Pour l’honneur d’un soldat (info # 010105/16) Version imprimable
Analyse
dimanche, 01 mai 2016

 

Remarque du rédacteur en chef : alors que certains rédacteurs de la Ména soutiennent le point de vue exprimé par Guy Millière dans son article de ce jour, d’autres ne partagent pas son narratif, son analyse et ses conclusions.

 

En conformité avec nos règles éditoriales, je ne permettrai cependant pas aux journalistes dont l’avis diverge de celui de Guy Millière de revenir sur l’affaire traitée, au moins jusqu’à ce qu’elle connaisse des évolutions qui nécessitent un nouvel article.

 

Car si je le faisais, l’expérience a montré que plusieurs autres journalistes de la Ména pourraient réclamer un droit de réponse que je ne pourrais alors pas leur refuser. Et, le cas faisant jurisprudence, les choses pourraient se répéter face à chaque évènement, la discussion se résumant alors à un débat interne entre rédacteurs de l’agence, ce qui ne correspond pas à notre vocation d’informateurs et d’analystes.

 

Notre démarche consiste au contraire à réserver l’opportunité du débat à ceux qui nous lisent. Ceci posé, et pour préserver l’équilibre dans l’expression de la Ména, à la prochaine occasion attenante à la politique domestique israélienne, je demanderai à un journaliste ayant une sensibilité différente de celle de Guy Millière d’analyser la situation. SJ.

                                                                                                                                

Pour l’honneur d’un soldat

Par Guy Millière

 

On le sait, je pense, le sergent Elor Azria, soldat dans les Forces de Défense d’Israël, est accusé d’avoir tué un terroriste djihadiste déjà « neutralisé » et au sol. Moshe Yaalon, ministre de la Défense d’Israël, a aussitôt incriminé le sergent dans des termes très durs, et est allé, depuis, jusqu’à comparer indirectement son comportement à celui d’un membre de l’Etat Islamique. Le chef d’état-major de l’Armée israélienne, le Maréchal Gadi Eizenkot, a tenu des propos allant dans le même sens que ceux de Moshe Yaalon. Elor Azria est accusé d’homicide. Il a été arrêté, mis en examen, et doit répondre de ses actes devant la justice. Son procès doit reprendre demain, le 2 mai.

 

Quelle que soit l’issue du procès, ce qui s’est passé est très grave.

 

Une des règles fondamentales de la justice est la présomption d’innocence. Le sergent Elor Azria a été traité d’emblée par Moshe Yaalon et Gadi Eizenkot non pas sur la base de la présomption d’innocence, mais sur celle de culpabilité : cela me semble préoccupant.

 

La raison en est que cette présomption de culpabilité repose sur une vidéo biaisée, diffusée par une ONG gauchiste anti-israélienne, B’Tselem ["A l’image de", Genèse, 1/27, "Et Dieu a créé l’homme à [son] image ". Ndlr.].

 

Qui, en dehors de gauchistes anti-israéliens, peut accorder du crédit à une vidéo biaisée produite par une organisation gauchiste anti-israélienne ? Les media européens ? Oui, bien sûr. Mais les media européens sont dans tous les cas anti-israéliens et n’apprécient que les Israéliens qui détestent leur propre pays. Le penchant à gauche de divers media israéliens me semble surtout être un sujet de consternation qu’un objet de réjouissance.

 

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Posters placardés par les soutiens d’Elor Azria

Le chef d’état-major de Tsahal, Gadi Eizenkot, habillé en femme arabe, avec la mention :

"Eizenkot démissionne, et emmène avec toi Bibi (Netanyahu) et Boogie (Yaalon) !"

 

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Moshé (Boogie) Yaalon, ministre de la Défense, ancien chef d’état-major de Tsahal, Likoud

Après l’assassinat d’Itzkhak Rabin, un sens graphique qui n’est pas du goût de tous les Israéliens. Beaucoup pensent qu’Eizenkot et Yaalon n’ont pas de leçons à recevoir

en matière de protection d’Israël et de ses soldats

 

Ce qui est préoccupant est que le ministre de la Défense et le chef d’état-major de Tsahal, en appuyant et en alimentant la présomption de culpabilité, ont semblé craindre les réactions médiatiques plutôt que réaffirmer des principes essentiels, en défendant l’honneur d’un soldat, qu’ils ont accepté de voir traiter de manière dégradante et humiliante.

 

Des milliers d’Israéliens se sont mobilisés pour, eux, défendre l’honneur d’un soldat, et ont manifesté à Tel-Aviv pour faire entendre leur voix. Selon les sondages, une très nette majorité de la population israélienne se place du côté de ceux qui ont manifesté.

 

Jusqu’à plus ample informé, le sergent Elor Azria a effectivement tué un terroriste djihadiste blessé et à terre, mais rien ne permet de dire que ce terroriste djihadiste était effectivement « neutralisé ».

 

Le terroriste en question, qui venait de commettre une agression qui aurait pu être meurtrière, portait une tenue épaisse qui aurait pu dissimuler des explosifs destinés à un attentat suicide. Il a, dit Elor Azria, et ses propos sont corroborés par plusieurs témoins, fait un mouvement qui pouvait indiquer qu’il entendait actionner un détonateur. Qu’une enquête ait lieu est concevable. Que le sergent Elor Azria soit traité comme un criminel en ce contexte ne l’est pas.

 

Non seulement cela donne du crédit à une organisation gauchiste anti-israélienne et cela fait saliver les journalistes anti-israéliens de la Terre entière, mais cela constitue un signe de faiblesse et de vulnérabilité de la part du ministre de la Défense et du chef d’état-major. Cela ne peut qu’inciter les organisations gauchistes anti-israéliennes à persévérer dans leur travail de sape et à faire saliver davantage encore les journalistes anti-israéliens.

 

Cela ne peut que porter atteinte au moral des soldats israéliens, qui font un travail très difficile, dans des conditions assurément dangereuses, et qui n’ont pas à risquer leur vie plus que c’est d’ores et déjà le cas.

 

Bien trop de soldats israéliens sont morts, ces dernières années, en défendant leur pays et en assurant la sécurité de leurs concitoyens. Nombre de ces soldats sont morts parce que l’Armée israélienne respecte des règles éthiques qui devraient la rendre exemplaire, et qui, néanmoins, ne lui évitent ni les insultes ni la diabolisation.

 

Je suis de ceux qui pensent que chaque mort Israélien est un mort de trop. Je suis de ceux qui pensent que chaque soldat israélien tué est un soldat israélien tué de trop.

 

Je suis de ceux qui souhaitent vivement qu’à la tête du ministère israélien de la Défense et de l’Armée israélienne, il y ait des hommes qui discernent qu’ils n’ont rien à attendre des ennemis d’Israël, strictement rien, quoi qu’il leur soit cédé.

 

Je suis de ceux qui souhaitent qu’il soit pleinement compris par ceux qui gouvernent Israël qu’ils n’ont rien à attendre du côté « palestinien », sinon le pire et l’abjection, qu’ils ont en face d’eux des totalitaires qui ne respectent aucune règle et aucun contrat, et qu’il faut, dès lors, vaincre sans s’abaisser à leur niveau de bestialité, mais sans montrer à leur égard le moindre signe de faiblesse.

 

Je ne doute pas que Binyamin Netanyahou sait qu’il n’a rien à attendre des « Palestiniens » ; il a pris initialement la même position sur cette affaire que Moshe Yaalon et Gadi Eizenkot, mais s’est, fort heureusement, rapidement ressaisi.

 

Je suis de ceux qui souhaitent que soit pleinement compris que la seule issue concevable au conflit est celle que Daniel Pipes proposait il y a quelques années : Israël gagne, les « Palestiniens » perdent. Je suis de ceux qui regrettent qu’Israël n’ait pas gagné à ce jour, alors qu’Israël dispose de tous les moyens pour le faire.

 

Je suis pour une solution israélienne au conflit : ce qui implique que l’Autorité Palestinienne soit traitée comme ce qu’elle est, un ennemi en guerre contre Israël. Un ennemi qu’il faut conduire vers une défaite absolue et irrémédiable.


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L’interview hebdomadaire de Stéphane Juffa par Jim Mosko sur Radio Judaica du 28 avril Version imprimable
Radio/audio - interview/reportage
vendredi, 29 avril 2016

 

© Metula News Agency

(info # 012904/16)

 

https://youtu.be/eBKl9LZlNVw

 

Au sommaire :

 

L’initiative française en vue d’une conférence sur le différend israélo-palestinien à Paris en mai. La réaction du gouvernement israélien. Le risque d’une solution imposée à Israël et de sanctions en cas de refus de Jérusalem. La menace d’un soutien d’Obama au Conseil de Sécurité à la fin de l’été.

 

L’analyse d’une nouvelle guerre avec le Hezbollah. L’évaluation du risque. Le scénario d’un éventuel conflit, qui serait plus dur et plus meurtrier que les précédents.

 

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Les Kurdes syriens vont traverser l’Euphrate (info # 012704/16) Version imprimable
Analyse
mercredi, 27 avril 2016

 

Par Perwer Emmal (correspondant aux Kurdistans syrien et turc)

 

On parle beaucoup, dans les media kurdes syriens et irakiens, d’une attaque imminente des YPG - les "Unités de Protection du Peuple" kurde de Syrie – contre la ville de Jarabulus. Cette cité se situe à l’ouest du fleuve Euphrate, alors que sa rive orientale est tenue par les YPG, à une trentaine de kilomètres à l’ouest de Kobane.

 

Jarabulus, Kaniya Dil en kurde, qui signifie "source (kaniya) du cœur (dil)", est peuplée de 12 000 habitants. Elle se trouve également sur la frontière ottomane et même une partie de la ville se situe en territoire turc.

 

Actuellement, Jarabulus est aux mains des troupes de DAESH, le Califat Islamique, et constitue même, avec sa région limitrophe, son dernier point de passage, d’approvisionnement d’armes, de munitions, de mercenaires, de commerce, de contrebande de pétrole, et d’infiltration avec la Turquie.

 

En principe, Ankara a délimité Jarabulus, à l’Est, et Azzaz, à l’Ouest, comme les deux points à ne pas dépasser par les YPG dans leur progression visant à unifier la région autonome kurde de Syrie appelée Rojava.

 

Plus largement, Erdogan a interdit aux Kurdes de franchir l’Euphrate, ce qu’ils ont pourtant fait, à la fin de l’année dernière, pour s’emparer du barrage de Tichrine, à 52 kilomètres au sud de Jarabulus.

 

Ma description des positions des différentes factions combattantes dans la région est bien illustrée par la carte ci-dessous, la plus précise et la plus régulièrement mise à jour pour suivre le conflit syrien, hormis quelques imprécisions.

 

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Avec le service cartographique de la © Metula News Agency

                                                                                                      

Les points noirs représentent les lieux tenus par DAESH, les rouges, par les forces du régime, les verts, par l’Armée Syrienne Libre (ASL), faisant souvent cause commune avec al Nosra dans le Nord, l’avatar d’al Qaëda en Syrie, et les jaunes figurent les localités contrôlées par les Kurdes, œuvrant au sein des Forces Démocratiques Syriennes (FDS).

 

Les FDS constituent une coalition militaire regroupant, outre les YPG, qui en sont la composante largement dominante, des Arabes de l’ASL (qui se sont opposés, dans certaines batailles, à d’autres contingents de l’ASL), les combattants du Conseil Militaire Syriaque (chrétien), ainsi que des guerriers sunnites appartenant à des tribus opposées à DAESH.

 

Les FDS peuvent compter sur 43 000 hommes en armes, dont 35 000 Kurdes, 2 000 chrétiens et 6 000 musulmans. Ils ne regroupent pas moins de neuf organisations principales, dont l’une des plus importantes est le Jaysh al-Thuwar, l’Armée des Révolutionnaires, elle-même composée de 17 groupuscules combattants, principalement mobilisés contre DAESH dont ils craignent l’application extrémiste des préceptes de l’islam.

 

Jaysh al-Thuwar contribue à raison de 3 000 hommes au contingent des FDS. Malgré l’hétérogénéité de cette coalition, fondée en octobre 2015, les Forces Démocratiques Syriennes composent probablement la formation la plus stable et efficace de toutes celles participant à la Guerre Civile Syrienne.

 

Les FDS bénéficient de l’encadrement, d’armes, et surtout, du soutien aérien de l’Armée américaine. Une armée qui s’est construit deux bases permanentes dans le territoire tenu par les FDS, l’une, récente, à proximité de Kobané, l’autre, dans la province de Hasakah, qui comporte un aéroport, depuis lequel les Etats-Unis assurent les transports logistiques par hélicoptère et décollent afin de bombarder les positions de DAESH plus au Sud.

 

Washington préfère distiller son soutien aux FDS plutôt que directement aux YPG (ce qui revient au même) afin de ne pas froisser la susceptibilité de son allié turc, qui considère les YPG comme une organisation terroriste, exactement au même titre que le PKK, le Parti des Travailleurs du Kurdistan turc, qui guerroie avec l’Armée d’Erdogan.

 

D’ailleurs, comme le montre cette vidéo du 5 courant, les soldats turcs n’hésitent jamais à bombarder les zones kurdes de Syrie ; ici la ville de Kameshli, essentiellement civile et distante de 160 km des premières positions de DAESH.

 

La semaine dernière, j’ai été autorisé à me rendre, à mes risques et périls, à proximité de diverses lignes de front face au Califat Islamique, notamment à faible distance de la cité de Markada, toujours tenue par les islamistes. J’y ai vu à l’œuvre des commandos américains ou de l’alliance arabo-occidentale contre DAESH, sans pouvoir en avoir le cœur net, car ils ne parlent à personne.

 

On les distingue aisément des combattants des FDS par l’homogénéité de leur équipement, par la sophistication de leur armement et par leur mobilité. Ils interviennent en petit nombre, entre quinze et vingt soldats.

 

Contrairement aux Kurdes et à leurs alliés, dont le mode opératoire consiste à se dissimuler derrière un remblai creusé à la pelleteuse, de faire feu sur les objectifs ennemis tout en orientant les bombardements de l’aviation U.S grâce à des tablettes sur lesquelles ils signalent les positions des islamistes et les leurs, les commandos agissent différemment. Ils ont chaque fois une mission spécifique au-delà du remblai, la réalisent en quelques heures dans la plus grande discrétion, et sont évacués sitôt leur retour.

 

Officiellement, leur rôle se limite à conseiller (on les appelle d’ailleurs conseillers, "advisers") les combattant des FDS, en retrait de la ligne de front, mais, comme je viens de le narrer, ils participent directement aux combats et en constituent même souvent le fer de lance.

 

Ce n’est que lorsque l’objectif a été dûment "ramolli" par les attaques de bombardiers légers – il me semble avoir reconnu des chasseurs de chars A-10 Thunderbolt, mais mes connaissances aéronautiques sont restreintes – et par les opérations coup de poing des commandos U.S, que les FDS encerclent le fortin, l’usine ou la ville à investir, puis qu’ils nettoient l’objectif quartier par quartier, et ensuite, maison par maison.

 

Les A-10 effectuent une étrange manœuvre lors de leur pilonnage, un looping, suivi d’un redressement au-dessus de la cible pour lâcher leurs bombes.

 

Les principaux dangers auxquels les FDS ont à faire face sont les snippers, qui font plusieurs victimes dans leurs rangs à chaque affrontement, les véhicules piégés et artisanalement blindés, remplis d’explosifs, lancés à toute allure sur leurs positions avec des miliciens-suicidaires au volant, et les bâtiments minés. 

 

Pour la Turquie, les ennemis principaux, demeurent les Kurdes. Ils craignent de les voir occuper les 520 km de leur région frontalière, dont seuls les 89 km d’Azziz à Jarabulus échappent encore aux YPG et à leurs alliés.

 

Au cas où les Kurdes parviendraient à leurs fins, Ankara perdrait d’abord sa capacité de regard et d’intervention sur le conflit syrien. Ensuite, la région autonome kurde syrienne du Rojava servirait de base logistique arrière (voire plus) au PKK, qui œuvrerait probablement avec les YPG pour unifier les Kurdistans turc et syrien. 

 

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Prise d’armes chez les Forces Démocratiques Syriennes

40 % des combattants des YPG sont des femmes

 

Mais les affaires du Sultan Erdogan se compliquent dans la région ; comme on le constate à la lecture de la carte, la zone occupée le long de la frontière turque, face à Elbely et Kilis, par al-Nosra et une partie de l’ASL (points verts), n’est plus connectée au reste de la Syrie. Ce groupe rebelle est donc totalement dépendant de la volonté du Sultan, de l’armement qu’il lui fournit, et des miliciens en renfort qui ont transité par la Turquie vers cette sorte d’enclave, et l’on parle de 2 000 volontaires.

 

En dépit de cette aide massive, le seul succès militaire qu’ils ont enregistré est la prise du bourg d’al Ra’i (ce qui n’a pas été mis à jour sur la carte), lourdement aidés par l’artillerie d’Erdogan. Ils ont échoué dans toutes leurs autres entreprises.

 

Pour ne rien arranger aux intérêts d’Erdogan, DAESH, avec lequel il entretient des relations complexes d’amour-haine (comme la Turquie, de tous temps, avec tous ses autres voisins), s’est mis à bombarder régulièrement la ville turque de Kilis et sa banlieue, occasionnant la mort de dix Turcs et de sept réfugiés syriens. 90 000 habitants de la cité frontalière ont décidé de quitter les lieux. Les choses, entre les deux partenaires, tous deux sunnites et islamistes, ont dégénéré au point où l’opposition armée des Turcs au Califat, qui n’était jusqu’à présent qu’un prétexte pour intervenir contre les Kurdes en Syrie, est devenu une nécessité tactique pour Ankara.

 

Les Américains se sont ainsi engagés à fournir d’ici mai des missiles sol-sol HIMARS à l’Armée ottomane, dont la portée des canons est aujourd’hui trop courte pour atteindre le bastion du Califat, Manbij. Ces dernières 48 heures, les Turcs ont fait venir des renforts dans la zone de Kilis et prétendent avoir éliminé quelques miliciens de DAESH ; l’Air Force est également intervenue et en aurait neutralisé environ trente de plus.

 

Mais ces efforts de la part de Washington ont un prix. Les Américains, qui ont la ferme intention d’en finir avec DAESH en le chassant de tous les territoires qu’il occupe, ne comptent, en Syrie, du point de vue militaire, que sur les Peshmerga kurdes. Ils ont négocié ferme avec Ankara, ces derniers jours, pour qu’elle autorise les Kurdes à s’emparer de Jarabulus.

 

Erdogan a posé trois conditions : 1. Que ce soit les USA qui dirigent l’opération. 2. Que celle-ci ne dépasse pas Jarabulus, et 3. Que les Kurdes, à l’Ouest, ne dépassent pas Azzaz et ne la conquièrent pas. Il semble aussi que la fourniture des missiles HIMARS fasse partie du deal.

 

Quant aux conditions turques… Les Etats-Unis ne sont pas en mesure de "diriger" l’opération, puisque, pour leur opinion publique, ils ne participent pas à la guerre au sol en Syrie. Ce sont eux, certes, qui coordonnent les opérations avec les YPG, qui ne sauraient se passer de leur appui aérien, mais ce sont les Kurdes et leurs alliés qui attaqueront la ville. Ces derniers accepteront éventuellement et à titre provisoire de ne pas lancer une offensive en tenaille à partir de leurs positions autour d’Azzaz, mais la prise de Jarabulus les rapprochera de leur objectif final, qu’ils n’ont aucune intention d’abandonner.

 

On peut également se demander pourquoi l’Armée turque n’intervient pas elle-même afin de sécuriser la région. C’est simple : parce que les USA, de plus en plus irrités par la violence exercée par Erdogan, ne seraient pas d’accord, ainsi que les Russes, qui continuent à bombarder la région depuis les airs, qui soutiennent aussi les Kurdes, et qui pourraient s’en prendre aux Ottomans s’ils traversaient la frontière.

 

On va donc vraisemblablement assister sous peu (quelques semaines ?) à l’attaque et à la prise de Jarabulus par les Forces Démocratiques Syriennes. Cela ne résoudra pas le problème posé par la présence de DAESH à Manbij, et il semble que les FDS devront poursuivre leur avancée en direction de Tichrine qu’ils occupent déjà. Ils feront ainsi un pas important vers l’unification du Rojava, sans que les Turcs n’y puissent quoi que ce soit.

 

Mais les Kurdes, qui servent de troupes au sol aux Américains en Syrie et en Irak, attendent également le signal pour lancer l’assaut face à Moussul, en Irak, à Deir ez-Zor, à Azzaz et, évidemment, à Raqqa, la capitale du Califat Islamique en Syrie. A Mossul, Deir ez-Zor et Raqqa, ils n’accepteront pas de se battre seuls et d’essuyer les pertes considérables prévisibles durant ces combats.    

 

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Pour en finir avec l’ UNESCO (info # 012404/16) Version imprimable
Analyse
dimanche, 24 avril 2016

 

Par Guy Millière

 

Quand j’étais enfant, je considérais, naïvement, l’UNESCO comme une organisation respectable, vouée à l’éducation et à la préservation des cultures du monde. Devenu adulte, j’ai découvert que c’était un fragment des Nations Unies, et qu’elle ne valait pas mieux que les Nations Unies elles-mêmes.

 

Au moment où l’assemblée générale des Nations Unies a adopté une motion définissant le sionisme comme un racisme, j’ai compris pleinement ce que je discernais depuis longtemps, et qu’Abba Eban avait, en son temps, parfaitement exprimé : si un pays arabe présentait une motion disant que la terre est plate et que c’est Israël qui l’a aplatie, la motion serait adoptée à l’unanimité, moins une dizaine de voix. Quelques années avant la motion en question, un assassin, chef d’une organisation terroriste, neveu et disciple du mufti nazi Amin al-Husseini, avait été invité à s’adresser à l’assemblée sous les acclamations de ceux qui étaient présents.

 

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Jésus chassant les marchands du Temple.

Correction de l’UNESCO : en fait, ce n’était pas un temple mais une mosquée,

et Jésus n’était pas juif mais musulman

 

Depuis, les Nations Unies voté en assemblée générale une quantité indénombrable de motions ineptes, abjectes, monstrueuses. Celles d’entre elles qui sont passées devant le Conseil de Sécurité ont fait l’objet du veto de l’un des cinq membres permanents dudit conseil, les Etats-Unis. On a pu voir qu’un seul pays disposant d’une place de membre permanent au Conseil de Sécurité incarnait encore des valeurs éthiques dignes de ce nom. J’en ai tiré la confirmation que ni la France ni le Royaume-Uni (autres membres permanents) n’incarnaient plus désormais quoi que ce soit.

 

Depuis, des dictateurs et des crapules, des massacreurs et des adeptes du génocide ont parlé devant l’assemblée générale, et cela m’a semblé logique en pareil contexte. Dictateurs et crapules, massacreurs et adeptes du génocide sont chez eux dans ce type de lieu. Le successeur du chef de l’organisation terroriste qui s’était adressé à l’assemblée est revenu y parler, en chef d’organisation terroriste : pourquoi s’en serait-il privé ?

 

Depuis, une création des Nations Unies, appelée Commission des droits de l’homme, a montré qu’elle était en réalité une commission contre les droits de l’homme et pour la promotion du racisme et de l’antisémitisme. Ce, à un degré tel qu’elle a changé de nom aux fins de se refaire une fausse virginité : elle s’est appelée, à partir de 2006, « Conseil des droits de l’homme ». Et elle est devenue le Conseil contre les droits de l’homme et pour la promotion du racisme et de l’antisémitisme, et tout cela m’a semblé logique, une fois encore. Le « Conseil des droits de l’homme » a même accueilli un certain Mahmoud Ahmadinejad, au temps où il était le plus émétique, et celui-ci y a tenu un discours immonde. Pourquoi se serait-il gêné lui aussi ?

 

Je n’ai pas été du tout surpris quand un « Etat palestinien » y a été introduit et s’y est vu offrir un siège : je me suis juste demandé pourquoi la décision n’avait pas été prise plus tôt, et pourquoi le Cambodge du temps de Pol Pot, la Guinée Equatoriale, du temps de Francisco Macias Nguema n’y avaient pas bénéficié d’une place d’honneur.

 

Je n’ai pas été surpris que la France vote en faveur de l’octroi d’un siège à l’ « Etat Palestinien » (je sais depuis longtemps que la France reste le pays de Pétain).

 

J’ai été surpris, en revanche, lorsqu’un homme pour qui j’avais la plus vive estime et qui a disparu bien trop tôt, Robert Wistrich, s’était vu confier par l’UNESCO la responsabilité d’une exposition sur le passé archéologique du Proche-Orient, mais pas du tout étonné que son travail ait été censuré.

 

Je ne suis pas du tout surpris, mais vraiment pas du tout, que l’UNESCO s’emploie, depuis, à tenter d’effacer le passé juif au Proche-Orient et renomme des sites de l’histoire juive en les qualifiant de mosquées, de sites musulmans ou de sites « palestiniens ».

 

Je ne suis absolument pas surpris par la « décision » du 11 avril courant, prise par l’UNESCO, concernant la « Palestine occupée », et par les accusations grotesques, les falsifications de l’histoire, les allégations mensongères que cette « décision » contient.

 

Je ne comprends pas que quiconque s’offusque ou s’indigne. L’UNESCO est un fragment des Nations Unies.

 

L’UNESCO « décide » que le Mont du Temple et le Mur occidental ont de tout temps été des sites musulmans ? C’est normal. Même si le Temple de Salomon en question a été bâti il y a de cela 3 000 ans et que l’islam n’est apparu qu’il y a 1 350 ans ?

 

Si l’UNESCO avait existé pendant la Seconde Guerre Mondiale, elle aurait défini le camp d’Auschwitz Birkenau comme un lieu de villégiature, et les Waffen SS comme des animateurs socio-culturels.

 

Que la France ait voté la décision du 11 avril me semble normal aussi. Le pays de Pétain reste le pays de Pétain.

 

Ronald Reagan avait décidé du retrait des Etats-Unis de l’UNESCO en 1984 et avait dès lors renoncé à toute contribution financière à cette organisation.

 

George Walker Bush a décidé d’un retour des Etats-Unis en son sein en 2003, et ce fut une grave erreur de sa part. En 2011, lorsque la « Palestine » a été admise, les Etats-Unis, tout en restant membres de l’institution, ont retiré leur contribution financière à nouveau, sur décision du Congrès.

 

Il serait conforme aux valeurs éthiques des Etats-Unis que ceux-ci s’en retirent totalement et définitivement, et si, en novembre prochain, les Etats-Unis retrouvent un Président attaché aux valeurs éthiques de l’Amérique, je souhaite vivement qu’il prenne une décision à cette fin.

 

Si un président attaché aux valeurs éthiques des Etats-Unis prend une décision à cette fin, j’attendrai de lui qu’il demande aux alliés européens de son pays, tels que la France, s’ils n’ont pas honte d’être membres de l’UNESCO. Ils diront qu’ils n’ont pas honte, je sais, mais Israël pourra alors affirmer que le roi est nu et se retirer de l’UNESCO, suivant en cela les Etats Unis.

 

L’UNESCO pourra alors trépigner, invectiver, « déplorer » collectivement qu’Israël n’ait pas été rayé de la carte du monde. Elle pourra transformer ses bâtiments de la place de Fontenoy en grande mosquée, cela ne concernera que ce qui restera de l’UNESCO : en l’occurrence pas grand-chose.

 

Pour faire bonne mesure, un président attaché aux valeurs éthiques des Etats-Unis devrait, dans la foulée, quitter également les Nations Unies, demander aux pays qui prétendent avoir les mêmes valeurs qu’eux de faire de même. Mais ils ne le feront pas, je sais, je ne me fais aucune illusion.

 

Mais ce serait, le cas échéant, l’occasion de dire que les Nations Unies, dans leur ensemble, participent d’une imposture.

 

Il est insupportable de lire encore ici ou là que les Nations Unies disent le « droit international ».

 

Il est insupportable d’entendre dire que le Conseil contre les droits de l’homme et pour la promotion du racisme et de l’antisémitisme est le « Conseil des droits de l’homme ».

 

Il est répugnant, encore, d’entendre que l’UNESCO est en charge de l’éducation et de la préservation des cultures du monde, alors qu’elle est en charge de la désinformation et de l’éradication des cultures du monde qui ne sont pas la culture islamique, et elle est, aujourd’hui, au service d’un projet de monde Judenrein.

 

Dans un article récent, Caroline Glick notait que l’UNESCO avait essentiellement les mêmes valeurs que l’Etat Islamique. Elle avait raison.

 

 

 
Nuit debout et "banlieue" : pas le même combat (info # 012204/16) Version imprimable
Analyse
vendredi, 22 avril 2016

 

Par Patricia La Mosca

 

Lorsque l’on arrive place de la République et que l’on regarde les gens qui participent aux Nuits debout, on s’aperçoit immédiatement que ce sont des Souchiens, comme les qualifie Houria Bouteldja, la porte-parole du parti des Indigènes de la République. Ceux qu’elle avait désignés, lors de l’émission "Ce soir (ou jamais)" comme des "Blancs à qui il faut inculquer l'histoire de l'esclavage, de la colonisation…". Bref, ce sont les "Français blancs". Si l’on croise quelques représentants de la population immigrée des banlieues sur la place, c’est en nombre dérisoire.

 

Je sais bien que cette observation suffit, par les temps qui courent, à vous classer dans des catégories de personnes stigmatisées, soupçonnées d’appartenir à la droite réactionnaire et antisociale, aux proches du pouvoir, ou, pire encore, à l’imperceptible courant islamophobe.

 

En ce qui me concerne, si je n’ai ni l’habitude de marcher les yeux fermés, ni de m’abstenir, par réserve politiquement correcte, de parler de ce que je vois, c’est sans doute parce que, depuis trois ans, je passe trois jours entiers par semaine dans les banlieues-territoires perdus de la République, dont l’observation constitue le sujet principal de mon activité professionnelle.

 

Je ne rame pour personne, ne déteste personne et, a priori, n’ai de sympathie pour personne, même si le troisième volet de ce triptyque m’est venu précisément à force de fréquenter ces quartiers. Il est vrai que l’on n’y croise pas beaucoup de sentiments positifs et que l’on peut y observer l’étiolement régulier des valeurs républicaines, doublé de la segmentation de la société française, qui me semble depuis longtemps irréversible.

 

Or si j’ai l’habitude de voir souvent des "jeunes des quartiers", lisez des individus issus de l’immigration, s’en prendre à la propriété privée aussi bien que publique, s’attaquer aux flics et détruire leurs véhicules, je note que cela faisait bien longtemps que je n’avais pas vu de près des "Français blancs" descendre dans la rue à l’occasion d’un vaste mouvement politique et faire valoir leurs revendications.

 

Cela n’a pas beaucoup d’importance affirmeront certains, c’est un détail de cette histoire, ajouteront d’autres. Je ne le crois pas.

 

Le phénomène des Nuits debout, à mon sens, instille une cassure durable entre les deux populations ; la première, celle des banlieues, étant incapable de se sentir concernée par les revendications de ces "intellos précaires", comme les identifie le politologue Gaël Brustier. Ceux que l’on rencontre sur la place de la République sont des "reconstructeurs" de la société ; ils l’aiment, mais la voudraient plus juste, plus horizontale, mieux partagée. C’est cette gauche et l’hyper-gauche qui se cherchent des lieux communs avec les habitants des quartiers, pas eux.

 

Eux, ce qu’ils veulent, c’est surtout détruire une société qu’ils détestent, proférant des valeurs nationales qu’ils détestent, une identité qu’ils détestent, des origines religieuses qu’ils détestent ; mais aussi, et c’est remarquable, ils nourrissent une véritable exécration également pour les gens qui la composent. Et le fait que les Souchiens jettent des pierres dans les façades de quelques succursales bancaires ne les rend pas pour autant plus sympathiques aux yeux des rebeus.

 

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Ca faire rire la banlieue

 

Rien, en effet, dans leur organisation sociale, ne ressemble à ce dont on discute à la République. Tandis que les nuitards s’entourent de mille précautions afin de préserver l’horizontalité dans les prises de décisions, la participation de tous – c’est même un principe pilier du mouvement : on veut participer aux décisions, on ne veut plus être des laissés pour compte -, la société issue de l’immigration est exclusivement verticale. C’est le chef de tribu, le caïd, le grand trafiquant, l’imam qui décide, à partir d’un piédestal social qu’il a atteint presque toujours en écartant son prédécesseur par une forme ou une autre de violence, ou parce qu’il a été serré par les keufs.

 

La marge de décision de tous les autres habitants des "banlieues" est pratiquement inexistante et se limite à répercuter la volonté du chef, en suivant pour cela le code de comportement que chacun connaît par cœur dans la cité.

 

A l’opposé diamétral de ce que l’on constate chez les dormeurs debout, qui rejettent et méprisent l’usage de la force, le terrorisme et les guerres, dans les territoires abandonnés par la République, la force brutale est vénérée, elle est l’apanage du boss et des bandes les mieux armées et les plus brutales et impitoyables.

 

Mohamed Merah, les frères Kouachi, Coulibaly sont des héros intouchables. DAESH est admiré, particulièrement les frères européens, dont on envie le courage, notamment celui de faire sauter leurs ceintures explosives. Le massacre du Bataclan est considéré comme une grande victoire, à l’issue de laquelle les Blanc ou les Français "n’ont eu que ce qu’ils méritaient".

 

Que méritaient-ils ? Pour quelles raisons ? On ne s’embarrasse pas de ces questions de détail, on ne va pas aussi loin dans la réflexion. Dans ce monde parallèle, dans cette vérité parallèle, la protopensée règne en maîtresse au royaume du non-dit, de ce que "tout le monde sait", de ce qui est évident, au point qu’il est parfaitement inutile de l’énoncer.

 

Les Juifs ? L’ennemi satanique, des non-hommes, ceux qui tirent les ficelles, ceux "qui s’opposent à nous", des cibles à abattre. Ceux qui, "lâchement", massacrent quotidiennement des milliers d’enfants palestiniens. Les Palestiniens : les frères fédérateurs, l’exemple absolu, le mythe. Les terroristes palestiniens qui poignardent des vieilles dames dans les rues de Jérusalem : des Superman.

 

C’est une sous-civilisation de barbares, dans laquelle les livres sont des ennemis écrits "pour nous embrouiller les idées". Une bonne dose de chichou pour se ramollir le bocal, et les paroles du rap, en guise d’unique philosophie.

 

Les femmes ? Les Souchiennes sont toutes des putes, sans exception, les non-voilées, des putes qui cherchent à se faire pécho (chopper), celles qui ne sont pas mariées et que l’on soupçonne automatiquement d’avoir des relations, des putes aussi. La meuf est un accessoire de distraction et de reproduction qui s’évalue au kilo.

 

A Paris, on tente de faire passer la description de ce mode de vie pour une caricature, un amalgame, des préjugés, la réalité d’une infime minorité non-représentative, de désœuvrés, de casseurs. C’est le fameux filtre des media français, une infirmité pathologique, qui agit aussi place de la République ; il consiste à priver d’existence ce que l’on ne peut pas gérer.

 

Existe-t-il, dans les "banlieues", des personnes qui s’opposent à ce système ? Oui. Mais on ne les entend pas, leur voix ne dispose d’aucun espace pour être écoutée. Plus une société est violente et moins les objecteurs ont droit à la parole. On tend vers l’uniformité de la pensée, si l’on peut appeler cela une pensée.

 

Naturellement, le monde que je décris n’est pas "de gauche". D’abord parce que le débat gauche-droite ne le concerne pas, l’affrontement se situe entre "eux et nous". Accepter de se prêter au jeu démocratique c’est trahir, admettre la prééminence de l’Etat, son existence, sa durabilité. Ensuite, parce que ce modèle de microsociété, dans ce qu’il a de tribal, de vertical, de traditionnel, de religieux, et par son économie, est bien plus proche, intrinsèquement, de la droite que de la gauche. Il se base sur la distinction raciale, sur l’origine, sur l’immiscibilité. A ces titres, il ressemble même à l’extrême droite et à la mafia. 

 

C’est pour toutes ces raisons que la nécessité du courant des Debout, exprimée par le philosophe Vincent Cespedes et beaucoup d’autres, de s’ouvrir aux populations des cités de banlieue, n’a aucune chance d’aboutir. Au fond, ils n’ont rien en commun.

 

Place de la République, il y a aussi des casseurs, mais ce sont des amateurs comparés à ceux des cités ; et pour le compte, ils sont vraiment marginaux.

 

L’essentiel, c’est refaire la Révolution, la Commune, Mai 68. Multiplier les assemblées constituantes et légiférantes pour refaire le monde, qu’ils nomment assemblées générales et qui se tiennent une fois par jour.

 

Le niveau est navrant, bobo, naïf, chiant. L’impact mobilisateur est à l’extra-gauche et derrière le soutien à l’abrogation de la "Loi Travail" de Myriam el Khomri, qui leur a servi de point de rassemblement ; les quelques décisions prises lors des assemblées générales sont insignifiantes et donc sans avenir. On veut surtout travailler moins et recevoir plus de droits. Ceux qui veulent remettre la France au travail, la rendre compétitive, à l’instar de Manuel Valls, sont des adversaires.

 

On veut ne rien foutre, et d’ailleurs, on ne fout rien. Des jours sans bosser à jouer aux Che Guevara des grands boulevards. Beaucoup de fils et filles de bourgeois, de déçus du "socialisme", d’écolos et d’excentriques, parfois sympathiques.

 

Mais la place de la République est devenue un immense cloaque puant. On y urine partout, on jette ce que l’on ne peut pas manger, on détériore le monument en mémoire des victimes de novembre. On enlève les dalles de granit de ce bel endroit de Paris, récemment restauré à grands frais, pour planter des arbres de rien, qui ne serviront à rien, qui seront évidemment arrachés.

 

Les commerçants du quartier n’en peuvent plus des dégradations, de la drogue, du bruit et des odeurs insupportables. Quel client s’attardera face à leurs devantures dans des conditions pareilles ? Les flics, qui se contentent d’entourer la place, se font prendre à parti matin et soir. Ils ont ordre de ne rien faire, alors, ils regardent les détériorations écœurés. Certains refusent carrément les ordres qu’on leur donne, devant ce condensé de déclin de la République.

 

Il y a de l’antisémitisme également, mais rien à voir avec celui des cités, ici c’est l’ "antisémitisme à la française". Ceux qui n’ont pas entendu crier "sale Juif" à la face de Finkielkraut sont décidément sourds. Simplement, ils ne l’ont pas fait juste à côté de l’académicien, car cela réclamait un certain courage. Finki facho ? De droite ? Ou simplement contre la déstructuration de l’Etat et de toutes ses valeurs, du grand tout à l’égout ?

 

Quelques islamisants ont suffi pour proposer aux personnes présentes de s’associer au mouvement BDS de boycott d’Israël. Brandissant un drapeau palestinien, ils ont hurlé : "Palestine vivra ! Palestine vaincra !". Réaction mitigée dans la foule, un quart des présents a applaudi.

 

C’est oublier que l’intention déclarée du créateur de BDS, Omar Barghouti, est l’instauration d’une Palestine "ethnique", "unitaire", d’"une terre musulmane pure, débarrassée des chrétiens et des Juifs".   

 

"Palestine vaincra !", dans le sens BDS, c’est simplement appeler à un nouveau génocide de sept millions de juifs et à l’établissement d’un Etat arabe et musulman du Jourdain à la Méditerranée. Pas d’opposition chez les Nuits Debout ; ce sont les enfants de la télé d’Enderlin, de Marius Schattner, de l’AFP, de Fr2, et de l’ensemble de la presse française.

 

Etre anti-israélien en France n’est pas devenu normal, c’est devenu la norme. Quelques jours après que la France, à l’UNESCO, a voté une résolution qui dissocie le judaïsme du Temple de Salomon, qui devient un lieu saint uniquement musulman, à l’instar du tombeau des Patriarches à Hébron, qui accuse les Israéliens d’être responsables de se faire assassiner par les terroristes palestiniens, et qui déclare que les Juifs enterrent des cercueils vides dans les cimetières musulmans de Jérusalem pour se les approprier, l’autorisation laissée à BDS de manifester sur la voie publique est presque anodine.

 

Les journalistes tricolores qui essaient par la force de leur occupation sans partage des media de transformer le conflit israélo-palestinien en guerre de décolonisation, en répétant à l’infini le mot colonie à la place d’implantation, devraient écouter ce qu’en dit l’écrivain algérien Boualem Sansal dans cette interview, à partir de 8 minutes 15. Et Sansal en connaît un morceau, en tant qu’intellectuel algérien, en matière de colonisation et des authentiques colons… français.

 

Si Sansal et la Ména, qui prétend la même chose que lui depuis seize ans, ont raison, on ose à peine envisager l’étendue monstrueuse de la responsabilité des intellos, des journaleux et des gouvernants français dans l’épouvantable crise d’antisémitisme qui ravage littéralement l’Hexagone. Et leur problème est que Sansal et Juffa ont indéniablement raison.

 

Un autre point nécessaire à la compréhension globale de la situation concerne la perception de la situation dans les zones de non-droit : j’ai pu me rendre compte qu’en dépit des centaines de morts innocents lors des attentats en France et en Belgique, de l’état d’urgence, de la répression qui vise les djihadistes, du démantèlement de plusieurs cellules terroristes, l’atmosphère n’est assurément pas à la contrition ou à la remise en question de la "justesse" de l’affrontement violent contre l’Etat et sa démocratie libérale.

 

Tout au contraire, la "banlieue" en tire un sentiment de fierté, accompagné de l’impression qu’elle est capable de dérégler le fonctionnement d’une société qu’elle exècre. Plus que cela, il existe une dynamique qui s’est encore renforcée à la faveur des actes de terrorisme récents, selon laquelle l’islam (pas uniquement la religion mais aussi l’environnement politique qui l’accompagne) avance inexorablement vers le contrôle du monde. Le manque de lucidité de la société civile, qui induit la mollesse de sa réaction, surtout par peur de l’amalgame, et qui se montre totalement incapable de renverser la tendance, sert naturellement d’encouragement pour cette conviction. En résumé, l'usage de la violence islamiste est ici généralement considéré comme la manière adéquate d’avancer vers l’hégémonie islamique. Le tout, enrobé dans un flou d’exaltation et de spontanéité qui fait l’économie de toute analyse objective ; le futur, c’est du moins la conviction la plus répandue, se trouvant dans les mains d’Allah et de son prophète Mahomet. Et leur marche ne peut être stoppée par des mortels infidèles. La mort des terroristes n’a aucune importance, puisqu’ils deviennent des martyrs et qu’ils trouvent la récompense de leur sacrifice dans l’au-delà.

 

Le fossé qui sépare le mouvement des Nuits debout de l’islamisme des cités tient dans la constatation que le premier est éphémère par nature, alors que le second est enraciné dans un mode de vie, une ghettoïsation géographique ainsi qu’une puissante énergie s’exprimant de façon universelle.

 

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Chypre : notre amie, notre alliée (info # 011804/16) Version imprimable
Analyse
lundi, 18 avril 2016

 

Par Stéphane Juffa

 

En 1974, l’Armée turque lançait l’opération Attila contre la Garde Nationale, regroupant les combattants cypriotes grecs. La décision d’Ankara d’intervenir faisait suite à un coup d'Etat contre le président Makarios, ourdi par des officiers grecs, avec l'aide de la faction armée de l'EOKA cypriote, un mouvement qui souhaitait réaliser l'Enosis – le rattachement de Chypre à la Grèce.

 

Suite au refus du commandement de l’Armée grecque d’intervenir sur l’île face aux Turcs, l’affrontement entre l’Armée ottomane et la Garde Nationale est terriblement disproportionné. En quelques jours, les envahisseurs s’emparent de trente-huit pour cent du territoire insulaire.

 

Des centaines de personnes perdent la vie lors du conflit et deux mille individus sont toujours portés disparus. 200 000 Cypriotes grecs sont contraints de fuir vers le Sud, tandis que 60 000 Turcs font le voyage en sens contraire, en direction de la portion de l’île désormais contrôlée par l’Armée turque.

 

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Photo de famille à Nicosie :

Netanyahu, le président cypriote Nicos Anastasiades, et  le 1er ministre grec, Aléxis Tsipras

 

En 1983, Ankara fonde la République Turque de Chypre du Nord (RTCN), dans laquelle vivent aujourd’hui 300 000 Turcs sunnites. Parmi ceux-ci, 92 000 colons envoyés d’Anatolie afin d’étoffer la présence tuque sur l’île, qui compte, en tout, environ un million cent cinquante mille habitants.

 

La RTCN n’est reconnue que par Ankara, elle est soumise à différentes sanctions, et notamment l’interdiction de desserte par les compagnies aériennes internationales. Pour pallier à un manque chronique de ressources, le régime d’Erdogan injecte trente pour cent du budget annuel de l’entité septentrionale, et finance l’entretien des hôpitaux et la construction de routes.

 

De plus, l’économie de la RTCN repose en grande partie sur le million de touristes qui la visitent annuellement de même que ses nombreux casinos, sur des dizaines de milliers d’étudiants, principalement turcs, qui fréquentent son université, et sur la présence de dizaines de milliers de militaires d’Ankara, qui protègent son territoire face à la menace d’une agression terriblement improbable en provenance du Sud.

 

Depuis 2004, Chypre fait partie intégrante de l’Union Européenne. Cela n’inclut pas la RTCN, que l’UE, comme d’ailleurs l’ensemble de la communauté internationale, considère comme un "territoire occupé". Ce qui n’empêche pas les Cypriotes turcs de pouvoir voter aux élections européennes.

 

De nombreuses tentatives de rapprochement ont eu lieu entre les deux communautés, notamment sous l’égide de l’ONU, de l’UE et des Etats-Unis, mais elles se sont toutes soldées par des échecs. En 2004, le plan Annan pour la réunification, négocié par l’ancien secrétaire général des Nations Unies Kofi Annan, est soumis à référendum dans les deux parties de l’île. Il est accepté à 65 % côté turc, et rejeté, à 70 %, côté Sud.

 

L’espoir d’une réunification a refait surface à partir de mai 2015, lorsqu’une nouvelle tentative de médiation de l’ONU a permis l’ouverture de négociations sérieuses entre le Président cypriote grec, Nicos Anastasiades, et son homologue turc, fraichement élu, Mustafa Akinci.

 

En fait, on n’a jamais été aussi près d’une solution pacifique, ce qui a amené M. Anastasiades, au récent forum économique de Davos, à affirmer : "Je pense que 2016 pourrait être l’année où nous mettrons fin à un statu quo inacceptable". Le président de la République de Chypre n’avait pas été démenti par Mustafa Akinci. On parle même d’un référendum à l’automne.

 

Mais l’avenir de l’île n’est pas encore scellé ; avant qu’une solution puisse être à nouveau soumise aux électeurs des deux communautés, il faudra que le projet d’Anastasiades soit indirectement entériné lors des élections législatives prévues le 22 mai prochain. Reste aussi à résoudre des questions épineuses, au premier rang desquelles la sécurité. On devra également trouver des garants pour l’accord, s’entendre sur le pourtour définitif des deux zones, sur la restitution des biens et des propriétés des personnes déplacées, sur le retour chez elles d’une partie de celles-ci, et obtenir le retrait de l’Armée turque.

 

Là, on touche à l’aspect stratégique de la réunification : si les Cypriotes devaient s’entendre uniquement entre eux, on pourrait parier sur le succès de leur entreprise, mais le dernier mot appartient à Erdogan, qui conçoit les choses à une autre échelle.

 

C’est aussi là qu’interviennent les relations spéciales qui unissent Chypre et Israël, et qui font d’eux les meilleurs alliés de la région. Ensemble, dès 2010, Nicosie et Jérusalem ont convenu de la limite de leurs Zones Economiques Exclusives (ZEE) ; c’est extrêmement simple, elle passe exactement au milieu de la distance séparant les deux pays.

 

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La limite des Zones Economiques Exclusives (ZEE)

 

C’est une zone où les fonds marins regorgent de conséquentes réserves de gaz et de pétrole, que les deux Etats exploitent et surveillent en étroite collaboration. Or cela irrite Ankara au plus haut point, et Erdogan ne reconnaît pas le droit de la République de Chypre sur cette zone, et compte lui interdire d’effectuer des forages comme elle l’entend, prétendant qu’ils se font au détriment de la minorité turque de l’île.

 

Peu après la première visite d’un président cypriote en Israël, c’était en mars 2011, la Turquie a envoyé un soi-disant navire de recherches sismiques dans le bassin oriental de la Méditerranée. Il comptait en fait tester le degré de détermination de Nicosie et Jérusalem. Il fut servi ! A en croire la presse turque, des chasseurs bombardiers à l’étoile de David survolèrent l’entièreté de l’île, y compris la RCTN. Furieux, le demi-dictateur islamiste alla jusqu’à brandir la menace d’un conflit armé ; mais rapidement refroidi par son état-major, il rappela au contraire le bâtiment de recherche.

 

Depuis, les relations militaires israélo-cypriotes n’ont fait que se renforcer. Elles ont principalement pour objectif de sécuriser le secteur des forages contre de possibles agressions turques ou terroristes. Parallèlement, l’Etat hébreu veille à la sécurité de la République de Chypre, qui fait toujours face à des dizaines de milliers de soldats ottomans.

 

Un mois après l’incident, la presse de Nicosie narrait par le détail les péripéties d’un exercice militaire conjoint, à l’occasion duquel des chasseurs-bombardiers israéliens, de même que des hélicoptères d’assaut, effectuèrent des atterrissages sur les aéroports de l’île. En 2013, Jérusalem reçut l’autorisation de stationner en permanence des appareils sur l’aéroport de Paphos, en en faisant la première base militaire à l’extérieur des frontières d’Israël. Cela signifiait du même coup la fin de l’hégémonie militaire turque sur l’île d’Aphrodite.

 

La même année, de vastes manœuvres maritimes communes furent organisées dans la zone des plateformes de forage. Le 11 février 2014, les deux alliés lancèrent l’exercice "Onisilos-Gidéon" ; il se déroula à l’intérieur de la FIR de Nicosie, la région d’information de vol civile délimitant un espace contrôlé. 38 avions hébreux, dont des F-15 et des F-16 y participèrent, simulant notamment des attaques d’objectifs au sol entre Larnaka et Paphos.

 

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La coopération entre les deux pays ne se limite pas aux forages et à l’alliance militaire ; Elle touche une infinité de synergies économiques, médicales et de protection de l’environnement. Elle prévoit également l’immersion du plus long câble électrique sous-marin au monde, l’EuroAsia Interconnector. D’une longueur totale estimée à 1 000 kilomètres, atteignant parfois des profondeurs de l’ordre de deux kilomètres, il reliera le réseau électrique israélien à celui de Chypre, puis à l’île de Crète, depuis lequel le courant empruntera un câble existant jusqu’en Grèce, à partir de laquelle le câble sera raccordé au réseau européen, notamment par l’Italie et la Suisse, la Bulgarie et la Serbie. La première section,  Hadera (Israël)-Vasilikos (Chypre), mesurera 329 kilomètres, et coûtera l’équivalent d’1.325 milliards d’euros, dont une partie sera prise en charge par l’Union Européenne, dans le cadre de son programme Connecting Europe Facility (CFF).

 

D’une part, ce câble, d’une capacité de 2 000 mégawatts dans chaque direction – on prévoit déjà d’en doubler la capacité – va désenclaver les îles naturelles ou politiques que sont Israël, Chypre et la Crète. Il permettra de réguler la production électrique en vendant les surplus de courant lorsqu’ils ne seront pas localement nécessaires, d’en importer, depuis l’Europe si besoin est, en période de haute consommation, le tout sans avoir à débourser des sommes colossales pour construire des centrales électriques qui ne tournent à plein régime que quelques jours par an.

 

D’autre part, l’EuroAsia Interconnector pourrait permettre à Chypre et Israël de transformer le gaz naturel qu’elles exploitent en électricité et de fournir de l’énergie sous cette forme, plutôt que dans des gazoducs. Cela aurait notamment l’avantage de pouvoir se passer des services du Sultan, qui compte sur un conduit de gaz sous-marin passant par la Turquie pour acheminer les produits des forages israélo-cypriotes en direction de l’Europe.

 

Son autre intérêt à voir les négociations sur la réunification cypriote se concrétiser tient à son désir de voir son pays accepté au sein de l’Union Européenne. Or, en attendant que cela soit finalisé, la République de Chypre, membre de l’UE, s’oppose farouchement à l’adhésion d’Ankara. Un refus qui a poids de veto.

 

L’alliance aussi solide que discrète entre Chypre, Israël et la Grèce d’Aléxis Tsipras, au-delà des intérêts économiques et militaires évidents, a pour elle le partage des mêmes valeurs de démocratie, d’Etat de droit, de respect de la personne et, n’hésitons pas à le mentionner, de rejet des croyances barbares et expansionnistes qui les jouxtent géographiquement et les menacent.

 

La Turquie, elle, balance entre la barbarie et la civilisation. Permettre la réunification de Chypre la ferait sans doute basculer du bon côté du monde, la forçant à s’éloigner de l’Iran et des forces djihadistes avec lesquelles Ankara se compromet. La normalisation de ses relations avec Israël – les discussions ne sont pas interrompues – faciliterait le processus à Nicosie. Car l’essentiel, pour les Grecs de l’île d’Aphrodite, grâce à leur lien solide avec Jérusalem, consiste en cela que, sur les plans de l’énergie et de la sécurité, la réunification peut se discuter sereinement et pas à n’importe quel prix.


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Interview hebdomadaire de Stéphane Juffa par Jim Mosko, sur Radio Judaica du 15 avril 2016 Version imprimable
Radio/audio - interview/reportage
vendredi, 15 avril 2016

 

Interview hebdomadaire de Stéphane Juffa par Jim Mosko, sur Radio Judaica du 15 avril 2016 (info # 011504/16)

 

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https://youtu.be/fHEwMyLQQFk

 

Au sommaire :

 

L’Intifada des couteaux touche à sa fin – constatations et analyse –

 

Un Juif élu 1er ministre d’Ukraine par le parlement. Son père vit à Ashdod.

 

Divers autres sujets

 

 

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Pays émergents : une nouvelle ère économique a commencé (info # 011104/16) Version imprimable
Analyse économique
lundi, 11 avril 2016

 

Par Sébastien Castellion

 

La semaine dernière, l’Institut de la Finance Internationale (IIF) a attiré l’attention des économistes sur un phénomène radicalement nouveau apparu dans les statistiques économiques mondiales de 2015.

 

Chaque année depuis plus de vingt ans, il y avait davantage d’investissements des vieux pays industrialisés (Etats-Unis, Europe, Japon) vers les pays dits « émergents », à l’industrialisation plus récente, que dans le sens inverse. Ce flux d’investissements, après avoir baissé lors de la crise financière des pays émergents en 1997-98 et s’être momentanément arrêté du fait de la crise de 2008 (dans laquelle les pays émergents n’étaient pour rien), était ensuite reparti de plus belle, pour retrouver en 2010 son maximum historique de 2007, soit environ 520 milliards de dollars investis dans les marchés émergents.

 

Ces investissements réguliers dans les pays émergents pendant toute une génération ont changé le visage de l’économie mondiale. Ils ont fait sortir des centaines de millions d’hommes de la pauvreté, créé des conflits sociaux dans le vieux monde sur les « délocalisations » et fait apparaître de nouvelles puissances économiques – la Chine, l’Inde, le Brésil… – aussi essentielles aujourd’hui qu’elles étaient méprisées il y a une génération.

 

Ce nouveau monde, qui est encore celui qui dicte la plupart de nos raisonnements et de nos comportements économiques, a à son tour disparu en seulement deux ans ; les données analysées par l’IIF semblent montrer qu’il n’est pas prêt de revenir.

 

Alors que les flux nets des vieux pays industrialisés vers les pays émergents atteignaient environ 520 milliards de dollars en 2013, deux ans plus tard, l’image s’est entièrement renversée : ce sont maintenant les pays émergents qui ont investi près de 800 milliards de plus vers le vieux monde qu’ils n’en ont reçu d’investissements.

 

Pour 2016, si les tendances actuelles se poursuivent, le flux en provenance des pays émergents serait moins important (environ 450 milliards de dollars) ; mais il est trop tôt dans l’année pour pouvoir s’appuyer sur cette prévision. La seule chose certaine est que le mouvement d’investissement net vers les vieilles économies industrielles se poursuit. L’argent qui se dirigeait régulièrement depuis une génération vers des chantiers chinois, des usines indiennes ou des bons du Trésor brésilien sort désormais, en quantités massives, de ces marchés pour s’investir en Amérique et en Europe.

 

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Le grand renversement

 

L’explication de ce renversement est relativement simple. Elle tient, pour l’essentiel, en un seul mot : la Chine.

 

Comme je l’avais décrit dans mon dernier article dans ces colonnes, le modèle économique chinois, fondé sur une croissance ultra-rapide, un taux d’épargne élevé et une recherche exclusive de parts de marché à l’export a cessé de vivre. Même les taux de croissance officiellement affichés par les statisticiens chinois (7% contre 10% naguère) sont assez peu crédibles dans un pays où tout est politiquement manipulé. L’an dernier, la société Capital Economics, d’habitude spécialisée dans les prévisions économiques, avait effectué une contre-expertise des statistiques chinoises sur la première moitié de l’année 2015 et conclu que le taux annualisé réel était probablement à peine supérieur à 4%.

 

Les conséquences du ralentissement chinois se font sentir sur toute la planète. Les capacités productives du monde entier – mines canadiennes, aciéries brésiliennes, ingénieries européennes – se sont tournées depuis 25 ans vers la demande chinoise. Avec le ralentissement de cette demande, l’économie mondiale est entrée dans une période de surcapacité massive, qui concerne toutes les zones et la plupart des secteurs. Il y a, partout, plus d’usines, d’infrastructures et de compétences que la demande mondiale n’en exprime le besoin.

 

Cette surcapacité généralisée a deux conséquences directes.

 

Tout d’abord, les investissements réalisés par les vieilles économies industrielles dans les pays émergents perdent leur rentabilité. Il n’y a plus grand intérêt à ajouter une ligne de production de voitures en Thaïlande ou un haut-fourneau au Brésil si la croissance chinoise n’est plus là pour acheter la production.

 

Il devient aussi plus dangereux qu’il y a quelques années d’investir ses économies dans les bons du Trésor des pays émergents. Avec la baisse de leur croissance due au ralentissement de la demande chinoise, ces pays – traditionnellement moins attachés que les vieilles économies industrielles au paiement des dettes de l’Etat – présentent un risque plus important de banqueroute.

 

Ensuite, en même temps que les pays développés perdent leur intérêt pour l’investissement dans les pays émergents, les investisseurs des pays émergents ont, eux, une forte incitation à lancer des investissements en sens inverse.

 

Deux groupes d’investisseurs des pays émergents ont, aujourd’hui, de gigantesques réserves d’argent pour lesquelles les économies industrielles sont un débouché tentant.

 

Le premier de ces groupes, ce sont les Chinois. Pendant un quart de siècle de forte croissance, la priorité de la Chine était de gagner des parts de marché à l’étranger. Pour ce faire, le pays réduisait artificiellement la valeur de sa monnaie – ce qui ne peut se faire qu’en achetant des réserves importantes dans les autres monnaies, et avant tout en dollars.

 

En janvier dernier, les réserves totales de la Chine atteignaient 3 230 milliards de dollars, soit autant que la richesse totale produite en 2015 par la France et la Belgique réunies. Cette tirelire doit bien se placer quelque part.

 

Le deuxième groupe est constitué des investisseurs des pays exportateurs de gaz et de pétrole : Arabes du Golfe principalement, mais aussi Russes. La surcapacité mondiale a réduit les revenus qu’ils reçoivent de leurs industries nationales, mais n’a pas fait disparaître l’argent accumulé pendant les années de prix élevés. Le moment est donc venu, pour eux, de réduire les investissements dans leur propre industrie et de placer leur argent à l’étranger.

 

Pour ces deux groupes d’investisseurs, les vieilles économies industrielles offrent de belles garanties de placement. L’Europe et l’Amérique sont pleines de compétences et de capital accumulés pendant des siècles. Le coût des investissements est en baisse, car la surcapacité mondiale a les mêmes effets que partout ailleurs : elle crée des besoins urgents de financement et réduit le prix de nos capacités de production. Enfin, l’environnement juridique est favorable aux investisseurs. Plus que dans les pays émergents (en moyenne au moins), les vieilles économies industrielles garantissent le respect des contrats et le remboursement des dettes.

 

Toutes les conditions sont donc rassemblées pour que nous entrions dans une période durable où ce sont les investisseurs des pays émergents, principalement Chinois et Arabes, qui investissent dans le vieux monde industriel et non l’inverse. De même que la précédente vague d’investissements avait changé l’économie mondiale, de même celle-ci aura des conséquences durables.


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La réconciliation des loukoums (info # 010704/16) Version imprimable
Analyse
jeudi, 07 avril 2016

 

Par Stéphane Juffa

 

Pendant que nous rédigeons ces lignes se tient une importante réunion secrète entre Israéliens et Turcs, quelque part en Europe. Son objectif affiché est de normaliser les relations entre les deux pays, qui se sont largement dégradées depuis la tentative du Mavi Marmara, en 2010, de forcer le blocus maritime de Gaza.

 

A cette occasion, le navire, affrété par l’ONG islamiste turque proche de Recep Tayyip Erdogan IHH, après avoir ignoré les sommations de la Marine israélienne, avait été pris d’assaut par un commando de Tsahal. Lors de l’affrontement qui s’ensuivit, neuf militants turcs furent tués et dix soldats blessés, dont un grièvement. IHH est suspectée par Israël, certains Etats européens et les Etats-Unis, d’avoir transféré des armes et de l’argent à des organisations terroristes en Syrie et en Irak, ainsi qu’au Hamas à Gaza.

 

Le paquebot fut arraisonné et escorté jusqu’au port d’Ashdod, où les enquêteurs découvrirent qu’il ne contenait pas de matériel humanitaire, contrairement à ce que l’équipage et les passagers prétendaient.

 

Depuis, le gouvernement d’Ankara, en particulier Erdogan et son Premier ministre, Ahmet Davutoğlu, n’a cessé de propager des propos antisémites du premier degré, accusant notamment les Juifs d’être responsables de coups de grisou et de tremblements de terre. Ils ont accueilli en Turquie des chefs terroristes du Hamas, après qu’ils eurent été refoulés du Qatar où ils avaient initialement trouvé refuge et assistance. Israël est au courant que certaines agressions qui l’ont visée ont été préparées et coordonnées par ces individus à partir d’Istanbul et d’Ankara. Parmi ces actions figurait également le projet d’assassinat de Mahmoud Abbas et le renversement de son gouvernement. Cette tentative avait échoué grâce au Mossad qui s’y était opposé et qui avait averti le chef de l’AP de ce qui se tramait.

 

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C’est l’envie qui nous manque

 

En principe, Israël n’aurait pas de raison de vouloir améliorer ses relations avec le demi-dictateur turc actuel. La population ainsi que la classe politique de l’Etat hébreu s’inquiètent du sort de la presse stambouliote et de ses journalistes ; elles ont également connaissance du soutien accordé par le régime aux djihadistes en Syrie et en Irak.

 

Et surtout, Israéliens et Juifs sont étroitement liés et de longue date aux Kurdes de ces pays, qui bénéficient d’un soutien discret mais efficace et constant de la part de Jérusalem dans leur lutte contre les djihadistes, mais aussi face à l’expansionnisme des chiites irakiens, encadrés par l’Armée régulière iranienne.

 

En retour, Israël jouit de points d’appui et de relais dans le territoire autonome du Kurdistan irakien. De même, la première exportation maritime de brut provenant de cette région a été livrée à Haïfa.

 

Or les Kurdes subissent une répression sanglante de la part d’Erdogan, qui n’hésite pas à utiliser l’aviation et l’artillerie contre leurs positions. Dans la région kurde de la Turquie, dans et autour de la ville de Diyarbakir, au sud-est de l’Anatolie, placée sous couvre-feu depuis de longs mois, des massacres de civils ont été organisés par l’Armée et la police turques, mais également par des bandes de mercenaires islamistes, armés et financés par Ankara. Ces dernières semaines, des informations nous sont parvenues de cette zone, faisant état de centaines de Kurdes de tous âges brûlés vifs par les Turcs. Des Turcs qui menacent de plus en plus régulièrement d’envahir militairement le Rojava, la région des Kurdes de Syrie, qui vient de proclamer son autonomie.

 

A ce qui précède, il faut ajouter que la Russie a instamment prié les Israéliens de s’abstenir de tout réchauffement avec le régime d’Erdogan, Moscou se trouvant en situation de presque-guerre avec ledit gouvernement, principalement après qu’il a abattu, le 24 novembre de l’an dernier, l’un de ses Soukhoï opérant en Syrie.

 

Ce grave incident, sur lequel les Ottomans comptaient pour s’attirer le soutien de la communauté internationale, a, au contraire, mis en exergue l’isolement dont ils souffrent. Prié de choisir entre les Kurdes et la Turquie, le Président Obama n’a pas hésité à choisir les Kurdes. Anciennement allié privilégié de Washington au Moyen-Orient, Recep Erdogan s’est fait snober par la Maison Blanche lors de son très récent séjour dans la capitale étasunienne. Sa demande de rencontrer Obama a été très sèchement rejetée, par un président et une administration déçus de voir la Turquie sombrer dans la dictature et la violence d’Etat.          

 

Seule l’Union Européenne, et en particulier sa ministre des Affaires Etrangères, Federica Mogherini, soutient encore la politique du Sultan Erdogan. Mais elle le fait de manière de plus en plus feutrée, afin de préserver les intérêts européens dans la région, et pour l’aider à juguler l’afflux des réfugiés de Syrie et d’Irak.

 

Ce sont également des intérêts immédiats qui motivent Israël à rétablir "les relations correctes avec la Turquie, qu’Israël a toujours désirées", et, "si possible", ce sont les termes de Binyamin Netanyahu, "de normaliser ces relations".

 

En jeu, au niveau stratégique, la nécessité d’entretenir au Moyen-Orient un bloc non-arabe, qui existait depuis près de 70 ans. Sur le plan économique et militaire, on se rappelle que la plupart des pilotes turcs ont été formés par des instructeurs hébreux, qu’Israël a procédé à la mise à jour de milliers de chars et d’avions de l’Armée d’Ankara, qu’elle lui vendait des drones et une quantité d’autre équipements valant des milliards d’euros. De leur côté et malgré des efforts incessants, les Ottomans n’ont toujours pas trouvé de fournisseurs qui comprennent aussi bien leurs besoins.

 

Ils assistent aussi à un rapprochement quasi cordial entre Bibi et leurs principaux ennemis traditionnels, les Grecs. C’est toute la communauté internationale qui ne comprend pas la profondeur des liens qu’ont tissés le Premier ministre gauchiste Alexis Tsipras, et son homologue israélien, le droitiste Binyamin Netanyahu. Auxquels adhère pleinement le président cypriote Nikos Anastasiadis, lié par une entente tripartite qui ne fait pas les affaires du sultan, bloqué dans ses ambitions méditerranéennes.

 

Or Erdogan possède encore un joker dans son jeu, qui fait saliver l’exécutif de Jérusalem ; c’est en effet lui qui détient la clé de la construction d’un gazoduc sous-marin, dont la longueur ne dépasserait pas 70 kilomètres, et qui pourrait acheminer le gaz naturel qu’Israël exploite dans sa Zone Economique Exclusive (ZEE, jusqu’à 370km des côtes d’un pays), et qu’elle peine à développer, en partie à cause de la difficulté d’exporter le produit de ses gisements.

 

En fait, le gazoduc en question intéresse aussi les cypriotes grecs, qui exploitent le même bassin que les Israéliens en parfaite harmonie. Au point que d’autres discussions secrètes se déroulent entre Nicosie et les frères ennemis turcs de l’île d’Aphrodite. Pour en avoir le cœur net, j’ai téléphoné ce matin à un responsable du gouvernement auto-proclamé de Chypre du Nord, qui, ne cachant pas sa surprise, m’a en effet confirmé que les deux communautés insulaires ne s’étaient jamais trouvées aussi près d’un accord historique depuis le conflit armé qui les a déchirées en 1974.

 

Certes, on a un authentique penchant affectif pour les Kurdes et les Cypriotes grecs. Et puis, on a noué de nouveaux liens préférentiels avec Poutine. Ce qui ne l’a pas empêché toutefois, au mépris de toutes ses promesses, de commencer à livrer son système antiaérien S-300, le plus sophistiqué, à l’Iran, notre plus grand souci. Ni le PKK kurde, de revendiquer un attentat au cœur d’Istanbul, le 19 mars dernier, qui a coûté la vie à trois Israéliens et en a blessé dix autres.

 

Ce fâcheux incident a eu pour effet de donner le prétexte de renouer un contact direct entre Erdogan et le président israélien Rivlin. On a échangé des condoléances et on s’est promis de combattre le terrorisme ensemble, même si l’on n’a pas les mêmes terroristes, et que les terroristes de l’un sont les amis de l’autre et réciproquement.

 

Mais qu’importe, il s’agit d’un prétexte, vous dis-je, dans un monde d’intérêts dans lequel on passe parfois des accords avec des gens qui nous dégoutent. Quelque part en Europe, probablement à Genève, Joseph Ciechanover, le négociateur de Netanyahu, et le vice-ministre des Affaires Etrangères, Feridun Sinirlioglu, sont probablement en train de mettre la dernière main à la réconciliation.

 

Ce n’est pas la première fois qu’ils se rencontraient ; Israël a déjà présenté ses excuses pour la mort des voyous du Marmara ; on s’est déjà mis d’accord pour un dédommagement de leurs familles à hauteur de vingt millions de dollars en tout, une pacotille ; Ankara va abandonner ses poursuites judiciaires contre les commandos ayant procédé à l’arraisonnement et fermer le bureau du Hamas. Il ne restait qu’à trouver un allègement symbolique du contrôle imposé à Gaza par Israël et l’Egypte – qui déteste le régime actuel turc, soit dit en passant – réclamé par Erdogan.

 

Nos sources au gouvernement nous affirment qu’Israël n’octroiera en aucun cas un statut spécial à la Turquie au sujet de Gaza. Mais on est en train de chercher un geste inoffensif qui satisfera les deux capitales, et on en trouvera un, à moins que cela ne soit déjà fait pendant que je vous écrivais.

 

Quand on veut sauver son chat, on dit qu’il est utile, ai-je envie de contredire un vilain proverbe. Reste que c’est le genre d’accord qu’on a envie de parapher avec des gants en caoutchouc, une pince à linge sur le nez et des clés-anglaises en guise de porte-plume.        

 

 

 
Stage de journaliste à la Ména Version imprimable
Communiqué
dimanche, 03 avril 2016

 

Stage à la na :

 

La Metula News Agency offre une place de stage de journalisme, en son centre rédactionnel de Métula, pour une durée de six mois, avec possibilité de six mois supplémentaires si entente mutuelle.

Nous offrons : une expérience unique avec des journalistes de premier plan. L’occasion d’améliorer ses qualités rédactionnelles sous le suivi d’un maître de stage. Le gîte et le couvert (non casher). La possibilité d’apprendre l’hébreu. L’argent de poche. La possibilité d’effectuer ce stage dans le cadre d’études académiques israéliennes, européennes ou américaines. Le stage comprend une formation de journaliste radiophonique appliquée ainsi qu’une familiarisation aux métiers de la télévision. Le stage inclut des reportages sur le terrain.

Nous réclamons : une authentique passion pour la profession. Une maîtrise élevée de la langue française écrite et parlée. La participation à tous les travaux existant dans une rédaction, y compris l’entretien. De bonnes connaissances soit en anglais soit en hébreu soit en arabe moyen-oriental. Un ordinateur personnel. Une expérience rédactionnelle préalable. Une bonne connaissance du travail de la na. Une indépendance d’esprit.

La ou le stagiaire devra être muni d’une assurance santé et accident valable en Israël pour toute la durée du stage. Les transports sont à la charge de la, du stagiaire. L’offre s’adresse strictement à des femmes ou des hommes entre 20 et 35 ans, sans préférence de convictions, de religion ni d’origine. Début du stage : le 1er juillet 2016.

Faire offre de candidature à redaction@metulanews.info en joignant un CV muni d’une photographie récente, de (quelques) documents publiés et d’une lettre de motivation manuscrite d’une page (scannée).

Cette offre fera office de document juridique unique régissant la relation entre la Metula News Agency et la ou le stagiaire.

 

 
Anatomie du fanatisme : Polyeucte de Corneille (info # 010104/16) Version imprimable
Analyse d'une oeuvre
vendredi, 01 avril 2016

 

Par Llewellyn Brown

 

Que peut-il y avoir de commun entre l’histoire d’un martyr chrétien, vivant aux alentours de l’an 250 de notre ère, et nos actuels fanatiques islamistes ? Entre une pièce de théâtre de Pierre Corneille et sa mise en scène en 2016 ?

 

Un premier élément de réponse se trouve dans la volonté de nos auteurs classiques de créer des œuvres à portée universelle, qualité mise en lumière par une artiste exceptionnellement sensible aux subtilités de notre langue et de la construction littéraire. Ou encore : un génie de la création littéraire aux prises avec les enjeux de notre époque moderne, dont les effets se faisaient déjà sentir au xviième siècle, puis la détermination de Brigitte Jaques-Wajeman1 de nous faire relire l’œuvre de Corneille pour en comprendre l’actualité. En effet, la metteuse en scène précise : « Les destructions journalières de statues et de temples “païens”, perpétrées au nom de la religion, le fanatisme et le désir de mort de jeunes convertis offrent une similitude étonnante avec le destin et les déclarations de Polyeucte ».

 

Le récit

 

Reprenons. Polyeucte martyr : tragédie chrétienne, pièce écrite par Pierre Corneille vers 1642, relate l’histoire d’un martyr chrétien vivant en Arménie. L’épouse de ce dernier, une Romaine appelée Pauline, avait été autrefois amoureuse du chevalier romain Sévère, mais son père Félix devant poursuivre sa carrière en Arménie, elle le suivit, se trouvant alors dans l’obligation d’épouser un grand seigneur du pays, le héros éponyme. Quant à Sévère, on le croyait mort au combat.

 

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L’adaptation de Brigitte Jaques-Wajeman

 

Or l’action commence au moment où, sous les instances de son ami Néarque, Polyeucte se convertit au christianisme, religion dont les adeptes étaient persécutés par l’Empereur Décie. Ce qui fait le réel enjeu de la pièce cependant, c’est l’acte de Polyeucte qui, emporté soudainement par la grâce, décide de briser publiquement les idoles au temple, entraînant son ami dans cette entreprise sacrilège. Néarque est exécuté sous les yeux de Polyeucte, qui aspire à devenir martyr à son tour. Après des résistances, son exemple suscite la conversion de sa femme, de son père et, enfin, de Sévère ; celui-ci étant venu ostensiblement pour accomplir un sacrifice mais, en réalité, pour retrouver Pauline.

 

La sphère mondaine

 

Disons-le d’emblée : telle que la pièce est écrite, il ne s’agit pas d’une simple histoire pieuse. Par sa reprise à l’époque du Grand Siècle, le récit acquiert une tout autre valeur que celle qu’il pouvait revêtir dans La Légende dorée. Certes, on est libre de lire l’histoire de cette manière, et les contemporains l’ont sans doute fait – tout le langage employé par les martyrs paraît conforme aux conceptions chrétiennes –, mais si l’on suit de texte de près, on s’aperçoit que Corneille lui donne une autre portée.

 

Avant d’aborder la question du fanatisme, nous pouvons situer le contexte qui, dans cette pièce, lui sert d’écrin. Les tragédies de Corneille se fondent sur ce que François Regnault nomme le « nœud de la gloire », structure composée de deux dimensions incompatibles entre elles : l’allégeance à l’Etat, d’un côté, et la singularité représentée par le choix d’un partenaire amoureux, de l’autre. L’union de ces dimensions n’offre l’espoir d’aucune résolution harmonieuse. Ainsi, Pauline a suivi son devoir en épousant le chevalier arménien, et ne reviendra jamais sur cette décision. Polyeucte peut être peiné de découvrir qu’elle éprouve encore de la passion pour Sévère, mais c’est la résistance même déployée par son épouse qui fait sa qualité, au point que son mari est saisi d’admiration devant autant de mérites : « Qu’aux dépens d’un beau feu vous me rendez heureux, / Et que vous êtes doux à mon cœur amoureux ! ». Elle « tyrannise » ses sentiments, mais c’est précisément ainsi que Sévère pourra continuer à l’aimer et à l’admirer.

 

L’attachement à la gloire suppose que l’on ne se précipite pas sur l’objet désirable – qui, alors, se présenterait comme la solution –, mais que l’on conserve le caractère problématique de l’existence. C’est sur ce plan précis que les personnages rivalisent : ce qui les unit est cela même qui les sépare. Pauline voue un attachement indéfectible à sa propre gloire, tout autant qu’à son ancien amoureux Sévère : « […] il n’est point aux Enfers d’horreurs que je n’endure, / Plutôt que de souiller une gloire si pure […] ». De même, elle conjure Sévère de déployer tous ses efforts pour conserver son mari en vie, alors qu’il risque la mort : « Mais plus l’effort est grand, plus la gloire en est grande […] ». C’est seulement en refusant de profiter de l’éventuel veuvage de celle qu’il aime que Sévère peut mériter Pauline.

 

Cet idéal nourrit néanmoins l’importance accordée aux relations humaines. C’est en « qualité de femme, ou de fille » que Pauline cherche à faire fléchir son père, Félix, afin qu’il n’ordonne pas l’exécution de Polyeucte. L’humain se définit par les échanges, ce qui permet à Pauline de faire valoir son obéissance auprès de son père, afin de persuader celui-ci de sauver Polyeucte : son obéissance mérite qu’en retour, Félix lui fasse cette concession qui déroge à la règle absolue.

 

C’est l’Etat qui, en tant qu’autorité suprême, exclut toute considération personnelle, ainsi que le déclare Félix : « Quand le crime d’État se mêle au sacrilège, / Le sang ni l’amitié n’ont plus de privilège ». Cette dimension potentiellement inhumaine trouve son ancrage dans la peur de mourir, comme l’affirme Félix, dans son effort pour ramener Polyeucte à la raison : « Au spectacle sanglant d’un ami qu’il faut suivre, / La crainte de mourir et le désir de vivre / Ressaisissent une âme avec tant de pouvoir, / Que qui voit le trépas cesse de le vouloir ». La crainte de la mort donne sa consistance aux liens humains, et les personnages doivent négocier leurs choix au regard de cette menace. C’est dans ce sens que Félix pèse la portée de ses actes : il doit choisir de protéger Polyeucte ou d’épouser l’hostilité de Décie à l’égard des chrétiens.

 

L’ensemble des personnages donc – Pauline, Sévère et Félix (Polyeucte aussi, au début) – évoluent sur un plan rigoureusement humain. Seuls, ils offrent la matière à une tragédie cornélienne telle qu’on l’entend d’habitude, incarnant la problématique représentée par l’Etat dans ses liens complexes avec l’amour.

 

Le fanatisme

 

Or le fanatisme religieux change radicalement cette équation et, converti, Polyeucte rejette ce registre où les personnages règlent leur existence sur un très haut idéal.

 

Alors que Néarque exhorte Polyeucte à la modération, celui-ci déclare que Dieu n’accepte pas d’être relégué derrière des considérations humaines. Ce jugement semblerait conforme à ce que prônent les Évangiles, comme le souligne Polyeucte : « Il ne faut rien aimer qu’après lui, qu’en lui-même, / Négliger pour lui plaire, et femme, et biens, et rang, / Exposer pour sa gloire, et verser tout son sang : […] ».

 

Cette priorité absolue accordée à Dieu conduit Polyeucte et Néarque à rejeter totalement le dilemme amour/Etat, qui régit l’existence des autres personnages. A ce titre, ils refusent toute compassion. Ils ne sont pas plus sensibles à leur propre douleur : alors que la mort est source de crainte pour les autres, les martyrs y aspirent. Pauline l’annonce à Félix : « Les supplices leur sont ce qu’à nous les plaisirs, / Et les mènent au but où tendent leurs désirs, / La mort la plus infâme, ils l’appellent Martyre ». Quand Polyeucte dénie toute nécessité de rester en vie afin de protéger les chrétiens, Néarque proteste : « Vous voulez donc mourir ! » Mais Polyeucte n’hésite plus : « Vous aimez donc à vivre ». On en entend l’écho dans la formule du Hamas : « Nous aimons la mort autant que nos ennemis aiment la vie ».

 

Dans la mise en scène de Brigitte Jaques-Wajeman, la vue du sang dévoile la réalité qui inspire la conversion en série. Au début de la pièce, Polyeucte est habillé de blanc (innocence ?), Néarque en noir (annonçant le destin funeste ?) et Pauline en rouge. Si cette dernière couleur pourrait correspondre à la passion que ce personnage éprouve pour Sévère, sa valeur change quand Pauline revient maculée du sang de son mari supplicié : « Son sang dont tes bourreaux viennent de me couvrir / M’a dessillé les yeux, et me les vient d’ouvrir ». Comme l’observe Nietzsche, cité par Brigitte Jaques-Wajeman : « Les morts des martyrs […] ont été un grand malheur dans l’histoire : elles ont séduit… »2.

 

Certes, les autres personnages aussi sont habités par une haute aspiration, mais les martyrs versent ces passions au compte d’une garantie divine : « J’ai de l’ambition, mais plus noble, mais plus belle, / Cette grandeur périt, j’en veux une immortelle, / Un bonheur assuré, sans mesure et sans fin […] ». Le royaume terrestre paraît bien dérisoire par comparaison avec celui de Dieu : « Si mourir pour son Prince est un illustre sort, / Quand on meurt pour son Dieu, quelle sera la mort ? ».

 

Le Dieu dont les martyrs se réclament mérite qu’on l’honore sans réserve, tout simplement parce qu’il représente la puissance suprême : « Le Dieu de Polyeucte et celui de Néarque / De la Terre et du Ciel est l’absolu Monarque […] ». On aurait donc tort de ne pas miser sur Celui qui se tient incontestablement au-dessus de toutes les puissances humaines : on n’a rien à y perdre, et tout à y gagner.

 

Ne souffrant pas les aléas qui caractérisent l’existence soumise au nœud de la gloire, les martyrs recherchent une solution facile. On sait que Jean-Claude Milner a mis en évidence le penchant occidental à voir les situations en termes d’un problème auquel il conviendrait de trouver une solution, cette dernière étant censée résorber l’irrésolution offensante3. Cependant, le nœud de la gloire cornélien reposait précisément sur l’impossibilité d’atteindre une solution. Or ces exaltés aspirent à voir se dissiper toute incomplétude grâce au martyr, en sorte que Pauline, convertie, déclare à son père qu’ils ont tous les deux à y gagner : « Affermis par ma mort ta fortune, et la mienne, / Le coup à l’un et l’autre en sera précieux, / Puisqu’il t’assure en Terre, en m’élevant aux Cieux ». Tous les problèmes – mondains et célestes – s’évanouissent ainsi, comme par miracle !

 

Le féminin

 

A l’ouverture de la pièce, dans la mise en scène de Brigitte Jaques-Wajeman, on découvre, au centre de la scène, un lit défait où Pauline se trouve couchée, légèrement vêtue de blanc, à demi couverte une courtepointe, blanche également : il s’agit d’un lieu d’intimité où se joue le lien de Polyeucte avec le féminin. Au cours de cette première scène, Polyeucte apparaît comme le « recréant » des romans de chevalerie4, à l’image d’Erec passant sa journée au lit avec sa nouvelle épouse Enide, négligeant les exercices guerriers avec ses barons. Néarque lui recommande alors : « Fuyez un ennemi qui sait votre défaut ». En effet, les deux chrétiens s’entretiennent mutuellement, s’excitant à transgresser.

 

Car dans cette pièce, le fanatisme se révèle être essentiellement une affaire d’hommes, excluant le rapport à la femme. Quand Néarque entraîne Polyeucte pour qu’il se fasse baptiser, celui-ci refuse de divulguer à Pauline les raisons de son départ : il courrait un risque à exposer son projet à une femme.

 

La sexualité entre en jeu de façon visible à deux moments dans cette mise en scène : quand Sévère rencontre Pauline après des années d’absence, et quand celle-ci tente de dissuader Polyeucte de s’abandonner au martyre. La première de ces deux scènes révèle l’intensité d’une passion amoureuse intense, et tout ce à quoi Pauline a renoncé en obéissant à la voix du devoir. Entre Pauline et Polyeucte ensuite, on assiste au rejet violent du sexuel, pour le motif que celui-ci compromettrait l’autonomie exaltée du futur martyr.

 

Fanatisme et modernité

 

Dans son analyse du fanatisme, Corneille vise au-delà du simple christianisme. Dans cette thématique centrée sur le religieux, il s’agit non pas de se fixer sur la question confessionnelle, mais de se demander : De quoi Dieu est-il le nom ?

 

En effet, nous sommes en présence d’une question moderne. Au lieu de penser au fanatisme comme un phénomène réservé aux époques « obscurantistes », au « Moyen Age », il convient de voir que celui-ci est conditionné, en ce qui nous concerne, par la science et le capitalisme, qui prenaient déjà de l’ampleur au xviième siècle, détruisant les liens symboliques qui régissaient jusqu’alors les rapports humains.

 

Autrefois, la place que quelqu’un occupait dans la société déterminait son existence et réglait les questions qu’il pouvait se poser à l’égard de son statut social, de son devoir, de la déférence qu’il convenait de manifester envers ses supérieurs. Le rationalisme, en revanche, met les hommes sur un pied d’égalité, quelle que soit leur condition sociale. De même, les lois de la science brisent l’harmonie reliant la vie des hommes à l’ordre divin. De son côté, le capitalisme détruit les objets dans leur matérialité, en sorte qu’on les évalue en fonction de leur simple valeur monétaire.

 

Une béance s’ouvre alors dans l’univers, et tout devient possible. L’incertitude règne, ce dont témoigne le personnage de Félix, qui doit décider comment agir, sans savoir comment mieux assurer sa sécurité et sa carrière.

 

Les martyrs, en revanche, comblent le vide angoissant avec une exaltation qui leur restaure la certitude et le sens de la vie. Polyeucte dénonce ceux qui se contentent du caractère éphémère de l’existence : « Ils n’aspirent enfin qu’à des biens passagers, / Que troublent les soucis, que suivent les dangers, / La Mort nous les ravit, la Fortune s’en joue, / Aujourd’hui dans le trône, et demain dans la boue […] ». En rejetant tous les liens mondains, les martyrs prétendent se mettre à l’abri de toute incertitude : « Pourquoi mettre au hasard ce que la mort assure ? ».

 

Au fond, cette pièce ne donne pas à voir des chrétiens persécutés, mais des convertis qui aspirent au martyre, à tel point que l’on pourrait affirmer qu’ils incarnent une hérésie. En effet, le choix qui, ici, est mis au compte de la religion est complètement dissocié de la morale et de l’enjeu des relations humaines. Les exaltés sont habités plutôt par une soif de puissance. Si, dans cette pièce, les chrétiens sont qualifiés de sujets fidèles et paisibles, c’est parce que l’enjeu de leur existence n’est pas mondain : il se situe du côté d’un absolu de la jouissance, celle-là dont le marquis de Sade fera l’anatomie un siècle plus tard.

 

L’acte accompli par ces personnages est crucial. En brisant les idoles, ils visent à porter atteinte à ce qui fait lien en société, à tout ce que les autres tiennent pour sacré, ainsi que l’explique la confidente Stratonice : « Des mystères sacrés hautement se moquait, / Et traitait de mépris les Dieux qu’on invoquait ». Dans la mise en scène de Brigitte Jaques-Wajeman, l’acte de sacrilège s’accompagne d’éclairs et de tonnerre, comme pour marquer à quel point la destruction touche aux bases de la vie civilisée. Les iconoclastes, ici, dénigrent les dieux païens, voyant en eux des adultères et des incestueux, et déclarent que les idoles ne sont que de simples objets inertes. S’ils agissent ainsi, c’est pour mieux se réclamer de Celui qui détient le réel pouvoir sur l’univers. Leur critique n’est pas désintéressée : c’est par leurs provocations qu’ils font exister leur dieu ; autrement dit, en déchaînant la colère des hommes.

 

En effet, si la divinité était à ce point toute puissante, elle pourrait bien se passer des hommes. Mais ces personnages ne problématisent pas cette question : ils cherchent à faire jouir Dieu. Nous sommes clairement ici à l’époque moderne, où l’on fait exister Dieu par la barbarie, en l’absence d’une divinité symbolique, capable de structurer notre monde.

 

Conclusion

 

S’agit-il de fanatiques chrétiens ? On peut s’étonner d’entendre, dans une pièce de théâtre du classicisme français, des païens accabler les chrétiens de toutes les insultes. Sans doute les spectateurs de Corneille se croyaient-ils supérieurs aux païens de la pièce, jugeant que ces derniers étaient aveuglés dans leur jugement. De surcroît, ils pouvaient arguer que l’action de Polyeucte se justifiait, à la lumière du triomphe final du christianisme : son martyre réussit à amener d’autres à la religion chrétienne, et lui-même est devenu saint.

 

On peut penser aussi que Corneille cherchait à révéler le potentiel fanatisant du christianisme. Il n’avait pas à chercher loin : les guerres de religion étaient encore fraîches dans les mémoires. Plus largement, cependant, Corneille porte un regard aiguisé sur les débordements déclenchés par la Raison. Dans cette pièce, les Arméniens païens sont plus humains que les nouveaux chrétiens.


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La farce iranienne (info # 013003/16) Version imprimable
Analyse
mercredi, 30 mars 2016

 

Par Stéphane Juffa

 

Aujourd’hui et demain, le président-trompe l’œil de la "République" Islamique d’Iran, Hassan Rohani, aurait dû se trouver en Autriche afin d’y signer quelques mirobolants contrats d’achat de biens et d’équipements. Il a cependant informé ses hôtes à la dernière minute qu’il annulait son déplacement "pour des raisons sécuritaires". A Vienne, dans l’ancienne capitale de l’Empire austro-hongrois, les services du Président Heinz Fischer ont annoncé ignorer de quelles raisons sécuritaires il était question.

 

En fait, Rohani était envoyé en Autriche par le "guide suprême" et unique de la satrapie chiite, Ali Khamenei, pour tenter de débloquer la levée des sanctions économiques qui les frappent ; des sanctions qui, aux termes de l’accord signé en juillet dernier entre Téhéran et les grandes puissances, auraient, en grande partie à tout le moins, dû disparaître à la mi-janvier.

 

Mais elles sont toujours en place, ce qui irrite les Iraniens au plus haut point, sans que personne ne soit capable de leur fournir une explication compréhensible. Heinz Fischer, mis sous pression par les ayatollahs, comme tous les chefs d’Etat qu’ils rencontrent, pour qu’il fasse bouger les choses, a avoué, à la télévision iranienne avant la visite prévue, "que le processus de levée des sanctions avait commencé", mais qu’ "il ne pouvait pas prédire combien de temps cela prendrait".

 

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Un dindon normal

 

Toujours sur la chaîne Irib, Fischer a ajouté : "La levée des sanctions dépend de toute la communauté internationale et il est impossible de prédire quand cela interviendra dans les faits". Il a dévoilé une lapalissade en expliquant que "son pays ne peut à lui seul annuler les sanctions, non plus que l’Union Européenne, mais qu’il appartenait à toute la communauté internationale de le faire", entendez par là, que l’on attend le feu vert de Washington. Il a terminé son intervention en "espérant que toutes les parties restent engagées par l’accord nucléaire afin que toutes les sanctions soient levées en temps voulu".

 

Traduit de la langue diplomatique, cela signifie que l’Autrichien espère que les Perses ne réinitialisent pas leur programme nucléaire, uniquement voué à des applications militaires, pour la raison qu’ils ne reçoivent pas l’unique contrepartie face à leurs restreinte, non plus qu’une date prévisionnelle, même approximative, pour la libération de leurs cent milliards et plus, gelés dans les institutions bancaires occidentales.    

 

En réalité, les Européens aimeraient bien recommencer à commercer avec l’Iran en libérant les avoirs qu’ils retiennent, mais ils craignent des représailles de la part des Etats-Unis, qui persistent à imposer des limitations draconiennes sur les échanges avec les banques et les sociétés iraniennes.

 

A l’occasion du Nouvel an perse, le Grand leader Khamenei est sorti personnellement de son antre, très courroucé, pour affirmer publiquement que "les Américains ne respectent pas les engagements qu’ils ont pris lors de la conclusion de l’accord", argumentant qu’ "ils n’ont levé les sanctions que sur le papier, mais que, par des voies détournées, ils empêchent la "République" Islamique d’atteindre ses objectifs". Il faut bien le lui concéder, sur ce point au moins, le Guide suprême a parfaitement raison.

 

Dans les faits, il est victime de ce qu’on pourrait appeler un retour de manivelle ; car s’il est vrai que les Yankees, qui ne pipent rien à la mentalité moyenne-orientale, ils se sont fait rouler dans la farine par Mohammad Zarif lors des négociations en vue de l’accord, Khamenei apprend à ses dépens que les Iraniens, à leur tour, ne comprennent rien au mode opératoire en vigueur à Washington.

 

A Genève, Lausanne et Vienne, l’été dernier, les négociateurs de la dictature chiite ont certes eu beau jeu de ridiculiser John Kerry en vidant l’accord d’une grande partie de son sens, notamment en conservant la totalité de leurs centrifugeuses, en empêchant les inspecteurs de l’AIEA d’avoir un libre accès à leurs installations nucléaires et d’enquêter sur leurs activités passées dans le domaine de la recherche nucléaire à des fins militaires, de ne pas inclure leur programme de développement de missiles balistiques dans le traité, de ne pas provisionner la libération des Américains innocents détenus à Téhéran, et d’interdire que l’accord inclue toute mention quant à l’amélioration du respect des droit de l’homme dans leur dictature.

 

Ils étaient contents. On se rappelle le sourire moqueur de Zarif sur le balcon de son hôtel suisse ; c’était presque trop facile, il avait saisi que l’Administration Obama, pour des raisons politiciennes, avait absolument besoin d’annoncer la signature de l’accord à n’importe quel prix, et l’Iranien exploita cette faille jusqu’à la lie.

 

Depuis la signature du traité et jusqu’à l’échéance de la mi-janvier, aucune amélioration des relations entre l’Iran et les USA n’était intervenue, contrairement à ce qu’escomptait Washington : Khamenei répétait à l’envi que l’Amérique restait plus que jamais le Grand Satan, et on continuait, sur les boulevards de sa capitale, à brûler le Stars & Stripes en hurlant "Mort à l’Amérique". Mieux encore, les Gardiens de la Révolution arraisonnaient puis humiliaient des commandos-marins de la Navy en plein milieu du Golfe arabo-persique. Et puis on a multiplié les tirs d’essai de missiles balistiques, à grands frais de publicité, en invoquant, face aux critiques des Occidentaux, que les engins testés étaient inadaptés pour l’emport de bombes atomiques.

 

Pour enfoncer le clou, on a demandé au troupier de service, le Brigadier Général Amir Ali Hajizadeh, le chef de l’armement aérospatial de l’Armée iranienne, de pousser la provoc en déclarant : "Même s’ils construisent un mur autour de l’Iran, notre programme de missiles ne s’arrêtera pas", et d’ajouter : "Ils tentent d’effrayer nos officiels avec des sanctions et des invasions. Cette crainte est notre plus grande menace".

 

On a aussi prié le président potiche Rohani, le clown "réformateur" du régime, de compléter l’enchère en ajoutant : "Nous poursuivrons tous les efforts afin de renforcer notre défense, ce qui participe de notre politique stratégique".

 

La théocratie chiite a feint d’ignorer la Résolution 2231 du Conseil de Sécurité appelant l’Iran à ne pas se livrer à la moindre activité relative aux missiles capables de transporter des charges nucléaires. C’est la "République" Islamique qui avait insisté afin que la question des missiles n’entre pas dans l’accord de juillet, et elle en subit désormais le contrecoup. Il y a, dans cette résolution, plus de choses qu’il n’en faut pour permettre aux Américains de retarder sine die le déblocage des sanctions, non seulement de leur part, mais également chez leurs partenaires.

 

La junte théocratique dispose en théorie de deux solutions : la première consiste à dénoncer l’accord de l’été et à se remettre à produire de l’uranium hautement enrichi. Mais cela entraînerait automatiquement l’annulation du traité par les 5+1, ou par la partie significative d’entre eux, et ramènerait sur le tapis et avec une vigueur redoublée l’éventualité d’une action militaire de l’Amérique ou de ses turbulents alliés israéliens et arabes, qui n’attendent que cela pour en découdre avec les ayatollahs.

 

Pour ne rien arranger des affaires des Perses, Barack Obama, le président opposé par principe à toute intervention militaire mais aussi à sa propre armée, est devenu un canard boiteux en cette année électorale. Aussi, s’il ne prend pas les dispositions qui conviennent face à une éventuelle dénonciation de l’accord sur le nucléaire, on peut compter sur ses successeurs pour le faire à sa place, en particulier sur Donald Trump, évidemment.

 

De plus, aux Etats-Unis, il existe traditionnellement une disparité importante entre les décisions politiques prises par la Maison Blanche et leur mise en pratique, qui dépend de la bonne volonté d’une myriade de fonctionnaires, qui, s’ils veulent mettre les bâtons dans les roues de la politique présidentielle, pratiquent avec une efficacité redoutable. Or, à ce niveau, que l’on ait des sympathies Démocrates ou Républicaines, on a en commun la détestation du régime iranien et de l’accord dégradant conclu à Lausanne.    

 

L’autre solution qui s’offre à Khamenei est celle d’attendre patiemment la levée graduelle des sanctions, en rongeant son frein et en montrant patte blanche.

 

Il n’en existe pas de troisième, et pour l’Iran, outre le fait de s’exposer à des pressions militaires, le grand souci se situe dans la situation catastrophique de son économie. On comptait sur une amélioration fulgurante de l’état des finances avec la levée des sanctions, mais elle ne vient pas. Lors, on reste plongé dans son marasme.

 

Et la "République" Islamique est un pays pauvre, à peine mieux loti que ceux qui se trouvent en voie de développement. Avec un PIB nominal de 549 milliards de dollars pour 80 millions d’Iraniens, on obtient un PIB par habitant de 5 300 dollars (chiffres du Fonds Monétaire International [FMI]). A titre de référence, le PIB d’Israël s’élève à 300 milliards, soit 35 000 dollars par habitant. Soit un Produit Intérieur Brut pour l’Iran qui est moins du double de celui de l’Etat hébreu, mais pour une population dix fois plus nombreuse.

 

Téhéran a beau détenir la 4ème réserve de pétrole de la planète et la 2ème de gaz naturel, pour le moment, il extrait avec peine 1.5 millions de barils/jour, qu’il doit toujours négocier en-dessous du cours du marché à cause des sanctions qui le frappent.

 

Khamenei annonçait pouvoir rapidement rénover son infrastructure d’extraction et d’acheminement du brut, et élever sa production à 4 millions de b/j, voire à 4.5 millions, mais il est en train de déchanter. D’abord, parce que l’argent dont il a besoin demeure bloqué, ensuite, parce que l’on ne se trouve plus en période de ruée vers l’or noir, loin s’en faut. On est même en époque de trop plein, avec des cours désespérément bas pour les producteurs, et un marché engorgé. Dans ces conditions, complétées par un environnement politique défavorable au commerce, les sociétés spécialisées dans la recherche et le forage, dont un grand nombre sont américaines, ne se bousculent pas au portillon.

 

Avec un prix du Brent cloué au-dessous des 40 dollars, la recherche de nouveaux gisements est à peine rentable, et l’on voit que des pays autrement plus accueillants que la dictature chiite, à l’instar d’Israël, rencontrent les plus grandes peines du monde à intéresser des sociétés de forage à partager leurs risques dans des termes contractuels décents ; ce, même lorsqu’il s’agit d’exploiter des champs gaziers déjà identifiés.

 

Bref, même en augmentant sensiblement sa production de pétrole et de gaz, l’Iran n’est pas près de devenir un eldorado. Et en attendant, c’est un pays miséreux, où on manque de tout, avec un marché domestique limité à 80 millions de clients potentiels, eux-mêmes ne disposant que de moyens très réduits.

 

Ce qui nous amène à nous poser des questions quant à l’engouement quasi hystérique des sociétés industrielles pour le marché iranien. Et l’on peut déjà affirmer que cet enthousiasme est terriblement disproportionné, voire qu’il fleure le ridicule.

 

Nous nous sommes par exemple penchés sur le contrat du siècle avec Airbus, portant sur l’acquisition de 128 appareils [communication Airbus] représentant un prix catalogue annoncé de 27.5 milliards de dollars.

 

On sait, certes, qu’aucune compagnie aérienne ne paie jamais le prix affiché, qui ne sert qu’à soigner l’effet d’annonce d’Airbus et de Boeing, et que les gros contrats se négocient entre 40 et 65 pour cent du prix catalogue, les plus gros discounts étant réservés aux sociétés low cost (dont la commande se limite à un seul type d’appareil) ainsi qu’aux transporteurs aériens jouissant auprès des fabricants d’un statut privilégié.

 

Les Iraniens n’appartenant à aucune de ces deux catégories, on peut raisonnablement imaginer qu’ils obtiendraient un rabais de 50 pour cent sur les prix publiés. Il resterait tout de même 13.7 milliards de dollars à débourser. Lors, on sait que sur le marché des avions de transport, le prix d’achat d’un avion ne représente que 15 pour cent de son "coût total de possession" sur 20 ans. Cela représente pour l’Iran encore 78 milliards à trouver, et c’est toujours sans calculer le prix d’exploitation et le faible pouvoir d’achat des passagers potentiels des compagnies aériennes perses.

 

Au-delà de la vente des avions à proprement dite, Airbus entend signer un contrat supplémentaire pour la mise à niveau de l’infrastructure aéronautique iranienne, du contrôle aérien, de l’assistance pour les opérations au sol et vol, pour l’harmonisation de sa réglementation aérienne, l’enseignement au niveau technique et académique, l’encadrement des fonctions d’entretien et de réparations, ainsi que dans le domaine de la coopération industrielle.

 

Au bas mot, le coût de 92 milliards sur 20 ans pour les Iraniens devrait encore doubler, ce, alors qu’ils ne disposent pas du premier Rial nécessaire à l’achat du premier pneu du premier Airbus.

 

Si l’on considère que les représentants de la junte et les hommes d’affaire iraniens signent des contrats à tire-larigot, totalisant des centaines de milliards de dollars d’engagements, que le régime continue le développement de son armement – notamment de centaines de missiles balistiques -, achète des missiles en Russie et des chasseurs-bombardiers par dizaines en Chine, finance la guerre en Syrie, en Irak, au Yémen et le Hezbollah au Liban, et se doit d’entretenir et d’approvisionner ses immenses installations nucléaires, on doit en déduire que l’Iran passe son temps à signer des chèques en blanc.

 

Le pays dispose certes de grosses réserves de combustibles fossiles, mais qui se trouvent à des années de la solvabilité, bien plus que les fournisseurs sont capables d’attendre.

 

A ce stade de nos observations, nous sommes en mesure d’affirmer que la course au trésor des industriels étrangers en Iran, de même que le léchage des pieds des ayatollahs par les dirigeants occidentaux, le basculement des intérêts nationaux des Etats sunnites vers la junte théocratique chiite, les alliances militaires dangereuses avec les Perses, le dédain affiché pour la neutralisation du projet nucléaire militaire des ayatollahs au travers de l’accord de Lausanne, la réintégration de la diplomatie iranienne dans le giron des forums internationaux, le traitement de la dictature chiite au niveau d’une puissance régionale, le tout, moyennant l’abandon de la population autochtone aux gibets du régime ainsi qu’à l’oppression perpétuelle, sont pour le moins intempestifs.

 

Dans un avenir visible, que les sanctions soient levées ou non – leur montant étant déjà plusieurs fois hypothéqué -, la grande majorité des contrats commerciaux signés ne sera pas réalisée. En revanche, le prix politique terriblement lourd a déjà été payé en totalité et sans la moindre raison sensée.

 

On est en présence d’une formidable faute d’appréciation, causée par les difficultés économiques rencontrées par l’industrie mondiale, la nécessité de présenter des montants de contrats exorbitants aux électorats des pays démocratiques inquiets de leur situation économique, et par l’opportunisme déplacé des décideurs politiques, eux aussi fréquemment soumis à des situations inextricables.

    

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Révélation : des F-16 israéliens et jordaniens ont arrêté les Russes au sud de la Syrie (012603/16) Version imprimable
Analyse
samedi, 26 mars 2016

 

Par Jean Tsadik

 

avec Fayçal Hache à Amman

 

Des appareils israéliens et jordaniens sont intervenus conjointement face à des avions russes sur la frontière syrienne dans la région du Golan ouest et sud. On est passé très près d’une confrontation aérienne majeure, dont la menace a été rapidement réduite grâce à des discussions à Amman, Jérusalem et Moscou entre les intéressés.

 

Ces révélations ont été faites par le Roi Abdallah II à des membres éminents du Congrès américain lors d’une réunion secrète tenue à Washington le 11 janvier dernier.

 

Ce scoop ne provient pas de la Ména mais d’Haaretz, qui a rendu ces évènements publics à l’occasion d’un article diffusé dans sa livraison d’hier (vendredi). Le quotidien israélien base ses révélations sur le témoignage d’un intermédiaire qui aurait eu accès aux minutes de la réunion.

 

La Ména a interrogé son représentant permanent à Amman, Fayçal Hache, qui ignorait l’occurrence de l’incident. Après avoir sollicité ses contacts au plus haut niveau de la monarchie hachémite, jusqu’à très tard la nuit dernière, Hache a été en mesure de confirmer l’ensemble des infos d’Haaretz, et même d’ajouter certains commentaires.

 

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Au premier plan des F-16 jordaniens, à l’arrière, des F-15 israéliens

 

Nous sommes ainsi en mesure de proposer quelques points d’analyses de notre cru suite à cette exclusivité. Notamment de situer l’incident dans la période de la mi-octobre 2015, ce que le témoin de nos confrères télaviviens n’avait pas été en mesure de faire. Le porte-parole de Tsahal, quant à lui, s’est refusé à confirmer ou à infirmer la teneur du scoop.

 

A en croire celui-ci, les avions de Poutine s’étaient aventurés dans le Golan afin d’évaluer les défenses israéliennes. Selon les propos attribués au roi, ce dernier fait aux législateurs américains le compte-rendu suivant : "Nous avons vu les Russes descendre, mais ils ont été accueillis par des F-16 israéliens et jordaniens, opérant tour à tour et ensemble dans les espaces aériens israélien et jordanien".

 

Abdallah a précisé que "les Russes étaient en état de choc et ils ont compris qu’ils ne pourraient pas extravaguer avec nous".

 

Des discussions trilatérales s’en sont suivies afin d’atténuer les tensions. Le roi a reçu un émissaire de Poutine dans sa capitale, non sans y avoir préalablement coordonné ses positions avec le chef du Mossad. "Nous avons conçu des idées pour maintenir les Russes à leur place", a déclaré le souverain.

 

"Au cours des discussions avec les Russes relatives au sud de la Syrie, "la Jordanie a souvent parlé au nom d’Israël", d’après Abdallah.

 

A la Ména, à partir du 28 octobre dernier, nous avions également fait état de trois rencontres à Moscou et à Jérusalem entre les états-majors russe et israélien. Nous ignorons si ces réunions ont été concomitantes ou postérieures à celles d’Amman qu’évoque le monarque. Nous ignorions aussi, à l’époque, qu’elles impliquaient la Jordanie. Nous pensions que les deux états-majors avaient préventivement déterminé des zones d’influence et d’action réciproques, alors que les négociations faisaient en fait suite au "presque engagement" révélé hier par Haaretz, ainsi qu’aux mises en garde proférées par Abdallah à l’endroit des Russes.

 

Toujours est-il que ces négociations furent couronnées de succès et qu’Israéliens et Jordaniens convinrent avec Moscou des limites (géographiques) de leur zone d’intervention aérienne. "Nous les avons prévenus", détaille le roi, "que si une seule balle était tirée au-delà de cette frontière au Sud, nous tomberions tous nos gants".

 

Par-delà les révélations d’Haaretz, nous sommes en mesure d’avancer que cette menace comprenait la possibilité de se confronter avec les Mig et les Soukhoï sur l’ensemble du territoire syrien et de les frapper au sol à l’aéroport international de Damas et à Lattaquié, où ils étaient déployés.

 

Nous réitérons à cette occasion nos évaluations précédentes et affirmons qu’Israël possédait la capacité de détruire ces appareils, au sol et en vol, de même que les deux bases terrestres établies par Poutine dans la province de Lattaquié et son importante antenne navale de Tartous (la plus conséquente hors de Russie et de Crimée), dans la même province.

 

Les craintes de Jérusalem se situaient au niveau de l’hypothèse d’un conflit durable avec l’immense armada russe. A ce propos, les révélations d’Haaretz sont particulièrement éclairantes ;  en effet, si, d’un point de vue strictement opérationnel, le Khe’l Avir, l’aviation israélienne, aurait pu se passer du concours de son homologue jordanienne afin de tenir les Russes à distance de l’Etat hébreu, ce dernier aurait été largement fragilisé s’il avait eu à tenir tête isolément à Moscou lors d’un élargissement de l’affrontement.

 

En revanche, en se présentant face à Poutine comme des alliés unis, opérant de façon synchronisée pour défendre des intérêts placés en commun, Israël et la Jordanie ont signifié au Tzarévitch qu’en cas d’embrasement, il aurait non seulement affaire aux Israéliens, mais à la totalité de l’alliance stratégique liant désormais les sunnites et les Hébreux, qui surprend par son envergure.

 

En termes stratégiques, si la Russie aurait été favorisée lors d’un affrontement limité mais durable avec Jérusalem, dans le cadre d’un conflit l’opposant à la fois à Israël et au monde arabe, en revanche, c’est Poutine qui se serait trouvé en situation délicate. Cette constatation permet d’évaluer à sa juste dimension le potentiel synergique de l’alliance israélo-sunnite. Evoqué encore plus simplement, si cette coalition avec les Arabes n’avait pas existé, le Khe’l Avir aurait été cantonné dans une posture défensive, condamné à répondre au coup par coup aux provocations russes, en évitant l’extension de la confrontation à tout prix.

 

La participation physique de la Jordanie aux opérations militaires pour contenir les Russes loin des frontières du Golan, ainsi que dans la phase de négociations, a indiqué au Président Poutine qu’il buttait sur une alliance solide et bien organisée qu’il aurait tort de défier. C’est cette relation de force qui a permis au Roi Abdallah de hausser le ton et d’émettre des menaces. Observons aussi que, sans la participation d’Israël, avec sa maîtrise technologique et sa force de frappe, le monde arabe ne serait pas en position de se frotter aux Russes et de leur parler à hauteur d’yeux. Selon Fayçal Hache, l’homme de la Ména à Amman, la participation dominante d’Israël dans l’alliance, et son encadrement des capacités militaires arabes, leur procure une efficacité opérationnelle qu’ils ne possédaient pas précédemment.

 

Selon Hache, un ministre saoudien aurait récemment eu cette phrase en sa présence : "Avant de nous coordonner avec les Juifs, nos F-16 étaient des statistiques dans un ordinateur ; désormais, ce sont des chasseurs-bombardiers".

 

A une occasion, les Russes sont intervenus pour bombarder al Nosra (al Qaëda en Syrie) à proximité de la limite qui avait été fixée avec les Israélo-jordaniens. "Nous avons sur-réagi afin qu’ils saisissent le message", affirme le Roi Abdallah.

 

Nous situons cet autre incident entre les deux derniers jours de novembre et les deux premiers de décembre. Moshé Ya’alon, le ministre israélien de la Défense, avait alors parlé d’un appareil russe qui avait franchi notre frontière en pénétrant notre espace aérien sur une distance de deux kilomètres. En fait, il avait été pris en chasse par le Khe’l Avir, peut-être avec la participation des Jordaniens, et fermement éconduit, renvoyé sans ménagement au fin fond de la Syrie. Israël avait minoré l’incident mais avait tout de même été contraint d’en parler, car des milliers d’habitants du Doigt de la Galilée avaient entendu le vrombissement inhabituel des réacteurs et auraient pu, pour peu qu’ils aient levé le nez au ciel, apercevoir ce qui ressemblait à s’y méprendre à un combat aérien impliquant un assez grand nombre d’appareils.

 

Le souverain hachémite avait, préalablement à cet incident, confié aux Russes son intention de "liquider al Nosra", mais en refusant de leur communiquer les coordonnées des positions de l’organisation djihadiste [dans le Golan, au sein du Front Sud. Ndlr.] pour ne pas leur donner de prétexte pour bombarder l’Armée Syrienne Libre (ASL).

 

Dans le Nord, la situation était différente et la Russie frappait sans discernement. Après que les Russes se soient plaints de ne pas atteindre leurs cibles, la Jordanie leur a fourni des coordonnées spécifiques qu’elle avait elle-même reçues des Etats-Unis.

 

Le document d’Haaretz nous apprend aussi que c’est en réponse à une requête du chef des Gardiens de la Révolution iraniens que le Tzarévitch avait décidé de lancer des frappes aériennes en Syrie. Le roi commentant : "Les Russes furent choqués de découvrir à quel point le régime d’Assad était faible et ils se sont sentis aspirés [dans le conflit]".

 

Abdallah, qui relate, de plus, que la menace représentée par le Califat Islamique était évoquée durant toutes les négociations avec Poutine, qui rencontre les mêmes problèmes avec DAESH que les Européens, mais à la puissance dix, du fait du [grand] nombre de ressortissants russes et des anciens pays de l’Union Soviétique qui combattent en Syrie [dans les rangs djihadistes].

 

Quant à l’alliance israélo-sunnite, nous vous avions mis au courant du fait que les Israéliens formaient les pilotes jordaniens sur leurs propres F-16 en Israël. Nous avons également largement couvert les bribes d’infos qui nous parvenaient par la voie de nos correspondants, faisant état de coopération militaire et stratégique avec les Arabes. Nous n’en sommes désormais plus là, nous sommes devenus des frères d’armes, après avoir défini des intérêts communs dépassant l’échelle régionale. Fayçal Hache ne nourrit aucun doute quant à l’existence d’une coopération entre l’Etat hébreu et d’autres pays de la sphère sunnite ; notamment dans le Golfe et dans la Guerre du Yémen. Nous en sommes au stade des visites banalisées de Saoudiens en Israël et d’Israéliens à Riyad. Fayçal est prêt à mettre sa main au feu qu’il existe une présence militaire de Tsahal en Arabie et dans certains émirats, face à l’Iran et à l’Irak fortement iranisé.


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Les Russes s’en vont (info # 011703/16) Version imprimable
Analyse
jeudi, 17 mars 2016

 

Par Jean Tsadik

 

avec Michaël Béhé à Beyrouth

 

C’est le contraire du titre du film de Norman Jewison de 1966, "Les Russes arrivent". Ce qui est sûr est que ce départ inattendu, dont ni les Américains ni les Israéliens n’avaient été informés, a pris tout le monde par surprise. Le Kremlin l’a annoncé avant-hier soir ; nous en avions été informés par nos contacts dans la région six heures plus tôt, mais nous avions de la peine à les croire.

 

Vladimir Poutine a ainsi su terminer une guerre, ou, plus précisément, l’implication de son pays dans un conflit majeur. Ne serait-ce que pour cela, il mérite des compliments, car, lorsque l’on n’est pas attaqué sur ses propres frontières, il est toujours beaucoup plus aisé de mêler son armée à un affrontement que de l’en extraire proprement.

 

Parlez-en aux Israéliens, qui tergiversent chaque fois qu’ils doivent décider du moment propice pour cesser les hostilités ! Ou demandez à l’Amérique et à ses alliés européens à quelle occurrence, après avoir atteint quels objectifs, ils comptent mettre un terme à leur présence en Syrie et en Irak !

 

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Vous apprendrez bientôt également que la même coalition intervient quotidiennement par les airs afin de bombarder les positions islamistes en Libye. Pour l’instant, vu la faible exposition médiatique de cette autre guerre civile que les Occidentaux avaient engendrée, ils ne sont pas obligés de communiquer sur leurs opérations, mais dans quelques semaines, ils vont être contraints d’en parler. S’ils n’intervenaient pas en Tripolitaine, le chaos intégral s’y poursuivrait indéfiniment, l’intégrité de la Tunisie serait sérieusement menacée par les djihadistes, de même que le reste du Maghreb et de l’Afrique sub-saharienne, où les combats ne se sont jamais interrompus.

 

Poutine, pour sa part, a envoyé son armada à Lattaquié il y a six mois, il s’y est rendu opérationnel en quelques jours, il a sauvé Bachar al Assad et son régime qui étaient sur le point de perdre Damas, il a remis les troupes du tyran alaouite et de ses alliés iraniens et libanais à l’offensive, et puis il est reparti. Avec la même célérité et la même détermination.

 

Ses avions de transport Iliouchine 76 et Tupolev-154, en 62 heures, ont déjà rapatrié un grand nombre de soldats et de matériel de la base de Hmeimim en Syrie. Ses bombardiers Soukhoï-34, qui ont équarri des milliers d’opposants à Assad, se sont déjà redéployés à Boutourlinovka pour la plupart. Or cette petite cité se situe à 140 km à l’est de la frontière avec l’Ukraine, plus précisément, de la partie occupée par les séparatistes prorusses, soutenus, armés et renforcés par l’armée de Poutine.

 

140km, à l’échelle de la Russie, c’est vraiment la porte à côté ; jusqu’en août dernier, une concentration d’avions de guerre à cet endroit aurait fait beaucoup jaser, elle aurait encouragé les Européens à renforcer leurs sanctions économiques contre Moscou. Hier, cependant, le choix de Boutourlinovka, est passé inaperçu, et c’est le signe d’une victoire politique majeure du Tsarévitch.

 

L’aventure syrienne aura fait passer le régime de Poutine de la défensive – pointé du doigt par tous les Etats industrialisés pour les menaces qu’il impose à l’Ukraine -, à l’offensive. "Avant", on avait tendance à considérer la Russie et son patron comme un pays presque comme les autres, auquel il était facile d’administrer des leçons. Avant, tout le monde doutait des capacités militaires réelles de son armée, que les observateurs jugeaient mal en point.

 

"Après", ladite armée a repris son rang de deuxième grande puissance planétaire, ce, même si le premier contingent d’avions envoyés à Lattaquié était incapable de voler la nuit ou dans le mauvais temps, et même si les pilotes éprouvaient les plus grandes difficultés à s’orienter et se perdaient souvent.

 

Après, il n’est plus imaginable de négocier la fin de la Guerre Civile Syrienne, ni d’aucun autre conflit régional d’ailleurs, sans la participation de la Russie aux négociations, au même niveau que les Etats-Unis, un bon cran au-dessus du statut des Européens. 

 

Les Russes s’en vont sans se retourner, mais ils laissent, de plus, les autres Etats intervenants ainsi que les autres belligérants dans une purée de pois comme on croyait qu’il n’en existait que sur les bords de la Tamise. On reconnaît bien là la doctrine Poutine : lorsqu’il n’a pas la capacité de nommer un chef d’Etat à sa botte à la tête d’un pays qui l’intéresse d’un point de vue stratégique, comme en Géorgie, en Ukraine, en Moldavie, etc., il crée le bordel et la division afin d’empêcher que Washington ne s’y installe confortablement.

 

Avec, face à lui, des soixante-huitards attardés comme Obama et Kerry, cela devient un jeu d’enfants. Sous la présidence de Barack Obama, l’Amérique a reculé partout. Il est révélateur à ce propos que Moscou ait ouvert un dialogue stratégique direct avec Jérusalem – le président Rivlin se trouve dans la capitale russe -, Poutine s’entretenant régulièrement de tout avec Netanyahu, et ils se mettent d’accord sur un grand nombre de sujets. Jérusalem ne coordonne pas ses décisions avec Washington, mais se contente de l’informer de manière lapidaire sur l’évolution des relations avec les Russes. Israël rend ainsi la monnaie de sa pièce à l’Administration Obama pour la manière dont elle lui a intentionnellement dissimulé des éléments cruciaux lors des discussions avec l’Iran sur l’accord nucléaire. Nul doute que même l’Etat hébreu a pris certaines distances avec les USA pendant l’ère Obama, à l’instar de l’Egypte et de l’Arabie Saoudite, pour ne citer que ces pays.

 

Les conjectures vont bon train dans la presse mondiale quant aux raisons qui ont amené le Tsarévitch à se retirer de Syrie. En plus des considérations politiques et des astreintes économiques, je n’en vois qu’une seule : l’Armée russe n’a jamais eu pour vocation de s’enliser à Lattaquié. Plus que des raisons de partir, elle n’en avait plus de rester.

 

Poutine a envoyé ses troupes afin de sauver la famille al Assad, ses alliés traditionnels, d’une débâcle militaire inévitable ; n’annoncions-nous pas, l’été dernier, qu’à Damas, les alaouites tiraient leurs dernières cartouches ?

 

A force d’une dizaine de milliers de bombardements massifs, dirigés indistinctement et sans retenue contre tous les ennemis de Bachar, les Soukhoï les ont obligé à reculer. Alors qu’en août, avant l’arrivée des Russes, l’unique route menant vers les trois grandes villes du Nord-Ouest était coupée dès la banlieue de Damas, aujourd’hui, les forces gouvernementales et leurs alliés Pasdaran et Hezbollani ont totalement récupéré la province alaouite de Lattaquié ainsi que les accès menant à Homs, Hama et Alep et une large part à l’intérieur de ces villes.

 

Vladimir Poutine n’a jamais envisagé d’en faire plus. Il n’a pas l’intention d’aider les gouvernementaux à récupérer le nord kurde et le grand Est, aux mains du Califat Islamique. Car, contrairement aux coalisés occidentaux, les Russes savent calculer ; ils savent ainsi que, même s’ils réussissent à récupérer tout le terrain perdu, 1.5 millions d’alaouites ne parviendront pas à imposer leur loi à 26 millions de Syriens qui les détestent.

 

Forts de cette constatation somme toute triviale, à Moscou, on saisit que pour asseoir la "réoccupation", Bachar n’aurait d’autre solution que celle consistant à faire lourdement appel à l’Armée perse, qui devrait lui fournir un contingent permanent d’au moins trois-cent-mille hommes (en tout cas au début). Or cela signifierait la remise de la Syrie aux ayatollahs qui ne s’en départiraient plus et qui finiraient par chasser les alaouites de la gouvernance ; et ce n’est pas pour en arriver là, à une Syrie khomeyniste, que Poutine a envoyé ses soldats.

 

Autre considération retenue par le Kremlin, le fait de ne pas croire à l’éventualité de la "transition démocratique" qui est sur toutes les langues. Imaginer la création d’un gouvernement intérimaire qui réunirait pacifiquement tous les ennemis de la Guerre Civile – y compris des représentants du gouvernement actuel - est de l’ordre du conte de fées. Croire que la participation de gouvernements étrangers, littéralement haïs par toutes les factions combattantes, pourrait garantir le processus participe d’une chimère, moins grande cependant que celle consistant à supposer qu’à la fin de l’étape transitoire, les 28 entités principales accorderont leur confiance à un nouveau leader.

 

Si on parvient au stade de la désignation d’un chef de l’exécutif, au mieux il sera ignoré pendant que la guerre se poursuivra, au pire, il sera physiquement éliminé, plongeant à nouveau le pays dans des affrontements infernaux.

 

On parle beaucoup pour ne rien dire à Genève, car si c’est un Etat démocratique que l’on entend créer, il émanera du choix de la composante la plus nombreuse de la mosaïque syrienne ; et la composante la plus nombreuse, ce sont les musulmans sunnites, qui représentent 80% de la population. Mais ils comptent également les partisans du Califat, ceux d’al Qaëda, qui sont considérés comme terroristes par l’Occident et qui ne prennent pas part aux négociations. Le reste des sunnites est composé de pas moins d’une soixantaine de factions, y compris une majorité écrasante d’islamistes et de djihadistes. Bref, dans un système démocratique, donc majoritaire, les gouvernants, pour peu qu’ils parviennent à se diviser le pouvoir, n’auraient aucune compassion pour les autres communautés, à commencer par les alaouites, évidemment, mais aussi pour les Druzes, les chrétiens, les Kurdes, etc.

 

Or on ne peut pas attendre non plus que ces populations acceptent de placer docilement leur tête dans la guillotine, notamment en plébiscitant un gouvernement aux mains des sunnites. A ce propos, et sans attendre ce qui sortirait des négociations de Genève (ou plutôt pour l’anticiper), les Kurdes viennent, ce jeudi, de déclarer l'établissement d'une région fédérale dans les zones sous leur contrôle dans le nord du pays. Une déclaration aussitôt rejetée à la fois par le régime et par toutes les composantes de la rébellion. De là à imaginer que l’un des groupes combattants remette volontairement ses armes à un Etat centralisé, on verse carrément dans la science-fiction.

 

Conscient de ces réalités, Poutine avait installé son corps expéditionnaire dans la province de Lattaquié en vue d’un découpage confédéral de la Syrie, afin que Béchar se retire dans cette bande côtière avec les alaouites qui en sont originaires. Il ne resterait qu’à définir les limites des Etats, des Land ou des Cantons, comme aux Etats-Unis, en Allemagne et en Suisse où cela fonctionne très bien, et à établir les principes de fonctionnement ainsi que les privilèges de la capitale Damas, qui appartiendrait conjointement aux 27 ou 28 communautés principales que compte le pays.

 

Reste que Bachar a confondu la victoire de Poutine avec la sienne, et que cela l’a mis en appétit. Le Tsarévitch lui a sûrement expliqué, pour les raisons que nous venons d’exposer, qu’il ne pourrait plus régner sur la totalité de la Syrie et qu’il devait s’apprêter, à l’issue des pourparlers de Genève, à quitter à la fois le pouvoir et Damas.

 

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Pas plus grand, plus haut

"Salut petit gars, débrouille-toi tout seul"

 

Les arguments du président russe ne sont pas parvenus à convaincre le dictateur-oculiste rendu euphorique par les derniers succès sur le théâtre des opérations. Dès lors, il ne restait plus à Poutine qu’à laisser ce présomptueux se débrouiller seul et c’est ce qu’il a fait.

 

A vrai dire, à l’exception des Kurdes, aucune composante syrienne n’est favorable à l’idée d’une confédération, qui participe pourtant du seul système politique capable de contenir la Guerre Civile et d’éviter l’éclatement du pays. Chacun des deux grands blocs, régime, Iraniens, Hezbollah, chiites, d’un côté, et sunnite, de l’autre, pense encore qu’il sera en position de faire respecter sa loi sur l’ensemble du territoire et de ses populations.

 

Ce n’est pas un processus de paix mais la continuation de la guerre par des voies principalement diplomatiques, et cela ne concerne pas les Russes.

 

Des Russes qui ne sont pas mécontents du maintien de la chienlit après leur départ, ce qui participe de la doctrine Poutine, qui puise ses origines à l’époque soviétique. Contrairement à ce qu’ils ont pu prétendre, ils n’ont pas débarqué dans ce conflit pour combattre l’Etat Islamique ni pour imposer la paix, mais pour éviter la chute de leur allié alaouite.

 

D’ailleurs, ils vont maintenir quelques avions à Lattaquié, des bateaux à Tartous, et surtout, leur système de missiles antiaériens et antimissiles S-400. C’est l’un des plus performants au monde, en théorie capable d’abattre tout ce qui vole au-dessus de la Syrie et au-delà, y compris jusqu’à Tel-Aviv.

 

Cela servira à laisser ouverte l’option d’un nouveau redéploiement rapide si les alaouites devaient une fois encore se retrouver acculés à la Méditerranée. Et en vrai, et pour ne rien vous cacher, c’est le scénario que nous prévoyons. Au bout de quelques semaines nécessaires à panser leurs plaies et à recevoir de nouveaux équipements et des renforts à partir de la Turquie, les islamistes reprendront petit à petit l’avantage sur le terrain, les troupes du régime étant insuffisantes en nombre pour les contenir.

 

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Le chef d’orchestre de l’antisionisme français, c’est bien le Quai d’Orsay (info # 011203/16) Version imprimable
Analyse
samedi, 12 mars 2016

 

Par Ilan Tsadik

 

Stéphane Juffa a eu doublement du nez dans son dernier article [d’avant-hier, jeudi, "L’AFP, outil de politique internationale". Ndlr.], d’une part en relevant le nouvel argumentaire de l’Agence France Presse suivie par l’ensemble de la presse francophone pour justifier les attentats commis actuellement par des terroristes palestiniens, de l’autre, pour déchiffrer que sa large diffusion synchronique dans les media n’est pas due au hasard, mais à une initiative diplomatique trouvant son origine au Quai d’Orsay.

 

La première phase de légitimation de ces attentats s’est répandue de manière rampante dans l’opinion jusqu’à y devenir monnaie courante, ce qui était son objectif ; elle consistait simplement à marteler, plusieurs fois dans la même dépêche relative à l’attaque d’un Israélien par un terroriste, qu’elle était liée à l’occupation des territoires palestiniens par les Hébreux -  et à leur annexion lorsqu’il s’agit de la partie orientale de Jérusalem. Quand cela est possible, l’AFP et ses perroquets, aspergent également leurs communiqués des mots "colonies" et "colons", procédant par déshumanisation de ces derniers lorsque l’un deux se trouve être la victime du terrorisme palestinien.

 

Mardi dernier, les Français sont passés à la phase II de la légitimation de ces crimes, en plaçant subrepticement dans un câblogramme AFP, répandu à la cantonade par les media tricolores et francophones, la justification absolue des agressions palestiniennes. A les en croire, les attentats commis par les Palestiniens lors de cette troisième Intifada ont un tronc commun, s’agissant d’un "mouvement" qui "résulte des vexations de l’occupation, de l’absence de toute perspective proche d’indépendance et des frustrations économiques" ; les auteurs de cette nouvelle livraison gratuite de haine antijuive rajoutaient "selon les experts", pour lui donner du corps.

 

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Bye, Fabius, bye…

 

Aucun expert authentique des affaires du Proche-Orient n’a évidemment jamais avancé de théorie de ce genre, de peur de se faire immédiatement moquer par ses collègues ; mais qu’à cela ne tienne : depuis que la curiosité des journalistes de l’Hexagone s’est éteinte en ce qui concerne le différend israélo-palestinien, dans cette bulle d’unanimisme nauséabond et en l’absence totale de détracteurs ayant pignon sur rue, le papier et les écrans d’ordinateurs souffrent en silence toutes les infamies.

 

Mardi, on a évacué les motifs de l’islamisme, du djihadisme, du nationalisme exacerbé, de l’antisémitisme délirant, des appels au meurtre du Hamas, du Fatah, de l’Iran, du Hezbollah, du Califat Islamique, ainsi que la jouissance qu’ils trouvent à tuer des êtres humains en général et des Israélites, en particulier, des raisons qui poussent les terroristes palestiniens à agir. On n’a même pas conservé le mot "terroriste", par trop pénalisant, qu’on a échangé avec "assaillant" ou "Palestinien", et on a remplacé le tout par un "rationnel politique", revendicable en Europe et parfaitement laïc afin de justifier l’assassinat de civils juifs par des terroristes palestiniens.

 

La boucle est hermétiquement bouclée. On peut bien, dans le même souffle, condamner symboliquement les agressions – en s’abstenant, toujours et soigneusement, de mentionner ceux qui les commettent -, on peut aussi exprimer sa sympathie aux victimes, cela ne coûte rien, le fait nouveau demeure : la presse française justifie désormais entièrement l’injustifiable, en fournissant au public un argumentaire tiré de sa grille de lecture, même s’il n’a traversé l’esprit d’aucun kamikaze palestinien pendant qu’il se transformait en shahid.

 

Il fallait l’œil avisé de notre rédacteur en chef, à la fois pour "intercepter" l’expression de ce nouveau positionnement au sein de la dépêche de mardi, et pour identifier qu’elle n’était pas due à un écart de plume fortuit, mais à l’œuvre mûrement réfléchie des théoriciens de l’antijuivisme du Quai d’Orsay.  

 

La preuve de ce que j’avance ? Je l’ai retrouvée dans un communiqué du Quai du 8 mars concernant les "Attaques à Jérusalem, Tel-Aviv et Petah-Tikva". On y lit que "La France est préoccupée par la poursuite des violences en Israël et dans les Territoires palestiniens, que L’ABSENCE D’HORIZON POLITIQUE ENTRETIENT".

 

C’est l’un des trois nouveaux rationnels proposés par l’AFP, et c’est suffisamment original et novateur pour constituer l’évidence à la fois d’une évolution politique, d’une interaction (c’est évidemment un euphémisme) avec la direction de l’agence de presse semi-étatique, et d’une synchronisation avec la presse nationale.

 

Il n’y avait nul besoin pour effectuer cette démonstration de détourner le communiqué des Affaires Etrangères françaises, comme l’a fait un certain Shraga Blum, repris par une partie des sites communautaires français, et crier au scandale en prétendant qu’elles avaient écrit : "La France se dit inquiète de la poursuite de la violence en Israël et dans les territoires palestiniens, qui est la résultante de l’absence de perspective politique".

 

Entre la violence qui est "entretenue" par "l’absence d’horizon politique" (communiqué original), et la violence qui "est la résultante de l’absence de perspective politique" (communiqué bidouillé par Blum), il existe assurément une nuance.

 

Or, premièrement, le texte authentique est suffisamment éloquent pour qu’il ne soit pas nécessaire d’en rajouter, et, secondement, c’est le propre des méthodes de l’AFP de modifier le contenu des communiqués de l’Armée, de la Police ou du ministère de la Défense israéliens pour leur faire dire ce qu’il n’ont pas dit.

 

On ne peut tout à la fois condamner ces procédés et les reprendre à son compte, et il ne suffit pas d’être juif pour obtenir ce genre de passe-droit. Bien au contraire, si l’on entend demeurer dans le camp de la bonne foi et de la crédibilité, et si l’on entend contrer une offensive de la Guerre Sémantique que livre l’Etat français à Israël et aux Israélites, il convient de demeurer irréprochable au niveau de ses arguments.

 

La semaine qui s’efface a aussi vu le nouveau ministre français des Affaires Etrangères, Jean-Marc Ayrault, rectifier le propos de son prédécesseur Laurent Fabius, en déclarant que Paris ne reconnaîtrait plus "automatiquement" l’Etat de Palestine au cas où Jérusalem rejetterait la nouvelle initiative diplomatique de la France.

 

Cela sent à pleines narines les effluves d’un compromis arraché après une belle empoignade entre le Quai et Matignon, peut-être arbitré par l’Elysée. Reste que, suite à nos révélations, le feu ne va certainement pas s’éteindre. Il est impossible en effet de conjuguer dans un même exécutif le serment fait par Manuel Valls de lutter sans concessions contre l’antisionisme et l’antisémitisme qui sont synonymes, tout en constatant que la fabrique principale de l’antisionisme se situe dans un autre ministère de la République, qui prend, de plus, grand soin d’enfumer le paysage en mettant en œuvre les tous les moyens de l’Etat, de même que ses relations particulières avec les barons de la presse et les responsables des chaînes et des stations du service public.

 

La semaine prochaine, le Quai enverra Pierre Vimont en Israël, son "envoyé spécial pour la préparation de la conférence internationale de relance du processus de paix au Proche-Orient".

 

Nul doute qu’il sera mal reçu. Pour la triple raison que Jérusalem ne saurait accorder sa confiance à un pays qui s’efforce d’instiller la haine d’elle en menant à ses dépens une véritable offensive de Guerre Sémantique ; comment Israël pourrait-il confier son avenir à une diplomatie qui légitime l’assassinat de ses ressortissants et qui empêche, par des circulaires écrites, que l’on qualifie leurs auteurs de terroristes ? Deuxièmement, parce qu’aucune conférence internationale n’a jamais amené de solution à un conflit, mais souvent, elles ont paré leurs organisateurs d’un certain prestige ; lors, le prestige de la France ne revêt aucun intérêt pour Israël. Et, finalement, parce que tous les pays de la région, y compris l’Arabie et la plupart des Emirats du Golfe auxquels Paris tente de plaire, ont les yeux rivés sur la Syrie et surtout sur l’Iran, et qu’ils sont en train de s’allier avec Israël pour des raisons stratégiques en se détournant des Palestiniens.

 

Témoin de cette évolution d’importance majeure, l’élection, jeudi, de l’Egyptien Ahmad Abou el Rheit (communément appelé en Occident Ahmad Aboul Gheit) au poste de secrétaire général de la Ligue arabe. Cette élection confirme le rôle de leader du Caire au sein de l’union des Etats sunnites, et endosse la coopération stratégique avec Jérusalem, dont le Maréchal al Sissi est le principal fer de lance.

 

El Rheit succède à ce poste à ses compatriotes Amr Moussa (2001-2011), et Nabil el Arabi (de 2011 à nos jours). Tandis qu’Amr Moussa était un anti-Israéliens forcené, et el Arabi un diplomate réservé, el Rheit épouse la nouvelle politique anti-djihadiste et de rapprochement avec Jérusalem d’al Sissi. En 2008, il avait accusé le Hamas, qui contrôle la Bande de Gaza, d’avoir provoqué l’offensive israélienne sur l’enclave côtière.

 

Le premier effet du changement de secrétaire général ne s’est pas fait attendre : hier, vendredi, la Ligue arabe a ainsi décidé de déclarer le Hezbollah – supplétif armé de l’Iran au Liban et ennemi d’Israël – organisation terroriste. Cette décision ne va pas manquer de positionner encore plus clairement les Arabes contre Téhéran, et de montrer aux Occidentaux ce que l’on pense dans la région de leur rapprochement avec les ayatollahs. Au rythme où vont les choses, on ne va pas tarder à voir Riyad et les Emirats demander aux Européens de choisir entre eux et l’Iran comme partenaires commerciaux. Il sera semble-t-il impossible de vendre des Airbus à la fois aux Arabes et à leurs ennemis.

 

Pour parler français, au vu des préoccupations principales actuelles des Arabes et des Israéliens, il ne fait aucun doute que l’initiative de la France les emmerde.

 
L’AFP, outil de politique internationale (info # 010903/16) Version imprimable
Réinformation
mercredi, 09 mars 2016

 

Par Stéphane Juffa

 

En novembre 1942, la quasi-totalité des journaux britanniques ont repris la dépêche suivante de la BBC : "A Nancy, ville française occupée et annexée par l’Allemagne, un Français a ouvert le feu sur des policiers allemands et gravement blessé deux d’entre eux avant d’être abattu".

 

Pour ceux qui ont rédigé ce communiqué et ceux qui l’ont diffusé, il est plus qu’évident que le Français en question était un partisan, voire un héros qui a sacrifié sa vie afin de participer au combat contre l’occupant nazi qui s’était emparé de son pays.

 

La compassion des lecteurs était naturellement dirigée vers le résistant, et personne, au Royaume-Uni, n’aurait éprouvé la moindre sympathie à l’égard des deux Allemands tués.

 

Dès lors qu’il s’agit d’une occupation, le droit parle en faveur de ceux qui la subissent, alors que ceux qui l’imposent ont connu le destin inhérent à la politique menée par leur gouvernement.

 

Nous ne sommes guère ici en présence d’une simple inclinaison à "comprendre" ou à "pardonner" l’acte du maquisard, mais les lecteurs étaient carrément et sans retenue invités à prendre fait et cause en sa faveur. Plus encore, la narration de son exploit était de nature à vivifier le désir des Britanniques de combattre les nazis et à susciter des vocations auprès des adeptes de la libération de la France, et de la liberté tout court, à prendre les armes afin d’imiter l’acte de bravoure du résistant de Nancy.  

 

La dépêche citée ci-dessus n’a jamais existé telle quelle ; elle résume cependant des dizaines d’autres qui ont été écrites en Grande-Bretagne à l’époque de la Deuxième Guerre Mondiale et sur ce modèle. Je n’ai fait que transposer fidèlement les termes du câblogramme de l’AFP d’hier, faisant état de l’agression commise à Jérusalem par "un Palestinien" sur deux policiers israéliens. Les deux ont été blessés à la tête et luttent actuellement pour leur survie avec l’aide des chirurgiens.

 

Plusieurs autres attaques de Palestiniens ont eu lieu hier. Lors de l’une d’entre elles, un touriste américain a trouvé la mort à Tel-Aviv et onze autres civils ont été blessés, dont quatre grièvement. En tout, lors de deux agressions à Jérusalem, une à Petakh-Tikva et celle du port de Tel-Aviv, c’est une quinzaine d’innocents qui ont été atteints par les terroristes.  

 

Ce mercredi matin les agressions palestiniennes ont repris de plus belle : la première à Jérusalem, où deux terroristes ont d’abord tiré sur un autobus en manquant leur cible, avant de s’attaquer, dans un autre quartier, à un véhicule privé. Les tueurs ont été abattus par les forces de l’ordre, tandis qu’un homme d’une cinquantaine d’années, probablement un Palestinien de Jérusalem selon le Magen David Adom, a été sérieusement touché par les tireurs, rue des Parachutistes (rehov ha-tsankhanim).

 

Plus tard, vers 9h30, un terroriste palestinien supplémentaire a tenté de poignarder des membres des forces de sécurité au sud de Qalqilya, en Cisjordanie ; il a été neutralisé par les soldats avant d’avoir pu commettre le crime qu’il projetait.

 

L’AFP émet un commentaire pour chacun de ces attentats, qui sont repris par 90% des media français de la presse écrite. Toutes ces dépêches mentionnent à de multiples reprises qu’ils ont été perpétrés dans des territoires "palestiniens occupés" ou "occupés et annexés", lorsqu’ils se produisent à Jérusalem. Ces mentions justifient légalement ces assassinats, créent une inversion auteur-victime dans le narratif, dirigent la sympathie de l’opinion publique française vers les agresseurs et encouragent la détestation de leurs victimes. De plus, comme dans le communiqué fictif de la BBC, cette distorsion intentionnelle de la réalité suscite, en plus de l’antisémitisme, des vocations de terroristes, principalement auprès de la population issue de l’immigration.

 

Vous l’aurez compris, dans le modèle de dépêches choisi par la presse tricolore, les mots clés sont "territoires + palestiniens + occupé". Dès lors, lorsqu’un attentat n’est pas commis dans une zone sujette au différend territorial israélo-arabe, les auteurs de ces articles recherchent à la bougie un lien avec l’ "occupation". Cela produit des formules étonnantes lorsque l’agression a lieu à Tel-Aviv, dans la partie occidentale de Jérusalem ou à Petah-Tikva.  

 

A Jaffa, dans le port de Tel-Aviv, pour légitimer l’agression qui a coûté la vie au touriste américain, la presse francilienne a mentionné que le terroriste d'une vingtaine d'années était "originaire" de Qalqiliya, dans le nord de la "Cisjordanie occupée" [voir le lien précédent].

 

L’artifice sémantique utilisé par l’AFP afin de rattacher l’attentat à l’arme à feu de ce matin à "l’occupation" est quant à lui abruptement pathétique : il s’est déroulé "tout près de la Vieille ville à Jérusalem-Est, partie palestinienne de Jérusalem annexée et occupée par Israël". Cela signifie-t-il que trois cents mètres plus loin il était justifié ou qu’il est justifié par une sorte de capillarité géographique ? Peut-être par les égouts ?

 

Dans les centaines d’articles des media français établis strictement sur le même modèle, l’agresseur n’est jamais défini comme un terroriste – un individu armé s’attaquant systématiquement à des civils -, mais tel un "Palestinien", ce qui constitue une faute de qualifiant dans notre profession [il n’était pas QUE palestinien, ce n’est pas parce qu’il était palestinien qu’une personne a été tuée et onze autres blessées, il manque chaque fois le descriptif principal qualifiant son acte], ou, à la rigueur, comme un "assaillant".

 

Ces circonvolutions linguistiques poursuivent un objectif évident : comment pourrait-on justifier l’acte d’un "terroriste" et plaider la sympathie pour sa cause ? C’est si vrai que l’AFP a codifié la chose et a interdit à ses employés par une circulaire interne (que nous avons plusieurs fois publiée dans ces colonnes) l’usage du terme "terroriste", quelle que soit la nature de son crime, pour décrire un terroriste arabe et/ou palestinien.  

 

On l’observe par ces exemples, les collègues tricolores ont troqué leur gilet de journalistes pour celui de propagandistes anti-israéliens. Mais hier, dans cette dialectique, suivant l’AFP, leur pourvoyeur de haine, ils ont franchi une étape supplémentaire dans leur antisionisme, je veux dire, dans la légitimation de l’assassinat de civils juifs par des terroristes palestiniens.

 

C’est ainsi que cela se présente : "La plupart des Palestiniens tués sont des auteurs ou auteurs présumés d’attaques. Le mouvement résulte des vexations de l’occupation, de l’absence de toute perspective proche d’indépendance et des frustrations économiques, selon les experts.".

 

C’est dans Libération, dans La Dépêche, Ouest-France, Le Nouvel Observateur, La Croix, L’Express, Euronews, TV5 Monde, La RTBF, La Provence, La Nouvelle République, La Libre Blegique, La Voix du Nord, et cette liste est loin d’être exhaustive.

 

Ainsi, l’écrasante majorité des media francophones, principalement ceux de la presse écrite, franchit le pas en exposant, péremptoires, sans la moindre réserve, les causes de ce qu’ils appellent un "mouvement", matérialisé par des dizaines de tentatives d’assassiner des Israéliens, si possible des Juifs.

 

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Vexés, en manque de perspectives et économiquement frustrés ?

 

En fait, à en croire l’AFP et ses perruches borgnes, les tueurs Palestiniens de Juifs seraient des individus uniquement motivés par des arguments en tous points rationnels, au point qu’ils semblent tout droit sortis de la Sorbonne. Nous en sommes à nous demander, dans ces conditions, pourquoi la quasi-totalité des tueurs hurlent Allah hou Akbar pendant qu’ils accomplissent leur crime. Pourquoi, lorsqu’ils s’en sortent vivants, ils expliquent que leur objectif consistait seulement à tuer des Juifs pour devenir des martyrs et rejoindre les vierges qui les attendent dans l’au-delà.

 

Les théoriciens français du nouvel antisémitisme, qu’ils nomment antisionisme, omettent simplement les composants religieux et extatiques de leur motivation. Mais ils viennent de trouver le moyen infaillible de sonder les cerveaux de ces candidats au shahidat (al sahada) ; et nous, qui ne disposons malheureusement pas de leur nouvelle technologie, nous ne sommes pas en mesure de discuter leurs conclusions. Nous sommes ainsi contraints à nous limiter à l’observation de ce qu’ils justifient désormais par un argumentaire les crimes commis par les terroristes palestiniens sur leurs voisins israéliens.  

 

Il serait bien sûr intéressant de pouvoir emprunter leur nouveau matériel afin de sonder les motifs des assassins du Bataclan et ceux des miliciens de l’Etat Islamique. Nous ne doutons pas qu’ils ont été poussés à agir à cause de la baisse de leur pouvoir d’achat ou par crainte du réchauffement climatique.

 

Le plus cocasse est que l’agence de presse semi-officielle de l’Etat français prétend articuler cette constatation pour le moins surprenante, non pas même sur les recherches de quelques experts de l’école Dieudonné-Soral, mais "selon les experts", c’est-à-dire "tous les experts", tous les spécialistes – nous y compris - qui passent leur temps à analyser les fondements du différend palestino-israélien. On est véritablement en présence d’une percée historique !

 

Pauvre de moi qui consulte quotidiennement presque tout ce qui se dit et s’écrit sur le sujet, et qui n’ai jamais butté sur cette explication. Ce n’est pas uniquement n’importe quoi, c’est surtout une tentative de stigmatiser un peu plus encore les membres de la nation israélienne, en justifiant auprès du public français le fait qu’on les assassine. En consultant la liste des media qui viennent de répandre ce réquisitoire, ceux qui craignaient l’expansion de l’antisémitisme en France ont encore plus de soucis à se faire.

 

Nous serons certainement amenés à en reparler. Mais nous manquerions à notre devoir d’informateurs si nous n’alertions pas nos lecteurs sur une autre initiative à laquelle sont mêlés un très grand nombre de media de l’Hexagone ; lors du récent dîner du CRIF, le Premier ministre Manuel Valls a tenu les propos suivants : "Et puis il y a la haine d’Israël, il y a l’antisémitisme, et il y a l’antisionisme, c’est-à-dire tout simplement le synonyme de l’antisémitisme et de la haine d’Israël".

 

Ce n’est pourtant pas la première fois que M. Valls effectue ce rapprochement, mais là, il a généré une véritable levée de boucliers dans la presse. La plupart des titres lui reprochent d’avoir trahi la pensée de François Hollande, retenu à Bruxelles par les discussions avec les Turcs ; d’autres ajoutent qu’il s’est éloigné de son texte (qui était aussi celui de François Hollande) et qu’il s’est laissé emporter par ses sentiments. Pour Le Monde, "Manuel Valls confond antisionisme et antisémitisme".

 

Libération approfondit la critique en lui consacrant un éditorial signé par Laurent Joffrin, son directeur de la publication, sous le titre : "Antisionisme et antisémitisme : l’erreur de Valls". Cela débute également par une sous-estimation des facultés intellectuelles du Premier ministre, soupçonné de ne pas maîtriser ses propos : "On prend des risques, en politique, à s’écarter du texte préparé. A moins qu’on ne l’ait fait en conscience… ".

 

L’essentiel du texte de Joffrin participe d’une mise au point historique expliquant qu’avant la création de l’Etat d’Israël, l’antisionisme ne fut pas l’apanage des antisémites, mais que nombre d’organisations juives, des religieux au Bund socialiste et aux Trotskystes, s’opposèrent au projet de Theodor Herzl, ce qui est parfaitement exact.

 

Mais en développant cette thèse, l’éditorialiste sombre dans une confusion qu’il n’est d’ailleurs pas seul à entretenir. En fait, le sionisme historique dont il parle, et qui consistait à œuvrer à la création d’un Etat juif sur ses terres ancestrales, est mort le jour de la création d’Israël ; il est mort parce qu’il a atteint son but, et, depuis, le terme sioniste est employé à toutes les sauces, particulièrement par ses détracteurs.

 

De fait, l’Etat d’Israël a remplacé le sionisme historique, et il suffit que cet Etat se soit fixé de toujours rester une terre d’accueil pour tous les Juifs du monde, de leur remettre un passeport à leur arrivée et de les faire bénéficiers de tous les droits des autres citoyens, pour qu’Israël soit le digne successeur du mouvement qui l’a vu naître.

 

Aujourd’hui, être sioniste consiste le plus souvent à l’expression la plus élémentaire et forcément tronquée de cette idéologie, qu’exprime l’attachement à Israël. Mais puisque nous existons et que nous sommes un fait, puisque le projet d’Herzl a abouti, il serait plus judicieux et surtout plus précis de parler de pro- et d’anti-Israéliens. Cela n’a plus rien à faire avec les disputes autour du sionisme telles qu’elles enflammaient les esprits au début du XXème siècle ; Joffrin, sur ce point, se trompe à la fois d’époque et de débat. La seule circonstance atténuante que je lui trouve, est qu’il est plus aisé de parler d’antisionisme que d’anti-israélisme, mais bon…    

 

On se contera alors de discuter l’élément actuel de son propos : "le sionisme originel a en partie dérivé", il a trahi les intentions de ses pères fondateurs, laïcs et socialistes, pour se trouver dirigé par une droite brutale qui concevrait le "projet fou" de constituer le Grand Israël.

 

Le sionisme actuel contesterait aux Palestiniens le droit de posséder un Etat, alors que le partage des terres faisait partie du plan de l’ONU de 1947. Le sionisme actuel aurait corrompu ce principe et cessé de respecter les valeurs universelles.

 

Laurent Joffrin conclut par cette phrase : "Ce sionisme-là, on l’admettra, mérite la critique, qui n’a rien d’antisémite".

 

Pour lui répondre, il faut nécessairement utiliser le terme correct d’anti-israélisme, car c’est à cela qu’il pense, quand bien même il emploie celui d’antisionisme. Ce qui dérange le plus celui qui a passé sa carrière de journaliste à faire la navette en l’Obs et Libé (ce n’est pas une critique), c’est simplement la démocratie et le principe d’alternance.

 

Si ces deux concepts ne sont pas applicables à une idéologie, ils le sont en revanche à un pays. Un pays dirigé par une coalition éphémère, qui a d’autres préoccupations que celle de sauvegarder une idéologie vieille de près d’un siècle.

 

Quant au plan de partage qui est si cher à Joffrin, je tiens tout de même à lui rappeler que les Arabes l’ont rejeté et qu’ils n’ont cessé d’œuvrer afin d’établir leur Etat du Jourdain à la Méditerranée, alors que les Israéliens l’avaient accepté et encore dans la joie. D’ajouter que le Hamas ainsi qu’une large portion des Palestiniens et des Arabes restent toujours collés à ce projet génocidaire.

 

De lui rappeler, aussi, je suis étonné par son manque de mémoire, que de 1948 à 1967, la Cisjordanie, Gaza et même la vieille ville de Jérusalem et sa partie orientale étaient sous juridiction arabe absolue, et que, pendant ces dix-neuf ans, il n’a jamais été question pour les Arabes d’y édifier un Etat palestinien.

 

Ces évènements n’ont strictement rien à voir avec une hypothétique perte des valeurs universelles. A ce propos, un sondage important conduit par un institut américain sur un échantillonnage de 5 000 Israéliens, présenté hier au Président Rivlin, démontre qu’une grosse majorité d’Israéliens s’opposent aux implantations. Cela laisse à penser que le Grand Israël n’est pas pour demain.

 

Je tiens toutefois à préciser, tout en déplorant la politique menée par le gouvernement Netanyahu, son arrogance, son manque de finesse et ses actes et déclarations inutiles, en ma seule qualité d’analyste stratégique apolitique, que ce qui serait fou, aujourd’hui, et même suicidaire, serait, dans la situation régionale et internationale qui prévalent, de permettre l’établissement d’un Etat palestinien à 14 kilomètres de la mer, rendant la région la plus peuplée d’Israël militairement indéfendable et donc inviable.

 

Il n’est certes pas nécessaire d’agrandir les implantations de Judée et Samarie pour préserver cet acquis stratégique, ni de saisir des territoires nécessaires au développement des Palestiniens, mais par les temps qui courent, au vu des relations qui prédominent avec l’Autorité Palestinienne, je pense que l’établissement de son Etat peut attendre encore un peu. Ce, d’autant plus que je ne compte pas sur M. Joffrin pour venir faire le coup de feu à Netanya au cas où les sacrifices qu’il nous suggère s’avéreraient cataclysmiques.

 

Et je ne peux pas être plus opposé que je ne le suis à sa conclusion : non, Monsieur Joffrin, cet Israël-là, on ne l’admettra pas, mérite la critique, qui n’a rien d’antisémite. D’abord, parce qu’on ne critique pas un pays, et que dans votre formulation, c’est précisément ce que vous exigez. On peut discuter la politique d’un gouvernement démocratique, et pas même tous ses actes, cela cesserait d’être crédible. Le droit de réduire Israël, l’une des sociétés politiquement les plus bigarrées et intellectuellement et scientifiquement les plus prolifiques du globe, à la seule gouvernance d’une coalition passagère, au prétexte que le sionisme aurait dévié, me semble au contraire, un postulat terriblement antisémite.

 

Particulièrement, M. Joffrin, lorsque l’on est conscient de la nature militante dudit "antisionisme", dont on peut constater certaines formes d’exactions dans cet article.

 

Car ce n’est pas la critique que je crains tant que la critique systématique ; j’accepterais même que l’on parle de la Cisjordanie comme d’un territoire occupé, voyez comme je suis large d’esprit, mais à la condition sine qua non que vous mentionniez automatiquement, dans vos articles, selon le même modèle et sans dérogation possible, la Crimée occupée, Chypre occupée, le Tibet occupé, etc. Aussi longtemps que ce ne sera pas le cas, je persisterai, M. le directeur de la publication de Libération, à considérer, qu’avec les autres barons de la presse française, vous cultivez une exception juive, et qu’elle est forcément d’essence antisémite et raciste. M. Valls a donc parfaitement raison et il fait preuve de courage face à la meute dont vous faites partie.

 

Quant à l’AFP et à l’unanimité automatique de la presse française, nous n’oublions pas, à Métula, que l’on n’a pas affaire à des personnes physique ni des à des robots. Aussi, puisque le gouvernement français se prépare à reconnaître l’Etat de Palestine et à nous acculer, au Conseil de Sécurité, à accepter de nous retirer sur des frontières indéfendables, j’ai le regret d’en déduire que les directives éditoriales que reçoit l’Agence France Presse ne peuvent provenir que du Quai d’Orsay.

 

On se trouve ainsi dans une situation de conflit vicieux entre le ministère des Affaires Etrangères et les préférences du Premier ministre. Ces provocations pourraient se terminer par une décision de François Hollande ou par une démission volontaire de Manuel Valls. L’attaque médiatique visiblement coordonnée contre les propos de M. Valls au dîner du CRIF ne laisse rien présager de très paisible.    

 

 

 
Les mensonges médiatiques concernant les élections iraniennes (info # 010603/16) Version imprimable
Analyse
dimanche, 06 mars 2016

 

Par Guy Millière

 

On le sait, des élections viennent de se dérouler en Iran. Les journaux et les magazines de toute la presse occidentale regorgent de commentaires débiles et contrefacteurs qui participent, une fois de plus, de l’imposture, et qui doivent donc être dénoncés.

 

La débilité tient au vocabulaire utilisé, mais doit-on parler de débilité ou de malveillance délibérée ? De tous côtés, on évoque de prétendus « modérés » ou des « réformistes ». On dit aussi très souvent que, face aux « modérés » (ou « réformistes ») se dressent les « conservateurs ». La notion de « modéré », comme la notion de « réformiste » n’a aucun sens dans le contexte d’un régime tel que la théocratie iranienne, ou, plus exactement, elle a autant de sens que les termes « terroriste modéré » et « assassin modéré ». Elle ne va pas sans rappeler l’expression « islamiste modéré », employée très souvent il y a quelques années. Il n’y a pas de « modérés » dans la junte iranienne, qui est un régime de type totalitaire, pour la simple raison qu’il n’existe pas de totalitarisme modéré.

 

Il n’y a pas de réforme possible dans un régime tel que le régime iranien. Ce régime repose sur les règles définies par l’ayatollah Khomeiny, celles du velayat e faqih, le gouvernement du docte, le « guide suprême », qui dispose seul du pouvoir. Ceux qui ne sont pas le « guide suprême » ne peuvent rien changer, et partant, rien réformer.

 

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On comprend pourquoi Khamenei rigole

Il a lu la presse française ?

 

La notion de « conservateurs » n’a elle-même aucun sens : dans le cadre du velayat e faqih, le « guide suprême » perpétue les notions strictes qui composent le dogme inhérent au velayat e faqih, et ceux qui lui sont subordonnés doivent respecter lesdites notions et les conserver.

 

Employer le mot « conservateurs » en ce contexte est feindre d’ignorer, qui plus est, que l’Iran a été autrefois gouverné autrement, que le velayat e faqih ne peut être identifié à l’islam chiite, mais qu’il constitue une utilisation totalitaire et radicale de l’islam chiite.

 

Le « conservatisme » en question est né d’une rupture révolutionnaire et se situe dès lors aux antipodes de tout ce qu’on peut appeler conservatisme dans le monde occidental. Les continuateurs de Lénine étaient peut-être des « conservateurs » de la doctrine léniniste, mais être « conservateur » d’une rupture révolutionnaire n’a rien à voir, vraiment rien, avec être conservateur au sens où on pourrait qualifier Ronald Reagan d’avoir été un « conservateur » américain, ou Philippe de Villiers d’être un « conservateur » français.

 

La falsification déroule. Il y a certes des candidats en Iran, et des élus, mais tous, strictement tous – outre le fait qu’ils n’ont aucun pouvoir (tout comme le Président potiche Rohani, d’ailleurs) -, ont été préalablement sélectionnés par la junte de façon à s’assurer qu’aucun d’entre eux ne s’éloignera du velayat e faqih. Dès lors, il y a autant de différence entre les candidats qu’il peut y en avoir en France entre Olivier Besancenot et Jean-Luc Mélenchon.

 

Les deux assemblées qui ont fait l’objet d’élections en Iran sont l’ « assemblée des experts », 86 membres, et le parlement.

 

L’ « assemblée des experts » a un seul rôle : désigner le « guide suprême ». Tous les candidats à l’ « assemblée des experts » ont été choisis à l’avance par le « conseil des gardiens », composé de douze membres nommés par le « guide suprême » (six membres nommés directement par lui, six autres nommés par le ministre de la justice et entérinés par le « guide suprême ») : toutes les candidatures sont validées personnellement par le « guide suprême ».

 

Autrement dit : des gens nommés par le guide suprême sélectionnent des candidats conformément aux volontés du guide suprême, et ces candidats sont les candidats choisis par le « guide suprême ». L’incertitude électorale est ainsi à son comble : seront-ils très proches des positions du « guide suprême », ou extrêmement très proches de celles-ci ?

 

On peut ajouter que ces gens n’auront à décider de quelque chose que si le « guide suprême » meurt. Qui peut penser qu’ils nommeront quelqu’un de très différent du « guide suprême » précédent ? Ceux, sans doute, qui pensaient il y a plusieurs décennies que Leonid Brejnev serait très différent de Nikita Khrouchtchev, et considéraient que l’Union Soviétique était une démocratie.

 

Le parlement iranien est une chambre d’enregistrement, et les candidats au parlement doivent eux-mêmes avoir vu leur candidature entérinée par le « conseil des gardiens ». Il est arrivé que des membres du parlement semblent à même de s’en écarter, tout comme des candidats à la présidence (pourtant choisis eux aussi selon le même procédé) ont pu sembler susceptibles de s’écarter de la ligne. Les membres du parlement en question ont été écartés, ou éliminés physiquement. Les candidats à la présidence en question ont eux aussi été écartés.

 

Pourquoi des journalistes falsifient-ils les faits ? La question mériterait de leur être posée.

 

Je ne suis pas certain que, dans les écoles de journalisme occidentales, on apprenne encore la différence entre démocratie et totalitarisme.

 

Je dois constater qu’il y a, souvent, chez nombre de journalistes occidentaux, une préférence consciente ou inconsciente pour les despotes et le totalitarisme.

 

Je dois constater que la plupart des journalistes occidentaux, à l’époque, ont été soulevés d’enthousiasme quand l’ayatollah Khomeiny est arrivé au pouvoir en Iran, en 1979.

 

Ces mêmes journalistes ou leurs prédécesseurs s’étaient montrés enthousiastes quand Pol Pot avait pris le pouvoir au Cambodge, et ils voient dans un homme comme Mahmoud Abbas, qui se trouve dans la onzième année de son mandat de quatre ans, un président légitime.

 

Que leur dire dès lors ? Que ce sont des propagandistes ? Sans doute faut-il le leur dire : vous êtes des propagandistes, non des journalistes !

 

 
L’école : le savoir ou la soumission ? (info # 010303/16) Version imprimable
Analyse
jeudi, 03 mars 2016

 

Par Llewellyn Brown

 

« Enfin l’inspecteur vint… »1. Le passage d’un inspecteur – à ma demande – fut l’occasion pour moi de prendre à nouveau la mesure de la politique actuelle en milieu scolaire, et de voir à quel point les autorités visent à formater les élèves pour créer des générations de citoyens soumis et manipulables.

 

Qu’est-ce qu’un inspecteur ?

 

On peut débattre autour de la définition de la fonction de l’inspecteur. Intervenant depuis une instance située en dehors de l’établissement, celui-ci a – cela va de soi – pour rôle de vérifier que les professeurs assurent leur mission conformément aux principes édictés par leur ministère de tutelle. Plus largement, on reconnaîtra que l’inspecteur doit vérifier que le professeur enseigne de manière efficace. C’est entendu, mais au-delà de ces platitudes, il importe de savoir ce que fait l’inspecteur aujourd’hui, à une époque où les ministres successifs cherchent à démanteler l’école telle qu’elle fut instituée par la IIIème République.

 

Force est alors de constater que l’inspecteur est, par définition, quelqu’un qui a choisi de ne pas enseigner. Ce refus de la mission de professeur lui permet, semblerait-il, de dire comment celui-ci doit procéder. Libéré de la tâche de mettre ses idées à l’épreuve de la réalité – dans la durée –, il est désormais libre d’adhérer à un ensemble de règles abstraites, non vérifiables dans une réalité empirique, et dénuées d’une assise théorique avouable.

 

Mise à part l’éventualité qu’elles puissent être fondées sur des principes intellectuels, il est impossible de reconstituer le cheminement qui conduit à ces conceptions, de déduire ce que l’on est supposé faire en classe en tant que professeur : si une idée vient à celui-ci, a-t-il le droit de la transmettre aux élèves, au risque d’« étouffer leur spontanéité » et de leur « imposer son point de vue » ? Quelque cocasse que cela puisse paraître, une telle question se pose quand on est inspecté ! Et puis, il suffirait que la mode change dans les pseudosciences de l’éducation pour que les règles qui en émanent en soient bouleversées : le professeur se trouverait soudain en porte-à-faux avec elles, et sa pratique serait déclarée « non conforme ».

 

Les chercheurs en « sciences de l’éducation » n’enseignent pas, mais décrètent comment il faut le faire. L’incongruité de cette position saute aux yeux : qui oserait inventer une méthode de danse, pour ensuite ordonner à un danseur comment il devrait exécuter ses pas, sans être soi-même… danseur ! Quant à l’épreuve de la réalité, il suffit de voir la dégradation irréfutable des connaissances des élèves d’aujourd’hui : la grande majorité d’entre eux ne sait plus lire et écrire convenablement.

 

Ainsi donc, l’inspecteur est essentiellement un administratif, dont la fonction consiste à vérifier la conformité des cours dispensés aux règles non écrites dont il se réclame, et qu’il affirme être les plus adaptées à l’élève. Cependant, s’il détient un réel pouvoir administratif, absolument rien ne le rend plus qualifié que le professeur dans le domaine de l’enseignement. Bien au contraire, ce qui qualifie le professeur, c’est sa compétence dans la discipline scolaire qu’il enseigne. On ne saurait prétendre qu’il est un simple exécutant, appelé à collaborer aux dictats du ministère. C’est sur ce point qu’il peut se trouver dans une situation difficile par rapport à celui qui exerce un pouvoir hiérarchique.

 

Apprendre avec plaisir ?

 

Quelles furent les conceptions déployées par l’inspecteur, durant l’entretien qui suivit son observation de mon cours ?

 

Une idée clef fut que le professeur doit « captiver » ses élèves. Voire, il doit les « séduire » : avouons que ce mot laisse rêveur ! Même si l’on n’attribue à l’inspecteur aucun prolongement inconscient ou pulsionnel en proférant ce terme, il faut reconnaître que celui-ci inclut une dimension de tromperie ; ce que ne démentait pas l’ensemble de son homélie.

 

Pour l’inspecteur donc, le cours doit dispenser du plaisir : le professeur de Lettres doit donner à l’élève la possibilité d’accéder au « plaisir du texte ». Pour que l’œuvre littéraire soit porteuse de cette émotion, le cours doit avancer rapidement : la lecture et l’abord du texte doivent se centrer sur le facile, sur l’immédiatement perceptible. A ce titre, un saupoudrage serait donc bien préférable à une analyse détaillée et rigoureuse. Les idées abordées en classe doivent être « globales », faciles d’accès ; c’est-à-dire qu’elles doivent être adaptées aux préjugés que nourrissent les inspecteurs en ce qui concerne la mentalité et la capacité intellectuelle des élèves. Une chose est sûre : ce n’est pas ainsi que l’on formera de futurs Rimbaud !

 

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Les pédagogistes et le prof ?

(tableau de Jérôme Bosch)

 

Surtout, on ne doit pas s’appesantir sur les termes techniques : ils « tuent » le plaisir ! Le professeur doit privilégier les réactions spontanées de l’élève. Celui-ci fera alors montre d’un savoir “chaud”, brut et qui, parce qu’il jaillit de façon immédiate, sera réputé plus véridique. C’est dire que la spontanéité est nécessairement synonyme de “vérité” subjective, non déformée par l’intrusion tyrannique de l’Autre. Dans ce contexte, le professeur est uniquement l’auxiliaire au service de l’élève : à ce titre, il est seulement apte à rassembler les fils et à les restituer sous une forme valorisante pour l’élève. Il faut surtout qu’il évite de faire entendre à l’élève que celui-ci ne maîtrise pas certaines connaissances, qu’il y aurait un domaine de savoir, issu de la tradition, qui lui échappe. Par exemple, insister sur les liens entre Voltaire et son époque serait une erreur, parce que cet auteur ne parle pas directement des événements : ce serait donc imposer une rigueur qui détourne du plaisir immédiat que peut procurer le texte de Candide. On doit lire le passage sur la guerre entre les Bulgares et les Abares de préférence sans parler de la Guerre de Sept ans (un premier conflit “mondial”, pourtant)… Toutefois, imaginerait-on enseigner les mathématiques sans parler d’algorithmes ? Ou, au nom du « plaisir », proposerait-on d’apprendre à conduire une voiture en encourageant l’« apprenant » à faire ses « expériences », à jouer et à faire les gestes qui lui viennent spontanément ?

 

Dans ce primat du spontané, l’interprétation que l’on retient d’un texte doit correspondre aux préjugés naturels de l’élève, pour qu’il n’y ait pas suggestion d’une interprétation rigoureuse imposée par le professeur, en référence aux codes scolaires traditionnels. On maintient donc les élèves dans leurs a priori, dans leur ignorance. On veut que « l’enfant » – c’est bien de cette catégorie anthropologique pré-instituée qu’il s’agit – continue à rêver, à être bercé par les chefs-d’œuvre, sans qu’un Autre fasse intrusion pour dévoiler des perspectives inouïes, inconnues pour lui, et qu’il ne maîtrisera jamais complètement. Ainsi, au lieu de les « élever » (comme le nom l’indique) vers les chefs-d’œuvre, on finit par ravaler ces derniers au niveau de simples bandes dessinées. Les Misérables de Victor Hugo deviennent semblables à un roman à l’eau de rose, les poèmes de Paul Verlaine ne sont pas différents du rap. S’en trouve exclue, du coup, toute la dimension humaine : ce que le créateur a investi de lui-même, de sa vie, de sa souffrance, de son intelligence.

 

On entend les idées reçues que les pédagogistes2 entretiennent sur la « psychologie » de l’élève, et dont je vois le démenti dans chaque heure de cours au lycée ! On suppose que l’élève est un animal qui n’aime pas l’effort, qui est incapable de réflexion, et qui ne rêve que de passer sa journée dans un bac à sable (…mais avec son Smartphone !). Alors, si on le caresse dans sens du poil, on réussira à le séduire (quelle triste ambition pour un professeur, après des années d’études !) et à le gaver de quelques notions simples à son insu. Si j’étais l’agent d’une puissance occupante, visant à maintenir la population du pays conquis dans un état d’arriération mentale et de soumission, privée des moyens intellectuels de se révolter, je ne procéderais pas autrement !

 

Or chacun sait qu’il existe différents types de plaisir, parmi lesquels celui de se confronter à un défi, de se mesurer à un obstacle : un certain nombre d’élèves aime réussir des épreuves, maîtriser des notions ou un vocabulaire compliqué. L’effort est, en soi-même, sa propre récompense : il permet de voir ce dont on est capable, et ce qu’il reste à conquérir. Les pédagogistes dévoilent leur mépris manifeste pour les efforts des élèves : si ceux-ci sont capables de réaliser de beaux travaux intellectuellement solides, au nom de quoi leur refuserait-on cette perspective ? On vise à réprimer la curiosité intellectuelle au profit d’un plaisir supposé instinctif. Or de quel droit décrétera-t-on où doit se situer le « plaisir » de l’élève ? De quel droit le réglementer ?

 

Totalitarisme

 

L’une des rares questions que l’on pose au professeur inspecté est : « Pensez-vous que tous les élèves aient compris (ce que vous demandiez d’eux…, la leçon…, l’objectif…) ? » Comment répondre ? Le professeur peut juger d’après la réponse de ceux des élèves qui se manifestent ; il peut également interroger quelques autres élèves ; mais il ne peut pas pénétrer leurs pensées ! Dans des conditions où règne l’égalité formelle, l’élève est libre de participer ou non, de trouver le courage pour interpeller le professeur pour obtenir des explications plus amples ; il est aussi libre d’échouer cette fois, quitte à réussir la prochaine fois, ou l’année suivante…

 

Or pour les pédagogistes, il faut que la totalité des élèves soit active, passionnée, acquise aux « activités » qu’on lui propose. C’est pour cette raison que le professeur doit mettre en place des « activités » simples, destinées à faire acquérir des idées simples, bonnes pour la cervelle d’élèves jugés, a priori, simples. On vise ainsi un nivellement par le bas, rejetant le principe d’une égalité formelle, selon lequel tous les élèves auraient droit à un haut niveau d’instruction, sans que tous parviennent au plus haut échelon. A la place, en effet, on revendique une égalité réelle les élèves doivent être « tous pareils » –, et on exige d’exclure de l’enseignement les notions jugées trop discriminantes. Les élèves seront tous semblables : modelés sur les objets de consommation qui enferment chacun dans sa jouissance de l’objet produit en masse.

 

Contrôler le professeur

 

Si le vocabulaire technique doit être banni du travail avec les élèves, il fait cependant un retour dans les rapports entre inspecteur et professeur ! En effet, celui-ci ne doit pas connaître le plaisir dont jouissent ses élèves : il doit se soumettre à l’injonction d’être techniquement irréprochable ; sa pratique doit être conforme aux dogmes dispensées dans les ESPE. La chose la plus importante n’est pas l’instruction des élèves, mais que le cours soit calibré, profilé, formaté : le professeur doit consacrer la plus grande partie de ses efforts à cette pensée, non à progresser dans sa connaissance du domaine de la spécialité. Il devra évincer l’« oxymore », l’« hyperbole » en étudiant la littérature, pour rêver pieusement sur comment réaliser une « synthèse collaborative éclairante » à la fin de chaque heure de cours. L’aspect techniciste doit donc sortir de la réflexion développée en cours (opposable aux élèves et au professeur), pour passer tout entier dans la construction du cours (opposable au seul professeur). On comprend la conception techniciste et technocratique à l’œuvre ici : celui qui “sait” (mais qui ne fait pas) dicte la conduite à tenir à celui qui fait (mais toujours « mal »). Quant à l’inspecteur, on ne s’étonnera pas d’apprendre qu’il incarnait tout, sauf… le plaisir ! Sa fonction consiste à dicter ce que les autres doivent faire, mais que lui-même se gardera bien de mettre en pratique.

 

Selon les règles pédagogistes, la parole doit être libre pour les élèves : le professeur doit accueillir les réactions spontanées de ces génies en herbe. Mais la parole ne doit pas du tout être libre, par contre, pour le professeur qui se trouve devant l’inspecteur. Le professeur n’est pas amené à expliquer le sens d’ensemble de sa démarche, la cohérence de son enseignement. Au fond, ses idées, son expérience n’entrent pas en compte : il devra se plier à l’écoute d’une homélie qui se déroule à sens unique.

 

Or, en réalité, on ne saurait critiquer l’enseignement de quelqu’un sans enseigner soi-même, de même que l’on ne peut pas enseigner sans être passé par le stade de l’apprentissage, parce que c’est ainsi que le professeur acquiert une réelle perception des difficultés rencontrées. C’est bien pour cette raison qu’il existe des concours : le candidat à un poste de professeur doit être capable de produire des écrits et des discours de qualité dans un temps limité, comme ses futurs élèves.

 

Enseigner, instruire

 

La participation aux séances de formatage (pardon : de formation !) de l’académie suffit pour que l’on voie l’effet de ces approches pour les élèves. On se trouve dans une position où le formateur n’a rien à transmettre : c’est aux stagiaires de tout inventer eux-mêmes. En l’absence de l’Autre, l’ennui est assuré ! Il en va de même pour l’élève, qui partira ayant l’impression de n’avoir rien fait, que le cours ne vaut pas plus qu’un divertissement, tel un jeu vidéo.

 

Or enseigner réellement – transmettre des savoirs – suppose ouvrir une dimension sans garantie, qui ne soit pas totalement cadrée d’avance. Il va de soi que le professeur encourage, exhorte les élèves à apprendre, à réussir : tous ses efforts vont dans ce sens. L’une des critiques formulées par l’inspecteur visait ce que j’avais noté (pour me conformer) comme « objectif » du cours (ou de la « séance », pour faire chic) : je n’aurais pas respecté le « contrat » ainsi passé avec les élèves ! En effet, l’idée ne m’avait jamais effleuré qu’on pût soulever un tel principe juridique en lien avec un cours ! On m’expliqua que l’« objectif » ne devait pas être trop précis, de crainte de ne pas tout traiter dans les cinquante minutes allouées.

 

Cependant, le principe de la liberté pédagogique montre bien qu’il n’existe pas de modèle unique dans l’enseignement ; de même, l’on ne saurait imposer de « contrat » repérable et consommable dans l’immédiat. Pour autant que ce dernier puisse exister, il se situe à l’horizon de la fin de l’année, dans les progrès que l’élève aura accomplis.

 

En revanche, c’est l’imprévisible qui témoigne de la présence du désir : les élèves dérangent le cours formaté rêvé par les pédagogistes. C’est la raison pour laquelle ces derniers combattent la liberté pédagogique, prétendant qu’il n’existe qu’une seule manière acceptable d’enseigner. L’élève n’est qu’une abstraction destinée à mettre en valeur le cours idéal imaginé par ces technocrates, par ces légalistes du contrôle des esprits.

 

On prétend protéger les élèves de tout heurt, de toute mise en question, dans leur parcours scolaire. Cependant, la vie se chargera de discriminer entre les élèves sachant manier des connaissances, disposant d’une formation intellectuelle, et ceux qui ne savent rien et qui demeurent manipulables. Sans défi et sélection à l’école, l’épreuve discriminante viendra plus tard, une fois qu’on aura berné et bercé les élèves. C’est la raison pour laquelle je soutiens que le rôle du professeur consiste à favoriser une attitude de questionnement et d’insoumission.

 

 

Notes :

 

1. Parodie de la phrase de Boileau, décrivant l’institution de l’esthétique classique par Malherbe : « Enfin Malherbe vint, et, le premier en France, / Fit sentir dans les vers une juste cadence. » (Art poétique, v. 131-2).

2. Ceux – nombreux dans le ministère et dans les rectorats – qui prétendent qu’il faut un nombre de recettes techniques pour bien enseigner.


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L’Arabie Saoudite lâche le Liban (info # 012402/16) Version imprimable
Analyse
mercredi, 24 février 2016

 

Par Michaël Béhé à Beyrouth

 

Si je ne suis pas beaucoup intervenu récemment dans nos colonnes, c’était en raison du fait que la situation au Liban, que j’avais décrite dans mes articles précédents, n’avait pas fondamentalement changé. L’emprise du Hezbollah et de ses mentors iraniens sur le pays allait s’amplifiant, grignotant chaque jour davantage notre indépendance, en imposant sa loi par les menaces de violence sur l’ensemble de nos institutions. Nous ressemblons toujours plus à un protectorat de Téhéran, à l’instar de l’Irak et de son gouvernement chiite aux ordres des ayatollahs.

 

Narrer les disputes stériles qui opposaient le courant souverainiste du 14 mars, à celui du 8 mars, inféodé aux directives de l’Iran et de la Syrie, participant d’une cuisine fast-food qui n’intéressait que les Libanais, n’avait aucune chance de glaner l’intérêt des lecteurs de la Ména.

 

Les choses ont brutalement évolué avec la récente décision de l’Arabie Saoudite de cesser son financement de nos forces armées et de nos services de contre-espionnage (Forces de Sécurité Intérieure), d’un montant de quatre milliards de dollars, sans lesquels ils vont être dans l’incapacité de fonctionner.

 

Officiellement, cette décision est motivée par la position exprimée par le Liban lors de la dernière réunion de la Ligue arabe réunie au Caire en janvier dernier. A cette occasion, tous les Etats membres avaient affirmé à l’unanimité leur "totale solidarité" avec l'Arabie Saoudite face aux "actes hostiles et aux provocations de l'Iran", notamment au siège de l’ambassade saoudienne à Téhéran, qui avaient suivi l'exécution à Riyad de l’imam chiite Nimr el Nimr.

 

Seul le Liban s’était abstenu, rompant ainsi l’unanimité, notre ministre des Affaires Etrangères, le chrétien du mouvement aouniste Gebran Bassil affirmant que le Liban "prenait ses distances à l'égard du communiqué afin de préserver la stabilité nationale".

 

Dès lors deux postulats s’affrontent : celui qui réaffirme l’arabité du pays au Cèdre – pour les lecteurs qui l’ignorent, l’Iran n’est pas un pays arabe -, et la "politique de la distanciation", prônée par le 8 mars.

 

Bassil a expliqué par la suite que "les pays arabes ne parviennent pas à comprendre que l'unité interne du Liban ne peut être protégée que par la politique de distanciation", ajoutant qu’ "ils doivent s'abstenir de pousser le Liban à afficher des positions qu'il ne peut pas assumer". "Entre l'unanimité arabe et l'unité nationale, nous penchons pour la seconde", a encore précisé le ministre.

 

Gebran Bassil appartient à un gouvernement d’unité nationale (de facto) dirigé en principe par le sunnite Tammam Salam, que ce dernier a constitué en février 2014. Mais ce cabinet, qui réunit des personnalités du 8 et du 14 mars et quelques indépendants, ne possède aucune ligne de conduite, et les décisions qu’il pourrait prendre sont, continuellement, bloquées par le Hezbollah et ses alliés. Ceux-ci empêchent, par la même attitude, le Liban de se choisir un nouveau président, le poste étant vacant depuis la fin du mandat de Michel Suleiman, le 25 mai 2014.

 

Les supplétifs chiites libanais de Khamenei exigent pour débloquer la situation que l’Etat adopte les lignes directrices de la politique étrangère de l’Iran, en axant notamment la doctrine sécuritaire sur le principe de la "Résistance" contre Israël. Cette conception devrait être prioritaire et dicter la conduite des affaires publiques dans pratiquement tous les domaines, même si aucune menace ne se manifeste en provenance de l’Etat hébreu, si la partie la plus calme du Liban est la zone qui jouxte sa frontière, et si la milice chiite participe à des guerres en Syrie, en Irak, au Bahreïn et au Yémen.

 

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Des milliers de miliciens du Hezb ont été tués en Syrie

 

Faute d’obtenir l’aval des autres ministres, le Hezb bloque le processus permettant d’élire un nouveau président. Et faute d’avoir un président et un gouvernement capables de gérer le pays, la milice d’Hassan Nasrallah n’en fait qu’à sa tête. Elle a accumulé près de 100 000 roquettes et missiles, en principe destinés à Israël, elle est parvenue à faire passer à partir de la Syrie et à installer quelques batteries de missiles sol-air avancées dans nos villes, s’est empressée de menacer Jérusalem de les utiliser contre ses avions, et elle phagocyte l’Armée nationale. Au point que, dans la Bekaa, il est devenu impossible de distinguer un soldat d’un milicien, où ils s’opposent militairement aux rebelles sunnites en provenance de Syrie, ainsi qu’aux villageois qui les accueillent, comme si cela découlait d’une décision ministérielle, voire du quartier général des forces armées.

 

La même situation prévaut à la frontière avec Israël où les miliciens revêtent l’uniforme de l’Armée et où les authentiques soldats reçoivent leurs ordres d’officiers soumis au Hezbollah, pendant que Nasrallah menace notre puissant voisin du Sud de faire sauter l’usine d’ammoniac située dans la baie d’Haïfa afin de causer la mort de dizaines de milliers de Juifs. Nasrallah est bien le seul dirigeant libanais qui, après avoir vu les images de Gaza en ruines, agit pour que Beyrouth connaisse le même sort.

 

C’est principalement là que le bât blesse avec la monarchie wahhabite : partout où les Fous d’Allah sont engagés, ils combattent l’Arabie Saoudite, comme au Yémen, ou des organisations soutenues, financées et équipées par Riyad, à l’instar de l’Armée de l’Islam en Syrie. Or les souverains saoudiens n’ont pas pour vocation de financer ceux qui les combattent, à commencer par leur pire ennemi, l’Iran. Cela ennuie passablement la France, qui comptait sur le financement royal pour livrer du matériel militaire à nos soldats, sans se soucier le moins du monde de savoir contre qui ils l’utiliseraient. Même si, au Quai d’Orsay, on essaie d’être rassurant, même si on y exprime évidemment le souhait de voir notre gouvernement fantoche se rabibocher avec Riyad, les livraisons tricolores ont du plomb dans l’aile et c’est le cas de le dire.

 

Les Saoudiens se montrent cohérents dans leur politique régionale, alors qu’ils mènent des manœuvres inter-sunnites sur une grande échelle impliquant vingt pays de la "coalition islamique" qu’ils dirigent. Ces exercice militaire ont été baptisés Raad el-Chamal, le tonnerre du Nord. Ils se déroulent jusqu’au dix mars à la frontière entre l’Arabie Saoudite et l’Irak, et mettent en scène, à l’intention de l’Iran, une pénétration terrestre de l’Irak par cette coalition.

 

A Beyrouth, les partisans du Courant du 14 mars ont vivement réagi à la décision du Roi Salmane de couper les crédits : le sunnite Ashraf Rifi, qui occupa pendant huit ans le siège du directeur-général des Forces de Sécurité Intérieure, et qui participait au cabinet de Tammam Salam en qualité de ministre de la Justice, a remis sa démission.

 

Ce spécialiste de la sécurité et du droit à longuement justifié sa décision. Il a évoqué la milice du Hezbollah "qui risque d'imposer sa mainmise sur l'Etat et ses institutions".

 

"Le comportement de ces forces a abouti au démembrement de l'Etat (...) et à la déformation de son identité nationale, tout en mettant en danger son indépendance, son économie, son avenir et ses relations internationales, notamment avec le monde arabe", a précisé M. Rifi, justifiant son choix par "le blocus imposé par le Hezbollah et ses alliés au sein du gouvernement et en dehors de celui-ci, à travers la vacance de la présidence de la République".

 

Ashraf Rifi a terminé en relevant : "Nous avions souhaité que ce gouvernement puisse éviter les conflits, or ils (l’Iran et le Hezbollah) l'ont voulu comme couverture de leur projet destructeur. Je n'accepterai pas de devenir un faux témoin et de couvrir ceux qui tentent de dominer l'Etat et ses institutions".

 

Le ministre démissionnaire a reçu l’appui des autres responsables politiques du 14 mars, notamment du chef des Forces Libanaises, Samir Gagea, et de celui des Phalanges, Samy Gemayel. En revanche, les porte-paroles du 8 mars ont accueilli sa décision par des menaces on ne peut plus directes. Ainsi, le Druze Wi'am Wahhab, fervent partisan de la Syrie et de l’Iran, a averti Rifi sur un réseau social : "Si quelqu'un croit pouvoir renverser la table, il doit savoir que nous renverserons le monde sur sa tête et celle de ses soutiens". Ce à quoi l’intéressé a brièvement répondu à la télévision : "Si vous en êtes capable, faites-le !".

 

A propos de renverser la table, le ministre sortant a affirmé vouloir faire traduire Michel Samaha devant la Cour Pénale Internationale ainsi que d’autres instances étrangères. Samaha est un chrétien, qui fut membre des Phalanges et des Forces Libanaises avant de rejoindre les prosyriens et d’être fait ministre de l’Information, en 2003, au sein du dernier gouvernement de Rafiq Hariri.

 

Le 9 août 2012, il est surpris à son domicile par les FSI en possession de 24 charges explosives que lui avait remises le chef d'état-major syrien, le Général Ali Mamlouk. Il avait l’ordre de procéder à des attentats à caractère communautaire [visant des civils chrétiens et sunnites. Ndlr.] en divers points du Liban.  

 

Après avoir purgé trois ans et demi de prison, toujours en procès, Samaha a été libéré sous caution le 14 janvier dernier par la Cour de cassation militaire au Liban. Son audience reprendra le 23 février, mais pour Rifi, "cette affaire est la preuve de l'hégémonie exclusive du Hezbollah sur le gouvernement paralysé depuis des mois". D’ailleurs, la presse du Hezbollah et du reste du 8 mars ont fait de Michel Samaha un héros national, presque un demi-dieu.

 

Depuis, l’Arabie Saoudite a interdit à ses ressortissants de se rendre au Liban et a demandé à ceux qui s’y trouvaient de quitter notre pays. Riyad a été imité en cela par les Emirats Arabes Unis, qui ont, de plus, réduit leur représentation diplomatique au strict minimum, ainsi que par Bahreïn.  

 

Des députés sunnites, reçus en délégation par l’ambassadeur saoudien à Beyrouth, ont demandé au Roi Salmane de ne pas lâcher le Liban pour qu'il ne soit pas englouti par le projet perse ou qu'il ne devienne un deuxième Irak, une sorte de province rattachée à l'Iran.

 

Cela fait des années que je vous entretiens de ce processus. La réaction saoudienne a mis la majorité des Libanais devant leurs responsabilités, leur rappelant au passage que les chiites ne comptent que pour 33 pour cent de la population. Le gouvernement risque d’imploser, ce qui ferait tomber les masques. Reste que, même s’ils sont embourbés en Syrie, les miliciens du Hezb ont l’avantage de posséder des armes, et ils n’hésiteront pas à s’en servir. Pas contre l’ "ennemi sioniste" mais contre leurs compatriotes libanais. Quant au peuple libanais, il a préféré faire confiance à son armée, elle-même…


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Busha ! (héb. honte)(info # 011912/15) Version imprimable
Analyse
mardi, 19 janvier 2016

 

Par Jean Tsadik

 

Mardi dernier, deux vedettes rapides de la Marine américaine ainsi que leurs équipages de dix combattants, dont une femme, ont été faits prisonniers par les Gardiens de la Révolution khomeyniste dans les eaux du Golfe arabo-persique, à proximité de la petite île de Farsi.

 

Les bateaux et les marins ont été remis en liberté par les Iraniens le lendemain, suite à plusieurs interventions téléphoniques de M. Kerry auprès de son homologue perse Mohammed Javad Zarif et après que le gouvernement US se soit officiellement excusé auprès de la "République" Islamique pour "avoir violé ses eaux territoriales".

 

L’Administration Obama nie avoir présenté lesdites excuses mais les media de la théocratie chiite ont publié suffisamment de détails permettant d’établir objectivement le contraire. Il est d’ailleurs très probable que ce soit Zarif qui ait exigé des excuses au téléphone avec Kerry.

 

Plusieurs éléments troublants aussi bien qu’inquiétants liés à cet incident ont conduit la rédaction de la Ména à approfondir l’enquête menée par les autres media. Nous vous en livrons ici les conclusions.

 

Il importe d’abord d’observer que l’île Farsi, aux abords de laquelle a eu lieu l’arraisonnement, ne se situe pas à proximité de la côte iranienne mais en plein centre du Golfe arabo-persique, à équidistance – 102 kilomètres – des rives arabe et perse.

 

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Service cartographique © Metula News Agency

                                                                                             

La Garde Républicaine y a établi une base maritime, interdisant l’accès de l’île. Laquelle se trouve à une distance minime des voies maritimes internationales par lesquelles transitent environ trente pour cent du pétrole consommé sur la planète. L’île Farsi constitue une sorte de "repère de pirates" à partir duquel les Iraniens observent et menacent le trafic international, n’hésitant pas, lorsque l’occasion se présente, à aborder des navires et à retenir leurs marins.

 

Ce fut encore le cas, fin mars dernier, lorsque des navires de guerre iraniens capturèrent le porte-conteneurs géant Maersk Tigris et ses trente-quatre membres d’équipage, ouvrant le feu sur le bâtiment marchand qui naviguait pourtant dans les eaux internationales.

 

Cette menace permanente et active oblige les puissances mondiales, à commencer par les Etats Unis, à protéger la libre circulation des pétroliers, en maintenant notamment des porte-avions dans le Golfe. De plus, l’US Navy a établi une base importante à Bahreïn pour sa Vème Flotte.

 

On le comprend aisément, les commandos US ne faisaient que leur travail de sécurisation de la voie d’eau en allant inspecter les environs de l’île de Farsi.

 

C’est là que les choses se compliquèrent, quand des bateaux perses mirent en joue les marins américains et les obligèrent à se mettre à genoux et à placer leurs mains sur leurs têtes. Notre première conclusion est que les servants des deux vedettes n’avaient aucune raison d’obtempérer.

 

Leurs embarcations, renseignements pris, étaient des Riverine command boat, des vedettes rapides d’attaque de fabrication suédoise, dont le nom original est CB-90. Or aucune unité au service des Gardiens de la Révolution n’est capable de rivaliser, d’arraisonner, de rattraper ou de couler un CB-90 ; assurément pas le canot de plaisance iranien, de trois mètres cinquante de long, en plastique, occupé par deux individus, un pilote et un mitrailleur, et mu par deux moteurs hors-bord, que l’on aperçoit sur les photos et les vidéos généreusement distribuées par les Iraniens. Une embarcation de ce type, selon les législations européennes, n’a pas le droit de naviguer en haute mer.

 

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"Tout semble indiquer que nos marins ont été bien traités, qu’on leur a remis des couvertures

et de la nourriture" (J. Kerry) Dans le cercle, le "navire" iranien qui tient en joue les Marines

 

Face au blindage d’un CB-90, à ses trois mitrailleuses lourdes, à son lance-grenades et à ses équipements sophistiqués, le temps de survie du youyou perse en cas d’affrontement ne dépassait pas vingt secondes. Alors pourquoi se mettre si rapidement à genoux, en se plaçant à l’improbable merci d’un régime barbare et de ses hommes de main ?

 

La question se corse encore lorsque l’on sait que les Américains ont impérativement vu venir les Iraniens et les ont laissé s’approcher d’eux ; non seulement les CB-90 sont équipés de radars, mais ils reçoivent également des informations tactiques en temps réel en provenance des autres bâtiments de l’armada US dans le Golfe, et notamment du porte-avion Harry Truman, de son escorte et de ses chasseurs-bombardiers et hélicoptères de combat - dont certains sont maintenus en vol en permanence -, qui faisaient mouvement à proximité.

 

Et si cela s’avérait encore insuffisant, on remarque que les postes de mitrailleurs sur les Riverine command boats sont disposés de manière à scruter toutes les directions. On peut ainsi en déduire que, mardi dernier, au moins deux mitrailleurs américains regardaient dans la direction par laquelle les canots iraniens se sont approchés d’eux. De plus, se sachant en mission de combat à proximité d’un point d’appui ennemi, il ne fait aucun doute que les Marines déployaient toute leur attention dans l’exercice de leurs fonctions et qu’ils jouissaient d’une protection aérienne de tous les instants.

 

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Deux CB-90, ou Riverine command boats

 

Dans cette configuration, les commandos disposaient de plusieurs choix tactiques pour se débarrasser de leurs adversaires : ils pouvaient leur envoyer quelques tirs de semonce, ce qui les aurait fait rebrousser chemin, ou les envoyer par le fond s’ils insistaient.

 

Ils auraient pu également, s’ils entendaient éviter un incident, filer à l’anglaise ; en effet, leurs vedettes peuvent atteindre les 74 kilomètres à l’heure, ce qui les rend au moins plus rapides d’un tiers en comparaison des vaisseaux iraniens les plus véloces.

 

Bref, il n’existe aucune situation envisageable pour que deux CB-90 puissent être arraisonnés de force par un bâtiment iranien aux performances connues. Certaines voix proches de l’Administration US ont prétendu que l’un des bateaux connaissait un ennui de moteur et dérivait contre son gré en direction de Farsi.

 

Cette hypothèse non plus ne tient pas l’eau et c’est le cas de le dire. Pour la raison simple que les CB-90 sont équipés de deux moteurs, deux puissants Scania V8 Diesel, développant chacun 625 chevaux. Or une embarcation de ce type peut parfaitement naviguer avec un seul moteur, et même atteindre les 55 km/h, qui suffisaient encore pour semer n’importe quel Iranien.

 

Au cas, mais personne n’a invoqué cette situation, où l’une des vedettes était hors d’état de naviguer, il aurait été loisible de la faire remorquer par le second CB-90, sous la protection d’hélicoptères américains tout proches. Et si la situation avait été encore plus délicate, il aurait parfaitement été possible de transférer le personnel de l’unité endommagée sur celle valide et d’abandonner l’embarcation inutilisable, ce qui est nettement préférable à la mise en danger de dix commandos et à l’humiliation publique que leur ont fait subir les dirigeants de la junte théocratique chiite.

 

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La prisonnière américaine, obligée de porter le hijab

 

Comme on le comprend à la lecture de cette enquête, validée par des officiers de marine spécialisés dans les opérations du même type, les choses sont bien plus graves encore que celles qui ont été présentées par la presse américaine.

 

Les marins US n’avaient strictement aucune raison sensée de se rendre aux Iraniens. Reste qu’ils l’ont fait et qu’il faut dès lors se demander pourquoi. L’unique hypothèse concevable après les avoir toutes envisagées est que les dix commandos ont reçu un ordre qui ne provenait pas de leur hiérarchie militaire et qui n’était pas dicté par les rapports de force de la situation, mais qui a émané directement de la Maison Blanche : "N’opposez aucune résistance, laissez-vous appréhender !".

 

L’incident se déroulait quelques jours avant la mise en place officielle de l’Accord de Lausanne, aussi, Barack Obama n’avait pas l’intention de risquer une escalade militaire qui aurait pu tout remettre en question ; il a déjà fait pire pour parvenir au même résultat, obligeant l’Occident à signer un traité d’infamie qui renforce son pire ennemi et le transforme, à lui seul, en puissance (terroriste) régionale.

 

Il y a quelques semaines, alors que Téhéran menaçait de ne pas respecter l’accord si l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) poursuivait ses investigations au sujet des activités nucléaires iraniennes à caractère militaire, le président américain intervenait sur le collège des gouverneurs de l’AIEA afin de se plier aux désirs de la dictature chiite. Cette concession prive la communauté internationale de connaissances prépondérantes sur le programme nucléaire perse ; de plus, la mise en lumière de ses aspects militaires faisait partie de l’Accord de Lausanne, et Obama avait lourdement souligné son importance face au public américain.

 

Ces jours derniers a eu lieu un échange de prisonniers, lors duquel quatre Américano-iraniens ont été relaxés, dont Jason Rezaian, le chef de bureau du Washington Post à Téhéran, ainsi qu’un étudiant répondant au nom de Matthew Trevithick. En revanche, Robert Alan "Bob" Levinson, un Américain de confession israélite, arrêté par le contre-espionnage iranien le 9 mars 2007 sur l’île de Kish, dont la famille a reçu des photos en 2010 et dont la chaîne d’Etat de la théocratie perse, Press TV, a annoncé la détention, ne fait pas partie des personnalités libérées. Téhéran affirme désormais ne pas savoir où l’infortuné se trouve.

 

Peu après la capture des marins des CB-90, l’USS Truman et le Charles De Gaulle se sont approchés des côtes iraniennes et se sont placés en situation d’intervenir. C’est ce que le chef du Corps Naval des Gardiens de la Révolution, le Sous-amiral Ali Fadavi, a publiquement décrit comme "des manœuvres non-professionnelles qui ont duré 40 minutes suivant la capture des intrus".

 

Fadavi a prévenu que ses forces étaient prêtes à ouvrir le feu avec "leurs missiles côte-mer, leurs vedettes lance-missiles ainsi que d’autres moyens multiples" dont le commodore n’a pas tenu à préciser la nature.

 

Si les porte-avions avaient poursuivi leurs "manœuvres non-professionnelles, ils seraient allés au-devant d’une catastrophe d’une ampleur qu’ils n’ont jamais connue dans l’histoire. Nous avions verrouillé nos missiles sur eux et si nous avions tiré, ils auraient été détruits", a poursuivi Fadavi.

 

Dans ces conditions, la relativisation des faits à outrance proposée par le Vice-président Joe Biden dès mercredi a de quoi surprendre : "Les Iraniens ont ramassé les deux bateaux de la même façon que nous avons ramassé des bateaux iraniens en détresse, pour les libérer par la suite, vous savez, comme le feraient des nations ordinaires. C’est ainsi que les nations s’adressent les unes aux autres", a soutenu le vice-président, "c’est pour cela qu’il est important d’avoir des canaux de communication ouverts".

 

On est à des années-lumière du verrouillage des missiles de Fadavi sur le Truman et le De Gaulle et du presque commencement de la Troisième Guerre Mondiale.

 

John Kerry est pourtant allé plus loin encore que Biden, puisque le secrétaire d’Etat s’est dit "très satisfait" (…) et a insisté pour "exprimer sa gratitude aux autorités iraniennes pour leur coopération qui a permis une résolution rapide de cet incident".

 

Kerry a ajouté : "Tout semble indiquer ou nous dire que nos marins ont été bien traités, qu’on leur a remis des couvertures et de la nourriture et qu’on les a assistés dans leur retour vers notre flotte tôt ce matin".

 

Il semble que pour le secrétaire d’Etat, le manquement des Iraniens aux Conventions de Genève aux dépens des marins américains n’a aucune importance. Tel le fait de montrer publiquement leurs visages et d’obliger la seule femme de l’équipage à porter un hijab.

 

A la Maison Blanche, parlant de la mise en œuvre de l’Accord Iran-5+1, Barack Obama a déclaré que "c’était une bonne journée car une fois de plus, nous voyons ce qu’il est possible [de faire] grâce à une forte diplomatie américaine. Ces choses", a répété le président, "sont un rappel de ce que l’on peut réaliser lorsque l’on dirige avec force et sagesse".

 

En réalité, M. Obama a tout fait afin d’éviter un conflit avec l’Iran ; la "forte diplomatie américaine" est à l’image de ces commandos à genoux devant un Iranien barbu tenant une mitraillette. Pour parvenir à ses fins, le président a sacrifié la sécurité de ses alliés dans la région, les Arabes et les Israéliens, qui ont perdu toute confiance dans l’Amérique et qui se préparent à affronter partout des terroristes pro-iraniens, requinqués par l’injection initiale de cent milliards de dollars dans l’économie de la dictature chiite, le régime le plus répressif du globe après la Corée du Nord.

 

Le pensionnaire de la White House a probablement, comme il s’en vante, empêché la théocratie des ayatollahs de "mettre la main sur la bombe atomique" pour une dizaine d’années. Mais il l’a fait en légalisant le programme nucléaire iranien, sans démanteler la moindre centrifugeuse, non plus que l’installation souterraine de Fordow, source de toutes les inquiétudes, et en ramenant à la vie une autocratie abominable qui se trouvait en état de banqueroute et d’agonie. Ce faisant, il a condamné 78 millions d’Iraniens à un interminable enfer, ne s’étant jamais soucié de leur sort et tournant ainsi le dos aux valeurs de l’Amérique et à son rôle de fer de lance de la liberté.

 

L’Amérique d’après l’Accord est à l’image de Joe Biden et de John Kerry, qui remercient les ennemis de l’Amérique d’avoir humilié ses meilleurs marins livrés à des épouvantails auxquels ils ont donné vie. Leur délire, car c’est d’un délire qu’il s’agit, consiste à voir une victoire dans l’affaiblissement de la plus grande démocratie du monde, en se faisant les avocats invétérés de ses ennemis.

 

Cette administration a simplement exagéré au centuple la puissance de la "République" Islamique, oubliant que ceux qui prétendent avoir mis en joue les porte-avions de la démocratie ne disposent que d’une marine de dix-huit mille hommes et de quelques dizaines d’épaves flottantes transformées en vaisseaux de guerre. Face à eux, la Navy peut aligner quatre cent trente-cinq mille marins, quatre cent trente navires ultra-modernes, dont onze porte-avions à propulsion nucléaire, et près de quatre mille avions.

 

Pour la prochaine campagne présidentielle, il suffira aux Républicains de reproduire l’image insoutenable des Marines à genoux sur une seule affiche, avec l’inscription : "L’Amérique selon les Démocrates". Ou, plus simplement encore : "Vote Democrat !".  

 

 

 
C’est vous qui êtes à Matignon, M. Valls (info # 011201/16) Version imprimable
Analyse
mardi, 12 janvier 2016

 

Par Ilan Tsadik

 

Samedi soir, le Premier ministre français, M. Manuel Valls, s’est exprimé devant l’Hyper Casher de Vincennes, où quatre Juifs ont été tués par l’islamiste Amedy Coulibaly, le 9 janvier 2015, soit il y a exactement un an de cela.

 

M. Valls a allumé l’une des dix-neuf bougies disposées sur l’estrade, de même que le Grand-rabbin de France, le Cardinal-archevêque de Paris et le dirigeant du Conseil du culte musulman.

 

Le maire de la capitale, Anne Hidalgo, et le 1er Secrétaire du Parti socialiste, Jean-Christophe Cambadélis, les ont imités, sous les copieux sifflets du public. Le Président des Républicains, Nicolas Sarkozy, participait également à la cérémonie.

 

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Une réalité dure comme des statistiques

 

Si mon opinion intéresse quelqu’un, je pense que Manuel Valls est l’un des politiciens français les plus respectables en général, et, plus particulièrement, à l’égard d’Israël. Je n’ai pas oublié que le 16 décembre dernier, depuis la tribune de l’Assemblée Nationale, il avait condamné "toutes les campagnes de boycott des produits israéliens", ainsi que les manifestations d’ "un antisionisme qui bascule dans l’antisémitisme".

 

Je n’oublie pas non plus qu’il avait quitté la salle lors du vote des députés de l’Hexagone reconnaissant l’Etat de Palestine sur les "frontières" de 1967, sans négociations possibles concernant leur tracé, ce qui placerait ledit Etat palestinien, par endroits, à 14 km de la mer. 14 km parmi les plus densément peuplés de l’Etat hébreu.

 

C’est précisément là que je cesse de comprendre : pourquoi cet ami d’Israël ne s’est-il pas battu depuis l’estrade du parlement pour exposer ses vues ? Pourquoi n’a-t-il pas tenté de convaincre les députés socialistes, il est Premier ministre après tout ?

 

Ces interrogations se prolongent au sujet du contenu de ses déclarations de samedi soir : ce sont certes des propos courageux, ceux d’un commentateur politique ou d’un membre de l’opposition, occasionnellement, mais pas ceux d’un chef de gouvernement.

 

Quand Valls s’enflamme et lance : "Rien ne peut expliquer que l’on tue à des terrasses de cafés ! Rien ne peut expliquer que l’on tue dans une salle de concert ! Rien ne peut expliquer que l’on tue des journalistes et des policiers ! Et rien ne peut expliquer que l’on tue des juifs ! Rien ne pourra jamais expliquer !".

 

C’est vrai, rien, dans notre culture européenne, ne peut expliquer tout cela, et alors ? Est-ce pour faire ce genre de constats qu’on s’installe à Matignon ?

 

Est-ce pour entendre la suite ? "Pour ces ennemis qui s’en prennent à leurs compatriotes, qui déchirent ce contrat qui nous unit, il ne peut y avoir aucune explication qui vaille. Car expliquer, c’est déjà vouloir un peu excuser".

 

Mais personne (ou presque) n’a jamais eu l’intention de pardonner leurs assassinats à ces terroristes français. Tout le monde est d’accord, M. Valls !

 

Le Premier ministre a, une fois de plus répété : "Je l’ai dit avec mes mots, avec mon cœur, avec mes tripes, et je ne cesserai de le répéter parce que c’est une conviction profonde : sans les Juifs de France, la France ne serait pas la France !".

 

D’abord, on le croit. A la manière de le dire, on est persuadé, d’une, que c’est ce que Manuel Valls pense, de deux, que cela lui fait mal, et de trois, que c’est vrai ; c’est-à-dire que si les Juifs s’en vont, la France ne sera pas ce qu’elle est aujourd’hui et perdra une partie de son âme et de son ingéniosité.

 

Mais on reste totalement dans le domaine de la constatation. Cela fait dix ans que les Israélites se tirent et on n’est pas complètement surpris que le gouvernement s’en soit également aperçu. Et alors ? Il fait quoi, le gouvernement,  pour résorber l’hémorragie ?

 

Ce qui suit est très beau, on dirait du Zola :

 

"Voir des Français juifs quitter, de plus en plus nombreux, leur pays parce qu’ils ne se sentent plus en sécurité… mais aussi parce qu’ils ne se sentent plus compris, parce qu’ils ne se sentent plus à leur place, aurait dû être, depuis longtemps, pour nous tous Français, une idée insupportable".

 

Disons que, pour certains Français – j’en connais –, il s’agit effectivement d’ "une idée insupportable". Il y en d’autres qui se réjouissent du départ des Feuj, j’en connais aussi.

 

Et alors ? Qu’y a-t-il dans ces paroles compatissantes pour faire changer d’avis ceux qui préparent leur alya ? Je dirais même plus, mon cher Dupont, le fait que le chef du gouvernement reconnaisse la validité des raisons de leur départ constitue, pour ceux d’entre eux qui réfléchissent, une excellente raison de foutre le camp.

 

Ce qui les encouragerait à rester, ce serait que M. Valls affirme que ces raisons sont infondées, ou qu’il a pris des mesures concrètes pour changer le cours des choses et gommer ces sentiments désagréables.

 

Voyons cela de plus près… les Juifs français ne se sentent plus en sécurité, c’est indéniable. Mais, comme le signale à l’attention de M. Valls la vaste majorité des internautes du Monde, tous les Parisiens et tous les Français ont peur, et eux n’ont pas de pays de substitution à disposition pour s’enfuir.

 

Ils lui reprochent de communautariser les Israélites français en leur accordant beaucoup trop d’importance, alors qu’ils ne représentent guère plus qu’un pour cent de la population. Certains autres lecteurs-commentateurs du "journal de référence", une toute petite poignée, leur ont fait très gentiment remarquer que les Mohamed Merah et autre Amedy Coulibaly aussi accordent aux Juifs une "importance exagérée", qu’ils expriment le plus souvent au fusil d’assaut.

 

Encore que Le Monde, toujours aussi "sélectif" lorsqu’il s’agit d’Israël et des Juifs, avait préventivement décidé de s’abstenir de publier un autre passage du discours de Manuel Valls, dans lequel le Premier ministre déclarait : "L’antisémitisme, qu’il vienne de l’extrême droite ou de l’extrême gauche, qu’il vienne du fond des âges ou, aujourd’hui, d’une partie de la jeunesse de nos quartiers doit être combattu avec la même détermination". Nul doute que cela aurait fait encore plus jaser, tant le déni de l’antisémitisme est vigoureux dans la vieille république.

 

Ce qui nous ramène à ce qui me semble être l’essentiel du problème des Juifs français de ce début de XXIème siècle : "(…) ils ne se sentent plus compris, parce qu’ils ne se sentent plus à leur place".

 

Valls aurait également pu employer les adjectifs "rejetés" ou "marginalisés" ou "détestés" ou "pas respectés" ou "systématiquement stigmatisés", bref, ils ne se sentent pas uniquement menacés physiquement mais aussi rejetés du consensus national.

 

Mais pour atténuer ce ressenti, M. Valls, il existe des remèdes simples que vous pourriez administrer à la France sans risquer d’innombrables effets secondaires. Je parle, d’une part, d’inviter vos media à uniformiser leur vocabulaire lorsqu’ils évoquent les Juifs et Israël avec celui qu’ils utilisent dans leur couverture de tous les autres sujets de la planète.

 

Je vous assure que c’est "insupportable" de lire et d’entendre "Cisjordanie OCCUPEE", chaque fois qu’il est question de la Judée-Samarie, et pas à propos du Tibet, de la Crimée ou du nord de l’île de Chypre. Face à une telle discrimination sémantique, on se sent vite stigmatisé. Et lorsque l’on constate que c’est généralisé et que les pouvoirs publics s’accommodent de cette ségrégation médiatique sans broncher, cela donne effectivement, à n’importe quel être humain normalement constitué, l’envie de prendre ses jambes à son cou et de ne plus se retourner.

 

Tout comme il est "insupportable" de constater qu’un quidam qui lance son automobile contre des gardiens de la paix à Paris est un "terroriste", alors que s’il effectue le même geste à Tel-Aviv, c’est un "Palestinien" ; que lorsqu’il est abattu par les gendarmes dans la ville des Lumières, cela paraît absolument naturel, tandis que dans le cas de Tel-Aviv, on va gloser sur l’hypothèse d’un assassinat extrajudiciaire à priori évitable. Ce, même si l’agresseur de Paris n’était pas armé, et que celui de Tel-Aviv l’était jusqu’aux dents.

 

J’ai relaté la plupart de ces cas de double-standards antisémites dans vos media dans mon récent article : "Le poison antisémite coule dans les veines des media français", aussi, je ne vais pas vous infliger des répétitions superfétatoires.

 

On a aussi tendance à se trouver "pas à sa place", quand, sur les grands boulevards, on crie "Juif, tire-toi, la France n’est pas à toi !", et que la réaction de la population, des partis politiques, des media, bien sûr, et du gouvernement est à ce point retenue qu’elle est pratiquement invisible et inaudible. A mon tour de vous assurer, M. Valls, que s’il y avait eu un million de leurs compatriotes dans la rue, en ces occasions, avec le président de la République en tête de cortège, pour affirmer leur solidarité avec la minorité juive, très peu de ses membres songeraient aujourd’hui à apprendre l’hébreu.

 

Autre exemple de cause d’envie de vomir des Juifs de France : les manifestations (plusieurs jours de suite) des partisans du boycott d’Israël pour la venue de la très paisible troupe de danseurs israélienne Bat Shéva à l’Opéra Garnier. Les racistes de BDS sont parvenus à déployer des drapeaux palestiniens et à interrompre le spectacle jusque dans les couloirs et les balcons de la salle de spectacle.

 

Le Bataclan ne vous a pas suffi ? Il paraît que le préfet de Paris a décerné à ces trublions la dérogation nécessaire pour manifester en période d’état d’urgence. Or j’avais l’impression que le préfet était le représentant du gouvernement sur le territoire, et qu’il recevait directement ses ordres des ministres.

 

Avec toute la sympathie que votre démarche personnelle m’inspire, M. Le Premier ministre, de même que le contenu de vos interventions, je vous indique très humblement l’exigence de cohérence entre ce que quelqu’un dit et les actes qu’il produit.

 

Dans les cas que j’ai relatés dans ce papier, il n’est nul besoin "d’affronter une véritable guerre et de la gagner", comme vous l’avez bravement répété samedi ; il suffit de rappeler vos journalistes à l’ordre, en commençant par ceux de l’AFP et du Service Public sur lesquels vous avez autorité, et de signifier à vos préfets que l’antisionisme et l’antisémitisme c’est kif-kif et beurk-beurk.

 

Et peut-être, afin qu’ils comprennent, que Dreyfus, la Collaboration, Drancy et l’Exposition du Juif universel, le peuple sûr de lui-même et dominateur, la Controverse de Nétzarim et le terrorisme islamique ont déjà causé beaucoup de dégâts et d’injustices en France, et qu’il est probablement inutile de retenter l’expérience antisémite ou de la laisser se prolonger.

 

Sinon, je veux dire si vous ne faites pas ce qu’il est urgentissime de faire, vos media continueront d’encourager les vocations de terroristes djihadistes, et il y aura, à l’avenir, de moins en moins de Juifs pour venir écouter vos prises de positions sincères et courageuses.

 

 

 
Cette guerre a quatorze siècles (info # 010801/16) Version imprimable
Analyse
vendredi, 08 janvier 2016

 

Par Stéphane Juffa

 

Aux Etats Unis et en Europe, il est ringard et même politiquement incorrect d’invoquer les questions religieuses ou ethniques qui sont le plus souvent à l’origine des conflits. On préférera chercher les causes des disputes dans le répertoire politique.

 

Il y a plusieurs raisons à cela : d’une part, parce qu’en Europe il semble particulièrement incompréhensible de se battre "encore" pour des religions, ces dernières ayant pratiquement tout perdu de leur influence sur l’Etat ; de l’autre, au vu des problèmes migratoires et des minorités, on a très arbitrairement choisi de prétendre que les religions sont des vecteurs de paix, et qu’il n’existait rien de si stimulant pour un pays que d’être habité par des individus provenant d’origines diverses et variées.

 

Dans ces pays développés, le seul culte que l’on cultive au contraire est celui de la causalité : on passe son temps à chercher dans les actions des uns et des autres les éléments déclencheurs des conflits. Pour cette raison, on n’a jamais envisagé que la différence de traditions religieuses et de croyances quotidiennes pouvait être à la base de l’incapacité des Israéliens et des Palestiniens à s’entendre, des Libanais à vivre ensemble, des guerres civiles interminables en Syrie et en Irak, etc.

 

Le causalisme épargne ainsi aux Occidentaux la frayeur qu’occasionnerait l’éventualité selon laquelle l’islam, sous ses acceptions actuelles à tout le moins, ne serait pas une religion de paix, qu’elle chercherait à s’imposer par la violence si cela était nécessaire, et surtout, que cette dernière finalité pourrait oblitérer et vider de leur sens les principes nobles et humanistes dans lesquelles les Européens se contemplent.

 

Les journalistes et les dirigeants des Etats industrialisés évitent ainsi soigneusement de parler de l’islam, qu’ils remplacent par les termes islamisme, djihadisme, al Qaeda ou DAESH, en même temps qu’ils minimisent la spécificité du régime iranien, qui s’est auto-intitulé "République Islamique d’Iran".

 

Vu de Bruxelles ou de Washington, où l’on adore traduire les équations dans un langage que l’on maitrise, on pratique par des simplifications trompeuses permettant "d’y voir clair" et de matérialiser, même si c’est terriblement arbitraire, ses amis et ses ennemis en leur donnant des noms et en leur prêtant des fonctions régionales et des ambitions politiques.

 

Mais vu de Téhéran, de Riyad et du Caire, les choses sont terriblement plus évidentes : il y a, d’un côté – celui de l’Iran – les chiites, qui voient en Ali, le cousin du prophète, et en sa famille les successeurs de Mahomet, qu’il aurait lui-même désignés pour poursuivre son œuvre. Face à eux, les sunnites, qui représentent 90 % du milliard et demi de musulmans, qui considèrent que ce sont les disciples de Mahomet qui, à partir de sa mort en 632, à commencer par son confident Abou Bakr, doivent diriger l’islam.