Le nouveau délire explosif d’Erdogan (info # 010207/15) Version imprimable
Analyse
jeudi, 02 juillet 2015

 

Par Stéphane Juffa

 

En Turquie, alors que les résultats des élections générales du 7 juin dernier n’ont toujours pas permis la constitution d’une coalition gouvernementale, et que le parti au pouvoir "Justice et Développement" (AKP) de Recep Tayip Erdogan ne possède plus la majorité absolue au parlement, un débat extrêmement dangereux s’est ouvert.

 

Erdogan et son premier ministre, Ahmet Davutoglu, cherchent à réunir derrière eux les sentiments nationalistes de la population en préparant une aventure militaire dans le nord de la Syrie. Le 29 juin dernier, Erdogan s’est exprimé devant le Conseil National de Sécurité pour y faire part de ses "préoccupations" concernant la "menace terroriste" contre son pays, qui émanerait, selon lui, de la zone limitrophe du nord syrien.

 

Dans les faits, cependant, cette menace n’existe pas, aucune des factions armées participant à la Guerre Civile Syrienne ne s’étant jamais attaquée à la Turquie, et aucune d’entre elles n’ayant, à notre connaissance, l’intention de le faire.

 

Comme souvent dans l’histoire, des gouvernants à la recherche d’une échappatoire militaire visant à solutionner un problème politique domestique, font courir des rumeurs infondées, en s’appuyant notamment sur les organes de presse sympathisants.

 

Ainsi, "on" aurait aperçu des miliciens islamistes d’ISIS en train d’enterrer des mines face à la frontière turque. A en croire ces sources gouvernementales, les djihadistes utiliseraient également des bulldozers afin de creuser des tranchées à Jarabulus, qui fait face à la ville turque de Karkamis (voir carte).

 

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Pour comprendre

 

En réaction à ces fausses nouvelles, Ankara a envoyé sa cinquième brigade blindée dans la région, déployant aussi des batteries d’artillerie sur les collines de Karkamis, dans la province de Gaziantep, au sud-est de la Turquie, positions depuis lesquelles elles dominent et menacent le territoire syrien.

 

Nous, d’affirmer avec certitude que l’Etat Islamique n’a strictement aucune intention d’affronter l’Armée turque, ni de l’empêcher de se répandre en Syrie.

 

Le contraire est vrai : les journalistes présents sur place, y compris notre correspondant permanent Perwer Mohammad Ali, la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis, ainsi que d’autres pays qui scrutent les évènements de la guerre civile, ont amassé des dizaines de preuves démontrant que le régime de Monsieur Erdogan constituait le seul fournisseur de l’EI en armes et munitions. De plus, la plupart des volontaires qui rejoignent les rangs d’ISIS transitent par la Turquie, avec la bénédiction d’Erdogan et de son parti islamiste sunnite.

 

L’intention d’Erdogan et Davutoglu est double, premièrement, s’assurer que le dernier point de passage entre la Turquie et la Syrie encore aux mains de l’EI ne tombe pas dans les mains des forces kurdes, qui en ont récemment saisi deux autres, Kobané et Tell Abyad. Des forces kurdes, qui poursuivent leur progression vers l’Ouest en direction de la région dans laquelle ISIS serait en train de creuser des tranchées et de poser des mines face à… la Turquie.

 

Le but inavoué du régime turc est au contraire de protéger l’Etat Islamique contre la poussée des Unités de Protection Populaire (YPG), et leurs alliés de l’Armée Syrienne Libre (ASL).

 

Le deuxième objectif d’Erdogan consiste précisément à empêcher les forces kurdes, dont l’avant-garde se situe actuellement à 30 km à l’est de Kobané, de réaliser leur jonction avec leurs frères du canton d’Afrin, à l’Ouest (voir carte).

 

S’ils y parvenaient, les Kurdes occuperaient une zone continue s’étendant de la frontière irakienne au nord d’Alep, sur plus de 550 km.

 

Or cette région autonome kurde de Syrie jouxte celle du sud de la Turquie, dans laquelle sont concentrés 15 million de Kurdes.

 

La grande crainte du gouvernement temporaire - faute de coalition – du parti d’Erdogan est d’assister à la réunion des Kurdes des deux côtés de la frontière, dans l’intention de promulguer un Etat indépendant.

 

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Des blindés turcs en ordre de combat face à la Syrie (archives récentes)

 

Les officiels du régime passent leur temps à souligner que le PKK, le Parti des Travailleurs du Kurdistan (turc), est idéologiquement très proche du PYD kurde syrien, le parti de l’Union Démocratique, dont les YPG constituent le bras armé.

 

Les critiques contre les Kurdes fusent, de la part des leaders du parti de la Justice et du Développement au pouvoir. Ils les accusent de procéder à un nettoyage ethnique des zones qu’ils contrôlent, et dont ils chasseraient les populations n’appartenant pas à leur communauté.

 

On sait cependant que cette grave imputation est dénuée de fondements, car les Kurdes n’ont pas chassé le moindre habitant des régions qu’ils gouvernent. Qui plus est, l’Armée Syrienne Libre, composée pour la plupart de combattants sunnites non-islamistes et non-kurdes, participe activement aux combats contre l’Etat Islamique aux côtés des YPG.

 

Cela n’empêche pas Recep Erdogan de répéter à l’envi, et de plus en plus souvent ces derniers jours, qu’il "ne permettra jamais l’établissement d’un nouvel Etat" dans le nord de la Syrie, à savoir un Etat kurde.

 

Lors de la réunion de lundi du Conseil National de Sécurité turc, le président s’est une nouvelle fois "inquiété des actions visant les civils dans la région, destinées, à l’en croire, à modifier sa structure démographique".

 

Le quotidien gouvernemental turc Yeni Safak (aube nouvelle) a dévoilé dimanche les intentions militaires précises du régime ; il s’agit d’envoyer 20 000 soldats turcs en Syrie afin d’y constituer une zone tampon, longue de 100 km et large d’une trentaine d’autres, entre Kobané et le canton d’Afrin (voir carte). Ce, dans le but de stopper l’avancée kurde, d’empêcher les YPG de réaliser leur jonction avec l’enclave d’Afrin, et de sécuriser la voie d’approvisionnement de Jarabulus en faveur de ses alliés de l’Etat Islamique.

 

Inquiété par ce plan, le chef d’état-major de l’Armée turque, Necdet Ozel, a demandé un ordre écrit au gouvernement avant toute intervention militaire.

 

Si rien n’arrête Erdogan et Davutoglu, à commencer par la raison, on risque donc d’assister à une confrontation entre Kurdes et Turcs. Au-delà des déclarations bellicistes des maîtres d’Ankara, on se persuadera de leurs intentions en observant que l’Armée turque s’est également déployée en ordre de bataille, et creuse elle aussi des tranchées, dans le village de Nusaybin, qui fait face au chef-lieu du canton kurde de l’est syrien, Qamishlo (200 000 hab.).

 

Or Qamishlo se trouve à plus de 280 km de l’extrémité orientale de la zone-tampon envisagée par les Turcs. De plus, on ne signale pas de présence djihadiste à moins de 50 km de Qamishlo, ce qui indique donc, au-delà de tout doute censé, que les Kurdes sont les véritables ennemis désignés par le parti islamiste au pouvoir en Turquie.

 

Le débat quant à une éventuelle invasion partielle de la Syrie a gagné le parlement d’Ankara, où le projet se heurte à une sérieuse opposition ; à l’instar de celle de Kemal Kiliçdaroglu, le leader du CHP, le Parti Républicain du Peuple, arrivé en deuxième position lors des dernières élections, avec 25% des suffrages exprimés.

 

Kiliçdaroglu a fermement mis en garde le gouvernement contre une intervention militaire en Syrie, le priant de ne pas oublier qu’il relevait d’un "cabinet sortant", entendant ainsi qu’il n’avait pas la légitimité voulue pour lancer le pays dans une aventure militaire.

 

Le 1er ministre Davutoglu lui a répondu "que nous ne pouvons pas rester indifférents face au développement qui se déroule au-delà de nos frontières". Davutoglu menaçant : "nous prendrons toutes les décisions nécessaires, même s’il ne restait qu’une seconde pour les réaliser, non pas une année, une journée ou un seul instant".

 

Face au délire gouvernemental, qui veut sauver sa prééminence politique en impliquant la Turquie dans une guerre civile déjà sanglante, Kiliçdaroglu a renchéri en ses termes : "Donc, nous allons aller en Syrie. Pourquoi devrions-nous aller en Syrie ? Pour quelle raison ? La tuerie qui s’y produit actuellement n’est-elle pas suffisante ?".

 

L’incursion de l’Armée turque en Syrie, si elle a réellement lieu, ne sera pas une partie de plaisir ; on peut s’en persuader en prenant connaissance de l’avertissement lancé par Murat Karayilan, l’un des commandants clandestins du PKK, qui a prévenu, je cite, "que si les forces turques intervenaient dans les secteurs kurdes de la Syrie, nous répliquerons !".

 

On peut aussi se demander, si en cas de confrontation entre les YPG et les forces turques, les Kurdes turcs, très organisés et armés, ne se soulèveraient pas, obligeant Ankara à combattre sur un front cinq fois plus large que celui envisagé par Erdogan pour l’établissement de sa soi-disant zone tampon.

 

Le jeu en vaut-il la chandelle ? Il faut se poser la question, d’autant plus que les YPG sont les alliés de la coalition internationale, qui coordonne ses bombardements aériens avec les Unités de Protection Populaire.

 

Il est également légitime de s’interroger sur ce que serait la réaction des Américains et des Européens, si leur seul allié fiable en Syrie et en Irak venait à être attaqué, sans la moindre raison tactique intelligible, par les militaires ottomans. On rappelle que la Turquie est membre de l’OTAN, et qu’elle est même, en théorie à tout le moins, la seconde force armée la plus importante de l’Alliance Atlantique.

 

En pénétrant sur le territoire syrien pour y combattre au côté de l’Etat Islamique, les Turcs deviendraient de facto les ennemis sur le terrain de leurs alliés de l’OTAN, et l’on peut raisonnablement craindre une violente détérioration des rapports politiques et militaires entre Ankara et les autres membres de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord.

 

D’un point de vue strictement stratégique, on ne peut que conseiller à Erdogan de freiner sa politique délirante, antisémite et raciste, et de s’abstenir de réaliser l’agression militaire qu’il envisage. Une aventure militaire hasardeuse, dont il peut à peine imaginer le déclenchement, mais dont il ignore complétement les ramifications possibles et, partant, l’issue finale.

 

Hier matin (mercredi), les combattants kurdes syriens ont chassé l’Etat Islamique d’un quartier de Tell Abyad, à la frontière turque, que les djihadistes avaient investi mardi.

 

Comme à Kobané, la semaine dernière, à l’occasion d’une attaque suicide, des dizaines de combattants islamistes s’étaient infiltrés mardi dans la ville.

 

Une nouvelle fois, les Peshmergas ont fait la preuve de leur aptitude au combat ; elle serait insuffisante face aux bataillons, aux avions et aux chars d’une armée de la taille de celle des Turcs. Mais cependant suffisante pour faire payer chèrement à Ankara son arrogance et ses décisions à l’emporte-pièce.

 

D’autant plus que les Kurdes, grâce à la résistance qu’ils opposent à l’EI, à leur organisation assurément démocratique et au respect de l’individu dont ils ne se départissent jamais, ont gagné la sympathie de l’Occident.


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Négociations avec l’Iran : le vif du sujet (info # 013006/15) Version imprimable
Analyse
mardi, 30 juin 2015

 

Par Jean Tsadik

 

Il n’y aura pas d’accord sur le nucléaire iranien aujourd’hui à Vienne, c’est ce qu’a annoncé un membre de la délégation américaine aux négociations. Les trois questions en suspens consistent à savoir si les 5+1 et la "République" Islamique parviendront à s’entendre sur un traité, si ses termes seront acceptables pour le Congrès américain, et ce qui se passera si les négociations n’aboutissent pas ?

 

Après de longues années de négociations, une chose semble sûre : à en croire le même diplomate U.S., les discussions pourront être rallongées de "quelques jours", mais pas au-delà. On ne parle pas, à Vienne, d’une durée supplémentaire de plusieurs semaines et encore moins de mois ; on précise, au contraire, qu’une entente doit impérativement advenir lors du round actuel de négociations, et qu’elle doit aboutir à "un accord solide et global". 

 

Dimanche, le Secrétaire d’Etat Kerry a réuni autour de lui les ministres des Affaires Etrangères d’Allemagne et du Royaume-Uni afin de faire le point sur l’état des discussions. La réunion a ensuite été ouverte aux ministres des autres délégations des grandes puissances.

 

L’impression qui ressort des entretiens de ce week-end est que les 5+1 ont décidé de ne pas effectuer de concessions supplémentaires, hormis d’éventuels aménagements à caractère secondaire, en ce qui concerne les points d’achoppement restants. Leur décision est sans doute dictée par le fait que des reculs additionnels de leur part entraîneraient à coup sûr un rejet du brouillon par le Congrès, en plus d’une vive réaction des Israéliens.

 

Le ministre britannique des Affaires Etrangères, Philip Hammond, a repris la formule déjà utilisée par Binyamin Netanyahu pour exprimer la fermeté qu’il prône, répétant : "Mieux vaut ne pas parvenir à un accord plutôt qu’à un mauvais accord". Lors d’une conférence de presse, à Washington, ce mardi, Barack Obama a dit pratiquement la même chose : "J’abandonnerai les négociations si c’est un mauvais accord".

 

L’homologue allemand de Philip Hammond, Frank-Walter Steinmeir, a renforcé cette position dans les colonnes de Die Welt (le monde), déclarant que "la surveillance des sites nucléaires [par les inspecteurs de l’AIEA] n’était pas négociable". Il a ajouté, que "les grandes puissances étaient disposées à montrer quelque flexibilité uniquement sur la question relative à la manière d’opérer des inspections sur les sites nucléaires suspects en Iran, mais pas quant à savoir si elles devaient avoir lieu".

 

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John Kerry et Mohammad Zarif,

de simples exécutants ?

 

C’est sur ces manifestations de fermeté que Mohammad Zarif, le ministre iranien des Affaires Etrangères avait regagné Téhéran dimanche pour y consulter le Guide suprême du régime, Ali Khamenei. La "marge de finasseries diplomatiques" étant désormais épuisée, les Iraniens doivent maintenant prendre une décision sur les trois points encore litigieux s’ils comptent parvenir à un traité avec les 5+1.

 

Le premier de ces points concerne les inspections des enquêteurs de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique. Les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité et l’Allemagne exigent que les observateurs de l’AIEA puissent avoir accès à tous les sites, y compris militaires.

 

Le 2 avril dernier, à Lausanne, Téhéran s’était déclaré en principe disposé à ratifier le Protocole additionnel de l’AIEA. Il s’agit d’un document générique autorisant des inspections renforcées sur les lieux suspectés d’accueillir des activités nucléaires.

 

Les ayatollahs espéraient naïvement que les 5+1 se contenteraient de cette promesse en ce qui concerne les inspections, mais cela n’a jamais été le cas. L’agence onusienne, dont le directeur général, Yukiya Amano, a participé aux discussions de ce mardi, insiste sur la nécessité d’obtenir dans les clauses du traité le droit "de mener des inspections ad hoc dans tous les domaines qui ne sont pas stipulés dans le Protocole additionnel".

 

Plus simplement exprimé, cela signifie que, si l’on exige de l’agence viennoise qu’elle soit l’arbitre qui détermine si les Perses remplissent ou non leurs engagements contractuels, et, partant, qui déclenche indirectement la levée de sanctions, l’AIEA  réclame les moyens de remplir sa fonction. 

 

En particulier, l’agence exige de pouvoir contrôler des sites de recherche concernant le nucléaire, même s’il ne s’y déroule pas d’activités nucléaires au sens strict. Outre les laboratoires, on pense par exemple aux sites d’expérimentation militaire des dispositifs de la bombe, comme à Perchin, où des activités liées aux détonateurs des bombes se sont déroulées par le passé mais où elles ont désormais cessé. Or cette disposition n’est pas stipulée dans le Protocole additionnel, et les commissaires craignent d’être contraints de devoir entrer dans de laborieuses négociations avec les Iraniens chaque fois qu’ils envisagent une inspection, comme c’est le cas actuellement.

 

Pour éviter ces inconvénients, Yukiya Amano demande que ses collaborateurs aient le droit d’accéder à tous les sites qui les intéressent, même ceux à caractère militaire, et que ce droit soit très clairement libellé dans un éventuel traité.

 

On touche ici au second point de discorde entre les négociateurs, celui qui a directement trait à la "Possible Dimension Militaire" du programme nucléaire de la théocratie perse, abrégée en PDM.

 

En 2011, l’AIEA avait demandé à Téhéran des explications documentées sur onze points relatifs à des PDM. A ce jour, l’agence n’a reçu que deux réponses. Cette situation explique l’opiniâtreté de Vienne à vouloir visiter des sites comme celui de Perchin, et à recevoir l’ensemble des documents qu’elle réclame.

 

On se demande à Métula comment les négociateurs pourraient s’entendre sur ce qui ressemble à s’y méprendre à un cul de sac. En effet, pour les Iraniens, donner suite aux attentes des inspecteurs équivaudrait à reconnaître que l’objectif de leur programme nucléaire consiste effectivement à fabriquer une bombe atomique, conscients qu’ils sont que les limiers de l’AIEA n’auront aucun mal à découvrir les traces de ce qu’ils désirent cacher.

 

Le monde entier saurait alors qu’ils ont menti en s’obstinant à prétendre que leur programme ne vise que des applications civiles, et M. Netanyahu apparaitrait comme celui qui n’a cessé de dire la vérité, et qui a parfaitement raison lorsqu’il expose devant le Congrès les intentions réelles de la junte de Téhéran.

 

Ceci posé, les 5+1 et l’ensemble de la communauté internationale sont déjà au courant du mensonge et des dissimulations des Iraniens ; mais les négociateurs de l’Allemagne et des membres permanents du Conseil de Sécurité ne peuvent pas renoncer à leur exigence de clarification des activités militaires nucléaires de leurs interlocuteurs. Ce, pour deux raisons : premièrement, parce que le Congrès U.S. a déjà fait savoir que, faute d’obtenir toutes les informations concernant ces activités, il n’entérinerait pas l’accord, et, deuxièmement, parce que les Etats concernés ont impérativement besoin de pouvoir évaluer distinctement le degré d’avancement des Perses en direction de la bombe ; ces informations dicteront les actions qu’ils doivent entreprendre en marge du traité pour se confronter à cette menace.

 

Troisième et dernier point d’obstruction à la conclusion d’un accord : la levée des sanctions. Pour la "République" Islamique, toutes les sanctions qui la frappent doivent immédiatement disparaître au lendemain de la signature d’un éventuel accord. Le Guide suprême Khamenei et d’autres responsables de la dictature persane ont exprimé ce point de vue de façon péremptoire à des dizaines de reprises.  

 

Pour le Congrès américain, c’est absolument exclu. Même si l’on s’entend à Vienne, les premières sanctions ne pourraient pas être levées avant la fin de l’année, après que l’AIEA aura démontré que Téhéran a rempli tous les engagements auxquels il aurait souscrit. Le reste suivrait graduellement, au fur et à mesure des feux verts de Vienne, concernant notamment, outre le résultat des inspections, la mise en chantier des modifications à apporter à la centrale à eau lourde d’Arak, pour l’empêcher de produire du plutonium utilisable pour la confection d’une bombe, et la mise en place des dispositions agréées dans les centres d’enrichissement d’uranium de Natanz et Fodow, pour limiter leur production, en quantité et en degré de pureté du minerai.

 

On touche ici au cœur de la négociation, à sa raison d’être pour les ayatollahs. Avec, à la clé, des sommes considérables dépassant les cent milliards de dollars en cash pour les Iraniens, en plus de la possibilité de réintégrer le système économique mondial. Ce qui permettrait à l’Iran, entre autres choses, de tripler sa production de brut, pour la porter au quatrième rang mondial, avec 4,5 millions de barils/jour, derrière les Etats-Unis, l’Arabie Saoudite et la Russie qui vire en tête.

 

Nul doute qu’avec de telles ressources, la "République" Islamique deviendrait rapidement un pays riche. Or la levée graduelle des sanctions permettrait, au moins, de s’assurer que ces nouveaux revenus ne seraient pas immédiatement utilisés pour s’emparer du sud de l’Irak, imposer la suprématie chiite-alaouite en Syrie, booster la rébellion au Yémen, et se saisir du pouvoir (c’est presque déjà fait), par Hezbollah interposé, au Liban.

 

Pour Israël et les grands pays arabes (sunnites) du Moyen-Orient, même si l’annulation des sanctions se faisait progressivement, ces terribles conséquences stratégiques seraient inévitables, tout comme l’affrontement qui ne manquerait pas de s’ensuivre. C’est pour cela qu’ils considèrent que, quoique le traité contienne, ce serait un mauvais traité ; que l’objectif stratégique logique qui devrait être poursuivi est celui de la confrontation avec ce régime et non celui de la conciliation.

 

Reste, a minima, à s’assurer qu’un accord retarderait conséquemment l’accession de Téhéran à l’arme nucléaire. Pour cela, il importe que les négociateurs des 5+1 ne cèdent rien de plus lors des dernières péripéties des discussions, que le Congrès ne se laisse pas aveugler par l’enthousiasme de John Kerry et de Barack Obama, et qu’il demeure ferme sur ses exigences.

 

En fait, Khamenei s’est montré catégorique sur son refus de céder sur les trois sujets qui restent sans solution. Mais déjà, la nuit dernière, des rumeurs ont fait état d’une proposition ramenée par Mohammad Zarif de son bref passage à Téhéran pour résoudre la question des visites des inspecteurs sur les sites sensibles. A Vienne, on était précisément en train de la discuter pendant que j’écrivais mon analyse.

 

On doit également se demander ce qui se passerait si, en dépit de l’obsession de l’Administration Obama de parvenir à un accord, et de celle des ayatollahs de toucher le jackpot, on découvrait, ces tout prochains jours, qu’il n’y aura pas de traité avec la théocratie persane.

 

Israël et ses nouveaux alliés régionaux sabreraient le Champagne sans alcool. Mais au-delà, la guerre ou la paix dépendraient de l’attitude de Téhéran : si, même sans s’être engagé à quoi que ce soit, il continuait à se comporter comme le prescrit l’accord officieux et temporaire du 1er janvier 2014, en limitant son enrichissement d’uranium au-dessous de 5%, en évitant de rendre Arak opérationnel, et en conservant une relative transparence sur ses activités, la situation qui prévaut actuellement pourrait perdurer encore… un certain temps.

 

Si, au contraire, les ayatollahs relançaient leur programme nucléaire à pleine vapeur, ou même, s’ils augmentaient l’enrichissement du minerai à 20 pour cent, le rythme de son enrichissement, ou la taille de leurs stocks ; s’ils terminaient le réacteur d’Arak dans sa conception originelle, qui lui permet de produire du plutonium, on se dirigerait rapidement vers un conflit armé, car l’Iran ne se trouve qu’à six ou huit mois de la capacité de fabriquer une première bombe.


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Michael Oren : la vérité sur l’administration Obama (info # 012806/15) Version imprimable
Analyse
dimanche, 28 juin 2015

 

Par Guy Millière

 

Michael Oren a été ambassadeur d’Israël aux Etats-Unis de juillet 2009 à septembre 2013. Il a, pendant cette période, représenté son pays avec dignité et efficacité. Il n’a pas pu infléchir les orientations de l’administration Obama, car nul n’aurait pu y parvenir. Il n’en a pas moins occupé une position cruciale : celle de témoin.

 

N’étant plus diplomate, il a retrouvé la liberté de parler, et aussi, dès lors, celle d’écrire. Et il ne s’en prive pas. Il vient de publier un livre remarquable, qui, je pense, ne sera pas traduit en français : Ally: My Journey Across the American-Israeli Divide (Allié : Mon voyage au travers de la division entre l’Amérique et Israël), ainsi que plusieurs articles qui viennent compléter le livre.

 

Ce qu’écrit Michael Oren, c’est le moins qu’on puisse dire, ne plait pas à la Maison Blanche ; une demande officielle a même été adressée à Binyamin Netanyahou, par l’intermédiaire de l’ambassadeur des Etats-Unis en Israël, lui demandant un désaveu et des excuses. Binyamin Netanyahou n’a, bien sûr, pas obtempéré. 

 

Des dirigeants de la communauté juive américaine sont allés dans le même sens que la Maison Blanche (Abraham Foxman n’hésitant pas à accuser Oren de recourir au conspirationnisme), et n’ont pas davantage infléchi les positions de Binyamin Netanyahou. Ce dernier, expliquant que ce qui lui est demandé n’entre pas dans ses attributions de 1er ministre.

 

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Michael Oren lors de la présentation de ses lettres de créance à Barack Obama

 

Divers commentateurs, plutôt à gauche, dans la presse américaine comme israélienne, ont donné tort à Michael Oren et plus encore à Binyamin Netanyahou, les accusant l’un et l’autre de nuire aux relations entre Jérusalem et Washington.

 

Peut-on le dire ? Ces commentateurs se trompent très lourdement : ni Michael Oren ni Binyamin Netanyahou ne nuisent aux relations entre Israël et les Etats Unis. Michael Oren dit la vérité (nul, d’ailleurs, n’a réfuté au fond les éléments à charge qu’il énonce) et, en disant la vérité, il rend service aux deux pays, dissipant ainsi les illusions dont certains pourraient encore se bercer. Binyamin Netanyahou se situe du côté de la vérité et sait qu’en se situant du côté de la vérité, il  rend lui-même service à Israël et aux Etats-Unis.

 

Les dirigeants de la communauté juive américaine qui sont allés dans le sens de la Maison Blanche (tout particulièrement Abraham Foxman) ont montré qu’ils étaient idéologiquement inféodés à Barack Obama et faisaient peu de cas de la vérité.

 

La Maison Blanche s’est conduite comme elle se conduit depuis l’arrivée aux affaires de l’actuel président : comme une organisation maffieuse désirant imposer l’omerta, et mener ses manœuvres en secret.

 

De fait, les propos de Michael Oren ne font que mettre noir sur blanc et confirmer ce que ceux qui veulent savoir savent. Barack Obama est un ennemi résolu d’Israël, il entend tout faire pour passer un accord avec l’Iran et pour favoriser le régime des mollahs ; il est porteur d’un penchant net en faveur de l’islam, y compris des versions islamistes de celui-ci.

 

Les mots de Michael Oren confirment ce que je n’ai cessé d’écrire sur Barack Obama depuis la première élection de celui-ci. Michael Oren ajoute seulement à ce que j’ai pu écrire (et à ce que d’autres ont écrit comme moi) une liste de faits précis, directs et sans ambiguïté, qui rendent la confirmation accablante. Parce qu’il a été diplomate, et parce qu’il est très poli, parce qu’aussi, il est de tempérament feutré et d’orientation politique modérée, il préfère souvent la litote à l’affrontement direct.

 

Parce que la Maison Blanche se conduit comme elle se conduit depuis l’arrivée de Barack Obama au pouvoir, et parce qu’elle est au service de ce dernier, on y aurait préféré que certaines choses ne soient pas dites. C’est raté. On y a voulu recourir à l’intimidation, au-delà de Michael Oren, du gouvernement d’Israël et de Binyamin Netanyahou : c’est raté aussi. On y a voulu, une fois de plus, mettre Israël dans son tort : on l’a fait, mais la crédibilité de la Maison Blanche est désormais si proche du zéro absolu, que cela n’aura un impact que chez les ennemis d’Israël et chez ceux qui se conduisent en courtisans d’Obama.


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Il n’y a plus d’islamistes à Kobané (info # 012706/15) Version imprimable
Analyse
samedi, 27 juin 2015

 

Par Hevi Pekoz © Metula News Agency

 

Avec notre correspondant permanent dans le nord de la Syrie, Perwer Mouhammad Ali

 

Un peu après 10 heures, ce samedi matin, la ville de Kobané a été secouée par une très forte déflagration, d’ailleurs visible depuis la frontière turque. Il s’agissait d’une série de charges explosives, que les Unités de Protection du Peuple (l’YPG, la milice du Kurdistan syrien), venaient de faire sauter dans l’école secondaire des garçons, à l’entrée de la ville.

 

C’est dans cet établissement scolaire que les derniers combattants de l’EI encore vivants dans la cité, après leur agression de jeudi, s’étaient retranchés. Quinze islamistes sont morts dans l’assaut final lancé par les YPG et quelques membres de la police kurde Asayish. L’école a été partiellement détruite lors des combats et de l’explosion finale.

 

Cette dernière péripétie de la bataille contre les infiltrés a porté à 54 le nombre des miliciens d’ISIS morts durant cette opération.

 

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Les Peshmerga kurdes à l’œuvre contre les kamikazes de DAESH

 

Les YPG, pour leur part, ont perdu 16 combattants ; 148 civils ont également été tués lors des affrontements, y compris des dizaines de femmes et d’enfants. Ces civils ont été abattus dans les rues alors que les islamistes infiltrés tiraient sur tout ce qui bougeait, ainsi que dans les appartements dans lesquels les assaillants avaient trouvé refuge.

 

Parmi ces 148 victimes, on dénombre 23 personnes – hommes, femmes et enfants – assassinées à la mitrailleuse par ISIS, aux premières heures de jeudi matin dans le village de Barekh Boutane.

 

Comme nous l’écrivions dans notre breaking d’hier, l’opération menée par DAESH à Kobané ne visait pas à reprendre la ville mais à y générer le plus grand nombre possible de victimes ; il y a donc lieu de parler d’une "opération suicide", à laquelle ont participé 35 kamikazes islamistes, vêtus des uniformes des YPG, débarqués à bord de cinq véhicules dans le centre de Kobané après l’explosion d’au moins deux voitures piégées à proximité de la frontière turque.

 

D’autres miliciens sunnites s’étaient infiltrés à pied, en empruntant trois des accès à la ville.

 

On estime le nombre des membres de l’EI à avoir participé à l’opération entre 60 et 70. Trois ou quatre d’entre eux avaient réussi hier (vendredi) à s’exfiltrer en Turquie par la frontière de Mursitpinar, à une centaine de mètres de l’entrée nord de Kobané.

 

Durant la confrontation, les assaillants étaient parvenus à occuper cinq bâtiments élevés de la cité, depuis lesquels ils arrosaient les rues au fusil-mitrailleur et échangeaient des coups de feu avec les forces kurdes. Ces dernières ont méthodiquement encerclé les kamikazes islamistes, réduisant leurs positions les unes après les autres.

 

Le travail des YPG  était rendu délicat par le fait que les agresseurs avaient saisi des otages civils, dont ils se servaient comme de boucliers humains.

 

Dans la plupart des cas, les miliciens islamistes ont relâché les otages avant de succomber les armes à la main, voire de se rendre aux YPG.

 

Dans un cas au moins, un kamikaze a tué deux de ses camarades, avant d’être neutralisé à son tour. Au moins trois des membres de DAESH ont été fait prisonniers par les combattants kurdes.

 

Les objectifs poursuivis par l’EI dans cette opération étaient multiples : d’abord, l’Etat Islamique entendait se venger de la perte de Kobané en janvier dernier, ainsi que des nombreux revers militaires que les YPG leur ont infligés ces dernières semaines ; il s’agit notamment de la prise de la ville frontière stratégique avec la Turquie de Tell Abyad et de celle d’Ain Issa et de la base Liwa 93, qui lui est attenante. Les Peshmergas se trouvent désormais à une cinquantaine de kilomètres de la capitale officieuse de l’EI en Syrie, Raqqa.

 

ISIS entendait en outre démontrer, d’une part, qu’il ne s’avoue jamais vaincu et que s’il perd des batailles, il n’a pas perdu la guerre, et de l’autre, que ses miliciens sont prêts à mourir en nombre pour sa cause.

 

De plus, du point de vue tactique, l’EI a obligé l’état-major des YPG à rappeler des dizaines de combattants du front de Raqqa et de la ville d’al Hassaké pour participer au nettoyage de Kobané.

 

A ce propos, les Kurdes effectuent actuellement des opérations de ratissage dans cette ville, pour s’assurer qu’aucun milicien islamiste ne se cache encore dans ses maisons. Si l’état-major kurde pourra renvoyer un grand nombre de Peshmergas sur le front, situé à 200 km environ de Kobané, il devra désormais garder plus d’hommes dans les villes et les villages déjà reconquis, pour éviter de nouvelles attaques surprises, comme celle qui a affecté Kobané en cette fin de semaine.

 

Finalement, en attaquant Kobané et al Hassaké simultanément, et en provoquant, 24 heures plus tard, des attentats meurtriers à Sousse, Koweït-city et Saint-Quentin-Fallavier, très loin de ses bases arrières, l’EI a démontré à ses sympathisants islamistes, ainsi qu’à ses cellules dormantes dans les pays de l’Ouest européen, qu’il avait conservé une grande capacité de nuisance.

 

Qui plus est, DAESH a prouvé qu’il disposait desdites cellules dormantes au cœur de l’Europe et du Maghreb, causant un choc émotionnel dans ces territoires, portant atteinte à leur économie, et obligeant les gouvernements concernés à investir d’énormes moyens sécuritaires dans le but de réduire la probabilité d’attentats du même type à l’avenir.

 

En Tunisie, particulièrement, où le bilan des morts de l’attaque de l’hôtel Imperial à Sousse s’élève maintenant à 39 morts et 40 blessés, ISIS a porté un coup majeur à l’économie du pays.

 

Celle-ci, reposant principalement sur l’industrie touristique pour ses apports de devises étrangères, est frappé de plein fouet.

 

Certains de nos correspondants en Tunisie parlent même d’un "coup mortel et irréparable pour l’économie de leur pays".

 

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Le tireur principal de Sousse, quelques instants avant d’être abattu à son tour

 

Les images rapportées par les chaînes d’information ont montré que la quasi-totalité des vacanciers étrangers ont précipitamment quitté les hôtels dans lesquels ils logeaient, et attendent dans les aéroports les premiers vols en partance pour regagner leur pays d’origine.

 

Les forces de sécurité tunisienne, l’Armée et la police, ne sont pas assez puissantes pour garantir l’intégrité des touristes ; le président Beji Essebsi a d’ailleurs fait appel à la communauté internationale pour l’aider dans sa tâche de sécurisation des lieux touristiques.

 

Si Essebsi fait face à un énorme problème pour redonner confiance aux visiteurs étrangers, c’est parce que les terroristes islamistes foisonnent en Libye toute proche, dans laquelle règne l’anarchie, et aussi qu’ISIS et Al Qaeda peuvent compter sur des milliers de musulmans radicaux en Tunisie, prêts à fomenter de nouvelles attaques.

 

C’est le même souci qui inquiète les gouvernements d’Europe occidentale, en particulier la France, l’Espagne, la Grande-Bretagne et la Belgique, qui comptent aussi des milliers de musulmans radicaux parmi leur population issue de l’immigration. 

 

Phénomène aggravant : ces pays ont tout à craindre du retour de leurs ressortissants engagés en Irak et en Syrie, qui sont imprégnés de la culture meurtrière de l’Etat Islamique, et qui ont appris le maniement des armes et des explosifs, de même que le sens du sacrifice sacré.

 

Cette situation relève d’un casse-tête quasi insoluble pour les gouvernements en question ; la multiplication des mesures de sécurité n’a, en effet, qu’une influence négligeable quant à sa capacité d’empêcher des attentats terroristes. Objectivement, il ne sera pas possible d’enrayer complétement cette menace, et l’on peut s’attendre à d’autres drames ces prochaines semaines.

 

La solution la plus efficace consiste à renforcer les services de renseignement de manière très conséquente et à augmenter considérablement la coopération entre les différents Etats faisant face à la menace terroriste.

 

Cette entre-aide, pour être la plus efficace possible, doit impérativement inclure une synchronisation au plus haut niveau avec les services israéliens, même si cela pose des problèmes politiques aux capitales européennes.

 

Plusieurs spécialistes du renseignement vont jusqu’à affirmer qu’une collaboration avec le régime dictatorial et assassin de Bachar el Assad est inévitable pour recueillir les informations suffisantes, si l’on entend atténuer notablement la menace du terrorisme islamiste prenant sa source au Proche et au Moyen-Orient.


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Le vendredi noir de l’Etat Islamique (info # 012606/15) Version imprimable
Breaking News !
vendredi, 26 juin 2015

 

© Metula News Agency

 

Métula 18h30, Paris 17h30

 

Une journée après avoir lancé deux attaques meurtrières en Syrie, à Kobané et à al Hassaké, provoquant la mort de centaines de personnes, l’Etat Islamique a démontré, ce vendredi, en plein Ramadan, qu’il est également capable de frapper des objectifs à l’extérieur de sa zone de prédilection moyen-orientale.

 

DAESH est ainsi à l’origine de trois attentats terroristes, qu’il a perpétrés en Tunisie, au Koweït et en France.

 

Dans la ville de Sousse, un ou plusieurs terroristes islamistes ont ouvert le feu sur la plage de l’hôtel Imperial Marhaba, causant la mort d’au moins 28 personnes et blessant 34 autres vacanciers.

 

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Après le carnage, la plage de Sousse

 

Bien que cette attaque n’ait pas été officiellement revendiquée, elle porte le sceau de DAESH, car elle s’est déroulée selon le même mode opératoire que les agressions précédentes d’ISIS en Tunisie, notamment en mars dernier au Musée de Tunis.

 

Autre symbole, l’hôtel Imperial appartient à la députée Zohra Driss, membre du parti Nidaa Tounes (l’Appel de la Tunisie), du Président Beji Essebsi.

 

Madame Driss, fille de l’homme d’affaires M’hmed Driss, est également la propriétaire de deux autres palaces dans son pays. Avec l’Imperial Marhaba, ces trois établissements constituent le fleuron de l’industrie touristique tunisienne.

 

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Zohra Driss, la patronne de l’hôtel Impérial

 

Comme la plupart des hôtels tunisiens, l’Imperial était protégé par un service de sécurité, qui est parvenu à abattre le tireur principal. Il est clair qu’en choisissant cet objectif, l’Etat Islamique, qui compte de nombreux partisans au Maghreb, a tenté de porter atteinte à l’activité-phare de l’économie tunisienne, le tourisme, qui rapporte au pays le plus clair de ses devises étrangères.

 

Dans le pays, les actes terroristes se multiplient ces dernières semaines, sous l’influence notamment de la dégradation de la situation en Libye toute proche, et de la montée en puissance de l’islamisme armé.

 

L’augmentation de la violence en Tunisie correspond à la destitution par voie démocratique du parti Ennahda (Renaissance), et de son président Rachid al Ghannoushi, qui prônait un islamisme "politique", et qui fait maintenant partie de l’opposition parlementaire.

 

Au Koweït, c’est un kamikaze, Abou Souleiman al Mouwahed, qui s’est fait sauter dans la mosquée chiite Imam Sadek, dans le quartier de Saouaber de la capitale.

 

La bombe a éclaté au moment où plus de 2 000 fidèles chiites s’étaient rassemblés pour la prière du vendredi. Au moins vingt-cinq personnes ont été tuées, et on compte environ 200 blessés selon le bilan préliminaire des autorités.

 

L’Etat Islamique a revendiqué cette agression dans un communiqué, précisant que le terroriste avait frappé "un temple des rawafidh" (ceux qui rejettent), le mot utilisé par DAESH afin de désigner les chiites.

 

Les islamistes ont également visé la filiale de l’entreprise américaine Air Products à Saint-Quentin-Fallavier en l’Isère : deux individus, arborant des drapeaux de l’Etat Islamique, se sont introduits au volant d’une camionnette dans la cour de l’usine, où ils ont percuté intentionnellement et à grande vitesse des bombonnes de gaz, provoquant une explosion.

 

C’est un pompier, présent sur les lieux, qui est parvenu à maitriser l’un des terroristes, et qui a d’ailleurs été blessé lors de son intervention.

 

Le suspect a été identifié : il s’agit de Yassin Salhi, 35 ans, de Saint-Priest, dans la banlieue lyonnaise, père de trois enfants, sans casier judiciaire, mais répertorié comme islamiste radical par les services de sécurité tricolores.

 

Un second individu a été placé en garde à vue, pendant que la police procède à des perquisitions, ainsi qu’à l’interrogatoire de la compagne de Salhi et des personnes de son entourage.

 

Avant de s’en prendre aux bouteilles de gaz, les terroristes ont décapité le gérant d’une société de transport voisine, qui se trouvait à l’entrée de l’établissement. Il a fallu de longues minutes aux enquêteurs pour retrouver la tête du malheureux, que les islamistes avaient accrochée à un grillage, le long de la départementale 3111, non sans l’avoir préalablement recouverte d’inscriptions en arabe et entourée de fanions de l’EI.

 

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Les enquêteurs à Saint-Quentin-Fallavier

 

Pendant que le Président Hollande convoquait un conseil restreint à l’Elysée, qui se déroule alors que nous diffusons notre breaking, nous avons demandé à notre camarade, Patricia La Mosca, de se livrer à chaud à une mini-enquête dans une banlieue lyonnaise à forte concentration de personnes issues de l’immigration.

 

Sur une cinquantaine de personnes brièvement interrogées, plus de la moitié a refusé de répondre à notre consœur qui leur demandait de partager leur sentiment à la suite de cette agression. Quinze personnes se sont déclarées choquées, affirmant que ce genre d’actions ne reflétait pas l’esprit de l’islam, alors qu’une dizaine d’autres ont fait le louange des terroristes, les appelant chahids, martyrs, ou encore saints hommes ; la plupart de ces gens a toutefois refusé de justifier leur appréciation.

 

L’attaque de Saint-Quentin-Fallavier fait craindre une nouvelle vague d’attentats islamistes dans l’Hexagone ; outre la présence d’un réservoir inquiétant de musulmans radicaux sur le sol français, elle démontre la vulnérabilité des usines, même celles considérées à risque, à l’instar d’Air Products, qui appartient à la catégorie Seveso, du nom d’une usine chimique lombarde de laquelle un nuage toxique contenant de la dioxine s’était échappé en juillet 1976.

 

L’exécutif français a d’ores et déjà déclenché un plan d’alerte dans la région Rhône-Alpes et a renforcé la protection des lieux sensibles sur l’ensemble du territoire, y compris les bâtiments au service de la communauté israélite.

 

Nul doute que la France devra déployer des moyens de protection très conséquents si elle entend restreindre le risque de voir se multiplier les attentats de ce genre.

 

A la Ména, nous observons que l’agression en Isère se produit cinq jours après que le ministre tricolore des Affaires Etrangères, Laurent Fabius, avait déclaré à Jérusalem, à propos des relations israélo-arabes, que "la situation peut se dégrader à chaque instant". Nous avions précisé dans notre analyse que la situation prévalant en France était au moins aussi explosive que celle que nous connaissons en Israël, et que le différend entre Israéliens et Palestiniens ne constituait pas le problème principal de la planète.

 

D’autre part, tous les media français utilisent sans compter les mots "terroristes" et "terroristes islamistes" afin de qualifier les individus ayant commis les assassinats de ce vendredi, en Tunisie, au Koweït et en France ; nous prenons bonne note de ce que ces confrères s’abstiennent soigneusement d’employer ces termes lorsque des actes en tous points semblables tuent des Israéliens.

 

L’utilisation de ce double standard, jamais explicité, doit donner matière à réflexion aux observateurs, en ce jour noir pour la communauté internationale.

 

Sur le plan stratégique, nous remarquons que les dernières opérations lancées par l’Etat Islamique ont en commun leur nature suicidaire. Tant à Kobané, où ISIS a tué environ 150 Kurdes, qu’à Sousse, qu’à Saint-Quentin-Fallavier et à Koweït city, les exécutants n’avaient pratiquement aucune chance de s’en sortir vivants.

 

A Kobané, les agresseurs étaient au nombre de 35 à 100, ce qui est évidemment insuffisant pour espérer prendre le contrôle d’une ville de 60 000 habitants ; un fait qui n’a pas retenu l’attention des autres media.

 

En outre, lors des cinq attaques de ces dernières 48 heures, l’objectif de DAESH a partout consisté à générer, indistinctement, le plus grand nombre de victimes.

 

Il y aura lieu d’analyser plus en détail cette nouvelle stratégie de la terreur, qui n’octroie aucun avantage tactique à l’Etat Islamique. L’une des raisons de ce choix participe probablement de ce que l’EI, sur le terrain, en Irak et en Syrie, enregistre d’importants revers militaires face à ses ennemis. En Syrie particulièrement, les forces kurdes de l’YPG ne se trouvent plus qu’à une cinquantaine de kilomètres de la capitale officieuse de DAESH, Raqqa.

 

Faute de pouvoir progresser dans les zones où il combat, le Califat Islamique entend semer l’instabilité et le dérèglement économique parmi ses adversaires "incroyants" à distance, et démontrer également à ses membres et à ses sympathisants islamistes qu’il est toujours capable d’asséner des coups douloureux, loin de ses bases d’ancrage, malgré sa situation fragilisée.

 

 

 
Fabius : le bluff de trop (info # 022306/15) Version imprimable
Analyse
mardi, 23 juin 2015

 

Par Stéphane Juffa

 

Les temps stratégiques ne sont pas aux concessions territoriales de la part d’Israël, ni à l’ouverture du grand marchandage inévitable avec les Palestiniens ; alors que DAESH prépare une invasion du Liban et qu’al Nosra se trouve déjà aux frontières de l’Etat hébreu dans le Golan, tandis que l’on ignore si la proposition d’accord entre l’Iran et les 5+1 sera ou non présentée à la fin du mois comme annoncé, on n’imagine pas l’exécutif israélien disposé à négocier un retour aux lignes d’armistice d’avant mai 1967 ; celles qui coupent l’autoroute Tel-Aviv – Jérusalem et placent la Méditerranée à 14 kilomètres des frontières d’un éventuel Etat palestinien, rendant ainsi Israël militairement indéfendable.

 

Tout le monde, au Proche-Orient, comprend que les priorités régionales sont actuellement le nucléaire iranien et l’issue de la Guerre Civile Syrienne. C’est pourquoi les membres du Comité arabe de suivi du processus de paix, qui ont reçu Laurent Fabius samedi dernier au Caire, et Mahmoud Abbas, ainsi que Binyamin Netanyahu, qui en ont fait de même, dimanche, à Ramallah et Jérusalem, n’ont pas exactement saisi les motivations du ministre français des Affaires Etrangères.

 

Pourquoi prendre l’initiative de présenter maintenant un plan de paix destiné à résoudre le différend israélo-palestinien, alors qu’il ne recèle aucune idée originale et n’a strictement aucune chance de retenir l’attention de l’une au moins des deux entités en conflit ?

 

Au Caire et à Ramallah, on a écouté Fabius avec politesse, car ce qu’il promène dans sa mallette ne peut que faire pression sur Jérusalem ; à Jérusalem, on l’a, évidemment, écouté d’une oreille agacée.

 

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Fabius, pourquoi fait-il cela ?

 

Un plan en trois points, que nous qualifierons de simpliste, pour ne pas être méchants. M. Fabius l’a expliqué lors d’une conférence de presse à Jérusalem ; le 1er point consiste à reprendre les négociations entre Netanyahu et Abbas, ce que les Américains ont tenté vainement d’obtenir, avec des arguments un peu plus lourds que la seule bonne volonté dont le Quai d’Orsay dispose.

 

Phase 2 : convocation d’une conférence internationale réunissant les 5+1, d’autres pays européens et plusieurs Etats arabes, avec l’ "espoir" que cette conférence "assiste les parties lors de leurs négociations directes". Non seulement cela ne veut rien dire, non seulement, dans l’histoire, ce genre de réunions n’a jamais fait avancer les intérêts de la paix d’un seul centimètre, chacun s’y contentant, devant les caméras, de réitérer ses positions, dans leur mouture la plus jusqu’au-boutiste, dans le souci de bien rassurer la population que l’on représente ; mais Israël peut, de plus, difficilement rêver d’un forum qui lui serait plus hostile pour faire valoir ses positions. Cela fait penser à une invitation adressée à un crocodile de se rendre volontairement dans un atelier de maroquinerie.

 

La troisième étape est la plus controversée du projet français : elle prévoit de faire passer une résolution au Conseil de Sécurité, limitant à dix-huit mois la période impartie aux Israéliens et aux Palestiniens pour parvenir à s’entendre définitivement, et surtout, édictant à leur intention les principes sur lesquels devra s’échafauder leur accord.

 

Ces principes – inutile de faire durer les suspens inutiles – s’adresseront presque exclusivement à Israël. Ils prévoiront le retour aux lignes d’armistice de 68 pour y constituer la frontière occidentale de l’Etat palestinien, le retrait de la partie orientale de Jérusalem, et l’acceptation d’un corridor direct entre la Cisjordanie et Gaza. Car, en plus du reste, on demanderait aux Israéliens de reconnaître la bande de Gaza comme faisant partie de la Palestine, quand bien même elle resterait gouvernée par le Hamas, qui prône l’éradication d’Israël et le génocide de ses habitants.

 

Et si Israël refusait de se suicider, à la fin des dix-huit mois de grâce, on pressentirait des sanctions. La moindre d’entre elles, serait la reconnaissance par Paris de l’Etat de Palestine, mais cela pourrait aller, si les Etats-Unis n’opposent pas leur veto à cette funeste mascarade, jusqu’à l’adoption par le Conseil de sanctions économiques et militaires à l’encontre des Israéliens.

 

C’est d’ailleurs sur cette question du veto que se focalise l’unique intérêt de tout le mal que se donne Laurent Fabius pour ridiculiser l’image de la France dans notre partie du monde. Car si l’Administration Obama décidait de ne pas bloquer la route de ce plan, en septembre prochain à l’ONU à Manhattan, l’initiative sans intérêt et outrageusement déséquilibrée qu’il propose, se transformerait en problème existentiel pour Israël.

 

C’est d’ailleurs ainsi qu’il y a lieu de percevoir cette initiative : Paris permet à Washington de régler ses comptes avec Israël avant le départ à la retraite de Barack Obama. Ce soupçon est renforcé par le refus de Samantha Power, l’ambassadrice U.S. à l’ONU, la semaine dernière, lors d’une session du Congrès, de s’engager à faire usage du veto de l’Amérique pour contrer la résolution française.

 

Il est vrai que dans dix-huit mois, lorsqu’il faudra discuter des sanctions à infliger à Israël, M. Obama ne sera plus le pensionnaire de la Maison Blanche, et il existe de très grandes chances pour que son successeur jette la proposition Fabius et tout ce qu’elle implique, dans les poubelles de l’histoire auxquelles elle est destinée.

 

Ce qui précède explique la position du 1er ministre israélien, qui, peu avant de rencontrer Fabius, déclarait en conseil des ministres, que sa proposition ne prenait pas en compte les besoins sécuritaires élémentaires d’Israël, et qu’elle cherchait à "nous parquer dans des frontières qui ne sont pas défendables". Netanyahu, de surenchérir, affirmant que "l’effet de propositions de ce genre se limitait à éloigner les perspectives de paix, car, évidemment, Israël leur résistera, et les Palestiniens n’accepteront jamais de négocier".

 

Il y a lieu de clarifier la fin du commentaire de M. Netanyahu : si les Palestiniens ne négocieront jamais, c’est parce que la proposition française leur promet d’obtenir tout ce à quoi ils aspirent, sans négocier, sans ne rien avoir à concéder, et en voyant Israël se faire sanctionner si elle refuse.

 

J’ajouterai que même si la résolution de Paris est rejetée par le Conseil de Sécurité, ou neutralisée par le prochain président des Etats-Unis, elle aura tout de même eu cet effet préjudiciable, puisqu’elle poussera les Palestiniens à attendre une autre conjoncture politique internationale favorable, pour remettre sur le tapis ce qui "leur aura été promis par le Conseil de Sécurité", et qui fera pour eux, après avoir été présentée à New York par Fabius, office de base de négociation a minima pendant les années à venir.

 

En fait, et malgré les timides dénégations du ministre français des Affaires Etrangères, dès qu’il aura rédigé et soumis son plan au Conseil, aucun exécutif palestinien n’acceptera jamais plus de négociations directes avec Israël.

 

A terme, en considération des relations de force très inégales existant entre l’Etat d’Israël et l’Autonomie palestinienne, la démarche des Français, en rigidifiant durablement les positions de Ramallah, rendant ainsi tout compromis impossible, pourrait aboutir au démantèlement de l’AP et à l’enterrement de la perspective de création d’un Etat palestinien.

 

Ce scénario est d’autant plus plausible que Mahmoud Abbas a fait savoir aux Français qu’il n’interrompra pas – même si leur résolution était acceptée en septembre - les procédures anti-israéliennes qu’il a engagées auprès d’organisations internationales, en particulier à la Cour Pénale Internationale de La Haye. Or chaque corde possède son point de rupture, cela participe du domaine public.

 

J’assure le lecteur que l’hypothèse que je décris ci-dessus est éminemment plus réaliste que celle brandie par Laurent Fabius, quand il répète, au Caire, à Ramallah et à Jérusalem, qu’ "il existe un risque réel d’explosion entre les parties", et que, "si nous ne faisons rien, la situation peut se dégrader à chaque instant". En considération de ce qui se déroule tout autour du binôme Israël-Palestine, des 300 000 morts en Syrie, des combats qui s’étendent au Liban, du démantèlement de facto de l’Irak et de la Syrie, de la guerre au Yémen, de l’implosion de la Libye, des affrontements incessants entre le régime égyptien et les terroristes islamistes dans le Sinaï, le différend israélo-palestinien prend soudain des allures de partie d’échec au Club Med au bord de la piscine.

 

Mais Fabius et le ministère qu’il dirige sont des adeptes de la théorie également chère à John Kerry, selon laquelle le conflit israélo-palestinien constituerait la mère de toutes les guerres. Pour ces personnes, sans évidemment pouvoir l’expliquer, les affrontements que j’ai cités précédemment sont indirectement causés par la dispute israélo-arabe. Cette fixation leur est imposée par leur incapacité, située au niveau convictionnel, d’imaginer que le conflit millénaire entre chiites et sunnites se poursuit, et qu’il n’a, bien entendu, rien à voir avec Israël. Mais accepter que les musulmans continuent à s’étêter à cause de la succession de Mahomet au XIIème siècle, est au-dessus de leurs forces, et surtout, cela ne convient pas à leur perception du monde. Dans un cas pareil, les gens intelligents modifient leur perception, c’est moins dommageable que d’essayer de changer le monde.

 

A Jérusalem, Binyamin Netanyahu a fait remarquer à son hôte que, pendant qu’ils s’entretenaient, un terroriste palestinien avait poignardé un policier, et que, deux jours plus tôt, un autre avait assassiné un citoyen israélien, sans entraîner de condamnation de la part du ministère de Fabius.

 

Le 1er ministre a fustigé cette attitude consistant à préserver le terrorisme palestinien de toute condamnation. Peut-être Netanyahu ignore-t-il que l’agence de presse semi-officielle de l’Etat français, l’AFP, a officiellement banni l’usage du mot terroriste concernant les individus armés, palestiniens ou arabes, qui s’en prennent systématiquement à des civils juifs. Belle exonération !  

 

En attendant que M. Fabius rentre chez lui s’occuper de la vague d’antisémitisme, à laquelle ses oublis et omissions participent, sans précédent depuis Vichy ; nous, de lui signaler, qu’à cause de sa politique étrangère outrageusement déséquilibrée et de l’incitation incessante à la haine antisémite propagée par ses media, c’est en France que "la situation peut se dégrader à chaque instant".

 

Et de l’avertir, aussi, qu’en tentant de mettre Israël au pied du mur en voulant l’obliger à se suicider sur la base d’une résolution onusienne, il joue, en fait, le tout pour le tout. Souhaitant, en dix-huit mois, forcer Israël à se placer dans une situation d’insigne faiblesse militaire face à ses adversaires iraniens et islamistes en pleines offensives, il utilise l’ultime recours prévu par la communauté internationale : celui d’une résolution contraignante. Netanyahu a évoqué l’idée d’un diktat, et je ne peux que lui donner raison sur ce point ; mais un diktat est incontestablement une forme de violence extrême, de nature à provoquer plus de violence encore en réaction à cette agression.

 

Qu’on se le dise, si cette initiative française passait la rampe du Conseil de Sécurité mais se brisait ensuite sur la détermination d’Israël, la situation de relations "supportables", qui prévalent actuellement entre Israéliens et Palestiniens, mais aussi entre Français et Israélites, se verront altérées par la force des choses, et de façon définitive. C’est le prix à payer, lorsque l’on entend imposer un choix par la force à un Etat démocratique et énergique, ou à un peuple plurimillénaire, qui sait distinguer ses amis de ceux qui ont mis intentionnellement sa survie en danger.

  

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Lynchage de blessés syriens par des Druzes du Golan (info # 012306/15) Version imprimable
Breaking News !
lundi, 22 juin 2015

 

© Metula News Agency

 

Métula 00h45, Paris 23h45

 

Très grave incident, ce soir, vers 22 heures, dans la partie israélienne du Golan, à une vingtaine de kilomètres de la rédaction. Des blessés syriens, très probablement des civils sunnites, avaient été recueillis à proximité de la ville druze israélienne de Majdal Shams.

 

Escortée par une jeep de Tsahal, une ambulance militaire transportant les Syriens a traversé Majdal Shams en direction de la vallée du Jourdain, afin de se rendre à l’hôpital de Tzfat (Safed).

 

Pendant la traversée de la ville, 150 Druzes, pour la plupart des jeunes, ont repéré le petit convoi ; pensant qu’il s’agissait de combattants islamistes blessés, ils l’ont pris en chasse.

 

Les poursuivants ont réussi à intercepter les deux véhicules quelques kilomètres en aval, à la hauteur de la station de sports d’hiver de Névé Ativ. Là, ils s’en sont pris aux soldats d’escorte, en blessant deux, un modérément, et l’autre grièvement à la tête ; les militaires ont été enlevés par hélicoptère vers un hôpital.

 

Ce qui allait suivre était encore largement plus grave, les agresseurs procédant à un véritable lynchage des blessés, les assassinant dans des circonstances bestiales.

 

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Les corps mutilés des blessés syriens, quelques minutes après le lynchage

 

Les versions varient quant au nombre de Syriens tombés aux mains de la foule : certaines sources parlent de deux personnes, d’autres font état de quatre blessés, dont deux auraient été tués – ceci est un fait établi – alors que les deux autres pourraient se trouver entre les mains des assaillants druzes.

 

Les Israéliens ont dépêché d’importantes forces de police dans la région. On nous informe, qu’à Majdal Shams, des heurts opposent une partie de la population, en train de fêter une "victoire sur al Nosra" aux forces de l’ordre.

 

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A Majdal Shams, on fête la "victoire sur al Qaeda"…

 

Cet incident fait suite à un autre du même type, qui s’est déroulé ce matin en Galilée occidentale, près de la ville druze israélienne de Khorfesh. Des Druzes israéliens avaient pris en chasse une autre ambulance transportant des blessés syriens en direction de l’hôpital de Naharya. L’ambulance, qui n’était pas escortée, est parvenue à tenir ses poursuivants à distance jusqu’à ce qu’elle atteigne le commissariat de police de la ville de Maalot et y trouve refuge.

 

Des responsables religieux druzes, tant israéliens que du plateau du Golan, ont appelé leurs coreligionnaires au calme et au respect des lois. Nous avons interviewé des jeunes Druzes en soirée, et les propos qu’ils nous ont tenus nous font douter de l’efficacité de ces appels à la raison. La communauté druze est en effet en effervescence maximale, suite aux informations faisant état de la pression militaire exercée par le Front du Sud sunnite sur la ville de Hader, dans le Nord-Golan, et sur la montagne druze (Djébel Druze) et ses 450 000 habitants, dans le sud-est du plateau, à proximité de la Jordanie.

 

Les Druzes ne font aucune différence entre l’Armée Syrienne Libre (ASL) et les groupuscules islamistes, en particulier al Nosra, l’expression d’al Qaeda dans la Guerre Civile Syrienne.

 

Pour les Druzes du Golan et de Galilée, tous les sunnites syriens sont apparentés à al Nosra, et tous menacent de génocider leurs "frères", de l’autre côté de la frontière.

 

C’est cette virulence émotionnelle qui a créé l’amalgame, ce soir, entre les malheureux blessés assassinés à Névé Ativ, et d’éventuels combattants islamistes.

 

Pour ne rien arranger, la communauté druze israélienne, et tous ses composants, n’accepte pas qu’Israël assiste médicalement les sunnites syriens, ce qui inclut ceux qui ont été blessés durant les combats les opposant aux forces du régime et parfois aux Druzes syriens.

 

Nos interlocuteurs druzes nous ont confirmé, après avoir pris connaissance de l’incident, qu’ils justifiaient ces meurtres et ont promis qu’ils allaient eux-mêmes participer aux prochaines actions visant les transports des blessés syriens.

 

Outre les aspects humain et criminel de ce qui vient de se dérouler, à Métula, nous craignons que le lynchage de ce soir ne provoque une aggravation marquée de la situation de l’autre côté de la frontière. Jusqu’à maintenant, en effet, Jérusalem avait obtenu, par la menace d’une intervention militaire, et grâce à l’appui de l’Arabie Saoudite et de l’Egypte, que le Front du Sud s’abstienne de s’attaquer à la ville de Hader ainsi qu’au Djébel Druze.

 

Or, à Métula, nous venons d’observer que les réseaux sociaux syriens commentent abondamment l’incident de ce soir, et appellent leurs partisans à régler leurs différends sur le champ de bataille.

 

Nous, de craindre très précisément que, suite aux meurtres de ce soir, les éléments islamistes du Front du Sud décident de pénétrer dans Hader et de se venger sur les 17 000 civils druzes qui l’habitent.

 

 
Hader, sans intermédiaires (info # 011806/15) Version imprimable
Reportage photo
jeudi, 18 juin 2015

 

© Metula News Agency

 

Les reporters de la Ména sont parvenus à s’approcher à environ 2 kilomètres du centre de la ville druze syrienne de Hader, qui défraie actuellement la chronique.

 

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Carte du théâtre des opérations dans le Nord-Golan

© Metula News Agency

 

Selon la radio nationale israélienne, depuis l’offensive du Front du Sud de la rébellion syrienne lancée il y a quatre jours, Hader serait totalement encerclée et bombardée par les insurgés sunnites.

 

La situation que nous avons découverte est celle d’une petite cité d’environ 17 000 âmes (aucune information fiable n’existe à ce sujet), soumise à des bombardements sporadiques de l’artillerie de l’Armée Syrienne Libre, à raison d’une salve de calibre médian environ toutes les 8 à 9 minutes.

 

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Hader

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Mercredi, durant nos 4 heures d’observation, aucun projectile n’a atteint le centre de la localité, pas plus, d’ailleurs, que des bâtiments habités.

 

Le feu se concentrait sur la crête qui domine Hader, où se situe l’une des dernières positions de l’Armée régulière syrienne dans la région.

 

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Un obus vient d’exploser à proximité de la partie méridionale de la ville

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Deux obus explosent simultanément sur la crête dominant la ville

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De plus, en dépit de nos objectifs grossissants, nous n’avons observé aucun mouvement de troupe ou de véhicules.

 

Cette situation de calme relatif intervient après que, durant la journée de mardi, quelques obus ont effectivement explosé à l’intérieur de la ville, tuant notamment un commandant druze et blessant une dizaine de personnes.

 

Il se pourrait que l’ASL ait entendu les menaces proférées par le Lieutenant-Général Gadi Eizenkot, le chef d’état-major de Tsahal. Celui-ci a en effet affirmé qu’Israël ferait tout son possible pour venir en aide aux civils (druzes) syriens si ceux-ci étaient menacés.

 

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Un projectile explose à un kilomètre et demi de la frontière israélienne

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Par des voies officieuses, des chefs de l’ASL ont promis aux Israéliens que les combattants d’al Nosra (al Qaeda en Syrie), ainsi que des autres formations islamistes qui ont intégré le Front du Sud, ne participeraient pas à la confrontation dans la zone de Hader.

 

En tout état de cause, nous sommes à même de témoigner de ce que, jusqu’à présent, rien de ce qui ressemble à un massacre ne s’est produit à Hader, et les craintes des Druzes israéliens et libanais à ce sujet, ne trouvent jusqu’à maintenant aucun écho sur le terrain.

 

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Des civils druzes du Golan israélien manifestent leur sympathie à l’égard de leurs frères syriens, à deux kilomètres de Hader

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Ce jeudi, les combats font toujours rage à proximité de la frontière israélienne, particulièrement sur les contreforts de la partie syrienne du mont Hermon.


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Assad n’a plus de frontière commune avec Israël (info # 011706/15) Version imprimable
Analyse
mercredi, 17 juin 2015

 

Par Hevi Pekoz

 

Le Front du Sud chasse l’Armée gouvernementale du Nord Golan

 

Les évènements se précipitent dans le sud de la Syrie, à proximité de la frontière israélienne, comme nous le supposions dans notre analyse d’avant-hier.

 

Durant la nuit de lundi à mardi, le Front du Sud, y compris ses unités salafistes, s’est lancé à l’assaut de la dernière portion de la frontière syro-israélienne qui était encore tenue par les forces gouvernementales.

 

L’attaque, qui semble couronnée de succès, a permis à la rébellion sunnite de s’emparer de la région de Hader (voir la carte), une ville située à moins de 5 km de Majdal Shams, en territoire israélien.

 

Les combats de mardi, qui se sont déroulés avec une grande intensité, avaient également permis à l’insurrection de s’approprier des positions importantes sur le mont Hermon syrien.

 

Les régions israéliennes du Golan et de Haute-Galilée, où se situe notre rédaction, sont sans cesse secouées par le bruit provenant de l’explosion des obus d’artillerie. Ce mercredi matin, les sirènes d’alarme ont retenti dans le Golan, appelant les résidents à se rendre dans les abris.

 

En cette même matinée, le Front du Sud a annoncé qu’il lançait une nouvelle offensive majeure, destinée à capturer les dernières positions tenues par l’Armée syrienne dans la région.

 

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La carte de la zone des combats

 

Parallèlement à ces avancées, la capitale Damas a subi plus d’une quinzaine de tirs de roquettes de la part des forces islamiques qui resserrent leur étau.

 

Ces dernières évolutions de la Guerre Civile Syrienne engendrent un vif émoi dans l’Etat hébreu, particulièrement parmi les Druzes israéliens et les Druzes de la partie du Golan sous souveraineté israélienne. Ainsi, 2 000 personnes, arborant des drapeaux druzes, se sont réunies lundi soir à Isfiya, en Galilée, portant des sabres à la ceinture, afin de faire savoir qu’ils ne laisseront pas leurs frères syriens se faire massacrer par les insurgés.

 

A Majdal Shams, ce sont 4 000 Druzes du Golan, qui en compte 20 000, qui se sont regroupés non loin de la frontière pour exprimer leur solidarité communautaire.

 

On assiste ces deux derniers jours à l’afflux de dizaines de Druzes israéliens dans le Golan, à proximité du lieu des combats. Nombre des personnes participant à ce mouvement sont des officiers et des soldats de réserve de Tsahal. Les chefs de la communauté druze, l’état-major de l’Armée israélienne et l’exécutif de Jérusalem craignent des initiatives spontanées de Druzes, qui pourraient traverser la frontière grillagée pour se rendre au secours de leurs frères de la région de Hader, sur laquelle pèse la menace de massacres visant les habitants.

 

Dans la matinée de mardi, le Front al Nosra (al Qaeda en Syrie) avait procédé à des bombardements de Hader. Un commandant druze a été tué lors de ces attaques et dix autres personnes de la ville ont été blessées.

 

Afin d’empêcher les attroupements à la frontière, l’état-major de Tsahal avait déclaré, dans l’après-midi de mardi, le Nord-Golan, zone militaire fermée ; son accès se voyait interdit à toute personne ne demeurant pas sur le plateau. Deux heures plus tard, la décision a été levée sans que l’Armée ne fournisse de plus amples explications.

 

Le chef de l’état-major de Tsahal, le Lieutenant-Général Gadi Eizenkot, dans un souci d’apaisement et de clarification, s’est fendu d’un communiqué dans lequel il déclare que "les Forces de Défense d’Israël feront tout ce qui est en leur pouvoir afin d’empêcher un massacre de civils syriens". Il s’agit là d’un avertissement très sérieux en direction des rebelles, afin de les inciter à ne pas s’en prendre aux Druzes des territoires dont ils se sont emparés.

 

Le porte-parole de Tsahal, le Brigadier-Général Moti Almoz, a précisé pour sa part que le haut-commandement, dans son évaluation de la situation de mardi, avait défini comme priorité, "la cause commune et l’alliance de sang entre nous et nos frères druzes dans l’Etat d’Israël".

 

Le Front du Sud a fait savoir à ce propos qu’il ne s’attaquerait pas à la population et que celle-ci n’avait rien à craindre. La tension reste toutefois très vive, et les forces de Tsahal dans la région sont sur le pied de guerre, car le Front al Nosra, ainsi que d’autres groupes salafistes, ont refusé de signer le pacte de conduite qui lie les formations rebelles participant à l’offensive. On redoute ici que les extrémistes sunnites ne donnent libre cours à leur haine des Druzes, mais aussi des chrétiens, des alaouites et des tcherkesses présents dans la région qu’ils occupent.

 

La communauté internationale a déjà été témoin des exactions perpétrées par les formations islamistes dans d’autres parties de la Syrie, notamment en Irak, aux dépends de ces minorités, ainsi que de la communauté yézidie (Irak), ce qui entretient les appréhensions des Israéliens.

 

Les heures et les jours prochains démontreront les intentions du Front du Sud quant à son traitement des populations civiles ; la situation pouvant dégénérer à n’importe quel moment, et engendrer une action militaire des forces israéliennes en Syrie.

 

Une équipe de reportage de la Ména est présente dans le nord du Golan afin d’observer les combats ; nos reporters viennent prêter main forte aux relais permanents de notre agence dans les agglomérations druzes et les kibboutzim le long de la frontière.

 

 

Des ingénieurs du nucléaire syrien et iranien neutralisés à Damas

 

On apprend par ailleurs que, dimanche dernier, quatre scientifiques syriens et un iranien, travaillant dans un centre de recherche nucléaire dans le nord de Damas, ont été éliminés lors d’un guet-appens.

 

Le journal gouvernemental Al Watan (la patrie) reconnait que les morts étaient des scientifiques du nucléaire et des ingénieurs en électricité.

 

L’embuscade a eu lieu près d’un pont autoroutier, dans la banlieue nord de la capitale. Aucun combat n’avait lieu dans cette région au moment de l’attaque.

 

Nous rappelons que le centre de recherches militaires et scientifiques, proche de Damas, dans lequel travaillaient les cinq chercheurs, avait fait l’objet d’un raid de l’Armée de l’Air israélienne en mai dernier.

 

En 2007, la Ména avait, d’autre part, révélé, en exclusivité mondiale, l’attaque et la destruction par le Khe’l Avir d’un réacteur nucléaire dans l’est de la Syrie. Le gouvernement américain avait, quelques jours plus tard, confirmé notre information.

 

Aucun commentaire officiel n’a été fait en Syrie, en Iran ou en Israël concernant la neutralisation des cinq scientifiques.

 

Les journaux du régime alaouite accusent quant à eux le Front al Nosra, la branche syrienne d’Al Qaeda, de ces assassinats. Mais rien n’est plus incertain, car il se pourrait que des pays voisins, profitant du désordre général causé par la guerre civile et l’avancée des forces islamiques, aient décidé de se débarrasser de ces scientifiques, dont ils jugeaient que les activités menaçaient leur sécurité.

 

 

Les Kurdes coupent l’axe d’approvisionnement principal de l’Etat Islamique

 

Dans le nord de la Syrie, à proximité de la frontière turque, les forces kurdes, les YPG (Unités de Protection du Peuple) se sont emparées de la totalité de la ville de Tell Abyad, qui se trouvait aux mains de l’Etat Islamique, et constituait le point de passage principal utilisé par le Califat pour ses échanges avec la Turquie.

 

A la suite de cette victoire kurde, stratégiquement plus significative encore que celle remportée à Kobané, les YPG ont complété leur prise de contrôle d’une bande continue de territoire, d’une longueur d’environ 500 kilomètres, allant de la frontière irakienne jusqu’aux alentours de Jarabulus, à une trentaine de kilomètres au sud-ouest de Kobané. La progression des combattants kurdes a été coordonnée avec les bombardements aériens réalisés par la coalition internationale et visant l’Etat Islamique.

 

Suite à la chute de Tell Abyad, Raqqah, la capitale officieuse de DAESH en Syrie, n’est plus reliée à la Turquie que par des points de passage difficiles d’accès, dangereux, et éloignés de plusieurs centaines de kilomètres.

 

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Carte de la situation des Kurdes syriens à la mi-juin 2015

 

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Carte de la situation des Kurdes syriens telle qu’elle se présentait en octobre 2014

 

Ces dernières voies de communication sont, d’autre part, menacées par la poursuite de la progression des forces kurdes, qui tentent maintenant de faire la jonction entre le canton kurde de Kobané et celui d’Afrin, à l’extrême nord-ouest de la Syrie (voir la carte).

 

Les échanges avec la Turquie sont indispensables à l’EI pour la poursuite de la guerre. C’est par Tell Abyad, qui fait face à la localité turque d’Akçakale, que DAESH recevait des armes, des munitions, ainsi que des renforts constitués par des sympathisants islamistes venant de Turquie et du monde entier. Dans le sens inverse, ISIS exportait le pétrole qu’elle exploite, de même que les objets historiques qu’elle pille dans les sites archéologiques des territoires qu’elle contrôle. Ce trafic est rendu possible grace à la coopération active du gouvernement de Recep Tayip Erdogan, qui soutient discrètement le Califat Islamique, en dépit de la participation de la Turquie à l’OTAN.

 

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Les Peshmergas fêtent la prise de Tell Abyad


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La coopération entre Israël et l’Arabie saoudite se précise (info # 011406/15) Version imprimable
Analyse
dimanche, 14 juin 2015

 

Par Guy Millière

 

J’ai été très sévère avec Barack Obama depuis son arrivée à la Maison Blanche, et je ne le regrette pas une seconde. Je n’ai pas un mot à retirer de l’ensemble des critiques que j’ai pu formuler concernant le président américain depuis son arrivée sur la scène politique et, surtout, depuis son élection en novembre 2008.

 

J’ai pris date à l’époque, en disant que Barack Obama serait le pire président de l’histoire des Etats Unis ; il est effectivement le pire président de l’histoire des Etats Unis. J’ai dit, dès novembre 2008, qu’il était le pire ennemi qu’Israël ait eu à la tête des USA, et il l’est. Quand viendra l’heure du bilan, je dresserai le bilan.

 

Parce que sa malfaisance s’est heurtée aux réalités souvent plus complexes que les idées abstraites, Obama a, cela dit, obtenu des résultats qui n’étaient pas toujours ceux qu’il escomptait.

 

Il ne s’attendait à l’évidence pas à ce que les Frères Musulmans soient balayés un an environ après leur arrivée au pouvoir au Caire, et il s’attendait moins encore à ce qu’ils soient remplacés par quelqu’un comme le Président Abdel Fattah Al Sisi, qui apparaît de plus en plus nettement comme un homme situé aux antipodes de l’islam radical.

 

Obama ne s’attendait pas non plus à un événement géopolitique bien plus étonnant encore : le rapprochement entre Israël et l’Arabie Saoudite.

 

Bien des choses séparent les deux pays : l’un est une démocratie capitaliste de type occidental, où existent la liberté de parole et celle d’entreprendre, l’autre est une monarchie absolue au fonctionnement féodal. Israël ne peut oublier que l’Arabie Saoudite a soutenu ses pires ennemis dans un passé assez récent. L’Arabie Saoudite, quant à elle, ne peut si aisément tendre la main à un pays officiellement diabolisé dans tout le monde musulman.

 

Néanmoins, les deux pays discernent que le danger principal et crucial est l’Iran des mollahs ; tous deux, alliés des Etats Unis, voient l’administration Obama les trahir et sont résolument hostiles au rapprochement entre Washington et Téhéran. L’un et l’autre pays sont confrontés à l’autre danger régional qu’est l’Etat Islamique, et discernent que les Etats Unis de l’administration Obama ne font quasiment rien pour contrer cette menace.

 

Des contacts discrets ont lieu depuis plusieurs années entre Israël et l’Arabie Saoudite au niveau militaire et stratégique.

 

Ces contacts se font désormais moins discrets. Lors d’un événement récent organisé à Washington par le Council of Foreign Relations (lit. conseil des relations étrangères), le représentant du gouvernement israélien, Dore Gold, s’exprimait depuis la tribune. Or le représentant du gouvernement saoudien, le général Anwar Majed Eshki, partageait la tribune avec Dore Gold.

 

Lorsqu’ils ont parlé l’un et l’autre, leur convergence de vues sur l’Iran, sur les projets américains concernant l’Iran, sur le péril majeur constitué par l’accès de l’Iran au nucléaire militaire, et sur une hégémonie régionale de l’Iran était frappante, tout comme leur convergence de vues à propos de l’Etat Islamique.

 

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Anwar Eshki et Dore Gold

 

Certaines positions énoncées par Anwar Majed Eshki n’ont pas été reprises par Dore Gold. Elles sont pourtant dignes d’intérêt. Le général saoudien a évoqué la nécessité d’un changement de régime en Iran, et la création d’un Etat kurde.

 

L’Arabie Saoudite ne reconnaît toujours pas Israël, mais Anwar Majed Eshki a redit que l’Arabie Saoudite était prête à reconnaître Israël dans le cadre du plan de paix saoudien.

 

Il est évident que le plan de paix saoudien est inacceptable par Israël, mais Israël peut se dire ouvert à la possibilité d’en parler : dès lors que l’Arabie Saoudite se dit ouverte au dialogue, il existe la possibilité d’être d’accord pour n’être pas d’accord, sans hypothéquer le futur.


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Syrie : l’aéroport d’al Thaala tombe à son tour (info # 011106/15) Version imprimable
Breaking News !
jeudi, 11 juin 2015

 

© Metula News Agency

 

Métula, jeudi, 17h10, 16h10 à Paris

 

A en croire diverses sources concordantes dans le sud de la Syrie, l’aéroport militaire d’al Thaala serait tombé, ce jeudi, aux mains de l’insurrection.

 

Dans notre article d’hier, "Assad c’est presque fini", nous annoncions la prise par l’Armée Syrienne Libre (ASL) des localités d’al Hraq, de Mlaiha el Gharbiah et de Rakham, et surtout de la base de la Brigade 52 de l’Armée gouvernementale syrienne, située entre ces trois agglomérations.

 

Nous précisions, dans le même article, qu’à partir de la ligne de front, les 2 000 hommes de l’ASL, épaulés par plusieurs organisations salafistes, se trouvaient mardi à portée de fusil de l’aéroport d’al Thaala et qu’ils s’apprêtaient à lui donner l’assaut.

 

C’est chose faite, à en croire Ahmad al Masalmeh, un leader de l’opposition dans le sud syrien, ainsi qu’un porte-parole de l’ASL.

 

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Après la prise de la base de la Brigade 52 et de l’aéroport, la rébellion s’attaquera à Soueïda

 

L’aéroport, d’où décollaient les avions qui bombardaient les positions rebelles du Golan et de la frontière jordanienne, se trouverait presque entièrement sous le contrôle des combattants de l’opposition à Bachar al Assad.

 

Les insurgés s’affaireraient actuellement pour s’assurer qu’il ne reste pas de soldats gouvernementaux dans le périmètre de la base aérienne, et ils feraient l’inventaire du matériel que les hommes d’Assad ont abandonné dans leur fuite.

 

D’après des informations fiables, les forces gouvernementales se déploreraient plus à l’Est, afin de prendre part à la bataille qui s’annonce pour le contrôle de la province de Soueïda ; la dernière à se trouver sous la coupe de la dictature alaouite, en plus de ses bastions urbains du centre de la Syrie.

 

Le chef-lieu de la province, la ville de Soueïda et ses 65 000 habitants, en majorité druzes, avec des minorités sunnite et chrétienne, n’est distant que d’une douzaine de kilomètres de l’extrémité nord-est de l’aéroport.

 

La télévision officielle du régime a nié la perte d’Al Thaala, affirmant que les troupes de la coalition alaouites-Iran-Hezbollah étaient parvenues à repousser trois attaques contre les installations aéroportuaires.

 

Sur la base des informations que nous avons directement recueillies dans la région des combats, il semble que la rébellion se soit emparée de 90% du complexe de l’aéroport, tandis que des unités fidèles au régime tenteraient de couvrir la retraite des militaires gouvernementaux en direction de la ville voisine d’Al Thaala et de celle d’al Darah (ou Ad Darah), qui serait, elle aussi, en partie entre les mains des rebelles.

 

Lorsque ces informations seront confirmées, cela signifiera que l’essentiel de la province de Deraa, où la révolte avait débuté, y compris 95% de la frontière avec Israël, aura passé sous le contrôle de l’ASL et de ses alliés circonstanciels de la mouvance al Nosra (al Qaëda).

 

 
Assad, c’est presque fini (info # 011006/15) Version imprimable
Analyse
mercredi, 10 juin 2015

 

Par Stéphane Juffa

 

Hier, mardi, l’Armée Syrienne Libre (ASL) a infligé une nouvelle défaite aux forces loyales à Bachar al Assad. L’ASL, sous les ordres du Lieutenant-colonel Najm et du Colonel Ziad Salamat, avec l’aide des salafistes de Jaysh al Islam, l’Armée de l’islam, et de ceux de Harakat Ahrar hash-sham al islamiyya, le mouvement islamique des hommes libres du Levant, ont pris le contrôle de la base de la Brigade 52 d’Assad, située dans la province de Deraa, entre les villes d’al Hraq et de Rakham.

 

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La base de la Brigade 52 et les localités alentours

Service cartographique © Metula News Agency

 

L’ASL occupe également ces deux localités, de même que celle de Mlaiha el Garbiah ; elle a forcé les troupes gouvernementales à se réfugier dans l’aéroport militaire d’al Thaala (ou al Thula) et dans la localité d’Ad Darah (également appelée al Darah).

 

La base de la  Brigade 52 constituait la dernière grande fortification aux mains du régime dans le sud de la Syrie, à 40 km de la frontière israélienne, 90 km de la rédaction à Metula, 28 km de la frontière jordanienne et 80 km de la capitale Damas.

 

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Vue élargie du théâtre des opérations actuelles

Service cartographique © Metula News Agency

 

Mais surtout, cette victoire, remportée à l’issue d’une attaque surprise qui n’aura pas duré plus de 6 heures, menée par 2 000 combattants de l’ASL, a permis la réalisation de quatre objectifs stratégiques majeurs :

 

1.     D’abord, ce succès assure définitivement aux rebelles le contrôle des frontières jordanienne et israélienne, sur l’ensemble du plateau du Golan, et met fin à la tentative de l’alliance troupes gouvernementales, soldats iraniens et miliciens libanais du Hezbollah, de reconquérir ce territoire.

 

2.     Ensuite, il ouvre à la rébellion la voie vers la conquête de la région de Soueïda, à l’extrême sud de la Syrie. Cette zone, la dernière encore entièrement régie par les alaouites et leurs alliés, n’est désormais plus défendue par une force militaire digne de ce nom, et va tomber, comme un fruit mur, sous la domination de l’insurrection.

 

3.     L’essentiel des offensives et contre-offensives du régime dans le Sud partait de la base qui a été prise hier, tandis que le soutien aérien dont elles jouissaient leur était assuré par des appareils décollant de l’aéroport d’al Thaala. Lequel aéroport se trouve désormais à portée des armes automatiques des ennemis d’al Assad.

 

4.     Dernier résultat de l’attaque d’hier, l’ASL se situe désormais, sur ce parallèle, à moins de 10 km de l’autoroute M5 reliant le Sud à la capitale. Cette avancée interdit à l’axe Assad-Pasdaran-Hezbollah d’espérer reconquérir la ville de Deraa et sa province (où la révolte avait débuté), mais elle attribue surtout à ses ennemis la possibilité d’avancer graduellement sur Damas.

 

Durant la bataille d’hier, les rebelles ont tiré une centaine de missiles sur les positions de la Brigade 52. Ils ont perdu 23 combattants, y compris trois commandants. Côté forces gouvernementales, le nombre des tués s’élèverait à une quarantaine, sans que ce chiffre puisse être confirmé par une source fiable.

 

Le camp qui est tombé disposait d’un vaste arsenal d’équipements lourds, qui est très probablement échu entre les mains des rebelles. Dorénavant, l’Armée gouvernementale syrienne ne dispose plus que de deux garnisons de qualité moyenne pour défendre l’autoroute entre al Hraq et Damas.

 

Selon des informations concordantes, les rebelles auraient bénéficié de la livraison d’armes saoudiennes ainsi que du soutien de certains émirats du Golfe et de la Turquie, qui seraient parvenus, pour la circonstance, à passer outre leurs dissensions afin de faire face à l’armée alaouite et à ses alliés chiites iraniens et libanais.

 

Dans le nord de la Syrie et à la frontière libanaise, la situation n’est guère plus favorable pour cette coalition : l’Etat Islamique a ouvert hier (mardi) de nouveaux fronts face au Hezbollah, en territoire libanais, dans les jurds1 de Qaa et Ras Baalbek, des régions sises au nord de la ville d’Aarsal (ou Ersal).

 

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Le nouveau front ISIS-Hezbollah au Liban

 

Les media libanais font état de nombreux morts et blessés dans les deux camps. L’Armée libanaise, qui a investi Qaa et Ras Baalbek, a soutenu les miliciens du Hezbollah en bombardant à l’aide d’hélicoptères et de son artillerie les positions du Califat Islamique.

 

Cette offensive n’est certes pas décisive, mais elle préfigure assurément de nouvelles attaques massives des islamistes sunnites en territoire libanais, parallèlement à l’effondrement du régime alaouite à Damas.

 

A ce propos, le chef des Druzes libanais, Walid Joumblatt, a estimé, ce mercredi sur son compte Twitter, qu’ "après la chute de la base de la Brigade 52 et d’autres zones dans le nord de la Syrie et ailleurs, le régime syrien est fini".

 

C’est également l’analyse que Jean Tsadik avait proposée, voilà déjà plusieurs semaines, aux lecteurs de la Ména dans ces colonnes.

 

La chute de la dictature alaouite est en train de se précipiter, sans que l’on ne prévoie un effondrement subit dans les prochains jours. Mais dans le Nord, particulièrement à la frontière turque et dans la région d’Alep, Damas perd du terrain face à ses ennemis, ainsi que des voies de communication essentielles. C’est ainsi que la route entre le poste frontière de Bab al Salam, reliant la province syrienne d’Alep à celle de Kilis en Turquie, est tombée aux mains du Califat Islamique.

 

Plus grave encore pour les alaouites, diverses formations de la rébellion grignotent actuellement des territoires situés à l’orée du "réduit" traditionnel alaouite de Lattaquié et Tartous. Ainsi, il y a deux semaines, les alaouites ont perdu la ville d’Ariha, qui surplombe la province de Lattaquié.

 

Pour le Major-général Yaïr Golan, le numéro 2 de Tsahal, l’Armée syrienne, de facto, a cessé d’exister ; c’est principalement le corps expéditionnaire iranien, mais surtout les miliciens du Hezbollah libanais qui subissent actuellement le poids principal des combats.

 

Cela explique les interventions répétitives et alarmistes d’Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah, sur les chaînes de télévision libanaises, appelant à la mobilisation générale, très improbable, de tous ses compatriotes pour faire face à la poussée islamiste.

 

Plus que jamais, l’unique planche de salut du régime de Bachar al Assad, et particulièrement de la communauté alaouite syrienne, dépend d’un retrait rapide de cette population et des forces armées qui lui sont fidèles dans le réduit de Lattaquié, que les partisans du régime pourraient tenir sur le long terme, grâce notamment à l’aide logistique de la Russie et de l’Iran.

 

Mais la chute des grandes villes de l’ouest syrien, Alep, Hama et Homs, n’est plus qu’une question de semaines, Idlib et sa province étant déjà passée sous le contrôle des islamistes.

 

On comprend l’angoisse de Nasrallah, qui ne va pas tarder à se trouver en première ligne face à l’avancée d’ISIS ; en première ligne défensive s’entend, puisque, après avoir envoyé ses miliciens combattre en Syrie, le théâtre des opérations est en train de se transférer, lentement mais surement, à l’intérieur du Liban.

 

A Métula, au vu du déroulement des affrontements et du sort des armes, nous exprimons nos inquiétudes pour la population chiite libanaise, mais également pour les chrétiens et les autres confessions du pays aux cèdres.

 

En Syrie, ce sont, bien entendu les deux millions d’alaouites qui sont les premiers en ligne de mire des mitrailleuses d’ISIS, qui n’hésiteront pas non plus à s’en prendre aux 800 000 Druzes, ni au million et demi de chrétiens vivant dans le pays. Ceux-ci se partagent en communautés diverses et variées, à l’instar des syriaques (700 000 âmes), des Grecs orthodoxes (250 000), des Grecs catholiques (melkites) 250 000, des Arméniens (170 000), des protestants (100 000), des coptes (70 000), des maronites (50 000), des chaldéens (25 000), des Assyriens (100 000), et des catholiques romains (15 000), etc.

 

Quant aux Druzes syriens, ils ont déjà officieusement fait appel à Israël, pour lui demander de les accueillir en cas de déferlement des islamistes sur leurs régions. On ignore la réaction de Jérusalem, mais l’on sait que l’Etat hébreu aurait du mal à refuser de recevoir sur son sol des réfugiés de cette communauté, étant donné que les 130 000 Druzes israéliens, très attachés au destin de leurs frères dans les pays avoisinants, constituent l’un des piliers de l’Etat israélien, de ses institutions et de son armée.


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Un an après Rocher Inébranlable, qu’est devenu Mohammad Zoabi ? (info # 010806/15) Version imprimable
Analyse
lundi, 08 juin 2015

 

Par Sébastien Castellion

 

Le 3 juin dernier a eu lieu, à Jérusalem, la commémoration du premier anniversaire de l’enlèvement et de l’assassinat, par une cellule du Hamas, de trois adolescents du Gush Etzion – Gilad Shaar, Naftali Frenkel et Eyal Yifrah. Ce crime fut l’élément déclencheur de la Guerre de Gaza de 2014, commencée par le Hamas en réponse au démantèlement de ses infrastructures de Judée-Samarie par Israël après l’enlèvement.

 

Dans les semaines qui suivirent, en filigrane des nouvelles sur la plongée d’Israël dans une nouvelle guerre, une autre nouvelle avait agité les media israéliens.

 

Deux jours après l’enlèvement, un adolescent arabe de Kfar Kana, Mohammad Zoabi, poste sur son blog une vidéo où il exige que les kidnappeurs libèrent leurs victimes – qu’il appelle « nos enfants ». Mohammad – un parent proche de la députée à la Knesset Hanin Zoabi, qui s’illustrait au même moment en défendant l’enlèvement des trois garçons – se déclare « fier d’être israélien » et rappelle que « nos ennemis ne font pas de différence entre musulmans, Juifs et chrétiens ». Pour finir, il se drape d’un drapeau israélien et répète en arabe, en hébreu et en anglais « Vive Israël ». (La vidéo, qui était brièvement devenue introuvable après la suppression du blog de Mohammad, a été reprise sur Youtube où elle peut être consultée.

 

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Nazareth, 14 juin 2014 : dans quelques heures, la vie de Mohammad Zoabi va basculer

 

Quelques heures après que cette vidéo est apparue sur Internet, les vies de Mohammad et de sa mère – Sara Zoabi, une musulmane pratiquante – ont basculé pour toujours.

 

Des centaines, puis des milliers de menaces de mort, de plus en plus précises, envahissent le blog de l’adolescent. La police israélienne est débordée et n’a pas les moyens d’enquêter sur ces menaces. Il devient rapidement évident que la seule manière de maintenir Mohammad en vie est de le cacher.

 

Dans les mois qui suivent, Mohammad doit se terrer : quelques jours dans un bâtiment officiel israélien, puis chez un ami de la famille, puis – après une maladresse de sa part qui a rendu sa localisation trop facile – chez une victime d’un attentat terroriste qui se porte volontaire pour prêter son appartement.

 

Pendant que Mohammad essaie d’échapper aux assassins, la police arrête son père (séparé de Sara depuis dix ans), sa grand-mère et l’un de ses oncles qui complotaient pour l’enlever et, probablement, pour l’assassiner. Comme il n’y a pas eu de passage à l’acte, ils sont rapidement remis en liberté.

 

Pendant ce temps-là, Sara perd son emploi ; son employeur prétexte le risque qu’elle fait peser sur ses collègues. Plus tard, elle doit déménager après avoir été physiquement agressée par son propriétaire qui exigeait, malgré le refus de la mère, qu’elle retire le drapeau israélien que Mohammad avait accroché à sa fenêtre avant de disparaître.

 

Après plus de deux mois de clandestinité, Mohammad est évacué fin août 2014 vers les Etats-Unis où une famille s’est portée volontaire pour le recueillir. Il est scolarisé sous une fausse identité. Un réseau de soutien se met en place et, au bout de trois mois, on lui propose de rester aux Etats-Unis pour y refaire sa vie, avec un permis permanent de séjour et un nouveau nom. L’adolescent, qui n’a alors pas encore dix-sept ans, refuse et décide de retourner en Israël.

 

Depuis, il n’a pas quitté son pays. Il est scolarisé dans une école à majorité juive où il est en train de passer les examens de la première année de la bagrut (le baccalauréat israélien, échelonné sur deux ans avant la fin des études secondaires). Dans la nouvelle ville où sa mère s’est installée, les Juifs sont majoritaires mais il y a aussi une forte minorité arabe. Mohammad sait qu’il risque sa vie chaque fois qu’il se montre en public. Il ne peut en aucun cas aller au bistro ou en boîte avec d’autres adolescents.

 

J’ai interviewé hier Mohammad Zoabi à l’occasion du premier anniversaire de l’affaire. Nous nous sommes parlés sur Skype, où son compte reste au nom qui aurait pu devenir le sien s’il avait accepté de rester aux Etats-Unis.

 

SEBASTIEN CASTELLION : Dis-moi d’abord comment tout cela a commencé. Comment un enfant arabe des environs de Nazareth décide-t-il, à quinze ans, de se déclarer sioniste et d’ouvrir un blog en l’honneur d’Israël ? J’imagine que ce que tu entendais dire d’Israël en grandissant n’était pas favorable : qu’est-ce qui t’a fait changer d’avis ?

 

MOHAMMAD ZOABI : Il n’y avait pas d’unanimité dans ma famille. Un de mes grands oncles, Seif-al-Din el-Zoabi, a été le premier combattant arabe de la Haganah avant de devenir maire de Nazareth. Un autre parent, Abdelaziz el-Zoabi, fut le premier Arabe dans un gouvernement israélien [Il fut ministre adjoint de la santé au début des années 1970 – SC]. Ma mère s’est toujours définie comme une Arabe israélienne, lorsque d’autres membres de la famille préféraient se dire Arabes tout court, ou, pour certains, Palestiniens. Je me souviens de disputes sur ce point. A douze ans, j’ai assisté à une scène où un de mes oncles souhaitait la disparition d’Israël et un autre lui a répondu qu’il devait sa belle vie à l’Etat d’Israël.

 

Comme ma mère, je me suis toujours défini comme Arabe israélien. J’ai toujours eu des amis juifs. A treize ans, j’avais dessiné une carte d’Israël avec un drapeau pour le jour de l’indépendance. Le professeur a refusé de l’afficher au mur et, quand je l’ai posée sur ma table, elle a dit « ce drapeau ne nous représente pas ». Je lui ai répondu : « c’est le drapeau de l’Etat qui paie ton salaire ». Cela avait déclenché toute une affaire.

 

Mais si tu m’avais appelé sioniste il y a trois ans, j’aurais été vexé. Beaucoup d’Arabes qui n’ont rien contre les Juifs croient que « sioniste » est un terme réservé à l’extrême droite juive. C’est à quinze ans que j’ai compris que ce terme représentait mes idées et que j’ai commencé à bloguer. Etre sioniste, c’est vouloir vivre dans une société libre. Dans la société arabe, la liberté n’est pas une valeur.

 

SEBASTIEN CASTELLION : Combien de tes camarades étaient d’accord avec toi ?

 

MOHAMMAD ZOABI : Trois ou quatre par classe. Et je m’entendais bien avec la majorité qui n’a rien à faire de la politique. Mais ceux qui se disent Palestiniens sont agressifs. J’ai été battu plusieurs fois par d’autres enfants et même menacé, une fois, par le professeur d’une autre classe. Quand j’ai commencé à bloguer, la situation est devenue intenable et j’ai été transféré dans une école juive.

 

Si tu prends la population arabe d’Israël dans son ensemble, il n’y a une minorité de gens qui pensent comme moi, peut-être 5 pour cent, mais il n’y a aussi que 5 pour cent d’extrémistes qui souhaitent la destruction de l’Etat. 90 pour cent veulent seulement vivre leur vie.

 

SEBASTIEN CASTELLION : C’est ce que tu dis, mais la majorité de ces 90 pour cent n’envoie-t-elle pas à la Knesset des députés souvent très extrémistes ?

 

MOHAMMAD ZOABI : Pas exactement. Plus de la moitié des Arabes vote pour des partis nationaux – travaillistes, Likoud, et même parfois pour les partis juifs religieux, parce que ces partis défendent les allocations familiales et le service de santé.

 

Il n’y a que 45 pour cent d’Arabes qui votent pour des partis arabes. Ces députés sont en effet plus extrémistes que leurs électeurs, mais ce n’est pas pour cela qu’ils sont élus : c’est seulement parce qu’ils promettent de défendre les intérêts de la population. Ce qu’il faut maintenant, c’est les faire voter pour des Arabes sionistes qui pourront faire les mêmes promesses, mais de manière plus crédible.

 

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Mohammad, hier, quelque part en Israël

 

SEBASTIEN CASTELLION : Revenons à ton histoire. Pourquoi as-tu refusé de rester aux Etats-Unis ? Des milliers de gens veulent te tuer ici. N’as-tu pas peur ?

 

MOHAMMAD ZOABI : Je suis israélien, j’aime mon pays. Je ne trouvais pas normal que moi, je doive me cacher, alors que d’autres se promènent librement.

 

SEBASTIEN CASTELLION : Quand tu dis « d’autres », penses-tu à Hanin Zoabi ?

 

MOHAMMAD ZOABI : C’est toi qui l’as dit… Elle m’a connu enfant, et alors que j’étais menacé de mort elle n’a rien trouvé de mieux que de m’insulter. Ma propre famille a voulu me tuer. C’est ce qu’il y a de plus décevant, mais j’ai survécu aussi à cela [C’est le seul moment de l’interview où Mohammad est visiblement ému – SC].

 

Bien sûr que j’ai peur. Mais si je laisse la peur me contrôler aujourd’hui, demain, elle contrôlera tout le monde. Il y a eu un autre garçon à Umm-el-Fahm qui a fait comme moi [Yihye Zakaria Mahameed – SC]. Ils lui ont dit que s’il se taisait il n’aurait pas de problèmes, alors il s’est tu. On m’a fait exactement la même proposition. Je n’ai pas seulement refusé, j’ai répondu en en rajoutant encore.

 

Je me souviens de la deuxième guerre du Liban, quand j’avais huit ans. Les sirènes sonnaient et nous nous retrouvions tous dans les mêmes abris : musulmans, Juifs et chrétiens. Israël est menacé par des ennemis qui se moquent de savoir si vous êtes juif ou pas : ils veulent seulement nous tuer.  Le souvenir de ces abris m’a rendu plus patriote.

 

SEBASTIEN CASTELLION : Tu n’es pas astreint d’office au service militaire, mais tu t’es porté volontaire et tu partiras dans un an, après la fin de la bagrut. Pourquoi ce choix ? Et en attendant de partir, à quoi ressemble ta vie en Israël ?

 

MOHAMMAD ZOABI : Je crois à l’égalité des droits entre tous les Israéliens, et aussi à l’égalité des responsabilités. Bien sûr que je ferai l’armée. Tout le monde sait maintenant que je défends Israël, je ne pourrais pas le faire si je ne commençais pas par défendre Israël en portant l’uniforme de Tsahal.


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Enfin, un économiste qui comprend à quel point nous sommes fous (info # 010206/15) Version imprimable
Analyse économique
mardi, 02 juin 2015

 

Par Sébastien Castellion

 

La science économique a eu, au cours de son histoire, des résultats impressionnants.

 

Elle permet de comprendre, dans un très grand détail, la progression et le déclin des industries, les choix d’épargne des ménages, l’effet d’une augmentation d’impôt ou d’un durcissement du droit du travail sur le taux de chômage, ou comment fonctionnent les soudains engouements, suivis d’un désintérêt brutal, pour tel ou tel produit ou tel ou tel instrument financier.

 

Les économistes se sont également dotés d’outils mathématiques remarquablement sophistiqués – et c’est peut-être là que réside aujourd’hui leur talon d’Achille.

 

La grande qualité des talents mathématiques et l’immense quantité des données disponibles permettent de publier en chaîne des analyses impressionnantes. Même lorsque ces analyses ne visent qu’à confirmer des préjugés indépendants de tous faits, comme c’était le cas, en 2014, du Capital au Vingt-et-Unième Siècle de Thomas Piketty ; le seul fait de rassembler les données et de les passer à la moulinette mathématique fait avancer la science.

 

Et pourtant, il y a une faiblesse cachée dans cette mathématisation de la science économique.

 

L’objet ultime de l’économie, en effet, est d’analyser des comportements humains : la dépense, l’épargne, l’investissement, la vente, le stockage, le choix entre travail et loisirs…

 

Or, quand on a accès à d’immenses bases de données et la capacité intellectuelle de les analyser, on peut être tenté de considérer les chiffres, et non les comportements, comme le véritable objet de l’analyse. En essayant de mettre de l’ordre dans ces chiffres, il faut naturellement faire des hypothèses sur les comportements qui sont à l’arrière-plan. Mais, pressés par la priorité qu’ils donnent à l’analyse des données, la plus grande partie des économistes se contentent d’un modèle du comportement humain, qui est, souvent, aussi simpliste que leurs analyses mathématiques sont sophistiquées.

 

Ce modèle, qui reste présent ou implicite dans l’immense majorité des études économiques publiées à ce jour, est celui de « l’individu rationnel ». Les décisions économiques sont supposées être prises par des acteurs qui cherchent à augmenter autant que possible leur satisfaction. Cette satisfaction peut être financière ou non financière : les économistes reconnaissent qu’on puisse préférer le loisir à l’argent, chercher des satisfactions de statut social au détriment de ses revenus, ou suivre l’opinion majoritaire pour s’épargner la peine de chercher une information difficile. Mais dans tous les cas, les décisions sont supposées avoir été prises par des acteurs qui savent ce qu’ils font et dont les décisions reflètent rationnellement leurs priorités.

 

Mais il y a une petite difficulté. Ce modèle du comportement humain, sans lequel on ne peut rien comprendre à l’économie contemporaine, paraît absolument ridicule aux chercheurs dont le métier est précisément d’analyser les comportements. Les psychologues, les anthropologues, les historiens, conviennent tous que, dans une immense proportion des cas, nous ne sommes pas des êtres rationnels. Nous ne savons pas ce que nous voulons. Quand nous disons le savoir, nos décisions ont très souvent l’effet inverse. Nous répétons souvent la même erreur pendant toute notre vie. Nous employons une part considérable de notre énergie à nous autodétruire. Nous fondons nos décisions les plus essentielles sur des croyances qui n’ont jamais reçu aucune démonstration. Nous donnons des réponses opposées à la même question lorsqu’elle est posée légèrement différemment. Nous attachons plus d’importance à des symboles ou à des mots vides de sens qu’aux satisfactions réelles que nous pourrions obtenir.

 

De plus, rien n’indique que ces comportements irrationnels soient réservés aux moins bien éduqués ou aux moins intelligents d’entre nous. Les financiers qui ont préparé le terrain à l’explosion du système financier mondial en 2008 faisaient partie des humains les mieux formés et les plus brillants de la planète. En faisaient partie aussi, un siècle plus tôt, les dirigeants politiques européens qui ont entraîné le monde dans la Première Guerre Mondiale.

 

Seul un petit nombre d’économistes a tenté de reconstruire la science économique en se concentrant sur l’observation des comportements humains tels qu’ils sont – complexes et profondément irrationnels. Le plus célèbre est le professeur Richard Thaler, de l’université de Chicago, récemment élu président de l’Association Economique Américaine.

 

Thaler a été largement influencé par un psychologue israélien, Daniel Kahnemann – à ma connaissance le seul psychologue de formation à avoir reçu le prix Nobel d’économie (en 2002, avec Vernon Smith, pour leurs travaux sur « l’économie comportementale » ou behavioral economics).

 

Kahnemann a identifié plusieurs situations dans lesquelles les hommes se comportent systématiquement de manière irrationnelle. Ainsi, nous avons tous tendance à généraliser à partir d’un petit nombre de cas sans aucune signification statistique. Nous exagérons les risques avant de prendre une décision, puis nous exagérons les avantages à attendre des décisions prises. Nous laissons systématiquement nos émotions influencer des décisions que nous croyons rationnelles. Daniel Kahnemann a résumé ses observations dans un bon livre de vulgarisation de 2011, Penser Vite et Lentement (Thinking, Fast and Slow).

 

A son tour, Richard Thaler vient de publier un résumé de ses recherches économiques, sorti des presses depuis moins d’un mois, qui a déjà un grand succès en librairie aux Etats-Unis : Misbehaving (W.W. Norton & Company, 2015) qu’on pourrait traduire par « Les mauvais comportements » - un terme qui fait allusion à la fois aux comportements économiques qui démontrent l’erreur de l’hypothèse de rationalité et au « mauvais comportement » de Thaler lui-même, qui s’est écarté des règles et des présupposés de sa profession pour développer son domaine de recherche.

 

Certains des comportements irrationnels des agents économiques sont illustrés par des expériences faites par Thaler lui-même. Un jour, Thaler a demandé à ses étudiants combien d’argent ils exigeraient de recevoir pour accepter d’assister à un cours pendant lequel ils ont une chance sur 1000 d’attraper une maladie mortelle pour laquelle il n’y a pas de traitement. Le prix moyen exigé était de 500.000 dollars. En parallèle, le professeur demandait à une autre classe combien ils seraient prêts à payer pour acheter la seule dose disponible du remède à une maladie mortelle qu’ils venaient peut-être d’attraper – une chance sur 1000 – en assistant au cours. Le prix moyen offert fut de 20.000 dollars – alors que pour un individu rationnel, les deux questions sont exactement identiques. La seule différence est que dans un cas on demande d’imaginer une dépense et dans l’autre cas une recette : mais cette différence suffit à provoquer des comportements irrationnels, même lorsqu’on demande à un homme de fixer le prix de sa propre vie.

 

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Un antidote bienvenu à l’illusion de “l’individu rationnel”

 

Une autre fois, alors que les étudiants de Thaler se plaignaient d’un niveau moyen trop faible de leur note, il choisit de changer son système de notation pour noter sur 137 et non plus sur 100 comme ses collègues. Alors que cela ne changeait rigoureusement rien, les plaintes cessèrent immédiatement.

 

Thaler multiplie les exemples de cette irrationalité. Un homme préfèrera tondre son gazon lui-même que de donner 10 dollars à un autre pour faire le travail, mais refusera les 20 dollars qu’on lui offre pour tondre celui de son voisin. Un acheteur refuse de perdre 10 minutes pour économiser 10 dollars sur une télévision qui en coûte 500, mais fait le trajet pour faire la même économie sur le prix d’un réveil à 50 dollars. Et ainsi de suite, jusqu’à ce que le lecteur de Misbehaving n’ait plus aucun doute sur l’universalité des comportements irrationnels dans les décisions économiques.

 

Tous ces exemples émaillent le récit qui constitue le cœur de l’ouvrage : celui du combat mené depuis les années 1970 par un petit nombre d’économistes, dont Thaler en personne, pour faire reconnaître l’existence de l’irrationalité à une profession passionnément attachée à l’hypothèse de l’individu rationnel.

 

Thaler insiste beaucoup – c’est humain – sur le ridicule de l’école « rationaliste » qui a longtemps cherché à sauver l’hypothèse de l’individu rationnel face aux preuves de plus en plus incontestables de notre irrationalité. Il présente l’histoire de sa recherche comme celle d’un penseur dissident, qui, lentement et progressivement, finit par obtenir la reconnaissance qu’on lui refusait.

 

Indépendamment de cette présentation quelque peu narcissique des faits, il met cependant en évidence un aspect essentiel du débat entre rationalistes et économistes du comportement. Comme il le démontre de manière convaincante, l’hypothèse de l’individu rationnel est devenue un outil très insuffisant pour proposer des politiques économiques efficaces.

 

Ce n’est pas que les rationalistes n’aient jamais aidé les décideurs. Leur hypothèse fonctionne assez bien lorsqu’il s’agit de préserver les grands équilibres économiques : limiter le déficit et la création monétaire, ne pas décourager l’économie par trop d’impôts ou de réglementation. Mais à une époque où la réglementation et les transferts publics sont omniprésents dans l’activité économique, l’hypothèse de l’individu rationnel est si simplificatrice qu’elle peut conduire à de graves erreurs de politique économique.

 

Elle ne permet pas, par exemple, de comprendre comment les marchés financiers peuvent être influencés par les déclarations d’hommes politiques qui n’ont ni une fraction de l’information accessible aux acteurs de marché, ni le pouvoir de modifier l’affectation des ressources. Or, cette influence du politique – le monde des déclarations creuses, des slogans et de l’irresponsabilité – sur les marchés financiers, que la théorie rationaliste considère comme l’incarnation même de la rationalité, peut s’observer tous les jours.

 

Thaler en donne une explication simple, mais convaincante : il est impossible de construire un modèle dans lequel des êtres humains irrationnels, qui interagissent ensemble, finissent par produire un marché entièrement rationnel. Si les hommes choisissent la mauvaise carrière, n’épargnent pas assez pour leur retraite ou paient trop cher les traites de leur maison, le marché ne corrigera pas ces erreurs. Au contraire, il verra apparaître – avec ou sans interférence des hommes politiques – des produits qui auront tendance à encourager les acteurs économiques dans ces comportements irrationnels. Le développement explosif aux Etats-Unis, à la fin du vingtième siècle, du crédit aux consommateurs et du crédit immobilier pour des clients manifestement insolvables en est une récente illustration.

 

Prendre en compte l’irrationalité des acteurs permet aussi, dans certains cas assez simples, d’éviter des erreurs de politique économique. Thaler donne l’exemple de l’épargne retraite, pour laquelle il démontre qu’un système où les salariés doivent a priori cotiser à un plan particulier (qu’ils auront cependant le droit de dénoncer) fonctionnera plus efficacement qu’un système où on leur donne le choix a priori et où aucune cotisation ne prendra effet sans décision explicite.


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Israël remporte une importante victoire diplomatique à Zurich (info # 013005/15) Version imprimable
Analyse
samedi, 30 mai 2015

 

Par Ilan Tsadik

 

avec Sami el Soudi

 

Scène dramatique, vendredi à Zurich, lorsque Jibril Rajoub, le président de l’Association Palestinienne de Football, annonça, l’air dépité, depuis l’estrade, que sa délégation renonçait à soumettre aux voix des Etats membres de la FIFA sa proposition consistant à exclure Israël de ses rangs.

 

Rajoub expliqua que de nombreux représentants l’avaient approché afin de le dissuader de soumettre sa résolution au vote, et notamment celui de l’Afrique du Sud. Ce dernier lui expliqua que le scrutin s’annonçait "particulièrement douloureux".

 

Au moment de l’intervention du Palestinien, on savait déjà que son initiative ne passerait pas la rampe, puisque, pour qu’elle aboutisse, l’interdiction de la participation des formations israéliennes dans toutes les compétitions internationales devait recueillir 75% des suffrages des deux cents délégations présentes ; or, les fédérations européennes, au nombre de 54, avaient officieusement fait savoir qu’elles s’opposeraient à la résolution, à l’instar de plusieurs ambassades provenant de chacun des quatre autres continents.

 

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Jibril Rajoub : l’arbitre tortionnaire 

 

Ramallah tenta encore de soumettre au vote, dérisoire consolation, le bannissement des cinq clubs installés en Cisjordanie, mais la présidence de la FIFA barra la route à cette contre-proposition, en évoquant que ce serait à la nouvelle commission ad hoc de décider du traitement à réserver aux équipes des implantations.

 

Rajoub dut, une fois encore, se soumettre, et accepter la création de cette commission, dont la vocation consistera à traiter d’éventuelles plaintes concernant le racisme et la discrimination. Peu auparavant, joignant le geste à la parole, il avait décerné un carton rouge à l’Etat hébreu pour les humiliations dont seraient victimes les footballeurs palestiniens, allant du harcèlement aux points de contrôle, jusqu’à la taxation des équipements sportifs qui leur sont destinés.

 

Le dossier présenté était ascétique, et visait principalement à participer à l’isolement politique de Jérusalem et non à faire avancer la cause du football, comme tout le monde, ou presque, dans la salle, l’avait remarqué, en dépit de la théâtralité du délégué palestinien.

 

L’irruption orchestrée de deux femmes dans l’enceinte du congrès, hurlant "carton rouge pour le racisme", rapidement évacuées par le service d’ordre aux aguets, ajouta à l’inconfort de nombreuses représentations.

 

Celles-ci lui préférèrent le discours modéré du président de la Fédération Israélienne, Ofer Eini, lorsqu’il s’exclama : "Laissons le soin aux politiciens de se mêler de politique !", ajoutant, à l’intention de son homologue de l’AP, "vous et moi, ensemble, joignons nos forces et pratiquons le meilleur football dont nous sommes capables dans les deux camps !".

 

Eini poursuivant : "J’espère que notre coopération marquera le début d’un processus qui, peut-être, conduira à la paix entre nos deux peuples, et qui, peut-être, les fera se rejoindre, et fera du football un facteur d’union et non de division".

 

Le président de la fédé israélienne proposa finalement une poignée de main à son homologue, que Rajoub, vu la tournée qu’avaient pris les choses, se vit presque dans l’obligation d’accepter, sous les vivats nourris de l’assistance.

 

Le succès de la contre-attaque diplomatique des Hébreux, soutenue à Zurich par des conseillers du ministère des Affaires Etrangère spécialement dépêchés sur les bords de la Limmat, n’aurait pas été complète si, buvant le calice jusqu’à la lie, le chef de la délégation de l’Autorité Palestinienne n’avait pas été également contraint d’accepter le principe d’une rencontre amicale que lui proposait l’Israélien.

 

Visiblement peu touché par la grâce de la réconciliation, le 1er ministre israélien, M. Binyamin Netanyahu, se fendit d’un communiqué cinglant après l’abandon de la proposition palestinienne, dans lequel il la décrivit comme une "provocation, uniquement de nature à repousser les chances de paix".

 

Au sein de l’exécutif israélien, on n’a guère oublié que les Palestiniens avaient instrumentalisé les stades de Gaza pour l’entreposage et le lancement de roquettes contre les populations civiles du Néguev, et qu’après la neutralisation de ces armes, l’Association Palestinienne de Football s’était plainte à la FIFA des attaques de l’aviation de Tsahal, comme si les cibles qu’elle avait visées étaient réellement réservées à des activités exclusivement sportives.

 

En Israël, on se souvient également que des membres des équipes palestiniennes de ballon rond étaient aussi des miliciens d’organisations terroristes djihadistes impliquées dans des tentatives visant à l’anéantissement de l’Etat hébreu.

 

Le choix par l’Autorité Palestinienne de placer Jibril Rajoub à la tête de son activité footballistique et de son comité "national" olympique a lui-même de quoi surprendre ; les appels à l’équité sportive venant d’un tel personnage, lourdement impliqué dans la torture systématique d’opposants palestiniens à Yasser Arafat, pouvant en effet générer des conséquences inattendues.

 

Cet "humaniste" avait pris soin de qualifier sur sa page Facebook les projets sportifs mixtes avec les Israéliens de "crimes contre l’humanité". Il avait surenchéri aux propos de Mahmoud Abbas honorant les assassins des onze athlètes israéliens lors des Jeux Olympiques d’été de Munich en 1972, en affirmant que les cérémonies internationales, en mémoire des victimes, cette fois, étaient "racistes". En 2012, en qualité de chef du mouvement olympique palestinien, il avait réclamé une minute de silence en souvenir des… assassins.

 

Rajoub est connu pour être l’une des personnalités les plus corrompues de la direction de l’Autorité, qui n’en manque pas, et avait tenté, en démarchant les Israéliens, de se réserver une commission sur les importations de pétrole de l’AP qui transitent par les ports hébreux.

 

Il est d’autre part connu pour avoir dirigé les Forces de Sécurité Préventives – sortes de forces spéciales de l’AP -, qui s’étaient écroulées en quelques minutes face à l’assaut lancé contre l’OLP à Gaza, en 2007, par les forces du Hamas pourtant nettement inférieures en nombre et en dotation. Rajoub, prétextant des douleurs dorsales s’était hâtivement réfugié en Egypte, laissant les miliciens du Hamas précipiter ses officiers depuis les toits de Gaza-city. 

 

Le classement vertical de l’initiative Rajoub constitua aussi une petite victoire de consolation pour le Président de la FIFA, Sepp Blatter, qui avait activement soutenu le point de vue de Jérusalem lors des diverses réunions qu’il avait convoquées, aussi bien en tête-à-tête avec les principaux protagonistes, qu’en présence des deux camps réunis.

 

Certes, Blatter a été une nouvelle fois élu à la présidence de l’organisation faîtière du foot mondial, mais les débats ayant entouré le scrutin ont été l’occasion de hués et même d’insultes à son encontre.

 

Les trois propositions qu’il avait faites pour désamorcer la crise et retirer l’exclusion d’Israël de l’ordre du jour de Zurich avaient été acceptées par la délégation hiérosolymitaine. Il s’agissait de décerner une carte spéciale aux footballeurs palestiniens afin qu’ils ne s’attardent pas inutilement aux check-points, de renoncer à percevoir des taxes sur les équipements qui leur sont destinés, et de favoriser la construction d’infrastructures sportives à Gaza et en Cisjordanie.

 

Face au refus des Palestiniens, les émissaires israéliens se sont massivement activés afin de mettre les délégations hésitantes devant leurs responsabilités, au besoin en leur fournissant des dossiers à jour sur les agissements blâmables et dangereux de footballeurs palestiniens et de responsables de leur fédération.

 

Force est de constater que leurs efforts ont été couronnés de succès. La tentative de l’Autorité Palestinienne était détestable à tous points de vue. S’il fallait procéder par l’exclusion des pays auteurs de crimes des organisations sportives internationales, on aurait environ 190 Etats à proposer, en plus de l’entité palestinienne, avant de citer le nom d’Israël.

 

En outre, comme l’a mentionné Tamir Gilat, le vice-président de la fédé israélienne, l’Initiative Rajoub était potentiellement très dangereuse pour l’avenir de la FIFA, presque autant que les scandales qui la secouent. Si les Palestiniens avaient fait mouche, on aurait rapidement vu les Indiens exiger la radiation du Pakistan, la Corée du Sud, celle de Pyongyang, et l’Ukraine, l’expulsion de Moscou à cause de l’invasion de la Crimée.     

 

Il y a toutefois une récrimination avancée par la délégation palestinienne, et relevée par notre camarade Sami el Soudi, que nous prenons à notre compte ; il n’est pas acceptable, en effet, que le public du Beitar Jérusalem, qui n’a jamais accepté de joueurs arabes dans ses rangs, crie "Mort aux Arabes !", chaque fois qu’un Arabe israélien de l’équipe adverse s’approche du ballon.


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Si, réellement, la France sans les Juifs, ce n’est pas la France, eh bien, tant pis pour la France ! Version imprimable
Analyse
jeudi, 14 mai 2015

 

Par Stéphane Juffa

 

Ce n’était qu’une question de temps de savoir quand les relations entre les gouvernements français et israélien allaient exploser. Il n’était pas difficile de le prévoir et nous n’avons ainsi que peu de mérite à l’avoir fait. Cela procède d’un engrenage qui s’était mis en marche à l’Assemblée nationale avec la reconnaissance de l’Etat palestinien à une forte majorité ; on savait que c’étaient les prémices d’une vaste offensive diplomatique franco-arabe diligentée par Laurent Fabius et visant le Conseil de Sécurité de l’ONU.

 

La semaine dernière, tout a éclaté, à Jérusalem, à l’occasion du dialogue stratégique annuel réunissant traditionnellement les experts des ministères des Affaires Etrangères des deux pays. Et ça a pété fort, de l’avis des diplomates des deux délégations, puisqu’on en est presque arrivé aux insultes entre les représentants israéliens, emmenés par le Directeur Général des Affaires Etrangères, Nissim Ben Shitrit, et l’imposante ambassade tricolore, dirigée par le Secrétaire Général du Quai d’Orsay, Christian Masset.

 

D’habitude, en cette occurrence, on laissait de côté les désaccords pour se concentrer sur les points communs existant entre les deux politiques étrangères. Mais la semaine dernière, les participants comprirent, dès les premiers échanges, que cela allait, cette fois, se passer beaucoup moins sereinement.

 

Les divergences s’articulent autour du projet de Laurent Fabius de présenter au Conseil de Sécurité une proposition de résolution dont l’objectif avoué est de mettre un terme au contentieux israélo-palestinien.

 

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Sanctions, vous avez dit sanctions ?

 

Un premier jet du brouillon de la motion avait été vigoureusement rejeté par l’Autorité Palestinienne, il y a plusieurs mois, parce qu’il mentionnait clairement la reconnaissance d’Israël en sa qualité d’Etat juif.

 

Ce qui n’a pas découragé le ministre français des Affaires Etrangères, puisque ce dernier remet ces jours l’ouvrage sur le métier, et qu’il en est déjà à discuter de phraséologie avec ses homologues arabes, palestinien, de même qu’avec d’autres Etats membres permanents du Conseil.

 

Fabius, à qui les Américains ont demandé d’attendre avec son initiative que les négociations avec l’Iran se terminent, reste résolu à présenter son texte avant la fin de la session de septembre à Manhattan.

 

Or le Quai discute du contenu de sa résolution avec tout le monde, sauf avec l’Etat hébreu, qui est, évidemment, l’une des parties intéressées en premier lieu par cette initiative. Son ébauche de formulation circule entre de nombreuses capitales, alors que Jérusalem n’en a pas encore officiellement vu la copie, ni même n’a été informée de ses grandes lignes, ce que l’on assimile ici à un comportement catégoriquement hostile. Hostile, au point que l’on s’interroge sur l’intérêt de poursuivre un dialogue stratégique avec Paris, quand la discussion est intentionnellement évidée de son plus important sujet.

 

C’est grâce à des diplomates amis d’Israël que nous nous sommes finalement procurés un exemplaire officieux du document qui pourrait influencer la survie de notre pays. Vous parlez d’un détail…

 

Nissim Ben Shitrit a ouvertement protesté contre le mode opératoire de ses hôtes, leur reprochant de "parler avec le monde entier de votre initiative, sauf avec nous", leur lançant aussi : "Vous semblez avoir oublié que nous sommes également partie prenante à cela et que vous avez l’obligation de nous y impliquer aussi".

 

La délégation française a copieusement menti, répondant à Ben Shitrit qu’aucun brouillon détaillé n’avait été soumis aux Palestiniens ni aux pays arabes, et promettant qu’ "on se trouvait uniquement à un stade préliminaire, et que, lorsque nous aurons rédigé quelque chose, nous vous le montrerons".

 

Christian Masset a tenté en vain de convaincre ses interlocuteurs que le processus en cours se déroulait à leur profit, et que Paris essayait de parvenir à une formule qui soit acceptable par les deux camps et qui permettrait la reprise des négociations.

 

Chercher un phrasé qui conviendrait à Israël sans lui en parler ? Que voici une étonnante démarche, surtout si le Quai utilise les compétences des ennemis déclarés de l’Etat hébreu afin de le rédiger.

 

A ce moment de la réunion, le ton monta, les disputes et la confrontation prirent le dessus, jusqu’à ce que les fonctionnaires présents ne purent que constater que l’atmosphère de cette rencontre traduisait fidèlement l’état des relations entre les deux capitales, et que l’on se trouvait même au plus profond d’une crise majeure qui n’allait probablement que s’amplifier encore.

 

Pour saisir la colère des Israéliens, nous, de dévoiler que le plan Fabius – à l’instar de la reconnaissance de la Palestine par l’Assemblée nationale - prévoit que le Conseil de Sécurité appelle Jérusalem à se replier sur ce que le Quai nomme "les frontières d’avant 67". La proposition précise que toute modification ou échange territorial devra être accepté par l’Autorité Palestinienne.

 

Cela aurait pour conséquence de couper Jérusalem de Tel-Aviv, l’autoroute reliant les deux villes empruntant brièvement un tronçon situé au-delà de la "ligne verte", et de placer la frontière de l’Etat de Palestine, à son extrémité occidentale, à 14.3 kilomètres de la mer, exactement entre Tel-Aviv et Netanya, au cœur névralgique d’Israël.

 

Dans cette formulation, Paris confond intentionnellement la ligne d’armistice, temporaire par définition, qu’Israël avait conclue avec la Jordanie au terme de la Guerre d’Indépendance et une prétendue frontière avec une entité palestinienne, qui n’existait pas avant 1967.

 

D’un strict point de vue stratégique, compte tenu de l’instabilité politique et sécuritaire régnant dans la région, de la présence du Hamas en Cisjordanie, qui prône l’anéantissement d’Israël et des Israéliens, et de la poussée djihadiste, qui s’exerce massivement depuis quelques années, nous pouvons objectivement tirer deux conclusions émanant de la proposition française :

 

1.     Au-delà de tout doute sensé, le retrait de l’Etat hébreu sur la ligne d’armistice, sans modification de son tracé, affaiblirait considérablement la situation stratégique d’Israël, en attentant notablement à sa capacité à défendre sa population côtière, qui représente environ cinq millions d’habitants sur les sept et demi que compte ce pays.

 

2.     En prenant comme référence une période d’un demi-siècle qui suivrait le retrait exigé par Fabius, ce qui constitue une durée très courte en matière de géopolitique, en observant les cinquante années qui l’auront précédé, ainsi que l’évolution de la violence et de l’interprétation des textes sacrés durant ce laps de temps, il est possible d’en déduire que l’on se dirige vers l’exacerbation des conflits et non l’accalmie.

 

Dans ces conditions, si ce retour à la ligne d’armistice devait se réaliser, on peut techniquement prévoir que les risques de massacres, voire de génocide, visant la population israélienne s’en verraient considérablement augmentés.

La proposition Fabius ne se borne pas à demander à Jérusalem de s’exposer volontairement à des risques mettant en cause sa survie, elle l’exige, de plus, et la menace de sanctions si elle ne s’exécute pas.

 

Ainsi, le projet du Quai entend-il délimiter la période durant laquelle les parties devraient s’entendre sur les détails de l’application de la résolution qui serait votée au Conseil de Sécurité ; de par la manière dont cette motion est présentée, et de par son contenu, il serait plus précis de parler de période laissée à Israël pour décider de se suicider.

 

Passé ce délai, le projet du ministère tricolore des Affaires Etrangères prévoit l’introduction de sanctions internationales contre Israël, qui seraient, assurément, de nature à la faire plier ou à l’asphyxier financièrement et militairement.  

 

L’éventualité de la convocation d’une conférence internationale pour décider de l’avenir des relations israélo-arabes est également envisagée par les divers brouillons de l’initiative Fabius. A raison de sept millions d’Israéliens pour un milliard et demi d’Arabo-musulmans, la tenue d’une conférence de ce type équivaut à l’organisation d’un match de football qui opposerait un joueur israélien à onze propalestiniens, aux arbitres et au public. C’est à peu près la signification de l’instauration de la jurisprudence internationale à la force du plus grand nombre ; cela donne accessoirement des présidents iraniens, pakistanais ou saoudiens à la tête du Conseil des droits de l’homme ou de l’Assemblée générale de l’ONU. On dit ensuite que Jérusalem ne respecte jamais la législation internationale…

 

La proposition française est catastrophique, et la France du Maréchal Pétain n’aurait probablement pas rechigné à la présenter elle-même à l’ONU. Elle a, de plus, un effet pernicieux et méphitique sur la situation entre Palestiniens et Israéliens ; d’abord, parce que, connaissant le libellé de la résolution que Paris prépare, Mahmoud Abbas devrait être carrément sioniste pour rouvrir sérieusement les pourparlers de paix avec Netanyahu avant de voir, dans quatre mois tout au plus, si elle est acceptée ou refusée à New York.

 

A ce titre, c’est indubitablement l’initiative diplomatique de l’Hexagone qui bloque tout progrès, non seulement en direction d’une éventuelle entente entre les protagonistes, mais même dans la réalisation d’avancées minimalistes.

 

Ensuite, parce qu’il est exclu qu’Israël participe à ce processus ou qu’elle accepte de se plier à l’éventuelle résolution qui couronnerait de succès les efforts de Paris. Si les électeurs hébreux étaient consultés sur ce sujet, ils la repousseraient à plus de 80 pour cent de leurs suffrages.

 

Or, même si ce processus occasionnait des souffrances certaines aux populations israélienne et palestinienne, l’ONU n’est pas aujourd’hui en mesure d’imposer sa volonté à Jérusalem. Ce que l’on peut envisager, contrairement aux intentions de M. Fabius, c’est un renforcement du camp des faucons, entraînant un durcissement sévère de la politique israélienne à l’égard des Palestiniens, et, plus que probablement, l’annexion définitive de la Cisjordanie.

 

Voici, brièvement énumérées, les seules perspectives concevables de l’initiative française. Avec elle, les Palestiniens ont moins de chances d’obtenir un Etat que sans elle, et les lourds contentieux franco-israélien et franco-juif sont en train de se creuser irrémédiablement.

 

Cela peut sembler étrange que cette nouvelle crise – peut-être la plus grave – éclate à l’initiative d’un Laurent Fabius, descendant de l’une des plus prestigieuses familles juives d’Alsace-Lorraine, petit-fils d’Elie Fabius, un célèbre antiquaire, arrière-petit-fils d’Emmanuel Fabius, dont le propre grand-père, Joseph, changea son nom de famille de Léon à Fabius, en 1808, lorsque les Juifs français obtinrent enfin le privilège de porter un nom de famille. Ca fait du monde à se retourner dans sa tombe !

 

Jusqu’à présent, pendant qu’on crie "Mort aux Juifs !" sur les grands boulevards, et "Juif, fous le camp, la France n’est pas à toi !", devant une France impassible, pendant qu’on brise la stèle d’Ilan Halimi, comme si les tortures qu’on lui a infligées ne suffisaient pas, le gouvernement, en paroles au moins, prenait le parti des Juifs.

 

Jusqu’à Manuel Valls, qui répétait, la semaine dernière, que l’antisionisme est la face cachée de l’antisémitisme. Valls, dont on a bien remarqué qu’il n’a participé ni à la discussion, ni au vote ayant conduit à la proclamation, par l’Assemblée nationale, de l’Etat de Palestine.

 

Même si la sympathie du 1er ministre ne fait pas de pli, son amitié est, cette fois, nettement insuffisante, et s’il compte sauver les meubles, il faudrait qu’il ne tarde pas à se rappeler qu’il est le chef du gouvernement, car on est entré dans le temps additionnel précédant le divorce final.

 

Et si, réellement, la France sans les Juifs, ce n’est pas la France, eh bien, tant pis pour la France ! Aucun Israélite digne de ce nom n’acceptera que Paris se batte pour mettre Jérusalem en danger existentiel. D’ailleurs leur migration s’accentue, même avant la parution de cet article ; chaque semaine, on reçoit un coup de téléphone d’Ashdod ou de Netanya, d’une connaissance, née en France, dont on n’aurait jamais pu imaginer qu’elle puisse la quitter.

 

Mais Dreyfus, ça suffit, les lois d’exception de Vichy, les policiers français impunis de Drancy, qui poussaient les enfants vers les chambres à gaz pendant que nous défendions l’honneur de la France à Bir Hakeim et sur le plateau des Glières ! On n’a pas oublié le "Ils étaient restés tels qu'ils avaient été depuis tout temps : un peuple d'élite, sûr de lui-même et dominateur", pas plus que l’accusation d’infanticide lancée par France 2 à Nétzarim, torrents de boue vert-gris, qui se sont mués en fleuve d’hostilité et de haine permanente.


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Jérusalem et Riad : couper la tête de l’anaconda (info # 011105/15) Version imprimable
Analyse
lundi, 11 mai 2015

 

Par Jean Tsadik

 

La semaine dernière l’arrivée d’un Airbus saoudien à l’aéroport de Tel-Aviv, photographié sous toutes ses coutures, a fait le buzz. C’était la première fois qu’un appareil du royaume des Ibn Saud atterrissait publiquement en Israël, un pays avec lequel Riad n’entretient pas de relations diplomatiques.

 

Beaucoup d’encre a coulé à propos de ce mini-évènement, et il convient de ne pas lui donner plus d’importance qu’il n’en a vraiment. La compagnie portugaise Hi Fly, qui louait cet appareil à la Saudi Arabian Airlines, le transporteur national de la monarchie, a d’ailleurs vu son contrat dénoncé par les Saoudiens. Ces derniers ont fait valoir que leurs inspecteurs aéronautiques n’auraient pu se rendre dans l’Etat hébreu pour superviser les travaux d’entretien, à cause, précisément, de l’absence de relations diplomatiques entre les deux pays.

 

Auparavant, ils avaient déclaré que l’information quant à la présence du gros porteur dans les ateliers de la société Bedek, pour y subir un entretien de routine, était fausse. Reste que l’A330 saoudien s’y trouve toujours et que les travaux ont débuté.

 

Il sera intéressant de suivre cette affaire pour voir si les ponts entre la Saudi et Hi Fly sont réellement coupés, ou si l’avion reprendra au contraire du service sous ses couleurs actuelles après être passé entre les mains des techniciens hébreux.

 

a330.jpg

Un Airbus saoudien à Tel-Aviv

 

A notre avis, cette péripétie n’est pas anodine et elle témoigne du processus de rapprochement indéniable entre Jérusalem et Riad ; Hi Fly, dont nous connaissons la bonne réputation dans le monde aéronautique, n’aurait pas hypothéqué ses contrats valant plusieurs dizaines de millions de dollars sans avoir reçu le OK de ses clients avant d’envoyer l’A330 se refaire une beauté en Terre Sainte.

 

Ce petit avatar participe à démontrer tout le bon sens qui existe pour le Roi Salman bin Abdulaziz Al-Saud, qui a succédé en janvier dernier à son demi-frère Abdallah décédé, d’avoir recours au savoir-faire de ses voisins Hébreux, plutôt que de faire systématiquement appel aux fournisseurs de services européens ou américains.

 

Cela est vrai pour l’entretien des appareils et des équipements civils, mais également de tout leur arsenal militaire, allant des chasseurs-bombardiers aux chars d’assaut. On parle ici d’un marché de plusieurs milliards de dollars annuels, qui apporterait des avantages pécuniaires aux deux parties.

 

Cette évaluation pourrait également englober des projets de mises-à-niveau (upgrade) de matériels existants, dans lesquels les Israéliens sont des experts renommés, et, bien évidemment, l’acquisition d’équipements fabriqués localement, à commencer par les drones.

 

D’ailleurs, il n’est plus nécessaire de dissimuler qu’une collaboration de cette sorte existe, et que le royaume a modifié ses lois en 2006 afin de permettre de se procurer légalement des objets fabriqués en Israël.

 

Pour saisir la taille de ce marché potentiel, il n’est que de rappeler que la monarchie saoudienne est l’Etat, au monde, qui dépense la plus grande proportion de son budget à l’achat d’armes, et que cela en fait le second acheteur à l’échelle planétaire en valeur absolue. Disposant des moyens que lui confère son rang de second producteur d’or noir, et détenteur des deuxièmes réserves mondiales, vous parlez d’un pouvoir d’achat.

 

On sait à la fois beaucoup et peu de choses quant à l’étendue réelle de la coopération entre les deux entités ; n’ayant pas pour habitude de propager des rumeurs, pas plus que de compliquer des transactions que nous considérons stratégiquement précieuses dans l’intérêt de la région, nous devons nous exprimer avec prudence.

 

En commençant par rappeler l’évocation sibylline qu’avait effectuée le 1er ministre Netanyahu devant le Congrès américain, au sujet des intérêts communs et des convergences de vues entre le pays qu’il dirige et des Etats arabes de la région.

 

Lui qui a coutume d’en rajouter pour faire le show, s’est montré particulièrement hermétique sur le sujet. C’est ce que l’on peut appeler un understatement, un euphémisme, en français.

 

On sait, par exemple, que des drones arborant (ou non) l’étoile de David sont régulièrement signalés en mer Rouge. On leur attribue régulièrement des faits d’armes, le plus souvent au Soudan ; le 6 mai dernier, ils auraient anéanti une usine dans la région d’Omdurman (à proximité immédiate de la capitale Khartoum), à l’aide de deux missiles. L’installation détruite abritait vraisemblablement une chaîne d’assemblage de fusées iraniennes qui œuvrait sous la direction de Pasdarans.

 

Le plus souvent, ces engins sans pilotes s’en prennent à des convois d’armements sophistiqués que les mêmes perses tentent d’acheminer par mer et par terre pour les livrer à leurs protégés du Hamas à Gaza et du Hezbollah au Liban.

 

Or ces deux organisations terroristes et leur mentor iranien commun constituent les pires ennemis des Saoudiens ; ceux avec lesquels ils sont précisément en guerre au Yémen.

 

Une simple lecture de la carte permet de s’apercevoir que Port Soudan n’est éloigné que de 300 kilomètres de Djeddah et de la Mecque, et de pas plus de 850 km de Sanaa, au Yémen, où ont lieu une grande partie des bombardements réalisés par les aviations saoudienne et arabes.

 

Des rapports émanant de sources fiables font état de survols fréquents de drones non identifiés sur les lieux des frappes, avant et après qu’elles aient lieu. Cela suit un mode opératoire pratiquement identique à celui que l’on a pu observer l’été dernier dans le ciel de… Gaza.

 

Affirmons-le sans tourner autour du pot : nous serions terriblement étonnés si ces aéronefs n’appartenaient pas au Khe’l Avir, et ne fournissaient pas des informations opérationnelles aux aviations arabes participant à l’opération Tempête décisive. Il est à noter que les avions sans pilotes fournissent des données en temps réel plus utiles que celles des satellites ; dans les armées U.S et dans Tsahal, ils possèdent l’avantage inégalé de remplir simultanément deux missions complémentaires : l’observation et l’intervention contre des objectifs au sol.

 

Nous serions également surpris d’apprendre que les pilotes saoudiens et ceux d’autres forces aériennes participant au conflit ne soient pas encadrés par des spécialistes du Khe’l Avir. Plusieurs raisons plaident en ce sens : 1. Une grande similitude opérationnelle entre l’Armée de l’air israélienne et ce que l’on peut apprendre de la manière de procéder des pilotes saoudiens, malgré le peu d’information qui nous parviennent ; 2. Des résultats d’une précision satisfaisante de la part d’équipages n’ayant aucune expérience du combat ; or il est pratiquement impossible de réaliser ce genre d’exploits dans l’improvisation. 3. Un nombre réduit de bavures, les tirs se concentrant sur les objectifs sélectionnés, en épargnant relativement les acteurs collatéraux sur les scènes d’interventions. 4. La prudence du régime saoudien, peu enclin à entreprendre des missions aventureuses sans en maîtriser les conséquences ; ledit régime a pris l’habitude de toujours s’entourer des meilleurs experts étrangers dans toutes ses entreprises sophistiquées ; 5. Riad ne fait pas confiance aux Américains depuis le rapprochement amorcé entre Washington et Téhéran ; dans le même temps, le roi et son entourage sont convaincus de l’existence d’un intérêt commun supérieur avec Jérusalem sur la nécessité absolue de contenir la poussée de la "République" Islamique. Ils ont en outre observé que les Israéliens ne constituaient aucune menace pour leur régime, et qu’ils ne leur avaient jamais posé le moindre problème.

 

En plus de ce qui précède, les lecteurs de la Ména sont au courant, depuis plusieurs années désormais, grâce aux témoignages de notre correspondant permanent en Jordanie, Fayçal H, de l’existence de contacts réguliers entre responsables israéliens et saoudiens.

 

Or nous sommes en mesure d’affirmer que ces rencontres se sont multipliées et ont gagné en importance ces derniers temps. On peut parler de coordination stratégique face à l’ennemi commun ; on sait, par exemple, qu’en cas d’attaque des Hébreux contre l’infrastructure nucléaire perse, les Saoudiens leur ouvriraient leur espace aérien et leur offriraient un appréciable soutien logistique.

 

Aux dernières nouvelles en provenance de Fayçal H, on devrait parler d’un pacte d’alliance, qui prévoirait une intervention coordonnée contre les ayatollahs au cas où l’accord préparé par les 5+1 ne parviendrait pas à incurver de manière satisfaisante la progression de la théocratie chiite vers la bombe atomique.

 

D’ailleurs, si un traité était effectivement signé entre Téhéran et les grandes puissances, il est prévu que la coopération régionale entre les grands Etats sunnites et Israël se pérennise et prenne ses distances à l’égard de Washington, dont le rôle se verrait encore réduit.

 

Des media américains ont également évoqué un financement des activités de Binyamin Netanyahu par les Saoudiens, avançant même le chiffre de seize milliards de dollars. Ces sommes seraient destinées à renforcer les capacités de surveillance et d’intervention, de même qu’à participer au développement d’armements dans l’optique d’une confrontation avec la junte cléricale perse.

 

D’autres observateurs d’outre-Atlantique avancent aussi que Riad aurait participé au financement de la campagne électorale du Likoud, jugeant que l’opposition israélienne se montrerait trop molle et inefficace face à la menace commune.

 

Nous, d’avouer honnêtement que nous ne possédons aucun début de preuve concernant ces allégations, mais que, dans l’atmosphère qui prévaut désormais entre les deux pays, l’hypothèse qu’elles soient réelles – totalement ou partiellement - n’est pas sensationnelle.

 

A Métula, nous avons également enregistré avec attention l’assertion lancée sur sa page Facebook par le Secrétaire général du parti yéménite al-Haq, Hassan Zayd, selon laquelle des chasseurs-bombardiers israéliens auraient directement participé, le 26 mars dernier, pour la première fois, à des attaques au sol au Yémen au côté des aviations arabes.

 

Cette déclaration est difficile à vérifier, mais on ne lui accorde ici que peu de crédit : il n’est en effet pas dans la tradition de Tsahal de s’impliquer dans des conflits qui ne concernent pas directement Israël ; de plus, le risque humain et politique de voir l’un de nos pilotes tomber entre les mains des Houthi, des miliciens du Hezbollah, des partisans de l’ex-président Saleh, de militaires iraniens, voire de combattants liés à al-Qaeda, ne nous paraît pas gérable.

 

Au-delà des nombreuses rumeurs, des informations non-publiables et de celles qui sont invérifiables, il est extrêmement probable que des conseillers israéliens soient actuellement à pied d’œuvre en Arabie saoudite. L’ampleur prise par la coordination stratégique entre Riad et Jérusalem est telle, que le gouvernement saoudien ne prend même plus la peine de nier que des rencontres ont lieu.


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Le président tunisien reçoit le chef de la communauté juive (info # 010605/15) Version imprimable
Analyse
mercredi, 06 mai 2015

 

Par Hevi Pekoz

 

Hier, mardi, le Président de la République tunisienne, Béji Caïd Essebsi, a reçu au palais de Carthage le Président de la Communauté israélite tunisienne, l’industriel Roger Bismuth.

 

La rencontre, qui s’est voulue très protocolaire, a permis au chef d’Etat de réaffirmer l’importance que la Tunisie accorde à sa communauté juive.

 

Il a réitéré son engagement à traiter tous ses "enfants" de confession mosaïque en toute égalité afin qu’ils puissent connaitre une coexistence "exemplaire et tolérante".

 

Pour sa part, Monsieur Bismuth a rappelé l’attachement de tous les membres de sa communauté à leur pays, ainsi que son désir de voir le pèlerinage de Lag Ba’Omer, la Ghriba, sur l’île de Djerba, couronné de succès.

 

Roger Bismuth, s’adressant à la presse dans une salle du palais, a dit toute l’importance de ce pèlerinage pour la promotion du tourisme tunisien et pour sa réussite globale.

 

Il est vrai que la capacité du régime tunisien à préserver sa petite communauté juive est considérée par de nombreuses chancelleries européennes et par Washington comme le baromètre du succès de son processus démocratique, et que cette capacité conditionne, au moins partiellement, leur volonté d’investir et de soutenir cet Etat maghrébin.

 

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Béji Essebsi, à droite, recevant Roger Bismuth au palais de Carthage

 

Et Roger Bismuth est considéré par les capitales occidentales comme un témoin respectable, un patriote tunisien fiable, et un Juif objectif et bien informé des évolutions dudit thermomètre ; c’est ce qui explique qu’elles le consultent régulièrement.

 

Devant les caméras, en dépit de la solennité de la rencontre, Essebsi et Bismuth se sont tutoyés.

 

A l’abri des micros, ils ont procédé à un tour d’horizon approfondi, une demi-heure durant, des problèmes politiques, sécuritaires et économiques auxquels leur pays doit faire face. Les deux hommes, qui ont pratiquement le même âge (89 ans), jouissent à la fois d’une très grande expérience dans ces domaines et d’une non moins importante notoriété. Tous deux ont toujours œuvré pour le progrès de la Tunisie et de ses habitants ; ce qui n’a jamais empêché Roger Bismuth d’exprimer aussi, ouvertement, son attachement à ses traditions ainsi qu’à l’Etat d’Israël.

 

Cet ancien député a réussi à démontrer qu’on pouvait à la fois exprimer sa fidélité sans faille, tout au long d’une vie bien remplie, pour son pays, même si sa religion officielle est l’islam, ce, sans trahir le peuple auquel il appartient et ses aspirations.

 

La question "israélienne" n’a pas été évitée lors de l’entretien, Monsieur Essebsi confirmant que les ressortissants de l’Etat hébreu étaient les bienvenus dans son pays, et notamment à l’occasion du pèlerinage de la Ghriba, qui débute aujourd’hui.

 

Une polémique avait vu le jour, la semaine dernière, lorsque le ministère israélien des Affaires Etrangères avait émis un avis de prudence, déconseillant aux citoyens de l’Etat hébreu de se rendre à Djerba cette année, pour des raisons sécuritaires.

 

Tunis avait réagi très rapidement, en assurant que toutes les dispositions avaient été prises et que l’intégrité de tous les visiteurs serait assurée.

 

Roger Bismuth, depuis l’île de Djerba, nous a confirmé cet état de fait, nous rapportant que le déploiement des militaires, des policiers et des agents en civil était effectivement impressionnant.

 

Dans l’avion qui l’emmenait de Tunis à Djerba, de nombreux ambassadeurs étrangers, ainsi que des officiels tunisiens avaient pris place. Parmi eux, la ministre du Tourisme, Selma Elloumi, qui, dans une ambiance bonne enfant, n’a cessé de plaisanter avec le président de la communauté juive et les autres passagers.

 

Les media tunisiens ont abondamment couvert la rencontre du palais de Carthage, avec force photos et reportages vidéo. Au niveau du texte, les journaux locaux étaient cependant avares de détails ; presque tous se sont prêtés à l’exercice d’acrobatie consistant à embrasser la communauté israélite de Tunisie, tout en restant extrêmement froids relativement à Israël, et particulièrement à l’encontre de ses dirigeants.

 

Ainsi, on accepte les touristes israéliens, mais on n’entend pas progresser, en tout cas pas officiellement, vers un réchauffement des relations entre les deux pays.

 

Les deux Etats avaient, par le passé, échangé des bureaux d’intérêt, sortes de mini-ambassades, mais la tentative avait tourné court, notamment en raison de la pression arabe exercée sur Tunis.

 

Des relations existent, certes, entre les deux entités, mais elles sont limitées à des domaines spécifiques et restreints, comme la médecine et certains aspects marginaux de la lutte antiterroriste.

 

A ce sujet on peut dire que les deux capitales ont eu raison en ce qui concerne leur évaluation de la sécurité du pèlerinage de la Ghriba et celle des Israélites de Tunisie. En d’autres termes, la menace islamiste existe bel et bien dans ce pays du Maghreb, et les affrontements entre les forces armées et les djihadistes sont fréquents et parfois mortels.

 

Ces derniers mois, par ailleurs, l’Armée et la police ont enregistré des succès prometteurs dans leur lutte face au terrorisme.

 

Cela n’empêche que Jérusalem avait raison de conseiller la prudence aux Israéliens, en raison des activités de ces mouvements radicaux, farouchement opposés aux Juifs et aux Israéliens, mais également à l’ordre républicain que tente d’imposer le gouvernement.

 

C’est dans cette ambiance de cordialité sous condition, que le quotidien indépendant tunisien Le Temps titrait, sous la plume de Samia Harrar, un article intéressant : "Un espoir de paix…".

 

Dans ce papier, la consœur se réfère à l’importance historique et traditionnelle de la synagogue de la Ghriba, qui serait bâtie "en partie, avec des vestiges du Temple de Salomon".

 

Roger Bismuth a ajouté à notre intention, que la présence juive à Djerba remonte à plus de 3 000 ans, soit plus de 1 600 ans avant la naissance de l’Islam. Le président de la communauté israélite nous a raconté comment ses lointains aïeux, fuyant les persécutions dans le Royaume d’Israël, avaient traversé l’Egypte et le nord du Maghreb pour venir s’installer sur la "douce île de Djerba" comme l’appelle Samia Harrar.

 

Pour le reste, son article suit la ligne officielle : chaleureuse avec ses compatriotes juifs, avenante avec les touristes israéliens, et hostile à l’encontre du "premier ministre israélien et ses sbires", qui, à l’en croire, n’auraient rien retenu des leçons de l’histoire.

 

Notre camarade va jusqu’à conseiller "vivement" à Binyamin Netanyahu de venir en pèlerinage à la Ghriba, espérant qu’il y serait peut-être "touché par la grâce".


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Une mauvaise histoire druze (info # 012904/15) Version imprimable
Analyse
mercredi, 29 avril 2015

 

Par Stéphane Juffa

 

L’émotion et un certain malaise règnent dans le Doigt de la Galilée et dans la partie israélienne du Golan depuis dimanche dernier. Ce sentiment est né lorsque l’on a appris que deux des quatre individus éliminés dimanche par Tsahal alors qu’ils posaient une bombe à la frontière syro-israélienne étaient des Druzes de la région.

 

Les autorités israéliennes ont fait quelques efforts pour passer l’information sous silence, mais une manifestation, hier, mardi, dans la ville de Majdal Shams, réunissant certes moins de 150 personnes, a dévoilé le pot aux roses. Encore que le public n’est pas au courant de tous les détails de l’affaire, que nous exposons ici.

 

Taïr Mahmoud, qui était âgé de 34 ans, et son frère, Nazih, de 12 ans son cadet, sont nés à Majdal Shams, la plus grande agglomération druze du Golan israélien, forte de ses 9 000 habitants.

 

Dans leur jeunesse, ils avaient traversé la frontière pour s’installer côté syrien, dans la ville d’Hader.

 

La maison qu’ils habitaient était toutefois la plus proche d’Israël, et, comme en témoigne leur tante, Sahar Mahmoud, "quand ils étendaient leur linge, tout le monde pouvait les voir distinctement".

 

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Taïr (à gauche) et Nazih Mahmoud

 

Ils s’étaient engagés dans les troupes du dictateur alaouite Béchar al Assad, avant d’être enrôlés dans une organisation terroriste, encadrée par la milice chiite libanaise du Hezbollah.

 

C’est après avoir reçu un entrainement qu’ils s’apprêtaient, dimanche dernier, à poser un engin explosif de forte puissance le long du grillage de sécurité. Avec deux complices, ils entendaient faire sauter la bombe au passage d’une patrouille de Tsahal ; par le passé, des actes similaires avaient causé la mort de militaires israéliens, y compris des Druzes, ce que nous avions chaque fois relaté dans ces colonnes.

 

Le trouble s’est insinué lorsque la famille des deux individus a édifié à Majdal Shams une tente de deuil, comme c’est la coutume dans les pays arabes. La parenté des deux hommes se disposait à recevoir les invités désireux de lui témoigner leur sympathie ; dans les faits, ceux-ci furent fort clairsemés et l’événement est resté, par son ampleur, très marginal au sein des Druzes du Golan.

 

Dans la tente, on a toutefois pu entendre les qualificatifs de "héros" et de "martyrs" de la bouche de certains membres de la famille. Plus encore, une petite manifestation bruyante fut organisée, fermement confinée par Tsahal, pour demander le rapatriement des deux dépouilles afin qu’elles soient enterrées à Majdal Shams.

 

Ce qui jette un froid consiste en cela que les Druzes du Golan entretiennent des relations très pacifiques avec leurs voisins israélites. Une grosse majorité de la population druze du plateau travaille dans les villes de la vallée du Jourdain, où certains d’entre eux ont également ouvert, depuis de longues années, des commerces florissants dans tous les domaines d’activités.

 

Ils fréquentent aussi les universités israéliennes, particulièrement celle d’Haïfa ainsi que le collège académique de Tel Haï, situé à mi-chemin entre Métula et Kiryat Shmona.

 

Au dispensaire de cette ville, on rencontre d’ailleurs des dizaines de médecins et d’infirmières qui viennent quotidiennement y travailler en descendant de la montagne, suite à un trajet d’une vingtaine de minutes.

 

Dans tout le Doigt de la Galilée, on croise également des architectes, des ingénieurs et des avocats du Golan, qui sont habilités à plaider devant tous les tribunaux d’Israël.

 

La population druze du haut plateau est sensibilisée par la guerre civile syrienne, qu’elle ne peut ignorer, car les combats qui opposent la Résistance à l’Armée gouvernementale et à ses alliés iraniens et libanais, font rage à quelques centaines de mètres de chez eux. Et l’écho des bombardements d’artillerie, mais aussi des tirs d’armes automatiques, ne s’arrête pas à la frontière et fait trembler la terre presque journellement.

 

Si la plupart des Druzes ne sont concernés que par le sort du million de leurs frères vivant de l’autre côté de la frontière et restent concentrés sur leurs affaires sans s’impliquer dans le conflit, le reste de la communauté est partagé.

 

30% ont pris fait et cause pour l’opposition, alors que 70% sont politiquement impliqués dans le soutien du régime alaouite.

 

Dans leurs quatre villes, Majdal Shams, Massadé, Boukata et Ein Kenya, on trouve même des permanences de soutien sur lesquels a été déroulé le drapeau gouvernemental syrien, de même que des portraits du dictateur.

 

Tant que ces activités restent confinées dans la sphère politique et n’occasionnent pas de troubles à l’ordre public, les autorités israéliennes se gardent d’intervenir. La conduite de Jérusalem s’inspire du fait que, comme nous l’avons déjà dit, seule une faible partie de la communauté est impliquée dans ces occupations, et qu’une intervention de la police ne ferait qu’aggraver les choses.

 

D’ailleurs, le chef spirituel de tous les Druzes israéliens, le Cheikh Mouwaffak Tarif, s’est empressé de rédiger un communiqué dans lequel il dénonce vivement la décision de la famille Mahmoud. "Ce qui nous importe", a déclaré le cheikh, "c’est l’existence de l’Etat d’Israël et sa sécurité". Le leader spirituel ajoutant : "Ces druzes ne représentent aucun Druze du pays, et une vaste majorité dans le Golan ne soutient pas ces actes criminels".

 

Le maire de Majdal Shams, Dolan Abou Saleh, renchérissait en condamnant sans réserve l’établissement de la tente dans sa circonscription, et en expliquant : "C’est absurde! Pendant que Tsahal s’emploie à défendre les hauteurs du Golan et les résidents de la cité, il y en a qui crachent dans le puits dont ils boivent l’eau".

 

Les relations entre les Druzes vivant dans l’Etat d’Israël d’avant 1967 et ceux du Golan sont très particulières. Ceux qui sont établis à l’ouest de la ligne verte sont de fervents patriotes israéliens, qui font leur service militaire, beaucoup au titre d’officiers et même d’officiers supérieurs. Dans la ville druze israélienne de Khorfesh, pour ne parler que d’elle, on compte par centaines les tombes des soldats morts pour la défense d’Israël, bien plus nombreuses, proportionnellement, que dans le village de Métula où nous sommes établis.

 

On observe, à ce propos, que c’est actuellement la brigade d’élite Kherev (sabre) qui s’occupe de la défense de Métula et qui patrouille sans relâche le long de la frontière libanaise. Or Kherev est constituée à plus de 80% de Druzes. Des Druzes que l’on trouve également dans toutes les autres unités de Tsahal et de la police.

 

La situation n’est pas la même dans le Golan, où guère plus de vingt pour cent de la communauté a opté pour la citoyenneté israélienne. Les autres se tiennent politiquement à l’écart des courants nationalistes.

 

Au bénéfice d’un statut particulier, tous les Druzes du Golan disposent des mêmes droits que les Israéliens, à l’exception, pour les non-israéliens, du droit de vote lors des scrutins nationaux.

 

Entre la population du Golan et celle d’avant 1967, c’est la fraternité druze qui prédomine en principe ; les mariages entre elles sont légions et chaque grande famille compte des membres des deux côtés de la ligne verte, ce, même si l’arabe qu’ils pratiquent n’est pas exactement identique, et si l’on peut reconnaître leur origine à leur parler.

 

Lors des réunions familiales, on évite habituellement de parler politique, mettant en avant ce qui unit plutôt que ce qui divise.

 

Reste que lors d’événements comme celui de Majdal Shams, les non-dits se font soudain pesants, de même qu’au sein des entreprises israéliennes, entre employés juifs et druzes d’Israël, d’une part, et Druzes du Golan, de l’autre.

 

Ce qui dérange est que, jusqu’à maintenant, les cas comme celui des frères Mahmoud étaient extrêmement rares, de même que la réaction de leur famille. Il est pénible d’imaginer que ces miliciens, nés sur le territoire israélien, avaient pour projet d’assassiner des militaires de Tsahal, et parmi eux, possiblement, des Druzes et même des Druzes de Majdal Shams.

 

Appeler ces deux individus des héros et des martyrs ne saurait laisser indifférents les autres habitants de la région.

 

Ce qui gêne encore plus, et c’est une exclusivité de la Ména, est qu’une partie de la famille Mahmoud s’est installée dans des localités juives de Galilée, et que plusieurs de ses enfants servent actuellement, et de manière fort honorable d’ailleurs, dans les rangs de l’Armée israélienne.

 

Ces derniers n’ont, bien évidemment, pas participé aux activités commémorant le deuil de leurs deux cousins.

 

Pour les lecteurs que cela intéresse, la Ména avait abondamment narré les pérégrinations de la famille Mahmoud dans une série d’articles intitulée Un Golan, des Druzes 1ère partie, 2ème partie. C’était aussi une partie de la saga de la famille Mahmoud qu’Eran Riklis avait assez fidèlement racontée dans son film La fiancée syrienne.

 

En dépit du sentiment d’inconfort qui s’est installé, on prévoit que la situation va rentrer dans l’ordre dès la semaine prochaine. Retour à la normalité et à la convivialité, certes, mais les événements dont nous venons de parler resteront dans les mémoires et encombreront les relations traditionnellement bonnes entre les Druzes du Golan et leurs voisins juifs du plateau, ainsi qu’entre les Druzes du Golan et la population israélienne, en particulier, les Druzes israéliens.

 

Dans la région, tout le monde a coutume de répéter avec fierté qu’aucun Juif n’a jamais tué un Druze et qu’aucun Druze n’a jamais tué un Juif. Cela reste vrai, mais il s’en est fallu de pas grand-chose pour que cette tradition, enviable entre toutes les communautés du Moyen-Orient, ne soit brutalement interrompue.


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Les cascades de Métula Version imprimable
Reportage
lundi, 02 février 2015

 

© Metula News Agency

 

L’une des particularités du parti pris antisémite de nombreux media occidentaux consiste à ne jamais montrer les beaux aspects d’Israël.

 

Ou alors, ils les diffusent, mais en les accompagnant d’affirmations le plus souvent inexactes, comme celles prétendant que ces paysages auraient été volés aux Palestiniens, ou mentionnant les villages israéliens, y compris ceux d’avant 1967, comme autant de "colonies".

 

La liberté de calomnier Israël, l’exemption du devoir de réserve et de vérification du commentaire, et l’immunité pour les imputations mensongères aux dépens des Israéliens et des Israélites constituent à n’en point douter une partie importante dans l’agression médiatique qu’ils subissent.

 

Heureusement - c’est de l’humour juif - depuis l’Affaire Dreyfus et jusqu’à la Controverse de Nétzarim ou aux "tirs tendus quotidiens des soldats de Tsahal sur les agriculteurs de Gaza", en passant par Radio Paris, nous avons eu le loisir d’apprendre à reconnaître ces comportements. Il fallait être un peu naïf pour se convaincre qu’ils avaient été éradiqués de la surface de la Terre.

 

Mais en réalité, l’Etat hébreu est tout autre chose que l’enclos entouré de barbelés que l’on vous présente jour après jour dans vos JT, différent aussi d’une sorte de caserne dans laquelle même les civils ne songeraient qu’à malmener leurs voisins arabes, comme l’affirment certains intellectuels français, par exemple.

 

La Ména est aussi là pour filmer les images de la réalité ordinaire ; cela fait partie de la réinformation que de montrer la Galilée sous la neige, où ce qui figure dans ce nouveau petit documentaire : "Les chutes de Métula".

 

Elles sont cinq au total, gonflées par la fonte précoce des neiges et les températures printanières. Nous vous les présentons comme seuls les oiseaux les connaissent, ayant pu accéder, grâce à notre drone, à des endroits où l’homme n’avait jamais posé les yeux.

 

Chaque fois que l’actualité nous en donnera l’occasion, nous continuerons – comme nous l’avons toujours fait - à vous proposer des images de ce magnifique et paisible pays qu’est Israël.

 

Sans parler. Comme un interlude dans la haine incessante que l’on nous adresse. Nous vous offrons aujourd’hui deux minutes trente-trois de relaxation et de détente. Un clin d’œil vers ceux qui nous aiment et vers ceux qui nous détestent. Pour remplir le cœur des premiers de douceur et entretenir la rage des seconds en quatre mots : Ici c’est Israël.

 

 

 
Golan : visite de bon voisinage (info # 010909/14) Version imprimable
Reportage photo
mardi, 09 septembre 2014

 

Par l’équipe de reportages Nord-Est © Metula News Agency

 

Nous avons effectué hier, lundi, un reportage extrêmement fructueux le long de la frontière entre Israël et la Syrie, sur le plateau du Golan.

 

Les objectifs de notre petite expédition consistaient à observer visuellement l’état du conflit entre la rébellion et l’Armée de Béchar al Assad, ainsi qu’à tenter de savoir qui faisait la loi au sein de l’opposition armée dans cette région, entre les islamistes extrémistes et les composantes plus modérées de l’Armée Syrienne Libre (ASL).

 

D’autre part nous voulions savoir si la ligne Alpha, autrement dit la frontière entre l’Etat hébreu et son voisin de l’Est était calme et stable, ou si les escarmouches s’y multipliaient, et les menaces se concrétisaient.

 

Comme dans notre cas le journalisme ne se limite pas à répercuter les bilans des victimes obtenus au guichet d’une organisation terroriste, nous avons arpenté des sentiers pierreux et à peine praticables le long du grillage de séparation, nous trouvant, pendant plus de 3 heures, à moins de 10 mètres de la Syrie en guerre.

 

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Une position de l’ONU adossée à Kuneitra

 

La première constatation que nous tirons de notre randonnée est, qu’hier du moins, la situation était particulièrement sereine. Le front du Golan, pratiquement sur toute sa longueur, des contreforts du mont Hermon, au Nord, jusqu’à Khamat Gader, au Sud, sur la frontière jordanienne, est aux mains des opposants à Assad.

 

L’Armée du régime tient toujours ses positions sur l’un des deux mamelons constituant le mont Hermon, et de là, le long du Liban, qu’elle a déjà entrainé dans sa guerre civile.

 

On se balade en plein traumatisme d’après la bataille ; de toute l’après-midi, nous n’avons pas croisé le moindre porte-flingue d’al Assad, ni aucun combattant de l’ASL, pas plus que les habitants, encore terrés dans leurs maisons. A peine quelque véhicule utilitaire s’aventurant prudemment sur des routes dangereuses.

 

Côté israélien, des patrouilles, qui ne se formalisent pas outre mesure de notre présence, nous prenant sans doute pour des forces spéciales (qui d’autre s’aventurerait ici ?). Tsahal s’est installé à quelques centaines de mètres de la frontière, dans des bases où il a pu déployer tout son arsenal hypersophistiqué. Les soldats nous regardent sans doute à la jumelle mais nous fichent la paix.

 

La zone reste tout de même très dangereuse. Pendant notre visite, sur le coup de 19 heures, on entend deux ou trois rafales au loin ; une balle perdue a touché légèrement un militaire israélien à la jambe. Celui-ci est emmené en hélicoptère vers l’hôpital de Safed, à 5 minutes de vol.

 

Notre découverte la plus intéressante, nous l’avons faite à Kuneitra. Kuneitra, ville fantôme dans laquelle personne ne vit depuis 1967 lorsqu’elle fut prise et détruite par les guerriers hébreux.

 

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L’hôtel de ville abandonné de Kuneitra

 

Israël s’en est retiré depuis 40 ans, et, ces derniers mois, elle était devenue l’enjeu de la guerre du Golan entre Assad et ses contempteurs.

 

Au centre de la bataille un petit poste frontière, l’allure insipide, à 30 mètres de son homologue israélien. C’est cette position, symbolique et stratégique à la fois, qui était au cœur des combats ; des centaines de Syriens viennent de mourir pour elle.

 

Difficile de croire que l’on puisse donner sa vie pour quelque chose d’aussi misérable. Le poste frontière est là, devant nous, vide de toute présence humaine à notre grand étonnement.

 

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C’est pour ça que 300 personnes au moins sont mortes

 

Il y a quelques jours, dans l’euphorie de la victoire, les drapeaux de toutes les factions en guerre contre la dictature alaouite avaient surgi de nulle part.

 

Maintenant, quelqu’un a fait de l’ordre et il ne reste qu’une seule bannière. Nous reconnaissons celle de Jabkhat Thowar Suriya, le Front Révolutionnaire Syrien (FRS).

 

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C’est une agréable nouvelle, car le FRS représente une aile idéologiquement modérée au sein de l’Armée Syrienne Libre.

 

C’est un front qui s’est solidifié face au renforcement du Califat Islamique, sous les ordres d’un certain Jamal Maarouf, le chef de la Brigade des Martyrs de Syrie, basé à proximité d’Idlib, dans le nord-ouest du pays.

 

C’est l’un des rares groupes à s’être prononcé en faveur de la seconde conférence de paix de Genève, en présence de représentants du régime.

 

Le FRS, qui compte une dizaine de milliers de combattants, prône le renversement des alaouites et l’établissement d’une démocratie pluraliste, une perle rare dans la région ; une organisation plus nationaliste arabe qu’islamiste, on pourrait presque parler d’un mouvement "laïque".

 

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On ne s’est pas fait le moindre cadeau

 

Ce sont des gens avec lesquels il est possible de discuter, du genre que les Européens, les Américains et les Israéliens aideraient volontiers.

 

D’ailleurs ce que l’on constate sur le terrain témoigne de ce qu’un dialogue existe. Notamment l’hôpital de campagne opéré par les Hébreux, à califourchon sur la ligne Alpha, pas loin de la bourgade druze-israélienne de Boukata.

 

C’est un secret de polichinelle de dévoiler que le Front Révolutionnaire Syrien reçoit de la part des Occidentaux des aides de toutes sortes. Mais mieux vaut, pour le moment, ne pas entrer dans les détails.

 

Ce qui frappe sur place c’est ce drapeau orphelin, pas dominateur puisqu’attaché à mi-mât et sans personne pour le garder.

 

En face, en Israël, c’est pareil, le poste frontière est fermé et désaffecté. Il y a quelques jours, la Police Militaire, armée jusqu’aux dents, nous a empêché de nous approcher à 100 mètres d’ici, mais ce lundi, cela ressemble au désert des Tartares. Personne - ni dans les nombreuses bâtisses, ni dans l’aile technique, ni dans les miradors.

 

Il est évident que des deux côtés de la frontière on s’est entendu afin d’éloigner les combattants les uns des autres et d’éviter ainsi les frottements incendiaires.

 

Dans ces conditions nous pouvons aller ou nous voulons ; il n’y a pas même un Casque bleu de l’ONU, dont les baraquements sont tout proches, pour nous barrer le chemin. A peine deux soldats philippins ventripotents, absorbés par leur jogging quotidien, qui nous font un geste amical, tout heureux de croiser d’autres êtres vivants.

 

Nous posons le pied dans le No Man’s Land, gravissons les marches d’un mirador des Nations Unies déserté et posons notre lourd téléobjectif sur la rambarde de métal pour prendre des photos,

 

Nous regardent-ils en face ? Probablement. On sent quelques paires d’yeux fixées sur nous mais en toute discrétion : que ce silence a l’air bien ordonné !

 

Nous continuons notre inspection, et croisons  des voisins moins tranquilles. C’est un pick-up d’al Nosra - le drapeau d’al Qaeda à l’avant en témoigne -, qui revient d’une tournée de pillage. Il est chargé comme un mulet de motocyclettes volées et tire par un câble un tout terrain, lui aussi ramené en butin d’une razzia sur le village d’el Hmidaiah, à 7 km d’ici. Ses habitants avaient eu la mauvaise idée de prendre parti pour al Assad ; ils sont désormais contents de conserver leur tête sur leurs épaules à défaut de leurs moyens de locomotion.

 

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Les islamistes d’al Qaeda ramenant leur butin (dans le cercle rouge, le drapeau d'al Nosra)

 

Les miliciens sont extrêmement dangereux, ce sont eux qui détiennent toujours les 45 Casques bleus fidjiens, probablement à une cinquantaine de kilomètres de notre frontière. Nous sommes les témoins privilégiés de la coexistence entre le Front Révolutionnaire Syrien et les barbares d’al Nosra.

 

Le drapeau au check post montre qui est actuellement le chef, le plus fort. Mais les miliciens islamistes semblent ici chez eux, jouissant d’une grande liberté de mouvements de la part de leurs alliés du moment.

 

Cette alliance est d’ailleurs assez surprenante lorsque l’on sait qu’il y a tout juste un peu plus d’un mois, le FRS et al Nosra se sont violemment affrontés dans Jisr al Choughour, pas loin du port syrien de Lattaquié et à 6 km de la frontière turque.

 

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Il n’y a pas que les trains qui déraillent en France (1ère partie)(info # 011707/13) Version imprimable
Reportage
mercredi, 17 juillet 2013

 

Par Patricia La Mosca

 

La catastrophe de Brétigny, vendredi dernier, a eu d’étranges effets. Un différend s’est rapidement installé à propos d’actes de pillage qui seraient survenus sur des morts et des blessés ainsi qu’au sujet de heurts entre les forces de l’ordre et les énergumènes qui se seraient rendus coupables de ces actes de dépouillage.

 

Les affirmations concernant les vols ont émané d’un syndicat de police, Alliance, ainsi que de quelques confrères, d’Europe 1, de France 2 et du Parisien, principalement.

 

Puis le paysage de la communication a subitement changé, les représentants de l’Etat, Manuel Valls en tête, le ministre de l’Intérieur, ainsi que Frédéric Cuvillier, celui des Transports, et le préfet de l’Essonne niant en bloc les allégations des dénonciateurs.

 

Ils ont parlé de rumeurs très exagérées, d’actes isolés, du vol du portable d’un secouriste, réfutant le reste en bloc et plongeant le public dans le doute. Doute entretenu par les rares déclarations publiques de représentants des forces de l’ordre et du SAMU, n’intervenant plus que pour confirmer les dires des ministres.

 

Quant aux confrères accusateurs, soumis à des pressions comme on n’en connaît que trop dans la presse française – qui elle aussi est bien malade –, ils ont mis la pédale douce, atténuant tour-à-tour leurs témoignages.

 

Restaient quelques sites engagés, qui reprenaient en boucle les déclarations initiales d’Alliance, mais sans pouvoir ajouter le moindre fait nouveau. Ils s’imaginaient que quelque chose ne tournait pas rond dans le narratif de l’affaire, et brodaient le reste au gré de leurs convictions politiques et de leurs feuilles de route. Mais cela faisait des billets d’opinion et rien d’autre.

 

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Dépouiller des victimes ? Là-dedans ?

 

Faute de témoignages de première main, il était objectivement impossible de dire si des pillages en bandes avaient suivi le déraillement du train ou si un pickpocket avait seulement bousculé un pompier par inadvertance. La machine à faire taire de l’Etat français s’était mise en branle et elle paraissait efficace.

 

A la Ména, nous nous sommes bien gardés de prendre parti, ne versant pas volontiers dans les accusations sans fondements. Dès samedi, dérangés par les versions contradictoires, l’abysse qui les sépare, ainsi que par la gravité des faits inférés, nous nous sommes mis en quête d’indices, ne sachant pas, à priori, qui disait la vérité, mais convaincus que quelqu’un mentait.

 

Nous avons fait jouer les bons contacts existant entre l’agence et des officiers français de la sécurité pour nous faire recommander quelqu’un qui avait assisté à la scène et qui était disposé à nous en parler en toute liberté.

 

Hier mardi, on nous amena l’oiseau rare ; un policier courageux dont nous tairons le grade et les attributs, vous allez rapidement comprendre pourquoi. Et le brouillard du coup s’est levé.

 

Notre témoin est fiable pour plusieurs raisons. D’abord, ceux qui nous l’ont présenté sont des gens bien, que j’avais côtoyés pendant que je couvrais les émeutes de la cité de la Villeneuve à Grenoble en 2010. Ils m’avaient déjà, à l’époque, permis de diffuser la vérité [voir "Grenoble ou le cimetière des rêves", sur le site d’un syndicat de policiers] sur ces troubles. Ensuite, son récit se tient, il est logique, ne contient aucune contradiction et s’illustre de détails difficiles à inventer. Et finalement, il suffit presque de voir et d’entendre ce policier de carrière, parlant sans crainte et sans préjugés, pour se persuader qu’il ne nous mène pas en bateau.

 

Ce nouveau témoignage permet d’établir que Manuel Valls, Frédéric Cuvillier et le Préfet Fuzeau ont menti aux Français, qu’ils ont décidé de dissimuler un crime terrible, et que, pour parvenir à leur fin, en plus de mentir, ils n’ont pas hésité à corrompre des fonctionnaires de l’Etat, à brandir des menaces et à infliger des pressions sur d’honnêtes professionnels disant la vérité, dans le but unique qu’ils la taisent.

 

Plus que cela, la situation générale décrite par notre intervenant dépeint un univers apocalyptique ignoré par la majorité de mes compatriotes, qui présente un état de délitescence mafieuse et de désagrégation sociale et sécuritaire auxquelles il est difficile d’imaginer des remèdes. Et contre lesquelles l’Etat de droit ne fait rien ou si peu, à part, peut-être, s’efforcer de cacher leur existence.

 

J’évoque aux oreilles de M. Damien (appelons-le ainsi) la difficulté que nous avons eue à recueillir le narratif d’un témoin oculaire des faits.

 

Damien :         C’est normal, tout est cloisonné. La compagnie de CRS qui est intervenue à Brétigny a été spécialement rassemblée par son commandant et a reçu l’ordre de ne rien dire, de ne rien raconter aux proches de ce qui s’était passé, car il ne s’est rien passé !

 

La Ména :       Il ne s’est réellement rien passé ?

 

Damien :         Il y a eu un attroupement de jeunes des banlieues autour des victimes, des blessés et des morts, qui leur ont fait les poches. Ils se sont également livrés à des vols et des rackets sur les secouristes.

 

                        Cela s’est déroulé "en champ ouvert", selon l’expression que nous utilisons, pas en champ fermé, devant les yeux de tout le monde, pas en petit comité.

 

La Ména :       Les autorités parlent d’un seul secouriste qui se serait fait dérober son téléphone.

 

Damien :         C’est totalement faux. D’ailleurs, si on n’avait volé qu’un seul téléphone, comment y aurait-il eu quatre interpellations ? Ils se mettent maintenant à quatre pour chouraver un portable ? Il y a eu de nombreux vols et plus encore de tentatives de vols sur les secouristes.

 

                        Et il y a eu un affrontement en règle CRS-jeunes. Au départ, ils étaient une quinzaine, vingt peut-être ; lors de l’affrontement, leur nombre a pratiquement doublé. Les hommes ont dû faire usage de la force et de petites grenades DMP, à la fois fumigènes et lacrymogènes.

 

                        Nous avons essuyé des jets de pierres et de canettes nourris.

 

La Ména :       Pourquoi ne les avez-vous pas appréhendés ?

 

Damien :         A quoi ça sert, j’ai envie de vous dire à quoi ça sert ! Récemment, nous en avons serrés qui venaient de dégrader une voiture de RER et qui avaient racketté les passagers, ils n’ont eu que du sursis. A quoi ça sert ?

 

                        Ils sont arrivés juste après le déraillement, se sont jetés sur les personnes qui se trouvaient au sol – je ne sais pas si elles étaient blessées ou mortes -, en tout cas, ils se sont jetés sur elles, les ont fouillées et ont commencé à leur faire les poches.

 

                        Dans un premier temps, on a cru qu’ils s’approchaient des victimes pour donner un coup de main aux secouristes, mais nous nous sommes très vite rendu compte qu’ils étaient en train de les dépouiller.

 

                        Et on a classé cela sans suite. Comme ils ne veulent pas que ça se sache, c’est classé sans suite. Eh oui !

 

 

 

A suivre…

 

 

 
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mardi, 02 février 2010

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