Lors d’un essai mardi, le Khetz réalise deux premières mondiales [explication exclusive] (011901/22) Version imprimable
Analyse
mercredi, 19 janvier 2022

 

Par Jean Tsadik


Aux premières heures de mardi (hier) Israël a procédé à un essai de son système de missile intercepteur de missiles balistiques et de satellites, Arrow III (heb.: Khetz, fra.: flèche).


Le programme Arrow est développé en Israël dans le cadre d'un projet conjoint entre l'Organisation de défense antimissiles du ministère de la Défense et l'Agence américaine de défense antimissiles.


Le ministère de la Défense a annoncé que "les radars du système ont détecté des cibles entrantes et que deux intercepteurs Arrow 3 ont été tirés et les ont détruites".

 

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L’Arrow/Khetz III au décollage, quelque part au centre d’Israël

 

Les interceptions se sont produites en dehors de l'atmosphère terrestre [dans l’exosphère, la partie spatiale de leur trajectoire, voir croquis], a indiqué le ministère de la Défense.

 

Les Arrow III sont capables de détruire en vol les missiles balistiques intercontinentaux (ICBM) transportant des ogives nucléaires, chimiques, biologiques ou conventionnelles.

 

Le véhicule tueur du Khetz est à même de changer plusieurs fois de direction dans l’espace, ce qui lui permet de pivoter pour aller exploser au contact des projectiles hostiles.

 

Le Arrow III a une portée de vol rapportée de 2 400 km. Les rampes de missiles balistiques iraniens se situant à environ mille kilomètres du territoire israélien, cela permet au Khetz d’abattre ses proies peu après leur lancement. Ceci constituant un avantage certain, puisque cela autorise à procéder au lancement d’intercepteurs supplémentaires – d’autres Khetz III ou des Khetz II à plus courte portée – au cas où le premier Khetz aurait manqué sa/ses cible(s).

 

Cette capacité de tirs multiples confère au système Arrow un taux théorique de réussite particulièrement élevé [plus de 95 %].

 

Il est capable, lorsque couplé radars américains les plus performants du moment d’intercepter des missiles autres qu’Iraniens, à des distances bien plus élevées.

 

Le chef de l’Organisation de défense antimissiles du ministère israélien de la Défense, Moshe Patel, a déclaré mardi aux journalistes que l’essai avait permis de tester un certain nombre de capacités "révolutionnaires" pour le système de défense antimissiles, qui peuvent être utilisées immédiatement par l’Armée de l’air israélienne.

 

"Nous avons fait une percée dans chaque domaine du système, dans les réseaux de détection, dans les lancements, même dans les intercepteurs eux-mêmes, afin qu'ils correspondent aux menaces attendues dans la région. Ces percées technologiques qui ont été évaluées aujourd’hui sont très, très importantes et peuvent être utilisées immédiatement par l'Armée de l'air dans ses systèmes opérationnels", a précisé Patel.

 

Boaz Levy, le président et chef de la direction d'Israel Aerospace Industries (IAI) qui fabrique l'Arrow III, a déclaré que "les percées concernaient principalement les "algorithmes", la manière dont les systèmes détectent les menaces entrantes et calculent les trajectoires de lancement des intercepteurs".

 

Levy a précisé que "Les réseaux radars [actuellement déployés par Tsahal en situation opérationnelle] du système Arrow ont détecté la cible et envoyé les données au système de gestion des tirs, qui les a analysées et a tracé l’itinéraire d'interception. Une fois les calculs terminés, deux intercepteurs Arrow III ont été tirés sur la cible et ils ont rempli leur mission avec succès", selon un communiqué du ministère de la Défense qui a rapporté les propos du président d’IAI.

 

Levy a encore déclaré que "le lancement de deux intercepteurs était intentionnel et planifié à l'avance, et non le résultat d'un échec [initial] à abattre la cible entrante simulée. Il a déclaré que les deux intercepteurs avaient "deux missions différentes" dans l'exercice, ayant reçu deux trajectoires de vol différentes pour abattre la même cible. Ils ont réalisé leur mission exactement comme nous les avions planifiées".

 

La Ména est en mesure de détailler les deux missions qui ont été affectées aux deux intercepteurs tirés durant l’essai de mardi. Nous tenons à préciser à toutes fins utiles que nous ne divulguons pas de secrets militaires et que les descriptions figurant sur le schéma suivant ont déjà été rendues publiques.

 

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Trajectoires de tirs de missiles balistiques

Service cartographique © Metula News Agency

 

Sur le croquis précédent préparé par nos soins, on distingue trois figures, matérialisant chacune une hypothèse de tirs de missiles balistiques.

 

Sur la première figure, on voit le tir classique d’un missile de ce type. Sa phase d’ascension, grâce à la propulsion assurée par son moteur, son transit dans l’espace, et son retour dans l’atmosphère lorsque son ogive fond sur sa cible à des vitesses vertigineuses grâce à la gravité terrestre. Durant l’essai d’hier, on n’a pas tenté d’intercepter un missile suivant une trajectoire (simple) de ce type. Cela avait été vérifié lors de tests précédents de l’Arrow III.

 

Sur la Figure 2, on distingue un tir d’ogives multiples, lors duquel le missile arrivé à son apogée libère des ogives multiples en direction de plusieurs cibles sur le territoire visé. Toutes ces ogives sauf une sont des leurres, le missile utilisé étant limité dans son emport au niveau de la masse et du volume de sa charge utile. Il lance ces ogives vides dans le but d’obliger les Israéliens à épuiser leur Khetz en lançant des intercepteurs sur chacune de ces cibles potentielles.

 

Lors de l’essai d’hier, on a demandé au premier intercepteur d’identifier laquelle des ogives transportait réellement la charge utile et de la détruire, sans s’occuper des leurres. La réussite du test a été rendue possible par le fait que les ogives-leurres n’offrent pas les mêmes caractéristiques que celle transportant la charge réelle.

 

Le second Khetz avait pour mission quant à lui d’intercepter une ogive à la trajectoire de descente non linéaire vers son objectif. Ce qui a pour but de compliquer les calculs de trajectoire en vue d’une interception pour un missile tel que le Khetz. Dans ce cas également, le Khetz est parvenu à détruire l’ogive selon les responsables du test.

 

Moshe Patel a précisé que cela [les scénarii des tests d’hier] correspondait plus étroitement à ce qu’il se passerait dans l’éventualité de l’utilisation de missiles balistiques [iraniens] contre Israël et que c'était la première fois que deux intercepteurs étaient lancés simultanément. Il n’a pas épilogué relativement aux conditions détaillées des interceptions, mais a déclaré qu'elle(s) s’étai(en)t produite(s) "profondément dans l'espace".

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Croquis montrant les diverses couches de l’atmosphère terrestre

 

L’essai de mardi avait été programmé de longue date, mais il fait suite à un certain nombre de tests de missiles balistiques récents par l'Iran. A la Ména nous ne croyons pas que la Théocratie perse soit en mesure d’effectuer présentement des tirs conformes aux figures 2 et 3. Ce serait déjà un exploit de leur part s’ils pouvaient procéder à un tir classique de nature à détruire un objectif non protégé par les Arrows.

 

Ce qu’ils n’ont pas réussi à faire lors de leurs tirs opérationnels en Syrie et en Irak, non plus que lors des essais qui se sont tous soldés par des échecs à notre connaissance.

 

Reste qu’il se peut très bien que les savants iraniens soient en train de travailler sur des itinéraires de types 2 et 3 (pour l’avenir), et c’est une excellente chose de la part des Israéliens de faire ainsi étalage de leur suprématie dans ce domaine.

 

A notre avis, l’Etat hébreu a, en la matière, au moins cinquante ans d’avance sur les capacités réelles des missiles au service de la Théologie iranienne.

 

Le système de l’Arrow III est actuellement le leader mondial dans le domaine de l’interception des missiles balistiques. L’essai de mardi n’était pas uniquement suivi avec une attention toute particulière par l’establishment israélien de la Défense, mais également par le ministère de la Défense U.S.

 

Les Etats-Unis ne disposent actuellement pas d’une arme équivalente au Arrow III, et Washington envisage de l’adopter dans le cadre de la création d’une synergie entre IAI et Boeing, qui est le partenaire industriel du développement du Khetz et surtout, de sa production industrielle.

 

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Israël-Liban : y a d’la joie ! (011701/22) Version imprimable
Analyse
lundi, 17 janvier 2022

 

Par Michaël Béhé à Beyrouth

 

Enfin une bonne nouvelle.

 

Elle n’est pas de la Ména mais de la Chaîne 12 de la télévision israélienne, et de notre confrère Nir Dvori. Lors du JT principal de samedi, il avait annoncé la signature d’un accord secret entre Israël et le Liban pour la fourniture de gaz naturel au pays aux cèdres provenant des plateformes israéliennes Tamar et Léviathan.

 

Il s’agit d’un nouvelle décoiffante largement commentée à travers le monde.

 

Mais douche froide dans les heures ayant suivi l’annonce, avec le déni des gouvernements libanais et américain.

 

Pourtant, les media de Beyrouth n’ont pas acheté comptant ces dénégations. Pour cause, d’abord, leur libellé sibyllin. Celui de notre ministère de l’Energie et de l’Eau d’abord, qualifiant ces informations de "totalement fausses".

 

Okay, mais l’explication du ministère laissait les spécialistes sur leur faim : "L'accord d'approvisionnement en gaz qui est en cours d'élaboration entre le gouvernement libanais et le gouvernement égyptien frère stipule clairement et explicitement que le gaz doit provenir d'Egypte".

 

Sauf que les frères des bords du Nil, qui certes produisent du gaz naturel, n’en ont pas suffisamment pour couvrir leurs propres besoins et en achètent aux Israéliens.

 

Pourquoi les Egyptiens qui ne sont pas riches nous enverraient-ils un produit dont ils sont dépendants ?

 

Ensuite le communiqué du Département d’Etat à Washington, qui dit ceci : "Les informations parlant du parrainage américain d'un accord d'approvisionnement de gaz entre Israël et le Liban sont "fausses".

 

Okay aussi. Vous n’avez pas parrainé – parrainer est un mot qui peut signifier beaucoup de choses – mais vous ne dites pas, Messieurs les Yankees, que les informations concernant la conclusion d’un contrat pour la fourniture de gaz par Israël au Liban sont erronées. Et c’est très différent.

 

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La plateforme gazière Léviathan

Elle pourrait changer le destin des Libanais

 

Il y avait aussi que ces derniers jours, notre gouvernement nous avait annoncé que grâce à la signature d’un accord impliquant la Syrie et la Jordanie, nous disposerions bientôt de dix heures d’électricité en plus quotidiennement.

 

A vrai dire, personne n’y a cru. Dans un pays où les habitants disposent de quelques heures de courant, et encore pas partout et pas tous les jours, dix heures d’électricité supplémentaires, quotidiennement, c’est une révolution.

 

Pour la consommation domestique, certes, mais surtout afin d’administrer les soins nécessaires dans les hôpitaux et pour faire repartir les machines dans l’industrie.

 

Les raisons du doute des Libanais : nos voisins arabes sont tous des morts de faim, et à part l’Egypte, ils ne produisent pratiquement pas de gaz. De surcroit, nos coffres sont totalement vides, notre monnaie nationale ne vaut plus rien (elle a encore fortement dévalué ces dernières semaines), lors, quand bien même du gaz serait disponible, nous n’aurions pas le début des devises nécessaires pour nous le payer.

 

Et assurément pas des quantités pareilles : dix heures par jour, pour les sept millions de Libanais, c’est énorme.

 

Il y avait également cette drôle de nouvelle, jeudi dernier, apportée par le ministre des Affaires Etrangères Abdallah Bou Habib au Président de la République Michel Aoun, selon laquelle les Etats-Unis "exempteront le Liban des sanctions de la loi César" en cas d’approvisionnement de gaz passant par la Syrie.

 

La loi César, ou Caesar Syria Civilian Protection Act en anglais, constitue un train de sanctions décidées en 2019 par les USA sous Donald Trump, visant la Syrie et toutes les entreprises tierces commerçant avec elle.

 

Les Américains l’avaient intitulée ainsi suite à des révélations de tortures dont avait été témoin un ex-photographe militaire syrien surnommé César13, qui avait fourni des dizaines de milliers de photographies de ces maltraitances souvent mortelles.

 

Et Washington se montre particulièrement méticuleux quant au respect de cette mesure, au point que les entreprises libanaises réfléchissent à deux fois avant de commercer avec nos voisins de l’Est.

 

Les communiqués libanais et d’outre-Atlantique ne tournaient pas rond. Le seul pays qui était susceptible de nous approvisionner en gaz, c’était Israël. Mais Israël… Et Nir Dvori, selon mes camarades de la rédaction à Métula, est un excellent journaliste qui ne s’amuserait pas à lancer des fake-news.

 

Et bien justement, Jérusalem n’a rien émis et al Manar [ara.: le phare], l’un des principaux organes d’information du Hezb., pratiquement rien non plus.

 

Le hasard fait que j’ai quelqu’un de ma proche famille qui travaille dans un poste en vue du gouvernement libanais. Je l’ai donc appelé ce matin, en utilisant le langage codé qui nous vient automatiquement aux lèvres dans ces circonstances, pour lui faire part de mes doutes et de l’annonce de la Chaîne 12.

 

Mon interlocuteur a pouffé d’un rire sonore en entendant ma question, ajoutant : "tu es complètement fou", mais me donnant rendez-vous dans un petit café dXXX [censuré par la rédaction] que nous aimons bien deux heures plus tard.

 

Lors de notre rencontre il ne riait plus du tout. Nous nous installâmes et parlâmes à voix basse. "Evidemment que c’est vrai" me dit-il immédiatement, "et c’était trop gros et trop grand pour que l’accord reste secret très longtemps. Il y a trop de personnes et de pays sur le coup", dit mon proche.

 

L’architecte du deal c’est Amos Hochstein, il l’a construit avec une énergie inépuisable. C’est le Conseiller pour la Sécurité Energétique du Secrétaire d’Etat [ministre des Affaires Etrangères] Antony Blinken, et son plus proche confident.

 

Hochstein est un cinquantenaire à la frontière du génie, extrêmement sympathique et énergique, ce qui convient bien à sa fonction. Un pur produit du système Démocrate, il a travaillé avec les Secrétaires d’Etat Hillary Clinton et John Kerry. Et aussi, dans la proximité immédiate de Joe Biden lorsqu’il était vice-président. Et Hochstein est toujours l’un de ses hommes de confiance.

 

Mais son trait de personnalité le plus significatif n’est pas uniquement que, comme Blinken il soit juif. Non, Amos Hochstein est israélien ! Il a fait ses trois ans d’armée dans Tsahal de 1992 à 1995, et il ne s’en cache absolument pas lorsqu’il discute avec les chefs d’Etats arabes. C’est probablement le meilleur ambassadeur de l’Etat hébreu, qui est, de plus, l’un des spécialistes les plus pointus des questions énergétiques au niveau mondial. Il suscite l’intérêt et la sympathie de tous ses interlocuteurs arabes. Même les plus hostiles à Israël.

 

Le parrain de cet accord, ce n’est pas le gouvernement des Etats-Unis d’Amérique, c’est Hochstein. A Beyrouth il a acquis la confiance de nos dirigeants – pas ceux du Hezbollah, cela se terminerait sans doute en bain de sang, encore que je n’en sois pas sûr – en leur promettant d’œuvrer afin de nous aider à sortir de notre pétrin économique et à trouver une solution avec Jérusalem au sujet du différend sur la frontière maritime. Et, au contraire de tous les conseilleurs et autres "amis du Liban", Hochstein a produit des résultats tangibles.

 

A l’aide de la capture d’écran augmentée par mes deux camarades du service cartographique de la Ména – chapeau pour le travail qu’ils accomplissent – on comprend aisément que le ministère libanais de l’Energie n’a pas entièrement menti lorsqu’il a poussé des cris d’orfraie et affirmé que le gaz proviendrait d’Egypte. Il "proviendra" bien du pays des pharaons, car il passera par le désert du Sinaï,  mais il aura été pompé au large des côtes israéliennes. Avant d’être transporté par le conduit qui sert à acheminer actuellement le gaz en Egypte, puis de remonter par la Jordanie, de traverser en Syrie avant de parvenir aux réservoirs de Tripoli. Et de là, se faire transformer en électricité.

 

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L’itinéraire du gaz selon l’accord entre Israël et le Liban

Service cartographique © Metula News Agency

Base : carte en hébreu présentée par Aroutz 12

 

Reste que le contrat est signé entre les gouvernements israélien et libanais ; ce dernier peut faire l’âne, jouer sur les mots, faire celui qui ne savait pas, comme avec les frères d’Egypte, mais personne ne le croira. Le volume de l’accord est trop important pour qu’il soit escamotable.

 

Sauf problème de dernière minute, sous peu, tous les Libanais sauront qu’ils s’éclairent et qu’ils se chauffent au gaz israélien. Même le Hezbollah : on ne contrôle pas à quels Libanais Electricité du Liban [EDL] fournit du courant. Le Hezb. utilisant de l’électricité israélienne, c’est tout de même cocasse ; je mettrai un certain temps à m’y faire.

 

Le génie d’Hochstein est d’avoir mis tout le monde dans le coup, y compris Vladimir Poutine, qui a personnellement poussé à la conclusion de l’accord. Notamment sur Bachar al Assad, qui bénéficierait pour son pays, aux termes de l’accord, d’allègements significatifs des sanctions américaines.

 

Les Jordaniens, qu’Hochstein a rencontrés pas plus tard que la semaine dernière, n’ont pas fait d’histoires et ils recueilleront un droit de passage sous une forme ou sous une autre. Le royaume hachémite est tellement dépendant des Etats-Unis.

 

Il reste une question pour laquelle ni moi ni mon… proche ne connaissons la réponse : qui paie le gaz ? Lorsque l’on considère les quantités impliquées par l’accord, il est impossible d’imaginer que les Hébreux fournissent le gaz gratuitement. Ils doivent nous faire un prix de (nouveaux) amis, probablement en-dessous du marché, mais ils auront des frais d’extraction et de transport.

 

Washington met-il la main à la poche ? C’est possible mais nous l’ignorons. Ce qui me paraît le plus plausible est que ce sont les Saoudiens et les émirs du golfe arabo-persique qui financent l’opération.

 

Car, et ce n’est pas là son moindre mérite, le contrat empêche les Iraniens de prendre pied au Liban, les éloigne de la Syrie, rapprochant du même coup cette dernière de la Ligue Arabe, d’Israël et d’une réintégration dans la communauté internationale.

 

Peut-être même, mais ce n’est qu’une supposition à vérifier, que le Hezbollah se réjouit aussi de l’accord. Après tout, cela lui aménage une porte de sortie pour ne pas avoir à se suicider face à l’Armée israélienne en cas de confrontation Israël-Iran.

 

Les seuls à faire la grimace depuis samedi, ce sont précisément les Iraniens. Tout le monde les abandonne, même leurs meilleurs alliés syriens, même leur fournisseur principal d’armement la Russie, et peut-être même Hassan Nasrallah.

 

Ce qui est certain, après les attaques de drones iraniens perpétrées aujourd’hui dans les Emirats Arabes Unis par les rebelles houthis, supplétifs de la Théocratie chiite persane, c’est qu’Abou Dhabi se fera un plaisir, de même que les autres émirats du Golfe, de participer à bouter l’Iranien hors de notre région. Et ce ne sont pas les moyens financiers qui leur font défaut.

 

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Netanyahu s’adresse au Procureur pour admettre sa culpabilité et négocier sa peine (011601/22) Version imprimable
Analyse
dimanche, 16 janvier 2022

 

Par Ilan Tsadik

 

L’ex-Premier ministre Binyamin Netanyahu mène actuellement des négociations avec le Procureur Général de l’Etat, Avikhaï Mandelblit, afin de parvenir avec lui à une négociation de peine dans les trois affaires pour lesquelles il est actuellement jugé.

 

Une négociation de peine est une procédure de marchandage très souvent utilisée dans les systèmes judiciaires anglo-saxons [ang.: "plea bargain"], en Israël y compris, où elle se nomme "isskat tioun".

 

Si elle réussit, elle aboutit à un accord dans une affaire criminelle par lequel le procureur accepte de réduire la peine en échange de la reconnaissance par l’accusé de sa culpabilité ainsi que sa non-contestation des charges qui lui sont reprochées.

 

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La négociation est engagée

Netanyahu et Mandelblit

 

Le résultat de la négociation est soumis à l’approbation de la cour, qui juge si l’accord est compatible avec la gravité des faits attribués à l’accusé.

 

Ce genre de négociation n’est pas formellement utilisé en France, bien qu’il existe des arrangements s’en approchant. En Italie, en revanche, on y a recours sous le nom de "patteggiamento" [de l’italien "patteggiare", transiger], et en Suisse, au terme de l’article 358 à 362 du CPP.

 

Le principe de l’"isskat tioun" est une décision judiciaire applicable par l’institution judiciaire.

 

Dans le cas de Binyamin Netanyahu, ses avocats ont fait appel à sa demande à l’ancien président de la Cour suprême, Aharon Barak, pour servir de médiateur entre lui et le Procureur Général dans le but de promouvoir une négociation de peine dans ses procès.

 

Aharon Barak, l’un des juges les plus célèbres de l’Etat hébreu, a expliqué avoir accepté de jouer l’intermédiaire pour la raison qu’ "il s’agit d’une accusation spéciale et d’un procès spécial, qui provoquent une scission parmi le peuple. Pour tenter de combler ce fossé", a précisé Aharon Barak,  "on peut justifier la deuxième approche que je soutiens, qui consiste à préférer une "isskat tioun" [à un procès]". Il y voit une "solution positive et essentielle pour le pays".

 

Se fendant d’une remarque qui n’est pas dénuée d’une pointe d’humour, l’ancien président de la Cour suprême a ajouté que "jusqu’à son procès, il [Netanyahu] était l’un des grands défenseurs de la justice israélienne".

 

Depuis, il n’a pas hésité à accuser notre système judiciaire dans son entièreté de s’être allié à la Police et aux journalistes afin de perpétrer un coup d’Etat contre sa personne.

 

Il n’avait pas hésité non plus à affirmer que son inculpation était le résultat d’une conjuration de ces trois institutions afin de le démettre de ses fonctions, et qu’elles avaient fabriqué ces accusations à partir du néant aux fins de l’obliger à quitter son poste.

 

Souvent questionné sur le fait de savoir s’il envisageait une "isskat tioun", il répondait le plus souvent courroucé, affirmant que non, qu’il ne s’arrêterait que lorsqu’il aurait fait la preuve de son innocence.

 

Reste que la perspective de passer plusieurs années en prison l’aura fait réfléchir ; ses avocats, Ben Tzur, Amit Hadad et Michael Rabilo étant tous favorables à un accord avec le parquet impliquant une reconnaissance de culpabilité. Bien que le brouillon de la négociation de peine actuellement en discussion prévoit plus de six mois de prison ferme, Avikhaï Mandelblit serait disposé à les commuer en travaux d’intérêt public.

 

Le recrutement d’Aharon Barak par le camp Netanyahu pour intercéder auprès du PG s’explique par la nécessité de voir l’accord de compromis soutenu par un magistrat de la stature de l’ex-juge réputé incorruptible.

 

Ceci, car de nombreux Israéliens, parmi lesquels des hommes de loi, des politiciens, des éditorialistes et des personnes appartenant à l’intelligentsia se dressent déjà contre toute hypothèse de négociation avec Netanyahu.  

 

A l’instar de l’ancien Premier ministre Ehud Barak, qui vient d’écrire dans une tribune : "Une "isskat tioun" avec Netanyahu est une honte pour des générations. Une question qui a soulevé une polémique publique aussi profonde, alimentée par une machine de propagande [du Likoud] bien huilée et bardée de fake-news, doit être clarifiée par une décision de justice, dans un sens ou dans l’autre".

 

Ils sont légions les Israéliens à partager ce point de vue, employant souvent des mots plus incisifs.

 

Il faut dire que le prédécesseur de Naftali Bennett à la résidence Balfour a précipité le débat politique dans le caniveau. Depuis qu’il a perdu son trône en juin dernier, l’opposition bibiste s’oppose systématiquement à tous les projets de loi, sabote le travail des commissions, se contentant d’invectiver les orateurs de la majorité en les couvrant d’injures.

 

La palme à David Amsalem, député du Likoud, ministre des Communications de 2019 à 2020, puis des Affaires attenantes au Cyber ainsi qu’au Digital de 2020 à 2021, sous Netanyahu. Amsalem a été recalé à l’examen d’entrée de l’organisation israélienne des charretiers, car il était largement trop grossier et qu’il criait trop fort.

 

Après qu’on lui a reproché de menacer de mettre les gauchistes en cage, il a répliqué : "D’après l’enregistrement, il est clair que je n’ai pas dit d’emprisonner les gauchistes dans des cages", a-t-il déclaré. "Ce que j’ai dit - et je ne m’en excuserai pas - c’est que, tout comme la gauche nous piétine actuellement dans les commissions de la Knesset, nous les piétinerons lorsque nous reviendrons au pouvoir".

 

Les ministres "à" Bibi !

 

A propos des juges : "Nous ferons adopter des lois dont ils ne se remettront pas avant 20 ans !", a déclaré Amsalem. "Afin de prendre le contrôle, nous allons supprimer le mot ‘justice’. Il n’existe plus !". Ce serait hilarant si c’était de l’humour…

 

Doudi Amsalem a aussi proposé d’ouvrir une seconde Knesset (parlement) qui sera dirigée par Netanyahu. Il a promis, en qualité de président de ce parlement de substitution, de ne pas accepter les gauchistes en séance plénière lorsque les bibistes reprendront le pouvoir, mais de les "envoyer directement dans "leur" Haute cour de Justice pour qu’ils aillent s’y plaindre".

 

Bibi et les bibistes ont un authentique problème avec l’injure politique. Pour l’ex-chef du gouvernement, tous ceux qui ne sont pas avec lui sont, par définition, des gauchistes. La semaine dernière, ce fut le tour d’Israël Katz, son plus fidèle lieutenant depuis des décennies, Katz a été le denier ministre des Finances du gouvernement Netanyahu sortant ; mais il a eu la faiblesse d’annoncer son intention de se présenter au poste de secrétaire général du Likoud.

 

Traiter Katz de gauchiste, c’est à peu près comme si quelqu’un avait, à l’époque, traité Edouard Balladur de gauchiste. Chaque fois qu’un journaliste lui a demandé ce weekend une réaction à ce propos, Katz n’a pu s’empêcher d’éclater de rire. Et les journalistes aussi.

 

Un autre bibiste atteint par la pandémie de l’insulte politique sous une forme aiguë est le chef du parti séfarade orthodoxe Shass, Arié Dery, la cheville ouvrière du groupe bibiste à l’Assemblée. Pour Dery c’était encore plus simple : toutes les personnes qui ne sont pas religieuses sont des gauchistes. Il l’a dit en pleine session : "laïc est le synonyme de gauchiste".

 

Heureusement pour Israël, Dery a passé une "isskat tioun" avec le Procureur Général fin décembre 2021. Il a abandonné son siège de député et accepté de payer une amende de 180 000 shekels (40 000 euros) en échange du privilège d’éviter une nouvelle assignation au pénal. En juillet 2018, alors que Dery cumulait les portefeuilles de ministre des Affaires Religieuses et ministre de l’Intérieur (!), la Police avait recommandé qu’il (son ministre de tutelle) soit poursuivi pour "fraude, abus de confiance, obstruction à une procédure judiciaire, blanchiment d’argent, ainsi que des infractions fiscales".

 

Binyamin Netanyahu n’avait cependant pas hésité une seule seconde à nommer Arié Dery à l’Intérieur pour la seconde fois de sa carrière, même si, à ce poste, il avait déjà été condamné à trois ans de prison en 2 000 pour avoir reçu des pots-de-vin et avait passé vingt-deux mois à l’ombre avant d’être libéré pour bonne conduite.

 

Il a fait d’Israël un cirque et des Israéliens des clowns. C’est pour cela que la majorité des gens éduqués s’opposeront à toute "isskat tioun". Parce qu’on est passé tout près d’une semi-dictature comme en Turquie ou en Russie, les extraits qui précèdent l’explicitent.

 

A la Ména cela ne nous avait pas fait particulièrement rire. Nous avons beau accueillir dans nos rangs toutes les sensibilités politiques, ne pas avoir de ligne éditoriale, nous avons tout de même certains dénominateurs communs. Minimaux mais solides. Nous sommes républicains, légalistes, pour l’Etat de droit et institutionnalistes. De vrais gauchistes, Doudi !!

 

Et pas uniquement pour Israël, partout, dans tous les Etats démocratiques ou ceux qui pourraient l’être : au Liban, en Turquie, en France (où l’on connaît de gros problèmes avec la séparation des pouvoirs), aux Etats-Unis, etc.

 

Au niveau des institutions d’un Etat de droit, on peut, évidemment tout critiquer. Mais ponctuellement, sans jamais généraliser ni jeter de fausses accusations. Pour dénoncer une hypothétique injustice, pour améliorer la justice, le débat parlementaire, la police ou la presse. Mais jamais pour accuser à tort, jamais pour détruire, comme l’a fait Binyamin Netanyahu en criant à tort au coup d’Etat, en fustigeant les procureurs, les juges et les policiers. Simplement pour éviter de devoir rendre compte de ses exactions.

 

Car désormais nous pouvons parler d’exactions, même si, au sens juridique du terme, la présomption d’innocence demeure jusqu’au prononcé d’une sentence. Mais jamais dans l’histoire de la justice un innocent n’a proposé une négociation de peine dans un Etat de droit. Au temps pour ceux qui nous ont insultés et menacés, hystériques, amsalemmiens, deryens, arguant que Netanyahu ne serait jamais inculpé, qu’il était innocent, qu’il ne passerait jamais en justice et qu’il ne serait jamais condamné. La demande qu’il a adressée au procureur – demandant précisément à être condamné ! - démontre au-delà du doute sensé que vous aviez tort et nous raison.

 

Ceux qui n’ont pas compris cela n’avaient plus leur place parmi nous et ils sont partis d’eux-mêmes, hurler avec les chiens à la tentative de putsch contre BN. S’essuyant les pieds sur notre légalité. Nous insultant en colportant les plus sales mensonges. Un pays, notre pays. Le rêve des Juifs qui arrivaient au bout du voyage à Auschwitz : un Etat juste, des députés et des juges juifs à Jérusalem ! Une armée et une police pour les protéger des monstres.

 

Aujourd’hui les bibistes sont seuls. Leur dieu vivant les abandonne pour ne pas purger sa peine. Et comme ils ont l’air bête. Et méchants. Et suicidaires. Et antisémites. Et anti-israéliens. Et anti-eux. Et nus !

 

Netanyahu quémande une transaction.

 

Son problème principal réside en cela qu’Avikhaï Mandelblit termine son mandat de Procureur Général le premier février prochain. Or ses avocats redoutent que son successeur (dont l’identité n’est pas encore décidée) ne soit pas intéressé par une négociation de peine. Le prochain PG, de l’avis des conseils, se rendrait l’existence plus facile en laissant la justice suivre son cours.

 

Mandelblit, général de réserve de Tsahal, bon exemple d’un homme religieux, sioniste, intègre, cultivé et intelligent, qui fut la cible des pires attaques et menaces ad hominem par l’officine de propagande de Netanyahu, apparaît désormais comme un magistrat s’étant montré bienveillant pour Netanyahu. Au point que c’est avec lui que l’on veut négocier.

 

Abandonnant tacitement ses accusations d’être l’une des têtes du putsch visant à le détrôner, l’ancien Premier ministre admet de facto que Mandelblit lui a laissé beaucoup de temps pour préparer sa défense, que ses actes d’accusation sont très équilibrés, qu’il ne s’est pas empressé de l’inculper, et qu’il l’a protégé jusqu’à ce jour de l’ouverture d’une procédure pénale dans la plus sérieuse des fautes dont Netanyahu est soupçonné, celle des sous-marins vendus à l’Egypte avec son accord.

 

Les bibistes peuvent raconter ce qu’ils veulent, prétendre que le procureur s’est acharné contre leur idole pour des motifs personnels ou politiques tient simplement de la calomnie.

 

En clair, le PG sortant ne veut pas que Netanyahu aille en prison, mais, au vu des fautes qu’il a commises et qu’il ne conteste plus, des dégâts qu’il a infligés à l’Etat d’Israël et à ses institutions, du coût des quatre consultations électorales qu’il a convoquées uniquement pour tenter de sauver sa peau, des murailles de haine qu’il a très intentionnellement dressées entre ses administrés, que le mari de Sara quitte la vie politique et n’y revienne plus !

 

Pour ces raisons, Mandelblit a défini plusieurs conditions planchers dans la conduite des négociations. Pour un autre motif également : si les termes de l’"isskat tioun" semblaient trop bienveillantes face aux fautes dont Bibi doit actuellement répondre devant le tribunal, il ne fait aucun doute que des groupes de défense de l’Etat de droit saisiraient la Haute cour de Justice avant même la publication de l’accord de négociation de peine. Au risque de le faire capoter. De dépasser les quinze jours restants pour le finaliser sous l’autorité de M. Mandelblit.

 

La première condition plancher réside en cela que l’infraction de corruption tombera dans les affaires 4 000 (avoir outrageusement favorisé la société BEZEQ au détriment des intérêts du pays) et 1 000 (avoir bénéficié des largesses des milliardaires Arnon Milchan et James Packer à raison de 230 000 euros) mais qu’à sa place, Netanyahu devra plaider coupable pour les infractions d’escroquerie et abus de confiance.

 

Quant à l’affaire 2 000 (le pacte entre Netanyahu et Mozes, le patron du quotidien Yedioth Akharonoth), le parquet serait disposé à passer l’éponge.

 

Seconde condition : l’emprisonnement. L’accusation et la défense s’accordent sur une peine de prison ferme, mais qui sera commuée en travaux d’intérêt général.

 

Troisième condition : le bureau du Procureur exige que les peines soient assorties de la clause d’indignité [héb.: kalon], et que l’emprisonnement prononcé dépasse les trois mois. De ce fait, Netanyahu devra démissionner de son fauteuil de député et ne pourra pas briguer de poste dans la fonction publique durant sept ans. Ce qui le mènerait à l’âge de quatre-vingts ans, et partant, le tiendrait en principe hors de la politique.

 

Pour le moment, les conseils de l’ex-chef de l’exécutif israélien n’acceptent pas cette condition. Ils proposent de stipuler dans l’accord que les parties ne se sont pas entendues à son sujet et qu’il appartiendra à un tribunal de se prononcer ultérieurement au cas où Netanyahu désirerait occuper une position dans la fonction publique.

 

Cette formule est inacceptable pour Avikhaï Mandelblit qui ne transigera pas à ce propos. Pour les deux raisons que j’ai énoncées précédemment : c’est contraire au principe cadre qu’il s’est fixé pour cette négociation, et cela ne passerait pas la rampe d’un appel auprès de la Haute cour de Justice.

 

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La guerre entre le Hezbollah et Israël n’est pas une certitude (021401/22) Version imprimable
Analyse
vendredi, 14 janvier 2022

 

Par Michaël Béhé à Beyrouth


La Ména jouit d’une grosse audience au Liban ainsi que d’un grand capital de confiance. Quelle que soit la communauté à laquelle on appartient, on sait qu’à l’agence de presse de Métula, on ne parle pas pour ne rien dire, et que nous jouissons de la plus complète liberté éditoriale.

 

Ces dernières semaines, un article a été particulièrement discuté dans les partis politiques, au sein de l’Armée libanaise, à la tête des milices et particulièrement du Hezbollah, ainsi qu’au palais présidentiel de Baabda. On sait que le Président Aoun est un lecteur assidu de nos articles.

 

L’article-analyse en question, daté du 26 décembre dernier, est signé par mon ami et rédacteur-en-chef Stéphane Juffa et il s’intitule "Iran-Israël : les épées sont tirées".

 

Ce qui a particulièrement retenu l’attention des divers responsables libanais, ce sont les déclarations du nouveau chef de l’Armée de l’air israélienne, le Major-général Tomer Bar.

 

On sait bien à Beyrouth que dans la situation qui prévaut tous les camps ont largement recours à l’intox, et nos amis du Sud ne dérogent pas à cette habitude. Reste qu’il ne nous est pas possible de passer sur les propos de ce général comme s’ils étaient sans conséquences.

 

Tomer Bar, cité par la Ména, émet ainsi trois affirmations dans cet article, dont l’authenticité ou non va conditionner rien de moins que la survie de notre pays et la sécurité physique de nos proches. Vous concéderez avec moi que ce n’est pas rien. Particulièrement lorsque cela provient d’un haut responsable militaire d’un pays qui n’a pas pour tradition de lancer des menaces irréfléchies.

 

L’Etat hébreu à ce propos n’est ni la Théocratie chiite ni le Hezbollah.

 

La première affirmation du général concerne sa conviction déclarée qu’en cas d’opération militaire des Israéliens contre l’Iran, le Hezbollah ouvrirait automatiquement un nouveau front contre eux à partir du Liban.

 

Voici les termes utilisés par le Général Bar, rapportés et traduits par la Ména : "Je dois supposer qu'il [le Secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah] sera automatiquement à fond. Cela fait 30 ans qu'il attend cet ordre et il n'y a aucun moyen d’imaginer qu'il ne soit pas là et avec la plus grande intensité. Nous devons nous y préparer".

 

Le problème avec cette déclaration consiste en cela que, selon mes sources dans le giron du Hezb., on n’a pas du tout décidé d’entreprendre un conflit avec Tsahal en cas de bombardement par les forces de Jérusalem des installations nucléaires iraniennes.

 

J’ai notamment un ami d’enfance chiite (ce n’est pas exceptionnel, nous vivons dans le même pays), qui occupe une position importante dans l’organisation terroriste, qui sait que je participe à la Ména, qui la lit aussi régulièrement, et, qui a confirmé mes doutes.

 

Selon lui, Nasrallah n’a pas arrêté de décision en ce sens. La tendance générale autour du Sayyed [c’est ainsi que l’on appelle au Liban le chef du Hezbollah. Il s’agit d’un titre honorifique qui signifie littéralement seigneur, maître ou prince. Ndlr.] serait plutôt et pour le moment de s’abstenir d’entrer en conflit avec Tsahal.

 

"Nasrallah n’est pas un aventurier", me rappelle mon ami, "c’est plutôt un joueur d’échecs. Il est très au courant de l’immense déséquilibre dans son rapport de force avec Israël. Il sait ainsi qu’en cas de conflit généralisé entre son organisation et les Juifs, cela se terminerait par la dislocation du Hezbollah, des milliers de morts, et que cela laisserait la minorité chiite sans défense, non seulement face aux Israéliens, mais également contre les autres composantes libanaises qui sont toutes très remontées contre nous.

 

Les chances pour que nous gagnions cette guerre, que nous parvenions à repousser, même partiellement, l’ennemi ou que nous survivions à un tel conflit sont absolument nulles", poursuit mon interlocuteur ; "dans ces conditions un sacrifice ne servirait à rien, pas plus aux chiites libanais qu’aux Iraniens, et Nasrallah n’est pas suicidaire".

 

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Le président du Conseil exécutif du Hezbollah, Hachem Safieddine

C’est le successeur pressenti d’Hassan Nasrallah, celui qui mène la charge contre les Saoudiens

et le coup d’Etat permanent contre les autres Libanais représentant 65 % de la population

 

Mon ami du Hezbollah me fait remarquer que, "par le passé, quand Téhéran avait déjà demandé à Nasrallah de provoquer les Israéliens, notamment durant les guerres à Gaza, le Sayyed ne s’était pas exécuté. Nous ne sommes pas totalement aux ordres de Khameneï", insiste le subordonné de Nasrallah, "nous disposons de l’indépendance nécessaire pour refuser des injonctions suicidaires".

 

Ce qu’il y a d’intéressant dans les dires de mon ami chiite, c’est qu’il est vérifié qu’en plusieurs occasions, le Hezb n’est pas intervenu contre Tsahal alors que les ayatollahs l’en avaient prié.

 

Plus encore, je tiens de plusieurs sources crédibles que Hassan Nasrallah a déclaré en plusieurs occasions que s’il avait su, en juillet 2006, à l’occasion de la Seconde Guerre du Liban, qu’Israël répliquerait par un conflit généralisé, il se serait abstenu de tendre un guet-apens à une patrouille frontalière israélienne. Une attaque spontanée qui s’était soldée par la mort de dix militaires hébreux lors de l’embuscade, suivie de celle d’au moins huit cents miliciens du Hezb., neuf cents activistes chiites, et deux cents civils libanais collatéraux, pour la plupart chiites également.

 

Le Secrétaire général de la milice terroriste chiite s’attendait, selon ses affirmations, à une simple riposte aérienne sur ses positions, pas à une guerre.

 

Cela aussi c’est crédible, Stéphane Juffa et Jean Tsadik nous ayant souvent expliqué qu’il participait d’une faute stratégique grave de se lancer dans un conflit armé si on ne l’a pas décidé soi-même, sur la base d’une provocation de l’adversaire.

 

D’ailleurs cette guerre s’était conclue sur un succès mitigé d’Israël, qui compta tout de même cent-soixante morts, dont quarante-quatre civils.

 

Un autre élément entre dans ma réflexion m’amenant à croire que le Sayyed n’a effectivement pas décidé, pour le moment, d’une entrée en guerre automatique en cas de conflit armé entre Israël et l’Iran : le fait que mon ami n’aurait strictement aucun intérêt à m’inciter à croire à l’ouverture automatique de la Troisième Guerre du Liban dans ces conditions. Ce, car cela ne changerait rien du tout dans les préparatifs israéliens ; Tsahal se conditionne de toutes façons à une guerre totale avec le Hezbollah. Ce d’autant plus que l’Armée israélienne n’a pratiquement pas besoin d’infanterie pour s’attaquer aux infrastructures persanes. Les fantassins sont disponibles pour éradiquer le Hezb.

 

Ce qui m’a aussi été confirmé par cet ami est que la direction de la milice chiite prend très au sérieux les capacités de commandement du chef d’état-major de Tsahal, le Général Aviv Kokhavi. Au Liban comme en Iran, on sait pertinemment qu’on ne doit pas comparer Kokhavi au chef d’état-major de 2006, Dan Khaloutz. Non plus que l’équipe aux affaires à Jérusalem, qui compte deux grands ex-chefs de guerre, en les personnes de Benny Gantz et de Yaïr Golan [vice-ministre de l’Economie], avec celle du Premier ministre de 2006, Ehud Olmert.

 

Nasrallah et ses mentors perses savent que la révolution tactique Momentum [Tnoufa en hébreu. Ndlr.] qu’a conduite Kokhavi n’est pas du bluff, et que l’avertissement lancé par le chef de l’Aviation de noyer le Hezb sous un déluge de feu est très sérieuse.

 

C’est la seconde affirmation de Bar qu’avait rapportée la Ména dans son article du 26 décembre. Et à Beyrouth, personne ne doute qu’en cas de conflit, les Libanais seraient exposés à la force de destruction la plus efficace à laquelle nous ayons eu à faire face.

 

Les dégâts qu’elle occasionnerait, surtout aux zones chiites, ainsi qu’aux infrastructures du Liban seraient cataclysmiques. Tandis que nous sommes plongés dans la pire crise économique de notre histoire, que les professeurs d’université en sont réduits à faire les poubelles pour manger, mes compatriotes ne pardonneraient jamais au Hezbollah de les avoir menés en enfer pour satisfaire les besoins tactiques de l’Iran dont ils n’ont rien à faire.

 

Je suis prêt à parier le peu de biens qu’il me reste que si la milice de Nasrallah attaquait Israël, et qu’il restait des miliciens vivants après l’apocalypse, les autres rescapés libanais en feraient de la charpie. J’ai proposé ce pari à mon ami du Hezbollah, il ne l’a pas relevé, et son lourd silence disait qu’il était d’accord avec ma prévision.

 

La troisième affirmation de Tomer Bar consistait en la déclaration du général selon laquelle, en cas de conflit au Liban, Israël procèderait à une opération terrestre.

 

Au Liban nous ne le savions pas, c’était uniquement dans l’ordre des hypothèses. Nous savons que nos voisins du Sud ne sont d’ordinaire pas favorables à l’envoi de soldats dans le pays aux cèdres. La dernière fois, ils ont eu toutes les peines du monde à rentrer chez eux.

 

Si ce qu’a certifié le Général Bar n’est pas le fruit d’une intox, cela signifierait que les Israéliens sont terriblement décidés lorsqu’ils annoncent qu’ils rechercheront "une victoire nette cette fois, dans un délai plus court et avec le moins de pertes possibles".

 

Ce, "car il n’existe pas d’autre moyen de terrasser définitivement le Hezbollah", avait expliqué le chef des aviateurs à l’étoile de David, "parce qu’à partir de maintenant, nous ne sommes plus dans les tergiversations".

 

Je ne suis tout de même pas totalement convaincu. Où s’arrêteraient-ils ? Selon quels critères ? Sont-ils prêts à envoyer entre cinquante et soixante-dix mille soldats pour démembrer le Hezbollah ? Et à en laisser la moitié chez nous durant des mois voire des années ?

 

Sont-ils incapables de désosser le Hezb. simplement par la voie des airs et en recourant à leurs forces spéciales pour des opérations coup de poing ?

 

Le Hezbollah dispose selon mon décompte de quinze mille miliciens et de quinze mille réservistes. Au total, il doit avoir environ deux mille hommes bien entraînés et équipés, pouvant donner du fil à retordre à Tsahal. Ce n’est pas grand-chose face à une armée qui peut, si nécessaire, aligner un million de soldats. Mais la conquête du Liban pourrait coûter aux Israéliens la vie de trois à sept cents militaires. Est-ce que ce sacrifice en vaut la chandelle ? La société civile des Hébreux est-elle prête à subir ces pertes ?

 

Je n’en sais rien, mais j’avoue que j’en doute.

 

Et ensuite, avec qui Jérusalem négocierait-elle ? Sous quelles conditions retirerait-elle se troupes ? Qui fournirait les garanties ?

 

Au Liban, beaucoup de gens espèrent une intervention terrestre des Israéliens. Dans les pays arabes aussi. Le Roi d’Arabie Saoudite Salmane ben Abdelaziz a qualifié en décembre le Hezbollah de "terroriste", et en cela, il représente l’ensemble du monde arabe.

 

Son ambassadeur à Beyrouth, Walid Boukhari, a estimé jeudi dernier que le parti chiite représente "une menace pour la sécurité régionale", il a appelé les autorités libanaises à "mettre fin à l’hégémonie du Hezbollah sur tous les domaines de l’Etat".

 

Le Premier ministre Nagib Mikati et le ministre de l’Intérieur Bassam Maoulaoui, tous deux sunnites, se sont désolidarisés de la riposte verbale des responsables chiites contre Riyad. Cela a amené le Hezb., extrêmement fébrile par les temps qui courent, à montrer son vrai visage.   

  

Ainsi, et ce n’est qu’un exemple, le Cheikh Ghazi Honeini, chiite affidé de Nasrallah, s’est adressé en ces termes au ministre de l’Intérieur : "Monsieur le ministre, votre attitude ne vous permettra pas de briguer le poste de chef de gouvernement à l’avenir. C’est l’existence de la Résistance [le Hezbollah. Ndlr.] qui est déterminante pour la désignation des Premiers ministres au Liban et pour la formation des gouvernements".

 

C’est le coup d’Etat permanent. Les trente-cinq pour cent de chiites que compte le Liban imposent leur loi au reste de la population, par la violence et la menace de leurs armes.

 

Mais cela va plus loin : l’Arabie Saoudite et le monde arabe ne nous sauveront pas de notre situation économique tant que c’est l’Iran qui gouverne en réalité notre pays par l’entremise de ses supplétifs du Hezbollah. Ce qui fait que les sunnites, les chrétiens et les Druzes sont pris en tenaille entre la Mafia de Nasrallah qui les tient en joue et leurs frères arabes, qui sont prêts à leur lancer des bouées de sauvetage mais pas si elles peuvent aider les Iraniens à réaliser leurs objectifs.

 

C’est sans issue, et c’est pour cela que la majorité des Libanais prie pour une intervention des Israéliens. Il se dit même que l’Eglise maronite voudrait que Jérusalem annexe la majorité de notre territoire et de notre population. Par le passé, Bkerké [la localité située à 25km au nord de Beyrouth qui accueille le patriarcat maronite] avait même envoyé des émissaires à Jérusalem afin de plaider en faveur de cette solution. Mais elle n’avait pas intéressé les Israéliens et ne les intéressera pas davantage aujourd’hui.

 

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Un bâtiment du Hezbollah saute au Liban-Sud (011401/22) Version imprimable
Breaking News !
vendredi, 14 janvier 2022

 

© Metula News Agency

 

Dernières heures : hier matin (jeudi), une violente explosion s’est produite dans le village d’Homin al-Fawqa au Liban-Sud, à 17km au nord de la rédaction de Métula, le point le plus proche sur le territoire israélien, et à 42km au sud de Beyrouth.

 

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Service cartographique © Metula News Agency

Base : Google Earth Pro

 

C’est un centre militaire du Hezbollah qui a été totalement détruit. Des miliciens de l’organisation terroriste chiite se sont précipités sur les lieux pour boucler le périmètre afin d’empêcher les gens de s'approcher et, accessoirement, d’éteindre l'incendie.

 

Le Hezb a tenté de faire croire que c’était un "appartement" attenant à l’un de ses services sociaux qui avait subi un incident.

 

La photo suivante, prise à une distance respectable d’Homin al-Fawqa, démontre à elle seule que la milice commandée par Hassan Nasrallah ment.

 

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Visite au musée d’une France conditionnée (010101/22) Version imprimable
Analyse
dimanche, 09 janvier 2022

 

Par Bruno Wajskop

 

Note bio : Bruno Wajskop (1965) est éditeur (art contemporain, sciences humaines). Il vit à Bruxelles et travaille à Bruxelles et Paris. Il est l’auteur de plusieurs romans, dont La Force du crabe (Le Bord de l’eau), Funny Reich (Marque Belge), 1995, On n’est pas sérieux quand il y a 17 ans (Cécile Defaut)

 

 

Vitry-sur-Seine. L’avenue Robespierre, qui mène à la Place de la République, est aussi déserte qu’un boulevard à Pyongyang, à peine animée par les files devant un centre de test Covid.

 

Décor idéal pour s’immoler par le feu. Ça ne servirait à rien, on m’aura vite oublié. Pourquoi se tirer ainsi une balle dans le pied ?

 

Alors que je m’apprête à entrer dans le Musée d’art contemporain du Val-de-Marne, le MAC VAL (seul musée exclusivement consacré à la scène artistique en France depuis les années 1950. www.macval.fr), pour y rencontrer professionnellement, en tant qu’éditeur, un curateur et critique d’art.

 

Je ne sais pas encore qu’une fois de plus, une fois de trop, je vais faire l’expérience du silence obligé, silence sur mes origines, obligé de me taire face à une tornade de propagande anti-israélienne d’Etat. Faire savoir, en ce lieu, que je suis juif, que je défends le droit d’Israël à exister et à se défendre, retoquer des mensonges historiques serait suicidaire. Le suicide attendra. Ce témoignage, cependant, risque d’avoir des répercussions indémontrables sur ma carrière d’éditeur.

 

Il m’arrive souvent de dire que le conflit israélo-arabe (mais israélo-mondial conviendrait peut-être mieux), je m’en tamponne. Les prix de l’immobilier en Israël, le manque d’espace, les complexités administratives et la dureté en affaires, ajoutés à une dyslexie qui me rend l’apprentissage de l’hébreu particulièrement ardu, ont eu raison de mes désirs d’Alyah [l’immigration d’un Juif en Israël. Ndlr.]. Ce pays n’est pas le mien, et si la critique d’un Etat devait être un moteur à mon existence, le carburant que m’offrent la Belgique, où je réside, et la France, où je travaille, surpasserait mes besoins.

 

Ce que je ne souffre pas, en revanche, ce sont les mensonges de la presse, la propagande des media et des Etats, le formatage des esprits, le prêt-à-penser. L’Histoire est déjà un mensonge, n’en rajoutons pas.

 

Bien que l’ère Netanyahou nous a montré qu’Israël était capable de fourbir ses armes en matière de storytelling — l’intérêt personnel serait-il plus efficace que le sens de l’Etat ? — la propagande israélienne reste très en-deçà du fantastique « travail » accompli au nom du peuple palestinien et de ses souffrances. « De toute façon ils ne nous aiment pas » semble être, pour les Israéliens, un mode de fonctionnement qui permet de se soucier de ses enfants en se lavant les mains de l’opinion internationale.

 

C’est à une démonstration du pouvoir de conviction (et de sape) entrepris dans l’intérêt de la cause palestinienne, que je vais avoir droit en visitant la grande exposition muséale consacrée à l’artiste palestinien Taysir Batniji, né à Gaza en 1966.

 

L’artiste est libre : d’interpréter la métaphysique, de représenter les corps, la science, les étoiles ou l’histoire comme il l’entend, et tant mieux. Il faut se réjouir de voir des artistes Palestiniens, au même titre d’ailleurs que des Kazakhs, des Mauriciens ou tout créateur issu d’autre part que des grandes capitales mondiales, occuper l’espace et les musées.

 

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Personne ne peut nier les difficultés que vivent les Palestiniens, personne n’a le droit d’empêcher un artiste de s’inspirer de la souffrance de son peuple pour créer, et celui qui parvient à sortir son art de Gaza pour le voir exposé dans de grandes manifestations telles que celles d’Arles (Rencontres de la photographie, 2018), ou de se voir accorder un gigantesque espace d’exposition dans un des plus grands musées de France mérite tous les éloges, c’est une excellente nouvelle.

 

Voilà aussi une parfaite occasion, me dis-je en commençant ma visite accompagné par Julien Blanpied, co-commissaire, d’enfouir cette ridicule et détestable propension essentialiste à devoir être soit pro-les uns, soit pro-les autres, voilà une excellente occasion de regarder de l’art et de s’en tamponner une bonne fois pour toutes de ce conflit. Art Macht Frei.

 

Les premiers mots de Julien Blanpied, devant la première œuvre, me parlent d’occupation, d’oppression, de barbarie israéliennes à Gaza, de terre volée, etc… Je tente un petit éclaircissement sur l’histoire de Gaza et de l’Egypte, mais je sens bien que ce n’est pas le moment, nous continuons donc notre visite.

 

En termes d’esthétique et de qualité créative, je me méfie des jugements hâtifs, surtout des miens. J’ai la vague impression de contempler les œuvres d’un étudiant en première année des Beaux-Arts, mais il faut prendre le temps de la réflexion.

 

Les œuvres exposées comprennent une série de captures d’écrans « où le visage de l’autre (ici, sa mère, décédée depuis) est détruit, déformé, flouté, témoignent des conversations téléphoniques de Batniji avec sa famille via Whatsapp, liaisons que l’armée israélienne ralentit et brouille pour perturber les communications entre les indigènes prisonniers à l’intérieur du ghetto et les exilés, libres et tristes » (Le Monde, 24/3/21).

 

Plus loin, un accrochage de cadres blancs desquels il faut s’approcher pour y découvrir des visages finement gravés ; dans un coin, un paquet de rouleaux de toiles embobinées sur lesquelles le mot « inflammable » apparaît.

 

L’installation Hannoun, assez jolie mais déjà tellement vue, est faite d’un sol recouvert de pelures de crayons rouges taillés, figurant un champ de coquelicots — « fleur qui évoque aussi les soldats tombés au champ d’honneur », dixit Le Monde, dans ce qui semble être leur définition de l’honneur.

 

Autant prévenir : il n’y a dans cette exposition aucune allusion, aucune représentation, pas même une évocation d’une roquette ou d’un tireur embusqué Palestinien. Le sniper est, par définition, israélien.

 

Voici Bruit de fond (2007), installation vidéo. L’écran est blanc lorsque je passe devant lui, mais la bande son est un enregistrement où l’on entend au loin des bruits d’explosions. A l’entrée de la salle de projection, ces quelques phrases apposées sur le mur sont la reproduction de la réponse publiée dans la presse d’un aviateur israélien à la question « Que ressentez-vous lorsque vous lâchez une bombe ? » : « Une vibration sous l’aile de mon avion » (de mémoire). Là encore, on ne peut pas à la fois défendre le droit à la caricature et interdire les raccourcis décontextualisés.

 

La visite est ponctuée des termes oppression, barbarie, violence, occupation, colons, colonisateurs, expulsés, nakba. Je ne m’attarderai pas sur les inévitables néons (les mots arabes thawra et tharwa, si semblables, dont l’un signifie « révolution », l’autre « fortune ». Ils trouveront peut-être leur place dans le Palais de Mahmoud Abbas) ni sur les variations sur le thème du zéro, si… originales, et encore moins sur thème de l’absence, traité d’une façon que je préfère ne pas catégoriser, bien que je l’ai déjà si souvent vue, parce que si j’édite des livres d’art, c’est à ma place, et pas à celle du critique, qui souvent m’éclaire et me permet de définir mes choix éditoriaux.

 

Le choix contemporain des thèmes du marché de l’art m’a été résumé par Julien Blanpied : identité, genre, colonialisme. C’est à cela qu’on travaille et que travaillent les artistes qui ne traitent pas d’écologie. Je me mets donc à l’abri de toute critique en usant de l’arme imparable de la sincérité : je revendique une ringardise supposée, je tais mes propres flammes révolutionnaires : je m’intéresse surtout à la peinture. J’aime les grands peintres actuels et la manière dont ils existent dans l’histoire de la peinture. Ça me regarde.

 

Voilà donc la mise en scène par l’Etat français de l’œuvre d’un artiste Palestinien. Je commence à avoir de la pratique, j’ai passé il y a peu d’excellents moments avec un autre artiste, de Sabra et Chatila, lui, délicieux, charmant, très drôle et généreux, dont une importante partie du travail est constituée de fils de fer barbelés.

 

En fin de visite, je me vois offrir un catalogue de l’exposition, qui sera close ce 9 janvier, et je m’empresse à mon retour de « vérifier » si, par écrit, on en parle de la même façon.

 

L’introduction du catalogue est de bonne facture, rédigée par Alexia Favre, la directrice du MAC VAL, qui y fait parfaitement son travail avec la distance idoine et un souci digne par rapport à l’œuvre et à l’artiste.

 

La suite est plus compliquée et est en totale contradiction avec les intentions affichées par le Président Macron en matière de respect d’Israël et d’interdiction de le boycotter en tant qu’Etat. Pourquoi je vous prie, cette revendication présidentielle ? Parce qu’il devient aussi évident que le nez au milieu du visage, que c’est bien le Juif en tant qu’Etat qui est boycotté.

 

Le catalogue  (isbn 978-2-900450-12-3, 25€, éditions du MAC VAL) contient les textes des deux commissaires, Frank Lamy et Julien Blanpied, qui m’a fait l’honneur de la visite, un long entretien avec Taysir Batniji, l’artiste, un texte formel et didactique du très professionnel critique d’art Antonio Guzmàn, ainsi qu’un conte de Buce Begout et un texte sur Taysir Batniji sous la plume de Marie-Claire Calos-Tschopp.

 

Florilège.

 

Page 7, Frank Lamy « (L’artiste) ne donne pas de leçon, ne dit pas ce qu’il faudrait faire ni ce qu’il faudrait penser ».

 

Entretien avec Taysir Batniji réalisé avec Julien Blanpied, extraits : « Je suis né quelques mois avant la guerre de 1967 et l’occupation par Israël de Gaza et de ce qui reste de la Palestine après la Nakba (…) A l’université, j’ai découvert le journaliste et écrivain Ghassan Kanafani, assassiné à Beyrouth par le Mossad en 1987 ».

 

Rappelons ici que Kanafani n’a pas été éliminé en tant que journaliste ni en tant qu’auteur, mais qu’il était le porte-parole du FPLP qui venait de revendiquer le massacre de l’aéroport de Lod en Israël (30 mai 1972, perpétré par l’Armée roue japonaise au nom du FPLP — prémices de la sous-traitance mondialisée —, 26 morts, 80 blessés).

 

« La première fois que j’ai donné à mon travail une dimension politique, c’était (…) en 1987, la veille de la première Intifada. Un geste qui a sans doute été exacerbé par la mort de mon frère, tué sous mes yeux par un sniper israélien ». Je ne me suis pas documenté sur cet événement mais je suppose qu’il n’a pas été visé en sortant de sa douche.

 

« Quand je pense que la grande exposition “Face à l’histoire 1933-1996 — L’artiste moderne devant l’événement historique” ne compte pas une seule œuvre en rapport avec la Palestine (…) et qu’elle cite Israël à deux reprises, en 1948 et en 1967, date de la Guerre des Six Jours à la suite de laquelle l’armée israélienne victorieuse occupe Gaza, la Cisjordanie, mais jamais la Palestine, dont la reconnaissance a pourtant été votée dans le plan de partage de la résolution 181 de l’ONU. Cette amnésie me sidère ».

 

L’amnésie de l’artiste, suite justement aux « événements » qui ont suivi le vote de cette résolution, me sidère tout autant.

 

Il est possible que je sois moi-même conditionné par une propagande choisie, qui me pousse à croire, peut-être à tort, que les Arabes ont refusé le plan de partage de l’ONU et qu’ils ont sans cesse refusé toutes les propositions qui leur ont été faites de créer un Etat palestinien. J’ai pu voir récemment une photo du président de l’Autorité Palestinienne poser devant une sculpture représentant la Palestine « toute entière », le rêve d’un Etat sans Israël, mais passons.

 

Un catalogue d’exposition dans un musée d’Etat, financée par de l’argent public et sans le moindre appareil critique, est-il encore un catalogue d’exposition ?

 

Je rejoins cependant Batniji lorsqu’il déclare que « Bien que la Palestine soit un thème politique, elle est aussi un sujet humain, tragique ». Mais je doute dès qu’il ajoute : « Même lorsque le thème est politique, il ne faut pas écrire de manière politique. J’ai toujours mis un point d’honneur à ce que l’on ne me perçoive pas exclusivement sous le prisme politique de l’artiste “porte-parole” de la Palestine ».

 

L’intention de Batniji, ce signataire de la pétition s’opposant à la définition de l’antisémitisme par l’IHRA [l’Alliance internationale pour la mémoire de l'Holocauste] et défenseur déclaré du BDS [Boycott, Désinvestissement et Sanctions est une campagne qui vise au boycott d'Israël] est louable, mais la ficelle est un peu grosse. D’autant qu’il est également membre de l’association Artists for Palestine UK, qui se réjouit du boycott du Festival de danse de Sidney, au prétexte que la performance de la Tel Aviv’s Dance company a bénéficié du soutien de l’ambassade d’Israel. Deux poids, une même démesure.

 

Pourtant, Batniji nous dit que ses origines ne lui rendent pas la vie si facile : « En France, exposer un artiste palestinien revient à prendre parti pour la cause » (La cause, ça ne vous rappelle pas l’Italie ?). « Je me souviens (…) du scandale médiatique suscité par la réaction du Crif à l’exposition “Foyer Fantôme” de la photographe palestinienne Ahlam Shibli au Jeu de Paume ! ».

 

Eh bien, si un photographe venait à exposer des clichés de Marc Dutroux dans une école, comment réagirait-on ? L’exposition en question présentait notamment 68 clichés montrant comment sont honorés à Naplouse les terroristes ; particulièrement ceux qui se sont illustrées dans des attentats suicides, morts durant le conflit.

 

Mais à l’époque, la réaction de la ministre de la Culture, Aurélie Filipetti, a au moins été d’exiger qu’une mise en garde soit affichée à l’entrée du Jeu de Paume. Le catalogue de Taysir Batniji, 304 pages grand format, encre argentée sur la couverture, soutenu par le Préfet de la Région IDF (il ne faut pas y voir ici les initiales de Israel Defense Forces) et le département du Val de Marne, ne bénéficie d’aucun avertissement.

 

Le catalogue redonne ensuite la parole au co-commissaire Julien Blanpied : « L’élection de Donald Trump a attisé les braises brûlantes du conflit. En 2019, le blocus aérien, terrestre et maritime imposé illégalement par Israël sur la bande de Gaza se poursuit ».

 

Il faut encore rappeler que ce texte provient d’un catalogue d’exposition officiel, pas d’une analyse géopolitique ni d’un spécialiste du droit international, et que l’auteur semble ignorer la participation de l’Egypte au blocus de Gaza, et ce qui l’a déclenché. Il connaît pourtant le nom de l’opération Plomb Durci, mais je pense qu’il est persuadé qu’elle a été déclenchée intentionnellement pour le plaisir de nuire. Nous savons qu’ils mentent, ils savent…

 

Je conclurai la série d’extraits par ce passage incroyable mais pourtant vrai du texte de Marie-Claire Caloz-Tschopp, et on ne s’étonnera dès lors plus d’en entendre de semblables dans les radios nationales : « Un peuple, les Juifs, au nom de l’émancipation moderne, a été privé d’appartenance politique en Europe et, dans des circonstances historiques données, soumis à une extermination de masse et il tente à son tour de rayer de la carte un autre peuple ».

 

En 60 ans de politique en France, on est passé du « Je vous ai compris » à « Je vous emmerde », et la synthèse des deux se résume désormais à « Ce peuple d’élus fiers et dominateurs, je les emmerde ».

 

Les juifs tentent à leur tour de rayer de la carte un autre peuple. Ali Khamenei, sors de ce corps ! Si ce n’est pas un appel au meurtre émis dans un musée visité par des enfants… Au moins, quand on accusait les Juifs de déicide, était-on réconforté par l’idée qu’il existait aussi des athées et des agnostiques avec qui on pouvait parler cuisine et cinéma. Quel tour de force d’avoir ainsi réussi à concentrer sur les seuls Juifs tout le tort fait aux Palestiniens, jusqu’à en effacer le mal fait aux Palestiniens par leurs propres dirigeants, ceux élus autant que ceux qui ont pris le pouvoir par la force, sans même parler des pays qui leur font subir un apartheid bien réel…

 

Pour en revenir aux auteurs du catalogue, à ce niveau, et vu que ces gens sont tous plutôt agréables, cultivés et de bonne composition, même si l’on peut discuter de leurs choix esthétiques, je ne vois qu’une possibilité : ils sont convaincus de ce qu’ils disent. Julien Blanpied n’est pas un salaud (on le sent trépigner d’une rage non feinte quand il met le doigt sur « l’occupation et la barbarie »). Ils sont convaincus, et comment ne le seraient-ils pas, puisqu’on les y encourage. La seule lecture des compte rendus de l’exposition dans la presse donne à Blanpied un blanc-seing.

 

Le Monde, 24/3/21 : « Ce n’est jamais un travail militant, il n’y a là aucune violence visible, sinon celle subie en silence. Ce n’est en fait que la vie toute simple, trop rarement chantée dans ces territoires meurtris. Comme sont meurtries les maisons détruites par les bombes israéliennes et présentées sous forme tristement ironique dans un agencement évoquant la vitrine d’une agence immobilière ».

 

A ce compte-là, et à traiter la façon dont ils sont morts, les Frères Kouachi ont aussi été meurtris.

 

« Dans la série des Watchtowers, images à la Becher des miradors de l’armée d’occupation, photographiés à la va-vite, clandestinement (en courant le risque d’être victime d’un sniper militaire) » (La série et les photos datent de 2008. Le terme d’armée d’occupation est donc parfaitement inadéquat).

http://www.taysirbatniji.com/fr/project/watchtowers-2008-2/

 

Aidez-moi à réfléchir, les amis. Que faire, que dire ? On peut dire « non » sans le dire, il suffit de ne pas faire. On peut ne pas être d’accord et ne rien dire. L’Institution et l’art ont toujours eu partie liée. Se déclarer, émettre son opposition aux opinions et au récit de l’Institution est un choix risqué.

 

A me « déclarer », je deviens un ennemi potentiel. Blacklisté, annulé, portes fermées aux marchés publics, et allez essayer de prouver pour quelles raisons.. Mais l’art, heureusement, reste le travail d’individus. Je vous aurais bien invité à aller visiter l’exposition, c’est dommage, elle ferme demain.

 

Bonne année artistique 2022 !

 

 
Tant de haine, tant de déraison, tant de contrevérités ! (030601/22) Version imprimable
Réinformation
jeudi, 06 janvier 2022

 

Par Ilan Tsadik

 

Encore une dépêche biaisée à caractère antisémite de l’AFP ce matin, rédigée au mépris de la déontologie des journalistes, des faits et de la langue française.

 

L’agence gouvernementale française d’information a indiqué ce jeudi qu’ "un Palestinien" avait été "tué par l’armée israélienne en Cisjordanie".

 

On peut retrouver cette dépêche notamment sur le Figaro, commise "Par Le Figaro avec AFP" et sur Ouest-France, par "Ouest-France avec l’AFP".

 

Les liens :

https://www.lefigaro.fr/flash-actu/un-palestinien-tue-par-l-armee-israelienne-en-cisjordanie-selon-des-sources-palestiniennes-20220106

 

https://www.ouest-france.fr/monde/israel/un-palestinien-tue-par-l-armee-israelienne-en-cisjordanie-a5d98fe0-6ebd-11ec-a670-97ff7e2699e5

 

Ce câblogramme annonce que le Palestinien dont il est fait mention, "Bakir Hashash, 21 ans, originaire du camp de réfugiés de Balata, le plus grand de la Cisjordanie occupée, a été touché par balle à la tête lors d'une incursion de l'armée israélienne dans une zone à l'est de la ville de Naplouse pour procéder à des arrestations (…)".

 

A cette occasion l’AFP déroge à nouveau à nos règles professionnelles en ne privilégiant pas les qualités de l’individu en question – il s’agissait d’un homme armé -, ainsi que la raison pour laquelle il a succombé – il avait ouvert le feu sur des soldats israéliens.

 

Dans notre déontologie, les indications concernant la nationalité et la nature des blessures d’une personne sujette d’un article doivent être mentionnées à la suite des faits qui caractérisent l’incident narré dans la dépêche. La priorité doit être réservée à la description de l’incident et aux rôles tenus par ses protagonistes.

 

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Sic semper erat et sic semper erit

Cela a toujours été ainsi et cela le sera toujours

 

Par ailleurs, les soldats de la brigade territoriale de Samarie de Tsahal sont intervenus afin de procéder à UNE SEULE ARRESTATION ; celle d’un autre individu appartenant à une organisation terroriste palestinienne, reconnue comme telle par l’Union Européenne - dont la France, il semble nécessaire de le rappeler, fait partie intégrante - soupçonné de s’être livré à des activités terroristes.

 

Le suspect s’est rendu sans coup férir et sera déféré devant la justice – si l’enquête se termine par une inculpation - où il disposera d’un conseil de son choix afin d’assurer sa défense.

 

L’agence de presse officielle d’un Etat de l’UE est en principe censée se féliciter de la capture d’un individu suspecté de terrorisme, c’est-à-dire d’un personnage armé soupçonné de s’être attaqué à des civils.

 

D’autre part, la Cisjordanie est considérée comme "occupée" par un certain nombre de pays, mais comme faisant partie du territoire israélien par Israël, qui est l’un des protagonistes de ce différend essentiellement territorial.

 

L’AFP (et les media qui reprennent ses informations) dans un cas comme celui-là est censée indiquer les positions des deux parties à la dispute, sinon il s’agit de parti-pris en faveur des Palestiniens. Le fait que le gouvernement français considère que la Cisjordanie est un territoire occupé n’autorise en rien l’AFP et ses clients à omettre de stipuler la position de la partie israélienne. Cette omission constituant une atteinte supplémentaire à notre déontologie.

 

Ce qui est bien plus grave à ce propos consiste en l’application d’une règle d’exception condamnant exclusivement l’Etat hébreu en matière d’ "occupation". Après avoir dûment vérifié les faits, nous avons constaté que ces supports médiatiques ne mentionnent pas systématiquement la "Crimée occupée", la "partie Nord de Chypre occupée", le "Tibet occupé", etc. , dans leurs articles consacrés à ces territoires subissant comme la Cisjordanie la présence d’une armée étrangère.

 

Nous sommes ici en présence d’une exception à caractère antijuif, à moins que ces supports médiatiques soient capables de proposer une explication logique et solide à ce traitement différencié.

 

De plus, la dépêche de l’AFP indique que l’armée [israélienne] avait rapporté qu’ « Une victime a été identifiée », s’agissant du milicien mort après avoir tiré sur les soldats.

 

Il s’agit d’une citation absolument apocryphe de la part de l’AFP, endossée par les media qui ont rapporté cette "information" probablement sans la vérifier.

 

La Ména a obtenu le communiqué de l’Armée israélienne en hébreu et en anglais directement du bureau de son porte-parole. Voici son libellé :

 

"Lors d'une opération de la brigade territoriale de Samarie visant à arrêter un homme recherché dans la ville de Naplouse, des hommes armés ont commencé à tirer sur une force de Tsahal. Des combattants de Tsahal ont tué l'un des terroristes".

 

L’AFP a fait des citations bidouillées des sources institutionnelles israéliennes qu’elle cite une déplorable habitude. Ces malversations sont également constitutives de fautes professionnelles graves.

 

J’ajoute, dans un souci d’équité, que toujours selon notre déontologie, l’individu tué par la riposte des soldats de Tsahal n’était pas un terroriste. Les terroristes étant exclusivement des "individus armés s’attaquant systématiquement à des civils", selon la définition proposée par la Ména en 2004 et adoptée depuis par une majorité d’organismes à l’échelle de la planète.

 

Or les militaires israéliens ne sont pas des civils.

 

L’individu tué était donc un milicien – un homme armé n’appartenant à aucun corps étatique constitué (police, armée) – voire un agresseur, mais pas un terroriste.

 

L’AFP termine son câblogramme par le paragraphe suivant :

 

"Des affrontements avec l'armée israélienne éclatent régulièrement en Cisjordanie, territoire palestinien occupé depuis 1967 par l'État hébreu, en marge de manifestations contre la colonisation israélienne ou d'arrestations dans des localités palestiniennes par les forces de sécurité israéliennes. Environ 475.000 colons israéliens vivent en Cisjordanie, où habitent plus de 2,8 millions de Palestiniens".

 

Or ces "informations" sont fausses. En 1967 Israël a conquis la Cisjordanie après un conflit qui l’opposa à la Jordanie. Laquelle administrait ce territoire dont la propriété était disputée entre elle et Israël à la suite d’un armistice entre les belligérants et non d’un accord d’aucune sorte que ce fut.

 

Ce qui est certain est que la Cisjordanie n’était pas un territoire palestinien, puisqu’aucune entité étatique palestinienne n’a jamais existé et, par voie de causalité, que les Palestiniens n’ont pas participé à la Guerre de 1967 ou Guerre des Six Jours.

 

De plus, les affrontements en question opposent plus fréquemment des émeutiers palestiniens aux forces de l’ordres israéliennes et il manque également dans la dépêche la nature des arrestations auxquelles procèdent les soldats de Tsahal. A l’instar de celle de la nuit dernière.

 

Pour terminer provisoirement cette analyse de l’activité différentielle et propagandiste de l’agence officielle d’information du gouvernement français dans le différend israélo-palestinien, je conteste formellement l’emploi par l’AFP et ses clients des termes colons et colonies pour décrire les habitants juifs des implantations en Cisjordanie et dans la partie orientale de Jérusalem.

 

L’utilisation de ces vocables controuvés va à l’encontre des définitions solidement établies en science politique au-delà du doute légitime.

 

Considérant que l’emploi itératif et donc abusif de ce mot dans un but pernicieux stigmatisant, associé aux autres malversations à répétition que l’agence étatique tricolore réserve à l’Etat hébreu attente gravement à la paix sociale en France et à la sécurité de la communauté israélite de ce pays,

 

Observant que de multiples assassinats visant des membres de cette communauté ont déjà été justifiés par leurs auteurs en se basant sur des contrevérités de ce genre,

 

J’ai jugé qu’il fallait plus qu’une brève explication pour démontrer la dangerosité de l’abus de l’emploi du mot colonie et sa venimosité intentionnelle.

 

J’ai donc décidé de demander à ma rédaction de republier le texte intitulé "Une Explication", qui établit pour toute personne sérieuse et de bonne foi l’inanité de l’emploi de cette formule. Ainsi que les raisons inavouables de cette pratique et ses conséquences.

 

Cet article en plusieurs parties avait été rédigé par Stéphane Juffa en août 2004, mais on se rend compte en le lisant qu’il n’a jamais été autant d’actualité. Il prévoyait de surplus une multitude d’événements qui se sont déroulés depuis. C’est à mon avis l’un des textes-piliers de notre agence, et j’invite vivement tous ceux qui ont réellement l’intention de comprendre les mécanismes du différend israélo-palestinien ainsi que la politique arabe du gouvernement et de l’intelligentsia français à le lire.

 

Ce texte est en lecture libre sur le site de la Ména www.menapress.org .  

 

 
Une Explication (1ère de deux parties)(020601/22) Version imprimable
Analyse
jeudi, 06 janvier 2022

 

Par Stéphane Juffa © Metula News Agency

 

Reprise d’un article originellement publié par la Ména le 18 août 2004

 

1. Une guerre de décolonisation. A n’importe quel prix !

 

Pour beaucoup de personnes équilibrées, l’opposition politique acharnée à Israël et l’expression qu’elle trouve dans la plus grande partie des media francophones n’ont qu’une seule explication : l’antisémitisme. Lorsque l’on constate, en effet, non plus seulement les prises de positions extrêmes dans la presse française mais carrément des mises en scène préméditées d’informations erronées, dans les seuls buts de porter atteinte à l’Etat hébreu et d’alimenter la sympathie du public pour les Palestiniens, c’est un sentiment qui peut légitimement se dégager.

 

Comment, dans un même souffle, les gens de l’Obs, par exemple, après avoir imputé des crimes de miliciens palestiniens contre d’autres Palestiniens à l’armée israélienne, peuvent-ils encore soutenir "qu’ils expriment une critique à l’égard d’Israël et qu’ils ne sont en aucun cas antijuifs" ? Comment se fait-il que l’on retrouve la même réaction de pucelles outragées, lorsque les fabricants de la culture anti-israélienne sont pris la main dans le même sac, que ce soit sur les chaînes télévisées, au Monde et au Diplo, bien sûr, à Libé, dans les dépêches de l’AFP mais aussi, de façon certes moins systématique, sous la plume de certains auteurs du Figaro et même de l’Express ?

 

La manière paresseuse de répondre à ces questions consiste à invoquer soit un antijuivisme caractérisé de toute l’intelligentsia française – ce qui constitue une hypothèse hasardeuse, il faut bien l’avouer – soit à y voir l’existence d’un complot médiatique, dans lequel les conjurés seraient dirigés par une main organisatrice, ce qui n’est pas beaucoup plus plausible. Ca n’est pas seulement qu’il faudrait expliquer comment autant de personnes, intelligentes au demeurant (ou par hypothèse), aux sensibilités et aux intérêts différents, accepteraient de se liguer afin de coordonner la désinformation contre Israël. C’est également que ces personnes prendraient le risque énorme d’être tôt ou tard dévoilées et qu’elles s’exposeraient ainsi à la vindicte d’autres intellectuels et à celle de l’Histoire. Tremper dans un complot organisé contre des Juifs n’est toujours pas un acte pardonnable dans la France d’aujourd’hui. Ceux que nous avons appelés les "fumiers" ou les "répètent merdes", s’ils sont disposés à inventer des complots extraordinaires du Mossad et même à affirmer qu’il y a, dans la conduite du peuple d’Israël, une propension à prendre du plaisir à humilier, ne sont pas prêts à participer à une action coordonnée dont le but stratégique serait le dénigrement d’Israël.

 

Et puis, il suffit de songer à la structure gigantesque que la coordination d’un complot de ce genre exigerait et aux risques d’indiscrétions parmi une masse aussi nombreuse de journalistes. Non, nul doute que si une conjuration de ce type existait, cela ferait longtemps que la Ména vous en aurait livré les structures ainsi que le nom des participants.

 

Certes, je ne prétends pas qu’il n’existe pas des aires de rencontres pour les propagandistes de l’anti-Israël, je pense particulièrement aux signataires du manifeste, dit "pétition pour le droit de critiquer la politique du gouvernement israélien" ou à ceux des premières pétitions d’Olivia Zémor, qui comptaient dans leurs rangs nombre de barons de la presse parisienne, comme Edwy Plenel et Jean Daniel. Je ne dis pas que Jacques Chirac ne donne pas le ton, la licence et le passe-droit, a priori, par communiqués des Affaires Etrangères interposés, l’AFP et les chaînes publiques de radio et de télévision de critiquer Israël au-delà de toute mesure. Je n’affirme pas non plus que ce nouvel épisode de la peste antijuive en France ne procure pas d’érections malsaines dans les pantalons des antisémites primaires et traditionnels, qu’ils soient d’ailleurs de droite comme de gauche.

 

Ce que j’affirme, cependant, c’est que ces manifestations sont en fait des sous-ensembles d’une théorie directive extérieure, qui ne vient ni de la maison Chirac ni du Monde mais qui crée un lien solide entre eux. Il s’agit de fait d’une théorie politique profonde et puissante, au point de me persuader qu’elle éblouit la majorité des désinformateurs anti-israéliens, jusqu’à les convaincre honnêtement que ce sont eux qui suivent les chenaux du bien et de la conscience. Au point, aussi, (c’est ainsi que cela fonctionne psychologiquement) que cette certitude politique "d’agir pour le bien des hommes et dans le sens de l’Histoire", les fait subordonner ce qu’ils considèrent toujours être des erreurs techniques, faites de bonne foi, à l’accompagnement de l’essentiel, dont ils se considèrent les dépositaires intellectuels et moraux.

 

Le syndrome des guillemets de Jean Daniel est tout à fait symptomatique à cet égard : Bravant le danger qu’il y a à proposer une explication incroyable au brûlot de haine concocté par sa fille à propos des "meurtres sexuels" organisés par Tsahal, le patron de l’Obs a préféré se perdre corps et biens dans une explication technique sans issue, que d’envisager qu’il existât chez lui une erreur d’approche fondamentale.

 

Pour rejoindre ce club des metteurs en scène de la vérité sur Israël, il existe deux conditions d’entrée. Une fois ces formalités intellectuelles remplies, la simple adhésion à cette théorie politique vous rend ignifuge, en principe et pour autant que cette théorie soit correcte et concordante avec les termes du conflit israélo-palestinien, contre toute accusation d’antisémitisme et vous met hors de portée des critiques de la raison pure.

 

Pour se draper de cette invisibilité qui rend insaisissable et obligatoirement juste, il suffit d’adhérer aux thèses des existentialistes sur la décolonisation et d’accepter de se persuader qu’Israël est une colonie. Vous allez d’ailleurs rapidement comprendre l’importance de la conservation, à tout prix, de la sémantique insidieuse de l’AFP pour relater notre guerre. L’enjeu est colossal, comme il n’y paraît pas ; il s’agit de maintenir la dialectique du conflit israélo-palestinien dans le strict cadre d’une rébellion contre la colonisation. Si les colonies devenaient des implantations, les activistes et les militants, des criminels de guerre, les mouvements radicaux, des organisations terroristes, l’AFP sortirait de la dialectique anticolonialiste et, dans son giron, les légions de répètent-merdes, qui répandent ensuite la "juste parole" aux quatre coins de l’Hexagone et même un peu au-delà.

 

Avant de se poser, à nouveau, la question de savoir si Israël est une colonie et donc, s’il s’agit effectivement d’un conflit colonial, je propose de laisser cette interrogation de côté, pour comprendre librement les hypothèses posées par les théoriciens de la décolonisation et pour saisir complètement l’étendue, la force et la perduration de leurs postulats. Dans le vaste choix de ces théoriciens, j’ai choisi Frantz Fanon. J’ai fait ce choix pour l’authenticité du personnage, pour son intelligence indiscutable, pour l’inspiration qu’il a éveillée chez de grands philosophes, chez Sartre surtout, et qui a fini par transformer les thèses de ce psychiatre martiniquais en paroles d’évangiles. J’ai aussi choisi Fanon pour la non-compromission de son discours, qui le rend clair et analysable ainsi que, parce qu’il devint l’une des figures de proue de la lutte pour la libération nationale algérienne. Parce que je suis persuadé que la plupart des intellectuels français considèrent le conflit israélo-palestinien comme la suite de leur guerre d’Algérie et qu’ils se montrent, pour le moment, incapables de discerner les dissemblances cruciales existant entre les deux conflits, autant qu’ils sont incapables d’imaginer que les Israéliens puissent s’occuper des Arabes d’une manière différente de la leur.

 

2. Frantz Fanon

 

Frantz Fanon appartenait à deux mondes : celui de la psychiatrie occidentale, souvent jugée "impérialiste" et au monde pauvre des Antilles, dans lequel il avait grandi. Par identification avec ses origines, et parce qu’il eut à servir en Algérie, il embrassa la lutte de libération nationale du FLN et déclara la guerre théorique à la colonisation. Les bornes identificatrices du combat anticolonialiste, que Fanon allait poser, établirent le principe de la confrontation inéluctable entre les blancs et les noirs, mais surtout entre la culture occidentale et la culture non occidentale. Ces principes, lorsqu’ils furent adoptés et repris par les philosophes et les psychanalystes progressistes européens devinrent statuts et ils conditionnent toujours aujourd’hui la perception de la majorité des intellectuels, des authentiques et des superficiels, dans leur vision manichéenne des conflits nord-sud.

 

Nul doute et nulle surprise que ces statuts ont été les axiomes formateurs des courants révolutionnaires et trotskistes en Europe occidentale, engendrant ferveur et adhésion, au point de former une espèce de religion laïque auprès de leurs nombreux adeptes. Et parmi les barons des media français, le nombre d’individus ayant transité par cette école est tout à fait considérable. Difficile alors de s’étonner, de ce que les émanations des axiomes qu’ils ont appris et chéris, au point de s’identifier à eux corps et âme, au point de les jeter dans l’activisme – l’attitude qui préconise l’action concrète – engendrent toujours le système d’analyse qui décide de leur action. Beaucoup de ces "ex", restant persuadés de la justesse des axiomes de leur expérience précédente, ont transformé leur activisme violent en expression littéraire ou journalistique. Dans la forme embourgeoisée dans laquelle ils exercent cet activisme, ils conçoivent souvent un sentiment de culpabilité – de ne pas avoir pu en faire plus et de ressembler aux canons de vie des impérialistes-colonialistes qu’ils s’étaient promis de combattre – qui les rend extrémistes dans leur condamnation des autres "colonialistes". Qui découpe encore, dans leurs esprits, le monde en deux tranches inconciliables. Qui leur font préférer l’identification des situations aux axiomes qu’ils connaissent, plutôt que de procéder à une véritable analyse des états conflictuels. Qui les presse à identifier et à soutenir des leaders se réclamant de l’anticolonialisme, plutôt que de juger véritablement leur action ainsi que leurs objectifs. Culpabilité, enfin, qui les pousse à confondre entre la propagande et l’information, même si, dans leurs nouvelles "fonctions", ils ne sont présumés faire QUE de l’information.

 

C’est donc assez naturellement, que les "ex" regardent le conflit israélo-palestinien au travers de leurs lunettes des guerres coloniales. Naturellement aussi, ils évacuent tous les éléments factuels qui contredisent les principes qu’ils aimeraient adapter audit conflit et ils encouragent leurs subordonnés à agir de la même façon. Cette manière de faire apparaît très clairement au Monde, qui, comme la Ména l’a démontré par de multiples exemples, évacue systématiquement de ses colonnes les informations concernant les assassinats inter palestiniens, tout comme l’intense problématique de l’action d’Arafat, telle qu’on peut la distinguer dans les comptes-rendus d’un journaliste palestinien de la qualité de Sami el-Soudi. C’est que ces vérités-là ne cadrent pas avec la théorie de la lutte de décolonisation ou plutôt, comme nous l’allons voir, qu’elles y sont spécifiquement mentionnées et jugées inhérentes à ce genre de conflit ; "normales", au point qu’il est inutile de les mentionner – ou juste par la bande – qu’il vaut mieux ne pas en parler, qu’on n’en parle donc pas !

 

C’est que, tout à une place réservée, une explication globale et infaillible, dans les rôles d’un conflit colonial, comme on peut s’en persuader, en lisant le must de Frantz Fanon, Damnés de la terre, (Paris, Éditions Maspero, 1961). Ainsi, le témoignage de Sami el-Soudi ne peut pas être crédible, puisque notre collègue, pourtant courageux et de gauche, appartient, par application théorique, à son corps défendant, à la "classe sociale intermédiaire", que caractérise Fanon. Classe faite de politiciens traîtres, d’intellectuels (el-Soudi), d’hommes d’affaires et de fonctionnaires locaux, qui, dans une situation coloniale, "aspirent à être comme leurs maîtres". Dans cette typicité de conflits, cette classe intermédiaire "se met à ressembler de plus en plus aux colonisateurs et aux colons", à nous, les Israéliens, pour rester dans la même application de cette théorie.

 

Dans la presse française, on "connaît" par référence et par le "rôle qu’ils remplissent", l’action des personnes comme el-Soudi et comme le professeur Nusseiba. Ce sont des traîtres, au pire, des leurrés ou des opportunistes, au mieux et, de toutes façons, leur présence sur le damier est une présence parasitaire, intrinsèque à cette typicité de conflit, qui ne peut que ralentir le flot "naturel" de l’Histoire, qui freine et qui ennuie le processus de décolonisation. Alors pourquoi les nommer ? Pourquoi retranscrire ce qu’ils affirment ? Pourquoi leur prêter attention ? Pour aider ainsi les colonisateurs-oppresseurs ?

 

L’extrémisme des "ex", leur certitude dans l’issue finale du conflit et leur certitude dans la justesse de leur démarche propagandiste – tout ce qu’on fait pour répandre une opinion – provient d’un autre axiome de la théorie de la décolonisation, très clairement énoncé par Fanon : Fanon rejette en effet toute possibilité de solution d’un conflit colonial, autre que la lutte du colonisé pour sa libération. Et il précise encore, illustrant son propos politique par une déduction psychanalytique, qu’ "aucune quantité de concessions humanitaires de la part du colonisateur n’est de nature à restituer sa dignité au colonisé, si la relation coloniale n’est pas détruite lors de la lutte active."

 

Ce qui explique vraisemblablement pourquoi, aucun des actes humanitaires concédés par les Israéliens ne trouve grâce sur le papier des journaux français. Mais c’est une babiole, presque un détail de cette histoire d’adaptation forcenée des termes de notre conflit à une théorie attenante à la guerre d’Algérie. Car les autres axiomes de Fanon sont plus tranchants encore. Ainsi, le Martiniquais souligne-t-il le besoin élémentaire du colonisé de détruire son oppression intériorisée par la liquidation de l’état d’oppression/colonisation.

 

C’est de ce fait que "dans son processus de libération, l’opprimé menace de détruire physiquement le colonisateur-colon (et souvent il le fait), tandis que simultanément, il le menace et l’attaque psychologiquement (symboliquement), parce que son comportement", toujours selon Fanon, "est illogique".

 

Expliquant suffisamment la mollesse des condamnations françaises – gouvernementales et médiatiques – à l’encontre des assassinats collectifs palestiniens de civils israéliens et l’entêtement de l’AFP à défier à la fois le dictionnaire et les acquis de la science politique, en continuant à qualifier les implantations juives du nom de colonies, parce que ces assassinats collectifs s’inscrivent normalement dans le cadre d’une guerre de décolonisation, dès lors qu’on parle de colonies juives, ce phénomène de normalisation du crime de guerre palestinien est encore renforcé par le principe suivant établi par Fanon :

 

"L’absence de logique (dans les actes du colonisé en lutte, Nda.) découle des expériences déshumanisantes vécues dans une situation oppressive." Cette proposition de Fanon explicitant, en outre et sans doute, la raison qui pousse les Français à définir, contre vents et marrées, l’état psychologique des terroristes et des kamikazes palestiniens de "désespéré". Ce, en ignorant (évacuant) simultanément le conditionnement au martyre (shyhada) effectué par l’autorité palestinienne, Yasser Arafat, sa télévision, les Imams et les organisations terroristes sur toute la population palestinienne et surtout les enfants.

 

"Désespérés" ou fanatiques nationalistes ou religieux, c’est une des autres questions que l’adoption aveugle de la typicité apparente du conflit israélo-arabe évite de se poser. Par extension significative, et en tant que pilote, il ne me semble pas que les pilotes-kamikazes du 11 septembre 2001 étaient des desperados, ni que des desperados auraient pu accomplir de tels exploits aéronautiques ; je relève également que les connaissances de ces hommes, ainsi que leur capacité à apprendre des techniques relevant de la haute technologie, les plaçait, a fortiori et indiscutablement, hors de la catégorie des désespérés.

 

Est-ce alors pour cela que les "ex" s’abîment les ongles à essayer de trouver (et d’imposer arbitrairement une stricte distinction sémantique pour les qualifier) une différence entre les terroristes palestiniens et les autres terroristes arabes, à moins que ce ne soit avec les mêmes terroristes palestiniens, lorsqu’ils agissent dans d’autres conflits arabes, comme en Irak ? Ces autres différenciations forcenées – catégorielles et narratives - ne résistant à aucune critique analytique, on en arrive à déduire de leur emploi un autre effet obsessif de la nécessité, pour les "ex", de camper, à tout prix, même à celui consistant à braver répétitivement le ridicule, l’éthique et l’intelligence tout court, la guerre d’Israël dans le schéma étroit et déformant de la dialectique de la guerre de décolonisation.

 

3. Un soulier de verre, conçu spécialement pour le pied de Yasser Arafat-qui-explose

 

"Le colonisé explose", écrit Frantz Fanon, "tentant de détruire la situation coloniale, dont il attaque tous les symboles et les représentations et dans de nombreux cas, cela le mène à sa propre destruction et à celle de son peuple."

 

En apparence, si l’on adapte l’Intifada à la typicité de la lutte anticoloniale décrite par le philosophe antillais, la proposition qui précède ressemble à un soulier de verre, conçu spécialement pour le pied de Yasser Arafat-qui-explose.

 

Et la proposition qui suit, semble également faite sur mesure pour définir la vanité du combat des Israéliens colonialistes.

 

En fait, c’est un peu plus compliqué que cela, il s’agit d’une structure sémantique appelée à remplir plusieurs rôles : Persuader l’oppresseur qu’il ne peut pas vaincre, comme je viens de l’écrire, mais aussi persuader l’oppressé qu’il ne peut être vaincu et, troisièmement, informer les témoins des méthodes comportementales outrageantes que le colonisateur "utilise" ou "utilisera" forcément, parce qu’il remplit un rôle, dans un conflit de type anticolonialiste caractéristique.

 

"L’oppresseur, faisant face à l’explosion, réalise que ni sa puissance physique ni son pouvoir mental ne peuvent l’aider à se défendre physiquement et psychologiquement". Cette phrase ne manquera pas de rappeler aux lecteurs de la Ména les hourras à peine dissimulés des media français, lorsque, constatant qu’un assassinat collectif palestinien a pu se produire, en dépit des mesures prises par l’armée israélienne, ils ont tendance à exulter. Des expressions du genre "Voilà qui prouve au gouvernement israélien que ni les mesures de répression, ni la construction de la barrière de sécurité n’assureront la sécurité de la population israélienne" font alors florès. Evacuant à nouveau les réalités qui gênent dans le parallélisme désiré entre la théorie des guerres de décolonisation et le conflit israélo-arabe, comme la constatation de ce que la vie des populations israéliennes est redevenue quasi normale depuis l’érection de la partie principale du mur et que l’incapacité des activistes palestiniens à assassiner des civils israéliens croît proportionnellement à l’avancée des travaux, les "ex", se raccrochant à des meurtres sporadiques, limités et de traîne, s’appliquent à faire entendre, à la moindre occasion, l’axiome fanonien. Beaucoup de consommateurs d’information, alors, sous le coup de la surprise de trouver ces manifestations de satisfaction dans les media généralistes, se fâchent, comprenant que les "journalistes" se réjouissent de la capacité qu’ont les terroristes palestiniens à poursuivre leurs assassinats collectifs. Se réjouissent-ils de la mort des enfants israéliens ? – Non, pas directement en tous cas. Par contre, ils sont véritablement satisfaits en pensant constater que les prophéties décrivant le sens de la lutte anticolonialiste se réalisent et, par déduction, qu’il s’agit bel et bien d’un conflit anticolonialiste, oppresseur-opprimé. C’est assez con, pour le commun des mortels, tandis que c’est plein de sens pour ceux qui sont issus des écoles révolutionnaires occidentales des années 50 et 60. Et ce sont eux qui tiennent les plumes et qui forment la relève.

 

"Il (l’oppresseur Nda.) peut tuer et torturer plein de colonisés mais la rébellion continue, parce que, sans logique, dans leur rage aveugle, ils (les colonisés) se moquent de souffrir et de mourir", dit Fanon, sans savoir qu’il allait générer une véritable chasse à l’inhumanité israélienne dans les rangs de ses cadets. Chasse aux actes d’inhumanité, qui fait écho à l’énumération hallucinatoire et hallucinante par Yasser Arafat de la liste des crimes du colonisateur sioniste. Arafat dit : Les Israéliens utilisent des munitions à l’uranium appauvri, des armes chimiques ; les "ex" répondent en écho, en diffusant l’imposture du petit Mohamed, tué par les tireurs israéliens sur les genoux de son père. Le Vieux dit : Ils empoisonnent nos puits, ils utilisent tous leurs avions pour génocider le peuple palestinien ; les "ex" répondent, inventant l’histoire des soldats violeurs, les photos des dégâts d’obus de chars israéliens fantômes à Rafah etc.

 

Ce que le lecteur devrait comprendre de cette situation, c’est que, si les ingrédients d’une guerre de décolonisation n’existaient pas dans le narratif du conflit, ce ne serait pas (ça n’est évidemment pas) une guerre de décolonisation. Lors, au théâtre de l’absurde, les "ex" s’attendent à un comportement inhumain de la part du colonisateur israélien. Et quand cette attitude ne vient pas, les "ex" n’hésitent pas à inventer des actes monstrueux. C’est le prix qu’il y a à payer, aux dépens de la déontologie, si l’on veut rester dans la logique de Fanon et de Sartre.

 

A propos de cette attente dont je parle, j’ai une petite anecdote révélatrice à vous relater. Un journaliste "ex", auquel je venais de présenter le film de la Ména au sujet de la mise en scène de l’affaire Dura, eut ce jour-là cette réaction enrichissante :

 

"Et alors, ça n’a aucune importance de savoir si cette histoire est vraie ou s’il s’agit d’un trucage. Vous (les Israéliens) avez déjà tué des Mohamed Dura par centaines et c’est un fait que vous ne pouvez pas discuter !"

 

Un de plus, un de moins ? Non !

 

D’abord parce que les Israéliens n’ont pas tué des centaines d’enfants palestiniens et qu’on ne peut ainsi brader les existences humaines mais principalement, parce que le cas Dura possède une signification symbolique bien particulière, celle d’un comportement inhumain de la part du "colonisateur" israélien. Selon le seul "témoin" de l’"assassinat" de Mohamed, le caméraman de FR2 Talal Abou Rahma, les soldats israéliens auraient "tiré durant quarante-cinq minutes, sans discontinuer, en direction de l’enfant dans l’intention de le tuer". On ne parle pas ici d’un cas de décès collatéral, d’un enfant mort durant un échange de feu, d’un enfant tué parce qu’il se trouvait à proximité de la victime d’une élimination ciblée, on définit le comportement de soldats, qui auraient pris un enfant pour cible, parmi des centaines d’adultes présents sur le carrefour de Nétzarim et qui se seraient acharnés à l’abattre.

 

Dans la normalisation du meurtre d’enfants que nous impute ce collègue "ex", se situait un message ramenant aux axiomes de la typicité des guerres de décolonisation, une fatalité artificielle, qui signifiait aussi bien "vous avez déjà tué des enfants" que "nous savons que vous allez en tuer" et où les deux comportements, la constatation et la prophétie, se rencontraient dans la confusion des temps. Et surtout, la préséance de la logique révolutionnaire sur la réalité lui faisait faire la plus grande des confusions pour un journaliste : Il attachait la même importance évènementielle à un reportage de guerre truqué qu’à un reportage authentique.

 

Ca me rappela la fameuse phrase de Deng Xiaoping : "Qu’importe qu’un chat soit noir ou blanc, du moment qu’il attrape les souris". Qu’importe la constatation factuelle de l’évènement "inhumain", lorsque l’on sait que de tels comportements sont inéluctables de la part de l’oppresseur lors d’un conflit colonial ? Relever de vrais comportements inhumains ou se faire l’écho de leurs simulacres, mis en scène par les opprimés, avec le concours des "ex" consentants, cela illustre, de toute façon, les péripéties du conflit d’ordre colonial que l’on a "constaté".

 

Vu sous cet angle, le lecteur comprendra mieux la réaction d’Askolovitch relativement à l’affaire Dura ou celle de Jean Daniel, dans celle des soldats violeurs, qui est aussi la réponse globale des media français face à la multiplication des cas de désinformation déshumanisante pour Israël et ses soldats : Ils plaident l’erreur technique. La faute sans importance. Le rôle non prépondérant des media dans leur présentation du conflit israélo-palestinien. Entendez : Il s’agit d’une guerre coloniale dans laquelle Israël est l’oppresseur, le rôle des media, dans ces conditions, ses erreurs techniques, parfois, ne peuvent rien changer dans la caractérisation de ce conflit ; cessez alors d’accuser sans cesse la presse et les "journalistes", ils n’y sont pour rien !

 

Quant à l’abjection des crimes de guerre commis par les activistes palestiniens sujets au désespoir, elle est systématiquement évacuée de la représentation de ce conflit. Il est en effet très rare que les télévisions, persuadées qu’il s’agit d’une guerre de décolonisation, s’attardent sur les images des corps déchiquetés de passagers d’un autobus ayant été soumis à un assassinat collectif palestinien ; très rare que ces télévisions consacrent des reportages aux morts et aux blessés, victimes de ces actes, aux mutilés, dont la joie de vivre a été fauchée par la terreur des activistes d’Arafat et du Hamas. Dans la logique qui prévaut – la logique inverse de l’attente de comportements inhumains du fait de l’oppresseur, sur laquelle on crée, lorsque l’occasion se présente, des simulacres de comportements monstrueux – on aura tendance à ne pas s’appesantir sur le sort des colons-colonisateurs. Lors d’une démarche plus ou moins inconsciente, on considérera qu’ils ont reçu le châtiment qu’ils méritaient. Il est ainsi significatif de constater, qu’alors qu’un effort constant est fourni par les media français afin de personnaliser à tout prix les victimes palestiniennes, la même dose d’effort est symétriquement appliquée pour dépersonnaliser les victimes israéliennes. On lira systématiquement, par exemple dans les dépêches de l’AFP, que "le jeune Ahmed X, âgé de 15 ans, a été abattu par des tirs de soldats israéliens à…" tandis que les victimes des assassinats collectifs palestiniens demeurent, la plupart du temps, anonymes dans les media français. Il est par ailleurs fréquent que les mêmes media consacrent de longs reportages à recueillir les témoignages des familiers du kamikaze mort – souvent dithyrambiques pour l’auteur d’un crime contre l’humanité - alors que les parcours de vies de leurs victimes civiles israéliennes ne trouvent d’habitude aucun reflet dans ces organes d’information.

 

Sur cette apologie apparente de la barbarie, la lecture des théories énoncées par le philosophe antillais de la décolonisation algérienne est également éclairante. Pour Fanon, la libération du colonisé passe obligatoirement par la lutte qu’il entreprend tel qu’il est et non selon les canons d’un combattant idéal de la condition humaine. La condition de ruine humaine, de sauvage primitif étant, selon le colonisé martiniquais, le "résultat inévitable de la déshumanisation engendrée par la condition coloniale".

 

Expliquant, avant terme, la férocité des militants palestiniens et partant, parce qu’il existe une explication victimaire leur évitant la qualification de terroristes dans le lexique des "ex", Fanon affirme que le processus de libération commence précisément à la plus basse et la plus dégradée des conditions et que cette condition humaine constitue en fait la matière première de la rébellion. Il écrit aussi qu’à un certain stade du processus de la lutte pour la décolonisation, l’oppresseur feindra de vouloir négocier avec les rebelles, précisant que cette péripétie est un passage inévitable dans le processus. Et Fanon, de s’empresser de relever que les opprimés ne seront "pas assez fous" pour tomber dans ce panneau.

 

En allant au fond des hypothèses de Frantz Fanon sur ces deux sujets, on remarque que l’analyse sereine de ses théories établit, par une digression logique et indispensable, que pour ceux qui adaptent ces théories au conflit israélo-palestinien, l’attaque systématique de civils israéliens par des personnes palestiniennes armées, de même que le sabotage par Yasser Arafat de toutes les propositions de solutions pacifiques, seraient des éléments inhérents et nécessaires de la révolution palestinienne. Mais pas seulement ! La même déduction nous amène à observer, à contrario, que si ces manifestations étaient exclues de la lutte palestinienne, celle-là ne répondrait pas aux critères de qualification, très stricts, d’une guerre de décolonisation. D’une part, on en sait ainsi un peu plus à propos des attentes des timoniers principaux des media français, ainsi que des fondements conceptuels de la "théorie de la parenthèse", qui veut que l’existence d’Israël ne soit qu’un évènement historique éphémère de l’histoire. Mais d’autre part, il y a désormais urgence intellectuelle à se pencher sur la relation existant entre le reclus de la Moukata de Ramallah et la théorie de la guerre de décolonisation.

 

Les lignes directrices de la vision d’Arafat, pavant son aphorisme du "Porte-avions", sont par trop coïncidentes des principes énoncés par Fanon pour qu’on puisse, ne serait-ce qu’imaginer, qu’elles sont le fruit du hasard. En les citant en vrac : La victimisation à outrance de son peuple, la diabolisation de son adversaire, l’affirmation de l’existence d’un génocide, l’instrumentation du terrorisme et de la barbarie, l’instrumentation du martyre et enfin, le refus de toute solution négociée, sont autant d’éléments qui collent à la théorie de Fanon. D’ailleurs, le chef palestinien a toujours affirmé que les Israéliens étaient des colonisateurs et qu’ils n’avaient aucun droit sur cette terre, n’hésitant pas à nier l’historicité du Temple de Jérusalem.

 

La question urgente ?

- La guerre d’Arafat est-elle l’illustration vivante des principes énoncés par les sartriens ou le fruit d’une tentative préméditée, de la part d’Abou Ammar, afin de surfer sur la vague des guerres de décolonisation et sur ses synergies supranationales ?

 

 
Une Explication (2ème partie et fin)(010601/22) Version imprimable
Analyse
jeudi, 06 janvier 2022

 

Par Stéphane Juffa © Metula News Agency

 

Reprise d’un article originellement publié par la Ména le 18 août 2004

 

4. N'est pas fanonien qui veut...

 

Hallucinatoires et hallucinants ! Ce sont les termes que j’ai employés plus haut dans cet article, afin de qualifier les postulats psalmodiés par Yasser Arafat, et qui sont censés établir le caractère colonialiste des méthodes de combat des uns et des autres lors du présent conflit. Conditions en l’absence desquelles l’Intifada n’est pas une guerre de décolonisation, selon les critères établis par Fanon.

 

Impossible, en tous cas, pour tout journaliste et pour n’importe qui d’autre d’ailleurs, d’établir la véracité de la moindre des affirmations du reclus de la Moukata de Ramallah sur ce sujet. On va, du reste, faire l’économie de se livrer à une nouvelle analyse circonstanciée de ces allégations, puisque la Ména a déjà pris la peine de les disséquer, de long en large et par le détail, lors de précédentes interventions.

 

Lors, si l’armée d’Israël n’utilise pas de stripteaseuses-flingueuses pour assassiner les jeunes combattants palestiniens (in Al-Hayyat Al-Jedida, l’organe de presse officiel de l’Autorité Palestinienne), qu’elle n’empoisonne pas les puits de Gaza ni de Jéricho, que l’artillerie de Tsahal n’est JAMAIS intervenue lors des deux Intifadas, les critères théoriques d’une guerre de décolonisation ne sont pas réunis.

 

Reste à se pencher sur le pan palestinien des actes de ce conflit. Tandis qu’il diabolisait les actes de guerre des militaires de l’Etat hébreu, Yasser Arafat créait de toutes pièces les "sauvages" et les "ruines humaines" décrits dans "Damnés de la terre", lorsqu’il prit la décision d’instrumenter le terrorisme à l’extrême, afin de faire progresser ses finalités. Il est, à ce titre, le premier responsable politique musulman des temps modernes, avant même les attentats de New York, à avoir mis à l’œuvre les activistes palestiniens sujets au désespoir, dans leur rage privée de logique, pour commettre des assassinats-suicides contre des non-musulmans. En vérité, et c’est là un choix assurément singulier, Arafat a décidé d’exclure artificiellement les comportements logiques de la cause palestinienne, tant au niveau des Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa, qu’il a façonnées et des autres terroristes kamikazes d’Ezzedine el-Qassam, dont il a instrumenté les interventions, que de son discours politique. Pour s’en tenir aux thèses du philosophe antillais, Arafat a sciemment, par choix stratégique, rendu la Palestine "incontrôlable". Disposant d’une entité politique sur le chemin de l’indépendance, au début des années quatre-vingt-dix, disposant de services de police, d’un embryon de système judiciaire mais aussi d’un aéroport international et d’une représentation officielle aux frontières de la Palestine, il a opté pour le sabordement général, au moment où la communauté internationale lui offrait un partage sensé de la Palestine, des frontières sûres et reconnues, l’indépendance et la paix.

 

Il a opté pour la "rébellion", en s’activant, largement plus que de raison, à lui donner une coloration fanonienne. Et c’est là qu’intervient, n’en déplaise aux "ex" et à leur nostalgie algérienne, la prépondérance de la factualité d’une situation, de l’identification authentique des actes d’un conflit ainsi que la nécessité de la crédibilité du discours révolutionnaire sur le discours délirant. C’est là que la réalité du meurtre de Mohamed Dura aurait caractérisé le comportement inhumain des Israéliens "colonialistes", alors que l’étalement de sa mise en scène dévoile la volonté de victimisation de la part de révolutionnaires fantoches. En d’autres termes, n’est pas fanonien qui veut ; n’est pas un chef anticolonialiste celui qui prétend l’être. Il ne suffit donc pas de crier au génocide permanent, à l’éradication factice de Jénine et d’affirmer que le Temple de Salomon n’a jamais existé pour transformer les Israéliens en colonisateurs aux pratiques inhumaines et pour devenir opprimé.

 

Le petit raïs a ainsi joué le banco, avec pour mise l’avenir du peuple palestinien en guise de jetons, afin de faire identifier sa lutte à une guerre de décolonisation typique. Il a voulu, et il veut toujours, même au prix de la perte totale de crédibilité de la cause palestinienne, imposer la relation "oppresseur-opprimé" entre lui et ses adversaires israéliens. La tentative arafatienne peut convaincre les très crédules, les antijuifs pathologiques, les kapos et la plupart des "ex" (certains individus pouvant appartenir à plusieurs de ces catégories à la fois). Elle est cependant le fruit d’un choix anthropophage, comme l’a exposé Sami el-Soudi, qui participe à restreindre le champ des aspirations territoriales raisonnablement accessibles pour un futur Etat palestinien. Le temps passant, comme à son habitude, crée de nouvelles réalités géopolitiques qui avalent les chimères sans même les mâcher : La misère croissante de la population palestinienne, la chute de l’allié Saddam Hussein, la Syrie et l’Iran sur la défensive, la lassitude des grands pays arabes face aux élucubrations du faux "révolutionnaire de la Moukata", leur soutien à l’opposition armée à Arafat ont généré une nouvelle réalité stratégique sur le terrain. Elle n’est pas à l’avantage des Palestiniens, elle marque une régression sensible relativement à l’offre de Camp David.

 

Si, en 2000, Arafat avait accepté le plan Clinton-Barak, un Etat palestinien existerait aujourd’hui sur 97% du territoire jordanien d’avant 67. Cet Etat contrôlerait les quartiers arabes de Jérusalem et l’esplanade des mosquées. Suite au choix stratégique d’Arafat, nombre d’observateurs s’accordent pour constater, qu’à l’heure actuelle, les Palestiniens ont perdu pied dans la ville trois fois sainte et qu’ils peuvent également faire leur deuil des "trois grosses concentrations d’implantations juives en Cisjordanie".

 

Le choix d’Arafat, de s’identifier aux thèses de Fanon, plutôt que de s’occuper du devenir de son peuple, pour dramatique qu’il est, n’est pas à proprement parler surprenant. Le vieux leader palestinien est en effet un disciple de l’école soviétique, et avec lui toute la vieille garde de Tunis au grand complet, y compris Mahmoud Abbas. Ils ont été nourris des préceptes inculqués à l’université de la décolonisation Patrice Lumumba à Moscou, ceux-là mêmes qui instauraient les théories de Frantz Fanon en véritables dogmes opérationnels.

 

Certes, les "ex" des principes de la décolonisation, façon soviétique, ne sont pas les "ex" français, dont nous parlons tout au long de cet article, tenter de les confondre serait faire acte de propagande. Reste qu’ils suivaient souvent les mêmes chemins et pendant qu’en Afrique ces dogmes soulevaient les peuples, à Paris, ils formaient les esprits. Pour ceux qui s’imaginent, malgré cela, que Frantz Fanon serait un penseur marginal de la décolonisation, j’aimerais citer quelques lignes, tirées de la préface de Jean-Paul Sartre pour "Damnés de la terre". J’aimerais les citer sans ajouter mon commentaire :

 

"(…) Terrifiées, oui : en ce nouveau moment, l’agression coloniale s’intériorise en Terreur chez les colonisés. Par-là, je n’entends pas seulement la crainte qu’ils éprouvent devant nos inépuisables moyens de répression mais aussi celle que leur inspire leur propre fureur. Ils sont coincés entre nos larmes qui les visent et ces effrayantes pulsions, ces désirs de meurtre qui montent du fond des cœurs et qu’ils ne reconnaissent pas toujours : car ce n’est pas d’abord leur violence, c’est la nôtre, retournée, qui grandit et les déchire ; et le premier mouvement de ces opprimés est d’enfouir profondément cette inavouable colère que leur morale et la nôtre réprouvent et qui n’est pourtant que le dernier réduit de leur humanité. Lisez Fanon : vous saurez que, dans le temps de leur impuissance, la folie meurtrière est l’inconscient collectif des colonisés.

 

(…) Cette violence irrépressible, [Fanon] le montre parfaitement, n’est pas une absurde tempête ni la résurrection d’instincts sauvages ni même un effet du ressentiment : c’est l’homme lui-même se recomposant. Cette vérité nous l’avons sue je crois, et nous l’avons oubliée : les marques de la violence, nulle douceur ne les effacera : c’est la violence qui peut seule les détruire. Et le colonisé se guérit de la névrose coloniale en chassant le colon par les armes. Quand sa rage éclate, il retrouve sa transparence perdue, il se connaît dans la mesure même où il se fait ; de loin nous tenons sa guerre comme le triomphe de la barbarie ; mais elle procède par elle-même à l’émancipation progressive du combattant, elle liquide en lui et hors de lui, progressivement, les ténèbres coloniales. Dès qu’elle commence, elle est sans merci. Il faut rester terrifié ou devenir terrible ; cela veut dire : s’abandonner aux dissociations d’une vie truquée ou conquérir l’unité natale".

 

On a vu que les péripéties de l’Intifada n’étaient pas celles d’une guerre de décolonisation, que les rôles définis par Fanon n’étaient pas tenus. Cela n’exclut cependant aucunement qu’Israël fût elle-même une colonie ou, à tout le moins, que les implantations fussent les colonies de l’Israël d’avant 1967. De ces deux questions, et des confusions entretenues entre elles, il nous faudra parler, entre autres, dans la suite de cette série d’articles.

 

5. La France est un empire colonial. Israël pas du tout.

Ou la charge de la preuve scientifique

 

Rien ne vaut l’illustration d’un principe par des exemples concrets. A la Ména, nous avons déjà énoncé les conditions qu’ont posées les chercheurs en sciences politiques, pour déterminer la classification d’un territoire en colonie. Plutôt que d’en refaire l’énumération théorique, j’ai choisi l’option plus vivante de les vérifier pratiquement, en comparant Israël, d’une part et les implantations juives en Cisjordanie, de l’autre, à des régions dont les critères coloniaux sont commodément vérifiables.

 

En fait, il n’existe plus, à la surface du globe, qu’un seul Etat qui maintienne encore un empire authentiquement colonial, datant de l’épopée dont traite Fanon dans ses livres. Cet Etat, les plus perspicaces d’entre vous l’auront deviné, c’est la République française.

 

Voyons alors brièvement les contrées étrangères dominées par l’homme blanc gaulois, ainsi que le nombre d’habitants qui les peuplent (incluant les minorités de colons). Ceci, dois-je le préciser, uniquement dans le but de matérialiser un peu les objets de notre comparaison :

 

Guyane (F) – 150'000 habitants – Guadeloupe – 421'000 – la Réunion – 750'000 – la Martinique – 400'000 – Nouvelle Calédonie – 200'000 – Polynésie (F) – 240'000 – Wallis-et-Futuna – 170'000.

 

Intéressons-nous maintenant à confronter ces territoires, Israël et les implantations, aux clefs de catégorisation proposées par la science politique, servant à définir une colonie :

 

Existence d’une métropole, géographiquement séparée de la colonie par des mers ou des Etats étrangers, dans laquelle s’exerce le pouvoir politique suprême des colons (Caractéristique fondamentale d’une colonie)

 

Toutes les colonies françaises mentionnées – OUI – Israël – NON – les implantations juives – NON –

 

Caractère principalement commercial et de perspectives d’enrichissement des raisons de la prise de contrôle du territoire

 

Toutes les colonies françaises mentionnées – OUI – Israël – NON – les implantations juives – NON –

 

Présence constante et durable de Français sur le territoire avant la colonisation

 

Dans toutes les colonies françaises mentionnées – NON –

 

Présence constante et durable de Juifs sur le territoire avant les immigrations

 

En Israël – OUI – dans les implantations juives – OUI –

 

Le territoire est-il le lieu où se sont déroulés les événements légendaires ou historiques constitutifs de la nation des colons, des immigrants ?

 

Toutes les colonies françaises mentionnées – NON – Israël – OUI – les implantations juives – OUI

 

merotexpla.jpg

La maison de réunion (Bet Knesset) du village juif de Méroth, Haute Galilée,

qui connut son apogée vers 250 avant notre ère

Résoudre équitablement un conflit entre deux légitimités ou

créer une immense injustice en affirmant en résoudre une autre ?

Photo Michela Juffa © décembre 2021

 

Existence, sur le territoire, de vestiges historiques majeurs, variés et nombreux de la civilisation des colons, des immigrés, datant d’avant la colonisation, les immigrations ?

 

Toutes les colonies françaises mentionnées – NON – Israël – OUI – les implantations juives – OUI –

 

Le territoire fait-il office de lieu de gouvernement principal ou unique pour la nation des colons, des immigrés ?

 

Toutes les colonies françaises mentionnées – NON et NON – Israël – OUI et OUI – les implantations juives – NON et NON –

 

La perte du contrôle politique suprême du territoire signifierait-il la fin de la possibilité pour la nation des colons, des immigrés, de s’autodéterminer ?

 

Toutes les colonies françaises mentionnées – NON – Israël – OUI – les implantations juives – NON –

 

Voici pour les faits crus et je suis d’avis qu’ils ne nécessitent pas d’analyse spécifique, tant la portée des questions me semble claire et tant les réponses sont antithétiques entre les territoires envisagés. Grossièrement posé, à la lumière de ces différences et de leur signifiance triviale, si Israël est une colonie, l’Algérie n’en a alors jamais été.

 

On a considéré ajouter la Corse au nombre des colonies françaises mais, après consultation avec nos collègues de l’Académie, nous nous sommes accordés sur le fait que, bien que l’Ile de beauté répondait à un certain nombre des critères d’une "colonie", elle constituait un territoire contigu de la France continentale et qu’à ce titre, la Corse n’était pas une colonie. Ici, l’importance est de noter que le fait d’être ou de ne pas être une colonie ne justifie ni ne condamne automatiquement le droit moral ou juridique d’administrer un territoire donné et ne disqualifie pas non plus, évidemment, le droit des autochtones à réclamer leur indépendance voir à se battre pour elle. Si quelqu’un voulait nous faire dire que nous sommes les tenants des implantations juives ou de la tutelle française sur la Corse, il se rendrait ridicule. Non, la seule chose que nous voulons établir dans cette série d’articles, c’est la qualification de ce qu’est une colonie et respectivement, une guerre de décolonisation. Et cette catégorisation est essentielle en soi, puisque, comme on va le voir d’ici quelques lignes, les confusions artificiellement entretenues à son sujet mènent à des conclusions dramatiques.

 

Auparavant, il nous faut tout de même relever l’extraordinaire évacuation par les "ex" de leur problème colonial. Un problème qui reste loin de leur agenda et une situation de laquelle ils se sont visiblement accommodés. Il vaut tout de même de rappeler que la domination française sur des populations colonisées n’est pas de l’histoire ancienne et ce, aussi longtemps qu’elle perdure. Rappeler aux "ex", qui adaptent les thèses fanoniènnes à Israël, à mauvais escient mais au point de se soucier de ce que chaque vocable qu’ils utilisent dans ce contexte soit parfaitement en ligne avec les théories des guerres de décolonisation, que Fanon et Sartre "rejettent toute possibilité de solution autre que la lutte du colonisé pour sa libération". Oublient-ils, suivant de quelle "colonisation" ils traitent, cette autre assertion de Sartre : "Cette vérité nous l’avons sue je crois, et nous l’avons oubliée: les marques de la violence, nulle douceur ne les effacera: c’est la violence qui peut seule les détruire" ? Ne voient-ils pas qu’elle se pose en contraire du slogan de "l’indépendance-association" si chère au colonisateur français ? Ou s’agit-il, encore une fois, de la fameuse "spécificité française", que l’on ne peut décidément saisir en plein que lorsqu’on siège à l’Assemblée nationale, qu’on pointe au Quai d’Orsay ou à la rédaction du Monde ?

 

Il demeure que nous n’en sommes pas et que vu d’ici, on ne peut que constater leur double langage, issu lui-même d’une double échelle de valeurs et d’un raisonnement dénué de rigueur. De cette rigueur qui distingue irrémédiablement les intellectuels authentiques, les Fanon, les Sartre, les Camus des répètent-merdes, dont la place naturelle est à la Foire du Trône.

 

Il est certes licite de penser et d’exprimer que les implantations juives participent d’une occupation, d’une mainmise et d’une opération de peuplement aux dépens d’autrui. Tout comme il n’est en aucun cas délirant d’affirmer, que les implantations sont l’expression foncière d’une campagne de la guerre des juifs contre le colonialisme arabe. Il n’est, en effet, que de lire la charte du mouvement radical palestinien Hamas, afin de se convaincre qu’Israël ou la Palestine n’est pas une terre arabe mais une conquête coloniale arabe, une Wakf. Et cela, n’en déplaise aux "ex", c’est à proprement parler une constatation scientifique et indiscutable.

 

On peut ! On peut faire toutes ces analyses sans être ni antisémite ni, à l’inverse, aficionado de Sharon. Par contre, on ne peut pas, sans être plus un antijuif qu’un observateur politique, procéder sciemment à l’application intempestive d’une théorie inadéquate, possédant le redoutable pouvoir de définir le bien et le mal dans leurs définitions absolues. Car il est indispensable de comprendre, que l’acte d’identifier – notamment par l’emploi systématique d’une sémiologie aussi frelatée que didactique – Israël en tant que puissance coloniale, transfère inéluctablement des droits pratiquement illimités au colonisé/opprimé. Ainsi, par un détournement prémédité du sens des mots et par son application corrompue au sens de l’Histoire, l’AFP, le service public français de radio et de télévision, le Monde, l’Obs, Libération et d’autres, n’expliquent-ils pas, comme il semble, le droit des Palestiniens (et des hommes doués de morale qui se rendront à leur cause) à se défendre. De fait, ils ne font rien de moins que d’impliquer, par leur référence sémantique ininterrompue à celle de Fanon et de Sartre, la nécessité pour les Palestiniens d’éradiquer les "colonisateurs juifs", invitant les Palestiniens à massacrer tous les Israéliens avec l’ardeur des sauvages et à refuser tout compromis territorial qui pourrait mettre fin au carnage.

 

Il n’est pas ici question, pour les media français appliquant cette association sémiologique corrompue, de pardonner, de comprendre, de fermer les yeux sur ou même de justifier ou d’encourager les assassinats collectifs palestiniens mais bien d’affirmer, en se trompant volontairement de guerre, que "faute d’assouvir ce besoin primaire de liquider", c’est dans Fanon, littéralement, "le colonisateur – lisez les Israéliens – le colonisé – voir Palestinien - encoure le risque de rester à jamais prisonnier de son oppression intérieure".

 

Nul doute non plus, que la caractérisation abusive du conflit israélo-palestinien en guerre de décolonisation ait pour finalité sournoise la légitimation de la destruction d’Israël (l’oppresseur colonial). Que peut d’ailleurs entendre ce bon Sylvan Shalom à ce processus de diabolisation-destruction, lorsqu’il vient plaider en France pour des mesures "plus fermes contre les actes antisémites" ? Dépassé par la dynamique retorse et perfide que nous dénonçons, n’est même pas le terme qui convient à Shalom ; il faudrait dire "hors d’état de la saisir", tout en invoquant que, dans leur naïveté optimiste, ni les Israéliens ni la plupart des juifs, ne sont capables d’envisager qu’une si grande multitude de pseudo intellectuels instrumente de concert une si grande dose de méchanceté antisémite. C’est, qu’en vérité, cette imposture intellectuelle, aux métastases gouvernementales et médiatiques, donnant le feu vert au massacre de cinq millions et demi d’Israéliens juifs, constitue un acte antijuif objectivement plus dévastateur que de mettre le feu à un centre pour personnes âgées israélites à la rue Popincourt, après que les criminels se soient assurés qu’il était inoccupé.

 

FIN

 

 

 
Iran : deadline à la fin de ce mois (010501/22) Version imprimable
Analyse
mercredi, 05 janvier 2022

 

Par Jean Tsadik

 

C’est pendant qu’il semble qu’il ne se passe rien que se déroulent le plus de choses significatives. Ces jours-ci, c’est l’explosion du nombre des personnes atteintes par Omicron qui défraie la chronique, et le nombre de nos connaissances et de célébrités testées positives, malades ou mortes prend des proportions effrayantes. De même que la multiplication des activités sportives ou artistiques qui doivent être annulées et la baisse palpable de l’animation commerciale, industrielle ou de la circulation sur les routes.

 

Hormis la propagation exponentielle du Covid, on a l’impression que la Trêve des confiseurs a été prolongée d’une semaine, or rien n’est plus trompeur.

 

Quelque part en Europe se tiennent des négociations secrètes entre les Américains et les Iraniens, dont le résultat va décider si l’on se dirige dans notre région vers la paix ou vers la guerre.

 

Dans un communiqué rendu public hier (mardi) Ned Price, le porte-parole du Département d’Etat U.S. [le ministère américain des Affaires Etrangères] a fait part de son pessimisme.

 

Le Département a annoncé qu’il consultera les partenaires européens pour établir si l'Iran s'engage à revenir aux termes de l’accord sur le nucléaire de 2015, avertissant que le temps imparti aux pourparlers de relance sera épuisé lorsque les avantages de l’accord en matière de non-prolifération seront contrebalancés par les progrès en cours du programme nucléaire iranien.

 

Or les Iraniens travaillent de façon frénétique afin de franchir le point de non-retour avant la fin des discussions en cours.

 

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Les Iraniens veulent un changement de régime

Manifestation à Vienne plus tôt cette année

 

A Métula, l’on sait que Washington a réclamé à Israël de laisser se dérouler la tentative diplomatique en cours jusqu’à la fin du mois de janvier courant. Et jusqu’au début février si les pourparlers montraient des signes de succès imminent.

 

A Jérusalem on n’avait pas d’autre choix que celui d’accepter cette requête de l’Administration Biden – on ne refuse pas ce genre de choses aux Etats-Unis – mais on a indiqué que l’on n’irait pas plus loin.

 

Dans la capitale des Hébreux, on a fait le nécessaire pour faire comprendre à l’Oncle Sam que selon les estimations en Israël, si aucun accord n'est conclu d'ici la fin janvier, l’Iran franchira un seuil technologique important qui rendra les accords de 2015 dénués de sens.

 

On a également fait savoir que l’on craignait que la Maison Blanche ne se contente d’un accord bâclé – qui n’empêcherait pas la Théocratie d’acquérir la bombe atomique – comme sous Obama en 2015.

 

Ou d’un accord intermédiaire afin de poursuivre les négociations sans qu’il soit possible de s’assurer que Téhéran cesse ses activités nucléaires durant le temps additionnel. 

 

Le gouvernement israélien a aussi exigé d’être régulièrement tenu au courant du déroulement des discussions secrètes, contrairement à ce qu’il s’était passé il y a six ans lorsque Washington faisait tout ce qui était en son pouvoir afin d’empêcher l’Etat hébreu d’avoir accès à ces informations. Et partant, d’avoir le loisir de s’opposer à ce qu’il se tramait.

 

Une réunion de mise à jour s’est déroulée la semaine dernière entre émissaires des deux pays. Elle a porté sur le contenu factuel des échanges avec les Perses, mais les deux alliés n’ont pas évoqué précisément ce qu’il adviendrait en cas d’échec des discussions.

 

On peut mentionner à ce sujet que le gouvernement israélien actuel a effectué un excellent travail d’information en envoyant les chefs du Renseignement et du ministère des Affaires Etrangères à Berlin, Londres et Paris, ainsi que dans d’autres capitales amies, pour y partager les informations en notre possession relatives au degré d’avancement de la bombe iranienne.

 

Des informations vérifiables uniquement.

 

Les mêmes que nous avons présentées aux Américains, et aux Russes dans une certaine mesure.

 

Ces briefings ont permis aux dirigeants européens de se convaincre que l’orientation du programme nucléaire iranien ne concernait pas uniquement Israël, mais qu’elle mettait leurs pays en danger imminent.

 

Plus que cela même : si l’Etat hébreu constitue la cible de prédilection des menaces verbales des ayatollahs, c’est surtout face aux Européens et aux Américains que les Théocrates entendent établir une sorte d’équilibre dans l’intimidation nucléaire. Ce, afin d’assurer la pérennité de la dictature cléricale khomeyniste en Iran.

 

Car au-delà de la propagande et de l’opportunité qu’elle donne d’étendre l’influence de la Théocratie chiite au Moyen-Orient, Téhéran n’a rien à gagner dans une confrontation nucléaire avec Jérusalem.

 

Les Européens semblent partager avec nous cette lecture stratégique de la situation et ils font de plus en plus pression sur les Etats-Unis pour qu’ils ne perpétuent pas indéfiniment les pourparlers avec les Iraniens. La date butoir de fin janvier semble leur convenir, ensuite ils n’excluent pas d’exercer une pression militaire sur la Théocratie, comme cela transpire de certains propos tenus par Boris Johnson et même par Emmanuel Macron.

 

Cette pression est bienvenue sur l’Administration Biden, qui estime officiellement qu'il est inutile de prolonger indéfiniment les pourparlers avec les ayatollahs.

 

Pour le moment, Téhéran exige la levée de toutes les sanctions en échange d’un retour partiel aux provisions du JCPOA, ou Joint Comprehensive Plan of Action, l’intitulé officiel de l’accord de 2015. En français : Plan d’action global commun. Les émissaires iraniens refusent même d’honorer les concessions qu’ils étaient prêts à faire dans le cadre d’un nouvel accord, préalablement à la réouverture des consultations de Vienne à la fin novembre dernier. Ils exigent également que les USA s’engagent à ne pas se retirer d’un éventuel nouveau traité en cas de changement de président à Washington.

 

Pour Ned Pierce, "l’allégement des sanctions et les autres mesures que les Etats-Unis pourraient prendre sont fonction des dispositions sur le nucléaire que l'Iran adoptera si nous devions parvenir à un retour mutuel au respect du JCPOA – c'est vraiment au cœur des négociations qui sont en cours à Vienne en ce moment".

 

Cela n’est pas très explicite mais démontre la difficulté des discussions ainsi que le dialogue de sourds qui prévaut.

 

D’autant plus qu’Iraniens et Russes se félicitent quant à eux des progrès réalisés la semaine dernière en vue de parvenir à un accord. Le nouveau ministre iranien des Affaires Etrangères, Hossein Amir-Abdollahian, qui a succédé l’été dernier à Mohammad Zarif, est allé jusqu’à déclarer à des journalistes que "les pourparlers sur le sauvetage de l'accord nucléaire de 2015 allaient dans le bon sens et qu'un accord était possible si les autres parties faisaient preuve de "bonne foi" et de "sérieux"".

 

Comme on le constate, on nage en pleine intox, et chaque communiqué représente une aubaine pour consolider ses positions et diffuser de fausses impressions quant à ses intentions. Et je ne considère pas que les représentants de la Théocratie soient les seuls à employer ces méthodes. Simplement, dans leur cas, il est clair qu’il s’agit de perdre le maximum de temps possible pour s’approcher du seuil de non-retour.

 

Il est intéressant sur ce point d’expliquer pourquoi les participants à ces discussions n’ont de cesse de mentionner le retour aux conditions du JCPOA. Ce, alors que la Théocratie n’a respecté aucune de ses dispositions.

 

Ainsi, selon les estimations de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA), au début novembre dernier, Téhéran avait porté son stock d’uranium enrichi à 60 % à 17,7 kg.

 

De plus il dispose également de plusieurs centaines de kilos de minerai enrichi à 20 % et de [5 à 7] tonnes d’uranium à d’autres concentrations.

 

Ce, alors que le JCPOA prévoit qu’en aucun cas l’Iran n’enrichirait de l’uranium à plus de 3.67 %, et que la quantité totale de minerai enrichi à moins de 3.67 % n’excéderait pas 300 kilos.

 

D’autre part, Téhéran, de son propre aveu, utilise des centrifugeuses de type IR-6 pour produire de l’uranium à 60 %, et des IR-4, pour un enrichissement à 20 %.

 

Le JCPOA n’autorise quant à lui que l’usage du modèle IR-1, soit les centrifugeuses de première génération.

 

De plus, l’accord de 2015 soumettait toutes les infrastructures de l’Iran à des visites régulières et intrusives par les inspecteurs de l’AIEA. Lesquels sont désormais totalement empêchés de procéder à la surveillance de ces installations. Dans certains cas les caméras de surveillance ont également été détruites par la dictature cléricale chiite.

 

Un retour aux provisions du JCPOA obligerait l’Iran à se séparer d’énormes quantités d’uranium enrichi, de milliers de centrifugeuses évoluées, ainsi qu’à soumettre ses installations à la surveillance de l’AIEA.

 

Ces excès de minerai enrichi et de centrifugeuses ne seraient pas détruits mais exportés vers d’autres pays ou placés sous la garde de l’AIEA à Natanz, en Iran. C’est largement insuffisant selon les Israéliens, puisque l’expérience a démontré que Téhéran peut reprendre sa course à la bombe et renvoyer les inspecteurs dans leurs pénates au moment où il le désire.

 

De plus, le JCPOA n’était valide que pour une durée de quinze ans. Ensuite, la Théocratie se voyait libre de fabriquer des bombes atomiques à sa guise. Ce qui pourrait se faire avec l’uranium enrichi et les centrifuges avancées entreposés et non pas détruits.

 

Encore faudrait-il s’accorder sur le fait de savoir si l’on commencerait à compter les quinze ans à partir du 14 juillet 2015, date de la signature de l’accord original, ou depuis son hypothétique application effective.

 

Ne serait-ce que sur ce simple point, les parties ne me semblent pas être capables de s’entendre.

 

Il est clair que les Américains et la plupart des Européens se contenteraient de ce "retour" au JCPOA. Si cela n’offre pas une garantie indiscutable, du moins cela indiquerait que la dictature des ayatollahs serait prête à mettre son projet de bombe en veilleuse pendant quelques années.

 

Quant à Israël, même si l’accord de 2015 était signé et respecté, cela ne comblerait pas ses attentes. Ceci dit, je ne pense pas que si c’était le cas Tsahal attaquerait l’Iran. A l’international ce ne serait pas compris ; et puis cela procurerait à Jérusalem le temps nécessaire à réagir militairement au cas où l’Iran enfreindrait à nouveau ses engagements. Probablement avec une compréhension accentuée de la part des membres permanents du Conseil de Sécurité et de l’Allemagne.

 

Mais on n’en est pas là, loin s’en faut. La Théocratie est coincée entre deux choix qui ont l’air presque aussi néfastes pour elle l’un que l’autre.

 

Logiquement elle n’a pas le choix. Elle se trouve écrasée par les sanctions américaines, en état de faillite économique, incapable de nourrir et de soigner sa population, non plus que de lui fournir de l’eau potable. Elle est haïe par les administrés qu’elle gouverne contre leur volonté et finira par être emportée par le mécontentement des Iraniens dont la vie est un calvaire.

 

De plus, si elle ne transige pas avec les Américains d’ici la fin du mois, la Théocratie s’expose à ce qu’elle craint le plus et qu’elle n’a pas les moyens militaires d’empêcher, à savoir une opération de Tsahal. Probablement soutenue par des Etats occidentaux à des degrés divers, et que Washington ne pourra que tolérer en cas d’échec des négociations en cours.

 

L’autre option consiste à échanger effectivement la levée des sanctions et la réintégration de l’Iran dans la communauté internationale contre le retour au JCPOA.

 

Dans ce cas la Théocratie ne pourra pas soutenir son expansion en Irak, en Syrie, au Liban, au Yémen et dans le Maghreb sous le couvert de ses activités nucléaires.

 

A brève ou moyenne échéance la dictature khomeyniste, dans ce second cas, n’ayant plus à défendre qu’un modèle économique et sociétal dans lesquels elle n’entend rien, - n’ayant pas la moindre chance de sortir de la détestation sur les plans domestique et international à laquelle ses exactions l’ont menée -, est condamnée à disparaître.

 

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Communiqué de la rédaction : Version imprimable
Communiqué
dimanche, 26 décembre 2021

 

Communiqué de la rédaction :

 

Entre le lundi 27 décembre et le 4 janvier la Ména procèdera à l’entretien de son système informatique.

 

Durant cette période les articles de l’agence seront uniquement publiés sur notre page Facebook, exceptionnellement gratuitement et entier : https://www.facebook.com/menapress

 

L’accès à la page Web de la Ména sera préservé, de même que toutes ses fonctionnalités :

www.menapress.org

 

La rédaction vous souhaite de bonnes fêtes de fin d’année, et surtout, la santé et la qualité pour 2022

 
Iran-Israël : les épées sont tirées (012612/21) Version imprimable
Analyse
dimanche, 26 décembre 2021

 

Par Stéphane Juffa


Une belle expression française appelait cela "mettre flamberge au vent". Flamberge étant devenue un synonyme du mot épée ; cela signifiait sortir son épée de son fourreau avec l’intention de s’en servir.

 

Tant à Téhéran qu’à Jérusalem, et tant à l’intention de ses ennemis que de ses partenaires, on est passé des menaces mouchetées aux menaces précises, accompagnées désormais de démonstrations militaires dont le but pour les Iraniens est d’effrayer le camp adverse afin qu’il ne déclenche pas les hostilités.

 

Car les dirigeants de la Théocratie chiite ont très peur d’une opération d’envergure de Tsahal contre leurs installations nucléaires, leurs missiles et postes de commandement et de gouvernance.

 

Cela transpire de tout ce qu’ils font, mais il est vrai qu’une frappe israélienne est dans l’air. D’ailleurs, et ce n’est guère dans leurs habitudes, les chefs de l’Armée et de la politique à Jérusalem évoquent ouvertement cette éventualité, n’hésitant même pas à fournir des détails quant à la façon dont ils comptent s’y prendre.

 

Vendredi dernier, on a atteint l’apogée temporaire de cette surenchère lorsque s’est achevé l’exercice militaire de cinq jours intitulé "Grand Prophète 17", organisé par les forces armées de la dictature théocratique le long des côtes des provinces iraniennes méridionales d'Hormozgan, de Bushehr et du Khuzestan.

 

Le message n’est pas subliminal et l’identité de son destinataire n’est pas douteuse. Le chef d’état-major iranien, le Général divisionnaire Mohammad Bagheri, affirmant, au terme de ces exercices, qu’ils "étaient conçus pour répondre aux menaces proférées ces derniers jours par le régime sioniste".

 

"Il s’agit d’un avertissement sérieux pour les responsables du régime sioniste", a renchéri le Général Hossein Salami, le chef du Corps des Gardiens de la Révolution Islamique, les Pasdaran : "Faites la moindre erreur, nous vous couperons la main !", a-t-il menacé.

 

16 missiles sol-sol Emad, Ghadr, Sejjil, Zalzal, Dezful et Zolfaghar ont été tirés lors de ces manœuvres, leurs portées nominales variant entre 350 km et 2 000 km. Ce qui est largement suffisant pour atteindre l’Etat hébreu.

 

Les Pasdaran avaient émis un avertissement de la même veine le 13 courant, prophétisant que si Israël s’en prenait à l’Iran, l’intention de ce dernier "n’était plus de se contenter de détruire Tel-Aviv et Haïfa, mais de libérer le saint Qods [Jérusalem]. Si la sécurité de la terre sainte d'Iran est compromise", ont menacé les Gardiens de la Révolution Islamique, "personne ne goûtera à un seul moment de sécurité, que ce soit ceux qui sont à 1 000 km [Jérusalem. Ndlr.] ou à 10 000 km [New York. Ndlr.].

 

Les propagandistes du régime clérical ont par ailleurs inondé Tweeter de photographies et de vidéos, genre dessins animés japonais, montrant le lancement des missiles perses et les destructions qu’ils sont censés causer en Israël.

 

La plus caricaturale de ces vidéos figurant l’anéantissement du réacteur nucléaire de Dimona :

https://twitter.com/i/status/1474826033543233540

 

L'agence de presse Tasnim, affiliée aux Pasdaran, a déclaré à ce propos que les Gardiens de la Révolution avaient simulé des frappes de missiles contre la centrale de Dimona dans le cadre des exercices militaires "Grand Prophète 17".

 

Il faut dire que l’incident du 21-22 avril de cette année a attisé l’imagination des Théocrates persans. Cette nuit-là, un intercepteur antédiluvien SA-5 (code de l'OTAN, S-200 d'après la dénomination du fabricant soviétique) tiré par la DCA syrienne sur des bombardiers du Khe’l Avir en train de détruire des positions iraniennes en Syrie avait manqué sa cible.

 

Il avait poursuivi sa course à plus de 5 000km/h et avait fini par exploser, par le plus grand des hasards, à proximité relative du centre de recherche de Dimona. Un missile antimissile Khetz [flèche, Arrow] avait été tiré sur le S-200 mais il n’était pas parvenu à l’intercepter. L’article de la Ména analysant cet incident titrait : "Ce qui s'est passé cette nuit est extrêmement grave pour Israël", et c’était le cas.

 

Depuis, les généraux du Guide Suprême Khameneï rêvent de rééditer cet exploit mais de façon intentionnelle cette fois-ci, avec l’un de leurs missiles balistiques.

 

Ce sera beaucoup plus ardu, parce que la dernière fois qu’ils ont tiré cinq de leurs missiles balistiques de précision sur la Syrie, ils sont tombés en Irak.

 

Parce que Tsahal connaît l’emplacement des stocks de ces missiles, et qu’il les tient dans son collimateur.

 

Parce que les camions qui les transportent sont gigantesques [photo] et qu’ils feront des cibles faciles pour notre aviation.

 

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A 40km/h sur les routes d’Iran ces mastodontes constituent des cibles idéales

 

Parce que les iraniens ignorent si le tir manqué du Khetz avait été la résultante d’une défaillance opérationnelle ou d’une carence du système. Et que même si nous avions la réponse à cette interrogation à un milliard d’euros, nous préférons que les généraux perses découvrent la réponse par eux-mêmes.

 

Et plus que tout le reste, parce que, s’ils s’avisent de tirer un seul missile balistique dans la vague direction de notre pays, ils se trouveront écrasés sous un déluge de projectiles auxquels ils n’ont aucune chance d’échapper. En vertu du fait que si les leurs sont encore en cours d’élaboration, les nôtres possèdent une précision variant de 30cm à 3m de l’objectif désigné à une distance de 1 000km.

 

Ils omettent également d’intégrer dans leur appréciation de la situation le fait qu’Israël est une puissance nucléaire [selon des sources étrangères], et que nous disposons, selon les mêmes sources, d’une panoplie variée d’armes aux effets divers encore jamais utilisées à cette échelle, notamment des bombes électromagnétiques.

 

Dans ces conditions, un état-major et un régime sensés ne se risqueraient pas à menacer comme ils le font une puissance militaire telle qu’Israël. L’une des plus importantes de la Planète, mais surtout, le leader incontesté dans certains domaines pertinents dans l’éventualité d’un affrontement entre les deux pays.

 

Le comportement de la dictature chiite dans ce registre est totalement irresponsable. Les ayatollahs oublient qu’il n’existe qu’une chose de plus périlleuse en matière de confrontation armée que bluffer, c’est de croire en ses mensonges.

 

S’il s’agit pour les Théocrates d’exorciser une hantise, ils s’y prennent mal. Ce, d’autant plus qu’en parallèle de leurs tartarinades, ils se sont engagés, dans tous les cas, même dans celui où les négociations de Vienne n’aboutiraient pas à un accord, à ne pas enrichir l’uranium en leur possession à plus de soixante pour cent. Ce faisant, en pleines manœuvres du "Grand Prophète 17 triomphant", ils ont envoyé un signal se voulant apaisant à Jérusalem, mais qui n’a fait que renforcer la détermination de nos dirigeants. La preuve qu’ils sont en train de faire dans leurs pantalons, et que c’est la seule activité à laquelle ils s‘adonnent qui soit justifiée par le rapport de force prévalant entre les deux nations.

 

S’il y avait encore besoin de s’en persuader, il suffisait d’écouter ces derniers jours les propos tenus par le nouveau commandant en chef du Khe’l Avir, l’Aviation israélienne, à l’occasion de sa prise de fonction.

 

Le Major-général Tomer Bar, c’est de lui qu’il s’agit, a déclaré la semaine dernière qu’Israël pourrait frapper avec succès le programme nucléaire iranien demain si nécessaire.

 

Lorsqu’un confrère lui a rappelé qu’il pourrait bien être l'officier qui devra commander une frappe contre le programme nucléaire iranien si les pourparlers en cours à Vienne entre Téhéran et les puissances mondiales échouent, Bar a rétorqué :

 

"Je dois assumer que cela arrivera à mon époque, et mes épaules comprennent déjà le poids de cette responsabilité", a déclaré Tomer Bar.

 

Une autre réponse du Major-général ne devrait pas manquer d’ajouter à l’anxiété des mollahs. Lorsque le confrère lui a demandé si Israël avait les capacités de détruire les installations nucléaires iraniennes, il a répondu qu’il "n’existait aucune hypothèse dans laquelle nous opérerions là-bas, à mille kilomètres d'ici, et que je rentrerai chez moi sans pouvoir dire 'J'ai terminé la mission'".

 

Dans l’article publié par le Yedioth Akharonot [héb.: les dernières nouvelles], le nouveau chef du Khe’l Avir dévoile pour la première fois au grand jour deux assomptions de l’Armée israélienne relativement à ce qu’il se passerait au Liban en cas de confrontation Israël-Iran.

 

Ce qui est intéressant ici est que ces élévations ne sont assurément pas celles personnelles de Tomer Bar.

 

La première est que le Hezbollah entrerait automatiquement en conflit avec l’Etat hébreu : "Sur le front nord avec le Liban, la prochaine guerre avec le Hezbollah éclaterait dès qu'Israël frapperait l'Iran. Je dois supposer qu'il [le Secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah] sera automatiquement à fond. Cela fait 30 ans qu'il attend cet ordre et il n'y a aucun moyen d’imaginer qu'il ne soit pas là et avec la plus grande intensité. Nous devons nous y préparer", conclut Bar sur ce point, même si, à notre humble niveau de connaissance, nous sommes convaincus que Tsahal est déjà parfaitement préparé à cette éventualité.

 

En fait, le Hezbollah, avec ses roquettes datant des années 1930, constitue le seul recours crédible de l’Iran afin de riposter suite à une frappe israélienne. Cela pourrait bien marquer ainsi la fin politique du Liban et sa transformation en quelque chose qui ressemblera à la Guerre Civile Syrienne. Y compris son degré de destruction..

 

"La troisième guerre du Liban ne pourra être comparée aux deux premières. Cela n’équivaudra pas à augmenter le volume sur la même radio. La familiarité avec le Hezbollah [et ses caractéristiques], le nombre de cibles répertoriées, la force construite au fil des ans en matière de renseignement et de capacité d'attaque, de guerre électronique, de cyber" en font un tout autre scénario. Et je vais tenir ma parole", a détaillé le futur chef de notre armée de l’air.

 

Bar a ajouté aux oreilles du collègue de Yedioth "que la prochaine guerre avec le Liban impliquera certainement une opération terrestre, affirmant que, combinée à l'efficacité de l'Aviation, c'est tout autre chose".

 

C’est la deuxième révélation majeure de cet interview : Israël entend procéder à une intervention terrestre en cas de conflit avec le Liban. On pouvait certes le supputer, car il n’existait pas d’autre moyen de terrasser définitivement le Hezbollah, mais à partir de maintenant, nous ne sommes plus dans les suppositions.

 

"Même le Hezbollah (...) est incapable d’imaginer notre puissance", a conclu le général des aviateurs. "Peut-être qu'ils essaieront de recourir à des forces spéciales ou de tirer dans la profondeur d’Israël, mais nous ne nous situons plus à cette échelle. Nous voulons une victoire nette cette fois, dans un délai plus court et avec moins de pertes".

 

"Une victoire décisive cette fois, dans un délai plus court et avec peu de pertes", on retrouve le fondement de la doctrine développée par le chef d’état-Major Aviv Kokhavi depuis son intronisation. Une vision de la guerre que nous avons abondamment relatée dans ces colonnes.

 

Voilà qui ne va pas apaiser les craintes des ayatollahs iraniens et celles de Hassan Nasrallah, le Sayed du Hezbollah. Pour lui, l’équation va plus loin encore que pour ses mentors iraniens : s’il déclenche la guerre avec Israël, il sait que ses chances d’être encore en vie lorsqu’elle se terminera sont infimes.

 

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Covid : des raisons prudentes de ne pas sombrer dans la panique (012411/21) Version imprimable
Analyse
vendredi, 24 décembre 2021

 

Par le Docteur Olivier Katz

 

Nous avons reçu ces derniers temps de nombreux messages demandant à la Ména son avis sur l’évolution de la Covid tant en Israël qu’en France. Sur la tournure que prennent les évènements en cette fin d’année, et sur les perspectives de cette pandémie en 2022. Je vais essayer de vous informer le plus objectivement possible, malgré les difficultés d’appréciation que l’on connaît encore après deux ans d’évolution.

 

Dans les sujets que vous souhaitiez voir aborder, il y a bien évidemment le variant Omicron. D’un point de vue factuel, je n’ai rien à vous apporter qui n’ait été déjà expliqué par tous les médias de France, de Navarre et de Samarie.

 

Mais certains éléments méritent d’être développés. Il y a bien en France 90 000 cas de Covid 19 détectés quotidiennement, mais actuellement 80% sont encore des variants Delta. Bien sûr, la courbe de progression de l’Omicron, qui double tous les 2-3 jours, fera, qu’avant la fin de l’année, le nouveau variant comptera pour 80% des cas détectés.

 

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Dès lors, ce qui doit nous inquiéter c’est en fait la superposition dans les prochains mois de la vague 5 (Delta) et de la vague 6 (Omicron). Car on est actuellement en train de saturer les hôpitaux avec du Delta.

 

Avec plus de 3 000 patients en réanimation en France (sur un total de 5 000 lits disponibles environ, et une extension possible à 7 500), l’arrivée des premiers patients Omicron en réanimation risque de déborder le système de santé national début 2022.

 

Deuxième sujet d’inquiétude concernant ce variant Omicron, qui pour l’instant comptabilise uniquement 800 cas en France, l’action des différents vaccins sur ce mutant commence à peine à être étudiée : en ce qui concerne le vaccin Pfizer, par exemple, l’efficacité sur le virus initial était de 95%. C’est-à-dire que 95% de cette population vaccinée ne pouvait pas développer la maladie. L’arrivée du Delta a fait baisser ce chiffre à 70%. Sur les dernières études anglaises portant sur l’Omicron, on estime son efficacité à… 33%. Ainsi, actuellement, seuls 33% des patients ayant bénéficié de 2 doses ne sont pas touchés du tout par la Covid.

 

Cependant, le risque de forme grave (donc d’hospitalisation) pour les personnes vaccinées semble être limité à 70%.

 

En revanche, la 3ème dose permet de faire remonter l’efficacité du Pfizer à 75% d’après le patron de BioNTech, le laboratoire allemand à l’origine du vaccin de Pfizer, et ce, avec une protection contre les formes graves de 98% selon le Kirby Institut australien, branche de l’UNSW (Université Australienne de Galles du Sud, spécialisée dans l’étude du coronavirus). En clair, si vous avez reçu votre 3ème dose, vous êtes très bien protégé contre les formes graves de la Covid, mais vous pouvez transmettre le virus.

 

Si on fait une petite synthèse à ce stade des chiffres que je viens de citer, on pourrait penser qu’une population vaccinée à 90%, comme elle l’est en France, ne devrait pas prêter le flanc à l’hospitalisation en soins intensifs, et donc corroborer l’analyse des antivax qui nous disent que 40% des patients en réanimation sont vaccinés !

 

Il s’agit cependant d’un dangereux tour de passe-passe (sanitaire ?) qui doit être immédiatement combattu par la statistique : sur les 3 000 patients graves, 1 200 environ sont effectivement vaccinés. Rapporté aux 51 millions de personnes à jour de leur schéma vaccinal, cela fait 0,002%.

 

D’autre part, 1 800 patients en réanimation rapportés aux 5 millions de non-vaccinés, nous donne un ratio de 0,03% soit plus de 10 fois davantage. C’est-à-dire que l’on a dix fois plus de risques de se retrouver en réanimation si l’on n’est pas vacciné ! Et on ne tient pas compte dans ce calcul des faux pass sanitaires… Si l’on voulait être plus clair encore, il faudrait séparer les personnes n’ayant reçu que deux doses, de celles ayant bénéficié du rappel.

 

En gardant en tête ces informations statistiques, on peut aussi se demander pourquoi nous n’avons pas atteint, et nous n’atteindrons pas, l’immunité collective qui était si chère aux Anglais l’année dernière.

 

Rappelez-vous le contexte : on pensait qu’en immunisant ou en contaminant 70% de la population, on pourrait obtenir une immunité collective. Le calcul avait été fait avec le virus initial, dont le R0 (taux de transmission, ou nombre d’individus contaminables par un seul patient) se situait aux environs de 3. On estime actuellement à près de 10 le R0 de la souche Omicron. Autant dire qu’il faudrait dépasser 90% de patients vaccinés ou malades pour obtenir cette immunité. Donc, on oublie la « herd immunity » [ang.: littéralement "immunité de troupeau". "Immunité collective"].

 

Pour avancer encore un peu dans la connaissance de l’Omicron, il faut tenir compte de deux facteurs. Le premier c’est la gravité des troubles engendrés par l’Omicron. Or, on pense que ce variant ne provoque que peu de situations graves, ce qui, au premier abord devrait nous rassurer. Mais il se développe extrêmement rapidement (comme nous l’avons vu précédemment), lors, toujours en mode statistique, les phénomènes conjugués d’une gravité plus faible et d’une transmission plus rapide nous donneront… davantage de malades atteints sur un intervalle de temps bref, et donc une saturation des services de soins.

 

Dernier élément récent pouvant différencier l’Omicron du Delta, l’apparition de sueurs nocturnes semble réservée au nouveau variant.

 

Parmi les questions qui reviennent régulièrement, il y a la mise en place en Israël d’une quatrième dose. Vous savez déjà qu’Israël est en avance sur le reste du monde (je ne veux pas parler de High Tech, mais juste d’une notion chronologique).

 

Depuis le début de la pandémie, nous comptons dans ce pays entre 2 et 4 semaines d’avance sur l’apparition du virus, son traitement, et sa régression. Du fait d’une vaccination débutée en décembre 2020, la 3ème dose date d’août ou septembre 2021.

 

Au sein de l’Etat hébreu, on se pose dorénavant la question d’une quatrième injection. Elle va d’ailleurs débuter incessamment pour les soignants et les personnes de plus de 60 ans.

 

Le Professeur Cyrille Cohen considère que c’est encore un peu tôt, que les sérologies (qui permettent de connaitre le taux d’anticorps de la population) sont encore satisfaisantes, qu’avec 70 cas d’Omicron, dont un seul non-vacciné en état grave, et une montée contrôlée de la contamination, on pourrait attendre encore un peu. Non pas que cette quatrième dose soit inutile, mais avec une meilleure connaissance du variant, on pourrait adapter ce rappel au lieu d’injecter la formule initiale.

 

Ainsi, il est clair qu’en France comme en Israël, nous serons tous bons pour une quatrième injection. Elle pourrait simplement être différente des précédentes.

 

Pour bien comprendre ce qui va se passer, et pour faire écho aux inquiétudes de certains de nos lecteurs qui voient dans cette pandémie les signes avant-coureurs du « jugement dernier », je voudrais juste vous rappeler ce qu’est l’évolution normale d’un virus :

 

Ce micro-organisme se développe aux dépens de son hôte. Pour exister, il a besoin de trouver en permanence de nouvelles cellules qu’il peut infecter. Et pour avancer, il lui faut se répliquer. Il recopie en fait son génome. Et cette réplication permanente va générer des erreurs, dont une grande partie sera létale pour le virus (tant mieux), mais dont un certain nombre donnera à ces virus mutés des pouvoirs supérieurs aux autres (nouveau mode de pénétration dans la cellule, ou résistance à certains traitements).

 

Ces mutations peuvent se combiner et donner alors naissance à des variants qui vont remplacer la souche initiale. C’est exactement ce qui arrive avec l’Omicron, qui présente une trentaine de mutations différentes, le Delta n’en recelant que de 2.

 

Manque de chance pour nous, le SARS Cov 2 est un virus à ARN, qui crée encore plus de variants que les virus à ADN, augmentant ainsi les risques de fautes de recopiage.

 

Le Professeur Axel Kahn disait que « plus il y a de virus produits, donc de personnes infectées, plus il y a de mutations aléatoires, et plus grande est la fréquence de mutations avantageuses pour le virus ». Donc la pandémie a encore de beaux jours devant elle, sauf à trouver un traitement ou un vaccin "game changer" [qui chamboule les règles du jeu].

 

On peut comprendre alors les mises en garde de l’OMS, qui, par l’intermédiaire de son Secrétaire Général a fustigé les pays riches en leur reprochant de ne pas donner assez de vaccins aux Etats en voie de développement.

 

On sait que l’Afrique par exemple est couverte sur plan vaccinal à 8% maximum. Sans vouloir entrer dans les problèmes moraux des riches Occidentaux face aux pauvres Africains, mais en tenant compte du mode de réplication des virus, et de leur besoin de nouvelles cellules vierges le plus nombreuses possible pour prospérer et muter, on se rend bien compte que la fabrique de variants n’est pas prête à se tarir.

 

Ainsi, en vaccinant pour la 3ème ou 4ème fois les habitants les plus aisés de la planète, on s’expose à de nouveaux mutants fabriqués dans les pays non-vaccinés, et qui vont nous revenir en boomerang quelques temps plus tard.

 

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Mais à quoi jouent les Iraniens ? (012012/21) Version imprimable
Analyse
lundi, 20 décembre 2021

 

Par Jean Tsadik

 

Ce lundi matin, à 5 heures locales en Iran, des explosions ont illuminé le ciel à proximité du réacteur nucléaire de Bouchehr, à l’ouest de l’Iran sur le Golfe arabo-persique [carte].

 

A 5h à Bouchehr, il était 3h30 à Jérusalem et 2h30 à Montpellier.

 

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Service cartographique © Metula News Agency

 

 

Fars, l’une des agences de presse semi-officielles de la dictature cléricale, s’est empressée d’annoncer qu’un vaste exercice avait eu lieu à proximité de la centrale, en préparation d’un éventuel raid israélien.

 

La tension internationale générée par la course à la bombe dans laquelle s’est lancée la Théocratie, associée aux avertissements de Jérusalem et Washington qui ont affirmé qu’ils ne permettraient pas à Téhéran de devenir une puissance nucléaire, et aux préparatifs israéliens en vue d’une intervention militaire, expliquerait la manœuvre à laquelle se serait livrée la DCA [Défense Contre Avions] des ayatollahs.

 

A Métula nous accueillons la nouvelle avec prudence, en considération de multiples facteurs.

 

D’une part, nous avons maintes fois relaté les problèmes techniques liés à l’exploitation du réacteur perse. En juin dernier, ce dernier avait subi un arrêt d’urgence pour des raisons qui n’avaient pas été développées par la junte au pouvoir.

 

La centrale avait pu redémarrer début juillet. Il aurait pu à nouveau s’agir ce matin d’un avatar technique.

 

En d’autres occasions nous nous étions fait l’écho d’explosions et d’incendies qui ont ravagé les abords immédiats du site nucléaire. Des incidents trop nombreux et trop localisés à notre avis pour qu’ils aient tous eu une cause naturelle.

 

Ensuite, si les Iraniens ont réellement procédé ce lundi à un exercice d’interdiction aérienne de grande envergure, ils ont révélé au moins une partie des moyens dont ils disposent à leurs adversaires, à commencer par les Israéliens et les Américains.

 

Il a évidemment pu s’agir d’une opération d’intoxication de la part de l’Armée de la Théocratie. Une diversion par laquelle Téhéran aurait montré à ses contempteurs des armes antiaériennes qui ne sont pas celles dont il compte se servir en cas d’attaque réelle.

 

On peut toutefois douter d’une tentative de ce genre, d’une part parce que le régime ne dispose pas des moyens financiers suffisants pour installer deux systèmes – un vrai et un faux - antiaériens crédibles autour de ses principaux sites nucléaires.

 

De l’autre, parce que les stratèges chiites savent pertinemment que les Israéliens sont parfaitement au courant des armes concrètes dont ils disposent afin de tenter d’abattre leurs avions et leurs missiles.

 

Avant-dernière hypothèse, s’il ne s’est pas agi d’une intox et si les ayatollahs ont testé leurs meilleurs canons et missiles, ils nous auront fourni de précieuses informations, notamment quant aux types, au nombre et à l’emplacement de ces armes.

 

Enfin, et on ne peut pas l’exclure du tout, on doit aussi envisager que les défenseurs de Bouchehr ont tiré sur un avion, un drone ou un missile israélien ou américain. Un appât qu’on leur aurait lancé en pâture spécifiquement pour observer comment ils réagissent et quel est l’armement dont ils disposent.

 

Sur notre rocher maltraité aujourd’hui par la tempête baptisée "Carmel", nous ne possédons pas les éléments pour déterminer lequel de ces postulats est le bon. En définitive, cela n’a pas grande importance, ce que nous désirions faire c’était sensibiliser nos lecteurs sur le fait qu’en période de grande tension politico-militaire, il n’existe pas d’évènement anodin tels que nos confrères les présentent le plus souvent parce qu’il leur manque la compréhension de ce genre de situation.

 

Nous pouvons ajouter que l’incident de ce matin est en train de donner du blé à moudre à des centaines de spécialistes de toutes les grandes armées du monde.

 

Et également, que si ce lundi il ne s’est pas agi d’une provocation calculée des israélo-américains afin que l’ennemi mette ses défenses en alerte, nous sommes certains que c’est déjà arrivé. Et plus d’une seule fois. De diverses façons, en envoyant de vrais aéronefs et en les simulant.

 

Ceux qui ont bien suivi nos analyses se rappellent que lors de la vise récente de notre ministre de la Défense Benny Gantz au Département de la Défense à Washington, l’une des décisions opératives qui avait été prises fut de s’entraîner ensemble à des attaques contre les infrastructures nucléaires de Khameneï.

 

Or c’est exactement à ce genre de "titillement" des défenses de l’ennemi que la formule se rapporte notamment. Comprenez que lorsque les Iraniens voient des avions décoller d’un porte-avions dans le Golfe, ou de Bahreïn et des Emirats, et prendre la direction, même brièvement, de Bouchehr, de Natanz ou de Fordo, ils n’ont pas d’autre option que celle de se préparer à les recevoir. Ce, pendant que des dizaines de satellites, de drones et d’avions-espions enregistrent tous les paramètres possibles et imaginables émis par leur dispositif.

 

A Métula, nous envisageons toutes les hypothèses, étant certains que le renseignement hébreu sait précisément de quoi il en retourne, ce qui est naturellement l’essentiel.

 

Nous notons pour notre part que la Théocratie donne récemment des signes évidents de comportements hystériques conditionnés par l’hypothèse d’une opération quasi-imminente de Tsahal contre ses infrastructures nucléaires et ses sites de missiles balistiques.

 

Témoin cette carte d’Israël largement diffusée par la presse iranienne, figurant tous les objectifs qui pourraient être atteints sur notre territoire en riposte à une éventuelle frappe de notre part [carte].

 

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Avec une telle force de frappe, les Iraniens n’ont pas besoin de bombe atomique

 

Nul doute que les militaires de la Théocratie sont extrêmement nerveux. Et lorsqu’ils sont nerveux, ils font des bêtises ; comme le 8 janvier 2020, lorsqu’ils avaient abattu le 737 d'Ukraine International Airlines. L’interception se fit grâce à un vieux missile sol-air fabriqué du temps de l’URSS, qui cueillit le Boeing en montée, trois minutes après qu’il eut décollé de l’aéroport Imam-Khomeini.

 

176 passagers et membres d’équipage périrent suite à cette interception effectuée par le corps d’ "élite" des gardiens de la Révolution khomeyniste.

 

Les tristement célèbres Pasdaran. Les mêmes que ceux qui constituent le corps expéditionnaire perse en Syrie. Ceux qui, très probablement – parce qu’ils sont chargés de la protection des sites nucléaires – ont tiré le feu d’artifice de ce matin.

 

L’incident tragique de l’hiver 2020 avait appris une foultitude de choses au Mossad ainsi qu’aux autres agences de Renseignement occidentales. Notamment le fait que le système de DCA de la dictature chiite est incapable d’identifier un appareil qui vient de décoller de son principal aéroport civil et qu’il l’a confondu avec un avion militaire ou un missile de croisière U.S.

 

C’est fréquemment les erreurs de l’ennemi ou ses actes manqués qui fournissent les indications les plus précieuses.

 

Ce que nous avons trouvé cocasse en consultant la carte des "cibles israéliennes de l’état-major iranien", outre l’idée générale, est qu’à en croire ce "plan d’opérations", les forces à disposition du Guide Suprême Ali Khameneï ne détruiraient pas uniquement l’ensemble de l’Etat hébreu, mais également tout le Califat de Gaza ainsi que l’ensemble de la population arabe de Judée et Samarie.

 

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Le Khe’l Avir a frappé une grande base de missiles sol-air en Syrie (011612/21) Version imprimable
Breaking News !
jeudi, 16 décembre 2021

 

© Metula News Agency


Jeudi à la mi-journée à Métula et aux Beaumes-de-Venise dans le Vaucluse

 

La nuit dernière [mercredi à jeudi], à 00h50, le Khe’l Avir, l’Aviation israélienne, a, selon nos propres recoupements, attaqué et détruit en Syrie une vaste position de missiles anti-missiles au service de l’Armée régulière de Bashar al Assad.

 

La position détruite était située à al Shahba [carte], à 62km au sud de l’Aéroport International de Damas.

 

Ce raid intervient une journée seulement après que la Ména a enregistré (mardi) l’arrivée de nombreux camions transportant hommes et matériel à Shahba.

 

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al Shahba

Service cartographique © Metula News Agency

 

Les gouvernementaux ont tenté de faire croire qu’il s’agissait de renforts acheminés dans cette zone pour combattre la rébellion chronique qui ne s’épuise pas dans la région élargie de Deraa, dans le sud du Golan syrien.

 

Mais la situation géographique de Shahba ne correspondait pas à un axe intéressant pour affronter l’opposition armée de Deraa, d’autres alternatives étant bien mieux adaptées à cette fin.

 

D’autre part, on aurait assisté au mouvement de blindés et de formations d’infanterie si l’objectif avait été la rébellion à Deraa, ce qui ne correspondait pas à la nature du chargement décrit par des sources fiables proches de l’opposition au régime alaouite des al Assad.

 

A Métula nous sommes parvenus à la conclusion selon laquelle le régime prévoyait d’installer de nouvelles batteries antiaériennes dans le périmètre de Shahba, mais que Tsahal ne lui a pas laissé le temps de déployer.

 

Il est possible qu’il se soit agi de prototypes de missiles sol-air iraniens ou de matériel originaire de Russie.

 

Ce qui nous semble certain est que l’état-major israélien n’avait pas l’intention de voir les gouvernementaux syriens et leurs alliés contester notre supériorité aérienne absolue dans la région, ni leur donner l’opportunité de recueillir des informations relatives à l’efficacité ou la non-efficacité de ces nouveaux systèmes.

 

Au vu des quantités de matériel en voie de déploiement, on était en présence d’un effort financier important de la part du régime syrien.

 

Selon les informations diffusées par les media gouvernementaux et déchiffrés par nos soins, ainsi que par la presse arabe et l’opposition syrienne, toute la nouvelle position antiaérienne de Shahba, qui incluait plusieurs batteries, radars et autres équipements, a été totalement anéantie.

 

D’autre part, des servants de cette position ont été tués et d’autres blessés par dizaines. Le régime reconnaît la perte d’un officier, mais ce bilan nous paraît nettement en-dessous de la réalité. Ce, à l’aune du volume de l’opération israélienne de cette nuit et du nombre de missiles tirés par les chasseurs-bombardiers à l’étoile de David.

 

SANA, l’organe d’information de la népotie des al Assad, a fait état du tir de "grappes" et de "rafales" de missiles adressées par l’ennemi israélien, ce qui illustre qu’un grand nombre d’entre eux a été lancé.

 

Al Shahba se situe également à 72km à l’est du point le plus proche du territoire israélien dans le Golan-sud et à 113km de la rédaction de Métula.

 

Dans un registre différent, le Washington Post, citant des responsables de l’Administration U.S. s’exprimant sous le couvert de l’anonymat, a publié un important article lundi dernier [13 décembre] :

https://www.washingtonpost.com/national-security/israel-syria-chemical-weapons/2021/12/13/8ed0b02c-59ea-11ec-a808-3197a22b19fa_story.html

 

On y apprend que le 8 juin dernier, le Khe’l Avir avait attaqué et détruit trois positions militaires à proximité des villes de Damas et de Homs.

 

La Ména avait retracé ces raids au cours desquels un colonel syrien avait notamment trouvé la mort.

 

Ce qui était particulier lors de cette attaque était que les objectifs détruits n’avaient aucun lien avec la présence iranienne en Syrie, et qu’ils faisaient tous trois partie d’anciennes unités de fabrication de gaz de combats que le régime avait été contraint d’abandonner huit ans auparavant sous la pression militaire internationale.

 

Pour le Renseignement hébreu, il était clair qu’Assad tentait de réhabiliter ces fabriques et qu’il fallait impérativement les détruire.

 

La première frappe répertoriée par le Washington Post un an auparavant, le 5 mars 2020, avait visé et oblitéré une villa située au sud-est d’Homs, qui avait précédemment servi de plaque tournante dans la production d’armes chimiques.

 

L’anéantissement de ladite villa était directement lié à l’importation, un an plus tôt, de phosphate tricalcique ou TCP, employé pour divers usages, et notamment comme complément alimentaire. Le TCP est aussi l’un des composants essentiels du gaz sarin et d’autres agents neurotoxiques.

 

Entre 1980 et 2014 la Branche 450 du Centre d’Etudes et de Recherches Scientifiques syrien recourait au TCP pour confectionner des armes chimiques que le régime dictatorial des al Assad avait largement mises à profit pour tuer des opposants syriens lors de la Guerre Civile.

 

On estime à 200 le nombre d’attaques au gaz conduites par l’Armée gouvernementale, tuant des milliers de rebelles mais aussi des civils.

 

A l’occasion d’une intervention internationale, 1 300 tonnes d'agents chimiques avaient été transportées hors de Syrie lors de la première moitié de la décennie écoulée pour être détruites dans des incinérateurs à bord d'un navire américain spécialement modifié en Méditerranée.

 

Ce qui n’avait pas empêché, non plus que deux frappes ordonnées par Donald Trump sur des fabriques de production de gaz de combat, le dictateur-oculiste d’avoir à nouveau recours à l’arme chimique en 2017 et 2019.

 

L’article du Washington Post est certes intéressant, à l’instar de celui du New York Times de vendredi dernier qui dévoilait deux attaques de Tsahal en Iran contre une fabrique de centrifugeuses et une autre de missiles balistiques.

 

Mais dans les deux cas, ces canaux officieux de l’Administration Biden ébruitent ainsi, sous le couvert de l’anonymat et à la poursuite d’objectifs strictement politiques, des informations confidentielles qui avaient été transmises par Israël à la Maison Blanche sous le sceau du secret.

 

Nous sommes persuadés à Métula qu’au sein du Renseignement hébreu, de l’Armée et du gouvernement, qui se sont refusés à commenter ces informations, on est excédé par la légèreté avec laquelle le gouvernement américain fuite des secrets opérationnels sans, bien sûr, que Washington ne se synchronise avec eux.

 

Au vu des dégâts que des révélations de ce type peuvent occasionner, particulièrement dans la lutte contre l’atome iranien – les fuiteurs ne prenant aucune précaution pour dissimuler la responsabilité israélienne dans ces opérations – il est probable que la communication entre Jérusalem et Washington s’appauvrisse, ou que les services d’outre-Atlantique soient briefés plus tardivement et de façon moins complète au sujet des interventions de Tsahal à venir.

 

 
La fable de Noël raciste de Radio France (info # 011512/21) Version imprimable
Réinformation
mercredi, 15 décembre 2021