Hapoël Kiryat Shmona, phénomène national ! (info # 012901/12) Version imprimable
Sport
dimanche, 29 janvier 2012

 

Par Ilan Tsadik

 

Habituellement, c’est à propos d’actes de guerre ou de problèmes économiques qu’Israël se rappelle de l’existence de la petite ville du Doigt de la Galilée. Kiryat Shmona détient en effet le titre peu envié de cité la plus bombardée de l’Etat hébreu, même si, depuis la Seconde Guerre du Liban, en 2006, elle a été relativement épargnée. Mais, ces derniers mois, c’est pour une raison autrement plus gaie que nos concitoyens évoquent le chef-lieu de notre région : pour son extraordinaire club de foot !

 

A huit journées du terme de la saison régulière, Hapoël Ironi Ituran Kiryat-Shmona (Le club Municipal de l’Ouvrier (la fédération ouvrière nationale) Ituran de Kiryat-Shmona [1]), occupe la première place du championnat national. Excusez du peu, l’équipe du grand chnord israélien possède dix points d’avance – avec un match en moins ! – sur le second, le Club Sportif d’Ashdod, et douze sur le troisième, l’ex-favori Hapoël Tel-Aviv.

 

Au cas où les blancs et bleus remporteraient leur partie de demain (lundi), à Tel-Aviv face au Maccabi, ils comptabiliseraient au minimum douze points d’avance sur le deuxième, du quasi-jamais vu à ce moment de la compétition.

 

Dans notre région, on s’autorise même à parler de l’éventualité de devenir champions, même si, lorsqu’on avance cette hypothèse, et bien que le titre soit à quatre-vingt pourcent déjà dans notre poche, on doit encore se pincer très fort pour y croire.

 

Certains, sous la pression psychologique, sombrent dans le délire, et parlent de la venue de formations comme le Barça ou Manchester-United dans notre stade de 5300 places, la saison prochaine en Ligue des Champions.

 

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L’entraîneur Ran Ben Shimon, l’esprit du Nord

 

Le plus cocasse est que les psys de la région ont cessé depuis novembre de traiter ces illuminés au Valium. Comment pourraient-ils faire autrement, puisque les joueurs du cru collectionnent les records ? Ainsi, ils n’ont pas perdu en championnat depuis onze rencontres, dont dix se sont terminées par une victoire.

 

Mardi dernier, ils ont, de plus, enlevé la Gvia Toto, la mouture israélienne de la Coupe de la Ligue. En finale, à Jérusalem, ils ont pris le meilleur sur Hapoël Tel-Aviv aux coups de pied au but, après avoir nettement dominé les débats lors du temps réglementaire, se faisant rejoindre à l’ultime seconde du temps additionnel (1-1).

 

Trois jours auparavant, à la maison, ils avaient étrillé Ramat Hasharon sur la marque de 4-0. Environ un habitant de la ville sur quatre assistait à la rencontre, ce qui en dit long quant à l’engouement que suscite le club dans la cité et dans la région. Surtout en tenant compte de ce que les habitants traditionnalistes en matière de religion sont nombreux dans cette agglomération, où la grosse majorité des gens est d’origine maghrébine, et que la partie se disputait un shabbat.

 

Mais dix buts encaissés seulement depuis le début du championnat, en 22 matches, une différence de buts de +22, voilà de quoi faire quitter leurs pénates aux plus pantouflards.

 

Hapoël Kiryat Shmona n’a évidemment jamais remporté la Ligat Ha-al, la Super-ligue, et n’a pas non plus gravé son nom sur la Coupe nationale. A moins d’un gigantesque passage à vide que rien ne laisse entrevoir, si ces garçons terminent la saison sur la plus haute marche du podium, ce serait la première fois qu’un petit club réussirait cet exploit depuis 1999. L’année du succès d’Hapoël Haïfa, qui, sur sa lancée, avait battu l’Ajax à Amsterdam en coupe européenne.

 

Mais depuis, le titre n’a plus échappé aux quatre grosses cylindrées de la ligue israélienne, Maccabi Haïfa, Hapoël Tel-Aviv, Maccabi Tel-Aviv et Beitar Jérusalem. Cette saison, cependant, Hapoël Tel-Aviv est pratiquement décroché dans la chasse au titre, les Maccabéens de Haïfa et Tel-Aviv se morfondent dans le ventre mou du classement, et Jérusalem, le seul club appartenant à la fédération Beitar, de la droite politique, se bat pour éviter la relégation.

 

Tous jouissent de budgets largement supérieurs au nôtre : 18 millions d’euros pour Maccabi Tel-Aviv, 13 pour Maccabi Haïfa, 10 pour Hapoël Tel-Aviv, 4 pour Beitar, contre trois et demi pour Kiryat-Shmona.

 

C’est beaucoup d’argent ? Certes, mais à l’échelle nationale, car ça n’est pas grand-chose, comparé aux 65 millions du budget annuel du PSG, ou encore, aux quelques 350 millions d’euros du Barça.

 

Dans ces conditions, comment expliquer le succès de l’Ironi Kiryat-Shmona ? Par une conjonction de circonstances. Par le rendez-vous improbable de personnes talentueuses et optimistes, que l’on retrouve à la base de toute réussite.

 

Et ne cherchez pas de vedette ou de vieille gloire parmi les joueurs, car vous seriez déçus. En revanche, vous rencontrerez ici un contingent de footeux homogène, à l’esprit altruiste. Avec quatre étrangers uniquement, dont vous n’avez jamais entendu les patronymes, trois Arabes israéliens, que vous ne parviendrez pas à distinguer du reste de l’équipe, et un Druze du Plateau du Golan.

 

A peine pourrait-on décerner un accessit au gardien de but aux parades assez phénoménales, Danny Amos, membre d’un kibboutz (village communautaire socialiste) de la vallée, ou à Salakh Khassarma, l’un des piliers du club, le boss de la défense au sang-froid imperturbable, qui, à près de 39 ans, dispute sa meilleure saison et bat les jeunets à la course.

 

On attribuera une mention "spéciale Ména" au latéral droit de 26 ans, Elad Gabaï, dont les déboulés sur son aile en renfort des attaquants nous plaisent carrément, et qui ne devrait pas tarder à rejoindre la sélection nationale.

 

La belle troupe ! Et dire que le club a dû laisser partir, l’été dernier, ses deux meilleurs attaquants, Elroy Cohen et Wyiam Amasha, qui font respectivement les beaux jours d’Hapoël Tel-Aviv et de Maccabi Haïfa.

 

A la baguette, le maestro Ran Ben Shimon, un ancien international, et l’âme vénérée de l’équipe ; la magic touch. Un type aux formes un peu arrondies, ultra-modeste mais sachant se faire respecter, et surtout gentil, hyper gentil, même. Toujours souriant, et qui sait ne pas oublier que le football n’est qu’un jeu, et qu’il existe, dans la vie, des tas de choses plus dramatiques que de shooter dans un ballon. Sans Ben Shimon, à n’en pas douter, Kiryat-Shmona serait une équipe de milieu de classement.

 

Sans oublier le patron, Izzy Shiratzky, un businessman ayant fait fortune dans le domaine de la high-tech, en développant mondialement un système unique de GPS permettant de retrouver les véhicules volés. Izzy a, en fait, adopté la région défavorisée de Kiryat Shmona, faisant beaucoup plus que de se limiter à soutenir son club de foot. Il a ainsi délocalisé sa société Ituran (dont le nom fait désormais partie de celui du club de foot) pour la réinstaller en Haute-Galilée, et soutient des sportifs d’élite, à l’image du tennisman David Sella, lui aussi originaire du coin.

 

Vous le trouverez à chaque match dans les gradins, entouré de quelques potes, et le reconnaîtrez à son seul signe extérieur de richesse, son Havane, qu’il déguste en regardant ses poulains martyriser les défenses adverses. A la mi-temps, il y a toujours quelqu’un de son entourage pour partager un thermos de thé et des biscuits avec les occupants des deux rangées les plus proches. A l’issue de la rencontre, il descend dans les vestiaires, embrasser un joueur méritant ou lui administrer une tape amicale sur l’épaule.

 

Mais jamais vous ne verrez Shiratzky se mêler des décisions du coach, car les autres clés de la réussite de Kiryat-Shmona, sont le respect des tâches, la discrétion – la complicité entre Izzy et Ben Shimon est impressionnante – et le fair-play.

 

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Iran : l’Occident prend la main (info # 012501/12) Version imprimable
Analyse
mercredi, 25 janvier 2012

 

Par Stéphane Juffa

 

L’Union Européenne a donc décidé avant-hier la mise en application de son embargo sur l’achat de brut iranien, et les Etats-Unis ont envoyé le porte-avions Abraham Lincoln dans le Golfe arabo-persique, et la République Islamique n’a pas exécuté sa menace de fermer le détroit d’Hormuz.

 

Au contraire, le numéro deux des Pasdaran, Hossein Salami, s’est fendu d’une déclaration qui peut paraître surprenante, annonçant que l’envoi d’un nouveau navire de guerre américain dans le Golfe "ne constituait pas un élément inédit, et qu’il ne fallait pas interpréter cette manœuvre comme le signe d’une présence permanente". Il a qualifié le passage du détroit par le porte-avions d’ "activité de routine".

 

On se situe en pleine contradiction avec les proclamations précédentes du chef de l’Armée iranienne, l’ayatollah Salehi, qui brandissait des menaces de confrontation, après le retrait d’un autre porte-avions, l’USS Stennis, recommandant au Pentagone de ne pas envoyer d’autre unité de ce type dans le Golfe, et précisant qu’ "il n’est pas dans nos habitudes de lancer un avertissement plus d’une seule fois".

 

Un autre ayatollah, proche de Khamenei, avait promis, pour sa part, que son pays réagirait à la décision de l’UE d’instaurer son embargo par la fermeture de la voie d’eau stratégique.

 

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L’USS Abraham Lincoln a franchi le détroit d’Hormuz sans rencontrer la moindre opposition

 

Certes, après la publication de la décision européenne, deux responsables perses, dont l’ancien ministre du Renseignement, Ali Fallahian, ont renouvelé leurs paroles d’intimidation, mais, et il est impossible de s’y méprendre, la théocratie chiite met de l’eau dans son thé.

 

Ces derniers événements démontrent, ce que nous savions déjà, à savoir que la junte islamiste au pouvoir à Téhéran n’entretient pas de projet suicidaire. Ses membres connaissent mieux que quiconque la réalité des rapports de force, à la fois économiques et militaires, et ils s’abstiennent de tout acte téméraire.

 

C’est encourageant pour la suite, et les contradictions s’entrechoquant, en public, au sommet de la théocratie, font apparaître la fragilité de ce régime, ainsi que le doute et les difficultés dans lesquels il s’est lui-même enferré avec la poursuite de son programme nucléaire.

 

D’autre part, les experts de Métula sont persuadés que, contrairement à ce qu’ils avaient claironné, les ayatollahs n’ont toujours pas enclenché la production industrielle d’uranium supérieurement enrichi dans l’usine enterrée de Fodow. Ils ont, au contraire, laissé entendre qu’ils accepteraient la visite sur les lieux des inspecteurs de l’Agence Internationale pour l’Energie Nucléaire, ce qui aurait pour effet de persuader les Occidentaux et Israël de ne pas entreprendre d’opération militaire intempestive.

 

Reste que, plus clairement que jamais auparavant, les Européens ont signifié aux dictateurs persans qu’ils étaient capables et décidés à activer des sanctions dissuasives pour convaincre les mollahs d’abandonner leur idée de se doter de la bombe atomique.

 

Avec la décision tombée avant-hier, l’UE établit fermement, que même si des sanctions, tel l‘embargo sur le brut, sont de nature à lui causer des soucis, les efforts destinés à empêcher Téhéran de se doter de l’arme suprême revêtent une importance plus élevée, justifiant que l’on se serre la ceinture pour y parvenir.

 

Les Etats qui tirent le plus la langue sont ceux déjà en butte à de grosses difficultés économiques, je pense à l’Italie, à l’Espagne, dont 12% de la consommation de pétrole est d’origine iranienne, et, principalement, à la Grèce (30%). Sur la base de l’accord passé avant-hier, ces pays auront le droit d’exploiter leurs contrats existants avec l’Iran jusqu’au mois de juillet ; de plus, les autres membres de l’UE se sont engagés à leur prêter main forte afin, notamment, de fournir des garanties financières à des producteurs qui pourraient en réclamer pour remplacer les Perses. A compter de juillet prochain, l’Europe ne devrait plus importer de pétrole perse.

 

Les sanctions décidées avant-hier par l’Union englobent des domaines supplémentaires, comprenant le gel des avoirs de la banque centrale iranienne, et l’interdiction de mener des transactions avec icelle. Toujours dans l’intention d’assécher les sources de financement du programme nucléaire, il est désormais prohibé de vendre de l’or ou des métaux précieux aux Perses, qui pourraient s’en servir en remplacement des devises qui leur font de plus en plus défaut.

 

Les sanctions comprennent également l’interdiction, admise par les Européens, d’investir ou de livrer des équipements utiles aux activités pétrochimiques de la théocratie.

 

Washington s’est félicité de la décision prise par les représentants du Vieux Continent. Les USA, désireux d’accentuer la pression, ont décrété un nouveau train de sanctions, économiques et financières, visant, elles aussi, à tarir les filières alimentant Téhéran en devises. 

 

De plus, les Occidentaux vont décupler leurs efforts auprès des clients asiatiques du brut perse, à l’instar de la Chine et de l’Inde, pour qu’ils réduisent, ils aussi, leurs achats auprès des ayatollahs.

 

Nous nous trouvons soudain, au cours de cette crise de la bombe chiite, dans une phase relativement favorable aux Occidentaux. Ces derniers ont clairement repris la main ; tant que deux dynamiques prévalent, le temps travaille pour eux, et non plus pour les théocrates persans. Il s’agit de la non mise en activité des installations souterraines d’enrichissement, conjuguée à l’efficacité croissante des sanctions.

 

Tant que cette conjonction existe, Khamenei et sa clique perdent en puissance et se voient poussés vers la table de négociations. C’est précisément là qu’entendent les conduire les Américains et les Européens, qui sont accompagnés dans cette tentative, et c’est remarquable, par les Chinois et les Russes, au sein du groupe connu sous l’appellation P5+1, qui inclut, outre les deux Etats cités, la Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne et les Etats-Unis.

 

Les choses sont désormais énoncées sans fausses notes et à l’unisson. Catherine Ashton décrit l’objectif poursuivi par les sanctions, comme celui "de faire prendre au sérieux par l’Iran notre requête de s’asseoir à la table des négociations pour s’entretenir de son programme nucléaire".

 

Ce à quoi fait écho Jay Carney, un porte-parole de la Maison Blanche, en exigeant des Perses qu’ils répondent officiellement à l’invitation à négocier que leur a envoyée le P5+1 en octobre dernier.

 

Le Président Obama, de préciser ses intentions, affirmant que les USA "continueraient à imposer de nouvelles sanctions pour augmenter la pression sur l’Iran".

 

Sûr, les Iraniens ne demeureront coincés dans cette position inconfortable que tant que les activités diplomatiques seront doublées d’une menace militaire constante et crédible. A cet effet, une force de dissuasion internationale se concentre, chaque jour davantage, dans la région du Golfe et dans ses abords. Et en Israël, on vient d’effectuer avec succès le premier test du Khetz-3 (Arrow, Flèche), le missile antimissiles balistiques, troisième génération. Une fusée qui, lorsqu’elle sera au point, devancera les lanceurs au service des Perses d’au moins cinq ans.                                                 

 

D’autre part, les Américains et les Européens instrumentent clairement Israël, la faisant passer pour le chien fou de la coalition. C’est ce qui permet, par exemple, à Nicolas Sarkozy d’en rajouter une couche, vendredi dernier, lorsqu’il explique que "le temps restant avant une intervention militaire en Iran était en train de s’épuiser". Les Américains pianotent sur le même registre, quand ils prétendent qu’Israël est un Etat indépendant, et qu’ils font miroiter de soi-disant difficultés pour l’empêcher d’agir seul.

 

C’est en grande partie exagéré. A Jérusalem, on souhaite, avec les autres alliés, et pas moins qu’eux, que les Mollahs abandonnent leur aventure nucléaire sans avoir à recourir à la force. Tant que les Iraniens ne lancent pas leur programme d’enrichissement de l’uranium à 20 pourcent dans des sites protégés contre les frappes aériennes, les Hébreux conservent tout leur calme et ne surprendront personne.

 

Et c’est d’entente avec les Etasuniens qu’ils ont renoncé à conduire, pour l’heure, le plus grand exercice conjoint jamais envisagé sur le sol israélien. Un exercice figurant un conflit de missiles, intitulé "Défi austère", qui avait pour autre particularité de mobiliser des milliers de soldats Yankees et Hébreux et tout leur matériel. Dans les faits, "Défi austère" s’apparentait plus à une déclaration de guerre informelle à l’Iran qu’à des manœuvres, et il était difficile de s’en convaincre autrement. Tout était en place, et il aurait suffi d’appuyer sur quelques boutons pour déclencher l’enfer sur les infrastructures militaro-nucléaires de la "République" Islamique, et sur les retraites de ses dirigeants.

 

Ceci posé, les deux alliés ont fait savoir que le report de cet exercice poursuivait un but d’apaisement, qu’il était simplement retardé, et qu’il pourrait être reconvoqué très rapidement. Au cas où ils n’entendent pas renoncer à l’atome autour de la table de négociations, Khamenei et Ahmadinejad n’ont aucune raison de se montrer satisfaits.

 

D’autant plus, qu’au milieu de la semaine dernière, le général Martin Dempsey, le commandant en chef de toutes les armées US, est venu à Jérusalem s’entretenir avec le ministre de la Défense Ehud Barak, le chef d’état-major Benny Gantz, ainsi qu’avec des chefs militaires hébreux et des experts du renseignement.

 

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Touba : ce sont des islamistes qui ont brûlé la mosquée (info # 012401/12) Version imprimable
Exclusivité
mardi, 24 janvier 2012

 

Par Sandra Ores

 

Le 3 octobre dernier, une dépêche de l’AFP, publiée entre autres par L’Express, et reprise par de nombreux media français, rapportait l’incendie criminel d’une mosquée dans un village bédouin du nord d’Israël, Touba-Zangariyya. L’Express l’attribuait, sans nuances, ni réserve ou doute exprimé, à des « colons » israéliens.

 

Des criminels qui laissaient derrière eux, sur un mur du lieu de culte carbonisé, les inscriptions « price tag », le prix à payer. Des mots qui avaient été employés par des extrémistes des implantations juives, ayant tagué des graffitis sur une mosquée du village arabe de Cisjordanie de Yatma, deux mois plus tôt.

 

Les premiers soupçons de la police israélienne se portèrent sur des extrémistes au profil identique, sans toutefois parvenir à identifier les coupables.

 

La Ména avait réagi immédiatement, dès l’annonce de l’incendie, dans une dépêche datée du 3 octobre (Incendie de la mosquée en Haute Galilée : crapuleux !), écrivant qu’il était infiniment peu probable que cet événement soit la résultante d’un acte politique commis par des Juifs des implantations.

 

Les analystes de l’agence, comme nombre d’habitants de la vallée du Jourdain supérieur, connaissaient en effet suffisamment leur région, ainsi que les particularités du village concerné, pour émettre cette mise en garde.

 

 

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Bassem Souad, un témoin honnête et très courageux

Photo Sandra Ores © Metula News Agency

 

Touba-Zangariyya est un village situé à mille lieues du conflit israélo-arabe. Les problèmes récurrents de cette localité ont trait au larcinage, par ses habitants, des troupeaux de bétail de leurs voisins, du vol de métaux, ainsi qu’aux règlements de comptes perpétuels entre les différents clans qui la constituent. Mais cette population ne s’intéresse pas au différend nationaliste entre Juifs et Arabes.

 

La police n’y pénètre d’ailleurs qu’à grands renforts d’hommes, tant les forces de l’ordre ne sont pas les bienvenues à Touba-Zangariyya, où les villageois ont la gâchette facile. Hormis ces inconvénients, les bédouins sont plutôt des nationalistes israéliens, qui, lors de la guerre d’indépendance, en 1948, s’étaient battus dans les rangs du Palmach, l’élite de la Haganah, afin de défendre les villages de Haute Galilée contre l’agression syrienne.

 

La Ména fut la seule entité à affirmer que l’incendie avait été, plus que probablement, allumé par des délinquants du village. Ce, tandis que la presse nationale et internationale accusait les « colons », sur la base de seules rumeurs, sans prendre le soin d’enquêter sur l’incident et, comme souvent dans de pareils cas, sans la moindre preuve.

 

La police, qui avait rapidement relâché les suspects qu’elle avait appréhendés, n’avait pas réussi à identifier les auteurs du crime ; mais, pour l’AFP et l’entièreté de la presse française, l’affaire était classée, les coupables étaient des Juifs.

 

L’Humanité, lorsqu’il s’agit de commenter l’actualité moyenne-orientale, est restée scotchée aux vieux principes de l’antisémitisme stalinien. L’organe du Parti Communiste titrera ainsi, sans états d’âme, « Une mosquée incendiée par des colons israéliens ». Vingt-cinq années après la perestroïka, c’est plus qu’étonnant, c’est inquiétant.

 

Des journalistes éthiques auraient pris la peine de procéder à une enquête avant de répandre des propos aussi péremptoires. Le cas précis l’illustre, quand il s’agit de stigmatiser Israël et les Juifs, les journalistes francophones, plus que d’autres, font l’impasse sur notre déontologie (obligation de vérité, de rigueur, d’exactitude, d’intégrité, etc.).

 

Chaque opportunité est exploitée afin d’exprimer de la haine contre Israël et les Juifs, voire de l’inciter. On ne met plus de gants pour déverser ce type de racisme et d’antisémitisme ; c’est inutile, puisqu’à l’exception du gouvernement israélien, des instances et des sites communautaires israélites et de la Ména, personne ne relèvera l’infraction.

 

On a même dépassé cet état dans la légitimation de l’arbitraire à l’encontre de l’Etat hébreu et de ses sympathisants, dans l’affaire d’ « Un Œil sur la Planète ». A cette occasion, les réalisateurs de ce reportage, les responsables de France Télévisions, la presse française ainsi que tous les syndicats de journalistes, avaient jugé nécessaire de fustiger, de surplus, ceux qui avaient critiqué le parti pris anti-israélien outrancier de l’émission.

 

Paris MATCH, qui n’est pas l’organe du Parti Communiste, mais qui s’inscrit lui aussi dans cette mouvance condamnable, écrira quant à lui : « L’événement révèle aussi la montée de l’extrémisme israélien ». Répandre de telles conclusions sur la base d’une information non vérifiée, procède non seulement d’une démarche indigne de professionnels, mais, de plus, elle met en danger la paix civile, en France, en général, et les membres de la communauté israélite, en particulier.

 

Il n’est pas nécessaire d’être un expert dans le domaine de la sécurité pour saisir que les musulmans de France ont pu, fort naturellement, se sentir blessés par la mise à sac d’un lieu de culte de leur religion par des Juifs, et que le risque objectif existait, de voir des éléments extrémistes minoritaires de cette communauté surréagir.

 

Les media des pays arabo-musulmans, de même que des sites musulmans de France, ne se sont naturellement pas privés d’accuser les Israéliens et de déverser des flots de haine à leur encontre. Difficile, cependant, de leur jeter la première pierre, alors que les media généralistes leur avaient montré la voie.

 

Sur Iran Radio Francophone, on pouvait ainsi lire « Palestine occupée : une autre mosquée incendiée par Israël » ; sur le site francophone Trouvetamosquée.fr : « Mosquée incendiée par les colons juifs – la haine des Palestiniens devient débordante ».

 

L’AFP et ses perroquets borgnes portent, à n’en point douter, une lourde part de responsabilité dans ces réactions, qui s’ajoute à celle générée par la diffusion, au fil des ans, d’autres informations fallacieuses contre Israël, ainsi que par l’emploi systématique d’expressions inappropriées et de descriptions bidouillées, allant jusqu’à la dénaturation des principes de la langue française.

 

Les media français et arabes ne sont toutefois pas les seuls à s’être fourvoyés quant à l’identité des coupables de l’incendie de cette mosquée. Ainsi, une grande partie des media israéliens, qui, sans imputer la faute à des extrémistes juifs, pencheront d’avantage vers cette hypothèse plutôt que vers une affaire interne au village de Touba-Zangariyya.

 

La police israélienne, quant à elle, avait, on l’a déjà signalé, préalablement orienté ses recherches en directions des milieux juifs extrémistes de Cisjordanie. Après avoir effectué les vérifications nécessaires, elle avait toutefois rapidement remis en liberté un jeune étudiant d’une école talmudique, qui n’avait rien à voir avec le crime.

 

Même les plus hauts représentants de l’Etat s’étaient précipités pour émettre des excuses, exprimées en direction de la communauté arabe israélienne. Le Président Shimon Pérès s’était ainsi déplacé à Touba-Zangariyya, soucieux de ne pas laisser la situation s’envenimer entre les diverses communautés d’Israël, en compagnie des deux grands rabbins de l’Etat hébreu. Le Président et Prix Nobel de la Paix avait déclaré en cette occasion : « Je me sens tout honteux devant ce geste exécrable ».

 

Exprimer des excuses, avant que les responsabilités ne soient attribuées, relevait pourtant d’une légèreté contestable de la part des institutionnels.

 

La faute aussi au Shinbet – le contre-espionnage –, qui n’est pas parvenu à identifier rapidement les auteurs de l’incendie. Le Shinbet s’est d’ailleurs fait épingler pour sa carence, dans un article d’Haaretz, quelques jours après l’événement. Le journaliste d’Haaretz pensait y voir de la répugnance, de la part de ce service, à poursuivre des terroristes juifs.

 

Cependant, et c’est une bonne leçon pour tous ceux qui ont manqué de réserve ou de prudence, la vérité finit toujours par éclater ; et les menteurs, que ce soit au terme de quelques jours, de quelques mois ou de plusieurs années, finissent toujours par être dévoilés.

 

A la Ména, nous pressentions très fortement une nouvelle embrouille, nous disant que tout le monde faisait fausse route. Mais une intuition n’est pas une certitude pour un journaliste, et ne remplace assurément pas la nécessité de conduire une enquête en profondeur. C’est que nous fîmes. C’est dans ce cadre-là que je me rendis à Touba-Zangariyya afin d’y rencontrer un important chef de clan (Visite à Dalton City, Galilée). A la rédaction, nous ne cessâmes de suivre l’évolution des événements.

 

Et, comme à l’accoutumée, quelques mois après le crime, les langues commencèrent à se délier. Jusqu’à ce qu’un habitant de Touba-Zangariyya, Bassem Souad, un musulman sunnite, ne dévoile des éléments incontournables sur l’identité des criminels.

 

L’homme, au regard clair, à la carrure très imposante, ne mit que quelques minutes avant de m’accorder l’interview que je venais de solliciter. Quelques heures plus tard, il me fit la démonstration de ce qu’il était impossible que cet incendie ait été commis par des Juifs. Inversement, Souad me démontra que cet acte de pyromanie était le fait de gens de son village.

 

« C’est la mosquée de Zangariyya qui a été incendiée » (Touba-Zangariyya est le résultat de l’unification des deux villages Touba et Zangariyya), m’explique mon interlocuteur.

 

« Des individus venus de l’extérieur auraient bouté le feu à la mosquée de Touba, à l’entrée unique des deux villages. Car pour rejoindre celle de Zangariyya, il faut emprunter une longue route qui passe d’abord par Touba, puis, surtout, traverser l’intégralité du village. Des pyromanes juifs, incendiant une mosquée dans ces conditions, avec la tension permanente prévalant dans le village, et les dizaines de fusils mitrailleurs et de grenades qui s’y trouvent, n’avaient pratiquement aucune chance d’en ressortir vivants.

 

D’autre part, concernant l’impact médiatique que recherchaient les auteurs de ce méfait, il n’existait aucune différence entre détruire la mosquée de Zangariyya, ou celle de Touba, située à quelques pas uniquement de la sortie du village. Personne de sensé n’aurait pris un risque aussi inutile ! », poursuit notre homme.

 

« Pour le surplus », précise Bassem Souad, « les inscriptions dessinées sur les ruines de la mosquée l’ont été à l’aide d’un morceau de charbon. C’est un moyen communément utilisé par les Arabes, à la différence des Juifs, qui, lors de tous les price tag de Cisjordanie, ont eu recours à des sprays.

 

Ce crime », conclut l’homme de 43 ans, « a été perpétré pour des raisons politiques. Il est l’apanage d’une petite faction islamiste de Touba, récemment constituée, dont l’objectif consiste à provoquer des troubles entre les Juifs et les Arabes. Tout le monde, dans le village, sait pertinemment de quel groupe il s’agit, mais personne n’informera la police, car la délation, dans notre tradition, participe d’un crime encore plus grave que celui qui a été commis. Reste que ce groupuscule a tenté, maladroitement, d’imiter la manière d’agir des extrémistes juifs afin de les faire accuser de cet acte ».

 

En avançant de tels propos, Bassem Souad sait qu’il risque sa vie. Mais cela n’empêche pas les hommes de sa trempe de faire ce qu’ils considèrent juste et nécessaire. Il faut préciser que, comme d’autres bédouins, Souad est lieutenant-colonel de réserve dans l’armée israélienne, qu’il a passé plus de douze ans au Liban à ce titre, la plupart de ceux-ci à la tête de commandos spéciaux.

 

Reste que le risque est bien tangible. Ainsi, quelques heures après la diffusion d’une interview sur la deuxième chaine de télévision israélienne, malgré les mesures de sécurité déployées autour de son domicile, des hommes ont tiré sur sa maison et ses occupants à balles réelles. Ils n’ont manqué la tête de sa fille de 16 ans que de quelques centimètres.

 

Son fils de 17 ans, qui s’apprête lui aussi à rejoindre les rangs de Tsahal dans un mois, a failli être assassiné. Un homme cagoulé, probablement l’un de ces islamistes, s’est jeté sur le jeune homme dans l’intention de le poignarder. Fort heureusement, des villageois qui se trouvaient à proximité sont parvenus à repousser l’assassin en puissance.

 

A Touba-Zangariyya, on ne règle pas ses différends devant la justice, mais à coups de poignards, de fusils mitrailleurs, de grenades et de bombes incendiaires. Ce sont là quatre bonnes raisons qui poussent les habitants des lieux à garder le silence, même si, en privé, ils se déclarent révulsés par le crime des islamistes.

 

Des islamistes, qui risquent eux aussi de faire prochainement les frais de ces lois de western, même si rien, dans les propos de Souad, n’évoque cette éventualité.

 

Le colonel conservera tout au long de l’interview un regard dur mais aussi honnête et souriant. Il dit préférer que la vérité soit révélée devant les tribunaux, et renseigne les inspecteurs dans leur enquête, qui progresse.

 

Souad appartient lui aussi à un clan respecté du village ; il est lui-même le fils d’une tribu de douze enfants.

 

Sa famille, son épouse en particulier, ne cache pas ses craintes pour elle et leurs six enfants. Elle exprime, sans regret, son souhait de quitter le village, une éventualité qu’écarte encore Bassem, confortablement installé dans sa maison de trois étages, s’avouant fortement attaché à son village d’origine, et entretenant d’excellentes relations avec la plupart des habitants. A en croire Souad, Touba-Zangariyya serait un authentique paradis, sans les criminels et les délinquants qui y sévissent.

 

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C’est de l’incitation à la haine (info # 012201/12) Version imprimable
Réinformation
dimanche, 22 janvier 2012

 

Par Guy Millière

 

Quelques titres pris au hasard dans la presse française de la semaine. « Des députés français dénoncent "un nouvel apartheid" dans la gestion de l'eau en Israël ». Il s’agit de dénoncer le fait, dit l’article, qu’en « Cisjordanie occupée, la priorité est donnée aux colons en cas de sécheresse, en infraction au droit international ».

 

Dans le corps de l’article, rédigé sur la base d’une dépêche de l’AFP, on lit que le porte-parole du gouvernement israélien, Yigal Palmor, fait preuve de son indignation devant une version des faits totalement falsificatrice. Pour autant, le mal est fait : Israël, en gros titre, est décrit comme un pays pratiquant l’apartheid, volant l’eau des « Palestiniens », et violant le « droit international ».

 

L’utilisation, hélas habituelle, du mot « colon » n’arrange rien : Israël colonise. La réaction d’Yigal Palmor a, dès lors, peu de poids. Le titre cité vient du journal Le Monde, dans la rédaction duquel travaille un certain Laurent Zecchini [1], auteur de deux articles, parus la veille et le lendemain de  l’article sur l’apartheid que je viens de citer.

 

L’un dit : « Les Européens estiment qu'Israël menace le projet de création d'un Etat palestinien », l’autre, « La politique d'Israël à Jérusalem inquiète les Européens ». Dans le premier, il est question de « l'intensification de la colonisation juive en Cisjordanie et à Jérusalem-Est », dans l’autre, de « La colonisation à Jérusalem-Est », qui « sape les chances de paix » [2].

 

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Toujours biaisé, raciste et antisémite

 

Un autre exemple. Dans le Nouvel Observateur, cette fois : « Deux Palestiniens tués par Israël à Gaza » [dépêche de Reuters, du 18 courant] : lu ainsi, le titre laisse penser que l’armée israélienne tire sur des civils innocents, et qu’Israël se conduit de façon criminelle à l’encontre des habitants de Gaza. Il faut lire le corps de l’article pour s’apercevoir que c’est plus compliqué, qu’il y a eu une action d’agression contre des soldats israéliens, et que ces soldats n’ont fait que riposter.

 

Je pourrais aisément allonger la liste. Dire que certains journaux font pire que les autres, et c’est le cas : Le Monde est le pire du pire. Je pourrais accorder une « mention honorable » à certains titres, tels Valeurs actuelles. Il n’empêche…

 

La globalité des articles publiés en France sur Israël est, au mieux, porteuse d’une neutralité froide et distante, comme si Israël n’était pas un pays fréquentable, au pire, imprégnée d’une haine viscérale, tant les mots employés sont outranciers, tant les données fournies sont biaisées, et peuvent apparaître comme relevant d’une véritable incitation à la haine.

 

Cette incitation à la haine est devenue si coutumière, que nombre de lecteurs de la presse française ne la remarquent plus. Elle devient pour eux aussi naturelle que l’air qu’ils respirent. Ainsi naît et se développe le danger que j’ai pointé du doigt, déjà, dans mon livre « Comme si se préparait une seconde Shoah ».

 

Une incitation quotidienne à la haine crée une accoutumance. L’accoutumance fait qu’on finit par trouver la haine légitime. Et c’est ainsi que, lorsque des Israéliens se font tuer, fut-ce de manière absolument barbare, leur mort est aisément traitée comme un fait mineur et sans grande importance, comme s’il s’agissait simplement de criminels éliminés par leurs victimes.

 

Il se dit souvent que le gouvernement israélien possède une part de responsabilité dans cet état des choses, et ne se donne pas assez les moyens de contrer la désinformation et la malveillance. Le gouvernement israélien pourrait, peut-être, faire mieux. Mais je ne suis pas certain que cela déboucherait sur un changement fondamental.

 

On voit là, je pense, une forme de complexe postcolonial, qui imprègne toutes les sociétés européennes, et qui est particulièrement marqué à gauche. Les pays occidentaux ont colonisé le monde arabe. La colonisation a été une abomination. Les Occidentaux sont coupables, doivent expier et se faire très humbles.

 

Le monde arabe, les schattneriens français, et les dirigeants palestiniens étant parvenus à ancrer dans les esprits occidentaux qu’Israël est un vestige de l’ère coloniale et une implantation occidentale en terres arabes et musulmanes, les journalistes occidentaux, surtout s’ils sont de gauche, deviennent, par une forme de réflexe immédiat, anti-israéliens, et font immédiatement peser sur Israël tous les péchés réels ou imaginaires de l’ensemble de la colonisation occidentale dans l’ensemble du monde.

 

On voit, là aussi, une manifestation de la détestation de soi qui est venue imprégner les sociétés occidentales ces dernières décennies ; détestation de soi qui englobe le complexe postcolonial, mais se révèle bien plus vaste : ce qui est occidental est suspect et potentiellement négatif, et ce qui est non-occidental est exempt de suspicion et potentiellement positif.

 

Israël est considéré comme une société occidentale, et les Palestiniens, étant non-occidentaux, ont forcément raison. Leurs griefs sont d’emblée considérés comme légitimes. Leur narration de l’histoire, aussi malhonnête et mensongère soit-elle, est recevable puisqu’ils expriment des griefs au détriment d’une société occidentale.

 

On croit discerner, dans le cadre de cette détestation de soi, un aspect particulièrement détestable en Israël : c’est un Etat-nation, à l’heure où, en Europe, on cherche à abolir les Etats-nation et où le nationalisme est presque considéré comme le mal absolu. Donc Israël est la survivance d’une ère à reléguer dans le révolu, un pays à abolir, et, pour partie, une incarnation du mal absolu.

 

On ne peut ignorer que vient s’insinuer dans tout cela un vieux fond d’antisémitisme européen : le fait que, pour les Européens, accuser des Juifs de tous les crimes possibles permet plus aisément aux Européens de se débarrasser de tout vestige de mauvaise conscience concernant le génocide antijuif, commis voici sept décennies sur le sol européen.

 

En tout cas, l’incitation à la haine est là, omniprésente. L’accoutumance s’installe. Dans un pays comme la France, où l’incitation à la haine est censée être réprimée et fustigée, le fait est qu’elle se pratique sans problème dès lors que la haine est anti-israélienne.


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Des avions israéliens basés à Chypre ? (info # 011901/12) Version imprimable
Analyse
jeudi, 19 janvier 2012

 

Par Jean Tsadik

 

Le 16 février prochain, le 1er ministre israélien, M. Benyamin Netanyahu, se rendra en visite officielle dans la République de Chypre, à l’invitation du Président Dimîtris Khristòfias. Ce sera la première visite d’un premier ministre israélien sur l’île d’Aphrodite ; elle fait suite à celle du Président Pérès, à l’automne dernier, venu y parapher des accords de coopération dans les domaines de l’énergie, de la recherche et du développement industriel, des télécommunications, ainsi que de l’archéologie.

 

S’ensuivit, le 9 janvier dernier, la venue importante à Jérusalem du ministre cypriote de la Défense, M. Demetris Eliades, qui signa deux traités avec Ehud Barak, dans les domaines de la défense et de l’échange d’informations sensibles.

 

Jusqu’à présent, l’Etat hébreu gardait ses distances avec le pays de l’UE le plus proche de ses frontières afin de ne pas indisposer les Turcs, qui entretiennent un différend ouvert avec Nicosie depuis de très nombreuses années.

 

Deux facteurs ont principalement contribué au rapprochement entre les deux Etats : la rupture de l’alliance stratégique Ankara-Jérusalem, voulue par le 1er ministre islamiste Tayyip Erdogan, d’une part, et la découverte d’importants gisements sous-marins de gaz naturel, dans la portion de Méditerranée située entre Chypre et l’Etat hébreu, de l’autre.

 

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La plateforme gazière israélienne "Tamar", en Méditerranée orientale

 

Ces réserves, donnant lieu à d’importants forages, sont situées dans les Zones d’Exclusivité Economique, ZEE [1], appartenant aux deux Etats, et qu’ils explorent en étroite collaboration, scientifique, technique et sécuritaire. 

 

Selon les estimations fiables, leur exploitation va rapporter annuellement des dizaines de milliards de dollars aux deux économies, des sommes à même de les modifier en profondeur. Personne, d’ailleurs, n’en fait mystère, à l’image de Demetris Eliades, qui a déclaré, lors de son récent séjour parmi nous, que "l’existence de gaz dans les ZEE des deux pays ouvre un nouveau chapitre dans les relations entre Chypre et Israël".

 

Un point de vue largement partagé par Ehud Barak, qui lui a ajouté une dimension stratégique, annonçant une "coopération pour la paix dans une région plus étendue", le ministre de la Défense précisant que "2012 serait une année historique au niveau des décisions stratégiques".

 

A ce propos, des confrères cypriotes, d’habitude très bien renseignés, nous ont informés que la visite de Netanyahu aurait pour objectif pratique de finaliser un nouvel accord secret, aux conséquences capitales, au sujet de la protection des sites de forages en mer, ainsi que du stationnement permanent d’avions de guerre frappés de l’étoile de David dans des aéroports cypriotes.

 

Un autre accord, économique celui-ci, prévoirait la coopération de Chypre pour la livraison, à des clients européens, du gaz israélien pompé en Méditerranée. Même ce volet de la coopération Nicosie-Jérusalem a le don d’irriter Erdogan au plus haut point, en ce qu’il contournera le pipeline Nabucco, sensé relier l’Azerbaïdjan et d’autres puits de la même région, au Vieux continent, en traversant la Turquie.

 

Officiellement, Ankara soutient le programme Nabucco, mais, dans les faits, elle traîne les pieds, faisant le jeu du géant russe Gazprom, bien décidé à conserver et à amplifier sa mainmise sur la vente de gaz naturel à l’Europe par pipeline. Le projet Nabucco comptabilise ainsi déjà plusieurs années de retard, et sa réalisation même est remise en question.

 

Quant au projet d’installer des appareils israéliens sur l’île, il viendrait contrecarrer les nombreuses menaces brandies par Erdogan contre Chypre, Israël, et même la Grèce, partie prenante par proxys des tous les traités entre Jérusalem et Nicosie. Les Turcs contestent, en particulier, la délimitation de la ZEE de la République cypriote ; à plusieurs reprises, des navires de guerre ainsi que des chasseurs-bombardiers ottomans se sont dangereusement approchés des plateformes plantées dans l’est du bassin méditerranéen.

 

Depuis ces provocations, la marine israélienne assure la protection permanente des installations de forage, qu’elles soient domestiques ou cypriotes.

 

On sait Ankara terriblement sensible aux efforts entrepris par Nicosie pour renforcer les capacités de sa petite armée, forte d’environ dix mille hommes ; c’est ainsi que, lorsque les Cypriotes envisagèrent de déployer des missiles antiaériens, ou d’acquérir des avions de chasse, la Turquie réagit de manière extrêmement musclée, menaçant le régime du sud de l’île d’une intervention militaire.

 

C’est à l’aune de ces incidents passés, qu’il convient d’évaluer l’impact du dessein de baser une escadrille de la Kh’el Avir (probablement) sur l’aéroport de Paphos. A la différence de taille, que si l’armée turque pouvait, jusqu’alors, aisément écraser dans l’œuf les velléités des Cypriotes grecs de se renforcer, toute opération lancée contre les aviateurs hébreux se solderait, pour l’agresseur, par une débâcle annoncée par avance.

 

Tayyip Erdogan ne se contente pas de menacer les plateformes de forage, il vitupère également, en montrant le poing, contre le fait, qu’en juillet prochain, ce sera la République de Chypre qui assurera la présidence de l’Union Européenne.

 

Les relations entre les insulaires grecs et les Hébreux sont, en revanche, au beau fixe. Comme en témoigne la décision du Président Khristòfias d’interdire aux flottilles anti-blocus d’appareiller en direction de Gaza à partir de son territoire. Des flottilles largement financées et organisées par Ankara, comme de bien entendu.

 

Sur l’île d’Aphrodite, les responsables politiques, les confrères et les simples citoyens que nous avons interpelés se montrent euphoriques à l’idée du stationnement des F-16 hébreux chez eux. Eux qui, en juillet 74, avaient fait les frais de l’agression turque, baptisée Attila, qui allait amputer leur territoire de 40% de sa surface, sans que la garnison britannique, cantonnée dans deux bases représentant 10% de l’île, n’intervienne aux côtés des victimes.

 

La grande sœur grecque, à l’époque, ne se jugeant pas de taille à affronter les Ottomans, s’abstint également d’intervenir, ce qui, d’ailleurs, précipita la fin du régime des colonels à Athènes.

 

"Tout le monde saisit, à Chypre comme dans toute la Grèce", me confie l’un des analystes stratégiques cypriotes les plus connus, "qu’une alliance stratégique avec vous inverse le rapport de force [face à la Turquie] en notre faveur, et garantit notre indépendance et notre liberté une fois pour toutes. Dans ces conditions", me demande Agis, "pourquoi voudriez-vous que nous ne soyons pas contents ?".

 

Mon confrère et ami partage mon opinion, selon laquelle le déploiement d’appareils israéliens à Chypre constituerait, de facto, un pacte militaire obligeant Israël à intervenir en cas de nouvelle agression turque. "Cela irait même au-delà de ce que vous dites", renchérit Agis, "si ce projet se réalise, au plan stratégique, une attaque [des Turcs] contre notre république équivaudrait à une attaque contre vous. Bref", conclut-il, "si vous venez, c’est pour longtemps, mais vous n’avez pas d’autre choix, si vous comptez sérieusement pomper le gaz de la Méditerranée".

 

La manœuvre stratégique qu’entreprend le gouvernement israélien est intéressante à bien d’autres égards. Les Hébreux, de par le simple déplacement de Netanyahu à Nicosie et l’ordre du jour des discussions, démontreront à Erdogan et à son parti islamiste, que Jérusalem ne les craint pas, et que, quand on n’a pas les moyens de remporter une victoire militaire contre quelqu’un, à moins de vouloir se couvrir de ridicule, on n’en parle pas.

 

La démonstration attirera, à n’en point douter, l’attention des islamistes égyptiens, palestiniens, tunisiens et libyens, auprès de qui il était allé vanter l’islamisme à la turque et la capacité de son pays à tenir tête aux militaires israéliens. Ca va faire jaser dans les casbahs.

 

L’entente cordiale entre Nicosie et Jérusalem ne manquera pas non plus de rapprocher un peu plus encore Israël de l’Europe ; car, qu’elle le dissimule ou le concède, la défense des plateformes, de l’espace aérien et du territoire cypriote incombe à l’UE et non à Israël. Mais l’Union Européenne est par trop engoncée dans ses difficultés économiques, ses périodes préélectorales, ses relations compliquées avec la Turquie et le monde arabe, sa non-existence militaire, et son absence de gouvernement central pour tenir son rôle dans la partie orientale de la Méditerranée. A Bruxelles et dans les chancelleries, on ne va pas tarder à comprendre que les Hébreux rendent un grand service à la communauté, et on s’en souviendra. 

 

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Ma journée dans les bus de Jérusalem (info # 011801/12) Version imprimable
Exclusivité
mercredi, 18 janvier 2012

 

Par Sandra Ores

 

Aujourd’hui, en Israël, dans une démocratie moderne, certaines femmes subissent quotidiennement des atteintes à leur dignité, du fait de leur statut de femme. C’est le cas dans certains bus publics, reliant des quartiers juifs ultra-orthodoxes. Ne sont concernées qu’une dizaine de lignes à travers le pays (parmi une centaine dans la seule capitale) ; il convient donc de ne pas exagérer la gravité du phénomène, ni de tirer des conclusions globales sur la démocratie en Israël, qui n’ont strictement aucune relation causale avec la problématique envisagée.

 

Il ne faut pas non plus tomber dans l’extrême opposé, qui consisterait à la passer sous silence, ou à la naniser, au risque de la voir prendre de l’ampleur et contaminer d’autres espaces préservés de la société.

 

Dans les bus concernés, les hommes et les femmes voyagent séparément, les hommes – chose surprenante ? – se réservant les meilleures places, les plus espacées et confortables, à l’avant, confinant la gent féminine, telle dans un poulailler, parquée à l’arrière des véhicules.

 

Ces pratiques de séparation des genres reposent à l’origine sur une déviance extrémiste dans l’interprétation d’une loi de la Torah, stipulant qu’un homme ne doit pas toucher une femme, à moins qu’il ne s’agisse de la sienne. La réalité de l’observance de ce précepte, poussée à l’excès, conduit à perpétrer une absurdité, faisant place à l’obnubilation, dans l’oubli du sens commun.

 

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Les femmes, confinées aux moins bonnes places, à l’arrière du bus

 

Cette semaine, pour en avoir le cœur net – vous commencez à me connaître, je préfère me rendre là où les événements se produisent – j’ai passé toute une journée à voyager dans Jérusalem, à bord de ces bus où les hommes chapeautés, vêtus de noir, siègent à l’avant, et les femmes à l’arrière.

 

Il s’agit de véhicules publics, gérés par la plus grande compagnie israélienne d’autobus, Egged. Sillonnant ces quartiers d’un bus à un autre, je brave les coutumes de ces gens, et prends systématiquement place à l’avant du bus ; le plus fréquemment assise à l’une des quatre places se faisant face, en carré.

 

Pendant la totalité de mon incursion, j’ai joui de beaucoup d’espace, personne ne venant prendre place à mes côtés.

 

Lorsque je saisis une place « trop proche » de l’un de ces messieurs, j’occasionne un lourd silence gêné, me fustigeant alentour ; après quelques secondes d’hésitation, pendant lesquelles le cerveau du mâle d’en face cherche à prendre une décision rapide, genre : « que dois-je faire ? », l’homme se lève invariablement, s’éloignant le plus possible de ma personne.

 

Celui-là, un rang derrière, se cache derrière le feuillet qu’il gardait dans sa main, cet autre, ne tenant plus, se retourne vers le dossier de son siège, se levant sur ses deux jambes, et me présente son dos pendant les vingt minutes de trajet commun ; son voisin a pivoté de 90° afin de libérer son regard de mon apparence sacrilège.

 

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Ceux qui se dissimulent le visage, et ceux qui s’orientent dans d’autres directions

 

Certains choisissent de rester debout, en dépit des sièges libres, et d’accuser les à-coups de la conduite, plutôt que de poser leur séant sur le siège dans ma proximité. Même les sièges d’en face demeurent désespérément vides, par la seule raison de ma présence.

 

Pour eux, je ne suis pas à ma place, et ce, sans le moindre doute. Si quelques hommes oseront me regarder de travers – que fais-je donc parmi les hommes ? – d’autres m’évinceront de leur champ de vision, comme si je n’existais pas.

 

Leur comportement à mon endroit s’avère unanime – sans la moindre exception, une journée durant, ils m’éviteront. Je dérange. Je me sens, pour la première fois, réduite à mon seul genre. Etrangeté ! Plus rien d’autre ne me définit : je suis un corps femelle.

 

Plus un être humain me déplaçant dans une ville, d’un point A à un point B, mais une créature susceptible de provoquer des désirs charnels interdits, s’introduisant dans l’esprit de mes compagnons de route. Vous parlez d’un sentiment.

 

Je suis habillée de la tête aux pieds, à la manière d’une religieuse. Leur attitude suscite en moi un bref instant de culpabilité. Serais-je provocatrice ? Aurais-je bravé un interdit sacré ? Je balaye cependant rapidement ce doute de la manche de mon manteau, me rappelant que je me trouve dans un autobus, et non dans une synagogue, en dépit des apparences trompeuses.

 

S’agit-il de la volonté de respecter la loi juive de la manière la plus stricte et assidue possible ? Chacun, certes, reste libre de ses croyances. Sauf lorsque cet exercice se pratique aux dépens d’autrui, à mes dépens et à celui de toutes mes sœurs du sexe faible.

 

Car je n’ai jamais rien connu de moins commode et de plus humiliant que d’avoir à monter exclusivement par l’arrière de l’engin, pour aller s’affranchir du paiement du ticket, en traversant – comment faire autrement ? – les rangs des mâles dominants, puis de devoir, à nouveau mais en sens inverse, traverser le véhicule en mouvement.

 

Le premier bus dans lequel fut instaurée la séparation des genres en Israël fut mis en service il y a quatorze ans, à Jérusalem. C’étaient alors des lignes privées, gérées par des communautés harédi (ultraorthodoxes) ; elles se développèrent à travers le pays.

 

Les compagnies au déploiement national, Egged et Dan, instituèrent elles aussi des lignes « mehadrin », c’est-à-dire des lignes où l’on préconisait la séparation entre les genres, reliant différentes communautés harédi.

 

Entre 1997 et 2007, ces lignes ont proliféré, jusqu’à ce que des cas de violences verbales et physiques, infligées à celles qui refusaient de se plier à ces règles ségrégationnistes, ne se multiplient et ne soient révélés au grand jour.

 

Au cours de ma journée dans les autobus - je n’ai aucune intention de mentir -, personne ne m’a insultée ni ne m’a couverte de crachats. Une « chance », que n’ont pas toutes les femmes refusant de s’asseoir dans la section qui leur est réservée.

 

Les témoignages de femmes humiliées sont nombreux, à l’instar de celui de l’écrivaine orthodoxe Naomi Ragen, sommée sans égard de rejoindre le fond du bus. Elle soumit alors une pétition à la Cour Suprême de Justice israélienne, avec quatre autres femmes, par le biais de l’association IRAC, Israel Religious Action Center (le Centre Religieux Israélien d’Action), contre Egged et contre le ministère des Transports.

 

A la suite d’une longue bataille judiciaire, la Cour Suprême de Justice, en janvier 2011, déclara illégale la ségrégation par le genre imposée sur des lignes publiques.

 

J’ai observé que certaines femmes cherchaient à monter directement par la porte arrière du bus ; d’autres me regarderont d’un air dubitatif, relativement à la place que j’occupe, sous leur foulard ou leur béret en crochet, quand je n’écoperai pas d’un regard carrément malveillant.

 

La jeune étudiante Moriah, une activiste de l’IRAC, se sent parfois seule dans son combat. Elle qui emprunte régulièrement ces lignes, en prenant soin de s’asseoir toujours à l’avant du bus, afin d’encourager les autres femmes à rejeter ces principes sexistes, moyenâgeux, et issus d’une déviance obsessionnelle du judaïsme. Elle a parfois l’impression de se battre pour changer une situation que ses congénères elles-mêmes ne souhaitent pas voir évoluer.

 

Elle rapporte toutefois que son organisation, ou encore l’association « Take a seat » (Prends un siège), créée par une étudiante jérusalémite après avoir été verbalement agressée dans un bus, reçoivent de nombreux appels de soutien, de la part de femmes des milieux religieux.

 

Le 6 janvier dernier, dans la ville de Beit Shemesh – une ville accueillant une forte population harédi, située à vingtaine de kilomètres de Jérusalem –, un groupe de 250 femmes, de tous âges et de tous degrés de religiosité, s’est rassemblé sur la place centrale de la conurbation. Elles se sont livrées à l’interprétation d’une flash mobrassemblement d’un groupe de personnes dans un lieu public afin d’y effectuer des actions convenues d’avance, avant de se disperser rapidement - effectuant une chorégraphie sur la musique de Queen « Don’t Stop Me Now » (Ne m’arrête pas maintenant). Cette manifestation publique avait pour but de protester contre les discriminations subies par les femmes sous des prétextes religieux.

 

Elle faisait suite au rassemblement de milliers de personnes, dans la même ville, qui désiraient se porter en faux contre l’exclusion des femmes de la place publique. A Beit Shemesh, un panneau avait été installé dans un quartier religieux, stipulant l’affectation des trottoirs par genre : un trottoir pour les hommes, l’autre qu’ils nous attribuaient.

 

Des incidents se poursuivant parallèlement du fait de la même communauté orthodoxe, comme l’agression d’une petite fille de huit ans, victime de crachats sur le chemin de l’école, car, selon ses agresseurs, elle n’était pas vêtue assez modestement.

 

L’empiètement de la religion sur le domaine public, s’illustrant par une sévère ségrégation des femmes, participe malheureusement d’une tendance s’étant récemment amplifiée en Israël. Des soldats religieux quittent des cérémonies de l’armée impliquant des femmes qui chantent – avec la bénédiction de rabbins, dont un a d’ailleurs déclaré, la semaine dernière, qu’il était préférable que ces jeunes hommes choisissent la mort, plutôt que d’assister à une telle représentation.

 

Un autre rabbin, proche de la petite minorité des écoles talmudiques (Yeshivah) dont les élèves acceptent de ne pas se soustraire au service militaire obligatoire, a affirmé, ce mercredi, "que si on interdisait (ce qui est le cas) aux soldats pratiquants de quitter les cérémonies durant lesquelles des femmes chantent, il valait mieux que tous les religieux ne fassent pas l’armée".

 

Des cas sont par ailleurs signalés, de soldats refusant de se soumettre à des ordres qui leur sont intimés par des officiers femmes.

 

Aucun doute sensé ne peut exister quant à l’impossibilité de gérer une armée à la carte, dans laquelle il faudrait s’occuper des desiderata de chaque catégorie d’appelés, plutôt que de guerroyer contre nos nombreux ennemis. A mon sens, il faut aller dans le sens de ce rabbin, et refuser d’enrôler les religieux (pas tous) ne reconnaissant pas à l’autre sexe l’égalité absolue et indiscutable des droits.

 

Mais il faudrait aussi, par souci d’équité, priver tous ceux qui refusent de servir dans Tsahal, telle que l’Armée israélienne se présente depuis sa création – autrement que pour des raisons d’aptitude ou parce qu’ils n’ont pas été appelés à servir – de tout subside gouvernemental quel qu’il soit.

 

Des phénomènes de séparation forcée des sexes se déroulent également dans des dispensaires, parmi lesquels des salles d’attente attribuées à chaque genre sont instaurées. Les images de femmes dans les publicités disparaissent par ailleurs graduellement des murs de Jérusalem.

 

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La présidentielle de novembre : l’une des plus cruciales de l’histoire des USA (info # 011601/12) Version imprimable
Analyse
lundi, 16 janvier 2012

 

Par Guy Millière

 

L’élection présidentielle américaine au mois de novembre prochain sera sans aucun doute la plus cruciale que les Etats-Unis aient connue depuis longtemps.

 

Je ne la comparerai pas à l’élection qui a vu s’affronter Ronald Reagan à Jimmy Carter : il y a effectivement des points de ressemblance entre Carter et Obama. Carter pratiquait l’apaisement vis-à-vis de l’Union Soviétique. Celle-ci avait, pendant les années Carter, réussi sa plus grande avancée planétaire depuis les années 1945-1950, pénétrant en Amérique centrale (Nicaragua), en Afrique subsaharienne (Angola, Guinée Bissau) et en envahissant l’Afghanistan ; et ce fut Carter qui laissa l’Iran passer aux mains des hordes guidées par l’ayatollah Khomeiny.

 

Mais Obama a fait pire que Carter, en permettant à une immense région, allant du Maroc au Pakistan, en passant par la Turquie, de glisser presque complètement aux mains de l’islam radical. Et dès lors le choix est encore plus important que celui que le peuple américain avait dû faire entre Reagan et Carter.

 

Je ne pourrais la comparer à l’élection qui, en 1940 avait vu s’affronter Franklin Roosevelt et Wendell Willkie. Le climat me semble aussi grave qu’il pouvait l’être en 1940, mais Roosevelt était un Démocrate très différent de ce que les Démocrates sont devenus aux Etats-Unis depuis les années 1960, considérant le poids croissant que l’extrême gauche a pu acquérir dans le parti. Et Wendell Willkie était lui-même un candidat honorable, qui avait dû vaincre l’aile isolationniste de son propre parti lors des élections primaires.

 

Je pourrais, cela dit, comparer le contexte planétaire avec ce qu’il était en 1940 et, même, dans les années qui précédèrent 1940. Montait à l’époque sur l’horizon un péril mortel, incarné par l’alliance entre le nazisme, le fascisme, le militarisme japonais et le léninisme incarné par Joseph Staline.

 

Divers agents et compagnons de route de ce péril mortel étaient à l’œuvre jusqu’au sein même des Etats-Unis. L’antisémitisme rôdait de tous côtés et se teintait d’accents génocidaires. Les discours d’apaisement vis-à-vis du péril mortel avaient conduit en France à la débâcle et au pétainisme, et au Royaume-Uni, au retour au pouvoir de Winston Churchill. Aux Etats-Unis, les discours d’apaisement se faisaient encore entendre. On sait ce qui était en cours : la Deuxième Guerre Mondiale. On sait ce qu’elle engendra : la Shoah.

 

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Apaisant

 

Je dirais que monte sur l’horizon planétaire un autre péril mortel. Celui incarné par l’islam radical, dans sa version shiite, portée par l’Iran, et dans sa version sunnite, portée par la plus grande multinationale totalitaire depuis l’effondrement du système communiste international et depuis la chute du Troisième Reich : la confrérie des Frères Musulmans.

 

Je dirais que ce péril s’appuie sur des alliances : la Russie et la Chine sont de son côté, tout comme d’autres pays, tels le Venezuela ou la Corée du Nord. J’ajoute que des agents et des compagnons de route de ce péril sont à l’œuvre dans l’ensemble du monde occidental, jusqu’aux Etats-Unis.

 

L’antisémitisme rôde à nouveau de tous côtés. Les discours d’apaisement ont déjà conduit à diverses débâcles, et la liste pourrait aisément s’allonger. Une guerre est en cours. Et, parce qu’elle ne se mène pas par l’intermédiaire d’armées conventionnelles, elle passe souvent inaperçue. Il n’y a pas de seconde Shoah, mais certains y songent à haute et intelligible voix. Certains attisent la haine qui leur serait propice et jouent les innocents aux mains propres.

 

L’élection présidentielle de novembre 2012, aux Etats-Unis, peut sembler très éloignée de tout cela, je sais, mais ne l’est pas. Non seulement Obama est pire que Carter, pour les raisons que j’ai énoncées précédemment, mais il est pire que tous les Présidents qui l’ont précédé, car il est la quintessence de ce que le parti Démocrate est devenu.

 

Obama n’est pas seulement aveugle au péril mortel. Il en est, pour partie l’artisan. Et cela n’aurait pu se dire d’aucun Président avant lui : Obama a, concrètement, permis à l’islamisme shiite de gagner du temps et du terrain depuis trois ans, et il vient de lui abandonner l’Irak.

 

Il se fait l’allié des Frères musulmans de façon de plus en plus ouverte. Il pratique l’inertie, la compromission ou la cécité vis-à-vis des actes des alliés du péril mortel. Il entretient avec les agents et les compagnons de route du péril mortel des liens si étroits que certains d’entre eux sont invités à la Maison Blanche.

 

Il en est même qui font partie de l’administration en place, puisque celle-ci comprend des membres ou des anciens membres des Frères Musulmans. Obama n’est pas antisémite, certes, mais il laisse le terrain libre à la montée de l’antisémitisme et a choisi Hannah Rosenthal comme « tsar » de la lutte contre l’antisémitisme à la Maison Blanche, issue de l’extrême gauche juive « antisioniste ».

 

Obama va bien au-delà de l’apaisement et procède présentement au désarmement unilatéral des Etats-Unis, en procédant à des coupes profondes, graves, et sans précédents depuis la Deuxième Guerre Mondiale, dans le budget militaire du pays, alors que des Etats, tels que la Russie et la Chine continuent à s’armer.

 

Dans la guerre en cours, il a choisi le défaitisme préventif. Les objectifs fondamentaux de son premier mandat ont été largement remplis : ils consistaient à ruiner le pays, à rendre le monde plus sûr pour les dictatures et les tyrannies, et à rendre le Proche-Orient plus sûr pour l’islam radical.

 

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Lutte contre le sida : Israël peut mieux faire (info # 011401/12) Version imprimable
Analyse
samedi, 14 janvier 2012

 

Par Sandra Ores

Le premier jour du mois dernier, c’était le World Aids Day, la Journée Mondiale du Sida. Un évènement annuel, se tenant chaque premier décembre depuis 1988. Une journée internationale de la santé, offrant l’opportunité de sensibiliser les populations à la maladie, de s’unir dans la bataille contre le virus, ou de commémorer le souvenir des personnes y ayant succombé, ainsi que de célébrer les victoires de la médecine et de l’accès aux soins pour les malades.

 

L’organisation Israel Aids Task Force (le commando israélien contre le sida) s’est chargée de relayer l’évènement au pays des Hébreux. Cette année, l’équipe militant contre la maladie a produit une campagne publicitaire, diffusée en prime time à la télévision nationale. Dans deux spots audiovisuels, deux individus, paraissant en bonne santé et aux allures similaires au commun des mortels, mais porteurs du virus, dévoilaient leur séropositivité.

 

L’objectif de la campagne consistait à mettre l’accent sur le problème de la stigmatisation que vivent les malades, et à participer à sa décroissance. Le rejet par leurs concitoyens, ainsi que la peur d’approcher les porteurs du VIH – Virus de l'Immunodéficience Humaine – restent particulièrement conséquents en Israël.

 

Le petit pays de sept millions et demi d’habitants compte approximativement 7000 porteurs, soit 0.1% de la population. Un chiffre relativement faible par rapport aux autres Etats occidentaux ; la proportion s’élevant, en France par exemple, à 0.4%, ou aux Etats-Unis, à 0.6%.

 

Les porteurs du virus, en Israël, représentent cependant une frange de la population en augmentation, d’une dizaine de pourcent, me confie Alon Madar ; ceci se situe à l’inverse de la tendance mondiale, accusant une baisse de 15% de l’incidence au cours de l’année écoulée. Au niveau mondial, 33 millions de personnes sont toujours atteintes par la pandémie.

 

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La transparence : une nécessité, non une option

 

Un autre objectif de la campagne médiatique d’Israel Aids Task Force participait de la volonté d’amener les gens à prendre conscience de la présence de cette maladie dans leur entourage, ainsi qu’à amorcer le dialogue. Il apparaît, en effet, que ce sujet est tabou : on en discute rarement. La population israélienne ne porte par ailleurs pas grande attention à cette plaie.

 

Descendant au supermarché du village de Metula, pour un petit test, je cherche, dans les rayons, des préservatifs : sans succès, il n’y en a pas. Je m’enquiers ensuite auprès de la jeune fille à la caisse, qui me répond, en baissant les yeux, qu’ils n’en vendent pas dans le magasin.

 

Je perçois un malaise évident dans l’absence de cet article au point d’approvisionnement de base des Métulaïm ; une population composée de nombreux étudiants, du fait de la proximité du collège universitaire de Tel Haï.

 

Pas de pharmacie à Metula, il faudra donc se rendre dans la petite épicerie, ouverte le samedi, pour trouver un petit paquet de capotes, planqué par ailleurs derrière la caisse.

 

Cette anecdote illustre que l’usage des préservatifs parmi les jeunes Israéliens n’est pas courant ; et que, d’autre part, l’action de se protéger lors de rapports sexuels, semble toujours constituer un sujet tabou.

 

Alon Madar est le coordinateur des services sociaux et des résolutions des plaintes au sein d’Israel Aids Task Force, lui-même porteur du virus depuis une dizaine d’années ; il m’explique : « la société israélienne n’aime pas parler de sexe ; elle n’a aucun problème avec la pratique, ou même son utilisation dans les publicités. Mais lorsqu’il s’agit d’entreprendre une conversation logique à ce propos, il n’y a plus personne ».

 

A en croire Alon, la religion ne constituerait pas la cause principale de ce silence. Il rejette la faute sur la nature de la société israélienne, en général, et, plus particulièrement, sur le gouvernement : les ministères de la Santé et de l’Education, qui ne se soucient pas assez de la présence de cette maladie. Pour illustrer ses propos, il met l’accent sur le manque de campagnes de communication médiatiques nationales, remarquant que, de tête, la dernière devait remonter à plus d’une décennie.

 

Douze ans plus tôt, en 1999, une campagne d’Israel Aids Task Force, relayée par des affiches dans les rues, s’était heurtée au ministère de la Santé. L’instance avait alors à sa tête le rabbin Shlomo Benizri, membre du parti ultra-orthodoxe Shas, qui s’était opposé à ce que l’objet en latex soit exposé dans les rues de Jérusalem, car cela « désacraliserait » la ville. On ne saurait ainsi dissocier totalement l’impact de la religion de l’absence d’une communication effective sur la maladie et les moyens de ne pas la contracter.

 

Une maladie dont on parle peu, malgré son existence, au détour des rues et des bars. Le tabou est encore plus présent parmi les Israéliens originaires d’Afrique sub-saharienne. Les immigrés d’Ethiopie ainsi que les travailleurs temporaires de ces régions s’avèrent pourtant spécialement concernés par le fléau ; environ le tiers des personnes atteintes du virus en Israël provient de cette tranche de la société. Leur région d’origine est également la partie du monde la plus touchée par le virus.

 

Evoluant dans une tradition de respect familial prononcé, la sexualité y est passée sous silence. Certaines familles craignent de tester leurs enfants, désirant ainsi éviter un sentiment de honte, qui découlerait de la découverte de la maladie ; elles redoutent du même coup le rejet social, voire la déscolarisation de leurs enfants ; une peur injustifiée, découlant d’un manque d’information patent à ce sujet.

 

La proportion de personnes infectées chez les populations d’origine africaine sub-saharienne décline toutefois, selon les chiffres nationaux, grâce à un bon suivi par des équipes médicales.

 

Le sida reste, toutefois, depuis son diagnostic en 1981, associé à un sentiment aigu de honte. "Dans l’imaginaire populaire", m’explique Meytal Azar, une jeune étudiante activiste, chargée de sensibiliser les adolescents dans les écoles, sous l’égide d’Israel Aids Task Force, "le sida demeure une maladie « sale, d’homosexuels, de drogués ou d’individus aux mœurs perverties et irresponsables »".

 

Les personnes atteintes par le virus souffrent, en effet, d’une forte stigmatisation par leurs congénères. Une ségrégation supérieure en Terre Sainte, selon Alon, qui vécut dix ans à New York, à ce qu’elle est dans d’autres pays occidentaux.

 

Pourtant, grâce aux progrès de la recherche médicale, et notamment à la mise au point de la trithérapie – une combinaison de trois principes actifs - depuis 1996, aujourd’hui ingérable par voie orale, inhibant la réplication du virus dans l’organisme, les malades ont la possibilité de mener une vie quotidienne proche de la normale. Non plus une sentence de mort, le sida représente aujourd’hui une maladie chronique – si elle est prise en charge assez tôt.

 

La trithérapie, associée à des visites régulières à l’hôpital, permet aux malades d’accepter les contraintes de la vie sociale, notamment celles imposées par le marché du travail ; également d’entretenir des relations amoureuses, en connaissance de cause des deux partenaires. Elle autorise aussi une réduction du risque de transmission à un enfant à moins de 1%, grâce à l’association à la césarienne et à l'allaitement artificiel.

 

A entendre les témoignages des porteurs vivant avec le traitement, une des plus grandes difficultés de la maladie résiderait dans le secret qu’elle engendre, dans le but d’éviter le rejet social. La peur, combinée à l’ignorance, amène les malades à ne pas bénéficier des services sociaux à l’égal du reste de la population.

 

En Israël, les « porteurs » n’ont, par exemple, pas la possibilité de bénéficier d’une assurance-vie, se la voyant refuser par les compagnies d’assurance. Aucune loi ou convention ne les protège, à l’inverse de la France, par exemple, où la convention AERAS (S'Assurer et Emprunter avec un Risque Aggravé de Santé), signée par les pouvoirs publics, les fédérations professionnelles de la banque, de l'assurance et de la mutualité, ainsi que par les associations de malades et de consommateurs, a pour objectif de faciliter l'accès à l'assurance et à l'emprunt des personnes ayant ou ayant eu un grave problème de santé.

 

De surplus, sans assurance-vie, pas de crédit accordé : les malades à l’espérance de vie à peine moins élevée que la moyenne, si le traitement se passe bien, se retrouvent ainsi, la plupart du temps, dans l’impossibilité d’acheter des propriétés immobilières.

 

Alon, de préciser : « il ne s’agit pas de pratiques cruelles ou intentionnellement discriminatoires. La non-information de nos concitoyens, manquant ostensiblement de sensibilisation, en est la cause prinicpale ».

 

Toujours selon l’activiste, la campagne de cette année aura touché une large partie de la population, contribuant à faire baisser la stigmatisation et à accroître la sensibilité des citoyens à propos de la vie avec la maladie.

 

Outre la lutte contre la stigmatisation, l’autre mission principale d’Israel Aids Task Force réside dans la communication autour du port du préservatif, afin de restreindre les risques de transmission. Une pratique qui ne décolle pas, au pays de la bible.

 

Une étude menée par Israel Aids Task Force a mis en évidence qu’un quart des Israéliens ayant des relations sexuelles avec des partenaires non-réguliers n’utiliseraient pas de préservatif. Seuls 43% affirment se protéger régulièrement.

 

Par comparaison, en France, une enquête effectuée en 2007 par l’INSERM (Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale) dévoilait les bonnes pratiques de l’utilisation du préservatif, en augmentation, avec 89 % des femmes et 88 % des hommes de 18 à 24 ans y ayant eu recours lors du premier rapport sexuel.

 

En 2009, Israel Aids Task Force avait imaginé une campagne de communication fort habile pour mettre en avant les dangers d’une relation sexuelle non protégée avec un « partenaire irrégulier ». Pendant six semaines, une chanson intitulée « Going all the way » (Aller jusqu’au bout), passait sans arrêt sur les ondes radio, devenant rapidement un hit consacré par la presse nationale.

 

Le clip vidéo fût visionné et téléchargé des milliers de fois sur Internet, la mélodie devenant par ailleurs la sonnerie la plus téléchargée sur les téléphones portables, ainsi que « la chanson de réveil » de la mouture israélienne de l’émission Big Brother. Le mystère planait autour du nom de l’artiste, Sdia, qui ne s’était pas révélé au public. Cela n’avait pas empêché des centaines de milliers d’Israéliens d’être exposés à la mélodie, de se l’échanger les uns avec les autres, et ce, dans un court laps de temps.

 

Cela illustrait la facilité de la diffusion d’un virus dont les gens ignoreraient la présence. D’autre part, les paroles « all the way » montraient que des personnes pouvaient aller « jusqu’au bout » avec quelqu’un, c’est-à-dire jusqu’à l’acte sexuel, sans vraiment connaître leur partenaire, s’exposant ainsi à tout type de surprises, y compris les pires.

 

A en croire la jeune Meytal, l’hystérie du début des années 80 autour du sida semble être passée, la population israélienne retournant à des habitudes similaires à celles en cours dans les années ayant précédé la découverte du virus. Le fait que l’on puisse aujourd’hui vivre avec cette maladie semblerait l’avoir dédramatisée ; elle n’occuperait, d’autre part, que peu de place dans les esprits.

 

Un autre problème, précise Alon, réside dans l’écart entre la connaissance de la nécessité de se protéger, et la mise en pratique effective. L’irresponsabilité persiste également parmi les populations homosexuelles (ou les « hommes ayant des rapports sexuels avec les hommes ») ; représentant un autre tiers de la population atteinte. Les homosexuels sont d’autant plus exposés risque, qu’ils ont une activité sexuelle supérieure au reste de la population en moyenne, et avec un nombre plus élevé de partenaires.

 

Si les ministères concernés ne se penchent pas assez sérieusement sur ce phénomène de société, Israel Aids Task Force s’attèle à communiquer sur la maladie, principalement auprès des jeunes, des adolescents notamment, par le biais des réseaux sociaux, utilisés par cette tranche d’âge.

 

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Iran : cela pourrait commencer plus tôt que prévu (info # 011201/12) Version imprimable
Analyse
jeudi, 12 janvier 2012

 

Par Stéphane Juffa

 

On pourrait se trouver beaucoup plus près d’une confrontation militaire avec l’Iran que le public ne se l’imagine. Cette situation de veille de guerre a été causée par le franchissement par les Perses de l’une des deux "lignes rouges" définies par le Secrétaire d’Etat américain à la Défense, Léon Panetta.

 

C’est le quotidien de Téhéran Kayhan, proche de la junte théocratique, qui l’a d’abord annoncé, avant que la nouvelle ne soit confirmée par l’Agence Internationale pour l’Energie Atomique : la "République" Islamique a mis en route l’usine souterraine de Fodow (ou Fordow) près de Qom.

 

C’est dans cette installation creusée au cœur d’une montagne, donc en principe à l’abri des frappes aériennes, que les ayatollahs entendent augmenter la concentration d’une partie de l’uranium en leur possession, de 3,5% à 20%, et ensuite aux environs de 90%, le degré de pureté nécessaire pour confectionner des bombes atomiques.

 

En fait, comme nous l’avons déjà signalé, la difficulté technique réside dans l’enrichissement à 20%, le dernier processus n’entraînant pas de problème particulier, et pouvant, selon les experts, être réalisé en l’espace de quelques mois.

 

En transférant de l’uranium pré-enrichi à Fodow, et en lançant les centrifugeuses, Téhéran lève le dernier voile sur les objectifs militaires de son programme nucléaire ; la vice-ambassadrice des Etats-Unis à l’ONU, Rosemary Di Carlo, a déclaré que l’Iran ne possédait "pas de justification pour enrichir l’uranium à ce niveau". Comprenez que les activités qui constitueraient la finalité de son programme nucléaire, selon la théocratie chiite – la production d’énergie et l’instrumentation médicale – ne réclament pas de minerai concentré à plus de 3,5%.

 

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L’envoi du fleuron de la marine britannique, le HMS Daring, dans le Golfe

La réponse de Londres aux menaces iraniennes…

 

Nous, d’ajouter, que les 3000 centrifugeuses que peut contenir, au maximum, le site de Fodow n’auront jamais une production suffisante pour fournir le carburant nécessaire à un réacteur nucléaire. En revanche, leur rendement est parfait pour la fabrication de bombes.

 

Reste à savoir s’il ne s’agit pas d’une nouvelle provocation iranienne. En clair, si les ayatollahs, quand ils parlent de la mise en activité de Fodow, n’évoquent pas des expérimentations marginales de pré-production qui s’y dérouleraient, ou encore, s’ils ne se livrent pas à une étape technique appelée "passivation", consistant à placer du matériel nucléaire dans les centrifugeuses, afin de les préparer à l’activité d’enrichissement, sans s’y livrer toutefois.

 

Si c’est de cela dont il s’agit, les mollahs tenteraient de tester la détermination des Occidentaux, et de vérifier si Panetta ne bluffe pas, lorsqu’il affirme : "Si l’Iran commence à développer une arme, les Etats-Unis agiront". Et, faisant directement allusion à Fodow : "S’ils effectuent ce pas, ils vont être stoppés !".

 

Présent aux côtés de Panetta lors de ces déclarations, le chef de l’Armée US, le général Martin Dempsey, n’a pas fait dans la dentelle, expliquant qu’une frappe américaine avait la capacité d’anéantir "leur" programme nucléaire. Les deux hommes évoquant également l’éventualité d’une action militaire préventive.

 

Khamenei joue assurément avec le feu, mais si la mise en route industrielle de Fodow n’était pas confirmée, les Occidentaux n’attaqueraient pas sa dictature théocratique pour l’instant. Leur idée consiste à exercer une pression, à l’aide de nouvelles sanctions, destinées à dissuader Téhéran de mettre Fodow en branle, et non à déchaîner le feu du ciel si cela n’est pas indispensable.

 

Pas de souci, cependant, les grandes puissances s’enquièrent actuellement de la nature des opérations qui sont réalisées dans le ventre de la montagne iranienne, et personne ne les empêchera de savoir précisément ce qu’il s’y passe. C’est même ma conviction qu’elles le savent déjà.

 

Pour Danny Yatom, l’ex-patron du Mossad, un homme connu pour sa grande prudence et sa ferme opposition aux aventures militaires - à moins qu’elles ne soient incontournables et que tout ait été tenté pour les éviter -, les dés sont déjà jetés.

 

Evoquant l’élimination de Mostafa Ahmadi Roshan, hier, mercredi, le responsable de l’enrichissement de l’uranium sur le site de Natanz, et donc le scientifique iranien le plus calé en matière de centrifugeuses et du processus d’enrichissement, Yatom a fait la déclaration suivante. Il a observé que plusieurs pays agissaient, qui en imposant des sanctions, qui par des opérations secrètes, pour freiner le programme perse, mais a affirmé que le monde n’aura, en définitive, pas d’autre choix que celui d’attaquer l’Iran.

 

Si les ayatollahs ont activé l’ultime phase d’enrichissement de l’uranium, les Occidentaux se préparent à l’action. Si ce n’est pas le cas, ils laisseront les nouvelles sanctions agir ; la quasi-totalité des raffineries mondiales ne pourra plus traiter de brut perse, suite à la décision prise par Washington, le 31 décembre dernier : un décret stipulant que toute entité commerçant avec la banque centrale iranienne se verrait exclue du système financier US. Lors, à notre connaissance, une raffinerie ne peut fonctionner hors de ce système, et ce, pratiquement, quel que soit l’endroit où elle se trouve.

 

Quant aux Européens, ils ont, semble-t-il, décidé que leur embargo visant l’achat de pétrole iranien débuterait le 27 janvier prochain. Avec une exemption de trois mois au maximum pour la Grèce, afin de lui permettre de trouver des sources d’approvisionnement de substitution, et de ne pas administrer de nouveau choc à son économie souffreteuse.

 

Mais cela mettra un terme au business impliquant entre 450 000 et 600 000 barils/jour entre Téhéran et l’UE. Certes, Ahmadinejad trouvera d’autres clients pour écouler en partie les deux millions et demi de barils que son pays produit journellement, mais à quel prix ?

 

Car rien ne serait plus faux que d’imaginer que la Chine se fournit encore chez les ayatollahs pour des raisons de connivence politique. Que nenni, c’est uniquement une affaire d’intérêt : c’est ainsi que Beijing n’a pratiquement rien acheté en Perse durant ces deux derniers mois, afin d’augmenter le discount que les théocrates chiites lui concèdent. Et que voulez-vous que les ayatollahs fassent d’autre qu’acquiescer ? La Chine est leur dernier gros client, et la vente de brut constitue 60% des revenus de la "République" Islamique et de ses 74 millions de bouches à nourrir.

 

Au cas où les Chinois obtiendraient un rabais de 50% sur le prix international – ce que je n’exclue absolument pas – on imagine aisément les profits qu’ils réalisent sur les 600 000 barils/jour qu’ils achètent à Ahmadinejad. Dans ces temps de concurrence au couteau, que nous traversons en basse conjoncture, il n’y a pas de petits profits ; les Chinois en sont conscients, même s’ils savent que leur trafic avec le régime extrémiste chiite peut cesser à n’importe quel moment et de façon abrupte.

 

En Iran, on faisait déjà la queue devant les commerces et les banques pour s’approvisionner avant l’entrée en vigueur des nouvelles sanctions. Devant les commerces, pour trouver de la nourriture, avec un pouvoir d’achat en constante régression ; devant les banques, pour acheter des dollars, la seule monnaie qui vaudra quelque chose si tout venait à péter. Dollar, la devise du Grand Satan, bonjour les contrastes !

 

Reste que si l’activité industrielle de Fodow a effectivement débuté, on n’attendra pas l’impact des nouvelles mesures restrictives, on détruira l’infrastructure nucléaire perse et les sites de missiles confectionnés pour le transport des bombes atomiques.

 

Deux porte-avions et leurs escadres voguent vers le Golfe arabo-persique, en dépit des menaces proférées par l’amiral Fadavi et les ayatollahs. D’autres navires de guerre occidentaux attendent les ordres à proximité. Notamment des unités battant pavillons britannique, français, australien, et émirati, déjà tous placés sous les ordres directs d’un amiral US.

 

C’est encore sans compter avec les vedettes et les sous-marins arborant l’étoile de David, qui rôdent sans discontinuer face aux plages iraniennes.

 

Des dizaines de milliers de marins et des centaines d’aviateurs de diverses nations sont ainsi prêts à intervenir, connaissant par cœur la mission qu’ils auraient à remplir, et qu’ils ont répétée à l’entraînement, à d’innombrables occasions.

 

En Israël, à en croire des rumeurs persistantes, des milliers de soldats de l’Oncle Sam, spécialisés dans la guerre des missiles et l’exploitation des radars, viendraient compléter les compétences des hommes de Tsahal et de leur système Pin vert, celui qui inclut le missile anti-missiles Khetz, l’Arrow, la Flèche.

 

Le tir des Khetz serait directement subordonné aux radars US, les plus performants de la planète. Et cette synchronisation des moyens procède d’une quasi-certitude. Elle serait complétée par le déploiement du système américain THAAD et de ses servants. Un système capable d’intercepter des missiles intrus à très haute altitude. A en croire certaines sources, Israël serait actuellement protégée par les deux systèmes anti-missiles les plus performants sur le marché.

 

D’autre part, on parle beaucoup d’experts et de militaires israéliens intégrés dans l’armada occidentale, y compris dans ses postes de commandement ; dans des lieux aussi éloignés du théâtre des opérations que l’Allemagne. Pour le reste, nous n’avons pas l’intention d’extrapoler ; sachons uniquement que de nombreux Israéliens n’attendent pas, confinés dans leurs frontières nationales, les prochaines actions des ayatollahs.

 

Les services français ont ainsi rendu public, cette semaine, qu’ils avaient observé une multitude d’Israéliens dans les territoires kurdes irakiens, à proximité immédiate de la "République" Islamique. Nous, nous disons que cette présence n’est pas récente, et qu’elle ne date ni de la brouille avec Ankara, ni de la chute de Saddam Hussein.

 

Les Israéliens sont à la fois déployés dans le cadre de la coalition occidentale, qui ne dit pas encore son nom, et au service exclusif de leur gouvernement et à ses ordres. Leur incorporation au sein des forces de l’Ouest, ainsi que les échanges de soldats entre les USA, l’Europe (dans une moindre mesure), et l’Etat hébreu, participe d’une décision stratégique de Washington. Celle consistant à profiter des compétences étendues des soldats de Tsahal et de partager efficacement les ressources. Léon Panetta en dit long, lorsqu’il exprime : "Nous avons un objectif commun dans cette affaire", et surtout, "la meilleure approche pour nous [Américains] consiste à travailler ensemble [avec les Israéliens]".

 

Décision stratégique, parce qu’elle permet, entre autre, à la Maison Blanche, de s’assurer qu’elle ne sera pas totalement surprise en cas d’attaque unilatérale, par Jérusalem, contre les infrastructures iraniennes. Une situation que Washington désire absolument éviter et qui lui fait peur ; peur, parce qu’elle déclencherait la bagarre selon les règles de Netanyahu et Barak, et non de Barack Obama. Peur, parce que les bâtiments de la Navy, de même que les bases terrestres US dans la région, seraient aux premières loges en cas de réaction violente des ayatollahs.

 

De leur côté, les Israéliens laissent entendre qu’ils n’entreprendront pas d’action en solo, mais ce, uniquement tant que les principes établis en commun, après d’âpres discussions, seront respectés. Et ils sont simples : a) pas d’Iran nucléaire, serait-ce au prix d’une intervention armée et b), l’enrichissement d’uranium en direction des 90% constitue un casus belli du point de vue des alliés. Et comme nul ne peut imposer ses vues aux Etats-Unis, Jérusalem se réserve simplement l’opportunité d’agir à sa guise si Obama ne respecte pas les conditions de cette entente.

 

L’attitude israélienne apparaît constructive aux yeux de plusieurs capitales impliquées dans la coalition ; en cela qu’elle maintient la pression sur la Maison Blanche, et l’oblige à adopter une approche réaliste et responsable face au développement de la situation iranienne. Ce dont tous les leaders du monde dit libre n’étaient pas unanimement persuadés.

 

Les Occidentaux ont défini la seconde ligne rouge à l’intention des ayatollahs, le second casus belli. Il concerne la réalisation, par la junte iranienne, de sa menace de fermer de détroit d’Hormuz, au cas où on l’empêcherait de vendre son pétrole, et dans celui où de nouveaux porte-avions US s’installeraient dans le Golfe arabo-persique.

 

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De Tchernobyl à Fukushima (info # 011001/12) Version imprimable
Analyse
mardi, 10 janvier 2012

 

Par Jean Claude Zerbib

 

En avril, à Tchernobyl et dans les forêts alentours, tout refleurissait. Ce renouveau printanier, haut en couleurs, illuminait la terre, si noire mais aussi, généreuse et nourricière.

 

Chacun connaissait un endroit où cueillir les meilleures baies, des fraises des bois, des champignons. Il y a aussi les nombreux petits lacs et cours d’eaux qui alimentent la rivière Pripiat, laquelle traverse la grande étendue forestière. Ce lieu, si calme et si paisible, avait pourtant été le théâtre d’une dramatique catastrophe.

 

Un village juif, qui s’appelait “Tchernobyl”, situé dans un lieu calme et paisible, fut incendié et ses habitants exterminés par l’armée allemande, pendant la Seconde Guerre Mondiale. Il ne s’agissait pas, hélas, d’une extermination isolée, tant en Ukraine qu’en Biélorussie, la proche voisine (une dizaine de km), où 619 villages furent incendiés et leurs populations exterminées par les troupes hitlériennes. Plus des deux tiers de ces villages furent reconstruits : 433 localités sont revenues à la vie, mais 186 villages ne furent pas reconstruits et ont définitivement disparu.

 

Le 26 avril 1986, avant le lever du soleil, le feu a frappé une seconde fois le site de l’ancien village de Tchernobyl. Un feu nucléaire cette fois. Si le premier holocauste n’est connu que des historiens et des rares rescapés, le second cataclysme, par sa complexité, ses atteintes si particulières, mais aussi par les peurs et les angoisses qu’il a suscitées, a gagné, malgré lui, une triste renommée mondiale.

 

Tremblement de terre et tsunami à Fukushima : les conséquences

 

Le 11 mars 2011, à 14h 46, 25 ans après ce qui fut la plus grande catastrophe du nucléaire civil, qui a largement dépassé les frontières de l’Ukraine et de la Biélorussie, un nouveau cataclysme nucléaire a frappé ; le Japon, cette fois-ci. Ce n’est plus un seul réacteur qui a explosé (à Tchernobyl, c’était le numéro 4), mais trois réacteurs, à Fukushima : les n° 1, 2 et 3, tandis qu’un quatrième, le 4, dont le cœur, retiré de la cuve et placé dans la piscine de stockage, a été très endommagé [1].

 

Un tremblement de terre, de magnitude 8,9 sur l’échelle de Richter, a frappé la côte nord-est de l’île d’Honshu, l’île la plus grande et la plus peuplée du Japon. C’est le tremblement de terre le plus fort enregistré par des sismographes au Japon. Il a duré deux minutes et demi.

 

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Fukushima : les explosions de réacteurs succédaient aux explosions de réacteurs

 

Le déplacement brutal du fond marin [2], à 120 kilomètres de la côte, provoque une énorme vague, qui se propage à très grande vitesse, sur un front de 500 km. Arrivée à la côte en 55 minutes, la vague atteint environ 14 mètres lorsqu’elle parvient au niveau des 4 réacteurs de la 1ère centrale de Fukushima, protégée par une digue de… 5,7 mètres.

 

Si les réacteurs nucléaires se sont arrêtés automatiquement, cinq secondes après la mesure de l’onde sismique, les dégâts dus au seul tremblement de terre sont mal connus, notamment ceux relatifs aux diverses tuyauteries. La vague, en pénétrant dans les réacteurs, a détruit et noyé les équipements électriques nécessaires à leur sécurité. Le système d’alimentation électrique de toute la région est interrompu, et 11 générateurs diésels de secours (sur 12 installés en sous-sol), tout comme les pompes qui assurent le refroidissement du cœur des réacteurs, sont noyés et hors d’usage. Le 12ème diésel permettra aux réacteurs n°5 et 6, situés dans la 2ème centrale, de conserver un système de refroidissement.

 

Il y avait, dans l’histoire des catastrophes, un “avant” et un “après” Tchernobyl. Aujourd’hui, un nouveau jalon s’impose avec Fukushima.

 

Un scénario catastrophe

 

Une situation imprévue dans tous les scénarios imaginés dans le monde entier : la perte simultanée de l’alimentation électrique et de la “source froide“ qui permettent de refroidir le combustible nucléaire. “Fukushima a montré que l’improbable est possible”, a déclaré M. Philippe Jamet, un responsable de la sûreté nucléaire en France. Un propos courageux mais aussi un aveu inquiétant.

 

Le pire des scénarios catastrophe s’est développé avec la production d’hydrogène, suivie de la fusion du combustible. Cette fusion est survenue seulement 16 heures après le tsunami, comme devait l’admettre, deux mois plus tard – le 15 mai -, TEPCO, (Tokyo Electric Power Co.), l’exploitant de la centrale [3]. Le combustible en fusion [4] a perforé la cuve du réacteur n°1, de 15 à 16 cm d’épaisseur, et attaqué la dalle de béton du bâtiment réacteur, de 7,6 mètres, qui va se détruire progressivement.

 

C’est le début d’un scénario de film, imaginé dans les studios d’Hollywood en 1979 : “Le Syndrome chinois”.

 

Au contact de l’eau, les gaines en zirconium, portées à plus de 700 degrés Celsius, s’oxydent. En captant l’oxygène de la vapeur d’eau, le zirconium libère de l’hydrogène. A haute température, et sous un rayonnement ionisant intense s’ajoute la radiolyse de l’eau (dégagement d’hydrogène et d’oxygène).

 

L’hydrogène ainsi libéré peut s’enflammer ou exploser spontanément, suivant la concentration obtenue dans l’air. Il provoque, le 12 mars à 15h 36, soit 24 heures après l’arrivée de la vague sur la centrale, feu et explosion dans le réacteur n°1 et ses voisins.

 

L’écran de protection contre les rayonnements, présenté par l’eau, va diminuer progressivement. A l’extérieur des bâtiments réacteurs, l’intensité des rayonnements émis par le cœur qui a fondu, va atteindre des niveaux très élevés, qui rendent impossible toute intervention humaine.

 

TEPCO décide de noyer les enceintes des réacteurs et leurs piscines avec de l’eau de mer

 

Selon le rapport de TEPCO, le combustible du réacteur n°3 fusionnera à son tour au bout de 60 heures, et celui du réacteur n°2, quatre jours après le tremblement de terre. Il faudra attendre environ 10 ans avant de commencer le démantèlement des réacteurs accidentés, opération qui devrait durer 30 à 40 ans. Les coûts les plus optimistes pour cette opération s’élèvent à 15 milliards de dollars.

 

La production d’hydrogène, qui a provoqué les explosions [5] le 12 mars dans le réacteur n°1 (le 15 mars pour le n°2 et le 21 mars pour le n°3), s’est prolongée par des rejets radioactifs qui ont gravement contaminé habitations, terres (20% de la production nationale de riz) et forêts, à plus de 100 kilomètres de rayon.

 

En 15 heures, 51 000 personnes sont évacuées, et un total de 178 000 le seront au cours des 28 premières heures de la catastrophe. Des milliers de personnes vivent encore dans des zones à évacuer. Certaines y sont revenues après leur évacuation, des éleveurs notamment.

 

La vague a pénétré par endroits jusqu’à 10 kilomètres à l’intérieur des terres. A fin mars, on avait dénombré [6] plus de 27 000 morts et disparus du fait du séisme et du tsunami associés. Cette nouvelle page de catastrophe naturelle et nucléaire, aux énormes répercussions sociales et économiques, n’est pas prête de se refermer.    

 

La catastrophe était-elle imprévisible ?  

 

Au cours des 513 dernières années (de 1498 à 2011) il a été recensé, au Japon et dans les iles avoisinantes, 16 tsunamis avec des hauteurs de vagues supérieures à 10 mètres. La moitié de ces évènements ont eu lieu depuis le début du 20ème siècle. Six tsunamis sur seize ont occasionné des vagues de 25 mètres ou plus, dont deux de 30 et 31,7 mètres depuis 1918. Un tsunami de même intensité que celui de 2011 s’est produit sur la côte est du Japon il y a 3000 ans.

 

La survenue d’un tsunami provoquant une vague de 14 mètres n’était donc pas invraisemblable.

 

En 2008 et en février 2011, TEPCO avait simulé un tsunami de plus de 15 mètres de haut atteignant la 1ère centrale de Fukushima, mais n'avait pris aucune initiative, jugeant sa probabilité quasi nulle.

 

Les douze experts de la commission, créée en mai 2011 à l'initiative du 1er Ministre Naoto Kan, ont noté un point plus grave encore : "L'organisme de régulation nucléaire du gouvernement n'a pas demandé à TEPCO de prendre des mesures précises, comme, par exemple, d'effectuer des travaux supplémentaires après avoir reçu les études par simulation de TEPCO en 2008 et début 2011, concernant l'impact des tsunamis sur ses installations".

 

Partage des dégâts entre tremblement de terre et tsunami

 

La question de savoir ce qui a été endommagé dès le tremblement de terre, avant l’arrivée du tsunami, n’est pas banale. Pour tirer les leçons de l’accident, il faut pouvoir reconstituer le film des évènements, la chronologie des dégâts. Est-ce que le tremblement de terre, à lui seul, a créé des dommages ayant conduit à la ruine d’un ou plusieurs réacteurs ?

 

Si c’est le cas, il faudra définir les consolidations de structures et les modifications des différents appareillages ou des ancrages de tuyauteries à apporter aux réacteurs existants, afin qu’ils puissent résister à un tremblement de terre. Plus de 10 % des 442 réacteurs électronucléaires en fonction dans le monde sont construits sur des zones sismiques. Si ces modifications ne peuvent pas être réalisées, il faudra logiquement arrêter définitivement les réacteurs concernés.

 

Quels sont les dégâts attribuables au seul tsunami [7] (et par extension à une inondation provoquée par une autre anomalie grave) ? On peut assurément mettre en cause le positionnement de divers appareillages importants pour la sûreté des réacteurs, comme les diésels de secours par exemple, qui furent noyés sous les masses d’eau. Les réacteurs ont tous une “source froide“, constituée par l’eau d’une rivière ou de la mer, ils sont donc tous hautement concernés par les leçons que l’on tirera de la catastrophe de Fukushima.

 

La tentation sera grande, pour les exploitants nucléaires, de tout mettre sur le dos du tsunami, car les dommages provoqués par le tremblement de terre peuvent conduire à une remise en question des installations existantes plus sévères que celles du tsunami, voire à des modifications de structures coûteuses, voire impossibles. Cela ne veut pas dire non plus que seuls les tsunamis et les tremblements de terre posent problème, car, à Three Mile Island, en 1979, comme à Tchernobyl en 1986, le combustible a fondu sans l’action d’aucun de ces deux fléaux naturels.

 

La Commission indépendante de dix experts, nommés le 24 mai par le Premier ministre japonais Naoto Kan [8] pour enquêter sur la catastrophe de Fukushima, a publié, le 25 décembre 2011, un rapport intérimaire. Le rapport définitif est attendu pour l’été 2012.

 

Une phrase du rapport souligne les graves responsabilités de l’exploitant nucléaire et de l’autorité nucléaire japonaise : « Il est inexcusable qu'un accident nucléaire n'ait pu être géré parce qu'un événement majeur tel qu’un tsunami n'a pas été anticipé ».

 

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Papous-juifs ou Juifs-papous ? (info # 010901/12) Version imprimable
Analyse
lundi, 09 janvier 2012

 

Par Sandra Ores

 

L’enregistrement vidéo d’une communauté de Papouasie-Nouvelle-Guinée, chantant la prière juive Shema Israël – « Ecoute Israël », la prière fondamentale du judaïsme –, dans leur accoutrement traditionnel papou, avait récemment tourné sur Internet, provoquant une grande surprise chez ses spectateurs.

 

Epoustouflant, cette centaine d’hommes vêtus de paille et de plumes, lance à la main, louant le ciel à la manière des ancêtres hébreux, articulant des sonorités lointaines, dans une contrée aussi excentrée du Judaïsme que les îles d’Océanie !

 

Il s’avère que ces indigènes, faisant leur prière torse nu, appartiennent à la tribu des Gogodalas. Environ 25 000 individus, jurant descendre de l’une des dix tribus perdues de l’époque biblique. Ces chasseurs-cueilleurs vivent dans la province occidentale de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, sur le delta du fleuve Fly, qui se jette dans la mer de Corail. Ils se nourrissent, pour la plupart, de poissons, de kangourous et de plantes trouvés dans la nature, et ils sont majoritairement illettrés. Ces hommes revêtent toutefois des habits plus contemporains lorsqu’ils se rendent en ville.

 

Tony Waisa, officiellement « chef chercheur de la tribu », la personne chargée de fournir des explications sur son « histoire orale ou traditionnelle », possède toutefois un compte email sur Yahoo et parle anglais.

 

Ce chef papou découvrit un jour, sur Internet, les recherches biologiques effectuées par un scientifique de l’université des Etudes Orientales et Africaines de Londres, le Professeur Tudor Parfitt, sur une tribu du sud de l’Afrique, les Lembas. Les membres de cette communauté rurale, établie principalement au Zimbabwe, affirment eux aussi descendre d’une « tribu perdue » du royaume de Salomon.

 

Le but de l’étude de Parfitt résidait dans la mise en évidence d’un lien génétique avec le peuple juif (voir mon article : La science à l’appui du mythe Lemba). Les résultats s’étaient révélés positifs, établissant un lien génétique entre les Lembas, notamment les prêtres de la tribu, et le peuple juif, à travers l’existence d’un gène récurrent chez les populations juives, également identifié chez les Lembas.

 

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"Ils feraient des guerriers fantastiques dans les rangs de Tsahal"

 

Le chef Waisa contacta le scientifique londonien afin qu’il se prête aux mêmes tests sur ses congénères ; le Papou envoya à Londres des poignées de cheveux de membres de sa tribu, dont le professeur ne put faire usage.

 

Tudor Parfitt décida cependant de rendre visite à ces « Papous juifs », en 2003, rejoignant leurs villages en canoë – le moyen de locomotion principal des Gogodalas, ainsi qu’un objet central de leur culture, leur permettant d’emprunter les rivières lorsqu’ils chassent.

 

Tudor Parfitt fut accueilli de manière festive, ainsi qu’il me l’a confié au cours d’un long entretien - dans un parfait français - par des hommes à la peau brune, le front peint d’une étoile de David pour certains, le drapeau israélien dans la main pour d’autres, chantant des litanies juives…

 

J’ai également réussi à nouer un contact direct avec le chef Tony Waisa ; il a répondu aimablement à mes questions, m’envoyant également des documents Word et Excel, relatant le passé de son peuple.

 

A l’en croire, les ancêtres des Gogodalas auraient vécu en Israël, le long du Jourdain, que, dans leur tradition, ils nomment Tala ; la carte traditionnelle qu’il me fait parvenir est parsemée de noms à consonance non hébraïque : on y distingue un petit lac au nord du lac de Tibériade, qui pourrait figurer les anciens marais de la vallée de la Hula. Selon la carte de Waisa, cette étendue, que les Gogodalas considèrent, en outre, comme l’épicentre de leur existence, se situerait à mi-chemin entre Metula et Tibériade. Les Papous israélites l’appellent Kulumusu ; il est entouré de deux provinces : Mili, sur la rive occidentale, et Masé, à l’Est. La Galilée est devenue Gwailé, un vocable effectivement proche.

 

Selon leur tradition, les Gogodalas auraient quitté Israël, ce « lointain pays de l’Ouest », qu’ils nomment également Sa’loné ou Isalé (sonorité ressemblant effectivement à Israël). Un autre nom qu’ils donnent à Israël est Ya’bisaba, pour lequel ils ressentent une affection toute particulière. A les croire, ils seraient partis de la terre sainte environ 400 ans avant l’ère chrétienne, descendant la mer rouge avant de traverser le Pacifique.

 

Les tests génétiques effectués sur les Gogodalas, à l’inverse de ceux pratiqués sur les Lembas, n’ont pas permis de tirer des conclusions décisives quant à une éventuelle origine sémite. Tudor Parfitt de préciser : « nous n’avons pas non plus relevé de preuve qu’ils ne proviennent pas du Moyen-Orient ». Cela demeure toutefois historiquement peu probable, selon lui.

 

Ce qui n’ébranle pas le crédo de Tony Waisa, qui m’affirme que 90% des membres de sa tribu souhaitent s’installer en Israël. Le professeur anglais rapporte que les Gogodalas sont passionnés par leur judaïté ainsi que par Israël. Un amour authentique, selon le scientifique.

 

Le jour de Yom Ha’atzmaout, par exemple, lors duquel les Israéliens commémorent l’anniversaire de l’indépendance de leur Etat, le professeur relate que des milliers d’indigènes défilent dans les rues des grandes villes de leur région, notamment à Daru, la capitale de leur province, brandissant des drapeaux israéliens. Ils participent, festifs, à l’esprit du pays « de leurs ancêtres » qu’ils n’ont jamais vu.

 

Des Gogodalas se sont rendus en délégation en Israël, traversant, pour ce faire, la moitié de la planète, en 2007. Leur objectif premier consistait à venir offrir leur or pour le temple de Jérusalem. La volonté de rapprochement provient réellement de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, et non d’Israël ou de rabbins. Ce, pour le plus grand désarroi de Tony Waisa, qui souhaiterait accueillir des savants israéliens dans son territoire. Le gouvernement israélien ne s’ « intéresse cependant pas trop à leur sort », ce que regrette Parfitt, qui soutient, sans la moindre once d’humour britannique, que ces hommes « feraient des guerriers fantastiques » dans les rangs de Tsahal (sic !).

 

D’où peut bien provenir l’origine du lien entre cette tribu éloignée du Pacifique et la terre des Hébreux ? Les chercheurs s’accordent à penser que ces fables auraient pris naissance sous l’influence des missionnaires chrétiens, relatant « aux sauvages » l’histoire du Juif Jésus. Les moines étant arrivés dans cette région du Pacifique entre la Première et la Deuxième Guerre Mondiale. 

 

Le professeur Bryant Allen, de l’Université Nationale Australienne, que j’ai également interrogé lors de mon enquête, explique que des officiers missionnaires australiens avaient jugé que certains indigènes « ressemblaient à des Juifs ». Ils en conclurent, peut-être hâtivement, que les Gogodalas descendaient des tribus perdues ; ce rapprochement reposait, selon lui, sur des stéréotypes physiques non avérés, relevant probablement d’une bonne dose d’antisémitisme, à la mode dans les années 30-40.

 

L’idée de provenir d’une tribu perdue s’avère apparemment assez commune dans les environs du Pacifique. C’est Lynda Newland, une conférencière auprès de l’Université du Sud Pacifique, dans les Iles Fiji, qui me le confie.

 

Elle me confirme que cette idée s’est propagée dans les îles par le biais de missionnaires chrétiens. Pas les mêmes que ceux mentionnés précédemment toutefois, puisque Lynda Newland fait précisément allusion aux missions chrétiennes présentes en Océanie dès le XIXème siècle.

 

Les missionnaires mettaient très souvent l’accent sur l’Ancien Testament dans leur enseignement, de même que sur les écritures hébraïques, à l’instar de l’Eglise Méthodique. La richesse des récits de l’Ancien Testament a probablement impacté l’imaginaire des indigènes, les invitant à s’identifier aux anciens Hébreux.

 

Les influences religieuses sur les tribus du Pacifiques peuvent être multiples. A l’instar de certains Gogodalas, qui sont capables de pratiquer à la lettre l’une des religions chrétiennes, et, simultanément, d’adopter des rituels issus du judaïsme ; à l’instar de la circoncision, de l’hygiène alimentaire préconisée dans la Bible et de la pâque juive.

 

Ces Papous étudient les prières, les symboles et les salutations juives ; par exemple ils se saluent en se souhaitant shalom. Les voyages de pasteurs gogodalas en Israël leur ont permis d’apprendre et de rapporter une partie de ces prières et de ces rites ; d’où l’origine de la vidéo des Papous psalmodiant le Shema Israël.

 

Le mythe de la descendance sémite est parfois si bien ancré dans les esprits, que Tudor Parfitt a pu rencontrer, lors d’une réunion de Gogodalas, une jolie jeune fille de la capitale, au grand-père maltais juif ayant fui lors de la Seconde Guerre mondiale en bateau, échoué en Papouasie puis marié à une Papoue, qui était en quête d’un mari juif.

 

Le professeur anglais note toutefois qu’ « il n’existe pas, à franchement parler, de judaïsme en Nouvelle Guinée ». La religion mosaïque s’y définit d’avantage comme « une ethnicité, un critère racial », datant de la moitié du XIXème siècle, servant à marquer une différence sociale entre les diverses communautés.

 

Lynda Newland dépeint une situation similaire dans les Iles Fiji : les mythes de la Bible auraient été exploités par l’Eglise Méthodique, ou Pentecôtiste, afin d’apporter une légitimité morale et spirituelle à certains groupes, leur permettant d’acquérir une position supérieure dans le jeu politique ou dans l’accès aux ressources économiques. L’identité « juive » d’une tribu figurerait ainsi davantage un genre de construction sociale, élaborée par les missionnaires chrétiens, qu’une réelle appartenance historique à celle-ci, voire un rapprochement intellecté avec le judaïsme.