Compléments d’enquête (info # 013107/10) Version imprimable
Réinformation
samedi, 31 juillet 2010

 

Par Etienne Duranier

 

L’article de Patricia La Mosca, "Grenoble ou le cimetière des rêves", recueille un écho important dans le public français.

 

Les lecteurs remarquent, pour la plupart, que notre consœur, qui était encore stagiaire il y a un peu plus d’un an, adopte une approche très différente de celle des media tricolores dans sa couverture des affrontements entre les émeutiers armés du quartier de la Villeneuve et les forces de l’ordre.

 

La Mosca décrit ce qu’elle voit et rapporte ce qu’elle entend ; sans passer sous silence les éléments qui dérangent et sans instrumentaliser les événements pour servir un but politique ou une quelconque idéologie.

 

Pur style Ména, qui dérange et désoriente une presse francophone, qui, à force de gommer l’incorrect, d’utiliser un vocabulaire intentionnellement soporifique, ainsi qu’un lexique unique et auto-imposé, ne dit plus rien du tout. N’informe plus, au sens premier.

 

Un exemple : Patricia relève qu’environ cinq cents policiers, y compris des commandos, en trois jours de tirs à l’arme à feu de la part des séditieux, et après l’incendie de 82 voitures, n’ont arrêté que deux suspects.

 

Cela suffit au lecteur pour réaliser que quelque chose ne tourne pas rond dans le traitement que le gouvernement français a appliqué aux violences de Grenoble.

 

La Ména, La Mosca, sont les seules, dans le paysage médiatique francophone, à mettre cette équation en évidence. A poser les questions justes. Mais n’est-ce pas précisément cela le rôle du journaliste ?

 

Et prendre des risques et conserver la curiosité et la fraîcheur nécessaires pour passer une nuit entière au côté d’un commando de la police sur un local d’aération, alors que les balles sifflent à proximité, n’est-ce pas revenir aux fondamentaux du métier ?

 

Que les collègues négligent peut-être.

 

C’est remettre le journaliste à sa place sur le théâtre de l’événement. C’est reconnaître qu’il y a une place définie. Un journaliste, dont le boulot n’est pas de dire à ses clients ce qu’ils doivent penser, ni de se soucier de ne pas échauffer les esprits en parlant de calme lorsqu’il n’existe pas.

 

Le résultat ne trompe pas ; au bout de quelques lignes de l’article de notre camarade, le lecteur s’aperçoit qu’il est authentique et différent de tout ce qu’on lui propose.

 

Et il n’y pas que les consommateurs d’information civils qui font ces constatations. Ce matin, j’ai été surpris en lisant les commentaires sur le papier de Patricia que j’ai trouvés sur le forum du site du Syndicat National des Officiers de Police français.

 

Eux, on ne peut pas "la leur faire" ; ce sont probablement les gens les mieux renseignés de ce qui se déroule effectivement dans les zones de non-droit.

 

On retrouve chez eux la même considération et les mêmes réflexes que ceux des autres lecteurs face à Grenoble ou le cimetière des rêves. C’est en lisant les commentaires de ces officiers que j’ai ressenti la nécessité de publier ce suivi d’info.

 

Ils se reconnaissent dans ce que Patricia La Mosca a écrit. Ils confirment le contenu. Ils disent que c’est pire encore que ce qu’elle décrit. Ils se plaignent des risques exagérés qu’on leur fait prendre. Ils parlent de leur ras-le-bol (également explicité publiquement pour la première fois dans ces colonnes) et de ses raisons. De la certitude qu’ils ont que les gouvernants les abandonnent ; qu’ils les considèrent, eux et les hommes qu’ils commandent, comme de la chair à canon à bon marché.

 

Je rapporte ici quelques unes de leurs réactions :

 

Fee-ross : Pu...naise que c'est, bien vu !!!

 

C'est quand même grave/dommage (rayer la mention inutile) de ne pas avoir une presse, (française, s'entend !) qui ne va pas chercher plus loin... pas hors de nos frontières, mais "inside" comme le disent certains. (...)

 

Lemieux66 : Voici un article qui est paru en Israël.


Subject: Grenoble ou le cimetière des rêves


Ce texte a été écrit par une journaliste de "MENAPRESS" (http://www.menapress.org/).

La Ména, de son nom complet la Metula News Agency, est dirigée au plan rédactionnel depuis le village israélien de Métula qui lui donne son nom.

 

Ceci étant précisé, les observateurs évoquent ici une vision de nos banlieues pertinente, notamment au regard de leur expérience avérée des populations hostiles à Gaza... (...)

 

Sombre : Cet article (entre autres) tourne beaucoup dans les boites persos des collègues....

Par contre je reste étonné que "certains" ne disent rien sur sa provenance (menapress). Il semble que le choix des sources et leur accès sur le forum dépende de certains facteurs qui m'échappent de moins en moins.

 

Et puis ce commentaire détaillé d’Azerty, que je trouve instructif quant au fond du problème et que je reproduits en entier :

 

Patricia La Mosca (l’article) : "Les flics en ont très gros sur la patate à jouer les "cibles de fêtes foraines". Les politiques ont certes parlé de rétablir l’ordre public par tous les moyens, mais leurs ordres sont "faites gaffe de ne pas en abattre un autre, car la situation échapperait à tout contrôle. Ne tirez que si votre vie est absolument en danger !".

 

Azerty : "Oulala, on est déjà loin ; maintenant, c'est plutôt "tirez qu'après déjà avoir pris une bastos et que par miracle, vous êtes encore vivant, mais tant que vous n'avez pas été atteints, serrez les miches".... c'est d'ailleurs ce qui s'est passé à Villiers le Bel : combien de collègues allumés à l'arme à feu ? Combien de tir de riposte ? réactyion des politiques (on pète de joie car nos valeureux policiers ont acceptés d'être les pigeons d'un stand de tir sans avoir riposté)".

 

PLM : "Hortefeux, la peur au ventre, a commis l’acte "incontestablement héroïque" de pénétrer dans la Villeneuve. Même entouré d’un véritable mur de séparation mobile, il n’est toutefois demeuré dans la cité que... sept minutes, montre en main".

 

Azerty : "C'est ce qui s'appelle en avoir... (je ne précise pas la taille, ce serait désobligeant)... les mêmes politicards qui demandent à un collègue se faisant tirer dessus, se prenant boules de pétanques, plaques d'égouts, pommes de terre hérissées de clous et jets de pierres en tir tendu de "garder son sang froid" des heures durant (sinon, gare à la sanction)".

 

bagnoledeflics.jpg

Non. Inacceptable.

 

PLM : "Elle ne dispose pas non plus des moyens, des hommes et des ordres pour espionner des citoyens français, nés français, sur le sol national".

 

Azerty : "Ben non, un politicard ancien MI ayant utilisé les RG [renseignements généraux. Ndlr.] à son profit pour se maintenir au courant dans la guerre qui l'opposait à son 1er Ministre, les a dissouts afin qu'un jour, un autre MI qu'il serait obligé de prendre pour satisfaire une frange de sa majorité mais en qui il n'aurait aucune confiance, ne fasse pas pareil et ne se permette ainsi de lui faire de l'ombre.

 

DDV [Daniel de Villepin. Ndlr.] squizzait Nico, c'est un secret de polichinelle, sans les RG, il aurait été aveugle, car les RG renseignaient "sur tout les phénomènes de sociétés", pas que ceux relevant de la Police (d'où le nom "généraux").


Il les a remplacé par des SDIG aux effectifs et moyens réduits à une peau de chagrin".

 

PLM : "Quant à la parade d’Hortefeux, elle consiste, en vérité, à placer des caméras de surveillance à des carrefours sensibles, et à éclairer les appartements du quartier, toute la nuit durant, avec de forts projecteurs montés sur des hélicoptères".

 

Azerty : Exactement ! La réponse doit être pénale ! Tout tir sur un policier, doit être puni de la peine prévue en cas de tentative d'assassinat sur un représentant des forces de l'ordre (perpète - même si à titre perso, la lame froide de la guillotine serait plus dissuasive).

 

Mais mettre deux fois plus de collègues, d'hélicos et autres démonstrations de gros bras (gros bras menottés par un manque de courage et de volonté politique) ne servira à rien.

 

Quand ce ne sera plus Grenoble, ce sera ailleurs, pour peu qu'un adolescent décérébré ne soit pas capable de comprendre ce qu'un gamin de 5 ans connait, à savoir qu'une tête de mort sur un transfo EDF veut dire "pas touche".


Et après certains se demandent d'où vient notre démotivation. Comme je le disais ailleurs, il n'y a pas que le financier qui nous importe, le symbolique aussi.


Tant que le PR ne recevra pas devant les médias du JT de 20h00 le collègue qui s'est fait tiré dessus en état de LT parce qu'il répliquait à un braqueur qui l'allumait à l'UZI, démontre que seule sa carrière l'intéresse et que de notre situation, il se fout éperdument.


Pourquoi le courage politique qu'ils ont pour ceux des gens du voyage qui créent des pb (alors que d'autres se tiennent bien et travaillent durement), ne peut-il l'avoir vis à vis de la racaille des cités, et proposer la même solution (une connerie, hop, dehors du pays. Né en France de parents non français ? retrait de la nationalité et retour au pays d'origine parental) ?

Peut être que manouches, gitans et autres rom ne représentent qu'un faible pouvoir électoral... alors que ceux qui foutent la m..e dans les cités et ceux qui vivent de leur trafic, eux, représentent une masse d'électeurs bien plus importante !


En gros, mieux vaut être en LD [légitime défense. Ndlr.] devant un rom que devant un zyva.

 

C’est en langage flic, dans leur patois. Bien sûr, il ne nous appartient pas, une fois encore, de dire si nous sommes d’accord ou non, mais de rapporter ce qu’on ne voit pas en France dans les media : ce qui préoccupe les officiers de police.

 

On découvre un autre pan du puzzle. On apprend des choses (beaucoup) qu’on ne connaissait pas, de la part d’acteurs principaux du face-à-face, les garants de la sécurité personnelle des Français. Bref, c’est ça de l’information.

 

Même si je ne suis pas français (Patricia La Mosca l’est, elle), je conçois aisément que les policiers ne sont pas les ennemis de la démocratie mais, au contraire, ses boucliers.

 

C’est partout pareil, je veux dire dans toutes les démocraties, et les gardiens de l’ordre font partie du camp de ceux qui défendent la loi et l’Etat de droit. Privez-les de leurs privilèges de fonction, empêchez-les d’appréhender les séditieux, demandez-leur de se laisser tirer dessus sans répliquer, et vous mettrez immédiatement l’Etat en péril et encouragerez ceux qui professent ouvertement leur haine de lui.

 

Lire la suite...
 
Deux faux ne font pas un juste (info # 013007/10) Version imprimable
Droits de l'Homme
vendredi, 30 juillet 2010

 

Par Mehrtash Rastegar 

 

Traduit de l’anglais par Patricia La Mosca

 

"L’intégration des genres est le processus de l’évaluation, pour les hommes et les femmes, des implications de toute action planifiée, relativement à la législation, les politiques et les programmes, dans tous les domaines et à tous les niveaux, et telle une stratégie pour faire des préoccupations et expériences des femmes, comme des hommes, une dimension intégrale dans la construction, la mise en place, le contrôle et l'évaluation de politiques et de programmes dans toutes les sphères, politique, économique et sociale, tels que les femmes et hommes en bénéficient de façon égale, et que l'inégalité ne soit pas perpétuée. L'objectif ultime est de compléter l'égalité des genres". (CESNU 1997/2).


Ceci constitue la définition établie par le Conseil Economique et Social des Nations Unies (CESNU). La même entité est responsable de l’établissement de la Commission du Statut de la Femme (CSF), selon la résolution 11(ii) du CESNU, du 21 juin 1946.

 

Le site Web du CSF des Nations Unies affirme qu’elle est "l’entité principale chargée de la définition d’une politique globale" à être "exclusivement consacrée à l’égalité des genres et à l’avancement des femmes".

 

Le CESNU a élu 11 nouveaux membres afin de remplir un nombre égal de vacances du CSF, pour une période de quatre ans, à compter de la première réunion de la cinquante-sixième session de la Commission, en 2011, et se terminant à la clôture de sa cinquante-neuvième session, en 2015.  

 

La "République" Islamique d’Iran (RII) a été élue au sein du groupe des Etats Asiatiques (voir La Session Organisationnelle du Conseil Economique et Social, 8 et 9èmes réunions du 28 avril 2010 (CESNU/6419’).  


Ainsi, la "République" Islamique d’Iran, - le médaillé d’argent des championnats du monde de transgression des droits de l’homme -, siège ès qualité de membre distingué à la Commission du Statut de la Femme.

 

Ce qui suit est un bref passage en revue de la contribution de la RII au statut de la femme, à la poursuite de l’égalité des genres.

 

L’article 1005 du code civil de la "République" Islamique mentionne que le mari possède le droit de contrôle sur la liberté de mouvement et de comportement de sa femme.

 

L’article 1117 remet au mari le pouvoir d’interdire à sa femme d’accepter un emploi qu’elle aurait pu choisir.


A en croire les conclusions dérangeantes du Rapporteur Spécial Coomaraswamy (ONU. DocE/CN.4/2002/83), les inégalités dans la loi et la justice de la "République" Islamique d’Iran dévoilent des résultats étonnants. Par exemple, si un homme découvre que sa femme a été infidèle, il a l’autorisation de l’exécuter ; toutefois, le même système légal condamnera à mort une femme ayant exécuté son époux dans une situation inverse.

 

iranwomen.jpg

Sortir du Moyen-âge et de la loi des pervers


Autre exemple saisissant, pris au hasard des violations du statut de la femme, l’article 1041 du code civil de la RII. Celui-ci provisionne qu’une enfant, dès l’âge de 9 ans, peut être mariée, par son père ou son grand-père, à un homme sans son consentement. Le fiancé pouvant être de n’importe quel âge selon les circonstances.

 

Il est clair que les lois adoptées et appliquées par les autorités en place dans la RII avilissent les femmes, laissant apparaître un absolu dédain pour l’égalité des genres et les instruments légaux qui la protègent.

 

Instruments tel l’article 3 de la Convention Internationale des Droits Civils et Politiques (CIDCP), de 1966, protégeant "les droits égaux des hommes et des femmes dans la jouissance de toutes les lois civiles et politiques" ; soumettant ainsi les pays aux provisions de cet instrument.


La "République" Islamique d’Iran a abominablement transgressé à répétition cette provision de la loi internationale. Ce qui n’a pas empêché qu’elle soit élue par l’instance internationale qui se prétend l’entité principale chargée de la définition d’une politique globale se consacrant à l’avancement des femmes et à l’égalité des genres.

 

Cette élection a eu l’effet d’une humiliation insultante pour les victimes de la discrimination des genres, autant que pour les efforts et les acquis de ceux qui font campagne pour l’égalité des genres.

 

Pour le surplus, les objectifs promis par le CESNU et la CSF ont été rendus nuls et non avenus par la perpétration de cet acte contradictoire.

 

Le mal est fait : des militants tels Neda for a Free Iran, ainsi que d’autres organismes œuvrant pour les droits de l’homme et l’égalité des genres, doivent se battre afin de remédier à ce revers international, en prenant sur elles de redonner un sens à leur lutte aux yeux de la communauté internationale.


Les représentants des Etats membres se réunissent chaque année dans le quartier général de l’ONU à New York afin d’évaluer les progrès réalisés dans le domaine de l’égalité des genres, d’identifier les défis à relever, et de formuler des politiques concrètes pour promouvoir le progrès global de l’égalité des genres.

 

Le prochain rassemblement se tiendra en 2011, à une date à confirmer, à l’occasion de la cinquante-cinquième session. Cet événement donnera l’opportunité de faire valoir son désaccord au sujet de la participation de l’Iran.  

 

Il faut retirer son siège à l’Iran ; les portes de l’arène internationale doivent être fermées devant lui, afin de d’empêcher la "République" Islamique d’étendre sa corruption de l’éthique de l’humanité.

 

La RII ne doit plus être autorisée à bénéficier de la tribune de l’ONU pour disséminer sa propagande.

 

Malheureusement, la décision infâme du CESNU ne constitue pas le seul acte d’injustice commis de l’intérieur des Nations Unies ; le Conseil des Droits de l’Homme a, par le passé, fait étalage de son double-standard et de son respect sélectif pour le droit à la liberté d’expression.

 

Le 23 mars 2007, Hilel Neuer, le directeur exécutif d’ "UN Watch" y a prononcé un discours éloquent, mettant en valeur la vérité si souvent délaissée. M. Neuer a mis en lumière l’évident double-standard du Conseil des Droits de l’Homme :

 

"(...) mis en présence de rapports indiscutables, émanant du monde de la torture, de la persécution et de la violence contre la femme, qu’est-ce que ce Conseil a-t-il proclamé, qu’a-t-il décidé ? (...) sa réponse a été le silence (...) sa réponse a été criminelle (...) dans les termes d’Harry Truman, c’est devenu un "Conseil qui ne fait rien, un Conseil pour rien".

 

Mais ce serait inexact ; ce Conseil, après tout, a réalisé quelque chose : il a statué, résolution après résolution, en condamnant un seul Etat – Israël (...). Les dictateurs qui orchestrent cette campagne vous diront qu’ils tentent de protéger les droits de l’homme, les droits des Palestiniens.

 

Ainsi, les meurtriers racistes des femmes du Darfour, les violeurs du Darfour, viennent-ils ici nous dire qu’ils se préoccupent des droits des femmes palestiniennes.

 

Les occupants du Tibet se préoccupent d’occupation. Les bouchers des musulmans en Tchétchénie se préoccupent des musulmans (...).

 

Plus de cent-trente Palestiniens ont été tués par des forces palestiniennes. Cela représente trois fois le total combiné ayant servi de prétexte à la convocation de sessions spéciales en juillet et novembre.

 

Mais le champion des droits des Palestiniens, c’est Ahmadinejad (...) ne dites rien (...) pourquoi ce Conseil a-t-il choisi le silence ?

 

Parce que les despotes qui dirigent ce Conseil n’ont rien à faire des droits de l’homme. Tout ce qu’ils cherchent à faire consiste à dénaturer et pervertir les racines du langage et de l’idée des droits de l’homme (...).

 

Qu’est-il advenu du rêve des fondateurs, Eleanor Roosevelt et René Cassin, qui s’étaient retrouvés ici, à Genève, il y a soixante ans ?    


M. le Président, à force de terrible mensonges et d’inversions morales, ce Conseil est en train de transformer ce rêve en cauchemar".

 

En violation du protocole de l’ONU, le président du Conseil, Luis Alfonso de Alba, décida de ne pas exprimer de remerciements pour la déclaration de M. Neuer, et déclara qu’il ne tolérerait pas d’autre allocution de nature similaire. Il décida qu’elle était inadmissible.

 

Lire la suite...
 
Liban : la justice ou la vie ! (info # 012907/10) Version imprimable
Analyse
jeudi, 29 juillet 2010

 

Par Michaël Béhé à Beyrouth

 

Le Liban est en train de traverser une nouvelle crise existentielle. Qui dit crise existentielle se réfère à une situation dans laquelle une entité est menacée d’implosion voire de disparition pure et simple.

 

Ce qui distingue ce qui se déroule actuellement dans le pays aux cèdres des phénomènes ressemblants qu’ont pu traverser d’autres Etats, c’est l’incongruité des causes et du traitement du mal.

 

Vu de façon rationnelle, disons avec les yeux d’un Européen éclairé, ce qui se déroule chez nous procède de tenants d’une simplicité désarmante. Mais, soumis aux pressions et aux intérêts qui prévalent dans notre région, le Liban, ses politiciens marrons et ses institutions bidon, perdent à la fois la tête et le sens du ridicule.

 

Certes, une intervention de l’Occident, qui pourrait, pour le moment, se limiter à une ferme démonstration verbale de ses responsabilités, serait probablement de nature à canaliser la tragicomédie en marche. Mais l’Occident, effrayé par le terrorisme d’Etat iranien et syrien, et plus préoccupé par les autres chats qu’il a à fouetter, permet à la conjoncture de dégénérer.

 

Dans ces conditions, Beyrouth devient le miroir du monde arabe, laissant apparaître sa folle immaturité, ses innombrables châteaux en Espagne et son attirance maladive pour le recours à la violence.

 

Cela se résume à un troupeau de babouins gesticulant devant les menaces d’une bande d’hyènes. Et à la négation des principes fondamentaux des sociétés organisées, que sont la prééminence du gouvernement élu, le respect du judiciaire, et l’asservissement des forces armées et des autorités symboliques au pouvoir exécutif.

 

Dans cette chienlit absolue, ce sont les quelques individus qui persistent à tenir un discours honorable et cohérent qui passent pour des malades mentaux.

 

A l’origine de la tempête, l’assassinat de Rafic Hariri, ancien premier ministre, et de 22 autres personnes, lors d’un attentat à la bombe, le 14 février 2005.

 

Le 13 décembre de la même année, le gouvernement de la république libanaise demandait à l’Organisation des Nations Unies de créer un tribunal à caractère international, chargé de juger les auteurs de l’élimination de son ancien Président du Conseil.

 

Répondant à cette requête, le Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies adoptait, à l’unanimité, le 30 mai 2007, la résolution 1757, ordonnant la création du Tribunal spécial pour le Liban (TSL).

 

Son mandat : poursuivre les personnes responsables de l’attentat du 14 février 2005.

 

Après une enquête minutieuse sur plusieurs années, le TSL est sur le point de rendre public l’acte d’accusation qu’il a dressé.

 

Se basant sur des rumeurs persistantes, le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, se déclare persuadé que l’acte d'accusation pointe du doigt des membres et des officiers de sa milice, comme étant impliqués dans l’assassinat du 14 février.

 

A l’origine de cette hypothétique accusation contre le Hezb, l’interception par les enquêteurs de conversations téléphoniques entre des miliciens, les jours précédant le crime, ainsi que celui de son exécution.

 

Ce qui signifierait, tous les Libanais le comprennent, que les séides hezbollanis de Téhéran et Damas auraient, en l’occurrence, réalisé l’ordre d’abattre Hariri, sur l’injonction du dictateur syrien Béchar Al-Assad.

 

Or la milice chiite, forte de 20 000 hommes de main et puissamment armée par ses deux commanditaires, fait régner sa loi sur le Liban, privé de toute force capable ou désireuse de s’opposer aux volontés du Hezbollah.

 

Dans ces conditions, Nasrallah, de même que ses ministres, ses députés et ses alliés prosyriens, n’hésite pas à faire peser sur la majorité des Libanais – les chrétiens, les musulmans sunnites et les Druzes – la menace directe d’un putsch.

 

Une prise de pouvoir dans un nouveau bain de sang, au cas où le Tribunal Spécial pour le Liban, sous la férule de son président italien Antonio Cassese, qui échappe totalement au contrôle de l’exécutif national, inculperait des membres de la milice, ou même, insinuerait qu’ils pourraient avoir une part de responsabilité dans l’assassinat.

 

Du jamais vu depuis la guerre de 2006 : Nasrallah a pratiqué trois interventions médiatiques durant ces dix derniers jours. Chaque fois, dans le dessein de réfuter la crédibilité et la compétence du tribunal international.

 

A l’en croire, il s’agirait d’une création des Etats-Unis et d’Israël, visant à semer la discorde au Liban. De plus, certains témoins clés n’auraient pas été entendus par les enquêteurs, tandis que les témoins impliquant le Hezb auraient fait de fausses dépositions.

 

Le Hezbollah, ses alliés libanais et ses sponsors étrangers dénoncent un complot occidental visant ce qu’ils nomment "Résistance".

 

Les nervis de la milice ont dégainé les épées de leurs fourreaux. C’est le cas du ministre de l'Agriculture, Hussein Hajj Hassan, qui avertit que "le parti de Dieu n'acceptera en aucun cas l'accusation de ses membres".

 

Il s’agit d’un "projet d'accusation de la Résistance avec lequel nous ne ferons pas preuve d'indulgence", a matraqué Hajj Hassan, précisant que les Etats-Unis étaient "derrière ce texte", faisant bien sûr allusion à l’acte d’accusation qui n’a pas encore été produit, et peut être même pas encore rédigé...

 

Le responsable de la région sud (limitrophe d’Israël) de la milice, le cheikh Nabil Kaouk, prévient pour sa part : "Nous sommes déterminés à faire face fermement au complot qui se prépare contre nous. Nous réagirons à toute décision du Tribunal Spécial pour le Liban contre la Résistance comme étant une mesure de fabrication israélo-américaine qu'on essaie d'appliquer, par le biais d'instruments locaux ou internationaux".

 

Dans cet esprit, le Hezbollah invite les autres composantes politiques libanaises à rejeter l’acte d’accusation du TSL avant même qu’il ne soit produit, et à mettre sur pied une espèce de commission nationale de remplacement de l’instance judiciaire internationale, dont l’unique fonction serait de juger les témoins auteurs des "faux témoignages" contre la milice.

 

Là où l’affaire cesse d’être uniquement granguignolesque, c’est quand les chefs du Hezb menacent explicitement de recourir à nouveau à la force, au cas où la majorité élue persisterait à exiger que justice soit rendue. Ils lui collent un canon de revolver sur la tempe en disant : la justice ou la vie !

 

nasramenace.jpg

Hassan Nasrallah : une menace en l’air

 

Les chefs miliciens ne cessent de répéter cette phrase : "Le 5 mai 2008, le secrétaire général du Hezbollah, Sayyed Hassan Nasrallah, avait donné au gouvernement un délai de trois jours pour revenir sur les décisions qu'il avait prises...".

 

Or le 5 mai 2008, Nasrallah avait exigé du gouvernement Siniora qu’il rétablisse dans ses fonctions l’officier en charge de l’aéroport international de Beyrouth, que le gouvernement libanais avait démis, jugeant qu’il agissait pour le compte du Hezbollah et de l’Iran et non celui de la République.

 

Le même gouvernement avait fait appel à l’armée nationale pour faire respecter ses décisions, mais celle-ci n’obtempéra pas.

 

Le 7 mai, la milice s’emparait par les armes de Beyrouth et tentait, sans succès, de s’attaquer aux Druzes dans leur montagne. Les combats coûtèrent la vie à plus d’une centaine de Libanais.

 

Face à la gravité de ces menaces, le chef du Comité exécutif du parti des Forces Libanaises, Samir Geagea, a déclaré que "la région passe par le dernier quart d'heure avant la tempête" et que "le Hezbollah veut transformer le Liban en théâtre de guerre".

 

Le ministre d'État Adnane Sayyed Hussein a, pour sa part, réitéré qu’il était vital de "faire la lumière sur les assassins de Rafic Hariri, ce qui suppose la nécessité de faciliter le travail de cette instance [le TSL. Ndlr.]". Il a eu cette formule un peu ambigüe quant au choix qu’il fallait faire : "il importe de ne pas sacrifier la Résistance au nom de la justice, ni la justice aux dépens de la Résistance".

 

La position de la France face aux menaces de guerre civile énoncées par les prosyriens est qu’elle tient à ce que le TSL puisse remplir sa fonction jusqu’au bout. Mais personne, les amis de Paris aussi bien que ses ennemis, ne prennent plus en compte les desideratas de la France, sachant qu’elle ne se mouillera d’aucune façon pour défendre la démocratie.

 

Quant aux Etats-Unis, leur ambassadrice, Mme Michelle Sison, a rendu visite au Dr. Geagea. Suite à cette rencontre, les Forces Libanaises ont publié un communiqué affirmant que "Mme Sison avait renouvelé le soutien absolu de son administration au Tribunal Spécial pour le Liban et réaffirmé la volonté de Washington d'offrir "tout le nécessaire pour aider le gouvernement libanais à étendre son autorité sur l'ensemble de son territoire afin de préserver la paix civile".

 

Qu’est-ce qu’ils attendent ?

 

L’ambassadeur de la "République" Islamique d’Iran, pour sa part, - infiniment plus présente sur le terrain avec 1 500 Pasdaran -, M. Ghadanfar Reken Abadi, a déclaré que, "depuis sa fondation, l'entité israélienne constitue une menace sérieuse pour tous les pays de la région. Israël ne supporte pas de voir le Liban stable".

 

Lire la suite...
 
Oliver Stone aime bien Hitler (info # 012807/10) Version imprimable
Analyse
mercredi, 28 juillet 2010

 

Par Guy Millière

 

La France politiquement correcte a adoré les films de Michael Moore. Tout particulièrement Fahrenheit 9/11.

 

Même si nul ne conteste plus que le cinéaste a eu recours à la falsification et au mensonge, on vous répondra, comme l’a fait un commentateur lors d’un bref échange que nous avons eu, voici quelques mois, sur l’antenne d’une grande station de radio, que mentir pour la bonne cause est une action tout à fait excusable, voire digne de louanges.

 

Je n’irai pas jusqu‘à affirmer que le fait que Michael Moore ait écrit des pages antisémites ne le dessert pas du tout, mais je le pense.

 

Il est un autre cinéaste que la même France apprécie beaucoup : Oliver Stone. Après des films ouvertement marxistes et férocement haineux à l’encontre des Etats-Unis, celui-ci semblait s’être assagi en réalisant World Trade Center, film émouvant et tout à fait acceptable sur des sauveteurs se retrouvant pris dans les décombres de l’effondrement des Tours Jumelles, le 11 septembre 2001.

 

S’ensuivit une biographie de George W. Bush, appelée W, dont je pensais devoir attendre le pire et qui s’est révélée plutôt gentille pour celui qui fut, pendant sa présidence, l’homme le plus détesté de la Terre, loin devant Ben Laden.

 

Mais Stone n’est pas homme, semble-t-il, à se laisser glisser doucement vers le confort et les bons sentiments. En cette seule année, il a réalisé une suite à son pamphlet caricatural Wall Street, appelée Wall Street, Money Never Sleeps (Wall Street, l’argent ne dort jamais), qui devrait sortir bientôt en salles et ravir tous ceux qui communient dans la haine de l’argent, la détestation de la finance, et dans l’anticapitalisme viscéral.

 

Cela ne suffisant pas à refaire sa réputation, il a aussi produit un documentaire déjà sorti aux Etats-Unis, et qui devrait atterrir prochainement en France, intitulé South of the Border (Au sud de la frontière), où les nostalgiques du Stone marxiste trouveront de quoi satisfaire leurs appétits et défouler leur frustration.

 

Le sujet est le caudillo Sud Américain Hugo Chavez, dépeint comme un saint homme, ami des pauvres, empreint d’une générosité sans bornes, en proie à l’hostilité illimitée de l’odieuse puissance impérialiste située au Nord.

 

Dans le pays où Stone a précisément le courage extraordinaire de résider et de gagner sa vie de résistant, en prenant de temps à autres un peu de repos au bord de sa piscine, dans l’horrible quartier de Beverly Hills.

 

stonechavez.jpg

Le camarade de Beverly Hills, ici avec le camarade dictateur Hugo Chavez

« Gauchiste » est leur carton d’invitation à demeure chez les bienpensants,

« antisémite », l’un de leurs dénominateurs communs

 

Outre Hugo Chavez, on retrouve, au fil des séquences, d’autres personnages très sympathiques et extrêmement épris de liberté, Evo Morales, dirigeant du mouvement des planteurs de coca, la plante dont on tire la cocaïne, et président gauchiste de la Bolivie ; Rafael Correa, président gauchiste de l’Equateur, Lula da Silva, président progressiste du Brésil, et, bien sûr, Raul Castro, dictateur en exercice de Cuba, et successeur de son frère Fidel, à qui Stone avait déjà consacré deux documentaires élogieux en 2004.

 

Ronald Radosh, auteur de nombreux livres scrupuleux a écrit, au moment de la sortie de South of the Border aux Etats-Unis, tout ce qu’il y a à en dire : « C’est une narration d’extrême-gauche, qui fait partie d’une longue lignée de films de propagande totalitaire, une version américaine de la vieille agitprop soviétique.

 

Il n’y a pas une seule voix discordante dans le film. Et aucune mention du fait que M. Chavez a fait fermer les stations de radio et de télévision vénézuéliennes qui ne lui convenaient pas, et fait arrêter les dirigeants politiques qui étaient en désaccord avec lui ».

 

Stone, qui veut décidément, tout invite à le penser, laisser une trace marquante, travaille à une série documentaire appelée Oliver Stone's Secret History of America, l’histoire secrète des Etats-Unis vue par Oliver Stone.

 

Son objectif non dissimulé est de traîner un peu davantage dans la fange, non pas seulement quelques épisodes de l’histoire de son pays, mais l’intégralité de celle-ci.

 

On apprend qu’y seront réhabilités des personnages aussi nobles que Staline, Mao, et, bien sûr, le trop mal aimé Adolf Hitler. Je ne doute pas qu’une chaîne française saura acquérir les droits de diffusion de la série. Je ne doute pas non plus que certains lui trouveront des qualités et écriront qu’elle donne à réfléchir.

 

Oliver Stone a rencontré, au cours de ses récents voyages, le gentil Mahmoud Ahmadinejad, qui a dû lui donner des conseils sur la façon de lire Mein Kampf et de lapider les femmes infidèles.

 

Expliquant pourquoi on parlait encore tant de la Shoah, Stone, dans un entretien accordé au Times de Londres, expliquait que cela venait de « la domination juive sur les media », et ajoutait, avec délicatesse, « Israël a ‘foutu la merde’ dans la politique étrangère américaine depuis des années ».

 

Revenant à celui qui paraît être devenu son penseur favori, il précisait : « Hitler est un bouc émissaire trop facilement utilisé ». Yuli-Yoël Edelstein, ministre des Affaires de la Diaspora en Israël, a dit, à juste titre à mes yeux, que ces remarques étaient « antisémites ».

 

Stone répondra vraisemblablement qu’il n’est pas plus antisémite que son confrère Moore, qu’il déteste surtout Israël (l’entité sioniste, comme ils disent), et que les seuls Juifs qu’il n’aime pas sont ceux qui soutiennent Israël, qui se souviennent de la Shoah, et qui n’ont aucune sympathie et pas la moindre compassion pour Adolf Hitler.

 

 

Lire la suite...
 
Iran : les sanctions se font sentir mais on est encore loin du compte (info # 012707/10) Version imprimable
Analyse
mardi, 27 juillet 2010

 

Par Stéphane Juffa

 

Comme l’Union Européenne l’avait pré-annoncé après l’adoption de la résolution 1929 par le Conseil de Sécurité le 9 juin, elle vient d’entamer l’application de sanctions renforcées à l’encontre de la "République" Islamique d’Iran.

 

Ces mesures concernent principalement le talon d’Achille de la dictature théocratique chiite, en cela que l’Europe s'en prend au secteur des industries pétrolière et gazière. A partir de ce mardi, en effet, l’UE interdit tout nouvel investissement, toute réparation, toute assistance technique ou transfert de technologie, dans le domaine du raffinage et de la liquéfaction de gaz.

 

Or on sait que l’Iran, s’il est encore le cinquième producteur d’or noir de la planète, est incapable de fabriquer les sous-produits raffinés dont il a besoin pour son usage domestique, et l’impact de la décision européenne sera non nul à cet égard.

 

Ce qui n’interdit pas aux ayatollahs de se fournir ailleurs qu’en Europe ou aux Etats-Unis (qui ont adopté des mesures ressemblantes à celles de l’UE). On pense plus particulièrement à la Chine qu’à la Russie, qui rejoint les positions des Occidentaux, au fur et à mesure des critiques acerbes, que Téhéran multiplie dans sa direction.

 

Autres sanctions adoptées à Bruxelles, celles restreignant le fret aérien et maritime perse à sa portion congrue, fragilisent les activités de commerce international de la République Islamique. Les formalités en vue des importations et exportations avec les vingt-sept Etats de l’UE vont devenir un vrai casse-tête pour les islamistes.

 

On commence d’ailleurs à voir les prémices des restrictions décidées par les grandes puissances sur le terrain : en juillet, par exemple, l’Iran n’a, pour l’instant, reçu que trois cargos maritimes de carburant, contre 10 à 14 les années précédentes à la même époque.

 

Les trois tankers ayant rompu l’embargo provenaient de la raffinerie turque Tupras & Unipec, elle-même une filiale du consortium chinois Sinopec. Quoi qu’il en soit, on manque cruellement de benzine chez les lapidateurs de femmes, les pendeurs d’homosexuels et les coupeurs de mains d’enfants.

 

Et les traders ne prévoient plus qu’un seul chargement de carburant ce mois, en provenance du Venezuela d’Hugo Chavez.

 

Avec l’interdiction d’activité de plusieurs banques iraniennes, Bruxelles espère que ces mesures feront, d’une part, réfléchir Téhéran quant à la poursuite de son activité d’enrichissement de l’uranium, et, de l’autre, qu’elles rendront plus difficile l’acquisition de moyens techniques et technologiques entrant dans le processus de la fabrication d’une bombe atomique.

 

Les Européens ne sont pas naïfs au point de s’imaginer, qu’après tous les sacrifices consentis pour devenir une puissance militaire nucléaire, Téhéran gèlera son programme suite aux dernières sanctions.

 

ahmnatanz.jpg

Ahmadinejad inspectant le site de Natanz

Jusqu’au jour où ils seront allés trop loin

 

En revanche, à terme, le signal envoyé aux ayatollahs est intéressant : il leur indique que les Européens ne craignent pas d’adopter des mesures concrètes allant au-delà de ce qui peut se décider à Manhattan.    

 

Mais surtout, ce signal donne à la junte iranienne matière à réflexion, dans le sens où les sanctions de la communauté internationale ne peuvent aller que crescendo – à moins d’un hypothétique arrêt du programme d’enrichissement –.

 

Téhéran pourrait se retrouver dans une situation paradoxale, dans laquelle il serait en mesure de construire et d’envoyer des bombes atomiques, mais où il serait pratiquement isolé des pays détenteurs de technologie, et se verrait ainsi contraint de vivre en quasi-autarcie.

 

A la Ména, nous nous demandons toutefois si le fait de coincer l’Iran dans une situation au demeurant invivable, tout en le laissant acquérir l’arme absolue, n’aurait pas un effet multiplicateur de son agressivité et de sa dangerosité.

 

Nous sommes en mesure d’affirmer que certains ministères européens des Affaires Etrangères partagent cette préoccupation.

 

Les réactions du régime islamiste aux sanctions sont multiples et vont dans toutes les directions, selon la stratégie qu’il applique depuis longtemps dans le cadre de ses relations avec les pays membres permanents du Conseil de Sécurité et l’Europe.

 

Après l’adoption de la 1929, Téhéran a déclaré un "contre-embargo" à l’encontre de tous les Etats qui avaient voté ou mis en marche le quatrième train de sanctions et ses compléments US et européens.

 

Ahmadinejad avait averti l’Europe que "prendre parti pour les Etats-Unis contre l’Iran serait considéré comme un acte d’inimitié contre lequel nous réagirons".

 

Mais dimanche dernier, à Istanbul - qui devient, de plus en plus, l’extrémité "fréquentable" de l’axe Iran, Syrie, Turquie -, les émissaires d’Ahmadinejad ont annoncé que leur régime était prêt à renouer "immédiatement" les discussions avec les Occidentaux autour de la proposition de dupes, concoctée en mai dernier avec Lula et Erdogan.

 

Cette offre consistant à échanger ce qui correspond désormais à la moitié de l’uranium faiblement enrichi en possession des mollahs, contre du combustible nucléaire. Une entourloupe infantile, destinée à permettre à la junte chiite de poursuivre son programme d’enrichissement, tout en obtenant la paix et le retrait des sanctions de la part du reste du monde.

 

Autre réaction, celle, hier, du représentant de la République Islamique auprès de l’AIEA à Vienne, Ali Asghar Soltanieh, qui, suite à la décision de l’Union Européenne, a offert de reprendre le dialogue avec l’Occident "immédiatement et sans conditions".

 

Auparavant, Ahmadinejad avait déclaré que son pays ne reprendrait pas les négociations avant l’automne, pour "punir" ceux qui avaient décrété les sanctions contenues dans la résolution 1929.

 

On distingue ainsi la tactique qu’a choisie la junte théocratique ; elle se décline sur une palette qui va de l’arrogance des "contre-sanctions", à l’idée que la junte est prise de panique, et qu’elle pourrait ainsi être rapidement disposée à interrompre son programme de nucléaire militaire.

 

Bien évidemment, cette conduite ne poursuit qu’un seul but, celui de gagner du temps, afin d’aménager aux ingénieurs atomistes iraniens le temps nécessaire à atteindre le point de non-retour. Moment à partir duquel toutes les négociations envisageables auront le poids de palabres creuses, car plus rien ne pourrait alors empêcher Téhéran de devenir une puissance nucléaire.

 

Parallèlement à cette activité, qui se poursuit d’arrache-pied, la "République" islamique produit en série les armes offensives dont elle maitrise désormais plus ou moins la fabrication. C’est ainsi qu’un responsable à Téhéran a prévenu cette semaine, que "son pays était capable de construire des missiles balistiques en quantité quasi-illimitée", ajoutant "que c’était exactement ce qui était en cours".   

 

Et ces missiles menacent désormais de frapper les capitales du Vieux continent avec des charges chimiques et bactériologiques, en attendant la bombe. Ce, dans une tranche de temps où ni l’UE ni les USA ne disposent d’aucun système opérationnel capable d’intercepter un missile balistique de moyenne portée.

 

Ce qui explique au moins partiellement la signature, en début de semaine, d’un accord américano-israélien donnant le feu vert et le budget nécessaire à la poursuite du développement du Khetz-III, le futur modèle de l’intercepteur hébreu d’engins balistiques.

 

Le Khetz-III, contrairement à ses prédécesseurs, est capable de détruire des missiles iraniens hors de l’atmosphère terrestre. Cela lui permettra d’intercepter des fusées perses, volant plus haut et transportant de plus grosses ogives, dans leur phase ascendante, loin du territoire à défendre.

 

De plus, la neutralisation pourra s’effectuer avant que la tête du missile ne se subdivise en plusieurs charges d’attaque, théoriquement capables d’atteindre des objectifs divers et distants les uns des autres.

 

A l’instar des modèles de Khetz existants, le III sera produit conjointement par l’Israel Aircraft Industry et Boeing. Lors de l’annonce de la signature du contrat, les responsables du projet ont parlé d’un délai de quatre ans jusqu’à ce que le nouvel intercepteur soit totalement opérationnel.

 

A ce moment, ou plus tôt, selon certaines sources, le missile de protection israélien pourrait être déployé de manière à défendre le territoire européen. Le Khetz-III devenant l’une des options principales à cet effet, avec d’autres projets en développement assumant la même fonction.

 

On observe, depuis la dernière rencontre entre Binyamin Netanyahu et Barack Obama, un afflux de budgets américains, s’élevant à plusieurs milliards de dollars, principalement destinés au développement du Dôme de fer des Hébreux ; leur bouclier à trois étages, destiné à protéger Israël des projectiles lancés depuis quelques centaines de mètres et jusqu’à des milliers de kilomètres.

 

Cette décision de l’administration US vient servir nombre de ses objectifs : montrer à Jérusalem qu’elle n’est pas seule dans la bataille, exercer un contrôle sur une éventuelle action militaire de sa part, acheter une participation (à moindre coût) dans les domaines de pointe dans lesquels les Israéliens excellent, assurer la défense de l’Occident en complément des projets américains qui piétinent actuellement, du travail pour l’industrie de l’armement étasunien, et aider à faire remonter les intentions favorables au Président dans l’opinion, en vue des élections de mi-mandat en novembre.

 

On aura rarement vu un investissement aussi productif !

 

 

Lire la suite...
 
Chateaubriand, l’Islam, le sionisme et la démocratie (info # 012307/10) Version imprimable
Analyse
vendredi, 23 juillet 2010

 

Par Claude Berger

 

L’auteur de cet article, Claude Berger, est un sacré personnage. Enfant caché, shérif à six ans, il a fait d’abord une triple carrière d’écrivain, de journaliste et de chirurgien dentiste. Il a notamment publié "Marx, l'association, l'anti-Lénine", chez Payot, et "Pour l'abolition du salariat", aux éditions Spartacus.

 

Il a signé dans Les Temps Modernes, Libé, Le Matin, Le Meilleur des Mondes, L’Obs, etc. Mais comme cela ne suffisait pas à rassasier sa soif d’action, il a ouvert un restaurant musical yiddish dans le cœur du Marais [1], "Le train de vie". Et, vous n’allez pas croire qui est le chanteur principal ! Si !

 

 

Malgré l’envoi d’un bateau libyen, la fièvre médiatique pour Gaza l’islamiste faiblit. On enlève le voile « humanitaire » et la réalité apparait. Les « douces flottilles» n’ont qu’un but, conforter le Hamas et sa guerre contre Israël et l’Autorité palestinienne, et faire oublier les raisons d’un blocus limité aux armes et aux matériaux à usage militaire.

 

L’opération Plomb durci, qui répliquait à l’envoi de milliers de roquettes sur le sud d’Israël, n’a pas changé le programme du Hamas : le renversement de l’Autorité palestinienne, l’établissement de la charia et l’éradication de l’Etat hébreu.

 

Fantasmes du panislamisme, partagés par les Frères Musulmans, les mollahs d’Iran, le Hezbollah, Al-Qaïda, et, désormais, par une Turquie prise par la tentation de l’hégémonie sur les laïcs et les minorités.

 

Pour l’islamisme, Israël est un pays de trop, tout comme les Juifs sont un peuple de trop. Les victimes d’hier se seraient métamorphosées en « bourreaux » des Palestiniens, des musulmans, des Arabes, avec la complicité de l’Occident coupable.

 

Cette mythologie est favorisée, en Europe, par les orphelins des idéologies de renversement totalitaire, aveugles devant l’islamisme, dans un climat qui n’est pas sans rappeler la déliquescence de la conscience dénoncée par Stéphane Zweig lors de la montée du nazisme.

 

Avec des grilles de lecture voisines, on confondra islamisme et peuple palestinien, Hamas et Fatah. On contraindra l’information à entrer dans les habits étroits d’une « vision » d’Israël déguisé en Etat « colonial », voire nazi et génocidaire, agent de l’impérialisme américain, nom laïc du « Satan ».

 

Et on rejettera ce qui en dérange l’imagerie. Au besoin, on en fabriquera : enterrement fictif d’un militant palestinien à Djénine ; « assassinat » fictif à Gaza d’un enfant palestinien, dont le montage photo fera le tour de la planète ; maquillage quotidien de l’événementiel. On en oubliera le blocus égyptien et la bienveillance de l’Autorité palestinienne.

 

On taira le ravitaillement permanent de Gaza.

 

Apartheid ? Un habitant sur cinq en Israël est arabe. Tous jouissent des droits de l’homme et de la représentation parlementaire, alors que la simple présence juive en terre d’Islam est rarement tolérée.

 

Et qu’en sera-t-il dans l’Etat palestinien ?

 

Amnésie sur l’origine du conflit israélo-palestinien qui tient dans le refus arabe, en 1948, de la création de deux Etats ; le refus de l’Etat juif annihilant d’ailleurs tout projet de construire l’Etat palestinien sur les territoires qui lui étaient dévolus par l’ONU.

 

Curieusement, il ne fut jamais question d’un Etat palestinien, (qui n’eut jamais d’existence historique) lors de l’occupation égyptienne de Gaza, jordanienne des Territoires - avec interdiction d’accès au Mur Occidental pour les Juifs – ainsi que durant toute la domination ottomane du Moyen-Orient.

 

Avant de pencher un temps vers le panarabisme de Nasser, le mouvement palestinien parlait la langue de l’islamisme, et, tout naturellement, le grand Mufti de Jérusalem allait voir son ami Hitler pendant la guerre à Berlin.

 

Ce n’est que tardivement, et pas toujours très clairement – double langage oblige -, que le mouvement nationaliste palestinien se sépare de ses idéologies de naissance et accepte le principe de deux Etats.

 

L’islamisme, comme le nazisme ou le bolchévisme, n’accorde pas de place, ni aux Juifs, ni à la démocratie. Il ne fait pas de place non plus aux femmes.

 

Les Juifs en terre d’Islam, près d’un million, ont dû fuir, chassés, persécutés et poussés simplement dehors.

 

claude_berger.jpg

Claude Berger

 

Le sionisme, loin d’être un mouvement colonial, est le mouvement d’émancipation des Juifs, à la fois de l’Europe et des terres de l’Islam.

 

Les réfugiés palestiniens, partis de leur gré ou chassés en 1948, lors de la guerre menée par cinq pays arabes contre Israël, doivent participer à la création de leur nouvel Etat, tout comme les Juifs des pays arabes ont façonné Israël. Question d’équivalence pour deux nationalismes.

 

Au début du XIXème siècle, Chateaubriand avait parfaitement saisi le problème et dénoncé l’asservissement des Juifs et leur état de dhimmitude sous l’oppression ottomane et musulmane : « Pénétrez dans la demeure de ce peuple, vous le trouverez dans une affreuse misère, faisant lire un livre mystérieux à des enfants qui, à leur tour, le feront lire à leurs enfants.

 

Ce qu’il faisait il y a cinq mille ans, ce peuple le fait encore. Il a assisté dix-sept fois à la ruine de Jérusalem ; et rien ne peut le décourager ; rien ne peut l’empêcher de tourner ses regards vers Sion.

 

Quand on voit les Juifs dispersés sur la terre, selon la parole de Dieu, on est surpris, sans doute : mais pour être frappé d’un étonnement surnaturel, il faut les retrouver à Jérusalem ; il faut voir ces légitimes maîtres de la Judée esclaves et étrangers dans leur propre pays ; il faut les voir attendant, sous toutes les oppressions, un roi qui doit les délivrer. Si quelque chose, parmi les nations, porte le caractère du miracle, nous pensons que ce caractère est ici. » (Chateaubriand, Itinéraire de Paris à Jérusalem).

 

La campagne de presse orchestrée pour soutenir le Hamas sous couvert de convois « humanitaires », au détriment de l’Autorité palestinienne, a pour autre but d’entretenir le thème commun à l’islamisme et à l’ « anti-impérialisme », de « l’illégitimité » d’Israël.

 

Contestant toute place aux Juifs, à la fois comme Etat-nation et comme peuple en dispersion, l’antisionisme est bien l’antisémitisme de notre temps.

 

Mais cette complaisance vis-à-vis de l’islamisme ne s’exerce pas seulement à l’encontre d’Israël ou de l’Autorité palestinienne, il concerne la France et la démocratie française. Les mêmes media se gardent bien de lier entre elles les formes multiples d’incivilité et d’irrespect de la culture nationale, qui, peu à peu, tissent la toile de l’islamisme radical.

 

Ici, un drapeau français remplacé par le drapeau algérien ; émeute à Paris, stade Charléty, pour une défaite algérienne avec tentative de lynchage d’un rabbin ; protection devenue nécessaire des imams républicains,  injure au chef de l’Etat, à Saint-Denis, et à ce qu’il incarne, le pays lui-même.  

 

Prolifération de zones armées de non-droit, la dissolution nationale des valeurs et de la culture est omniprésente. Intégration ou subversion ? Diversité mesurée ou irrespect terrorisant ?

 

La mise en question de la légitimité de la France n’est plus de l’ordre du fantasme. Ceux qui voudraient l’ignorer doivent se garder de prêter l’oreille à Kadhafi, qui dit tout haut ce que d’autres pensent tout bas : « les musulmans vont hériter de l’Europe ; la Turquie sera un cheval de Troie… personne ne peut nous interdire de vivre en Europe… Heureusement, les musulmans se multiplient… Même en Palestine, personne ne peut arrêter ce phénomène… Allah a promis la victoire de l’Islam sur toutes les religions » (Discours du 10 juin).

 

Il y a quelques deux siècles, le même Chateaubriand, à son retour de Jérusalem, livrait ce propos toujours actuel : « Un nouvel Orient va-t-il se former ? Qu’en sortira-t-il ? Recevrons-nous le châtiment mérité d’avoir appris l’art moderne des armes à des peuples dont l’état social est fondé sur l’esclavage et la polygamie ?

 

Lire la suite...
 
Nous avons honte (info # 012107/10) Version imprimable
Analyse
mercredi, 21 juillet 2010

 

 Par Ilan Tsadik

 

Une fois n’est pas coutume, cet article représente les opinions confondues des quatre rédacteurs israéliens de la Ména. Devant la grossièreté et la gravité des faits, nous nous sommes réunis à deux reprises, hier soir et ce matin, et avons convenu des éléments clés qui figurent ci-après.

 

Cet article inclut notre réaction à la dépêche de l’AFP, "En Israël, se faire passer pour juif pour séduire une femme conduit en prison", diffusée notamment dans le Monde, qui néglige, à notre sens, des éléments prépondérants dans la compréhension de l’événement, et instrumentalise, à nouveau, l’actualité dans un souci de propagande.

 

Mais la réaction prévisible de l’agence de presse semi-officielle française, de même que d’une partie significative de la presse tricolore qui la suit, ne constitue pas l’essentiel de l’affaire en cause.

 

Elle ne fait qu’ajouter une malversation politico-médiatique à un événement inqualifiable s’étant déroulé dans un tribunal israélien.

 

Aux faits maintenant : un habitant arabe de la partie orientale de Jérusalem, Sabar Kachour, âgé de 30 ans, vient d’être condamné à 18 mois de prison ferme par le tribunal de district de la capitale pour le viol d’une Israélienne.

 

Lors d’un accord de compromis avec le parquet, Kachour a reconnu les faits qui lui étaient reprochés, à savoir d’avoir fait croire à sa partenaire qu’il était juif, célibataire et intéressé par une relation sérieuse.

 

La cour, composée de trois juges, Tzvi Segal, Président – et vice-président du Tribunal de district de Jérusalem ! -, Yoram Noam et Moshé Drori, a, dans un second temps, infligé la peine susmentionnée à l’accusé.

 

Auparavant, Sabar Kachour avait déjà, aux mêmes motifs, subi une détention préventive de deux mois, suite au dépôt de plainte de la plaignante, puis avait été assigné à résidence, muni d’un bracelet électronique, une année durant, en attendant son procès.

 

Mais seuls les deux mois de prison ferme seront déductibles, par décision des juges, des 18 mois que Kachour aura à purger.

 

L’outrage découle du fait que l’accusé n’a pas violé la plaignante, l’acte sexuel ayant été consommé avec son plein consentement.

 

La cour reconnaît, dans son arrêt, que nous ne sommes pas en présence d’un "cas classique de viol obtenu par l’usage de la force", mais a jugé que "l’offense était suffisante pour justifier d’une peine de prison ferme".

 

Elle a, de surplus, décidé d’une peine supplémentaire de deux ans et demi avec sursis et condamné l’accusé à verser des dommages et intérêts à sa victime.

 

Les juges, dans leur verdict, ont appliqué un article archaïque, que nous considérons anticonstitutionnel, de la Loi Pénale israélienne.

 

En effet, l’article 345 A/2 de ladite loi, qualifiant les "fautes sexuelles", assimile à un viol l’acte sexuel réalisé, même avec le consentement de la femme, lorsque le "violeur" l’a "escroquée" en lui mentant sur "son identité" et sur "la nature de l’acte".

 

Cette faute est punie de quatre ans d’emprisonnement (cf. un an et demi ferme et deux ans et demi avec sursis) par le code pénal israélien.

 

D’autres pays, dont des démocraties avancées comme les Etats-Unis, ont adopté des dispositions similaires aux provisions de l’article 345 A/2.

 

S’il ne fait aucun doute – puisqu’il l’a reconnu – que Kachour avait menti sur son identité, son état civil et ses intentions, les grands avocats que notre consultant, Maître Assaf Shiloh, a contactés dès hier après-midi, ont décrit comme abusive et totalement disproportionnée l’interprétation, par la cour, du dol commis par l’accusé.

 

Sabar Kachour, ne disposant que de moyens économiques limités, était défendu par un conseiller commis d’office, en la personne de Maître Adnan Aladin, un Arabe israélien de Nazareth.

 

Maître Shiloh s’est longuement entretenu avec ce confrère afin de connaître tous les aboutissants de la condamnation de son client, avant de formuler son point de vue.

 

Il l’a vivement critiqué pour s’être rendu au tribunal sans sa lanterne magique (sorry, je sais que c’est un sujet dramatique, mais je n’ai pas pu me contenir).

 

Il en ressort que cette condamnation est inadmissible : d’une part, au vu de la disproportion entre l’acte impliqué et la peine, et de l’autre, au regard de ce qui nous apparaît comme l’anticonstitutionnalité de l’article 345 A/2.

 

justice-yeux-bandes.jpg

La justice a les yeux bandés !

 

En effet, il convient d’exfiltrer de la loi les éléments qui concernent l’éthique et non le droit : que l’accusé se soit "mal conduit" en se présentant à sa partenaire sous une fausse identité, ne fait aucun doute. Mais "mal se conduire" participe d’un point d’éthique et non de droit.

 

Si cette loi était plus largement sollicitée, il est à peu près évident que la plupart des mâles d’Israël et du monde entier devraient être envoyés – sans même s’embarrasser d’un jugement – à quatre ans de bagne.

 

Dans ces conditions, lorsqu’un délit peut être imputé à presque toute la population masculine du monde civilisé, la loi devient inapplicable et doit, conséquemment, être retirée du code pénal.

 

Lequel d’entre nous, mes amis, n’a pas enjolivé à dessein son identité pour obtenir les faveurs d’une belle ?

 

Quand à l’auteur de ces lignes, il avoue, faisant ainsi l’économie d’une procédure judiciaire longue et coûteuse, s’être initialement présenté à sa fiancée comme un pilote de F-15, fils d’un milliardaire de la high-tech (pardon papa, prof d’uni c’est pas mal aussi), qui avait promis à Nihya de l’inviter à passer les vacances d’été sur son yacht de 38 mètres, mouillant d’ordinaire à Monte-Carlo.

 

A quel poste de gendarmerie faut-il que je me constitue prisonnier ? 

 

Cela pourrait faire sourire si la liberté d’un innocent n’était pas compromise. Nous sommes fous de rage devant cette sentence stupide.

 

Depuis hier, parallèlement à Me Shiloh, nous avons contacté de nombreux ténors du barreau afin qu’ils interjettent gratuitement l’appel en faveur de Sabar Kachour. Certains ont déjà donné leur accord. Un autre nous a indiqué qu’il considérait prendre cette initiative avant même que nous le contactions.

 

Sortant exceptionnellement de notre réserve de journalistes, nous passons le plus clair de notre temps au téléphone, à sensibiliser nos confrères de la presse en hébreu à cette erreur judiciaire. La quasi-totalité partage notre horreur et a décidé de relever le défi.

 

D’autre part, à notre initiative, un petit collège d’avocats étudie en ce moment une requête auprès de la Haute Cour de Justice afin qu’elle considère la constitutionalité de la loi en question. La procédure existe en Israël, reste à analyser, en droit, si elle peut aboutir.

 

Ces activités ne nous empêchent pas de nourrir des réflexions plus étendues que le cas nous inspire. Par exemple : en principe, accepter d’accomplir l’acte d’amour dépend de l’attirance que la femme peut ressentir à l’endroit de son amant, non de ce qu’il a pu lui raconter pour la séduire.

 

En principe toujours, il ne devrait pas y avoir calcul, dans l’acceptation ou le refus de consommer l’acte. Un acte sexuel, en principe encore, n’est pas l’aboutissement d’une transaction, contre des profits immédiats ou à venir, il ne découle pas d’un commerce.

 

Car si c’est le cas, si la plaignante a évalué ce qu’elle avait à perdre et à gagner à coucher avec Sabar, cette supputation s’apparente à un intérêt quantifiable, et l’action de chercher une contre-valeur à l’abandon de son corps n’est pas sans rappeler le commerce des prostituées ou, au moins, des courtisanes.

 

A l’heure de vérité, c’est un homme de chair et d’os qui s’est allongé sur la plaignante, avec son consentement ; c’est ainsi sa personnalité qui était censée l’attirer, et les éléments promotionnels dont l’amant avait fait usage lors de la phase de séduction étaient dépassés dans le temps par ces considérations de désir et d’envie.

 

On peut même franchir un pas de plus, et prétendre que la plaignante avait, possiblement, un faible pour les bonimenteurs et les menteurs ; et que ces deux défauts faisaient partie de l’ensemble de choses qui l’attiraient chez Kachour.

 

De plus, si elle recherchait, comme elle le prétend, une relation sérieuse et durable, elle aurait pu se montrer moins pressée d’aller cueillir la pomme, et demander, par exemple, qu’il lui fasse découvrir son cadre de vie, sa maison.

 

La décision des juges a-t-elle été inspirée par le fait que Sabar est arabe et que la plaignante est israélite ? Rien ne permet de l’affirmer avec certitude lorsqu’on est un journaliste consciencieux.

 

Mais, au vu de l’aspect hyper excessif du verdict, on ne peut pas non plus l’exclure. D’autant plus qu’après quelque recherche, nous nous sommes aperçus que l’un des assesseurs, Moshé Drori, a, assez récemment, été l’auteur d’un autre verdict intolérable, sur lequel planait un épais soupçon de racisme.

 

Ca s’est passé à Jérusalem, en 2006, un étudiant hilkhatique avait renversé et blessé, avec sa voiture, une nouvelle émigrante juive éthiopienne dans un parking, avant de prendre la fuite sans lui porter secours.

 

Drori, Juif pratiquant lui-même, avait, en cette occasion déjà, déclenché les critiques écœurées de ses pairs et des nôtres, en relaxant le chauffard, Itamar Biton, afin, expliqua-t-il dans son jugement, "de ne pas hypothéquer ses chances d’être reçu comme... juge (!!!) officiant dans un tribunal rabbinique.

 

Ca donne envie d’y soumettre ses différends, non ?

 

Moshé Drori était tombé dans l’abjection ultime, en exprimant à propos de la victime (pas l’étudiant hilkhatique, la caissière de supermarché), que, "grâce à son accident, elle avait finalement été acceptée dans sa nouvelle société".

 

Je m’arrête cinq minutes pour rendre. Puis je rectifie ce que j’ai rédigé plus haut : il ne fait aucun doute que le juge Drori est un épouvantable raciste, qui a autant sa place dans le tribunal d’un Etat démocratique que votre serviteur aux assises du Front National.

 

Avec le degré d’estime dans lequel il tient les Juifs noirs, il est vraisemblable qu’il ne soit pas non plus un adorateur de la culture arabe et de ses pratiquants palestiniens.

 

Mais la raison pour laquelle Drori continue de siéger dans les jurys, procède d’une autre aberration dans la loi de ce pays, qui veut – partant d’un bon motif, certes, afin d’assurer leur parfaite indépendance – qu’il ne soit pas possible de destituer les juges après qu’ils aient été nommés.

 

Et il faudrait une réforme fondamentale du système judicaire israélien pour amender cet état de choses. Et il faudrait également adopter une disposition de remplacement, apte à conserver leur indépendance aux juges, tout en protégeant les judiciables que nous sommes, des magistrats ayant perdu le sens de leurs responsabilités.

 

Drori a-t-il influé sur la lourdeur de la peine ? Possible. Ce qui mettrait en cause la clairvoyance et le professionnalisme de ses deux confrères.

 

Leur jugement est-il teinté de racisme ? C'est-à-dire : un Juif de la bonne société de Jérusalem, représenté par un baveux à 150 000 dollars l’affaire, aurait-il été condamné à de la prison ferme pour un délit identique à celui de Sabar Kachour ?

 

Je réponds non, et avec moi, la jurisprudence que j’ai eu le temps de feuilleter depuis sept heures ce matin.

 

A la question : Kachour aurait-il été condamné à l’enjôlement devant 99% des autres jurys formés de trois magistrats, je réponds non également. Jusqu’à maintenant, il n’a pas été particulièrement assisté par la chance.

 

Peut-on, comme le font Le Monde et l’AFP, généraliser le verdict frappant le Palestinien à l’ensemble de l’appareil judiciaire israélien ? Présenter le cas de l’accusé comme s’il émanait d’un esprit général qui régnerait ici, serait le témoin d’un racisme d’Etat et même d’un racisme populaire ?

 

C’est ridicule. Aussi excessif que le verdict qui nous révolte.

 

L’affirmation contenue dans le titre du Monde : "En Israël, se faire passer pour juif pour séduire une femme conduit en prison" est mensongère. Si cela était le cas, des centaines de musulmans croupiraient dans nos prisons à ce motif.

 

Ce qui est vrai, c’est que, dans un cas spécifique, se faire passer pour Juif ET CELIBATAIRE (tu as à nouveau oublié un mot, AFP, ya distraite !), au terme d’une procédure scandaleuse, a conduit un non-Juif en prison.

 

La généralisation est venimeuse, indue. Un juge maboule ne fait pas Israël, tout comme un juge fada français ne représente pas la France.

 

Au temps pour les justiciers masqués, qui crient à l’apartheid dans les commentaires liés à la dépêche de l’AFP-Monde !

 

Ce sont des ignares, ne connaissant rien d’Israël, tirés servilement par les narines, depuis des années, par une presse française spécialisée dans le funambulisme sur la ligne de démarcation de l’antisémitisme actif.

 

Israël, sa population et ses autorités sont largement moins racistes que leurs homologues dans l’hexagone. Et Israël se trouve en guerre de survie contre des pays musulmans depuis le jour de sa naissance. Et les insultes "bounioul", "raton", "bicot", "scabèche", "melon", etc., ne sont pas d’usage de ce côté de la Méditerranée. Il n’en existe pas non plus de remplacement.

 

Lire la suite...
 
Grenoble ou le cimetière des rêves (info # 011907/10) Version imprimable
Exclusivité
lundi, 19 juillet 2010

 

Par Patricia La Mosca, envoyée spéciale à Grenoble

 

Je me trouve à Grenoble depuis samedi matin, soit un peu plus de 24 heures après le déroulement du fait divers servant de prétexte à cette "petite guerre civile", comme je l’ai entendu appeler par des responsables sécuritaires.

 

Depuis, l’entrée dans le quartier de la Villeneuve ressemble à l’accès à Gaza ; les véhicules sont systématiquement fouillés, leurs passagers brièvement interrogés.

 

250 CRS ainsi que deux commandos d’élite de la police, le GIPN et le RAID, se sont positionnés aux points stratégiques de la cité. Ils portent des gilets pare-balles et des armes de guerre. Certains sont des snipers, reconnaissables au fin fusil à trépied, surmonté d’une grosse lunette qu’ils utilisent.

 

Face à eux, des grappes de jeunes gens qui palabrent, les mains nues, mais les regards chargés de menaces et de haine.

 

La Villeneuve a cela d’étonnant que l’endroit est plutôt joli et sympathique, surtout lorsqu’on ne s’approche pas des cages d’escaliers. Ici, contrairement à la plupart des zones de non-droit que j’ai eu l’occasion de visiter, il y a visiblement eu une recherche architecturale.

 

Les maisons ne sont pas alignées symétriquement, elles ne sont pas semblables, ce ne sont pas des poulaillers comme on en a vus ailleurs, et les avenues verdoyantes dans lesquelles – habituellement – circulent les tramways aèrent la ville.

 

Peu de confrères journalistes... exécrable couverture médiatique des événements. Partout c’est la langue de bois qui domine, à croire que la langue française manque de mots.

 

Peu de reportages aux journaux télévisés, dépouillés, hors sujet, plus éloignés des acteurs de l’actualité que lorsqu’on mentionne un incident à Bethlehem. Ca n’a pas l’air de se passer en France.

 

L’homme qui a attaqué le casino d'Uriage-les-Bains, au fusil mitrailleur, avec un complice, est uniformément présenté tel un "délinquant" ou un "braqueur". Son nom figure sur les dépêches d’agences et les articles, il s’agit de Karim Boudouda.

 

Multirécidiviste à 27 ans, condamné trois fois aux assises, on peine à saisir ce que cet individu faisait en liberté. C’est à croire qu’il a commencé ses braquages à l’âge de dix ans ?

 

Boudouda est le seul individu du quartier de la Villeneuve, après quatre jours d’affrontements, dont le nom ait été révélé.

 

Les autres acteurs (des centaines, non des dizaines) de la tragédie sont tous anonymes pour la presse, sans visages, sans motifs, sans stratégie et sans dénominateurs communs. On a réussi la stérilisation totale des événements gravissimes qui secouent ici la France depuis quatre jours ; on est parvenu à réaliser le tour de force de vider ce soulèvement armé de toute substance, de tout point de référence que le public pourrait reconnaître.

 

Ca se résume officiellement à la bataille que livrent des défenseurs de l’Etat, faisant bloc autour du ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux, qui a déclaré, samedi, sous mes yeux à Grenoble, qu'il souhaitait "rétablir l'ordre public et l'autorité de l'Etat au plus vite et par tous les moyens".

 

Mais ils guerroient contre des martiens : des gens sans identité, des fantômes, des "émeutiers" que le téléspectateur a l’interdiction de voir de près.  

 

Hortefeux, la peur au ventre, a commis l’acte "incontestablement héroïque" de pénétrer dans la Villeneuve. Même entouré d’un véritable mur de séparation mobile, il n’est toutefois demeuré dans la cité que... sept minutes, montre en main.

 

Guerre ? Pas à en croire les confrères, s’efforçant – vous l’aurez compris – de minimiser l’affrontement, titrant, bilan après bilan : "La nuit a été plus calme", "La nuit a été calme", etc. A les lire et à regarder les chaînes nationales, je me demande par moments ce que je suis venue faire en Isère hors de la saison du ski.

 

Certes, mais jusqu’à samedi soir, en matière d’affrontements armés, les confrères, avec insistances, se bornaient à parler d’un individu isolé (probablement un lunatique), qui, lors d’une manifestation, avait sorti un pistolet de petit calibre.

 

"Ca fait chi... d’entendre des trucs comme celui-là", me glisse un policier, qui m’a admise dans sa planque, pas longtemps après l’éclatement de cinq coups de feu très distincts, pas loin de l’endroit où nous nous trouvons.

 

"Dites à vos lecteurs qu’ils tentent de nous descendre", me prie l’homme en uniforme. Illustration : les deux projectiles de gros calibre tirés sur un véhicule en mouvement de la BAC – la Brigade Anti-Criminalité -. C’était la nuit dernière (dimanche à lundi), dans le "caaalme décrit pas mes collègues.

 

Les flics en ont très gros sur la patate à jouer les "cibles de fêtes foraines". Les politiques ont certes parlé de rétablir l’ordre public par tous les moyens, mais leurs ordres sont "faites gaffe de ne pas un abattre un autre, car la situation échapperait à tout contrôle. Ne tirez que si votre vie est absolument en danger !".

 

Alors ils essuient sans broncher, mais avec les boules. La nuit de samedi à dimanche, que j’ai passée dehors, j’ai au moins entendu sept épisodes de tirs. L’un semblait provenir d’une arme automatique, mais je ne suis pas une experte en balistique.

 

gipn.jpg

Commando d’élite du GIPN

Groupe d’Intervention de la Police Nationale

 

L’un des délégués syndicaux des policiers, Daniel Chomette, a déclaré que ses confrères "avaient atteint un seuil de rupture", et j’ai recueilli tous les éléments nécessaires pour le confirmer.

 

Ce lundi, il n’y a que deux individus en garde à vue. Un troisième est détenu pour un motif qui n’a rien à voir avec les émeutes. Toutes les autres personnes appréhendées ont été relâchées ou sont sur le point de l’être.

 

On saisit à quel point la chasse et les moyens mis en œuvre ont été improductifs, en considérant que 82 voitures (d’habitants du quartier) ont été incendiées depuis vendredi, un tramway, trois gros véhicules de chantier, deux centres de formation et plusieurs commerces, dont certains ont été pillés.

 

Deux suspects uniquement ? Forts, ces martiens !

 

En vérité, c’est principalement le renseignement qui fait défaut, car la police n’avait jamais considéré qu’elle devait se préparer à une confrontation armée. Elle ne dispose pas non plus des moyens, des hommes et des ordres pour espionner des citoyens français, nés français, sur le sol national.

 

Des martiens que les confrères se contentent d’appeler du même substantif : "les jeunes". Les vrais jeunes n’ont pourtant rien fait pour mériter cette comparaison peu flatteuse ni cette usurpation sémantique. Une usurpation qui fait immanquablement penser, pour ceux qui suivent la Ména, à "activistes" et "militants" lorsqu’ils décrivent les terroristes du Hamas. La réalité ce sont eux qui la reconstruisent.

 

En fait, on se trouve en plein scénario d’autodestruction : un régime démocratique et la presse protègent des agresseurs défiant leurs valeurs et les règles de leur civilisation.

 

Dans le cas de Grenoble, on doit refuser, au risque de perdre son âme, d’entrer dans toute discussion contenant la moindre justification de la rébellion, violente et armée, menée par des membres de la communauté musulmane de la Villeneuve.

 

Car si l’on accepte de lier le sort d’un gangster, s’attaquant au fusil-mitrailleur à une salle de casino remplie de clients et de personnel, à des revendications sociales ou politiques, et à l’usage d’armes à feu contre des policiers, nous aurons cessé d’être. Non seulement en tant que Français, mais en tant que société organisée tout court.

 

Il se planque où, l’autre avec son Karcher ?

 

Et le parti socialiste, avec son silence insupportable, complice, électoraliste ?

 

On dirait que le seul programme politique des formations modérées participe désormais à ressusciter le Front National.

 

Quant à la parade d’Hortefeux, elle consiste, en vérité, à placer des caméras de surveillance à des carrefours sensibles, et à éclairer les appartements du quartier, toute la nuit durant, avec de forts projecteurs montés sur des hélicoptères.

 

Les habitants innocents – en plus du stress qu’ils subissent – n’ont pas fermé l’œil de la nuit. Ceux qui ne sont pas innocents et qui les terrorisent : on n’en a rien à faire !

 

A déclencher une insurrection armée au motif qu’un gangster multirécidiviste a été abattu par la police après lui avoir tiré dessus, ils montrent qu’ils refusent de se plier à la loi du pays qu’ils habitent ; il n’y a pas le début de recherche de justice dans le comportement des séditieux.

 

Il y a la revendication de faire la loi, d’être la loi, partout où ils sont et quoi qu’ils fassent, de remplacer l’Etat de droit par la loi des caïds des quartiers. Ou, au moins, de tenir l’Etat hors de leurs royaumes de drogue et de trafics.

 

Ce qui se déroule ces jours à Grenoble est un avertissement pour le moment à moindres frais. Il y a des arsenaux d’armes de guerre dans les quartiers, des membres de gangs qui ne craignent pas même les unités d’élite de la Police française.

 

Des voyous qui ne paieront certainement pas pour les dommages qu’ils viennent d’occasionner et qui s’élèvent à des millions d’euros. C’est nous qui raquons !

 

Mais ce n’est pas cela qui importe réellement. Ce qui compte, c’est le défi qui est lancé au gouvernement de ce pays, à ses juges, à ses partis politiques et à ses citoyens. L’heure de vérité commence à sonner.

 

Les caïds des autres zones de non-droit se frottent les mains : les Français ont peur d’eux. L’embrasement général n’est qu’une question de date, de déclencheur, d’opportunité, de prétexte ; et la police, à en croire ce que m’ont dit ses meilleurs éléments, n’est pas prête et se trouve en sous-effectifs.

 

Reste que la solution, s’il en existe une, n’est pas policière. Les forces de l’ordre sont un moyen, non une issue, ne le perdons jamais des yeux.

 

Pas de yaka et de faukon dans cet article,  il existe une véritable problématique. Premier problème : ces gens s’asseyent sur notre espoir de les intégrer dans les traditions et les règles de notre société.

 

Maintenant, ce sont eux, au contraire, qui entendent nous intégrer aux leurs. Et ils ne cessent de le hurler ; si on ne les entend pas, c’est que mes confrères sont sourds et prudents. Ils empêchent l’information de vous parvenir.

 


Lire la suite...
 
Après la Grèce et l’Espagne, les Etats-Unis (info # 011807/10) Version imprimable
Analyse financière
dimanche, 18 juillet 2010

 

Par Sébastien Castellion

 

A une époque où toutes les grandes économies occidentales souffrent d'une dette publique excessive et d'une mauvaise gestion des finances publiques, les marchés financiers ont adopté un nouveau rôle.

 

De mois en mois (et presque de semaine en semaine), ils indiquent par des mouvements rapides de capitaux quel espace économique leur paraît le plus inquiétant pour les investisseurs.

 

Il y a deux mois, c'était l'Europe qui était au centre de leurs préoccupations, à la suite de la faillite grecque et de la détérioration des comptes publics de plusieurs autres Etats.

 

Les mouvements massifs de capitaux hors d'Europe, au printemps, ont eu - pour l'instant du moins - l'effet espéré. Pour éviter la faillite complète, tous les gouvernements d'Europe ont annoncé des mesures drastiques d'économies : réduction du nombre de fonctionnaires et quelquefois réduction de leurs salaires, coupes sombres dans les subventions.

 

Les investisseurs semblent donner à l'Europe le bénéfice du doute après ces décisions. La semaine dernière, les deux pays qui semblaient les plus menacés par la banqueroute - la Grèce et l'Espagne - sont parvenus à placer sans difficultés particulières de nouvelles émissions de leur dette d'Etat.

 

En revanche, la même semaine a été marquée par des signes de nervosité croissante des marchés au sujet d'une autre économie occidentale qui ne montre pas les mêmes signes de retour à la raison dans la gestion des ses comptes publics : celle des Etats-Unis d'Amérique.

 

Jeudi dernier, la réserve fédérale (la "Fed", Banque Centrale américaine) a reconnu, dans un communiqué, que l'économie américaine ne retrouverait sans doute pas un chemin de croissance normal avant cinq ou six ans.

 

Le communiqué ajoutait que la Fed, en conséquence, ne pourrait pas réduire ses émissions de dettes comme initialement prévu. Elle pourrait, au contraire, avoir besoin d'une nouvelle augmentation de ses émissions.

 

Les marchés financiers ont immédiatement réagi à cette annonce en vendant des quantités massives de dollars. La monnaie américaine a commencé à glisser par rapport à toutes les autres monnaies de référence, et ce mouvement se poursuivait encore à la fin de la semaine.

 

Les analystes de la banque d'affaires Goldman Sachs s'attendent à ce que le dollar continue à baisser au moins jusqu'à la fin 2010 ; ils voient l'euro, à cette date, revenu à 1,35 dollar.

 

obamaeconomy.jpg

Une question de temps et d’instabilité

 

Jusqu'à récemment, en période de crise financière, le dollar servait de refuge aux capitaux inquiets par l'instabilité des marchés. Cela avait encore été le cas à l'automne 2008, lorsqu'une crise financière qui trouvait son origine dans le système financier américain avait paradoxalement provoqué la hausse du dollar.

 

Ces temps-là sont manifestement terminés. Ce n'est pas qu'il n'y ait pas de mauvaises nouvelles venant des autres zones économiques (le jour même de l'annonce de la Fed, la Chine annonçait un ralentissement assez significatif de ses perspectives de croissance). Mais ce sont les Etats-Unis qui, pour les investisseurs, sont devenus le premier problème économique de la planète.

 

Les causes de l'inquiétude des marchés ne sont pas seulement financières. Certes, l'augmentation rapide de la dette américaine (bien partie pour dépasser 100% du produit intérieur brut dans quelques années) commence à causer des inquiétudes sur la capacité de remboursement à long terme.

 

Mais plus encore que les seuls chiffres de la dette, c'est la politique économique du Président Obama qui suscite l'inconfort des investisseurs.

 

Alors que l'Europe a reconnu ses problèmes financiers et pris les premières mesures nécessaires, les USA n’ont rien fait de tel. Au contraire, lors du dernier G8, le Président Obama a tenté (en vain) de convaincre ses collègues européens de relancer les dépenses publiques pour soutenir la croissance.

 

Le Président ne semblait tout simplement pas comprendre, qu'une politique de dépense publique agressive en Europe aujourd'hui, conduirait inévitablement à un retrait des financements de marché, et donc à la faillite pure et simple des Etats européens.

 

Cette démonstration d'illettrisme économique de la part de l'homme le plus puissant du monde ne pouvait pas rassurer les investisseurs.

 

Elle a contribué à les convaincre que la situation actuelle des Etats-Unis - croissance très faible, investisseurs méfiants, taux d'intérêt proches de zéro et déficit supérieur à 10% du produit intérieur brut - n'allait pas s'améliorer de sitôt.

 

Obama reste convaincu que la bonne réaction de l'Etat face au marasme économique consiste à dépenser toujours plus. Il ne veut pas ou ne peut pas appréhender que l'accumulation des déficits inquiète les ménages et les entrepreneurs, et retarde les décisions d'embauche, d'investissements et de dépenses. Jusqu'au point où toutes ces décisions retardées finissent par retirer bien davantage à l'économie que le surcroît de dépenses publiques ne lui a apporté.

 

Ce n'est pourtant pas faute de données disponibles. Il y aura bientôt dix-huit mois (en février 2009) qu'Obama a fait voter, sous le nom de "stimulus", le plus grand programme de dépenses publiques de l'histoire de l'humanité.

 

Un an et demi plus tard, la croissance reste plate et les indicateurs avancés de l'économie américaine (confiance des entrepreneurs, trafic portuaire, commandes passées aux usines, vente de logements neufs) sont tous passés au rouge.

 

La combinaison de tous ces indicateurs rend même désormais assez vraisemblable le retour, d'ici un ou deux trimestres, à une situation de récession aux Etats-Unis.

 

Mais le Président Obama est trop intelligent pour accepter la leçon des faits.

 

Au lieu d'admettre que la relance par la dépense publique est un échec, il a fait de son mieux pour réduire encore la confiance des entreprises et des ménages, par une série de lois qui garantissent à peu près certainement un long ralentissement des investissements, des embauches et des dépenses.

 

La première de ces lois fut la réforme de l'assurance santé.

 

Cette réforme, qui fait passer sous le contrôle de l'Etat le sixième de l'économie américaine, ne sera pas stabilisée avant plusieurs années, du fait de son incommensurable complexité.

 

Elle a des effets sur tous les employeurs américains : chargés de financer l'assurance santé de leurs employés, ils sont aujourd'hui incapables d'évaluer ce que sera le coût de cette assurance d'ici quelques années.

 

Faute de pouvoir prédire le coût du travail, les employeurs, autant que possible, ont cessé d'embaucher. Depuis qu'Obama a pris le pouvoir, le nombre d'emplois aux Etats-Unis a baissé chaque mois.

 

Plus récemment, on constate un découragement massif des chômeurs américains, qui cessent leurs efforts de recherche de travail. En deux mois (mai-juin) la force de travail aux Etats-Unis a ainsi été diminuée de près d'un million de personnes.

 

Après avoir créé l'incertitude sur le coût du travail, Obama s'est attaché à la créer aussi sur le coût de l'argent. La loi de réforme de la régulation financière, adoptée la semaine dernière, n'est pas, comme la presse l'a souvent présentée, simplement destinée à la règlementation des marchés financiers (ou, comme les journalistes aiment à l'écrire, de "Wall Street").

 

Cette loi couvre l'ensemble du secteur financier américain, de très loin le plus large du monde - y compris la banque de détail et les prêts aux entreprises.

 

Comme pour l'assurance santé, ce domaine d'application est si gigantesque, que la plus grande partie des effets réels de la loi ne sera connue qu'après plusieurs années.

 

Les dizaines de nouvelles instances de régulation créées par la loi (couvrant par exemple le coût des cartes de crédit, la protection des consommateurs et les règles régissant les prêts immobiliers) ne sont pas encore nommées.  

 

Il faudra plusieurs années pour que leurs décisions deviennent assez prévisibles pour permettre aux entreprises de les intégrer dans leurs calculs d'investissement et d'embauche.

 

Peut-on encore aggraver l'incertitude des entrepreneurs quand on a déjà rendu impossible toute prévision des coûts du travail et des coûts de financement ? Cela semble difficile, mais Obama n'a pas pour rien été décrit par ses partisans comme le plus intelligent des Présidents.


Lire la suite...
 
Sarkozy : la fin de quinquennat s’annonce difficile (info # 011707/10) Version imprimable
Analyse
samedi, 17 juillet 2010

 

Par Stéphane Juffa

 

A un peu moins de deux ans de l’échéance de son premier quinquennat, les choses se présentent de manière morose pour le Président Nicolas Sarkozy. Selon un sondage réalisé durant ce mois de juillet par l’institut LH2, il bénéficierait actuellement de 33 pourcent d’opinions favorables.

 

Soit la moitié qu’en 2007 à la même époque. A poursuivre sur la même voie, il va bientôt falloir instaurer une échelle négative afin de présenter le soutien dont jouit le pensionnaire de l’Elysée.

 

Avec tout ce qu’il est permis de penser sur la valeur des enquêtes d’opinion, il reste à convenir que ce sont ceux qui y répondent qui font et défont les présidents. Et quand tous les instituts annoncent les mêmes tendances, à moins de vouloir se suicider politiquement, il vaut mieux faire le point et s’enquérir de ce qui ne tourne pas rond.

 

Certes, en ce qui concerne Sarkozy, il existe un front d’antis systématiques suspect (un réseau ?), passant le plus clair de son temps à chercher à la loupe des prétextes pour s’en prendre au Président. Je pense principalement à Libé et à l’Obs, dont le parti pris méthodique contre ce chef de l’Etat français constitue un nouveau record historique.

 

Ces media et d’autres soutiennent concurremment tous ceux qui s’attaquent à la présidence ainsi que la moindre de leurs initiatives dans ce sens. Dans les cas de Ségolène Royal et de Martine Aubry, on franchit régulièrement le seuil du théâtre-guignol. 

 

Cette posture trouve sa prolongation auprès d’un nombre conséquent de journalistes et d’humoristes. On ne se souvient pas avoir jamais entendu parler – même pour rire – de sodomisation du premier personnage de la République sur une radio publique.

 

Pas plus qu’on avait vu de publication satirique proposer un montage photographique montrant un président en train de pénétrer une chèvre.

 

La publication en question, le Monte, dont la société d’édition, Sonora Média, a été assignée en justice par le chef de l’Etat, était représentée en la circonstance par notre ami Patrick Klugman. Un avocat qui se spécialise décidément dans la défense des causes nobles...

 

Force est de constater, donc, qu’il existe une fronde "naturelle" de haineux inconditionnels, constituée par les reliques de la presse mitterrandienne, rejointes dans leur ressentiment par leurs confrères et amis chiraco-villepénistes.

 

Il n’est guère facile de se faire des amis lorsqu’on est élu sous une bannière réformatrice, remettant en cause tous les principes de gouvernance appliqués précédemment.

 

Il est alors plus qu’urgent de lancer et de réussir les réformes que l’on préconisait, afin de créer un nouveau réservoir de satisfaits du régime, capable supplanter les adversaires en les noyant sous le nombre.

 

On entre là dans la critique authentique de l’action de Nicolas Sarkozy, et, force est de le constater, il est en voie d’échouer.

 

On ne lui reprochera pas, bien sûr, d’excès d’autoritarisme, ni de mettre en danger l’expression plurielle de la République. Ces arguments, agités par les antis depuis la campagne électorale, apparaissent, au fil du déroulement du quinquennat, absolument ineptes et relevant de la seule invective.

 

On n’avait jamais été plus libre en France, que ce fut sous les gaullistes, les post-gaullistes ou les mitterrandiens. 

 

Mais pour le reste... le premier problème – non des moindres -, est celui du "positionning", du positionnement politique.

 

Enoncé plus simplement : pour être apprécié, à la tête de l’Etat, il convient de se forger une "clientèle", soit un groupe important de personnes, pour l’intérêt desquelles on œuvre plus particulièrement et avec succès. 

 

Chez Sarko, cependant, tout semble fait à l’avenant, et on dirait qu’il s’ingénie à décevoir la ou les "clientèle(s)" qui l’ont porté au pouvoir. Ce sont elles qui se réduisent maintenant telles des peaux de chagrin.

 

Car, quand on se promène dans une zone de non-droit, en promettant de la "nettoyer au Karcher", on a meilleur temps de faire évoluer la situation des quartiers.

 

Or, en consultant les diverses informations que m’ont fournies des camarades français, spécialistes du problème, il apparaît, sans le moindre doute, que la condition de ces zones échappant au contrôle de l’Etat a encore empiré depuis la promesse de Sarko.

 

Mais pour des millions de citoyens, inquiets de la multiplication, de l’extension et de la radicalisation de ces quartiers, l’insécurité qu’ils représentent constitue toujours le premier sujet d’inquiétude.

 

Lors, l’inaction ou l’incapacité d’agir du candidat pour lequel ils avaient voté les éloigne irréversiblement de lui, accentuent leur sentiment d’impuissance et de révolte, et finissent par les faire migrer vers l’extrémité droite de l’échiquier politique tricolore.

 

La même constatation est à tirer en ce qui concerne les Israélites et les amis d’Israël dans l’Hexagone : à l’occasion de l’élection de Nicolas Sarkozy, ils avaient démontré la fausseté de l’équation proposée par Pascal Boniface, en 2001, en sa qualité de conseiller du PS, selon laquelle il fallait impérativement épouser la cause palestinienne si l’on voulait briguer l’Elysée.

 

Les amis de l’Etat hébreu, à l’occurrence de mai 2007, avaient, au contraire, établi qu’il était préférable de déclarer avoir décidé à Jérusalem de se porter candidat à la présidence française pour y parvenir.

 

Un dossier sensible, préparé par des scientifiques français, dont une copie avait été remise à la Ména, concluait que plusieurs millions de citoyens tricolores ressentaient un lien ou une empathie en faveur d’Israël.

 

Dans ce nombre, pour trois millions de personnes, cet intérêt constituait le déclencheur principal de leur choix lors d’une élection présidentielle, et pour quatre millions supplémentaires, "un facteur prépondérant dans leur choix".

 

Or ces personnes avaient été déçues, voire blessées, par le penchant massivement proarabe des politiques de Chirac et de Mitterrand, et écœurées par le traitement biaisé, systématiquement anti-israélien, de la presse francilienne, et notamment des media publics.

 

Des millions de Français étaient persuadés, par exemple, que l’avènement de Sarkozy à l’Elysée coïnciderait avec la mise en lumière des circonstances de la mise en scène de l’"assassinat de Mohamed A-Dura", et la prise de mesures justicières contre ses auteurs, et contre ceux qui s’emploient à les protéger.

 

Mais trois ans après, Charles Enderlin est toujours correspondant permanent à Jérusalem, et Arlette Chabot, directrice de l’information à FR2. Charles s’est même vu remettre la Légion d’Honneur pour son œuvre de journaliste, ce qui est subi comme une insulte personnelle par cette clientèle, qui avait voté Sarko à 85%.

 

D’autre part, l’Elysée n’a strictement rien fait pour l’application de la résolution 1701 à l’ensemble du Liban, alors que cette résolution avait été proposée dans l’urgence et avec une insistance particulière par la France au Conseil de Sécurité, en 2006.

 

Paris avait obtenu de Jérusalem qu’elle interrompe son offensive contre le Hezbollah, en lui garantissant qu’elle obtiendrait la mise en place complète des termes de cette résolution.

 

Depuis, au mépris de la 1701, la Syrie livre des missiles par centaines au Hezbollah, pouvant tuer des milliers de personnes à Tel-Aviv.

 

La France, sous Sarkozy, n’a pas levé le petit doigt pour s’opposer de manière efficace à cette violation de la part de Damas. Au contraire, elle a demandé répétitivement à Jérusalem de cesser ses vols de surveillance, destinés à mesurer l’étendue des violations.

 

Très récemment, son ambassadeur au Liban, Denis Pietton, s’est gaussé de ce que la France n’avait pas voté pour classer le Hezbollah dans la catégorie des organisations terroristes. Ses victimes civiles en Galilée et leurs cousins à Paris apprécieront.

 

Plus près de nous, en 2009, Sarkozy et Kouchner se sont rendus en chair et en os à Jérusalem afin de signer l’engagement de la France à faire cesser la contrebande entre l’Egypte et la Bande de Gaza, en échange de l’arrêt de l’opération Plomb Fondu.

 

Israël a mis un terme aux hostilités, tandis que la France n’a pas empêché la livraison au Hamas d’une seule grenade à main.

 

Du point de vue stratégique, on ne saisit toujours pas, à la Ména, le rationnel qui a poussé Paris à sauver ce qui pouvait l’être du potentiel de destruction du Hamas et du Hezbollah. Dans l’optique des intérêts tricolores, cela nous paraît à tout le moins... contreproductif.

 

Et puis, le pensionnaire de l’Elysée ne manque plus une occasion de stigmatiser l’attitude d’Israël : il a ainsi condamné l’arraisonnement du Mavi Marmara, qualifiant, une nouvelle fois, le comportement de l’Etat hébreu de "disproportionné".

 

Si rien ne change et que Sarko se représente en 2012, la "clientèle" pro-israélienne française préférerait l’actuel président à une Martine Aubry, mais donnerait majoritairement ses faveurs à quelqu’un de plus net ou de plus prometteur en regard de l’Etat hébreu, à l’image d’un Dominique Strauss-Kahn. Ce, dans des proportions qui pourraient s’avérer décisives au moment du décompte final.

 

En la matière, Nicolas Sarkozy a éloigné de sa personne une autre catégorie significative d’électeurs qui lui était largement acquise lorsqu’il avait disposé de Ségolène Royal. C’est à croire qu’il mène ses relations publiques dans la plus complète des improvisations.

 

Autre problème de Sarko, les actes manqués. A l’instar du joueur d’échec, un chef d’Etat se doit d’examiner l’impact du prochain coup, et toutes ses conséquences, avant de toucher une pièce.

 

Est-ce à mettre sur le compte de l’hyperactivité ou de la futilité du président ? En tout cas, c’est précisément ce qu’il ne fait pas. Il confond allègrement les idées et les projets. Comme lorsqu’il a fait part de son intention de voir chaque écolier de l’hexagone adopter à titre posthume un enfant tué à l’occasion de la Shoah.

 

Belle idée au demeurant, mais c’était sans prendre en compte l’effet traumatisant qu’elle aurait sur les jeunes du XXIème siècle. Était-il vraiment impossible de penser à cet incontournable écueil avant de proposer ce projet et d’être contraint de le retirer, en essuyant une nouvelle défaite, en tous point inutile autant qu’évitable ?

 

Et le projet de l’Union de la Méditerranée ? Un mauvais gag, au mieux un commencement d’ébauche, mais qui a sérieusement endommagé les relations avec l’Allemagne d’Angela Merkel.

 

Madame Merkel, dont la réaction pourrait être résumée par celle de notre confrère de Libération, Jean Quatremer, sur son blog les Coulisses de Bruxelles : "Une affaire mal ficelée, mal préparée, mal vendue".

 

Un projet pour lequel il était, de surcroît, fort prétentieux de nommer l’insipide Valérie Hoffenberg au titre incroyablement pompeux de "Représentante spéciale de la France pour la dimension économique, culturelle, commerciale, éducative et environnementale du processus de paix au Proche-Orient". Et de lui attribuer, en 2008, la Légion d’Honneur. Cela prend des allures de promotion canapé, même si, possiblement, cela n’en est pas.

 

On ne s’éparpille pas de la sorte lorsque l’on est aux commandes de l’un des grands Etats d’Europe. Pas plus que l’on n’étale à la vue du pays ses problèmes de couple et son remariage presque instantané. Il faut choisir entre faire parler de soi dans les colonnes d’Atlantic Monthly ou celles de Cosmopolitan.

 

sarkocarla.jpg

Sympa, mais...

 

Et la décision de présenter Jean Sarkozy à la direction de l'Etablissement Public d'Aménagement du quartier d'affaires de la Défense (EPAD) ? Était-il à ce point impossible d’imaginer la vague de protestations qu’elle déclencherait avant de toucher le pion ? L’énoncé de la question même me semble receler la réponse adéquate.

 

On pourrait encore aligner les exemples, mais ceux qui précèdent suffisent à la démonstration.

 

Et plus les clientèles naturelles s’égarent, plus les actes manqués s’accumulent, plus le pourcentage de satisfaits baisse, et plus la marge de manœuvre se restreint.

 

Plus l’échéance de 2012 approche, et plus tout ce que Sarko pourrait entreprendre de majeur aurait un goût de récupération.

 

C’était au bout de six mois de pouvoir, qu’il aurait fallu mettre les quartiers au pas, si c’était possible. Et si ça ne l’est pas, il aurait fallu éviter d’évoquer les Karcher ; c’est l’une des dures règles de l’exercice du pouvoir.

 

Faute de conserver et d’agrandir la portion du public qui lui était favorable, c’est la partie des antis systématiques qui ressuscite et qui gonfle. Si bien que, désormais, toutes les décisions de l’Elysée semblent vouées aux gémonies, même celles qui ne le méritaient pas (et il en existe !). C’est cela les signes que donne un Président affaibli. C’est à peine si on ne va pas lui reprocher la débâcle en Afrique du Sud.

 

Sarkozy a aussi manqué le grand coup de balai qu’il devait donner dans les media publics. C’est ce qu’il a réalisé à France Inter, mais quel est l’impact effectif de France Inter, et de la radio, à l’heure du tout électro-visuel ?

 

Personne ne peut asseoir sa politique et imposer de véritables réformes avec le climat de fronde et de détestation qui flotte dans les rédactions de France-Télévisions. On y exècre et méprise le Président. Et si la Ména est en mesure de savoir qu’on l’y insulte et le moque, depuis Métula, il nous semble que Sarko aussi devrait être au courant. D’autant plus qu’un petit nombre de journalistes ont proposé de le mettre au parfum. La preuve, ils nous ont avertis !

 

La nomination de Rémy Pflimlin contitue-t-elle un remède à la situation délétère qui règne sur le grand immeuble des bords de Seine ? Sans mettre en doute les qualités de l’Alsacien, on se permet d’en douter : c’est un homme de gestion de la continuité, un homme d’écoute, un trop gentil, pour redresser une situation à ce point détériorée.

 

C’est le ménage qu’il fallait faire, et c’est tout autre chose. De plus, le temps manque, on arrive beaucoup plus rapidement qu’on ne le croit dans le final de l’épreuve. Et lors du sprint, il faut au moins que la télévision d’Etat soit gérée par des journalistes en moyenne neutres à l’égard du pouvoir. Sinon, c’est foutu ; et il n’est pas même nécessaire de se représenter, mieux vaut un retrait honorable qu’une déculottée laissant des traces.

 

 

Lire la suite...
 
Joyeux 14 juillet ! (info # 011407/10) Version imprimable
Analyse
mercredi, 14 juillet 2010

 

Par Guy Millière

 

Il me revient fréquemment, ces temps derniers, l’écho de conversations à mon sujet. Mon nom circule. Mais pas du tout de la façon dont je pourrais le souhaiter. Vraiment pas, non. Il semblerait que je suis un être infâme, infréquentable, dont les livres doivent être soigneusement ignorés et que les journalistes des grandes rédactions sont censés jeter au vide-ordures, si, fâcheusement, ils les reçoivent.

 

Je ne sais si on leur recommande de les toucher uniquement avec des gants de caoutchouc et de se désinfecter les mains après ce geste fatal, mais je pourrais être enclin à le penser. Mes articles ne doivent pas être commentés tant ils sont nauséabonds.

 

Les grandes radios ne m’invitent plus : la dernière en date à l’avoir fait fut Europe 1, mais en voyant l’air renfrogné des présentateurs et la mine affligée de celui qui m’avait fait venir, au moment où j’ai quitté les studios, j’ai compris qu’il n’y aurait pas d’autre fois, et j’espère que le pauvre garçon n’a pas été licencié pour faute grave à cause de moi.

 

A la télévision, seul le producteur d’une émission m’invite encore parfois, et reçoit, chaque fois, des menaces, des imprécations, des courriers indignés en abondance. Lorsqu’on lui parle de son émission, on lui dit qu’il peut inviter une représentante haineuse des Indigènes de la République, celle-là même qui figure sur la couverture d’un livre qu’un ami m’a remis et dont je parlerai bientôt ici, et qui s’appelle "Nique la France".

 

On lui dit qu’il peut inviter un philosophe adepte de Joseph Staline. Mais inviter Guy Millière, là, cela devient carrément indécent. La seule personne qu’on lui reproche d’avoir invité, outre moi-même, est l’infâme Dieudonné, c’est dire.

 

Qu’ai-je fait pour mériter ce traitement. Aurai-je fait l ‘éloge d’Adolf Hitler ? Non : il serait difficile de trouver plus antinazi que moi dans l’Hexagone. Alors ? Serai-je antisémite ? Raciste ? Non, je n’ai jamais cessé de combattre toutes les formes d’antisémitisme et de racisme.

 

Et comme je l’ai écrit ailleurs : « si on attaque injustement un Juif, je suis juif ; si on attaque injustement un Africain, je suis africain ; si on attaque injustement un musulman ou un Arabe, je suis musulman et je suis arabe ». Je persiste et je signe.

 

baillon_modified.jpg

Le politiquement correct c’est...

 

Clair que je fais bien pire que l’apologie d’Adolf Hitler, qu’être antisémite ou raciste : je défends Israël, et je ne le fais pas en levant le petit doigt et en prenant un air compassé, ou en disant que, depuis Paris, je suis plus à même de juger de la situation que le gouvernement israélien. Non : je le fais en considérant que les attaques contre Israël sont injustes et teintées de relents certains d’antisémitisme.

 

Et je le fais en respectant scrupuleusement les faits historiques, plutôt que de me soumettre à la propagande qui traîne dans l’air du temps. Je le fais en sachant encore ce qu’est la différence entre démocratie et totalitarisme, en appelant un chat un chat et un terroriste un terroriste.

 

Je le fais au temps où Binyamin Netanyahu est Premier ministre, comme je l’ai fait au temps où cette position était occupée par Ariel Sharon. C’est effectivement pire que faire l’éloge d’Hitler, n’est-il pas ?

 

Lorsqu’il est question de Gaza, je peux citer Claude Lanzmann quand il parle de « chancre ». Lorsqu’il est question, encore, parfois, de Sabra et Chatila, je rappelle que l’action a été menée par les milices chrétiennes et je rappelle aussi la généalogie de la décomposition du Liban et les massacres de villages chrétiens libanais que personne n’évoque. Quelle faute de goût ! Evoquer les massacres commis contre des chrétiens !

 

Lorsque je parle d’Ahmadinejad, je le décris comme un fanatique dangereux et comme un négationniste aux intentions génocidaires, ce qui n’est pas poli et ne peut que choquer des gens qui lui donnent du « Monsieur le Président ».

 

J’ai traduit en français les Ecrits d’un homme qu’il est de bon ton de traiter de crétin, Ronald Reagan, et que je tiens pour l’un des grands présidents de l’histoire des Etats-Unis. J’ai non seulement défendu George Walker Bush, mais, circonstance aggravante, j’ai écrit des livres expliquent les tenants et les aboutissants de la doctrine Bush.

 

On me soupçonne même d’avoir des idées proches de celles des néoconservateurs ; vous savez, ces gens qui préfèrent la démocratie aux dictatures, le droit à l’arbitraire, et qui pensent que des guerres préventives contre des criminels contre l’humanité peuvent parfois constituer la moins mauvaise solution.

 

J’aurais même des liens avec des fascistes notoires, qui sont d’autant plus fascistes qu’ils sont juifs, ainsi Daniel Pipes, Norman Podhoretz ou Bill Kristol. Une véritable horreur !

 

J’ai même dit, je crois, que je souhaitais que les Arabes de Gaza soient délivrés du Hamas, et ceux de Judée-Samarie des séides du négationniste Mahmoud Abbas.

 

On ne dit pas ce genre de choses. On ne critique pas l’islam radical : ou alors, on le fait en citant Caroline Fourest, et en défendant la cause gay et lesbienne pour montrer qu’on est très ouvert.

 

Mais on ne le fait pas en citant Wafa Sultan. On signe J Call en prenant un verre à Saint Germain des Prés. On ne critique pas J Call. Et puis, surtout, on ne critique pas Barack Obama : comment critiquer un saint homme ? Comment oser penser qu’il n’a pas des idées lumineuses et que le rôle du commentateur est de glisser des pétales de roses sous ses pas.

 

Il existe présentement en France un stratagème organisé de boycott des produits israéliens, d’intimidation des commerçants, de diabolisation d’Israël, qui me semble parfois destinée à préparer le terrain au pire.

 

Il existe aussi, ce doit être dit, d’autres formes de boycott. Je ne peux plus publier un livre chez un grand éditeur de langue française. Je ne peux plus publier un article dans un grand quotidien ou dans un grand hebdomadaire. Je suis sur des listes noires à la radio et à la télévision. Des gens bien intentionnés ont tout fait pour que je perde toutes mes sources de revenus, et pour que je sois en situation de mort intellectuelle, et, sans doute de mort tout court. Pourquoi ?

 

Il fut un temps où, en France, on pouvait aimer l’Amérique, toute l’Amérique, y compris l’Amérique conservatrice, celle du pays intérieur qui écoute Johnny Cash, Toby Keith et Brooks and Dunn. Ce temps semble terminé. Cette Amérique-là, vous dira-t-on aisément en France aujourd’hui, est abominable. 

 

Il fut un temps où il était possible, en France, d’aimer Israël, tout Israël, y compris les gens du parti de Menahem Begin ; l’Israël qui a gagné en 1967 et qui a résisté à l’agression sournoise en 1973 ; l’Israël qui a fait fleurir le désert et donné un espoir aux survivants de la Shoah. Ce temps semble révolu. Israël, vous dira-t-on aisément en France aujourd’hui, est un Etat dangereux, criminel, colonialiste.

 

Voici trente ans, je défendais la liberté individuelle, les droits naturels de l’être humain, la libre entreprise. Je n’ai pas changé. Je tenais, parce que je suis historien, au respect scrupuleux des faits. Je n‘ai pas changé non plus.

 

Je tenais, parce que je suis économiste, à la rationalité des analyses économique, et j’étais guidé par des valeurs éthiques fondamentales. Je n’ai pas changé là encore.

 

J’ai plutôt le sentiment que c’est la France qui a changé, et qu’on veut me faire comprendre que je suis de trop.

 

 

Lire la suite...
 
L’autre menace mortelle pesant sur le Liban (info # 011307/10) Version imprimable
Analyse
mardi, 13 juillet 2010

 

Par Michaël Béhé à Beyrouth

 

Lors d’une réunion d’ambassadeurs russes, hier au Kremlin, le Président Medvedev a fait part de son inquiétude montante au sujet de l’Iran.

 

Il a notamment déclaré : "Il est évident que l’Iran s’approche de la possession du potentiel qui, en principe, pourrait être utilisé pour la création d’armes nucléaires (...) l’Iran ne se comporte pas de la meilleure manière".

 

Medvedev ajoutant : "La résolution du problème nucléaire iranien implique une grande dose de patience et d’énergie, mais les conséquences d’un échec dans la gestion de cette crise seraient graves".

 

Au Liban, ce genre d’interventions, de plus en plus fréquentes, de plus en plus précises et provenant de sources de plus en plus diverses, fait immédiatement claquer des dents.

 

D’abord, parce que nous avons au moins 1 500 Gardes de la Révolution, en uniformes, sur notre sol, et qu’ils échappent entièrement au contrôle de nos institutions légales.

 

Ensuite, parce que ces assertions indiquent que l’heure de vérité approche, à laquelle notre puissant voisin du Sud, et peut-être d’autres Etats, vont être tentés d’employer la force afin de détruire le "potentiel" dont parle Medvedev.

 

Et qui dit attaque potentielle contre la "République" Islamique, soulève automatiquement le grand point d’interrogation quant à une éventuelle réplique armée du Hezbollah à partir du sud de notre territoire.

 

Là encore, le gouvernement légitime du pays du cèdre ne dispose pas des moyens nécessaires pour influer sur la décision que prendrait Hassan Nasrallah. Et, suivant ce qu’elle serait, elle a le pouvoir de réduire notre fragile Etat en cendres et de le faire exploser politiquement.

 

Inquiétude supplémentaire : les rapports se multiplient indiquant que les maîtres de Téhéran n’avaient pas du tout, en 2006, autorisé Nasrallah à kidnapper la patrouille israélienne sur son territoire, incident qui plongea le Liban dans la guerre et la destruction.

 

Suite à cette indiscipline, les ayatollahs auraient écarté le chef libanais du Hezb du poste décisionnel au sommet de la milice chiite, où il serait désormais remplacé par des officiers perses.

 

En d’autres mots, ce seraient les Iraniens qui décideraient, le moment venu, de l’entrée en conflit de notre pays, et, partant, de son avenir.

 

Et si cette menace existentielle ne suffisait pas à entretenir la pression, il est une autre affaire, sans relation avec Israël et l’Iran au demeurant, qui pourrait elle aussi conduire cet automne vers un putsch ou une nouvelle guerre civile.

 

Cette "affaire", c’est la promulgation attendue de l’acte d’accusation du Tribunal Spécial pour le Liban (TSL), dans le dossier de l’assassinat de l’ex-1er ministre Rafic Hariri.

 

A en croire les indiscrétions et les rumeurs, on s’attend à ce que ce document mette en cause le sommet de l’Etat syrien, en ce qui concerne la décision d’assassiner Hariri, et des éléments du Hezbollah dans son exécution.

 

Huit hommes de main des Fous d’Allah, dont les appels auraient été interceptés dans les jours qui ont précédé l’attentat. Fait déterminant : les conversations de ce réseau ont immédiatement et totalement cessé une fois le forfait accompli.

 

Or les acheteurs des cartes prépayées des téléphones mobiles ont été identifiés. Ce sont des membres du Hezb, dont le TSL va probablement réclamer l’arrestation et l’extradition. C’est oublier un peu vite que c’est le Hezbollah qui, fort de ses armes et de ses alliances, fait la pluie et le beau temps au Liban.

 

Côté gouvernement, Saad Hariri s’apprête déjà à minimiser l’impact de l’acte d’accusation mettant sur la sellette les meurtriers de son propre père. Il pourrait, aux fins d’empêcher une prise du pouvoir par la milice chiite, refuser d’exécuter les injonctions du TSL.

 

milice_dfile.jpg

La milice verte ne plaisante pas

 

Il a déjà suggéré discrètement à Nasrallah, si les accusations contre les membres de son parti devaient tomber, d’affirmer que les exécutants "ont agi de leur propre chef, sans avoir reçu l’ordre de tuer de leurs commandants". Le Secrétaire général du Hezbollah a refusé ne serait-ce que d’entrer en matière sur cette proposition.

 

Mais la volonté d’apaisement d’Hariri est une chose, et la réaction populaire prévisible, au sein des sunnites et des chrétiens, en est une autre.

 

Une réaction qui pourrait mettre le feu aux poudres entre les communautés. Et il ne faudrait pas grand-chose, tant dans la majorité du 14 Mars (qui regroupe également la majorité des citoyens de ce pays), on n’apprécie guère l’emprise qu’exerce le Hezb et les Iraniens sur les prérogatives réservées, en principe, à l’exécutif élu.

 

En particulier, bien entendu, on devient presque fou en imaginant que ce sont des étrangers qui détiennent, dans les faits, la décision de déclarer ou non la guerre à Israël, avec le risque inconsidéré que cela comporte.

 

 

Lire la suite...
 
Il était une fois Baba et Bibi (info # 011207/10) Version imprimable
Analyse
lundi, 12 juillet 2010

 

Par Ilan Tsadik

 

On se remet du grand show Obama-Netanyahu (même les désordres étaient précisément organisés) de la semaine dernière à la Maison Blanche.

 

Images de l’arrivée de Binyamin et de son interminable limousine par la porte principale, plans sur les entretiens en tête-à-tête, joyeux tohu-bohu de dizaines de journalistes et de photographes se pressant autour des deux leaders bien répandus dans leurs fauteuils.

 

Et surtout, les deux hommes se regardent, se sourient niaisement et se tiennent par la main à la moindre occasion, un peu comme Baba et Bibi, les deux hercules en string, sur le char Franz-Télévisions à la dernière Gay Pride.

 

Et les voilà d’accord sur absolument tout : l’Iran, le processus de paix, le maintien de la supériorité qualitative de Tsahal, des capacités nucléaires des Hébreux – à cause de leur situation sécuritaire très particulière, Baba dixit -, et Baba ajoutant, en accentuant les syllabes : les obligations ("bonds") des Etats-Unis envers Israël sont "un-brea-ka-ble". En français : infrangibles ! En français quotidien, modèle vacances d’été 2010 : incassables, inébranlables.   

 

Gros contraste avec la dernière rencontre, dont Netanyahu était sorti avec le visage enflé d’un boxeur qui vient de faire douze rounds contre Mike Tyson.

 

"Comment se porte le niveau de confiance entre vous ?", demande un confrère au successeur de Franklin Roosevelt.

 

"Moi ? Demande Barack Obama l’air surpris. Mais je lui faisais déjà entièrement confiance avant d’être élu à la présidence" ; et il regarde Bibi, avec l’air d’un boxer qui vous demande un petit morceau de la barre de chocolat que vous tenez dans vos doigts.

 

bababibi.jpg

Nous nous sommes tant aimés

 

Et Bibi de remuer timidement les paupières à deux reprises, afin de confirmer les dires de son compagnon, tout en marquant combien son acquiescement est superflu. Ne pas croire mon Baba sur parole, tksss...

 

"Donc votre brouille avec Israël est désormais terminée ?", demande un autre collègue, venu de Canaan, comme nous.

 

"Une brouille avec Israël, moi ? Jaaaamais. Neeeeever, mais où donc êtes-vous allé chercher une chose pareille ?", s’emporte le Président sur un ton jovial.

 

Et Netanyahu, visage impassible, qui semble avoir soudain oublié que, la dernière fois, on l’avait fait entrer par une porte dérobée (je ne mange pas cochère), après qu’Hillary l’ait déjà assoupli en public, et que son pote d’aujourd’hui lui avait soumis, par surprise, un ultimatum très indigeste.

 

Bibi était alors venu plaider à Washington pour une conduite cohérente et coordonnée face à la menace iranienne, et il s’en était reparti avec un diktat assez brutal : soit tu cesses toute construction dans les implantations et à Jérusalem, man, soit on va se mettre à rationner les pièces de rechange pour tes avions et the money pour tes projets dans le domaine de la high-tech militaire.

 

Yeah ! Même si les drones qui sauvent les vies des boys en Afghanistan ont été conçus par les Israéliens, de même que la technologie nécessaire à intercepter les missiles balistiques en vol. Des activités qui protègent l’Amérique et qui font gagner un paquet de dollars à ses entreprises.

 

Mais on ne discute pas avec les Etats-Unis, particulièrement lorsqu’on est entouré par des dizaines de millions de types qui ne pensent qu’à vous jeter tout habillés à la baille. Non, Germaine, pas dans la piscine de l’hôtel...

 

Dans ces conditions, sans l’avouer publiquement, en continuant à faire son Tartarin à la télé, Netanyahu avait imposé le gel de pratiquement tous les nouveaux chantiers hors des frontières de 67.

 

De quoi satisfaire Obama et permettre de relancer les négociations de proximité  avec l’Autorité Palestinienne ?

 

Si l’on veut. Dans une certaine mesure, le pensionnaire de la Maison Blanche a réussi ainsi à montrer qui était le boss, l’homme, mais rien de plus. Ca n’est pas ce qui a amené au réchauffement de l’atmosphère entre le Potomac et le Yarkon.

 

Ce serait plutôt l’approche des élections de mi-mandat en novembre, où Baba risque de perdre la majorité aux chambres, et se voir contraint de terminer sa cadence tel un coq boiteux, otage d’un Congrès hostile, pour toutes ses décisions.

 

D’après ce que nous avons appris d’Obama en un an et demi, il s’agit probablement de la raison de ce rapprochement aussi soudain que ne le fut le frimas.

 

Il est vrai que l’actuel président est bien plus concerné par sa carrière que par la création d’un Etat palestinien ou même l’acquisition de la bombe atomique par les ayatollahs.

 

C’est que les USA demeurent très majoritairement pro-israéliens et que les concitoyens de Baba avaient du mal à s’identifier à sa politique résolument anti-hiérosolymitaine (c’est vrai qu’il est plus facile de prononcer : "antiquaire").

 

Vrai aussi qu’Israël compte ses meilleurs amis politiques parmi les élus Démocrates à Washington, et que Netanyahu leur avait fait une cour à la limite de la décence afin qu’ils fassent pression sur le Président.

 

Barack Obama ne dit pas la vérité quant à la crise totalement artificielle qu’il a imposée à Israël depuis son accession au pouvoir.

 

Mais ce qui dérange, dans les allées du marché coloré de Makhané Yehuda, à Jérusalem, ce qui indispose entre les étals et qu’on n’oubliera pas de sitôt, c’est que les attaques du Président n’étaient pas uniquement dirigées contre le gouvernement Netanyahu, sa coalition, la personnalité de Bibi – tout cela, les Israéliens auraient pu le comprendre – mais aussi contre eux. Contre Israël.

 

A témoin, l’accueil glacial qu’Obama avait également réservé à Shimon Pérès, leur président coupe-rubans, certes, mais, de plus, Prix Nobel et l’un des hommes les plus pacifiques du Moyen-Orient.

 

Et le boycott absolu des media et des journalistes hébreux, qui étaient traités pire des pestiférés aux abords de la White House, et auxquels Baba n’avait accordé aucune interview à partir de son intronisation.

 

Depuis la semaine dernière, c’est tout le contraire, les hommes du Président nous appellent, pour nous demander si nous ne manquons de rien ? Une photo par-ci, une fuite par-là, ils nous couvent comme des coqs en pâte.

 

Dans une entrevue publiée dans un magazine du week-end, Barack Obama se demande si le public israélien ne se méfie pas de lui parce qu’il porte "Hussein" en second prénom. Il est grand temps qu’il surmonte l’aversion que nous lui inspirons, et qu’il vienne se rendre compte de visu, que nous ne vivons pas dans des huttes et ne nous transportons pas à dos de chameaux.

 

Le précédent roi de Jordanie s’appelait Hussein, et tout le monde ici savait qu’il était notre ami véritable. En plus, il était arabe.

 

Au-delà de ces considérations, c’est à vous qu’il appartient de saisir l’essentiel : quels que soient les sentiments profonds d’Obama à l’égard d’Israël (et j’admets une haute probabilité qu’ils ne soient pas des meilleurs), ce sont les contingences politiques qui font tourner le monde et non les sentiments personnels.

 

Bibi avait besoin des pièces de rechange de Baba, c’est pour cela qu’il a cessé de construire dans les implantations. Et maintenant Baba a besoin d’apparaître tel un ami d’Israël afin de ne pas connaître la Bérézina au Congrès et au Sénat, et c’est pour cela, uniquement, qu’il embrasse Bibi. Et alors ?

 

Il y a deux mois, Obama obligeait Netanyahu à se plier au jeu le plus débile qui soit : parler par l’intermédiaire d’un américain aux chefs de l’Autorité Palestinienne, distants de vingt minutes par la route, en dehors des heures de pointes.

 

Désormais, Obama demande à Mahmoud Abbas de cesser de faire l’enfant et d’entamer sans retard les négociations directes. Il lui demande également de ne pas faire le capricieux et de ne pas les interrompre le premier prétexte venu, genre disposition d’une caravane dans une implantation edenniste.

 

A Ramallah, on réclamait que Washington impose son idée des frontières aux deux belligérants. Là, on n’en est plus sûr du tout ; on pense que cette idée pourrait être favorable aux Juifs.

 

Hier soir, Sami El Soudi a failli m’appeler en pleine finale du Mondial (à un quart d’heure près) ; je lui avais dit que je préparais ce papier, et il voulait me confier un scoop : de nombreux membres du Fatah font pression sur Abou Mazen afin qu’il démissionne, et qu’ainsi, Obama ne puisse pas l’obliger à s’asseoir face à Netanyahu et à accepter des conditions qu’ils jugent défavorables aux Palestiniens.

 

C’est pourtant ce qui risque de se produire.

 

L’idylle entre Jérusalem et Washington va durer si les Démocrates perdent la majorité aux chambres. Sinon... sinon je n’aimerais pas me trouver à la place de Netanyahu. Déjà vous avez vu la différence de classe entre ma Nihya et sa Sarah ?

 

 

Lire la suite...
 
Obama reste un adversaire d’Israël (info # 010907/10) Version imprimable
Analyse
vendredi, 09 juillet 2010

 

Par Guy Millière