Vers la fin de l’Autorité Palestinienne ? (info # 013008/15) Version imprimable
Analyse
dimanche, 30 août 2015

 

Par Guy Millière

 

Le soutien à la « cause palestinienne » reste très intense en Europe. C’est logique, puisqu’elle représente la dernière cause « sacrée » de la gauche extrême, qui n’a plus de lutte de « libération nationale » et de « peuple opprimé » à soutenir où que ce soit ailleurs sur Terre. C’est une cause un peu défraichie : Arafat, Che Guevara de pacotille inventé par Nasser et le KGB, est mort et Mahmoud Abbas, alias Abou Mazen, est moins susceptible de susciter l’idolâtrie. Il se rase, va chez le coiffeur et porte des costumes. Il est désormais octogénaire.

 

Le malheur, pour les adeptes de la « cause palestinienne » en Europe, est que Mahmoud Abbas est en train de se retirer. Il a quitté la tête de l’OLP, ce conglomérat de groupes terroristes qui régit l’Autorité Palestinienne. Il reste président de l’AP, mais il est évident qu’il songe à prendre sa retraite, et se fait d’ailleurs construire un palais somptueux pour ses vieux jours.

 

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Le palais présidentiel sera localisé à Surda, dans la banlieue de Ramallah. Il comptera 4700m2

et comprendra un bâtiment administratif qui abritera également la Garde présidentielle, ainsi que deux héliports. Le palais de Mahmoud Abbas coûtera la bagatelle de 11,6 millions d’euros

 

Le malheur supplémentaire, pour les adeptes de « la cause », est qu’il semble clair que Mahmoud Abbas n’a pas de successeur susceptible de rassembler derrière lui des soutiens assez fermes pour lui donner un semblant de légitimité.

 

Récemment, Mudar Zahran, un homme que j’estime beaucoup, et qui n’a cessé de reconnaître et de proclamer que l’Autorité Palestinienne est une sinistre imposture (pour lui, il existe un Etat arabe palestinien et c’est la Jordanie), énumérait dans un article [angl.] les noms des éventuels successeurs d’Abou Mazen.

 

Signe intéressant, la plupart de ces noms n’étaient connus que des spécialistes, ce qui démontre                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                   un évident manque de notoriété. Zahran cite Majid Farraj, le responsable des services de renseignement de l’Autorité Palestinienne, notant que cet homme avait les faveurs des Etats Unis (ce qui, au temps d’Obama, n’a rien de rassurant), mais l’écartait aussitôt, précisément parce qu’il a les faveurs des Etats Unis, ce qui n’est guère apprécié par ses pairs, Zahran ajoutant : « risques d’émeutes si c’est lui » qui remplace Abbas.

 

Il mentionne ensuite Jibril Rajoub, l’ex-responsable de la Force de Sécurité Préventive et actuel chef de la Fédération palestinienne de football et du Comité olympique de Palestine. Mais l’auteur remarque sa propension à la corruption et au racket, deux activités certes communes au sein de l’Autorité Palestinienne, mais qu’il semble pratiquer à un degré insupportable, même pour les autres racketteurs et corrompus. Il l’écartait aussi, relevant : « risques d’émeutes si c’est lui » qui remplace Abbas.

 

Il évoque Abbas Zaki, mais en soulignant que c’est une brute et un raciste sans scrupules ni retenue, annotant une fois de plus : « risques d’émeutes si c’est lui » qui remplace Abbas.

 

Quant à Salam Fayyad, ancien Premier ministre de l’AP, Mudar Zahran souligne que ce n’est pas un combattant, ce qui, dans l’univers de brutes qu’est l’Autorité Palestinienne, ne lui laisserait que peu de chances de durer,

 

Il allonge la liste des dauphins en y inscrivant le nom d’Ahmed Qorei, ancien ministre de l’AP, à qui il attribue aussi peu de chances de durer qu’à Salam Fayyad ; puis cite, en passant, Nabil Shaath et Saëb Erekat, auxquels il alloue des chances de succès plus infimes encore qu’à Ahmed Qorei et Salam Fayyad. Il ne fait même pas état de l’une des idoles du Parti communiste français, Marwan Barghouti, parce que celui-ci est en prison en Israël et qu’il n’en sortira pas.

 

La conclusion de Mudar Zahran est qu’il n’y a personne qui puisse remplacer Mahmoud Abbas. Et à sa disparition, il y aura sans doute des émeutes, un effondrement, un vide chaotique dans lequel le Hamas et des groupes comme le Djihad Islamique Palestinien, ainsi que des agents infiltrés de l’Etat Islamique, viendront mener des opérations de déstabilisation.

 

Ensuite ? Mudar Zahran pense qu’Israël devra rétablir l’ordre. Il ajoute que, tout bien pesé, bien qu’elle déteste Israël, la population préférait l’ordre imposé par Tsahal à celui qui règne dans les zones de Judée-Samarie occupées par l’Autorité Palestinienne dans la situation actuelle.

 

Dès lors ? On aimerait connaître la fin du film mais Mudar Zahran ne va pas plus loin.

 

La détestation d’Israël complique la situation, mais pas aussi profondément qu’on pourrait le penser, car cette détestation est activement entretenue par la propagande de l’AP.

 

Une solution qui ressemblerait à celle envisagée par Caroline Glick dans son livre The Israeli Solution (la solution israélienne) serait envisageable, ou une solution proche de celle proposée par Danny Danon, dans son livre : Israel: The Will to Prevail (Israël : la volonté de l’emporter).

 

Le Proche-Orient se recompose. Des tractations ont lieu entre Israël, l’Arabie Saoudite et l’Egypte face au danger iranien et à l’Etat Islamique. Le Hamas oscille, semble-t-il, entre les pressions saoudiennes, qui lui demandent de pactiser, et les pressions iraniennes.

 

Ce qui semble assuré est qu’il n’y aura pas d’Etat Palestinien en Judée-Samarie, sinon dans les fantasmes des adeptes de la « cause palestinienne », et dans les propos de politiciens européens démagogues, cherchant à s’attirer des voix « propalestiniennes ». Il y en aura peut-être un dans un petit bureau à l’ONU, cette vaine assemblée de dictateurs où il reste quelques démocraties ; il y en a déjà un dans un petit bureau à l’UNESCO.


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Iran : les annexes secrètes du traité (info # 012808/15) Version imprimable
Analyse
vendredi, 28 août 2015

 

Par Stéphane Juffa

 

L’Associated Press a brièvement publié – elle l’a retiré par la suite sans explication –, le texte d’un protocole d’accord parallèle au traité sur le nucléaire iranien signé par les 5+1 et la "République" Islamique d’Iran à Vienne.

 

Il s’agit d’un accord secret entre Téhéran et l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) stipulant les conditions de l’ "inspection" du site de Parchin, sur lequel on soupçonne les ayatollahs d’avoir procédé au développement et aux essais de systèmes et de matériaux entrant dans la fabrication d’une bombe atomique.

 

Selon l’AP, dont la fiabilité peut difficilement être mise en doute dans cette affaire, deux officiels U.S. impliqués dans les négociations ont confirmé l’authenticité du document, affirmant, de surplus, qu’il n’existait pas de différences entre le contenu présenté par l’AP et celui adopté au final.

 

L’agrément en question provisionne que ce sont les Iraniens qui procéderont seuls à l’inspection. Ils transmettront des photographies et des vidéos de Parchin à l’AIEA et ils effectueront neuf prélèvements du sol, soit sept à l’intérieur des installations, et deux dans sa proximité immédiate, qu’ils remettront également à l’agence viennoise dépendant de l’ONU.

 

Cette procédure sera suivie, grâce à "l’aimable consentement de l’Iran" (c’est dans le texte du mémorandum), d’une visite du "directeur général [de l’AIEA] en qualité d’hôte officiel du gouvernement iranien, accompagné du vice-directeur par souci de protection (sic)".

 

Les Iraniens qui inspectent eux-mêmes un emplacement où on les soupçonne d’avoir conduit des activités liées à la mise au point de leur bombe atomique et qui choisissent les échantillons qu’ils entendent envoyer aux commissaires de Vienne, cela prouve au moins que Messieurs Kerry et Zarif ne manquent pas d’humour.

 

Mais la découverte de ce document secret pose une multitude de questions relatives au traité avec l’Iran en général, et au comportement du président des Etats-Unis, en particulier.

 

On ignore même si tous les membres permanents du Conseil de Sécurité plus l’Allemagne sont au courant de l’existence et du contenu de ce document. Notre vieil ami du Foreign Office à qui j’ai posé la question se déclare incapable d’y répondre ; il me fait cependant remarquer, qu’à Vienne, durant des journées entières, les pourparlers se déroulèrent uniquement entre des membres des délégations américaine et perse, tandis que les autres participants recevaient des briefings, souvent assez succincts, une ou deux fois par jour.

 

Le diplomate se déclare en revanche certain que des compromis dont les autres n’avaient pas connaissance ont été passés entre Kerry et Zarif, et qu’il est vraisemblable qu’il existe des accords supplémentaires dont les 4+1 ignorent l’existence.

 

Les membres du Congrès américain ont été naturellement choqués par les révélations de l’AP. Ils l’ont été plus encore lorsque, répondant à une série de questions, John Kerry a annoncé que "les détails de l’accord ne seraient pas dévoilés".

 

Les législateurs du Capitole sont ainsi priés de se prononcer sur un accord dont l’exécutif leur cache certaines parties. Ils s’en sont évidemment émus, dénonçant une procédure improbable ; cela les ramène à une affirmation précédente de la "leader" de la minorité Démocrate à la Chambre des Représentants, Nancy Pelosi, à propos de la loi Obamacare, lorsqu’elle déclara : "Nous devons accepter le projet de loi pour vous permettre de découvrir ce qu’il contient".

 

Ce qui est certain est que, depuis la publication de l’AP, plusieurs membres Démocrates du Congrès ont fait savoir qu’ils voteraient contre l’accord avec l’Iran à la mi-septembre. Ils ont pris cette décision en constatant l’insupportable contradiction entre les termes de l’accord AIEA-Iran et les propos tenus par Barack Obama au public et aux législateurs américains, juste après la signature de la partie accessible du traité.

 

Le Président Obama y affirmait que, "grâce à cet accord, nous avons gagné un contrôle implacable et ininterrompu des installations nucléaires iraniennes, le plus complet, le plus intrusif", et, ajouta-t-il, "les inspections et les vérifications sont les plus approfondies jamais négociées avec aucun régime".

 

Il n’avait pas dit que ce contrôle implacable et ininterrompu serait exercé par les Iraniens eux-mêmes, particulièrement à Parchin, où on les soupçonne d’avoir conçu les systèmes principaux de leur bombe atomique.

 

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Menteur

 

Les sénateurs et les représentants hoquètent aussi désormais sur une autre phrase d’Obama ; celle par laquelle il avait lancé, en conférence de presse : "Vous n’avez plus besoin de spéculer, vous pouvez simplement lire ce qu’il [l’accord] dit".

 

Ils sont au contraire plongés dans la spéculation, ne sachant pas ce qu’on leur interdit de lire, mais étant au courant de ce qu’Obama ne leur a pas tout montré. On nage en fait en pleine méthode mafieuse rappelant Chicago, la ville où le président a fait ses armes en politique.

 

Mais les interrogations qui se font jour dépassent le cadre strictement américain et elles sont lourdes de conséquences : il n’est plus possible de faire confiance à l’AIEA et à son chef Yukiya Amano pour arbitrer la réalisation par l’Iran de ses obligations contractuelles. Comment se fier à un organisme d’inspection qui a décidé de se prêter au simulacre de contrôle de Parchin ? Et qui en a lui-même négocié les conditions ?

 

C’est encore plus grave pour les Européens : comment quelqu’un peut-il encore accorder sa confiance à des dirigeants qui ont signé l’Accord de Vienne et qui ont dissimulé à leurs opinions publiques l’existence de ses clauses secrètes. Des clauses qui rendent la mise en œuvre du traité invérifiable.

 

Au moment de se prononcer, les membres du Congrès U.S. ignoreront probablement si l’agrément sur lequel ils votent contient encore d’autres dispositions secrètes. Comment prendre ses responsabilités dans de telles conditions ? Sans parler des pays membres permanents européens du Conseil de Sécurité, dont les parlements ne seront pas même consultés et dans lesquels le débat public sur un sujet de l’importance du nucléaire iranien aura ainsi été éludé.

 

Barack Obama a menti au moins deux fois : la première, par omission, en n’informant pas les Américains de l’existence de clauses secrètes ; la seconde, en ne révélant pas que des clauses du traité officiel était contredites, surpassées ou rendues inopérantes par des documents annexes.

 

Cela commence à faire beaucoup. En restant très sereins, cette affaire de traité avec l’Iran commence à prendre des proportions de haute trahison. Car en le privant des moyens de contrôler efficacement sa réalisation par les Perses, Obama et Kerry ont abandonné le dernier argument qui lui donnait encore un semblant de sens stratégique.

 

Les avantages obtenus par cette administration sont à tel point diffus, les gains considérables concédés à l’adversaire – le maintien intact de son infrastructure nucléaire, le déblocage de dizaines de milliards de dollars en sa faveur, sa réintégration dans le commerce mondial, la poursuite de sa capacité d’ingérence en Irak, au Yémen, en Syrie et au Liban, la poursuite de son soutien au terrorisme, l’accès qui lui est donné aux marchés de l’armement, la poursuite de son programme de missiles balistiques menaçant l’Occident, le maintien en détention d’otages américains innocents, et la continuation de sa politique génocidaire à l’encontre d’Israël – sont à tel point énormes, qu’il est désormais légitime, voire urgent, de se demander si Kerry et Obama n’ont pas servi les intérêts d’une puissance résolument hostile aux Etats-Unis d’Amérique et à leurs alliés au Moyen-Orient.

 

Ils participent à renforcer les ambitions hégémoniques de la dictature iranienne aux dépens des Etats-Unis, n’hésitant pas à dissimuler à leurs compatriotes la teneur précise du traité qu’ils demandent au Congrès de ratifier. Et pour ne rien arranger, ils agressent verbalement et ad hominem ceux – y compris des parlementaires Démocrates - qui émettent des doutes quant au bien-fondé de l’accord et qui préconisent son rejet au Capitole.

 

Obama et Kerry ne renâclent pas à les accuser d’œuvrer, eux, dans l’intérêt d’une puissance étrangère [sous-entendu Israël], contre celui de l’Amérique.

 

Trois membres Démocrates influents de la Chambre des Représentants, Eliot Engel, Nita Lowey and Steve Israel, ont réagi à ces attaques ad hominem et à ces menaces en déclarant que ces procédés étaient inacceptables. C’est énorme !

 

Presqu’aussi énorme que ce qui apparaît noir sur blanc dans la partie de l’accord ouverte au public, dans sa section D, intitulée "Garanties Nucléaires et Sécurité", article no. 10. On y lit :

 

Les E3/EU+3 [les 5+1, Ndlr.] (…) sont disposés à coopérer avec l’Iran (…), par voie de formation et d’ateliers afin de renforcer la capacité de l’Iran à se protéger contre, et à répondre à des menaces nucléaires de sécurité, incluant le sabotage, aussi bien qu’à lui assurer une sécurité nucléaire efficace et durable ainsi que des systèmes de protection physiques.

 

Mettons de côté le vocabulaire alambiqué de cet article, qui démontre que les négociateurs ont âprement et longuement bataillé pour sa formulation. Mis à plat, cela signifie que, si les Israéliens – accessoirement les Saoudiens, les Etats du Golfe ou l’Egypte – acquéraient la conviction absolue que les activités nucléaires des Perses mettaient leur survie en danger et décidaient d’envoyer leurs chasseurs-bombardiers détruire les usines de la bombe atomique des ayatollahs, les 5+1 se sont engagés à les abattre – à répondre à des menaces (…) par des systèmes de protection physiques - !

 

Les Américains, mais aussi les Allemands, les Français et les Britanniques s’engageant à protéger Fordow militairement contre d’éventuelles frappes du Khe’l Avir, c’est encore plus énorme que le reste.

 

L’AIEA a par ailleurs déjà communiqué cette semaine sur le fait que, sur la base d’un traité qui ressemble à s’y méprendre à un acte de reddition, les Iraniens, loin de démanteler Parchin, ont déjà augmenté la surface de ce site. Le constat de l’Agence de Vienne, évidemment classé confidentiel, a été éventé mercredi par une dépêche de Reuters.

 

La réaction de l’Iran, par la voix de son délégué permanent auprès de l’AIEA, Reza Najafi est la suivante : "Il est amusant que l’AEA prétende qu’il y a eu une petite extension d’un bâtiment (…). L’Iran n’a pas besoin de demander la permission de l’AIEA pour procéder à des constructions sur ses sites".

 

Omettons, pour finir, l’accord, son contenu et le nucléaire iranien, comme s’ils n’existaient pas. Attardons-nous sur le ressenti des Israéliens et des Israélites face à la ruée des businessmen du monde entier vers Téhéran. L’empressement de Poutine à vendre des armes à Khamenei, celui des Chinois à lui fournir des avions de guerre dernier modèle, celui des Français, de construire de nouvelles usines de voitures en Iran, et celui des grandes sociétés pétrolières, de participer à la reconstruction du système d’exploitation de pétrole iranien ne vont pas sans nous rappeler des souvenirs douloureux.

 

J’hésite toujours à faire des parallèles avec des évènements liés à la Seconde Guerre Mondiale, mais cette ruée vers l’or, sans attendre l’approbation du Congrès, me ramène irrésistiblement à la Conférence d’Evian de 1938 ; lorsque tous les Etats du monde avaient refusé d’accueillir les Juifs d’Allemagne et d’Autriche menacés d’extermination et continué à faire des affaires avec Monsieur le Chancelier du Reich Adolf Hitler.

 

Cette fois-ci, les Juifs observent les mêmes Etats, soixante-dix ans plus tard, encourager leurs entreprises à commercer avec la théocratie perse, sans se soucier de ce que ses leaders, qui ne reconnaissent pas l’historicité du génocide nazi, appellent chaque semaine à l’éradication de l’Etat d’Israël et de ses habitants.


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Il est l’or, Monseignor : Tel-Aviv accède à la Ligue des Champions (info # 012608/15) Version imprimable
Sport
mercredi, 26 août 2015

 

Par Ilan Tsadik

 

Hier soir (mardi), dans le petit stade de Bloomfield, rempli à ras bord par 16 000 spectateurs bruyants, le Maccabi Tel-Aviv de foot a remporté, face au FC Bâle, son billet d’entrée dans la Champions League, le club très fermé réunissant les 32 meilleures équipes du vieux continent.

 

D’une part, cette qualification amènera en Israël des gens comme Lionel Messi ou Cristiano Ronaldo, de l’autre, elle assure au Maccabi un revenu minimum de l’ordre de vingt millions d’euros, soit quasiment l’équivalent de son budget annuel en saison régulière. En un mot : le jackpot.

 

La première rencontre de la Champions League opposera Eran Zehavi et ses copains à la plus prestigieuse des formations d’une poule de quatre clubs qui seront tirés au sort jeudi soir à Monaco. Ce sera l’une des équipes suivantes, arrivées en tête du championnat de leur pays la saison dernière : Barcelone, Chelsea, Bayern Munich, Juventus, Benfica, Paris Saint-Germain, Zénith Saint Pétersbourg ou PSV Eindhoven.

 

Le match se déroulant la veille du Nouvel an juif, on est assuré d’avoir du beau monde à table pour le dîner de fête.

 

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Eran Zehavi, l’Aiglon

 

Mais d’abord, il fallait prendre le dessus sur les Suisses, ce que les Maccabéens n’étaient pas parvenus à faire durant leurs trois rendez-vous précédents avec les rhénans [situés sur le Rhin, Germaine] en compétition européenne.

 

Bâle est un "petit grand" du gotha européen, une formation abonnée le plus souvent à la Ligue des Champions, qui se qualifie fréquemment pour le dernier carré de seize ou même de huit. Les rouge et bleu se situent juste un niveau plus bas que les tout grands d’Europe, tandis que les jaunes du Maccabi émergent deux étages plus bas. La dernière et unique fois qu’ils ont participé à la Champions League, ce fut il y a onze ans déjà ; depuis, lorsqu’ils remportent leur championnat national, ils échouent au stade des rencontres de qualification.

 

Bâle-Maccabi, c’est la rencontre de nombreux contrastes. On pouvait s’en rendre compte, hier, simplement en s’attardant sur les joueurs alignés par les deux équipes ; chez les visiteurs, trois joueurs suisses seulement, Lang, Zuffi et le jeune prodige Breel Embolo. Encore que si la partie s’était déroulée l’an dernier, il n’y aurait eu que deux Helvètes sur la pelouse de Bloomfield, car Embolo, camerounais de naissance, n’est devenu suisse alémanique qu’en décembre 2014.

 

Bâle est l’une des formations européennes faisant appel au plus grand nombre de footballeurs étrangers. C’est extrême mais pas inhabituel, on retrouve des proportions semblables au PSG et dans des clubs britanniques.

 

Au Maccabi, on tombe dans l’excès opposé : huit Israéliens-israélites foulaient le gazon, pour trois renforts goys, le gardien ibère, Juan Pablo, le Nigérian Nosa Igiebor et le Serbe Mitrovic. Encore qu’en fin de rencontre, l’entraîneur Slaviša Jokanović, serbe également, remplaçait Mitrovic et Igiebor par des joueurs du cru. On se retrouvait avec dix joueurs du pays dans une formation de club ; je doute qu’on ait vu souvent cette situation en play-off de la Champions League, ces vingt dernières années.

 

Autre différence de taille, le budget des deux équipes : plus de cent millions d’euros pour les rhénans, le premier club helvète à franchir la barrière des cent millions, contre cent millions de… shekels, côté télavivien, le premier club hébreu à franchir cette limite. Sauf qu’il faut environ quatre shekels pour faire un euro, on ne parle pas vraiment de moyens comparables.

 

Le sponsor principal des Bâlois n’est autre que le super-géant de l’industrie pharmaceutique mondiale Novartis, tandis que celui des Israéliens est un milliardaire judéo-canadien du nom de Mitchell Goldhar, Mitch pour les intimes, qui possède une chaîne de grands magasins au pays des caribous et des tabernac’s.

 

Maccabi est en outre dirigé sur le plan sportif par Jordi Cruyff, un ancien joueur à la carrière en demi-teinte, qui est également le fils de la légende de l’Ajax, Johann Cruyff. Le sens de l’organisation de Jordi, de même que son réseau de connaissances dans le milieu footballistique européen ont assurément renforcé la stabilité du club de Tel-Aviv.

 

Cruyff a maintenant six jours, jusqu’à la fin de la période des transferts, pour dégotter deux ou trois renforts significatifs pour son équipe, autant dire que le temps presse. Parce que, il faut être réaliste, le cadre actuel de joueurs ne fait pas le poids face aux énormes cylindrées que sont les Real Madrid, Chelsea ou PSG, des formations dans lesquelles le prix d’achat de chaque joueur correspond à un multiple du budget annuel des Maccabéens.

 

Pour faire bonne figure – personne n’ose évoquer l’hypothèse d’une victoire, de peur de se faire interner sur le champ dans un asile psychiatrique par un commando d’infirmiers composé spécialement pour l’occasion – il faut au moins un renfort dans chaque compartiment du jeu, défense, milieu de terrain et attaque. Jordi serait sur des pistes, du moins c’est à espérer si l’on entend épargner aux jaunes des claques mémorables, particulièrement lors des déplacements.

 

Pour se qualifier pour le tour suivant de la Ligue des Champions, la phase des seize équipes, il faudrait terminer à l’une des deux premières places ou être l’un des meilleurs troisièmes en repêchage, ce qui constitue un objectif un tout petit peu plus raisonnable.

 

La double confrontation face à Bâle s’est terminée deux fois par des égalités. Deux partout au Stade Saint Jacques, et un à un, hier à Bloomfield. En coupe d’Europe et en cas de partage de l’enjeu, les buts inscrits à l’extérieur comptant double, c’est ainsi que les Télaviviens se sont qualifiés.

 

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Superbe duel Embolo-Tibi

 

C’est surtout grâce à un joueur exceptionnel qui s’est fait le bourreau des espoirs suisses : Eran Zehavi. Il est l’auteur des trois réussites de son équipe, plus étincelantes les unes que les autres. Le public israélien retiendra particulièrement son coup de tête pleine lucarne, à la dernière minute des prolongations sur les rives du Rhin, et son but d’hier, sur un passe millimétrée de Mitrovic, lorsque, prenant le défenseur argentin Walter Samuel de vitesse, Zehavi, sans contrôler le ballon et sans regarder le but, l’a expédié, d’une volée du pied gauche en pleine course, hors de portée du gardien Vaclik.

 

C’était à la 23ème minute. Le goleador hébreu répondit ainsi à l’ouverture de la marque, douze minutes auparavant, de Luca Zuffi, sur un coup franc magistral, imparable pour Juan Pablo. Ce coup de pied arrêté faisait suite à une faute absolument inutile commise par Igiebor alors qu’aucune menace pressante ne pesait contre son camp. Contre Messi, il faudra être beaucoup plus attentif, car une faute de l’arrière central Tal Ben Haïm avait déjà valu un pénalty pour Bâle à Saint Jacques. Face aux ténors mondiaux du foot, ces erreurs d’appréciation – une spécialité israélienne avec le Dôme de fer et les fallafels - ne pardonneront pas.

 

Les Suisses alémaniques ont marqué deux fois sur trois sur des coups de pied arrêtés, c’est dire s’ils ont peiné à transpercer l’arrière-garde jaune, pourtant facilement fébrile. Sur l’ensemble des deux matchs, les Bâlois ont certes dominé territorialement, mais de façon passablement stérile ; ils ne sont pas parvenus à obliger Juan Pablo à effectuer des parades extraordinaires, ce qui explique leur désillusion.

 

Lorsque Maccabi partait en contre, notamment par Tal Ben Haïm II et Zehavi, on sentait plus de niaque, plus d’envie et de détermination. Et ce que les statistiques ne disent pas, c’est qu’hier, les Israéliens furent objectivement plus près de doubler la mise, notamment sur un essai de Dor Mikha en fin de rencontre, que les visiteurs, en dépit d’une pression plus constante sur l’arrière-garde israélienne.

 

Maccabi n’a rien volé de sa qualification. Les rouge et bleu ont eu recours à quatre cartons jaunes pour arrêter les Télaviviens, contre un seul jaune aux jaunes. Ceci dit, on peut souligner l’esprit très correct qui a présidé à cette double confrontation. A part peut-être dans le cas du milieu rhénan Mohamed Elneny, l’Egyptien, qui a multiplié les commentaires haineux, limite racistes à l’endroit de ses adversaires israéliens. Elneny a quitté le pays des pyramides pour l’Europe à l’époque de Morsi, et personne ne lui a dit que Le Caire et Jérusalem étaient désormais les meilleurs amis du monde.

 

Lui n’a pas joué à Tel-Aviv mais en "Palestine occupée". Et il s’est fait éliminer par le club de "Palestine occupée", ce qui lui fera les pieds. Il a même été sorti par son entraîneur en milieu de seconde période et remplacé par l’Albanais Shkelzen Gashi. Lequel n’a que très peu pris le jeu à son compte, faisant penser aux supporters israéliens : quelle aubaine ! Pendant que les quelques Bâlois qui avaient fait le déplacement, ruminaient : quel gâchis !

 

Mon compte-rendu ne serait pas complet si je n’évoquais la révélation de cette double confrontation, hormis Zehavi, dont tout le monde connaissait déjà les qualités. J’ai été séduit par Breel Embolo, le néo-Suisse allemand. Un beau bébé de dix-huit ans et d’un mètre quatre-vingt-quatre, à la puissance, l’aisance technique, la rapidité et la détermination simplement impressionnantes. Plus à l’aller qu’au retour, d’ailleurs. A Tel-Aviv, la défense des Hébreux s’était habituée à freiner cette locomotive en marche, particulièrement grâce à Tal Ben Haïm I, le défenseur central, qui a sorti un grand match hier. Je dois lui faire cette justice, moi qui l’ai souvent égratigné dans ces colonnes et qui vous promets de continuer à le faire.


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Obama est-il un agent iranien ? (info # 012308/15) Version imprimable
Analyse
dimanche, 23 août 2015

 

Par Guy Millière

 

La question que j’ai placée en titre de cet article appelle une réponse immédiate. Non, Obama n’est pas un agent du régime islamique en place à Téhéran depuis trente-six ans. Ou, à tout le moins, rien ne l’indique. Obama est tout juste un gauchiste islamophile, qui a pratiqué l’islam dans sa jeunesse et a eu des fréquentations islamiques jusqu’à quelques années à peine avant qu’il devienne président, ce qui est déjà édifiant.

 

Ses fréquentations islamiques, cela dit, étaient en général sunnites. Il a tout fait, pendant les premières années de sa présidence, pour que les Frères Musulmans parviennent au pouvoir dans le monde sunnite. Il a laissé l’Etat Islamique se mettre en place jusqu’à ce qu’il devienne la tumeur cancéreuse qui ronge la Syrie et l’Irak, et il ne combat pas sérieusement la tumeur, ce qui signifie qu’il la laisse perdurer.

 

Il n’en reste pas moins qu’un élément central de sa stratégie au Proche-Orient n’a cessé d’être l’installation de l’Iran en position de puissance hégémonique régionale. L’hypothèse de départ d’Obama était un Proche-Orient dominé par l’islam radical, avec l’Iran hégémonique et doté de l’arme nucléaire, d’un côté, et les Frères Musulmans, trouvant des terrains d’entente avec l’Iran, de l’autre.

 

L’objectif initial n’a pu être atteint en ce qui concerne les Frères Musulmans, dès lors que la pièce maitresse de ce plan est tombée avec la chute de Mohammed Morsi, l’arrivée au pouvoir d’Abdel Fattah al Sissi au Caire, et le soutien apporté à Sissi par la monarchie saoudienne.

 

Un vestige du but initial perdure dans le sillage des Frères Musulmans ; c’est l’Etat Islamique, qui combat l’Egypte d’al Sissi et l’Arabie Saoudite : mais ce n’est qu’un vestige. Même s’il le voulait, Obama ne serait pas en mesure de passer d’accord avec l’Etat Islamique.

 

L’objectif iranien, en revanche, progresse à grands pas.

 

L’accord signé à Lausanne avec le régime des mollahs a été ratifié aux Nations Unies. Ceci a eu pour conséquences immédiates l’engouement effréné de dirigeants européens pour les voyages en Iran, en pensant à tous les contrats qu’ils allaient pouvoir signer, de même que les gestes multiples de Poutine, tout heureux de vendre des armes au régime des ayatollahs. Le président russe s’est montré très satisfait de recevoir le Général Qassem Souleimani, le chef des forces spéciales des Gardiens de la Révolution Islamique, aux fins de parler stratégie, pendant que la Chine procédait dans la même direction par des gestes plus discrets mais néanmoins bien réels.

 

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Même un rapprochement dialectique ?

 

L’accord est de facto ratifié par les Etats Unis, puisqu’Obama a contourné le Congrès et trahi la Constitution pour y parvenir, en faisant voter aux Nations Unies en faveur de l’accord, ce qui réduit la portée du vote du Congrès, qui doit avoir lieu à la mi-septembre, à un simulacre de choix.

 

L’accord avait été, en réalité, élaboré bien plus tôt, dès 2011, comme le montrent des éléments qui viennent d’être divulgués par l’Iran. Obama avait en effet choisi à l’époque John Kerry, qui n’était pas encore Secrétaire d’Etat, mais se trouvait à la tête du Comité du Sénat chargé des Relations Etrangères (Senate Foreign Relations Committee), au temps où Mahmoud Ahmadinejad était président de la République Islamique d’Iran. Une lettre disant que les Etats Unis reconnaissaient le droit de l’Iran à poursuivre ses activités nucléaires et à œuvrer pour la levée de toutes les sanctions avait été envoyée par Kerry à Ahmadinejad, par l’intermédiaire du Sultan d’Oman. Des négociations secrètes s’en étaient suivies, au Qatar et à Oman. Les négociations tenues depuis n’ont été elles-mêmes qu’une parodie.

 

Lorsqu’Obama s’est rendu au Caire, en 2009, pour prononcer le discours d’al Azhar, il pensait que les Frères Musulmans parviendraient au pouvoir en Egypte. Lorsqu’il a élaboré l’accord avec l’Iran, les Frères Musulmans étaient aux affaires au Caire ; lorsqu’il a finalisé ledit accord, la situation était différente, et les Frères Musulmans étaient sortis de l’équation, c’est tout.

 

Obama n’est pas un agent du régime islamique iranien, non, mais il se conduit présentement comme s’il en était un : il se conduit, depuis 2011, comme s’il en était un.

 

Des observateurs avaient noté, lorsqu’Obama courtisait les Frères Musulmans, qu’il reprenait des éléments de langage au discours des Frères Musulmans. C’était flagrant dans le discours du Caire, et seuls les sourds n’avaient pas entendu, alors que c’était un discours chargé d’intonations islamiques. Seuls les aveugles avaient ignoré que le rédacteur du discours était un certain Feisal Abdul Rauf. Il y eut beaucoup de sourds et d’aveugles.

 

Des observateurs ont noté, ces derniers temps, que la presse officielle iranienne tressait de chaleureuses louanges à Obama, tout en constatant qu’Obama détruisait les Etats Unis de l’intérieur, sous le regard impuissant des Républicains et de quelques Démocrates un peu plus lucides que les autres. Ces observateurs ne sont pas nombreux.

 

L’un d’eux, Amir Taheri, iranien de naissance, a remarqué, avec une tristesse désabusée, qu’Obama se rapprochait désormais tellement de l’Iran des mollahs, qu’il reprenait leurs façons de parler.

 

Amir Taheri notait que c’était particulièrement évident dans le discours prononcé récemment par Obama à l’American University pour défendre l’accord avec le régime des mollahs. Outre le recours à la taqiyah (dissimulation), Obama, a dit Taheri, s’est livré à ce que les mollahs appellent takhrib, le fait de s’en prendre personnellement à ses adversaires pour éviter de répondre à leurs arguments. Il s’est livré aussi à ce que les mollahs nomment siahkari, soit le fait de diffamer quelqu’un jusqu’à le faire passer pour l’inverse de ce qu’il est.

 

Seul Amir Taheri a distingué ces points. Il y a, décidément, beaucoup de sourds et d’aveugles.

 

Très peu d’analystes ont déchiffré la stratégie d’Obama. Aucun analyste de langue française n’a déchiffré d’emblée la stratégie d’Obama. Je pense avoir été le seul. J’ai apporté des preuves à charge par centaines à l’appui de ce que j’ai écrit. Les sourds et les aveugles n’entendent rien et ne voient rien.

 

Je dois dire que je n’aurais pas imaginé, même dans mes pires cauchemars, voir un jour un président tel qu’Obama à la Maison Blanche.

 

J’admets aussi que je n’aurais jamais imaginé non plus voir surdité et cécité régner à ce point sur le monde. Il reste des observateurs dignes de ce nom aux Etats-Unis et en Israël. Il n’y en a quasiment plus en Europe.


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Piège mortel (info # 012208/15) Version imprimable
Analyse
samedi, 22 août 2015

 

Par Jean Tsadik

 

J’ai allumé mon ordinateur, ce samedi matin – plus personne ne prend plus sa plume pour écrire -, afin de vous narrer un fait de guerre survenu hier, dont l’intelligence sort nettement de l’ordinaire. Ou, comment les stratèges israéliens ont tendu un piège à leurs ennemis et comment ceux-ci sont tombés dedans en courant, les pieds et poings liés.

 

L’histoire commence jeudi soir, après l’attaque spontanée d’un kibboutz israélien du Doigt de la Galilée par des roquettes venues de Syrie ; Tsahal a violemment riposté.

 

Ses avions, ses chars et son artillerie attaquèrent quatorze positions de la 90ème brigade de l’Armée alaouite et, plus particulièrement, les soldats de l’Armée régulière iranienne de la division Quds (Jérusalem) qui s’y trouvent aussi.

 

En fait, toutes les positions de l’Axe du mal dans la poche de Hader – la dernière portion de frontière, sur 4 kilomètres de long, encore contrôlée par l’Armée gouvernementale sur le Golan –furent prises sous le feu des Hébreux.

 

carte_al_qom.jpg

La région élargie de la poche de Hader

ainsi que le village d’Al Qom en évidence

© Metula News Agency

 

Les objectifs allaient des dépôts de munitions au PC de commandement de la brigade. Les missiles sol-sol Tamouz et ceux tirés par les drones, pleuvèrent brièvement sur leurs cibles, apportant leur lot de morts et de destructions. Au moins une grosse pièce d’artillerie et de nombreux véhicules furent mis hors de combat, et quatre militaires, dont un officier supérieur de l’Armée d’Assad, furent tués. Une douzaine d’autres furent blessés à des degrés divers.

 

Ce fut une "grosse réplique" de la part de Tsahal, si l’on considère que les quatre projectiles tirés peu auparavant depuis la Syrie n’avaient fait aucun dégât matériel en Israël, hormis un incendie de broussailles, qui fut éteint par les pompiers après trois heures d’efforts.

 

En fait, la riposte constitua la plus importante intervention des forces israéliennes contre la Syrie depuis le début de la Guerre Civile, il y a quatre ans et demi. Il fallait cela pour faire comprendre tant à Bachar al Assad qu’à ses alliés perses et chiites libanais qu’on ne s’attaque pas impunément au territoire israélien et qu’il vaudrait mieux pour eux, à l’avenir, qu’ils s’abstiennent de couvrir des opérations de ce genre.

 

C’est à dessein que j’ai écrit "de couvrir", car, côté israélien, on sait pertinemment que ce n’est pas l’Armée régulière qui a tiré sur le kibboutz, mais qu’elle a laissé agir, dans la zone qu’elle contrôle, la cellule terroriste qui a fait le coup. Le message de Jérusalem à Damas étant : vous êtes comptables de tout ce qui se déroule dans les régions où vous faites la loi.

 

Quant à la cellule terroriste en question, nous en parlons fréquemment dans ces colonnes ; il s’agit d’une petite unité – deux, trois dizaines d’hommes au maximum – aux ordres de l’archi-terroriste libanais Samir Kuntar, assisté par l’Iranien Saïd Izadi, le chef du département Palestine dans la force Quds (Jérusalem), et de Moustapha Mournieh, le frère de Djihad, éliminé par un tir de drone en janvier et fils d’Imad, neutralisé par l’explosion d’une voiture piégée, en 2008 à Damas.

 

Ce commando, armé et encadré par l’Iran et financé par le Qatar, a reçu l’ordre de Téhéran de ranimer le front israélien en pratiquant par des actions contre le territoire israélien et ses occupants.

 

Les terroristes de la cellule – des individus armés s’attaquant systématiquement à des civils – proviennent du Hezbollah libanais, des Pasdaran iraniens, de quelques Palestiniens du Djihad Islamique, ainsi que de Druzes embrigadés dans Hader et ses environs.

 

La présence de Druzes dans ce commando est capitale, grâce à leur parfaite connaissance du terrain. Elle est aussi controversée par les Druzes israéliens, car Hader, la ville dont ils sont issus, ne doit de n’avoir pas encore été submergée par le Front du Sud – la coalition réunissant l’Armée Syrienne Libre et 55 formations islamistes dont al Nosra – qu’à l’avertissement adressé par Tsahal à l’ASL.

 

Un avertissement formulé en ces termes : nous cesserons définitivement de vous fournir toute assistance et nous interviendrons militairement si vous envahissez la ville druze de Hader ou si vous touchez à un cheveu de ses habitants.

 

Chez les Druzes du Golan israélien (dont 20 % sont citoyens de l’Etat hébreu) et ceux installés à l’ouest de la ligne verte, on cultive le sens de l’honneur et l’on peine à voir des coreligionnaires de Syrie exploiter la protection offerte par les Israéliens pour les agresser depuis la poche de Hader.

 

Si des Druzes syriens sont devenus membres de la cellule de Kuntar, c’est que ce dernier est également d’origine druze (libanaise) et qu’il a su trouver les arguments pour les persuader que leur destin et leur survie dépendaient du succès des alaouites et de leurs alliés chiites iraniens et libanais.

 

Reste qu’après la riposte musclée de Tsahal sur les 14 positions de l’Axe, un seul des deux objectifs avait été atteint, s’agissant de l’envoi d’un message de dissuasion à l’intention de Damas, le mettant en garde contre la poursuite de l’attitude consistant à permettre à des groupes terroristes d’agresser Israël depuis les territoires qu’il contrôle.

 

A ce chapitre, il nous incombe de répéter que Bachar al Assad n’a pas l’intention d’entraîner les Hébreux dans "sa" Guerre Civile, conscient qu’il est que cela ferait nettement pencher la balance du côté de ses adversaires. C’est ainsi, à contrecœur, et sous la pression massive de Téhéran, qu’il a laissé des terroristes se déployer dans la poche de Hader.

 

Reste aussi que les responsables directs de l’attaque à la roquette contre le kibboutz n’ont pas été inquiétés. Leur méfait accompli, ils se sont repliés dans le village d’Al Qom, à une dizaine de kilomètres de la frontière, et ils se disent, après les représailles israéliennes, qu’ils n’ont plus rien à craindre, que la vengeance de Jérusalem est consommée, que Tsahal a perdu leur trace et n’interviendra pas à cette profondeur du territoire syrien.

 

Leur assurance est telle, qu’ils ne se sont pas mélangés à la population et qu’ils continuent à se déplacer en groupe, dans la même formation que celle qui a lancé les Katiouchas.

 

Cette erreur va leur être fatale ; ils sont tombés naïvement, par un excès de confiance coupable, dans le piège que leur ont tendu les stratèges israéliens. On peut même affirmer que le bombardement des 14 bases de la 90ème brigade n’a constitué qu’une manœuvre de diversion utile, tandis que les observateurs de Tsahal et ses nombreux agents en Syrie, notamment auprès de la majorité des Druzes locaux, ne les ont jamais quittés des yeux et qu’ils attendaient le faux pas de leur part qu’ils viennent d’effectuer.

 

Lors hier, sur le coup des dix heures du matin, les cinq lanceurs de roquettes n’auront pas eu le temps de réaliser ce qui allait mettre un terme à leurs existences. Un appareil du Khe’l Avir, l’Aviation israélienne, probablement un drone, a déjà identifié le véhicule quasiment à l’arrêt dans lequel ils viennent de prendre place dans la rue principale d’Al Qom. Le missile intelligent qu’il largue pulvérise leur voiture en quelques secondes, éradiquant ses occupants dans une déflagration dont la puissance ne permet pas de distinguer les débris humains des restes calcinés du véhicule.

 

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Ce qu’il reste du véhicule des terroristes à Al Qom

© Suria Halmoustakbal

 

Cette opération conclut définitivement la riposte des Hébreux, qui viennent de châtier ceux qui se sont attaqués à leur territoire, tout en lançant un nouveau message aux autres membres et officiers de la cellule Kuntar. Israël vient de leur signifier que, quel que soit l’endroit où ils se considèrent en sécurité, ceux qui l’attaquent n’échappent pas à sa colère.

 

On peut en outre observer sur les images et la vidéos1 filmées par l’agence syrienne gouvernementale Suria Halmoustakbal (L’avenir de la Syrie), que le raid du Khe’l Avir n’a pas atteint de victimes collatérales, et même, que les voitures situées à proximité immédiate de celle des terroristes sont pratiquement intactes et encore en état de marche. Cela est dû aux avancées technologiques des Hébreux, qui se sont focalisés sur la mise au point de missiles très puissants mais uniquement dans un périmètre d’impact extrêmement limité géographiquement.

 

Il est certain que les terroristes et leurs mentors vont maintenant intégrer les leçons de ce qui s’est passé jeudi et vendredi derniers. Il est non moins évident que les stratèges de Tsahal ne vont, quant à eux, pas répéter le même mode opératoire, et qu’à la prochaine occurrence, ils tenteront de surprendre leurs adversaires avec de nouvelles idées originales. Et ce n’est pas l’imagination qui leur fait défaut.

 

 

 

Note :

 

1 https://fbcdn-video-b-a.akamaihd.net/hvideo-ak-xfp1/v/t42.1790-2/11893668_2156637847910637_162657073_n.mp4?efg=eyJybHIiOjkzOSwicmxhIjo4NDZ9&rl=939&vabr=522&oh=24b9d77221c2eebb15996466cd1d10f3&oe=55D8AA76&__gda__=1440263669_7aa3363adc1fdc69cae92b70c7cf1a0a

 

 

 
14 objectifs détruits par Tsahal en Syrie, des morts et des blessés (info # 012108/15) Version imprimable
Breaking News !
vendredi, 21 août 2015

 

© Metula News Agency

 

Comme cela était prévisible, Israël a fermement riposté aux quatre tirs de roquettes effectués à partir de la Syrie contre son territoire.

 

Deux projectiles avaient explosé hier dans une zone non habitée de la partie israélienne du Golan, tandis que les deux autres avaient atteint les champs d’un kibboutz israélien de Haute Galilée, situé sur les contreforts du Golan.

 

Il n’y avait eu ni victimes ni dégâts, mais il ne s’en est fallu que de quelques centaines de mètres pour que cette attaque se termine en carnage.

 

Les sapeurs-pompiers assistés d’avions lançant du matériel retardant sur les flammes ont mis plusieurs heures à circonscrire l’incendie provoqué par l’explosion des bombes syriennes.

 

C’était la première fois, depuis la Guerre de Kippour en 1973, que des bombes syriennes atteignaient la vallée du Jourdain.

 

La réplique de Tsahal fut proportionnelle à la gravité de l’agression. On évoque ainsi la plus grosse opération militaire de l’Armée israélienne contre le régime de Bachar al Assad depuis le début de la Guerre Civile.

 

Pas moins de 14 objectifs ont en effet été visés et touchés dans le territoire ennemi par des frappes de l’aviation, de l’artillerie et des chars hébreux.

 

Toutes les cibles choisies se trouvaient dans la maigre portion de territoire, 4km le long de la frontière israélo-syrienne du Nord-Golan, encore tenue par le régime de Damas et ses alliés iraniens et chiites libanais. C’est de cette enclave qu’avaient été tirées, hier, en début de soirée, les quatre fusées sur Israël.

 

Toutes les cibles visées par Tsahal se situaient dans des bases ou positions de la 90ème brigade d’al Assad, celle qui est en charge de la frontière avec l’Etat hébreu et du front du Golan face aux rebelles. Spécifiquement, à l’intérieur de ces points d’appuis syriens, c’est la force Quds (Jérusalem) de l’Armée régulière iranienne qui était visée.

 

Des dépôts de munitions ont été pris pour cibles mais aussi le poste central de commandement de la 90ème brigade, qui a subi de lourds dégâts. Nos relais nous signalent que les représailles israéliennes ont fait plusieurs morts et blessés dans les rangs de l’"Axe du mal".

 

Côté israélien on rappelle la responsabilité du gouvernement de Damas pour ce qui se déroule à partir de son territoire ; on souligne également l’encadrement et le financement procuré aux assaillants par Téhéran, et l’on mentionne le nom de Saïd Izadi, le chef du département palestinien dans la force Quds, qui aurait été le maître d’œuvre du tir des roquettes.

 

Mais au titre des non-dits, le renseignement de Tsahal ainsi que les spécialistes du conflit sont convaincus que la provocation d’hier porte à nouveau la signature du terroriste libanais Samir Kuntar, l’assassin de la famille Haran à Nahariyya en 1979, devenu le patron d’un commando syro-libanais voué à l’embrasement du Golan.

 

On sait que Kuntar, pour l’instant insaisissable, se fournit en hommes dans les rangs du Hezbollah et parmi les Druzes du Golan, en armes, logistique et conseils, auprès de l’Armée iranienne, et en argent, pratiquement sans limites, dans les coffres de l’émir du Qatar. L’émir du Qatar, rappelons-le à toute fin utile, qui est également, drôle de Holding, le propriétaire du PSG et l’un des prêteurs favoris de l’Etat français.

 

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Kuntar, le choix de Khamenei pour mettre le Golan à feu et à sang

 

Kuntar peut également compter sur l’aide de Moustapha Mournieh, le frère de Djihad Mournieh, neutralisé lors d’un raid de Tsahal en janvier dernier dans la même région.

 

Reste que les seuls mentors fiables de Kuntar sont l’Iran, le Hezbollah et le Qatar, car l’archi-terroriste entretient des relations hostiles avec la plupart des autres intervenants de la Guerre Civile syrienne. C’est ainsi que Bachar al Assad a donné l’ordre à son armée de s’en débarrasser, lui qui n’apprécie pas que le Libanais se comporte en électron libre sur son territoire, et qui ne désire surtout pas l’ouverture d’un front entre son armée et Tsahal.

 

De source confidentielle, la Ména a également appris que la relation entre Kuntar et Moustapha Mournieh était complexe et tendue, car ce dernier est persuadé que Kuntar savait que le véhicule dans lequel Djihad avait pris place en janvier allait être attaqué par Tsahal, mais qu’il n’en avait pas informé ses camarades pour sauver sa peau.

 

Il est clair que les frappes de Tsahal, très précises – elles atteignent toutes, toujours, leurs objectifs – causent de gros dégâts humains, matériels et psychologiques dans les rangs de l’Armée régulière et de ses alliés. Ces ripostes ont assurément un effet dissuasif sur les troupes régulières déjà très sollicitées pour s’opposer à la poussée des rebelles.

 

Face à ce désir de ne pas se frotter à l’Armée israélienne, se dresse la volonté politique des ayatollahs, consistant à rallumer la flamme de la guerre avec l’ennemi israélien, en prémices à de futurs développements au niveau international, notamment en relation avec la situation prévalent au Liban.

 

Notre point de vue est que le front du Golan ne va pas se transformer, dans les mois à venir, en champ de bataille ; ce, car, d’une part, ce n’est pas la volonté d’al Assad et de son armée, et de l’autre, du fait qu’ils ne disposent plus, dans cette région, d’un territoire suffisamment large et profond pour y planifier un conflit.

 

En revanche, Tsahal s’attend à de nouvelles tentatives du groupe Kuntar de s’attaquer à des cibles civiles et militaires en Israël. Pour parer à cette éventualité, les militaires hébreux augmentent leur capacité d’observation et s’emploient à traquer Samir Kuntar, comme on traque un renard lors d’une chasse à courre.

 

Au niveau des officiers supérieurs de Tsahal, en plus de ce qui précède, on met en garde contre l’éventualité d’un mauvais coup meurtrier que réussiraient l’archi-terroriste et ses sponsors perses. Dans de telles conditions, si des Israéliens devaient périr, on remarque ici que l’Iran ne serait pas à l’abri des ripostes israéliennes.

 

 

 
4 ou 5 projectiles syriens atteignent le nord d’Israël (info # 012008/15) Version imprimable
Breaking News !
jeudi, 20 août 2015

 

© Metula News Agency

 

Métula 18h25, Paris 17h25

 

Deux projectiles ont explosé vers 17h35 locales sur le territoire d’une agglomération israélienne située à l’est du Jourdain, dans le Doigt de la Galilée, au pied du Golan.

 

Nous choisissons de ne pas publier le nom du village touché afin de ne pas fournir d’indications aux terroristes.

 

Un important incendie s’est déclaré aux points de chute des roquettes et de nombreux sapeurs-pompiers sont mobilisés afin de le circonscrire. Le feu se propage toujours, pour le moment, en direction du Sud.

 

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L’incendie provoqué dans le Doigt de Galilée par la chute des roquettes

© Metula News Agency

 

D’après les informations communiquées par nos reporters sur place, aucune habitation n’a été atteinte et on ne dénombrerait pas de victimes.

 

Au moins deux autres projectiles selon les autorités, peut-être trois, ont également atteint la partie israélienne du nord-Golan, là aussi, apparemment, sans faire de morts ni de blessés.

 

L’Armée israélienne vient d’annoncer que ces salves ont été lancées à partir du territoire syrien. Nous ajoutons, au vu de l’évolution de la situation durant ces dernières semaines, que les auteurs des tirs sont probablement des Pasdaran iraniens œuvrant conjointement avec des miliciens chiites libanais du Hezbollah.  

 

Une riposte proportionnée est à attendre de la part de Tsahal qui ne permet jamais à personne de s’attaquer impunément au territoire des Hébreux.

 

 
Le Bloc moyen-oriental (info # 011808/15) Version imprimable
Analyse
mardi, 18 août 2015

 

Par Sami El Soudi


 

Un accord entre Israël et le Hamas est désormais imminent. On a dépassé le stade des rumeurs, alors que des responsables et des media turcs, qataris, mais surtout palestiniens et israéliens commentent ouvertement les pourparlers et présentent même les détails du traité en vue.

 

Dans une interview concédée à al-Resalah (le message) de Gaza, un haut fonctionnaire d’Ankara, Yassin Aktay, conseiller du Premier ministre turc Ahmet Davutoglu, a déclaré que Khaled Mashal, l’un des deux dirigeants du Hamas avec Ismaïl Hanya, s’était rendu dans la capitale ottomane afin d’informer ses alliés des "détails de l’accord conclu avec Israël".

 

La diplomatie turque participe aux tractations avec celle du Qatar, tandis que l’architecte des discussions est l’ancien 1er ministre britannique Tony Blair.

 

Jeudi dernier, le quotidien londonien al-Hayat (la vie), un media sérieux financé par l’Arabie Saoudite, a confirmé l’existence de négociations très avancées. Fait marquant, les informations diffusées par al-Hayat ont été massivement reprises par l’ensemble de la presse gazaouie, sans faire l’objet du moindre démenti de la part des dirigeants de la bande côtière.

 

Les raisons de l’avancée spectaculaire des tractations sont certes multiples, mais il en existe une principale, pratiquement incontournable, qui pousse Mashal et Hanya à s’entendre avec l’ "ennemi sioniste".

 

Cette raison est la volonté très ferme des souverains saoudiens d’établir un front sunnite uni face à l’Iran afin de se prémunir des dangers enceints dans le traité entre Téhéran et les 5+1 que Riyad juge catastrophique.

 

Or les Saoudiens ont décidé qu’Israël ferait partie intégrante et visible de la nouvelle alliance ; Jérusalem y constituera le pôle sécuritaire, qui, grâce à sa puissance de feu, sa technologie militaire de pointe, sa possession de l’arme atomique et son expérience en matière de conflits, aura pour rôle de dessiner et de superviser les pourtours d’un système de défense interactif face à l’ennemi commun.

 

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Ils font face au même danger

 

La position prédominante d’Israël s’impose après que les Etats du Golfe, la Jordanie, mais surtout l’Egypte et l’Arabie Saoudite se sentent trahis par la politique de l’administration U.S, et que ces pays ont convenu qu’il était hasardeux de se fier aux Américains, non seulement sous la présidence de Barack Obama, mais également en considération du doute qui prévaut quant à l’identité et les priorités en matière de politique étrangère de son successeur.

 

A Riyad, au Caire et dans le Golfe, on se dit qu’il est fort préférable d’avoir un allié sécuritaire dans la région, qui plus est soumis aux mêmes périls que les sunnites.

 

Témoin de cette nouvelle situation, l’éditorial d’Abdallah Al-Hadlaq, dans le journal gouvernemental koweitien al-Watan (la patrie) :

 

"Israël est un Etat ami qui ne nous met pas en danger dans la région du Golfe arabe et nous n’avons rien à craindre de lui. Celui qui nous menace, effectue des actes de terrorisme et de destruction à nos dépens, et aspire à nous occuper est l'ennemi perse arrogant (…) qui est l'incubateur et le vecteur principal de développement du terrorisme mondial.

 

(…) Par conséquent, je répète mon appel pour former une société d'amitié Golfe-Israël, comme première étape vers le développement et le renforcement de relations amicales avec l'Etat d'Israël, dans les domaines de la politique, de la diplomatie, du commerce, de l'éducation et de la coopération militaire et civile".

 

On se dit aussi, dans ces capitales, qu’Israël a toujours été un ennemi réglo, qui n’est intervenu militairement que lorsqu’il était menacé et qui, contrairement à ce que clame la propagande officielle arabe, n’a jamais entretenu de stratégie offensive à l’encontre des pays arabes. On relève de plus que, malgré les conflits persistants, il n’existe pas, dans ce pays, de haine, de mépris ou de répression visant les musulmans de la part des autorités politiques et de la grande majorité de la population.

 

En revanche, le nouveau roi saoudien, Salman ben Abdelaziz al Saoud, qui a remplacé son demi-frère sur le trône fin janvier dernier, estime que la tension permanente entre l’Etat hébreu et les Palestiniens en général, avec Gaza, en particulier, nuit à son projet de front uni contre les ayatollahs et qu’elle doit être apaisée avant de franchir le pas décisif de la normalisation avec Jérusalem.

 

Et puisqu’à Riyad on n’éprouve aucune considération pour l’Autorité Palestinienne de Mahmoud Abbas et qu’on la juge corrompue, incapable et inutile, la décision a été prise de convoquer, il y a deux semaines de cela, Khaled Mashal dans le royaume des Ibn Saoud.

 

Ce qui ne pouvait pas réjouir davantage le leadership de Gaza, qui cherchait depuis des années à renouer des liens avec les Saoudiens pour sortir l’enclave côtière de son isolement quasi-complet, aussi bien politique que géographique dans le monde arabe.

 

C’est le chef d’un Hamas financièrement et militairement exsangue, du fait du contrôle zélé des frontières de Gaza par l’entente al Sissi-Netanyahu, qui s’est précipité dans la capitale de la monarchie. Incapable de reconstituer son arsenal après Rocher Inébranlable, de reconstruire Gaza-city à cause du refus des bailleurs de fond d’investir dans le statu quo prévalant, et même de continuer à creuser impunément des tunnels dits stratégiques vers Israël à cause du déploiement d’un nouveau système par les Hébreux rendant leur repérage quasi-instantané, inapte à créer des richesses par le travail des habitants qui fonctionnent en vase clos avec un taux de chômage réel avoisinant les 80 pour cent, le Hamas se trouvait en situation d’échec à tous les niveaux.

 

Salman al Saoud, exploitant cette faiblesse insigne, a pratiquement dicté les termes de l’accord avec Israël, tout en s’engageant à leur fournir une aide financière massive si Khaled et Hanya jouaient le jeu à la régulière.  

 

Les dirigeants du Hamas n’offrirent aucune résistance, bien au contraire, et font depuis de leur mieux pour parvenir à l’entente escomptée avec Jérusalem au plus vite. Ils ont ainsi réuni le Conseil de la Choura du Hamas, l’organe supérieur de la "Résistance Islamique", qui a entériné l’accord après un bref débat de quelques heures.

 

Pour montrer sa satisfaction face à cette attitude, l’Egypte a ouvert aujourd’hui sa frontière avec Gaza pour une période de quatre jours. Elle ne l’avait plus été depuis des mois, particulièrement pour une si longue période.

 

Le traité, qui en est au stade final de négociation, comprend les provisions suivantes : l’allègement significatif par le Caire et Jérusalem des conditions de transit des marchandises avec la Bande, l’autorisation de construire un port flottant à trois kilomètres au large de Gaza-city, qui servira de terminal de marchandises pour l’exportation aussi bien que l’importation.

 

Les marchandises importées transiteront toutes, d’abord, dans un port de la partie de Chypre occupée par la Turquie, où elles seront conjointement inspectées par des militaires turcs et de l’OTAN. Ensuite les paquebots auront l’interdiction de se rendre dans d’autres ports ou d’approcher d’autres navires ; ils devront suivre un itinéraire maritime extrêmement strict, au risque de se voir arraisonner et renvoyer en haute mer.

 

De plus, Israël décernera des milliers de permis de travail à des journaliers gazaouis, qui pourront travailler dans l’Etat hébreu en passant par le point de transit d’Erez, et rapporter ainsi de précieuses devises qui font actuellement cruellement défaut dans l’enclave palestinienne.

 

En contrepartie, le Hamas s’abstiendra de toute action offensive contre Israël, y compris le creusement de tunnels. Il remettra aux Israéliens deux de leurs concitoyens entrés volontairement à Gaza, de même que les restes de soldats de Tsahal morts pendant l’opération Rocher Inébranlable. Israël, de son côté, pourrait libérer un certain nombre de prisonniers en fin de peine ou condamnés pour des délits n’ayant pas entraîné mort d’homme.

 

Le traité serait conclu pour une durée de huit ou dix ans. Ce qui permet au Hamas de prétendre qu’il ne met pas un terme à sa lutte contre Israël dans le but de récupérer l’ "ensemble de la Palestine", en d’autres termes, d’éradiquer l’Etat hébreu.

 

Dans les faits, cependant, cette houdna (calme), si tout se passe comme prévu, a toutes les chances de se pérenniser ; car avec la reconstruction de la Bande, le réveil du commerce grâce aux échanges internationaux et au port, et les revenus réguliers provenant de l’activité des pendulaires, le Hamas aurait beaucoup d’acquis à perdre s’il reprenait le sentier de la guerre.

 

Ce qui est clair est que l’accord Israël-Hamas, s’il est signé, dissociera la destinée de la bande de Gaza de celle de la Cisjordanie gouvernée par le Fatah.

 

L’Autorité Palestinienne a choisi une dynamique de confrontation passive, par laquelle elle entend faire payer à Israël le prix de l’occupation de la "terre de Palestine" sur les plans diplomatique et de la justice internationale. Malheureusement, cette stratégie ne mène à rien : d’une part, elle envenime les relations quotidiennes avec le voisin israélien et engendre des violences, de l’autre, même si elle occasionne certains désagréments aux Israéliens, comme BDS ou l’ouverture de procédures auprès de la Cour Pénale Internationale, ceux-ci ne sont pas de nature à infléchir leur politique – au contraire ? -, ni, surtout, ils ne présentent aucune ouverture en direction de la création d’un Etat palestinien.

 

Beaucoup d’hommes d’affaires de Cisjordanie regrettent amèrement la politique que menait l’ex-1er ministre Salam Fayyad, qui était axée sur le développement économique et des services, prévoyant de créer, par le travail, un Etat de facto qui, avec le temps et une coopération intelligente avec les Hébreux, n’aurait pu faire autrement, avec un peu de patience, que de se concrétiser par une reconnaissance de jure.

 

Mais la voie Fayyad impliquait que nous cessions notre politique victimaire, que nous nous mettions au travail, et à construire la paix. Pour nombre de mes compatriotes, ces options étaient trop révolutionnaires et trop teintées d’occidentalisme. Mahmoud Abbas a fini par lâcher Fayyad à la demande du Hamas et voici donc où en est la cause palestinienne. Nulle part.

 

L’accord entre le Hamas et Israël suscite évidemment les critiques à la Moukata de Ramallah, où l’on réalise que personne ne nous accordera un Etat en Judée et Samarie, tant que Gaza demeure aux mains du Hamas et vit en harmonie avec les Israéliens.

 

C’est ce qu’on appelle un enterrement de première classe, qui pourrait aussi mener le Fatah à sa perte, faute d’être capable d’émettre des propositions réalisables pour l’amélioration de nos conditions de vie économiques et la poursuite du rêve de notre indépendance. Le Fatah, avec son manque de souplesse et à force de surestimer son influence, risque de se trouver circonscrit dans l’ombre d’un Hamas mettant de côté la lutte armée et bénéficiant de la manne saoudienne. La rue ici va très mal le prendre.

 

Déjà que notre combat pour l’émancipation avait été totalement écarté de l’agenda international par le traité sur le nucléaire iranien, j’ai le plus grand mal à distinguer le moindre strapontin réservé à notre intention dans le plan du roi Salman. Le Hamas fera partie du front sunnite mais pas l’Autorité Palestinienne, qui continuera à guerroyer seule contre Israël ? Peut-être qu’en se rendant cette semaine à Téhéran, Mahmoud Abbas nous cherche de nouveaux amis. Peut-être négocie-t-il notre adhésion à l’Axe du mal, aux côtés des Iraniens, des alaouites et du Hezbollah ? Peut-être allons-nous tous nous convertir au chiisme ? Peut-être m’enverront-ils combattre l’islamiste en Syrie.

 

Nous avons réussi à fatiguer même le Qatar, la Turquie, l’Union Européenne et Barack Obama avec nos positions jusqu’au-boutistes ; je veux parler du refus de reprendre sérieusement les négociations directes avec nos adversaires à la place de jouer les Tarzan à l’ONU et devant la CPI. Pendant que nous sautions de liane en liane, le Hamas nous a volé la politesse à la table des pourparlers où il est devenu raisonnable.  

 

Le roi Salman ben Abdelaziz, le Maréchal al Sissi et Binyamin Netanyahu n’ont que l’Iran devant les yeux ; il importait de ne pas se laisser perturber par le "problème" palestinien, qui ne les intéresse pas et ne les a jamais intéressés. Le "problème" palestinien, c’est l’histoire d’un prétexte inventé pour éradiquer Israël auquel les gens – moi y compris – se sont mis à croire. Mais toutes les grandes idées sont des constructions de l’esprit, des assemblages disparates fondus dans une légende le plus souvent créée de toutes pièces. La France, l’Allemagne, les U.S.A, et bien sûr Israël, font partie de ces concepts sortis de nulle part auxquels les gens ont cru.

 

Pourquoi, l’Arabie est-elle réellement un royaume ancré dans l’histoire ? La Jordanie ?

 

Il est temps de relativiser les vérités pour éviter que l’on s’excite exagérément pour elles. Binyamin Netanyahu ne veut pas d’Etat palestinien, et accepte, pour le mettre au placard pendant dix ans, de s’entendre avec ses pires ennemis islamistes. Salman et Sissi n’ont jamais pris notre fable au sérieux et l’ont toujours considérée avec méfiance.


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Le sénateur Charles Schumer : un homme d’honneur (info # 011608/15) Version imprimable
Analyse
dimanche, 16 août 2015

 

Par Guy Millière

 

L’accord passé avec l’Iran et voulu par Barack Obama devrait être entériné par le Congrès américain à la mi-septembre, mais il a du plomb dans l’aile. Barack Obama n’est plus assuré de ne pas se trouver confronté à une majorité des deux tiers au Sénat, majorité qui serait à l’abri d’un veto présidentiel. Une majorité des deux tiers signifierait une fin de mandat humiliante pour Barack Obama, la démission à la hâte de John Kerry, et un bouleversement profond de la scène politique américaine, d’ores et déjà en pleine turbulence.

 

Je doute que cette majorité des deux tiers soit atteinte, mais voir l’inquiétude fébrile de Barack Obama, qu’il ne dissipe qu’en partant jouer au golf, est néanmoins un signe fort.

 

Si la fin de mandat de Barack Obama n’est pas humiliante, elle sera néanmoins difficile, ce qui est positif, car cela signifiera que ses capacités de nuire seront diminuées. Si John Kerry ne démissionne pas, il aura lui aussi plus de mal à nuire.

 

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Charles Schumer s’est mis au service d’une puissance étrangère contre les

intérêts des Etats-Unis. Comme le Congrès américain !

 

Un homme vient, dans ce contexte, de prendre une position qui lui vaut désormais la vindicte de Barack Obama car elle affaiblit davantage encore sa position, et les vagues résidus de crédibilité que des égarés pourraient encore octroyer à l’accord. 

 

Cette position va, dans le futur proche, lui coûter cher. Il l’a néanmoins prise. Il est Démocrate, sénateur de New York. Il met sa carrière politique en péril. Il montre qu’il y a, au sein du parti Démocrate, malgré Obama, des hommes d’honneur, et celui-ci en est un.

 

Il a privilégié l’éthique à sa carrière politique. Il s’appelle Charles Schumer. Il est juif. Il a rappelé récemment que son nom en hébreu, shomer, signifie gardien, et que ses ancêtres gardaient le ghetto de Chortkov, en Ukraine, contre les pogroms.

 

Il a ensuite démonté point par point le discours de Barack Obama sur l’accord, et montré que l’accord était davantage qu’inepte : dangereux pour Israël, pour les Etats-Unis et pour le monde.

 

Il n’est pas le premier à avoir opéré ce démontage, mais que ce soit lui, un des principaux membres du parti d’Obama qui l’ait fait est important.

 

C’est d’autant plus important, qu’en 2008, lors de la campagne qui avait conduit Obama à la victoire, Charles Schumer avait tout fait pour mobiliser le vote juif en faveur d’Obama, en disant qu’Obama était un ami des Juifs et d’Israël.

 

Charles Schumer, par ses mots d’aujourd’hui, explique implicitement qu’il s’était trompé.

 

Reconnaître que l’on s’est trompé lorsqu’on a beaucoup à y perdre est aussi l’attitude d’un homme d’honneur.

 

J’aimerais penser que Charles Schumer va entraîner d’autres Démocrates dans son sillage. On verra dans quelques jours si c’est le cas. Même si ça ne l’est pas, la position prise par Charles Schumer restera dans l’équation.

 

Barack Obama s’en est déjà pris à Charles Schumer, sans attendre. Il va sans doute continuer.

 

Ceux qui diraient encore que Barack Obama n’est pas antisémite devraient se pencher sur les termes employés par Barack Obama pour agresser Charles Schumer : il l’a accusé de s’être placé au service d’une « puissance étrangère », et d’avoir fait cause commune avec un « lobby » qui ne défend pas les intérêts des Etats-Unis.

 

Barack Obama a aussi dépêché divers de ses conseillers vers des plateaux de télévision aux fins qu’ils insistent sur ces points. Certains ont parlé d’un « axe » Binyamin Netanyahou-Sheldon Adelson-Charles Schumer cherchant à s’ingérer dans les décisions du pouvoir exécutif américain.

 

Et ce n’est pas fini. Cela ne fait que commencer.

 

Ce n’était sans doute pas l’intention de Charles Schumer, mais qu’il ait, par incidence, conduit Obama et ses conseillers à parler de cette façon est un service qu’il a rendu à l’Amérique et au monde. 

 

Barack Obama parle et agit comme un antisémite.

 

Comme le dit une vieille phrase : si un individu parle comme un antisémite, et agit comme un antisémite, c’est qu’il s’agit d’un antisémite.

 

Pour ce qui me concerne, je le sais depuis plus de six ans. Charles Schumer, j’en suis certain, l’a découvert plus récemment et a discerné à quel point Obama était dangereux. Il a, sur cette base, fait ce qu’il jugeait nécessaire.


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La France de l’indécence (info # 011308/15) Version imprimable
Analyse
jeudi, 13 août 2015

 

Par Stéphane Juffa

 

Cette journée de détente de Tel-Aviv sur Seine, qui se voulait festive, est rapidement devenue un sujet d’affrontement politique.

 

500 policiers sont mobilisés ce jeudi afin de protéger les "baigneurs", et c’est encore sans compter le personnel des divers services de renseignement, eux aussi sur le pied de guerre.

 

L’idée de faire bronzette sur le sable chaud, entouré par un cordon de CRS sur les dents est cocasse en soi. Il est d’ores et déjà évident que le fait de se mettre en maillot de bain sur les quais procède d’un acte risqué de solidarité avec l’Etat d’Israël et d’une certaine idée des relations amicales désormais révolues qui prévalaient, il y a quelques décennies, entre les deux pays.

 

Ceux qui s’opposent à l’évènement, tant au sein des formations politiques que sur les réseaux sociaux, sont-ils antisémites ? A première vue, on est tenté de répondre par la négative ; mais en écoutant les propos de Mme Danielle Simonnet, la représentante du Parti de Gauche à la mairie, ou d’Alexis Bachelay, député socialiste des Hauts-de-Seine (élu grâce au désistement du Front de Gauche au second tour), on trouve des arguments certes construits, mais d’une violence rhétorique inouïe.

 

Lorsque l’on consulte les commentaires de la majorité des internautes français sur les media électroniques, le doute n’est plus guère permis. On est en présence d’un déferlement de haine, baignant jusqu’au cou dans les amalgames rebattus. A moins d’être impliqué dans la propagande anti-israélienne, on devra constater que la majorité des commentaires est assurément antisémite.

 

La mairie résiste, et la manifestation se déroule pour l’instant comme prévu. Mais les arguments fournis par Mme Hidalgo et ses amis pour justifier de leur choix sont également urticants : on invoque la différence qu’il existerait entre la ville de Tel-Aviv et ses options progressistes, notamment à l’égard de la communauté LGBT, et la politique "détestable" conduite par le gouvernement de droite, notamment dans les territoires. La maire décrit Tel-Aviv comme la "1ère ville d’opposition" d’Israël pour justifier de son invitation à Paris, voilà de quoi motiver les loueurs de chaises longues et les marchands de fallafels.

 

Cette distinction entre Tel-Aviv et le reste d’Israël est évidemment politique, autant qu’elle est artificielle et grotesque. Non pas que nous soyons tous à la Ména des partisans de M. Netanyahou et de son soutien au courant edenniste, mais ce qui frappe le plus, dans cette espèce de débat, outre ses débordements indiscutablement racistes, c’est l’absence d’une notion que le quai d’Orsay revendique 24 heures sur 24 et sept jours sur sept : le sens de la proportionnalité.

 

Les premiers à en souffrir ne sont pas les Israéliens, évidemment, eux qui ignorent pour la plupart que la plage de Tel-Aviv s’est transférée à Paris, mais les Juifs français. Il leur apparaît, une fois de plus et en une multitude d’exemples, qu’ils sont marginalisés dans la société dans laquelle ils vivent.

 

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La (vraie) plage de Tel-Aviv ou le choix de la coexistence

 

Tout ce qui les concerne est "a priori péjoratif", alors qu’aucun d’eux ne critique jamais la France, qu’ils n’ont jamais menacé ou massacré de journalistes, qu’ils ne désirent la mort de personne, pas même des charognards qui beuglent "Mort aux Juifs !" sur les boulevards, et qu’ils chantent la Marseillaise à pleins poumons, pendant que d’autres la sifflent.

 

En se gardant farouchement d’entrer à notre tour dans le jeu des amalgames, il faut bien constater que l’un des maux dont souffre l’Hexagone procède de l’expansion et de la radicalisation de ses musulmans, et qu’il n’y a, en revanche, pas de problème juif en France. Pas de problème pour la France, s’entend, mais un problème pour les Juifs.

 

La confrontation qui fait rage autour de Tel-Aviv sur Seine outrepasse largement la manifestation de ce jour ; il est clair, notamment, pour chaque Juif de Paris, qu’il assistera sans doute à la dernière tentative de la part des autorités de sa ville et de son pays de commémorer l’amitié - ou ce qu’il en reste - qui réunissait, en d’autres temps, la France et l’Etat d’Israël, Etat dont la plupart des Israélites de la planète partage les valeurs juives et démocratiques.

 

Qui donc, à l’avenir, prendra à nouveau le risque de mettre sur pied un évènement dans lequel l’Etat hébreu, sa culture, sa vie et tout ce qui s’y déroule ne sont pas présentés de façon négative ?

 

Quelle raison les autorités françaises auraient-elles de remettre l’ouvrage sur le métier, en s’exposant à la fois à des risques sécuritaires, à des manifestations de musulmans et de gauchistes enragés, et, plus prosaïquement encore, à celui de perdre des voix lors des prochaines consultations électorales ?

 

On va donc, et pour longtemps, ne plus assister en France qu’à des rassemblements appelant au boycott d’Israël, à forcer le soi-disant blocus de Gaza, à dénoncer la politique d’ "épuration raciale" voir d’ "apartheid", que les ennemis d’Israël et des Juifs attribuent aux Israéliens.

 

La perspective n’est pas engageante, certes, et elle poussera quelques milliers d’Israélites français supplémentaires à préparer, avec encore plus d’actualité, leur migration vers un pays dans lequel les Juifs ne sont pas montrés du doigt du matin au soir.

 

C’est dur de vivre et d’élever ses enfants dans une atmosphère ou l’on est traité en paria, alors que l’on n’a jamais tué des enfants dans une école musulmane, assassiné les clients d’une épicerie halal, sulfaté un caricaturiste, exécuté des militaires ou des policiers français, ni même brûlé le drapeau tricolore.

 

Les observateurs qui ne comprennent pas ce sentiment insupportable d’injustice, ne comprendront décidemment jamais rien des sentiments humains.

 

Restons dans la question de la proportionnalité, car elle est ici essentielle, au point de modifier les données fondamentales de la réflexion. De la faire passer cul par-dessus tête. Il y a treize jours, des terroristes juifs israéliens ont tué le petit Ali, âgé d’un an et demi, de même que son père, décédé des suites de ses blessures, en boutant le feu à leur maison, dans le village de Douma, à 25 km au sud-est de Naplouse.

 

Il n’y aura pas de "mais" ni de "si" dans les colonnes de la Ména pour relativiser cette tragédie. Des terroristes edennistes existent en Israël et ce sont des criminels. Ils ont déjà brûlé vif le jeune Mohammed Abou Kh’deir, en juillet de l’an dernier, à Jérusalem, et ce ne sont pas les seuls cas d’assassinats d’Arabes paisibles par des extrémistes juifs.

 

Ayant dit cela, et condamnant ces actes de la plus absolue des façons, en demandant la punition maximale prévue par la loi pour leurs auteurs, assortie de l’incompressibilité des peines, il me faut également écrire – les media tricolores le faisant si mal – que les actes des terroristes juifs ayant entraîné des blessures ou la mort, ne représentent pas un demi pour cent des actes de même nature commis ces dix dernières années par des terroristes arabes. Ceux-ci comptent des attaques à l’arme blanche, des agressions à la pelle mécanique, à la voiture écrasante, la pose de bombes dans des restaurants, dans des véhicules de transport en commun, des abribus et des hôtels, des jets de cocktails Molotov sur des automobiles déplaçant des Israéliens, des tentatives de lapidation, des attaques à l’arme automatique contre des implantations, des meurtres d’autostoppeurs, des kidnappings suivis d’exécutions capitales et des attaques à l’arme à feu contre des fidèles en prière dans une synagogue.

 

Je pose une question simple : face à autant de violence, quelle population n’aurait pas réagi en produisant son propre terrorisme ? Dans quel pays, une frange plus ou moins importante de la société civile n’aurait pas sombré dans la violence extrême en réponse à la violence extrême ?

 

Il existe une réponse à cette interrogation et elle s’articule en pleine connaissance de l’histoire : il n’est jamais advenu qu’une population subissant une agression terroriste systémique et constante n’ait pas engendré ses propres terroristes. S’attendre à voir Israël faire exception à cet axiome ou se sur-émouvoir de l’émergence d’un terrorisme juif constitue également un traceur d’antisémitisme par décontextation de sa réflexion.

 

Encore qu’en Israël, le terrorisme juif soit pour l’instant réduit à une centaine d’individus organisés, soutenus par cinq à sept mille militants edennistes et deux cents à trois cent-mille sympathisants non violents, appartenant, pour la plupart, à une branche extrême du judaïsme halakhique. Sur une population de huit millions et demi d’Israéliens, on ne se situe pas dans l’anecdote, mais toute tentation de réduire l’Etat hébreu aux thèses de cette archi-minorité n’est pas sérieuse et refoule effectivement d’une tendance alarmante.      

 

Lorsque l’on met ces chiffres en perspective des quelques quarante pour cent de Français qui se revendiquent ouvertement antisémites, cela remet le principe de la proportionnalité à sa place.

 

Et sans prendre la défense de Binyamin Netanyahu pour la politique duquel je n’éprouve aucune sympathie, Israël est un Etat démocratique, qui n’a, sur ce point non plus, aucune leçon à recevoir de la France. Netanyahu a obtenu la majorité des suffrages lors des dernières élections et est parvenu à former une coalition gouvernementale. Une coalition reposant sur un seul siège d’avantage fragile sur l’opposition –, mais une coalition tout de même, qu’il convient d’accepter dans un système qui permet l’alternance.

 

Les Français, à cause de la déformation haineuse que leurs media font d’Israël et de l’indolence coupable de leurs pouvoirs publics, ont de l’Etat hébreu une image caricaturale, à mille lieues de la réalité. On les a convaincus, à force de contrevérités à répétition, qu’il existait jadis un pays (ou une entité étatique) appelé Palestine, que les Israélien ont conquis, en 1967, à l’occasion de la Guerre des Six Jours dans le but d’élargir leur pays.

 

Cette description confine à l’analphabétisme historique. Il n’est besoin que de lire l’un des nombreux discours1 du Général Gamal Abdel Nasser mentionnant Israël – plus de 1 500 entre 1952 et 1970 -, d’avant l’éclatement de ce conflit, pour s’apercevoir de la supercherie. 

 

L’extrait de l’allocution du chef incontesté de la nation arabe à l’époque, prononcée à la radio nationale égyptienne le 16 mai 1967, soit quelques jours avant le déclenchement de la guerre, suffit à témoigner de la falsification de l’histoire. Dans cette harangue intitulée "Détruire Israël", Nasser déclare : "L’existence d’Israël a trop duré. (…) Nous accueillons la bataille que nous attendons depuis longtemps. (…) la bataille vient durant laquelle nous allons détruire Israël".

 

Or, le 16 mai 1967, tous les territoires désormais revendiqués par les propalestiniens les plus modérés (les autres œuvrant pour l’éradication pure et simple d’Israël et de ses habitants) pour y établir la Palestine se trouvent sous contrôle arabe, y compris la totalité de la Cisjordanie, qui, comme son nom l’indique, faisait partie de la Jordanie, à l’instar de la partie orientale de Jérusalem, du Mur des Lamentations, et la Bande de Gaza, qui était rattachée à l’Egypte. Israël, pour sa part, n’avait émis aucune prétention revendiquant ces territoires.

 

Le hic – et c’est un gros hic - est que les Arabes, alors que la Cisjordanie, Gaza et Jérusalem leur appartenaient, n’avaient jamais envisagé d’y construire un Etat palestinien indépendant, leurs dirigeants désirant uniquement anéantir l’Etat hébreu et génocider ses habitants, comme l’annonçait explicitement M. Nasser.

 

Mais qui, dans la France d’aujourd’hui, parmi les internautes qui déchirent Israël sur la Toile, parmi les journalistes du Monde, qui propose au milieu d’un article2 une pétition pour annuler la "fête", d’entre les manifestants qui vont baver leur haine des Juifs sur les pavés de Paris, a connaissance ou conscience de la réalité ? Qui, même s’il la connaissait, en aurait cure et modifierait son point de vue ?

 

On ne peut pas attendre de réflexion de la part d’une masse aussi inculte que raciste, incapable, dans son écrasante majorité, de situer Gaza sur une carte de géographie.

 

Un détail de l’histoire ? Une péripétie annulée par des évènements ultérieurs ? Pas sûr. Les attaques, parfois justifiées, ayant trait à la politique de M. Netanyahu en Cisjordanie, pèseraient d’un poids quelconque si l’attitude des critiques, des media et des gouvernements avait été différente lorsque des gens comme Itzkhak Rabin, Shimon Pérès ou Ehud Barak dirigeaient l’exécutif israélien et cherchaient, au milieu des assassinats collectifs perpétrés par les terroristes palestiniens de Yasser Arafat contre leurs administrés, la voie de la paix de toutes leurs forces.

 

Rabin, que j’ai bien connu, et que tout le monde feint de regretter aujourd’hui, était au moins aussi isolé sur la scène internationale, et Israël autant agressée que l’est aujourd’hui Binyamin Netanyahu. Ici, ce n’est pas un problème d’ignorance de l’histoire, juste un manque de mémoire. Un problème de mémoire aggravé par une carence immunitaire face au proto-antisémitisme.

 

Les contempteurs d’Israël parlent maintenant de l’ "indécence" qu’il y aurait à fêter Tel-Aviv à Paris, à peine un an après les "massacres perpétrés par l’Etat d’Israël et son armée" à Gaza.

 

Indécence ? Vous parlez d’indécence ? C’est à croire que Netanyahu s’est réveillé un beau matin de 2014 en décidant d’éradiquer deux mille Palestiniens dans la bande côtière, ce qui correspondrait à la définition d’un massacre. C’est omettre les trois jeunes gens massacrés préalablement sur l’ordre de ceux qui gouvernent Gaza, ainsi que  les 4 500 roquettes qu’ils ont tirées sur les agglomérations israéliennes, y compris Tel-Aviv, Haïfa et Jérusalem, à l’exception de toute cible militaire.

 

Du terrorisme par excellence – des individus armés s’attaquant systématiquement à des civils – dans des proportions jamais égalées auparavant dans l’histoire de la guerre. Les authentiques experts internationaux parlent de la riposte la plus légitime de tous les temps. La plus proportionnée aussi, car si Tsahal avait effectivement déchaîné sa puissance de feu contre l’enclave palestinienne, le bilan des victimes serait à la mesure des conflits se déroulant dans les régions avoisinant Israël : 450 000 morts en Irak et en Syrie, dont au moins 17 000 Palestiniens, dont des milliers ont été affamés jusqu’à ce que mort s’ensuive. Deux millions et demi de blessés.

 

C’est cela, l’indécence, c’est dans cette accoutumance au deux poids deux mesures, toujours au détriment d’Israël, dans l’inaction des gouvernements, et dans le silence coupable face à ces désastres des Simonnet, des Bachelay et de leurs milliers d’amis politiques, que ce mot retrouverait un sens.

 

L’indécence, c’est fermer sa gueule lorsque Recep Erdogan décide, un beau matin, d’agresser les Kurdes qui respectaient strictement l’accord de cessez-le-feu qu’ils avaient conclu avec lui. C’est agresser le territoire autonome des Kurdes d’Irak pour y bombarder, sous les bravos de Mogherini et de Kerry, les bases du PKK, en débordant très intentionnellement sur les villages voisins pour y faire des milliers de victimes civiles.

 

C’est lorsqu’il déclare la guerre à l’Etat Islamique et à Al Qaeda dans une zone tampon qu’il a délimitée, et s’arrange avec eux pour qu’ils s’en retirent temporairement afin de pouvoir commettre une agression contre les Kurdes de Syrie, qui n’ont jamais tiré un seul coup de feu contre la Turquie en dépit de son soutien aux djihadistes.

 

Des analystes impartiaux qui n’ont, comme la Ména, que très rarement accès aux pages des quotidiens français, affirment, preuves irréfutables à l’appui, que DAESH n’existerait pas s’il ne bénéficiait pas du soutien d’Ankara.

 

L’indécence, encore, ce sont les centaines de chefs d’entreprises français actuellement à Téhéran, dans le sillage de Laurent Fabius, pour y négocier des contrats, passant en taxi à proximité des places publiques où l’on pend les homosexuels, les femmes adultères et les poètes réfractaires.

 

 

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Téhéran-beach

 

L’indécence, c’est abandonner 77 millions d’Iraniens à un régime théocratique maboule contre quelques poignées de dollars.

 

L’indécence, ce sont les votes de la France contre Israël au Conseil des Droits de l’Homme, où 90% des condamnations visent le seul Etat d’Israël.

 

L’indécence, c’est continuer de nier la participation active avérée de l’Armée française dans le génocide d’un million de Tutsis en quatre mois au Rwanda.

 

L’indécence, c’est qu’aucune publication tricolore main stream n’a reconnu la mise en scène de France 2 de l’ "assassinat de Mohamed Dura", 15 ans après les faits, alors que tous les confrères et tous les dirigeant politiques français admettent en privé que la Ména avait raison.

 

L’indécence, c’est l’absence de la moindre manifestation pour protester contre l’invasion militaire de la Crimée et de l’est de l’Ukraine par Poutine.

 

L’indécence, toujours, c’est la lâcheté des journalistes français, qui ont totalement cessé de critiquer l’islamisme et son prophète après le massacre de Charlie, se pliant à la loi du terrorisme et de la violence, comme un troupeau de chèvres dociles que l’on mène à l’abattoir.

 

L’antisémitisme c’est le produit de ces indécences, c’est déchaîner un tollé contre la vente de fallafels, une journée durant, sur les bords la Seine, en se nettoyant les semelles sur l’un des pays les plus décents de la planète, en fermant les yeux et la bouche sur les injustices et les massacres de plus en plus nombreux qui se répandent sur la Terre.

 

La somme de ces indécences donne lieu à une relation de cause à effet qui dépasse visiblement les capacités d’analyse de nos amis Français : ils ont tort de protester contre la radicalisation et la droitisation de l’opinion publique israélienne, parce qu’elle ne procède pas d’une cause, mais d’un effet, dans lequel ils ont une responsabilité prépondérante.

 

Car les Israéliens, qui ne sont pas aveugles et qui bénéficient de media autrement plus contrastés et ouverts que ceux de nos amis français, ont constaté le déséquilibre des indécences que j’effleure du dos de la cuillère dans les paragraphes précédents. Remarquant que, quoi qu’ils fassent et quel que soit le gouvernement qu’ils se choisissent, ils demeurent perpétuellement les cibles favorites de ces "amis", et distinguant, que cet antagonisme vire désormais à la haine débridée, qui commence à menacer leur survie par des boycotts et des embargos, c’est assez normalement qu’ils se recroquevillent autour des positions nationalistes voire populistes, religieuses ou identitaires, représentées par des partis des dernières coalitions Netanyahu.

 

C’est le contraire qui eût été surprenant. Comment devraient-ils réagir en voyant les milliers de businessmen occidentaux lécher les bottes des ayatollahs iraniens, alors que ces derniers réitèrent chaque semaine leur intention de génocider Israël et se dotent des moyens d’exécuter ce projet ?

 

En votant à gauche ? En cédant des positions qu’ils occupent pour se rendre encore plus vulnérables ? Foutaise.

 

La situation irrespirable qui prévaut actuellement en France découle directement du déséquilibre éditorial anti-israélien intentionnel et des contorsions sémantiques – colons, activistes, etc. – qui tapissent l’ensemble des media français depuis plus d’une vingtaine d’années. Aujourd’hui, l’indécence tient le haut du pavé et elle est devenue "normale". A force d’incitations à la haine de l’Etat hébreu, son image est effectivement déformée, et ce gauchissement entraîne l’altération de la vision des réalités nationale française et mondiale.

 

Les gouvernements français successifs sont complètement passés au travers des rapports qu’ils avaient eux-mêmes commandés touchant les sujets de l’antisémitisme et d’Israël – le rapport établi par le Docteur Jean-Christophe Rufin3, en 2005, à la demande de Villepin, et celui demandé par le 1er ministre Manuel Valls à Malek Boutih, rendu public en juin dernier.

 

 

 

Notes :  

 

1Recueil des principaux discours de Gamal Abdel Nasser en arabe

2Voir les réactions des internautes au bas de l’article  

3"Paroles de ministre. Le rapport Rufin : pour rien"

  

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La libération de Jonathan Pollard : un cadeau empoisonné (info # 010908/15) Version imprimable
Analyse
dimanche, 09 août 2015

 

Par Guy Millière

 

Il est maintenant très probable, pour ne pas dire assuré, que Jonathan Pollard sera libéré dans quelques semaines. C’est, en soi, une excellente nouvelle. Le châtiment subi par Jonathan Pollard est absolument disproportionné par rapport au crime commis.

 

Jonathan Pollard a commis des actes d’espionnage au service d’un pays ami des Etats Unis, pas au service d’un pays ennemi. Aucune personne convaincue d’avoir commis des actes d’espionnage au service d’un pays ami n’a été condamné à une peine aussi lourde que celle infligée à Pollard.

 

Des échanges permettant la libération d’espions condamnés ont lieu avec des pays ennemis des Etats Unis. On a appris, grâce à la divulgation de documents longtemps restés ensevelis, ou couverts du sceau secret défense, que les actes d’espionnage commis par Jonathan Pollard étaient en réalité bien moins conséquents que ceux dont on l’avait accusé, puisque les documents qu’il a livrés à Israël à l’époque concernaient les pays arabes du Proche-Orient, et pas de manière directe les Etats-Unis, dont aucun secret militaire ou diplomatique n’a été violé.

 

Jonathan Pollard, très malheureusement pour lui, n’a sans doute pas été libéré plus tôt parce que ceux qui l’ont incriminé à l’époque étaient porteurs d’une vindicte personnelle aux senteurs d’antisémitisme et d’anti-israélisme prononcées, parce que les mêmes personnes n’ont pas voulu se dédire et paraître être allées trop loin. Parce que, dans ce contexte, les dirigeants des services de renseignement américains ont fait de Jonathan Pollard un symbole, et, c’est un fait, parce que son cas est aussi devenu un symbole en Israël. Aucun président américain, même les plus proches d’Israël, n’ont voulu toucher au dossier.

 

Barack Obama, le Président des Etats Unis le plus hostile à Israël de l’histoire touche au dossier.  Cela peut surprendre. C’est pourtant très logique.

 

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Le deux plus grands adversaires du moment

 

Et bien que la libération de Jonathan Pollard soit une excellente nouvelle, pour lui et pour son entourage, pour la justice aussi, il importe de voir ce qu’elle signifie.

 

Barack Obama est en guerre contre Israël depuis son arrivée à la Maison Blanche. La guerre qu’il mène contre Israël est, avant tout, une guerre diplomatique et une guerre de communication.

 

Il sait que la libération de Jonathan Pollard va s’accompagner de controverses, de critiques venues des services de renseignement américains, de débats dans la presse. Obama désire tout cela. Il veut que l’idée qu’Israël a eu des espions aux Etats Unis soit en première page des journaux. Il veut que le gouvernement et le peuple israéliens se mettent en tort et se réjouissent de la libération de Pollard, tandis que des controverses battront leur plein en Amérique. Il veut embarrasser les amis d’Israël aux Etats-Unis.

 

Et il le veut en un moment bien précis : le moment où l’accord qui concède tout à l’Iran, qu’il a passé et entériné, va être soumis à l’approbation du Congrès.

 

Obama s’est déclaré prêt à ignorer un éventuel vote négatif du Congrès et à violer la Constitution une fois de plus, mais s’il peut éviter ce type de situation désagréable, il le fera.

 

Il lui faut à présent obtenir que les Républicains ainsi qu’une partie des Démocrates n’atteignent pas la majorité des deux tiers dans les deux Chambres, majorité qui mettrait un vote négatif à l’abri du véto présidentiel.

 

Les membres Démocrates du Congrès élus dans des districts ou des Etats où l’électorat juif peut faire la différence, et qui se sont affichés au fil du temps comme des amis d’Israël, sont les plus susceptibles de se rallier. Obama entend les embarrasser et les intimider.

 

Il utilise à cette fin son fidèle auxiliaire John Kerry, qui a déclaré plusieurs fois ces derniers jours que si l’accord avec l’Iran faisait l’objet d’un vote négatif au Congrès, Israël se retrouverait en mauvaise position et pourrait se voir accusé d’avoir nui à la paix régionale.

 

Obama lui-même a tenu récemment des propos accusant directement le « lobby israélien » de faire campagne contre l’accord et de vouloir nuire à la sécurité des Etats Unis en suivant les positions d’extrémistes israéliens.

 

Il vient de tenir, à l’American University, un discours vil et mensonger destiné explicitement à isoler Israël et à renforcer le chantage qu’il exerce aux dépens de ceux qu’il place dans le « lobby israélien ». Ses manœuvres ont été, pour l’heure, infructueuses.

 

Les principales organisations juives américaines viennent de se prononcer contre l’accord, tout comme l’influent sénateur Démocrate de New York, Chuck Schumer. Obama ne renoncera pas à manœuvrer, jusqu’au moment du vote, à la mi-septembre.

 

Libérer quelqu’un qui a espionné en faveur d’Israël, en ce contexte, est censé renforcer l’idée qu’Israël n’a pas pour préoccupation la sécurité des Etats Unis et constitue un mauvais allié. Il entend instiller l’idée que, pour un Américain, soutenir les positions israéliennes est se comporter en mauvais Américain.


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Edennistes et sionistes : l’improbable cohabitation (info # 010508/15) Version imprimable
Analyse
mercredi, 05 août 2015

 

Par Ilan Tsadik

 

Avec Sami El Soudi

 

Dans les situations difficiles, et celle que nous traversons en est une, il importe de tenir un discours particulièrement clair et précis, et c’est ce que je vais m’efforcer de faire. D’abord, pour préciser que, pour l’ensemble des journalistes de la Ména au Moyen-Orient (pour les autres probablement aussi, mais nous ne les avons pas tous consultés), "un terroriste est un individu armé qui s’attaque à des civils". Cette définition du terrorisme, qui fut proposée à l’origine par notre agence a, depuis, été adoptée par bon nombre de media et d’institutions ; bien entendu, elle s’applique à tous les individus, quels que soient les terroristes et leurs victimes, indépendamment de la nation à laquelle ils appartiennent, de la foi qu’ils professent ou de la cause qu’ils revendiquent.

 

A cette aune, les assassins juifs du bébé palestinien de Douma sont évidemment des terroristes, à la même enseigne que les assassins arabes qui ont exterminé les cinq membres de la famille Fogel dans une implantation de Cisjordanie, en 2011.

 

Seconde précision : s’il est possible de comparer les terrorismes juif et arabe dans l’échelle de la violence, ils ne sont, en revanche, comparables ni par leur ampleur ni par le soutien dont ils jouissent de la part de la population et des gouvernants dans les sociétés israélienne et palestinienne.

 

Lancer une roquette sur un centre urbain – le Hamas en a lancées 4 500 durant Rocher Inébranlable en 2014 – dans le but de tuer le plus de civils possible participe d’un acte terroriste par excellence, quelle que soit la capacité des civils en question de se protéger contre ces tirs.

 

Et la riposte consistant à pourchasser ceux qui ont tiré ces roquettes ou donné l’ordre de le faire, même si cela a causé le décès de victimes collatérales, n’est pas constitutive d’un acte de terrorisme ni d’un crime de guerre.

 

Ceux qui prétendent le contraire sont des racistes et des antisémites. Ceux qui prétendent ces choses publiquement sont des propagandistes du racisme et de l’antisémitisme, dont la démarche tend à justifier le processus visant au génocide des Israéliens juifs.

 

Cette remarque vaut également pour ceux qui, menant une guerre sémantique contre Israël, persistent à nommer colonies les implantations, tout en sachant que ces dernières ne répondent pas aux critères scientifiques de la colonisation.

 

En plus de ce qui précède, la quasi-totalité des agressions et des crimes perpétrés par des Palestiniens contre des Israéliens sont de nature terroriste. Seuls ceux visant des militaires ou des policiers échappent à cette définition.

 

Et pour terminer cette mise au point, le recours au terrorisme jouit d’un très large soutien dans la société palestinienne, donnant lieu, dans ses rues, à de fréquentes distributions de sucreries pour fêter l’assassinat de civils israéliens ou occidentaux par des individus armés palestiniens ou arabes.

 

Au Liban, par exemple, l’auteur principal du massacre de la famille Haran à Naharya et de ses deux petites filles, en 1979, Samir Kuntar, a été accueilli en véritable héros et embrassé par l’ensemble de la classe dirigeante, y compris par la plupart des représentants religieux musulmans et chrétiens.

 

Le 1er ministre Binyamin Netanyahu a eu raison, tout en stigmatisant le terrorisme juif et en lui promettant "tolérance zéro", de préciser que dans l’Autonomie palestinienne, on donnait aux rues et aux places le nom des terroristes, alors que dans l’Etat hébreu, l’assassinat de Douma a été dénoncé par la totalité des partis politiques et sa qualification terroriste retenue par tous.

 

En 1998, la Knesset vota de surplus une loi interdisant d’élever des mausolées à la mémoire des terroristes. Une année plus tard, en application de cette loi, Tsahal détruisit celui érigé à Kiryat Arba en mémoire de Baruch Goldstein, auteur, en février 1994, de l’assassinat collectif de 29 Arabes à la mosquée du Caveau des Patriarches à Hébron.

 

A ces niveaux, il n’existe effectivement aucune similitude et le regard posé sur les activités terroristes est totalement différent dans les deux sociétés qui se jouxtent.

 

Sauf que, sur la pierre tombale du terroriste de Kiryat Arba, on peut toujours lire : "Ici gît un saint, le Dr. Baruch Kappel Goldstein, bénie soit la mémoire d'un homme juste et saint, que Dieu venge son sang, à celui qui dévoua son âme aux Juifs, au judaïsme et au pays juif. Ses mains sont innocentes et son cœur est pur. Il fut tué en martyr de Dieu le 14 Adar, jour de Pourim de l'an 5754".

 

Et c’est ici que commence le problème qui frappe la société israélienne de plein fouet, et qui a amené le président de l’Etat, Reuven Rivlin, un homme de droite opposé à la solution des deux Etats pour deux peuples, à écrire sur Facebook : "J’ai honte que ces tueurs viennent de mon propre peuple".

 

Rivlin ajoutait samedi soir, lors d’une réunion publique à Jérusalem : "Chaque société a des franges extrémistes, mais aujourd’hui, nous devons nous demander : Qu’y a-t-il dans l’atmosphère publique qui permette l’extrémisme et autorise les extrémistes à marcher en confiance à la lumière du jour ? Qu’est-ce donc qui a permis à ces ronces de menacer la sécurité de tout un jardin de fleurs ?".

 

Reuven Rivlin, de résumer sa pensée : "J'ai honte face à l'indulgence dont bénéficient les extrémistes qui agissent au nom de la Torah. Les citoyens d’Israël, d’Israël juive et démocratique", a également dit le Président, "ont besoin aujourd’hui d’une piqûre de rappel".

 

Le Président de hausser encore le ton : "Mes amis, les flammes s’étendent sur notre terre – ce sont les flammes de la violence, de la haine, les flammes des croyances fausses, déformées et tordues".

 

Reuven Rivlin sait de quoi il parle. Parce que le jour de l’ensevelissement de Baruch Goldstein, ils étaient des milliers à suivre la procession, comme ils sont des milliers à vénérer son souvenir et son "œuvre".

 

A l’instar du rabbin de Kiryat Arba, Dov Lior, plus souvent considéré dans le monde de la foi comme un distingué talmudiste que comme un extrémiste religieux, qui prononça l’homélie du tueur, dont ces mots qui donnent à vomir : "plus saint que tous les martyrs de la Shoah".

 

Parmi ceux qui assistaient à la cérémonie, il y avait un certain Ygal Amir, qui, à peine neuf mois plus tard, allait à son tour assassiner le 1er ministre d’Israël, Yitzhak Rabin.

 

Et au sein de cette foule, se trouvaient ceux qui allaient constituer les ronces dont parle Rivlin. Or s’il ne fait aucun doute que la coalition au pouvoir, y compris M. Netanyahu, ne soutient pas le terrorisme juif, il faudrait être aveugle pour ne pas distinguer qu’elle plébiscite et encourage ceux qui le soutiennent et l’entretiennent.

 

La coalition les favorise de deux manières : premièrement, par conviction politique, il y a eu au moins huit visites ministérielles par semaine dans les implantations edennistes durant ces trois derniers mois, et deuxièmement, par son incapacité à formuler des propositions pour le règlement du différend avec les Palestiniens.

 

Mais revenons, avant d’en reparler, sur la frange extrémiste qui forme le lit du terrorisme juif : elle est hyper religieuse, hyper à droite, hyper raciste et hyper anti-arabe.

 

Elle est nationaliste, mais nationaliste juive et non israélienne ; elle ne se reconnaît pas dans les institutions de l’Etat hébreu et ne respecte ses ministres que lorsqu’ils abondent sans réserves dans son sens.

 

Elle déteste le libéralisme et l’Etat de droit, son plus grand ennemi déclaré étant la Cour Suprême et ses juges, qu’elle considère comme des gauchistes antisémites. Elle décrit d’ailleurs comme gauchistes tous ceux qui osent la dénoncer ou la combattre et, plus globalement, tous ceux qui se situent à sa gauche, c’est-à-dire la quasi-totalité du genre humain. Y compris la Ména, bien évidemment.

 

Voici, pour mieux comprendre les attentes de cette hyper droite edenniste, ce qu’écrivait sur son site Internet Meir Ettinger, considéré par le Shin Bet (le contre-espionnage israélien) comme l’un des chefs de file des terroristes juifs et comme étant l’un des auteurs de l’incendie de l’Eglise de la Multiplication des Pains et des Poissons, en juin dernier. Ettinger a été arrêté lundi dernier par la police et ne coopère pas avec les enquêteurs :

 

"Le combat pour la Terre d’Israël doit être augmenté d’un autre, véritable combat contre le pêché du gouvernement, qui permet que l’adoration d’idoles se déroule ici, particulièrement les mosquées et les églises sur la Terre d’Israël, où le son des cloches des églises interfère avec celui de la Torah et des prières". Ettinger ajoutant, au sujet de l’arrestation de deux suspects dans l’incendie de l’Eglise de la Multiplication : "L’Etat d’Israël a ajouté l’insulte à l’injure en appréhendant deux Juifs suspectés d’avoir mis le feu à l’église".

 

Ce genre de prises de positions permet sans doute de mieux saisir les commentaires fusant sur Facebook contre les remarques du Président Rivlin et la Cour Suprême. Rivlin, de même que Netanyahu apparaissant de plus en plus souvent sur des vidéos et des posters en uniforme nazi ou en keffieh, tenant des propos antisémites avec l’accent allemand.

 

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Wir schämen uns dieser Edennisten, jawohl

(Nous avons honte de ces Edennistes, assurément)

 

Un internaute edenniste au Président : "Vous êtes un minable loser, votre fin sera pire que celle d’Ariel Sharon, vous verrez. Je prie pour qu’un autre Ygal Amir se lève et vous nettoie, vous et les Arabes, du pays juif. Je désire que vous soyez malade et vous souhaite toutes les autres souffrances".

 

Autre message adressé au président de l’Etat d’Israël sur les réseaux sociaux, il y en a des centaines de la même veine : "Vous avez vendu votre âme au Diable. J’ai poliment expliqué [à mes enfants] que vous avez démissionné et ne faites plus partie du peuple juif. Vous avez donné le feu vert", enseigne ce bon père de famille, "pour s’attaquer au peuple juif. Vous êtes disqualifié".

           

On constate, qu’au nom de la Torah, ces gens n’hésitent pas à se substituer au choix démocratique des électeurs et à délégitimer les dirigeants de l’Etat ainsi que son appareil judiciaire. Il apparaît clairement, dans leurs messages, la haine et le dédain qu’ils vouent à la démocratie et au libéralisme.

 

L’épidémie de délégitimation ne se limite pas à Israël, elle se répand tout aussi vigoureusement sur les sites étrangers d’extrême droite, qui pullulent sur la toile. Une certaine Hanna Ayache publie sur le site Europe-Israël le commentaire suivant :

 

"De quel Etat d’Israël vous parlez ?? Celui de la Cour Suprême peut-être ??

Ce n’est pas celui que je connais, mais c’est sûrement une question de valeurs, droite, gauche, la balance ne penche chez eux que d’un côté, l’équilibre n’y est pas, il est vraiment temps que cela change !".

 

"Que cela change" ? Qu’Israël devienne un pays gouverné par la Halakha, la loi religieuse, en lieu et place de l’Etat de droit ?

 

La grande complication réside en cela qu’il est objectivement impossible de circonscrire le phénomène à un groupe d’extrémistes – ils sont nombreux – affichant des ambitions totalement illégales voire putschistes. La situation, en effet, se voit embrouillée par l’adhésion d’une partie importante du monde politique à ces thèses ; je parle de députés et de ministres qui appartiennent à la coalition gouvernementale actuelle réunissant la droite et l’extrême droite. Or ce sont eux qui définissent la position de l’Etat relativement aux territoires, aux Arabes et aux institutions, et cela rend la lutte contre ce fléau, et notamment contre le terrorisme juif, particulièrement aléatoire.

 

Les plus ardents défenseurs des Edennistes se trouvent dans les rangs du parti de Naftali Bennett, le "Foyer juif", dont l’un des députés, Moti Yogev, propose : "Nous devons amener la lame d’un [bulldozer] D-9 à la Haute Cour de Justice".

 

Pour ne rien arranger au niveau des futures générations, Yogev fut le secrétaire général du mouvement de jeunesse principal du sionisme religieux, le Bnei Akiva (les fils d’Akiva). Il vit dans l’implantation edenniste de Dolev. Quant à Bennett, il est ministre de… l’Education.

 

Le 1er ministre est largement influencé par ce courant, dont dépend la survie de sa coalition reposant sur un seul siège de plus que l’opposition ; s’il est aujourd’hui revêtu par ces extrémistes d’un uniforme nazi, c’est parce qu’il a qualifié les pyromanes de la famille Dawabsheh de terroristes juifs et qu’il reconnaît explicitement l’existence du terrorisme juif et se propose de le combattre avec tous les moyens nécessaires.

 

Reste que M. Netanyahu est vivement critiqué par de nombreuses personnalités politiques et dans la plupart des media israéliens pour l’ "atmosphère" de soutien aux thèses edennistes qu’il a laissé s’instaurer. La nouveauté est que ces griefs proviennent cette fois-ci aussi bien des rangs de la gauche et du centre-gauche que de la droite traditionnelle et du centre-droit. Tous les canons du sionisme traditionnel tirent à boulets rouges contre le laxisme gouvernemental, coupable, aux yeux des détracteurs de Netanyahu, de l’impunité et même des encouragements dont bénéficient les partisans du Grand Israël et de l’éviction des Arabes au nom de la religion [les Edennistes. Ndlr.].

 

Quand le Président Rivlin, homme de droite et membre du Likoud, déclare : "J'ai honte face à l'indulgence dont bénéficient les extrémistes qui agissent au nom de la Torah", c’est au chef de l’exécutif qu’il s’adresse et à qui il reproche ladite indulgence.

 

Quand son prédécesseur Shimon Peres affirme, lors d’un rassemblement à Tel-Aviv dimanche, "Ceux qui incitent contre les citoyens arabes d’Israël ne devraient pas être surpris lorsque les mosquées et les églises sont incendiées, et que, finalement, un bébé est brûlé au milieu de la nuit", il fait directement référence à l’appel lancé, le jour des élections, par Netanyahu, appelant les électeurs juifs à se rendre dans les locaux de vote, au prétexte – qui s’est par la suite avéré totalement controuvé – que les Arabes se mobilisaient "en masse" pour se rendre aux urnes.

 

Beaucoup d’Israéliens avaient en outre été choqués par la décision du 1er ministre de construire trois cents nouveaux logements en Judée et Samarie, rendue publique le jour où la police, faisant face à des centaines d’Edennistes enragés, avait rendu possible la destruction de deux bâtiments illégaux dans l’implantation de Bet-El.

 

La décision avait été prise par la Cour Suprême, qui ne faisait rien de plus qu’appliquer la loi. Sans loi pas d’ordre, pas d’ordre pas de justice, pas de justice, pas d’Etat.

 

Ce qui avait choqué les Israéliens était, qu’au lieu de punir les Edennistes – eux qui, dans leur écrasante majorité, n’effectuent pas leur service militaire -, pour leurs voies de faits et leurs injures (nazis, antisémites, traitres, etc.) sur les défenseurs d’Israël, Netanyahu leur avait offert un cadeau de remplacement.

 

C’était un désaveu, évidemment, de l’appareil juridique de l’Etat ; un désaveu amplifié par des dizaines de voix émanant de députés et ministres de la majorité pour condamner la décision de la Cour Suprême ou la Cour Suprême tout court. On était en présence d’un quasi-acte de désobéissance civile, et de ce qu’il avait de plus surprenant, le fait qu’il émanait de la direction de l’Etat.

 

Durant ces journées difficiles, on a eu l’impression que l’Etat était scindé en deux : d’un côté la justice, la Sécurité Générale et les policiers, de l’autre, le gouvernement, qui combattit la décision de la Haute Cour avec tous les arguments juridiques à sa disposition, et les Edennistes. Nous étions des millions, gauche et droite sionistes confondues, à ressentir de la honte.

 

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Le poing levé des Edennistes contre les gardiens d’Israël

 

Difficile de ne pas voir de relation de cause à effet ; jusqu’à l’assassinat de Douma, à tout le moins. Ensuite, on verra. On verra s’il y a du lourd dans les promesses du 1er ministre de mettre désormais tout en œuvre pour trouver et juger les coupables.

 

Parce que, jusqu’à présent, ce fut rarement le cas : entre les arbres déracinés par les Edennistes, les lieux de culte musulmans et chrétiens souillés, les provocations incessantes, les ratonnades, les dégradations et les graffitis au nom du "prix à payer", les inscriptions "Mort aux Arabes" ou "vengeance" sur des édifices religieux, les constructions d’implantations illégales, les agressions contre la police ou l’Armée, les incendies criminels et les assassinats d’Arabes, comme celui du jeune Mohammad Abou Kh’deir, 16 ans, kidnappé en juillet dernier dans le quartier de Shouafat à Jérusalem-Est et brûlé vif de sang-froid par ces dégénérés, les coupables étaient trop rarement retrouvés, et encore plus rarement condamnés à des peines en rapport avec leurs crimes.

 

Selon les chiffres que nous avons réunis avec Sami El Soudi, entre 65 et 75 pour cent des responsables d’agressions contre des Arabes n’ont jamais été déférés devant la justice. Pour un Etat de droit, ce genre de statistiques confine au scandale.

 

L’assassinat de Douma a été commis vendredi dernier. Dimanche et lundi, à la demande de notre rédacteur en chef, nous avons passé tout notre temps dans des implantations edennistes – un journaliste israélien et un palestinien ensemble - afin de recueillir les réactions des habitants.

 

Il ne s’agissait pas d’une enquête d’opinion mais d’une prise de température. Le moins que nous puissions en dire est qu’elle nous a laissé une impression inquiétante : globalement, cette population soutient les activités des terroristes juifs. Elle refuse d’ailleurs de les appeler terroristes, préférant les décrire comme des jeunes pratiquant des actions d’autodéfense face à "l’inaction du gouvernement" contre le terrorisme arabe.

 

Dans presque tous les cas, on nous a renvoyés à l’assassinat de la famille Fogel et des trois étudiants talmudiques, dont l’enlèvement fut à l’origine de la guerre avec le Hamas l’an dernier. Nos interlocuteurs, lorsqu’ils acceptaient de nous adresser la parole, refusaient simplement d’émettre un point de vue – et, partant, une condamnation – sur l’assassinat de vendredi dernier.

 

Nous avons rencontré une femme, début cinquantaine, lectrice de la Ména, qui, à l’abri des regards de ses voisins a éclaté en sanglots. Elle a longuement tenu les mains de Sami El Soudi, répétant que c’était un crime abominable, qu’elle avait honte, se sentait très mal, et qu’il n’existait à ses yeux aucune différence entre le meurtre d’un nourrisson juif et d’un nourrisson arabe.

 

Une autre dame, religieuse elle aussi, d’origine anglo-saxonne, sans paraître s’émouvoir outre mesure, nous a déclaré que rien ne justifiait cet acte. Elle tenait un discours cohérent, mais à la fin de notre entretien, elle s’est adressée à El Soudi et lui a dit : "But you must go, Arabs must leave this land" (mais vous devez partir, les Arabes doivent quitter cette terre).

 

Notre camarade a demandé : Pour aller où, Madame ? Mais, voyant que nous nous engagions rapidement vers un débat politique et que cela sortait de notre mission journalistique, nous mîmes fin à la conversation.

 

Ces rencontres étaient émaillées des menaces de renverser le gouvernement, de continuer à se venger, de ne jamais accepter d’Etat palestinien, ainsi que de promesses prophétiques, genre "avec notre taux de natalité, bientôt c’est nous qui serons la majorité et vous devrez vous plier à notre gouvernance", ou, "nous ne craignons pas votre justice, seul Dieu a le pouvoir de nous juger et c’est lui qui nous envoie", et d’accusations, pêle-mêle, contre le gouvernement, les gauchistes, la Cour Suprême et la presse, qui "n’est jamais là lorsque ce sont des Juifs qui sont tués".

 

Je leur fis remarquer que ce n’était pas notre cas à la Ména, et que nous nous rendons sur place pratiquement après chaque acte de terrorisme mortel en Cisjordanie. Mais, soit ils ne nous écoutaient pas, soit ils ne nous croyaient pas.  

 

Notre enquête s’est terminée sur un constat effrayant : nous vivons dans deux mondes différents et il n’existe pratiquement aucune passerelle entre les deux. Et sur le constat de leur terrible arrogance, doublée d’une absence quasi-totale d’autocritique. Bref, sur un sentiment selon lequel nous n’allons pas vers un apaisement, bien au contraire.

 

D’autant plus que personne n’œuvre sérieusement à une solution politique du différend israélo-palestinien, ce qui nous apparaît comme une urgence absolue après cette expérience.


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Derrière le rire de Mohammad Zarif (info # 020208/15) Version imprimable
Analyse
dimanche, 02 août 2015

 

Par Guy Millière

 

L’image des sinistres accords de Vienne qui restera dans ma mémoire est celle montrant le ministre des Affaires Etrangères iranien, Mohammad Javad Zarif, en train d’éclater de rire sur le balcon de son hôtel. J’ignore à quoi il pensait à l’instant où la photo a été prise, mais je peux aisément le deviner.

 

Il se disait, sans doute, que John Kerry était encore plus naïf et plus limité qu’il aurait pu l’imaginer, et que Barack Obama, au-dessus de John Kerry, était vraiment un incompétent. Il se disait aussi, vraisemblablement, que les représentants européens étaient aussi naïfs et limités que John Kerry.

 

Avoir obtenu ce que contiennent les accords de Vienne a été, pour l’Iran, presque inespéré. Et il ne se passe pas de jour, depuis la signature des accords, sans que l’on ne découvre des paragraphes supplémentaires, des concessions ultérieures, des annexes pas tout à fait annexes, qui rendent le dossier plus accablant encore.

 

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Irritant

 

On pensait, au départ, que le monde occidental avait accepté que vingt-quatre jours s’écoulent entre la décision d’inspecter les installations nucléaires iraniennes et le moment où les inspections auraient effectivement lieu. On a appris très vite que la décision de procéder aux inspections serait prise par une commission au sein de laquelle l’Iran bénéficierait d’un droit de véto, puis que seuls certains sites, dont la liste a été dressée par l’Iran, pourraient être visités.

 

On a appris ensuite que l’Iran fournirait lui-même les échantillons examinés par les inspecteurs, et que ceux-ci ne devaient compter aucun Américain dans leurs rangs. Aux dernières nouvelles, l’Iran n’a pas proposé de fournir lui-même les inspecteurs, mais ce n’est pas improbable.

 

Qu’un pays en voie de développement, car l’Iran est un pays en voie de développement, ait pu demander et obtenir le beurre et l’argent du beurre, la poursuite de ses activités nucléaires et cent cinquante milliards de dollars aux dirigeants occidentaux, dont ceux de la première puissance du monde, est si improbable et grotesque que cela semble sorti d’un mauvais scénario de comédie burlesque. C’est pourtant la réalité.

 

Qu’un pays dont les dirigeants ne cessent de crier et de faire crier « Mort à l’Amérique ! » aient pu obtenir que les représentants de l’Amérique se courbent servilement en adoptant la posture de la serpillère, sans même demander que les quatre otages américains retenus en Iran soient relâchés, paraît relever d’un mauvais rêve : ce n’est pourtant pas un mauvais rêve. C’est encore la réalité.

 

Que les dirigeants antisémites et porteurs d’intentions génocidaires de ce pays aient pu obtenir une forme de blanc-seing des représentants du monde occidental tout entier a des allures de répétition de l’histoire, et là, la réalité ne fait vraiment plus rire du tout, sauf Mohammad Javad Zarif, évidemment.

 

Du côté des Européens, ce n’est pas la première fois qu’un blanc-seing est délivré à des dirigeants antisémites aux intentions génocidaires : Daladier et Chamberlain ont fait un geste de ce genre en 1938. La population allemande à l’époque avait donné carte blanche à Adolf Hitler dès 1933 et s’enthousiasmait pour ses exploits ; Hitler, que l’on cite d’ailleurs élogieusement à Téhéran.

 

Côté américain, ce n’est, c’est un fait, pas non plus la première fois qu’une procuration de ce genre est consentie : avant Munich, en septembre 1938, il y avait eu la conférence d’Evian, en juillet 1938, et l’abandon des Juifs d’Europe par tout le monde, y compris les Etats Unis, dirigés alors par Franklin Roosevelt, qui a montré plusieurs fois ses penchants antisémites.

 

Du côté des Européens comme du côté américain, ce n’est pas même la première fois qu’un blanc-seing est remis aux dirigeants antisémites aux intentions génocidaires iraniens : il n’était, en 1979, pas possible d’ignorer les idées abjectes de l’ayatollah Khomeiny et de sa cohorte ; Américains et Européens, emmenés par Jimmy Carter et le Français Giscard d’Estaing, ont cependant favorisé, puis entériné l’instauration de la « République islamique ».

 

Pendant plus de trente ans, après Carter, les Etats Unis ont été gouvernés par des présidents qui ont discerné que l’Iran des mollahs n’était pas fréquentable. Ces présidents ont été Républicains (Ronald Reagan, George Herbert Walker Bush, George Walker Bush), et l’un d’eux a été Démocrate (Bill Clinton). Il a fallu que survienne un président d’extrême-gauche aux racines musulmanes et imprégné d’ « antisionisme », pour en arriver au résultat actuel.

 

Pendant plus de trente ans, les dirigeants européens ont semblé distinguer ce que discernaient les présidents américains. L’arrivée d’un président d’extrême gauche aux racines musulmanes à la Maison Blanche et imprégné d’ « antisionisme », a fait que les Européens ont changé de position, et ont retrouvé leurs sentiments antérieurs.

 

Aux Etats Unis, où des dirigeants ont toujours le sens de l’éthique, les Républicains sont vent debout contre ce qu’ils considèrent comme une infamie, voire bien pire qu’une infamie. John Kerry a eu du mal à justifier l’injustifiable au Congrès. Un vote doit avoir lieu, et ce sera au mois de septembre.


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C’est bien Kuntar que l’on vise (info # 010108/15) Version imprimable
Exclusivité
samedi, 01 août 2015

 

Par Stéphane Juffa

 

Il nous faut revenir sur le raid effectué par un drone israélien, mercredi dernier, dont le missile air-terre a pulvérisé un véhicule dans le Golan syrien et ses cinq occupants. L’attaque s’est déroulée à proximité de la ville druze d’Hader (17 000 h.), sur une route de campagne, au lieu-dit Ayn Romaneh.

 

Trois membres druzes d’une formation se faisant appeler les Comités Populaires, ainsi que deux miliciens libanais du Hezbollah ont trouvé la mort lors de ce raid.

 

Suite à l’annonce faite par l’Observatoire Syrien des Droits de l’Homme, selon laquelle Samir Kuntar, l’auteur, à Naharya, en 1979, de l’assassinat le plus odieux jamais perpétré en Israël, se trouvait parmi les victimes, des dizaines de media et de sites d’information et de Hasbara (explication) ont relayé la nouvelle, sans même tenter de la vérifier.

 

Même si l’OSDH est parfois à l’origine d’authentiques révélations, et que des media respectables lui font fréquemment écho, cela reste un bureau de propagande, soutenu par l’émir du Qatar, l’Arabie Saoudite et la Turquie ; il ne s’agit pas d’un organe de presse œuvrant sur la base d’un quelconque protocole déontologique, ni même élaboré par des journalistes professionnels.

 

Lors, au bout de quelques heures, des doutes sur le décès de Kuntar émergèrent en provenance de Syrie. L’OSDH retira purement et simplement sa dépêche et les confrères mal inspirés se retrouvèrent avec, à leur une, une révélation probablement fausse et plus aucune source à citer. C’était bien fait pour eux.

 

Les sites-Web communautaires juifs, après avoir publié des gros titres triomphants et rappelé la biographie illustrée du terroriste libanais restèrent le bec dans l’eau, à mesurer la distance considérable qui existe entre le métier que nous pratiquons et leur amateurisme. Parce que désirer très fort que quelque chose survienne ne le fait pas arriver.

 

Fermeture de la parenthèse médiatique qui nous a fait sourire, mais il y a encore beaucoup à dire. D’abord, confirmer que c’était effectivement Samir Kuntar qui était visé par le tir de missile. C’est la troisième tentative qui nous est connue de l’éliminer.

 

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Ce qu’il reste du véhicule visé par le drone mercredi

 

En janvier dernier, lorsqu’un autre véhicule avait été neutralisé, selon un mode opératoire identique et près du même village d’Hader, c’était le même individu que Tsahal cherchait à mettre hors d’état de nuire. Djihad Mournieh, le chef de la branche armée du Hezbollah, de même que le chef des opérations de la milice chiite en Syrie, et le général iranien Mohammed Ali Allahdadi, en revanche, avaient été tués.

 

Allahdadi était l’un des chefs principaux des Gardiens de la Révolution et de l’Armée perse tout court ; il eut droit à des obsèques nationales.

 

Ces pertes furent certes très importantes pour Téhéran et le Hezb, mais c’était bien l’infâme Kuntar dont Jérusalem désirait la peau. Il aurait dû se trouver dans le véhicule attaqué, mais, au dernier moment, sans avertir personne, il n’était pas venu au point de rendez-vous. Il avait sans doute flairé quelque chose mais s’était bien gardé d’en avertir ses camarades qu’il laissa courir à leur perte.

 

Sachant que Djihad Mournieh était sans doute son meilleur ami et son confident, cela pourrait sembler étonnant, mais ce serait se méprendre sur la personnalité de Kuntar : un individu qui abat un homme dans le dos, à bout touchant, devant les yeux de sa fille Einat Haran, âgée de quatre ans, avant de lui écraser la tête sur un rocher avec le manche de sa Kalachnikov, n’a pas d’amis.

 

En juillet 2008, Israël échangea les dépouilles des soldats Eldad Regev et Ehud Goldwasser contre le monstre de Naharya et quatre autres terroristes, à l’occasion d’un troc que nous avions alors qualifié dans ces colonnes d’absurde et dangereux.

 

La suite des évènements ne tarda pas à nous donner raison : Kuntar après avoir été reçu en héros sur le tarmac de l’aéroport de Beyrouth par toute la classe politique libanaise – ce qui mit d’ailleurs un terme à nos relations durables et privilégiées avec le Général Michel Aoun, actuel candidat à la présidence du pays aux cèdres, qui avait embrassé Kuntar -, à l’exception notoire du patriarche maronite, fut immédiatement récupéré par le Hezbollah.

 

Se sachant condamné à subir la traque des services israéliens jusqu’à son issue fatidique, le personnage sanguinaire s’adonna corps et âme à ses nouvelles tâches. Comme il était druze par naissance, il fut envoyé dans la partie syrienne du Golan afin de recruter des coreligionnaires pour monter un petit commando ultra-violent destiné à s’attaquer à des Israéliens sur le haut plateau.

 

Les Iraniens et les alaouites faisaient plus confiance aux Druzes pour les missions délicates qu’aux autres communautés syriennes, en particulier les sunnites. De plus, Téhéran et Damas sont parfaitement au courant de la haine insurmontable, d’inspiration religieuse, que les musulmans vouent aux Druzes, qui expose ces derniers à un risque de génocide sur le Djébel druze, dans le sud du Golan, et à Hader, au nord du plateau.

 

La minorité druze semblait avoir destin lié avec les alaouites au pouvoir à Damas. Ceci, jusqu’en juin dernier, lorsque les forces de Bachar al Assad ont subitement abandonné le Djébel et Hader pour se replier sur la capitale. Depuis, les Druzes doivent uniquement aux mises en garde adressées par Tsahal aux rebelles sunnites du Front du Sud d’avoir été épargnés. A ce propos, il est cocasse de remarquer que toute la région où se situe Hader est aux mains des rebelles, à l’exception de la ville elle-même.

 

Ces aléas de la Guerre Civile n’affectent pas Kuntar et ses plans. Au début, il entretenait d’excellents rapports avec Bachar, qui alla jusqu’à lui remettre l’ordre du mérite de la "République" Arabe Syrienne. Puis leurs relations se dégradèrent rapidement. Surtout, parce qu’au contraire de ce que rapportent la plupart de nos confrères, Assad s’oppose catégoriquement à l’ouverture d’un nouveau front contre Israël dans le Golan ; car l’oculiste de Damas saisit parfaitement qu’une éventuelle participation de Tsahal dans la bataille précipiterait inéluctablement sa fin.

 

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A début ça allait bien entre les deux hommes :

Bachar al Assad remettant l’ordre du mérite à Samir Kuntar

 

Et le problème de Bachar consiste en cela que son armée ne contrôle plus rien sur le Golan, et que ce sont ses alliés perses et libanais qui y affrontent les révoltés sunnites.

 

Kuntar est un cas particulier et extrême : la petite troupe de jusqu’au-boutistes – guère plus de quinze ou vingt desperados – qu’il a levée ne répond qu’aux ordres de son chef. Lequel s’est assuré le soutien logistique, les conseils et les armes des Pasdaran iraniens, de même qu’un budget quasi illimité qui lui est directement fourni par l’émir du Qatar.

 

Ceci explique sans doute que, tant lors du raid de janvier qu’à l’occasion de celui de mercredi dernier, aucun alaouite ni aucun soldat de l’armée d’Assad ne faisait partie des victimes. On est pourtant en Syrie et du côté de l’Armée gouvernementale !

 

Mais l’indépendance que s’est approprié l’assassin de la famille Haran, et son obsession compulsive à provoquer Israël en ont fait un ennemi mortel de Bachar ; celui-ci a émis un ordre à l’intention de ses troupes stipulant que "le sang de Kuntar était permis". Si cela n’était pas assez clair, il a fait jeter un tract par l’un de ses hélicoptères sur la région d’Hadar appelant à l’élimination du quidam. L’un de nos correspondants sur le Golan syrien l’a eu en main et nous l’a lu.

 

A ses troupes, al Assad a précisé que celui qui aurait la possibilité d’abattre Kuntar et ne l’exploiterait pas serait empalé sur la place publique à Damas.

 

Il n’y a donc pas que les Israéliens qui le recherchent, mais, jusqu’à maintenant, le gibier s’est fait terriblement discret et on ne l’avait pas aperçu dans le Golan depuis février-mars.

 

Se pourrait-il toutefois que, malgré la gaffe des pseudo-journalistes qui ont copié-collé le câblogramme de l’Observatoire Syrien des Droits de l’Homme, Samir Kuntar ait été bel et bien envoyé en enfer ?

 

Assurément. Et si c’est le cas, l’état-major de l’Armée israélienne et le gouvernement de Jérusalem sont évidemment au courant. S’ils ne révèlent pas ce qu’il en est, si le porte-parole de Tsahal se contente de répéter inlassablement qu’Israël ne commente pas les informations produites par des media étrangers, c’est pour une raison très simple : annoncer correctement s’il fait ou non partie des morts signifie que l’Etat hébreu possède un agent dans le cercle très restreint de ceux qui sont au courant en Syrie et au Liban. Donner le résultat du raid, pour Israël, c’est exposer ce ou ces agents au risque parfaitement inutile d’être repéré.

 

Côté Hezbollah, on joue le même jeu d’échecs ; les media de Nasrallah, à l’instar d’Al Manar (le phare), ne font d’ailleurs état que de trois morts – les trois Syriens – et nient la perte de leurs deux miliciens.

 

D’autre part, si Samir Kuntar avait été tué mercredi dernier, le Hezb aurait déjà riposté ou menacé de le faire. Or les Fous d’Allah et leurs porte-voix ont rarement été aussi discrets au sujet d’éventuelles représailles qu’en cette fin de semaine.

 

Ce sont les frères de l’assassin de Naharya qui sont intervenus publiquement pour dire que le monstre allait très bien et qu’il ne se trouvait pas dans la voiture que le drone a pulvérisée.

 

Ils ne sont certes pas plus crédibles que Nasrallah, ce qui pourrait dissimuler une tentative de faire croire que Kuntar est vivant, poussant ainsi Israël à gaspiller ses ressources pour tenter de se débarrasser d’un mort.

 

Reste que nos relais syriens nous affirment que si l’abject personnage aurait effectivement dû prendre place dans le véhicule, il avait renoncé à le faire pour des raisons actuellement inexplicables et les Israéliens l’auraient une nouvelle fois manqué. Nous devons préciser que nos relais n’ont pas vu les corps et qu’ils pourraient, eux aussi, être les victimes d’une manipulation.

 

Nous, de ne pas tomber dans le travers d’amateurisme que nous dénonçons chez d’autres media, en faisant passer une rumeur pour une info. Bornons-nous à dire que le point de vue qui prédomine, ce samedi, chez nos amis de Syrie, du Liban-Sud et du nord d’Israël, est que Kuntar n’a pas été tué lors du raid de la semaine dernière.

 

On peut également se demander si c’est à cause de l’assassinat collectif de Naharya ou de ses activités actuelles qu’Israël désire éliminer Kuntar. Répondre à cette interrogation n’est pas chose facile, vu qu’aucun officier de Tsahal ne vous confirmera que l’Armée israélienne entend débarrasser la planète de cette énergumène.

 

Ce que nous pouvons en dire est que les manœuvres de Kuntar dans le Golan procèdent d’une grande dangerosité, même si son organisation est de petite taille. Cela provient de ses alliances syrienne et qatarie, de sa situation désespérée – il sait que ses jours sont comptés – et d’une certaine aptitude au crime.

 

Les opérations qu’il prévoit – il a déjà tiré des roquettes sur Israël et blessé des parachutistes en patrouille sur la frontière – sont audacieuse au-delà du raisonnable. Ce sont ce que j’appellerais des "actions semi-suicidaires", durant lesquelles les participants n’ont que peu de chances de s’en sortir vivants.

 

Le rêve de Kuntar consiste à traverser la frontière grâce à des attaques de diversion de ses alliés, puis de se rendre dans une agglomération israélienne juive – ce pourrait être Névé Ativ, El-Rom ou Odem – voire dans une base de Tsahal ; d’y perpétrer d’abord un massacre en règle, puis de s’emparer d’otages afin d’entamer des négociations pour les échanger contre des terroristes incarcérés et contre un sauf-conduit pour ses hommes.

 

Ce que je viens de révéler devrait être secret, mais Kuntar et son groupe s’entraînent à ces opérations depuis tant de temps, que personne n’en ignore le motif du côté d’Hader. Or l’enclave druze d’Hader en Syrie fait face à la ville druze de Majd El Shams (l’étoile du soleil), en Israël ; l’enclave n’est pas très étendue et l’on y voit aisément tout ce qui s’y déroule, y compris les allées et venues des miliciens libanais et des officiers iraniens en uniformes. Et les gens d’Hader et de Majd El Shams appartiennent très souvent aux mêmes familles et ils se parlent très fréquemment par téléphone. A Majd El Shams, nombre d’habitants ont choisi la nationalité israélienne et la plupart des autres n’entretiennent aucune animosité à l’égard des Juifs.


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Seconde frappe de l’Armée de l’air, à la frontière syro-libannaise (info # 022907/15) Version imprimable
Breaking News !
mercredi, 29 juillet 2015

 

© Metula News Agency

 

Métula 21h05, Paris 20h05

 

Indépendamment de l’anéantissement par un drone israélien de cinq combattants pro-Assad dans la ville d’Hader, dans le nord du Golan syrien, de nombreuses sources arabes, dont l’Armée syrienne elle-même, annoncent une seconde attaque du Kh’el Avir, à la frontière syro-libanaise.

 

Les diverses sources s’accordent pour déclarer que le raid s’est déroulé en milieu d’après-midi de ce mercredi, et qu’il avait pour cible une position du FPLP-CG.

 

Le FPLP-CG, le Front Populaire Pour la Libération de la Palestine-Commandement Général, est une organisation palestinienne laïque basée à Damas, se réclamant de l’extrême gauche et combattant en Syrie aux côtés des forces gouvernementales, des Pasdaran iraniens et du Hezbollah libanais.

 

A en croire un communiqué du FPLP-CG, le drone aurait tiré un missile sur l’une de ses bases à Koussaya, à l’est de Zahlé [voir la carte].

 

Les Israéliens auraient visé un dépôt de munitions contenant des missiles sophistiqués, qui auraient été anéantis. D’autre part, sept membres de cette organisation terroriste auraient été blessés lors de l’attaque.

 

Le porte-parole de Tsahal a refusé de confirmer les informations relatives aux deux opérations, arguant qu’Israël ne commentait pas les informations publiées par des media étrangers.

 

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La zone élargie des deux raids de ce mercredi

 

Si nous sommes en mesure de confirmer l’ensemble du contenu de notre breaking de ce matin, ainsi que la réalité d’une action aérienne sur Koussaya, nous ne sommes, en revanche, pas en situation, pour l’instant du moins, de confirmer la nature de la cible visée au Liban ni le bilan humain. On doit considérer l’hypothèse selon laquelle ils pourraient être très différents de ce qui est rapporté par le FPLP-CG ainsi que les media arabes.

 

Concernant l’attaque de ce matin dans les environs d’Hader, il nous semble évident qu’il manque des informations relativement aux deux miliciens du Hezbollah et aux trois Syriens éliminés.

 

En effet, il n’est pas dans les habitudes de l’Armée israélienne de s’en prendre à de simples miliciens ou aux combattants anonymes de quelque faction que ce soit prenant part à la Guerre Civile syrienne.

 

En janvier dernier, lors d’une attaque similaire, également dans le périmètre d’Hader, Israël avait neutralisé le général iranien Mohammed Allahdadi, ainsi que le chef de la branche armée du Hezbollah, Djihad Mournieh, qui se trouvaient en compagnie d’autres officiers et combattants iraniens et libanais, tués eux aussi lors de ladite frappe.

 

Trois scénarii, dans le Golan syrien, peuvent justifier une intervention militaire israélienne : premièrement, toute tentative violente de s’en prendre aux installations frontalières ou de poser des explosifs le long de la barrière de sécurité, ou encore de la franchir pour pénétrer sur le territoire israélien. Secondement, toute tentative de perpétrer un massacre à l’encontre d’une population civile, en particulier contre la minorité druze syrienne. Troisièmement, toute réunion d’officiers supérieurs d’armées ou d’entités ennemies ou de membres de services de renseignement, en mission d’observation dans la région, ou en train de préparer des actions violentes contre l’Etat hébreu.

 

Sur la base des éléments en notre possession, nous pouvons d’ores et déjà exclure la deuxième hypothèse évoquée.

 

Suite aux deux raids aériens de ce mercredi, Tsahal est évidemment en état d’alerte le long des frontières syrienne et libanaise, par crainte de représailles, à l’instar de la riposte du Hezbollah en janvier, durant laquelle deux militaires israéliens avaient péri à proximité du village de Radjar, en Haute-Galilée.

 

 

 
Israël neutralise 5 combattants pro-Assad dans le Golan syrien (info # 012907/15) Version imprimable
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mercredi, 29 juillet 2015

 

© Metula News Agency

 

Métula 13h20, Paris 12h20

 

En fin de matinée, un drone israélien a tiré un missile sur un véhicule qui s’approchait de la ville druze de Hader, dans le Golan syrien.

 

La voiture, ainsi que ses cinq occupants ont été anéantis ; il s’agissait de deux membres de la milice chiite libanaise du Hezbollah et de trois soldats syriens, pro-Assad, appartenant à la formation des Comités Populaires.

 

Le lieu de l’interception se situe à trois kilomètres environ à vol d’oiseau de la frontière israélienne passant à proximité de la ville de Majdal Shams.

 

 

 
Les chars d’Erdogan tirent sur des combattants kurdes en Syrie (info # 012707/15) Version imprimable
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lundi, 27 juillet 2015

 

© Metula News Agency

 

Comme c’était prévisible, la Turquie, toujours présidée par Recep Erdogan et son parti islamiste de l’AKP, se livre, depuis lundi dernier, à une agression en règle contre le PKK, le Parti des Travailleurs du Kurdistan, la branche paramilitaire clandestine des Kurdes de Turquie.

 

Ce que nous craignions également s’est aussi réalisé, à savoir des frappes de l’Armée turque contre des positions des Unités de Protection du Peuple (YPG), l’organisation militaire des Kurdes de Syrie, qui protège le Rojava face aux tentatives de progression du Califat Islamique.

 

Tôt ce matin, en effet, des chars turcs ont frappé des positions des YPG dans le village de Zur Maghar, à une trentaine de kilomètres à l’ouest de Kobané. Ce bombardement à l’arme lourde a blessé quatre membres des forces kurdes syriennes ainsi que des rebelles de l’Armée Syrienne Libre qui se battent côte à côte. Les obus ont touché, outre Zur Maghar, d’autres villages avoisinants, et ont fait l’objet de deux salves distinctes.

 

Suite à cet incident, un porte-parole des YPG a déclaré : "A la place de s’en prendre aux positions occupées par les terroristes d’ISIS, les forces turques attaquent celles de nos combattants. Nous lançons un appel urgent aux dirigeants turcs afin qu’ils cessent cette agression et qu’ils se plient aux lignes directrices internationales. Nous disons à l’Armée turque", a poursuivi le porte-parole, "de cesser de tirer sur nos hommes et sur leurs positions".

 

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En rouge la région des combats, future "Zone sans ISIS"

 

Le déclencheur de cette offensive, aussi étrange que cela puisse paraître, a été l’agression par un kamikaze de l’Etat Islamique du Centre Culturel Amara à Suruç, ville distante de Kobané de quelques centaines de mètres uniquement. Cette attaque suicide a causé la mort de 32 personnes qui participaient à une réunion pacifique de solidarité avec les Kurdes de Syrie, et en a blessé plus d’une centaine d’autres.

 

Le centre en question avait déjà fait l’objet de plusieurs agressions par le passé et avait reçu des menaces récemment.

 

Ankara n’avait cependant pas jugé utile de protéger ce lieu de réunion. Cette nonchalance s’inscrit dans la droite ligne de la politique suivie jusqu’à maintenant par M. Erdogan à l’égard des Kurdes, qu’ils soient d’ailleurs turcs ou syriens. Lors de l’encerclement de Kobané par l’EI, même lorsque la situation semblait désespérée pour les Peshmergas, le gouvernement turc ne leur accorda aucune aide, même humanitaire, et poursuivit sa propagande verbale à leur encontre.

 

A en croire M. Erdogan et son alter ego raciste et antisémite, le 1er ministre Ahmet Davutoglu, les Kurdes syriens se livrent au nettoyage ethnique des zones qu’ils contrôlent, et ce sont des terroristes, au même titre et au même niveau que ceux de l’Etat Islamique.

 

Ankara nie cependant avoir bombardé des Kurdes syriens, précisant que l’opération militaire en cours a pour objectif de neutraliser des "menaces imminentes contre la sécurité nationale de la Turquie".

 

Ankara a également réitéré son intention de viser l’Etat Islamique en Syrie et le PKK en Irak ; les officiels ottomans ont contacté, ce lundi, des agences de presse, afin de leur communiquer que les Kurdes syriens n’étaient pas concernés par l’offensive en cours.

 

En dépit de ces dénégations et autres contrevérités, les témoignages existants sont suffisamment nombreux et fiables pour nous permettre d’affirmer que Zur Maghar, à l’est de la ville et du point de passage de Jarabulus, l’un des derniers à être encore contrôlés, côté syrien, par l’Etat Islamique, a bien eu lieu.

 

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L’immense poste frontière de Jarabulus, côté turc

 

Il devient évident, comme nous en avions déjà parlé la semaine dernière dans ces colonnes, que Recep Erdogan entend instrumentaliser l’attentat de Suruç pour faire le ménage contre le PKK, en Turquie et dans la région kurde autonome d’Irak, aussi bien que contre les YPG en Syrie.

 

La vague d’arrestations qui coïncide avec les offensives militaires touche également l’opposition de gauche et d’extrême gauche en Turquie. Au moins 1 000 personnes ont déjà été arrêtées et plusieurs autres ont été tuées lors des raids de la police, des forces spéciales et des forces des services de renseignement.

 

Les personnes arrêtées appartiennent au milieu des sympathisants kurdes, des djihadistes, mais également à la communauté religieuse alevi. Dont une femme, Günay Özarslan, a été tuée par la police vendredi dernier ; le gouvernement provisoire de l’AKP intervenant, dans la violence, pour empêcher la tenue des obsèques de la victime dans un temple alevi. Les alevis représentent douze millions de personnes, sur les soixante-seize millions que compte la Turquie.

 

Comme par le passé, nous redoutons, à Métula, qu’un grand nombre des personnes emprisonnées ne soient en aucune manière liées aux activités "menaçant la sécurité nationale de la Turquie", mais que, sous ce prétexte aussi global que fallacieux, beaucoup d’activistes pacifiques soient actuellement appréhendés.

 

L’actuelle vague d’arrestations s’inscrit sans aucun doute dans le cadre des efforts produits par Erdogan dans le contexte de la répression qu’il mène contre ceux qui ne partagent pas ses idées, la presse, la justice et même l’armée et la police.

 

Ankara, suite à l’attentat de Suruç a bien déclaré la guerre tant à ISIS qu’au PKK. Son armée, et particulièrement son aviation, ont effectivement lancé quelques raids contre des positions du Califat Islamique en Syrie et quelques-uns de ses miliciens y ont perdu la vie.

 

Reste que les points de passage entre Jarabulus et le sud de Kilis (100 km), soit la portion de frontière encore aux mains de l’EI côté syrien, n’ont pas été fermés et que la contrebande de denrées, d’armes, de munitions et de volontaires djihadistes, voulue par Erdogan, s’est poursuivie, même après les 32 morts de Suruç.

 

Il importe de ne pas oublier l’effet de politique intérieure qu’Erdogan et Davutoglu espèrent engendrer en déclenchant l’offensive militaire actuelle.

 

En effet, n’ayant pas obtenu la majorité absolue lors des élections générales de juin, et faute d’alliés potentiels partageant sa vision islamiste, l’AKP d’Erdogan n’est toujours pas parvenu à former un gouvernement ; il exerce ainsi le pouvoir sur une base intérimaire.

 

Alors que, dans le pays, on évoque de plus en plus souvent la tenue d’un nouveau scrutin pour briser le statu quo, les dirigeants de l’AKP misent sur un éveil de sentiments nationalistes en déclenchant leurs opérations militaires en Irak et en Syrie, sous le prétexte toujours porteur de l’existence d’une menace extérieure contre la sécurité de l’Etat.  

 

En Irak, dans la région autonome kurde, gérée dans tous les domaines comme un Etat indépendant, et alliée militaire de la coalition internationale anti-ISIS, les F-16 ainsi que l’artillerie turcs multiplient leurs bombardements des positions du PKK.

 

Le président du Gouvernement régional du Kurdistan, Massoud Barzani, dont le territoire qu’il gouverne se trouve ainsi agressé, soucieux de ne pas avoir à affronter militairement la Turquie, propose sa médiation à Ankara et au PKK.

 

L’intention déclarée de M. Barzani consiste à rétablir le cessez-le-feu qui prévalait entre les Ottomans et le Parti des Travailleurs du Kurdistan jusqu’à l’attentat suicide de Suruç.

 

Immédiatement après ledit attentat, au milieu des émeutes causées par le mécontentement des Kurdes turcs, des membres du PKK avaient froidement assassiné deux policiers, mercredi dernier, dans la ville de Ceylanpinar, à majorité kurde.

 

C’est précisément le prétexte qu’ont saisi Erdogan et Davutoglu afin d’inclure le PKK parmi les ennemis, à l’intérieur et à l’extérieur de la Turquie, auxquels ils ont décidé de faire la guerre.

 

Nous, d’observer, avec une surprise non dissimulée, le soutien enthousiaste qu’a exprimé, au nom de l’Union Européenne, la cheffe de sa diplomatie, Mme Federica Mogherini.

 

Mme Mogherini a assuré Ankara de son appui concernant les opérations militaires en cours contre l’Etat Islamique en Irak et au Levant et contre le PKK.

 

Elle a appelé par téléphone le ministre des Affaires Etrangères turc, M. Mevlüt Cavuşoğlu, pour lui transmettre les condoléances de l’Union Européenne relativement aux victimes de Suruç et aux attaques subies par les policiers et les militaires turcs.

 

Nous ne pouvons nous empêcher, quant à nous, de concevoir un étonnement certain en voyant Mme Mogherini offrir ses condoléances à un gouvernement islamiste, adversaire déclaré des Kurdes, pour la mort des victimes de Suruç, kurdes également dans leur grande majorité.

 

Et bien qu’il faille déplorer, sans le moindre bémol, l’assassinat des policiers à Ceylanpinar, il nous apparait cependant clairement que la riposte d’Ankara est en tous points disproportionnée, et notamment en cela qu’elle rompt un cessez-le-feu avec le PKK, qui peut générer une dégénérescence rapide de la situation dans les régions kurdes de Turquie ainsi que dans les grandes villes.

 

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La plupart des villes de Turquie connaissent déjà des manifestations d’une extrême violence

Il devient difficile, comme sur cette photo prise à Gazi, un quartier d’Istanbul et ces images

vidéo tournées à Cizre, cité kurde du sud-est de la Turquie, de différencier ces émeutes

 de scènes s’apparentant à une guerre civile

 

Nous étions persuadés, jusqu’à maintenant, que l’UE, et particulièrement Mme Mogherini, étaient très préoccupées par le maintien de la proportionnalité dans les ripostes des uns et des autres ; à moins, évidemment, que ce souci ne s’applique qu’aux ripostes de l’Etat hébreu, lorsqu’il est attaqué par des milliers de roquettes tirées par les terroristes du Hamas.

 

Dans sa communication avec Mevlüt Cavuşoğlu, Mogherini n’a pas hésité non plus à employer à plusieurs reprises le terme "terroriste" pour qualifier le PKK, alors qu’à notre connaissance, elle s’abstient toujours de le faire, lorsqu’elle parle du Hamas. Il est vrai que le PKK figure sur la liste de l’UE des organisations terroristes, mais le Hamas aussi.  

 

Plusieurs observateurs ont également été troublés par les louanges adressées par la cheffe de la diplomatie européenne au gouvernement turc, relevant par exemple son "courage" et sa "sagesse", alors qu’elle ne peut décemment ignorer la répression autoritaire exercée par Erdogan, les arrestations d’innocents et de journalistes, ainsi que le comportement barbare des forces de sécurité lors des manifestations, particulièrement à l’encontre des groupes minoritaires, à l’instar des homosexuels.

 

Washington est allé encore plus loin dans son soutien au gouvernement intérimaire d’Ankara ; les Etats-Unis et la Turquie ont en effet rendu public leur plan d’action militaire conjoint, destiné à nettoyer le versant syrien de la frontière entre Jarabulus et le sud de Kilis, sur une centaine de kilomètres de long et une quarantaine de profondeur.

 

Aux termes de cet accord, ce sont les chasseurs-bombardiers U.S. qui assureront l’essentiel des attaques aériennes, tandis que l’artillerie turque à longue portée bombardera les positions islamistes.

 

Les deux alliés ont décidé de définir leur objectif sous la dénomination de "Zone sans ISIS".

 

Le plan prévoit qu’à la fin du nettoyage de cette région, son administration soit confiée à l’Armée Syrienne Libre.

 

Nous, d’attendre avec une curiosité non dissimulée les réactions de Bruxelles et de Washington après le double bombardement d’aujourd’hui de l’Armée Syrienne Libre par les chars d’Erdogan, à Zur Maghar, précisément dans "Zone sans ISIS".

 

Etant tout à fait clair à nos yeux, et à ceux de la plupart des analystes que nous connaissons, que la cible réelle des Ottomans est constituée par les Kurdes syriens, et non par les miliciens de l’Etat Islamique, nous nous attendons à voir les frappes turques contre les YPG se poursuivre, de même que les raids dans le territoire autonome des Kurdes irakiens.

 

Que se passera-t-il lorsque, pendant que l’U.S. Air Force effectuera des missions de pilonnage dans la zone tampon, l’artillerie turque s’emploiera à détruire les positions des YPG ?

 

Autre interrogation pour laquelle nous n’avons pas de réponse : Comment justifier le soutien ininterrompu et documenté d’Ankara au Califat Islamique ? Et comment expliquer que, jusqu’à la semaine dernière, non seulement Erdogan ne participait pas à la coalition contre l’EI, mais, qu’en plus, il interdisait aux coalisés d’utiliser son territoire et même de le survoler lors de ses missions ?

 

Il nous semble, en constatant ces dernières évolutions, que le tandem Union Européenne – USA sous administration Obama, poursuit sa politique dans la lancée du traité avec l’Iran. Une politique faite de compromissions inutiles avec des régimes dictatoriaux ou à tendance dictatoriale, en prenant des initiatives diplomatiques ou militaires dont les objectifs nébuleux ne sont pas à même de résoudre ou d’atténuer les conflits, mais au contraire, de les amplifier et d’en étendre tout à la fois l’intensité et la durée.

 

 

 
Certains dirigeants européens d’aujourd’hui sont des antisémites très intelligents (info # 012607/15 Version imprimable
Analyse
dimanche, 26 juillet 2015

 

Par Guy Millière

 

Je ne l’ignore pas, les antisémites d’aujourd’hui sont, le plus souvent, intelligents. Ils ne disent en général jamais qu’ils sont antisémites. Ils se disent, plutôt, « antisionistes », autrement dit hostiles à l’existence du seul Etat juif sur la Terre, et du pays où vivent plus de la moitié des Juifs de la planète.

 

C’est le seul pays sur la Terre qu’ils voudraient voir disparaître ; mais si vous leur dites que le seul pays sur la Terre qu’ils voudraient voir disparaître est aussi le seul Etat juif sur la terre, ils vous répondent que c’est un pur hasard. Si vous leur dites que la disparition d’Israël signifierait la disparition de six millions de Juifs, le nombre même de Juifs disparus pendant la Shoah, ils vous répondent que vous êtes très excessif, qu’ils ne souhaitent pas la disparition des Juifs israéliens, mais juste celle d’Israël, le pays, et que si ceux qui, au Proche-Orient, veulent voir Israël disparaître devaient agir, et détruire Israël, habitants compris, ce ne serait pas leur faute à eux, « antisionistes ».

 

Les antisémites d’aujourd’hui peuvent être plus intelligents encore, et ne pas se dire « antisionistes », mais juste partisans de la « solution à deux Etats », hostiles à la « colonisation », à l’ « occupation », et à je ne sais quoi encore qui peut leur permettre d’accuser Israël.

 

Les dirigeants européens d’aujourd’hui sont des antisémites très intelligents. Ils sont favorables à la « solution à deux Etats », hostiles à la « colonisation », à l’ « occupation » et à je ne sais quoi encore.

 

En antisémites très intelligents, ils viennent de ratifier un accord avec l’Iran, qui aura pour conséquence que l’Iran deviendra une puissance hégémonique nucléaire régionale, et disposera de milliards en argent frais pour financer des groupes terroristes voulant détruire Israël.

 

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Mogherini et Zarif : en plus, on a bien rigolé !

 

Federica Mogherini, la cheffe de la diplomatie de l’Union Européenne :

"L’islam appartient à l’Europe. Il détient une place dans l’histoire de l’Europe, dans notre culture, dans notre nourriture – et, ce qui compte le plus – dans le présent et le futur de l’Europe. Je ne crains pas de dire que l’islam politique doit en faire partie".

 

Mais comme ce sont des antisémites très intelligents, ils disent qu’ils n’ont jamais entendu Rohani ou Khamenei prononcer des paroles antisémites. Ils ajoutent que, quand Rohani et Khamenei évoquent leur volonté de destruction génocidaire d’Israël, il ne faut pas les prendre au sérieux. Si vous insistez, ils vous disent que vous n’allez tout de même pas gâcher la perspective de beaux contrats avec la "République" Islamique d’Iran.

 

En antisémites très intelligents, les dirigeants européens s’apprêtent à soutenir, juste après la ratification de l’accord susdit avec l’Iran, un projet de reconnaissance d’un « Etat palestinien » par les Nations Unies, qui, s’il n’était pas respecté par le gouvernement israélien, impliquerait des sanctions internationales contre L’Etat hébreu.

 

Si vous leur faites remarquer que, en somme, juste après avoir ratifié la levée de toute sanction contre un régime dont les dirigeants évoquent la volonté de destruction génocidaire d’Israël, ils envisagent des sanctions contre Israël, qui ne peuvent que plaire aux dirigeants du régime iranien et les inciter à signer des chèques libellés en millions de dollars, ils se mettront en colère. Ils vous diront qu’il n’y a là que coïncidences et que votre esprit malveillant interprète à l’excès.

 

En antisémites très intelligents, les dirigeants européens n’en proposent pas moins un projet de reconnaissance d’un Etat palestinien par les Nations Unies, dont ils savent par avance qu’il ne pourra être accepté par Israël, et qui aboutira donc à la mise en place certaine de sanctions contre Israël, juste au moment où les sanctions contre le régime iranien seront levées.

 

En antisémites très intelligents, ils proposent, de fait, un projet de reconnaissance d’un Etat palestinien qu’Israël ne pourrait accepter qu’en acceptant son propre suicide : retour aux « frontières de 1967 », autrement dit, les lignes d’armistice de 1949, abandon de toute la Judée-Samarie et de la moitié est de Jérusalem, vieille ville comprise, et lieux saints inclus ; retrait de toutes les populations juives des villes et villages juifs de Judée-Samarie et de la moitié est de Jérusalem, création d’un « Etat palestinien » sans le moindre accord de paix avec Israël. Ils proposent donc à Israël le choix entre le suicide et des sanctions.

 

En Juifs très intelligents, bien plus intelligents que les antisémites très intelligents, les dirigeants israéliens ont, fort heureusement, déjà, comme dans une partie d‘échecs bien menée, quelques coups d’avance sur les dirigeants européens.

 

Ils voient que le rapprochement entre les dirigeants européens (et l’administration Obama qui supervise tout ce jeu sordide) et le régime iranien constitue une menace pour les régimes arabes sunnites, qui n’ont plus du tout pour priorité la « cause palestinienne », mais privilégient leur propre survie.

 

Ils voient que l’Egypte, l’Arabie Saoudite, les pétromonarchies du Golfe sont des alliés tactiques d’Israël, et ont, comme Israël, l’Iran pour ennemi principal.

 

Ils voient que l’Etat Islamique est le deuxième ennemi principal des régimes arabes sunnites, et ils sont bien placés pour savoir que l’Etat Islamique est aussi l’ennemi d’Israël.

 

Ils savent que l’Etat Islamique est présent en Judée-Samarie et à Gaza et cherche à y supplanter les dirigeants palestiniens, qui ont quasiment pour seuls appuis aujourd’hui les dirigeants européens (et l’administration Obama), ce qui ne place pas les dirigeants palestiniens dans une position confortable.

 

Ils savent que le développement du monde se fait désormais en Asie, et plus guère dans une Europe qui sent décidément le moisi.

 

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Etat Islamique-Erdogan : ça se gâte nettement (info # 012407/15) Version imprimable
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vendredi, 24 juillet 2015

 

© Metula News Agency

 

La nuit dernière, aux alentours de 3h45, heure de Métula et d’Ankara (2h45 à Paris), trois chasseurs F-16 de l’Armée de l’air turque ont attaqué des objectifs de l’Etat Islamique aux alentours du village de Hawar, en Syrie.

 

Ces raids au missile ont fait, c’est un premier bilan, trente-cinq morts dans les rangs du Califat et ont détruit plusieurs chars d’assaut ainsi que des pickups.

 

Cette incursion, limitée dans la profondeur à une distance de 10 à 15 kilomètres de la frontière turque, se voulait être une riposte à l’attaque par les miliciens islamistes d’un poste frontière entre la Syrie et la Turquie, situé non loin de la ville turque de Kilis.

 

Cette agression avait causé la mort, jeudi, d’un sous-officier et de deux soldats.

 

Les forces ottomanes, déployées massivement dans la région, avaient immédiatement répliqué par des tirs de chars, neutralisant un djihadiste et anéantissant trois de leurs véhicules.

 

Sans pouvoir dire, pour le moment, si l’on est en présence du commencement d’une confrontation durable entre l’Etat Islamique et Ankara, ou s’il s’agit d’incidents ponctuels, ces affrontements sont inattendus, car ils opposent des alliés islamistes sunnites.

 

La situation a commencé à se dégrader lundi, lorsqu’un terroriste kamikaze, Abdurrahman Alagöz, s’était fait exploser dans le Centre Culturel Amara de la ville de Suruç, tandis que s’y tenait une réunion politique de soutien aux Kurdes syriens réunissant 300 personnes. Cet assassinat collectif, perpétré pour la première fois par l’EI sur le territoire turc, a causé la mort de 32 personnes et blessé une centaine d’autres, pour la plupart des jeunes Kurdes et des militants de gauche.

 

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Après le carnage de Suruç, la douleur des proches

 

La réaction de l’organisation paramilitaire kurde-turque, ne s’était pas faite attendre : des membres du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) avaient en effet assassiné, mercredi matin, deux policiers d’Ankara à Ceylanpinar, une grosse agglomération kurde à la frontière syrienne.

 

Cet acte barbare - une balle dans la tête de chacun des gendarmes – se voulait être l’expression du mécontentement de la communauté kurde, qui a considéré que le Centre Culturel Amara, en dépit de menaces dont il était l’objet et d’attaques précédentes n’était pas protégé par la police. D’autre part, les mêmes Kurdes-turcs considèrent qu’ils sont la cible d’une discrimination systématique de la part du Président Recep Erdogan et de son parti islamiste, l’AKP, qui dirige actuellement un gouvernement intérimaire en l’absence d’une coalition gouvernementale.

 

Le grief principal des Kurdes-turcs se focalise cependant sur l’aide apportée par Ankara au Califat Islamique en Syrie dans sa lutte contre les YPG kurdes, les Unités de Protection du Peuple. Des milliers de personnes étaient descendues dans les rues des métropoles tuques après l’attentat de lundi pour critiquer la politique menée par le gouvernement. Kadri Gürsel, l’un des principaux éditorialistes du quotidien Milliyet (la nation), a été limogé mercredi pour avoir mis en cause M. Erdogan dans l’attentat de Suruç.

 

Diverses organisations appellent à un méga-rassemblement dimanche après-midi à Istanbul.

 

Les Kurdes se rappellent que, durant le long siège de la ville de Kobané, à 100 mètres de la Turquie, Erdogan avait refusé de porter secours aux défenseurs encerclés, leur fermant même sa frontière et permettant au contraire aux agresseurs, qui contrôlaient déjà 60% de la ville, de s’approvisionner chez lui en armes, munitions et en combattants.

 

Il est de notoriété publique que des miliciens de l’EI avaient utilisé, à plusieurs reprises, le point de passage de Mursitpinar, face à Kobané, afin de compléter l’encerclement de cette dernière par le Nord et d’attaquer les YPG grâce à de nombreux véhicules bourrés d’explosifs.

 

En plus de ce qui précède, Recep Erdogan et son Premier ministre Ahmet Davutoglu multiplient les propos hargneux et les menaces à l’encontre des Kurdes syriens, les accusant notamment de procéder à un imaginaire nettoyage ethnique, et leur prêtant l’intention de faire sécession du reste de la Syrie en déclarant un Etat indépendant dans le nord de ce pays, dans une région que les Kurdes nomment Rojava.

 

Erdogan, appuyé en cela par les partis nationalistes, craint que la progression militaire des YPG dans le Rojava ne déteigne sur les Kurdes turcs, qui constituent l’écrasante majorité de la population tout le long des 900 kilomètres de frontière commune.

 

Suite à un conseil des ministres extraordinaire, qui s’est tenu mercredi, Ankara a lancé une vaste opération policière, ce vendredi matin, impliquant des milliers d’hommes et des hélicoptères, dans le but d’appréhender les djihadistes se trouvant sur son territoire.

 

Le même raid vise également les membres des organisations paramilitaires kurdes et gauchistes, notamment ceux du DHKP-C (Front Révolutionnaire de Libération du Peuple), dont une activiste a été tuée par les forces de l’ordre.

 

On semble, ce matin, se diriger vers une triple confrontation, qui opposerait Ankara, premièrement aux Kurdes syriens, secondement aux membres des organisations indépendantistes Kurdes turques, et troisièmement, et c’est là que se trouve la nouveauté, aux miliciens de l’Etat Islamique, tant en Syrie qu’en Turquie.

 

La rivalité récente entre l’Etat Islamique et Recep Erdogan a aussi poussé ce dernier à mettre sa base aérienne d’Incirlik, à 200 kilomètres de la frontière syrienne, à disposition des forces de la coalition sous commandement américain, qui combat ISIS en Syrie et en Irak. C’est la première fois qu’Ankara se résigne à porter main forte à cette coalition, et à participer, même indirectement, au combat qu’elle mène.

 

Sur le plan stratégique, la brouille entre l’AKP et l’EI pourrait avoir des conséquences radicales pour le Califat. En effet, suite à la jonction effectuée par les YPG entre les cantons de Kobané, au centre du Rojava, et celui de Qamishlo, à l’Est, ainsi qu’à la progression de l’alliance militaire formée par les YPG et l’Armée Syrienne Libre (ASL) en direction du canton kurde d’Afrin, pour l’instant isolé à l’ouest du Rojava, les derniers points de passage restant à la disposition de l’EI pour s’approvisionner en Turquie se trouvent entre Jarabulus (Syrie) et le sud de Kilis, sur une distance d’environ 100 kilomètres.

 

Or c’est précisément sur cette portion de frontière qu’ont eu lieu les échanges de tirs d’hier ainsi que le raid aérien de cette nuit. Dans ces conditions, on peut difficilement imaginer qu’Erdogan continuera à approvisionner le Califat en utilisant ces points de passage.

 

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La carte de la région où se déroule l’essentiel de la confrontation

 

Les affrontements qui l’opposent à l’EI pourraient également servir de prétexte au président islamiste turc afin de pénétrer en territoire syrien, sur une trentaine de kilomètres entre Kilis et Jarabulus ; il pourrait ainsi espérer faire d’une pierre deux coups, en empêchant les Kurdes d’effectuer leur jonction entre Kobané et Afrin, et en étendant son contrôle des points de passage face au Califat Islamique ; ce dernier se verrait ainsi totalement soumis au bon vouloir du gouvernement ottoman pour l’ensemble de ses fournitures.

 

Le plan d’instauration de cette "zone tampon" avait été envisagé par Ankara à la fin de juin dernier, mais il n’avait pas été mis à exécution devant les réticences de l’Armée turque et la vive opposition des Américains.

 

On reste à se demander quelle est la raison qui fait que deux entités, partageant la même religion et poursuivant des objectifs très proches, tels l’EI et l’AKP (Le parti de la Justice et du Développement) se sont disputées au point d’en venir aux armes.

 

La réponse se situe probablement dans la tradition de détestation qui a toujours semé la discorde entre Turcs et Arabes ; l’Etat Islamique, en effet, est une organisation visant à créer un Etat islamique arabe sur la plus grande partie possible de la Syrie et de l’Irak ; quant aux visées de M. Erdogan, elles concernent principalement l’extension de l’hégémonie ottomane, même s’il est, lui aussi, profondément empreint de l’idéologie djihadiste.

 

Les observateurs ne manquent pas non plus d’observer que les choix et les décisions de la Turquie, sous Erdogan, ne sont pas toujours toutes dictés par la seule raison. En Occident, on a peut-être tendance à sourire en entendant les propos d’Erdogan rapportés par la presse, selon lesquels ce seraient les Turcs qui auraient conquis la Lune, et les Juifs qui seraient à l’origine des coups de grisou qui secouent les mines de Turquie.

 

Mais dans les faits, les Turcs n’ont pas le loisir de rire à ses délires, car ils participent à dicter, en les justifiant, les voies choisies par le pouvoir en place. Or ces options peuvent parfaitement conduire à des guerres superflues, dont la finalité est obscure, et donc discutable.

 

Dans cette conclusion on peut aussi noter que la Turquie est l’un des seuls pays du globe à avoir affronté militairement absolument tous les pays qui l’entourent, et parmi eux la Grèce, qu’elle a occupée durant des siècles, l’Arménie, où elle a commis un génocide, et l’île de Chypre, qu’elle a agressée en 1974 lors de l’Opération Attila, et dont elle occupe toujours militairement la moitié septentrionale.

 

Dans ces conditions extrêmement volatiles, et en présence de dirigeants et de chefs d’Etats dont la rationalité des décisions peut être discutée, nul ne peut prédire la tournure que prendront les évènements des prochains jours et des prochaines semaines.

 

 

 
Un attentat suicide de l’EI vise des Kurdes en Turquie : 32 morts (info # 012207/15) Version imprimable
Analyse
mercredi, 22 juillet 2015

 

Par Hevi Pekoz

 

L’identité du suspect principal dans l’attentat suicide qui a eu lieu dans la ville de Suruç, au sud-est de la Turquie, faisant face à Kobané, lundi en début d’après-midi, a été révélée par les autorités d’Ankara.

           

Le kamikaze serait un certain Abdurrahman Alagöz, âgé de 20 ans, originaire de la province d’Adiyaman, au nord de celle de Sanliurfa, où se situe Suruç. La police turque est en train d’enquêter quant à son appartenance à l’Etat Islamique.

 

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Turquie : le temps est à l’orage

 

Le 1er ministre turc, Ahmet Davutoglu, a déclaré lors d’une conférence de presse qui s’est tenue hier, que "ses éventuels liens à l'étranger ou en Turquie sont en cours de vérification. L’hypothèse la plus probable est qu'il s'agit d'un attentat suicide lié à DAESH".

 

Lundi, aux alentours de midi (heure locale), une bombe a explosée dans le jardin du Centre Culturel Amara, où débutait un meeting de la Fédération des Associations des Jeunes Socialistes, qui réunissait 300 personnes venues de toute la Turquie, causant 32 morts et une centaine de blessés, pour la plupart kurdes.

 

Ces jeunes gens s’apprêtaient à annoncer leur départ vers la ville voisine de Kobané pour participer à sa reconstruction, apportant avec eux des effets de première nécessité pour les habitants ainsi que des jouets pour les enfants.

 

Un second attentat suicide a eu lieu précisément dans le sud de Kobané, quelques minutes après celui de Suruç, lorsqu’une voiture chargée d’explosifs a foncé sur un barrage de sécurité mis en place par les Unités de Protection du Peuple kurde syrien, les YPG, tuant deux de ses combattants.

 

Tandis que la province kurde du nord de la Syrie, le Rojava, est accoutumée aux attaques constantes de DAESH, la Turquie avait été épargnée jusqu’à présent par les attentats de l’Etat Islamique.

 

Suite à la découverte de la télécommande ayant servi au déclenchement de la bombe dans l’estomac d’une jeune fille, lors de l’opération chirurgicale qu’elle subissait, les policiers avaient, dans un premier temps, dirigé leurs recherches vers un groupe de trois jeunes femmes, avant de trouver les preuves qui accablent Abdurrahman Alagöz. Ces personnes étaient membres de l’EI et connues des services de sécurité turcs.

 

Les trois jeunes filles en question, Fadime Kurt, Ozlem Yilmaz et Nuray Demirel, avaient, le mois dernier, pénétré sur le territoire turc dans le but de perpétrer des attaques. Elles étaient recherchées par les autorités d’Ankara, qui avaient, par ailleurs, annoncé que sept membres de DAESH prévoyaient de commettre des attaques meurtrières en Turquie.

 

Le Renseignement turc, le MIT, avait informé toutes les forces de sécurité de l’existence d’un risque accru d’attentats le 22 juin et le 3 juillet. La police avait procédé à de nombreux raids dans les villes d’Istanbul, Ankara, Sanliurfa, Konya et Izmir, se concluant par l’arrestation de 97 personnes, sans pouvoir cependant mettre la main sur les jeunes filles recherchées.

 

Après l’assassinat collectif de lundi, le HDP, le Parti Démocratique des Peuples, le parti des Kurdes en Turquie, et le CHP, le Parti Républicain du Peuple, l’opposition principale à l’AKP dirigé par Erdogan, ont vivement critiqué le gouvernement "qui n’a su ni prévenir cette attaque ni gérer ses conséquences".

 

Le président turc, qui se trouvait en déplacement dans la partie de Chypre occupée par la Turquie, a vaguement commenté l’attaque en la condamnant, mais sans prendre la peine de rentrer en Turquie, ce qui a été vivement critiqué par Selahattin Demirtas, l’un des principaux dirigeants du HDP.

 

Le député CHP, Haluk Koç, a quant à lui déclaré : "Si nous avons, dans le passé, décrété un jour de deuil lors de la mort d’un roi de n’importe quel pays, un jour de deuil national doit être mis en place pour commémorer l’assassinat des 32 jeunes personnes que nous avons perdues à Suruç".

 

En effet, en janvier dernier, Ankara avait ordonné un jour de deuil national au lendemain de la mort du roi saoudien Abdallah ben Abdelaziz.

 

Selon les media turcs et internationaux, la population turque, vivement choquée par l’attentat, est descendue dans les rues d’Istanbul, Ankara, Izmir et de nombreuses autres villes, accusant le président Erdogan de collaborer avec ISIS.

 

Des heurts ont éclaté entre la police et des manifestants ; deux personnes ont été blessées par des tirs de la police dans la ville de Mersin, dans le sud-est de la Turquie.

 

Le mois dernier, le gouvernement de Recep Erdogan avait renforcé son dispositif militaire dans la région frontalière de la zone autonome du Kurdistan syrien, affirmant que c’était pour prévenir de futures attaques de la part des islamistes.

 

Ce déploiement militaire avait cependant été ordonné immédiatement après la prise de la ville syrienne de Tell Abyad par les forces kurdes, le parti islamiste d’Erdogan, au pouvoir à Ankara, craignant que la progression des Kurdes ne contamine les agglomérations turques à population majoritairement kurde.

 

Le Centre Culturel Amara à Suruç avait déjà été la cible d’attaques précédentes. Bien qu’il héberge constamment des journalistes ou des organisations humanitaires se rendant à Kobané, et même des réfugiés syriens, il ne bénéficiait d’aucune protection appropriée.

 

Dans une interview téléphonique accordée au quotidien Radikal, la mère du suspect a affirmé qu’Abdurrahman avait quitté le domicile familial il y a neuf mois, suivi par son frère Yunus, trois mois plus tard. Les deux frères annonçant qu’ils partaient travailler à l’étranger.

 

Selon des sources proches de l’enquête, Abdurrahman aurait commencé à s’intéresser à DAESH il y a deux ans et l’aurait rejoint via un réseau terroriste islamiste qui s’est formé dans la province d’Adiyaman.

 

 

Après l’attentat de lundi, Selahattin Demirtas n’a pas appelé sa communauté à conserver son calme, comme il a coutume de le faire lors des fréquentes situations de tension. Sa colère s’explique par le fait qu’il tient le gouvernement d’Ankara responsable de l’assassinat collectif ayant frappé le Centre Culturel Amara. Non seulement ce dernier appartient partiellement à son parti, le HDP, mais les 300 personnes qui le fréquentaient lundi au moment de l’attentat étaient venues montrer leur solidarité avec la cause kurde.

 

Ce mercredi après-midi, un conseil des ministres extraordinaire était prévu en Turquie afin de discuter de nouvelles mesures à adopter pour sécuriser la frontière avec la Syrie. Au cas où, à l’issue de ce conseil, des dispositions convaincantes n’étaient pas annoncées en vue d’assurer la sécurité des zones à majorité kurde, il est à prévoir de nouveaux heurts entre les Kurdes de la région frontalière et la police d’Erdogan. Des Kurdes, qui refusent d’être continuellement traités comme des ennemis de l’intérieur et de ne pas pouvoir profiter du même niveau de sécurité que leurs concitoyens. Des Kurdes turcs, qui, comme les journalistes présents dans la région et la communauté internationale, sont parfaitement au courant de l’assistance apportée par le gouvernement ottoman à l’Etat Islamique.

 

C’est dans cette atmosphère particulièrement lourde que deux policiers turcs ont été retrouvés morts, ce mercredi matin, abattus chacun d’une balle dans la tête, dans une demeure de Ceylanpinar. Une cité à forte majorité kurde, située sur la frontière syrienne, à une centaine de kilomètres à l’est de Suruç.

 

Le Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), clandestin, a revendiqué ces meurtres sur son site Internet, en "représailles" à l’attentat suicide de lundi.


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Barack Obama ou l’avocat du Diable (info # 012007/15) Version imprimable
Analyse
lundi, 20 juillet 2015

 

Par Ilan Tsadik, Stéphane Juffa et Jean Tsadik

 

Rédigé par Ilan Tsadik

 

Lorsque l’on signe un bon accord, on n’a pas besoin de passer son temps à expliquer pourquoi on l’a signé. Or le Président Obama est intervenu mardi, quelques minutes après l’annonce à Vienne de la conclusion de l’accord, et il est longuement revenu mercredi dernier sur son contenu et ses implications, à l’occasion d’une conférence de presse tendue et inconfortable.

 

Le moins que l’on puisse en dire est que ses arguments n’ont pas été convaincants. D’autres, au sein même de la Ména, connus pour être moins conciliants que moi, et moins opposés à la gouvernance de Binyamin Netanyahu, ont parlé en interne de "foutage de gueule" de la part du pensionnaire de la Maison Blanche. Ce n’est, dans ce cas, qu’une question de différences sémantiques.

 

Avec Juffa et mon père, nous avons consulté, ces derniers jours, des dizaines de vidéos et des milliers de pages de déclarations antérieures, de commentaires et de critiques. Ce qui m’a le plus interpelé à la fin de ces consultations, consiste en cela que les Iraniens n’ont cessé, tout au long des négociations et après leur aboutissement, d’être beaucoup plus consistants qu’Obama et son administration.

 

Cela explique, au-delà de tout doute sensé, la raison pour laquelle à Téhéran et à Damas on danse de joie dans les rues, et qu’aucun ayatollah n’a perdu son temps à justifier, en les analysant publiquement, les clauses du contrat.

 

Ils avaient dit et répété que les inspecteurs de l’AIEA ne disposeraient pas du libre accès à leurs installations nucléaires, et l’accord leur donne raison. Ils avaient promis qu’ils ne détruiraient pas le moindre équipement de leur infrastructure nucléaire, qu’ils n’abandonneraient pas la recherche et le développement dans le domaine de l’atome, qu’ils n’exporteraient pas le moindre kilo d’uranium enrichi, qu’ils continueraient à développer des missiles capables de frapper leurs voisins aussi bien que les autres continents et ils n’ont pas non plus menti sur ces points.

 

Les ayatollahs avaient prévenu que leurs centrifugeuses continueraient à tourner et elles tourneront. En moins grand nombre, certes, pour un degré de purification du minerai temporairement limité, mais elles tourneront, et non plus dans la clandestinité mais en accord avec la législation internationale.

 

Khamenei avait exprimé que son pays ne signerait aucun document qui ne prévoirait pas la levée immédiate des sanctions, or l’an prochain, à la même époque que maintenant, dès la mise en œuvre de la réalisation des clauses du traité, l’Iran touchera en un tenant environ 160 milliards de dollars.

 

Khamenei avait garanti que les commissaires de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique ne seraient pas admis dans ses installations militaires, et l’annexe concernant d’éventuelles visites de ces sites n’a pas encore été rédigée et elle ne fait pas partie de la chose signée.

 

Lors de sa conférence de presse, Barack Obama a invité le public à consulter le document, à prendre connaissance du compromis, en lançant : "Vous n’avez plus besoin de spéculer, vous pouvez simplement lire ce qu’il dit". C’est en relevant l’invitation du président que nous avons fait les observations qui constituent cet article.

 

Force est de constater que si c’était pour en arriver là, si l’on finirait par céder à toutes les demandes de Téhéran, Kerry aurait pu signer l’accord il y a deux ans, au début de la phase décisive des négociations, et ce n’est pas une plaisanterie de ma part.

 

L’Administration Obama est passée outre les garde-fous imposés par les chefs de sa propre armée ; plus encore que cela, elle n’a tenu aucun des engagements qu’elle s’était elle-même fixés.  Dès lors, on ne sait pas comment il faudrait interpréter l’introduction du président lors de sa confrontation avec la presse, lorsqu’il affirma : "Voici ce que l’on peut accomplir à partir d’une position de force et en respectant ses principes !". Ca, c’est une plaisanterie mais elle n’est pas de mon fait.

 

Martin Dempsey, le président des chefs d’état-major de l’Armée U.S., c’est-à-dire le chef militaire suprême des forces américaines, avait mis en garde, il y a deux semaines, le Comité des Services Armés du Sénat, révélant à ses membres qu’ "en aucune circonstance on ne doit alléger la pression sur l’Iran au sujet de ses capacités en matière de missiles balistiques et de trafic d’armes".

 

Or, en lisant l’accord, comme Barack Obama nous a proposé de le faire, on s’aperçoit que toutes les limitations concernant l’importation et l’exportation des armes conventionnelles et des missiles, respectivement dans cinq et huit ans, seront levées.

 

Le président a répondu à cette remarque mercredi, déclarant que "nous ne retirons pas notre pression sur l’Iran en ce qui concerne les armes et les missiles balistiques".

 

Il a détaillé sa réponse en faisant valoir qu’ "il existait d’autres [en dehors du traité] résolutions multilatérales [internationales] et unilatérales [U.S.] qui nous permettent d’agir si l’Iran s’embarque dans de telles activités, que ce soit dans six ans ou dans dix ans à partir de maintenant".

 

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Contrairement à ce que déclare M. Obama, son administration œuvre

en ce moment même au Conseil de Sécurité afin que les futurs présidents

des USA ne puissent pas remettre en cause l’accord avec l’Iran

 

M. Obama aurait dû mieux lire le traité qu’il a signé et qui prescrit que tous ses signataires – donc les Etats-Unis y compris – doivent honorer ses clauses principales, telle la levée de l’embargo de l’ONU sur les armes et les missiles balistiques.

 

Les spécialistes du droit international sont indécis quant à l’obligation américaine d’adapter sa propre législation en fonction de la résolution issue du traité qui sera entérinée cette semaine par le Conseil de Sécurité ; mais l’on constate que les dispositions onusiennes issues des sanctions décidées pour s’opposer au programme de développement des missiles iraniens vont disparaître.

 

Dans la nouvelle résolution qui sera soumise ce lundi au Conseil de Sécurité, les restrictions concernant le programme balistique perse sont largement moins contraignantes que celles qui prévalaient jusqu’à maintenant. Les anciennes stipulaient que l’Iran avait "l’interdiction de réaliser toute activité relative à des missiles balistiques capables d’emporter des charges nucléaires". Quant à la nouvelle résolution, elle se contentera "d’en appeler à l’Iran" pour ne pas qu’il se livre à de telles activités.

 

La résolution issue de l’accord de Vienne ne mentionnera non plus aucune interdiction qui serait imposée à Téhéran de ne pas procéder au développement ou à l’importation de technologie applicable aux missiles ; les Iraniens pourront ainsi progresser dans leur programme balistique en toute légalité.

 

Quelle que soit l’opinion des juristes quant à la prévalence ou non des lois nationales américaines et à l’obligation ou non de les mettre au diapason de l’accord avec l’Iran, trois choses sont claires : 1. Si le Congrès, suivant le calendrier défini à Vienne, ne levait pas ses propres restrictions, l’Iran, après avoir empoché des sommes très importantes, sera en situation de dénoncer l’accord et de remettre son programme nucléaire militaire en marche. 2. Si l’intention de l’administration consistait à ne pas lever l’embargo sur les armes et les missiles, pourquoi a-t-elle accepté ces provisions ? 3. Comment exiger la bonne foi et la transparence de l’adversaire dans l’exécution de ses engagements si, à peine le protocole signé, le président des Etats-Unis envisage des voies légales pour le contourner ?

 

Mercredi, le président a également abordé le sujet de la levée de l’embargo imposé à l’Iran sur le trafic des armes conventionnelles, s’attardant sur les livraisons de matériel militaire aux Hezbollani, les supplétifs libanais des ayatollahs. Il a reconnu qu’elles faisaient peser une lourde menace sur l’Etat hébreu ainsi que sur les autres alliés des USA dans la région.

 

Barack Obama, sur ce point aussi, a évoqué l’existence d’autres résolutions onusiennes qui ne seraient pas éliminées – on touche à la même problématique qu’avec les missiles balistiques - par le traité avec Téhéran, et qui continueraient à donner à Washington l’autorité [légale] nécessaire pour empêcher que de telles livraisons ne se produisent.

 

A la Ména, ce passage de l’intervention du président nous a tous interloqués ; pour la raison assez compréhensible, nous semble-t-il, que durant l’existence des sanctions, l’Armée U.S. n’est jamais intervenue afin d’empêcher lesdites livraisons. Pendant ce laps de temps, ce ne sont pas moins de 80 000 roquettes et missiles, tous en provenance d’Iran, qui ont rejoint les arsenaux de la milice chiite libanaise. Washington a abandonné le sale boulot à la seule Tsahal, obligeant le Khe’l Avir à s’aventurer plusieurs fois jusque sur la capitale syrienne pour détruire les armes les plus sophistiquées et à bombarder les convois de camions qui tentaient de traverser la frontière syro-libanaise.

 

Le problème, a admis M. Obama pour expliquer la raison pour laquelle le Hezb avait obtenu ces fusées, était moins d’origine légale que relevant d’un "manque au niveau du Renseignement et de la capacité d’interdire ces livraisons".

 

Le président a proposé d’améliorer la "coordination avec ses alliés" afin de pallier ces lacunes et de faire en sorte qu’une quantité moins importante de ces chargements ne parvienne à traverser les mailles du filet.

 

Les mailles du filet ? Quel filet ? Personne, dans la région, n’a jamais vu de filet américain.

 

A mots à peine couverts, Obama promet en fait, en compensation pour la signature du traité avec Téhéran, de se mettre à agir pour atténuer cette contrebande. Mais comment le croire ? Comment croire qu’il fera désormais, alors que c’est plus compliqué, ce qu’il n’a pas fait lorsque c’était simple.

 

De plus, le président ne dit pas la vérité : le Renseignement U.S. est très performant dans la région et il a bénéficié de compléments d’informations réguliers et vérifiables de la part du Mossad, des chrétiens, des sunnites libanais, et de la Marine allemande, dont les bateaux espions sont très présents face à Beyrouth. Quant à la capacité d’agir, l’U.S. Air Force intervient quotidiennement dans le ciel syrien, mais durant les négociations, et même depuis le début de la Guerre Civile syrienne, elle a pris le plus grand soin d’éviter les soldats iraniens participant au conflit ainsi que les armes qu’ils livraient à la milice chiite libanaise.

 

Lors de la conférence de presse, quelqu’un a demandé au président pourquoi les négociateurs étasuniens n’ont pas obtenu, dans le cadre du traité, la libération des quatre otages américains détenus en Iran –Amir Hekmati, le pasteur Saïd Abedini, Jason Rezaian et Robert Levinson - pour des crimes imaginaires.

 

Barack Obama a répondu que la priorité de sa délégation à Vienne s’est uniquement focalisée sur la question du nucléaire, et que si John Kerry avait émis d’autres exigences, les Iraniens auraient probablement fait valoir leurs propres revendications concernant d’autres sujets.

 

A Métula, nous nous demandons cependant en quoi la levée de l’embargo sur les armes conventionnelles, dont les livraisons de matériel de guerre au Hezbollah, est-elle liée à la question du nucléaire.

 

Le président a garanti que les efforts diplomatiques de son administration en vue de libérer les quatre hommes ne cesseraient pas ; nous, nous pensons que la seule raison qui avait poussé les ayatollahs à la négociation découlait de la précarité extrême de leur économie causée par les sanctions internationales.

 

Avec la levée de celles-ci, aucun argument ne restera à la disposition de Washington afin d’obtenir d’autres concessions, et les otages auront été sacrifiés sur l’autel de l’amateurisme des négociateurs U.S., de l’absence de ligne directive solidement établie et fermement défendue, et du désir du pensionnaire de la Maison Blanche, quoi qu’il puisse en dire, de parvenir à un accord à n’importe quel prix.

 

Les faiblesses du traité sont de deux ordres. Le premier est technique : il dépend de l’impératif de réussite imposé par le chef de l’exécutif américain et pris à son compte par John Kerry ; dans ces conditions, très tôt identifiées et exploitées par la délégation persane, les concessions ne sont venues que d’un seul côté, ce qui a abouti à un protocole grossièrement déséquilibré en faveur de Téhéran, au point de le priver de logique dans la sauvegarde des intérêts des 5+1 en général, des Occidentaux et de leurs alliés, en particulier.

 

Ces lacunes se retrouvent dans la plupart des clauses du document et nous en décortiquons quelques-unes dans ce papier.

 

L’autre carence de l’accord, dont découle la première, est d’ordre conceptuel : l’Administration Obama est totalement passée à côté de la problématique posée par le programme nucléaire militaire de la "République" Islamique. Les Américains ont réellement négocié comme si le développement de la bombe atomique par la Révolution khomeyniste constituait le péril primordial qu’elle véhiculait, et que le reste de la problématique qu’elle pose était négligeable. Cette confusion a atteint un degré tel, qu’une fois la question du nucléaire "réglée", se figurait-on à Washington, les autres aspects grandement sous-évalués de la menace attenante à l’exercice du pouvoir par la théocratie chiite s’atténueraient d’eux-mêmes pour finir par s’estomper.

 

Il était difficile de plus se tromper. Contrairement à ce qu’affirme aujourd’hui le président Obama, l’Amérique a bradé sa position de force et négocié sans principes et sur la base d’une évaluation globale fantaisiste.

 

Les Etats-Unis ont surestimé la puissance de l’adversaire, comme si la perspective de voir l’Iran se doter de quelques bombes atomiques en faisait déjà une superpuissance ; comme s’il n’existait que la voie des concessions pour éviter une confrontation imminente entre Téhéran et ses voisins régionaux, et comme si une telle confrontation était le pire des avatars envisageables.

 

Les explications fournies, mercredi dernier, par le président à ce propos ne laissent pas planer le moindre doute et elles n’ont, à notre sens, pas suffisamment été exploitées par les autres analystes.

 

Pourtant, l’erreur conceptuelle peut être aisément détectée dans la représentation binaire et erronée qu’en a fait Barack Obama lors de sa rencontre avec la presse ; son système de réflexion s’articulait sur deux présomptions : With a deal contre without a deal, avec un accord, sans accord.

 

Après avoir abordé chacune des deux hypothèses appliquées à la plupart des points du contentieux, le président arrive à la conclusion que with a deal, les USA et le reste du monde sont plus sûrs et plus en sécurité.

 

Tandis que without a deal, l’unique alternative que M. Obama est capable d’envisager, consiste en "un programme nucléaire iranien sans limites, l’absence d’inspections, l’Iran plus proche de l’arme atomique, le risque d’une course régionale à l’armement atomique, et un risque de guerre accru, tout cela", ponctue le pensionnaire de la Maison Blanche, "est [l’unique] choix qui s’offre à nous".

 

Le président dépouille ensuite sa conceptualisation pour n’en garder que l’essentiel : "Soit le problème posé par l’Iran obtenant des armes nucléaires est résolu par la diplomatie, lors de négociations, soit par la force, par la guerre. Il n’y a que ces deux options".

 

Dans le même élan, il met au défi M. Netanyahu et le Congrès, bref, tous ceux qui prétendraient qu’il est possible d’obtenir de meilleures dispositions dans un contrat avec l’Iran, de lui indiquer les clauses qui pourraient être formulées différemment.

 

Malheureusement, l’approche du résident de la White House ne tient pas l’eau et ne résiste pas à l’analyse. D’abord, parce que l’équation bipolaire "ce traité ou la guerre" participe d’une vue de l’esprit. Si les 5+1 avaient rejeté les demandes iraniennes, Téhéran n’aurait en aucun cas déclaré ou déclenché un conflit armé. Contre qui aurait-il pu le faire ? Les USA ? Le monde entier ? Israël ? Initier une guerre, lorsque, dans tous ces cas, on sait qu’on n’a pas les moyens de la gagner, ni même de lui survivre ? Un conflit pour obtenir quoi, du point de vue iranien ?

 

En réalité, la possibilité qui s’offre aux ayatollahs, en l’absence d’accord, se limite à décider s’ils poursuivent leur programme nucléaire, ou s’ils le laissent en état de semi-gel, comme c’est le cas depuis l’entente intérimaire tacite de janvier 2014 ; ce, sachant que s’ils reprennent leur progression vers la bombe, ils s’exposent, d’une part, à la probabilité élevée d’une intervention armée, notamment d’Israël, et de l’autre, ce qui n’est guère plus gratifiant, ils font l’impasse sur quelques huit cents milliards de dollars, la somme des revenus confondus sur cinq ans de la levée des sanctions, calculée par les meilleurs experts financiers indépendants aux Etats Unis.

 

En fait, Obama n’a simplement pas réalisé, au moment d’établir sa stratégie de négociation, que Khamenei ne détient pas les clés de la guerre ou de la paix, mais que c’est lui, le président des USA et ses alliés, qui sont les seuls à en disposer.

 

Avec la maîtrise dans son jeu de la carte "guerre" et celle des "800 milliards", le président possédait des atouts qui lui permettaient pratiquement de dicter le texte de l’accord à ses adversaires. Or il a abandonné ces atouts lors des pourparlers, comme s’il existait une urgence absolue – conditionnant une Troisième Guerre Mondiale ? – à parvenir à une entente à Genève puis à Vienne.

 

Kerry a traité l’Iran comme s’il possédait la capacité immédiate d’empêcher la Terre de poursuivre sa rotation autour du soleil. Les cartes maîtresses auraient dû être la menace de guerre de la part des Etats-Unis – personne n’a dit à Obama qu’il fallait qu’il déclenche un conflit, nous avons toujours répété, ces dernières années, et c’est terriblement différent, qu’il lui suffisait de faire part de son intention de résoudre le différend par les armes si Téhéran n’abandonnait pas définitivement sa chasse à la bombe et de montrer les préparatifs idoines sur le terrain – ainsi que la carte du maintien des sanctions et de leur renforcement.

 

Or à Vienne, la seule carte qui fut utilisée par les négociateurs de Washington consista à imposer des dates butoir à répétition, en menaçant de ne pas les prolonger, ce qui n’impressionna pas Zarif, qui exploita au contraire l’empressement quasi-hystérique de ses contempteurs, s’amusant à les obliger à se contredire en reportant au moins cinq fois leur ultimatum à la date butoir.

 

L’Iran, objectivement en position de demandeur lors des discussions, transforma l’Amérique en demanderesse, sans posséder le moindre argument de pression dans son jeu. Il y parvint grâce à la tchatche de Mohammad Zarif, à l’arrogance tactique de Khamenei, et en faisant traîner les pourparlers sur des années, augmentant ainsi une pression totalement artificielle sur l’Administration Obama.

 

Tout ce que les ayatollahs pouvaient brandir au titre de menaces était de quitter la table des négociations. Et alors ? Que se serait-il passé ? Quelle catastrophe ? Armageddon ?

 

Sans rien dans les mains, mais en constatant l’impératif de réussite que s’étaient fixés ses interlocuteurs, Zarif, qui est intelligent, se rendit compte que le système immunitaire de Yankees était complètement détraqué, et qu’il n’avait plus même besoin d’utiliser la menace de quitter la discussion. Décidant de ridiculiser les six plus grandes puissances du globe, il fit savoir, la semaine dernière, que sa délégation ne saisissait pas les raisons de l’empressement des autres participants à conclure, et que, pour leur part, les Iraniens étaient disposés à poursuivre les entretiens aussi longtemps que nécessaire.

 

Zarif leur porta l’estocade dimanche 12 juillet dernier, lorsque, pendant que les employés de l’hôtel Cobourg dressaient déjà les nappes en vue de la cérémonie qui suivrait la signature de l’accord, il produisit l’exigence ultime de la levée des embargos sur les armes conventionnelles et les missiles balistiques. Il obtint évidemment satisfaction, faisant boire à Kerry et Obama le calice jusqu’à la lie, et ponctuant magistralement le cours de diplomatie que les représentants d’une minuscule dictature, suintant du sang par tous ses pores, pas même totalement extraite du sous-développement, avait, des années durant, infligé au reste du monde. Ou comment remporter l'ensemble de la mise sans avoir une seule paire dans son jeu.  

 

Sûr que l’Administration s’est fourvoyée dans son évaluation stratégique de la négociation – qui suis-je ? Qui est mon détracteur ? Quels sont mes arguments, quels sont les siens ? Qu’ai-je à perdre ? Qu’a-t-il à perdre ? Comment dois-je adopter ma tactique de négociation à ces constatations ? -, en traitant les représentants de la "République" Islamique d’Iran en égaux, comme s’il s’était agi d’ambassadeurs du Danemark, de l’Australie ou du Royaume-Uni, et en conduisant les discussions comme s’il s’était agi d’une négociation sur un accord concernant des échanges commerciaux.

 

L’équation n’est assurément pas celle présentée par Barack Obama – ce traité ou la guerre. Ce point de vue est pathétique tant il est éloigné de la réalité et des forces en présence. On aurait dû traiter les Iraniens pour ce qu’ils sont : des petits maîtres-chanteurs représentant la mafia des nations, ne possédant pas réellement les moyens de soutenir leur chantage.

 

C’est leur reddition – enrobée d’une enluminure diplomatique destinée à ne pas déshonorer le peuple iranien, et encore, à la condition que Khamenei se montre docile et réaliste – qu’il fallait négocier. Cela aurait fonctionné sans l’ombre d’un doute sensé. Nous le savons, Obama le savait mieux que nous encore, car, au cours des années de palabres, il s’était lui-même comporté de manière adéquate.

 

Cela s’est passé entre le 30 décembre 2013 et le 4 janvier 2014 : Khamenei refusait obstinément d’endosser le Plan d’Action Conjoint [l’accord temporaire], qui avait été envisagé à Genève durant les négociations de fin novembre 20131 ; le chef de l’exécutif U.S. avait alors contacté sans intermédiaire, en pleines réjouissances de la saint Sylvestre, les dirigeants de la junte théocratique à Téhéran, se contentant de leur donner 48 heures pour annoncer publiquement qu’ils acceptaient le Plan d’Action Conjoint dans son intégralité et sans amendements, faute de quoi, il donnerait son feu vert à Israël pour anéantir leur infrastructure nucléaire, ce, avec l’apport logistique de l’Armée américaine. Khamenei s’était exécuté avant même l’expiration de l’ultimatum.

 

Cela aurait dû paver la voie quant à la tactique à adopter durant les négociations visant à la finalisation du traité. Si l’Amérique avait réitéré la même menace, si Obama avait menacé Khamenei d’une opération militaire de Tsahal, de l’Army, des puissances occidentales, ou, idéalement, des 5+1 – mais n’importe laquelle de ces options était suffisante -, il aurait, et très rapidement, obtenu le démantèlement total de l’industrie nucléaire militaire iranienne et de son programme de missiles balistiques.

 

Parce que Téhéran ne dispose pas des moyens de s’opposer à une telle menace, et qu’une négociation à caractère stratégique, nous n’y pouvons rien, est toujours essentiellement basée sur un ultimatum.

 

On aurait alors procédé à une levée authentiquement graduelle et minutieusement contrôlée des sanctions, et obtenu un véritable examen de la bonne exécution par les ayatollahs de leurs engagements. On aurait, entre autres choses, exigé et obtenu le désengagement militaire de Téhéran au Moyen-Orient au côté du terrorisme, son lâchage de Bachar al Assad, ce qui aurait permis une solution négociée de la Guerre Civile en Syrie, et on aurait pu facilement endiguer la mainmise du Hezbollah au Liban, rendant ainsi au pays aux cèdres son indépendance et sa souveraineté. Bref, on aurait œuvré pour la paix et on aurait protégé les alliés de l’Occident dans la région pour des décennies.   

 

Et si le Président Obama ne se sentait pas d’engager de réelles négociations basées sur une menace militaire – ce qui reste incompréhensible pour les analystes -, il disposait, contrairement à ce qu’il prétend, d’une alternative simple : le maintien du statu quo. Une situation nettement préférable à celle qu’engendre le traité obtenu par John Kerry, qui possède les avantages sur la chose signée de maintenir en place toutes les options d’intervention, de permettre la mise en place de sanctions supplémentaires, de ne pas légaliser le programme nucléaire perse ni les positions stratégiques gagnées par la junte chiite au Moyen-Orient, de ne pas lui permettre de réintégrer le concert des nations fréquentables, de ne pas figer la population iranienne dans l’Inquisition islamique, et surtout, de ne pas la couvrir d’une quantité d’or qui conduit aux effets diamétralement opposés à ceux que je mentionne dans ce paragraphe.

 

Au vu de ce qui précède, les choix d’Obama, de même que le suivisme sans paroles affiché par les Européens, sont à la fois incompréhensibles et inacceptables.

 

Au bout de la doctrine Obama, tout au bout, ont ressurgi depuis mardi dernier les aspirations proprement délirante voire enfantines du président des Etats-Unis. A l’instar de son "espoir de construire sur la base de cette entente un dialogue avec l’Iran pour qu’il se comporte de manière différente et moins hostile dans la région" !

 

A cela, les ayatollahs ont répondu en organisant des manifestations dont les participants ont scandé "Mort à l’Amérique !" tout en brûlant le Stars and stripes. Khamenei, est intervenu à la télévision pour affirmer que le combat contre les Etats-Unis continuerait de plus belle (et avec bien plus de moyens).

 

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Un commentaire est-il réellement nécessaire ?

 

Le président a également avancé qu’après la signature du traité, la situation sera plus favorable pour travailler avec les Arabes, Israël et l’Union Européenne. Ces déclarations entraînent notre incrédulité : dans quelle mesure l’accord qu’ils condamnent rapprochera-t-il l’Administration Obama des Arabes et d’Israël ? Qu’est-ce qui empêchait Washington de travailler à sa guise avec ses partenaires avant la signature de mardi ?

 

Barack Obama, dans sa campagne de défense du traité avec l’Iran, ne cesse de répéter aux sceptiques que les USA et les 5+1 se sont assurés le recours au dispositif du snapback, soit le retour quasi instantané à la réimposition des sanctions, en cas de transgression, par les Iraniens, des clauses du contrat qu’ils ont signé.

 

Or cette procédure n’est pas applicable. D’abord, parce que les mollahs ne seront jamais pris en faute, car le régime de surveillance de l’exécution des engagements souscrits par les Iraniens dans le cadre de l’accord se situe à la limite du ridicule. On espérait que les inspecteurs de l’AIEA puissent se rendre à n’importe quel endroit du territoire perse, à n’importe quel moment, et sans être dérangés par personne, c’est ce à quoi l’administration U.S. s’était engagée ; mais on est très loin du compte. L’AIEA devra prévenir les Iraniens 24 jours avant qu’elle désire effectuer l’inspection d’un site non répertorié et décrire la raison de ses soupçons et la nature des substances liées au programme nucléaire qu’elle imagine découvrir sur place.

 

Binyamin Netanyahu a entièrement raison de comparer cela à une situation dans laquelle la police devrait donner à des trafiquants de drogue un préavis de vingt-quatre jours avant d’être autorisée à pratiquer une descente-surprise.

 

De plus, les inspecteurs de l’agence viennoise devront impérativement obtenir l’assentiment de Téhéran pour pouvoir intervenir, or le traité prévoit une procédure d’arbitrage pouvant durer des mois en cas de refus iranien. Il y a fort à parier que, dans ces conditions, si à l’issue de cet interminable chemin de croix, les Perses se voient contraints d’autoriser les spécialistes de l’AIEA à se rendre sur le site qu’ils suspectent, celui-ci aura entre-temps été transformé en village du Club Med. C’est encore sans parler des bases militaires, dont les visites ne sont pas codifiées par l’accord de mardi.

 

Sur ce point, l’Administration Obama se fait carrément l’avocate de Khamenei, l’un de ses hauts fonctionnaires expliquant que "les Etats-Unis d’Amérique n’autoriseraient personne à se rendre sur tous ses sites militaires, donc cette expectation n’est pas pertinente".

 

Certes, mais aux minuscules différences près que les USA sont une démocratie, qu’ils ne nient pas le génocide nazi, qu’ils ne pendent pas les homosexuels et les opposants aux grues, qu’ils n’ont jamais menacé personne d’anéantissement atomique, qu’ils ne financent pas le terrorisme international, et, finalement, qu’ils ne sont pas soupçonnés par la communauté internationale de développer secrètement la bombe atomique. Augmentée de ces nuances, la mise au point du fonctionnaire en question est totalement appropriée.    

 

Second inconvénient du snapback tel qu’il est envisagé par l’accord, il n’obligera pas les sociétés qui auront repris des activités commerciales avec l’Iran de les abandonner en cas de remise en vigueur des sanctions. Lors, au rythme où vont les choses - le ministre de l’économie allemand, M. Sigmar Gabriel, se trouve déjà à Téhéran pour y négocier des contrats, Fabius y est annoncé dans quelques jours -, dans un an, après avoir, de surcroît, empoché d’un coup les cent-soixante milliards de dollars retenus sur des comptes à l’étranger, un éventuel rétablissement des sanctions sera pratiquement sans aucun effet.


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Iran : L'Occident trahit Israël et se trahit lui-même (info # 011907/15) Version imprimable
Analyse
dimanche, 19 juillet 2015

 

Par Guy Millière

 

L'accord passé entre l'Iran, la Russie, la Chine et les puissances occidentales concernant le nucléaire iranien a été immédiatement perçu en Israël comme une trahison. A juste titre. C'est une trahison. Les propos hypocrites d'Obama n'y changeront rien, et sa façon d'ironiser sur les paroles, justes et légitimes, de Binyamin Netanyahou montrent que, par-delà l'hypocrisie, Obama est bel et bien un ennemi d'Israël.

 

Qu'Obama trahisse Israël n'a rien de surprenant : c'est chez lui une attitude constante depuis janvier 2009. Que les dirigeants européens, la France en tête, fassent de même n'a rien de surprenant non plus.

 

Aux Etats Unis, au moins, des propos critiques de la décision d'Obama se sont fait entendre. En Europe, en France en particulier, les propos critiques ont été inexistants, et je n'ai, je dois le dire, entendu personne s'en prendre à Laurent Fabius, qui a osé dire que l'accord était un "bon accord" et que la France avait fait preuve de fermeté.

 

En réalité, Obama, par Kerry interposé, a tout cédé, et Fabius n'a rien obtenu, sinon, peut-être, un point-virgule ici ou là.

 

Et un constat effroyable s'impose, les Etats Unis d'Obama laissent Israël seul ou presque face à un régime qui a pour obsession d'appeler à sa destruction génocidaire et à celle du peuple juif israélien. Les Etats Unis d'Obama font davantage que laisser Israël seul face à ce régime : ils offrent à ce régime l'opportunité de se doter de l'arme nucléaire et des missiles nécessaires pour frapper. Ils lui offrent, en outre, grâce à la levée de toutes les sanctions, des centaines de milliards de dollars pour monter en puissance et financer de multiples activités de déstabilisation et de terrorisme dans une région déjà en proie au chaos.

 

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Et pendant ce temps, à Téhéran

 

Un autre constat effroyable s'impose : les Européens, la France en tête, acceptent avec joie le fait qu'Israël soit laissé seul face au régime iranien, et que le régime en question puisse se doter de l'arme nucléaire et des missiles nécessaires pour frapper. Les Européens, France en tête, entérinent avec la même joie l'offre de centaines de milliards de dollars faite à l'Iran, et tout ce qui en résultera.

 

Dans un article sur ce sujet, Daniel Pipes se demandait voici peu si l'accord passé était le pire accord de tous les temps, et avait tendance à répondre par l'affirmative. D'autres analystes américains disaient qu'Obama était infiniment pire que Neville Chamberlain en 1938. Ils notaient que Chamberlain, au moins, aimait son pays, pensait gagner du temps, et agissait depuis une position de faiblesse. Et ils soulignaient, qu'à l'évidence, Obama n'aime pas son pays, ne veut en aucune façon gagner du temps, et n'est pas dans une position de faiblesse dès lors que les Etats Unis restent à ce jour la seule superpuissance mondiale.

 

Ils auraient pu rappeler que Chamberlain était accompagné, en 1938 à Munich, par le Français Daladier, et comparer Fabius à Daladier ; ils ne l'ont pas fait, car, hors de France, les dirigeants français actuels sont si insignifiants qu'il est inutile de les citer. Ils auraient pu rappeler, surtout, les mots que Winston Churchill a prononcés en 1938, après les accords de Munich : "Vous avez choisi le déshonneur pour ne pas avoir la guerre. Vous avez le déshonneur, et vous aurez la guerre".

 

Je cite, hélas, souvent cette phrase depuis janvier 2009. Jamais je n'ai pu la citer d'une façon à ce point appropriée. Les Etats Unis d'Obama ont choisi le déshonneur, et, même, bien pire que le déshonneur. Les Européens, la France en tête, ont fait le même choix que les Etats Unis d'Obama. Les Etats Unis d'Obama pensent avoir évité la guerre. Les Européens, la France en tête, pensent, comme des sots lâches et myopes, avoir fait avancer je ne sais quelle "paix".

 

Les Etats Unis d'Obama n'auront pas la guerre : ils l'ont déjà sous la forme du terrorisme islamique. La guerre contre les Etats Unis va s'accentuer. Les Européens, la France en tête, n'auront pas la guerre eux non plus, puisqu'ils l'ont déjà eux aussi. La guerre contre l'Europe va s'accentuer elle aussi.

 

Les Etats Unis d'Obama, comme les Européens, la France en tête, pensent qu'en lâchant Israël aux chiens, ils se sauveront eux-mêmes. Ils ne se sauveront pas. Ils semblent imaginer pouvoir s'allier à l'Iran pour combattre l'Etat Islamique, tout au moins c'est ce qu'ils disent : c'est aussi intelligent que prétendre utiliser la peste pour lutter contre le choléra. Ils sont touchés par le choléra et n'osent pas le combattre. Ils subiront bientôt les effets de la peste.


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Mauvais, naïf et surtout dangereux (info # 011407/15) Version imprimable
Analyse
mardi, 14 juillet 2015