L’aide militaire américaine devient-elle un danger pour Israël ? (info # 012606/16) Version imprimable
Analyse
dimanche, 26 juin 2016

 

Par Guy Millière

 

Depuis des années, l’une des questions qui m’est le plus souvent posée lors de mes conférences sur le Proche Orient et Barack Obama concerne l’aide militaire que ce dernier a maintenu en faveur d’Israël. Comment un homme qui perpétue cette aide militaire massive pourrait-il être considéré, m’a-t-on mille fois demandé, comme un ennemi d’Israël ?

 

Ma réponse a généralement consisté à souligner que cette aide était votée par le Congrès, et que Barack Obama se contentait de ne pas opposer son veto au vote du Congrès : un veto qui, au vu de l’empathie que le peuple américain n’a cessé de ressentir à l’égard Israël, aurait été inimaginable.

 

J’ai chaque fois ajouté que cette aide ne modifiait en rien l’hostilité de Barack Obama à l’encontre d’Israël, et qu’Obama l’avait plusieurs fois instrumentalisée, ainsi que le fait qu’Israël en soit dépendant, afin d’exercer des pressions sur l’Etat hébreu à des moments cruciaux ; par exemple lors des opérations d’Israël contre le Hamas à Gaza.

 

Un accord d’assistance militaire, concocté par l’Administration Obama, et que le président U.S demande à Israël d’accepter tel qu’il est rédigé (as is), vient présentement illustrer mes propos. Cet accord prévoit une aide renforcée des Etats-Unis à la défense d’Israël, et ce, sur plusieurs années.

 

Mais il a une contrepartie ! Il est porteur d’une exigence vis-à-vis d’Israël : si Israël signe l’accord, il s’engagera à ne rien demander au Congrès et à ne prendre aucune décision en matière de sécurité et de défense qui n’ait préalablement reçu l’aval du pouvoir exécutif, donc du président des Etats Unis, sans quoi l’accord serait rompu. Un tel accord placerait ainsi Israël totalement à la merci du président des Etats Unis, sans aucune possibilité de recours, et exclurait le Congrès de toute décision en la matière.

 

Signer l’accord est séduisant pour Israël, qui, s’il ne considérait que le renforcement de l’aide prodiguée par les Etats Unis pourrait céder à la tentation. Signer l’accord placerait néanmoins Israël dans un piège.

 

Car si le président des Etats Unis dans les années à venir est un ami d’Israël, tout pourra bien se passer. En revanche, si le prochain président ne l’était pas, et entendait lui imposer ses conditions, ce serait très différent.

 

Un homme, ces derniers jours, Michael Oren, ancien ambassadeur d’Israël aux Etats Unis, a tiré le signal d’alarme et a demandé à Binyamin Netanyahou de ne pas signer la proposition d’accord.  Et Michael Oren a raison.

 

Dans un article consacré au sujet, publié par le Jerusalem Post, Caroline Glick explique pourquoi. L’accord, écrit-elle, exacerberait la dépendance d’Israël vis-à-vis de l’aide militaire américaine. Cette aide, ajoute-t-elle, est dangereuse en soi, et en proposant ce qu’il propose, Obama met au jour le danger d’une manière flagrante. Elle place Israël en situation de dépendance.

 

La première victime de cette dépendance est l’industrie de la défense israélienne, qui ne peut se développer de manière optimale car elle est freinée dans son essor par les conditions d’ores et déjà draconiennes inhérentes à l’aide américaine : les trois quarts de celle-ci reviennent dans les caisses d’entreprises de défense américaines [Israël est contractuellement obligé d’utiliser les fonds avancés aux Etats-Unis. Ndlr.], et les nombreuses innovations technologiques militaires israéliennes doivent être cédées gratuitement aux USA.

 

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Une aide qui permet aux USA de profiter à moindre prix des développements réalisés

par l’industrie israélienne. Israël obtenant la possibilité d’utiliser les technologies qu’il développe, et l’Amérique, celle de les vendre partout dans le monde pour son seul profit

 

La deuxième victime est la défense d’Israël elle-même, soumise aux conditions susceptibles d’être imposées par l’administration aux affaires à Washington. Israël a déjà dû céder aux pressions de Washington à plusieurs reprises, et pas seulement sous Barack Obama.

 

La troisième victime est le peuple israélien, car le fait de ne pas pouvoir défendre Israël de manière optimale et de devoir céder aux pressions issues de l’insécurité a pour conséquence des morts inutiles.

 

Caroline Glick ajoute que la dépendance a créé des relations malsaines entre les Etats Unis et Israël, qui sont devenues particulièrement flagrantes sous Barack Obama.

 

Un nombre croissant de membres du personnel militaire israélien entretient désormais des relations préférentielles avec l’exécutif américain, et ces relations peuvent conduire à des prises de position davantage dictées par les orientations de l’administration en place à Washington, que par les impératifs intrinsèques de défense et de sécurité d’Israël.

 

L’administration en place à Washington étant ce qu’elle est aujourd’hui, des responsables militaires israéliens prennent actuellement des positions qui sont celles de l’administration Obama et d’Obama lui-même, énoncent et recommandent des orientations délétères, et mènent ce qui peut être décrit comme un véritable travail de sape contre le gouvernement démocratiquement élu d’Israël.

 

Deux textes ont été publiés récemment qui montrent à quel point la situation est devenue préoccupante.

 

L’un, signé par 200 chefs militaires israéliens (essentiellement des généraux à la retraite), et approuvé par Ehud Barak, s’appelle « Sécurité d’abord » (Security First). Il recommande, conformément à ce qu’exigent Obama et son administration, l’abandon total par Israël de la Judée Samarie et de la partie orientale de Jérusalem, et stipule que, pour la « sécurité du pays », les Israéliens vivant en Judée Samarie devraient être transférés au plus vite à l’intérieur des lignes d’armistice de 1949 en échange de compensations financières.

 

Le deuxième texte émane du « Centre pour une Nouvelle Sécurité Américaine » (Center for a New American Security), une institution formée par d’anciens membres de l’administration Obama, et à laquelle coopèrent des ex-responsables de la sécurité israélienne. Il suggère d’exiger d’Israël, conformément aux revendications d’Obama là encore, l’abandon de la vallée du Jourdain à des forces américaines et palestiniennes, et de confier à l’administration américaine au pouvoir la défense d’Israël contre toute menace émanant de la vallée du Jourdain et d’une Judée Samarie sous un « gouvernement palestinien ».

 

Ces deux textes ont été présentés récemment à New York par une organisation appelée l’Israel Policy Forum, et ils ont reçu l’aval de la candidate Hillary Clinton, qui travaille en relation étroite avec cette organisation.

 

Si, ignorant les avertissements de Michael Oren et de Caroline Glick, Binyamin Netanyahou signait l’accord, et si, comme cela reste envisageable, Hillary Clinton était élue présidente des Etats Unis, la dépendance d’Israël vis-à-vis de l’aide américaine deviendrait carrément inquiétante.

 

Les deux textes susdits deviendraient vraisemblablement la « politique israélienne » de la Maison Blanche. Israël se retrouvera pieds et poings liés, avec l’aval de gens susceptibles d’être présentés comme préoccupés par la sécurité du pays. Toute forme de recours deviendrait alors quasiment impossible.


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L’analyse radiophonique hebdomadaire de Stéphane Juffa (info # 012406/16) Version imprimable
Radio/audio - interview/reportage
vendredi, 24 juin 2016

 

© Metula News Agency

 

Israël et le Brexit, les conséquences.

 

La "paix" de Mahmoud Abbas n’est pas la paix, mais une guerre par des moyens diplomatiques avec l’aide des intellectuels antisémites et sur la base de leurs théories frelatées. Le différend israélo-palestinien est un conflit entre nationalismes et non une guerre de décolonisation.

 

L’antisionisme parlementaire, la démonisation officielle et récurrente des Israéliens, et la vulgarisation de l’antisémitisme entraînent une précarisation notable du statut des Israélites en Europe.

 

L’appel de députés belges à décerner le Prix Nobel à Marwan Bargouthi, l’assassin d’une centaine d’Israéliens, revient à récompenser l’assassinat de Juifs ; il s’agit d’une incitation au meurtre raciste et d’une identification a posteriori à ces crimes.

 

Juffa, au micro de Jim Mosco, sur Radio Judaica :

 

https://youtu.be/cKJRcPsUr0A (Youtube)

 

https://www.facebook.com/radiojudaica/videos/886581508118684/ (Facebook)

 

 

 
On se bat à l’intérieur de Manbij (info # 012306/16) Version imprimable
Analyse
jeudi, 23 juin 2016

 

Par Perwer Emmal, le reporter de la Ména avec les forces kurdes à l’ouest de l’Euphrate

 

Ce mercredi, les forces kurdes des Unités pour la Protection du Peuple (YPG), agissant avec l’appui de combattants arabes locaux, le soutien aérien américain et celui, au sol, de commandos U.S., britanniques et français, ont pénétré dans le bastion de DAESH, Manbij (Minbik en kurde), qu’ils se contentaient d’encercler et de bombarder depuis une vingtaine de jours.

 

La pénétration s’effectue à partir du Nord-Ouest et du Sud-Ouest de la ville, où les Peshmerga contrôlent désormais les carrefours principaux.

 

Les FDS (Forces Démocratiques Syriennes), qui regroupent les combattants kurdes et tribaux, font face à une résistance acharnée, ponctuée de sorties inopinées de véhicules bourrés d’explosifs conduits par des islamistes kamikazes.

 

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De plus, les djihadistes ont piégé de très nombreux immeubles, ainsi que des véhicules abandonnés et même les corps de certains de leurs camarades morts durant les affrontements. Ils ralentissent de ce fait la progression des FDS, obligés d’agir avec la plus extrême prudence.

 

A Manbij et dans d’autres agglomérations de la région les hommes de DAESH ont appréhendé des centaines de civils (près d’un millier), kurdes pour la plupart, dont ils se servent comme de boucliers humains.

 

Le gouverneur de la cité pour l’Etat islamique a été tué hier, alors qu’il tentait, avec sa famille et ses gardes du corps, de s’échapper en voiture en direction d’al Bab, sur la route Manbij-Alep.

 

De très nombreux mercenaires musulmans radicalisés, notamment des Européens, sont pris au piège sans avoir la moindre chance d’en réchapper. Il y a trois jours, des mercenaires de DAESH ont tenté de briser l’étau par le Sud, en lançant une attaque surprise à 5h du matin. Leur assaut a été brisé et ils sont tenus à distance respectable de la cité encerclée. Les islamistes ont perdu plus d’une centaine des leurs lors de cette attaque désespérée.

 

Depuis le déclenchement de l’offensive sur Manbij, début juin, j’estime que l’Etat Islamique a perdu entre 700 et 800 combattants, et que les pertes au sein des FDS se chiffrent entre 60 et 70 soldats.   

 

Manbij se situe à 28km à vol d’oiseau de la frontière turque, et les avant-gardes des Peshmerga à l’ouest de l’Euphrate, dans les villages d’Amarinah Fawqani et Bal Maghar, ne sont qu’à 11km de Jarabulus, encore aux mains des djihadistes, elle aussi au bord de l’encerclement, adossée à la frontière ottomane.

 

J’ai eu l’occasion d’observer personnellement du matériel turc en quantité sur les cadavres d’islamistes ainsi que dans les casernes et autres dépôts d’armes et d’explosifs qui ont été libérés. La Turquie qui, par la voix de son gouvernement, ne cesse d’affirmer qu’elle fait la guerre à DAESH.

 

Même avant la prise de Manbij, et éventuellement celle de Jarabulus, la voie d’approvisionnement des islamistes qui passait par ces villes vers la Turquie est coupée. Elle leur procurait des armes, des munitions, des renforts et d’autres équipements et denrées.

 

Il ne leur reste plus qu’un cheminement compliqué et dangereux, entre les positions kurdes et gouvernementales syriennes, en direction du point de passage d’al Raï.

 

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Une Peshmerga des Forces Démocratiques Syriennes

 

Pour le moment, l’offensive des FDS à l’Ouest de l’Euphrate est stoppée, les Kurdes et leurs alliés concentrant toute leur énergie à la prise de Manbij. Cette entreprise pourrait prendre entre une et deux semaines selon les estimations des officiers avec lesquels je me suis entretenu.

 

Ensuite, il y aura lieu de poursuivre la progression sur la route d’Alep, et d’enlever chronologiquement Arima, Qabasin (une ville à forte majorité kurde), et al Bab. Une fois les islamistes chassés d’al Bab, il n’existera plus de lien organique entre l’Etat Islamique et son fournisseur turc, et Raqqa, de même que le reste du territoire encore contrôlé par DAESH se verront progressivement asphyxiés.

 

Lorsque les djihadistes auront été délogés d’al Bab, les Peshmerga ne seront plus qu’à 20km de leurs frères du canton kurde d’Afrin. Actuellement, ils en sont encore séparés par une cinquantaine de kilomètres. Avant le début de l’offensive de juin, c’était quatre-vingt-dix.

 

La volonté des Kurdes de réaliser la continuité géographique du Rojava ne fait aucun doute, leurs leaders ne tentant pas même de le cacher. Après al Bab, des questions vont toutefois se poser au sujet de l’appui occidental aux YPG. Si le commandement de l’Armée américaine leur est globalement acquis, ce n’est absolument pas le cas de l’Administration Obama, qui n’a cessé de s’exprimer contre l’autonomie de la région kurde.

 

L’on craint aussi l’opposition des groupes rebelles de la zone d’Alep, qui comprennent notamment al Qaëda, et qui redoutent la présence d’une entité non arabe tout le long de la frontière turque de la Syrie. Des premières escarmouches ont été signalées à ce propos entre les quartiers tenus par l’Armée Syrienne Libre (ASL) à Alep, et celui habité et défendu par les Kurdes.

 

Reste le risque le plus important pour l’unification du Rojava, constitué par les Turcs et le gouvernement islamiste de Recep Erdogan. Lequel vient de répéter qu’il s’apprête à intervenir en Syrie à tout moment.

 

Cela n’arrivera pas tant que les Américains et les Européens sont partie prenante de l’offensive de juin. Et s’ils ne suivaient pas les Peshmerga au-delà d’al Bab, et que le Küçük (tur. petit) Sultan commettait l’erreur de franchir la frontière, il ne fait aucun doute que le Tzarévitch Poutine l’arroserait des bombes de ses Soukhoï. Un sultan contre un tzar, on se croirait revenus plusieurs siècles en arrière.

 

C’est pourtant le plus grand risque d’expansion radicale de la Guerre Civile Syrienne qui pèse actuellement. Elle pourrait être d’actualité dans quatre à huit semaines. Cela ennuie beaucoup l’état-major de l’Armée américaine, qui aura à gérer cette crise bien après le départ de Barack Obama de la Maison Blanche.

 

D’une part, s’ils ne terminent pas le boulot aux côtés des Kurdes en les aidant à prendre al Bab et sa région, ils n’en finiront jamais avec l’Etat Islamique. De l’autre, s’ils font ce qui est nécessaire, ils vont définitivement fâcher Erdogan avec les Etats Unis. Vous parlez d’un dilemme, même si le sultan bouffon et raciste est détesté par tous les officiers américains que j’ai croisés !


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Le référendum britannique et les limites de l’économie (info # 012106/16) Version imprimable
Analyse économique
mardi, 21 juin 2016

 

Par Sébastien Castellion

 

Depuis quelques jours, un curieux phénomène se produit sur les marchés financiers, qui avaient brièvement paniqué la semaine dernière après des sondages qui prédisaient que les Britanniques quitteraient l’Union Européenne jeudi prochain. Après quelques jours d’émotion, les marchés sont revenus à la normale : ils ne cherchent plus à vendre des livres sterling, ni à faire payer une prime de risque aux investisseurs qui veulent placer leur argent au Royaume-Uni. Tout se passe comme si le sentiment dominant était que, bien entendu, les électeurs ne feront pas cette bêtise.

 

Et pourtant, les sondages eux-mêmes n’ont pas changé. Ils ne sont pas particulièrement fiables – les sondeurs britanniques s’étaient déjà trompé l’an dernier en prédisant une défaite électorale du Premier ministre Cameron jusqu’à la veille de son triomphe – mais ils pointent plutôt vers un départ du royaume hors de l’Europe, ou « Brexit ».

 

Peut-être les marchés sont-ils mieux informés que les sondeurs ; mais on voit mal comment cela pourrait se produire. Il est plus probable qu’ils doivent leur comportement à l’idée que le Brexit est, du point de vue économique, une si mauvaise idée, qu’elle ne peut pas être prise au sérieux.

 

De fait, si les électeurs se décidaient en fonction de leurs intérêts économiques, le maintien du Royaume-Uni dans l’Europe serait une certitude. Un départ aurait notamment les conséquences suivantes.

 

En quittant l’Union Européenne, les Britanniques cesseraient de profiter de la liberté de circulation des biens et services, du capital et des travailleurs qui règne à l’intérieur de l’Union. Ils devraient renégocier avec Bruxelles les conditions du commerce entre les deux zones. Or, il est à peu près certain que les Européens, qui craignent que l’exemple britannique inspire d’autres départs, ne voudront pas donner au royaume des conditions trop favorables.

 

Pendant les négociations, l’incertitude sur l’avenir du commerce entre le Royaume-Uni et l’Europe réduira fortement les investissements dans l’économie britannique. A l’issue des négociations, le cas le plus probable est que le Royaume-Uni finirait par être traité comme tout autre membre non européen de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Cela signifierait, entre autres, que les biens et services dans lesquels les Britanniques ont une position forte – les services financiers, la pharmacie etc. – cesseront de pouvoir être vendus librement dans l’ensemble du marché européen.

 

La perte du “passeport européen” aura un effet désastreux sur l’économie britannique. Les emplois destinés aux ventes en Europe seront fortement réduits. Les investisseurs américains et chinois, qui voient aujourd’hui dans le royaume la porte d’entrée la plus accueillante vers le marché européen, placeront ailleurs leurs investissements. Faute d’investissements, la monnaie britannique perdra de sa valeur, réduisant d’autant la capacité à importer des produits étrangers.

 

D’après une simulation effectuée la semaine dernière par les économistes du FMI, les effets d’un Brexit comprendraient : l’entrée en récession du Royaume-Uni dès 2017, une augmentation du chômage qui passerait de 5% aujourd’hui à 7% en 2018, une longue stagnation des salaires exprimés en livre sterling et une baisse de 7% de la valeur de la livre exprimée en euros.

 

Même les partisans du Brexit admettent que, dans un premier temps au moins, la décision aura des effets défavorables sur l’économie britannique. Mais s’il en est ainsi, pourquoi les sondages restent-ils favorables à un départ ?

 

La première raison est sans doute que, même si les Britanniques choisissent de rester en Europe, l’économie britannique (comme l’économie européenne) est confrontée à de sombres perspectives. Dans toute l’Europe, la profitabilité des entreprises est proche de son plus bas niveau historique.

 

L’investissement est si déprimé qu’il a récemment conduit la Banque Centrale Européenne et plusieurs gouvernements européens à introduire des taux d’intérêt négatifs. (En clair : les investisseurs qui veulent être certains d’être remboursés en prêtant leur argent à des Etats ou à de grandes institutions acceptent de perdre de l’argent, ce qui prouve que les risques sont encore plus élevés dans le secteur productif). Secteur après secteur, la concurrence de la Chine et d’autres pays émergents réduit les prises de commande, casse les prix et bouche chaque jour davantage l’horizon économique.

 

Dans ces conditions, les Britanniques peuvent faire le calcul – risqué, mais pas absurde – qu’après une récession causée par la réduction des liens avec l’Europe, leur économie gagnera à multiplier ses liens avec d’autres régions du monde, économiquement plus dynamiques, comme l’Amérique et l’Asie.

 

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Pourquoi vouloir être Européens quand on a déjà cela ?

 

Plus profondément, cependant, le vote britannique démontre que les motivations économiques ne sont pas les plus importantes dans le destin des peuples.

 

Si la campagne en faveur du Brexit accorde peu de place à l’économie, ce n’est pas uniquement parce que l’économie est pour elle un point faible ; c’est surtout parce que la passion politique qui l’anime considère sincèrement le recul économique qui suivrait un départ comme l’inconvénient secondaire d’une victoire essentielle.

 

Pour les partisans du Brexit, l’important n’est pas que les revenus soient les plus élevés possibles ou le chômage le plus bas possible. Il est, en premier lieu, que les Britanniques restent gouvernés démocratiquement. Malgré tous les bénéfices économiques qu’elle a apportés, l’Union Européenne a une tendance prononcée à décider sans consulter les représentants élus des peuples et, moins encore, les peuples eux-mêmes. Bruxelles est loin ; le langage de ses décisions est opaque et incompréhensible pour les électeurs ; le Parlement européen est le seul au monde à n’avoir pas le droit de voter de lois ; et les Britanniques ont le sentiment que leur influence est trop faible sur des décisions qui s’imposent à eux.

 

La seconde ambition des partisans du Brexit est, tout simplement, que les Britanniques restent britanniques.

 

Les résultats des partisans du départ dans les sondages ont radicalement augmenté depuis un an, avec l’arrivée incontrôlée de plus d’un million de migrants arabo-musulmans en Europe. Comme toute l’Europe, le Royaume-Uni est saisi d’une angoisse identitaire et s’interroge sur sa capacité à rester lui-même au cours des prochaines générations.

 

Face à cette crainte identitaire, une brève récession économique peut paraître un prix très acceptable à payer pour récupérer la maîtrise par le pays de sa politique migratoire et sa capacité à fermer ses frontières aux nouveaux venus. Plus encore : un Royaume-Uni en crise, fâché avec l’Europe, deviendrait moins attractif pour les nouveaux venus. La volonté de les dissuader de venir, même au prix de la croissance et de l’emploi local, est presque certainement un moteur important du vote pour le Brexit.

 

Or, sur cette question identitaire, le Royaume-Uni n’est pas dans une situation très différente des autres pays européens. Il est peu probable qu’un vote en faveur du Brexit, s’il a lieu, entraîne une destruction généralisée des institutions européennes : le prix économique à payer serait trop important pour cela.

 

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Mieux vaut partir que fuir (info # 011906/16) Version imprimable
Analyse
dimanche, 19 juin 2016

 

Par Guy Millière

 

Il arrive encore que l'on me demande pourquoi j'ai quitté la France et le continent européen pour vivre aux Etats Unis. Je ne peux pas répondre que c'est pour m’éloigner des crimes commis au nom du djihad : l'atrocité commise voici peu à Orlando a été le pire crime de masse perpétré sur le sol américain, et elle n'est que le point culminant d'une série d’assassinats accomplis au nom du djihad aux Etats Unis depuis quelques années. Il y a moins de six mois, un couple islamiste a assassiné à San Bernardino en Californie. Auparavant, des tueries ont eu lieu à Chattanooga, à Fort Hood, ainsi qu’en divers autres lieux. Le djihad ne connait pas de frontières et déferle partout où des islamistes sont présents ou peuvent pénétrer.

 

Je ne peux pas dire non plus que c'est parce que les dirigeants au pouvoir font preuve de lucidité et de courage. Barack Obama est un gauchiste islamophile, qui longtemps n'a pas même parlé d'attentats terroristes lorsqu'il se trouvait confronté à un attentat terroriste ; quand le Major Nidal Malik Hasan a agi à Fort Hood, il avait qualifié ce qui s'était passé « d’incident sur le lieu de travail ». Obama se refuse toujours à parler d'islam radical. Face à ces agressions, Manuel Valls, en France, s'est montré plus clair et plus courageux.

 

Je ne peux pas non plus répondre, à l'évidence, que c'est parce que la haine anti-israélienne est absente en Amérique. Sur les campus de nombre d'universités U.S, on peut en effet rencontrer des activistes "propalestiniens" aussi bilieux et bornés que ceux que l’on croise en France.

 

En revanche, je peux affirmer que les réactions face aux crimes commis au nom du djihad sont porteuses aux Etats Unis d'une détermination qui tranche avec ce que l'on peut observer en France et sur le vieux continent.

 

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Paris-Texas

 

Si les paroles d'apaisement sont certes nombreuses, comme en Europe, la colère et la détermination à se battre restent davantage présentes aux Etats Unis. Et j'apprécie la colère et la détermination à se battre lorsqu'elles sont légitimes, car elles reflètent une volonté de rester debout et de ne pas se soumettre.

 

Aux Etats Unis, des dirigeants politiques osent encore désigner le danger et l'ennemi, et ils le font plus clairement que n'importe quel dirigeant français ou européen, y compris Manuel Valls. Si Barack Obama se refuse à parler d'islam radical - et, essentiellement, Hillary Clinton aussi -, ce n'est pas le cas de Donald Trump, par exemple. Et j'apprécie que des dirigeants politiques osent parler distinctement, sans utiliser la moindre langue de bois. Agir autrement, c’est se condamner soi-même à la défaite. La France et le continent européen endossent peu à peu les couleurs de la défaite.

 

Et si la haine anti-israélienne est présente sur les campus de plusieurs universités américaines, elle est très largement absente de la société américaine en son ensemble, ce qui est, à mes yeux, réconfortant. Nul ne m'a jamais demandé aux Etats Unis pourquoi je défends Israël alors que je ne suis pas juif, or c'est une question que l'on me pose sans cesse en France et sur le continent européen.

 

Je peux ajouter que la "cause palestinienne", hors des universités, a peu d'adeptes aux Etats Unis car elle y est considérée comme une cause douteuse, ce qui constitue à mon sens une preuve de lucidité.

 

Il me serait loisible ajouter d'autres raisons encore. La très faible présence de l'antisémitisme dans la société américaine, la survivance des idées de bien et de mal, ou de l'idée que tout crime implique un châtiment proportionnel au crime pour que justice soit faite. Un respect de l'être humain en tant qu'être humain. Une courtoisie et une gentillesse sans équivalents dans le reste du monde occidental. Une police qui se fait respecter, et qui garantit effectivement sécurité et liberté.

 

En regardant la France avant de partir, je me suis dit que la France n'était plus le pays que j'ai connu dans ma jeunesse, et qu’elle était engagée dans un processus de déclin peut être irréversible.

 

En regardant les Etats Unis en arrivant, je me suis senti confirmé dans mes décisions, et quand bien même des signes de dégénérescence touchent également les Etats Unis, il m'a semblé évident que le processus y était beaucoup moins avancé.

 

J'ai repensé alors à une phrase que répétait souvent mon ami Sammy Ghozlan, le fondateur du Bureau National de Vigilance contre l'Antisémitisme : "mieux vaut partir que fuir". Je suis parti la tête haute, pour poursuivre mes combats, pas du tout pour y renoncer. Je n'ai pas fui. Je n'accepterai jamais d'être condamné à la fuite. Je n'accepterai jamais de me taire.

 

Et parce que je suis fidèle à mes combats, je reviendrai. Souvent. Parce que je suis fidèle en amitié, je serai présent demain, lundi 20 juin, au dîner de levée de fonds du Bureau National de Vigilance contre l'Antisémitisme.


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A la suite de la prochaine confrontation inévitable à Gaza, le Hamas aura cessé d’exister Version imprimable
Radio/audio - interview/reportage
vendredi, 17 juin 2016

 

(info # 011706/16)

 

© Metula News Agency

 

La prochaine guerre avec le Hamas à Gaza sera-t-elle la dernière, comme l’affirme un haut responsable israélien de la Défense sous le couvert de l’anonymat, et pourquoi ? Est-ce l’effet de la nomination d’Avigdor Lieberman au ministère de la Guerre ou une nécessité stratégique ?

 

Stéphane Juffa répond à cette interrogation, ainsi qu’au vote, la nuit dernière, du budget d’aide militaire américaine à Israël. A qui profite cette aide et pourquoi la discussion entre le Congrès et la Maison Blanche a-t-elle été si âpre cette année ?

 

Ishaï Shlissel, l’assassin de la jeune Shira Banki lors de la Gay Pride de 2015, contre qui le parquet a réclamé 60 ans de prison, est-il un illuminé ou un Juif orthodoxe ayant mis en pratique les ordonnances de la Bible et de la Halakha dans le traitement de l’homosexualité ?

 

Juffa, au micro de Jim Mosco, sur Radio Judaica :

 

https://youtu.be/DqN-Ouh_Zcs/

 

 

 
Pourquoi je combats l’antisémitisme et la haine à l’encontre d’Israël (info # 011206/16) Version imprimable
Analyse
dimanche, 12 juin 2016

 

Par Guy Millière

 

L’une des questions que l’on m’a le plus souvent posée à la fin des conférences que je donne année après année en Europe, en Amérique du Nord ou en Israël, est celle me demandant pourquoi, moi qui ne suis pas juif, je me suis autant impliqué dans le combat contre l’antisémitisme et pour la défense d’Israël. C’est pour répondre à cette question que j’ai écrit un petit livre qui vient d’être publié, "Israël raconté à ma fille"*.

 

Le fait est que rien ne me destinait à ce combat. Mes parents, aujourd’hui disparus, étaient de braves gens, mais ne m’ont jamais parlé des Juifs, du génocide commis par les nazis, et ne m’ont jamais parlé d’Israël. Plus grave : mes professeurs de collège et de lycée ne m’ont rien dit non plus.

 

C’est arrivé à l’âge de dix-neuf ans, lorsque j’ai rencontré une survivante des camps de la mort, et qu’ayant vu un tatouage bleu sur son bras, je lui ai, en toute innocence, demandé ce qu’était ce tatouage. Je me souviens de ce moment jusqu’à ce jour, plus de quarante ans plus tard, car elle m’a tout expliqué. A partir de ce moment, j’ai su, non seulement ce qui s’était passé, mais aussi qu’on m’avait menti et que ce que je venais de découvrir avait été occulté en France et en Europe.

 

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Depuis cette rencontre, j’ai su aussi qu’il s’était passé quelque chose d’abominable en Europe, et j’ai su, en outre, que le mensonge et l’occultation signifiaient que Français et Européens avaient fait des choix abjects et persistaient pour partie dans ces choix.

 

J’ai choisi pour ma part de combattre le mensonge et l’occultation. J’ai compris peu à peu, au fil de mes lectures, la place immense et délétère que l’antisémitisme avait occupée dans l’histoire européenne, et aussi ce que la civilisation occidentale devait aux Juifs et au judaïsme. Je me suis senti investi d’une mission éthique. Le livre explique en détail la façon dont j’en suis venu à définir cette mission éthique.

 

Je ne savais encore rien d’Israël lorsque j’ai découvert ce que j’avais découvert grâce à la femme au tatouage bleu.

 

J’ai, un peu plus tard, fait une autre rencontre : celle d’un cinéaste très à gauche et très en vogue à l’époque, qui m’avait incité à me rendre dans un « camp de réfugiés » au Liban, où je rencontrerais, m’avait-il dit, des « résistants ». Ce camp était un camp « palestinien ».

 

Je me souviens aussi jusqu’à ce jour de ce que j’ai découvert dans ce camp, et nul ne peut prétendre à mes oreilles que ce que j’y ai vu n’a jamais existé. J’ai vu. J’ai entendu. Je m’en souviens.

 

J’ai rencontré des antisémites qui prenaient plaisir à tuer des Juifs. J’ai rencontré des gens qui lisaient Mein Kampf. J’ai rencontré des gens qui voulaient rayer Israël des cartes du monde dans un bain de sang ; des gens qui usaient de ruses et de stratagèmes pour avancer vers cet objectif. J’ai rencontré des individus qui lavaient le cerveau des enfants pour les transformer en tueurs de Juifs.

 

Je n’avais pas encore mis le pied en Israël, mais je savais déjà qu’Israël était l’objet d’une haine destructrice et exterminationniste, et que les militants « palestiniens » étaient les agents de cette haine.

 

Je me suis juré dès cet instant de la combattre. Le livre explique en détail pourquoi et comment j’en suis venu à considérer qu’il était essentiel de combattre cette détestation. Il explique pourquoi, dès cet instant, j’ai su ce qu’était la « cause palestinienne ».

 

J’y écris que je suis parfaitement au courant que nombre d’adeptes de la « cause palestinienne », en Europe ou en Amérique, ont vu et entendu les mêmes choses que moi, et pourquoi, dès lors, je les considère être les vecteurs d’une double abjection qui persiste à ce jour.

 

Les adeptes de la « cause palestinienne » savent qu’ils soutiennent des tueurs de Juifs, et cela les rend complices d’assassinats. Ils savent qu’ils supportent des monstres qui transforment des enfants arabes en tueurs de Juifs.

 

Combattre la « cause palestinienne » et combattre ses adeptes est devenu pour moi une autre mission éthique. Le livre explique pourquoi ces deux missions participent d’un même combat contre la haine, pour la liberté et la dignité de l’être humain.

 

J’y décris, ensuite, ma découverte d’Israël et tout ce qu’Israël m’a appris et apporté.

 

J’y cite le grand économiste américain George Gilder, qui a écrit que quiconque est imprégné de ressentiment ne peut que détester les Juifs et détester Israël, et que quiconque est imprégné de l’amour de la réussite et de l’accomplissement, ne peut qu’avoir de la gratitude à l’égard des Juifs et du judaïsme et ne peut qu’aimer Israël.

 

J’ai écrit le livre pour répondre à la question qu’on m’avait si souvent posée, et également, parce que j’ai ressenti qu’il était urgent de l’écrire.

 

Car l’antisémitisme s’accroît de tous côtés en Europe, et c’est absolument indigne. La haine d’Israël y est installée dans les esprits, où elle s’accompagne d’un ensemble de falsifications nauséabondes.

 

La « cause palestinienne » est présentée comme ce qu’elle n’est pas et n’a jamais été : elle est présentée comme un mouvement de libération d’un peuple, alors qu’elle est en fait un mouvement de haine, d’exterminationnisme, et d’asservissement de millions d’Arabes à l’idée que leur rôle sur terre est de servir cet exterminationnisme. 

 

Mon ami David Horowitz a souligné il y a quelques années que l’invention du peuple palestinien était l’une des inventions les plus immondes de l’histoire du l’humanité, car le peuple palestinien est le seul peuple à avoir été inventé pour servir à l’anéantissement d’un autre peuple.

 

Il avait raison. Il n’a cessé d’avoir raison.

 

 

 

Note :

*"Israël raconté à ma fille", Les Provinciales, 2016, 124p., 12 €

 

 

 
Nord syrien : le deal des deals (info # 011106/16) Version imprimable
Analyse
samedi, 11 juin 2016

 

Par Stéphane Juffa

 

Notre correspondant Perwer Emmal nous informe que les Kurdes ne sont plus qu’à 1km de Manbij – Minbik en kurde – qu’ils ont encerclée de toutes parts. Du fait de leur offensive sur Manbij, les Peshmerga, qui commandent les Forces Démocratiques Syriennes (FDS/SDF) comportant des combattants arabes, musulmans et chrétiens, ne se trouvent plus qu’à 9km de Jarabulus, sur la frontière avec la Turquie.

 

Au nord de Manbij et au sud de Jarabulus ils ont atteint les villages d’Amarinah Faqwi et Baj Maghar, ce qui ne laisse plus qu’une échappatoire large de onze kilomètres aux islamistes, à l’ouest de Jarabulus, pour éviter provisoirement un encerclement total.

 

En dépassant Manbij vers l’Ouest, les FDS ont pris le contrôle d’Arima, à 21km de la cité assiégée. A partir d’Arima, ils poursuivent leur offensive vers al Bab, 20km plus loin, ainsi qu’en direction d’al Raï, à 28km au nord, le dernier point de passage entre DAESH et la Turquie.

 

Les avant-gardes kurdes ne se trouvent plus qu’à 48km des premières lignes de leurs frères qui campent dans l’immédiate banlieue de Mare, alors qu’ils en étaient éloignés de 90km avant le déclenchement de leur offensive sur Manbij, il y a quinze jours.

 

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Si les Peshmerga réussissent à faire leur jonction, ils réaliseront leur rêve historique consistant à unifier le Rojava, permettant ainsi de rallier Erbil, la capitale de la Région Autonome du Kurdistan iraquien, à Efrin, sans quitter le territoire kurde. Ils créeraient ainsi une continuité territoriale de plus de 850km de long à vol d’oiseau, à cheval sur la Syrie et l’Irak.    

 

Comme Emmal le prévoyait lors de son dernier compte-rendu, les Peshmergas, loin de se presser d’enlever la ville de Manbij, profitant de l’occasion qui leur est donnée par Washington, s’emploient à étendre le territoire qu’ils contrôlent à l’ouest de l’Euphrate dans le but d’unifier le Rojava.

 

Lors de leur offensive, ils sont aidés par les bombardements des avions de la coalition dirigée par les Américains, ainsi que par des commandos U.S au sol. Perwer Emmal nous signale ce samedi matin avoir également croisé des commandos français, quoiqu’en petit nombre, aux côtés des Peshmerga.  

 

De manière qui peut sembler surprenante, les Forces Démocratiques Syriennes ont, en revanche, stoppé net leur offensive sur Tabqah, le long du lac al Assad, et sur Raqqa, la capitale de DAESH en Syrie (carte).

 

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Les YPG kurdes libèrent l’université al-Ethiad (l’union), à l’ouest de Manbij

 

Et ce ne sont ni les hommes ni le matériel qui leur font défaut. Les FDS impliqués dans l’opération de Minbik sont au nombre de 5 000 à tout casser. Il reste au moins 25 000 combattants puissamment armés, et soutenus par les Etats-Unis, sur le terrain face à Tabqah et Raqqa. Autant que la somme des effectifs de DAESH dans l’ensemble de la Syrie.

 

Dans notre esprit, il ne fait aucun doute que l’arrêt de l’avancée des FDS en direction du Sud et l’amplification de leur offensive à l’Ouest est le résultat d’un marché avec la Russie. Un deal auquel est probablement mêlé le haut commandement de l’Armée américaine, qui décide des manœuvres sur le théâtre des opérations, souvent en opposition plus ou moins ouverte avec la politique prônée par l’Administration Obama et son président.

 

La transaction consisterait à permettre aux forces du régime, soutenues par d’intenses bombardements des Soukhoï de Poutine, de s’emparer seuls de la ville de Tabqah et du barrage stratégique tout proche sur le lac al Assad. En 2014, lors de l’avancée de DAESH dans cette zone, les miliciens du Califat Islamique s’étaient rendus maîtres d’une importante base aérienne du régime, dans laquelle ils avaient massacré 400 soldats de Bashar al Assad.

 

Aux dernières nouvelles, l’Armée alaouite a atteint le carrefour des routes 42 et 6, et se situerait à 20km de l’aéroport, 29 de Tabqah, et 30 du barrage. Les soldats de Bashar se heurtent toutefois à une résistance acharnée des islamistes et, en dépit du soutien aérien massif dont ils bénéficient, ils ne progressent que très lentement.

 

Dans le cas où l’Armée gouvernementale parviendrait à atteindre ses objectifs dans un délai raisonnable, elle pourrait poursuivre en direction de Raqqa, la capitale autoproclamée de DAESH en Syrie, à 43km de Tabqah. Dans le cas contraire, si elle se montrait trop inefficace pour réaliser seule cet objectif, Moscou devra engager de nouvelles discussions avec les militaires américains et les Kurdes.

 

Mais nous n’en sommes pas là. L’intérêt des Américains dans le marché consiste à ne pas avoir à livrer bataille à Raqqa, ce qui irriterait au plus haut point leurs alliés saoudiens, égyptiens ainsi que les monarchies du Golfe, tous soucieux de l’expansion des chiites de Téhéran aux dépens des sunnites, même s’il s’agit des monstres de DAESH.

 

L’intérêt des Kurdes, c’est évidemment l’unité du Rojava. Et la Russie peut les aider de manière capitale dans la réalisation de cet objectif.

 

On imagine aisément que la progression des Kurdes en direction d’Efrin rend carrément malade leur ennemi le plus tenace en la personne de Recep Erdogan ; ce dernier avait déclaré à maintes reprises qu’il interviendrait militairement au cas où les Peshmerga attaqueraient Jarabulus, ou, plus largement encore, s’ils franchissaient l’Euphrate.

 

Or les Kurdes ont traversé l’Euphrate et Erdogan n’est pas intervenu ; il assiste impuissant au triomphe de ses adversaires. Il y a deux raisons à cela : la première tient à la position officielle de la Turquie qui – même si elle ment et constitue l’allié privilégié et le partenaire indispensable de DAESH dans tous les domaines – justifie sa mobilisation militaire aux confins de la Syrie par la nécessité de chasser les islamistes du nord de ce pays.

 

Prenant Ankara aux mots à propos de cette nécessité, le Pentagone a organisé avec les Kurdes l’opération sur Manbij dans le but officiel [à destination d’Erdogan] d’éradiquer la présence de DAESH de cette zone, et avec l’objectif réel de couper le cordon nourricier qui permet à l’allier turc d’approvisionner Raqqa en hommes, armes, munitions et nourriture.

 

Les Américains ont monté toute une entreprise d’enfumage afin de persuader Erdogan que la plupart des combattants prenant part à l’offensive de Manbij sont arabes et non kurdes, et que les Kurdes repasseraient l’Euphrate aussitôt les objectifs officiels atteints. Mais croire à cette faribole, imaginer un seul instant que les Kurdes, après tant de sacrifices, se résigneraient à ne pas continuer leur marche vers Efrin, ne peut qu’être le fruit des esprits qui ignorent la détermination des Peshmerga, et le fait que ces guerriers méconnaissent l’existence de la marche-arrière.

 

Or si l’on se dit que la Turquie ne tentera rien face aux Kurdes autour de Manbij, tant qu’ils jouiront du soutien des officiers yankees, l’on se dit également que l’appui de ces derniers cessera dès que le corridor d’approvisionnement de DAESH aura été sectionné, et que les boys n’accompagneront pas les Peshmerga à Efrin, soucieux de ne pas se brouiller définitivement avec l’allié de l’OTAN qu’est la Turquie et ses bonnes relations avec Barack Obama. Il existe une limite à la liberté d’action de l’Army en Syrie par rapport à la Maison Blanche, et c’est pratiquement là qu’elle se situe.

 

C’est là aussi que l’on trouve la seconde raison pour laquelle Erdogan n’intervient pas contre les Forces Démocratiques syriennes, et qu’il n’interviendra pas non plus lorsque les Kurdes s’empareront de Jarabulus, d’al Bab, d’al Raï et de Mare : il sait que Poutine n’hésiterait pas un seul instant à bombarder les troupes turques au cas où elles se mêleraient directement de la guerre en Syrie. Car Erdogan, qui n’est pas un intrépide, et qui ne veut pas que ses administrés découvrent sur leurs écrans de télévision des milliers de corps de soldats turcs inanimés, n’a aucune intention d’engager son pays dans un conflit avec Moscou.

 

Autre élément ayant pesé dans les négociations avec Moscou : l’engagement de Poutine de ne pas soutenir les troupes gouvernementales en cas d’affrontement avec les Kurdes. Un point sensible, car les Peshmerga, au rythme où se poursuit leur avance, ne vont pas tarder à se trouver face à face avec les soldats d’Assad, ses alliés syriens et ceux du Hezbollah. C’est d’ailleurs déjà le cas dans diverses sections du front d’Alep, ainsi qu’à Qamishli et Hasakeh, où Damas conserve des garnisons au milieu du territoire kurde et ce, dans un climat de suprême indifférence mutuelle.

 

Assad obéit à Moscou, qui entretient des relations cordiales avec les Kurdes et ne les bombardera jamais. Lors, s’il prenait aux Alaouites la mauvaise idée de se frotter tout de même aux Kurdes, en se passant du soutien aérien du tzarévitch, ils n’auraient probablement pas le dessus sur les Peshmerga, et le Kremlin pourrait cesser de les aider sur les autres fronts, ce qui engendrerait probablement un nouveau bouleversement des tendances dans la Guerre Civile, et à leur détriment.

 

Au terme de l’équation que leur ont proposée les Russes, entre prendre Raqqa, une ville qui n’est pas kurde, au prix de centaines de morts dans les rangs des FDS, ou Tabqah, son barrage et son aéroport, qui ne présentent aucune signification particulière pour les Kurdes, et avoir la certitude de pouvoir réunifier le Rojava, sur la voie de la fondation d’un Etat, à l’abri des Turcs, des Alaouites, et même des interdictions américaines, je vous assure que les Kurdes n’ont pas réfléchi midi à quatorze heure.      


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Tout sur l’attentat de Tel-Aviv, Stéphane Juffa commente sur Radio Judaïca (info # 010906/16) Version imprimable
Radio/audio - interview/reportage
jeudi, 09 juin 2016

 

© Metula News Agency

 

L’info précise sur ce qui s’est passé, la réaction israélienne, les questions des enquêteurs, la coordination avec les services de sécurité de l’Autorité Palestinienne, la "Fête de la victoire" : la foule arabe en liesse toute la nuit, en Cisjordanie, à Gaza et dans la partie orientale de Jérusalem. La Guerre sémantique livrée à Israël par la quasi-totalité des media francophones qui répercutent les dépêches bidouillées de l’AFP, passant sous silence les commémorations palestiniennes, justifiant l’assassinat collectif, n’utilisant jamais les mots "terroristes", "Arabes, "Palestiniens". Ce ne sont pas eux qui ont massacré les civils du Sarona Market mais c’est l’ "attaque" qui a tué. Les assassins ne sont pas des terroristes mais des "cousins", des "assaillants", des "Palestiniens". Le deux poids deux mesures des confrères, pratiquant le langage sélectif de l’exception juive et israélienne, aux lourds relents d’antisémitisme débridé et joyeux.

 

Juffa, au micro de Yanik Farkas.

 

https://youtu.be/CjxTR8AESzo  

 

La vidéo de l’attentat vu par les caméras de surveillance : https://www.youtube.com/watch?v=6ACSzxgKAWA  

 

 

 
Raid aérien d’Israël à Homs avec le OK de Poutine (info # 010806/16) Version imprimable
Analyse
mercredi, 08 juin 2016

 

Par Jean Tsadik

 

Des chasseurs-bombardiers israéliens ont attaqué et anéanti des positions de l’Armée gouvernementale syrienne, tard dans la nuit de samedi à dimanche derniers. Les appareils frappés de l’étoile de David auraient ciblé des positions de la puissante IVème division mécanisée, commandée par le Général de brigade Maher al Assad, frère cadet de Bashar, considéré comme la seconde personnalité la plus puissante du régime.

 

Les objectifs se situaient à Shinshar, dans la périphérie de la ville de Homs, à 110km en plein nord de Damas, et surtout, à 23km du nord-est du district libanais de l’Akkar, sous contrôle quasi-absolu du Hezbollah.

 

Le principal media à avoir annoncé la nouvelle est le journal électronique d’opposition au régime Zaman al Wasl [le temps de la discussion], opérant depuis Homs. L’information a également été commentée par des officiers de l’Armée régulière, qui prétendent que les avions hébreux ont été repérés par leurs radars mais qu’ils se sont abstenus de tirer.

 

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Service cartographique © Metula News Agency

 

Nous ne pouvons accorder de crédit à cette tartarinade, persuadés que nous sommes que les Israéliens sont parvenus depuis longtemps à aveugler totalement les moyens anti-aériens ennemis. De plus, si les F-16 du Khe’l avir [l’Armée de l’air israélienne] avaient effectivement été localisés, les forces gouvernementales n’auraient pas tenté de les intercepter tout sachant qu’ils allaient leur infliger des pertes et des dégâts ? Cela ne tient pas l’eau.

 

De plus, comme pour démontrer que les militaires syriens n’ont pas compris ce qui leur est arrivé, ils expliquent que les déflagrations initiales au moment de l’impact étaient trop fortes en comparaison de l’armement à disposition de la rébellion. Ce qui désigne à leurs yeux Israël comme étant l’auteur du raid.

 

Les réseaux sociaux syriens grouillent également de témoignages au sujet de cette opération, les habitants de Shinshar faisant état de "gigantesques explosions". Un habitant de Maskanah, à 7km au nord de Shinshar, que le chef de la Ména libanaise, Michaël Béhé, est parvenu à joindre a confirmé avoir entendu d’énormes bruits d’explosions "provenant de plusieurs positions de l’Armée", sans pouvoir dire si elles étaient les résultantes de frappes aériennes ou de tirs de missiles.

 

Ces derniers temps, Tsahal semble avoir largement recouru à de nouveaux missiles hyper-précis – possédant une marge d’erreur se comptant en centimètres - de moyenne portée.

 

Les rapports provenant de sources étrangères ne parviennent pas à déterminer si ces engins sont envoyés à partir du sol (sol-sol) ou s’ils sont largués par des avions (air-sol), mais ils le sont à grande distance de l’objectif visé. Un confrère russe auquel je me suis adressé, m’a affirmé que ce sont des avions ou des drones qui lancent ces nouveaux missiles, d’une portée qu’il estime actuellement à une centaine de kilomètres, ce qui permet aux Israéliens de les tirer sans avoir besoin de survoler le territoire syrien, c’est-à-dire sans exposer du tout les pilotes.

 

Des pilotes qui survolent fréquemment le territoire libanais, largement moins pourvu en missiles sol-air sophistiqués que la Syrie, en route vers des objectifs situés dans ce pays.

 

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Un binôme de F-15 du Khe’l avir

 

Ce mercredi matin, d’ailleurs, pendant que je rédige ces lignes, Métula et le Doigt de la Galilée sont l’objet du survol incessant des appareils du Khe’l avir, rendant plausible l’hypothèse que de nouvelles interventions soient actuellement en cours. Les avions de ce type ne traversant rarement la frontière pour aller faire du tourisme à Beyrouth.

 

Que visaient les F-16 si cette information est exacte ? Nous notons que les mêmes positions au sud (10km) de Homs avaient déjà fait l’objet d’un très probable raid de l’Aviation bleue et blanche il y a deux ans de cela. Soit les entrepôts détruits contenaient des armes de destruction massive, par exemple des gaz de combat, soit c’étaient des armes sophistiquées envoyées par l’Iran au Hezbollah et ayant transité par l’aéroport international de Damas, à l’instar de missiles sol-sol ou de systèmes anti-aériens.

 

C’est une constante de la politique stratégique de l’Etat hébreu, depuis le début de la Guerre Civile Syrienne, d’empêcher la prolifération des armements de ces types.

 

Elément intéressant : cette opération s’est déroulée en marge de la visite de Binyamin Netanyahu à Moscou ; or la région de Homs se situe en plein territoire de chasse en principe réservé aux Soukhoï de Poutine, à la même enseigne que la partie syrienne du Golan est le pré carré du Khe’l avir.

 

Ce n’est assurément pas pendant le voyage sensible du Premier ministre qu’Israël aurait brûlé la politesse à son hôte. C’est donc qu’ils étaient au courant du raid et qu’ils avaient donné leur accord afin qu’il se déroule.

 

Cela signifie ainsi que Moscou comprend réellement les impératifs sécuritaires de Jérusalem en Syrie et qu’ils ne le dérangent pas. S’il fallait une preuve de l’état de coordination avancé qui règne désormais entre les deux pays, en voici une de taille.

 

A Métula, on se demande avec curiosité ce que peut ressentir Bashar al Assad en léchant ses plaies, sachant que l’allié russe, dont dépend littéralement la survie de son régime, est en train de synchroniser sa stratégie avec Israël, et qu’Israël, précisément, détruit les positions de sa meilleure division avec l’assentiment des Russes.

 

Cela signifie au moins que la coordination avec Jérusalem est plus chère à Poutine que l’Armée du régime, et aussi, que Moscou n’est pas favorable à la détention par la Syrie et à l’exportation vers le Liban de matériels de destruction massive.

 

C’est également un message envoyé par le Tzarévitch aux Syriens et aux Iraniens, pour leur signifier que l’assistance que leur apporte la Russie n’est pas automatiquement garantie et qu’elle dépend de l’adoption par ces régimes des desideratas du Kremlin.

 

Ne serait-ce que dans ces limites, le rapprochement spectaculaire entre Israël et la Russie procure de gros avantages à Jérusalem. Nous nous félicitons, par exemple, d’entretenir de bonnes relations avec le fournisseur à l’Iran du système anti-aérien S-300, à la pointe de la technologie.

 

Au cas où Poutine ne serait pas satisfait de la politique de Khamenei, notamment si ses menaces visant la destruction d’Israël étaient accompagnées de préparatifs hostiles, rien ne serait plus facile aux Russes que de  rendre le système inopérant ou d’en confier les contremesures à leur nouvel allié. La simple hypothèse selon laquelle elle pourrait se retrouver démunie comme un ver face à une offensive aérienne des Hébreux a de quoi calmer sérieusement la faconde de la junte théocratique persane. Elle est aussi à même de soumettre les Ayatollahs à la volonté des Russes, du genre : si vous faites les andouilles, ou si vous préférez les Airbus aux Tupolev ou les BMW bi turbo aux Lada GT, on vous laisse vous débrouiller sans S-300 avec les Juifs. Ce qui démontre que la coordination Poutine-Bibi est pour l’instant un win-win.

 

Le rapprochement Israël-Russie est sans doute dû au travail du nouveau ministre de la Défense Yvette Lieberman, le relai de Poutine et son homme de confiance russophone au sein du gouvernement hébreu. Et si l’attaque aérienne sur Homs a réellement eu lieu, c’est Lieberman, évidemment, qui l’a ordonnée. Tiens, tiens, comme les choses se recoupent !

 

Il est midi trente à Métula, et les survols des F-15 et des F-16 en direction du Liban, qui ont duré plus de trois heures à un jet de missile de Damas, viennent seulement de cesser. A la rédaction, on se demande si Lieberman ne s’inspire pas aussi de la manière d’agir de Poutine.

 

A Moscou, Netanyahu, reçu en grande pompe, dépose une couronne sur le tombeau du soldat inconnu aux airs de la Tikva [l’espoir, l’hymne national israélien], impeccablement interprété par l’orchestre de l’Armée, qui défile en rangs serrés, sabre au clair, devant le dirigeant israélien.

 

Poutine n’a pas envoyé Lavrov à Paris pour assister à la pathétique conférence française dont la finalité consiste à imposer une solution non-négociée à Jérusalem dans son différend avec les Palestiniens. Il ne tarit pas d’éloges pour Israël et a même proposé qu’il intègre l’organisation militaire dirigée par Moscou qui est le pendant de l’OTAN.

 

A Téhéran, Washington, Damas, Paris, Ramallah et Ankara, on fait la grimace face à une situation qui leur échappe.


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Pourquoi Netanyahu et Lieberman sont-ils ouverts au Plan de paix saoudien ? (info # 010506/16) Version imprimable
Analyse
dimanche, 05 juin 2016

 

Par Guy Millière

 

Quand Binyamin Netanyahou a décidé de conforter la majorité dont il dispose à la Knesset en confiant le poste de ministre de la Défense à Avigdor Lieberman, divers commentateurs, jusqu’au Département d’Etat américain, ont souligné, sur un ton qui frôlait l’indignation, qu’Israël se dotait du gouvernement le plus à droite de son histoire. Certains esprits malveillants ont parlé de bellicisme israélien et s’apprêtaient à faire déferler des attaques d’une intensité redoublée. Yitzhak Herzog, furieux et dépité, songeait déjà à des stratagèmes pour faire tomber Netanyahou.

 

Et les choses ne se passent pas comme prévu. Binyamin Netanyahou se déclare non seulement ouvert à des négociations, mais prêt à prendre pour point de départ le « plan de paix saoudien ». Avigdor Lieberman s’exprime peu ou prou de la même manière que Binyamin Netanyahu.

 

Cela peut surprendre et paraître constituer un mouvement de volteface suicidaire. Le « plan de paix saoudien » prévoit, de fait, une reconnaissance d’Israël par le monde arabe en échange d’un retrait d’Israël aux frontières de 1967 et d’un retour des réfugiés de 48, qui aboutirait à la disparition d’Israël.

 

Binyamin Netanyahou et Avigdor Lieberman sont-ils devenus fous ? Ont-ils glissé vers un gauchisme délirant ? La réponse est non aux deux questions.

 

L’un et l’autre partent de la situation telle qu’elle est et usent de l’art diplomatique pour répondre à celle-ci. Ils savent que la France est en train de manœuvrer contre Israël et, au-delà de la conférence internationale du 3 juin dernier à Paris, qu’elle persévérera au cours des prochains mois.

 

Ils savent aussi que la France prépare, de concert avec les dirigeants « palestiniens », un projet de reconnaissance d’un Etat palestinien par les Nations Unies. Ils ont constaté que l’Administration Obama, par le biais de John Kerry, a participé à la conférence de Paris, et ils supputent qu’ qu’Obama n’a pas nécessairement l’intention d’exercer le droit de veto dont disposent les Etats Unis lorsque le projet susdit sera présenté au Conseil de Sécurité. Ils ont conscience, en somme, de ce que des manœuvres féroces et sournoises contre Israël sont en gestation.

 

Ils ont aussi connaissance de ce que les régimes sunnites du statu quo (Arabie Saoudite et Egypte en tête) sont placés en position très inconfortable par le rapprochement des Etats Unis d’Obama et de l’Iran, qui entend, plus que jamais, se doter d’une position d’hégémonie régionale et d’une sanctuarisation nucléaire. Et Netanyahu et Lieberman n’ignorent évidemment rien des intentions de rapprochement tactique des régimes sunnites du statu quo avec Israël, puisqu’ils se trouvent au cœur de ce rapprochement tactique.

 

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Israël-Arabie saoudite

Il en est énormément question dans le monde arabo-musulman

 

Ils savent que les régimes sunnites du statu quo ne peuvent afficher trop ouvertement ce rapprochement sans passer pour des traitres à la cause islamique, sauf si Israël procède à des gestes d’ouverture et fait mine de céder du terrain. Et le binôme a compris qu’il peut sembler céder du terrain sans rien céder en fait.

 

Ils savent surtout que les dirigeants « palestiniens » n’accepteront strictement jamais un « Etat palestinien » vivant en paix à côté d’Israël, reconnu par eux en tant qu’Etat juif, et n’abandonneront jamais la demande du retour des « réfugiés ».

 

Ils ne peuvent deviner ce que sera le résultat de l’élection présidentielle du mois de novembre prochain, tout en discernant que si le président qui entrera à la Maison Blanche en janvier 2017 s’appellera Donald Trump, le contexte deviendra plus favorable à Israël ; mais, en revanche, si le prochain président U.S se nomme Hillary Clinton (ou porte le nom de son remplaçant si elle est envoyée devant un juge), le contexte international restera très défavorable à Jérusalem.

 

Ils font dès lors preuve de toute la subtilité dont ils sont capables afin de désamorcer les manœuvres féroces et sournoises et les priver autant que faire se peut de leur pouvoir de nuisance. Qui pourrait prétendre placer Israël devant un fait accompli inique si Israël était en train de négocier ? Et qui pourrait dire qu’Israël, dans ces conditions, est fermé aux négociations ? Qui pourrait dire qu’Israël est fermé aux négociations avec les pays du monde musulman, si Israël négocie avec les régimes sunnites du statu quo, surtout si Israël prend pour point de départ le « plan de paix saoudien » ? Comment, enfin, les Etats Unis pourraient-ils ne pas exercer le droit de veto dont ils disposent au Conseil de Sécurité des Nations Unies dans ces conditions ?

 

Netanyahou et Lieberman entendent aussi poursuivre le rapprochement tactique avec les grands régimes sunnites et permettre à ceux-ci d’aller plus avant dans cette dynamique, sans se faire plus d’illusions que nécessaire.

 

Ils entendent maintenir les dirigeants « palestiniens » dans le rôle de ceux qui refusent la paix, car Netanyahou et Lieberman savent qu’ils n’accepteront jamais un Etat palestinien vivant en paix à côté d’Israël, reconnu par eux en tant qu’Etat juif, et qu’ils ne céderont jamais sur la demande du retour des « réfugiés ».

 

Si le président américain à partir de janvier 2017 s’appelle Donald Trump, Netanyahu jouira de davantage de liberté de mouvement et de décision, et il pourra adopter un discours plus ferme. Si, comme cela reste très possible, c’est Hillary Clinton qui sera la prochaine pensionnaire de la Maison Blanche, les Israéliens auront pris les devants face à des manœuvres qui risquent d’être plus féroces et plus sournoises encore qu’elles ne le sont actuellement.

 

Dans le moyen terme, l’avenir pour Israël sera fécond : Israël continue d’être un vivier d’innovations et de dynamisme. Dans le court terme, Israël doit traverser l’orage, qui a grossi depuis l’élection de Barack Obama en novembre 2008, et qui n’a, depuis, cessé de s’abattre.


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Stéphane Juffa à propos de la conférence de Paris, sur Radio Judaïca (info # 010306/16) Version imprimable
Radio/audio - interview/reportage
vendredi, 03 juin 2016

 

Par Stéphane Juffa

 

La Ligue Arabe, la Turquie, Mogherini, l’ONU invitées à s’exprimer sur l’avenir d’Israël à l’occasion d’une pathétique initiative du gouvernement Hollande en vue d’imposer à Israël des frontières indéfendables.

 

Non pas une initiative de paix, mais l’occasion prise par une gouvernance française en pleine déliquescence afin de faire parler d’elle et de se faire bien voir par les créancier qataris et saoudiens.

 

Même pas sûr que cela fonctionne, les Etats arabes ayant par trop besoin de l’alliance stratégique avec Jérusalem afin de contrer l’offensive militaire iranienne tous azimuts autorisée par le Président Obama.  

 

https://www.facebook.com/radiojudaica/videos/vb.552540291522809/875207709256064/?type=2&theater   

 

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Irak et Syrie : les Kurdes avancent (info # 010106/16) Version imprimable
Analyse
mercredi, 01 juin 2016

 

Par Perwer Emmal (correspondant aux Kurdistans syrien et turc)

 

Les Peshmerga kurdes, soutenus par l’aviation, l’artillerie et les commandos de la coalition dirigée par les Etats-Unis, progressent de manière décisive aussi bien en Irak qu’en Syrie. Dans ces deux pays, ils ne sont plus qu’à quelques dizaines de kilomètres des capitales de facto de Daesh, respectivement Mossoul et Raqqa.

 

Dans les deux cas, également, on ne parle pas d’assaut final mais de manœuvres ayant pour objectif d’isoler les deux villes en les coupant de leurs sources d’approvisionnement, et, dans le cas de Mossoul, de pratiquer son encerclement.

 

En Irak, l’action des Peshmerga du Gouvernement Régional du Kurdistan irakien se produit concomitamment avec celle des forces gouvernementales à Fallouja, à 58km en plein ouest de Bagdad. Mais à Fallouja, l’Armée irakienne, en plus du soutien U.S, jouit de celui des milices chiites, financées et équipées par Téhéran, et de l’encadrement des soldats réguliers de l’ayatollah Khamenei.

 

On a même vu le Général Qassem Souleimani, le commandant de la force Al-Qods [Jérusalem] de la "République" Islamique d’Iran, diriger la manœuvre sur place. Souleimani reçoit ses ordres directement du guide suprême de la Révolution islamique, l'Ayatollah Ali Khamenei.

 

La présence en pleine lumière de l’Iranien a causé l’irritation des "conseillers" américains, qui ne cessent de mettre en garde l’Administration Obama de l’immixtion galopante des Perses en Irak, qu’ils jugent au moins aussi dangereuse que la présence de DAESH.

 

Mais l’Army se heurte à la sourde oreille du Président Obama et de ses proches qui demandent à leurs officiers et à leurs agents de fermer l’œil et d’ignorer les Pasdaran. L’Administration escamote les rapports qu’ils lui envoient et renvoie dans leurs pénates ceux qui se font trop insistants ou qui tentent d’alerter la presse américaine.

 

Les officiers étasuniens ne sont évidemment pas les seuls à s’inquiéter de la tentative avancée d’appropriation de l’Irak par les ayatollahs ; outre les Saoudiens et les grands Etats arabes, qui préparent des solutions militaires en multipliant les exercices à la frontière irakienne et qui durcissent de plus en plus leur position à l’égard de Washington, les Turcs (sunnites) voient d’un mauvais œil les soldats chiites s’emparer du pays voisin.

 

Le ministre saoudien des Affaires Etrangères, Adel Jubeir, a déclaré que "la présence de Souleimani en Irak était très négative".

 

Le désarroi gagne aussi les Kurdes, qui n’ont aucune envie de participer à la prise de Mossoul avec le gouvernement central, marionnette de Téhéran, et de devoir, après des sacrifices qui s’annoncent importants, lui remettre les clés de la seconde ville d’Irak.

 

Cette situation pourrait, s’ils reçoivent le feu vert de Washington, décider les Peshmerga et leur président Massoud Barzani de s’attaquer seuls à Mossoul afin de ne pas voir les Iraniens piétiner leurs plates-bandes.

 

En Irak l’émoi des sunnites est naturellement grand après que des journaux ont publié des photographies montrant le général perse en pleine discussion avec des miliciens chiites. Des députés sunnites ont remarqué que la présence de Souleimani constituait un sujet d’inquiétude et qu’il n’était pas le bienvenu dans la région.

 

Une influente organisation sunnite a carrément dénoncé la participation de milices chiites à la contre-offensive de Fallouja. L’Association des Dignitaires Musulmans d'Irak, c’est son nom, a publié une déclaration dans laquelle elle affirme que "ces milices ne sont pas venues pour libérer des territoires, ainsi qu'elles l'affirment, mais pour poursuivre des objectifs sectaires sous la direction de l'Iran".

 

A 350km plus au Nord, les Peshmerga viennent de reconquérir une dizaine de villages lors de leur offensive en cours. Ils ont repris le contrôle de Bashir Kasbasi durant le mois qui se termine, et ils viennent de reprendre Kuwayr, à 40km au sud-est de Mossoul.

 

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En rouge, les axes des offensives en cours

Service cartographique © Metula News Agency

 

Quelques cinq mille hommes participent à l’assaut actuel, qui se déroule principalement dans la région de Khazir, dans laquelle les villages libérés sont abandonnés et appartiennent aux minorités religieuses des Kakaï et des Shabak, qui s’identifient à la nation kurde. L’objectif poursuivi par les Peshmerga est la ville entièrement chrétienne – 70% syriaques et 30% jacobites syriaques - de Bakhdida, située seulement à quinze kilomètres au sud-est de Mossoul. Depuis dimanche, ils ont avancé de 23km, sur un front large de 6km, tué 140 miliciens de DAESH et perdu 4 combattants.

 

Lorsque Bakhdida sera tombée, l’encerclement définitif de la capitale autoproclamée de DAESH en Irak aura commencé et l’assaut final sera envisageable lorsque les chefs le décideront.

 

En Syrie, l’objectif ultime de l’offensive est la prise de Raqqa, la capitale de DAESH dans le pays. Elle est menée sous l’égide des FDS [Forces Démocratiques Syriennes], qui impliquent 25 000 hommes dont 20 000 Kurdes des YPG, les Unités de Protection du Peuple, ainsi que des chrétiens syriaques et des tribaux sunnites.

 

Comme en Irak, l’opération en cours ne vise pas immédiatement la prise de Raqqa mais de tous les territoires occupés par le Califat Islamique au nord de cette ville. L’attaque se déroule sur trois fronts : à l’Ouest, dans la région du lac al Assad, au centre, à partir d’Ayn Issa, et à l’Est, depuis el Shaudadi.

 

La progression principale a lieu le long du lac, sur sa rive orientale, avec pour objectif la capture d’al Tabqah, sur la rive opposée. En route vers cette ville, les Peshmerga ont pour l’instant libéré 13 villages et tué environ 85 miliciens islamistes, dont 24 "lionceaux du Califat", des enfants-soldats.

 

On atteint Tabqah en traversant un imposant barrage. Un ouvrage occupé par DAESH qui s’y est retranché et qui menace de le faire sauter s’il devait en être chassé.

 

Cela provoquerait l’immersion de la vallée menant à Raqqa et coûterait la vie de milliers de personnes ; ce qui explique que tant les Américains que les Russes se sont abstenus d’envoyer leurs avions bombarder le barrage.

 

On assiste également à une sorte de course entre Washington et Moscou, par proxys interposés, soit l’armée d’Assad et les Kurdes, pour prendre cet emplacement stratégique. Mais pendant que les FDS, que j’ai suivis dimanche et lundi sur le terrain, foncent sur Tabqah, lui envoient des obus, tandis que la coalition dirigée par les Yankees la canarde depuis le ciel, l’Armée gouvernementale est scotchée sur la route 42, à 40km au sud-ouest de cette localité. Lundi, les informations couraient parmi les Peshmerga selon lesquelles les djihadistes auraient coupé la 42 et la route qui part de Palmyre en direction de l’Est.

 

Sur le front central, les avant-postes FDS ne se trouvent plus, par endroits, qu’à 25km de Raqqa, même un peu plus près, et l’on annonce des combats meurtriers dans la ville entre factions islamistes, opposant ceux qui veulent évacuer les femmes et les enfants avant l’empoignade finale, et ceux qui s’y opposent et qui entendent s’en servir comme boucliers humains.

 

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La carte la plus précise des combats au 1er juin 2016

Service cartographique © Metula News Agency

 

Les Kurdes et leurs alliés progressent inexorablement, quoiqu’avec prudence, car à n’importe quel moment surgissent des camions blindés, bourrés d’explosifs, qui se dirigent à toute allure vers les combattants. En ces occasions, les militaires U.S sont très utiles grâce à leurs missiles ; ils sont pratiquement les seuls à pouvoir arrêter ces tentatives suicidaires. Il faut également fouiller minutieusement les ruines de chaque village libéré, que les islamistes ont littéralement truffées d’explosifs et de pièges mortels avant de décrocher.

 

D’après ce que m’ont confié des officiers kurdes, environ 200 commandos américains participent à l’opération et 100 autres sont attendus près du front ; ils interviennent par groupes de 20 à 30 hommes menant un raid puis s’éclipsant dans la nature, le plus souvent par hélicoptère. Habituellement ils sont très discrets et conservent une distance de réserve avec les Peshmerga, mais pas toujours. Des photos de soldats américains portant les badges des YPG ont ainsi mis le feu aux relations entre Washington et Istanbul.

 

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Les soldats U.S portant les badges des YPG

 

Ces images ont ulcéré les dirigeants turcs – et le mot est faible -, qui considèrent, comme l’a rappelé le demi-dictateur Recep Erdogan, qu’ "il n’existe aucune différence entre le PKK, le PYD, les YPG, DAESH, ce sont tous des groupes terroristes !".

 

Washington s’est contenté de demander à ses commandos d’enlever les écussons des YPG de leurs uniformes. Mais le porte-parole du département d'Etat, Mark Toner s’est empressé d’annoncer que les Etats-Unis différenciaient le PKK turc des YPG, affirmant que "les YPG, comme d'autres forces dans le nord de la Syrie, combattent efficacement l'EI", et que l’Amérique poursuivrait sa coopération avec eux.

 

Plus encore, les Peshmerga, assistés de leurs alliés chrétiens et sunnites, et soutenus par des bombardements aériens massifs de l’aviation U.S ont lancé une attaque surprise sur la poche de Manbij, dans le but de condamner le dernier couloir d’approvisionnement [en gris sur la carte] reliant DAESH à la Turquie.

 

L’attaque a lieu à partir de la tête de pont de Tishrin, l’unique territoire contrôlé pour l’instant par les Kurdes à l’ouest de l’Euphrate. Les Américains prennent ainsi Erdogan au mot, lui qui n’a de cesse d’affirmer que son armée combat DAESH dans cette région, alors qu’il lui livre du matériel, et permet à ses renforts de transiter par la Turquie.

 

L’objectif unique du Sultan Erdogan consiste en vérité à empêcher à tout prix les Kurdes d’effectuer la liaison territoriale entre le Rojava de l’Est et l’enclave d’Efrin, ce qui résulterait pratiquement à couper la Turquie de la Syrie et à établir une large continuité démographique entre les Kurdes de Turquie et ceux de Syrie, de permettre l’échange d’armes et de combattants entre eux, et, à terme, la création d’un Etat kurde des deux côtés de la frontière.

 

L’offensive a été lancée hier [mardi] et le front se trouve déjà à moins de 10km de Manbij, que les assaillants ont entrepris d’encercler depuis toutes les directions. L’opération a été annoncée à Washington deux heures avant son déclenchement ; elle était secrètement en préparation depuis des semaines. Lundi soir, en me repliant sur Kobané, j’ai traversé une longue colonne de combattants se dirigeant vers l’Ouest.

 

Pour persuader les Turcs que les Kurdes ne mettront pas cette offensive à profit afin de se rapprocher d’Efrin, des responsables U.S ont tenu à préciser que c’étaient principalement les Arabes de la coalition des Forces Démocratiques Syriennes qui conduisaient l’assaut et que les Kurdes se contentent d’évincer DAESH du secteur autour de Manbij.

 

Selon un communiquant de l’Administration Obama, "après la prise de Manbij, l'accord stipule que les YPG ne resteront pas. Vous aurez des Arabes syriens occupant la terre traditionnelle arabe syrienne".

 

Ces affirmations sont triplement fausses : d’abord, je n’ai pas entendu un seul des combattants qui se préparaient à intervenir parler autre chose que le kurmandji (le kurde parlé en Syrie et en Turquie), et j’en ai croisé beaucoup. Ensuite et dans ces conditions, les non-kurdes sont bien trop peu nombreux pour contrôler le couloir après la bataille. Et, finalement, les YPG ont déjà "grignoté" au moins 8km à l’ouest de Manbij, et l’un de leurs responsables m’a assuré, pas plus tard que ce matin [mercredi], que les Peshmerga n’avaient strictement aucune intention de remettre le territoire récupéré à qui que ce soit, et que "les Américains sont parfaitement au courant de nos intentions".

 

Si tout se passe comme prévu, la distance entre les deux parties du Rojava, après cette campagne, passera de 90 à 65km en ligne droite, et la ville de Jarabulus, sur la frontière turque, encore aux mains de DAESH, deviendra intenable, prise dans un étau kurde sur trois axes.

 

Certes les Turcs enragent, et ils le montrent en bombardant régulièrement la ville kurde syrienne de Qamishli, étendant leur territoire en Syrie, sur lequel ils construisent un énorme mur de sécurité entre la Turquie et le Rojava.


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Musée palestinien: un lieu vide pour un pays qui n'existe pas (info # 012905/16) Version imprimable
Analyse
dimanche, 29 mai 2016

 

Par Guy Millière

 

Un musée vient d'ouvrir ses portes à Bir Zeit, à la frontière entre les territoires de Judée et de Samarie occupés par l'entité terroriste appelée Autorité Palestinienne. Il aura coûté 24 millions de dollars, fournis par de généreux donateurs, tels l'Union Européenne et la France. Il est censé être consacré à l'histoire et à la culture palestiniennes.

 

Bien que l'histoire palestinienne arabe ait été inventée de toutes pièces, et que des institutions antisémites, au premier rang desquelles l'UNESCO, se chargent de tenter d'effacer l'histoire juive, en appelant mosquée le Temple juif qui existait depuis au moins 1 600 ans avant que Mohamed voie le jour, les objets correspondant à l'invention n'ont, semble-t-il, pas encore été fabriqués et livrés, car le musée n'en contient aucun.

 

Dès lors que la culture palestinienne à proprement parler n'existe pas, il n'a évidemment pas été possible d’exposer dans le musée des éléments illustrant ladite "culture".

 

Le musée, dès lors, est désespérément vide. Et il renseigne sur l’ampleur de l'imposture qui se situe au cœur de la "cause palestinienne". Son directeur est un Libanais qui vit au Royaume Uni. Le responsable des expositions est un Arabe britannique qui travaille dans un musée de Londres. Des hommes tels que le directeur et le responsable des expositions sont des professionnels palestiniens : des gens rémunérés pour dire qu'ils sont "palestiniens", et qui touchent, pour cela, sans aucun doute, des sommes importantes.

 

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Salle "Histoire de la Palestine arabe"

 

Le musée vide a été inauguré par un autre Palestinien professionnel, le chef de bande qui a succédé à Yasser Arafat, Mahmoud Abbas. Les visiteurs éventuels pourront voir ce qu'il y a à voir, c'est à dire rien.

 

Ils seront néanmoins abreuvés de propagande. On leur expliquera sans doute que les "Palestiniens" descendent des Philistins, ce qui est absolument faux. On leur racontera vraisemblablement que le "peuple palestinien" était ici sur sa terre depuis des siècles, alors que l'immense majorité des Arabes vivant sur la terre d'Israël y sont arrivés dans la première moitié du vingtième siècle, afin de trouver du travail auprès des Juifs mus par le projet sioniste, qui y avaient cultivé la terre et créé des entreprises.

 

On ne leur dira pas, en revanche, que lorsque Mark Twain s'est rendu à Jérusalem à la fin du dix- neuvième siècle, comme il l'explique dans son livre The Innocents Abroad [vers. fr. : Le voyage des innocents. Ndlr.], il a vu des Juifs et des Arabes, mais strictement personne qui se disait "palestinien".

 

On ne leur dira pas que lorsque le mot Palestine a refait son apparition sur la terre d'Israël, il a servi à désigner les habitants du Mandat palestinien confié au Royaume Uni pour qu'y soit établi le foyer national juif, et il a désigné uniquement les Juifs.

 

On ne leur dira pas que les Britanniques ont favorisé, dans les années 1920 1930, l'immigration arabe sur le territoire du Mandat palestinien, trahissant ainsi les conditions mêmes du Mandat, asphyxiant l'immigration juive, et créant une situation explosive dont les effets sont visibles jusqu'à ce jour.

 

On ne leur parlera pas de l'oncle de Yasser Arafat, l’ancêtre de la "cause palestinienne", Amin al Husseini, nommé au poste de principale autorité religieuse musulmane de Jérusalem par les Britanniques, qui était un admirateur d'Adolf Hitler, avec lequel il a collaboré ensuite jusque dans l'extermination des Juifs d'Europe.

 

On ne dira évidemment pas aux visiteurs du musée vide, que la notion de "peuple palestinien" a été inventée il y a un peu plus de cinq décennies, et qu'il a fallu ensuite apprendre aux Arabes de Judée-Samarie et de Gaza, à coups de lavages de cerveaux intensifs, qu'ils constituaient le "peuple palestinien", ce qu'ils ne pouvaient qu'ignorer totalement jusque-là.

 

On leur taira aussi que l'histoire palestinienne n'a été inventée et écrite que pour falsifier l'histoire tout court, pour spolier les Juifs de leur passé, et pour pratiquer une forme de génocide historique antijuif.

 

Ils prendront probablement ce qu'on leur dira pour argent comptant, et repartiront imprégnés d’encore plus de haine à l’encontre des Juifs et d’Israël, ce qui est précisément le but de cet étrange exercice "culturel".

 

Afin que le musée de Bir Zeit ne reste pas vide, on pourrait suggérer à ceux qui s'en occupent d'y installer des objets et des photographies destinés à rappeler ce que la "cause palestinienne" a apporté au monde. En l'occurrence, les détournements d'avion, les bombes déposées dans des lieux fréquentés par des enfants, les attentats-suicides.

 

Sans doute les conservateurs du musée craignent-ils de montrer le vrai visage, ignoble, de la "cause palestinienne", et l’on ne se demande pas pourquoi.


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Lieberman à la Défense : l’analyse de Stéphane Juffa sur Radio Judaïca (info # 012705/16) Version imprimable
Radio/audio - interview/reportage
vendredi, 27 mai 2016

 

Par Stéphane Juffa

 

Stéphane Juffa explique, sans langue de bois, les conséquences de la nomination d’Avigdor Lieberman et ses implications domestiques et internationales. Le résultat des préoccupations politicardes de Binyamin Netanyahu au détriment des intérêts supérieurs d’Israël.

 

https://www.facebook.com/radiojudaica/videos/vb.552540291522809/871617079615127/?type=2&theater 

 

 

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Crash de l’Airbus d’Egyptair, suite (info # 012405/16) Version imprimable
Analyse
mardi, 24 mai 2016

 

Par Stéphane Juffa

 

En fin de semaine dernière, on a appris que l’Airbus égyptien avait automatiquement envoyé des messages d’alerte peu avant qu’il n’entame sa chute fatale vers la Méditerranée. Ces communications ont été transmises par le système ACARS, les initiales de "Aircraft Communications Addressing and Reporting System", soit en français : Système de Communications d’Adressage et de Comptes rendus de l’Avion.

 

Pour simplifier notre compréhension, disons que ce système envoie au sol en temps réel des informations concernant des appareils de vol défectueux. L’ACARS peut expédier ses messages à plusieurs destinataires à la fois ; en général, il s’agit du service technique de la compagnie aérienne et/ou d’une société de services engagée par celle-ci afin de recueillir ces communications, mais les ACARS peuvent également, si c’est le vœu de la compagnie, parvenir au fabricant de l’appareil et/ou de ses moteurs, cela pour obtenir le plus rapidement possible les solutions aux avaries détectées.

 

Il est à noter que l’équipage est également censé recevoir ces indications dans la cabine de pilotage. L’avantage du ACARS consiste non seulement à permettre aux techniciens au sol d’assister les pilotes quant aux mesures à prendre afin de tenter de réparer ou de contourner les dommages, mais il sert aussi de back-up partiel de la boîte noire enregistrant les paramètres de vol, principalement si celle-ci ne peut pas être retrouvée.

 

Les équipes de recherche sont en train de sonder la mer précisément pour retrouver les deux boîtes noires, celle qui enregistre les paramètres de vol ainsi que celle qui collecte les échanges vocaux ainsi que les bruits dans le cockpit. Les recherches s’avèrent compliquées, car les fonds marins à l’endroit du crash atteignent jusqu’à 4 000 mètres de profondeur. Or les émetteurs installés sur ces boîtes n’émettent qu’à deux kilomètres le signal hertzien permettant de les localiser.

 

On a donc recours à un navire spécialisé de la Marine Nationale française, capable de faire descendre au bout d’un câble des appareils sonar, et de larguer un petit sous-marin éprouvé jusqu’à une profondeur de 2 000 mètres environ.

 

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L’EV Jacoubet, un navire à vocation de lutte anti-sous-marine,

envoyé par la France afin de retrouver les boîtes noires

 

Si ces moyens ne suffisent pas, il faudra avoir recours à des instituts civils dont les sous-marins peuvent descendre jusqu’au fond de la mer. Et il y a lieu de se dépêcher, car les émetteurs fonctionnent sur batteries, et leur endurance n’est que de quelques semaines.

 

A nous de préciser que les indications fournies par les ACARS ne permettent pas d’établir les causes du crash, tout en fournissant d’intéressantes informations complémentaires. Reste qu’en l’état, les enquêteurs ne disposent pas de suffisamment d’éléments pour déterminer les causes de la perte de l’Airbus, et, partant, si l’on est en présence d’un accident ou d’un attentat. Et, dans l’hypothèse où il s’agirait d’un attentat, du type de moyens que ses auteurs ont utilisés.

 

Voici les ACARS qui ont été transmis par l’appareil en perdition :

 

A 00h26 Zoulou, c’est-à-dire 2 heures 26 à Athènes et 1h 26 à Paris - soit exactement au moment où les contrôleurs grecs appellent sans succès l’équipage pour lui indiquer qu’il quitte leur espace aérien et pour l’inviter à contacter leurs confrères égyptiens -, le premier message indique un problème au niveau de l’alimentation électrique de la fenêtre de la partie droite du cockpit. L’électricité sert à réchauffer cette vitre pour deux raisons : empêcher la formation de givre (mais là, c’était inutile, l’Airbus ne volait pas dans des conditions de givrage), et à durcir la vitre pour lui permettre de mieux résister aux températures polaires qui règnent à ces altitudes. L’ACARS ne mentionne pas la raison de la coupure de courant mais ne fait que la constater.

 

Au même moment, un second message informe de l’interruption de l’alimentation électrique de la petite vitre coulissante (utilisable uniquement au sol ou exceptionnellement à de très basses altitudes) également sur la partie droite du cockpit. Cette panne a les mêmes effets sur la petite fenêtre que ceux indiqués sur le premier message.

 

Toujours à minuit vingt-six, une troisième communication informe de la présence de fumée dans l’une des toilettes de l’appareil, sans préciser laquelle.

 

00h27, un quatrième message alerte sur la présence de fumée d’avionique, ce terme caractérisant tout l’équipement électronique d’un avion, y compris les ordinateurs et les boîtiers aux fonctions spécifiques. Ces matériels sont installés sous le cockpit, de même que dans les couloirs techniques de l’Airbus.

 

Les experts des ACARS font une remarque importante au sujet de cette quatrième alerte, précisant que s’il s’était agi d’un feu électrique ou des appareillages électroniques et non uniquement de fumée, le message aurait mentionné "un problème majeur se produisant dans un secteur critique de l’appareil, de nature à menacer la poursuite sécurisée du vol". Or cela n’a pas été le cas.

 

00h29, deux nouveaux messages sont envoyés. Ils indiquent des pannes critiques au niveau du directeur de vol électronique (Flight Control Unit), indispensable sur ce type d’avions. La première communication concerne les appareils utilisant du courant alternatif, le second, du courant continu. Les systèmes principaux de l’appareil utilisent du courant continu. Ces messages témoignent de la propagation rapide d’une série de problèmes de nature à engendrer la perte de l’avion.

 

Ils coïncident avec la disparition du signal du transpondeur indiquant aux contrôleurs civils le positionnement de l’Airbus, perte que j’avais évoquée lors de mon intervention sur Radio Judaïca.

 

Ces nouveaux messages ACARS semblent aussi indiquer que le pilote automatique a également cessé de fonctionner. Reste que, d’après les comptes rendus des radars militaires, l’appareil a encore maintenu son niveau de vol et son cap durant huit minutes avant la rapide perte d’altitude et les manœuvres désordonnées de l’A320 qui l’ont conduit à s’abîmer en mer.

 

Cela peut s’expliquer de trois façons : soit l’avion était parfaitement trimé (équilibré pour son vol en palier1) et il l’a poursuivi durant ces huit minutes sans l’assistance des pilotes ; soit certaines activités du pilote automatique ont continué à fonctionner durant cette période, soit, enfin, ce sont les pilotes qui sont manuellement parvenus à maintenir momentanément ces paramètres de vol.

 

Les mal-fonctions communiquées par l’ACARS ne permettent pas de déterminer si la chute de l’Airbus est due à un accident – par exemple un feu électrique du genre de celui qui avait conduit au crash du vol Swissair 111 face aux côtes canadiennes, le 2 septembre 1998 -, soit à un attentat perpétré avec des armes à feu et/ou des explosifs.

 

A la Ména, nous notons que le premier ACARS concerne la rupture de l’approvisionnement électrique pour les fenêtres situées sur la droite du cockpit, or cette panne aurait pu être causée par des tirs dans la cabine de pilotage. En principe, si elle était la conséquence de la mise hors service d’une fonction électronique, cette dernière aurait été signalée par un message ACARS préalablement à l’avarie du pare-brise.

 

Nous sommes aussi surpris par la rapidité de la perte de l’avionique, alors qu’aucun feu n’a été à aucun moment signalé. On sait certes que les feux électriques se propagent rapidement dans un avion, mais une explosion d’origine criminelle (suicidaire) pourrait logiquement être à l’origine de ces dommages.

 

Quant aux manœuvres désespérées et à la dégringolade de 6 000 mètres ayant immédiatement précédé la chute fatidique, elles peuvent avoir deux origines : la perte de contrôle de l’avion due aux dégâts qu’il a subis, ou la volonté des pilotes, suite à une dépressurisation de l’appareil, de rejoindre le plus rapidement possible une altitude à laquelle les passagers peuvent respirer sans l’aide des masques à oxygène (disponible en quantités limitées). Cette altitude se situant effectivement aux alentours de 15 000 pieds (5 000 mètres), qui a brièvement été maintenue, comme l’ont indiqué les radaristes militaires.

 

En l’état des informations que nous connaissons, notre analyse se base uniquement sur les relevés des contrôleurs, ceux des militaires grecs, et sur les ACARS obtenus par des media américains et confirmés par le BEA français, le Bureau d’Enquêtes et d’Analyses pour la sécurité de l’aviation civile. Il s’agit de notre part d’analyses d’hypothèses plausibles, qui permettent, par exemple et au demeurant, d’écarter la désintégration de l’Airbus à 37 000 pieds, ainsi que d’autres scénarios.

 

Impossible pour le moment d’aller plus loin ; la prochaine étape de la mise en lumière des causes du crash est désormais liée aux découvertes que feront les enquêteurs à partir de l’examen des débris et des boîtes noires.

 

En espérant que des intérêts pécuniaires ou politiques ne viendront pas gêner les recherches ni la publication de leurs conclusions : un acte suicidaire de la part d’un membre du personnel d’Egyptair plomberait lourdement la compagnie, tandis qu’un incident technique affecterait le consortium européen du GROUPE AIRBUS.

 

L’A320 a été construit à près de 7 000 exemplaires, ce qui fait de lui le deuxième avion le plus vendu au monde après le 737 de Boeing. Si d’aventure nous étions en présence d’un accident découlant d’une faille de conception, il faudra peut-être procéder à des modifications dans tous les appareils de ce type volant.

 

 

Note :

 

1Le vol en palier représente l'équilibre entre toutes les forces aérodynamiques pour une vitesse donnée. A vitesse constante l'aéronef ne descend ni ne monte, le vecteur poids est égal à son opposé, la portance, idem pour la traînée contrée par la propulsion. (Wikipédia)

 

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Le suicide européen (info # 012205/16) Version imprimable
Analyse
dimanche, 22 mai 2016

 

Par Guy Millière

 

Londres a donc élu un maire musulman. Preuve que l’intégration fonctionne, dit-on de tous côtés. Quiconque observe de près le passé du maire musulman de Londres discerne cependant rapidement que celui-ci a été très proche d’un grand nombre d’organisations islamiques tenant un discours violemment antisémite et anti-occidental.

 

Au cours de sa campagne électorale, le maire, Sadiq Khan, a tenté de revenir sur ses propos récents et d’édulcorer les plus compromettants. Cela s’appelle la taqiya en islam, mentir pour défendre ses positions.

 

Quiconque discerne l’évolution du parti auquel Sadiq Khan appartient s’aperçoit que ce parti, le Parti travailliste, a connu une dérive très antisémite ces dernières années et qu’il est présentement rongé en profondeur par un antisémitisme de type islamique (j’en ai traité ici récemment).

 

Quiconque connaît un tant soit peu Londres sait pourquoi la ville a souvent été appelée, au cours des deux dernières décennies, Londonistan, et ceux qui connaissent un tant soit peu le Royaume Uni savent que partout où l’islam s’est installé sont apparues des zones soumises à l’application de la charia. Tous ces points sont, le plus souvent, laissés de côté, comme s’ils n’avaient aucune importance.

 

Cela peut relever de l’aveuglement volontaire, et rappelle qu’il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. Londres et le Royaume Uni sont en voie de soumission à l’islam : ceux qui ne disent rien de cette soumission s’en font les complices. Et les complices sont nombreux, hélas, ils opèrent dans quasiment tous les media d’Europe. Et cela ne tient pas du hasard : la soumission qui se développe à Londres et au Royaume Uni se retrouve en mille autres endroits d’Europe, et les journalistes, en très grand nombre, sont d’ores et déjà soumis.

 

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En Belgique, il a fallu l’arrestation de Salah Abdeslam et les attentats de Bruxelles pour qu’on parle un peu plus ouvertement des viviers djihadistes que constituent des quartiers tels que Molenbeek. Ces quartiers existent toujours. Et si quelques reportages ont pointé du doigt ce qui s’y passait de délétère, d’autres reportages, beaucoup plus nombreux, ont eu pour but de montrer que toute inquiétude concernant ces quartiers n’avait pas vraiment lieu d’être.

 

Au moment où on parlait en France de Molenbeek en raison de l’arrestation de Salah Abdeslam et des attentats de Bruxelles, quelques personnes, dont un ministre, ont dit qu’il y avait des dizaines de Molenbeek en France.

 

Le silence est rapidement revenu. Plus personne ne parle des quartiers de type Molenbeek existant en France. Ces quartiers existent toujours, pourtant. Pour ne pas parler explicitement du danger islamiste, ceux qui ont pour mission de combattre le danger parlent de « radicalisme » : le gouvernement a mis en place des unités de « déradicalisation », qui, dès lors qu’elles évitent de nommer le « radicalisme » dont il s’agit, auront autant d’effet que le célèbre emplâtre posé sur une jambe de bois. On peut entendre de temps à autres l’une des principales responsables de la « déradicalisation » évoquer ce qui constitue le réel problème à ses yeux : les « radicalisés » ne connaissent pas l’islam et ne fréquentent pas les mosquées…

 

En parallèle, l’Allemagne d’Angela Merkel continue de vouloir accueillir des « migrants » et persiste à s’aveugler sur les conséquences découlant de l’accueil de populations venant de régions où la haine des Juifs est omniprésente et où les femmes sont traitées peu ou prou comme du bétail ; il a fallu plusieurs jours pour que les viols et autres actes d’agression sexuelle commis dans le pays lors de la nuit du 31 décembre au 1er janvier soient révélés au public, dans un bruit de scandale.

 

Les actes criminels commis par les migrants dans les gares, les hôpitaux et d’autres lieux sont escamotés. Quand, voici peu, un homme a adopté un comportement djihadiste, crié Allahou Akbar et agressé plusieurs personnes au couteau dans une gare, les autorités allemandes ont préféré dire que cela n’avait rien à voir avec l’islam, et que l’homme était simplement un déséquilibré.

 

Après qu’Angela Merkel a passé un accord avec Erdogan, et lui a accordé diverses concessions et divers versements se chiffrant à des centaines de millions d’euros en échange d’une très hypothétique aide de la Turquie à la lutte contre l’immigration clandestine en Europe, l’Union Européenne a décidé de contraindre les pays membres qui se montreraient réticents à accueillir des quotas de « migrants », et décidé d’infliger des amendes très lourdes à ceux qui s’y refuseraient obstinément.

 

Soumission, disais-je ? L’Europe devient peu à peu, mais à un rythme de plus en plus rapide, un continent qui renonce à ses propres valeurs et à sa civilisation traditionnelle, et qui se courbe et se couche devant l’islam, qui n’a jamais, nulle part, montré sa compatibilité avec les valeurs de la civilisation occidentale.

 

Les conséquences sont déjà accablantes. Elles risquent fort de l’être bien plus encore dans un proche avenir.

 

Tout cela est en train de prendre des allures de suicide collectif, peut-être devrais-je dire des allures de meurtre de masse, car les populations subissent plus qu’elles n’applaudissent.

 

Les Juifs vont sans doute continuer à quitter l’Europe, et tous ceux qui sont attachés aux valeurs de la société ouverte vont sans doute adopter la même attitude.

 

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L’analyse du crash d’Egyptair par les pilotes et spécialistes de la Ména sur Radio Judaïca Version imprimable
Radio/audio - interview/reportage
vendredi, 20 mai 2016

 

© Metula News Agency

(info # 012005/16)

 

En une demi-heure et en exclusivité, le commandant de bord-journaliste Stéphane Juffa explique dans le détail pourquoi l’analyse des spécialistes de la Ména aboutit, avec une probabilité de 80%, à la conclusion selon laquelle la perte de l’Airbus est sans doute due à une lutte à bord avec un terroriste-suicidaire qui a malheureusement eu le dessus.

 

https://www.facebook.com/radiojudaica/videos/867792533330915/

 

 

 
Mort de Badreddine : pas les Israéliens (info # 011805/16) Version imprimable
Analyse
mercredi, 18 mai 2016

 

Par Michaël Béhé à Beyrouth

 

Mustafa Amine Badreddine, le chef de la branche armée du Hezbollah, n’a très probablement pas été neutralisé par les Israéliens, contrairement à ce qu’avaient initialement rapporté la plupart des media de la région. En fait, les circonstances de sa disparition restent très floues, et cela nous a pris quelques jours d’enquête pour parvenir à énoncer la phrase précédente avec un degré de fiabilité digne de notre agence.

 

Quant au reste des détails de son élimination, ils sont pour le moins confus, même si le Hezb, le Mossad, les Iraniens et peut-être la CIA les connaissent mais n’ont pas intérêt à en dire plus pour le moment.

 

Le lieu de la mort du terroriste reste lui aussi un mystère ; selon les diverses sources, ce serait Alep, un convoi d’armes à destination de la milice chiite aux confins du Liban, ou une banlieue de Damas. C’est cette dernière hypothèse que soutient l’organisation d’Hassan Nasrallah, qui affirme que l’une de ses positions à proximité de l’aéroport international de Damas a été détruite suite à une violente explosion causée par un barrage d’artillerie attribué à un groupe rebelle.

 

Là, cela devient tout de suite plus compliqué : j’ai vérifié auprès de mes sources dans le camp du gouvernement alaouite et celles-ci me confirment qu’il n’y a pas eu de bombardement "ennemi" sur cette région entre mardi et jeudi, ni même d’attentat ou de guet-apens.

 

On se dit aussi qu’il serait étrange qu’une si énorme explosion ne cause qu’un seul décès, et précisément celui de Badreddine. Plus surprenant encore, voire grandement improbable, que la formation rebelle qui aurait fait le coup ne revendique pas son exploit.

 

Une autre anormalité consiste en cela que, lors des frappes israéliennes précédentes, le bureau de la Ména à Beyrouth est toujours parvenu à entrer en contact avec des témoins oculaires ou auditifs de ces raids. Or, dans le cas présent, dans les divers lieux de Syrie où nous avons des contacts, personne n’a rapporté d’attaque de la part des Hébreux.

 

On ignore donc où et comment le successeur de Jihad Morgnyeh, qui portait le joli surnom de "Brise-vertèbres" [inspiré du sabre à double lame d’Ali, Dhu al-Faqar] a perdu la vie. Il existait également un doute quant au jour de sa disparition, mais nous sommes parvenus à résoudre au moins cette énigme : le premier media à avoir annoncé la mort du chef milicien fut la chaîne TV al Mayadeen1 [les places, les rues, en référence aux manifestations populaires des Printemps arabes. Ndlr.] contrôlée par le Hezbollah, qui accusait initialement Jérusalem. Mais ce qui nous intéresse plus particulièrement est que la nouvelle a été diffusée mardi, ainsi l’affirmation d’al Mayadeen met fin aux spéculations concernant la date à laquelle Brise-vertèbres a cessé de respirer.

 

Par la suite, les nombreux media du Hezb ont cessé d’incriminer l’Etat hébreu pour accuser les "Takfir", le nom par lequel les chiites décrivent usuellement les rebelles sunnites.

 

Enfin ils n’exonèrent pas totalement les Israéliens, puisque, dans al Manar (le phare, l’organe officiel du Hezb), on expliquait : "Dans tous les cas, il ne s’agit que [de la perte] d’une seule bataille contre le projet des Américano-sionistes dans la région, dont les Takfir constituent la tête-de-pont, exerçant ainsi leur agression aux dépens de la Umma [nation arabe], de sa résistance, de ses Moudjahidine [combattants], de ses sanctuaires et de son peuple, libre et honnête".

 

On comprendra à la lecture de cet échantillon du discours allégorique des supplétifs des Iraniens en Syrie et au Liban, que les Takfir ne sont, dans cette emblématique, que les exécutants des Israéliens et des Américains. Dans ces conditions, il aurait été largement plus valorisant pour le Hezb et pour le souvenir de son shahid de prétendre qu’il a péri sous les coups de Tsahal que sous ceux de ses "va chercher".

 

On aurait eu droit à des menaces de vengeance terribles contre les Hébreux et à un nouveau délire de la part des propagandistes de la milice chiite, nous expliquant, à nous Libanais, que la Résistance armée est indispensable afin de protéger notre pays face aux assassins juifs.

 

Autre indice du fait que les Israéliens ne sont pas dans le coup : aucune sortie de leur aviation ni aucun tir de leurs missiles sol-sol n’ont été signalés mardi.

 

Mais ce qu’il y a d’étonnant est que les partisans de la thèse de la neutralisation de Mustafa Badreddine au cours de l’attaque d’un convoi d’armes, mardi, par les bombardiers à l’étoile de David, près de la frontière libanaise, avaient tort : cette attaque n’a pas eu lieu mardi, mais elle s’est cependant produite jeudi, alors que le cadavre de Brise-vertèbres était déjà froid depuis trois jours. Nous possédons suffisamment de sources et de témoins concordants pour être en mesure d’affirmer qu’un raid aérien de ce type a eu lieu jeudi dans ladite région. Était-ce une prémonition ?

 

Alors, qui a éliminé Badreddine et pourquoi ? Les hypothèses sont au moins aussi nombreuses que les ennemis que comptait l’exécrable bonhomme. Il était par exemple recherché par le Tribunal Spécial pour le Liban, qui l’avait inculpé in absentia, en juillet 2011, pour l’assassinat, en 2005, de l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri et de 22 autres innocents. Son transfert en Syrie par le Hezb contribuait, entre autres, à le soustraire au mandat d’arrêt dont il faisait l’objet.

 

A-t-il été descendu par des tueurs à gages engagés par la très riche famille Hariri ? Ou était-il devenu un témoin trop gênant pour le clan al Assad, qui avait commandité l’attentat au Hezbollah ? Si c’était le cas, ce ne serait pas le premier "homme de confiance" sacrifié par le régime syrien dans cette affaire.

 

Connaissait-il trop de secrets sur les Iraniens, qui dirigent la coalition irano-alaouites-Hezbollah contre les Takfir, et dont Badreddine était un relai privilégié en Syrie et au Liban ? Se trouvait-il en porte-à-faux avec les projets de Poutine dans la région ?

 

Ou encore, est-ce que les Américains ou les Français, mettant à profit la chienlit provoquée par la Guerre Civile en Syrie, auraient enfin décidé de régler leurs comptes avec le cerveau des attentats aux véhicules piégés contre les Marines, le 23 octobre 1983, cantonnés à l’aéroport international de Beyrouth – 241 morts -, et, deux minutes plus tard, contre l’immeuble du Drakkar, dans la même ville, tuant 55 parachutistes français ?   

 

badreddine.jpg

Rira bien qui rira le dernier

Des dizaines de familles françaises soulagées par l’élimination du terroriste,

dans l’indifférence générale de leurs compatriotes !

 

Cette hypothèse n’est pas la plus probable, Washington et Paris n’étant pas enclins à raviver une dispute avec Téhéran, le mentor principal de Brise-vertèbres. Nous n’avons trouvé aucune mention de l’assassinat collectif des paras du Drakkar dans les comptes rendus de la presse française couvrant la mort de Badreddine, à l’instar de la dépêche principale de l’agence semi-officielle AFP concernant le sujet. Dans ce câblogramme, au chapitre "Qui est Mustafa Badreddine ?", l’élimination des militaires français, parmi une profusion d’actes attribués à l’individu, a été soigneusement soustraite de la connaissance du public français, le narratif de l’AFP étant répercuté "as is" par la quasi-totalité des media tricolores. Dans la région, nous sommes coutumiers du fait que la presse et la diplomatie françaises, ayant à bien des égards partie liée, occultent des agressions ayant touché ses représentants afin de préserver leurs auteurs et les organisations ou pays auxquels ils appartiennent de la vindicte de la population.

 

Nous notons également que dans le narratif officiel français, sans doute dans le même dessein, l’on cache au lecteur que la branche armée du Hezbollah, que commandait Badreddine, est classée organisation terroriste par l’Union Européenne.

 

Le Hezb est d’ailleurs, dans sa globalité, officiellement considéré tel une organisation terroriste par moult Etats et instances internationales, et notamment par l’ensemble des pays arabes. Mais certains décideurs dans l’ombre de la politique internationale à Paris ont décidé que l’information quant à la classification de cette milice au titre d’organisation terroriste, et de son chef ès qualité d’archi-terroriste ayant notamment massacré des soldats français, n’intéressait pas les Français ou qu’il était préférable qu’ils ne soient pas au courant de ces informations. Les mots "terrorisme" et "terroriste", n’apparaissent à aucun moment dans la dépêche de l’AFP précitée.

 

Pourtant, toujours pas rassasié de sang français après avoir assassiné les 55 paras du Drakkar, dans la même année 1983, Mustafa Badreddine attaque au Koweït l’ambassade de France, dans ce qui constitue un acte terroriste par excellence, de la part d’un quidam armé s’attaquant systématiquement à des civils. Il y sera condamné à mort et sauvé de la potence par l’invasion du Koweït par l’armée de Saddam Hussein en 1990, qui libérera le terroriste de sa prison.

 

D’autres conjectures concernant l’élimination de Brise-vertèbres ont été évoquées, comme celle d’une lutte pour le pouvoir au sein de la milice terroriste, alors que l’on dit son secrétaire général Hassan Nasrallah atteint par une maladie incurable à un stade avancé.

 

Les énormes pertes enregistrées par le Hezb et l’Iran en Syrie créent aussi de gros remous : les Israéliens estiment que la milice a eu 1 500 tués et 5 000 blessés mis hors de combat durant la Guerre Civile, ce qui correspond environ au tiers de ses effectifs les plus aguerris. Quant au Pasdarans, les pertes en hommes et en officiers ont été à ce point importantes lors de la bataille de Khan Tuman, près d’Alep, que le parlement iranien – c’est quasi de la science-fiction – a demandé la formation d’une commission d’enquête parlementaire au sujet de ce "massacre". Par ailleurs, la Ména libanaise a appris que des contingents iraniens ont été retirés du conflit et aussitôt remplacés par des Hezbollani libanais.  

 

On a aussi parlé, dans les journaux arabes, de l’explosion accidentelle de munitions ou de matériel dangereux, parmi ceux qui constituaient l’environnement coutumier du chef d’une faction participant au conflit syrien. Mais personne n’a non plus fait mention d’un incident de ce type, généralement très remarquable. Personne n’a parlé d’autres victimes d’un éventuel "accident de travail", ce qui rend cette piste aussi incertaine que les précédentes.

 

Ce qui est incontestable est que Badreddine n’est pas mort d’un rhume des foins, à l’instar de ses prédécesseurs Imad (à la fois le cousin et le beau-frère de Brise-vertèbres) et Jihad Morgnyeh, d’Hassan al Laqqis, et du premier secrétaire général du mouvement, Abbas al-Musawi, pulvérisé par les tirs d’hélicoptères israéliens au milieu d’un cortège de voitures lors d’une tournée au Liban-Sud en 1992.

 

Le job de chef d’une milice terroriste chiite, en guerre avec Israël, l’ensemble des sunnites et recherché pour des activités terroristes par plusieurs puissances occidentales n’offre visiblement pas la sécurité de l’emploi ni la promesse d’une retraite paisible. Quelles qu’aient été les circonstances de la mort de Mustafa Badreddine, elles étaient suffisamment opaques et indicibles pour contraindre le Hezb à raconter n’importe quoi.


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Le test par le souvenir de la Shoah (info # 011505/16) Version imprimable
Analyse
dimanche, 15 mai 2016

 

Par Guy Millière

 

Au moment où cet article paraîtra, je serai en voyage, vraisemblablement dans un avion, quelque part au-dessus des Etats Unis où j’ai décidé de vivre désormais le plus clair de mon temps. Une dizaine de jours se seront écoulés depuis Yom ha-Shoah, la journée de commémoration de la Shoah.

 

Si je m’étais trouvé en France le jour de Yom ha-Shoah, je sais que j’aurais pu me rendre au mémorial de la Shoah et assister à la lecture des noms de ceux qui ont disparu dans les camps d’extermination, simplement parce qu’ils étaient juifs. Je sais qu’ailleurs, partout ailleurs en France, rien n’aurait été dit.

 

Il y a des années maintenant que rien ne se dit en France pour le souvenir de la Shoah. Les media, presse écrite, radio, télévision, ont renoncé à en parler ou presque. Lorsqu’ils le faisaient encore, ils recevaient des commentaires frôlant de très près l’antisémitisme. Les hommes politiques eux-mêmes évoquent peu le souvenir de la Shoah. L’amnésie s’installe avec toutes ses conséquences.

 

Aux Etats Unis, et c’est une immense différence qui explique en partie pourquoi je puis me sentir mieux dans la société américaine, il est plus largement question du souvenir de la Shoah, et Yom ha-Shoah est évoqué par les media et par les hommes politiques. L’oubli ne s’installe pas, bien qu’à la différence de la France, les Etats Unis n’aient pas de responsabilité directe dans l’extermination des Juifs en Europe.

 

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Rafle menée par la police française :

la première étape du voyage pour Auschwitz

 

En France, parce que l’amnésie s’installe, le mot « génocide » se banalise : on l’emploie même quelquefois pour parler de ce qui est censé être arrivé aux Arabes palestiniens lors de la renaissance du pays juif, Israël ; on parle alors de la Nakhba [ara. La catastrophe, le désastre], terme utilisé par l’Autorité Palestinienne dans le cadre de ses activités de propagande. J’ai entendu ce mot être récemment utilisé dans une émission de la chaîne Arte, que je regarde en général avec parcimonie.

 

Aux Etats Unis, le mot « génocide » ne se banalise pas. "Nakhba" est utilisé par quelques gauchistes excités sur divers campus universitaires, mais quasiment jamais en dehors de cela. La propagande de l’Autorité Palestinienne a certes pénétré le pays, mais moins profondément. Je n’imagine pas que ce mot puisse être employé par un commentateur sur une chaîne de télévision.

 

En France, et cela me semble étroitement lié à ce que je viens d’écrire, je ne puis me rendre dans un lieu communautaire juif ou dans une synagogue sans voir des policiers ou des militaires en faction, chargés de veiller à ce qu’un acte antisémite ou une attaque terroriste ne se produise pas. Les actes antisémites se sont faits plus nombreux ces dernières années. Des attaques terroristes antijuives atroces ont eu lieu, comme on ne le sait que trop bien.

 

Aux Etats Unis, je puis me rendre dans un lieu communautaire juif ou dans une synagogue sans voir des policiers ou des militaires en faction. Des actes antisémites se produisent, mais ils sont rares, bien plus rares, et si des attaques terroristes ont eu lieu, hélas, aucune d’elle n’a été une attaque terroriste antijuive (une attaque de ce genre a été déjouée récemment au nord de Miami, mais je n’en connais pas d’autre).

 

Une dizaine de jours se seront écoulés depuis Yom ha-Shoah, et je ne puis m’empêcher de ressentir un malaise en songeant qu’en France, un pays qui a une responsabilité directe dans le processus d’extermination des Juifs, l’amnésie s’installe, le mot « génocide » se banalise, le mot Nakhba se trouve employé, les lieux communautaires juifs et les synagogues sont sous la garde de policiers et de militaires, des actes antisémites sont commis en plus grand nombre, des attaques terroristes antijuives sont perpétrées.

 

Je sais pourquoi je me sens mieux dans la société américaine.

 

Une société qui devient amnésique face à un crime aussi abominable que l’ethnocide nazi, le crime le plus absolu de tous les crimes, est une société malade. Une société où le mot « génocide » se banalise est une société où le relativisme vient éroder la perception de la réalité et détruire les repères éthiques les plus essentiels.

 

Une société où le mot Nakhba peut être employé est une société ouverte aux falsifications de l’histoire (et le vote de la France en faveur du texte de l’UNESCO sur la "Palestine occupée" montre où ce type d’ouverture peut conduire). Une société où les lieux communautaires juifs et les synagogues doivent être gardés en permanence par des policiers et des militaires, où des actes antisémites et des attaques terroristes antijuives se produisent est une société en train de se décomposer.

 

J’espère que la France se redressera. Je ne renonce pas à participer à ce redressement.

 

L’économiste américain George Gilder, il y a quelques années, parlait d’un "test par Israël", et disait qu’on peut voir si un être humain ou une société est ouvert à l’amour de la réussite en examinant son attitude par rapport à Israël.

 

Je pourrais à mon tour parler d’un "test par le souvenir de la Shoah". On peut, je pense, évaluer le degré éthique d’une société à son degré de respect du souvenir de la Shoah.


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L’arme absolue : la conscience d’israël (info # 011305/16) Version imprimable
Analyse
vendredi, 13 mai 2016

 

Par Ilan Tsadik

 

Mercredi, les Hébreux ont commémoré le Jour du Souvenir à la mémoire des quelques 23 477 Israéliens, soldats et victimes civiles du terrorisme morts dans les divers conflits et opérations armées de l’Etat hébreu, de 1860 à nos jours.

 

La guerre israélo-arabe participe d’un minuscule conflit en comparaison des guerres qui ont secoué la planète, avec ses 115 000 décès au total depuis 1920 et dans les deux camps. Elle n’entre pas dans les soixante plus importantes belligérances qu’a connues la Terre.

 

A titre de référence, la guerre Civile Syrienne, qui a éclaté en 2011, a déjà fait un demi-million de tués, à peu près autant que la Première Guerre d’Indochine, qui a fait rage entre 1946 et 1954. Les Guerres Napoléoniennes appartiennent à une autre catégorie, avec leurs quelques cinq millions de victimes, mais c’est encore cinq fois moins que la Guerre Sino-Japonaise, par exemple, qui a dévasté l’Extrême-Orient entre 1937 et 1945, sans parler des 60 à 80 000 000 de morts de la Seconde Guerre Mondiale.

 

Reste que, pour un pays de huit millions et demi d’habitants, qui n’a jamais connu la paix depuis cent-soixante ans, soit bien avant qu’il ne déclare son indépendance, le 14 mai 1948, 23 477 morts constitue un chiffre considérable.

 

Au point que je ne connais pas de famille habitant le pays depuis son indépendance qui n’ait eu à déplorer la disparition violente d’un parent proche à l’occasion d’un conflit. Et c’est encore sans compter l’impressionnant cortège des centaines de milliers de blessés et d’invalides que l’on croise plus souvent qu’ailleurs dans la rue.

 

En ce 68ème anniversaire d’Israël, le débat public permanent n’a jamais été aussi animé. On en est à se poser beaucoup de questions sur à peu près tous les domaines concernant le pays. Au centre de la discussion, "faut-il être un Etat comme les autres ?" ou "est-il préférable de nous replier sur nous-mêmes et nos valeurs traditionnelles ?". 

 

Cette interrogation que l’on croyait classée depuis des lustres resurgit alors qu’une vague d’antisémitisme ravage les démocraties occidentales et que les instances internationales ne manquent pas une occasion de nous ostraciser en essayant de nous délégitimer. Naturellement, le vote de la France à l’UNESCO, définissant le site du Temple de Salomon comme exclusivement musulman et palestinien, remue nos consciences et pousse les indécis au retrait identitaire et sécuritaire face à autant de mauvaise foi et de haine au niveau étatique. Même les plus optimistes d’entre nous se demandent quelle va être la prochaine résolution anti-nous dans les instances internationales.

 

On imagine avec gêne que le ministre français des Affaires Etrangères, Jean-Marc Ayrault, celui qui a ordonné de voter la résolution de l’UNESCO, s’emploie d’arrache-pied (si seulement) à convoquer une conférence internationale visant, en fin de compte, à nous obliger à vivre dans des frontières indéfendables. Reconnaissons qu’en matière de neutralité du médiateur on pourrait trouver un peu mieux.

 

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Ayrault, attendu à Jérusalem dimanche

Nul doute qu’il sera reçu comme il se doit. Sur l’Esplanade des mosquées ?

 

On lit chaque jour les dépêches de l’AFP, écrites à la bave de crapaud à la place de l’encre, qui confondent à dessein les Palestiniens et les terroristes palestiniens, les bourreaux de l’Intifada et leurs victimes, les implantations juives et les colonies françaises en Algérie, les "territoires palestiniens occupés" et les territoires perdus par la Jordanie à l’issue de son offensive militaire contre l’Etat hébreu en 1967, les "frontières d’avant 67" et la ligne d’armistice de 1948, etc.

 

Il est vrai que depuis que l’on sait que le temple de Jérusalem - pardon, M. Hollande, je voulais évidemment parler du Ḥaram aš-Šarīf ! - est un lieu saint exclusivement palestinien, on saisit mieux l’inspiration des articles dans les media tricolores. Ces confrères nient l’existence du peuple israélite, son histoire et, partant, son attachement millénaire à sa terre. Ce faisant, ils pratiquent, comme leurs prédécesseurs en 39-45, l’exception juive en traitant les enfants d’Isaac selon des critères sémantiques péjorés qu’ils n’appliquent qu’à ce peuple. Bref, ça schlingue l’antisémitisme à pleins (grands) nez.

 

Sur les questions domestiques, la mer n’est pas plus calme. On s’accorde en général sur le fait que le chef de notre exécutif, Binyamin Netanyahu, a fait son temps, qu’il manque de crédibilité et d’initiative, et qu’il est le vecteur principal du nivellement par le bas de notre vie politique. Mais on le préfère toutefois à ceux qui sont encore bien plus à droite que lui et aux edennistes. On se demande également qui pourrait bien le remplacer, entre Herzog le pastelle-transparent, Lapid – vous voyez Cyril Hanouna à l’Elysée ? -, Yvette Raspoutine Lieberman – si vous voulez qu’Israël soit gouverné par un avatar de Poutine… -, ou la gauche israélienne, restée scotchée quelque part dans les couloirs du temps, entre 1950 et 1970, mais avec des Godefroy de Montmirail nettement moins inspirés que Jean Reno.

 

Bref, mieux vaut passer un week-end à Eilat que de s’attarder sur la classe politique qui garnit les bancs de la Knesset. On se console comme on peut en pensant que les Français ont Marinette, François Hollande, Alain Juppé (hi hi), Mélenchon, Royal et Montebourg.

 

Il est vrai que notre situation est complètement différente : nous, nous sommes entourés d’ennemis, tandis qu’eux en sont infestés.

 

De plus, sujet de satisfaction, notre économie est saine, notre high-tech flambe, nous avons du pétrole et du gaz naturel, et lorsque nous aurons fini de nous disputer sur le partage des bénéfices, on pourra probablement commencer à les extraire de la Méditerranée.

 

Cette année, s’exprimant à l’occasion d’une commémoration de la Shoah, l’animation principale est venue d’un passage du discours du Major-Général Yaïr Golan, le numéro deux de l’Armée israélienne. Golan a établi un lien entre certains développements actuels dans la société israélienne et des "processus révoltants s’étant déroulés en Europe en général, et en Allemagne en particulier, il y a de cela 70, 80 et 90 ans". Le général a particulièrement visé dans son allocution des politiciens de droite.

 

Il a asséné : "Il n’existe rien de plus facile que de haïr l’étranger, il n’y a rien de plus facile que de remuer les peurs et de menacer. Il n’y a rien de plus facile que de se comporter comme un animal et d’agir avec pudibonderie".

 

Ces propos n’ont évidemment pas plu à Netanyahu, qui, dimanche, les a décrits comme "des choses fondamentalement injustifiées", ajoutant qu’ "il n’existait pas de pays qui ne montrât pas de signes d’intolérance et de violence, mais que la démocratie israélienne était forte. Elle dénonce ces signes et s’en occupe par des moyens légaux et d’autres mesures". 

 

Sous la pression de la droite et de l’extrême droite, on a eu, quelques heures durant, l’impression que le Général Golan allait être renvoyé de ses fonctions et de Tsahal, mais les chefs militaires, actifs et à la retraite, à commencer par le chef d’état-major Gadi Eisenkot, ont plaidé la cause de l’ "effronté" auprès du 1er ministre, lui expliquant simplement que l’Armée de Défense d’Israël ne pouvait pas se passer de son numéro deux, qui est son plus brillant officier.

 

Le Major-Général Yaïr Golan a présenté des sortes d’excuses, sans revenir sur ses propos et les choses ont semblé rentrer dans l’ordre. Mais en fait, cet incident a donné le signal de départ à un débat fondamental qui agite depuis la quasi-totalité des intellectuels du pays.

 

Pour synthétiser la discussion, je dirai que la polémique s’articule autour de deux questions : premièrement, les "signes de violence et d’intolérance", dont Netanyahu et Golan reconnaissent tous deux l’existence, participent-ils de faits isolés – donc sans danger pour la société israélienne -, ou constituent-ils l’émergence de processus construits issus de courants politiques actifs, auquel cas, le Général Golan aurait fait preuve de courage en agitant la sonnette d’alarme ?

 

A quoi Yaïr Golan a-t-il fait allusion ? Aux assassins edennistes qui, en juillet dernier, ont bouté le feu, sans autre raison que la haine raciale, à la maison de la famille arabe Dawabsheh, dans le village cisjordanien de Douma. Ali, âgé de 18 mois, ainsi que ses deux parents, ont péri brûlés vifs lors de ce pogrom ?

 

Un edenniste, habitant d’une implantation, Amiram Ben-Uliel, de même qu’un mineur, ont été arrêtés en janvier et inculpés pour ce crime. L’acte d’inculpation inclut, outre l’assassinat, la charge de participation à une organisation terroriste. Il s’agit du groupement "La Révolte", fondé en 2013 au cœur des implantations, dont l’objectif opérationnel consiste à mener des actes de terrorisme contre des Palestiniens, d’instiller le chaos en Israël et de conduire à une guerre avec les Arabes. Quant à la finalité idéologique, elle aspire à démanteler la démocratie israélienne afin de la remplacer par un roi qui fera régner la Halakha, la loi rabbinique, en Israël.

 

Selon le Shabak, le contre-espionnage, le chef de La Révolte serait Meïr Ettinger, le petit-fils du rabbin de l’ultra-droite edenniste Meïr Kahane, mort assassiné à Manhattan en 1990. Un tribunal de Rehovot a prononcé une peine de deux ans de prison à l’encontre de Haïm Auerbach, un activiste du même courant, condamné pour avoir publié le fascicule "Le Royaume du Mal", un ouvrage qui explique comment malmener les Arabes et incendier les mosquées. Les juges ont atteint la conviction que les conseils révélés dans Le Royaume du Mal avaient servi lors de l’assassinat de Douma.

 

Dans l’attente du jugement, on pouvait se dire que le crime avait été perpétré par une minuscule bande d’illuminés qui ne feraient parler d’eux qu’une seule fois. En décembre dernier, on a bien été contraint de déchanter en découvrant, stupéfaits, avec les autres Israéliens, une vidéo qui avait fuité montrant les 600 invités – uniquement des hommes, évidemment - d’un mariage edenniste dansant avec des mitrailleuses, des revolvers et des cocktails Molotov, et chantant des versets bibliques, du genre : "Les jeunes lions cherchent des proies". Cette orgie raciste, connue depuis sous le nom de "Mariage de la haine", atteignit son paroxysme lorsque les invités brandirent un poster d’Ali Dawabsheh, que d’autres danseurs criblaient de coups de couteaux ou tentaient de consumer… une seconde fois.

 

Deux soldats qui participaient au mariage avec leurs armes ont été sanctionnés et les procédures se poursuivent contre une dizaine d’individus. Les militaires qui ont brandi leurs armes appartiennent au Nakhal kharedi, une unité cousue-main pour les quelques ultrareligieux, une petite minorité, qui effectuent leur service militaire en principe obligatoire. Les images du Mariage de la haine posent une fois de plus la question de savoir si la société peut faire confiance à cette partie de la population et s’il n’existe pas un problème de fidélité à l’Etat en ce qui les concerne. En effet, je connais peu de mes compatriotes qui ont envie de vivre dans une monarchie pratiquant la loi halakhique. 

 

Le Major-Général Yaïr Golan, qui n’a strictement rien d’un gauchiste, a aussi probablement fait allusion au cas de Mohamad Abou Khdeir, 16 ans, brûlé vif et de sang froid en juillet 2014 par un groupuscule de Juifs orthodoxes, dont le chef, Yossef Haïm Ben David, résidant dans l’implantation d’Adam, vient d’écoper de la prison à vie augmentée d’une période supplémentaire de sécurité de vingt ans. 

 

Certes, la comparaison avec l’Allemagne nazie était sans doute malvenue, parce que grossièrement exagérée, mais ces cas de violence inouïe du fait de Juifs israéliens sont nouveaux dans notre société, et semblent bel et bien résulter d’une idéologie gravitant autour d’une perception du judaïsme. Cette nouvelle réalité est issue d’un courant d’extrémistes qui sont occupés à détourner l’orientation traditionnelle d’Israël, qui a de tous temps rejeté la violence gratuite et la haine raciale. Et l’observation du terrorisme arabe et des centaines d’Israéliens innocents auxquels il a enlevé la vie n’a droit à aucune place dans notre réflexion.

 

Ceux qui prônent le contraire n’ont rien à voir avec Israël. Ceux qui prétendent que les aveux des auteurs de ces délits leur ont été arrachés sous la torture par les agents du Shabak, sont des imbéciles exaltés n’ayant aucun égard pour l’Etat de droit et les hommes de qualité qui le protègent, qui les protègent contre nos ennemis et contre eux-mêmes.

 

Un autre sujet d’inquiétude tient à la manière dont notre pays traite les requérants d’asile, africains pour la plupart. Là aussi, on pourrait attendre beaucoup plus de mansuétude de la part d’un peuple qui a connu, des millénaires durant, les affres réservées aux minorités dans les sociétés privées de conscience.  

 

J’ai parlé, plusieurs paragraphes plus haut, de deux questions que propulse l’écart de langage de Yaïr Golan ; la seconde a trait au type de personnalité que l’on désire voir incarnée par l’Israélien de ce début du XXIème siècle. Cette interrogation touche évidemment le soldat israélien, membre de cette armée de milice, qui demeure, sans aucun doute sensé, la plus éthique du monde.

 

Est-ce qu’on veut des hommes comme Golan, parachutiste de formation, puis commandant de la compagnie Orev (corbeau), une unité d’infanterie d’élite de la Brigade Golani, commandant de la Brigade 890, commandant de l’école des officiers de Tsahal, chef des opérations dans la Division Judée et Samarie, commandant de l’unité de liaison de la division responsable de la partie orientale du Liban, chef de la Direction des Opérations, l’organe chargé de préparer Tsahal à la guerre et de coordonner les efforts de toutes ses composantes, commandant de la Brigade d’infanterie Nakhal, commandant de la Division Judée et Samarie, commandant de la Défense Civile, commandant de la Région Nord (Liban-Syrie), et, depuis décembre 2014, vice-chef d’état-major ?

 

Ou préfère-t-on Elor Azria, un militaire qui, comme le précise son acte d’accusation, "sans justification opérationnelle alors que le terroriste était blessé à terre et ne présentait aucun danger", le 24 mars à Hébron, a tiré une balle dans la tête du terroriste palestinien, sans autre fait de guerre à son palmarès.

 

Un appelé que la partie de la population israélienne que critique Yaïr Golan considère comme un héros uniquement parce qu’il a achevé un ennemi à terre, blessé lors d’une confrontation à laquelle Azria n’avait pas pris part ?

 

Le fossé qui sépare les deux profils est colossal, il ressemble malheureusement à celui qui existe entre les partisans des deux visages d’Israël. Si l’on ne veut pas que le populisme genre cow-boy edenniste ne nous étouffe, il faut absolument réagir et exiger la prévalence de l’Etat de droit ainsi que des valeurs humaines que nous cultivons depuis 68 ans.

 

Notre Etat est toujours plein de promesses, mais il est nécessaire que les "signes d’intolérance et de violence" qu’évoquait Netanyahu soient combattus sans état d’âme, comme si l’Intifada, le Hamas, l’Iran et le Hezbollah n’existaient pas. Parce qu’ "il n’existe rien de plus facile que de haïr l’étranger, qu’il n’y a rien de plus facile que de remuer les peurs et de menacer", et que c’est précisément ce à quoi nos ennemis consacrent leur temps. Et que l’on n’a ni l’envie ni l’intérêt de leur ressembler. Car ce n’est pas pour brûler vifs des enfants que les 23 477 soldats tombés pour Israël sont morts, mais pour des valeurs qui justifient que l’on vive et que l’on se sacrifie pour elles.

 

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L’irrépressible retour de l’antisémitisme en Europe (info # 010805/16) Version imprimable
Analyse
dimanche, 08 mai 2016

 

Par Guy Millière

 

Un maire musulman vient d’être élu à Londres, Sadiq Khan. Ce qui ne se dit pas, ou très peu, est que ce maire a été longtemps proche d’organisations islamistes au sein desquelles se tiennent des propos plus que douteux.

 

Ce qui ne doit pas être oublié est que ce maire travailliste a été élu dans un contexte dans lequel le Parti travailliste britannique est confronté à une série de « dérapages antisémites » venus de plusieurs de ses dirigeants. Ceux-ci ont été sommés de s’expliquer. Leurs explications ont été si peu convaincantes, qu’ils ont été suspendus du parti. Le chef actuel de celui-ci, Jeremy Corbyn, plutôt que s’inquiéter davantage, a décidé de nommer une commission interne pour étudier le dossier, ce qui signifie que celui-ci sera rapidement enterré.

 

Le dossier sera d’autant plus vélocement refermé que ces « dérapages » n’en sont pas vraiment : de multiples remarques, d’innombrables prises de position du Parti travailliste britannique, ces dernières années, ont montré que l’antisémitisme y était un état d’esprit. Et Jeremy Corbyn lui-même n’est pas très éloigné de cet état d’esprit.

 

L’antisémitisme de nombreux travaillistes s’est longtemps caché sous le masque hypocrite de l’antisionisme : le masque a simplement glissé et a révélé ce qu’il cachait.

 

Ce qui se révèle ainsi est ce que l’on pourrait avoir tendance à oublier : l’antisémitisme postchrétien, celui qui s’est développé au dix-neuvième siècle en Europe, était essentiellement de gauche et s’en prenait au Juif « avide, usurier et cosmopolite ». Et l’un des livres les plus lus chez les antisémites de gauche au dix-neuvième siècle était La question juive de Karl Marx.

 

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Vicki Kirby est une candidate du Labour qui avait été suspendue

En 2014, dans le Sunday Time, elle avait affirmé qu’ "Hitler était un dieu sioniste"

Depuis, Vicki Kirby a été discrètement réintégrée dans les rangs du Parti travailliste

 

L’antisémitisme au Royaume Uni a, comme ailleurs en Europe, été longtemps à gauche, et le travailliste Ernest Bevin, Secrétaire d’Etat britannique aux Affaires Etrangères après la Deuxième Guerre Mondiale, était un antisémite virulent (et un « antisioniste » très actif). Le Parti travailliste britannique d’aujourd’hui est l’héritier d’Ernest Bevin et a refermé la parenthèse ouverte par Tony Blair.

 

Ce qui se révèle aussi, et qu’il était difficile d’ignorer, à moins d’être sourd et aveugle, est que l’antisionisme est une déclinaison de l’antisémitisme, et que la gauche antisioniste est fondamentalement antisémite : le Parti travailliste britannique est très antisioniste, donc fondamentalement antisémite. Ernest Bevin était un précurseur sur ce plan, puisqu’il s’en est pris à Israël avant, pendant et après la naissance de cet Etat. Les dirigeants actuels du Parti travailliste britannique sont d’ardents ennemis d’Israël et des soutiens tout aussi ardents de la « cause palestinienne ».

 

Ils ne peuvent ignorer que la haine des Juifs est omniprésente, non seulement au sein du Hamas, mais aussi au sein de l’Autorité Palestinienne. Ils ne l’ignorent pas. Ils sont semblables en cela à toute la gauche antisioniste européenne, qui ne l’ignore pas non plus.

 

Ce qui est sous-jacent au fait que le masque « antisioniste » glisse et laisse voir désormais ce qu’il dissimulait est la transformation de la société britannique. La présence islamique ne cesse de s’accroître au Royaume-Uni. Elle charrie avec elle l’antisionisme islamique qui considère l’existence même d’Israël comme une insulte à l’islam. L’Etat hébreu constitue à ses yeux l’objet d’une intrusion admissible dans un territoire étranger devenu un jour [Jérusalem est tombée face à l’islam en 638, Césarée en 640] une colonie de l’islam [wakf], et destiné à le rester pour toujours.

 

Ladite présence charrie avec elle, en outre, un antisémitisme musulman présent dans l’islam dès l’origine, mais exacerbé par l’existence d’Israël. Les Juifs, selon l’islam, sont fourbes et menteurs et peuvent être tolérés en situation de dhimmi. Qu’ils prétendent constituer un peuple souverain est inadmissible [ils ont été colonisés par l’islam. Ndlr.] et mérite un châtiment sans merci. Le Parti travailliste britannique est impacté par la présence islamique au Royaume-Uni et s’en fait le vecteur. Il mêle donc à son antisionisme l’antisionisme islamique et l’antisémitisme musulman. Il est, là encore, dans une position similaire à celle de toute la gauche antisioniste européenne.

 

Le Royaume Uni a, comme le reste de l’Europe, deux millénaires d’antisémitisme dans son héritage. La gauche britannique a, elle, comme l’essentiel de la gauche européenne, plus de cent cinquante années d’antisémitisme de gauche dans son propre héritage, et plusieurs décennies d’ « antisionisme ». Elle a également dans son héritage, comme l’essentiel de la gauche européenne, plusieurs décennies de contamination par le discours islamique et par l’antisémitisme musulman.

 

Elle a vu émerger en elle des gens dignes, tel Tony Blair ; la gauche d’autres pays d’Europe a pu et peut inclure elle aussi des gens dignes, à l’instar de Manuel Valls.

 

Mais en Angleterre, la gauche s’incarne aujourd’hui dans des gens tels que Jeremy Corbyn, Ken Livingstone, Naseem "Naz" Shah, George Galloway (qui fut expulsé du Parti travailliste britannique en 2003, mais n’a cessé de se considérer comme un travailliste), ou Sadiq Khan, désormais maire de Londres.

 

Ces gens personnifient, on peut le craindre, une tendance profonde, et l’on peut craindre également, vu le poids croissant de l’islam au Royaume Uni, que cette tendance ne s’inversera pas.

 

La gauche, dans le reste de l’Europe, est porteuse de tendances identiques, et l’on peut craindre, pour la même raison, que la tendance, à l’échelle européenne, ne s’inversera pas non plus.

 

J’ai appelé cet article « l’irrésistible retour de l’antisémitisme en Europe » parce que je pense que ce retour est assurément irréversible.

 

Je me suis brièvement demandé si je devais parler de retour pour un mal qui a seulement changé d’apparences, parfois, mais qui n’a jamais disparu.

 

Que ce retour se fasse par la gauche ne semblera étrange et consternant qu’à ceux qui ignorent l’histoire de la gauche européenne.


 

 

Note :

 

*Robert Wistrich, From Ambivalence to Betrayal : The Left, the Jews and Israel [de l’ambivalence à la trahison, la gauche, les Juifs et Israël], University of Nebraska Press, 2012.


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Gaza : au fond du tunnel, un homme (info # 010705/16) Version imprimable
Analyse
vendredi, 06 mai 2016

 

Par Sami el Soudi

(avec Jean Tsadik et Stéphane Juffa)

 

Découverte d’un nouveau tunnel stratégique du Hamas

 

Un nouveau tunnel stratégique (prévu pour des opérations armées et non pour la contrebande) a été découvert hier matin (jeudi) par l’Armée israélienne face au sud de l’enclave palestinienne de Gaza. L’ouvrage, d’une profondeur de 28 mètres, menait dans le territoire hébreu. Le tunnel est proche de celui découvert par Tsahal le mois dernier.

 

Avant-hier, mercredi, alors que les Israéliens procédaient à des travaux en vue de localiser le tunnel, des miliciens palestiniens avaient tiré huit obus de mortier dans leur direction, probablement pour gêner leurs recherches. Ces tirs avaient occasionné une double riposte ; d’une part, l’aviation avait frappé quatre positions du Hamas, vraisemblablement des camps d’entraînement, tandis que des chars Merkava pilonnaient la zone d’où les obus avaient été lancés.

 

En réponse, un responsable de l’organisation islamiste avait promis que les habitants du sud-est d’Israël allaient passer une nuit blanche. Ayant dormi dans une localité de la région, j’ai pu observer que ces menaces avaient été des paroles en l’air.

 

Jeudi, ultérieurement à la mise à jour du tunnel, des miliciens islamistes ont à nouveau tiré deux obus de mortier en direction des forces israéliennes occupées au repérage du cheminement de la galerie et préparant sa destruction. A l’instar de la veille, ces nouveaux tirs n’ont causé ni dégâts ni victimes et les chars de Tsahal ont à nouveau répliqué, à partir de promontoires artificiels, visant les sources de ces attaques.

 

D’autres unités d’ingénierie militaire, équipées de matériel lourd et sophistiqué, sont visibles à partir d’Israël et de la Bande de Gaza, en divers points de la frontière de cette dernière, probablement afférées à l’identification de tunnels supplémentaires.

 

La région où le tunnel a été découvert hier matin, le Conseil régional d’Eshkol, a été déclarée zone militaire fermée, et seules les personnes demeurant dans ce périmètre sont autorisées à s’y déplacer.

 

Ce vendredi matin, à 6 heures locales, les milices islamistes de Gaza ont à nouveau effectué des tirs de mortier en direction des soldats se trouvant à proximité de tunnel. Tsahal a derechef riposté sur terre et dans les airs. A 10 heures, une agression supplémentaire au mortier a été perpétrée par les miliciens.           

 

 

Une étrange affaire

 

Jeudi, quelques heures à peine après l’annonce de la localisation du tunnel, le porte-parole de l’Armée israélienne a annoncé qu’un Gazaoui de 29 ans, originaire de Jabālīyah, répondant au nom de Moukhmad Ataouna, a été appréhendé par Tsahal le 13 avril (source de l’Autorité Palestinienne) dernier alors qu’il avait franchi la barrière de sécurité non loin de la frontière égyptienne. Il disposait de deux couteaux avec lesquels il entendait s’attaquer à tout Israélien, civil ou militaire, qui viendrait à sa rencontre.

 

L’interrogatoire d’Ataouna par le contre-espionnage israélien, le Shabak, a permis d’établir qu’il était membre de la branche armée du Hamas, les Brigades Azzedine el Qassam, depuis une dizaine d’années. Il avait pris part à plusieurs activités de l’organisation terroriste, notamment la pose d’engins explosifs visant des patrouilles le long de la frontière de Gaza. Mais l’occupation principale du milicien concernait les tunnels.  

 

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Moukhmad Ataouna, un homme en danger

Photo, source Shabak

 

A en croire le Service Général de Sécurité [Shirout Bitakhon Clali. Ndlr.] - nous ne sommes pas en train de diffuser des informations secrètes, c’est le Shabak qui les a rendues publiques -, Moukhmad Ataouna a fourni de précieuses données à ses interrogateurs.

 

Il leur a expliqué les méthodes de creusement ainsi que les matériaux de construction qu’utilise la formation terroriste qui gouverne Gaza ; il leur a indiqué comment le Hamas emploie des bâtiments privés aussi bien que des institutions [écoles, hôpitaux. Ndlr.] à partir desquels il perce ses tunnels, et enfin, il leur a montré le tracé des tunnels stratégiques des islamistes dans le nord de la Bande côtière.

 

Le Gazaoui aurait fourni à ses geôliers des renseignements concernant les améliorations apportées par le Hamas aussi bien aux galeries internes, servant au déplacement des miliciens à l’intérieur de la Bande pour se protéger de Tsahal, qu’aux tunnels stratégiques qui débouchent du côté israélien de la frontière.

 

Il leur a dit que l’Organisation de la Résistance Islamique [Hamas] a aménagé des douches dans ces boyaux souterrains, des dortoirs et des salles à manger afin de permettre à ses combattants de se dissimuler plusieurs semaines durant et même plus sous la terre, en attendant le signal pour mener une opération armée en territoire israélien.

 

Ataouna, que l’on pourrait, à ce niveau de coopération avec ses gardiens, presque appeler un transfuge, leur a désigné plusieurs emplacements de creusements en cours, de même que ceux de puits, par lesquels les miliciens de la Nakhba, l’unité d’élite du Hamas, pourraient jaillir à l’occasion d’un conflit avec Israël. Il leur a fait savoir – même si le Shabak  devait tout de même s’en douter un peu -, que l’Organisation de la Résistance Islamique avait conçu un réseau sophistiqué de galeries sous Gaza, pour l’acheminement de combattants et de matériel de guerre.

 

Je me permets d’encarter une évaluation personnelle à ce stade de la narration : avec l’argent investi dans ces tunnels, fourni par les Etats contributeurs du monde entier et les sympathisants de la cause palestinienne, il aurait été loisible de reconstruire dans la modernité et le confort la totalité des résidences détruites ou insalubres de la Bande de Gaza. L’usage fait par le Hamas des fonds qui lui sont remis pour la reconstruction permet de décréter que cette organisation n’a strictement rien à faire du bien-être de ses administrés, qu’elle gère de manière déloyale les fonds qui lui sont attribués par la communauté internationale et le monde arabe, et qu’Israël avait parfaitement raison d’interdire l’entrée dans Gaza de matériaux de construction, puisque les terroristes islamistes les affectent quasi-exclusivement à la construction de tunnels valant plusieurs dizaines de millions d’euros l’unité. A ce propos et suite à ces découvertes, je ne comprends absolument pas pourquoi Jérusalem continue à livrer du ciment et du fer à béton à ces djihadistes.

 

 

Le commentaire de Jean Tsadik

 

Alerté par mon ami Sami el Soudi, qui m’a fait part de ses doutes, j’ai procédé à l’analyse des renseignements publics en notre possession. Ce que je peux en dire est qu’ils sont… surprenants, voire incompréhensibles.

 

A la Ména, nous nous sommes d’abord interrogés sur les raisons qui ont poussé le Hamas à envoyer Moukhmad Ataouna, seul, pour une opération-suicide en Israël qu’il n’avait pas une chance sur mille de mener à bien.

 

Pourquoi envoyer un individu qui en sait autant sur les tunnels en territoire ennemi, sachant qu’il allait se faire prendre et que, face aux interrogateurs expérimentés du Shabak, il allait immanquablement leur dévoiler toutes ses connaissances ?

 

Pourquoi ne l’armer que de couteaux ? Si ses mentors avaient réellement désiré qu’il tue des Israéliens, ils l’auraient au moins doté d’un fusil-mitrailleur, de grenades et d’explosifs ?

 

Concernant le choix de l’armement confié à Ataouna, il est clair qu’ils espéraient qu’il tombe indemne dans les mains des Israéliens. S’ils avaient remarqué qu’il portait une arme à feu, en effet, les chances pour qu’il soit abattu au premier contact auraient été bien plus importantes.

 

A propos de ce qui précède, il apparaît que, soit la direction d’Azzedine al Qassam entendait punir son combattant pour une faute qu’il aurait éventuellement commise en le jetant entre les griffes des Israéliens, soit qu’elle leur a lancé un appât imprégné d’informations erronées afin de lancer les stratèges hébreux sur de fausses pistes.

 

On appelle cela de l’intox ; c’est l’hypothèse la plus crédible, mais son mode opératoire est bien trop puéril pour ne pas avoir immédiatement attiré l’attention de nos experts en contre-espionnage. Ataouna nous a été remis entre les mains, à l’issue d’une infiltration bidon poursuivant des objectifs inatteignables. Il nous apparaît que, même si les chefs de l’organisation islamiste ne sont peut-être pas particulièrement futés, ce qui ne saurait constituer une hypothèse de travail, car sous-estimer son adversaire n’en est jamais une, leur stratagème ne tient pas l’eau. Ils le savaient et ils poursuivent probablement un autre objectif.

 

A la Ména, on ne comprend pas non plus l’attitude du Shabak, une organisation si avare de commentaires d’ordinaire, mais qui, cette fois, se répand avec force détails sur tout ce que lui a confié le milicien d’Azzedine al Qassam.

 

Pourquoi faire savoir au Hamas que l’on connaît le tracé de ses tunnels, leur affectation et son mode opératoire ? C’est à croire que Tsahal veut communiquer à son pire ennemi où il va chercher ses tunnels et où il est intéressé de le frapper dès que l’occasion s’en présentera. Pour quelle raison ? Pour lui donner l’occasion de fermer les ouvrages trop exposés ? Pour en creuser d’autres ? Pour déplacer ses combattants et concevoir de nouveaux plans de bataille qu’Ataouna n’a pas pu nous communiquer ?

 

Si nous conservons quelques doutes quant au niveau de sophistication des cerveaux du Hamas, il n’en va pas de même pour ceux du commandement de Tsahal, du Mossad et du Shabak. Eux sont des pros de premier plan planétaire. Israël ne fait pas ce genre d’erreurs. Elle a sans doute voulu faire savoir au Hamas que son stratagème avait fonctionné et que nous avions gobé tout ce que Moukhmad Ataouna nous a raconté.

 

Le but consisterait à occuper le Mouvement de la Résistance Islamique pendant que nous exploitons d’autres filons infiniment plus prometteurs. C’est sans doute le cas, et même si nous avons des idées à ce sujet, nous n’en feront pas état dans un article.

 

Ma conclusion est que l’on est loin de la qualité de la finale de la Champions League dans cette affaire, on jouerait plutôt en fond de classement d’une ligue départementale. Mais le fondamental dans une guerre des cerveaux dans laquelle des vies sont en jeu, c’est vaincre par tous les moyens possibles. Et si l’on parvient à instiller le doute chez l’adversaire, on lui fera perdre de l’énergie et des moyens, et cela vaut le coup.

 

Quant à l’avenir de Moukhmad Ataouna, il participe d’un détail cocasse de cette histoire. Personnellement, à part le convertir au judaïsme et le dissimuler dans une yéshiva au plus profond de Bneï Berak, il risquera, pour différentes raisons, sa peau toutes les quinze secondes.

 

 

Le commentaire de Stéphane Juffa sur cette affaire, ce matin sur Radio Judaïca  

 

https://www.youtube.com/watch?v=w3OE-ib_o5w&feature=youtu.be

 

 

 
France : la pré-guerre civile dont il est interdit de parler (info # 010505/16) Version imprimable
Analyse
jeudi, 05 mai 2016

 

Par Patricia La Mosca

 

Mardi dernier, à Nantes, un policier a été projeté au sol par les émeutiers qui lui ont enlevé son casque et l’ont battu à la tête à l’aide de barres de fer. Le gardien de la paix a été grièvement blessé lors de cette agression, et, selon les badauds et les commerçants présents alentours, s’il n’avait pas été secouru par ses camarades ainsi que par quelques volontaires spontanés, il ne fait aucun doute qu’à l’heure actuelle, il serait mort.

 

Les media tricolores ont globalement commenté cet épisode des violences qui secouent leur pays sans interruptions, mais ils s’efforcent d’isoler et de minimiser l’étendue et la dureté des affrontements, comme nous l’explique Damien.

 

Damien, c’est cet officier de police qui nous avait informés à l’occasion du déraillement de Brétigny-sur-Orge, en juillet 2013, et qui avait permis au public de savoir ce qui s’était réellement passé sur les lieux de l’accident, notamment au sujet du pillage des blessés et des cadavres, et des affrontements entre les individus issus des banlieues et la police.

 

A l’instar de ses camarades, Damien est écœuré par le traitement biaisé de l’information. Il nous confie que, dans la seule ville de Nantes, lors de chaque "manifestation", les forces de sécurité doivent faire usage de 400 à 1 000 "grenades de désenclavement". "Ce sont des projectiles qui, comme leur nom l’indique, sont utilisés par les policiers afin de briser un encerclement dont ils sont victimes, et auxquels ils n’ont recours que lorsque leur intégrité physique est compromise.

 

Si nous ne disposions pas de ces grenades", poursuit notre interlocuteur, "des gardiens de la paix auraient été tués". Puis il termine en expliquant que "1 000 grenades de ce type en une seule journée constitue un nombre énorme qui permet d’évaluer la dimension et la violence des heurts, que l’on cache délibérément au public, de même que l’étendue territoriale du mouvement et les bilans matériel et pécuniaire des dégâts".

 

Nantes est effectivement un point rouge sur la carte des émeutes, mais toute la France est touchée. Des confrontations du même genre ont lieu chaque semaine à Paris (voir vidéo), Marseille, Grenoble, Bordeaux, Toulouse, Dijon et Rennes, à Metz et à Strasbourg, pour ne parler que de ces métropoles.

 

Le ministère de l’Intérieur et l’ensemble des media ne publient que des bilans partiels et, partant, illisibles pour permettre de saisir l’étendue du phénomène. Dans les livraisons des quotidiens nationaux, il arrive le plus fréquemment que l’on ne mentionne absolument pas ces altercations, même si elles se sont déroulées dans la ville où ces confrères sont installés, et mêmes si elles ont fait des dizaines de blessés et pour des millions d’euros de dommages au bien public et aux commerces.

 

Dans un article de mardi paru dans Le Monde, le journaliste Adrien Sénécat se contente de contester les chiffres des blessés et des dégradations articulés par Christian Estrosi, député des Alpes Maritime, Président du Conseil régional Provence-Alpes-Côte d’Azur et Maire de Nice.

 

Pour Sénécat, l’essentiel est qu’Estrosi exagère, que ce ne sont pas 400 policiers qui ont été blessés depuis le "commencement du mouvement", mais 230, au 1er mai. Damien pose la question : "Ce journaliste se rend-il compte de ce que signifie ce chiffre de 230 collègues blessés ? De ce qu’il représente en matière de volume de violence et de souffrances ?".

 

De plus, les chiffres qui courent parmi les syndicats et association policiers, qui sont, en principe les premiers informés, font état de 311 gardiens de la paix blessés et ayant dû recevoir des soins hospitaliers, ainsi que de 111 autres, plus légèrement atteints, mais dont la plupart a justifié des arrêts de travail.

 

"C’est énorme !", s’exclame l’officier, "cela fait penser aux chiffres d’un conflit armé". S’agit-il effectivement d’un conflit armé, rebondis-je ? "Non", répond mon interlocuteur, "pour la raison que les émeutiers n’utilisent pas d’armes de guerre, pour le moment en tout cas, mais ils nous lancent des pavés, des barres de fer et des bouteilles, qui sont également capables de tuer quelqu’un".

 

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La presse française parle de quelques centaines de "casseurs" dissimulés dans les manifestations qui seraient responsables des troubles, est-ce aussi votre sentiment ? Damien trépigne légèrement : "Pensez-vous vraiment que quelques centaines de casseurs au total pourraient blesser 400 policiers et membres des forces spéciales ? C’est plus qu’une plaisanterie médiatique de mauvais goût, c’est l’un des artifices destinés à flouter la réalité aux yeux des Français. En réalité, il existe des noyaux durs dans les manifs, qui se dissimulent au cœur du cortège, ils disposent de cagoules et de divers projectiles sur eux. A l’approche des forces de l’ordre, ils les agressent, mais, ce qu’il faut dire, c’est que beaucoup des autres participants les suivent et prennent part aux violences et aux dégradations. Les durs jouent le rôle de détonateurs, mais les gens qui participent à ces défilés savent pertinemment comment ils risquent de se terminer. Une personne qui n’a pas l’intention d’en découdre ne se mêlera pas à ces manifestations".

 

Existe-t-il un danger pour que ces désordres dégénèrent en guerre civile ? "A mon sens, nous nous trouvons dans une situation de pré ou de para-guerre civile, ce qui ne signifie pas qu’elle risque de menacer la survie de l’Etat. Ce, même si les violences sont désormais attisées par des personnalités politiques, tels qu’Olivier Besancenot et Jean-Luc Mélenchon, et des organisations syndicales, comme la CGT. Ce qu’ils veulent c’est créer un climat d’insécurité permanente pour affecter les prochaines consultations électorales et influer sur le déroulement du débat démocratique à l’Assemblée. Le problème se pose sur la durée", détaille Damien, "l’équation se base sur deux données : la hauteur de la flamme et la durée de la contestation. La question fondamentale s’inscrit en ces termes : combien de temps le pays peut-il respirer alors qu’un demi-million de personnes sont mobilisées par intermittence afin de l’empêcher de fonctionner, que des centaines de véhicules privés sont incendiés, des dizaines de véhicules de police dégradés, des centaines de commerces saccagés ou barricadés, incapables de se sustenter normalement, et des dommages de l’ordre de dizaines de millions d’euros infligés à la propriété publique et privée ?

 

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Les affiches de la CGT qui insupportent les policiers

 

Le vrai risque consiste à ce que le désordre actuel se pérennise et qu’il franchisse encore quelques crans dans la violence. A ce rythme, la paix et l’ordre sociaux sont effectivement menacés et la situation risque de devenir incontrôlable. D’ailleurs, à mon avis, dans certaines circonstances et dans certains lieux, elle est déjà incontrôlable".

 

Pourquoi, d’après vous, les media nationaux ne couvrent-ils pas correctement les avatars de ce soulèvement ? "On nous a dit, de même qu’aux journalistes, que si on accordait à ce mouvement la place qui est la sienne dans l’information, cela ferait boule de neige et cela encouragerait des centaines de milliers d’autres individus à participer à l’affrontement. On nous demande également de faire preuve de la plus grande restreinte dans nos répliques, en invoquant la même raison. Un responsable politique a dit à un groupe de nos officiers, que si, par malheur, un émeutier était tué, dès le lendemain et pour plusieurs jours, quelles que soient nos justifications, la France brûlerait".

 

Et vous pensez quoi de ces directives ? "Nous pensons, dans la police, que cela ne fait que retarder l’échéance, en donnant aux formations politiques impliquées dans la violence l’occasion de rameuter des renforts en touchant des catégories de personnes qui ne sont toujours pas complètement impliquées dans le mouvement. Nous pensons, qu’avec le niveau de violence auquel nous avons à faire face, et malgré tous nos efforts, il n’est pas exclu que l’irréparable survienne, d’un côté ou de l’autre. Nous pensons que le travail d’un policier est de maintenir l’ordre et de protéger les citoyens, et que le travail d’un media consiste à informer ses clients et non à préjuger des réactions des uns ou des autres en fonction des orientations du pouvoir politique. Et nous pensons qu’il est périlleux, chacun dans son domaine, de sortir de nos attributions. Nous pensons, surtout, que nous, les policiers et les gendarmes servons de paravent aux politiciens, qui nous jettent à leur place dans la fosse aux lions pour représenter le gouvernement face aux émeutiers à leur place ; et que cela dépasse notre fonction, que notre tâche n’est pas celle de boucs émissaires".          

 

Quelles sont les revendications du mouvement ? "Officiellement, c’est la révolte contre la nouvelle loi du travail, thème auquel viennent s’ajouter des conflits locaux ou régionaux. Mais, en fait, nous affrontons des gens qui veulent provoquer un changement global par la force, et qui utilisent la Loi El Khomri comme signal de ralliement, comme plus petit dénominateur commun, et comme justificatif à la violence. Quel rapport existe-t-il entre le rejet de la Loi Khomri et frapper au visage un agent au sol avec des barres de fer ?".

 

Les banlieues participent-elles au mouvement ? "Moins au niveau des revendications, plus à celui des affrontements. Il existe beaucoup d’individus issus de l’immigration parmi ceux qui nous agressent, et l’on entend fréquemment le cri d’ "Allahou Akbar" [comme sur la vidéo jointe à cet article. Ndlr.], ainsi que, moins souvent, des insultes contre la France ou contre les Juifs au cours des échauffourées. Suivant les villes, il y a un nombre au moins égal de Français d’origine entre les violents.

 

Damien, je vous trouve très lucide dans votre commentaire qui est remarquablement posé relativement à la situation que vous subissez, que nous vaut cette réserve ?

 

"La recherche d’efficacité. Hurler ne sert à rien, il est préférable de se faire entendre. De plus, nous sommes français, nous aimons notre pays et nous comptons bien le défendre, et non pas l’enfoncer davantage en adoptant une démarche dévastatrice. Nous sentons bien que nous constituons l’unique barrage entre la violence et les citoyens. Mais je peux vous assurer, Patricia, que les officiers et les membres des forces de l’ordre en ont très gros sur la patate, à commencer par la sensation d’être abandonnés dans l’arène, de ne pas avoir le droit de rétablir l’ordre ni de le préserver efficacement, d’être déshonorés et salis dans nos media et par certaines organisations politiques, de constater que la gravité de la réalité est cachée à nos compatriotes, et de ne pas pouvoir exprimer ce que nous avons à en dire. D’ailleurs", ponctue Damien, "ce n’est guère un hasard si, comme lors des émeutes à la Villeneuve (Grenoble, juillet 2010) et lors du déraillement à Brétigny, c’est dans la Ména, un media étranger, que nous pouvons nous exprimer librement. A l’heure actuelle, aucun media français mainstream ne publierait cette entrevue. Soyez assurée que vos analyses sont très lues par les officiers de police, de l’Armée et des services du Renseignement. Vous êtes à la fois professionnels, honnêtes, très présents et peu marqués politiquement, c’est ce que nous apprécions".

 

 

 
Pour l’honneur d’un soldat (info # 010105/16) Version imprimable
Analyse
dimanche, 01 mai 2016

 

Remarque du rédacteur en chef : alors que certains rédacteurs de la Ména soutiennent le point de vue exprimé par Guy Millière dans son article de ce jour, d’autres ne partagent pas son narratif, son analyse et ses conclusions.

 

En conformité avec nos règles éditoriales, je ne permettrai cependant pas aux journalistes dont l’avis diverge de celui de Guy Millière de revenir sur l’affaire traitée, au moins jusqu’à ce qu’elle connaisse des évolutions qui nécessitent un nouvel article.

 

Car si je le faisais, l’expérience a montré que plusieurs autres journalistes de la Ména pourraient réclamer un droit de réponse que je ne pourrais alors pas leur refuser. Et, le cas faisant jurisprudence, les choses pourraient se répéter face à chaque évènement, la discussion se résumant alors à un débat interne entre rédacteurs de l’agence, ce qui ne correspond pas à notre vocation d’informateurs et d’analystes.

 

Notre démarche consiste au contraire à réserver l’opportunité du débat à ceux qui nous lisent. Ceci posé, et pour préserver l’équilibre dans l’expression de la Ména, à la prochaine occasion attenante à la politique domestique israélienne, je demanderai à un journaliste ayant une sensibilité différente de celle de Guy Millière d’analyser la situation. SJ.

                                                                                                                                

Pour l’honneur d’un soldat

Par Guy Millière

 

On le sait, je pense, le sergent Elor Azria, soldat dans les Forces de Défense d’Israël, est accusé d’avoir tué un terroriste djihadiste déjà « neutralisé » et au sol. Moshe Yaalon, ministre de la Défense d’Israël, a aussitôt incriminé le sergent dans des termes très durs, et est allé, depuis, jusqu’à comparer indirectement son comportement à celui d’un membre de l’Etat Islamique. Le chef d’état-major de l’Armée israélienne, le Maréchal Gadi Eizenkot, a tenu des propos allant dans le même sens que ceux de Moshe Yaalon. Elor Azria est accusé d’homicide. Il a été arrêté, mis en examen, et doit répondre de ses actes devant la justice. Son procès doit reprendre demain, le 2 mai.

 

Quelle que soit l’issue du procès, ce qui s’est passé est très grave.

 

Une des règles fondamentales de la justice est la présomption d’innocence. Le sergent Elor Azria a été traité d’emblée par Moshe Yaalon et Gadi Eizenkot non pas sur la base de la présomption d’innocence, mais sur celle de culpabilité : cela me semble préoccupant.

 

La raison en est que cette présomption de culpabilité repose sur une vidéo biaisée, diffusée par une ONG gauchiste anti-israélienne, B’Tselem ["A l’image de", Genèse, 1/27, "Et Dieu a créé l’homme à [son] image ". Ndlr.].

 

Qui, en dehors de gauchistes anti-israéliens, peut accorder du crédit à une vidéo biaisée produite par une organisation gauchiste anti-israélienne ? Les media européens ? Oui, bien sûr. Mais les media européens sont dans tous les cas anti-israéliens et n’apprécient que les Israéliens qui détestent leur propre pays. Le penchant à gauche de divers media israéliens me semble surtout être un sujet de consternation qu’un objet de réjouissance.

 

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Posters placardés par les soutiens d’Elor Azria

Le chef d’état-major de Tsahal, Gadi Eizenkot, habillé en femme arabe, avec la mention :

"Eizenkot démissionne, et emmène avec toi Bibi (Netanyahu) et Boogie (Yaalon) !"

 

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Moshé (Boogie) Yaalon, ministre de la Défense, ancien chef d’état-major de Tsahal, Likoud

Après l’assassinat d’Itzkhak Rabin, un sens graphique qui n’est pas du goût de tous les Israéliens. Beaucoup pensent qu’Eizenkot et Yaalon n’ont pas de leçons à recevoir

en matière de protection d’Israël et de ses soldats

 

Ce qui est préoccupant est que le ministre de la Défense et le chef d’état-major de Tsahal, en appuyant et en alimentant la présomption de culpabilité, ont semblé craindre les réactions médiatiques plutôt que réaffirmer des principes essentiels, en défendant l’honneur d’un soldat, qu’ils ont accepté de voir traiter de manière dégradante et humiliante.

 

Des milliers d’Israéliens se sont mobilisés pour, eux, défendre l’honneur d’un soldat, et ont manifesté à Tel-Aviv pour faire entendre leur voix. Selon les sondages, une très nette majorité de la population israélienne se place du côté de ceux qui ont manifesté.

 

Jusqu’à plus ample informé, le sergent Elor Azria a effectivement tué un terroriste djihadiste blessé et à terre, mais rien ne permet de dire que ce terroriste djihadiste était effectivement « neutralisé ».

 

Le terroriste en question, qui venait de commettre une agression qui aurait pu être meurtrière, portait une tenue épaisse qui aurait pu dissimuler des explosifs destinés à un attentat suicide. Il a, dit Elor Azria, et ses propos sont corroborés par plusieurs témoins, fait un mouvement qui pouvait indiquer qu’il entendait actionner un détonateur. Qu’une enquête ait lieu est concevable. Que le sergent Elor Azria soit traité comme un criminel en ce contexte ne l’est pas.

 

Non seulement cela donne du crédit à une organisation gauchiste anti-israélienne et cela fait saliver les journalistes anti-israéliens de la Terre entière, mais cela constitue un signe de faiblesse et de vulnérabilité de la part du ministre de la Défense et du chef d’état-major. Cela ne peut qu’inciter les organisations gauchistes anti-israéliennes à persévérer dans leur travail de sape et à faire saliver davantage encore les journalistes anti-israéliens.

 

Cela ne peut que porter atteinte au moral des soldats israéliens, qui font un travail très difficile, dans des conditions assurément dangereuses, et qui n’ont pas à risquer leur vie plus que c’est d’ores et déjà le cas.

 

Bien trop de soldats israéliens sont morts, ces dernières années, en défendant leur pays et en assurant la sécurité de leurs concitoyens. Nombre de ces soldats sont morts parce que l’Armée israélienne respecte des règles éthiques qui devraient la rendre exemplaire, et qui, néanmoins, ne lui évitent ni les insultes ni la diabolisation.

 

Je suis de ceux qui pensent que chaque mort Israélien est un mort de trop. Je suis de ceux qui pensent que chaque soldat israélien tué est un soldat israélien tué de trop.

 

Je suis de ceux qui souhaitent vivement qu’à la tête du ministère israélien de la Défense et de l’Armée israélienne, il y ait des hommes qui discernent qu’ils n’ont rien à attendre des ennemis d’Israël, strictement rien, quoi qu’il leur soit cédé.

 

Je suis de ceux qui souhaitent qu’il soit pleinement compris par ceux qui gouvernent Israël qu’ils n’ont rien à attendre du côté « palestinien », sinon le pire et l’abjection, qu’ils ont en face d’eux des totalitaires qui ne respectent aucune règle et aucun contrat, et qu’il faut, dès lors, vaincre sans s’abaisser à leur niveau de bestialité, mais sans montrer à leur égard le moindre signe de faiblesse.

 

Je ne doute pas que Binyamin Netanyahou sait qu’il n’a rien à attendre des « Palestiniens » ; il a pris initialement la même position sur cette affaire que Moshe Yaalon et Gadi Eizenkot, mais s’est, fort heureusement, rapidement ressaisi.

 

Je suis de ceux qui souhaitent que soit pleinement compris que la seule issue concevable au conflit est celle que Daniel Pipes proposait il y a quelques années : Israël gagne, les « Palestiniens » perdent. Je suis de ceux qui regrettent qu’Israël n’ait pas gagné à ce jour, alors qu’Israël dispose de tous les moyens pour le faire.

 

Je suis pour une solution israélienne au conflit : ce qui implique que l’Autorité Palestinienne soit traitée comme ce qu’elle est, un ennemi en guerre contre Israël. Un ennemi qu’il faut conduire vers une défaite absolue et irrémédiable.


pour lire la suite...
 
L’interview hebdomadaire de Stéphane Juffa par Jim Mosko sur Radio Judaica du 28 avril Version imprimable
Radio/audio - interview/reportage
vendredi, 29 avril 2016

 

© Metula News Agency

(info # 012904/16)

 

https://youtu.be/eBKl9LZlNVw

 

Au sommaire :

 

L’initiative française en vue d’une conférence sur le différend israélo-palestinien à Paris en mai. La réaction du gouvernement israélien. Le risque d’une solution imposée à Israël et de sanctions en cas de refus de Jérusalem. La menace d’un soutien d’Obama au Conseil de Sécurité à la fin de l’été.

 

L’analyse d’une nouvelle guerre avec le Hezbollah. L’évaluation du risque. Le scénario d’un éventuel conflit, qui serait plus dur et plus meurtrier que les précédents.

 

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Les Kurdes syriens vont traverser l’Euphrate (info # 012704/16) Version imprimable
Analyse
mercredi, 27 avril 2016

 

Par Perwer Emmal (correspondant aux Kurdistans syrien et turc)

 

On parle beaucoup, dans les media kurdes syriens et irakiens, d’une attaque imminente des YPG - les "Unités de Protection du Peuple" kurde de Syrie – contre la ville de Jarabulus. Cette cité se situe à l’ouest du fleuve Euphrate, alors que sa rive orientale est tenue par les YPG, à une trentaine de kilomètres à l’ouest de Kobane.

 

Jarabulus, Kaniya Dil en kurde, qui signifie "source (kaniya) du cœur (dil)", est peuplée de 12 000 habitants. Elle se trouve également sur la frontière ottomane et même une partie de la ville se situe en territoire turc.

 

Actuellement, Jarabulus est aux mains des troupes de DAESH, le Califat Islamique, et constitue même, avec sa région limitrophe, son dernier point de passage, d’approvisionnement d’armes, de munitions, de mercenaires, de commerce, de contrebande de pétrole, et d’infiltration avec la Turquie.

 

En principe, Ankara a délimité Jarabulus, à l’Est, et Azzaz, à l’Ouest, comme les deux points à ne pas dépasser par les YPG dans leur progression visant à unifier la région autonome kurde de Syrie appelée Rojava.

 

Plus largement, Erdogan a interdit aux Kurdes de franchir l’Euphrate, ce qu’ils ont pourtant fait, à la fin de l’année dernière, pour s’emparer du barrage de Tichrine, à 52 kilomètres au sud de Jarabulus.

 

Ma description des positions des différentes factions combattantes dans la région est bien illustrée par la carte ci-dessous, la plus précise et la plus régulièrement mise à jour pour suivre le conflit syrien, hormis quelques imprécisions.

 

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Avec le service cartographique de la © Metula News Agency

                                                                                                      

Les points noirs représentent les lieux tenus par DAESH, les rouges, par les forces du régime, les verts, par l’Armée Syrienne Libre (ASL), faisant souvent cause commune avec al Nosra dans le Nord, l’avatar d’al Qaëda en Syrie, et les jaunes figurent les localités contrôlées par les Kurdes, œuvrant au sein des Forces Démocratiques Syriennes (FDS).

 

Les FDS constituent une coalition militaire regroupant, outre les YPG, qui en sont la composante largement dominante, des Arabes de l’ASL (qui se sont opposés, dans certaines batailles, à d’autres contingents de l’ASL), les combattants du Conseil Militaire Syriaque (chrétien), ainsi que des guerriers sunnites appartenant à des tribus opposées à DAESH.

 

Les FDS peuvent compter sur 43 000 hommes en armes, dont 35 000 Kurdes, 2 000 chrétiens et 6 000 musulmans. Ils ne regroupent pas moins de neuf organisations principales, dont l’une des plus importantes est le Jaysh al-Thuwar, l’Armée des Révolutionnaires, elle-même composée de 17 groupuscules combattants, principalement mobilisés contre DAESH dont ils craignent l’application extrémiste des préceptes de l’islam.

 

Jaysh al-Thuwar contribue à raison de 3 000 hommes au contingent des FDS. Malgré l’hétérogénéité de cette coalition, fondée en octobre 2015, les Forces Démocratiques Syriennes composent probablement la formation la plus stable et efficace de toutes celles participant à la Guerre Civile Syrienne.

 

Les FDS bénéficient de l’encadrement, d’armes, et surtout, du soutien aérien de l’Armée américaine. Une armée qui s’est construit deux bases permanentes dans le territoire tenu par les FDS, l’une, récente, à proximité de Kobané, l’autre, dans la province de Hasakah, qui comporte un aéroport, depuis lequel les Etats-Unis assurent les transports logistiques par hélicoptère et décollent afin de bombarder les positions de DAESH plus au Sud.

 

Washington préfère distiller son soutien aux FDS plutôt que directement aux YPG (ce qui revient au même) afin de ne pas froisser la susceptibilité de son allié turc, qui considère les YPG comme une organisation terroriste, exactement au même titre que le PKK, le Parti des Travailleurs du Kurdistan turc, qui guerroie avec l’Armée d’Erdogan.

 

D’ailleurs, comme le montre cette vidéo du 5 courant, les soldats turcs n’hésitent jamais à bombarder les zones kurdes de Syrie ; ici la ville de Kameshli, essentiellement civile et distante de 160 km des premières positions de DAESH.

 

La semaine dernière, j’ai été autorisé à me rendre, à mes risques et périls, à proximité de diverses lignes de front face au Califat Islamique, notamment à faible distance de la cité de Markada, toujours tenue par les islamistes. J’y ai vu à l’œuvre des commandos américains ou de l’alliance arabo-occidentale contre DAESH, sans pouvoir en avoir le cœur net, car ils ne parlent à personne.

 

On les distingue aisément des combattants des FDS par l’homogénéité de leur équipement, par la sophistication de leur armement et par leur mobilité. Ils interviennent en petit nombre, entre quinze et vingt soldats.

 

Contrairement aux Kurdes et à leurs alliés, dont le mode opératoire consiste à se dissimuler derrière un remblai creusé à la pelleteuse, de faire feu sur les objectifs ennemis tout en orientant les bombardements de l’aviation U.S grâce à des tablettes sur lesquelles ils signalent les positions des islamistes et les leurs, les commandos agissent différemment. Ils ont chaque fois une mission spécifique au-delà du remblai, la réalisent en quelques heures dans la plus grande discrétion, et sont évacués sitôt leur retour.

 

Officiellement, leur rôle se limite à conseiller (on les appelle d’ailleurs conseillers, "advisers") les combattant des FDS, en retrait de la ligne de front, mais, comme je viens de le narrer, ils participent directement aux combats et en constituent même souvent le fer de lance.

 

Ce n’est que lorsque l’objectif a été dûment "ramolli" par les attaques de bombardiers légers – il me semble avoir reconnu des chasseurs de chars A-10 Thunderbolt, mais mes connaissances aéronautiques sont restreintes – et par les opérations coup de poing des commandos U.S, que les FDS encerclent le fortin, l’usine ou la ville à investir, puis qu’ils nettoient l’objectif quartier par quartier, et ensuite, maison par maison.

 

Les A-10 effectuent une étrange manœuvre lors de leur pilonnage, un looping, suivi d’un redressement au-dessus de la cible pour lâcher leurs bombes.

 

Les principaux dangers auxquels les FDS ont à faire face sont les snippers, qui font plusieurs victimes dans leurs rangs à chaque affrontement, les véhicules piégés et artisanalement blindés, remplis d’explosifs, lancés à toute allure sur leurs positions avec des miliciens-suicidaires au volant, et les bâtiments minés. 

 

Pour la Turquie, les ennemis principaux, demeurent les Kurdes. Ils craignent de les voir occuper les 520 km de leur région frontalière, dont seuls les 89 km d’Azziz à Jarabulus échappent encore aux YPG et à leurs alliés.

 

Au cas où les Kurdes parviendraient à leurs fins, Ankara perdrait d’abord sa capacité de regard et d’intervention sur le conflit syrien. Ensuite, la région autonome kurde syrienne du Rojava servirait de base logistique arrière (voire plus) au PKK, qui œuvrerait probablement avec les YPG pour unifier les Kurdistans turc et syrien. 

 

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Prise d’armes chez les Forces Démocratiques Syriennes

40 % des combattants des YPG sont des femmes

 

Mais les affaires du Sultan Erdogan se compliquent dans la région ; comme on le constate à la lecture de la carte, la zone occupée le long de la frontière turque, face à Elbely et Kilis, par al-Nosra et une partie de l