trouvait encore rassemblé en un endroit unique, faute de quoi, il se serait éparpillé sur les routes en direction du Liban, rendant sa destruction aléatoire.

 

On ne possède aucune information confirmée quant au mode opératoire utilisé par les Israéliens. Notre hypothèse est que des chasseurs-bombardiers à l’Etoile de David ont tiré les missiles à partir du territoire israélien, sans avoir à pénétrer l’espace aérien syrien.

 

La sophistication atteinte par ces engins de conception israélienne, et surtout leur précision (moins d’un mètre de la cible visée) sont telles, que pour des attaques dans un rayon d’action similaire à celui de ce matin, il est inutile de risquer la vie des pilotes et l’intégrité de leurs machines. De même qu’il n’est pas nécessaire de croiser des appareils divers et variés qui pullulent dans le ciel syrien.

 

L’avantage de posséder de telles armes donne aux Hébreux la possibilité d’intervenir différemment des Russes et des Américains dans ce théâtre d’opérations ; alors que les Russes sont contraints d’envoyer des dizaines d’avions noyer littéralement leurs objectifs sous leurs bombes afin de s’assurer de leur oblitération, tout en causant d’énormes dégâts collatéraux, et que les Américains envoient des dizaines de missiles de croisière plus ou moins précis pour atteindre un résultat semblable, il suffit aux Israéliens de larguer cinq missiles, touchant chacun sa cible, pour parvenir à un résultat militairement parfait, tout en réduisant au minimum les destructions collatérales.

 

Reste que selon nos sources, une quinzaine de miliciens du Hezbollah, dont un officier supérieur, et plusieurs Gardiens de la Révolution khomeyniste ont perdu la vie lors de l’attaque de cette nuit. Il y aurait en outre également quelques dizaines de blessés. La raison de ces pertes est à chercher dans le fait que la zone de déchargement frappée est gérée de manière quasi-autonome par la milice chiite et ses mentors iraniens. Ce sous-complexe abrite des entrepôts, des hangars pour avions ainsi qu’une petite zone industrielle.

 

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Les flammes sur l’Aéroport de Damas après l’attaque

 

Depuis hier matin, et jusqu’au moment où nous publions cette analyse, l’activité du Khe’l Avir (l’Aviation militaire israélienne) est incessante sur la rédaction de Metula ainsi que sur le plateau du Golan. De plus, durant toute la nuit, un grand exercice militaire s’est déroulé sur le Golan, à proximité immédiate de la frontière syrienne. La région n’a cessé d’être secouée par des tirs d’artillerie à munitions réelles et de nombreux habitants de la région, inquiets, ont appelé la rédaction pour savoir ce qu’il se passait.

 

La tenue de manœuvres de ce genre est tactiquement intéressante lorsqu’elles se déroulent parallèlement à une opération offensive en territoire ennemi, car elle permet de déployer tout le matériel et les hommes nécessaires en cas de tentative de riposte de l’adversaire.

 

On rappelle à ce propos que le dictateur syrien Bashar al Assad avait promis, il y a deux semaines et demi de cela, juste après le raid précédent qui avait détruit un arrivage d’une centaine de missiles selon des sources militaires, que les règles d’engagement avaient changé et qu’il répliquerait à toute nouvelle attaque par un tir nourri de missiles Scud sur l’Etat hébreu. Il y a deux semaines et demi, son armée avait d’ailleurs tiré un missile de haute altitude qui avait été intercepté par un Khetz (Arrow, Flèche) alors qu’il survolait la Jordanie. Les débris s’étaient écrasés sur le territoire de la monarchie hachémite.

 

Ce jeudi matin, sur les réseaux sociaux, des officiers syriens assurent à leur tour qu’ "il y aurait une riposte à l’opération de ce matin et qu’elle ne tarderait pas à venir". Damas a toutefois été prévenu par des canaux diplomatiques qu’en cas de tentative d’attaque de sa part, non seulement les fusées de la dictature alaouite seraient interceptées, mais aussi que leurs bases de lancement et les stocks de ces armes seraient anéanties, en plus de frappes contre des objectifs militaires stratégiques et même des lieux de résidence du dictateur et de son entourage.

 

A Metula, on doute fort du sérieux des menaces d’al Assad, tant le rapport de force entre Damas et Jérusalem est déséquilibré, et tant cela participerait, pour la dictature alaouite, d’un calcul suicidaire que d’attirer Tsahal dans l’équation de la Guerre Civile syrienne.

 

Tout au plus on envisage ici que l’Armée gouvernementale et ses porte-flingues iraniens et libanais pourraient générer un incident symbolique sur le Golan, avec le risque inhérent, là aussi, de payer un prix très lourd pour une bravade de cette sorte.

 

Il est intéressant de noter que pendant le raid, le ministre israélien de la Défense, M. Avigdor Lieberman, se trouvait à Moscou pour y participer à une conférence sur la sécurité. Hier, il avait rencontré son homologue Sergei Shoigu ainsi que le ministre des Affaires Etrangères Sergei Lavrov.

 

Ils ont parlé du renforcement des mesures de coordination des vols sur la Syrie et M. Lieberman a insisté auprès de ses hôtes sur les préoccupations israéliennes face aux activités iraniennes en Syrie et sur l’usage fait par les Perses de ce territoire pour transférer en contrebande des armes au Hezbollah au Liban.

 

Lieberman a en outre averti ses interlocuteurs qu’Israël ne permettrait pas que les forces iraniennes et le Hezbollah se déploient sur le Golan.

 

Nous sommes convaincus qu’Avigdor Lieberman a informé les Russes du raid de cette nuit, même si ce fut uniquement quelques instants avant qu’il ne se produise, afin d’éviter une crise diplomatique. Nous envisageons également que l’Iran ait pu choisir la date de la présence du ministre israélien à Moscou pour tenter son pont aérien, dans l’espoir que Jérusalem s’abstiendrait de frapper durant cette visite. Nous rappelons que la Russie a déployé une vingtaine de Mig sur l’Aéroport de Damas, quoique sur un parking relativement éloigné du pôle d’activités irano-Hezbollah.

 

Nous observons aussi un durcissement du Kremlin à l’encontre du régime de Bashar al Assad ces dernières semaines. Non seulement les responsables russes ont déclaré qu’ils allaient considérablement réduire leur présence sur le sol syrien, mais aussi, des observateurs ont pu noter que ces déclarations ont été suivies de retraits effectifs d’avions et de troupes.

 

On sait que M. Poutine est excédé par les excès et le cavalier seul de Bashar al Assad, qui fréquemment ne tient pas compte des "conseils" prodigués par les Russes, qui essaie de les impliquer militairement dans des activités qui ne les intéressent pas, ou encore, qui leur prête des intentions qui ne sont pas les leurs et des propos qu’ils n’ont pas tenus.

 

Ecouter le commentaire radiophonique de Stéphane Juffa, regarder une vidéo de l’attaque.  

 

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Leçons du premier tour de la présidentielle française (info # 012404/17) Version imprimable
Analyse
lundi, 24 avril 2017

 

Par Amram Castellion

 

Pour ceux qui craignaient un résultat serré et une longue attente, la soirée d’hier a du moins offert le soulagement d’une conclusion claire. Emmanuel Macron emporte largement le premier tour, avec 23,86% des suffrages exprimés, soit deux points et demi devant Marine Le Pen qui plafonne à 21,43%. En troisième arrive François Fillon, qui obtient juste un peu moins de 20% des voix. Il est immédiatement suivi de Jean-Luc Mélenchon à 19,6%. Puis viennent les petits candidats, parmi lesquels deux émergent : celui du parti socialiste, Benoît Hamon, à 6,3%, et le candidat dissident de la droite eurosceptique, Nicolas Dupont-Aignan, à 4,7%.

 

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Un commentaire est-il réellement nécessaire ?

 

Dupont-Aignan a joué pour la droite, en 2017, le rôle que Christiane Taubira avait joué pour la gauche en 2002. Il a pris à François Fillon des voix qui, en son absence, se seraient portées sur lui et l’auraient placé au second tour.

 

Quant à Hamon, son échec – la plus mauvaise performance du parti socialiste depuis Gaston Defferre en 1969 – marque la mort d’un compromis historique : celui qui permettait à une gauche raisonnable et gestionnaire de partager le même parti qu’une gauche plus radicale, plus enthousiaste et moins réaliste. Les gestionnaires sont, pour l’essentiel, partis chez Macron – qui a par ailleurs recruté une partie du centre et au moins une école de la droite, la famille chiraquienne. Les radicaux sont partis chez Mélenchon ; et ceux qui voulaient continuer à faire le lien entre les deux groupes sont devenus inaudibles pour la plus grande partie de l’électorat.

 

La victoire de Macron au deuxième tour est à peu près certaine. Elle montre deux choses : d’abord le pouvoir de séduction du candidat et prochain président ; mais aussi et surtout la remarquable habileté tactique de François Hollande, le président sortant. Devenu si impopulaire qu’il a dû renoncer à se présenter, Hollande a manœuvré avec talent pour placer son successeur sur orbite. La corruption de la justice, poussée par l’exécutif à consacrer des moyens disproportionnés à des accusations mal ficelées contre le candidat de droite, l’a plombé dans l’opinion. La séduction des journalistes et des patrons de presse par Macron a fait le reste.

 

Malgré sa belle victoire d’aujourd’hui, Macron devra faire face à deux fragilités structurelles.

 

Tout d’abord, il n’a pas de parti et celui qu’il est en train de mettre en place n’aura pas la majorité aux élections législatives des 11 et 18 juin prochains. L’époque où un nouveau président français recevait la confiance a priori du pays, qui lui donnait une majorité sans même regarder l’identité des candidats qui le soutenaient, est révolue. La gauche, désormais divisée en deux familles irréconciliables, n’a aucune chance d’avoir une majorité. La droite, affaiblie par sa défaite d’hier, aurait besoin d’un nouveau souffle qui n’est pas impossible, mais reste improbable.

 

Le plus probable est donc que, dans moins de deux mois, la France aura un Parlement sans majorité claire, où la droite et un ou plusieurs autres groupes (macronistes, socialistes, voire Front National) devront trouver pour gouverner de fragiles accords de coalition. Un gouvernement faible, en conflit permanent avec un président faible.

 

Et surtout, au moment même où les institutions s’installent dans le dysfonctionnement permanent, la France confirme plus que jamais qu’elle est une société profondément divisée, où près de la moitié de la population est en état de rage permanente contre l’autre moitié.

 

Les commentateurs ont fait semblant de se scandaliser, hier soir, de ce que Jean-Luc Mélenchon refusait de soutenir Emmanuel Macron au deuxième tour contre Marine Le Pen. Il n’y a rien, pourtant, de plus logique. Si les électeurs de Mélenchon et ceux de Le Pen s’opposent en principe sur la question identitaire – les premiers multiculturalistes et plutôt islamophiles, les seconds centrés sur l’identité française – ils se rejoignent sur presque tous les autres points.

 

Mélechonistes comme lepénistes voient le monde comme un complot des élites (la finance, « le système ») contre les petites gens. Les deux groupes veulent un effort massif de redistribution en faveur des plus modestes. Tous deux veulent mettre fin à la participation de la France dans l’Union Européenne et, plus généralement, réduire l’ouverture de la société française aux flux commerciaux, capitalistiques et humains. Et surtout, les uns comme les autres sont prêts à utiliser pour cela toutes les ressources d’un Etat autoritaire, qui ne se soucierait pas trop des droits individuels et imposerait sa volonté par la force.

 

Dans cette approche commune de la politique – autoritaire, redistributrice et paranoïaque – mélenchonistes et lepénistes ont assez de points communs pour faire passer leurs divergences au second plan. Au cours de la campagne qui vient de s’achever, une partie significative de l’électorat a déjà fait des allers-retours de l’un à l’autre.

 

Dans les mois et les années qui viennent, le président Macron provoquera, inévitablement, d’importantes déceptions – d’abord parce que c’est le cas de tous les pouvoirs en place, mais aussi de par l’impossibilité dans laquelle il risque de se trouver, faute de majorité, de réformer les nombreux blocages de la France. Il ne serait pas surprenant que, dans une telle situation, la « deuxième France » – celle de Le Pen, Mélenchon et des petits candidats extrémistes – trouve un moyen de s’allier en une opposition unique.

 

Hier, cette France de la rage a représenté 43% des électeurs. Après quelques années d’un régime qui ne montre aucune inclination à les écouter ou à prendre en compte leurs intérêts, ce pourcentage devrait augmenter. Il n’y a aucune raison d’être certain a priori que cette hausse s’arrêtera en-dessous du seuil de 50% qui lui donnera le pouvoir.

 

 
Estimations à 17h (Fr), source officielle (info # 032304/17) Version imprimable
Breaking News !
dimanche, 23 avril 2017

 

© Metula News Agency

 

19h35 à Métula, 18h35 à Paris

 

Macron 24%, Fillon et Marine Le Pen dans un mouchoir de poche autour de 21%. Mélenchon largué.

 

 
Enfumage médiatique autour de la mort de 3 soldats syriens (info # 022304/17) Version imprimable
Breaking News !
dimanche, 23 avril 2017

 

© Metula News Agency

 

13h15 à Métula, 12h15 à Paris

 

Un porte-parole des "Forces de Défense de la Patrie" (en anglais NDF National Defence Forces), une milice du régime syrien regroupant environ 55 000 "volontaires", a affirmé à l’AFP qu’une attaque israélienne aurait causé ce dimanche matin la mort de trois soldats syriens dans sa base de Naba al-Fawwar, dans la province de Kouneitra, dans le centre du plateau du Golan.

 

La nouvelle a été reproduite par l’agence semi-étatique française, de même que par de nombreux media arabes, dont la chaîne internationale qatarie Aljazeera. La presse israélienne a également diffusé cette information en créditant ses sources.

 

Outre les trois morts, selon lesdites sources, on compterait également deux blessés.

 

L’opération de ce matin surviendrait après la riposte de Tsahal, vendredi soir, aux tirs de trois obus tombés sur le territoire israélien sans faire de dégâts ou de victimes. Le porte-parole de l’Armée israélienne avait confirmé les frappes de vendredi. Des frappes qui s’inscrivent dans la doctrine israélienne qui veut que l’Armée gouvernementale syrienne est responsable aux yeux de Jérusalem pour ce qui se déroule en Syrie. Et que Tsahal réplique chaque fois qu’un projectile explose en Israël, qu’il ait été tiré intentionnellement, ou par erreur lors d’échanges de feu entre l’Armée d’Assad et les forces rebelles, également actives dans la région.

 

Mais aujourd’hui, le porte-parole de Tsahal s’est refusé, lorsque nous l’avons interpelé, à confirmer l’annonce des NDF. Plus surprenant encore, nos correspondants permanents sur la frontière – des habitants des villages druzes avoisinants -, qui ont la base de Naba al-Fawwar dans leur champ visuel, n’ont remarqué aucune activité de Tsahal dans la zone. Qui plus est, un haut responsable sécuritaire nous a appelés sous le couvert de l’anonymat pour nous informer que, contrairement aux dépêches, l’Armée israélienne n’est pas intervenue sur ce front ce matin.

 

Tout aussi étonnant, la breaking news initiale concernant l’ "incident" qui avait été publiée par l’Observatoire Syrien des Droits de l’Homme (OSDH) a disparu de son site d’information.

 

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Une photo des NDF qui ne prouve strictement rien

 

Ce que nous savons, en revanche, est que d’importants combats, dont nos reporters sur place ont été des témoins oculaires, opposant Armée régulière et rebelles du Front du Sud, font actuellement rage depuis plusieurs jours dans la partie syrienne du Golan. L’Aviation gouvernementale a ainsi effectué au moins 17 bombardements de la ville de Deera et de ses alentours. Deera est située à une cinquantaine de kilomètres au sud-est de Kouneitra, à 30km du point le plus proche sur la frontière israélienne, et à 5km de la Jordanie.

 

Nous savons également avec certitude que, lors des combats de ces dernières heures, un soldat syrien est mort après avoir probablement sauté sur une mine au sud de la localité druze syrienne de Hader, à 20km au nord de Kouneitra.

 

Nous ignorons les raisons qui ont poussé le responsable des NDF à transmettre l’information à la crédibilité très limitée à l’agence française. Une hypothèse est que les trois morts et les deux blessés ont été atteints lors de la riposte de Tsahal de vendredi et que le régime a tergiversé avant d’en publier le bilan humain. En reportant son annonce à aujourd’hui, il peut la présenter comme une attaque spontanée des Forces israéliennes (qui ne serait pas intervenue en réponse aux tirs de vendredi), ce qui aurait l’avantage, pour Damas, d’instiller l’idée qu’Israël rechercherait la confrontation sur le Golan.

 

Notre seconde hypothèse consiste en ce que les soldats syriens morts auraient été tués par des combattants rebelles, ce qui est nettement moins honorifique et héroïque que de succomber à une frappe israélienne. Cette seconde hypothèse possède de plus l’avantage d’ "illustrer" le "soutien" de Tsahal à la rébellion sunnite, qui constitue une constance dans la désinformation de Damas, tendant à expliquer les difficultés que son armée rencontre face à ses ennemis.

 

Reste que si cette annonce n’est pas véridique, ce qui semble être le cas, Damas subira l’effet boomerang de sa tentative d’enfumage en perdant encore un peu plus de sa crédibilité et en exposant à la lumière des projecteurs les objectifs constants de sa désinformation.

 

Notons cependant que la population alaouite de Syrie, ainsi qu’une partie des Druzes de Syrie et du Golan israélien, prennent ce genre de dépêches pour argent comptant, ce qui renforce chez eux le sentiment selon lequel la guerre se déroule principalement contre Israël.

 

Autres éléments qui renforcent le doute quant à la dépêche de l’AFP, l’espace aérien civil dans le nord d’Israël est resté ouvert sans interruption ce matin, alors qu’il est régulièrement fermé dès qu’un accrochage se produit dans le Golan. De plus, vendredi, des sirènes ont retenti avant et après les tirs en provenance de Syrie dans plusieurs localités frontalières israéliennes et ce dimanche, il n’en a rien été.

 

 
La France est un pays qui va très mal (info # 012304/17) Version imprimable
Analyse
dimanche, 23 avril 2017

 

Par Guy Millière

 

Quand cet article paraîtra, le premier tour de l’élection présidentielle française battra son plein. J’ignore qui seront les candidats en lice pour le second tour, et peu m’importe, car ce à quoi je tiens a déjà perdu.

 

Aucun des quatre candidats principaux n’ose dire qu’il défend les valeurs de la civilisation occidentale : au mieux, certains d’entre eux diront qu’ils défendent les “valeurs françaises”, sans aller plus loin et sans expliquer en quoi celles-ci consistent exactement.

 

Aucun des quatre candidats principaux n’ose se définir comme faisant partie du même ensemble civilisationnel que les Etats-Unis, ce qui est préoccupant dès lors que les Etats-Unis sont la principale puissance de la civilisation occidentale, et la seule au sein de la civilisation occidentale à même de résister à ceux qui veulent la détruire.

 

Aucun des quatre candidats principaux n’ose, a fortiori, afficher son amitié pour Israël, ce qui me semble très symbolique dès lors qu’Israël est un pays que tout partisan de la civilisation occidentale devrait défendre, parce qu’il est une démocratie en première ligne face au fanatisme, au totalitarisme et à la haine. Au mieux, un candidat pourra dire qu’il est “favorable à la sécurité d’Israël”, en ajoutant aussitôt qu’il est pour la création rapide d’un Etat palestinien, donc pour la création rapide d’un Etat terroriste voué à la destruction d’Israël.

 

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Un scénario proche de "Soumission", de Michel Houellebecq ?

 

Aucun des quatre candidats principaux ne propose une lutte efficace contre le terrorisme islamique et l’islamisation du pays. Deux d’entre eux, ceux issus de la gauche, évacuent totalement la question, ou presque, et ce fut flagrant au moment de l’attentat sur les Champs Elysées jeudi : l’un parle de la “violence” en général, en oubliant qu’il en a souvent été l’adepte, l’autre tient les propos flous et transparents qui le caractérisent. Les deux candidats de droite font mieux, mais Marine Le Pen propose une fermeture des frontières impossible à mettre en œuvre dans le contexte présent (combien d’agents de la police des frontières faudrait-il recruter, et quand seraient-ils opérationnels ?), et François Fillon suggère un combat contre l’islamisme "au côté de l’Iran", ennemi principal d’Israël, soutien primordial du Hamas et du Hezbollah. Sans commentaire.

 

L’un des quatre candidats, celui qui tient des propos flous et transparents, est, il y a peu, allé en Algérie, pays gouverné par un parti arrivé au pouvoir par le terrorisme et le crime contre l’humanité. Il a profité de l’opportunité pour dire que la colonisation française avait été un crime contre l’humanité. Je le prenais jusqu’à ce moment pour un candidat factice, mais il a montré à Alger qu’il se conduisait en complice des massacres de harkis et de pieds noirs, et il a d’ailleurs reçu les compliments de l’Etat Islamique pour ses belles paroles. Qu’il puisse être en lice pour devenir président suffit à me donner la nausée.

 

Un autre candidat, celui qui parle de la “violence”, est pire encore. Admirateur de criminels tels que Hugo Chavez, Fidel Castro ou Yasser Arafat, il a osé, dans une émission de télévision, juste après l’attaque islamique antisémite entre l’Hypercasher de la Porte de Saint Mandé refuser d’incriminer l’extrémisme islamique, mais ne s’est pas privé d’incriminer “l’extrémisme juif”. Un antisémite n’aurait pu que se délecter de ses mots. Qu’il puisse attirer tant d’électeurs potentiels suscite en moi un intense dégoût.

 

Marine Le Pen a été, je le dis parce que c’est un fait, la seule à oser incriminer le seul antisémitisme qui tue en France aujourd’hui, l’antisémitisme islamique. Elle a été la seule à oser parler de l’assassinat de Sarah Halimi, une femme médecin juive assassinée par un musulman “radicalisé” qui la traitait régulièrement de “sale juive” et qui est maintenant considéré comme un malade mental. Elle est malheureusement à la tête d’un parti fort peu présentable et a un programme économique très proche de celui de l’admirateur d’Hugo Chavez, Fidel Castro et Yasser Arafat.

 

Reste François Fillon. Même si son programme économique est moins mauvais que celui des trois autres, je ne peux oublier, outre ses suggestions d’alliance avec l’Iran, des propos qu’il a tenus dans un passé pas du tout lointain sur la communauté juive (censée selon lui n’avoir pas toujours respecté “toutes les règles de la République”) et sur Israël (“menace pour la paix mondiale”). Lors, quand bien même Fillon tiendrait d’autres propos aujourd’hui, je ne pourrais m’empêcher de penser qu’il s’agirait de paroles de circonstance.

 

Je comprends le désarroi de mes amis Juifs français. Je ne peux que leur conseiller, plutôt que voter au deuxième tour, de voter avec les pieds, en se déplaçant et en partant.

 

Il n’est pas facile de partir, je sais. Néanmoins, le peuple juif a un pays superbe, libre, démocratique, prospère, dynamique et fort. Des assassins peuvent agir dans ce pays, mais des assassins peuvent aussi agir en France.

 

Un ancien Premier ministre a dit que la France ne serait plus la France sans sa population juive.

 

Dès aujourd’hui, on peut légitimement se demander si la France est encore la France et ce qu’est vraiment la France.

 

Un pays où les quatre principaux candidats à une élection présidentielle sont les candidats dont je viens de parler est un pays qui va très mal.

 

Je ne m’attends pas, quel que soit le prochain président français, à ce que quoi que ce soit s’améliore.

 

Je pourrais voter pour un candidat libéral en économie, conservateur au sens américain du terme, donc défenseur du droit naturel des êtres humains et de la démocratie libérale face aux périls totalitaires, ennemi clair et net de tous les antisémitisme et de tous les racismes, défenseur sans détours ni circonlocutions de la civilisation occidentale en tant que civilisation judéo-chrétienne.

 

Ce candidat n’existe pas. Je crains qu’il ne puisse exister dans la France d’aujourd’hui.

 

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Riposte israélienne contre la Syrie (info # 032104/17) Version imprimable
Breaking News !
vendredi, 21 avril 2017

 

© Metula News Agency

 

20h 45 à Métula, 19h 45 à Paris

 

Comme nous l’avions pressenti dans notre breaking news précédente, Tsahal a riposté ce soir aux tirs de trois projectiles depuis la Syrie.

 

Le porte-parole de l’Armée a émis un communiqué laconique précisant que : "En réponse aux projectiles tirés depuis la Syrie qui ont touché les hauteurs du Golan septentrionales plus tôt dans la soirée, les Forces de Défense d’Israël ont visé les positions d’où ces lancements se sont produits".

 

Les "Forces de Défense de la Patrie", une milice à la solde du régime syrien, ont confirmé que Tsahal avait attaqué, à partir du territoire israélien, une batterie d’artillerie dans l’une des positions de l’Armée syrienne de la région de Kouneitra, en représailles à des tirs de mortiers sur le plateau du Golan.

 

Des media proches du régime ont rapporté des frappes de l’Armée de l’air israéliennes dans le même secteur. Cette nouvelle n’a pas été confirmée par d’autres sources.

 

Peu après notre breaking précédente de 18h 45, un troisième projectile syrien avait explosé dans des champs attenants au village druze israélien de Boukata sans causer de dégâts ni faire de victimes.

 

D’après des relais permanents de la Ména à Boukata précisément, Tsahal aurait à nouveau utilisé des missiles Tamouz lors de sa réplique. Lesquels ont frappé de plein fouet, et plus que probablement détruit, la batterie d’artillerie qui avait tiré – intentionnellement ou en visant des positions rebelles – sur Israël.

 

Les Tamouz ont un taux de réussite proche de 100% durant les cinq dernières années.

 

 

 
Deux obus syriens explosent en israël (info # 022104/17) Version imprimable
Breaking News !
vendredi, 21 avril 2017

 

© Metula News Agency

 

18h 45 à Métula, 17h 45 à Paris

 

Deux obus syriens ont explosé en cette fin d’après-midi de vendredi sur le territoire israélien, dans le centre du plateau du Golan, sans faire ni dégâts ni victimes.

 

Une équipe de reportage de la Ména se trouvait par hasard sur place, enquêtant sur un autre sujet, lorsque des échanges d’artillerie se sont produits.

 

Des positions de la rébellion ont été visées par l’Armée gouvernementale au sud du village d’al Qahtaniah, deux obus tombant à moins de 500 mètres de l’endroit où nous nous trouvions. Les points d’impacts se situaient à environ 3.5km au sud-est de la ville abandonnée de Kouneitra

 

La rébellion, à savoir le Front du Sud, a répliqué coup pour coup en ciblant des positions des troupes d’al Assad en direction du Nord.

 

Les obus de l’Armée régulière ont atterri en Israël environ 10 minutes après notre départ qui suivait une accalmie dans les échanges d’artillerie.

 

Tsahal est sans doute en train de riposter en direction des batteries gouvernementales responsables des tirs, comme il le fait chaque fois que le territoire israélien est touché.

 

Il y a quelques minutes, on apprenait que des sirènes annonçant d’autres bombardements avaient retenti en Israël dans le sud du Golan, dans la région de Bneï Yehouda et de Névé Hama, à 25km plus au Sud. Cette zone fait face aux seules positions de DAESH dans le Golan syrien, qui compte une enclave dans laquelle se sont regroupés environ 700 combattants de l’Etat Islamique.

 

Pour le moment, le porte-parole de Tsahal a uniquement annoncé la chute des deux obus syriens en Israël.

 

Nous reviendrons sur la situation dans le Golan au travers d’autres breaking news en cas d’aggravation de la tension, de dégâts ou de blessés.

 

 
Juffa analyse les 5 candidatures principales de l’élection française (012104/17) Version imprimable
Radio/audio - interview/reportage
vendredi, 21 avril 2017

 

© Metula News Agency

 

L’analyse de Stéphane Juffa, au micro de Jim Mosko, sur Radio Judaïca https://www.youtube.com/watch?v=LnYlh_0CPmg (Facebook).

https://youtu.be/qrtVgcTiSIs (Youtube)

 

Stéphane Juffa passe un à un en revue les cinq candidats principaux à la veille de la présidentielle française. Il parle de leur personnalité de leurs propositions et de leur rapport aux Israélites et aux Israéliens.

 

 

 
L’étrange béguin des chiraquiens pour Macron (info # 012004/17) Version imprimable
Analyse
jeudi, 20 avril 2017

 

Par Amram Castellion

 

Emmanuel Macron aime à dire qu’il bénéficie de soutiens de gauche, du centre, comme de droite. Ce n’est pas faux, même si ce n’est pas dans la même proportion : la très grande majorité de ses soutiens, comme des électeurs qui se prononceront pour lui dimanche prochain, vient d’un centre-gauche gestionnaire et responsable.

 

Reste que les soutiens à la « macronie » venus de la droite existent bel et bien. Ces soutiens, cependant, sont loin d’être issus uniformément des différentes écoles qui composent la droite française. L’immense majorité d’entre eux vient d’un seul cercle : celui qui entourait l’ancien Président Jacques Chirac, chef de l’Etat entre 1995 et 2007, que l’âge et la maladie empêchent désormais de participer au débat politique.

 

Plusieurs de ces soutiens sont explicites et officiels. Jean-Paul Delevoye, ancien ministre de la Fonction Publique de Chirac, est chargé de la sélection des futurs candidats du parti macroniste aux législatives de juin prochain. Un ancien ministre des Affaires Etrangères de Chirac, Philippe Douste-Blazy, et un ancien ministre de l’Economie, Jean Arthuis, se sont également prononcés pour le candidat du « ni droite ni gauche ». D’autres anciens ministres macronisés incluent Jean-Jacques Aillagon, Anne-Marie Idrac, Dominique Perben et Noëlle Lenoir.

 

En plus de ces ralliements ministériels, d’autres membres du cercle de proches de l’ancien président se sont engagés pour le jeune candidat. C’est le cas dans sa famille ; son petit-fils, Martin Chirac, a rejoint le parti macroniste. Sa fille, Claude Chirac, et son gendre, Frédéric Salat-Baroux, n’ont pas franchi le pas, mais ne cachent pas, dans les dîners en ville, le bien qu’ils pensent de l’impétrant. La famille de l’ancien maire de Paris, Jacques Tibéri, qui avait succédé à Chirac avec sa bénédiction à la mairie de la capitale, s’est elle aussi macronifiée.

 

Plus ambiguë est la position de deux anciens Premiers ministres de Chirac, Alain Juppé et Dominique de Villepin. Le premier, après avoir perdu contre François Fillon lors des primaires de la droite et du centre, a officiellement annoncé, après s’être fait prier, qu’il soutiendrait le candidat de son propre camp. Mais il multiplie les migraines de diva quand il s’agit de venir prouver ce soutien sur le terrain ou devant les caméras, et les mises en garde ronchonnent quand on lui en parle.

 

Après avoir parlé des militants de son propre parti, soutiens de son propre candidat, comme d’un « noyau radicalisé » de militants (une expression généralement réservée aux soutiens de l’Etat islamique), Juppé, avant-hier, a déclaré qu’il se « retrouverait dans l’opposition » si un Président Fillon faisait entrer au gouvernement des représentants de la droite catholique conservatrice. Comme par exemple Christine Boutin, qui fut déjà ministre du Logement pendant deux ans, entre 2007 et 2009, sans que la France subisse exactement les affres d’une terreur blanche.

 

Quant à Villepin, Premier ministre de Chirac entre 2004 et 2007, sa politique semble être de tout faire pour indiquer son soutien à Macron, sauf de l’annoncer explicitement. Les deux hommes se déclarent réciproquement leur amitié à l’antenne, dans l’intimité de quelques millions d’auditeurs.

 

Lundi dernier, BFM (surnommée « radio Macron » pour son engagement constant et caricatural en faveur du candidat) a suggéré que Villepin ferait un bon Premier ministre pour un Président Macron. Et Macron n’a pas dit le contraire.

 

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Me revoilà. Vous m’avez manqué

 

Ce ralliement massif, qu’il soit explicite ou implicite, de chiraquiens à Macron est-il l’indice d’une orientation idéologique particulière du candidat ? Probablement pas – ne serait-ce que parce qu’Emmanuel Macron, tout occupé qu’il est à mettre sa personne au centre de l’image, n’accorde pas la moindre importance à la cohérence idéologique. Il a annoncé successivement que la colonisation avait été un crime contre l’humanité, et qu’il fallait en assumer les aspects positifs. Qu’il n’y a pas de culture française et que la France ne serait jamais, sous son principat, un pays multiculturel. Que les opposants au mariage pour tous ont été injustement humiliés par le Président Hollande, et que l’idée même de donner à l’un d’entre eux un secrétariat d’Etat au Sport est le signe d’une insupportable radicalité. Qu’il renvoyait un de ses correspondants départementaux convaincu de sympathie islamiste, puis qu’il ne le renvoyait pas, puis qu’il l’écartait, ce qui, semble-t-il, est très différent et revient exactement au même, selon la personne à qui on s’adresse.

 

Mais si Macron n’a aucune cohérence idéologique, aucune colonne vertébrale mentale, les chiraquiens, eux, en ont une. Leur entrée en masse dans les équipes Macron, avec la chasse aux postes qui en résulterait nécessairement s’il était élu, fera revenir au pouvoir des réflexes et des raisonnements caractéristiques de toute cette école de la droite française.

 

Tout d’abord, les chiraquiens – à l’exemple de leur maître, lorsqu’il était encore lucide – sont des partisans résolus du multiculturalisme. S’il y a une chose sur laquelle Jacques Chirac n’a jamais varié, c’est sur l’idée que toutes les cultures se valent, que toutes doivent être également respectées, et que seule une arrogance raciste peut conduire les Occidentaux à préférer leur propre culture à celle des autres.

 

Dans une déclaration restée fameuse, parce qu’aussi fausse en fait qu’elle était psychologiquement révélatrice, le président Chirac avait affirmé en 2003 à un homme politique catholique, Philippe de Villiers, que « les racines de l’Europe sont autant musulmanes que chrétiennes ». Au nom de cette vision fantasmatique de l’histoire, la France de Chirac avait bloqué la tentative d’autres pays européens de faire figurer dans le préambule du projet de Constitution européenne une référence à ces « racines chrétiennes », historiquement exactes mais politiquement déplacées.

 

Multiculturalistes de principe, les chiraquiens ont aussi une attitude, disons, sans sévérité excessive en matière de morale financière. Là encore, l’exemple vient du sommet. L’ancien président vit, depuis qu’il a quitté l’Elysée, dans un appartement parisien appartenant à l’actuel Premier ministre libanais Saad Hariri, qui le met gratuitement à sa disposition. De nombreux témoins, à Paris, rapportent en confidence que cette dépendance financière personnelle envers des intérêts étrangers était déjà en place lorsque Jacques Chirac et le père de Saad, Rafic Hariri, étaient tous deux aux affaires.

 

Si cela est exact, cela signifie que la politique extérieure de la France a été définie en fonction de paiements personnels d’un dirigeant à l’autre. On ne peut que constater, qu’au Moyen-Orient, la politique française sous Chirac a suivi les virages des intérêts de la famille Hariri : fortement pro-syrienne jusqu’à 2004, puis en première ligne contre la république baathiste après la rupture entre Bachar Assad et Rafiq Hariri la même année et l’assassinat du second sur l’ordre du premier en 2005.

 

Les bonnes habitudes ne se perdant pas si facilement, Dominique de Villepin, depuis qu’il a pris sa retraite de la politique, vit une existence de millionnaire grâce à des missions d’avocat et de conseil. Parmi ses clients les plus généreux figure, en première place, l’Emirat du Qatar. On ne peut pas exclure que si Villepin, comme la macronie le laisse désormais entendre, devenait le Premier ministre ou le ministre des Affaires Etrangères d’un jeune président sans expérience internationale, les intérêts géopolitiques de ses bienveillants parrains auraient au moins autant d’influence sur son action que ceux de la France.

 

Enfin, le mélange de multiculturalisme de principe et de vénalité à la bonne franquette des chiraquiens les conduit presque tous à ne pas avoir une vision particulièrement favorable de l’Etat d’Israël en particulier et des Juifs en général. Jacques Chirac a une rue à son nom à Ramallah - un hommage généralement réservé aux dictateurs sunnites ou aux auteurs d’attentats suicide. Une de nos sources régulières à Paris, qui travaillait alors à l’Elysée, a personnellement entendu Villepin, pendant la deuxième Intifada, expliquer – tout en regrettant les assassinats suicide – que ceux-ci étaient inévitables car « le Moyen-Orient a toujours rejeté les éléments étrangers ».

 

En parfait accord avec cette vision fantasmagorique de l’histoire, la présidence de Chirac, surtout lorsque Villepin était son Premier ministre, a caractérisé le point le plus bas de toute l’histoire des relations franco-israéliennes. La France a condamné en 2002 l’opération Rempart – la vaste opération de sécurisation des territoires palestiniens qui a permis de mettre fin à la seconde Intifada. Elle a condamné l’attaque du Hezbollah par Israël en 2006, considérant sans doute que la violation de la frontière par le Hezb et l’assassinat spontané de huit soldats en territoire israélien constituaient un fait sans importance. Chirac s’était même permis, dans un premier temps, de critiquer le retrait de Gaza en 2005 pour son « unilatéralisme », avant de changer d’avis et de féliciter Sharon.

 

En France même, si les chiraquiens ont toujours maintenu un soutien sans faille des forces de l’ordre à la protection physique de la communauté juive, la période Chirac a été marquée par une intimidation intellectuelle systématique des pro-israéliens. C’est l’époque où la télévision d’Etat passait en boucle et à répétition des images falsifiées de « cruauté israélienne » dans les territoires, refusait de donner la moindre voix aux sceptiques, et présentait trois fois par jour la cause palestinienne comme l’accomplissement de la moralité universelle.

 

S’il reste aujourd’hui des nostalgiques de cette époque, il y a pour eux une bonne nouvelle : presque tous ceux qui étaient aux commandes, en politique comme dans la presse, sont encore vaillants et prêts à reprendre du service.

 

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L’intelligence stratégique de Donald Trump (info # 011604/17) Version imprimable
Analyse
dimanche, 16 avril 2017

 

Par Guy Millière

 

Je pense avoir été quasiment le seul, lorsque Donald Trump s’est présenté á l’élection présidentielle américaine, à avoir dit qu’il avait une stratégie et qu’il entendait aller très loin, si possible jusqu’au bout. La plupart des commentateurs à l’époque le traitaient de clown. J’ai été l’un des seuls, parmi les commentateurs conservateurs, à avoir continué à afficher mon soutien pour sa candidature au cours des mois qui ont mené à la victoire du 8 novembre. J’ai consacré un livre à ce sujet : Après Obama, Trump ? J’ai eu un instant de doute avant l’élection : je pensais que les instituts de sondage tenaient à leur réputation et ne s’autoriseraient pas à afficher des résultats faux, je me suis trompé sur leur compétence.

 

J’ai, depuis l’élection, tenté régulièrement d’expliquer ce que seraient les grandes orientations de la politique de Donald Trump. Aux fins d’être précis et détaillé, j’ai consacré un nouveau livre au sujet, qui sera très bientôt disponible [et qui peut être acheté en précommande par ceux qui veulent être sûrs d’en disposer en cliquant sur ce lien]. J’insiste dans le livre sur la nécessité pour tous ceux qui sous-estiment Donald Trump et qui usent à son égard d’une arrogante et inepte condescendance à lire ses écrits et en particulier son livre The Art of the Deal. Et j’insiste sur l’un des points clé de cet ouvrage : ce qu’il décrit comme la façon de mettre en place des rapports de force aux fins de créer une situation gagnante. J’y explique aussi que Donald Trump n’est pas un isolationniste contrairement à ce que d’aucuns ont hâtivement écrit.

 

La frappe décidée par Donald Trump en Syrie (magistralement expliquée pour la Metula News Agency par Stéphane Juffa la semaine dernière) montre que Donald Trump n’est pas un isolationniste, mais un stratège d’exception. Elle montre aussi une mise en œuvre des principes exposés dans The Art of the Deal. Donald Trump a été confronté à un acte de guerre du régime Assad. Il l’a analysé. Il a réagi non pas de manière impulsive, mais posément et de façon décisive.

 

Par un tir de cinquante-neuf missiles de croisière, il a montré au régime Assad qu’il fixait des limites strictes à la capacité d’action de celui-ci, et a informé le dictateur syrien qu’il pouvait être écarté du pouvoir et que la décision, le cas échéant, serait prise à Washington. Il a signifié aussi à Vladimir Poutine que la Russie n’était pas capable de tenir fermement le régime Assad et n’avait pas respecté sa parole pour ce qui concerne l’élimination des armes chimiques en Syrie. Et il a dit à Vladimir Poutine que toute décision sur le futur de la Syrie impliquait l’assentiment de Washington : il n’a pas fermé la porte à des négociations avec Poutine ; il a simplement posé les conditions d’une négociation, en rappelant qu’il y avait une superpuissance, une seule, et que les années de faiblesse qu’ont été les années Obama étaient terminées.

 

Il a, dans le même mouvement, signifié à l’Iran et aux mollahs de Téhéran, qui sont les véritables maitres du régime Assad et qui prétendent faire de l’Iran la puissance hégémonique régionale, que les Etats-Unis entendaient fixer des limites à cette prétention ; et que les USA ne resteraient pas sans réagir si l’Iran dépassait lesdites limites. Cela vaut à l’évidence pour les actions iraniennes en Syrie, mais aussi pour celles du Hezbollah au Liban, et pour toute autre velléité d’action du régime iranien (les discours des dirigeants iraniens ces derniers jours montrent que le message de Trump a été reçu et suscite bien des grincements de dents à Téhéran).

 

Trump a, dans le même mouvement encore, signalé aux alliés kurdes qu’ils seraient, si nécessaire, protégés et à la Turquie, qu’elle était elle-même sous surveillance.

 

Il n’a aucunement favorisé, faut-il le dire, les groupes islamistes sunnites présents en Syrie, puisqu’au contraire, il a renforcé la présence de forces spéciales américaines à proximité de Mossoul et de Raqqa ces derniers jours. L’Armée américaine construit une base à Tabqah, à une quarante de kilomètres au sud-ouest de Raqqa ; il y a dix mille soldats américains sur le terrain.

 

Le nouveau président américain a agi dans le contexte de l’élaboration d’une alliance destinée à endiguer l’Iran, composée des régimes sunnites (Arabie Saoudite, Egypte, Jordanie, émirats), et d’Israël.

 

Trump a aussi adressé un message à la Chine, et le fait que le président chinois ait été invité à un diner chez Trump au moment où le tir sur la Syrie allait être réalisé n’a sans aucun doute rien dû au hasard. Trump aurait pu attendre. Il a choisi de ne pas attendre.

 

Des journalistes dignes de foi ont rapporté que Trump a conseillé à Xi Jinping de regarder la télévision dans la soirée. Il aurait aussi dit à Xi Jinping de suggérer au dictateur nord-coréen, Kim Jong-Un, de regarder la télévision lui aussi. Trump a confirmé, depuis, dans un entretien diffusé sur Foxnews ce qu’ont rapporté les journalistes en question. Une très puissante flotte américaine vogue désormais à proximité de la Corée du Nord. Et la Chine semble avoir compris le message. Cent cinquante mille hommes de troupe sont déployés sur les frontières de la Corée du Nord. Il semblerait que Kim Jong-Un, tout en persistant à vociférer, se cache soigneusement.

 

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Nous nous sommes bien compris, Xi, tout est clair ?

 

En larguant une bombe très puissante (GBU-43/B Massive Ordnance Air Blast) sur la base arrière de l’Etat Islamique en Afghanistan, le pensionnaire de la Maison Blanche a insisté sur le message affiché lors de la frappe en Syrie. Les semaines à venir vont permettre d’observer la suite des évènements.

 

Il ne fait aucun doute que ce sera passionnant, aucun doute que la doctrine Trump est en train de prendre forme et consistance.

 

Nombre d’observateurs semblent ne pas comprendre la doctrine du nouveau président. Ils ne font ainsi que montrer leur incapacité à comprendre quoi que ce soit, et leurs piètres capacités d’analyse.


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Que vaut une synagogue ? (info # 011204/17) Version imprimable
Culture
mercredi, 12 avril 2017

 

Par Llewellyn Brown

 

Le prestige dont jouissait notre patrimoine autrefois est aujourd’hui affaibli. Sans évoquer les ravages causés par la guerre ou le fanatisme religieux, nous assistons à des tentatives d’effacement qui suivent des voies pacifiques et légales : en France, des édifices religieux, désaffectés faute de fidèles, sont parfois démolis ou transformés ; des monuments ou des hauts lieux de notre culture sont aussi cédés à des étrangers fortunés.

 

Un lieu et une histoire

 

Une menace de cette nature pèse aujourd’hui sur la célèbre synagogue de la rue Copernic à Paris, que l’Union Libérale Israélite de France (ULIF) fit construire1 en 1923-1924. Pièce unique en son genre – un exemple de l’Art déco –, cet édifice date d’un moment où, contrairement à la grande époque du tournant du siècle, on ne construisait plus de synagogues : dans la société environnante, l’ambiance devenait déjà oppressante pour les Juifs, ceci faisant que les synagogues de style Art déco sont rares en Europe.

 

La salle principale de l’édifice conserve aujourd’hui de nombreuses caractéristiques décoratives et structurelles notables : une verrière vitrail, portant un magen David (étoile de David) rayonnant, signée P-J Tranchant et datant de 1924 ; des frises en bas-relief caractéristiques de l’Art déco. Sans être classé monument historique – bien à tort –, le bâtiment actuel est presque centenaire.

 

L’un de ses aspects les plus remarquables ne peut qu’échapper au non-spécialiste : dans la salle principale, des poutres soutiennent un plafond plat surmonté d’une coupole, en sorte que le poids de cette dernière n’est pas distribué directement sur les murs porteurs. Il s’agit d’un morceau de virtuosité technique, imaginé par l’architecte Marcel Lemarié.

 

Une histoire ensanglantée

 

En plus des aspects architecturaux, certains événements marquants entourant ce lieu restent dans toutes les mémoires. Le 3 octobre 1941, d’abord, des actes terroristes touchèrent plusieurs synagogues parisiennes, dont celle de la rue Copernic. Des miliciens français firent exploser une bombe, causant la destruction partielle de l’édifice, que la communauté reconstruisit dès 1946.

 

Ensuite, le vendredi 3 octobre 1980 (date anniversaire de la précédente attaque !), au sortir de l’office, eut lieu l’attentat perpétré par le groupe d’Abou Nidal, causant la mort de quatre personnes et de nombreux blessés.

 

Si ce dernier événement donna lieu à des manifestations de soutien à l’échelle nationale et internationale, les réactions furent plus mitigées du côté des autorités françaises. Pour dénoncer l’attentat, Raymond Barre fit une distinction scabreuse entre les « Israélites qui se rendaient à la synagogue », et les « Français innocents qui traversaient la rue ».

 

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Tout n’est pas délébile, témoignage d’un autre temps :

200 000 Parisiens prennent la rue en 1980 suite à l’attentat contre la synagogue

 

Puis un appel anonyme passé à l’AFP, revendiquant la responsabilité de l’explosion au nom d’un groupuscule d’extrême droite, offrit le prétexte idéal pour détourner l’enquête de la piste des Arabes du Proche Orient. La gauche prétendit que Giscard était complice des extrémistes, et le nouveau gouvernement socialiste continua à pousser l’enquête dans la même direction. C’est le juge antiterroriste Marc Trévédic qui lança un mandat d’arrêt contre Hassan Diab, l’un des assassins présumés du Front Populaire de Libération de la Palestine, établi depuis au Canada, de sorte que celui-ci fut enfin mis en examen et en détention, en… 2008. Diab, qui s’est reconverti en maître de conférences dans deux universités de la capitale Ottawa, est extradé vers la France en 2014. Il y est incarcéré avant d’être remis en liberté en 2016, après l’audition d’un témoignage mettant en doute sa participation à l’attentat.

 

La démolition : un choix radical

 

Malgré la valeur patrimoniale incontestable de ce lieu, en 2015, le conseil d’administration de l’ULIF – sous la présidence de Jean-François Bensahel, flanqué de ses adjoints Guy Bouaziz et Bruno Fraitag – annonça sa décision de démolir tout simplement l’immeuble historique, pour le remplacer par une construction neuve. Non seulement rien n’a été prévu pour la conservation des éléments patrimoniaux, mais la source envisagée des financements reste entourée de mystère : où cette petite communauté est-elle supposée trouver la bagatelle de 20 millions d’euros environ, nécessaires à la réalisation du projet ?

 

Le secret et la précipitation semblent avoir présidé à l’action de Jean-François Bensahel, qui a su s’assurer du soutien des membres du conseil d’administration. Certes, en février de cette année, les cotisants de l’ULIF furent conviés à une présentation du projet par les architectes, mais on a surtout évité de solliciter l’avis de la communauté dans son ensemble.

 

Bien sûr, divers arguments sont avancés pour justifier la démolition, mais ils demeurent singulièrement spécieux. L’on prétend que le bâtiment ne serait plus suffisamment solide à la suite de l’attentat de 1980. Ce n’est guère sérieux : la Ville de Paris et les Bâtiments de France eussent alors fermé ce lieu de réunion depuis longtemps. On argue de l’impératif d’une « mise aux normes ». Suivant cette logique cependant, il faudrait raser tous les monuments historiques de France, sans compter que les normes d’aujourd’hui seront inévitablement obsolètes dans cinq ans.

 

Un patrimoine universel

 

Cette synagogue témoigne de l’amour, de la dévotion et de l’énergie que des hommes et des femmes ont consacré à la fondation et à la conservation de ce lieu. Par exemple, quand la verrière fut fracassée en 1980, toute la communauté s’investit pour la faire restaurer. Aujourd’hui cependant, son sort est jugé négligeable : au mieux, elle sera logée « dans un coin quelque part ». C’est bien à de tels points de détail que l’on mesure le véritable esprit d’une entreprise : en l’espèce, le mépris des générations passées, du patrimoine architectural, et de la communauté actuelle.

 

 

 

Note :

 

1Voir Dominique Jarrassé, Guide du patrimoine juif parisien, photographies de Sylvain Ageorges, Parigramme, 2003.

 

Contact : Association pour la Sauvegarde du Patrimoine Architectural de Copernic accp.paris@gmail.com.

 

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Marche blanche pour Sarah Halimi (info # 010904/17) Version imprimable
Breaking News !
dimanche, 09 avril 2017

 

Par Anne Reinaud, à Belleville

 

Entre recueillement, chagrin, colère et abattement.

 

A l'appel du CRIF et d'autres associations juives, une marche blanche vient de se terminer à Paris.

 

Partie de Belleville cette marche blanche est dédiée à Sarah Halimi assassinée par son voisin dans la nuit de lundi à mardi derniers. Le meurtrier présumé, un certain Kada Traoré, l’a défenestrée.

 

Madame Halimi était âgée de 66 ans, elle laisse une fille et un fils.

 

Selon le témoignage de ce dernier, Sarah Halimi redoutait son voisin, l’auteur du crime, qui l’avait plusieurs fois, de même que sa fille, traitée de "sale juive".

 

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Photo : Anne Reinaud © Metula News Agency

 

C'est sous un soleil presque estival qu'environ 800 personnes se sont rassemblées pour rendre hommage à la victime. La météo franchement radieuse tranchait avec l'atmosphère triste et recueillie de la marche.

 

De nombreuses personnes s'étaient munies de roses blanches. Dans la foule, des participants avaient des larmes plein les yeux.

 

Les commentaires fusaient ; on entendait de nombreux "quelle horreur !".  Une femme racontait en pleurant : "Cinquante ans que j'habite Belleville et maintenant j'ai peur, j'ai peur !".

 

Un autre thème revenait souvent dans les propos de la foule : "Evidemment presque personne n'en parle dans les media, et pas un homme politique n’est là aujourd'hui; ils s'en foutent!".

 

Le cortège est finalement arrivé au pied de l'immeuble où vivait Mme Halimi. Il a entonné d’une seule voix l’hymne israélien, l’Hatikva (l’espoir) et la Marseillaise.

 

Les marcheurs ont scandé le nom de Madame Halimi, d’autres récitaient la prière : "Barouk Dayan emet", bénis soit le Juge de vérité, répétant la formule de circonstance : "Plus jamais ça", sans vraiment pouvoir y croire.

 

J’apprends de la bouche de responsables de la sécurité de la manifestation que des heurts limités se seraient produits lors de la dislocation du cortège à l’initiative de provocateurs issus de la communauté immigrée. Le réseau de surveillance de la communauté israélite fait état d’attroupements hostiles à Belleville de jeunes gens appartenant à ladite communauté.

 

 
L’incitation à la haine antijuive et anti-israélienne se poursuit en France et en Europe (020904/17) Version imprimable
Analyse
dimanche, 09 avril 2017

 

Par Guy Millière

 

La manifestation des antisémites islamo-gauchistes d’Europalestine à Paris il y a huit jours a rassemblé très peu de personnes, deux centaines tout au plus. Les contre-manifestants ont été plus nombreux. Cela peut sembler une bonne nouvelle. Ce serait effectivement une bonne nouvelle si on pouvait imaginer qu’il n’y a que deux centaines d’antisémites en France et que ceux qui combattent courageusement l’antisémitisme et les incitations à la haine d’Israël sont bien plus nombreux que les antisémites. La réalité est hélas différente.

 

Les antisémites rassemblés à l’appel d’Europalestine sont les plus excités, les plus haineux. Ils sont la lie de la terre. Mais il existe tout un ensemble de gens qui, sans être consciemment antisémites ou sans l’assumer explicitement, trouvent que les Juifs ont trop d’influence en France et dans le monde. Tout en pensant sans doute qu’Europalestine exagère un peu, ils songent très vraisemblablement que tous les slogans d’Europalestine ne sont pas faux. Il existe un plus grand nombre de gens encore, qui, sans être résolument anti-israéliens, considèrent qu’Israël est une force d’oppression et fait subir une situation intolérable au “peuple palestinien” et qui, sans s’identifier aux visages haineux des membres d’Europalestine, songent sans aucun doute que les exigences de ce groupuscule sont fondées.

 

Il en est ainsi parce que les grands media en France pratiquent l’information d’une manière effroyablement biaisée et participent à l’incitation à la haine de manière insidieuse et hypocrite, souvent, hélas, en toute bonne conscience.

 

Si aucun grand quotidien français ne met en cause les Juifs en tant que tels, des tribunes paraissent ici ou là pour critiquer le diner annuel du Crif, pourtant bien anodin et souvent très politiquement correct. Les sites qui défendent de manière nette et explicite Israël sont fréquemment qualifiés de “sites d’extrême-droite” et définis, selon l’expression débile née dans les colonnes du journal Le Monde, comme faisant partie de la “fachosphère”.  

 

Lorsqu’il s’agit d’Israël, c’est infiniment pire. Pas un seul grand quotidien, pas même Le Figaro, où les nouvelles concernant Israël sont couvertes par un militant propalestinien appelé Cyrille Louis, ne présente les choses autrement qu’en s’alignant sur le point de vue de l’Autorité Palestinienne ou de l’extrême gauche israélienne.

 

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Le nouveau livre de Guy Millière

[Pour accéder à la présentation et au bulletin de commande]

 

En cherchant sur Google quels étaient les titres du magazine Le Point concernant Israël au moment de rédiger cet article, j’ai trouvé deux titres, et deux titres seulement : “Israël : Benjamin Netanyahu, libre de grignoter la Palestine”, et “Israël sous les critiques en approuvant la première colonie depuis 1991”. En cherchant sur le site de L’Express, j’ai trouvé : “Israël menace de détruire les systèmes syriens de défense aérienne” (c’était avant l’utilisation par Bachar al Assad, une nouvelle fois, de gaz neurotoxiques et la réaction américaine qui s’en est suivie).

 

En regardant du côté du Nouvel Observateur, je n’ai découvert que des titres plus anciens, mais le premier qui est apparu est celui-ci : “Israël : grâce à Trump, l'extrême droite se sent pousser des ailes”. Si je prenais les reportages télévisés, les résultats seraient similaires.

 

Un Français qui ne s’informe que par le biais des media français ne peut qu’avoir l’esprit gravement déformé, penser, pour reprendre les titres que je viens de citer, qu’il existe un pays appelé Palestine et un ignoble Premier ministre israélien qui le “grignote”, qu’Israël “colonise” et doit pour cela être critiqué (par des “anticolonialistes” sans doute), qu’Israël “menace” un pays, la Syrie, qui veut juste se défendre, qu’il existe en Israël une “extrême droite” (des nazis sans doute, à moins que ce ne soit des ”fachos”, comme disent les journalistes “très cultivés” du Monde).  

 

Le résultat est clair, et il n’est pas étonnant dans ces conditions que, comme je l’ai déjà noté, pas un seul candidat à l’élection présidentielle française n’affirme être du côté de la démocratie israélienne et ne dise que le conflit entre Israël et les Palestiniens relève du conflit entre une démocratie et des forces totalitaires faisant appel au terrorisme.

 

Ce qui vaut pour la France vaut, hélas, pour toute l’Europe. Les déclarations, les positions et les actions de l’Union Européenne en font une entité presque aussi anti-israélienne que l’Organisation des Nations Unies. Et quand je vois le nom de Federica Mogherini, Haute représentante de l’Union Européenne pour les Affaires Etrangères, et celui d’Israël accolés dans un gros titre, je sais d’avance que le texte qui suivra sera un texte très négatif aux dépens Israël.

 

Je ne vois strictement aucune raison pour que cela s’améliore. Des tendances politiques profondes sont à l’œuvre. La France comme le reste de l’Europe a choisi l’apaisement devant l’islam politique et soutient depuis longtemps la “cause palestinienne”. L’électorat musulman va compter de plus en plus en Europe, et il n’est nul besoin de faire des analyses très fouillées pour savoir de quelle façon celui-ci vote massivement.

 

Les relations entre Israël et les Etats-Unis sont bien meilleures depuis que Donald Trump est à la Maison Blanche, et l’alliance entre Isra&eu