Un officier syrien et un responsable du Hezbollah éliminés dans le Golan syrien (020506/20) Version imprimable
Exclusivité
vendredi, 05 juin 2020

 

[Breaking - exclusif]

© Metula News Agency

 

Métula, vendredi 15h00 à Métula, 14h00 à Paris.

 

A Om Elmiathin, à 6km à l’est de Deraa dans le sud du Golan syrien il y a quelques instants [carte].

 

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Om Elmiathin, Deera et le Golan

Service cartographique © Metula News Agency

 

Un officier supérieur de l’Armée gouvernementale syrienne ainsi qu’un haut responsable de la branche exécutive armée du Hezbollah ont été abattus à bout portant par un tireur qui a immédiatement pris la fuite.

 

Ils se trouvaient dans le même véhicule et circulaient sur l’axe principal à proximité du bourg d’ Om Elmiathin [carte].

 

Om Elmiathin se situe également à 6km au nord de la frontière jordanienne, à 37km au sud-est de celle d’Israël et à 89km au sud-est de la rédaction de Métula.

 

Par ailleurs une importante activité aérienne se déroule en se moment dans notre région. Mais nous n’avons pas l’intention de la commenter afin de ne pas risquer de mettre en péril la vie des pilotes et d’autres militaires.


 

 
Raid attribué à Israël dans l’ouest de la Syrie (010506/20) Version imprimable
Breaking News !
jeudi, 04 juin 2020

 

© Metula News Agency

 

Métula, vendredi 02h45 à Métula, 01h45 à Paris.

 

Tard dans la soirée de jeudi des appareils israéliens – selon les media officiels syriens – ont attaqué quatre objectifs dans le secteur de la ville de Masyaf, à 154km au nord de Damas, et 207 de la rédaction à Métula dans le même point cardinal [carte].

 

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Service cartographique © Metula News Agency

Base : Google Earth Pro

 

Les appareils sont semble-t-il venus du Liban et ont lancé leurs missiles – probablement des évolutions des missiles Dalila - à la limite du territoire syrien.

 

Les objectifs identifiés étaient situés dans un complexe de fabrication et d’entreposage d’armements au nord de Masyaf, déjà frappé par le passé par le Khe’l Avir, l’Aviation israélienne.

 

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Sur cette photo, on distingue les 4 foyers principaux

des objectifs du raid attribué à Israël

 

Les explosions sur la photo ressemblent à la détonation de munitions.

 

Aucun appareil ni missile appartenant aux assaillants n’a été touché par la DCA (Défense Contre Avions) syrienne

 

On dénombre des dizaines de morts et de blessés, principalement des soldats syriens et iraniens. Il y aurait une trentaine de morts selon un médecin de l’hôpital de Masyaf joint par Michaël Béhé au téléphone avant que la communication ne soit interrompue.

 

Un importante batterie de missiles antiaériens S-300 et S-400 est située à proximité (+-10km) de la position attaquée. Elle se trouve sous le contrôle de soldats russes qui n’ont pas ouvert le feu. Le Q.G du corps expéditionnaire russe en Syrie est établi sur l’aéroport de Khmeimim, à 50km uniquement au nord-ouest de la cible du raid de cette nuit.

 

Nos spécialistes continuent leurs investigations afin de tenter de recueillir plus d’informations quant à la nature précise des objectifs détruits ainsi que sur les bilans humains et matériels détaillés.

 

 

 
Russes, Américains et Israéliens négocient le retrait des Iraniens de Syrie (010306/20) Version imprimable
Analyse
mercredi, 03 juin 2020

 

Par Ilan Tsadik

 

La majeure partie de cette analyse est réservée aux abonnés en règle de la Ména

 

Les confrères ne l’ont pas remarqué mais cela faire plus de deux semaines que nous n’avons pas eu à signaler de raids massifs attribués à Israël en Syrie. Et si nous n’en avons pas parlé, c’est qu’il n’y en a pas eu.

 

Certes, il y a eu des petits coups de poing ponctuels mais qui n’ont rien à voir avec l’offensive généralisée qui visait entre six et dix fois par mois les points d’appui ainsi que les installations militaro-industrielles des Pasdaran [le corps des Gardiens de la "Révolution" khomeyniste] dans le pays d’Assad. Avec des frappes au cœur de Damas, à Homs, à Alep et sur la frontière syro-irakienne, sans compter la zone frontalière dans le Golan.

 

Hier, selon un rapport précis de Jules Mazouz, nos grandes oreilles, un appareil non identifié a oblitéré cinq supplétifs étrangers de l’Iran dans la zone de Boukamal [carte]. L’information est confirmée par notre bureau de Beyrouth.

 

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L’autoroute iranienne en rouge, avec les zones de fortifications des

Pasdaran dans la région de Boukamal

Service cartographique © Metula News Agency

 

 

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Encore un face-à-face Tsahal-Armée libanaise (010206/20) Version imprimable
Breaking News !
mardi, 02 juin 2020

 

Par Stéphane Juffa

 

Métula, mardi.

 

J’étais en train de relire un article d’analyse qui paraîtra très prochainement, lorsqu’en milieu d’après-midi je fus interpelé par Jules Mazouz, les grandes oreilles de la Ména, qui m’indiqua qu’un incident était en cours dans la région du kibboutz Misgav Am. Selon Mazouz, les armées israélienne et libanaise se faisaient face à quelques mètres de distance.

 

J’abandonnai mon travail pour donner la priorité à l’actualité ; je ne pris pas même la peine d’emporter notre matériel de prise de vues, qu’il m’aurait pris une bonne vingtaine de minutes de préparer, et me rendis sur place équipé de la seule caméra de mon téléphone portable.

 

Pour gagner un peu de temps supplémentaire, j’empruntai au volant de la Land Rover de l’agence la route militaire qui rallie à flanc de montagne Métula à une base de Tsahal située juste à côté du village (moshav) de Margaliot.

 

J’arrivai à Misgav Am, distante de 3.8km à vol d’oiseau, en quelques minutes et n’eus aucun mal à identifier l’endroit du face-à-face, à une cinquantaine de mètres tout au plus de la barrière de sécurité au sud-ouest du kibboutz [point rouge et jaune sur la carte].

 

La carte suivante qui figure l’ongle de la Galilée aide à saisir le problème : la ligne bleue représente la frontière internationale entre Israël et le Liban ; la ligne jaune pâle, la barrière de séparation et la route de patrouille de Tsahal qui est adossée contre elle.

 

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L’ongle de la Galilée, la région la plus septentrionale d’Israël

Service cartographique © Metula News Agency

 

Nous en avons déjà parlé, la raison pour laquelle les deux lignes ne suivent pas le même tracé relève du fait qu’il est matériellement impossible de construire un mur et une route qui épouseraient parfaitement la frontière pour des raisons de topographie, d’utilisation et de coût.

 

Pour toutes ces raisons, l’Etat hébreu a choisi de bâtir la barrière de séparation, qui se change en mur de six mètres de béton sur certaines portions, mais toujours en retrait de la frontière internationale afin de ne pas indisposer les voisins libanais et de ne pas leur donner de raison de nous chercher chicane à tout bout de champ.

 

En 2 000, lors du retrait du Liban-sud, Tsahal a évacué l’ensemble du territoire voisin au mètre près, ce qui a été reconnu par les géomètres de l’ONU qui ont balisé la frontière.

 

Ceci dit, Israël n’a nullement renoncé à sa souveraineté sur la totalité de son territoire, même si les sections qui se trouvent au-delà de la clôture ne sont pas accessibles aux civils. Encore, sur la carte, les cartographes de l’agence n’ont choisi de présenter que les endroits où la différence entre les deux lignes mesure quelques dizaines de mètres (jusqu’à 70 au maximum), mais en de très nombreux points, notamment autour de Métula, Israël s’étend jusqu’à dix mètres par-delà l’ouvrage de sécurité. Ainsi plusieurs routes utilisées par nos voisins libanais se situent en fait chez nous.

 

Tsahal franchit régulièrement le mur de protection en utilisant des portails spécialement aménagés. Ses objectifs sont de rappeler aux Libanais que ce territoire nous appartient, de s’assurer qu’ils ne franchissent pas la frontière et ne s’installent pas du mauvais côté d’icelle, de nettoyer la broussaille afin de vérifier que le Hezbollah n’y pose pas de bombes, et enfin, d’entretenir des appareils électroniques que nous avons installés, des caméras automatiques et d’autres équipements de surveillance.   

 

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La clôture de sécurité et des traces qui indiquent approximativement la frontière internationale

 

D’habitude, lorsque nous décidons de franchir la muraille, nous informons la FINUL, la Force Intérimaire des Nations Unies au Liban, de la date de notre traversée du mur pour qu’elle transfère le message à l’Armée libanaise et permette ainsi d’éviter les malentendus. Mais il n’en va pas toujours ainsi, particulièrement après que les Forces Armées Libanaises ont été massivement infiltrées par le Hezbollah pro-iranien, qui a exploité ces messages de bon voisinage pour tendre des guet-apens à nos soldats. Depuis nous indiquons nos visites chez nous de façon plus aléatoire.

 

Il n’y a pas de no man’s land entre Israël et le Liban, et les patrouilles de l’ONU n’occasionnent aucune séparation physique entre les deux pays. Qui plus est, la FINUL n’entre pas dans les agglomérations tenues par le Hezbollah, qui n’hésite pas à tirer sur les soldats de la paix pour les dissuader de mettre le nez dans ce qu’il considère être ses affaires. Il s’agit en fait de milliers de fortifications et de caches d’armes.

 

La conséquence de cette situation consiste en cela qu’une fois qu’ils ont traversé le mur, nos militaires se trouvent fréquemment nez-à-nez avec ceux de Beyrouth, et que cela donne lieu parfois à des échanges assez vifs ainsi qu’à des canons de fusils pointées les uns sur les autres. La plupart des disputes sont causées par le fait que nous ne sommes pas forcément d’accord sur le tracé exact de la frontière, et que lorsque l’on est pas copain, on a tendance à en venir aux mains pour quelques dizaines de centimètres.

 

Ce qui fait que les Casques bleus de l’ONU, chaque fois qu’ils sont au courant de l’une de ces situations, se déploient avec leur drapeau levé exactement sur le trajet de la frontière que pour leur part ils connaissent très bien.

 

Ce fut le cas aujourd’hui lorsque deux Merkava Mk4, des bébés bien nourris de 65 tonnes, décidèrent d’aller faire un tour au-delà de la barrière pour voir s’il y fait aussi bon que de ce côté-ci. Le soldat de l’ONU que l’on voit sur la photo le drapeau levé est resté sans interruption dans cette position pendant deux heures. Et encore, lorsque je suis arrivé, l’incident était déjà bien entamé. [Regarder une vidéo de l’incident : https://twitter.com/i/status/1267797068845809664 et une autre https://twitter.com/i/status/1267804197317206016 .

 

Cette après-midi les choses ne se sont pas trop mal passées, les Libanais n’essayant pas de dépasser la ligne virtuelle tracée par la disposition des Casques bleus sur le terrain. Ce qui pourrait gêner sur ces images est de constater que l’un des soldats libanais tient un RPG, un lanceur de grenades antichars, et que c’est la première fois que cela arrive.

 

 

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On voit bien le 1er soldat libanais tout à droite avec son RPG à l’épaule

 

Ce qui est cocasse en revanche, c’est que personne ne lui a dit que la grenade doit atteindre une certaine vitesse afin de s’activer. Je ne me souviens pas quelle est la distance de vol qu’elle doit parcourir pour s’armer - je poserai la question à mon camarade Jean Tsadik qui est une véritable encyclopédie vivante en matière d’armement – mais c’est assurément plus que les vingt ou trente mètres qui séparaient ce soldat du Merkava. Il aura donc transporté cette arme pesante sur un terrain très accidenté pour rien.

 

D’autre part, le Merkava Mk4 Barak est doté d’un système de protection active et aucun projectile ennemi n’est parvenu à le traverser à ce jour. Pas même les terribles missiles Kornet russes notamment entre les mains du Hamas à Gaza.

 

Après plusieurs heures de face-à-face silencieux – mais comment s’entretenir avec une masse d’acier ? – je dirai moyennement tendu mais jamais agréable, les deux monstres ont refranchi le mur en marche arrière (on ne présente jamais son postérieur à l’ennemi) avant que, quelques minutes plus tard, les soldats libanais, suivis de ceux de l’ONU, ne se dispersent à leur tour.

 

Au moment où les incidents divers mais pour l’instant sans gravité se multiplient sur la frontière nord, que les relations avec le Hezbollah sont acérées, et que nos avions n’ont pas cessé de survoler ses positions toute la matinée, il est parfois de bon aloi de faire acte de présence. A fortiori quand on est chez soi.

 

 

 
L’Etat d’urgence (suite et fin)(012905/20) Version imprimable
Analyse
vendredi, 29 mai 2020

 

Par Stéphane Juffa

           

Les orthodoxes antisionistes votent Bibi pour les raisons que nous venons de démontrer, et qui font pencher la balance en sa faveur en lui procurant une quasi-égalité en nombre de sièges de députés après le décompte des blocs. Les deux partis intégristes non-sionistes fournissent à Netanyahu 16 sièges sur les 73 que compte son bloc. Même après l’apport de Résilience, la formation de Benny Gantz, sans les orthodoxes, Netanyahu se trouverait dans l’opposition.

 

Reste qu’au regard des résultats bruts des trois dernières élections, uniquement motivées par sa volonté d’obtenir l’immunité qui lui aurait permis d’échapper à la justice, Netanyahu ne jouissait pas de la majorité requise pour former un gouvernement. Il a alors ajouté un quatrième temps à sa manipulation : le mythe de la "majorité juive" ou "bloc national". Un bloc national qui repose sur les voix d’un million d’orthodoxes anti-Etat d’Israël !

 

La démocratie exigeait que l’on ne puisse pas faire le compte des sionistes mais uniquement celui des Israéliens. Cela découle du concept même de l’Etat moderne et démocratique. A ce titre, il existait l’option qui consistait à intégrer les Israéliens-arabes, qui ne sont pas non plus sionistes, voire antisionistes, dans le jeu politique national. Les alternatives voulaient soit qu’on en exclût tous les non-sionistes, soit qu’on les accepte tous, ce qui aurait été conforme à l’approche "israélienne" de la nationalité.

 

La malversation fortement entachée de racisme choisie par Bibi a consisté à faire passer les orthodoxes antisionistes pour des sionistes, et à exclure les Arabes antisionistes à priori de toute coalition gouvernementale.

 

Cela a été rendu possible grâce au fait que la quasi-totalité des Israéliens, des socialistes aux traditionalistes conservateurs, n’ont jamais mis les pieds à Bnei Brak ou à Méa Shéarim, et s’ils l’ont fait, c’est uniquement pour traverser ces quartiers en vitesse, sans s’attarder. Pourtant, en valeur absolue, les Israéliens sionistes se situent à équidistance des Arabes et des intégristes. Ceux-là mêmes qui dansent et qui chantent quand la sirène retentit le Jour du Souvenir, et que nous pleurons les soldats morts pour qu’Israël existe. Pour qu’ils existent aussi. Reste que, pour la majorité des Israéliens, les orthodoxes antisionistes ne constituent que quelques centaines de dégénérés de la secte des Natureï Karta ou des "extrémistes" de la "mouvance Jérusalem". C’est du moins la fable urbaine que cultive Netanyahu, et qui lui permet de se maintenir au pouvoir.

 

Vidéo : la "poignée" de dégénérés et d’ "extrémistes" accueillant le rabbin Zalman Teitelbaum, le chef de la Hassidout de Satmar, à Jérusalem, le 19 novembre dernier, afin de fêter la grande haine du sionisme. Zalman Teitelbaum avait refusé de participer à ce rassemblement s’il était sécurisé par le moindre policier israélien. Aucun responsable du Hamas n’a jamais prononcé de mots aussi extrêmes pour annoncer la fin de notre pays. Une seule cour hassidique a refusé de prendre part à cet évènement. A cette occasion, le rabbin américain a distribué des dizaines de millions de dollars aux associations orthodoxes qui s’opposent à l’existence de l’Etat hébreu. Ce sont les électeurs du "bloc sioniste" de M. Netanyahu, ceux qui lui permettent de se maintenir au pouvoir : https://youtu.be/vVYan0JgjYA

 

La différence entre les Première et Seconde Israël est lourde de conséquences pour le ciment social, et il s’agit de quelque chose de très difficile à énoncer et dont on ne parle pas souvent non plus : pour les Israéliens de la Première Israël, notre pays est la continuation de l’histoire du peuple juif et son évolution naturelle. Ceux de la Seconde sont des Juifs de nationalité israélienne.

 

C’est assez cocasse quand on sait que la Torah est centralement le récit des pérégrinations du peuple d’Israël, qu’il y est sans cesse question des Israéliens et de leur nation mais nulle part, jamais, de la Halakha, des Juifs et des rabbins. Mais c’est une note de marge.

 

Dans ce pays recréé par le socialisme et par les révisionnistes (droite) de la lignée de Zeev Jabotinsky, tous appartenant au premier groupe, on a provoqué une vraie révolution au début du XXème siècle, la révolution sioniste, qui visait à créer un nouvel homme juif. Celui qui continuait l’ancien mais qui différait de lui en presque tout.

 

On a créé un Etat, une culture israélienne, un folklore, on a ressuscité une langue qui n’avait plus été parlée depuis au moins deux mille ans, et dans laquelle on envoie désormais des engins sur la lune.

 

On a surtout créé une grande puissance scientifique, qui produit des armes capables d’intercepter des obus en vol et des missiles dans l’espace. On se trouve en première ligne dans le domaine de la biotechnologie et parmi les quinze pays qui déposent le plus de brevets par année en valeur absolue. On développe un grand nombre des microprocesseurs de la Planète, et il ne se trouve pas un ordinateur ou un téléphone portable qui ne contiennent de composants créés par l’homo israelis.

 

Mais nous avons également développé des institutions originales, une police, une armée, un espace médiatique et un système juridique qui sont ceux d’un Etat de droit moderne, et qui sont aujourd’hui contestés par la Seconde Israël. Sous l’impulsion d’un individu que les instances du pays accusent d’avoir contrevenu à leurs règles et qui leur a déclaré la guerre.

 

A ce propos, il y a vingt jours, j’ai suivi quatorze heures de débats à la Cour Suprême, dirigés par onze juges qui avaient à décider si un homme politique inculpé (Bibi) avait le droit de former un gouvernement, et si l'accord de partage du pouvoir entre Binyamin Netanyahu et Benny Gantz,- qui implique la légifération de nouvelles lois - était légal.

 

J’ai suivi les plaidoiries de tous les avocats deux jours durant, et je suis en mesure de témoigner que la tenue de ces audiences marathons était exceptionnellement élevée, efficace, neutre, professionnelle et respectable. Les juges ont répondu oui aux deux questions et à l’unanimité. Non pas en interrogeant leur conviction profonde, car ce n’est pas la fonction des juges de la Cour Suprême, mais en observant que les deux actes politiques qui leur étaient soumis étaient en conformité avec les lois en vigueur. Ils ont pris les seules décisions possibles, et cela aurait largement dû suffire à faire taire ceux qui entendent réduire le rayonnement de ce tribunal, à commencer par Binyamin Netanyahu et ses ministres bibistes, qui veulent priver le pays de l’un des plus précieux garants des droits individuels de ses habitants. Le fleuron des réalisations de la Première Israël.

                                

Si Bibi est condamné au tribunal de district et s’il fait appel, ce seront ces juges qui auront à trancher.

 

Depuis dimanche et les propos de Netanyahu au tribunal, les officiers de la Police judiciaire sont en révolte semi-ouverte. Particulièrement ceux de la branche Lahav 433, l’entité de la Police israélienne qui traite les affaires d’intérêt national, financières et de corruption. Le chiffre 33 de leur intitulé se réfère à l’unité d’élite des Gédéonites, des "Mistaravim", les forces spécifiquement formées à se fondre dans la population arabe afin d’opérer en territoire ennemi. Leur légende a donné naissance à la série TV Fauda, qui fait un malheur sur l’ensemble du Globe, y compris dans des pays arabes.

 

Les policiers, à l’instar des magistrats, sont tenus au devoir de réserve et ne sont normalement pas habilités à répondre aux accusations dont ils sont l’objet. Mais ceux de Lahav fulminent, ce sont eux qui ont mené les interrogatoires de Bibi qui ont conduit à ses inculpations. Selon le Premier ministre, ils auraient recouru au chantage et aux menaces de représailles personnelles pour obtenir des témoignages à charge et que des ex-proches collaborateurs du chef de l’exécutif acceptent de témoigner contre lui.

 

Si ces accusations sont mensongères, elles sont aussi ordurières. Mais plus encore, sans le travail de Lahav 433 Israël est ingouvernable et devient une organisation mafieuse sans foi ni loi.

 

Et les gens de cette organisation se targuent d’être de bons policiers, indépendants et justes, et surtout de servir Israël, souvent au péril de leurs vies. Non seulement trois ou quatre de leurs chefs, qui se sont ouverts à des confrères sans réellement dissimuler leur identité, nient les accusations de Netanyahu avec dégoût, mais ils insistent, de plus, sur le fait qu’ils l’ont interrogé de façon extrêmement courtoise, acceptant de le rencontrer chez lui et non dans leurs bureaux, et adaptant leur emploi du temps à celui du Premier ministre.

 

En s’attaquant à Lahav de la sorte, Netanyahu est en train de détruire l’Etat de droit à la pelle mécanique. Pour les "remercier" du travail qu’ils ont réalisé, il a récemment nommé Amir Ohana, un actionnaire principal dans son entreprise de démolition, au ministère chargé de la Police (ministre de la Sécurité Intérieure). Ohana est encore plus virulent que son maître dans ses attaques contre la Maréchaussée et pour accuser les instances publiques de mener un coup d’Etat pour évincer Bibi du pouvoir.

 

En véritable bourreau itinérant des institutions chargées du respect de la loi et de la justice, Ohana avait été nommé au poste de ministre de la Justice par Netanyahu lors de son interminable intérim. Il avait imposé l’un de ses hommes, Dan Eldad, au procureur général d’Israël Avikhaï Mandelblit au second poste du Parquet, celui de procureur de l’Etat, contre l’avis de ce dernier. Dans le but d’empêcher le fonctionnement du ministère public dans l’ensemble du pays, il a aussi demandé au contrôleur de l’Etat Matanyahu Engelman - un homme également fraîchement pistonné par Netanyahu à cette charge, et dont la première décision fut de fermer l’antenne de son bureau s’occupant de la lutte anti-corruption – de conduire une enquête approfondie contre Mandelblit.

 

Voici comment Ohana, alors ministre de la Justice, considérait sur Facebook l’état de la justice dont il représentait les intérêts : il était "inquiet concernant le système judiciaire", affirmant que "de nombreuses personnes avant lui avaient trouvé dans le système une sorte de maladie, un esprit de vengeance, un manque de transparence, une forme de pourrissement. Certains, au sein du système, le reconnaissent, mais il y a une grande peur, un effroi à l’idée de le dire publiquement", écrivait récemment le ministre de la Justice : "Si on sait regarder les choses, on peut constater le déclin sans précédent de la confiance publique dans le bureau des procureurs et à l’égard des conseillers juridiques".

 

La démarche était bien trop grossière pour Engelman, malgré ce qu’il doit à Netanyahu, pour accéder à la demande d’enquête d’Ohana, à qui il adressa un avis très sec de non-recevoir.  

 

Les officiers de Lahav 433, loin de se laisser intimider par les propos du Premier ministre, lui ont fait la meilleure réponse qu’ils pouvaient faire : si le ministère public nous demande d’interroger M. Netanyahu concernant les affaires d’enrichissement illégal dans une société écran appartenant à l’un de ses cousins, ainsi que dans celle de la vente des sous-marins stratégiques à l’Egypte, nous n’hésiterons pas à faire notre travail, ont affirmé tous chefs de la Police qui se sont adressés à la presse.

 

L’affaire de l’accord donné par M. Netanyahu à l’Allemagne pour la vente des submersibles de la classe Dolphin, développés avec le concours des ingénieurs et de la Marine israéliens pour l’usage exclusif de cette dernière, est largement plus grave que ce qui lui est reproché au titre des trois inculpations dont il a actuellement à répondre.

 

Dans ces dossiers, a priori – nous insistons une fois encore sur le fait que jusqu’à une éventuelle sentence de culpabilité prononcée par ses juges, Binyamin Netanyahu est légalement innocent. Si rien ne peut nous empêcher de conduire nos enquêtes, nous ne sommes pas des juges et n’avons aucunement l’intention de les remplacer -, l’atteinte portée par l’inculpé aux intérêts de l’Etat dans les affaires actuellement jugées est relativement restreinte et ne comporte pas de conséquences de nature à mettre sa sécurité en péril.

 

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La procureure Liat Ben-Ari, qui représente le ministère public dans les affaires

jugées actuellement par le Tribunal de district de Jérusalem

 

Dans le dossier 4 000 toutefois, où il est reproché à M. Netanyahu d’avoir grossièrement favorisé les intérêts de l’homme d’affaires Shaul Elovitz, à l’époque principal actionnaire de Bezeq, la plus grande société israélienne de communications, en échange d’une couverture favorable dans les très influents media contrôlés par Elovitz, on peut considérer que l’intérêt d’Israël a pâti de cette relation au demeurant délictueuse.

 

Comme en témoignera Shlomo Filber, un apparatchik du Likoud promu directeur général du ministère des Communications en 2015, et désormais témoin d’Etat à charge contre Netanyahu, ce dernier lui avait ordonné de faire passer plusieurs décrets qui avantageaient les sociétés d’Elovitz en leur faisant gagner des centaines de millions de shekels.

 

Là où les intérêts du pays ont souffert de cette supposée magouille, c’est lorsque le gouvernement a retardé l'obligation pour Bezeq de laisser de nouveaux concurrents installer des fibres optiques servant au trafic d’Internet, obligeant les usagers à utiliser des lignes en cuivre de Bezeq déjà existantes conçues pour le téléphone.

 

En conséquence de cette décision, le "high-tech country", le pays high-tech, comme est souvent appelée Israël, a pris cinq ans de retard pour le seul profit d’Elovitz. Ainsi, l’envoi des articles de la Ména se fait par exemple à une vitesse de 3 Mbps, ce qui est non seulement ridicule dans un pays industrialisé, mais ce qui nous pénalise fortement au niveau de leur diffusion par rapport à nos concurrents moins bien informés, lorsque les nouvelles brûlantes que nous avons préparées atteignent le public bien plus lentement que les leurs.

 

Pour nous et les abonnés de la Ména, c’est désagréable, plus encore lorsqu’il s’agit de transférer nos documents filmiques ; pour les entreprises high-tech localisées dans l’une des zones ne bénéficiant pas encore de la fibre optique, ce serait impensable, ce qui fait qu’elles ne travaillent pas dans ces régions dont le développement est prioritaire et où le revenu des habitants est le plus faible.

 

Dans l’affaire des Dolphin, les sous-marins fabriqués en Allemagne, l’atteinte à la sécurité de l’Etat est incomparable. S’agissant de submersibles furtifs de dernière génération, un Dolphin égyptien, dans une Egypte éventuellement retombée entre les mains des Frères Musulmans après un nouveau Printemps arabe, pourrait se poser sur le sable, chargé de missiles dernier cri, à trois kilomètres de Tel-Aviv sans être repéré, et y rester plusieurs mois, recueillant au passage des milliers d’informations à caractère militaire. Le tout, grâce à de la technologie et de l’expérience israélienne.

 

Or Binyamin Netanyahu a donné son accord à la vente de quatre de ces armes (certaines ont déjà été livrées), qui au sein de Tsahal constituent et de loin la plus coûteuse de toutes à l’unité (environ un milliard d’euros avec son électronique et son armement), à l’Egypte. Sans contrepartie connue pour l’Etat d’Israël, pécuniaire ou stratégique. Sans bénéfice possible pour icelui, le risque énoncé précédemment annihilant l’hypothèse théorique d’une transaction avec un pays menacé d’islamisme pour un engin de ce type. Du point de vue stratégique, le Caire ne possède rien qui puisse intéresser Jérusalem en échange d’une telle prise de risque. Et sans raison d’acquisition pour l’Egypte, l’achat, l’utilité et l’entretien de matériels aussi sophistiqués étant stratégiquement inexistants à moins de s’engager dans un conflit offensif. 

 

Qui plus est, pour donner son accord au gouvernement allemand pour cette vente, M. Netanyahu a court-circuité l’ensemble du processus régulier de prise de décisions en vigueur dans l’Etat hébreu. Il n’a pas informé Tsahal, ni les chefs du renseignement, ni son cabinet, ni le cabinet restreint pour les affaires politiques et sécuritaires, ni le ministre de la Défense, non plus qu’aucune des autres instances du pays. Il a pris cette décision absolument seul et selon son propre jugement, comme si Israël était une dictature soumise à la volonté d’une seule personne.

 

Si ce manquement aux règles de prise de décision ne suffisait pas à matérialiser un dol, Netanyahu a ensuite déclaré à la télévision qu’il avait fait part de sa décision au Conseiller juridique du gouvernement, l’inévitable Avikhaï Mandelblit. Lequel a répondu dès le lendemain par écrit, que le Premier ministre et lui n’avaient jamais évoqué les sous-marins Dolphins en aucune occasion.

 

Pour saisir les conséquences de l’action de Netanyahu en l’occurrence, pendant un certain nombre de mois, des centaines de militaires égyptiens et des milliers d’Allemands liés à la construction des submersibles étaient au courant de cette dotation, alors que les responsables israéliens de la sécurité ignoraient son existence.

 

Sans vouloir préjuger de quoi que ce soit, l’analyse du cas, basée sur la constatation inévitable qu’un accord de ce genre n’est pas conclu sans la moindre raison ni contrepartie, et que huit autres personnes, israéliennes, dont plusieurs font partie de l’entourage immédiat du Premier ministre, se sont déjà vues signifier leur inculpation dans cette affaire, l’unique conclusion logique de notre analyse aboutit à la quasi-certitude que M. Netanyahu a bénéficié d’une commission à la clé de ces transactions.  

 

Cette constatation-accusation est le fruit de mois entiers de recherches et d’interviews de notre part, particulièrement en vue de nous assurer qu’il n’existe effectivement pas de contrepartie d’une quelconque nature faisant sens que l’Egypte aurait pu remettre à Israël et qui pouvait potentiellement intéresser l’Etat hébreu.

 

Pour ne rien arranger aux affaires de Binyamin Netanyahu, les investigateurs de la Ména ne sont pas les seuls à avoir abouti à cette conviction. Moshe (Bogie) Yaalon, ancien chef d’état-major de Tsahal et ministre de la Défense sous Netanyahu, ainsi qu’Ehud Barak, lui aussi ex-chef d’état-major de Tsahal, puis Premier ministre partagent notre certitude pratiquement à la nuance près. Et ils ne sont pas les seuls.

 

Dans plusieurs régimes, ce qu’il faut bien caractériser comme un acte de haute-trahison, serait passible de la peine capitale, en Israël, elle peut valoir à son auteur la prison à vie.

 

L’existence de ce dossier est d’ailleurs la raison principale qui fait que M. Netanyahu ne peut pas envisager de solliciter une réduction de peine pour les trois accusations actuellement jugées. Même s’il a beaucoup été question d’un abandon de la vie politique par l’intéressé, en échange d’une peine symbolique, du genre de travaux d’intérêt public qui ne seraient jamais réalisés en pratique. Nous pensons que la présidence de l’Etat, l’opposition et l’instance judicaire auraient accepté une telle issue, mais personne ne peut, dans l’Etat de droit, accorder à quelqu’un une grâce à priori dans une affaire pour laquelle il n’a pas été jugé ni inculpé. Au final, l’intérêt pour Netanyahu d’éviter l’emprisonnement dans ces "petites" affaires actuellement en jugement est quasi-inexistant, alors qu’il est conscient qu’il va devoir, tôt ou tard, rendre des comptes pour son rôle présumé dans une grande et dans une immense affaire, pour laquelle il risque probablement la prison à perpétuité.

 

Ce qui est certain est que par égard pour notre pays et pour l’Etat de droit, afin de lui éviter la déliquescence que lui impose l’actuel chef de l’exécutif, des hommes comme Messieurs Yaalon ou Barak, nous-mêmes et d’autres encore, engageront toute leur énergie afin que l’affaire de la vente des sous-marins à l’Egypte soit examinée par la justice et qu’il en découle soit un verdict d’innocence, soit de culpabilité.

 

Depuis que Binyamin Netanyahu est poursuivi par ses casseroles judiciaires, il a fait adopter par la Knesset plusieurs lois ou nominations qui vont à l’encontre de l’intérêt objectif du pays. La première est la "Loi Israël, Etat-nation du peuple juif". Elle ne comporte strictement aucun effet exécutoire, aucune modification d’aucune loi en vigueur. Elle est donc inutile au niveau de la législation. Mais elle a participé à instiller un sentiment d’abandon et d’amertume chez les Israéliens d’autres confessions ayant lié leur destin au nôtre, je pense notamment aux Druzes et aux Circassiens qui sont soumis au service militaire obligatoire, mais aussi à des centaines de milliers de citoyens musulmans et de chrétiens qui voient en Israël leur pays.

 

Désormais il est question de décréter en juillet l’annexion d’une partie de la Cisjordanie. Nous y consacrerons évidement des analyses détaillées, mais il s’agit d’une idée folle, qui, à l’instar de la "Loi Israël, Etat-nation du peuple juif", n’apportera aucun avantage d’aucune sorte à Israël. Ce qui est certain, en revanche, est que nous allons subir des condamnations et des sanctions de la part de plusieurs de nos principaux partenaires économiques. Et si, d’aventure, les Démocrates l’emportaient en novembre face à Donald Trump, et ils mènent dans les sondages, les relations avec notre principal allié pourraient devenir intenables, bien pires qu’avec Barack Obama, ce qui aurait des conséquences dramatiques sur le plan stratégique, tant militaire que politique. En faisant adopter la loi d’annexion durant l’été, Bibi compte prendre de vitesse les électeurs U.S. qui votent en novembre, s’assurant ainsi d’avoir un président bienveillant à la Maison Blanche au moment de notre décision. Reste que dans un tel processus la décision d’annexer en elle-même n’a pratiquement aucune importance, et c’est d’un soutien à terme dont nous devons être certains, notamment au moment où nous déplacerons effectivement nos frontières. Nous courons également le risque de voir des accords de paix péniblement négociés avec nos voisins arabes voler en éclats et l’état de guerre permanent se réinstaurer à nos portes. Pour rien, puisque, selon tous les observateurs, le contrôle israélien qui s’exerce aujourd’hui sur les portions de territoires "annexables" existe déjà de facto, et qu’il donne satisfaction du point de vue sécuritaire.

 

Sans compter que nous prenons le risque d’une nouvelle Intifada et que la coopération sécuritaire avec l’Autorité a d’ores et déjà cessé. Les travailleurs palestiniens du bâtiment ne sont pas revenus en Israël après Aïd al-Fitr, une branche dans laquelle ils constituent l’écrasante majorité de la main d’œuvre et qui se retrouve pratiquement à l’arrêt.

 

Les responsables de Tsahal sont unanimes : cette décision ne sert à rien, elle est contre-productive et dangereuse, la coopération avec les services de sécurité de l’Autorité Palestinienne fonctionnait parfaitement et elle était précieuse ; désormais, les opérations visant notamment à l’arrestation de terroristes islamiques dans les villes de Cisjordanie sont devenues aléatoires et nous risquons de perdre des combattants lors de chaque intervention.

 

Il est évident qu’il s’agit d’une décision exclusivement populiste de la part de Netanyahu, destinée à renforcer le soutien de l’extrême droite, des Juifs traditionnalistes et, plus largement, de la Seconde Israël  dans l’optique de sa confrontation avec l’appareil judiciaire. Les membres de ces communautés se réjouissent de la perspective d’isolation du pays dans le concert international. Ils prônent une large autarcie et un repli sur nous-mêmes, qui, selon eux, favoriseront la propagation des idées religieuses en réduisant l’influence internationale dans le pays. Ils raisonnent tels les ayatollahs iraniens.

 

C’est naturellement une décision aux ramifications infiniment graves, pouvant conduire à terme à la mise en danger de l’existence même d’Israël. Car une modification des frontières dans ces conditions ne participe pas d’une décision politique mais essentiellement stratégique. A ce titre, il est indispensable de considérer ses répercussions sur cinquante ou cent ans, et non pour les mois ou les quelques années à venir. Pour le surplus, les pays démocratiques ayant décidé de modifier leurs frontières l’ont presque tous fait en recourant à un référendum populaire, dès lors qu’une décision de cette sorte concerne chaque citoyen individuellement.

 

Dans le cas présent, on sait que des millions d’Israéliens s’y opposeraient, ce qui laisse présager d’une plus grande et plus irréparable scission encore qu’actuellement dans la société. Un schisme à caractère idéologique entre les Première et Seconde Israël qui ne manquera pas de s’immiscer au sein même de Tsahal, mettant en danger vital la cohésion d’Israël et partant, sa pérennité.

 

Rien de moins.

 

Un Premier ministre aux abois qui entraîne Israël dans sa chute qu’il sait inévitable. Un Premier ministre qui vit au jour le jour, se satisfaisant de chaque heure gagnée sur les échéances judiciaires et préparant le grand chaos pour le moment où les verdicts tomberont. Un Premier ministre qui ne ressent pas la moindre hésitation pour détruire les institutions de l’Etat les unes après les autres, et pour remplacer leurs responsables par des moutons venimeux qu’il contrôle et qui sont à sa botte. Un Premier ministre, enfin, qui, par les lois domestiques qu’il promulgue et par ses initiatives à l’international, toutes démagogiques et dictées par son instinct égoïste de survie, met soixante-douze ans de réalisations en danger de mort.

 

Voilà pourquoi cet article titre Etat d’urgence. Ou Etat en urgence absolue. Ou un seul homme est en train d’emporter un pays entier – qui allait bien - dans sa chute. Ou Etat au bord du gouffre. Ou après moi le Déluge ; ou, vous avez fait de moi une putain, je ferai de votre monde un bordel. Ceux qui sont capables de comprendre auront compris : Ca va mal. Très mal.

 

 

Fin


 

 
L’Etat d’urgence (Première partie)(012605/20) Version imprimable
Analyse
mardi, 26 mai 2020

 

Par Stéphane Juffa

 

Avec Jean Tsadik

 

Avant-hier s’est ouvert le procès de Binyamin Netanyahu au Tribunal de district de Jérusalem. C’est la première fois qu’un Premier ministre en exercice comparaît au pénal. C’est également, si le résultat de mes recherches est exact, la première fois que le chef d’un exécutif en fonction se présente devant ses juges à l’occasion d’une procédure criminelle dans l’histoire du monde.

 

Les Israéliens ont devant leurs yeux un Etat qui se délite, un pays dont les valeurs fondamentales disparaissent rapidement comme si elles n’avaient jamais rien représenté. Car ce n’est pas uniquement que ce procès a forcé les électeurs à se rendre trois fois aux urnes pour engendrer un parlement qui compte autant de ministres et de secrétaires d’Etat que de députés. C’est aussi que ces élections ont accouché d’une parodie de gouvernance que l’on n’aurait jamais imaginé trouver ici. On se voyait mieux immunisé qu’on ne l’était vraiment.

 

C’est aussi un pays d’immigration, qui réalise, après soixante-douze ans d’existence, que son homogénéité apparente était trompeuse, que le dénominateur commun entre ses citoyens est sans doute impossible à trouver, surtout lorsque le numéro un de l’exécutif attise les braises de leurs différences afin d’assurer sa survie politique. Cela nous amène à nous apercevoir, avec une stupeur certaine, qu’il n’est pas facile de rassembler dans un même rêve des personnes qui ne s’étaient pas rencontrées pendant deux mille ans. Que nos différences sont au moins aussi nombreuses et profondes que ce qui nous rassemble.

 

Il est vrai que cette découverte d’une société fragilisée a été outrageusement encouragée par Binyamin Netanyahu. Un personnage qui n’a eu de cesse de jouer sur nos dissimilitudes pour tenter d’échapper à la justice et au risque de se retrouver en prison. Mais il a pianoté sur une réalité qui existait, qui surgissait par bribes, sans jamais que ses failles n’apparaissent aussi exacerbées qu’aujourd’hui. Ce n’était sans doute qu’une question de temps pour qu’elles parussent. Si elles n’existaient pas, elles ne s’exprimeraient pas, et d’une manière aussi prégnante que maintenant.

 

Jeudi dernier, le ministre israélien des Affaires Nationales du Cyberspace et du Numérique, David, (Doudi) Amsalem, un proche allié du Premier ministre Binyamin Netanyahu, a fustigé le procureur général israélien Avikhaï Mandelblit. Amsalem a en outre déclaré sur les ondes de la Radio de l’Armée : "Il n'existe pas de contestation quant au fait que Mandelblit soit supposément un criminel".

 

Le ministre a précisé qu’ "il ne fait aucun doute qu'il est un criminel. Les commentaires ne sont pas nécessaires, les juges de haut niveau ne sont pas nécessaires, vous n'avez pas besoin de l'ensemble du troupeau de gauche et de ses commentateurs et professeurs de toutes les facultés et du monde juridique tout entier [pour l’affirmer]".

 

Le nouveau ministre de la Justice, Avi Nissenkorn, a réagi à ces propos sur Twitter : "J'ai pleine confiance dans le procureur général. Les ministres du gouvernement sont autorisés à exprimer une critique de fond, mais les attaques sans retenue franchissent la ligne rouge". Nissenkorn est un avocat de formation, il a suivi Benny Gantz au gouvernement après l’éclatement de Kakhol-Lavan.

 

Cet échange nous emmène au cœur du problème : si vous appartenez à la moitié d’Israël qui soutient Bibi, les affirmations d’Amsalem sont parfaitement justifiées, et Amsalem a raison de dire clairement son fait au procureur général, sans épargner le reste de la "clique" des juges et des instruits, qui ont fomenté un faux procès à Netanyahu afin de l’évincer du pouvoir. Le ministre du Cyberspace, dont la fonction gouvernementale comporte la charge supplémentaire d’assurer la liaison entre le gouvernement et la Knesset, voulait simplement parler de l’Elite. De ce que l’on nomme de plus en plus fréquemment ici la Première Israël.

 

Or si vous appartenez à la Première Israël, que vous avez alors des notions de l’Etat de droit, si vous avez fréquenté les bancs de l’Université, vous aurez sans doute été choqués avec Nissenkorn par les affirmations inconsidérées et destructrices d’Amsalem.

 

Là où le bât blesse, c’est lorsque l’on constate que les deux Israëls sont absolument certaines d’avoir raison et ne sont prêtes à transiger sur rien, au point que le niveau de violence n’avait jamais été aussi élevé dans le monde politique hébreu, qui en avait pourtant connu d’autres, des vertes et des pas mûres. Ainsi que dans la rue, malheureusement. Car Avikhaï Mandelblit, de même que ses assesseurs actuels, et ceux qui ont instruit les dossiers Netanyahu et qui ne font plus partie du Parquet, mais aussi la procureure, choisie au hasard, Liat Ben Ari, qui dirige l’accusation lors des procès Netanyahu, les juges de l’instance de district qui ne feront évidemment que leur travail et qui n’ont rien à voir avec Mandelblit, ainsi que ceux de la Cour suprême, et en particulier sa présidente, Madame Esther Hayut, font l’objet d’une surveillance policière incessante.

 

On pensait que les trois juges qui officient dans ce procès, Rebecca Friedman-Feldman, Oded Shakham et Moshé Bar-Am seraient temporairement épargnés par les attaques ad hominem, mais les agressions verbales de Doudi Amsalem ne constituent qu’un exemple représentatif de ce qu’expriment la plupart des ministres bibistes contre toutes les instances de l’Etat et leurs représentants. Ainsi Shlomo Karaï, un député du Likoud intervenant à la télévision quelques heures après la clôture de la première audience, a élargi l’offensive aux trois juges, affirmant avoir décelé lors de la première convocation du tribunal, pourtant purement consacrée à des questions de procédure, des attitudes hostiles au Premier ministre, qui démontrent, selon lui, qu’ils ne rendront pas un verdict équitable.

 

La sécurisation des magistrats et de leurs familles ne participe pas d’un luxe ou d’une précaution ordinaire, ils font l’objet de centaines de menaces, d’insultes publiques et téléphoniques, et d’intimidations près de leurs domiciles. C’est une épidémie qui n’a rien à envier au COVID-19, et qui nous a atteints également à Métula, que ce soit par des messages - des menaces de mort  - privés, ou sur les réseaux sociaux. Certains d’entre eux ne prêtent pas à rire et l’encre avec laquelle ils sont écrits a l’odeur du sang.

 

Pour la Seconde Israël, cela participe d’une juste révolte et ces "nantis", ces "gauchistes", ces "accapareurs des attributs de l’Etat" n’ont que ce qu’ils méritent. Pour la Première Israël, c’est juste une catastrophe.

 

La question que les professeurs de fac, les magistrats, les policiers et les journalistes (les membres de "la junte commise au renversement de Netanyahu") n’osent pas articuler est : "Que se passera-t-il si Bibi est lourdement condamné, y compris à une peine d’enfermement, ce qui sera le cas s’il est reconnu coupable des actes d’accusation dressés contre lui" ? Il risque plus de dix ans de prison.

 

Netanyahu a déjà prévenu que "le peuple" n’accepterait pas une sentence de ce genre, ce qui constitue une menace à peine voilée de jeter un demi-million de ses partisans dans les rues et de mettre le pays à feu et à sang.

 

C’est évidemment une manière de faire pression sur les juges. Une menace qui a amplement contribué à pousser Benny Gantz à accepter de former un gouvernement avec Netanyahu. On ne l’a pas bien écouté, mais il a très clairement évoqué le risque d’un coup d’Etat. On a cru qu’il s’agissait d’un prétexte destiné à déguiser une prétendue soif de pouvoir de sa part, mais, connaissant un peu la personne et l’atmosphère qui règne à Jérusalem, je suis convaincu que cette crainte tangible a joué un rôle prépondérant dans sa décision.

 

Car de coup d’Etat, il en a à nouveau été question dans l’intervention accordée aux journalistes par l’inculpé Netanyahu au sein même du palais de justice. Plus vindicatif que jamais, le Premier ministre a accusé en vrac le parquet, l’institution judiciaire, la Police, la gauche et les journalistes, tous les journalistes, d’avoir fomenté de concert ce "procès arrangé" afin de le faire chuter du pouvoir et d’en écarter la droite pendant de très nombreuses années. Dans la même harangue, Netanyahu a franchi une nouvelle ligne rouge en déclarant qu’il ne s’agissait pas de son procès mais que c’était celui du Likoud et de la droite qui venait de s’ouvrir. Comprenez que ce n’est pas sa personne qui est accusée d’avoir commis des actes caractérisés de corruption, fraude et abus de confiance, mais la "droite" et la moitié du peuple qui subiraient ces accusations infondées, ourdies par l’Elite, la gauche, les sionistes, les ashkénazes, les laïcs, les instruits, les partisans de l’Etat de droit, les haut-placés, ceux qui dirigent la Police, les tribunaux et les journaux, ceux qui étaient officiers à l’Armée, les internationalistes, tous ceux qui n’accepteraient pas que le bas peuple, la droite, les séfarades, les religieux, les recroquevillés autour du judaïsme hermétique et dominant, de l’Etat juif, les traditionnalistes, les ignorants, les adeptes du principe "l’Etat, c’est le roi", ceux qui font leur service militaire dans la piétaille ou ne le font pas du tout, les sans droit, les désavantagés et les laissés pour compte dirigent le pays.

 

Car, comme on le distingue sur la photo qui suit, la plupart des ministres et des dirigeants du Likoud se tenaient derrière M. Netaynahu dans l’enceinte du tribunal lorsque celui-ci accusa à nouveau toutes les instances de l’Etat d’avoir fabriqué par des méthodes dolosives les affaires qui le mettent en cause. Le pouvoir exécutif presque au complet qui se tient dans l’un des palais du pouvoir judiciaire pour l’accuser de malversation, c’est une image qui fait froid dans le dos des démocrates et qu’ils ne sont pas près d’oublier.

 

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Les ministres du Likoud soutenant, en plein tribunal, l’assaut de Netanyahu contre

toutes les instances de l’Etat de droit

 

Serait-ce le procès que la Première Israël intente à la Seconde Israël afin de la priver de ses "droits démocratiques exprimés dans les urnes" ?

 

Il est plus que temps de mettre un peu d’ordre dans ce fourre-tout au demeurant inextricable. Pour rappeler, d’abord et brièvement, que ce que la justice reproche à Binyamin ce sont des actes exclusivement liés à son propre intérêt, visant des avantages monnayables qu’il n’a jamais eu l’intention de partager avec qui que ce soit, et certainement pas avec ce qu’il appelle "la droite".

 

Ensuite, parce que sa tactique globale consiste à exploiter les ressentis de la Seconde Israël, mais qu’on ne peut pas la confondre logiquement avec la droite. Certes, à force de stigmatisations, de simplifications outrancières, Bibi est parvenu à imposer à une partie de l’opinion un concept par élimination : tous ceux qui présentent les caractéristiques de la longue énumération que j’ai faite trois paragraphes précédemment appartiennent à la gauche. La gauche, c’est la Première Israël, avec tout ce que cet amalgame imaginaire et ce raccourci recèlent de dangereux.

 

Or, si la majorité de ceux qui font partie de la Seconde Israël se considèrent effectivement de la droite inventée par Netanyahu, on compte un grand nombre de personnes classées dans la Première Israël qui appartiennent à la droite politique, telle qu’elle avait été esquissée par le placement des députés dans l’Assemblée Nationale de la Révolution française.

 

Parmi ceux-ci, on peut citer les deux chefs de Yesh Atid, après le schisme avec Benny Gantz, Yaïr Lapid et Moshé Ya’alon, le ministre des Affaires Etrangères issu de Kakhol Lavan Gaby Ashkenazi, Benny Gantz, ainsi que des barons incontestables du Likoud comme Benny Begin et Dan Meridor, Avigdor Lieberman, le leader d’Israël Beiténou, ou encore Avikhaï Mandelblit, l’ennemi juré des bibistes, qui est à la fois pratiquant et conservateur. Il me faudrait deux pages pour citer tous les noms des personnalités de droite qui n’appartiennent pas à la Seconde Israël.

 

Il est encore plus probant de mentionner que tous les leaders historiques du Likoud, à commencer par Zeev Jabotinsky (dont le père de Bibi, Benzion Netanyahu, fut le secrétaire particulier), faisaient partie, sans le moindre conteste sensé, de la Première Israël, comme Menakhem Begin, Itzkhak Shamir, Ariel Sharon ; ils auraient tous été des "gauchistes" dans la classification bibiste, en prenant grand soin de ne pas oublier le premier d’entre eux… Binyamin Netanyahu. Dans le profil duquel, en effet, il est impossible de trouver le moindre critère le rattachant à la Seconde Israël.

 

Voici qui illustre la "fragilité" ainsi que l’hypocrisie du tableau de classification droite-gauche selon Netanyahu. Le chef de file de… la "droite forte", titre qu’il s’est une fois encore approprié dimanche sur les marches intérieures du palais de justice.

 

C’est dire l’étendue de l’instrumentalisation par Netanyahu, entouré par un grand nombre de responsables du Likoud actuel, appartenant tous à l’Elite de la Première Israël, qui font un usage indiscriminé des ressentiments de la Seconde Israël.

 

Avec Jean Tsadik, nous nous sommes intéressés de plus près à la raison pour laquelle la stigmatisation de la gauche qui n’est pas la vraie gauche, occupait une place aussi importante dans la rhétorique bibiste. Et nous avons découvert que, pour une fois, elle était bien moins superficielle que tout ce qui précède.

 

Pour vérifier ce que nous imaginions, nous nous sommes rendus il y a une petite semaine au cœur de Bnei Brak (200 000 hab.), la ville juive orthodoxe la plus peuplée de la Planète. Sur le coup de midi, affublés d’une kipa sur la tête, nous avons engagé la conversation avec les passants, ce qui est très facile à réaliser dans les quartiers religieux. Les habitants appréciaient visiblement que l’on s’intéresse à eux et à ce qu’ils pensent, ce qui n’est pas fréquent. En prenant grand soin de ne pas froisser nos interlocuteurs, nous n’avions aucune raison de le faire, nous avons commencé par discuter de sujets divers, sélectionnés par nos soins pour ne pas déclencher de grande passion. Au fur et à mesure de notre débat à bâtons rompus, une foule de Juifs orthodoxes s’agroupaient autour de nous, et grâce à la pondération de Jean, lui aussi issu d’une famille très pratiquante, nous avons réussi à instaurer une ambiance propice au dialogue.

 

C’est alors que Jean Tsadik a posé la question qui avait justifié notre déplacement dans la banlieue de Tel Aviv : "Qu’est-ce que la gauche ?".

 

Déferlement. Tous avaient quelque chose à dire, mais pas ce que la plupart des gens de la Première Israël auraient pu imaginer. Il était exclusivement question de la Torah, de la haine des orthodoxes et des rabbins par les "gauchistes", de leur volonté d’éradiquer les mitzvot (règles) du judaïsme, de rendre le pays totalement laïc, de les forcer à effectuer leur service militaire, ainsi que de l’attrait des "gauchistes" pour la mixité et la fornication.

 

Je peux témoigner qu’en vingt minutes, nous n’avons pas entendu un seul argument politique au sens que l’on conçoit à un kilomètre de là, à l’extérieur de Bnei Brak. Lorsque l’engouement se dissipa quelque peu, je posai une seconde question : "Qui sont les grandes figures du gauchisme ?". Il y eut d’abord une sorte de silence. Plusieurs participants à la discussion échangeaient entre eux avant de fournir une réponse. Nous nous attendions tout de même à entendre les noms de Marx, de Lénine ou de Trotski, voire ceux de la "vraie" gauche israélienne, comme Nitzan Horowitz ou Zahava Gal-On, les chefs de file de Meretz [parti de gauche israélien], mais rien de cela ne vint. Les noms qui fusèrent furent ceux de Yaïr Lapid et d’Avigdor Lieberman (qui sont des personnalités de droite), accompagnés de signes évidents de détestation.

 

Quelques minutes plus tard, je décidai de rassasier ma curiosité : "Et Netanyahu, il est aussi de gauche ?". Cela suscita une grosse discussion mais assez confuse, dont il émana toutefois clairement que Binyamin Netanyahu était effectivement "quelqu’un de gauche", mais qui ne détestait pas les religieux. Et contrairement à ce à quoi nous nous attendions, nous n’avons remarqué aucun indice de grande affection pour le représentant de la "droite forte". Juste un consensus de compromis. Une approbation conditionnelle  agrémentée de multiples restrictions.

 

Nous prîmes très amicalement congé de la cinquantaine d’hommes qui nous entouraient. Nous eûmes deux heures de trajet pour analyser les résultats de notre enquête de terrain. Nous n’avions pas posé la question de savoir qui est de droite, car, comme dans le bibisme, il nous était évident que le tri se faisait uniquement par élimination, et sans la moindre affinité avec la composition de l’Assemblée convoquée à la Révolution française. A Bnei Brak aussi, comme dans le reste d’Israël, mais selon des critères différents, ceux qui sont de droite sont ceux qui ne sont pas de gauche ! Il n’y a pas de démarche à faire pour "être de droite", pas d’idée à émettre, c’est juste la normalité.

 

Dans la voiture qui nous ramenait dans le Nord, il était apparent que notre hypothèse s’était vérifiée : dans le monde orthodoxe, on déteste effectivement la gauche, mais la gauche historique. Et ce, pour une raison évidente : sans rapport avec la définition usuelle de la gauche, dans un univers qui ne vit pas en symbiose avec le reste de la société, ce que l’on déteste, c’est ce qui représente le rationalisme.

 

Le rationalisme, par opposition à la croyance. Darwin, contre la vérité biblique selon laquelle Dieu a créé le monde en six jours. Une Terre de 4.54 milliards d’années, contre une Terre de 5 780 ans depuis la création du monde. Et toutes les divergences qui s’ensuivent.

 

Or la gauche, pour les Juifs religieux, c’est le courant politique qui, historiquement, explique la vie de façon scientifique et s’oppose ainsi à leur croyance et à l’enseignement de leurs rabbins. Si pour la majorité des hommes dans le monde, la gauche a changé et ne prétend plus que la religion est l’opium du peuple, chez les orthodoxes, on n’est ni évolutif ni à l’écoute de la télévision, et la coexistence avec les "anti-religieux" n’est toujours pas envisageable. Cela peut nous paraître anachronique, et ça l’est, mais uniquement lorsque l’on n’est pas capable de réaliser que les habitants de Bnei Brak, comme ceux de Méa Shéarim ont consacré leur vie, toute leur vie, à Dieu tel qu’il est décrit dans la Bible.

 

Cela explique également la ferveur de l’anti-gauche, la haine de "la gauche et des gauchistes" responsables de tous les maux que l’on retrouve sur les réseaux sociaux. Ceux qui l’expriment le plus souvent sont des traditionnalistes, des personnes qui ne vivent pas dans un ghetto religieux et selon des préceptes totalement rigides, mais des gens qui fréquentent tout de même quasi-quotidiennement leur synagogue ou qui, s’ils ne le font pas, se le reprochent amèrement.

 

Les orthodoxes de Méa Shéarim sont antisionistes, ils règlent leurs différends devant un rabbin et non dans un prétoire séculier, dont ils ne reconnaissent ni l’utilité ni l’autorité. Les traditionnalistes sont le plus souvent sionistes, mais leur sionisme est très éloigné de celui de la Première Israël. Eux, s’ils vivent ici, c’est parce que c’est le cœur géographique de leur foi, la source, l’endroit où le messie fera son apparition, et l’Etat d’Israël est certes un bienfait pour la plupart, mais il passe toujours bien après la Torah et la loi halakhique, la loi des rabbins.

 

Les intégristes et les traditionnalistes, les antisionistes religieux et les sionistes religieux, offrent à Netanyahu, de par la raison unique de leur haine du rationalisme, le terreau fertile de sa manipulation en trois temps : amalgamer la Première Israël à la gauche, fustiger la "gauche" en l’accusant de tous les maux lors de chaque intervention, se présenter comme le leader de la "droite" forte, le principal et seul barrage contre les "gauchistes".

 

 

A suivre…

 

 

 
La neutralisation de Bandar Abbas : un échantillon des capacités de Tsahal (011905/20) Version imprimable
Analyse
mardi, 19 mai 2020

 

Par Jean Tsadik

 

Un article publié aujourd’hui sur le Washington Post fait le buzz dans les chancelleries, les quartiers généraux des principales armées de la Planète, et parmi les spécialistes de la guerre informatique. Le papier, intitulé "Des officiels : Israël est impliqué dans une attaque cybernétique chaotique contre une installation portuaire iranienne".

 

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Le port de Rajahi, cible de l’attaque informatique

 

Comme le titre l’indique, le rapport se base exclusivement sur des fuites de responsables gouvernementaux de plusieurs pays sous le couvert de l’anonymat. Le fuitage contrôlé d’informations aux journalistes d’un grand media constitue un processus très courant aux Etats-Unis, utilisé par le gouvernement pour adresser un message aux ennemis aussi bien qu’aux amis de l’Amérique.

 

Dans le cas présent, cet article cite nommément l’Etat hébreu comme étant à l’origine de l’opération cybernétique, ce qui, sous l’Administration Trump, n’aurait pas pu se faire sans l’aval de Jérusalem, également intéressée à diffuser ce message.

 

Il faut dire que l’on s’attendait à une réplique des Israéliens après la tentative attribuée à l’Iran, le 24 avril dernier, de dérégler des systèmes de gestion des eaux douces au pays des Hébreux. Les gardiens du cyberespace israélien avaient rapidement réagi à l’intrusion de hackers iraniens dans les ordinateurs des services de distribution d’eau, et tout dommage avait ainsi été évité.

 

Suite à cette tentative d’attaque, les responsables informatiques desdits services avaient été vigoureusement rappelés à l’ordre pour leur gestion inattentive de leurs protections informatiques. Des "ajustements" ont été rapidement effectués, aussi bien dans les services de gestion des eaux que dans d’autres institutions. L’espace informatique israélien est généralement considéré comme l’un des plus efficacement protégés au monde, notamment par des unités spécifiques au sein de Tsahal, ce qui ne signifie pas que des ennemis ne puissent pas trouver des failles par lesquelles s’infiltrer. En matière d’informatique, un système sans failles, totalement impénétrable, n’existe pas.

 

Restait à savoir si les représailles des Forces de Défense d’Israël allaient se faire sous la forme d’une action kinétique [par une action militaire physique], ou par le biais d’une riposte informatique. Le recours à une contre-action cybernétique impliquait le risque (gérable) de dévoiler des capacités pouvant permettre aux Iraniens d’améliorer eux-aussi leurs défenses en la matière.

 

Le choix de la riposte s’est finalement porté sur une réplique informatique. Elle a visé le plus grand port de la "République" Islamique d’Iran, celui de Rajahi, qui n’est autre que l’installation portuaire commerciale de la ville de Bandar Abbas (500 000 hab.) [carte]. C’est l’un des deux grands ports au service des ayatollahs avec celui de l’Imam Khomeini, situé à une cinquantaine de kilomètres seulement de la frontière irakienne, dans l’estuaire d’un fleuve.

 

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Carte de situation

Service cartographique © Metula News Agency

Base : Google Earth Pro

 

La riposte israélienne est intervenue le 9 mai dernier ; elle a été "hautement précise" d’après les informateurs du Washington Post et ses effets dévastateurs ont été visibles par les satellites espions durant les jours qui s’ensuivirent.

 

En milieu de semaine dernière, on observait la présence de douzaines de navires porte-conteneurs au large de la côte, dans l’incapacité de décharger leurs marchandises.

 

En fait, le 9 mai, tous les ordinateurs qui régissent le trafic maritime, le chargement, le stockage, les routes et voies ferrées, ainsi que les communications ont simultanément cessé complètement de fonctionner.

 

Cette "panne" a empêché tout mouvement maritime de et vers le port de Rajahi, elle a stoppé net les activités des grues et celles des installations de stockage des denrées et des matières premières, et elle a généré d’inextricables bouchons de circulation dans toute la région de Bandar Abbas.

 

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La carte du port de Rajahi et la région de Bandar Abbas

Service cartographique © Metula News Agency

Base : Google Earth Pro

 

Les responsables du port ont tenté de minimiser le succès de l’opération israélienne en arguant qu’elle n’avait atteint que des installations privées, mais il suffisait de mettre le nez à la fenêtre ou de prendre des photos satellitaires pour se convaincre qu’ils racontaient n’importe quoi.

 

Ce que le Washington Post et la quasi-totalité des autres media ne font pas, c’est se pencher sur les enseignements à tirer de cette opération, évaluer les capacités des escadrons de hackers de Tsahal, et le message que Jérusalem et Washington ont envoyé à la théocratie perse.

 

Le plus simple – et cela explique le choix non anodin de Bandar Abbas – consiste à constater la capacité des Hébreux à accéder aux systèmes informatiques de l’adversaire là où ils le veulent, au moment où ils le décident, en choisissant les effets qu’ils entendent provoquer et en privant les techniciens iraniens de la possibilité de remédier au problème dans un délai raisonnable.

 

Si l’on se risque à la comparaison entre l’attaque du réseau d’eau par les hackers des ayatollahs et la réplique de Tsahal, nous dirons qu’il y a la même différence de pertinence et de destruction entre eux qu’entre une balle de pistolet et une pluie de missiles de précision.

 

Il y a aussi fort à parier que les informaticiens iraniens ont agi au maximum de leurs capacités actuelles de nuisance : avec davantage de maîtrise ils auraient au moins pu générer quelques dégâts consistants dans les systèmes de distribution et de filtrage de l’eau douce. Faute d’y parvenir, ils ont uniquement mis en lumière l’habilité des gardiens cybernétiques hébreux à identifier rapidement leur attaque et à prendre les mesures adéquates en l’espace de quelques minutes.

 

Quant aux Israéliens, leur mode opératoire donne au contraire à penser que les dégâts qu’ils ont infligés au port de Bandar Abbas ne représentent qu’un minuscule échantillon de ce qu’ils sont capables de faire.

 

Mais pourquoi Bandar Abbas et son port de Rajahi, avons-nous demandé ? Parce qu’il est à la fois le principal point de passage des marchandises importées qui permettent aux Iraniens de se nourrir et d’avoir accès à des produits de première nécessité. Et à l’industrie de tourner et d’exporter une partie de sa production, dotant le régime de Khameneï de quelques devises étrangères, absolument indispensables au moment où les sanctions U.S. ont placé sa gouvernance en état de faillite virtuelle.

 

Or si l’action des hackers israéliens s’était poursuivie sur les ordinateurs de Rajahi, ou – pourquoi pas, étendue à d’autres secteurs et d’autres régions ? – l’approvisionnement critique de la capitale et des autres grandes villes d’Iran aurait très rapidement été insuffisant pour répondre aux besoins de la population, et l’activité industrielle et commerciale se serait encore ralentie.

 

On peut donc parler d’un avertissement à Khameneï accompagné d’une preuve de compétences. De quoi faire passer des nuits difficiles à ce vieil homme.

 

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Le détail du port militaire de Bandar Abbas

Des navires de combat obsolètes censés contrôler la passe d’Ormouz

Notez les deux frégates dotées d’une aire d’atterrissage pour hélicoptères

Service cartographique © Metula News Agency

Base : Google Earth Pro

 

Mais la démonstration de ces capacités dans le port iranien va bien au-delà des effets que je viens de citer. Il établit, par-delà le doute sensé, que sans s’en prendre directement aux Forces de Défense Iraniennes et sans tirer le moindre missile, Jérusalem possède la capacité de mettre 90% de l’activité en Iran au point mort.

 

Pour comprendre ce que j’énonce, imaginez que la prochaine attaque se porte sur le système informatique qui gère Téhéran (et/ou d’autres grandes métropoles persanes) et que, comme à Rajahi, elle le mette totalement hors service.

 

La circulation automobile, déjà à la limite de la saturation, faute de feux de signalisation s’arrêtera. Des millions d’automobilistes et de camionneurs seront bloqués dans les rues et sur les routes – ce qui deviendrait carrément désagréable, si, dans le même temps, les théocrates khomeynistes avaient à faire face à une attaque de missiles -. L’approvisionnement électrique serait coupé, de même que les communications téléphoniques et celles empruntant les réseaux sans fils. Et celle de l’eau potable, rendant, par les températures estivales qui prévalent au Moyen-Orient, la vie difficilement supportable.

 

Et tout ce qui précède procède exactement de la même capacité que celle exercée il y a dix jours à Bandar Abbas ; il n’existe aucune différence entre neutraliser les ordinateurs du port et ceux de Téhéran. Ce sont les mêmes, et ils sont installés et régis par des méthodes communes ne présentant aucun secret pour les unités spécialisées de Tsahal. Comme à Rajahi, les techniciens téhéranais ne possèderaient pas l’antidote au poison informatique – si les Iraniens l’avaient, ils l’auraient utilisé sur les rives du détroit d’Oman ; la situation était suffisamment grave pour les obliger à faire appel à tous les moyens à leur disposition.

 

Ce n’est pas tout : pour tenter de se mesurer à une telle attaque cybernétique, il faudrait avoir recours à des ordinateurs de pointe n’existant pas en Iran, ainsi qu’à des systèmes de gestion et à des logiciels spécifiques qui ont été placés sous l’embargo décrété par Donald Trump. Le temps de s’en procurer par la contrebande, de les planifier, de les installer et de les mettre en route serait bien trop long pour sauver l’Iran de l’effondrement.

 

Encore faudrait-il être certain que les hackers de Tsahal n’auraient pas déjà préparé des moyens pour anéantir les solutions de rechange, auxquelles ils ont pour leur part un accès illimité.

 

Certains de mes confrères n’hésitent pas à soutenir qu’il serait possible d’obliger la théocratie des ayatollahs à une reddition sans conditions uniquement en se lançant dans une guerre cybernétique basée sur les capacités développées par ces spécialistes.

 

Toujours sans tirer un seul missile. Ce qui n’empêcherait nullement de synchroniser une attaque cybernétique avec une attaque kinétique, et d’autres armes encore, à l’instar des bombes électromagnétiques ou E-bombs, dans leur définition scientifique : bombes à impulsion électromagnétique non nucléaires (NNEMP). Selon des sources étrangères, Israël serait à la pointe de la recherche dans ces domaines également.

 

Ce type d’engin libère une onde électromagnétique très brève et de forte amplitude, qui détruit les appareils électriques (et partant, électroniques) dans une zone donnée, ce qui permet de frapper des objectifs en neutralisant toutes les armes de défense connues.

 

On est très loin de la science-fiction ou de techniques en voie d’élaboration. Lors d’opérations passées, comme l’attaque du réacteur nucléaire syrien en cours de fabrication par des ingénieurs nord-coréens le 6 septembre 2007, baptisée Opération Verger ou "Out of the box", à proximité de Deïr ez-Zor, il est communément admis que les Israéliens ont utilisé des moyens de guerre électronique.

 

Israël aurait eu recours à la guerre électronique pour prendre le contrôle des défenses antiaériennes syriennes et leur fournir une image de faux ciel pendant toute la période nécessaire aux chasseurs-bombardiers israéliens pour traverser la Syrie, bombarder leur cible et revenir. Cette technologie permettrait de nourrir les émetteurs radar ennemis avec de fausses cibles, de les rendre totalement aveugles, ou même de manipuler directement les capteurs ennemis.

 

Durant la période qui a précédé cette intervention et celle qui l’a immédiatement suivie, à Métula, de même qu’au Liban (nous nous trouvons à quelques centaines de mètres de la frontière), nous avions expérimenté des interférences très importantes dans les émissions de télévision ainsi que dans l’utilisation des téléphones portables. Ces observations nous avaient permis à l’époque de réaliser rapidement qu’une opération majeure était en cours et d’être les premiers à l’identifier et à l’annoncer, générant, dans un premier temps, des réactions incrédules des autres media.

 

 

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Un intrus en provenance du Liban blessé et appréhendé par Tsahal (021705/20) Version imprimable
Breaking News !
dimanche, 17 mai 2020

 

Métula, dimanche 16h55, 15h55 à Paris

 

Un individu à pied a franchi cette après-midi la frontière internationale entre le Liban et Israël. Après les sommations d’usage, des soldats du XIIIème bataillon de la Division Golani qui effectuaient une patrouille de routine ont ouvert le feu sur l’intrus qui se trouvait en territoire israélien.

 

L’individu est touché au niveau de sa poitrine et se trouve dans un état grave. Il a été transporté par hélicoptère vers l’hôpital de Tel Hashomer, à l’est de Tel-Aviv, et a été placé en soins intensifs.

 

L’incident s’est produit dans la zone montagneuse d’Har Dov sur les contreforts du mont Hermon, à proximité de la forteresse de Gardiola (1 518m.) [carte], face au bourg libanais de Kfar Chouba.

 

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Har Dov et le nord d’Israël

Service cartographique © Metula News Agency

 

Cette zone constitue un foyer de tension permanent. Elle est investie, côté libanais, par le Hezbollah, qui contrôle Kfar Chouba et ses environs.

 

Al Manar, l’une des chaînes de télévision de la milice terroriste chiite libanaise, a relaté l’incident, annonçant que les militaires israéliens avaient tiré sur un "berger désarmé". Il est permis de mettre ce narratif en doute, les bergers de la région connaissant chaque mètre de la zone.

 

Qui plus est, le Hezbollah utilise fréquemment des "bergers" afin de tester le dispositif de Tsahal, que ce soit face au Liban ou à la Syrie. Les incidents de ce genre, déjà courants d’ordinaire, se sont fait plus nombreux ces dernières semaines.

 

La milice de Hassan Nasrallah a promis des représailles à l’Etat hébreu.

 

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L’intrus est emmené sur une civière par les soldats

 

Une certaine tension règne dans la région suite à cet incident mais le cours normal des activités des civils n’est pas perturbé.

 

L’extrémité occidentale de la montagne d’Har Dov se situe à 10km à vol d’oiseau de la rédaction de Métula, et Gardiola, à 14km. La température dans notre région dépasse les 40 degrés sous l’effet d’un vent du désert appelé Sharav. Ces conditions extrêmes devraient perdurer jusqu’à la fin de la semaine, constituant un phénomène météorologique exceptionnel en cette saison et réduisant sensiblement la visibilité.

 

 

 
L’ambassadeur de Chine en Israël retrouvé mort à son domicile ce matin (011705/20) Version imprimable
Breaking News !
dimanche, 17 mai 2020

 

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Métula, dimanche 10h50, 09h450 à Paris

 

L’ambassadeur de Chine en Israël, son Excellence Du Wei, a été trouvé mort ce dimanche matin dans sa résidence d’une banlieue de Tel-Aviv.

 

On attend des précisions de la police.

 

M. Du Wei est en poste en Israël depuis un peu plus de deux mois seulement. Il laisse une épouse et un fils. Il était âgé de 58 ans.

 

Bien qu’ayant présenté ses lettres de créance au président Rivlin, il n’a jamais eu l’occasion de le rencontrer à cause des restrictions due au Coronavirus.

 

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Son Excellence Du Wei

(photo : ministère chinois des Affaires Etrangères)

 

 

 
Corona : des médecins de Gaza entraînés Israël (011105/20) Version imprimable
Analyse
lundi, 11 mai 2020

 

Par Sami el Soudi

 

Au total, c’est plus d’une centaine de médecins et d’infirmiers de Gaza qui ont suivi des formations dans les hôpitaux israéliens, sans compter les cours qui ont été administrés dans une salle du point de passage d’Erez.

 

Certes, les deux parties, sans tenter d’imposer le secret sur cette coopération hors du commun, ont préféré ne pas en faire publiquement état. Les Israéliens, parce qu’ils excluent toute forme de coopération avec le califat islamique dirigé par l’organisation terroriste du Hamas qui gouverne la bande côtière ; le Hamas, parce qu’il prône la destruction de l’Etat hébreu, l’annihilation de ses habitants et l’instauration d’un Etat palestinien à sa place, du Jourdain à la Méditerranée.

 

N'empêche que dès le mois de mars des cliniciens de l’enclave étaient bien en Israël pour se familiariser avec les techniques de lutte contre le virus. Début avril, la Ména a identifié qu’une équipe de vingt praticiens gazaouis s’était rendue à l’hôpital de Tel Hashomer en passant par Erez pour y suivre un stage.

 

D’autres ont suivis à l’hôpital Barzilaï d’Ashkalon et à celui de Wolfson à Holon entre autres. Nous rappelons que l’hôpital Shifa de Gaza, entièrement restauré par les Israéliens pendant l’occupation de la Bande a été calqué sur celui de Holon, et que plusieurs médecins, dont la plupart des responsables, avaient été formés dans cette ville de la banlieue sud de Tel-Aviv.

 

Deux médecins qui ont participé à ces cours nous ont confié, naturellement sous le couvert de l’anonymat, que l’atmosphère de ces rencontres était carrément cordiale, et qu’elles ont même donné lieu à des embrassades entre confrères qui avaient travaillé ensemble voici plusieurs années.

 

Au niveau de la formation elle-même, ces personnes nous ont dit que les pratiques qu’elles ont apprises en Israël avaient une importance "irremplaçable". Qu’elles avaient porté sur "la détection des malades, leur prise en charge, la séparation des patients atteints du COVID-19 des autres malades des hôpitaux, la protection du personnel soignant, les procédures d’intubation et de sortie d’intubation. C’étaient des protocoles dont nous ignorions pratiquement tout", a déclaré l’un des médecins, ajoutant que "jusqu’à ces stages, nous traitions les quelques personnes atteintes sur la base de nos connaissances médicales générales et sur la documentation que nous pouvions trouver sur Internet".

 

 

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Des médecins israéliens transportant du matériel médical pour des confrères palestiniens

Source : Médecins pour les Droits de l’homme (archives)

 

Ces formations ont été accompagnées de livraisons/dons massifs de matériel médical, comme des milliers de kits de test, des dizaines de milliers de masques et des respirateurs. D’autre part, un laboratoire d’analyse des échantillons a été installé à Gaza, financé conjointement par des sociétés privées israéliennes et chinoises.  

 

C’est le directeur de la Coopération Médicale Internationale au sein du "ministère" de la santé de Gaza, le Dr. Abdul Latif al-Hajj, qui a été la cheville ouvrière de la coopération avec Israël côté Gaza. Il a lui-même participé à des stages en Israël.

 

Côté israélien, c’est principalement la fondation des Médecins pour les Droits de l’homme qui a géré les échanges avec la bénédiction du gouvernement.

 

Il est également apparu lors de notre enquête que les médecins de Gaza et le Hamas préfèrent largement traiter directement avec Israël que passer par le ministère de la Santé de l’Autorité Palestinienne. Même si c’est l’AP qui, en principe, est chargée de gérer les relations humanitaires entre la bande côtière et l’ "occupant" israélien.

 

Le ministère de la Santé de l’Autorité Palestinienne, auprès duquel j’ai mes entrées, a bien organisé un séminaire au point de passage d’Erez, mais il a appris ensuite par voie de presse l’étendue de la collaboration directe entre le Hamas et l’Etat hébreu, notamment l’édification du laboratoire dans l’enclave palestinienne.

 

Les raisons de cette préférence, m’ont expliqué deux membres des équipes médicales ayant suivi les stages en Israël, sont nombreuses : d’abord le manque de confiance. "A Gaza, nous sommes convaincus que Ramallah ne nous livre pas une proportion équitable du matériel et des fonds que l’AP perçoit à l’international. D’autre part", poursuit le porte-parole improvisé, "tous les médecins de Cisjordanie qui s’occupent du COVID-19 ont été formés et équipés par les Israéliens, et Ramallah n’a inclus qu’un nombre insignifiant de nos praticiens dans ce programme. Et déjà", continue notre interlocuteur, "si tout vient d’Israël et qu’Israël accepte de s’occuper de nous, pourquoi ne pas s’adresser directement à la source. Particulièrement si l’intermédiaire fait passer ses intérêts bien avant les nôtres et que les Israéliens acceptent de nous parler dans le domaine humanitaire ?.

 

Médecins pour les Droits de l’homme communique directement avec le Hamas et cela se passe très bien", termine mon interlocuteur ; "si nous avions attendu l’aide du Fatah, il n’y aurait probablement plus personne en vie à Gaza…". S’ensuit un rire général et bruyant des autres praticiens présents à la cafétéria d’un hôpital israélien.

 

Le second médecin, un épidémiologiste de bonne réputation, m’a indiqué hier au téléphone que "vu la densité de la population à Gaza, les limites du système sanitaire, la grande précarité économique régnante, ainsi que les restrictions de mouvements imposées par Israël et l’Egypte, tout le monde craignait d’assister à une hécatombe dans la bande côtière".

 

Je lui demande quels sont les derniers chiffres des statistiques disponibles sur la propagation de l’épidémie à Gaza. Il répond "que les craintes ne se sont pas vérifiées, mais qu’il était adéquat de se préparer au pire. Le Hamas, l’Autorité Palestinienne, Israël et les instances médicales mondiales ont tremblé, mais jusqu’à maintenant, nous n’avons dénombré que vingt cas et aucun décès. Peut-être un, mais on ne peut pas déterminer à cent pour cent que la personne est morte du Corona. Nous avons même pu renvoyer quatorze patients chez eux".

 

Est-ce que ces chiffres sont fiables, demandé-je ?

- "Pas plus ni moins qu’ailleurs, nous n’avons rien fait pour maquiller les chiffres !".

 

Est-ce grâce à l’aide israélienne ?

- "Un peu, mais c’est surtout la chance. Sur le plan mondial, on n’a pas encore compris le comportement de ce virus, pourquoi il frappe certains pays mais pas d’autres. Nous avons utilisé la moitié des kits de test fournis par les Israéliens, nous avons correctement traité nos quelques patients grâce à eux, mais surtout, nous étions prêts à faire face à une catastrophe bien plus importante, nous savions que nous ne serions pas seuls dans la tourmente, et cela, c’est appréciable".

 

Vous pensez que le Proche-Orient a été épargné par le virus lui-même ?

- "C’est certain, sinon on relèverait les morts par centaines de milliers en Egypte, en Jordanie, chez nous, au Liban, en Syrie etc. Or on ne compte que quelques milliers de morts pour tous ces territoires. Le virus frappe particulièrement les pays tempérés entre des parallèles identifiables. Mais on se demande pourquoi des pays comme la Grèce et ceux de l’est de l’Europe ont été relativement épargnés. C’est l’un des multiples grands mystères de cette pandémie".

 

Et l’Iran ?

- "L’Iran, au printemps et en hiver, connaît des températures européennes, pas moyen-orientales. Or il semble que, au moins dans sa virulence bien davantage que dans le nombre de victimes qu’il provoque, ce virus soit très sensible à la chaleur. Des différences de deux ou trois degrés semblent faire une grande différence. Je crois que c’est le virus qui décide (il rit), et que les mesures de confinement n’ont pas joué de très grand rôle : l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes (Unis) ont comptabilisé un nombre comparable de personnes positives pour un chiffre de décès également comparable à Israël, et on ne peut pas vraiment confronter la qualité de la médecine dans ces pays. C’est Allah et le virus qui ont décidé, pas les médecins" (il rit à nouveau).

 

Ca vous a fait quoi de coopérer avec les Israéliens ? Pensez-vous que la collaboration avec eux pourrait toucher d’autres domaines ?

- "Je suis médecin, Sami, je ne me mêle pas de politique ni des autres domaines. Mon travail consiste à sauver des vies. Ce que je peux vous dire est qu’en médecine, la coopération a bien fonctionné, de façon très professionnelle et positive. Et personnellement, également pour des raisons professionnelles, je n’aime pas la guerre et je pense qu’il faudrait s’arranger autrement, mais c’est tout ce que j’ai à répondre à votre question".

 

Il n’est pas vrai que l’accalmie dans les relations entre Israël et Gaza ne concerne que la lutte contre le Coronavirus. Il est certain qu’on se parle. Les émeutes du vendredi ont quasiment cessé, de même que les envois de ballons et de cerfs-volants incendiaires.

                                                             

Tout n’est pas parfait, ce weekend, des miliciens de Gaza ont à nouveau et sans provocations de Tsahal tiré une roquette sur leurs voisins juifs, heureusement, elle a manqué sa cible. Ces incidents, qui ne sont pas rares, sont le fait de groupes islamistes, souvent au sein du Hamas même, qui tentent de saboter les tentatives de dialogue. Tsahal réplique à chaque provocation, et toujours sur des cibles du Hamas, qu’il considère responsable de tout ce qui se déroule dans l’enclave palestinienne. Mais l’Armée sioniste avise les miliciens qu’elle va détruire une cible et leur donne le temps de s’en éloigner, les ripostes, lors d’incidents de ce genre, ne font jamais de morts.

 

 

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Les Iraniens quittent le navire syrien (010805/20) Version imprimable
Analyse
vendredi, 08 mai 2020

 

Par Jean Tsadik

 

Avec Stéphane Juffa et Michaël Béhé

 

Dans le giron de l’establishment israélien de la Défense, du Renseignement et du ministère de la Guerre, on annonce que l’Iran est en train de vider massivement ses positions en Syrie et de renvoyer ses soldats au pays. Nos antennes à l’extérieur d’Israël et, notamment, dans les pays arabes avoisinants, confirment cette information. Elle est bien réelle et participe d’un véritable tournant sur la carte géostratégique moyen-orientale.

 

De Métula, nous avons souvent eu l’occasion de le répéter, hormis dans les républiques bananières, on ne bluffe pas avec la guerre. Et l’Iran est une théocratie, mais pas une république bananière.

 

On bluffe avant un conflit et après mais pas pendant. On essaie d’intoxiquer l’adversaire, certes, par la propagation de fausses informations durant un affrontement, mais cela n’a rien à voir, cela fait partie des tactiques militaires, non pas d’une stratégie globale.

 

En fait, ce repli s’est amorcé dès que le COVID-19 a commencé à toucher durement la "République" Islamique, bien plus que les chiffres officiels de son gouvernement ne le concèdent, des sources sérieuses parlant de dizaines de milliers de victimes. Depuis, il ne fait que s’accélérer.


 

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Deux raids majeurs cette nuit en Syrie (010505/20) Version imprimable
Breaking News !
lundi, 04 mai 2020

 

© Metula News Agency

 

 

Ont collaboré à cet article : Michaël Béhé, Stéphane Juffa, Yoshua Ohana

 

Métula, mardi 03h40, 02h40 à Paris

 

Selon diverses sources concordantes, y compris l’agence officielle d’information syrienne SANA ainsi que des media iraniens à l’instar d’al-Alam [ara.: le monde], des appareils israéliens ont bombardé le complexe militaire-industriel situé au sud-ouest de la ville d’al Safirah (Sfireh en dialecte local) 107 000 hab..

 

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Carte de situation

Service cartographique © Metula News Agency

 

Le complexe en question, affilié au Centre d'Etudes et de Recherches Scientifiques (CERS) syrien, se situe à 17km au sud-est d’Alep, à 278 au nord de Damas et à 346km de Métula, dans la même direction, le point le plus proche en territoire israélien.

 

Le CERS d’al Safirah était soupçonné par les agences de Renseignement occidentales d’abriter des usines de missiles ainsi que la fabrication d’armes chimiques et bactériologiques de destruction massive.

 

Le centre pris pour cible cette nuit incluait également une base dans laquelle étaient stationnés des militaires gouvernementaux syriens et des Pasdaran (corps des Gardiens de la "Révolution" khomeyniste).

 

Nous sommes en mesure de confirmer que l’objectif a été la cible d’un raid aérien qui s’est déroulé à 22h32 locales. Des missiles ont été tirés par des chasseurs-bombardiers – probablement des F-35 furtifs. Ils ont provoqué au moins trois explosions majeures et ont totalement détruit le complexe ainsi que les entrepôts attenants, selon un témoin oculaire et un médecin joints par Michaël Béhé.

 

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Le complexe militaire-industriel d’al Safirah

Service cartographique © Metula News Agency

Base : Google Earth Pro

 

Il y a de très nombreux morts et blessés suite à cette opération d’après le médecin. Le témoin oculaire prétend avoir distinctement compté huit missiles "venus du ciel et générant d’énormes explosions".

 

L’opération d’al Safirah est confirmée par SANA, qui ne parle que de dégâts matériels et prétend que des missiles d’interception ont été tirés en direction des missiles air-sol israéliens. Nous sommes quant à nous en situation d’affirmer que tous les missiles air-sol, sans doute des Dalila, ont précisément atteint leurs objectifs. SANA affirme que l’Armée est encore en train d’évaluer les dégâts causés par le raid.

 

D’autre part nous sommes également en mesure de confirmer qu’un autre raid aérien a eu lieu aux environs de la ville d’al Salkhiyah, dans la province de Deïr ez-Zor sur l’Euphrate, à mi-chemin entre al Mayadin et Bukamal sur la frontière syro-irakienne.

 

Une vingtaine d’impacts ont été rapportés par des sources locales. Des entrepôts d’armes et de munitions ainsi qu’un quartier général de l’Armée iranienne ont été visés et oblitérés.

 

Les media arabes attribuent aussi le raid d’al Salkhiyah à l’Aviation israélienne, ce qui est plausible.

 

 

 
On voyait jusqu’au nord du Liban (010405/20) Version imprimable
Informations générales
lundi, 04 mai 2020

 

Par Ilan Tsadik

           

De passage (enfin !) à Métula hier, j’ai eu l’occasion relativement rare de photographier le mont Qournat as Saouda à partir de la terrasse de la rédaction de la Ména.

 

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Le mont Qournat as Saouda

 

Le Qournat as Saouda se situe à 130km de Métula, soit 40km plus loin que Beyrouth, bien au-delà de l’autoroute Beyrouth-Damas. Il culmine à 3 088 m d'altitude, ce qui en fait le point le plus élevé du Liban ainsi que du Proche-Orient où Levant [carte].

 

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Service cartographique © Metula News Agency

Base : Google Earth Pro

 

Il conserve son manteau neigeux jusqu’en juin ou en juillet. L’épaisseur de la neige varie habituellement entre 2 et 16 mètres, les années exceptionnelles.

 

Son nom est tiré du syriaque et du français "Qornet Sodé" qui signifie la "cornette des Martyrs", en mémoire des chrétiens morts pas milliers lors de la famine qui sévit dans la région du Mont-Liban durant la Première Guerre Mondiale pendant l’occupation ottomane.

 

La cornette en français est un chapeau de femmes qui fait penser à la forme du plus haut sommet de cette montagne. Le syriaque est une langue chrétienne extrêmement proche de l’hébreu (dont les lettres et la grammaire sont quasi-identiques à celles de l’hébreu ancien).

 

Comme l’hébreu, le syriaque comprend les voyelles o et é, ce qui n’est pas le cas de l’arabe. C’est la raison pour laquelle le Qornet Sodé est devenu le Qournat as Saouda avec le temps et la diminution de la présence chrétienne en Orient.

 

Sur la troisième illustration, on distingue une partie du village de Métula au premier plan, ainsi que la proximité de la frontière libanaise (à 380 mètres de la rédaction).

 

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Avec Métula au premier plan et des amis pilotes dans le ciel libanais

 

Par le jeu du hasard, on voit aussi les traînées de deux chasseurs-bombardiers du Khe’l Avir, l’Aviation israélienne, qui, après avoir survolé Métula, s’enfoncent très profondément dans le ciel du Liban le long de la frontière syrienne.

 

Hier (dimanche), durant toute la journée, nos amis libanais ont noté une intense activité du Khe’l Avir sur leurs têtes. Les appareils allant jusqu’à simuler des attaques au sol contre des objectifs du Hezbollah.

 

Il arrive également que ces exercices servent de diversion à de vraies attaques en territoire syrien. De par la multiplicité des avions en vol, de leurs types variés et de leur positionnement, l’ennemi ignore si une attaque aura réellement lieu et de quel côté elle surviendra.

 

Il s’agit de la méthode de "surprise par la sur-présence" parfois utilisée par le Khe’l Avir afin de frapper des cibles iraniennes, syriennes et du Hezbollah en Syrie. Elle est très difficile à contrer.

 

Elle a en outre l’avantage de paralyser les activités hostiles – comme le transport d’armes et de munitions, le déploiement de troupes et la préparation d’opérations offensives - et de permettre d’étudier le dispositif antiaérien de l’adversaire, celui-ci étant contraint d’ "allumer" ses radars et ses batteries pour les rendre opérationnels.

 

Autre avantage, lorsque ces "exercices" se prolongent, ils soumettent les armées ennemies en général, et les servants de batteries et de sites sensibles en particulier, à un stress très conséquent. Particulièrement si ce genre d’exercices se poursuivent pendant plusieurs jours et plusieurs nuits consécutivement.

 

Hier, on n’a cependant enregistré aucun raid du Khe’l Avir. Ce qui constitue également un élément dérivatif intéressant : l’ennemi note qu’un déploiement massif de moyens aériens n’est pas obligatoirement synonyme d’attaque. Lorsqu’il identifie nos appareils, il ne sait donc pas si ces derniers vont l’attaquer ou non. Et l’instillation du doute, particulièrement lorsque ces manœuvres se répètent, porte atteinte à son niveau d’attention.

 

Il est vraisemblable que la diminution de la pollution liée au ralentissement de l’activité industrielle pendant l’épidémie du COVID-19, associée aux pressions barométriques basses de ces derniers jours, favorisent les conditions de visibilité qui m’ont permis de prendre ces photos.

 

Demain ou après-demain, je vous invite à ne pas manquer une analyse illustrée préparée par mon père, Jean Tsadik et plusieurs autres spécialistes de la Ména, exposant la précision des frappes du Khe’l Avir lors de récents raids qui lui sont attribués en Syrie. Cette analyse exceptionnelle sera toutefois réservée dans sa totalité aux abonnés de notre agence.

 

Pour ceux qui ne sont pas encore abonnés : http://www.menapress.org/sub/subscribe.html

 

 

 
Enorme explosion dans une base iranienne à Homs (020105/20) Version imprimable
Breaking News !
vendredi, 01 mai 2020

 

Ont collaboré à cet article : Stéphane Juffa, Jules Mazouz, Yoshua Ohana

 

Métula, vendredi 11h10, 10h10 à Paris

 

Il y a 40 minutes, un gros entrepôt d’armes et de munitions a explosé à Homs [carte] à l’ouest de la Syrie.

 

 

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Carte de situation

Service cartographique © Metula News Agency

Base : Google Earth Pro

 

Une série d’énormes explosions s’est produite dans une base militaire, à quelques centaines de mètres du quartier de Wadi Al-Dahab [ara. : la vallée de l’or] au sud de la ville.

 

Les flammes atteignent plus de 80 mètres de hauteur [photo].

 

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Des flammes gigantesques au sud-est de Homs, causées par

l’explosion de munitions

 

Le gouverneur de Homs attribue les explosions à "une attaque", sans plus de détails. Les media d’Etat syriens et iraniens confirment l’information, ne parlant, une fois de plus, que de dégâts matériels.

 

Notre interprétation de l’événement, sans preuves mais par référence au mode opératoire et au choix de l’objectif visé : il s’agit sans doute d’une base confiée aux Gardiens de la "Révolution" khomeyniste dont nous connaissons l’existence au sud-est de Homs. Il y a vraisemblablement de nombreuses victimes, des dizaines, au vu des caractéristiques de ce genre d’objectif, de l’élément de surprise et de l’explosion instantanée du stock de munitions [double explosion : d’abord le missile, ensuite les munitions]. On est probablement en présence d’une frappe provoquée par un missile de croisière air-sol israélien de la famille des Dalila, lancé à partir du ciel libanais.

 

La frontière libanaise se trouve à 26km à l’ouest de la base prise pour cible, et Métula, le point géographique le plus proche en territoire israélien, est à 188km au Sud.

 

 
Attaque israélienne d’un convoi syrien (010105/20) Version imprimable
Breaking News !
jeudi, 30 avril 2020

 

Ont collaboré à cet article : Stéphane Juffa, Jules Mazouz, Yoshua Ohana

 

Métula, vendredi 02h40, 01h40 à Paris

 

Tard dans la soirée de jeudi, selon des sources étrangères concordantes que nous sommes en mesure de confirmer, des hélicoptères d’assaut israéliens ont attaqué au missile plusieurs positions de l’Armée gouvernementale syrienne, à son usage et à celui du Hezbollah libanais et de milices chiites sous commandement iranien dans le Golan syrien.

 

L’attaque fait suite à l’atterrissage cette après-midi à Damas d’un Boeing 747-281F cargo iranien en provenance de Téhéran. Un appareil sous livrée trompeusement civile de la compagnie Qeshm Fars Air, immatriculé QFZ9951.

 

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Qeshm Fars Air était une société civile et privée qui a fait faillite en 2013 et qui a refait surface en 2017, exclusivement au service des Gardiens de la "Révolution" khomeyniste (les Pasdaran).

 

Le matériel - des armes et des munitions -, a été chargé sur des camions qui ont fait route en direction de la province de Kouneitra à proximité de la frontière israélienne.

 

Aussitôt le déchargement effectuée, le Khe’l Avir, l’Armée de l’air israélienne, est entré en action et a détruit les bâtiments dans lesquels le matériel venait d’être entreposé.

 

Des organes d’information officiels syriens – dont l’agence gouvernementale SANA - et iraniens font état de cette attaque mais ne reconnaissent que des dégâts matériels.

 

Selon des sources plausibles mais que nous ne sommes pas en mesure d’endosser actuellement, simultanément à l’attaque des hélicoptères, Tsahal aurait bombardé deux autres objectifs dans le Golan syrien tenus par des formations auxiliaires de l’Armée gouvernementale syrienne.

 

Ces attaques auraient conjugué des bombardements d’artillerie et des tirs de missiles sol-sol Tamouz à partir du Golan israélien.

 

Nous ignorons le bilan précis des interventions israéliennes de cette nuit mais nous savons avec certitude qu’il y a des morts et des blessés dans les rangs ennemis.

 

 
Raid sur Damas : développements (022704/20) Version imprimable
Breaking News !
lundi, 27 avril 2020

 

Ont collaboré à cet article : Michaël Béhé, Stéphane Juffa, Jules Mazouz, Yoshua Ohana et Jean Tsadik

 

Métula, lundi 15h00, 14h00 à Paris

 

Le raid de l’aube attribué à Israël a visé (par recoupement de diverses sources que nous sommes en mesure de confirmer) un site militaire secret utilisé à la fois par les Pasdaran [les Gardiens de la "Révolution" khomeyniste] et l’Armée gouvernementale syrienne.

 

Ce site est situé dans le quartier d’al Moadamyeh al Cham [ara. : "le gouvernorat de Syrie", couramment appelé simplement le gouvernorat : "al Moadamyeh"][cercle rouge et jaune sur la carte] à Damas, non loin de l’aéroport de Mezzé [cercle rouge], dans l’ouest de la capitale syrienne.

 

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Service cartographique © Metula News Agency

Base : Google Earth Pro

 

Selon nos sources, une intense activité avait été observée ces dernières 24 heures sur cet emplacement. Des Pasdaran s’apprêtaient à lancer sur Israël des drones-suicide, des engins téléguidés emplis d’explosifs qui s’abattent sur une cible ; contrairement aux drones lanceurs de missiles, le plus souvent utilisés par les Israéliens et les Américains. Ces derniers étant censés rentrer une fois leur mission accomplie et sont réutilisables.

 

Le site d’assemblage des drones à al Moadamyeh est si près de la piste 06 (sur un axe nord-est, les chiffres 06 peints en entrée de piste signifiant en aéronautique : orienté au 60 degrés sur une boussole) de l’aéroport de Mezzé, pratiquement en bout de piste, qu’il n’aurait fallu que quelques minutes pour les préparer au décollage.

 

Les Syro-iraniens entendaient sans doute effectuer un coup d’éclat à l’occasion des commémorations du Jour du Souvenir et du Jour de l’Indépendance en Israël.

 

L’objectif visé par le Khe’l Avir, l’Armée de l’air israélienne, a été totalement détruit et il y a de nombreux morts iraniens et syriens sur l’objectif ; une quinzaine au moins et des blessés, selon Michaël Béhé, qui a pu s’entretenir téléphoniquement avec deux témoins à Damas.

 

Tous les missiles antimissiles syriens ont manqué (de beaucoup) leurs cibles mais des éclats de certains d’entre eux (ils explosent en vol) sont retombés sur des zones peuplées de la ville et on tué et blessé plusieurs civils dont des enfants.

 

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Des dégâts ce matin à Damas

On peut déduire de par le genre, l’étendue et l’environnement civil des dommages qu’ils

ont été causés par les retombées d’un missile d’interception syrien et non un engin israélien

 

Ils semble que les appareils israéliens ont lancé leurs missiles à partir de l’est du territoire libanais, pendant que d’autres chasseurs-bombardiers attendaient sur le Doigt de la Galilée, volant à basse altitude pour se prémunir des radars et des missiles ennemis, prêts à parer à toute éventualité en cas d’échec du raid initial. Il était évidemment impensable de laisser ces menaces imminentes intactes.

 

Selon des sources nombreuses mais invérifiables, le Renseignement russe aurait aidé son homologue israélien à préparer cette opération. Ce qui est certain est que la presse moscovite a fait état cette semaine d’une grande tension entre Vladimir Poutine et Bashar al Assad, le président russe accusant le dictateur-président syrien de nager dans la corruption. Reste que le Kremlin utilise très souvent des prétextes de ce genre afin de dissimuler des ajustements stratégiques voire des changements de politique.

 

La situation est actuellement normale dans tout le nord de l’Etat hébreu et particulièrement sur le Doigt de la Galilée et à Métula. En fin de ce lundi après-midi et jusqu’à jeudi matin le couvre-feu sera décrété dans tout le pays dans le but d’empêcher les attroupements à l’occasion des deux jours de cérémonies à venir.

 

 

 

 
Attaque israélienne sur Damas (012704/20) Version imprimable
Breaking News !
lundi, 27 avril 2020
 
 

 

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Métula, lundi, 08h22, 07h22 à Paris

 

Ce matin aux alentours de 05h30 locales des appareils du Khe’l Avir, l’Aviation israélienne, ont attaqué au missile des objectifs dans la région de Damas. Cette information a pu être vérifiée par la Ména, mais nous ignorons pour l’heure la nature des cibles visées.

 

L’agence de presse gouvernementale syrienne SANA a succinctement confirmé l’opération, la qualifiant d’ "agression israélienne", ajoutant, comme à son habitude, que la DCA de Bashar avait abattu un certain nombre de missiles.

 

Dans le vocabulaire gouvernemental syrien, le terme "agression israélienne" est généralement utilisé pour qualifier une opération réussie ayant occasionné des dégâts considérables.

 

De même que l’emploi de la phrase "la défense antiaérienne a abattu un certain nombre de missiles hostiles" indique d’ordinaire que les cibles ont été atteintes et qu’il n’est pas possible de dissimuler les dégâts.

 

A l’heure de l’attaque, plusieurs chasseurs-bombardiers du Khe’l Avir ont survolé le Doigt de la Galilée à basse altitude, réveillant notamment de nombreux habitants de Kiryat Shmona.

 

Ce soir débutent en Israël les commémoration du ""Yom hazirkaron" lé khlalaley maarakhot Israël vé lé nifgaé péoulot haéva", le Jour du souvenir pour les victimes de guerre israéliennes et pour les victimes des opérations de haine. Leur nombre, comptabilisé depuis 1860, s’élève à 23 816 disparus.

 

Les cérémonies du "Yom hazirkaron" [Jour du souvenir] se termineront demain soir et seront immédiatement suivies de la commémoration de "Yom Hatzmaout", le Jour de l’Indépendance, 72ème du nom depuis la création d’Israël, la fête nationale israélienne, qui durera jusqu’à la nuit de mercredi à jeudi.

 

Le couvre-feu a été décrété pendant ces fêtes pour éviter les attroupements en raison du Coronavirus. Sauf raison urgente, les Israéliens auront cette année l’interdiction de quitter leur domicile. Ils pourront suivre les cérémonies sans public à la télévision.

 

Il est relativement rare que l’Armée israélienne conduise des opérations avant cet événement important. Si elle l’a fait cette année, c’est sans doute que les Syro-iraniens prévoyaient une activité délétère imminente misant sur le fait qu’Israël n’interviendrait pas à cette date, soit, c’est Tsahal qui a décidé de surprendre ses ennemis en choisissant ce jour pour réaliser une opération planifiée.

 

Quoi qu’il en soit, les reporters de la Ména sont à pied d’œuvre dans tout le Moyen-Orient pour suivre les développements de ce raid, essayer d’identifier les objectifs visés, et évaluer les résultats des frappes.

 

 
L’épidémie et le hussard (012404/20) Version imprimable
Analyse
vendredi, 24 avril 2020

 

Par Llewellyn Brown

 

À son apparition, la pandémie actuelle a provoqué un effet de saisissement dans le monde : soudainement, chose inouïe, une immense partie des pays développés se sont arrêtés, certains d’entre eux faisant le choix d’enfermer leur citoyens à l’intérieur de leurs maisons pour une durée indéfinie. Le monde qui, jusqu’alors, paraissait emporté par un mouvement continu d’échanges commerciaux et d’enrichissement, s’est immobilisé, les rues des grandes villes se sont vidées.

 

Devant cette situation inédite et effrayante, on assiste à un véritable tourbillon de discours cherchant à clarifier les origines du virus, sa nature précise, les mesures à prendre pour traiter la maladie et remédier à sa propagation. À ces nombreuses voix contradictoires s’est ajoutée la propagande d’État : les mensonges du régime communiste chinois, ceux de l’OMS et, en ce qui nous concerne, ceux du gouvernement français.

 

Dans cette perspective, nous pouvons avancer que la véritable épidémie serait moins celle du virus lui-même – dans son caractère biologique – que la manière dont les humains et leurs institutions y réagissent : l’épidémie est avant tout politique.

 

L’EPIDEMIE FRANCAISE

 

En France, on est bien placé pour saisir cette dimension. Ce pays, qui se targue d’être parmi les plus développés de la Planète, se trouve absolument désarmé devant l’épidémie. Les solutions paraissaient relativement simples pourtant : voyant ce qui se passait en Chine (les États-Unis étaient informés dès novembre 2019), il fallait distribuer des masques à toute la population (méthode qui a fait ses preuves dans les pays asiatiques), s’assurer d’une utilisation constante de gel hydroalcoolique, faire des tests de dépistage massifs pour isoler ceux qui étaient déjà contaminés, dispenser les remèdes dès les premiers signes de contamination (le docteur Raoult avait un protocole tout prêt).

 

Or l’on découvre un pays qui ne possède strictement rien du nécessaire : masques, gel désinfectant, tests. Quant aux remèdes, au lieu de se prévaloir, devant l’urgence, de l’existant (le protocole de Raoult), on le proscrit, ou on l’autorise dans les cas extrêmes, quand le corps du patient a déjà évacué le virus.

 

On prend conscience aussi de la mutation désastreuse subie par l’État, empêchant toute réponse adéquate. La souveraineté a été abolie au profit de la bureaucratie européenne. Les institutions – hôpital, police, écoles – ont été méthodiquement démantelées au cours des dernières décennies. Les grandes entreprises du pays ont été vendues et la production « délocalisée », dans les pays du Tiers monde. Alors que l’on ne cesse d’ajouter des taxes à des impôts en augmentation constante, le citoyen qui finance l’État ne bénéficie pas des services qu’il pourrait attendre en retour, l’argent étant plutôt investi dans l’assistanat ou dans des projets coûteux sans utilité réelle. Tous les gouvernements précédents ont fait comme si aucun danger ne pouvait plus menacer un pays dans lequel la finance a remplacé la productivité. En somme, l’épidémie qui devait représenter un problème à résoudre avec des moyens adéquats est devenue une situation désastreuse.

 

LE CHOIX DE L’ALLEGORIE – Le Hussard

 

Un roman offre la possibilité de saisir les enjeux humains d’une telle catastrophe. En 1950-1951, Jean Giono écrivit Le Hussard sur le toit, un roman prenant la forme d’un pastiche de Stendhal, mais où l’auteur garde le souvenir de la Grande Guerre, et de l’Occupation. Dans cette œuvre, le hussard piémontais éponyme, Angelo Pardi, traverse la Provence en proie à l’épidémie du choléra qui sévissait sous la Monarchie de Juillet. Traversant les épreuves indemne – conformément à l’idée suggérée par son prénom –, il est témoin des effets de la maladie à la fois dans le corps des pestiférés et dans la société. Sur son chemin, il rencontre Pauline de Théus, à qui il offre, en chevalier servant, de la reconduire auprès de son mari.

 

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Le seul remède vérifié :

réapprendre à aimer

 

Au cours de leur périple, on voit des mesures destinées à endiguer la propagation de l’épidémie. La circulation des personnes n’est permise qu’à la condition de présenter un laissez-passer officiel. Des barricades sont dressées et gardées par des personnages arrogants qui clament : « La loi est faite pour tous. », ou par d’autres, qui s’identifient tout bonnement à la maladie : « Je suis comme le choléra, moi, je ne choisis pas. Tous dans le même sac ». Comme les Français – et conformément à une pratique qui remonte au Moyen Âge – tous sont confinés : l’efficacité de cette mesure demeure démontrable en ce qui concerne le nombre de morts.

 

Vers la fin du roman, les deux héros trouvent refuge chez un vieux médecin, qui prend une figure de sage, et leur donne son « diagnostic », en quelque sorte celui de l’épidémie. À ce moment, le choléra acquiert un caractère ouvertement allégorique. Les démarches dictées par la nécessité apparaissent alors comme révélatrices de la nature humaine.

 

C’est, en effet, la fonction même de l’allégorie, par contraste avec le « réalisme ». Celui-ci s’entend comme une idéologie qui, au nom d’une vérité opposable à tous, prétend dicter une conduite et une attitude de soumission : le dirigeant qui prononce une assertion fondée sur la science ou sur l’économie n’entend pas qu’on lui objecte le moindre raisonnement divergent. En tant que telle, l’allégorie dit comment on peut vivre une situation donnée en s’en détachant quelque peu, pour la doter d’un sens humain.

 

Le médecin du roman fait donc de la provocation lorsqu’il déclare à ses deux auditeurs que le choléra est « une épidémie de la peur ». Il précise ensuite : « Je sais fort bien que le choléra n’est pas tout à fait le produit de l’imagination pure ». Dans son long discours, il présente l’épidémie sous la forme d’images, afin de montrer qu’au-delà des causes objectives, ce qui est en jeu sont des passions humaines, dans leur caractère irrationnel.

 

LA CAUSE DU MAL

 

Évoquant la « mélancolie » qui affecterait ses contemporains, le médecin du Hussard fait donc de l’épidémie une question morale qui concerne la manière dont les personnes et les sociétés réagissent à leur condition. Il déclare ainsi que cette affection « fait plus de victimes que le choléra », transformant la société en « une assemblée de morts-vivants, un cimetière de surface », où se répand « un délire de l’inutilité », poussant enfin « à des démesures de néant qui peuvent fort bien empuantir, désœuvrer et, par conséquent, faire périr tout un pays ». Le médecin laisse entendre ainsi que vivre, rester en vie, est avant tout une question d’appétence pour la vie. Au niveau d’une nation, cela suppose, par exemple, la volonté décidée de maintenir la cohésion en société et l’intégrité de son pays.

 

Pour Giono, l’absence du désir de vivre résultait de l’extension de la production capitaliste, la destruction de la paysannerie et du lien avec la nature : préoccupations qu’il a explorées dans ses écrits pacifistes, songeant au carnage de la Grande Guerre qui l’avait marqué définitivement, et cherchant à éviter qu’une telle destruction ne se reproduise. À notre époque, le démantèlement de la nation au profit de la finance, la doctrine du « nouveau management public » dans les institutions d’État en vue d’une rentabilité accrue, l’émiettement du lien en société par l’immigration massive, font partie des conditions infligées aux citoyens, et qui les privent d’un sentiment d’appartenance à un ensemble qui donne sens à l’existence.

 

LA CATASTROPHE

 

Le cholérique gionien se trouve donc « en proie au prodrome de « ce cancer de la raison pure, de chair fatiguée des détours que lui fait prendre sa matière grise ». La rationalité apparaît alors moins comme l’humilité devant la logique que comme un affect délétère. Quand « toutes les joies sédentaires foutent le camp », le cholérique se trouve devant une absence de limites. Il n’est plus retenu par le lien avec ceux qui lui étaient chers, il « se moque bien désormais de la chair et de la chair de sa chair. Il suit son idée ». Il a trouvé enfin ce qui fera de sa vie vide un destin marqué par la grandeur : « Le cholérique n’est pas un patient : c’est un impatient. Il vient de comprendre trop de choses essentielles. Il a hâte d’en connaître plus ».

 

Giono décrit alors l’épopée de ce cholérique qui est captivé par le spectacle qui se déroule dans son corps : « Mais voilà d’énormes globes de feu qui débordent pesamment du cratère, des nuages incandescents qui remplacent le ciel. Votre cholérique est prodigieusement intéressé. Son seul but est d’en connaître plus. […] Son sang se retire. Son sang se précipite sur les lieux du spectacle. Il ne veut pas en perdre une bouchée ». Si la catastrophe est cause de souffrance, elle possède aussi sa force de fascination pétrifiante, faisant croire qu’elle serait détentrice de « la vérité ». Cette conception exaltante – ce « sursaut d’orgueil » – porte l’individu à la hauteur d’un enjeu métaphysique, aux conséquences sordides, comme on le voit dans le chapitre où Angelo se trouve à Manosque, ville de l’auteur, et dont il montre les habitants en proie à la peur et assoiffés de lynchages. Après l’Occupation, Giono avait des comptes à régler avec les autres Manosquins.

 

EN REVENIR

 

Devant cette force mortifère, le vieux médecin ménage la possibilité d’un ressaisissement de la part du cholérique. Parlant au jeune couple chaste devant lui, il n’évoque pas de remèdes matériels mais un principe moral : « […] il faudrait se faire préférer, offrir plus que ne donne ce sursaut d’orgueil : en un mot être plus fort, ou plus beau, ou plus séduisant que la mort ». Le choléra exerce son emprise en diffusant un sentiment de grandeur qui commande au malade : le cataclysme est de l’ordre d’un fantasme et d’une passion destructrice. Or pour y faire face, le médecin ne prône pas une hypothétique ou idéale rationalité retrouvée, mais l’adoption d’un autre fantasme soutenu, ici, par le lien amoureux : une adhésion qui sera suffisamment forte pour inciter le cholérique à se raccrocher à la vie. Dans le roman, ce basculement se réalisera dans l’épisode où Angelo sauve Pauline : alors que celle-ci subit la séduction de la mort, le jeune hussard, saisi par « une sorte de fureur tendre », frictionne son corps, dans une transposition de l’acte d’amour.

 

CONCLUSION

 

Nous sommes donc en période de pandémie, mais en tant que phénomène médical, celle-ci paraît bien moins mortelle que celles qui ont scandé le siècle passé. Elle est bien davantage une catastrophe causée par l’humain : les malades auxquels on a refusé un traitement adéquat, l’économie détruite par le confinement non sélectif.

 

Certains voient dans notre situation un moment d’arrêt salutaire, qui permet de réévaluer nos priorités existentielles. C’est sans doute vrai. D’autres imaginent que tout sera différent « après » : que le monde changera pour devenir plus humain, plus écologique… En France, il y a lieu plutôt de noter que la caste au pouvoir depuis des décennies n’a pas l’intention de lâcher son emprise. Le seul espoir serait une prise de conscience générale de la nécessité de reconstruire la nation et la démocratie. Sur ce plan, cependant, tout reste à faire, le défi est à relever.

 

 
Corona : l’hypothèse qui change tout et qui répond aux défis de la pandémie (012104/20) Version imprimable
Radio/audio - interview/reportage
mardi, 21 avril 2020