Les Forces Démocratiques Syriennes ont traversé l’Euphrate (011711/17) Version imprimable
Analyse
vendredi, 17 novembre 2017

 

Par Perwer Emmal dans le Rojava

 

A partir de l’endroit où je me trouve, dans le périmètre de l’exploitation pétrolifère d’al Tanak (carte), il semble que la grande offensive des Forces Démocratiques Syriennes (FDS) sous commandement kurde, soutenues par la "coalition américaine", que l’on attendait impatiemment afin de s’emparer de l’axe routier (en vert sur la carte) stratégique, également nommé l’Autoroute iranienne, ait commencé.

 

A partir d’hier matin (jeudi), l’offensive, qui fait partie de l’opération "Tempête de Jazeera", se développe sur deux axes : premièrement, dans une direction nord-ouest/sud-est, le long de l’Euphrate, sans avoir pour le moment tenté la traversée du fleuve, et deuxièmement, sur une orientation nord-sud, précisément à partir d’al Tanak où je me suis posté.

 

De ce champ de pétrole, bardé d’installations de raffinage (qui ont été remises en marche !), des convois de FDS et de commandos occidentaux confluent sur la partie centrale de la section de la vallée de l’Euphrate située entre la jonction de la rivière Khabour avec le fleuve et la frontière irakienne.

 

De mémoire de Kurde, je n’avais jamais vu autant de matériel (relativement) récent, chars, artillerie, Hummers, etc. aux mains de mes compatriotes, ni autant de combattants, de mieux en mieux équipés. Cela ressemble presque à une petite armée.  

 

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Service cartographique © Metula News Agency

Base graphique : carte Wikipédia

En rouge les positions de la "coalition russe"

En jaune les positions de la "coalition américaine"

En orange plein, les positions conquises par la "coalition américaine" ces dernières 24h

En jaune entouré d’orange les positions pour lesquelles on se bat actuellement entre

la "coalition américaine" et les miliciens de l’Etat Islamique

En noir les positions de l’Etat Islamique

 

Cette offensive met à profit le fait que la "coalition russe" en face reste engluée sur ses positions, apparemment incapable d’enlever al Quriyah et Abou Kamal après plusieurs tentatives aux islamistes de DAESH. Ce n’est cependant pas faute du manque de soutien de la part des Russes : mardi, cinq bombardiers lourds, arrivant en vol direct de Russie, après avoir traversé l’Iran et l’Irak, ont anéanti des bâtiments du centre d’Abou Kamal, sous lesquels étaient censés se trouver des blindés de l’Etat islamique et d’autres équipements militaires.

 

Mais même après ce raid meurtrier, les alliés du gouvernement syrien, iraniens, chiites libanais et irakiens et les commandos russes n’ont pas progressé dans la ville frontalière.

 

La "coalition russe", face à ses difficultés, s’emploie à conquérir de vastes étendues de territoires désertiques au sud de l’Euphrate, où elle ne rencontre pas ou peu de résistance de DAESH.

 

Bien que cette offensive fût attendue et préparée, il est probable que ce soient les propos de M. Lavrov, le ministre russe des Affaires Etrangères, affirmant que la présence iranienne était "légitime" en Syrie, qui ait hâté les choses.

 

D’abord, parce que Donald Trump n’a probablement pas apprécié cette déclaration, intervenant quelques heures après la signature d’un accord entre Washington et Moscou, sur lequel les deux grandes puissances s’étaient entendues pour stipuler que toutes les forces étrangères devaient quitter le territoire syrien. De toutes évidences, ce libellé et la déclaration de Lavrov ne sont pas compatibles.

 

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L’Arabie Saoudite, l’Iran, Israël, le Liban et la guerre (info # 011411/17) Version imprimable
Analyse
mardi, 14 novembre 2017

 

Par Michaël Béhé à Beyrouth

 

L’Arabie Saoudite et l’Iran sont sémantiquement en état de guerre. Les deux pôles focalisant les deux tendances principales de l’islam, les sunnites – 90% des 1.4 milliards de musulmans - et les chiites – les 10% restants -, n’ont jamais connu de trêve réelle, mais leur antagonisme est en train de s’enflammer. Techniquement, cela survient à la suite du tir d’un missile balistique sur Riyad, lancé depuis le Yémen, dont les Saoudiens accusent, probablement à raison, Téhéran et ses supplétifs du Hezbollah libanais.

 

Depuis, les menaces et les surenchères vont bon train. Les citoyens du royaume ont été invités par leur gouvernement à quitter le pays aux cèdres séance tenante, comme si l’éclatement d’un conflit était imminent. Le Bahreïn et d’autres pays du Golfe ont émis le même avertissement à l’intention de leurs ressortissants.

 

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Un complexe iranien construit cette année en Syrie

 

Donald Trump a félicité le Roi Salman et son fils, Mohammad, accessoirement ministre de la Défense, pour leur décision, affirmant qu’ils savaient pertinemment ce qu’ils faisaient.

 

Les compliments du président américain concernent également la décision des souverains de faire enfermer ou d’écarter des affaires plus de deux cents ministres, princes et dignitaires du régime, accusés de corruption. Parmi ceux-ci, onze princes, tel Aloualid bin Talal, l’un des plus grands hommes d’affaires du royaume, ou Moutaïb bin Abdullah, le fils du roi précédent et ex-chef de la Garde nationale.

 

Le soutien du président américain est d’autant plus appuyé que certains des responsables évincés, à l’instar de Khalid al-Tuwaijri, l’ancien chef de la Cour Royale, Ibrahim al Assaf, le ministre de l’Economie déchu, ou encore Abdullah al Sultan, le commandant de la Marine saoudienne, n’étaient pas favorables à la politique de Donald Trump, à l’accentuation du différend avec l’Iran et au rapprochement avec Israël.

 

Depuis la purge, les critiques fusent aussi contre le Liban, contre lequel Riyad a lancé une offensive diplomatique tous azimuts. Les ressortissants de ce pays sont dépeints comme des hommes d’affaires sans scrupules qui multiplient les promesses de charlatans et vectorisent les commissions/bakchichs entre les décideurs saoudiens corrompus. Le Prince Mohammad bin Salman, 32 ans, le nouvel homme fort de la monarchie, le grand réformateur et successeur désigné au trône, considère que nombre de Libanais sont en fait des agents de l’Iran sinon des agents doubles, et le moins qu’on puisse dire est qu’il ne les tient pas dans son cœur, tout comme les Palestiniens.

 

Pour le dauphin du Roi Salman, les dirigeants de l’Autorité Palestiniennes sont des fantoches sans importance, dirigeant un mythe sans passé et sans avenir, pour tout dire, des boulets. Quant au Hamas, c’est simplement à ses yeux une organisation terroriste islamiste issue des Frères Musulmans égyptiens, qui comptent parmi les pires ennemis des Ibn Saoud.

 

Pour l’instant, Riyad n’a pas les moyens de porter la guerre au Liban, mais il peut sanctionner lourdement le pays aux cèdres en lui imposant des sanctions économiques, qu’elles soient officielles ou non d’ailleurs. Sans l’argent saoudien, Beyrouth est une capitale arabe pauvre.

 

Ce qui explique pourquoi les dignitaires libanais sunnites et chrétiens se succèdent chez les al Saoud, afin qu’ils ne mettent pas tous les Libanais dans le même panier. Jusqu’au patriarche maronite, le Cardinal Raï, qui est venu rencontrer le Roi Salman dans son palais, pour lui rappeler que Bkerké [le siège de l’Eglise maronite] a toujours tenu ses distances avec l’Iran et ses supplétifs du Hezbollah.

 

Car c’est la nouvelle exigence que Riyad entend imposer aux sunnites et aux chrétiens libanais : cesser de cautionner ou de tolérer la présence des Perses et de leurs porte-flingues chez eux et les considérer comme des envahisseurs et des ennemis. C’est le message que Saad Hariri, le Premier ministre démissionnaire, est censé propager ; il s’y attèlera en rentrant à Beyrouth après un long séjour dans la péninsule arabique où il est l’hôte du roi. Evidemment qu’en revenant chez lui, il mettra sa vie en danger, s’exposant à un attentat du Hezbollah et des services syriens, comme celui qui a coûté la vie à son père, Rafic, le 14 février 2005.

 

De plus, il va placer le Président maronite Michel Aoun devant un choix impossible : lâcher le Hezb, qui contrôle militairement le Liban, ou se faire lâcher par l’Arabie Saoudite et le monde arabe, ce qui en ferait, plus encore qu’actuellement, une marionnette entre les mains des ayatollahs iraniens.

 

Mais des problèmes coalitionnaires d’Aoun, les gardiens de la Mecque n’ont cure, ce n’est qu’un vieil ambitieux sans colonne vertébrale à leurs yeux. De toute façon, ils ne font qu’avancer l’heure de sa détermination, celle qu’exigeront les Israéliens lorsqu’ils déclencheront leur guerre avec le Hezbollah au Liban. Ce sera un instant dramatique, durant lequel Aoun décidera du destin de notre pays : soit couler avec les Iraniens et revenir au temps des arcs et des flèches, comme se plaisent à le répéter les généraux hébreux, soit participer à une nouvelle guerre civile aux côtés des Israéliens, des sunnites et des chrétiens et face aux chiites.

 

La nouveauté est que le monde arabe a déjà choisi son camp, en espérant que Binyamin Netanyahu se trouve contraint par les évènements en Syrie de procéder à une guerre préventive. A Beyrouth, il se murmure, mais suffisamment haut pour que cela soit audible, que Riyad a promis à Jérusalem de couvrir tous les frais de la guerre si elle envoie Tsahal débarrasser le Liban des chiites. De plus, le Roi Salman aurait promis à Netanyahu une normalisation complète avec le monde arabe et l’abandon de la cause palestinienne s’il parvient à ses fins.

 

Non seulement c’est probablement très tentant pour le Premier ministre hébreu, ça lui assurerait entre autres d’échapper aux poursuites policières qui se rapprochent quotidiennement de sa personne, mais aussi, les Saoudiens lui montrent, par des comportements d’alliés, qu’ils ont déjà tourné la page de la confrontation arabo-juive.

 

La coordination militaire entre les deux pays se renforce, celle entre les services de Renseignement fonctionne à plein rendement, et les ventes de matériel israélien, de même que le recours aux conseillers hébreux pour combattre les Houthis yéménites et se préparer à la confrontation face à l’Iran se chiffrent en milliards de dollars.

 

Reste que l’on n’attire pas Israël dans une guerre s’il n’en conçoit pas la nécessité. Mais justement, l’évolution stratégique régionale semble pousser Jérusalem à entrer en conflit avec l’Iran en Syrie et au Liban. Ainsi, en dépit des demandes insistantes du chef d’état-major de Tsahal, Gadi Eizenkot, le tout récent plan de démilitarisation du sud syrien, conclu la semaine dernière entre les Américains et les Russes, permet aux Iraniens et à leurs supplétifs du Hezbollah de s’approcher par endroits jusqu’à 5km de la partie israélienne du Golan. Le plan prévoit certes que tous les éléments étrangers à la Syrie quittent ce pays, mais de manière absconse, sans fixer de date butoir pour leur départ. Pire encore, du point de vue hébreu, Poutine vient de répéter que la présence des Iraniens dans la "république" démembrée de Bashar al Assad était "légitime".

 

Or la direction politique et militaire de nos voisins méridionaux répète pour sa part à l’envi que l’établissement permanent de forces perses en Syrie constitue une ligne rouge infranchissable pour Israël et que l’Etat hébreu n’hésitera pas à intervenir au-delà de ses frontières pour l’empêcher.

 

Prosaïquement, l’avenir d’Israël, mais aussi du Liban et de toute la région, pourrait dépendre directement de l’issue des combats qui se déroulent dans la vallée de l’Euphrate, au fin fond de l’est syrien. Si la "coalition américaine", en particulier les Kurdes des Forces Démocratiques Syriennes, parviennent à couper le corridor iranien, Téhéran ne sera pas en mesure de transférer des soldats et du matériel en nombre suffisant pour menacer l’Etat hébreu sur ses frontières du Nord. Si, en revanche, cet axe devait se trouver entièrement sous le contrôle de la "coalition russe", rien n’empêcherait les ayatollahs de porter le danger aux confins de la Méditerranée.

 

La semaine dernière, les Russes et leurs alliés gouvernementaux syriens, iraniens, libanais (Hezbollah) et irakiens (milices chiites) ont subi deux revers militaires importants. Ils ont été refoulés des villes d’al Quriyah et d’Abou Kamal (carte) dont ils avaient pris le contrôle du fait d’une contre-offensive dévastatrice des miliciens de l’Etat Islamique. Ce, en dépit de l’appui écrasant de l’Aviation, de l’Artillerie et des commandos de Poutine.

 

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La situation aujourd’hui dans la vallée de l’Euphrate

Service cartographique © Metula News Agency

Carte-base : Wikipedia

En rouge les positions de la "coalition russe"

En jaune les positions de la "coalition américaine"

En noir les positions de l’Etat Islamique

En vert : le "corridor iranien"

 

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Qui est antisémite aux Etats-Unis aujourd’hui (info # 011211/17) Version imprimable
Analyse
dimanche, 12 novembre 2017

 

Par Guy Millière

 

Parmi les innombrables accusations qui n’ont cessé, depuis plus d’un an, d’être déversées sur Donald Trump, la plus ignoble et la plus abjecte n’a pas été celle parlant de ses “collusions” avec la Russie. Dans quelques mois, il ne restera rien de cette accusation, qui ne survit que grâce au lancinant travail de désinformation des grands media occidentaux et à l’esprit vicié des multiples acteurs d’une gauche américaine sans scrupules. La plus infâme n’est pas même celle présentant Donald Trump comme ayant des penchants le conduisant à la complaisance avec le fascisme ou le racisme, quand bien même cette accusation est particulièrement répugnante. Non, la plus ignoble et abjecte à mes yeux est celle l’accusant d’avoir des penchants antisémites.

 

Oser traiter d’antisémite le premier président des Etats-Unis à avoir une famille juive implique un degré d’abjection particulièrement élevé. Oser traiter d’antisémite un président dont une large part des principaux conseillers et membres de cabinet sont juifs et dont le principal speechwriter [rédacteur de discours] (Stephen Miller) est lui aussi juif, implique d’en rajouter beaucoup dans l’ignominie. Oser traiter d’antisémite le premier président américain en exercice à s’être rendu au Kotel [le mur des lamentations], le premier président depuis les accords d’Oslo à ne pas avoir soutenu la “solution à deux Etats” et à avoir affirmé un soutien quasiment inconditionnel à Israël, c’est atteindre le sommet de l’ignominie.

 

Tout comme les “collusions” imaginaires de Donald Trump avec la Russie apparaissent de plus en plus nettement comme étant un écran de fumée destiné à dissimuler les véritables collusions avec la Russie : celle par laquelle Hillary Clinton et Barack Obama ont vendu vingt pour cent de l’uranium américain à la Russie en échange du versement de cent-quarante-cinq millions de dollars à la Fondation Clinton, et celle de l’utilisation de faux documents venus des services secrets russes (achetés douze millions de dollars au travers d’une société douteuse appelée Fusion GPS) par la campagne de Hillary Clinton aux fins de nuire à Donald Trump pendant la campagne électorale de 2016.

 

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L’uranium n’a pas d’odeur

 

Ce à quoi on devrait ajouter l’utilisation par l’Administration Obama des mêmes faux documents pour faire ouvrir une enquête sur l’entourage de Donald Trump par le FBI pendant la dernière année de la présidence Obama.

 

Et tout comme les accusations infondées de complaisance de Donald Trump avec le fascisme ou le racisme sont utilisées pour dissimuler ou disculper le fascisme et le racisme de la gauche américaine, qui soutient depuis des mois des mouvements fascistes tels qu’Antifa, responsable d’un grand nombre d’agressions et d’incendies volontaires, et des mouvements racistes tels que Black Lives Matter [les vies noires importent], les accusations d’antisémitisme portées contre Donald Trump semblent destinées à occulter le réel antisémitisme qui emplit l’atmosphère aux Etats-Unis, l’antisémitisme islamo-gauchiste.


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Israël abat un drone syrien (info # 011111/17) Version imprimable
Breaking News !
samedi, 11 novembre 2017

 

© Metula News Agency

 

14h45 à Métula, 13h45 à Paris

 

Vers 11h ce samedi matin, un drone syrien, probablement de fabrication iranienne, qui se dirigeait vers l’espace aérien israélien a été abattu par un missile Patriot tiré depuis une base de l’Armée de l’air à Tzfat (Safed). Un seul Patriot a été nécessaire pour anéantir l’avion sans pilote.

 

Le drone était en mission de reconnaissance (sans doute non-armé). Il suivait un cap qui l’entraînait vers le territoire hébreu, lorsqu’il a été neutralisé au-dessus du no man’s land dans le nord du Golan.

 

Des chasseurs-bombardiers du Khe’l Avir ont immédiatement été dépêchés dans le périmètre de l’incident et les observateurs de la Ména dans la région nous ont rapporté que de forts bruits d’explosions provenant de la partie syrienne du Golan ont suivi leur intervention.

 

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Ce qu’il reste du drone syrien après l’intervention de la DCA israélienne

 

Tsahal a eu le temps de vérifier avec des représentants de l’Armée russe que le drone ne leur appartenait pas avant de l’abattre.

 

Suite à l’incident, le ministre israélien de la Défense, Avigdor Lieberman, a déclaré que "l’Etat d’Israël considérait avec une grande sévérité toute violation de sa souveraineté et qu’il répondrait avec force à toute provocation".

 

Selon nos relevés, la première riposte a déjà eu lieu immédiatement après l’interception du drone, et elle sera peut-être suivie de représailles supplémentaires.

 

M. Lieberman a ajouté que "le régime d’Assad serait tenu responsable pour toutes ces violations et qu’Israël ne permettrait pas l’établissement d’un axe chiite en Syrie".

 

Cet incident intervient alors que la tension monte dans la région, particulièrement entre l’Arabie Saoudite et l’Iran, mais également dans l’est de la Syrie, entre Deïr ez Zor et la frontière irakienne, où les combats s’intensifient en vue du contrôle de l’ "Autoroute iranienne".

 

Ces développements influencent aussi la situation entre l’Etat hébreu et le Liban, notre rédaction étant sans cesse survolée par des appareils frappés de l’étoile de David.

 

Ce n’est pas la première fois qu’un drone en provenance de Syrie est abattu à proximité de la Haute Galilée. Des incidents de ce genre se sont produits à au moins trois reprises depuis le printemps dernier.

 

 
Collusion russe : manipulations et contre-manipulations (010611/17) Version imprimable
Analyse
lundi, 06 novembre 2017

 

Par Amram Castellion

           

La presse française, qui ne nous déçoit jamais, a unanimement réagi aux mises en accusation prononcées la semaine dernière par le procureur spécial Robert Mueller dans l’affaire dite « de la collusion russe », en titrant sur un Trump « cerné » ou « fragilisé ».

 

On ne peut cependant parvenir à cette conclusion que si on se dispense de lire les documents de l’accusation. Pour ceux qui font cet effort, la conclusion est extrêmement différente.

 

La mise en accusation de l’ancien directeur de campagne de Trump, Paul Manafort, et de son complice Rick Gates porte exclusivement sur des faits datant de plusieurs années avant que personne n’imagine que Trump serait un jour président des Etats-Unis. Les liens excessifs et non déclarés de Manafort avec la Russie étaient d’ailleurs ce qui conduisit Trump à le renvoyer de son poste de directeur de campagne après trois mois d’activité, le 19 août 2016.

 

De 2008 à 2012, Manafort et Gates ont travaillé comme agents d’influence rémunérés de l’Ukraine (alors pro-russe) aux Etats-Unis. Cela n’était pas illégal, mais ils n’ont pas déclaré cette activité comme ils y étaient obligés. L’absence de déclaration rend leur rémunération criminelle en droit américain. S’y ajoutent diverses transactions financières, elles aussi non déclarées, qui permettent aux deux lobbyistes d’envisager un avenir paisible dans un pénitencier pour quelques années.

 

L’équipe d’investigateurs a aussi fait savoir qu’un collaborateur bénévole de la campagne Trump, Georges Papadopoulos, avait accepté de coopérer avec le FBI. Papadopoulos, qui avait 29 ans à l’époque, avait contribué à la campagne Trump à partir de mars 2016, lorsque Trump cherchait à développer son équipe internationale. Au cours des mois qui ont suivi, il a proposé à plusieurs reprises d’organiser des rencontres entre la campagne et des représentants du gouvernement russe. Il a même affirmé pouvoir mettre le candidat Trump en contact avec le président Poutine lui-même. Aucune de ces demandes n’a été acceptée et aucune rencontre n’a été organisée.

 

Tout ce que l’on a appris est donc que des membres de la campagne Trump, trop proches de la Russie, ont cherché et échoué à créer des liens entre la Russie et le candidat. Il n’y a pas exactement de quoi parler d’un président cerné ou fragilisé.

 

Les informations sur Manafort, Gates et Papadopoulos ne sont que les premières mises en accusation de l’équipe Mueller. On ne peut pas exclure que des décisions futures feront tomber un jour des têtes plus proches du président. Mueller aimerait certainement, par exemple, embastiller le général Michael Flynn, qui fut, pendant trois semaines, le conseiller du président pour la sécurité nationale avant d’être renvoyé par Trump pour avoir pris avec l’ambassadeur de Russie des contacts qu’il avait cachés au président.

 

Pour l’instant, cependant, les mises en accusation de la dernière semaine ne prouvent qu’une chose : des employés de la campagne Trump qui avaient des liens avec la Russie n’ont pas fait profiter le candidat de ces liens et ont été renvoyés lorsqu’ils ont été portés à la connaissance du président.

 

Les mises en accusation de la semaine dernière ont, en revanche, semé la panique, sans qu’aucun organe de presse français ne daigne le signaler, dans le parti Démocrate et, plus précisément, parmi les membres de l’ancienne campagne Clinton.

 

Le jour même de l’arrestation de Paul Manafort, Tony Podesta, le dirigeant de la société de lobbying Podesta Group, démissionnait en apprenant les chefs d’accusation. Podesta a en effet contribué aux efforts de lobbying de Manafort pour l’Ukraine et n’a pas, lui non plus, déclaré cette activité. Il serait étonnant, dans ces conditions, qu’il ne soit pas l’un des tout prochains à se voir mettre la main au collet.

 

Or, Podesta est l’un des plus grands donateurs du parti Démocrate et de la campagne Clinton. Son frère, John Podesta, n’était autre que le directeur de la campagne présidentielle d’Hillary. Dès qu’il aura commencé à mettre son nez dans les affaires du Podesta Group, Mueller aura des arguments assez convaincants pour convaincre son ancien directeur de lui apporter de nouvelles victimes – presque toutes Démocrates.

 

« Vous avez 74 ans. Voulez-vous qu’une partie du temps qui vous reste se déroule ailleurs que dans une prison fédérale ? Si oui, donnez-nous tous les cas de corruption et d’influence illégale que vous connaissez ».

 

La panique est d’autant plus grande que Mueller a choisi de fonder son acte d’accusation de Manafort sur l’absence de déclaration des activités de lobbying pour une puissance étrangère – un chef d’accusation qui, à l’époque Obama, avait entièrement cessé d’être utilisé. Or, le Podesta Group n’est que l’une des voies par lesquelles diverses puissances étrangères ont essayé et sont parfois parvenues, lorsqu’Hillary Clinton dirigeait les Affaires Etrangères des Etats-Unis, à influencer la politique américaine. Si tous les lobbyistes non déclarés qui ont tourné autour de la candidate devaient se retrouver entre les mains de la justice, c’est tout le parti Démocrate qui serait rapidement décimé.

 

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Vous avez joué, Hillary. A moi, maintenant…

 

Le lien entre Georges Papadopoulos et la campagne Clinton est encore plus étrange.

 

Papadopoulos, aussi étrange que cela puisse paraître pour un jeune homme engagé dans la campagne au nom de ses liens avec la Russie, n’avait aucun lien particulier ni avec ce pays, ni avec le parti Républicain avant de commencer à travailler pour Trump. Il connaissait en revanche deux personnages plutôt troubles : Joseph Mifsud, un universitaire maltais quelque peu mythomane qui intervient régulièrement dans des congrès financés par le pouvoir russe, et Sergei Millian, le président de la Chambre de commerce russo-américaine. Tout se passe comme si un jeune homme encore naïf avait été délibérément placé dans la campagne par des proches du pouvoir russe, pour y mener à bien une mission particulière. Mais quelle mission ?

 

Le nom de Sergei Millian fournit la réponse. En plus de ses fonctions à la chambre de commerce, Millian est en effet l’une des principales sources du fameux « dossier Steele » - le ramassis d’élucubrations, sans un commencement de preuve, que la campagne Clinton a financé et confié à un ancien agent britannique, et qui affirme que Trump était le bénéficiaire d’un flux d’informations provenant du Kremlin sur les Démocrates et s’était livré, à Moscou, à des pratiques sexuelles originales. Il est presque certain que Millian, comme les autres sources de Steele, a été payé pour ses déclarations. Payé, donc, avec l’argent des Clinton, au moment même où son protégé tentait d’établir des liens entre le pouvoir russe et le candidat Républicain.

 

La totalité des liens identifiés à ce jour entre la campagne Trump et le pouvoir russe renvoie donc directement à Hillary Clinton.

 

Manafort est bien un Républicain, mais il a longtemps illégalement travaillé pour l’Ukraine pro-russe en collaboration étroite avec le Démocrate Podesta, qui appartient au premier cercle de la candidate Démocrate.

 

Papadopoulos n’est pas même un Républicain, et ne connaissait rien à la Russie. Il est en revanche directement lié avec un homme qui est, selon toute vraisemblance, un agent russe, et qui fut l’un des principaux auteurs d’une opération de désinformation financée par la campagne Clinton, destinée à faire tomber Trump en l’accusant d’une proximité excessive avec la Russie.

 

A la lumière de ces informations, l’affaire dite de la « collusion russe » commence à ressembler beaucoup à une bonne vieille opération de manipulation.

 

Hillary Clinton, alors Secrétaire d’Etat (ministre des affaires étrangères) avait établi des liens étroits avec l’establishment russe à l’occasion de l’affaire Uranium One. La Fondation Clinton, pour plusieurs dizaines de millions de dollars, et l’ancien président Bill Clinton, à titre personnel pour 500.000 dollars, avaient bénéficié de paiements russes au moment même où la société russe Rosatom acquérait une société canadienne qui a accès à 20% des réserves américaines d’uranium. Hillary n’avait pas déclaré ces paiements aux comités auxquels elle participait et qui ont approuvé la vente. Il va de soi que si ces comités avaient été mis au courant, la vente d’un actif stratégique dans des conditions aussi suspectes aurait inévitablement été empêchée.

 

Quoi qu’il en soit, Hillary Clinton avait établi, à cette occasion, assez de liens avec la Russie pour trouver des complices acceptant de fabriquer (contre paiement tout de même) un faux dossier destiné à faire tomber Trump, en l’accusant précisément de la même collusion avec la Russie dont Hillary, par le fait même de financer le dossier, se rendait elle-même coupable. En même temps, un jeune volontaire était placé au sein de la campagne avec pour mission de susciter des rencontres à haut niveau entre Trump et les autorités russes. Ces rencontres, si elles avaient eu lieu, auraient été utilisées pour conforter l’accusation de collusion contre le candidat Républicain.

 

Cette manipulation, cependant, a échoué. Pendant toute la campagne, le « dossier Steele » a été refusé par toute la presse, même Démocrate, du fait de son absence totale de preuve ou de détails et de dates vérifiables. Papadopoulos a demandé et demandé à organiser des rencontres avec les autorités russes, mais a systématiquement été envoyé se faire voir ailleurs.

 

La raison la plus probable de cet échec est, tout simplement, que Trump a été informé de ce qui se tramait. Il avait auprès de lui assez d’agents du renseignement américain pour que l’un d’entre eux, mis au fait de ce qui se passait, aille discrètement tout raconter au chef.

 

Mais au lieu de renvoyer immédiatement Papadopoulos et de faire savoir qu’il avait tout compris, Trump a monté sa propre contre-manipulation. Il a évité de prendre des risques et refusé les contacts qui lui étaient proposés. Mais il a en même temps encouragé les manipulateurs, en répétant constamment pendant la campagne, au point que cela paraissait suspect à ses soutiens eux-mêmes, combien sa relation future avec Poutine serait excellente.

 

Elle ne l’a pas été : depuis son élection, Trump a défendu les intérêts de l’Amérique contre la Russie au moins aussi bien que ses prédécesseurs. Il n’a pas laissé, par exemple, la Russie contrôler seule la Syrie et ne lui a pas vendu, à notre connaissance, 20% d’une ressource stratégique. Mais en donnant du crédit à la thèse d’une collusion russe, Trump a entraîné son opposition sur un terrain où il savait parfaitement, depuis l’affaire Uranium One, qu’elle est bien plus faible qu’il ne l’a jamais été lui-même.

 

Cela ne signifie pas, bien sûr, qu’aucun Républicain – ou même aucun membre de l’entourage de Trump – ne tombera sous les coups des investigations de Mueller. Dans toute guerre, il faut accepter de sacrifier des troupes.

 

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De l’importance historique de la déclaration Balfour (info # 010511/17) Version imprimable
Analyse
dimanche, 05 novembre 2017

 

Par Guy Millière

 

C’était, voici quelques jours, le centième anniversaire de la déclaration Balfour. Binyamin Netanyahou, pour l’occasion, s’est rendu à Londres. Theresa May, au nom du gouvernement britannique, a contribué aux commémorations (mais, bien sûr, pas l’antisémite Jeremy Corbyn).

 

Les dirigeants “palestiniens”, eux, ne cessent de combattre la déclaration Balfour. Mahmoud Abbas a menacé de poursuivre le gouvernement britannique en justice et lui a demandé des excuses pour l’existence même du document.

 

On pourrait considérer que la déclaration Balfour n’a été qu’un texte de circonstances par lequel Arthur Balfour, ministre des Affaires Etrangères du Royaume Uni à l’époque, a reconnu la légitimité du projet de refondation d’un foyer national juif au Proche-Orient, avec pour but de bénéficier des moyens financiers juifs dans l’effort de guerre britannique à la fin de la Première Guerre Mondiale.

 

On pourrait noter que ce qui a suivi n’a pas toujours, très loin de là, été à la hauteur des espérances qui sont nées ainsi parmi les Juifs du monde, et remarquer qu’il y a eu bien des errances et bien des trahisons.

 

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Lord Arthur Balfour, un visionnaire

 

On pourrait rappeler qu’après qu’aient été dessinés les contours du Mandat palestinien et que celui-ci ait été confié au Royaume Uni, ce dernier a agi pour qu’en soit retranché quatre-vingt pour cent aux fins de créer un Etat arabe “palestinien”, qui s’est appelé émirat de Transjordanie avant de s’appeler Royaume de Jordanie.

 

On pourrait rappeler aussi que sur le territoire du Mandat résiduel, les Britanniques ont propulsé un antisémite islamique nommé Amin al Husseini vers la position de chef religieux, mufti de Jérusalem, et l’ont laissé inciter à la haine antijuive, et organiser et mener à bien des actions de pogrom.

 

On pourrait souligner qu’ils ont favorisé l’immigration arabe sur le territoire du Mandat résiduel, tout en freinant, puis en asphyxiant l’immigration juive au moment où les Juifs d’Europe en auraient eu le plus besoin, car l’extermination les attendait sur le territoire européen, ce qui a été un acte de non-assistance à peuple en danger de mort et a créé les conditions d’un conflit qui n’est toujours pas résolu.

 

On pourrait dire que le Royaume Uni a, comme les autres puissances occidentales, abandonné le peuple juif et l’Etat d’Israël tout juste né lorsque la proclamation d’indépendance d’Israël a eu lieu, après que le dossier ait été confié aux Nations Unies et qu’un vote de partage du Mandat résiduel se soit déroulé : partage que les Juifs ont accepté et les Arabes refusé.

 

On pourrait insister sur le fait que les puissances occidentales considéraient à l’époque qu’Israël ne survivrait pas, que les Juifs seraient exterminés ou jetés à la mer, et que c’était pour elles, moins de cinq années après la libération d’Auschwitz, aussi effroyable que cela puisse paraitre, une solution acceptable.

 

Il n’empêche. La déclaration Balfour a effectivement légitimé le projet de refondation d’un foyer national juif, et donné ainsi une légitimité au droit du peuple juif à disposer de lui-même et à retrouver sa terre.

 

Quels qu’aient été les obstacles, le mouvement ainsi entamé a été irréversible.

 

Sans la déclaration Balfour, Israël n’aurait vraisemblablement pu voir le jour. Sans elle, tout ce qu’Israël et le peuple juif ont pu accomplir en sept décennies sur la terre d’Israël n’aurait pu l’être.

 

En combattant la déclaration Balfour, les dirigeants “palestiniens” montrent une fois de plus qu’ils n’ont aucune intention de voir se créer un Etat arabe “palestinien” à côté d’Israël, et veulent uniquement la disparition d’Israël. Ils montrent, une fois de plus, qu’ils considèrent Israël comme un pays qui n’a pas à exister et qui devrait être rayé de la carte du monde.

 

En parlant comme il le fait, Mahmoud Abbas se comporte de manière ignoble et grotesque à la fois, et cela devrait être suffisant pour qu’il soit considéré comme ce qu’il est, un vil et sanglant imposteur.

 

Au nom de quoi et au nom de qui ose-t-il parler de poursuivre le gouvernement britannique, et peut-il prétendre lui demander des excuses ?

 

Il y a un siècle, il n’y avait sur le territoire qui est devenu Israël que quelques dizaines de milliers d’Arabes qui n’étaient pas le “peuple palestinien”: la notion n’avait pas encore été inventée.

 

Il n’y avait pas de “cause palestinienne”. L’Etat arabe “palestinien”, appelé émirat de Transjordanie, créé un peu plus tard, était peuplé d’une partie de ces Arabes. Les autres (ceux vivant sur les terres du Mandat) ont été entrainés vers l’antisémitisme islamique par Amin al Husseini, qui fut ultérieurement ami d’Adolf Hitler, et qui agissait non pas au nom des “Palestiniens”, mais au nom de l’islam fanatique.

 

La guerre menée au moment de la renaissance d’Israël en 1948-49 ne l’a pas été pour la “libération” du “peuple palestinien”, la notion n’avait toujours pas été inventée, mais au nom de l’islam fanatique encore.

 

L’OLP ne sera fondée qu’en 1964, et sera vite dirigée par le neveu et le disciple d’Amin al Husseini, le terroriste antisémite islamique Yasser Arafat.

 

 

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Important raid aérien israélien en Syrie (info # 010211/17) Version imprimable
Breaking News !
mercredi, 01 novembre 2017

 

© Metula News Agency

 

Jeudi, 0h45 à Métula, minuit moins quart à Paris

 

Ce mercredi, le Khe’l Avir, l’Armée de l’air israélienne, a attaqué un complexe militaire à 35km au sud de la ville de Homs en Syrie.

 

Selon des sources étrangères concordantes, les appareils hébreux se sont livrés à quatre vagues d’attaques successives sur l’objectif, générant d’importantes explosions et des incendies.

 

Notre correspondant à Beyrouth, Michaël Béhé, informe que l’écho des détonations a également été entendu au Liban.

 

La cible, située dans la zone de Khassaya, comptait à la fois des entrepôts de missiles et des fabriques d’armements et de munitions. Elle était protégée par des batteries de missiles fixes qui étaient censées la défendre contre d’éventuelles attaques aériennes israéliennes.

 

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Le complexe militaire de Khassaya après l’attaque israélienne

 

D’ailleurs l’Armée syrienne a tiré des missiles en direction des chasseurs-bombardiers israéliens, apparemment sans les déranger.

 

La région attaquée fait clairement partie de la zone d’influence de l’Armée de l’air russe en Syrie, dont le principal aéroport est situé à proximités, dans la province de Lattaquié.

 

D’autre part, ce raid a lieu alors que le Président Poutine se trouve en visite en Iran.

 

Selon certaines sources non vérifiées, le Khe’l Avir aurait attaqué les batteries ayant tiré des projectiles en direction de ses avions ou serait en train de le faire.

 

Le mois dernier, après un tir de missiles sol-air sur des appareils en opération dans le ciel syrien, le Premier ministre Binyamin Netanyahu avait jugé cela "inacceptable" et avait averti que "si quelqu’un tente de nous nuire, nous lui nuirons à notre tour".

 

On ne signale aucune activité sécuritaire exceptionnelle à Métula ou ailleurs sur la frontière-nord.

 

 
Conférence exceptionnelle à Bruxelles Version imprimable
Communiqué
mardi, 31 octobre 2017

 

Conférence inaugurale du nouvel immeuble de Radio Judaïca

 

à Bruxelles et de sa salle de conférences

 

  

Stéphane Juffa, rédacteur en chef de la Metula News Agency et

 

analyste stratégique, après avoir fait le point sur les dangers iranien,

 

d’une guerre avec le Liban et de la situation à Gaza

 

 

répondra à toutes vos questions d’ordre stratégique,

 

sécuritaire et de politique internationale

                                             

 Le mardi 7 novembre à 20 heures, à Bruxelles : 

 

Une conférence co-organisée par Radio Judaïca et la na
Réservations obligatoires :

Tél. + 02 648 18 59 ou par mail à
secretariat@radiojudaica.be
ou sur

www.weezevent.com/bxlmetula2017


Entrée payante : 15 euros. Tarif jeunes (-30 ans) : 8 euros

L’adresse précise à Ixelles vous sera communiquée au moment de la réservation

 

 

 
Tsahal fait sauter un tunnel stratégique à Gaza : au moins 11 terroristes tués (info # 023010/17) Version imprimable
Breaking News !
lundi, 30 octobre 2017

 

© Metula News Agency

 

Métula, lundi 22h45 à Métula, 21h45 à Paris

 

Cette après-midi (lundi), Tsahal a fait exploser un tunnel qui reliait la banlieue de la ville gazaouie de Khan Younes aux abords du kibboutz de Kissoufim, face à la région centrale de la bande de Gaza.

 

Selon notre correspondant palestinien Sami El Soudi, onze terroristes qui se trouvaient à l’intérieur de l’ouvrage ont été tués lors de l’attaque, alors qu’une quinzaine d’autres au moins ont été blessés.

 

Les terroristes appartenaient pour partie au Djihad Islamique, et pour une autre au Hamas, qui contrôle l’enclave côtière, et qui est de ce fait tenu responsable des activités hostiles qui en émanent.

 

Un certain nombre d’entre eux ont été atteints par une seconde explosion alors qu’ils portaient secours aux victimes de la première. Il est probable que la seconde détonation est due à des munitions qui étaient entreposées dans la galerie.

 

Avant même le commencement de l’opération de l’Armée israélienne, celle-ci avait déployé des batteries du Dôme de fer dans le sud d’Israël afin de parer à une éventuelle réaction des organisations terroristes.

 

La diplomatie égyptienne est intervenue auprès des protagonistes pour tenter d’empêcher une escalade de la confrontation.

 

Le porte-parole de Tsahal, Ronen Manelis, a déclaré aux journalistes que l’ "existence du tunnel constituait une violation flagrante de la souveraineté israélienne, qui réclamait une intervention militaire".

 

Le tunnel était construit dans une zone dans laquelle le mur de sécurité, qui s’enfonce profondément dans le sol (40m), n’a pas encore été édifié. La barrière de béton qui sera terminée en 2019 dépasse de 6m le niveau du sol. L’Armée de Défense d’Israël ne considérait pas le tunnel "particulièrement dangereux", mais après une évaluation détaillée, il fut décidé de le détruire par mesure de précaution.

 

 
Retournements en série dans « l’affaire de la collusion russe » (info # 013010/17) Version imprimable
Analyse
lundi, 30 octobre 2017

 

Par Amram Castellion

 

Depuis la campagne de 2016, la relation entre Trump et la Russie a paru être le principal point faible du président américain.

 

Pendant la campagne elle-même, alors qu’il semblait changer d’avis sur plusieurs sujets – la nature des relations futures avec la Chine, son positionnement dans le conflit israélo-palestinien – le refus du candidat de critiquer le Président Poutine et sa volonté déclarée d’améliorer les relations avec la Russie étaient l’une des rares constantes de ses discours.

 

Pendant la campagne, le Comité National Démocrate avait fait l’objet de tentatives de « hacking » venant de Russie. La victoire à l’arraché de Trump (avec une minorité du vote populaire, par une série de marges étroites dans plusieurs Etats) a pu être attribuée par certains commentateurs à la publication, le 22 juillet 2016, de 22 000 e-mails de la campagne Clinton par Wikileaks.

 

Ces messages montraient notamment comment le Comité National, qui aurait dû rester neutre entre les candidats à la primaire Démocrate, avait systématiquement travaillé à saper la campagne du sénateur Bernie Sanders afin de soutenir la candidate Clinton. Ils décrivaient aussi les méthodes peu ragoûtantes de la candidate, qui monnayait la moindre décision contre des exigences de contribution soit à sa campagne, soit à la Fondation Clinton (une institution qui, sous couvert d’actions charitables, fonctionnait en grande partie comme une machine à emplois et contrats pour les proches de la famille Clinton). Plusieurs experts estiment que cette fuite venait, elle aussi, de Russie – même si aucune preuve absolue n’en a été apportée et que Wikileaks a toujours affirmé que sa source était interne au Parti Démocrate.

 

Ces indices d’une intervention russe dans la campagne ont donné lieu, après l’élection du président, à de nombreuses accusations plus graves de « collusion » – ce qui exigerait non seulement une intervention russe, mais des contacts pris entre la campagne Trump et la Russie pour influencer le résultat du scrutin.

 

Peu après la prise de fonctions du nouveau président, un dossier qui avait déjà circulé pendant la campagne, mais qui n’avait pas été repris par la presse faute de preuves, a fini par être publié par la presse américaine. Ce dossier a été composé par un ancien espion britannique, Christopher Steele, embauché à cette fin par la société de renseignements Fusion GPS. Il affirme, après avoir interrogé des sources travaillant dans le renseignement russe, que le Président Poutine aurait des informations compromettantes sur le Président Trump : celui-ci aurait refusé plusieurs opérations immobilières juteuses proposées par la Russie, mais aurait accepté un flot régulier d’informations russes sur les Démocrates. Il se serait en outre compromis en se livrant à Moscou à des pratiques sexuelles peu orthodoxes, dont les Russes auraient conservé la vidéo. Le dossier peut être trouvé sur Internet à l’adresse suivante : https://www.documentcloud.org/documents/3259984-Trump-Intelligence-Allegations.html

 

Le 17 mai dernier, face à ces accusations répétées, l’Attorney General (ministre de la Justice) adjoint des Etats-Unis, Rod Rosenstein, a nommé Robert Mueller, ancien directeur du FBI de 2001 à 2013, comme « procureur spécial » chargé d’enquêter sur « tous liens entre le gouvernement russe et des personnes associées à la campagne de Donald Trump, ainsi que sur tous les faits qui pourront apparaître à l’issue de l’investigation ».

 

Contrairement à de nombreuses rumeurs qui annonçaient que Trump allait démettre Rosenstein et Mueller, tous deux sont restés en poste et ont poursuivi leur travail sans être inquiétés. Mueller a constitué une équipe de juristes extrêmement agressifs. On y note notamment la présence d’Andrew Weissmann, un procureur qui a le douteux honneur d’avoir vu annuler par la Cour Suprême plusieurs décisions qui avaient entraîné des désastres importants : la faillite de la société Arthur Andersen et l’emprisonnement de quatre directeurs de la banque Merrill Lynch sur une base juridique sans aucun précédent.

 

L’équipe Mueller a donc utilisé des méthodes musclées pour parvenir à trouver, soit des preuves de collusion, soit d’autres délits à la charge des membres importants de la campagne Trump. Elle a notamment fait pénétrer par la police à 3 heures du matin la maison de Paul Manafort, qui fut pendant trois mois (de mai à août 2016) le directeur de campagne de Trump avant d’être renvoyé par le candidat pour lui avoir caché des liens d’affaires avec des partenaires russes et pro-russes, tel que l’ancien président ukrainien Yanukovich.

 

Depuis plus de 5 mois, cependant, l’équipe Mueller n’avait trouvé aucun délit justifiant une mise en accusation. Les choses pourraient avoir changé hier dimanche 29 octobre, lorsque des fuites concordantes sont parvenues à plusieurs journaux, annonçant de premières arrestations aujourd’hui.

 

Paul Manafort vient d’ailleurs d’être arrêté ce lundi par le FBI pendant que nous rédigions cet article, de même que son associé Rick Gates, après avoir été inculpé de douze chefs d’accusation. Ceux-ci comprennent notamment une imputation de "complot contre les Etats-Unis", et aussi de blanchiment d’argent, de fausses déclarations et de non-déclarations de comptes détenus à l’étranger.

 

En revanche, l’acte d’inculpation long de 31 pages ne fait aucune référence à la campagne présidentielle de Donald Trump, ni à d’éventuelles collusions entre l’équipe de Trump et les autorités russes visant à fausser les résultats de l’élection présidentielle.

 

D’autres conseillers ou anciens conseillers du président pourraient être concernés eux aussi. Il n’est, en revanche, pas évident du tout que ces arrestations concerneraient effectivement des faits de collusion. Le poste de Robert Mueller lui permet en effet de poursuivre tous délits découverts à l’occasion de son enquête, même s’ils ne constituent pas des faits de collusion.

 

L’accélération soudaine de l’enquête de Mueller, après de longs mois de surplace, a des causes immédiates qui pourraient être plus importantes que les trouvailles de son équipe. Au cours de la dernière semaine, deux révélations essentielles ont percé :

 

En premier lieu, il a été démontré par une enquête de CNBC du 24 octobre dernier1, que le rapport Steele avait été payé… par la campagne Clinton et le Comité National Démocrate. En clair : la campagne Clinton a versé de l’argent à des agents du renseignement russe (via Steele) pour qu’ils affirment que la Russie fournissait à Trump des informations sur Clinton (ce dont il n’existe aucune trace) et qu’il existe une vidéo compromettante de Trump (qui aurait été prise bien avant que personne n’imagine que Trump serait un jour président et qu’à titre accessoire, personne n’a vue).

 

Puis, la même campagne a contacté tous les journalistes de Washington pour leur dire que le rapport contenait des informations inquiétantes… alors même que ce rapport n’existe que parce que la campagne Clinton l’a commandé et payé.

 

Ces nouveaux éléments montrent indiscutablement une collusion entre une campagne et la Russie pour influencer le résultat de l’élection 2016. Mais, contrairement à ce qui était attendu, cette collusion est entièrement le fait des Démocrates et de la campagne Clinton.

 

Cette révélation a été aggravée, au cours de la même semaine, par la décision des deux Chambres du Congrès de lancer des investigations dans un scandale déjà connu mais qui, à l’époque Obama, n’avait pas eu de suites judiciaires.

 

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Chèque ou virement ?

 

Entre 2009 et 2013, alors qu’Hillary Clinton était ministre des Affaires Etrangères des Etats-Unis (ou « Secrétaire d’Etat »), la société russe Rosatom, propriété de l’Etat russe, a acquis progressivement la société canadienne Uranium One, qui détient 20% des réserves américaines d’uranium. Cette acquisition posait des difficultés évidentes de souveraineté nationale, vu les usages stratégiques possibles de l’uranium. Elle a cependant été approuvée par le comité américain chargé de contrôler les investissements étrangers dans les secteurs stratégiques.

 

La difficulté vient de ce que pendant que la prise de contrôle d’Uranium One progressait, plusieurs hommes d’affaires liés à Rosatom versaient à la Fondation Clinton plusieurs dizaines de millions de dollars2. L’un d’entre eux, l’investisseur minier canadien Frank Giustra, finit même par devenir administrateur de la fondation après lui avoir versé plus de 30 millions de dollars. La famille Clinton n’était pas oubliée à titre personnel, puisque l’ancien Président Bill Clinton était, au même moment, payé 500.000 dollars pour donner une conférence à Moscou. Plus grave encore, la Secrétaire d’Etat, qui était présente dans ce comité, n’a jamais déclaré ces faits alors qu’elle en avait légalement l’obligation.

 

L’apparence de corruption – et non plus seulement de collusion – est donc très forte dans les circonstances qui entourent cette affaire. Si elle n’a pas donné lieu à des actions judiciaires jusqu’à présent, la décision des deux Chambres de lancer une enquête change fondamentalement les choses. Dans la nouvelle situation ainsi créée, l’hypothèse d’une arrestation de Mme Clinton elle-même devient parfaitement envisageable.

 

Et pour tout arranger, une des autres autorités impliquées dans la supervision des investissements étrangers est… le FBI. Or, le FBI, à l’époque de l’acquisition d’Uranium One, était dirigé par Robert Mueller. Il y a donc tout lieu de penser que l’homme chargé d’enquêter sur une collusion entre Trump et la Russie était parfaitement au courant d’une situation de collusion et de corruption entre la Russie et Hillary Clinton et a, à l’époque, accepté de passer cette situation sous silence.

 

Le Président Trump, pour sa part, ne semble pas personnellement menacé. L’équipe de Robert Mueller n’a pas même demandé à l’interroger. Il sera évidemment politiquement affaibli si ses anciens collaborateurs sont inquiétés pour diverses irrégularités. Mais, sauf surprise de grande ampleur, le cœur de ce qui devait constituer l’enquête de Mueller – l’idée d’une collusion entre Trump et la Russie pour influencer le résultat de l’élection – est aussi peu prouvée, après cinq mois d’enquête, qu’elle l’était il y a un an, lorsque les journalistes refusaient de se faire l’écho du dossier Steele faute pour ce dossier de contenir la moindre preuve.

 

Reste cependant une question : si Trump n’est coupable d’aucune collusion avec la Russie, pourquoi ses éloges embarrassants de Poutine pendant la campagne ? Pourquoi toutes ces fuites venant parfois de la Maison Blanche elle-même et évoquant un Trump fragilisé par l’affaire russe et irritable, méfiant et instable quand on l’évoque ?

 

Ces questions sont d’autant plus troublantes quand on se souvient, qu’en pratique, le Président Trump n’a rien fait depuis son élection qui semble particulièrement montrer une faiblesse envers la Russie. Il a signé sans barguigner, le 3 août dernier, un train de sanctions économiques contre la Russie voté par le Congrès. En Syrie, comme Perwer Emmal le montre régulièrement dans ses colonnes, les Etats-Unis n’ont fait preuve d’aucune faiblesse dans leur concurrence avec l’alliance russo-iranienne pour le contrôle des voies stratégiques de communication.

 

La réponse à cette question touche au cœur de la méthode politique de Trump. Avant d’y répondre, cependant, il faut se rappeler un aspect intéressant des révélations de cette semaine sur l’ouverture d’une enquête du Congrès sur l’affaire Uranium One : malgré l’importance du travail juridique préalable nécessaire à l’ouverture d’une enquête, ces révélations n’ont été strictement précédées d’aucune fuite. Lorsque des intérêts essentiels sont en jeu – en l’espèce, la préparation d’une enquête qui peut conduire à la chute définitive de la maison Clinton – la Maison Blanche de Trump sait faire preuve d’une discipline parfaite à l’égard de la presse.

 

A l’inverse, depuis l’élection du président, la presse a fait état à plusieurs reprises de fuites qui n’ont pas été confirmées par les faits. Ce fut le cas, par exemple, sur l’imminence d’un renvoi de Mueller ou de Rosenstein.

 

La conclusion logique, lorsque les fuites ne sont pas confirmées et que les affaires sérieuses restent cachées au public, est que les prétendues fuites elles-mêmes sont probablement des manipulations délibérées. Trump – c’est l’un des principaux secrets de son succès en politique – aime à simuler des faiblesses pour entraîner ses adversaires à l’attaquer sur un terrain où il sait qu’ils ne peuvent pas être vainqueurs. Cela lui assure des succès faciles et détourne l’opposition de consacrer de l’énergie à examiner ses vraies faiblesses.

 

Il est donc vraisemblable que tous les comportements et toutes les fuites qui ont fait croire aux Démocrates qu’ils pourraient faire tomber le président en explorant ses liens avec la Russie ont été délibérément mis en scène par Trump, qui savait qu’il n’avait rien à se reprocher et qu’Hillary Clinton, au contraire, avait fait preuve au moins d’une extrême imprudence sur le sujet.

 

C’est Trump qui a suggéré le premier de nommer un « procureur spécial ». C’est lui qui a maintenu dans leurs fonctions Rosenstein et Mueller qu’il avait le pouvoir de renvoyer. Tout se passe comme s’il avait voulu faire croire aux Démocrates à l’imminence de sa propre chute sur la question russe, tout en faisant travailler Rosenstein dans la plus grande discrétion pour préparer celle de son ancienne rivale. Et s’il faut, pour cela, accepter que Mueller envoie en prison certains collaborateurs du président pour des faits secondaires – eh bien, ce sont les risques du métier.

 

 

 

Notes :

1https://www.cnbc.com/2017/10/24/trump-russia-dossier-research-got-funds-from-clinton-campaign-and-the-dnc.html?%24DEVICE%24=amp

 

2https://www.nytimes.com/2015/04/24/us/cash-flowed-to-clinton-foundation-as-russians-pressed-for-control-of-uranium-company.html


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La Russie, l’Iran, la Syrie, Israël : ce que veut Trump (info # 012910/17) Version imprimable
Analyse
dimanche, 29 octobre 2017

 

Par Guy Millière

 

Les conséquences délétères des années Obama au Proche-Orient sont nombreuses. La pire de ces conséquences étant le renforcement de la République Islamique d’Iran. Barack Obama voulait ce renforcement. Il l’a obtenu.

 

Barack Obama voulait aussi un retrait américain de la région, la création de l’Etat Islamique, le basculement de la Turquie, le retour de la Russie, la mise en danger d’Israël par le renforcement du Hezbollah, du Hamas et des positions “palestiniennes”. Il a obtenu tout cela aussi.

 

Cela rend la situation très complexe et très difficile à gérer pour les Etats-Unis et pour Israël.

 

Commençons par les Etats-Unis :

 

Trump doit gérer trop de conséquences à la fois et ne peut rétablir d’un seul coup ce qui prévalait auparavant. Il ne peut non plus prendre à chaque instant les décisions optimales, et doit parfois choisir entre deux mauvaises décisions celle qui semble la moins mauvaise.

 

La République Islamique d’Iran doit être endiguée, mais Trump ne peut l’endiguer pleinement car il sait qu’il n’aura pas le soutien des dirigeants d’Europe occidentale, attirés par les milliards débloqués par Obama en juillet 2015 et volontairement aveugles face au danger nucléaire et aux propos porteurs d’intentions génocidaires tenus par les mollahs. Il doit procéder graduellement : ce qu’il a commencé à faire en sortant partiellement de l’accord de juillet 2015 et en préparant les étapes ultérieures du recadrage.

 

Trump doit s’assurer le soutien d’autres pays qu’Israël, eux aussi mis en danger par le renforcement de la République Islamique d’Iran : l’Arabie Saoudite, les Emirats, l’Egypte et la Jordanie. Il doit mettre en place un endiguement concret de la République Islamique en établissant et en faisant avancer une alliance militaire tactique entre ces pays et Israël. Il doit obtenir que ces pays n’aient plus de liens avec le terrorisme islamique. Il doit couper les voies de financement entre le Hamas et l’Iran, ce qui implique d’exiger du Qatar qu’il cesse de véhiculer ce financement.  

 

Le retrait américain de la région doit être remplacé par un retour des Etats-Unis. Celui-ci implique la préservation de la base d’Incirlik en Turquie, et donc des relations dépourvues, dans l’immédiat, de toute confrontation frontale avec Erdogan.

 

L’Etat Islamique doit être détruit, et il l’est très largement par le recours à des forces spéciales américaines et la fourniture de matériel aux forces kurdes : forces spéciales et matériel passent par Incirlik.

 

Le basculement de la Turquie doit être pour l’heure assumé par les Etats-Unis, qui savent que s’ils se confrontent à Erdogan, ils pourraient perdre Incirlik, et risqueraient de voir Erdogan se rapprocher davantage encore de la Russie.

 

Les USA peuvent, en ce contexte, soutenir l’autonomie des régions kurdes d’Irak et de Syrie, mais pas une indépendance kurde qui mettrait le feu aux poudres en Turquie, où la population est kurde à plus de vingt pour cent, et où une faction kurde léniniste, le PKK, est fortement représentée. L’indépendance du Kurdistan, trop prématurément proclamée par Jalal Talabani, a provoqué la division des factions kurdes (le PUK1 ayant déclaré que la proclamation d’indépendance par Talabani a été une erreur majeure et a conduit au retrait sans combattre du PUK de Kirkuk, tombée aux mains de l’armée irakienne et de l’Armée et de factions iraniennes).

 

Le retour de la Russie doit être, pour l’heure, lui aussi assumé. Les opérations de destruction de l’Etat Islamique doivent être menées en concertation avec la Russie et sans heurt direct avec elle.

 

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Les relations avec Poutine : un héritage délicat à gérer

 

Le maintien au pouvoir d’Assad doit être également admis pour le moment. Et la présence russe en Syrie ainsi que l’alliance Russie-Iran doivent être concédées là encore. Les Etats-Unis peuvent demander à la Russie de contribuer à endiguer l’Iran en offrant à celle-ci des compensations (la levée, sous conditions, des sanctions qui la frappent, par exemple), ils ne peuvent toutefois demander à la Russie de fournir davantage qu’une contribution à l’endiguement de l’Iran. Ils peuvent demander à la Russie de limiter les capacités d’action du Hezbollah, mais pas plus que cela. L’Amérique ne peut s’engager dans une guerre régionale susceptible de devenir une guerre mondiale.

 

Les Etats-Unis peuvent contribuer à protéger Israël par l’endiguement graduel de l’Iran, la mise en place de l’alliance tactique entre Israël, l’Arabie Saoudite, les Emirats, l’Egypte et la Jordanie ; par la limitation des capacités d’action du Hezbollah, l’asphyxie programmée du Hamas et de l’Autorité Palestinienne, par la fin du financement américain de l’Autorité Palestinienne qui résultera d’une loi bientôt votée au Congrès (le Taylor Force Act). Ils peuvent agir afin d’accélérer la fin du financement iranien du Hamas, qui devrait résulter de l’endiguement graduel de l’Iran. Washington peut accorder son feu vert à Israël pour toute opération militaire contre ses ennemis régionaux, y compris avec l’appui des Etats Unis lorsqu’il pourrait s’avérer nécessaire.

 

Les Américains ne peuvent, pour l’heure, aller au-delà de ces dispositions, comme par exemple chasser la Russie de la région. Ils ne peuvent interrompre totalement les négociations avec l’Autorité Palestinienne, sous peine de mettre en danger l’alliance tactique entre Israël et les grands Etats arabes.

 

Poursuivons avec Israël :

 

Israël dans ce contexte doit maintenir et renforcer ses capacités de dissuasion face à l’Iran, et pratiquer également la dissuasion vis-à-vis du Hezbollah et du Hamas. Il doit cultiver les liens tactiques établis avec lesdits pays arabes et œuvrer en synergie avec la stratégie globale américaine. Jérusalem doit continuer à négocier avec Moscou de façon à ce qu’il admette des opérations militaires israéliennes contre des bases iraniennes en Syrie et contre le Hezbollah. Netanyahu doit faire comprendre à Poutine qu’Israël accepte la présence russe en Syrie, mais n’acceptera pas la moindre agression iranienne ou du Hezbollah, et ripostera, le cas échéant, massivement quelles que soient les conséquences.

 

Israël peut utiliser le rapprochement tactique entre Autorité Palestinienne et Hamas pour maintenir le statu quo et prétendre que toute négociation avec des alliés du Hamas est impossible, en attendant que l’asphyxie programmée du Hamas et de l’Autorité Palestinienne fasse son effet.

 

La situation restera très complexe et très difficile à gérer pendant des mois, sans doute des années. Les conséquences néfastes des années Obama au Proche-Orient ne seront pas effacées si aisément. Elles pourront l’être, mais cela exigera beaucoup d’opiniâtreté.

 

 

 

Note :

Le PUK1 ou UPK en français - Union Patriotique du Kurdistan - est un parti politique d’opposition du Kurdistan irakien. Il contrôle le sud du Kurdistan autonome, dont la plus grande partie de la frontière avec l’Iran, avec lequel il entretient des relations de bon voisinage.

 

 

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Est syrien : la coalition "américaine" marque des points importants (info # 022610/17) Version imprimable
Analyse
jeudi, 26 octobre 2017

 

Par Perwer Emmal à al Busayrah

 

Métula, jeudi 13h00, midi à Paris

 

Lundi dernier, nous indiquions qu’une bataille déterminante pour l’avenir de la région se déroulait entre la coalition "russe" en Syrie et les miliciens de l’Etat Islamique dans la localité de Diban. Diban est située à une cinquantaine de kilomètres au sud-est de Deïr ez Zor, au nord de l’Euphrate, sur la route [route #3 sur la carte] qui mène à la frontière irakienne.

 

La prise de Diban par les "Russes" aurait largement hypothéqué les possibilités de progression de la coalition "américaine" en direction de ladite frontière, rendant aléatoire la possibilité pour elle de parvenir à couper la route [route #1 sur la carte] que les Iraniens convoitent afin de créer un corridor terrestre entre leur pays et la frontière israélienne.

 
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Service cartographique © Metula News Agency

En rouge les positions de la "coalition russe"

En jaune, les positions de la "coalition américaine"

En jaune sur noir, les champs pétrolifères conquis par la "coalition américaine" cette semaine

En noir uni, les positions de l’Etat islamique

En vert, les trois routes stratégiques. Les numéros utilisés afin de les désigner le sont

à titre explicatif et ne représentent pas leur désignation dans la réalité

[carte source : Wikipédia]

 

Or des évènements imprévisibles sont intervenus dans le cours de cet affrontement. Tout d’abord, les Russes et leurs alliés gouvernementaux, iraniens et du Hezbollah ne sont pas parvenus à déloger les combattants de DAESH de Diban.

 

Plus encore, au vu des lourdes pertes qu’ils subissaient, ils ont abandonné le siège de ce bourg de 9 000 habitants et ont retraversé l’Euphrate en direction du Sud, là où ils disposent de l’essentiel de leurs forces.

 

Ensuite, et en l’espace de quelques heures, les Forces Démocratiques Syriennes (FDS) sous commandement kurde, les unités au sol de la coalition "américaine", se sont à leur tour attaquées aux défenseurs de l’Etat Islamique et sont parvenues à les chasser de Diban et à en prendre solidement possession.

 

Suite à ce succès, il n’y a plus de soldats de la coalition "russe" au nord de l’Euphrate dans cette partie du front et, par conséquent, sur la route #3. Les FDS soutenus par les commandos occidentaux et l’Aviation américaine peuvent désormais poursuivre leur progression vers l’Est sur cet axe de communication.

 

De fait, la seconde route au sud de l’Euphrate [route #2 sur la carte] a perdu son intérêt stratégique car, vers l’Est, elle s’arrête à Mayadin pour ne faire plus qu’une avec la route #1. Il suffirait donc à la coalition occidentale de continuer d’avancer sur "sa" berge du fleuve et d’obliquer ensuite vers le Sud, plus en aval, là où les "Russes" ne sont pas encore arrivés, afin de couper la #1 et mettre ainsi définitivement un terme au rêve de corridor terrestre des ayatollahs iraniens.

 

La partie semble jouable, car, en plus de la prise de Diban, les FDS ont conquis en 24 heures la plus grande partie des champs pétrolifères et gaziers [en jaune et noir sur la carte] en direction de l’Irak. Ils ont repris de l’avance sur les "Russes", les devançant actuellement d’une quinzaine de kilomètres dans la course vers l’Est. En leur point le plus avancé, le champ pétrolifère de Galban (carte), les troupes de la coalition "américaine" ne sont plus qu’à 35km de la frontière irakienne.

 

A la Ména, sur le terrain et à la rédaction de Métula, sauf surprises supplémentaires, nous nous attendons à ce que les Occidentaux se rapprochent de l’Euphrate lors des prochains jours, qu’ils le traversent et coupent la route #1. En termes stratégiques, cela constitue l’objectif naturel de l’opération Tempête de Jazeera, qu’ils ont lancée le 9 septembre dernier.

 

S’ils y parviennent, ils couronneraient non seulement leur offensive avec succès, mais ils rendraient également inutiles les énormes efforts concédés par Vladimir Poutine et ses alliés pour les en empêcher. La position prédominante des Américains dans la région, et leur réputation aux yeux des Israéliens et des pays arabes s’en trouveraient sérieusement renforcées.

 

On apprend également, ce jeudi matin, que l’attaque "russe" engagée contre la ville d’al Asharah sur la route #1 a elle aussi fait chou blanc, les assaillants ayant été contraints de battre en retraite vers al Quriyah. Cet échec procure une avance supplémentaire pour la réalisation de l’objectif principal de Tempête de Jazeera.

 

Les "Russes" paraissent bloqués à al Quriyah par des problèmes d’ordre essentiellement logistique (éloignement de leurs bases arrières). Si cette hypothèse se confirme, la logique tactique voudrait que Poutine économise ses forces et ses moyens en abandonnant le projet de se saisir de territoires supplémentaires contrôlés par l’Etat Islamique entre al Quriyah et Abou Kamal, le poste frontière entre la Syrie et l’Irak, laissant la victoire à la coalition "américaine".

 

En cette fin octobre, la lutte contre l’Etat Islamique dans l’est syrien et en Irak n’est plus qu’un prétexte pour les deux grandes puissances afin de s’assurer du contrôle des enjeux stratégiques en vue des négociations qui s’ouvriront sur l’avenir politique de la Syrie. DAESH, en effet, perd rapidement du terrain dans les deux pays, n’est pas en mesure d’annihiler la progression de ses ennemis, et ne représente plus aucune menace stratégique pour la région.

 

Cette tendance est confortée ce jeudi matin par l’information que nous venons de recevoir d’Irak, qui fait état du début d’une offensive irano-gouvernementale irakienne contre les dernières possessions de l’Etat Islamique en Irak. Celles-ci se situent dans la continuité de la vallée de l’Euphrate sur territoire irakien.


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La guerre secrète d’Israël (012510/17) Version imprimable
Exclusivité
mercredi, 25 octobre 2017

 

Par Stéphane Juffa

 

Aors que la quiétude des habitants de Métula a été troublée ce mercredi matin par le bruit d’intenses duels d’artillerie en provenance du Nord-Golan, émanant des combats opposant les rebelles du Front du Sud à l’alliance des forces gouvernementales, du Hezbollah et des Pasdaran iraniens, notre attention s’est portée sur le sud du Golan, où une autre bataille fait rage depuis trois jours.

 

Celle-ci voit s’affronter le Front du Sud, composé du Hayyat Tahrir al Sham [l’organisation pour la libération du Levant], des rebelles de l’Armée Syrienne Libre ainsi que de groupuscules islamiques, au Jaysh Ibn al Waleed, anciennement la Brigade des Martyrs du Yarmouk, affilié à l’Etat Islamique (DAESH).

 

Le Jaysh Ibn al Waleed occupe une petite bande de territoire accolée à la partie israélienne du Golan [points noirs sur la carte]. Suite à des dissensions internes et à l’arrivée de deux autres groupes salafistes, les Martyrs du Yarmouk ont pris le nom Jaysh Ibn al Waleed, par référence à Khaled Ibn al Waleed, qui dirigea les armées musulmanes lors de la Bataille du Yarmouk contre les Byzantins, qui se déroula en 636 de notre ère et qui aboutit à la conquête du Proche-Orient par l’Islam.

 

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Service cartographique © Metula News Agency

Points verts : les rebelles

Points noirs : l’Etat Islamique (DAESH) Jaysh Ibn al Waleed

Points rouges : les forces gouvernementales syriennes, le Hezbollah, les Iraniens

[Carte source : Wikipédia]

 

Dans la région contrôlée par le Jaysh Ibn al Waleed, la Sharia est strictement appliquée. Le port du niqab est obligatoire pour les femmes, les fumeurs sont emprisonnés, les étêtements au sabre sont monnaie courante, de même que l’amputation des mains des voleurs présumés.

 

Le Yarmouk est le plus grand affluant du Jourdain. Sur une partie de son cours, il marque la frontière entre la Jordanie et la Syrie, avant d’aboutir à la triple frontière lorsqu’il passe en Israël, tout près de la station thermale de Khamat Gader.

 

Jusqu’en 2016, le DAESH du Golan évitait de provoquer son puissant voisin israélien, plus occupé qu’il était à guerroyer contre le Front du Sud [points verts sur la carte]. Mais cette année-là, les combattants salafistes tentèrent de réaliser une série d’embuscades contre l’Etat hébreu, largement éventées par le Mossad et sévèrement réprimées par des représailles ciblées. Depuis, on peut affirmer que c’est un état de guerre qui prévaut entre Tsahal et l’organisation salafiste.

 

Ce que l’on sait moins, c’est qu’il existe une coordination entre les rebelles syriens et l’Armée israélienne. Des rumeurs persistantes existaient à ce propos, désormais ce n’en sont plus. Si l’on n’en entend pas parler, c’est, d’une part, que Jérusalem n’a pas intérêt à rendre cette coopération publique à l’international ; et de l’autre, parce que la puissante minorité des Druzes israéliens ne l’apprécie pas, le Front du Sud affrontant parfois ses frères druzes syriens, dont certains ont pris le parti du régime. Troisièmement, la zone où se déroule ce conflit se situe en dehors des autoroutes empruntées par les troupeaux de journalistes, elle est difficile d’accès et follement dangereuse.

 

Reste que ce qui ne se voit pas à la télévision existe tout de même dans la réalité, même si presque personne n’est au courant. Comme le fait qu’hier, le Front du Sud a procédé à un bombardement en règle de l’enclave salafiste, l’arrosant de 120 obus de différents calibres. Ce barrage d’artillerie précédait une offensive au sol qui fait rage depuis lors, à coups de mitrailleuses lourdes et de mortiers. Des avions survolent sans arrêt le théâtre des affrontements.

 

Ce qui est encore bien plus intéressant est qu’un raid de l’Aviation israélienne a visé le quartier général de Jaysh Ibn al Waleed lundi, dans la localité de Shaham al Jolan (carte). C’est du moins ce que rapportent des media arabes ainsi que des sources locales.

 

Nous avons appris qu’au moins douze personnes ont été tuées lors de l’attaque aérienne, dont au moins quatre commandants et six autres membres de l’organisation islamiste. Et le bilan n’est pas définitif, plusieurs blessés se trouvant dans un état critique.

 

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Un F-16 israélien au décollage

 

On parle, de l’autre côté de la frontière du Golan, de trois commandants en chef du mouvement qui auraient ainsi été neutralisés en l’espace de dix mois. Un doute persiste quant à un raid aérien précédent datant du 17 août dernier et ayant fait au moins 28 victimes. Les sources rebelles ne "sont pas absolument certaines qu’il se soit agi d’appareils israéliens", même si c’est l’hypothèse qu’ils privilégient largement.

 

C’était peut-être des chasseurs-bombardiers jordaniens ; parce qu’ils opèrent fréquemment sur le Golan en patrouille avec les F-16 hébreux, et parce qu’ils ont les mêmes intérêts que les Israéliens d’éloigner ces fous dangereux de la proximité immédiate de leur pays. Cela pourrait-être également, à l’extrême rigueur, des avions de la "coalition globale" américaine, ceux qui pourchassent DAESH dans les autres parties de la Syrie. Quoi qu’il en soit, si ce ne sont pas les Israéliens qui ont réalisé l’opération du 17 août, elle a été conduite avec leur accord absolu, vu qu’elle s’est déroulée à quelques kilomètres de leur frontière, et que personne ne s’aventure aussi près sans avoir leur consentement.

 

Les mêmes interrogations existent quant au raid aérien précédent contre la poche salafiste. C’était le 7 juin de cette année, dans la zone de Jamla (carte). Des dizaines de combattants du Jaysh avaient perdu la vie, dont au moins douze "officiers" supérieurs.

 

Etrangement (ou pas), quelques heures après le raid de lundi, au JT du soir de la TV publique israélienne, les téléspectateurs ont été abasourdis en visionnant le premier reportage où l’on voit Tsahal transférer aux Syriens du Golan des centaines de tonnes de vivres, de générateurs, des véhicules de secours, du carburant, des denrées pour bébés, des médicaments et divers autres matériels humanitaires.

 

Les étiquettes sont agrémentées du dicton : "Mieux vaut un voisin proche qu’un frère éloigné", ainsi que de citations du Coran. Les imams du Golan ont donné leur accord pour recevoir et consommer les produits israéliens. Quant au régime de Damas, il a fait savoir que, lorsqu’il reviendrait, il sera disposé à pardonner à ceux qui ont tenu des armes contre lui mais pas à ceux qui ont pactisé avec Israël. Mais cela ne fait plus peur à personne.

 

Côté israélien, on remarque que, depuis des années, aucun attentat n’a été perpétré depuis les zones où, du nord au sud du Golan, chaque nuit, on décharge l’aide humanitaire. Une jeune syrienne appelle l’officier israélien en charge de la logistique Abou Yakoub (papa Jacob), et elle lui a offert un dessin que l’on voit à la fin du reportage.



Lien reportage TV israélienne :

https://www.youtube.com/watch?v=Rp8jzwFH21g&feature=share

 

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Bruxelles-Métula du 23 octobre 2017 (022310/17) Version imprimable
Radio/audio - interview/reportage
lundi, 23 octobre 2017

© Metula News Agency

 

L’analyse de Stéphane Juffa, au micro de Jim Mosko, dans le cadre de l’émission Bruxelles-Métula sur Radio Judaïca https://youtu.be/omcVkP8sH7U (Youtube).

 

Au sommaire :

 

Le commentaire de Stéphane Juffa sur la bataille qui se déroule en ce moment à Diban, une bourgade syrienne située à 50km au sud-est de Deïr ez Zor, et dont l’issue peut avoir des répercussions sur les équilibres fondamentaux au Moyen-Orient pendant une longue période.

 

L’article propose un commentaire radiophonique lié à l’article de Jean Tsadik publié ce matin par la Ména : "Un si petit village pour une si grande bataille". [www.menapress.org].

 

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Service cartographique © Metula News Agency

En rouge les positions de la "coalition russe"

En violet les positions de la "coalition russe" conquises depuis le 20 octobre

En jaune les positions de la "coalition américaine"

En orange les positions de la "coalition américaine" conquises depuis le 20 octobre

En noir les positions de l’Etat Islamique

Les éclairs indiquent les principaux points d’affrontements actuels ainsi que l’identité des combattants par couleur

 

 
Un si petit village pour une si grande bataille (012310/17) Version imprimable
Analyse
lundi, 23 octobre 2017

 

Par Jean Tsadik

 

A l’heure où je rédige cet article, un affrontement acharné se déroule dans le village jusque-là parfaitement inconnu de Diban. Une bourgade de 9 000 habitants, située à 50km au sud-est de Deïr ez Zor, sur la route qui longe l’Euphrate par sa rive nord [voir la carte].

 

Or c’est précisément cette situation qui fait le malheur de Diban. Suite à la prise de Mayadyn par la coalition russe il y a quelques jours, les soldats de Poutine, accompagnés de leurs alliés gouvernementaux syriens, des Pasdaran iraniens et de la milice libanaise du Hezbollah ont traversé l’Euphrate, précédés par d’intenses bombardements aériens et d’artillerie.

 

D’ailleurs, les Mig et les Soukhoï arrosent toute la vallée de l’Euphrate, de Mayadyn à la frontière irakienne distante de 75km, "comme s’il n’y avait personne en dessous", selon la description de notre reporter de guerre Perwer Emmal, qui se trouve à al Busayrah, qui voit tout, et qui est en contact avec nous trois fois par jour, s’il ne se passe rien d’exceptionnel.

 

syria_euphrate_map_23_oct_2017.jpg

Service cartographique © Metula News Agency

En rouge les positions de la "coalition russe"

En violet les positions de la "coalition russe" conquises depuis le 20 octobre

En jaune les positions de la "coalition américaine"

En orange les positions de la "coalition américaine" conquises depuis le 20 octobre

En noir les positions de l’Etat Islamique

Les éclairs indiquent les principaux points d’affrontements actuels ainsi que l’identité des combattants par couleur

 

Perwer parle de centaines de tonnes de bombes déversées par les Russes, qui ne prennent pas la peine d’essayer de distinguer les civils des combattants de DAESH. "C’est une véritable boucherie", commente notre camarade, "tous ceux qui peuvent s’enfuir prennent leurs jambes à leur cou et se précipitent dans le désert où il ne se trouve strictement aucune structure pour les accueillir".

 

Selon son estimation, cet exode anonyme concerne plus de 250 000 personnes et constitue l’une des plus grandes catastrophe humanitaires de ce début de XXIème siècle. Mais tout le monde s’en fiche, à commencer par l’ONU et les organisations qui en dépendent, et jusqu’aux ONG. C’est à croire que personne n’ose élever la voix contre les agissements du Tzarévitch, qui ne semble pas lié par les conventions internationales et ne pas craindre d’être accusé de crimes de guerre. L’Europe politique et les USA ne pipent mot ; la vie des réfugiés n’a pas partout la même valeur.

 

Les belligérants sont uniquement pris par l’importance stratégique des combats : pour le Kremlin, la conquête de Diban signifierait que la "Coalition globale", c’est–à-dire celle qui associe principalement les Américains et les Kurdes, ne pourrait pas emprunter la route du nord de l’Euphrate pour procéder vers la frontière.

 

La raison en étant que la seule règle qui prévaut entre la coalition "américaine" et la "russe" est qu’on ne se tire pas dessus, du moins on évite de le faire. Tout le reste, y compris ou surtout les coups tordus, fait partie de la "compétition" à laquelle les coalitions se livrent.

 

Celle-ci comprend trois objectifs que je cite en ordre décroissant : 1. S’emparer du contrôle des routes stratégiques [en vert sur la carte], 2. S’emparer des champs pétrolifères, et 3. Arriver les premiers à la frontière syro-irakienne dans la région d’Abou Kamal [carte].

 

Le temps presse pour la coalition russe, car hier et cette nuit, les "Américains" se sont finalement emparés des villes d’al Bussayrah et d’al Shahil. Descendant de la vallée de Khabour, ils ont bifurqué à gauche et se sont enfin mis à progresser dans la vallée de l’Euphrate. Ils ont refait une grande partie de leur retard et ne sont plus qu’à 10km des Russe. En passant, ils ont mis la main sur les riches exploitations pétrolières et gazières d’Omar et de Sijan, après avoir déjà conquis précédemment celle de Conoco, ce qui met Poutine dans une colère noire.

 

Pour ne rien simplifier à la tâche de la coalition russe, l’opposition des miliciens islamistes de DAESH est fanatique. A Mayadyn, elle a déjà coûté des centaines de morts, particulièrement du fait des véhicules bourrés de dizaines de kilos d’explosifs et précipités sur les soldats, comme sur cette vidéo d’une scène à Mayadyn.

 

La bataille pour la conquête de la ville-carrefour de Mayadyn, qui devait durer 24h, a pris une bonne semaine, et la cité a plusieurs fois changé de mains.

 

Hier, Perwer Emmal nous a rapporté qu’une rencontre s’est déroulée dans la vallée de Khabour, entre des commandants des Forces Démocratiques Syriennes à prédominance kurde, et des chefs de l’Etat Islamique (DAESH). A l’issue de ces entretiens, il a été convenu que les islamistes abandonneraient un grand nombre de villages à la coalition américaine contre un sauf-conduit pour se regrouper sur des positions plus au Sud-Est. Ils préfèrent céder leurs points d’appui à des sunnites qu’à des chiites, leurs ennemis irréductibles.

 

Et il est vrai que nous avons remarqué, après cette entrevue, que les villages de la vallée de Khabour tombaient les uns après les autres dans l’escarcelle des FDS. Si le mouvement se confirme dans la vallée de l’Euphrate, cela va devenir intéressant.

 

D’autant plus qu’il existe des tas de pistes utilisables par des 4X4 au nord de l’Euphrate, notamment celles qui relient les exploitations pétrolières, qui peuvent permettre aux "Américains" de contourner Diban, s’il tombe aux mains des Russes. Diban étant le seul objectif que les hommes de Poutine attaquent pour le moment au nord de l’Euphrate dans cette zone.

 

On vous fera remarquer une autre chose : en descendant l’Euphrate, jusqu’à Mayadyn, il existe en fait trois routes stratégiques ; deux au sud du fleuve et une au nord. A partir de Mayadyn, il n’y a plus que deux routes, celle de la berge-nord et celle de la berge-sud, et cela fait une grosse différence.

 

Car, en fait, les routes stratégiques n’ont pas la même signification pour les deux coalitions : pour la Russie, il s’agit de les contrôler de bout en bout jusqu’à Damas, afin d’autoriser le transit de leurs alliés et des renforts destinés à soutenir l’armée du protégé de Moscou, Bashar al Assad. Une armée presque exclusivement formée d’hommes issus de la petite communauté alaouite qui ne dépasse pas deux millions d’âmes, sur les 18.5 millions de Syriens qui leur sont presque tous hostiles.

 

Pour les Américains, l’objectif, plus simple, consiste à couper ces axes routiers, précisément pour empêcher que des centaines de milliers de réguliers iraniens ne viennent se déployer, avec leur matériel et leurs missiles, le long des frontières israélienne et jordanienne, et ne finissent leur engloutissement du Liban qu’ils ont déjà bien entamé.

 

Jusqu’à présent, ils ne peuvent les acheminer qu’au compte-gouttes, par des chemins détournés et par voie aérienne, ce qui limite leur présence à des conseillers, des officiers ainsi qu’à environ 5 à 7 000 hommes de troupe. De plus, les Israéliens détruisent régulièrement les cargaisons de missiles arrivées par avion, que les Syriens tentent de diriger vers le Liban et le Golan.

 

Voici l’enjeu clairement articulé de la Bataille de Diban. D’ailleurs, il suffirait que les miliciens de DAESH retiennent les Russes plusieurs jours dans cette localité, sans avoir à remporter définitivement la confrontation, pour que la coalition occidentale puisse la dépasser et la contourner.

 

Suivant la rapidité de la progression de la coalition russe, les Américano-kurdes disposent de plusieurs possibilités pour traverser l’Euphrate à leur tour, mais en sens inverse, et couper l’ "Autoroute iranienne" [voir carte].

 

Al Asharah représente à ce titre un endroit idéal, car l’Euphrate passe à quelques centaines de mètres de la route qu’il faut couper. La même opportunité existe encore, un peu plus à l’Est, à al Salihiyah et à Hajin.

 

La situation reste fluctuante et le sort des armes incertain. De plus, on ignore le niveau de détermination de l’Administration Trump pour atteindre ses objectifs stratégiques. Ce qui pousse les alliés régionaux à envisager des solutions de rechange et à se consulter quasiment non-stop. On a beaucoup parlé, ces derniers jours, de visites de hauts gradés saoudiens en Israël à ces fins. Cela a bien été timidement démenti à Riad, mais nous croyons savoir que cette visite a bien eu lieu, que ce ne fut pas la première et ne sera pas la dernière. Auparavant ces rencontres se déroulaient principalement à Amman, mais le temps des déguisements est désormais pratiquement révolu.

 

Et si à la Ména nous déployons tant d’énergie à suivre ce qui se déroule à 500km de la rédaction, c’est évidemment que ce qu’il va y advenir aura, ces prochaines années, un impact direct et déterminant sur les relations de forces au Moyen-Orient en général, et en Israël en particulier.

 

 

Lien vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=03rywDtxZMU&feature=youtu.be

 

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La grande crise du judaïsme américain (info # 012210/17) Version imprimable
Analyse
dimanche, 22 octobre 2017

 

Par Guy Millière

 

J’ai abordé le thème de cet article voici quelques semaines. Je dois y revenir, le sujet me semblant très important. Car la plus grande communauté juive sur la planète en dehors d’Israël est la communauté juive américaine, et elle est en crise depuis longtemps. Or la crise est en train de s’approfondir.

 

L’une des manifestations de la crise a été, voici peu, la controverse concernant les espaces de prière au Kotel (mur occidental du Temple) à Jérusalem et les questions de conversion au judaïsme.  Et l’on a vu à cette occasion des dirigeants juifs américains tenir des propos féroces contre le gouvernement israélien et les autorités religieuses juives en Israël. On a même vu des menaces aux allures de chantage s’exercer à l’encontre d’Israël.

 

Comme l’a déclaré David Friedman, ambassadeur des Etats-Unis en Israël, de telles attitudes n’ont pas de précédents. Ce qui les explique dépasse de beaucoup les motifs publiquement invoqués.

 

Depuis plusieurs décennies, la communauté juive américaine vote massivement à gauche, et bien que la gauche américaine ait, ces dernières années, glissé vers l’extrême gauche, bien qu’elle ait adopté des attitudes de moins en moins amicales aux dépens d’Israël et de plus en plus “propalestinienne”, cela n’a rien changé au vote juif, ou très peu. Nombre de Juifs américains ont accompagné le glissement.

 

Ce glissement s’est manifesté chez ceux-ci par une prise de distance avec le judaïsme, certains s’éloignant de leur religion de naissance, et parfois se détournent d’elle. Comme je l’ai noté récemment, près de la moitié des jeunes Juifs américains de moins de trente ans aujourd’hui disent ne plus avoir la moindre relation avec le judaïsme. Une proportion équivalente est indifférente ou hostile à Israël. 

 

La conséquence est que les grands courants du judaïsme américains, le judaïsme réformé et le judaïsme conservateur (qui, à mes yeux, n’est pas conservateur du tout) perdent des fidèles et voient leurs synagogues se vider. Cela conduit leurs dirigeants à courtiser ceux qu’ils peuvent espérer rattraper, ce qu’ils font en gauchisant leur discours, en tenant des propos étranges et douteux sur Israël, et en se liant parfois non seulement à des gauchistes, mais également à des islamo-gauchistes tels que Linda Sarsour, musulmane américaine de tendance islamiste, “palestinienne” de profession, qui a soutenu le Hamas et appelé au djihad contre Donald Trump. 

 

Tous ces éléments pourraient faire craindre une disparition graduelle du judaïsme aux Etats-Unis, laisser penser que les Juifs américains vont devenir des gens de gauche et des gauchistes islamophiles comme les autres, et ils permettent de prendre les attitudes dont je parle plus haut avec un grain de sel et la distance requise.

 

Ils incitent à repenser au livre lucide et, par bien des aspects prémonitoire, de Norman Podhoretz, écrit juste après l’élection de Barack Obama, Why Jews Are Liberal, (Pourquoi les Juifs (américains) sont-ils de gauche).

 

Ils pourraient amener à penser que les Juifs américains ne vont plus soutenir Israël dans les années à venir, bien au contraire. Et certains des critiques les plus féroces d’Israël aux Etats-Unis sont juifs, ainsi Bernie Sanders, Max Blumenthal et Norman Finkelstein.

 

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La communauté juive américaine est divisée :

ici des rabbins orthodoxes antisionistes, il en existe aussi, à une manifestation

en faveur de Linda Sarsour, le 27 mai dernier à New York

 

Fort heureusement, il existe aussi de bonnes nouvelles. Un courant du judaïsme est en plein essor aux Etats-Unis, le judaïsme orthodoxe, et celui-ci voit toujours davantage de Juifs américains se tourner vers lui. Le mouvement Chabad crée des Chabad Houses1 dans tout le pays [Ndlr. Et dans le monde entier]. Une grande partie des Juifs orthodoxes défend Israël, vote massivement Républicain, et, j’en atteste par expérience personnelle, ce sont des gens très ouverts et sympathiques.

 

Une organisation juive américaine défend elle aussi Israël sans ambiguïté : la Zionist Organization of America [Ndlr. Organisation Sioniste Américaine], que dirige avec courage et excellence Morton Klein.

 

Le judaïsme américain connait une grande crise, mais il n’est pas mort. Il connait une mutation.

 

Le soutien des Etats-Unis à Israël n’est pas mort non plus.  Mais il ne se situe plus au sein de la gauche américaine et de courants du judaïsme américain si identifiés à la gauche qu’ils fraient avec des islamo-gauchistes. Il se situe chez les Juifs orthodoxes, et chez les conservateurs au sens politique du terme, donc au sein du parti Républicain.

 

Il peut aussi s’appuyer sur des millions de chrétiens évangéliques, qu’il importe de ne pas diffamer, car leur travail est précieux et ils respectent les Juifs en tant que Juifs.

 

Aucune organisation aux Etats-Unis ne fait autant pour Israël que Christians United for Israel (CUFI) [Ndlr. Les Chrétiens Unis pour Israël], fondée par le Pasteur John Hagee au Texas.

 

 

 

Note :

 

1Chabad [khabad] house, ou, en hébreu, bet khabad, [Wikipédia ->] la Maison Chabad est un ensemble de centres communautaires pour disséminer le judaïsme traditionnel du mouvement Chabad. Son fondateur est [feu] le rabbin Loubavitch Menachem Mendel Schneerson. Au sein des Maisons Chabad, le Shaliach [envoyé] et la Shalucha [envoyée] (le rabbin et sa femme) animent des activités et rendent service à la communauté juive locale et aux touristes juifs.

 

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En sacrifiant les Kurdes aux Iraniens, les USA livrent la victoire stratégique à leurs ennemis Version imprimable
Analyse
jeudi, 19 octobre 2017

 

Par Stéphane Juffa (011910/17)

 

Vendredi dernier, c’est un Donald Trump vindicatif qui remettait les Iraniens à leur place d’ennemis de l’Amérique et du monde libre. Lors d’une intervention qui a fait grand bruit, le président américain commençait par énumérer les méfaits commis par le régime des ayatollahs, puis demandait au Congrès de réexaminer l’accord sur le nucléaire iranien, avant de déclarer que les Pasdaran, les Gardiens de la révolution khomeyniste, figureraient dorénavant sur la liste U.S. des organisations terroristes.

 

Binyamin Netanyahu exultait, les militaires américains en Syrie et en Irak et leurs alliés kurdes aussi, ainsi que les pays arabes, et même la plupart des analystes stratégiques de la région, qui discernaient un repositionnement cohérent de la politique étrangère américaine au Moyen-Orient.

 

L’Autoroute irano-chiite semblait condamnée à brève échéance, le bon sens prévalait, les frontières du nord d’Israël n’allaient pas être envahies par les barbus de Khameneï, et le Liban retrouvait une chance de recouvrer son indépendance.

 

De leur côté, les Etats de l’Union Européenne qui s’était rués à Téhéran, tels des marchands de tapis œuvrant à contre-sens, pour vendre aux mollahs tout ce dont ils avaient besoin, c’est-à-dire tout, se demandaient ce qui allait advenir de leurs investissements si les sanctions économiques étaient remises en place.

 

Et puis non, notre joie fut de courte durée. Dès lundi, l’Armée gouvernementale du pouvoir irakien, un régime chiite à la botte de Téhéran, aux côtés des Hash’d al Shaabi, une milice chiite encadrée par des Iraniens, et des Pasdaran, des soldats réguliers iraniens, se lançaient à l’assaut des Peshmerga kurdes à Kirkuk.

 

Les Gardiens de la Révolution, nouveaux venus sur la liste des organisations terroristes de Washington, étaient entièrement équipés de matériel américain, celui fourni au gouvernement de Bagdad avec obligation de ne s’en servir que contre l’Etat Islamique.

 

La bataille débutait avec, d’un côté, les ennemis de l’Amérique, dotés de 150 chars Abrams made in USA, qui comptent parmi les meilleurs tanks au monde, livrés avec l’entraînement prodigué aux soldats irakiens chiites, et de l’autre, les alliés de l’Amérique, ceux qui viennent de bouter l’Islamiste hors de Raqqa, montés sur du matériel russe récupéré sur l’ennemi et datant des années 50-60.

 

Les forces chiites sont placées sous le commandement du Major Général iranien Qassem Soleiman, le chef des Brigades al Quds, l’unité d’élite des Pasdaran. Al Quds, pour ceux qui l’ignorent, signifie Jérusalem en arabe, la destination finale de tous ces gibiers de potence.

 

Pour les sceptiques, ou ceux qui s’imaginent que la Ména se plaît à peindre le Diable sur la muraille, hier, le Général iranien Mohammad Baqeri, chef de l’état-major de l’Armée persane, se trouvait à Damas pour "augmenter la coopération avec la Syrie dans la lutte contre Israël". "Il n’est pas acceptable que le régime sioniste viole le territoire et l’espace aérien syriens chaque fois qu’il en  a envie", a précisé Baqeri lors de la conférence de presse conjointe. "Nous sommes à Damas afin d’établir notre coopération pour nous confronter aux sionistes et terroristes", a-t-il encore menacé.

 

Avec intelligence, parce que le matériel en présence était par trop déséquilibré, et pour préserver les vies des Peshmerga, parce que les Kurdes vont en avoir besoin pour sauver leur peau dans les batailles qui se dessinent, Massoud Barzani, le président du Kurdistan, les a retirés du champ de bataille sous les pierres et les crachats de la population.

 

Peshmerga, en kurde signifiant "ceux qui vont mourir", et non "ceux qui s’enfuient en courant".

 

Les Iraniens sont entrés dans Kirkuk sans avoir à combattre, les blindés tapissés de posters de martyrs et d’imams chiites. Ils ont commencé par chasser des centaines de familles sunnites de leurs maisons, puis ont coupé la tête, en pleine rue, à certains des habitants, histoire de prouver, dans le respect des codes régionaux, qu’ils ne sont pas moins bons musulmans que les assassins de l’Etat Islamique.

 

Ce, pendant que les hélicoptères et les chasseurs-bombardiers de l’Armée américaine patrouillaient dans le ciel sans tirer sur personne, pour se rendre compte de la situation.

 

Les Kurdes ont perdu en une seule journée, outre leur réputation de guerriers invincibles, les champs de pétrole qui fournissaient 60 pour cent de leur production et, partant, de leurs exportations. Un coup quasi-mortel pour leur projet d’Etat indépendant pour un bon bout de temps.

 

Quelques sénateurs américains, du haut du Capitole, ont crié à l’outrage, rappelant que les Kurdes étaient les seuls alliés de leur pays en Irak et en Syrie, que les gouvernementaux faisaient un usage interdit des armes qu’on leur avait remises, et que la journée serait commémorée en Iran comme l’un des plus grands triomphes de la Révolution khomeyniste.

 

Mais rien n’y fit et rien n’y fait : Donald Trump a déclaré qu’il ne prenait pas parti, c’est-à-dire entre ses ennemis et ses alliés, comprenez que l’Amérique abandonne les Kurdes à leur sort. Soit il ne pensait pas sérieusement aux propos qu’il a tenus deux jours plus tôt, soit il ne comprend pas ce qu’il dit, soit, encore, il nous réserve des surprises après qu’il aura reçu un cours de stratégie accéléré de la part de ses généraux.

 

Qu’ils fassent vite et qu’ils se montrent pédagogues, la situation est préoccupante. Les chiites ne se sont pas arrêtés à Kirkuk, ils ont enlevé hier, sans combattre non plus, la ville la plus méridionale du Kurdistan, Jalawla, et la cité stratégique de Sinjar, à deux pas de la frontière syrienne et du tracé idéal de l’Autoroute iranienne en direction de Jérusalem. Avec cela, une centaine d’autres localités, vous lisez bien, une centaine, en deux jours, le tout, à portée de canon de l’Armée américaine.

 

Mercredi, poursuivant leur progression, les Iraniens et leurs porte-flingues se sont emparés de grandes portions de la frontière avec la Syrie, y compris des postes-frontières donnant précisément sur le réseau routier où les Perses comptent établir leur corridor terrestre.

 

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Le tracé global de l’Autoroute iranienne

Service cartographique © Metula News Agency

En rouge les tronçons aux mains des alliés ou affidés de Téhéran

En noir ceux qui leur échappent encore

 

Quant aux Kurdes d’Irak, ils ont perdu en trois jours plus du tiers de leur territoire, leurs villes principales, Erbil, la capitale, Sulaymānīyah et Donuk se trouvant désormais sous la menace existentielle des hommes de Qassem Soleiman.

 

C’est évidemment dur à admettre pour les Kurdes de Syrie, qui viennent de prendre, cette semaine, Raqqa, la capitale de l’Etat Islamique dans ce pays. Au prix de centaines de tués et en qualité de seuls alliés des Etats-Unis et de l’Occident dans cette partie du monde.

 

Dur de se rappeler qu’en juin 2014, alors que l’Armée irakienne, vouée à cette époque à elle-même, avait déguerpi de Kirkuk l’abandonnant à l’Etat Islamique, et que, sans l’intervention héroïque des Peshmerga, tout le centre de l’Irak allait se retrouver sous le joug de DAESH.

 

Dur encore, de songer que d’octobre 2016 à juin 2017, sans l’offensive menée par les Kurdes à l’est de Mossoul, les gouvernementaux, appuyés à la fois par les Iraniens et les Américains - subtil mélange ! – n’auraient pas pu en chasser l’EI. De plus, les Peshmerga auraient pu la prendre seuls, mais ils eurent l’élégance, à la demande de Washington, de s’arrêter dans sa périphérie.

 

Cette fois-ci, leur survie est en danger et l’Oncle Sam leur tourne le dos. Histoire de ne pas se mettre Erdogan à dos justement, de se convaincre bien naïvement qu’Haïder al-Abadi, le Premier ministre irakien, pourtant membre du parti extrémiste islamique-chiite Dawa, n’est pas un simple exécutant des ordres de Khameneï, ou, plus prosaïquement, parce que Trump est un roi de l’esbroufe, mais qu’il est largué lorsqu’il s’agit de comprendre ce qui motive les gens dans ces pays lointains. A moins que les rumeurs anonymes colportées par le magazine Vanity Fair, décrivant un Donald Trump dépressif, instable, colérique et totalement coupé du monde soient quelque part fondées.

 

Ce qui est certain est qu’il n’existe aucun lien logique entre les propos fermes qu’il a tenus vendredi dernier face à Téhéran et l’incroyable cadeau qu’il leur offre cette semaine. Dire qu’il suffirait d’une simple menace adressée aux Pasdaran-terroristes, pour qu’ils cessent d’avancer, l’Armée U.S. étant déployée en force dans la région et disposant de moyens qui dépassent tous les autres intervenants de la tête et des épaules…

 

Mais les Kurdes ne sont pas les seuls concernés par ces évènements, car Khameneï, pour sa part, le Guide Suprême iranien, est tout sauf coupé du monde. En Syrie toute proche, dans le voisinage de Deïr ez Zor, la stratégie de la coalition américaine bat de l’aile depuis une semaine. Elle progresse trop lentement, d’une part, et sur les mauvais axes, de l’autre.

 

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La Bataille pour les vallées de Khabour et de l’Euphrate

Service cartographique © Metula News Agency

En rouge les positions de la Coalition russe

En violet les positions conquises par la Coalition russe depuis le 9 octobre

En jaune les positions de la Coalition américaine

En ocre, les positions conquises par la Coalition américaine depuis le 9 octobre

En noir les positions de l’Etat islamique (DAESH)

En vert les routes stratégiques nécessaires à l’Autoroute iranienne

 

Les Forces Démocratiques Syriennes sont certes en train de s’emparer, laborieusement, d’une localité après l’autre dans la vallée de Khabour, ils ont certes libéré Raqqa de l’Etat Islamique, de même que toute la berge septentrionale de l’Euphrate entre Raqqa et Deïr ez Zor, mais ce n’est pas là qu’elles devraient concentrer l’essentiel de leur effort. C’est dans la vallée perpendiculaire de l’Euphrate, en direction de l’Irak, afin de couper les deux routes stratégiques convoitées par Téhéran. Or ce sont les Russes, les gouvernementaux, le Hezbollah et les Iraniens qui s’y pressent, en prenant des risques et au prix de pertes importantes.

 

L’ "autre" coalition a pris Mayadin à DAESH il y a quelques jours, uniquement pour couper l’accès des "Américains" vers l’est de la vallée, l’Irak et les deux routes. Poutine sait ce qu’il fait et cela se remarque sur le terrain.

 

Il faudrait une opération aéroportée de la coalition U.S. à proximité de la frontière irakienne pour changer le cours de la guerre. Sinon, ce sera le tzarévitch qui sera l’arbitre des ambitions iraniennes, et allah sait à quel point il exploitera cet atout jusqu’à la corde. Les Israéliens ne s’y trompent d’ailleurs pas, qui ont reçu avant-hier le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, pour lui demander de ne pas laisser les Perses s’installer en Syrie. Mais Netanyahu et Lieberman savent que la non-fiabilité des promesses faites par les Russes fait partie intégrante de leur stratégie. Dans ces conditions, inutile d’évoquer le long ni même le moyen terme. Avec eux, il faut parler du présent immédiat, et c’est ce que les dirigeants hébreux ont fait.

 

Dans cet environnement pragmatique, tous les chefs d’Etat de la région savent qui est le boss et veulent discuter avec lui. Jusqu’aux Saoudiens, qui viennent d’acheter à Poutine son système antiaérien S-400, et qui ont réalisé hier un vol commercial vers Bagdad, au lendemain de la débâcle des "alliés de Trump" en Irak, pour la première fois depuis 27 ans.

 

Si la coalition arabo-israélienne sous la bannière de l’Amérique était conséquente, elle organiserait elle-même une opération pour couper les deux voies stratégiques de l’Autoroute iranienne, c’est largement dans ses cordes. Du même coup, les Israéliens, les Egyptiens, les Saoudiens et les Jordaniens (dont la frontière se situe à 230km du poste frontière syrien de d’Abou-Kamal) se feraient respecter en s’occupant eux-mêmes de leurs intérêts fondamentaux. Mais la présence indécise des Américains sur place les en dissuade.


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Israël neutralise une batterie de missiles à l’est de Damas (info # 021610/17) Version imprimable
Breaking News !
lundi, 16 octobre 2017

 

© Metula News Agency

 

Métula, lundi 19h50, 18h50 à Paris

 

Ce lundi, l’Armée gouvernementale syrienne a tiré un missile de type SA-5 Gammon (nomenclature de l’OTAN), S-200 (nomenclature du producteur russe) en direction d’avions israéliens qui effectuaient une mission de reconnaissance au-dessus du Liban.

 

Aucun avion n’a été touché. En riposte à ce tir, Tsahal a attaqué la batterie d’où le SA-5 avait été tiré, à 50km à l’est de la capitale Damas.

 

Les appareils n’ont intentionnellement détruit que le radar de la batterie visée, ce qui la neutralise momentanément jusqu’au remplacement du radar et du système de tir. Jérusalem a informé la Russie du raid avant qu’il ne se termine.

 

Le Khe’l Avir (l’Armée de l’air israélienne) a voulu démontrer par son action :

 

- Que le SA-5 ne constitue pas une menace pour son aviation, grâce aux moyens technologiques dont elle dispose

 

- Qu’il possède une capacité de renseignement lui permettant de localiser un objectif n’importe où sur le territoire syrien et de le détruire très rapidement

 

- Qu’il dispose d’une précision de tir inégalée

 

- Qu’en plus des transports d’armes à destination du Hezbollah au Liban, toute tentative d’entraver l’évolution de ses appareils quel que soit l’endroit où ils se trouvent engendrera une riposte immédiate d’Israël, qui frappera les objectifs de son choix en déterminant le degré de leur destruction.

 

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Le SA-5 ou S-200

 

Le SA-5 est un missile russe de conception ancienne mais constamment modernisé, destiné à intercepter une cible volante à une altitude comprise entre 300 mètres et 40 000 mètres. Sa portée opérationnelle est de 300km. Il mesure 10.8 mètres et pèse 7 100kg, dont 217kg pour l’ogive. Il se déplace à une vitesse maximale de Mach 8, soit 9 800Km/h. L’Iran est également doté de missiles de ce type.

 

Le 12 septembre 2016, deux SA-5 avaient été tirés vers des appareils du Khe’l Avir en mission d’attaque sur la Syrie.

 

Le 17 mars de cette année, plusieurs SA-5 ont été tirés en direction d’appareils israéliens effectuant un bombardement dans la région de Palmyre.

 

En dépit d’allégations du gouvernement de Damas, aucun avion hébreu n’a jamais été touché par des missiles de ce type. Lors du raid sur Palmyre, l’un des SA-5, après avoir manqué sa cible est devenu balistique et se dirigeait à très haute altitude vers le territoire israélien. Il a été intercepté par un missile Khetz/Arrow/Flèche, utilisé pour la première fois en mode opérationnel. Des débris de l’intrus étaient tombés en Jordanie sans faire ni victimes ni dégâts.

 

L’incident de ce lundi survient à la veille de la visite prévue en Israël du ministre russe de la Défense, Sergey Shoygu, qui s’entretiendra notamment de la situation en Syrie et du problème iranien avec son homologue Avigdor Lieberman et avec le Premier ministre Binyamin Netanyahu.

 

 

En Irak, les forces gouvernementales ont lancé une vaste opération militaire sur la ville de Kirkouk dans le territoire autonome du Kurdistan. L’Armée irakienne est soutenue par la milice chiite de Hash’d al Shaabi [ara. unités de mobilisation populaire] et des Gardiens de la Révolution Iranienne [far. Pasdaran]. L’offensive est commandée par le Major Général iranien Qassem Soleiman, chef de l’unité d’élite al Quds [Jérusalem] des Pasdaran.

 

L’offensive lancée cette nuit a rapidement progressé, notamment à la faveur de matériel livré par les Etats-Unis à l’Armée gouvernementale, destiné uniquement à combattre l’Etat Islamique. Des portions de Kirkuk ont été conquises par les assaillants, de même qu’une base militaire et des champs pétrolifères. Des renforts de Peshmerga [combattants kurdes] sont actuellement dirigés vers la zone des combats.

 

 
Mélenchon contre Valls : la gauche hantée par son passé (info # 011608/17) Version imprimable
Analyse
lundi, 16 octobre 2017

 

Par Amram Castellion

 

La classe politique française a été agitée, la semaine dernière, par un nouvel épisode du conflit entre Jean-Luc Mélenchon, le patron du parti France Insoumise (le principal parti parlementaire d’extrême gauche, qui a obtenu 11% des voix aux législatives de juin dernier et 17 députés) et Manuel Valls.

 

Valls, après avoir été Premier ministre socialiste de la France pendant deux ans et demi, est aujourd’hui député apparenté macroniste de l’Essonne. Le gouvernement ayant nommé Valls à la tête d’une commission parlementaire sur l’avenir de la Nouvelle-Calédonie, Mélenchon avait refusé la participation de députés de son groupe à cette mission par une lettre du 6 octobre dernier. Dans cette lettre au président de l’Assemblée Nationale, le dirigeant d’extrême gauche mentionne notamment le « caractère clivant » de Manuel Valls, qui serait proche des « thèses ethnicistes de l’extrême-droite ».

 

Les exemples que cite Mélenchon pour illustrer ces accusations sont révélateurs de sa tendance à ne donner aucune limite à sa mauvaise foi. Elu de l’Essonne, Valls avait demandé, pour la préparation d’une photo, à être entouré de plus de « blancos » : c’est maladroit, mais c’est un choix politique qui ne diffère en rien de celui des élus qui cherchent à se faire photographier en compagnie de minorités. Cet épisode de communication ratée devient, sous la plume de Mélenchon, la preuve de « préjugés sur la couleur de peau de ses administrés ».

 

Plus tard, Valls, ministre de l’Intérieur, avait estimé que le mode de vie choisi par les gens du voyage en France rend la plupart d’entre eux « inassimilables ». Là, c’est presque une tautologie : quand on choisit de vivre entre soi dans des caravanes, c’est bien qu’on n’est pas prêt à s’assimiler à la civilisation sédentaire qui vous entoure. Mais Mélenchon tord le sens des mots pour en faire la preuve d’un préjugé raciste.

 

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Mélenchon dément avoir traité Valls de nazi

 

Puis, Mélenchon met enfin les cartes sur table, en accusant Valls de « proximité avec les dirigeants de l’extrême droite israélienne ». Cet argument est différent des précédents.

 

Mélenchon ne cite aucun fait précis. Il ne définit pas ce qu’il appelle « l’extrême droite israélienne » : veut-il parler de la poignée d’extrémistes violents de la « Jeunesse des collines », qui font l’objet d’une surveillance approfondie du Shin Bet ? Des messianistes de Hébron, qui ont choisi une vie de danger dans l’espoir que leur installation au milieu de la ville des Patriarches hâte la fin des temps ? Ou bien évoque-t-il des partis plus sérieux, représentés à la Knesset – et si oui, lesquels ? Israël Beiténu d’Avigdor Lieberman, qui propose une séparation nette avec les Arabes mais défend aussi fermement la laïcité de l’Etat contre les partis religieux ? Le Foyer juif de Naftali Bennett, qui veut étendre le territoire administré par l’autorité civile et est le seul parti aujourd’hui à proposer d’augmenter le nombre d’Arabes ayant la pleine nationalité israélienne ? Le Shas, qui veut soumettre à une discipline religieuse stricte des populations séfarades dont ce n’est pas la tradition ? Le Judaïsme de la Torah, parti ultrareligieux ashkénaze qui ne reconnaît pas la légitimité de l’Etat et n’y voit qu’une source de subventions pour les yeshivot [écoles religieuses. Ndlr.] ?

 

Il est presque certain que Mélenchon n’a pas la moindre connaissance de ces distinctions et ne sait pas lui-même ce qu’il veut dire quand il parle d’« extrême-droite israélienne ». Or, accuser un ennemi politique de proximité avec un camp politique dont on ne connaît même pas la composition, c’est nécessairement reconnaître que l’on dit n’importe quoi.

 

Il n’existe, dans le monde réel, aucune proximité entre Manuel Valls, non juif et homme de centre-gauche, et l’ensemble des groupes ou partis listés plus haut. La collabosphère mélenchonienne a bien publié la photo d’une rencontre entre Valls et Ayelet Shaked, ministre de la Justice et élue du Foyer Juif, prise le mois dernier. Mais cette photo s’inscrivait dans le cadre d’une visite de travail au cours de laquelle l’ancien Premier ministre avait rencontré plusieurs membres du gouvernement et de l’opposition. Elle ne traduit aucune proximité politique. Si Valls devait se positionner sur la carte politique israélienne (un exercice certes assez vain pour un étranger), il serait plutôt proche du parti travailliste.

 

L’objectif de Mélenchon n’est pas de lier Manuel Valls à l’extrême droite : il est d’associer son image à celle d’Israël, et de lui nuire politiquement aux yeux d’un électorat antijuif que la France Insoumise courtise assidûment. En cela, Mélenchon s’inscrit dans une longue tradition de la gauche française.

 

C’est l’inventeur même du mot « socialisme », le catholique français Pierre Leroux, qui faisait de l’antisémitisme un complément nécessaire du socialisme, disant : « Quand nous parlons des Juifs, nous voulons dire l’esprit juif : l’esprit du profit, du lucre, du gain, de la spéculation ; en un mot, l’esprit du banquier » (Pierre Leroux, Malthus et les Economistes, 1849).

 

Le thème du Juif capitaliste, qui fait obstacle aux progrès du socialisme, se retrouve ensuite dans plusieurs écrits de la gauche française des dix-neuvième et vingtième siècle. C’est un homme de gauche, Alphonse Toussenel, qui écrit la première bible antisémite du dix-neuvième siècle, Les Juifs, rois de l’époque (1845). Proudhon appelait les Juifs « le mauvais principe » et les accusait d’être responsables de « la décadence de l’Europe » (P. Proudhon, Manuel du spéculateur à la Bourse, 1857). Auguste Blanqui, qui a l’honneur de rues et de boulevards dans tant de villes françaises, faisait lui aussi de la lutte contre les Juifs une part indispensable de la révolution socialiste à venir (cf Michel Dreyfus, L’Antisémitisme à Gauche, Editions La Découverte, 2009). En Allemagne, l’omniprésence de thèmes antisémites dans la gauche socialiste irritait certains socialistes au point qu’August Bebel, fondateur du parti social-démocrate allemand, avait appelé l’antisémitisme « le socialisme des imbéciles ».

 

Au vingtième siècle – celui de la formation politique et intellectuelle de Jean-Luc Mélenchon – l’inspiration antisémite se poursuit au sein de la gauche française. Plusieurs personnalités de gauche – le socialiste Doriot, le communiste Déat, le radical-socialiste René Bousquet – ont rejoint avec enthousiasme la collaboration et applaudi au Statut des Juifs de Vichy. La gauche prosoviétique, pour sa part, n’a rien trouvé à redire aux purges antisémites en Tchécoslovaquie (1952), en URSS (de 1942 à 1953) ou en Pologne (1967).

 

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Une vidéo antisémite d’opposition à Valls, retweetée mercredi dernier par Jean-Luc Mélenchon lui-même et effacée par la suite

 

De manière plus directement liée au cas de Jean-Luc Mélenchon, son propre maître à penser, Pierre Lambert, avait appartenu pendant la guerre au « Parti Communiste Internationaliste » et au « Parti Ouvrier Internationaliste », des groupes trotskistes dissidents qui prônaient la fraternisation avec les soldats allemands. Il a, plus tard, fondé son propre parti, dont Mélenchon fut membre… et à qui Lambert donna d’abord le nom d’ « Organisation Communiste Internationale » avant de revenir à celui de « Parti Communiste Internationaliste », qu’avait porté le groupe collaborationniste de sa jeunesse.

 

En quoi cette histoire éclaire-t-elle l’animosité qui oppose aujourd’hui Mélenchon et Valls ? Parce qu’elle décrit les origines d’une division irréconciliable qui partage aujourd’hui la gauche française en deux camps : une gauche antitotalitaire et une gauche anti-occidentale.

 

D’un côté, une gauche qui inscrit ses valeurs (solidarité organisée par l’Etat, redistribution) dans le cadre de la lutte contre les ennemis de la liberté. Cette gauche est aujourd’hui, hélas, minoritaire. Manuel Valls en est le représentant le plus affirmé en France.

 

Parce qu’elle hait la tyrannie, la gauche antitotalitaire est l’ennemie de l’islamisme politique, qu’il s’exprime par le terrorisme ou par des tentatives d’intimider les sociétés occidentales pour qu’elles donnent une place toujours plus importante à la charia. Sur la question du Moyen-Orient, elle est naturellement encline à soutenir Israël, seul Etat dont la société est fondée sur la libre discussion et des élections libres.

 

De l’autre côté, une gauche elle aussi attachée à la solidarité étatique et à la redistribution, mais dont l’ennemi est l’héritage culturel occidental : les valeurs judéo-chrétiennes, le capitalisme et les Lumières. La France Insoumise est devenue le principal réceptacle politique de cette gauche-là, et Mélenchon est son premier représentant en France.

 

Parce qu’elle hait l’héritage judéo-chrétien, la gauche anti-occidentale est prête à s’allier à tous les mouvements qui veulent réduire son influence, y compris les groupes racistes anti-blancs comme le « Parti des Indigènes de la République » ou PIR (une députée mélenchonienne, Danielle Obono, est proche depuis longtemps de ce groupe raciste) et les islamistes de tout poil. Depuis quelques semaines, plusieurs députés mélenchoniens se sont ainsi fait une curieuse obligation de contester, de manière apparemment coordonnée, l’idée même qu’il pourrait exister un processus de radicalisation d’une partie des musulmans de France. Une autre députée, Clémentine Autain, s’était fait remarquer lorsqu’un collectif dont elle était le porte-parole avait appelé ses militants à se rendre à un meeting où officiaient Tariq Ramadan, Alain Gresh et Marwan Muhammad.

 

Parce qu’elle hait le capitalisme, cette gauche est fascinée par toutes les expériences de confiscation autoritaire de la richesse. Mélenchon a ainsi le triste honneur de rester le plus grand soutien, dans la classe politique française, du régime vénézuélien de Chavez et Maduro, qui a transformé ce qui était naguère le pays le plus avancé d’Amérique Latine en un vaste camp de famine.

 

Enfin, parce qu’elle hait les Lumières – c’est-à-dire la tradition occidentale de recherche désintéressée de la vérité par l’observation, le libre débat et la logique – la gauche mélenchonienne se distingue par une rhétorique faite presque exclusivement d’insultes et d’imprécations, sans aucune tentative de résoudre les conflits par l’observation ou le raisonnement.

 

Il va de soi que la gauche anti-occidentale hait aussi Israël, un pays dont l’existence a littéralement accompli les prophéties bibliques et où règnent la libre entreprise et le libre débat. Elle n’hésite pas à mettre en scène cette haine, sachant qu’elle peut aller chercher une réserve de voix parmi tous ceux qui, en France, haïssent les Juifs. Cette tactique fonctionne : les dirigeants antisémites Dieudonné Mbala Mbala et Alain Soral, sans s’être systématiquement rapprochés de la France Insoumise, ont apporté leur soutien à certains de ses élus et candidats (Farida Amrani, qui fut battue par Valls aux législatives, et plus récemment Danièle Obono). La démonisation systématique de Manuel Valls est d’ailleurs commune aux mélenchonistes et aux partisans de Dieudonné, au point que Mélenchon lui-même a retweeté, mercredi dernier, le tweet anti-Valls d’un antisémite affirmé.

 

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Les conséquences de la haine anti-israélienne (info # 011510/17) Version imprimable
Analyse
dimanche, 15 octobre 2017

 

Par Guy Millière

 

L’une des proclamations les plus répugnantes parmi toutes celles que l’on peut entendre concernant les Arabes “palestiniens” en Europe, ou quand on parcourt des journaux et magazines européens, est celle affirmant que les Arabes “palestiniens” sont opprimés ou humiliés par Israël.

 

Lorsque je suis en Israël, je vois que les restaurants et magasins juifs subissent l’oppression “palestinienne”, contraints qu’ils sont de se protéger des risques terroristes par des portiques de sécurité et des gardes armés. Je vois que les restaurants et magasins arabes n’ont pas besoin de ces dispositions, car le terrorisme “palestinien” ne les menace pas. Je sais que malgré les précautions prises, des terroristes “palestiniens” tuent, hélas, des Juifs et d’autres Israéliens non musulmans. Je constate que les seuls Arabes qui subissent des violences de la part des forces de l’ordre israéliennes sont ceux qui ont commis ou tenté de commettre des violences les premiers.

 

Quand je me rends en Judée-Samarie, je vois que les villes et les villages juifs doivent également se prémunir pour les mêmes raisons, et qu’ils sont entourés de grillages. J’observe que les villes et les villages arabes n’ont pas, là encore, besoin de se protéger. Malgré les précautions prises à ce niveau aussi, des terroristes “palestiniens” tuent des Juifs et d’autres Israéliens non musulmans, et le font avec une haine barbare et répugnante. J’observe, en Judée-Samarie également, que les seuls Arabes qui subissent des violences de la part d’Israéliens sont, à de très rares exceptions près, ceux qui ont commis ou tenté de commettre des violences les premiers.

 

Quand je vois la barrière de sécurité, je sais qu’elle est là parce qu’avant qu’elle ait été édifiée, des attentats terroristes atroces étaient régulièrement commis en Israël par des gens venus des territoires occupés par l’entité terroriste appelée Autorité Palestinienne. Et je sais que si l’entité terroriste en question n’incitait pas à la haine et au meurtre de Juifs, la barrière de sécurité n’existerait pas, et les contrôles exercés lors des traversées de celle-ci n’existeraient pas non plus.

 

Je sais que ces contrôles ne sont pas discriminatoires à l’encontre des Arabes “palestiniens”, et que si les Arabes “palestiniens” ne voulaient plus de ces contrôles, il faudrait qu’ils se révoltent non pas contre Israël mais contre l’entité terroriste appelée Autorité “Palestinienne”. Elle est seule responsable de l’existence de la barrière de sécurité et des contrôles exercés lors de son franchissement. Ce, parce que l’Autorité “Palestinienne” se trouve à l’origine des incitations à la haine et au meurtre de Juifs et des attentats terroristes qui surviennent, parce qu’elle rémunère les terroristes assassins et leurs familles, et parce qu’elle traite les terroristes assassins comme s’ils étaient des héros.

 

Lorsque je suis en Europe, je sais que les touristes israéliens sont discrets et que c’est ce qui leur est recommandé en raison des agressions antijuives de plus en plus fréquentes, et de la haine d’Israël sans cesse instillée par les grands media, les organisations islamiques et les organisations gauchistes. Je constate que des Arabes “palestiniens” coupables de terrorisme sont également traités en héros sur le sol européen et n’ont strictement rien à craindre. Dernier exemple en date, Leila Khaled, une terroriste uniquement sortie de l’anonymat pour avoir détourné deux avions et leurs passagers, a été invitée à parler voici peu devant le Parlement européen, où elle a tenu des propos antisémites et a reçu une ovation debout.

 

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L’écriteau du jardin dédié à Yitzhak Rabin à Paris,

souillé par les mots "Boycott Israël"

 

Je constate que le chef terroriste Mahmoud Abbas est reçu avec les honneurs qu’il ne mérite aucunement dans quasiment toutes les capitales européennes, où des politiciens disent qu’il devrait avoir droit à un Etat, en récompense, sans doute, du nombre de Juifs qu’il a fait tuer au Proche-Orient et ailleurs.

 

Je constate que les pays d’Europe financent le terrorisme palestinien et financent donc l’assassinat de Juifs et d’autres Israéliens.

 

Et dès lors, je ne peux m’empêcher de penser que si un peuple est opprimé et humilié aujourd’hui, c’est le peuple israélien.

 

Je ne peux m’empêcher de penser, comme je l’ai déjà écrit à de nombreuses reprises, qu’Israël est traité comme le Juif parmi les Etats et se trouve traité aujourd’hui en Europe comme l’Europe traitait les Juifs en des temps qui ne sont pas réellement révolus.

 

Je ne peux m’empêcher de penser que ceux qui disent que les Arabes “palestiniens” sont humiliés et opprimés par Israël n’ignorent strictement rien de ce que je viens d’écrire, mais qu’ils sont mus par une haine des Juifs qui prend désormais la forme de la haine d’Israël.

 

Je pourrais ajouter que la haine d’Israël alimente la haine des Juifs en Europe, et que tous les Juifs agressés ou assassinés en Europe le sont par des gens imprégnés de la haine d’Israël.

 

Je pourrais ajouter encore qu’en contribuant à la haine d’Israël, les gouvernements européens, à mes yeux, contribuent non seulement aux agressions et assassinats de Juifs et d’autres Israéliens sur la terre d’Israël, mais aussi aux agressions et assassinats de Juifs en Europe.

 

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Hamas-Fatah : une énième négociation vouée à l’échec (011210/17) Version imprimable
Analyse
jeudi, 12 octobre 2017

 

Par Sami El Soudi

 

Après d’intenses et animées discussions hier et avant-hier au siège cairote du Renseignement égyptien, et sous les auspices de ses principaux responsables, Ismaïl Hanya, le chef politique du Hamas, a annoncé que le Fatah et son organisation sont parvenus à un "accord de réconciliation".

 

Dans les faits, les deux parties ne se sont entendues sur aucun des points à l’origine de leur différend. A savoir les sujets qui permettraient une entente authentique, et qui intéressent, outre les Palestiniens, les Egyptiens et les Israéliens, aussi les Etats-Unis.

 

Les points d’achoppement sont laissés à des prochaines rencontres prévues pour se dérouler au même endroit, avec les mêmes participants. Il s’agit de l’avenir de la branche militaire du Hamas et de son arsenal, ainsi que des aspects politiques du rapprochement.

 

Sur ce dernier point, c’est l’adhésion du Hamas aux accords préexistants de l’Autorité Palestinienne avec Israël, dont sa reconnaissance dans les "frontières" de 1967, et l’abandon de la lutte armée qui sont en cause. Les sujets-clés du désaccord historique, sur lesquels aucun progrès n’a été réalisé au Caire.

 

Pour être totalement clair, cela concerne la réintégration de la bande de Gaza dans l’Autorité Palestinienne et son contrôle exclusif de ce territoire.

 

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Les délégués du Hamas et du Fatah se tiennent par les deux mains au Caire :

pour montrer qu’ils n’ont pas de couteaux

 

Plusieurs éléments ont conduit au renouvellement des contacts entre le Fatah et le Hamas, mais il ne s’agit pas de considérants à proprement parler convergents.

 

Pour l’organisation d’Ismaïl Hanya, la recherche d’un consensus est motivée par la situation économique catastrophique de son califat de Gaza, depuis l’abandon par le Qatar de son soutien financier. A cela, il importe d’ajouter l’isolement grandissant du Hamas au sein du monde arabe, et son lâchage absolu par l’Egypte et l’Arabie Saoudite, devenues des alliées stratégiques de plus en plus actives de l’Etat hébreu.

 

Sans se soucier des négociations entre les frères ennemis palestiniens, Le Caire poursuit par ailleurs ses travaux d’hermétisation de sa frontière avec Gaza, en pleine coopération avec Jérusalem et ses forces armées. Selon des sources palestiniennes concordantes, une délégation israélienne se trouvait en coulisses dans les bâtiments du Renseignement égyptien et a activement participé avec ses homologues locaux à l’orientation des discussions de ces deux derniers jours.

 

Reste que le Hamas se montre incapable de procéder à la reconstruction des dégâts engendrés par son aventure militaire contre Tsahal en 2014 [Opération Tzouk Eitan, rocher inébranlable. Ndlr.] , et qu’il n’est pas non plus à même de reconstituer sa capacité armée à cause de son encerclement et de son manque de moyens.

 

Pour l’Egypte et Israël, l’objectif commun consiste à obtenir la désintégration du Hamas et de son potentiel de nuisance par des voies politiques. Le Caire et Jérusalem sont en outre préoccupées par l’influence grandissante de l’Iran à Gaza, qui tente de remplir le vide laissé par le Qatar en envoyant des fonds au Hamas et en essayant de l’encadrer militairement.

 

Quant à l’Autorité Palestinienne, qui mise sur l’intention de Donald Trump de parvenir à la solution du problème israélo-palestinien, elle comprend fondamentalement deux choses : 1. Que Washington ne poussera pas les Israéliens vers un accord séparé avec Ramallah tant que Gaza sera gouvernée par une organisation armée agissant pour l’élimination de l’Etat hébreu. 2. Qu’il n’existe aucun autre intervenant sur la scène internationale à l’exception des USA capable de faire évoluer les choses en direction de la création d’un Etat palestinien indépendant.

 

Mahmoud Abbas et ses conseillers ont correctement analysé que, pour les pays arabes, la nécessité de contrer l’expansion iranienne avec l’aide d’Israël avait relégué la cause palestinienne au second plan.

 

En ce moment, une conférence de presse conjointe Fatah-Hamas est censée se tenir au Caire. Elle n’a cependant aucune importance.

 

Les points sur lesquels les deux entités se sont entendues concernent l’intégration de représentants du Hamas dans certains ministères de l’Autorité Palestinienne, la refonte de l’appareil policier dans la bande côtière, ainsi que la gestion conjointe des points de passage – côté Gaza – par le Hamas et le Fatah. Cette dernière disposition, à la condition expresse qu’elle se manifeste dans la réalité, pourrait faciliter le transit de certaines marchandises et services avec l’Egypte et Israël.

 

La portée de ces "éléments d’accord", dénués d’importance stratégique réelle, ne vaut qu’en cela qu’elle ouvre la voie à la poursuite des négociations concernant les sujets de fond.

 

Mais même si le Hamas n’a plus d’avenir ni dans le domaine militaire ni dans son rôle politique, son leadership, qui voit la situation en face, se trouve de plus en plus molesté dans sa gouvernance par son aile armée, islamiste, fanatique, idéologique, voire suicidaire, qui ne conçoit son rôle que dans la lutte sans espoir contre l’existence d’Israël.

 

La question est de savoir si la direction de l’organisation voudra et pourra se laisser dissoudre dans l’Autorité Palestinienne, et dans quels termes. Il est évident qu’elle fera tout, à la fois pour préserver certaines de ses prérogatives à Gaza et augmenter son influence dans le gouvernement palestinien.

 

La marge de manœuvre d’Hanya et d’Abbas sur ces sujets est cependant terriblement restreinte, ce qui me permet de prédire, une fois de plus, que ces tentatives de réconciliation sont vouées à l’échec. Ce qui est également l’opinion des conseillers de la Moukata [le siège de l’AP à Ramallah. Ndlr.] avec lesquels je me suis entretenu hier et ce jeudi matin.

 

La plus grande menace qui pèse sur eux étant la relégitimisation du Hamas politique en Cisjordanie, dans une situation où la population est lasse des promesses non tenues des politiciens vieillissants du Fatah, du blocage des négociations avec Israël, du renforcement constant des implantations juives, de la dégradation de son niveau de vie, de la corruption omniprésente, et enfin, du désintéressent progressif des Arabes pour sa cause.

 

La très grande crainte du Fatah porte sur la tenue éventuelle d’élections générales libres – les dernières ont eu lieu en janvier 2006 et avaient vu la victoire du Hamas par 74 sièges contre 45 au Fatah – qui pourraient porter l’organisation islamique au pouvoir et déclencher l’invasion de la Cisjordanie par Israël et sans doute son annexion.

 

On comprend, dans ces circonstances, que seule la dissolution du Hamas est envisageable, en premier lieu pour le Fatah, et que ce sera la seule alternative acceptable lors de la poursuite des négociations du Caire. Il n’est pas question, à la Moukata, de permettre une réimplantation de l’organisation islamique en Cisjordanie, autre que symbolique et strictement encadrée. Ne serait-ce déjà qu’au regard des innombrables efforts consentis ces dernières années, de concert avec le Shin Bet et l’Armée israélienne, pour détruire les cellules politiques et terroristes du Hamas en Judée-Samarie.

 

Seuls la reconnaissance du droit d’Israël à l’existence sur ses "frontières" d’avant la Guerre des Six Jours, l’abandon de la lutte armée et la dissolution du califat à Gaza pourraient permettre une réintégration surveillée du Hamas dans le jeu politique palestinien. Ce, pour la raison que le Hamas qui adopterait ces principes ne serait plus le Hamas et perdrait en dangerosité.    

 

La grande interrogation qui demeure participe de connaître le degré de désespérance des dirigeants du Hamas. Sont-ils suffisamment découragés pour accepter de devenir un parti politique islamique sous tutelle, comme il en existe dans tous les Etats arabes avoisinants ? Rien n’est moins sûr et, de toute façon, on ne va pas tarder à le savoir.

 

Si cela n’est pas le cas, Israël et ses alliés arabes auront les mains libres pour approfondir leur coopération face à Téhéran, ayant procuré aux Palestiniens l’opportunité de les rejoindre en adoptant la résolution responsable de se défaire de leurs dernières chimères.

 

En Israël, d’ailleurs, on ne se fait que peu de soucis face à cette énième tentative de réconciliation Fatah-Hamas, et on permet volontiers aux responsables et aux fonctionnaires du Fatah de se rendre à Gaza et en Egypte.

 

D’une part, parce qu’on ne croit pas plus que moi à ses chances de succès. Ensuite, parce que la droite au pouvoir est divisée entre la nécessité de voir le Hamas disparaître, et avec lui la menace qu’il fait peser sur la quiétude des habitants du Néguev, et son apport politique, lorsque, se maintenant à Gaza, il est la garantie pour Israël de non-création de l’Etat de Palestine.

 

Pour le moment, Binyamin Netanyahu donne des gages de bonne conduite à son ami Donald Trump en n’interférant pas dans les tractations en cours. Il sait, entre autres, que son allié le plus fiable dans la région, le Maréchal Abdel Fattah al-Sissi, se méfie encore plus que lui du Mouvement de Résistance Islamique Palestinien (Hamas), celui qui avait soutenu son pire ennemi, Mohamed Morsi, et qui a été créé par l’organisation à laquelle il adhérait, les Frères Musulmans, en 1987.


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Syrie : Russes et Américains au coude-à-coude (011010/17) Version imprimable
Analyse
lundi, 09 octobre 2017

 

Par Perwer Emmal dans le Rojava

 

Lors de ma dernière intervention, il y a de cela une dizaine de jours, je vous avais entretenus de la course poursuite que se livrent les coalitions armées américaine et russe pour le contrôle des routes stratégiques [en vert sur la carte] faisant la liaison entre la frontière iraquienne et l’ouest de la Syrie. Le moins que l’on puisse en dire aujourd’hui est que cette confrontation à distance se poursuit, qu’elle a encore augmenté en intensité et qu’elle produit un nombre de victimes accru, tant civiles que militaires.

 

Il y a dix jours, il semblait que la coalition américano-kurde avait pris un léger avantage en s’emparant de la zone d’al Suwar, coupant ainsi la vallée de la rivière Khabour jusque-là entièrement entre les mains des miliciens de l’Etat Islamique (DAESH).

 

Depuis, les Forces Démocratiques Syriennes à prédominance kurde, aidées par des commandos occidentaux et soutenus massivement par l’Aviation américaine ont certes progressé, mais pas suffisamment rapidement pour que cela soit déterminant.

 

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Carte 1

Service cartographique © Metula News Agency

En rouge les positions de la "coalition russe"

En violet les positions de la "coalition russe" conquises depuis le 29 septembre

En jaune les positions de la "coalition américaine"

En jaune entouré d’orange les positions de la "coalition américaine" conquises depuis le 29 septembre

En noir les positions de l’Etat Islamique

Les éclairs indiquent les principaux points d’affrontements actuels ainsi que l’identité des combattants par couleur

 

Au sud d’al Fadghami [Zone 2] les FDS ont conquis plusieurs villages mais les combattants islamiques, au prix d’incroyables sacrifices, parviennent à ralentir leur avance.

 

Autour d’al Suwar [Zone 1], tant au Nord qu’en direction du Sud, les pro-occidentaux se sont emparés des ponts sur le Khabour ainsi que d’une dizaine de localités. Les FDS poussent actuellement vers l’Euphrate en descendant la vallée et en suivant principalement la route située à l’ouest du Khabour, entre le cours d’eau et le désert.

 

Leur objectif est désormais la prise d’al Busayrah et de ses environs, que la coalition bombarde activement depuis les airs et par des violents barrages d’artillerie. Au sol, des commandos U.S. et européens, bien plus nombreux qu’auparavant, martèlent les défenses des islamistes en multipliant les coups de main. Ces derniers, acculés de toutes parts par des coalitions conduites par les deux plus grandes puissances militaires de la planète, contre-attaquent par des tentatives suicidaires de véhicules qu’ils lancent contre les positions des FDS. En outre, toutes les agglomérations dont DAESH est contraint de se retirer sont piégées et minées, ce qui rend les opérations d’assainissement longues, fastidieuses et dangereuses.

 

Souvent, alors que nous pensons que le plus dur est fait, les djihadistes resurgissent d’on ne sait où et il faut alors combattre pour sauver nos vies. La progression est à ce point périlleuse et les affrontements si acharnés que l’on m’a – pour la première fois – interdit de suivre les troupes d’assaut au-delà d’al Haydan, à 30km environ des premières lignes.

 

Dans la Zone 4, au nord-ouest de Deïr ez Zor, l’avance est un peu plus aisée, ce qui fait que dans quelques jours il ne fait aucun doute que toute la berge septentrionale de l’Euphrate entre Raqqa et Deïr ez Zor sera contrôlée par la coalition américaine.

 

Quant à Raqqa, où j’étais avant-hier, la ville est pratiquement libérée mais le commandement de l’opération Tempête de Jazeera attend d’avoir inspecté tous les recoins de la cité avant de déclarer officiellement sa prise. Sa conquête aura coûté au moins 5 000 morts, dont près de la moitié de civils, d’après l’estimation grossière que j’ai pu établir en questionnant divers responsables. Plus des deux tiers des 2 000 défenseurs islamistes de la place sont morts, les autres sont soit prisonniers, soit blessés, toute voie de retraite leur ayant été coupée.

 

La situation humanitaire dans un triangle formé par Deïr ez Zor, Mayadin et al Busayrah est plus préoccupante encore, car 150 000 non-combattants ont fui les affrontements qui les prennent en tenaille, en tentant de se réfugier dans les deux déserts, au sud et au nord de l’Euphrate, où il n’existe aucune infrastructure pour les accueillir.

 

Loin des caméras et des projecteurs de la presse internationale, les deux coalitions font un usage immodéré des bombardements aériens et terrestres. Surtout les Russes, qui frappent littéralement dans le tas, sans se soucier le moins du monde du sort des victimes collatérales. A Mayadin, cela fait trois jours que les attaques aériennes russes n’ont pas cessé une seule minute.

 

Dans leur volonté de couper l’accès de la coalition occidentale vers les routes stratégiques, les hommes de Vladimir Poutine ne tiennent aucun compte des civils. A mon avis, autour de Deïr ez Zor, il n’en tombe pas moins de 300 quotidiennement.

 

Pour être le plus équitable possible dans mon compte rendu, je me dois de préciser que Raqqa n’est plus qu’un champ de ruines, qui m’a fait penser aux images des films historiques de Berlin juste après la chute du IIIème Reich.   

 

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Raqqa

 

Sur le plan tactique, les Russes et leurs alliés alaouites et chiites ont tenté un coup de poker en s’attaquant directement à Mayadin, et en progressant sur la plus méridionale des deux routes stratégiques.

 

Hier, après des bombardements d’une violence inouïe, ils avaient réussi à mettre le pied dans les quartiers ouest de Mayadin, la capitale de l’ "Etat d’al Khaïr" sous l’Etat islamique. Ils s’étaient assurés du contrôle de la citadelle de Rahba, du marché aux chèvres et de la zone des silos à grain. 

 

Mais au prix de contre-attaques féroces, les miliciens de DAESH les avaient délogés de toutes les portions de la ville à la nuit tombante. La coalition russe, fortement secouée, maintenait son emprise sur la banlieue sud, des villages avoisinants et sur l’aéroport.

 

Ce lundi, la coalition Moscou-Damas-Téhéran a renouvelé ses tentatives pour prendre la cité et on ignore encore si elle y est parvenue ou non. Ce qui est sûr est que, dans l’affirmative, elle pourrait aisément traverser l’Euphrate du Sud au Nord, et prendre position sur la route qui longe le fleuve, ce qui condamnerait pratiquement les plans du commandement américain consistant à s’emparer d’une portion significative des routes stratégiques dans la région de Mayadin.

 

Pour y parvenir, il lui faudrait alors intervenir encore plus au Sud-Est, en empruntant cette fois des pistes et non plus des routes carrossables. Et s’il n’y parvient pas, la construction de l’autoroute chiite ou iranienne dépendra de la décision exclusive de Vladimir Poutine et pas de Donald Trump.

 

Pour ne rien arranger, on a noté certains problèmes de cohésion au sein de l’alliance américano-kurde ces derniers jours. A commencer par l’arrestation par la police militaire des FDS de l’un des chefs principaux de la composante arabe de cette coalition. Il est accusé d’avoir procédé, avec ses hommes, à des pillages dans les zones libérées ainsi qu’à des exécutions sommaires de miliciens de DAESH. En plus des tensions que cela ne manque pas de créer, et des questions de loyauté soulevées, ces comportements sont clairement inacceptables pour le commandement kurde, et plus encore pour les Américains, qui ne peuvent pas ternir leur image par des actes de ce genre.

 

Autre pomme de discorde, l’attitude politique de l’Administration Trump, qui, soucieuse de préserver des relations correctes avec la Turquie, a publiquement dénoncé le référendum sur l’indépendance qui s’est déroulé dans la partie iraquienne du Kurdistan mais qui jouit également d’un soutien massif dans le Rojava syrien.

 

Aujourd’hui, les deux enclaves kurdes sont pratiquement coupées du reste du monde, de par l’encerclement coordonné décidé par l’Etat central iraquien dominé par les chiites, l’Iran et la Turquie. Les exportations de pétrole, indispensables à l’économie kurde, sont menacées, les vols internationaux à destination d’Erbil et de Sulaymaniya ont cessé, et les menaces d’intervention militaires, agrémentées de manœuvres d’intimidation à nos frontières se multiplient.

 

La région kurde la plus menacée est sans conteste celle du canton d’Afrin et ses 200 000 habitants, géographiquement coupée du reste du Rojava, qui est désignée comme prochaine cible militaire par tous les organes du régime de Recep Erdogan. Des escarmouches inquiétantes ont lieu chaque jour à proximité de la frontière turque et pourraient être le signe avant-coureur de développements plus dramatiques.

 

Au sein des FDS, et plus particulièrement de sa composante majoritaire des YPG, les Unités de Protection du Peuple (kurde), certains se demandent si notre sacrifice au sein de la coalition est évalué à sa juste valeur. Selon mon décompte, qui ne peut être qu’approximatif en raison de l’absence de chiffres officiels, ce ne sont pas moins de 4 à 500 Peshmergas qui ont perdu la vie depuis le déclenchement de Tempête de Jazeera.

 

La question qui prédomine est celle de savoir si l’on pourrait réellement compter sur M. Trump en cas d’agression militaire turque, alors que nos combattants se battent à Raqqa, Deïr ez Zor et face à Busayrah. Les officiers U.S. nous assurent qu’ils ne laisseraient pas faire et que cela fait partie du pacte non écrit de responsabilité réciproque, mais des Kurdes se demandent si ce sont ces généraux qui prendraient les décisions en cas de coup dur. Une situation, chaque Kurde le sait, qui pourrait facilement dégénérer en massacre ou même en génocide.

 

Ces appréhensions sont renforcées depuis une semaine par les nouvelles de la concentration de forces turques à 350km à l’ouest de Deïr ez Zor, dans la périphérie de la ville de Reyhanli (Turquie), en vue d’une attaque contre la vaste région d’Idlib [voir deuxième carte]. Celle-ci est tenue par l’organisation Tahrir al-Cham, une mouvance islamiste opposée à celle qui sert d’auxiliaire à l’Armée turque, bien qu’elle ne formait encore qu’une seule et même entité au sein d’al Qaëda il n’y a pas si longtemps.

 

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Carte 2

Service cartographique © Metula News Agency

En jaune le Rojava (Kurdes)

En rouge les positions gouvernementales

En vert l’Armée de Libération Syrienne (rebelles)

En gris Tahrir al-Cham

 

La prise d’Idlib fait partie du plan de "pacification" décidé conjointement par la Russie, l’Iran et la Turquie sans rencontrer la moindre opposition de la part de Washington et de ses alliés européens. L’invasion de cette portion de la Syrie a déjà été annoncée par le Président turc Erdogan avant même qu’elle ne débute.

 

Elle n’affecte pas directement les Kurdes du canton d’Afrin, certes, mais en cas de succès, ils seraient pratiquement encerclés par les Ottomans et leurs supplétifs. De plus, cette opération possède une facette stratégique pour Ankara, car elle vise à renforcer en l’uniformisant cette partie du nord-ouest de la Syrie, convoitée de tous temps par les Kurdes. Ceux-ci y aspirent afin de s’assurer d’un accès à la Méditerranée, distante uniquement de la frontière d’Afrin d’une trentaine de kilomètres en son point le plus proche.

 

De nombreuses capitales observent avec attention et appréhension le déroulement des opérations dans l’est syrien. C’est le cas entre autres des Etats arabes et d’Israël, pour qui l’issue des combats revêt une importance capitale. Celle qui consiste à savoir s’ils auront à faire face, des années durant, à l’Armée iranienne dans le voisinage immédiat de leurs centres névralgiques.

 

Sur le plan politique, on suivra attentivement l’intervention du président Trump au Congrès, qui pourrait se solder par la dénonciation de l’Accord sur le nucléaire iranien de 2015, passé entre les 5+1 et Téhéran. On prête au président américain l’intention de lister les Gardiens de la Révolution Islamique – les Pasdaran – comme organisation terroriste avec tout ce que cela implique.

 

Nous sommes directement concernés puisque ce sont les Pasdaran qui se trouvent de l’autre côté de l’Euphrate, à quelques kilomètres des Peshmerga. Ce sont eux également qui ont établi des positions sur le Golan syrien face à Israël.

 

Les menaces de rétorsion font florès en Perse. Ainsi, le Général Mohammad Ali Jafari, le chef des Gardiens de la Révolution khomeyniste, a déclaré que si les Etats-Unis désignaient les Gardiens comme un groupe terroriste, il considérera l’Armée américaine de la même manière que le groupe terroriste Etat Islamique.


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David Friedman, un ambassadeur américain qui dit la vérité (info # 010810/17) Version imprimable
Analyse
dimanche, 08 octobre 2017

 

Par Guy Millière

 

Le choix de David Friedman comme ambassadeur des Etats-Unis en Israël fait partie des décisions les plus judicieuses prises par Donald Trump depuis son élection. Et quand bien même l’ambassade des Etats-Unis en Israël n’a pas encore été transférée à Jérusalem, la nomination de Friedman a été un signal fort, que les dirigeants israéliens ont perçu comme tel, et que les dirigeants “palestiniens“ ont perçu (à juste titre de leur point de vue) comme un signal d’alarme.

 

Comme j’ai eu l’occasion de l’écrire dans ces colonnes, les probabilités qu’un Etat palestinien voie le jour sont aujourd’hui inférieures ou égales à zéro. Le choix de David Friedman par Donald Trump indique la position de l’Administration Trump sur le sujet : pour David Friedman, la Judée-Samarie fait partie intégrante d’Israël, et ses positions sont claires et sans ambiguïté.

 

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David Friedman et Donald Trump

 

Comme je l’ai déjà noté aussi, les “négociations” en cours sont destinées à échouer et à permettre aux pays arabes du statu quo de patienter, de pouvoir affirmer que l’Administration Trump aura vraiment tout essayé, et de ne pas apparaitre aux yeux du monde arabe comme ayant abandonné la “cause palestinienne” en rase campagne.

 

Comme je l’ai encore noté, l’objectif à court terme, en attendant l’échec des négociations, consiste à renforcer l’alliance tactique entre les pays arabes du statu quo et Israël. Et l’objectif à moyen terme, après l’échec des négociations, sera, selon les circonstances, soit de maintenir le statu quo, soit d’avancer vers une paix qui pourra ressembler à la “solution à trois Etats“ (Jordanie-Egypte-Israël). Cette hypothèse a été évoquée par Danny Danon, le représentant permanent d'Israël auprès des Nations Unies, il y a quelques années dans un livre appelé The Will to Prevail [la volonté de l’emporter], ou à la “solution israélienne“ proposée par Caroline Glick dans The Israeli Solution, un livre paru peu de temps après celui de Danny Danon. On évoque également la “solution jordanienne“ et le retour au soulignement de ce que la Jordanie est un Etat arabe créé sur quatre-vingt pour cent du territoire du Mandat Palestinien confié aux Britanniques après les accords de San Remo en 1920, qui inclut ainsi l’Etat arabe “palestinien”. Je traite en détail de la solution jordanienne dans le numéro d’Israël Magazine en vente en ce moment.

 

Le Taylor Force Act [la Loi Taylor Force], loi destinée à couper tout financement américain versé à l’Autorité Palestinienne tant que cette dernière stipendiera les terroristes, ou leurs familles en cas de décès du terroriste, devrait bientôt être voté par le Congrès américain. Cela contribuera à amoindrir nettement la capacité de nuisance de Mahmoud Abbas et de ses seconds couteaux.

 

L’Autorité Palestinienne pourra encore compter sur l’Iran, dont la situation risque fort de devenir difficile dans les mois à venir, puisque l’Administration Trump entend ne pas laisser s’installer une hégémonie iranienne au Proche-Orient (pour l’heure, l’Administration Trump s’occupe principalement du dossier nord-coréen, tout en sachant fort bien que la Corée du Nord est la base arrière du nucléaire militaire iranien). Le rapprochement entre l’Autorité Palestinienne et le Hamas doit être perçu dans ce contexte comme un gage donné à l’Iran alors que le financement américain risque fort de disparaitre.

 

En attendant la suite des choses, David Friedman distille son message. Il a donné voici peu une interview au site Walla [walla.co.il] en Israël. Les points clés de l’interview sont :

 

-“ce qu’on appelle les implantations fait partie intégrante d’Israël”. Les mots sont importants : non seulement David Friedman dit que les implantations font partie d’Israël, mais, de plus, il conteste la légitimité du mot implantations ; il s’agit effectivement de villes et villages juifs en Judée-Samarie. Hébron, mais aussi Beit El et Shiloh sont des lieux juifs depuis des millénaires.

 

-”quand la Résolution 242 du conseil de Sécurité a été adoptée en 1967, elle stipulait qu’Israël avait le droit de disposer de frontières sûres et ne se retirerait pas de l’intégralité de la Judée-Samarie”. David Friedman remet en cause l’idée des “frontières de 1967”, qui n’ont jamais été des frontières, et rappelle que cette résolution sans cesse citée par toutes les parties souligne les impératifs de sécurité d’Israël.

 

-”Israël n’occupe que deux pour cent” de la Judée-Samarie” (quand bien même le mot “occupe” est très discutable, et n’aurait pas dû être employé par David Friedman, et quand bien même il est difficile de voir à quoi renvoie les deux pour cent en question. Le chiffre de deux pour cent est une façon de dire qu’Israël ne devrait céder au grand maximum que deux pour cent de la Judée-Samarie : en vue d’ajustements de frontière avec la Jordanie, pour faire de Ramallah une sorte de principauté de Monaco du terrorisme, totalement endiguée, mais permettant à Mahmoud Abbas et à ses seconds couteaux d’avoir un palais et leur petit drapeau ? La réponse n’a pas été donnée par David Friedman).

 

-”la solution à deux Etats a perdu sa signification”.

 

On ne saurait mieux dire.

 

Depuis l’interview, David Friedman a tenu à souligner que l’ambassade des Etats-Unis en Israël serait à Jérusalem avant la fin du premier mandat de Donald Trump.

 

David Friedman est un ambassadeur de droiture et de vérité. Il est fondamentalement l’homme adéquat pour la situation actuelle en Israël et au Proche-Orient.

 

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Bruxelles-Métula du 2 octobre 2017 Version imprimable
Radio/audio - interview/reportage
lundi, 02 octobre 2017

 

© Metula News Agency

 

L’analyse de Stéphane Juffa, au micro de Jim Mosko, dans le cadre de l’émission Bruxelles-Métula sur Radio Judaïca https://youtu.be/gwlF7DbsD8g  (Youtube).

 

Au sommaire :

 

L’analyse de Stéphane Juffa sur les évènements ayant marqué le référendum en Catalogne et sur les suites probables de ce scrutin.

 

 

 
La question palestinienne est devenue secondaire (info # 010110/17) Version imprimable
Analyse
dimanche, 01 octobre 2017

Par Guy Millière

 

La réunion annuelle de l’Assemblée générale des Nations Unies est l’occasion pour des dirigeants du monde entier de prononcer des discours généralement de peu d’importance. Ces exposés constituent surtout une occasion de parader pour ceux qui les prononcent.

 

Les discours adressés les années précédentes par Binyamin Netanyahou étaient quant à eux significatifs. Ce, parce qu’ils lui ont permis d’affirmer face au monde ce que nul autre dirigeant n’affirmait, et de poser sur la table des faits cruciaux.

 

Plusieurs discours de Binyamin Netanyahou ont eu ainsi une importance historique. Ils n’ont certes pas empêché la République islamique d’Iran de poursuivre ses projets maléfiques, mais ils les ont mis au jour, rendant plus difficile de les dissimuler. Ils n’ont pas changé non plus le comportement haineux et pervers des dirigeants palestiniens, mais ils ont permis que ce comportement soit perçu tel qu’il est.

 

Les dirigeants européens ont continué ensuite à jouer les aveugles volontaires, mais c’est devenu plus apparent, de même que leur attitude hypocrite.

 

Binyamin Netanyahou faisait alors face à un président des Etats-Unis très hostile à Israël, Barack Obama, et devait déjouer les sinistres plans de ce dernier, ce qui renforçait l’importance des discours prononcés et nécessitait de la part de Binyamin Netanyahou une subtilité de virtuose.  

 

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Donald Trump face à l’Assemblée générale de l’ONU

 

Le discours prononcé il y a quelques jours par le Premier ministre israélien a été à la hauteur de ses interventions précédentes. Netanyahu, à son habitude, a été intellectuellement brillant. Il a dit ce qui devait l’être sur Israël et sur l‘Iran, et avec la fermeté requise - “ceux qui nous menacent d’annihilation se placent dans une situation de péril mortel”. Son discours était, cela dit, d’une importance moins décisive que les années précédentes.

 

Et s’il en fut ainsi, c’était parce qu’un nouveau président est entré à la Maison Blanche, aussi différent de celui qui vient de s’en aller que le jour est différent de la nuit. Et ce nouveau président a tenu un discours qui correspondait en tous points à ce que Binyamin Netanyahou aurait pu dire lui-même. Ce nouveau président, Donald Trump, a envoyé au monde un message qu’il avait déjà dévoilé en recevant M. Netanyahou à la Maison Blanche, puis en se rendant en Israël : l’Etat d’Israël n’est plus seul et a à nouveau un véritable ami à la Maison Blanche ; le Premier ministre d’Israël n’est plus seul à dire que la République islamique d’Iran est dangereuse.

 

Et parce que ce nouveau président, Donald Trump, se trouve à la tête de la première puissance économique et militaire mondiale, il peut faire ce que Binyamin Netanyahu peut plus difficilement réaliser : tracer les lignes rouges que la République Islamique d’Iran ne doit strictement pas dépasser sous peine d’en subir de très lourdes conséquences. C’est ce que Trump a fait.

 

Le nouveau président ne s’est, de surcroit, pas contenté de tracer des lignes rouges. Il a posé des principes, et ces principes - les Etats Unis défendront leurs amis et puniront leurs ennemis et tous ceux qui menacent la paix du monde - étaient ceux que Binyamin Netanyahou, comme tous les amis de la liberté sur Terre, souhaitaient entendre affirmés à nouveau.

 

Binyamin Netanyahou ne pouvait qu’être satisfait. Tous les amis de la liberté sur Terre aussi.

 

Un président des Etats-Unis digne de ce nom est installé à la Maison Blanche. C’est un ami d’Israël. Un homme déterminé face à la République islamique d’Iran. C’est aussi un homme déterminé face à la Corée du Nord, alliée de la République islamique d’Iran. Et c’est très bien ainsi, cela constitue un changement d’époque et de ton.

 

Les autres discours, en ce contexte, ont été très secondaires.

 

Les journalistes français ont tenu à commenter abondamment celui d’Emmanuel Macron. Mais personne hors de France n’y a trouvé le moindre intérêt. Ce fut l’allocution du chef d’Etat d’une petite puissance qui mène une politique d’apaisement vis-à-vis des dictatures les plus dangereuses de la planète. Ce fut un discours porteur d’une main tendue en direction de l’Iran, et donc pas du tout le discours d’un ami d’Israël ni de la liberté. Ceux qui auraient attendu une posture différente de la France ont été déçus. Ceux qui savent tout de la politique étrangère de la France depuis des décennies savent que, fort heureusement, la France est désormais une petite puissance.

 

Le chef suprême de la République islamique d’Iran, Ali Khamenei, ne se déplaçant pas, c’est l’incarnation présentable du régime qui est venue à New York, Hassan Rohani, et celui-ci a bien sûr tenu un discours  hargneux et mensonger. Il a affirmé que celui de Trump était “absurde, empli d’ignorance et haineux”. On aurait cru entendre un journaliste français de gauche. C’était un discours inutile et sans conséquences. Voir Rohani se mettre en colère était, cela dit, agréable. Si un personnage tel que Rohani avait été content, cela aurait été inquiétant.

 

Un autre moment agréable a été la prise de parole de Mahmoud Abbas. On aurait cru entendre un disque rayé tant les invectives anti-israéliennes les plus vicieuses se répétaient. Mais ce qui pouvait susciter la satisfaction était de voir que Mahmoud Abbas semblait plus amer et impuissant que d’habitude. Il était évident qu’il savait qu’il avait perdu la partie.

 

Dans son discours, Binyamin Netanyahou n’a pas même parlé de la question palestinienne. Donald Trump non plus.

 

Donald Trump et Binyamin Netanyahou ont mis la question palestinienne entre parenthèses, ce qui est sa place.

 

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L’opération Tempête de Jazeera déroule (012909/17) Version imprimable
Analyse
vendredi, 29 septembre 2017

 

Par Perwer Emmal à al Suwar

 

De retour aux affaires après mon escapade au Kurdistan oriental (le Kurdistan iraquien est une appellation désormais caduque), j’assiste aux développements de l’offensive Tempête de Jazeera et ils sont nombreux et significatifs depuis trois jours.

 

Je rappelle à nos lecteurs que l’objectif de cette opération consiste, selon la Ména [il n’y a pas de confirmation officielle du Pentagone], à s’emparer de la ville de Mayadin, dans un premier temps, pour, en finalité, prendre le contrôle d’une portion des routes [vertes sur la carte] nécessaires au projet de corridor iranien, au sud de l’Euphrate.

 

Cela se fera si possible dans la région de Mayadin, si la coalition américano-kurde y parvient avant les Russes, ou plus au Sud-Est, en direction de la frontière irakienne, s’ils y arrivent avant nous.

 

La première bonne nouvelle, c’est que la coalition russe-iranienne-gouvernementale-Hezbollah-milices chiites irakiennes marque un peu le pas suite aux très durs combats de Khasham et à la traversée de l’Euphrate. En dépit des bombardements aériens massifs, cela est dû au fait que les combattants non-russes sont moins aguerris et moins motivés que ceux des Forces Démocratiques Syriennes, qu’ils se trouvent très loin de leurs bases arrières, qu’ils ne sont pas assez nombreux et pas très bien armés. Ces considérants obligent les Russes à s’impliquer toujours davantage au sol, ce qui entraîne de nombreuses pertes dans leurs rangs.

 

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Service cartographique © Metula News Agency

 

Légende : en rouge les positions de la coalition russe

En jaune les positions de la coalition américaine

En orange entouré de jaune, les positions conquises par les FDS ces trois derniers jours

En noir les positions de DAESH-Etat Islamique

Les "éclairs" indiquent l’emplacement des combats en cours selon les couleurs des belligérants

 

Quoi qu’il en soit et jusqu’à ce que les stratèges de Poutine trouvent les réponses adéquates, la coalition russe avance moins vite que l’occidentale et évite soigneusement de la provoquer frontalement.

 

Tempête de Jazeera se déroule actuellement dans quatre Zones distinctes mentionnées sur la carte. Les conquêtes de ces trois derniers jours y sont représentées par des points orange entourés de jaune.

 

La Zone la plus active est sans conteste la 1, autour d’al Suwar où je me trouve. Après des combats réellement acharnés face aux miliciens de DAESH, les FDS, arrivées sur place de Deïr ez Zor par l’ "autoroute" no.7, sont parvenues à couper la vallée de la rivière Khabour en s’emparant, outre du pont, des deux routes s’étirant sur les deux rives du cours d’eau. La 7, à l’Ouest et celle qui descend en parallèle sur la rive opposée.

 

En ce moment précis, les affrontements ont lieu à Badawi, un peu plus au Nord, ainsi qu’en direction de Mayadin, encore distante de 56km de nos têtes de pont.

 

Le sectionnement de la vallée avait pour objectif principal d’encercler les combattants de DAESH entre al Suwar et al Fadghani, les privant de tout approvisionnement et renforts. Cela autorise également une avance prudente vers l’objectif final, mais surtout, ça a permis aux FDS opérant à partir d’al Fadghani (Zone 2) de déferler sur al Suwar pour y opérer la jonction avec les Peshmerga qui y sont venu depuis Deïr ez Zor. L’idée derrière cette manœuvre consiste à s’assurer la maîtrise d’un couloir sûr, direct et court à partir du Nord afin d’amener les hommes et le matériel qui seront nécessaires à la poussée en force vers Mayadin.

 

A grands renforts de bombardements aériens, les FDS progressent rapidement à partir d’al Fadghani, s’emparant des positions ennemies les unes après les autres, ne rencontrant qu’une opposition modérée dans cette section du front. Sauf anicroches, les forces qui se trouvent aux portes de Markada, toujours aux mains de DAESH, devraient faire leur jonction avec celles d’al Suwar dans deux ou trois jours.

 

En Zone 4, à Deïr ez Zor et dans ses environs immédiats, les FDS consolident leurs positions au centre de la ville face aux Russes, et elles avancent aussi en direction de Mayadin, afin que l’offensive finale se déroule sur deux axes pour diviser les ressources de l’Etat Islamique déjà passablement éprouvé. Les activités des Peshmerga et de leurs précieux alliés dans ce périmètre vont se focaliser sur la prise de localités contrôlées par DAESH vers Mayadin, dans le but également de bloquer la coalition russe là où elle se trouve, puisqu’elle ne s’attaque pas aux FDS.

 

Dans la Zone 3, à l’Ouest, la coalition occidentale s’occupe à déloger les miliciens islamiques de leurs points d’appuis sur la route passant au nord de l’Euphrate. L’objectif de cette manœuvre est de constituer une ligne de fortifications continue face à l’autre coalition déjà solidement établie de l’autre côté du fleuve.

 

Durant la semaine une opération de commandos héliportés exceptionnelle a eu lieu à al Kubar pour y déloger les miliciens qui s’y accrochaient encore. L’installation visée et conquise abritait le réacteur nucléaire que les Nord-Coréens construisaient pour le compte du régime de Bashar al Assad et qui avait été anéantie par un raid de l’Aviation israélienne le 6 septembre 2007. Une opération que les Hébreux avaient désignée sous le nom de code "Orchard" (verger) [Mivtza Bustan en hébreu. Ndlr.].

 

Il semble que le coup de main de cette semaine avait pour but d’observer les restes du complexe nucléaire, notamment pour tenter de recueillir des informations sur les techniques utilisées par les Coréens. Peu d’informations ont filtré sur la composition du commando qui a mené l’attaque, mais des témoins des FDS qui renforçaient les unités spéciales étrangères arrivées par le ciel affirment qu’ils parlaient arabe avec un étrange accent. A partir de là, la rumeur court sur le front, qu’il se serait agi de soldats d’élite venant du pays où est installé notre centre rédactionnel. Un officier de la coalition a plaisanté sur le thème : "Ils sont venu finir leur travail". Mais rien n’est établi avec certitude.

 

A Raqqa, les Peshmerga terminent leur œuvre de nettoyage, et ils sont parfois sujets à des attaques-suicides de la part des derniers défenseurs de la place. Dans les autres zones de combat, on attend avec impatience que ces camarades, qui figurent parmi les plus expérimentés des forces kurdes, viennent participer à la phase finale de Tempête de Jazeera où ils ne seront pas de trop.

 

Je dois aussi mentionner la remarquable résistance qu’opposent les miliciens du détestable Etat Islamique. Opposés aux aviations des deux plus grandes puissances de la planète, des meilleurs commandos de l'Occident (terriblement efficaces dans leur apport), écrasés par les bombes des avions contre lesquels ils sont sans défense, dotés d’un armement démodé et insuffisant, privés de tout, ils continuent à combattre sans se rendre et à infliger de grosses pertes à leurs adversaires, tout en sachant qu’ils n’ont aucun avenir.

 

Chaque fois que je suis témoin d’une contre-attaque suicidaire de leur part, et cela se produit très souvent, je réalise la force du conditionnement idéologique et cela fait objectivement peur.

 

J’ai aussi noté un développement politique intéressant cette semaine, lorsque le ministre des Affaires Etrangères de Bashar al Assad, Walid Mouallem, a déclaré sur la chaîne russe Russia Today qu’il était prêt à discuter avec les Kurdes.

 

Mouallem s’est un peu avancé en affirmant que "les Kurdes syriens veulent une forme d’autonomie dans le cadre de la République arabe syrienne. Cette question est négociable et peut faire l’objet d’un dialogue. Dès qu’on aura vaincu DAESH", a-t-il poursuivi, "nous pouvons nous asseoir avec nos frères syriens et nous mettre d’accord sur une formule pour l’avenir".

 

La vérité est que le régime n’a pas vraiment le choix, n’ayant pas la capacité technique ni de contrôler ni de gouverner le Rojava. Mouallem se trompe toutefois quant à nos aspirations : si nous donnons notre sang à Mayadin, très loin de nos foyers, ce n’est pas pour obtenir une autonomie dirigée par des gazeurs criminels de guerre, mais pour parvenir à notre indépendance et à nous rattacher à l’Etat kurde qui est en train de voir le jour en Irak.

 

Cela dit, même si la coalition dont il fait partie n’a pas les moyens de vaincre la nôtre, cette déclaration diffuse un peu les tensions sur le terrain : les Kurdes ne sont plus des terroristes à exterminer à tout prix mais des gens avec lesquels les Alaouites peuvent dialoguer.


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Tempête de Jazeera : le sort du monde en dépend (012709/17) Version imprimable
Analyse
mercredi, 27 septembre 2017

Par Perwer Emmal à Erbil

 

Je me trouve en cette semaine spéciale pour la nation kurde à Erbil, la capitale du Kurdistan appelé irakien jusqu’à ce jour. Si j’ai traversé la frontière du Rojava lundi et délaissé la zone des combats, c’était pour assister au référendum sur l’indépendance qui s’est déroulé hier et qui a vu une écrasante victoire du oui. La consultation a eu lieu dans le calme, la fierté et la joie, mais sous les menaces pas même voilée des voisins irakiens, iraniens et particulièrement turcs. Erdogan menaçant de lancer ses troupes contre l’Etat pas encore né, en corrélation avec l’Armée irakienne, au prétexte que notre indépendance ferait courir des risques sécuritaires au sien.

 

Pour notre déplaisir, aucun pays du globe ne soutient notre émancipation nationale à l’exception remarquable de l’Etat d’Israël. Ce qui fait que l’amitié entre les peuples juif et kurde n’a jamais été aussi palpable qu’en ces jours où nous décidons de notre avenir de la manière la plus démocratique qui soit. J’ai compté des dizaines de drapeaux israéliens entre les mains de mes compatriotes.

 

C’est non seulement l’aboutissement d’une amitié indéfectible qui dure depuis des siècles, mais aussi, en ce qui nous concerne particulièrement, la reconnaissance de l’attitude de la Ména, qui a toujours donné la parole aux Kurdes, sans la retirer au Turcs, faisant de l’agence de presse de Métula le media public le mieux informé sur nos problèmes de toute la planète.

 

D’ailleurs, je peux vous confier que de nombreux responsables politiques et militaires se font traduire tous nos articles – pas uniquement ceux qui traitent des Kurdes -, et qu’ils les dévorent avidement. Dans les sphères gouvernementales d’Erbil, c’est un grand honneur d’être le correspondant de la Ména, car nous jouissons d’une solide renommée de compétence, d’honnêteté et de fiabilité.

 

Mais je tenterai de vous relater les péripéties du référendum à un autre moment, car il se passe des évènements capitaux en Syrie, de Deïr ez-Zor à la frontière iraquienne. Des faits de guerre et de stratégie qui vont influer sur tout le Moyen-Orient et peut-être même au-delà. Leur narration et leur analyse sont rendues urgentes parce que personne d’autre ne s’en charge correctement, et que peu de civils n’en comprennent la portée.  

 

Nous en étions restés à cela que, depuis le 16 septembre dernier, la "Coalition globale", à savoir, principalement, les Américains depuis les airs, et les Peshmerga kurdes au sol ont lancé l’opération "Tempête de Jazeera". Ils sont soutenus par des commandos envoyés par des pays occidentaux, par des tribaux arabes de la région en guerre, et par des volontaires étrangers qui combattent dans les Forces Démocratiques Syriennes sous commandement kurde.

 

Cela fait plus de deux ans que nous relatons la participation, outre des Américains, de commandos britanniques, allemands et français dans les combats aux côtés des FDS, et que nous proposons des photos que nous prenons d’eux. La semaine dernière, un adjudant du treizième régiment de dragons parachutistes français a perdu la vie dans les combats ; il a été pris sous un feu désespéré provenant d’une position encerclée de DAESH.

 

Depuis dimanche dernier, ce sont au moins une centaine de "gouvernementaux" et une quinzaine de soldats russes qui sont morts au combat face à DAESH, principalement dans la zone du cercle bleu figurant sur la seconde carte et agrandi sur la troisième. Parmi les morts russes, le Général Valery Asapov, ce qui démontre à la fois l’âpreté des engagements ainsi que l’importance stratégique de ce qui se déroule aux abords de Deïr ez Zor.

 

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Le Général Valery Asapov aux côtés de Vladimir Poutine

 

Simplement résumé, les deux coalitions, disons l’américaine et la russe, poursuivent les mêmes objectifs : s’approprier les exploitations de gaz naturel encore sous contrôle de DAESH (l’Etat Islamique), et surtout, obtenir la mainmise sur les routes stratégiques menant à la frontière irakienne, également encore temporairement tenues par DAESH. [En vert sur les cartes].

 

Légende : en rouge les positions de la coalition russe

En jaune les positions de la coalition américaine

En noir les positions de DAESH-Etat Islamique

 

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Carte 1

Service cartographique © Metula News Agency

 

 

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Carte 2

Service cartographique © Metula News Agency

 

 

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Carte 3

Service cartographique © Metula News Agency

 

Ces routes sont celles qui sont absolument nécessaires pour Téhéran à l’établissement du fameux couloir terrestre chiite menant d’Iran au Liban. D’ailleurs, les soldats de l’Armée iranienne, ses supplétifs de la milice chiite libanaise du Hezbollah, ainsi que des milices chiites irakiennes participent massivement aux combats.

 

Pour le moment, à part de petites escarmouches et des menaces verbales de la part des Russes, qui accusent par ailleurs les Américains d’avoir indirectement provoqué la mort du Général Asapov, les deux coalitions, distantes par endroits de quelques centaines de mètres l’une de l’autre, sur terre et dans les airs, ne s’affrontent pas.

 

Ce qui transforme cette étrange bataille en une course poursuite entre les deux coalitions afin de s’approprier le plus possible de positions stratégiques aux mains de DAESH en les attaquants lors de combats acharnés.

 

Sur la première et la deuxième carte, on s’aperçoit que les routes nécessaires à la constitution de l’Autoroute chiite se trouvent au sud de l’Euphrate, dans une zone exclusivement dominée par la coalition russe et par DAESH.

 

Ces routes ("vertes") se prolongent (hors des cartes) entre Mayadin et la frontière irakienne sur une distance d’environ 80km, entièrement dans le territoire encore aux mains de DAESH. Pour la coalition américano-kurde, il suffirait de s’emparer de quelques kilomètres de ces routes, n’importe où entre Deïr ez Zor et la frontière irakienne, d’y placer des check-post afin de vérifier le trafic, pour mettre un terme définitif au projet de corridor-autoroute chiite-iranien. Et c’est à cela que la coalition occidentale s’emploie, même si elle n’a jamais officiellement défini cet objectif.

 

Il faudra certes traverser l’Euphrate quelque part en aval, mais elle ne se gênera pas de le faire, surtout après que la coalition russe l’ait traversé dans le sens sud-nord, entre les localités de al Jaffrah, Marrat, Khasham et al Amr [seconde carte].

 

Elle l’a fait dans une double intention : 1. S’emparer des installations d’exploitation de gaz naturel de Conoco, et surtout, 2. S’établir sur une section de la route menant au nord de l’Euphrate de Deïr ez Zor à Mayadin [en gris sur la 2ème carte et en brun sur la 3ème]; ce, pour empêcher les Américano-kurdes de déferler sur Mayadin et de traverser l’Euphrate plus au Sud-Est pour s’emparer des routes stratégiques "vertes", dans une zone où les Russes ne sont pas arrivés.

 

La coalition russe s’est fait devancer dans la course aux champs gaziers par les Forces Démocratiques Syriennes et Moscou enrage. Les FDS se sont en effet emparées ces derniers jours des exploitations de gaz naturel de Conoco et avoisinantes, les gisements les plus importants de Syrie, qui produisaient 13 millions de mètres cubes de gaz par jour avant la guerre, et revêtent ainsi un intérêt économique évident.

 

L’Armée russe (iraniens, gouvernementaux syriens, Hezbollah, milices chiites) a connu un peu plus de réussite dans sa traversée de l’Euphrate en prenant Khasham, obstruant de la sorte – ou, à tout le moins, la rendant moins confortable – la progression de la coalition américano-kurde vers le Sud-Est.

 

En dépit des bombardements massifs des positions de DAESH par les aviations russe et américaine – 50 sorties de bombardement quotidiennes pour l’U.S. Air Force, davantage pour les Russes – la résistance des miliciens de l’Etat Islamique est farouche.

 

Ainsi, Khasham et al Amr ont changé plusieurs fois de mains durant les derniers jours, les Russes se faisant bousculer par des contre-offensives désespérées et rageuses des miliciens de DAESH occasionnant la perte de nombreux hommes.

 

Du côté de la coalition américano-kurde et de leur offensive Tempête de Jazeera, la situation est plus favorable, même si elle est encore éloignée des routes "vertes". La phase décisive de l’opération sera déclenchée une fois que Raqqa [carte 1] aura été totalement libérée et que les forces qui y combattent pourront être versées à l’assaut décisif. Aux dernières nouvelles, 90 pour cent de Raqqa sont contrôlés par les FDS, et les travaux de nettoyages vont encore durer deux semaines tout au plus.

 

En attendant, les FDS, soutenues par l’Aviation U.S. et les commandos occidentaux, consolident leur présence dans Deïr ez Zor, non pour la conquérir mais pour former un buttoir solide face à l’autre coalition.

 

Sur la route "grise" ou "brune", les Kurdes et leurs alliés s’emploient à contourner les zones occupées par les Russes en empruntant des pistes. Face à Khasham, les fermes qu’ils ont conquises d’al Asbah et d’al Tabiah  [carte 3] ne se situent qu’à quelques centaines de mètres des soldats de Poutine.

 

Depuis trois jours, on note aussi l’évolution la plus significative de Tempête de Jazeera : la prise de la cité d’al Suwar dans la vallée de Khabour [1ère carte] par les Américano-kurdes, à mi-chemin entre al Fadghami qu’ils détiennent, et Mayadin, qu’ils convoitent.

 

Les combats face à DAESH ont été ici aussi acharnés, à grands renforts de bombardements a&e