Soixante-dix ans après : la Shoah a échoué (info # 011904/15) Version imprimable
Analyse
dimanche, 19 avril 2015

 

Par Guy Millière

 

On célébrait, voici quelques jours, Yom ha Shoah, la journée du souvenir de la Shoah. Une fois de plus, en Israël, les sirènes ont retenti et la population s’est figée pour un instant de silence. A Paris, au Mémorial de la Shoah, on a lu la liste des noms des Juifs français qui ont péri, à Auschwitz ou dans d’autres camps d’extermination. D’autres commémorations ont eu lieu en divers points de la planète. Cela fait soixante-dix ans, cette année, qu’Auschwitz a été libéré et que la barbarie nazie est tombée. Il reste peu de survivants pour témoigner. Ils auront bientôt tous disparu.

 

Mes pensées en un tel moment, je dois le dire, sont partagées. D’une part, je considère qu’il est très important que la mémoire soit préservée, intacte. Oublier les morts, comme cela a été dit tant et tant de fois et à juste titre, serait les tuer une deuxième fois.

 

De l’autre, je dois le redire : je ressens de la tristesse, en songeant que ce sont, surtout, les Juifs qui préservent la mémoire des morts.

 

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Protéger la mémoire

 

L’expression « crime contre l’humanité » n’a de sens que si on comprend que la Shoah n’a pas été seulement un crime contre les Juifs, mais également un crime contre l’humanité entière, et un crime contre l’idée même d’humanité ; elle a été la barbarie la plus abjecte, un assassinat commis en commun par des millions d’Européens, qui, en le perpétrant, se sont exclus de l’humanité.

 

On enseigne très insuffisamment la Shoah dans les écoles, les collèges, les lycées et les universités d’Europe aujourd’hui, et cela ne me semble pas sans conséquences sur les esprits et sans signification concernant l’évolution de ce continent.

 

Je ressens plus de tristesse encore en songeant qu’en Europe, on relativise trop souvent la Shoah, en ne soulignant pas, ou pas assez, qu’elle fut un crime sans équivalent dans l’histoire. Or, non seulement elle fut la seule tentative d’élimination totale d’un peuple par des moyens industriels, mais aussi, cette tentative se déroula sur un continent qui prétendait incarner la civilisation. Les autres crimes qu’on appelle génocides sont indubitablement abominables et abjects, mais aucun d’eux ne peut être comparé à l’ethnocide nazi pour ces deux raisons précises.

 

Je pense que la relativisation de la Shoah, ou la volonté de la comparer à d’autres crimes qu’on qualifie de génocides, conduit inévitablement à sa banalisation et aux abus de langage issus d’un relativisme plus large : ceux qui amènent certains à parler, en langue de bois contemporaine, de « concurrence mémorielle ».

 

Il se dessine, en Europe, en raison de ladite « concurrence mémorielle », une volonté de tourner la page et de « passer maintenant à autre chose ».

 

Et le fait que tant de gens en Europe veuillent désormais « passer à autre chose » tient à ce que les Européens n’ont pas vraiment tiré les leçons de la Shoah ; ils n’ont pas surmonté la détestation des Juifs qui a marqué le Vieux continent deux millénaires durant et, selon l’expression très juste de Zvi Rex, n’ont pas « pardonné Auschwitz aux Juifs ».

 

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Les Européens, pas uniquement les Allemands

 

Il y a eu une volonté d’effacement des Juifs pendant tout le temps que l’antisémitisme a duré en Europe. Les Juifs ne se sont pas effacés eux-mêmes. La Shoah a été une tentative concentrée et organisée pour les anéantir.

 

Nombre de gens en Europe ont eu honte quand la Shoah ait été mise au jour. Ils ont pratiqué ce qui fut nommé le « devoir de mémoire ». 

 

Ils veulent maintenant ranger le « devoir de mémoire » sur une étagère.

 

Ils en veulent aux Juifs, tout à la fois parce qu’il y a eu la Shoah, qui, sans Juifs, n’aurait pas eu lieu, et également parce que les Juifs sont bien décidés à protéger la mémoire.

 

Ils en veulent aux Juifs de n’avoir toujours pas disparu, et aussi, d’avoir désormais un pays où se garde la mémoire et qui assure par son existence que les Juifs ne disparaîtront pas et qui, donc, montre que la Shoah a échoué et n’a pas triomphé.


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Obama se soumet. L’accord avec l’Iran a du plomb dans l’aile (info # 011504/15) Version imprimable
Analyse
mercredi, 15 avril 2015

 

Par Stéphane Juffa

 

Lors de sa réunion d’hier (mardi) après-midi, le Comité des Relations Etrangères du Sénat a adopté à l’unanimité la proposition de loi sur l’accord avec l’Iran présentée par son président, le sénateur Républicain Bob Corker.

 

Auparavant, ce dernier avait négocié quelques amendements à son texte avec le sénateur Démocrate Ben Cardin. Ils ont convenu de deux modifications superficielles du libellé original portant sur la réduction de 60 à 30 jours de la période d’examen par le Congrès d’un éventuel projet de traité avec Téhéran, ainsi que sur l’allègement des clauses portant sur l’abandon par la "République" Islamique de son soutien au terrorisme.

 

Suite à ces compromis, le Comité, qui siégeait en séance publique, a endossé le bill par 19 voix contre 0, soit les suffrages de dix sénateurs Républicains et neuf Démocrates. La proposition va prochainement être soumise au vote du Sénat, où l’on prévoit qu’elle sera acceptée à une écrasante majorité.

 

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L’Iran avait envoyé ses "Femen" à la réunion de la commission du Sénat

 

La nouvelle loi établit que l’administration Obama devra soumettre au Congrès le texte d’un éventuel accord définitif aussitôt qu’il aura été rédigé. Le gouvernement devra s’abstenir de supprimer la moindre sanction durant une période d’examen de 30 jours par les deux chambres, leur donnant la possibilité d’entériner ou d’interdire la levée des sanctions frappant actuellement le régime théocratique iranien.

 

Le président Obama a réagi par l’intermédiaire du porte-parole de la Maison Blanche, Josh Earnest. Ce dernier a annoncé que le compromis résolvait certaines des objections soulevées par le président au sujet de sa mouture initiale, en réduisant la période d’examen et en adoucissant la clause sur le terrorisme.

 

Mais la nouvelle la plus importante rendue publique par Earnest concerne la décision du pensionnaire de la White House de signer la loi, alors qu’il avait déclaré jusqu’à présent qu’il lui opposerait son veto.

 

Le porte-parole a mentionné que "Nous sommes passés d’une proposition de législation que le président aurait rejetée, et qui a subi des modifications substantielles, jusqu’à revêtir la forme d’un compromis que le président est d’accord de signer".

 

L’instigateur de la loi, M. Corker, a vigoureusement repoussé cette interprétation qu’il a appelée "a spin", à savoir une grossière distorsion de la réalité, expliquant que le président avait, en vérité, "changé d’avis après s’être trouvé confronté à un rouleau compresseur".

 

Il est vrai que l’explication fournie par la Maison Blanche est peu crédible, particulièrement après avoir observé les efforts hors du commun déployés par l’administration pour faire pression sur les parlementaires Démocrates. Ce, afin qu’ils votent massivement contre le projet de loi, pour qu’il ne bénéficie pas de la majorité des deux tiers qui neutralise le droit de veto présidentiel.

 

On comprendra mieux la frustration de M. Obama en résumant les effets immédiats de la décision du Comité des Relations Etrangères du Sénat : le gouvernement U.S vient d’être privé par le Congrès de l’autorité de décider de la signature ou non du traité qu’il négocie avec Téhéran ; la décision ultime revenant aux législateurs.

 

Josh Earnest travestit la vérité lorsqu’il déclare : "De plus, plutôt que de réclamer le droit de décider sur la totalité de l’accord, le bill modifié prescrit un vote futur sur la levée des sanctions qui ont été imposées par le Congrès, ce que la Maison Blanche a toujours considéré comme nécessaire. Le compromis établit un vote qui se limitera à ces sanctions imposées par le Congrès, ce vote ne serait pas un oui ou un non relatif à l’accord".

 

Au niveau purement sémantique, le porte-parole a sans doute raison, mais dans les faits, si le Congrès décidait le maintien des sanctions à une majorité des deux tiers, il n’y aurait pas d’accord. Car Rohani a averti jeudi dernier que les Iraniens ne signeront aucun traité qui ne prévoirait pas la suppression de toutes les sanctions dès le lendemain de son entrée en vigueur.

 

Quant à la majorité des deux tiers, à en croire un Démocrate important au Congrès, "la loi aurait recueilli une adhésion écrasante, à l’épreuve du veto, en plénière du Sénat". Et le Sénateur Ben Cardin, l’autre Démocrate qui a rédigé le compromis avec Corker, de renchérir : "Nous sommes impliqués. Nous sommes impliqués ici, il n’y a plus que le Congrès qui puisse changer ou modifier de manière permanente le régime des sanctions".

 

En réalité, Barack Obama, qui affirmait, voilà une semaine encore, que les exigences du Congrès empiétaient sur son autorité, a été amené à céder la main en constatant que son veto allait être balayé par une majorité des deux tiers. Non seulement il ne pourrait parapher le contrat que son administration négocie avec les ayatollahs, mais, de plus, il aurait hypothéqué sa possibilité de gérer les affaires de l’Etat face à un parlement unanimement hostile durant la fin de son mandat.

 

Obama tient certes à son traité avec la "République" Islamique, mais pas au point d’entrer dans l’histoire comme un président qui s’est mis à dos non seulement les parlementaires Républicains mais également ceux de son propre parti.

 

Il s’agit pour lui d’une âpre défaite, mais agissant en pragmatique dès que sa personne est concernée, il aura préféré circonscrire ce revers en changeant de camp, que risquer un Pearl Harbor politique.

 

Reste que les dégâts pour sa présidence sont déjà considérables ; à commencer par mentionner qu’Obama aura à faire face à un Congrès revivifié et uni, qui se montrera intraitable sur les sujets-clés d’un éventuel accord avec l’Iran. Cela implique le droit pour les inspecteurs de l’AIEA de poser des caméras de surveillance et de contrôler le site de leur choix quand ils le désirent, au besoin en effectuant des visites surprises ; la modification du réacteur d’Arak, de sorte qu’il ne puisse plus produire d’eau lourde en quantités suffisantes pour confectionner une bombe ; la fermeture de l’installation souterraine de Fodow ; la fin de l’enrichissement de minerai au-dessus de 3.5 pour cent et la neutralisation vérifiable des stocks existants ; la limitation draconienne des activités de recherche, de manière à ce que le breakout time ne soit pas réduit au terme du traité, et, bien entendu, la levée graduelle des sanctions, au fur et à mesure des progrès réalisés par les Perses, et uniquement après vérification par les commissaires de l’agence viennoise.

 

Autant dire que John Kerry a du pain sur la planche et qu’il va devoir revoir ses positions de négociation à la hausse…

 

Non. Soyons plus précis encore : les chances pour que Khamenei accepte les termes d’un traité qui ait une chance de passer la rampe au Congrès sont pratiquement inexistantes ; la décision d’hier sonne ainsi vraisemblablement le glas de la négociation avec la "République" islamique. C’est la portée réelle du vote du Comité du Sénat.

 

Et ce n’est là qu’une partie de ses conséquences. Lorsque les négociateurs se retrouveront le 21 de ce mois, les Iraniens auront compris que ce qui se discute avec leurs homologues des 5+1 n’aura pas d’effet définitif, puisque ce qui sera décidé devra encore recevoir l’aval du Congrès U.S. Cela change pas mal de choses, à commencer par la quasi-certitude que Zarif exigera la réciprocité, à savoir la nécessité de l’homologation de tout compromis par le Majiles. A Lausanne, on négociait un accord, désormais, on négociera une "proposition d’accord". A partir de ce matin, ce n’est plus Obama qui décide.

 

Que cela semble loin tout à coup. D’autant plus que Kerry devra proposer à ses parlementaires un texte sans floutages, décrivant très précisément les clauses du contrat et les moyens crédibles de les vérifier. Nous nous trouvons dans un remake de Mission impossible.

 

Autre conséquence de la décision d’hier, l’Administration va désormais devoir très sérieusement préparer des alternatives à l’échec probable des pourparlers. Il s’agit d’un durcissement des sanctions et de l’éventualité d’une action militaire, précisément ce que le président désirait éviter à n’importe quel prix. Mais il ne pourra pas revenir devant son opinion après avoir signé le bill Corker, et transférer la faute de l’échec des discussions en direction du Capitole. Il ne pourra pas non plus dire : "Les négociations n’ont pas abouti, laissons alors les ayatollahs fabriquer leur bombe".

 

Sommes-nous en train d’assister à une victoire de la ligne Netanyahu ? En partie à tout le moins, même si les parlementaires américains agissent pour ce qu’ils considèrent être, en premier lieu, l’intérêt de leur nation et non celui d’Israël. Reste que Netanyahu leur a bien expliqué les enjeux de l’affaire et les a convaincus de s’impliquer pour que leur président ne signe pas n’importe quoi.


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Un mardi crucial pour Barack Obama (info # 011404/15) Version imprimable
Analyse
mardi, 14 avril 2015

 

Par Stéphane Juffa

 

Certains prétendent que la vie n’est qu’un éternel recommencement et j’ignore s’ils ont tort ou raison. Ce que je sais, en revanche, est que tout ce qui concerne l’ "accord" qu’auraient conclu les 5+1 avec l’Iran, le mois dernier à Lausanne, ressemble à s’y méprendre à ce que les mêmes protagonistes avaient convenu en novembre 2013 à Genève.

 

A l’époque, alors que tous les confrères du monde entier applaudissaient à tout rompre le "traité signé avec Téhéran", la Ména, inquiète de se voir refuser le texte de l’accord par l’Union Européenne afin de le commenter sérieusement, se tourna vers les Iraniens qui confirmèrent ses craintes : aucune entente n’avait été atteinte lors des discussions d’alors, le factsheet (feuille d’information) distribué à la presse par Barack Obama était un tissu de mensonges, et la "République" Islamique ne s’était engagée strictement sur rien.

 

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Lequel choisiriez-vous comme négociateur ?

 

Pour clarifier leur position, nos interlocuteurs du ministère perse des Affaires Etrangères acceptèrent notre demande et la publièrent très rapidement (en l’espace de quelques heures) par l’intermédiaire de leurs agences de presse.

 

En dépit de ces preuves difficilement contournables, les media mondiaux, y compris israéliens, continuèrent de palabrer sur un texte de contrat qui n’existait pas, choisissant d’ignorer les informations que nous avions produites. Nous avons l’habitude de ce genre de situations, et eux, de publier des bêtises.

 

Bis repetita placent ? Les choses qui se répètent plaisent-elles réellement ? Je n’en sais rien non plus. Nous, nous avons à nouveau fait strictement notre travail de journalistes1, en annonçant qu’une "liste de paramètres clés" avait été étudiée à Lausanne, qu’elle n’était pas signée, qu’il n’y avait d’accord sur rien, ni aucun engagement contraignant pour les parties qui avaient pris part aux discussions de Lausanne.

 

Une nouvelle fois, nous avions eu l’impression de prêcher dans le désert, pendant que les ministres occidentaux et l’ensemble de la presse – la française, d’ailleurs, un peu plus fort que les autres – acclamaient l’ "accord historique" qui venait d’être réalisé et qui mettait fin à un long processus de négociations qui avait duré douze ans. A nouveau, nous étions pratiquement les seuls à ne pas sabler le champagne.

 

Même si, jeudi dernier, c’est le Guide suprême de la Révolution khomeyniste, Ali Khamenei, qui, dans un discours, confirmait nos réserves les unes après les autres, déclarant notamment que : "rien n’avait été finalisé" dans la capitale vaudoise, que "les paramètres discutés n’avaient pas eu de résultats contraignants", et qu’ "il était trop tôt pour dire si ces discussions aboutiraient à un accord".

 

On peut, certes, ne pas être d’accord avec la partie adverse lors d’une négociation, mais, puisqu’elle est la partie adverse, celle avec laquelle on négocie, et, par définition, celle qui décide en finalité d’adhérer ou non à un compromis, on n’a pas le loisir de prendre des décisions à sa place, ni de feindre de ne pas entendre ce qu’elle affirme ou de négliger ses propos.

 

Or Khamenei ne s’est pas contenté de contredire le nouveau factsheet diffusé par Obama, précisant notamment que l’ "Iran n’admettrait pas les inspecteurs de l’AIEA dans ses sites militaires", il a également certifié que la feuille d’information que le président américain a triomphalement présentée était "essentiellement fausse".

 

Quelques heures plus tôt, le Président Rohani, numéro 2 de la théocratie chiite, avait fait savoir que son pays ne "signerait aucun agrément, à moins que toutes les sanctions économiques soient totalement levées dès le premier jour de la mise en application du deal".

 

Cette déclaration de Rohani est évidemment incompatible avec deux au moins des provisions qui figurent sur la feuille d’information – Parameters for a Joint Comprehensive Plan of Action Concerning the Islamic Republic of Iran’s Nuclear Program (angl.) - présentée par le Département d’Etat. Je pense en particulier à cette disposition : "Les sanctions américaines et européennes liées au nucléaire seront suspendues après que l’AIEA aura vérifié que l’Iran a pris toutes les mesures-clés liées au nucléaire. (…)", et à celle-ci : "Toutes les résolutions du Conseil de Sécurité de l’ONU concernant la question de l’Iran nucléaire seront levées simultanément à la réalisation, par l’Iran, des actions liées au nucléaire et touchant les sujets-clés (l’enrichissement, Fodow, Arak, les éventuels aspects militaires, et la transparence)".

 

Le porte-parole du département d'Etat, Jeffrey Rathke, a par ailleurs réagi aux déclarations des deux plus hautes personnalités du régime iranien en réaffirmant que "les sanctions seront suspendues de manière progressive et sous condition de vérification que l'Iran respecte ses engagements, conformément à un plan d'action complet et définitif". Rathke ajoutant : "Nous n'allons pas répondre à chaque déclaration publique faite par un responsable iranien, ni négocier en public".

 

En étant optimiste, la réalisation par Téhéran des actions impliquées prendrait entre trois et cinq ans ; période durant laquelle, à en croire les services de John Kerry, certaines des sanctions ne seraient pas supprimées. Entre l’interprétation U.S et celle de Hassan Rohani, la contradiction ne porte pas, comme Barack Obama a tenté de le faire croire, sur des "points de détail", mais sur les sujets centraux de la négociation.

 

Or dans le cas présent, les communiqués transmis à la presse par les Américains et les Iraniens ne s’accordent pratiquement sur rien. Celui du Département d’Etat s’étend sur 1 318 mots, et il est pratiquement rédigé sous la forme d’un document juridique. Celui des Iraniens, censé exprimer les mêmes engagements-cadres, n’en fait que 512.

 

Lorsque l’on compare le factsheet étasunien au communiqué perse, on est forcé de constater que les quelques "points de détail" qui resteraient à négocier, dont parle le Président Obama, sont en fait des désagréments allant jusqu’à l’opposition totale.

 

Prenons l’exemple du site souterrain de Fodow : Washington affirme que l’Iran s’est engagé à y stopper l’enrichissement de l’uranium durant 15 ans, tandis que Téhéran dit que c’est une mesure qu’il pourrait prendre "s’il le décidait".

 

Au niveau des "nouvelles centrifugeuses", l’antinomie est encore plus flagrante ; les Yankees affirment que les ayatollahs se sont engagés à ne pas en faire usage, alors que les principaux intéressés assurent que leur utilisation se poursuivra sur la base d’un plan courant sur dix ans.

 

En ce qui concerne le réacteur à eau lourde d’Arak, les textes des deux camps font état d’un désaccord qui semble lui aussi antithétique. Selon l’Administration, la "République" Islamique s’est engagée à démanteler le cœur de ce réacteur au plutonium, tandis que le régime chiite déclare qu’il sera "mis à jour et modernisé".

 

Les mêmes divergences apparaissent pratiquement dans chacun des sujets traités, et il n’est dès lors pas utile de multiplier les exemples de ces désaccords. Le texte U.S est truffé des formules "l’Iran s’engage à", "l’Iran fera", "l’Iran accepte", alors qu’aucune d’icelles n’intervient dans la rédaction du communiqué des mollahs, qui répètent à l’envi qu’ils ne se sont engagés à rien du tout et que tout reste à négocier.

 

Sur notre rocher de Métula, nous sommes restés sans voix en prenant connaissance de la dépêche lancée dimanche par notre consœur AFP et reprise en canon par des centaines de supports-perroquets. Nous nous sommes dits que, soit, à l’agence semi-officielle française, ils ne comprennent pas le farsi, soit ils ont décidé de négliger ce que les dirigeants iraniens avaient à dire, soit ils savent mieux qu’eux ce sur quoi ils se sont engagés… ou pas. Je trouve leur compte-rendu saisissant, et mesure, à l’aune de cet extrait, la distance considérable qui nous sépare de l’AFP quant à la manière de pratiquer le journalisme :

 

"(…) Le 2 avril, après des mois de négociations, Téhéran et le groupe 5+1 (Chine, Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Russie et Allemagne) sont tombés d'accord sur les grandes lignes d'un accord pour imposer des contrôles plus stricts sur le programme nucléaire de Téhéran, l'Iran demandant en échange la levée des sanctions internationales.

 

Les négociateurs se sont donné jusqu'à fin juin pour tenter de régler les détails techniques et juridiques complexes en vue de trouver un accord définitif qui mettrait fin à 12 ans de crise diplomatique internationale sur ce programme iranien. (…)". Fin de la parenthèse AFP.

 

Avec d’autres observateurs éveillés, nous avons également noté une grosse contrevérité dans le dernier discours de Barack Obama au Jardin des Roses, dans lequel il mentionne l’ "accord historique" : il y a prétendu, qu’à son accession à la présidence, l’ "Iran possédait des milliers de centrifugeuses", qui allaient désormais être réduites à "6 000 environ". C’est factuellement faux. En 2008, l’Iran n’en possédait guère plus de 800. De plus, on peut légitimement se demander si ce n’est pas en considération de l’indécision du nouveau président américain sur les dossiers de politique étrangère que la junte cléricale chiite avait décidé de booster son programme nucléaire ?

 

Ayant constaté tout ce qui précède, vient le moment de relever qu’il existe cependant deux différences fondamentales entre novembre 2013 et avril 2015. La première est que le président disposait à l’époque d’une majorité Démocrate au Congrès, ce qui n’est plus le cas dans les deux chambres. La seconde réside en cela que si les représentants et les sénateurs avaient été pris de court il y a presque un an et demi, n’imaginant pas qu’un président des Etats-Unis irait jusqu’à présenter au public un accord qui n’existait pas, ils ne se laissent plus surprendre, désormais, par ces méthodes inspirées des coutumes politiques en vigueur à Chicago.

 

Ainsi, le Sénateur Républicain Mark Kirk, de l’Illinois, qui, contrairement à l’AFP, fait grand cas des déclarations de Khamenei de jeudi, en déduit qu’il est nécessaire que le Sénat se prononce sur le sujet, et que "le plus tôt sera le mieux". Kirk a confié à Bloomberg News que ce vote est rendu nécessaire puisque "l’Iran refuse d’endosser le même cadre que les USA en vue d’un accord final, et parce qu’il rejette vivement les sujets fondamentaux comme la manière dont serait gérée, dans un traité, la levée générale des sanctions, l’enrichissement de l’uranium, et le fait de montrer patte blanche sur ses activités nucléaires militaires".

 

Ce qui va compliquer la tâche de Barack Obama et de John Kerry procède de ce que des sénateurs de leur propre parti, et non des moindres, à l’instar de Chuck Schumer (New-York), ont décidé de soutenir le projet de loi présenté par le Républicain Bob Corker (R-Tennessee), le président du Comité des Relations Etrangères du Sénat. Pour ne rien arranger aux affaires de la Maison Blanche, le Sénateur Harry Reid du Nevada, l’actuel leader de la minorité Démocrate au Sénat, a décidé de proposer Chuck Schumer pour le remplacer, lorsqu’il prendra sa retraite l’année prochaine.

 

C’est ce mardi après-midi que le Comité des Relations Etrangères du Sénat, réunissant 10 Républicains et 9 Démocrates, doit siéger afin de débattre de la proposition Corker, de décider si elle sera soumise à l’approbation des 100 sénateurs de la chambre, et pour tenter de trouver, avant cela, une formulation de compromis que les deux partis soumettraient de concert à leurs pairs.

 

Le but du projet de loi Corker est de donner aux chambres une période de 60 jours pour étudier un éventuel accord définitif avec l’Iran. 60 jours durant lesquels l’administration Obama n’aurait pas le droit de lever les sanctions qui frappent l’Iran ; à l’issue de cette période, le Congrès voterait pour décider si les sanctions peuvent être supprimées ou si elles doivent demeurer en place.  

 

Ceci posé, il est évident que si les sanctions n’étaient pas levées, Téhéran ne signerait pas l’hypothétique traité, la suppression des sanctions procédant de la seule concession que les 5+1 envisagent à l’issue des négociations actuelles.

 

Le Président Obama a promis qu’il engagerait son veto contre l’adoption de la loi Corker dans sa mouture actuelle (50 amendements seront discutés cette après-midi en commission). La Maison Blanche a fait savoir que ce bill, cette loi, empiétait sur l’autorité du président et "tuerait" toute chance de parvenir à une entente définitive avec l’Iran sur le dossier nucléaire.

 

Afin de neutraliser un veto présidentiel, il faut qu’une loi obtienne à la fois les deux tiers des voix des sénateurs et des représentants, soit 67 sénateurs et 290 représentants. Les Républicains disposant de 54 sièges au Sénat et de 244 à la chambre, l’adhésion de parlementaires Démocrates durant les votes est indispensable pour blinder la loi face à un éventuel veto présidentiel.

 

Les chances d’obtenir les deux tiers des suffrages seraient nettement augmentées si les membres du Comité des Relations Etrangères du Sénat parvenaient à s’entendre sur un libellé commun. L’une des propositions d’amendement Démocrate dont j’ai eu vent voudrait réduire la durée de la période d’examen de 60 à 30 ou 40 jours, ce qui ne change fondamentalement pas grand-chose. Une autre voudrait alléger le bill Corker de l’exigence qu’il contient et qui consiste à réclamer du Président Obama qu’il certifie que l’Iran n’a soutenu aucun acte de terrorisme visant les Etats-Unis ou un citoyen américain. Il est vrai que si cette clause était maintenue, sur la base de ce que nous savons à Métula des activités passées de Téhéran, le président ne pourrait pas effectuer ce serment et le traité sur le nucléaire tomberait à l’eau sans avoir besoin de procéder à l’étude circonstanciée de son brouillon.

 

Mais d’autres propositions d’amendement s’inscrivent dans le sens du durcissement des conditions posées à l’abandon des sanctions, à l’instar du projet du Sénateur Républicain de Floride Marco Rubio, qui a annoncé hier (lundi) qu’il briguerait le ticket Républicain pour les présidentielles de 2016. Rubio demande que le texte soit aménagé afin d’exiger la reconnaissance de l’Etat d’Israël par la "République" Islamique.

 

En attendant d’y voir plus clair, les pro et les anti font de leur mieux afin de s’attirer les faveurs des parlementaires. Ainsi, John Kerry est venu en personne défendre son cas devant l’ensemble des sénateurs et des représentants lors d’auditions à huis clos.

 

Quant à Israël, elle a choisi une double stratégie ; celle qui consiste à favoriser le rejet de facto du traité par le Congrès U.S, tout en proposant des modifications consistantes au corps de l’accord envisagé avec Téhéran. Cela démontre, d’une part, que Jérusalem n’est pas opposée par principe à toute entente avec la junte théocratique, et de l’autre, cela agit comme un "encouragement" en direction de Barack Obama, afin qu’il œuvre au renforcement des conditions posées par ses négociateurs, la prochaine fois qu’ils s’entretiendront avec Zarif.

 

A la White House, on sait que le Congrès est massivement pro-israélien et qu’il est préférable de le caresser dans le sens du poil si on entend s’éviter des désagréments majeurs. Cela pourrait d’ailleurs devenir très rapidement désagréable pour Barack Obama, surtout dans le cas où le projet de loi obtiendrait la majorité des deux tiers. Et cela deviendrait quasiment intenable pour lui si un nombre considérable de ses amis Démocrates soutenaient l’initiative.

 

On pourrait alors parler d’un pseudo-impeachment des législateurs à l’encontre du président. "Pseudo", car la finalité de cette procédure de destitution consiste à permettre à la justice d’engager une action pénale visant un haut-fonctionnaire, voire le président, et non de chasser ce dernier pour des motifs politiques.


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Obama est prêt à signer un accord avec un régime qui veut rayer Israël de la carte du monde Version imprimable
Analyse
dimanche, 12 avril 2015

 

Par Guy Millière

 

Ceux qui douteraient encore (il y en a, je le sais) des intentions funestes de Barack Obama à l’encontre d’Israël devraient prendre connaissance de ses récents propos concernant la demande énoncée par Binyamin Netanyahou, disant qu’il est nécessaire d’exiger de la "République" Islamique qu’elle reconnaisse Israël. Obama a écarté cette demande d’un revers de main.

 

Ce qui signifie non seulement que le président américain entérine la non-reconnaissance de l’existence d’Israël par le régime iranien, mais aussi, qu’il entérine, ce faisant, tout le discours du régime iranien concernant Israël.

 

Et c’est un fait, Obama n’a pipé mot quand le commandant des Basij, la garde prétorienne au service direct d’Ali Khamenei, a dit que « la destruction d’Israël était non-négociable » ; déclaration qui ne peut avoir été prononcée qu’avec l’aval de Khamenei. Obama n’a pas exprimé la moindre réserve non plus lorsqu’Ali Khamenei a chanté, avec une foule fanatisée, « Mort à Israël ». Son porte-parole ne s’est pas fendu de la moindre remarque, sans parler de critique.

 

Le pensionnaire de la Maison Blanche n’a pas réagi non plus lorsque les chants « Mort à l’Amérique » ont succédé à « Mort à Israël ». On peut en déduire qu’Obama déteste autant l’Amérique qu’il déteste Israël, mais cela ne change rien à son attitude vis-à-vis d’Israël.

 

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L’Amérique peut-elle signer un accord portant sur le nucléaire avec un Etat

dont le leader suprême vient encore de crier "Mort à l’Amérique" ?

 

Cette péripétie indique, au-delà de tout doute sensé, qu’Obama est prêt à signer un accord avec un régime qui entend rayer Israël de la carte du monde et qui l’exprime publiquement. Nous, de prendre bonne note que la volonté affichée de ce régime d’anéantir l’Etat hébreu ne constitue pas un obstacle aux yeux d’Obama.

 

Il est prêt à signer un accord avec un régime qui veut se doter de l’arme nucléaire aux fins de se sanctuariser et de pouvoir financer des actions terroristes et des actes de guerre conventionnelle menés par des groupes aux intentions antijuives et anti-israéliennes non dissimulées, sans que ces projets ne constituent des obstacles à ses yeux.

 

Sur la base des constatations qui précèdent, il est nécessaire de déduire que Barack Obama constitue, plus que jamais, un danger mortel pour Israël, et que, voyant la fin de son mandat approcher, il multiplie les initiatives qui accentuent cette menace.

 

Ce qui paraît jouer en faveur d’Israël, dans ce contexte, est le fait que l’accord dont on ne cesse de parler n’est en réalité pas un accord. Comme la Ména l’avait annoncé dans ces colonnes au lendemain de sa publication, l’ « accord » de Lausanne n’est en réalité qu’un document de travail n’imposant aucune contrainte aux parties ayant participé aux négociations.

 

C’est de plus en plus flagrant : chacun peut constater que le texte présenté par l’Administration U.S en anglais, et censé correspondre littéralement au texte communiqué en farsi par la théocratie iranienne, sont très différents. Par sa longueur, le texte proposé par Washington est trois fois plus long que l’autre, et par son contenu : la « version Obama » annonce des engagements fermes et définitifs de la part de l’Iran, qui n’existent absolument pas dans la version en farsi.

 

A la défaveur d’Israël, on observe que, dans ce bal des hypocrites, tous les participants aux négociations affirment qu’il s’agit réellement d’un accord. Cela implique le risque de voir la version en farsi mise en œuvre en Iran, et la version en anglais appliquée par l’Occident. Les Occidentaux respecteraient sans doute ce qui est énoncé en anglais, tandis que les Iraniens réaliseraient ce qui est rédigé en farsi. L’Iran possèderait la bombe, se sanctuariserait, financerait actions terroristes et actes de guerre de groupes antijuifs et anti-israéliens, tandis que les Occidentaux fermeraient les yeux, affirmant que rien ne se passe.

 

Ce qui paraît jouer en faveur d’Israël est, aussi, que le Congrès, y compris nombre de Démocrates, entend dénoncer très rapidement, dans les tout prochains jours, le projet d’accord, et rappeler fermement la Constitution des Etats Unis, qui stipule que le président signe les traités, mais qu’ils n’ont aucune valeur sans l’approbation du Sénat. Si une majorité des deux tiers (67 sénateurs) au moins vote contre l’accord, la résolution qu’ils auraient mise aux voix serait à l’épreuve du veto présidentiel, et le projet d’accord avec l’Iran serait rejeté sans qu’Obama y puisse rien.

 

A la défaveur d’Israël, on note qu’Obama semble vouloir soumettre le projet d’accord au Conseil de Sécurité des Nations Unies, instance sur laquelle le Congrès des Etats Unis n’a aucune prise. Le projet ne serait alors pas entériné par les Etats Unis, mais aurait néanmoins l’appui du président des Etat Unis et du reste du monde. Le refus du Congrès serait ainsi contourné à l’échelle mondiale. Ce serait sans précédents, mais avec Obama, tout est possible. [La Maison Blanche ne peut en fait soumettre au Conseil de Sécurité qu’un accord en bonne et due forme, et non un projet d’accord non-contraignant pour les parties, qui ne suffirait probablement pas pour lever les sanctions préalablement adoptées par le Conseil de Sécurité. On voit mal, en effet, le Conseil annuler les sanctions alors que Téhéran n’a encore pris aucun engagement. Ndlr.].

 

Ce qui paraît jouer en faveur d’Israël est aussi que les pays sunnites se sentent aussi menacés qu’Israël par ce qui se trame. Ils voient que l’Iran veut non seulement la destruction d’Israël, mais également la leur. Lors du dernier sommet de la Ligue Arabe, il a été décidé de mettre en place une force arabe conjointe. Laquelle mise en place a commencé. Des bombardements sur les forces Houthi au Yémen, armées et encadrées par Téhéran, se déroulent désormais depuis plusieurs semaines.


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Chroniques kurdes (info # 010904/15) Version imprimable
Analyse
jeudi, 09 avril 2015

 

Par Hevi Pekoz

 

Différends irako-kurdes

 

Le président du Gouvernement régional du Kurdistan irakien, Massoud Barzani, et le premier-ministre irakien, le chiite Haïder al Abadi, se sont entretenus lundi dernier à Erbil, capitale de la Région autonome du Kurdistan (irakien), pour discuter de plusieurs dossiers urgents.

 

Tout d’abord, de la reprise de Mosul, deuxième plus grande ville d’Irak, occupée depuis juin 2014 par l’Etat Islamique ; les deux hommes ont tenté de mettre au point une stratégie commune qui inclurait les Peshmergas (combattants kurdes irakiens) et les soldats irakiens à forte majorité chiite (soutenus par l’Armée iranienne).

 

De plus ils ont discuté de la part du budget de l’Etat irakien réservée au Gouvernorat kurde, dont aucune somme n’a été transférée à Erbil depuis janvier 2014. Ce budget est destiné au paiement des salaires des fonctionnaires et des Peshmergas, comme le prescrit la nouvelle Constitution irakienne. Ces dispositions provisionnent la restitution partielle de fonds à valoir sur l’exportation du pétrole exploité dans la zone kurde.

 

Faute d’avoir reçu de Bagdad l’argent qui lui revenait, le gouvernement de la Région autonome du Kurdistan a entrepris d’exporter lui-même son pétrole sans passer par l’Etat irakien.

 

Ainsi, début novembre dernier, le gouvernement de Barzani annonçait avoir exporté pour 2.87 milliards de dollars de pétrole, passant outre l’interdiction mise en place par le pouvoir central. Cette vente a causé de nombreux litiges entre les deux entités, du fait notamment que le premier tanker affrété par la Région autonome kurde fut destiné aux Israéliens, alliés traditionnels des Kurdes, mais avec lesquels Bagdad n’entretient aucune relation.

 

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Le SCF Altai au large d’Ashkelon, en juin 2014, la première livraison de brut

réalisée directement par la Région autonome du Kurdistan

 

L’accord pétrolier Erbil-Bagdad prescrivait le transfert de 150 000 barils de brut par jour, du gouvernement régional kurde à l’Irak, en échange de 17% du budget de l’Etat irakien après déduction des "dépenses souveraines", ce qui représentait 455 misérables millions de dollars dont 45 millions sont réservés aux Peshmergas. Les "dépenses souveraines" de Bagdad ne faisant qu’enfler, la part théorique des Kurdes ne représenterait plus, actuellement, que 12% dudit budget.  

 

En février dernier, une délégation dirigée par le premier ministre kurde, Nechirvan Barzani, le neveu du Président Massoud, s’était rendue à Bagdad pour discuter du non-respect de l’accord. La délégation kurde comprit à cette occasion, qu’au prétexte de la crise financière que traverse l’Irak et de son manque de liquidités chronique, le gouvernement irakien sous emprise iranienne n’était pas disposé à payer son dû, même grossièrement amputé, à la Région autonome du Kurdistan.

 

Les deux parties se sont mises d’accord pour se rencontrer ultérieurement afin de trouver une solution à leur différend, en plus de "démontrer leur engagement commun à voir le pays sortir de la crise financière". Une commission dite de financement a été mise en place.

 

Dans le domaine sécuritaire, les entretiens de lundi entre Massoud Barzani et le 1er ministre irakien ont permis, à en croire al Abadi, la mise en place d’un plan militaire de coordination entre les deux entités irakiennes, plan qui devrait permettre la libération de la province de Ninive, dans laquelle se situe notamment la ville de Mosul.

 

Le chef du gouvernement irakien a demandé l’aide des Kurdes pour la libération de Mosul, ajoutant que seule une alliance Bagdad-Erbil pourrait contrer l’ensemble des menaces terroristes (islamistes sunnites).

 

Cependant, la libération de Mosul demeure au cœur d’un problème majeur, les dirigeants kurdes estimant que la ville appartient de fait à la région kurde et souhaitant l’intégrer à leur région autonome en route vers l’indépendance totale, tandis que les Irakiens s’y opposent explicitement.

 

Ce différend profite évidemment à l’Etat Islamique, qui, faute d’entente entre Erbil et Bagdad, continue son occupation de Mosul.

 

L’alliance entre Bagdad et Erbil dans la bataille avait été préconisée par le Secrétaire d’Etat U.S John Kerry, lorsqu’il avait demandé à Massoud Barzani de soutenir plus activement que précédemment le nouveau gouvernement irakien qui était en train de se former, lui promettant qu’al Abadi saurait trouver une solution au problème du pétrole.

 

Par le passé, les Américains avaient, à maintes reprises, conditionné l’envoi de matériel militaire sophistiqué aux Kurdes à l’accord du gouvernement irakien. On sait, par ailleurs, que Washington, de même que la majorité des chancelleries européennes, s’opposent à la sécession du Kurdistan afin de ne pas exacerber les tensions régionales, particulièrement avec la Turquie et l’Iran.

 

 

Les Kurdes célèbrent le Newroz et rendent visite à leurs anciens voisins émigrés en Israël

 

Les Kurdes ont célébré, il y a deux semaines, leur nouvel an, le Newroz, qui constitue la fête la plus importante de leur calendrier. Cette commémoration a lieu chaque printemps chez les Kurdes de tous les pays ; à l’instar d’Israël, où de nombreux Kurdes musulmans se sont spécialement rendus afin de fêter Newroz avec leurs anciens voisins et amis juifs. Les 200 000 Juifs kurdes habitant Israël ayant continué d’entretenir une relation privilégiée avec leur contrée d’origine et ses traditions.

 

 

Divisions fratricides entre les Kurdes turcs, syriens et irakiens

 

En Syrie et en Irak, la bataille contre l’EI se poursuit alors que resurgissent les problèmes politiques inter-Kurdes. La division a repris ses droits entre les leaders des régions kurdes ; une division qui s’était estompée, ces derniers mois, notamment lorsque la ville de Kobané, au nord de la Syrie, était assiégée et que les Peshmergas irakiens s’y étaient rendus pour venir en aide à leurs compatriotes syriens des YPG (Unités de Protection du Peuple).

 

L’union sacrée entre les Kurdes syriens et les Peshmergas avait quelque chose d’historique, sachant que les deux partis politiques qui les commandent, respectivement le PYD, le parti de l’Union Démocratique Syrienne, historiquement proche du PKK turc (Parti des travailleurs du Kurdistan), et le Parti Démocratique du Kurdistan irakien, dirigé par Massoud Barzani, ne partagent pas la même vision quant à l’avenir des Kurdes.

 

Les dirigeants kurdes syriens et turcs réclament une large autonomie intégrée dans les pays où vivent les Kurdes, à savoir en Turquie et en Syrie – la situation politique en Iran ne permettant pas aux Kurdes de s’autonomiser voire même de proclamer leur identité -, tandis que Barzani, souhaite, quant à lui, la création d’un Etat du Kurdistan rassemblant tous les Kurdes en son sein.

 

Ce sujet de discorde a longtemps empêché les Peshmergas de prendre part au combat à Kobané, le PKK s’opposant fermement à un rapprochement entre les YPG syriens et leurs frères irakiens.

 

On a brièvement pu croire à une réconciliation entre les deux courants ; cependant, avant même la fin de la bataille remportée à Kobané, les diverses composantes du peuple kurde ont ravivé leurs anciennes disputes.

 

On en veut pour preuve la décision du PKK turc de décréter la création du "canton de Sinjar", qui se trouve pourtant dans la Région Autonome du Kurdistan irakien. C’est en décembre dernier, un mois avant l’éviction de l’EI de Kobané, que, lors d’un meeting réunissant des responsables du PKK et des Yézidis, le canton de Sinjar avait été autoproclamé. Cela causa la colère du gouvernement kurde irakien, qui rejeta cette annonce, expliquant qu’il s’agirait d’un canton qui se dissocierait de la Région autonome du Kurdistan (irakien).

 

Cette initiative, décidée par le PKK turc, avait pour seul but de créer la pagaille dans l’organisation de la Région autonome.

 

Témoin de cet éparpillement, un épisode inter-kurde violent qui s’est déroulé dimanche dernier : Haydar Shesho, le commandant en chef de l’Unité de Protection de Sinjar (HPS), la force armée des Yézidis (communauté kurde de confession zoroastrienne), a été arrêté et emmené par un commando d’hommes armés.

 

Shesho se trouve à la tête de 3 000 résistants Yézidis qui se battent à Sinjar pour reprendre le contrôle total de la ville et de ses environs, assiégée depuis le 3 août dernier par les miliciens de l’Etat Islamique. Pris au piège islamiste, des milliers de civils yézidi encerclés, sans nourriture ni eau, s’étaient réfugiés pendant plus d’une semaine sur le mont Shingal, jusqu’à ce que les Peshmergas parviennent à ouvrir un corridor qui permit de sauver la plupart des réfugiés affamés.

 

Selon des témoins oculaires, des hommes appartenant au PDK (le Parti démocratique du Kurdistan de Massoud Barzani) ont surgi dimanche dans la maison de Shesho, l’appréhendant, lui et d’autres hommes qui s’y trouvaient. Son arrestation survient après la publication par Kurdsat (chaîne de télévision kurde irakienne) d’une interview dans laquelle il aurait vivement critiqué le traitement des Yézidis par le gouvernement autonome kurde.

 

Des douzaines d’activistes et de membres de la communauté yézidi ont également été arrêtés ces derniers jours. Parmi ceux-ci, Kheri Ali Ibrahim, membre de l’organisation "Initiative for Ezidis around the world" (Initiative pour les Yezidis autour du monde), arrêté ce samedi 4 avril après avoir critiqué les autorités régionales sur Facebook.

 

 

Kobané reprend lentement goût à la vie

 

Perwer Mohammed Ali, le correspondant de la Ména qui avait suivi pour nous la bataille de Kobané, nous informe que la population a commencé à reconstruire ses maisons, et que la municipalité a entrepris le nettoyage de la ville.

 

Les habitants reviennent au compte-gouttes dans leur cité malgré l’effondrement de la plupart des bâtiments. Actuellement, seules deux écoles sont en état de fonctionner, et elles rencontrent les plus grandes difficultés à se fournir en matériel scolaire. Perwer ajoute qu’il craint pour le futur des enfants de Kobané autant qu’il redoute la menace terroriste toujours plus présente en Syrie.

 

 

Les Kurdes syriens pris en tenaille entre DAESH et al Qaeda

 

Pas très loin de Kobané, dans la nuit de dimanche à lundi, 300 civiles kurdes ont été capturés dans le village de Tuqad (à 20 kilomètres à l’ouest d’Alep) par le Front al Nosra (Al Qaeda au Levant, en Irak et en Syrie), alors qu’ils se rendaient à Alep et à Damas. Ils fuyaient l’avancée de DAESH (l’Etat Islamique), qui a planté son drapeau à seulement 400 mètres de leur village d’origine, Afrin, à 40 kilomètres au nord d’Alep. Les miliciens d’al Nosra avaient, dans un premier temps, relâché les femmes et les enfants, mais ont transféré le reste des hommes à al Dana, dans la province d’Idlib, à 56 kilomètres d’Alep, où ils les ont finalement également relaxés dans le courant de la nuit suivante.

 

 

Convergence de vues entre Bagdad et Ankara

 

Le 1er ministre irakien, Haïder al Abadi, s’est récemment entretenu au téléphone avec Ahmet Davutoglu, son homologue turc, à propos de l’intégrité territoriale de l’Irak et s’est félicité de la vision commune qu’ils partagent. Plus clairement : les chiites irakiens, leurs mentors iraniens et le gouvernement d’Erdogan s’entendent pour s’opposer à la sécession et à l’indépendance du Kurdistan irakien.


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Les marchés financiers américains dans la zone dangereuse (info # 010604/15) Version imprimable
Analyse économique
lundi, 06 avril 2015

 

Par Sébastien Castellion

 

Plus de six ans ont passé depuis que le principal indice boursier du marché américain, le S&P 500, atteignit un minimum de 676 le 9 mars 2009, au cœur de la grande crise financière. Depuis, l’indice a plus que triplé (2070 vendredi dernier) et le sentiment des investisseurs est, à première vue, optimiste.

 

Il y a d’excellentes raisons à cette amélioration. La croissance américaine a été, au cours de six ans, de 2,5% par an en moyenne (plus faible que dans les décennies précédentes, mais plus forte qu’en Europe) et les profits des entreprises ont plus que doublé. La banque centrale américaine (Federal Reserve ou « Fed ») a mis en place une politique de création monétaire ultra-agressive : emprunts de collatéral à taux zéro et création de monnaie ex nihilo en acceptant, comme collatéral, des bons du Trésor créés spécialement pour l’occasion.

 

C’est d’ailleurs la Fed, de manière intéressante, qui a pris la responsabilité de la relance. La politique budgétaire américaine, dans l’intervalle, a été mise en pilotage automatique.

 

Immédiatement après la crise financière de 2008, l’administration Obama a lancé une augmentation massive des dépenses publiques dans l’espoir d’encourager la demande : programme d’investissement dans les infrastructures, nationalisation de fait de General Motors et des programmes de prêts aux étudiants, subventions aux énergies nouvelles, recrutements dans l’administration fédérale, forte augmentation des dépenses d’assurance maladie…

 

L’effet immédiat de ces dépenses a peut-être été de ralentir la récession de 2008-2009 (les économistes sont en désaccord sur ce point). Ce qui est certain,  en revanche, c’est qu’après que le déficit fédéral eut atteint un maximum historique de 1 400 milliards de dollars en 2010, il est devenu impossible de poursuivre une politique budgétaire aussi agressive.

 

Depuis 2010, la dépense fédérale totale s’est stabilisée autour de 3 800 milliards de dollars et le déficit baisse progressivement (400 milliards l’an prochain). Il n’y avait pas d’autre solution pour éviter l’explosion fiscale complète du pays. Mais, en conséquence, la politique budgétaire américaine ne dispose plus d’aucune marge de manœuvre pour influencer l’économie du pays. (La seule voie qui serait aujourd’hui envisageable consisterait à réduire délibérément les dépenses pour libérer les énergies du secteur privé ; mais elle est inconcevable sous une administration Démocrate).

 

Six ans après la grande crise financière, l’état de l’économie américaine est mitigé.

 

Le chômage a fortement baissé (de 10% fin 2009 à 5,5% début 2015). Malheureusement, cette amélioration a été presque entièrement causée par la forte augmentation du nombre des Américains qui ont cessé de chercher du travail. 93 millions d’Américains en âge de travailler, soit 38% du total, ont désormais renoncé. Comme le montre le graphique suivant réalisé par The Federalist, si la proportion d’Américains qui ne cherche pas de travail était restée la même depuis 2009, le taux de chômage atteindrait aujourd’hui 11%.

 

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Le chômage américain : une amélioration en trompe-l’œil

 

Malgré une amélioration moyenne des conditions de vie, les classes moyennes inférieures ont connu, elles, une dégradation de leur qualité de vie. En effet, les bas salaires ont stagné pendant que le prix des produits de première nécessité augmentait nettement plus vite que l’inflation moyenne (cf. l’analyse du journaliste économique Doug Kass, qui donne à ce phénomène le nom poétique et intraduisible de Screwflation).

 

Certains secteurs connaissent un vrai renouveau : c’est le cas de l’automobile, qui bénéficie de nouveaux systèmes de prêts très compétitifs et du vieillissement du parc. L’immobilier est dans une situation plus fragile : les prix ont remonté, au moins dans les quartiers aisés, mais la difficulté des classes moyennes à trouver des financements a nettement réduit le nombre des transactions par rapport à la situation qui prévalait avant la crise.

 

Il est donc surprenant que, face à des résultats aussi mitigés, les marchés financiers, eux, semblent nager dans l’euphorie.

 

Les taux d’intérêt nuls ou presque nuls (un résultat de la politique de la Fed), combinés avec une augmentation des profits, ont amélioré les bilans des entreprises, ce qui a logiquement profité aux marchés financiers. Dans le même temps, beaucoup d’entreprises se sont lancées dans des opérations d’« ingénierie financière », dans lesquelles elles rachètent leurs propres actions, ce qui réduit le nombre d’actions sur le marché et augmente donc leur prix.

 

Et pourtant, des signes de plus en plus clairs commencent à apparaître, qui pourraient conduire à un retournement du marché dans un avenir pas si lointain.

 

Tout d’abord, les acteurs de marché semblent ignorer délibérément les turbulences de l’actualité, même lorsque celles-ci ne peuvent pas manquer d’impacter les profits des entreprises au cours des prochaines années. Parlez à un trader d’élite, à New York ou à Chicago, des conséquences de l’effondrement des prix des matières premières à travers le monde ; de l’instabilité géopolitique au Moyen Orient et autour de la Russie ; des exemples de surinvestissement dans plusieurs actifs à travers le monde (travaux publics chinois, immobilier de luxe dans le Golfe Persique, certaines infrastructures européennes…). Il vous répondra probablement en citant le dernier communiqué du Conseil des gouverneurs de la Fed, sans prêter une grande attention à l’image d’ensemble.

 

Même dans l’ordre purement financier, plusieurs phénomènes devraient inquiéter les acteurs de marché. L’augmentation des profits des entreprises au cours des dernières années semble s’être ralentie, et presque interrompue, en 2014. Les problèmes massifs liés aux dettes publiques américaine, européenne et japonaise (60 pour cent de l’économie mondiale, tout de même) n’ont pas connu de réponse structurelle, même si les faibles taux d’intérêt les rendent gérables à court terme.

 

La forte augmentation du dollar, enregistrée depuis la mi-2014 (l’euro vaut 1,08 dollars aujourd’hui contre 1,39 il y a onze mois), s’appuie, certes, sur des raisons fondamentales. La Fed a commencé à réduire son programme d’achats de bons du Trésor, et donc les quantités de monnaie qu’elle pompe dans l’économie. Les prévisions de croissance pour 2015 atteignent entre 2,5 et 3 % pour l’Amérique, soit bien plus qu’en Europe (entre 1 et 1,5 %) ou au Japon (entre 0,5 et 1 %).

 

Néanmoins, une modification aussi rapide dans la valeur des monnaies aura inévitablement des conséquences désagréables sur les exportations et les profits des entreprises américaines.

 

Malgré toutes ces raisons d’être prudent, c’est le contraire que l’on observe sur les marchés étasuniens, où l’optimisme des investisseurs continue à être confirmé par toutes les enquêtes. Les secteurs qui devraient être les plus affectés par les dernières évolutions économiques (industrie, énergie) sont ceux dont les actions voient leur prix augmenter le plus rapidement : un autre signe de décalage inquiétant entre l’économie et le comportement des marchés.

 

L’outil le plus classiquement utilisé pour estimer si un marché est surévalué ou non est le PER (Price-Earning Ratio), c’est-à-dire le rapport entre le prix moyen des actions et les revenus moyens des entreprises, ajustés sur dix ans pour neutraliser les effets du cycle économique. Ce ratio est aujourd’hui presque égal à 28, soit – comme le montre le graphique suivant réalisé par Market Watch – au même niveau où il était en 2008, juste avant le déclenchement de la crise financière.

 

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La survalorisation des entreprises (courbe bleue) a retrouvé son niveau de 2008

 

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Rien n’est entendu jusqu’à ce que tout soit entendu (info # 010304/15) Version imprimable
Analyse
vendredi, 03 avril 2015

 

Par Stéphane Juffa

 

En novembre 2013, Barack Obama, assisté en cela par les chefs d’Etat des autres pays du 5+1, avait ouvertement menti à l’opinion publique mondiale, lorsque, brandissant une feuille d’information rédigée  par les conseillers du Département d’Etat, il l’avait présentée comme un traité signé avec la "République" Islamique d’Iran.

 

La Ména avait alors créé le buzz en dévoilant qu’aucun texte d’accord n’avait été approuvé, et encore moins signé, entre les 5+1 et Téhéran, et que le seul écrit existant consistait en un document préconisant les "premières mesures" qui pourraient éventuellement être prises par les parties, en vue d’aboutir à une entente.

 

L’analyse de la Ména était à ce point pertinente, que, quelques jours plus tard, elle avait été publiée par le site de la Maison Blanche, qui fut ainsi contrainte de reconnaitre la réalité de ce que nous exposions.

 

Le vrai document contraignant fut signé début janvier 2014, suite à d’énormes pressions, y compris des menaces d’intervention militaire, exercées par Washington sur la théocratie chiite.

 

Hier, en prenant la parole dans le Jardin des Roses de la White House, le président américain a un peu moins menti. On navigue toutefois dans le show médiatique, dans une dynamique d’optimisme forcené, qui, comme l’ont souligné des officiers du Mossad, reste largement "déconnecté de la réalité".

 

A nouveau, la nuit dernière, Barack Obama a articulé son intervention sur la base d’une feuille d’information made in USA, confectionnée par les mêmes conseillers qu’en novembre 2013. Les Iraniens n’ont pas participé à sa composition et n’y adhèrent pas.

 

Ce qui résulte de plusieurs semaines de négociations acharnées entre les ministres des Affaires Etrangères des 5+1 et la junte théocratique persane se limite à une "liste de paramètres clés", qui "pourraient servir" à l’élaboration d’un "plan d’action global" (Joint Comprehensive Plan of Action (JCPOA)) relatif au programme nucléaire de la "République" Islamique iranienne.

 

Il faudrait encore – c’est le Département d’Etat US qui le précise –, entre maintenant et le 30 juin, écrire ledit JCPOA, se mettre d’accord avec Zarif sur tout son contenu, y compris les détails, et ensuite, passer à la rédaction du traité proprement dit et à son approbation officielle.

 

Et comme la délégation iranienne a à nouveau insisté pour que cela soit mentionné noir sur blanc : "Nothing is agreed until everything is agreed", "rien n’est entendu jusqu’à ce que tout soit entendu", il n’y a, formellement, aucun engagement de la part de l’Iran sur quoi que ce soit de ce qui a été discuté ces derniers jours à Lausanne.

 

La différence la plus évidente entre la nuit dernière et le 24 novembre 2013, est que Monsieur Obama n’a pas déclaré fallacieusement qu’un accord avait été signé, et que le préambule du factsheet distribué par le Département d’Etat mentionne correctement, cette fois, la situation juridique dans laquelle nous nous trouvons actuellement.

 

Reste que les "paramètres" ne sont pas signés, que Zarif en a fait, en farsi et sur les media de la junte, une description très différente de celle présentée par Monsieur Obama, ce qui a participé à jeter des milliers de ses compatriotes extatiques dans les rues de leur capitale, pour fêter la victoire de leurs diplomates sur ceux du monde entier.

 

Ces manifestations contradictoires se situent à l’opposé de celles qui illustrent traditionnellement la signature d’un authentique traité.

 

Il demeure que les résultats du travail effectué à Genève sont de meilleure qualité qu’en 2013 ; preuve en est que les "paramètres" n’apparaissent pas au mode conditionnel, et que les chefs de délégations ont, cette fois-ci, participé à une conférence de presse commune organisée à l’Ecole Polytechnique Fédérale de la capitale du canton de Vaud.

 

D’ailleurs, les sourires et les embrassades des Occidentaux avec les Perses revêtaient quelque chose d’indécent à notre avis. Premièrement, parce qu’aucun traité n’a été atteint ; ensuite, parce que Zarif et ses compères sont les ministres d’un régime dictatorial, qui œuvre ouvertement à la destruction de l’Etat d’Israël, dont la "justice" multiplie les pendaisons d’homosexuels au faîte des grues, assassine les opposants politiques et les renégats à l’Islam, martyrise les minorités et ordonne la lapidation des femmes soi-disant infidèles.

 

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Indécence

 

Cette junte a également porté la guerre au Yémen, elle est en train de s’accaparer d’énormes portions du territoire irakien, elle s’oppose, en Syrie, aux islamistes et à ceux qui s’emploient à instaurer la démocratie, elle masse des troupes à proximité de la frontière israélienne du Golan, elle arme et encadre la milice du Hezbollah au Liban, dont elle a totalement oblitéré la cohésion intercommunautaire.

 

La moindre des choses, à nos yeux, oblige de conserver ses distances avec des individus de ce type et à éviter de se taper sur l’épaule. C’est d’ailleurs là la première victoire de Khamenei : avant même d’avoir concédé quoi que ce soit, il a fait de son régime infréquentable un membre de la communauté internationale, dont le drapeau trône, dans l’EPFL, au milieu de ceux des grandes puissances de la planète.

 

Même si le Département d’Etat a, cette fois-ci, correctement indiqué que les festivités ne s’appliquaient qu’à l’énonciation des "paramètres" en vue d’un "plan d’action global", cela n’empeche guère la plupart de nos confrères, même les plus sérieux d’entre eux, de parler d’un accord, d’un accord préliminaire ou d’un accord temporaire. Au temps pour eux !

 

Il est vrai que le "Département" fait tout ce qui est en son pouvoir, dans sa feuille d’information, pour la présenter comme s’il s’agissait d’un contrat. Les phrases se multiplient, qui commencent par : "L’Iran s’est engagé indéfiniment à… ", "L’Iran a accepté de…", "L’Iran procédera à la réalisation de…", "L’Iran n’aura pas de …", etc. L’Iran s’est engagé ? Bollocks! (± mon œil). Il s’agit évidemment de contrevérités destinées à fausser la compréhension de l’opinion publique en général, de l’américaine, en particulier.

 

Le président Obama a, bien entendu, lui-aussi multiplié les exagérations de ce genre, confondant intentionnellement un "cadre de négociations" a minima, avec un "bon accord" (a good deal). Il ne dit pas non plus la vérité, lorsqu’il affirme que les négociations ont "réussi exactement comme nous l’attendions". Car ce que son gouvernement avait annoncé préalablement était que ces négociations devaient se conclure jusqu’au 31 mars dernier par la signature de l’accord-cadre, dont c’était uniquement les détails qui devaient être rédigés jusqu’au 30 juin. On en est très loin.

 

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Indécence

 

Barack Obama n’hésite pas non plus à décrire les résultats de Lausanne, plusieurs fois dans son intervention, comme un "accord international". Un accord qu’il qualifie d’ailleurs d’"historique".

 

Conscient, toutefois, que le fruit de la pêche de Kerry dans les eaux du Léman est insuffisant pour convaincre le Congrès, et que va s’engager avec lui un "débat vigoureux" (a robust debate), le pensionnaire de la Maison Blanche n’hésite pas à menacer les élus de son pays. Entrevoyant la possibilité que le Congrès, auquel il avait promis un traité signé, ne se satisfasse pas d’un plan de discussions non contraignant, et que cela le rende enclin à rejeter la manière dont l’Administration gère ces négociations, et à imposer de nouvelles sanctions contre la "République" Islamique, Obama avertit : "Si le Congrès tue cet agrément, [d’une manière qui] ne se base pas sur une analyse d’experts et sans offrir une alternative raisonnable, ensuite… l’unité internationale va s’écrouler".

 

A plusieurs reprises, lors de son speech, Obama a fait référence à l’accord dont il est convaincu qu’il se réalisera, dans les termes de "Best option", la meilleure option possible.

 

Nous, d’admettre volontiers que si tous les paramètres envisagés se réalisent de la manière la plus favorable aux 5+1, sur les points en suspens qu’il reste à négocier, et qu’un traité est signé le 1er juillet, la question de savoir s’il représente ou non la meilleure option dans la gestion du nucléaire iranien se poserait effectivement.

 

En intégrant toutes les conditions que nous avons évoquées au début de cette analyse, et donc sous les plus strictes réserves journalistiques en vigueur à la Ména, nous avons considéré les paramètres retenus par les négociateurs.

 

Ce que nous pouvons globalement en dire est que, s’ils sont intégralement respectés, l’Iran ne construira pas de bombes atomiques dans la décennie à venir. Nous pouvons également assurer nos lecteurs qu’il ne sera pas plus proche de la bombe au terme de cette hypothétique agrément qu’il ne l’est aujourd’hui, et même, sur une base objective, qu’il en serait un peu plus éloigné.

 

Ajoutons à ces considérations générales, que si l’éventuel accord était parfaitement appliqué, le breakout time – le temps nécessaire à Téhéran pour réunir les conditions indispensables à la fabrication d’une bombe atomique après avoir rompu ses engagements – serait plus long qu’il ne l’est aujourd’hui. Il serait aussi bien plus long qu’il ne l’était à la fin de 2013, lorsqu’on l’évaluait, dans nos colonnes, à "quelques semaines".

 

Il est difficile de chiffrer précisément ce laps de temps, mais on peut raisonnablement en dire qu’il se situerait "au moins entre 6 et 8 mois", ce qui procurerait aux puissances et à Israël le temps suffisant afin de rebondir et d’envisager des solutions de remplacement.

 

Il est intéressant de remarquer que les "paramètres" mentionnent spécifiquement le breakout time, prescrivant qu’il doit être d’un an au moins. A partir de cette annotation, si les négociations à suivre se déroulent bona fide, on pourra prendre cette durée de 12 mois comme base de référence afin de régler d’éventuelles divergeances entre les interprétations.

 

Au niveau du détail des paramètres envisagés, ceux de nos lecteurs qui pratiquent l’anglais pourront le consulter dans le document original publié par le Département d’Etat.

 

Les points principaux que nous avons retenus, sous les mêmes réserves que précédemment, concernent la réduction du nombre des centrifugeuses. Elles passeraient de 19 000, aujourd’hui, à 6 104 pendant 10 ans ; toutes appartenant à la première génération de centrifugeuses produites par l’Iran, IR-1. De plus 1 044 des 6 104 centrifugeuses restantes ne participeraient pas à l’enrichissement de l’uranium.

 

L’Iran accepterait en outre de limiter la pureté de son minerai à 3,67% durant 15 ans, et à ne conserver que 300 kilos des stocks totalisant 10 000 kilos actuellement en sa possession.

 

Le site souterrain de Fodow ne serait plus utilisé pour enrichir de l’uranium pendant une quinzaine d’années, et serait transformé en site de recherche dans divers domaines scientifiques. Les deux tiers des centrifugeuses qui s’y trouvent en seraient retirés et placés sous la garde de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA).

 

Les 5 060 centrifugeuses restantes, à l’exclusion des modèles plus récents, IR-2, IR-4, IR-5, IR-6, et IR-8, seraient concentrées uniquement dans les installations de surface de Natanz. 1 000 centrifugeuses IR-2M en seraient par ailleurs retirées et passeraient elles aussi sous le contrôle de l’AIEA.

 

Les inspecteurs de l’agence de Vienne obtiendraient la possibilité de vérifier les activités des sites d’enrichissement, mais également des mines, des lieux transport et d’entreposage, ainsi que de s’assurer que l’Iran ne produit pas de nouvelles centrifugeuses.

 

Au chapitre des inspections de l’AIEA et de la transparence, il est évident que des divergences majeures persistent entre les protagonistes, car rien n’indique, dans les "paramètres", que les commissaires pourraient inspecter les emplacements militaires suspects, comme celui de Perchin, pas plus qu’ils ne seraient autorisés à effectuer des visites surprises, là où bon leur semble.

 

A propos des sanctions, il semble que les 5+1 aient partiellement adopté la position de Téhéran : celles-ci seraient rapidement levées après que l’AIEA aura vérifié qu’il avait tenu tous ses engagements.

 

En revanche, "l’architecture" des sanctions resterait en place, ce qui permettrait leur réinstauration rapide, sitôt qu’il aurait été démontré que la théocratie chiite contrevient, ne serait-ce qu’à un seul de ses engagements majeurs.

 

Les autres sanctions et restrictions américaines existantes, notamment celles concernant le terrorisme, les infractions aux droits de l’homme et la production de missiles balistique resteraient en vigueur.

 

Il apparait, de plus, que les négociateurs ne sont pas parvenus à s’entendre à propos des activités de recherche que les Perses seraient autorisés à poursuivre. Cette question demeure l’un des points épineux restant à aborder.

 

Force est de constater que les négociateurs des 5+1 ont réellement produit un effort consciencieux à l’hôtel Beau Rivage. Avec les réserves que nous avons formulées, particulièrement le fait qu’aucun engagement n’avait été pris par les Iraniens, on doit tout de même retenir que l’ensemble des mesures proposées par les 5+1 préfigurent d’un système rationnel, qui, faute de priver les ayatollahs des instruments servant à produire une bombe, bouche tout de même tous les accès envisageables pour une telle réalisation, et pendant une période allant de 10 à 15 ans.

 

Au cas où ces "paramètres" aboutiraient effectivement à un traité, il y aurait lieu de se demander si toute autre solution, à l’exclusion d’une intervention militaire, pourrait être de nature à mieux isoler le danger nucléaire iranien que les clauses dudit traité.

 

On doit aussi s’interroger sur l’efficacité d’une campagne militaire qui viserait les infrastructures nucléaires de la junte chiite. On doit le faire en considérant les dégâts directs qui pourraient être occasionnés, et la nécessité de "frappes d’entretien", essentielles afin d’empêcher l’ennemi de reconstruire ses installations détruites. Il faudrait envisager l’implication économique d’un conflit à long terme contre la "République" Islamique, de même que les pertes humaines et la déstabilisation régionale et planétaire qui en résulterait.

 

Dans cette équation, et si un tel traité était effectivement conclu, Barack Obama disposerait d’arguments concrets face à l’opposition systématique de Binyamin Netanyahu ainsi que des Républicains au Congrès.

 

Concrets ou probants ? Il est difficile de répondre à ce questionnement, car, outre les aspects négatifs de la conservation de l’infrastructure nucléaire persane et de la réintégration de Téhéran parmi la communauté des nations, ainsi que de la réhabilitation de son économie, il n’est pas permis d’oublier que l’accord envisagé va entériner l’agressivité de l’Iran dans la sphère moyen-orientale.

 

On retrouverait des ayatollahs plus riches, autorisés à faire le commerce de ce qui leur est nécessaire pour construire des armes, capables de lever plus d’armées et de soutenir davantage d’organisations terroristes. L’accord final envisagé possède également des aspects de blanc-seing donné aux ayatollahs pour étendre leur empire au détriment des Etats arabes sunnites, des minorités chrétiennes et d’Israël.

 

De plus on a déjà remarqué que Barack Obama avait octroyé aux soldats de Téhéran ainsi qu’à leurs alliés et à leurs supplétifs terroristes une immunité militaire quasi parfaite, et ce, avant même la conclusion des négociations. Or, en frappant les ennemis des Iraniens en Irak et en Syrie, il est évident que la Maison Blanche favorise l’avancée des mollahs dans l’univers arabo-musulman. Cette constatation suffit aux chefs d’Etat sunnites ainsi qu’à Monsieur Netanyahu pour déterminer que l’Iran khomeyniste constitue un ennemi irréductible, avec lequel, par sa faute, aucun dialogue n’est possible.


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Israël-Belgique : Israël lésé (info # 010104/15) Version imprimable
Sport
mercredi, 01 avril 2015

 

Par Ilan Tsadik

 

34 000 spectateurs avaient garni les gradins du stade Teddy, hier soir, à Jérusalem, afin d’assister à la rencontre entre Israël et la Belgique, comptant pour les éliminatoires du Championnat d’Europe des nations.

 

Les débats étaient dirigés par l’arbitre anglais, M. Mark Clattenburg. Au moment du coup de sifflet initial, les Diables rouges occupaient le 4ème rang au classement FIFA des meilleures nations de la planète foot, alors que les Hébreux se situaient 22 places plus loin.

 

Ces derniers, surtout, devaient effacer leur terrible contre-performance de samedi dernier, lorsqu’ils avaient été surclassés par le Pays de Galles, à Haïfa, sur le score sans appel de 3 buts à 0. Or, au vu de la composition des équipes et de leur place respective dans la hiérarchie mondiale, les Gallois apparaissaient comme les pièces de rechange de la formidable machine à gagner du coach belge Marc Wilmots.

 

La première mi-temps fut très pénible pour la Nivkhéret ainsi que pour ses supporters ; soucieux de ne pas se laisser surprendre en contre, les bleus et blancs avaient opté pour une tactique hyper prudente, consistant à attendre les rouges sur la ligne médiane, à jouer regroupés autour du portier Ofir Marciano, et à pratiquer par de timides contres, en allant chercher les attaquants de pointe Ben Sahar et Tomer Hemed.

 

Mais ces derniers étaient aisément neutralisés par l’arrière-garde des Flamo-wallons, dont les sommets culminent tous autour du mètre nonante, comme ils disent.

 

Fermer les espaces pour ne pas encaisser de but autour des artistes Kompany, De Bruyne, Benteke, Fellaini, Nainggolan et de leur superstar Eden Hazard, voilà la tâche à laquelle s’étaient collés les protégés du coach Gutman en première période.

 

Ils allaient vite déchanter, sur une vilaine erreur d’arbitrage : Nainggolan tentait de reprendre de volée un centre venu du coin gauche de son attaque, le ballon dévissait sur sa chaussure, mais, par chance, il échouait dans les jambes de Marouane Fellaini, totalement démarqué, qui n’avait aucune pitié pour Marciano.

 

A propos de chance : notre service de cartographie a procédé à l’analyse géométrique d’une photo de l’action, que nous avons prise au moment de la passe involontaire de Nainggolan [cerclé en violet]. On distingue sans l’ombre d’un doute sensé que, non seulement le marqueur, Fellaini, se trouve à ce moment au-delà de la ligne du hors-jeu [ligne rose], mais trois de ses coéquipiers également [cercles rouges].

 

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Quatre Diables en position de hors-jeu. Le juge de touche a la berlue

 

Le but a été marqué en situation irrégulière et aurait dû être annulé par les arbitres. Ceux-ci ont commis une grosse faute qui a faussé le résultat de la partie et, du même coup, le classement du groupe B.

 

Reste que, vu la physionomie de la période initiale, l’avantage pris par les visiteurs n’était pas démérité ; Benteke avait même la possibilité de doubler la mise en se présentant seul face au dernier rempart israélien mais perdait son duel contre Marciano, très en verve hier soir.

 

On observait une nette différence de niveau entre les formations, les hôtes jouissant de beaucoup de liberté jusqu’à une trentaine de mètres des poteaux de la Nivkhéret. Sous certains aspects, la rencontre ressemblait à la suite logique de la débâcle de Haïfa, particulièrement en ce qui concernait la timidité défensive. On sentait toutefois les Israéliens bien plus concentrés que face à Galles : même menés, ils ne sortaient pas de leur sujet et commençaient à irriter les Diables, fatigués de se heurter, vague après vague, à une formation tactiquement bien organisée.

 

Il n’en demeure qu’à la pause, les commentateurs hébreux se montraient très critiques à l’égard de leur équipe, soulignaient la supériorité des Belges et se demandant ce qui pouvait être fait pour éviter le naufrage annoncé de leur formation.

 

Ils n’eurent pas à s’interroger longtemps : l’extrême prudence de la première période était, cette fois-ci, une ruse d’Eli Gutman ; elle avait eu pour objectif d’endormir les Belges qui se croyaient en promenade de santé et à l’abri d’un accident de parcours.

 

Quelle ne fut pas leur surprise, cependant, dès le retour des vestiaires, lorsque la Nivkhéret se mit à les presser sur tout le terrain, à prendre leur mesure ainsi que la direction des opérations.

 

Rarement l’on avait vu semblable métamorphose dans le courant d’une partie. Les blancs, plus le match avançait, se mettaient à faire le siège en règle de la cage de Thibaut Courtois et à le harceler de toutes parts. Aussi, le Belges perdirent-ils l’entièreté de leur superbe. Hazard, l’un des meilleurs joueurs de la planète, quitta la pelouse, écœuré, à la 63ème minute. Dans celle qui suivit, le capitaine Kompany, déjà averti en première mi-temps, tentait d’arrêter Eran Zehavi, qui lui échappait, par une prise de judo.  

 

Direction la sortie, Kompany laissait ses camarades à neuf joueurs de champ 26 minutes durant. 26 minutes durant lesquelles les visiteurs résistèrent tant bien que mal, acculés autour de Thibaut Courtois, qui, par des parades exceptionnelles, parvint à sauvegarder le précieux avantage obtenu au début du match.

 

La domination des Zehevi, Biton (brillant), Natkho, Ben Sahar, Ben Khaïm II, entré à la pause à la place de Hemed, Rafaelov, qui avait pris celle de Yeini, et l’attaquant Barda, qui avait remplacé le défenseur Ben Haroush, à la 84ème, pour forcer la main du destin, était totale.

 

Le coach Eli Gutman a, cette fois, parfaitement géré le match et ses joueurs ont été tactiquement disciplinés.

 

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Jésus-Courtois s’interpose une nouvelle fois devant Zehavi et Ben Khaïm II

 

Cocasse : Rafaelov joue à Bruges, Gershon à Gent, et Barda a quitté Genk il y a une saison et demie. Rafaelov et Gershon sont les seuls des 24 acteurs de la partie qui rentreront en Belgique lorsqu’elle sera terminée. Les 11 Belges sont alignés dans des clubs étrangers.

 

Même Tal ben Khaïm I, le défenseur que nous avons abondamment critiqué, et dont c’était hier l’anniversaire, se surpassait et amenait, balle au pied, le danger devant les buts de Courtois.

 

Cela faisait des années que les Diables rouges n’avaient pas été pareillement dominés, et des années, que les bleus et blancs ne s’étaient pas montrés aussi conquérants. Rien à voir avec la 1ère mi-temps, les Hébreux, certes avec un homme en plus à partir de la 64ème minute, étaient supérieurs à leurs adversaires dans tous les compartiments du jeu, rapidité, technique, physique. Impressionnant, improbable revirement !

 

Pour illustrer mon propos, j’ai choisi de partager avec vous quelques commentaires de supporters belges et de représentants de la rédaction, publiés pendant le match sur le site Internet du quotidien La Libre Belgique. Ils témoignent avec fidélité de ce qui s’est déroulé sur la pelouse de Teddy, sous les plumes de nos adversaires :

 

* Faut vraiment qu'on fasse gaffe, là, on va le regretter ! * Israel mériterait de marquer, si on est juste. Ceci étant, je préfère que le score reste en l'état ou s'aggrave * la Belgique va perdre * J'adore Chadli, mais pourquoi le faire rentrer dans un match pareil !!! Il faut de la vitesse et de la technique... Voilà Rafaelov aïe aïe aïe * Wilmots n’a plus la main sur son équipe * Il reste une vingtaine de minutes à tenir * Rouuuuh, ça devient chaud bouillant là ! * Autant contre Chypre je m'étais amusé, autant là je stresse * Roh lala, on se fait bouffer !! On perd tous nos ballons * Enorme Courtois en 2 temps ! * Meilleur joueur : Courtois. Comme quoi... Jamais je n'aurais pronostiqué cela en première mi-temps * Le sauveur pour l'instant ne se prénomme pas Jésus mais Thibault [Courtois] * On n'arrive plus à sortir de notre camp. On perd les ballons, les duels. Incroyable * On joue comme des cadets * Vivement la fin de ce match * Un pied en avant et c'est but sur cette action * Hier, on s'imaginait déjà en demi à l'Euro et là, on se fait ridiculiser par Israël, avec juste Thibaut à niveau... * C'est quand même fou de se dire qu'avant la 50è, Courtois n'avait RIEN eu à faire, 25 mins plus tard il va peut-être finir homme du match... * C'est plus un match de foot là, c'est juste un attaque-défense * Pfff, les gars, je sais plus quoi dire * Vivement la fin !! * On va finir par s'en prendre un, bordel ! * Qu'elles vont être longues ces dernières minutes... * Quelle panique la défense belge, elle est à la ramasse * Bon cela dit, il y a quelques années, on jouait bien mais on perdait, espérons que ce soir, en jouant mal on gagne ! * Une fin d'enfer pour les Diables ! * C'est quoi cette équipe nom de Dieu, le problème c'est que la Belgique se croit gagnante à l'avance * Cette fin de partie est INSU-portable * Mouais, on a gagné mais il n'y a vraiment pas de quoi être fier ; surtout après que la presse a encensé la victoire de samedi comme si on avait écrasé l'Allemagne * Que ce fut pénible et douloureux ! *.

   

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Netanyahu et les somnambules (info # 012203/15) Version imprimable
Analyse
dimanche, 22 mars 2015

 

Par Guy Millière

 

Hermann Broch fait paraître en 1931, à Munich, le premier volume de son roman Les somnambules. Il y analyse la dissolution des valeurs de son pays, l’Autriche, avant la Première Guerre Mondiale, la cécité qui en a résulté, et le désastre qui a suivi. Il est clair qu’il évoque, en filigrane, un autre désastre en gestation.

 

L’époque où nous vivons est très différente sous de nombreux aspects, mais elle est marquée, elle aussi, par un somnambulisme préoccupant. C’est dans tout le monde occidental que s’opère présentement une dissolution des valeurs. Et c’est dans tout le monde occidental que s’installe une cécité. Nous n’en sommes pas encore au désastre, mais le désastre peut survenir.

 

Au sein de l’Europe, des analyses très parcellaires circulent concernant une « crise économique » touchant le continent, mais quasiment aucune analyse d’ensemble ne circule venant expliquer que la « crise » est une crise politique, culturelle, démographique, tout autant qu’une crise économique.

 

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Winston Churchill

"Vous avez voulu éviter la guerre au prix du déshonneur.

Vous avez le déshonneur et vous aurez la guerre"

 

Aucune lecture du monde ne s’opère prenant en compte des repères essentiels tels que la différence entre démocratie et dictature, entre liberté et oppression. D’étranges et tortueux discours teintés d’un apaisement suicidaire hantent l’atmosphère, suggérant que l’Iran des mollahs n’est pas si dangereux, ou que le pays juif est la cause essentielle de la rage musulmane.

 

Aux Etats Unis, des discours plus lucides peuvent se tenir. La dissolution des valeurs n’est pas encore aussi intense qu’en Europe. Mais la cécité a beaucoup gagné de terrain, puisqu’elle a permis l’installation à la Maison Blanche d’un homme qui a pour unique profession, depuis sa jeunesse, la dissolution des valeurs et l’installation de la cécité ; ce qui, bien sûr, fait qu’il est tenu en haute estime en Europe, quitte à démentir le proverbe, "il faudrait dire qu’au royaume des aveugles, le roi des aveugles est, logiquement, roi".

 

A côté des discours plus lucides qu’on entend aux Etats-Unis, des discours se multiplient, porteurs d’analyses aussi parcellaires que ceux qui circulent en Europe, et qui semblent avoir pour but d’entraîner les Etats Unis vers les engrenages qui broient actuellement l’Europe. Des discours porteurs d’un effacement des repères, alors que d’autres disent ce qui se dit en Europe concernant l’Iran, le pays juif et la rage musulmane.

 

Dans un pareil contexte (assez effroyable et assez inquiétant, car il peut conduire au désastre), il est des femmes et des hommes qui savent se dresser au-dessus de l’époque, pour dire ce qui doit l’être. Quand ils sont écrivains, ou intellectuels, ils analysent, ils énoncent, et laissent leurs analyses et leurs énoncés comme les signes que tout, en leur époque, n’était pas que cécité.

 

Quand ils sont dans la politique, ils peuvent tenter de faire davantage. Winston Churchill, au vingtième siècle, a tenté de faire davantage, et, dans les années 1940, face à la dissolution des valeurs et à la cécité de son temps, il a dit et fait ce qui devait l’être. Il n’a pas toujours été écouté : il avait prévenu des intentions d’Hitler avant qu’elles prennent, abominablement, forme. Et il avait prévenu des intentions de Staline bien avant que celles-ci se concrétisent. Il a, parfois, pu éviter le pire. Nombre de Britanniques lui ont tardivement (parfois trop tardivement) rendu hommage.

 

J’ai, dans d’autres articles, placé Binyamin Netanyahou à la hauteur de Winston Churchill. Je persiste et je signe : Binyamin Netanyahou perçoit la dissolution des valeurs qui règnent en Europe et qui gagnent aux Etats Unis. Il rappelle, face à cette dissolution, ce qui doit l’être. Il discerne la cécité hégémonique en Europe et installée à la Maison Blanche, et il rappelle, là encore, ce qui doit l’être.

 

Il défend et incarne la sécurité d’Israël dans un contexte très difficile et très délétère.

 

Il a, en prenant tous les risques, car il n’a cessé de savoir l’hostilité de l’occupant de la Maison Blanche, rappelé pourquoi l’Iran des mollahs est dangereux. Non pas seulement pour Israël, mais pour le monde.

 

Il a désigné la rage musulmane comme la pathologie majeure de ce temps et expliqué que non, le pays juif n’en est pas la cause essentielle.

 

En parlant comme il l’a fait en France, en janvier, après l’attaque djihadiste au magasin Hyper Cacher, il ne fait aucun doute qu’il percevait la nature des engrenages qui étaient en marche.

 

Il a dit, et dit encore, ce qui doit l’être. Il a fait, et fait encore, ce qui est en son pouvoir. Il a prévenu, et prévient, avant que le pire prenne forme. Il a tenté, et tente de contribuer à éviter le pire.

 

Nombre d’Européens le détestent tout autant que l’occupant de la Maison Blanche le déteste, mais être détesté par certaines personnes est un honneur.

 

Nombre d’Israéliens l’ont beaucoup critiqué, voire traîné dans la boue, avant que le peuple d’Israël, dans un élan de lucidité digne d’éloges, lui donne, aux élections du 17 mars dernier, une victoire essentielle pour le futur d’Israël et celui du monde.

 

Nombre d’Israéliens lui rendent hommage dès aujourd’hui. Des Israéliens en plus grand nombre encore lui rendront hommage plus tard, lorsque d’épiphénoménales médiocrités auront rejoint le néant qu’elles n’auraient jamais dû quitter.

 

Je pense utile de lui rendre hommage dès aujourd’hui et de rappeler ce qui doit l’être.

 

Il reste à Binyamin Netanyahou à former un gouvernement, puis à gouverner Israël encore, dans une période très difficile.

 

Il sera à la tête d’Israël quand Obama quittera la Maison Blanche.

 

Il sera dans l’histoire d’Israël et dans l’histoire du monde quand d’autres auront quitté l’histoire du monde par la porte de service.


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Avec ou sans Bibi (info # 011603/15) Version imprimable
Analyse
lundi, 16 mars 2015

 

Par Stéphane Juffa

 

Ce lundi, John Kerry et Mohammad Zarif se rencontrent à l’hôtel Beau Rivage à Lausanne afin, à en croire le ministre perse des Affaires Etrangères, de "régler certains détails" de l’accord portant sur le nucléaire iranien.

 

Une réunion entre les deux hommes était déjà prévue hier soir mais elle a été reportée car les équipes de négociateurs planchaient encore sur certains différends.

 

Il semble toutefois, qu’à moins d’une surprise de dernière minute, nous nous dirigeons vers une entente entre les 5+1 et la "République" Islamique. Si le programme est respecté, Zarif se rendra ce soir encore à Bruxelles afin d’exposer les termes de l’agrément aux représentants des cinq autres Etats qui sont parties prenantes des négociations.

 

Il devrait revenir mardi en Suisse pour parafer un mémorandum avec Kerry, définissant les lignes directrices du contrat et fixant au 30 juin la date butoir pour la rédaction du texte définitif. Dans l’entretemps, les membres permanents du Conseil de Sécurité plus l’Allemagne sont censés modifier les dispositions légales existantes à l’ONU afin de permettre une levée des sanctions frappant Téhéran. Levée qui devrait commencer avec la signature du document définitif au plus tard le 1er juillet.

 

Les discussions ont déjà débuté dans ce sens entre les 5+1 et l’Iran, comme l’a confirmé un officiel de l’Administration Obama. Il est notoire que ces échanges ont lieu dans un endroit discret et non dans le bâtiment de l’ONU à New York, comme à l’accoutumée en semblables circonstances.

 

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Deux potes en goguette sur le pont de l’Ile à Genève

 

La recherche de discrétion s’explique par le fait que ces manœuvres diplomatiques se déroulent sur fond d’épreuve de force entre le gouvernement U.S et son Congrès. Ce dernier est particulièrement inquiet des propos tenus par John Kerry à la chaîne CBS à partir de l’Egypte, où il se trouvait la semaine dernière pour tenter de convaincre les principaux pays arabes du bien-fondé des discussions avec l’Iran.

 

Le Secrétaire d’Etat avait en effet déclaré devant les caméras, faisant montre d’impatience : "Si le programme nucléaire iranien est pacifique, allons-y, finissons-en !".

 

Le spécialiste de la Ména en matière d’armement, Jean Tsadik, l’un des plus fins connaisseurs du dossier nucléaire iranien, a également rebondi sur cette déclaration, "affirmant que M. Kerry était probablement le seul diplomate occidental à ne pas être convaincu que l’Iran tente de fabriquer la bombe atomique". 

 

Tsadik fait ainsi écho aux propos exprimés dimanche par le chef de file des Républicains au Sénat, Mitch Mc Connell : "Apparemment, l'Administration est sur le point de conclure un très mauvais accord avec l'un des pires régimes du monde, et qui leur permettrait de garder leur infrastructure nucléaire".

 

Entre le Congrès à majorité Républicaine dans les deux chambres et la Maison Blanche, l’affrontement est total. Les tentatives forcenées de l’Administration pour faire passer une résolution au Conseil de Sécurité permettant de lever les sanctions et d’endosser un hypothétique accord sont perçues, sur la colline du Capitole, comme une démarche visant à engager l’Amérique au plan international. Ce qui empêcherait le Congrès – il y a polémique sur le sujet - de rejeter l’accord en vue et d’interdire au Président Obama de procéder à sa réalisation.

 

John Kerry a pourtant affirmé, mercredi dernier devant le même Congrès, dans le but de le tranquilliser, que l’accord ne serait pas "légalement contraignant", laissant supposer que les législateurs US conserveraient la prérogative de l’accepter ou de le repousser.

 

Mais un diplomate occidental a immédiatement réagi à ces propos en déclarant qu’une résolution du Conseil de Sécurité reconnaissant un traité avec Téhéran serait probablement contraignante pour les Etats-Unis. Ce qui explique sans doute le commentaire d’un autre membre de l’Administration – tous les officiels US s’exprimant sur ce sujet le font sous le couvert de l’anonymat -, assurant que "s’il y a entente avec l’Iran (…) nous allons vouloir agir rapidement sur la question des sanctions".

 

Nous, de noter que Binyamin Netanyahu est entièrement absorbé par les élections de demain en Israël, à la veille desquelles il se trouve en situation délicate, et qu’il ne participe pas à ces joutes.

 

Nous observons également que l’Administration fait, pour le moment au moins, cavalier seul, conduisant seule, par exemple, les discussions avec Zarif. Cette docilité doublée de discrétion est notamment étonnante de la part de la Chine et de la Russie de Poutine.

 

De plus, les associés de Washington participent aussi à la rédaction de la nouvelle résolution du Conseil de Sécurité sans avoir connaissance du texte définitif du mémorandum, ne serait-ce que pour la suffisante raison que celui-ci n’existe pas encore.

 

On se demande, à Métula, quel est le rationnel qui pousse les Européens, en particulier les Allemands, les Anglais et les Français, à s’associer aveuglément à la course contre la montre engagée par Barack Obama pour signer, presque à tout prix, un traité qui laisserait intacte la capacité de Téhéran d’enrichir de l’uranium et l’autoriserait même à relancer sa production de la Bombe, dans un délai de dix à douze ans.

 

Pendant que Barack Obama se préparerait à se rendre à Genève – c’est la rumeur qui court ce matin dans les couloirs de l’ONU dans la cité de Calvin – pour signer le protocole d’entente, probablement avec Rohani, avant le 20 courant, nous avons posé la question à nos amis diplomates œuvrant dans diverses délégations de pays européens. Aucun d’entre eux ne nous a proposé de réponse satisfaisante ; j’ai entendu, lors de ces conversations, parler de "l’existence d’une dynamique positive", et du souci de "ne pas mettre les bâtons dans les roues d’Obama", mais les raisonnements qui m’ont le plus convaincu, encore que ma conviction n’était que relative, sont que "l’accord en vue est meilleur que la situation actuelle ou que pas d’accord du tout", qu’ "aucune autre mesure, même une intervention militaire, n’était à même de retarder mieux que l’accord l’échéance de l’Iran doté de la bombe atomique", et que, "de toutes façons, l’Occident n’est pas du tout enclin à déclencher une campagne militaire contre les ayatollahs".

 

Je rapporte les propos synthétisés de mes trois interlocuteurs mais mon interrogation quant à la passivité des Européens demeure intacte. Ainsi que ma curiosité.

 

C’est dans cette atmosphère pesante, enrobée de secrets, de malaises et nourrie de rumeurs, que quarante-sept des cinquante-quatre sénateurs Républicains ont adressé, il y a précisément une semaine, une lettre ouverte aux "leaders de la République Islamique", les avertissant que le Congrès sera en mesure de bloquer un accord s’il ne le juge pas satisfaisant.

 

M. Obama a réagi à cette initiative, affirmant que lesdits sénateurs faisaient "cause commune" avec les "radicaux iraniens également opposés aux négociations en cours". Cette réaction est elle aussi étonnante, personne n’ayant jamais observé que des opposants quels qu’ils soient à la ligne choisie par le guide suprême Ali Khamenei avaient droit au chapitre sous la théocratie iranienne. Dans ce diptyque choisi par le président américain, on devrait logiquement conclure que son gouvernement fait, quant à lui, cause commune avec Zarif et Khamenei.

 

Il ne s’agit nullement d’un bon mot de ma part, pas plus que d’une parenthèse humoristique, mais d’une vive inquiétude. Je me réjouis, pour l’exprimer, que M. Netanyahu soit momentanément hors-jeu, car j’ai eu plus que l’impression, durant les derniers mois, que des confrères, surtout des Démocrates américains et des journalistes français, avaient tendance à exempter la théocratie chiite de ses crimes simplement parce qu’elle est l’ennemie de l’actuel 1er ministre hébreu.

 

Bien des media tricolores ont ainsi disserté sur l’ "obsession" iranienne du chef de l’exécutif israélien, allant, sans états d’âme, jusqu’à mettre en doute l’existence du programme nucléaire militaire perse ou, à tout le moins, sa dangerosité. Je me suis même demandé si, dans leur esprit, je parle également de certaines prises de positions notamment d’éditorialistes du New York Times, ce n’était pas l’Iran mais Israël qui constituait, avec la Corée du Nord, l’un des systèmes les plus répressifs de la planète.

 

Comment ne pas se sentir outré, toutefois, en voyant Kerry et Zarif se promener comme deux vieux copains sur les quais du lac Léman ? Par quel tour de passe-passe serait-il possible d’oublier la répression, l’assassinat des homosexuels, des femmes, des poètes, des apostats, des curés et des opposants, que le régime dont Zarif et Rohani sont des pièces maîtresses, perpètre contre son propre peuple ?

 

Est-ce uniquement parce que Binyamin Netanyahu, l’Israélien, le Juif, n’a pas envie de voir un tel régime se doter de l’arme suprême ?

 

Cela fait longtemps que Barack Obama a abandonné le peuple iranien à son sinistre destin, adoptant, pour des raisons qui échappent complètement à la conscience humaniste et démocratique, une attitude apaisante à l’endroit de ses infâmes bourreaux.

 

C’est à peine si l’on entend, de loin en loin, parler dans les media que j’ai mentionnés, des milliers de cas de maltraitance et de tortures qui se conjuguent au quotidien dans cet empire infernal. L’Iran aurait-il cessé d’être une cause de la défense des droits de l’homme simplement parce qu’il s’oppose à Israël ? En somme-nous là de l’actuelle épidémie d’antisémitisme ? A-t-elle le pouvoir de rendre fréquentables des assassins du seul fait qu’ils travaillent à l’anéantissement d’Israël et de sa population ?

 

Kerry doit-il sourire de la sorte au ministre d’un gouvernement annonçant chaque semaine que l’Etat hébreu est un cancrelat et un cancer, que Zarif et ses collègues s’emploient activement à effacer de la surface du globe ? Est-ce là une attitude que d’envisager une normalisation avec un régime qui nie le génocide nazi ? Des alliés d’Israël peuvent-il se comporter ainsi ? Des démocrates peuvent-ils s’adresser à de tels assassins autrement qu’avec des gants stériles, une pince à linge accrochée sur le nez ou au travers du viseur d’un fusil ?

 

Ces considérants, je l’affirme, font partie intégrale de la réflexion stratégique au sujet de l’Iran, comme le traitement de la question juive par Hitler et l’anéantissement de l’opposition allemande dans les camps d’internement faisaient partie de la réflexion stratégique sur l’Allemagne nazie.

 

Ceux qui ne l’ont pas compris pavent des lendemains d’horreur pour les Iraniens, pour le Moyen-Orient et pour leurs propres pays, avec ou sans Bibi. Il y a des catégories de gens auxquels on ne sourit pas mais que l’on combat lorsqu’il nous reste quelques valeurs.

 

J’en ai vu assez, j’ai assez analysé les choix stratégiques de l’Administration Obama, m’efforçant de leur trouver une logique, une finalité compréhensible, pour attester désormais qu’il n’en existe aucune. Qu'on ne peut laisser un individu qui, comme John Kerry, avait réuni à Paris, cet été, une conférence sans les Israéliens, les Egyptiens et l’Autorité Palestinienne pour mettre urgemment un terme à Rocher Inébranlable négocier un traité aussi prédominant pour l’avenir de la planète.

 

Il n’est pas conscient ni conséquent ou responsable de permettre à une administration qui a perdu tous les points d’appuis des Etats-Unis au Moyen-Orient, hormis Israël, de définir seule les conditions d’un armistice nucléaire avec Khamenei.

 

Avant la venue de ces amateurs à Washington, l’Egypte, le plus grand et le plus influent pays arabe, était l’alliée de l’Amérique. Désormais, après avoir été privé de l’aide militaire US durant deux ans, le Maréchal Sissi achète ses armes en France et en Russie. Comme la totalité des Etats arabes, l’Egypte n’a plus aucune confiance dans les capacités de Barack Obama et de John Kerry, pas plus, évidemment, que dans leurs promesses.

 

Comment les Arabes pourraient-ils croire une administration qui a laissé son ambassadeur à Bengazi et ses collaborateurs se faire exterminer par des hordes islamistes alors qu’elle disposait, à proximité, des moyens et des hommes pour les protéger ?

         

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Echec de l’offensive Assad-Pasdaran-Hezbollah dans le Golan (info # 012702/15) Version imprimable
Analyse
vendredi, 27 février 2015

 

Par Michaël Béhé à Beyrouth

 

L’offensive conjointe des armées régulières d’Iran et de Syrie et des miliciens du Hezbollah en vue de reprendre le Golan et l’accès aux frontières israélienne et jordanienne à l’Armée Syrienne Libre a échoué.

 

Au début de cette campagne, il y a quinze jours, les media libanais aux mains de la milice chiite faisaient état d’une avance rapide et de la prise de nombreux villages. Ils nous expliquèrent ensuite que les opérations étaient ralenties à cause de la tempête de neige qui ravageait la région, mais maintenant que les éléments naturels se sont calmés, force est de constater que le projet de l’Axe a échoué.

 

Certes, des combats violents et sporadiques se poursuivent actuellement, mais la carte que nous publiions le 12 courant pour illustrer l’article de Stéphane Juffa "Offensive irano-syro-hezb dans le Golan" reste globalement inchangée.

 

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L’offensive de Damas et Téhéran n’a rien changé

 

Si le Hezb et ses alliés iraniens et syriens ont effectivement conquis initialement quelques villages sans importance stratégique, Jabkhat Thowar Suriya, le Front Révolutionnaire Syrien (FRS), non islamiste, branche de l’Armée Syrienne Libre, et ses alliés de circonstance d’al Nosra, l’expression syrienne d’Al Qaeda, ont également pris le contrôle de plusieurs localités et ils se trouvent toujours à 30-35 kilomètres de la capitale Damas.

 

Surtout, les routes Deraa-Damas, la route menant à Quneitra et, a fortiori, le poste frontière du même nom ainsi que la colline stratégique de Tel Hara restent solidement entre les mains de la rébellion et ne sont plus menacés directement.

 

Lors de cette offensive, supervisée pourtant par le général iranien commandant la force d’élite Quds (Jérusalem), Qassam Soleimani, l’Axe alignait de 2 à 3 000 soldats de l’Armée régulière syrienne, de 800 à 1 500 miliciens chiites libanais, et entre 200 et 350 Pasdaran perses, tous dotés de chars et d’artillerie.

 

Face à eux, le FRS pouvait compter sur environ dix mille combattants postés dans les provinces de Deraa et Quneitra, dont 5 000 ont été engagés dans les affrontements. Ceux-ci utilisent, outre des armes légères, divers types de missiles et des mortiers, fournis par Israël, les Etats-Unis et les Européens, et cofinancés par plusieurs Etats sunnites de la région.

 

De l’aveu des chefs de Jabkhat Thowar Suriya, ils étaient constamment informés avec précision de la position de leurs ennemis, ce qui leur a facilité la tâche. Ces mêmes commandants ont préféré ne pas mentionner que ces renseignements leur avaient été fournis grâce à l’étroite collaboration entre Israël et la Jordanie, qui permet à Tsahal d’utiliser son territoire pour y faire décoller et atterrir ses drones d’observation.

 

Il est très difficile d’établir un bilan précis des pertes réciproques, mais après avoir enquêté, j’avancerais le nombre de 500 à 600 morts du côté de l’Axe, et entre 2 et 300 dans les rangs de l’ASL et d’Al Nosra. Le bilan global de la Guerre Civile atteignant quant à lui 270 000 morts et sept fois plus de blessés.

 

Parmi les morts iraniens de la dernière offensive du Golan, on dénombre entre 100 et 150 tués (le FRS mentionne le chiffre de 200) au cours d’un seul bombardement de l’artillerie syrienne par erreur sur des positions tenues par les Iraniens.

 

Cet incident a marqué la campagne, car on n’est absolument pas certain qu’il ait réellement et totalement eu lieu par hasard. Ce qu’il importe de comprendre à propos de la Guerre Civile Syrienne, c’est que personne n’aime personne ; les alaouites détestent les Libanais qui le leur rendent bien, et les Iraniens se montrent condescendants avec les soldats d’Assad, dont ils passent leur temps à critiquer l’aptitude au combat et le courage. Les alaouites, très fiers et orgueilleux, supportent difficilement qu’on vienne leur faire la leçon chez eux, et prétendent avoir longtemps tenu seuls contre les assauts des rebelles, ajoutant que leurs alliés sont des combattants de parade, qui choisissent les théâtres d’opérations où il est le plus facile de briller.

 

Au cœur de ces querelles et détestations, la critique des Syriens par les chiites libanais et iraniens pour la perte du plateau du Golan au profit de l’ALS. Un reproche qui passe mal, et mon petit doigt me dit que les officiers d’al Assad ne seraient pas mécontents des récentes "difficultés" rencontrées par leurs partenaires. Difficile, en tout cas, dans ces conditions, de remporter une bataille.

 

En face, les divergences idéologiques entre le Jabkhat Thowar Suriya et al Nosra sont elles aussi énormes. Le FRS rêve d’instaurer la démocratie à Damas et de reconduire tous les mercenaires à la frontière, tandis que la branche syrienne d’al Qaeda s’appuie sur lesdits volontaires et compte instaurer un Etat islamique régi par la Charia, dans le cadre du djihad mondial.

 

Mais les deux groupes, qui s’affrontent militairement d’ailleurs dans d’autres parties de la Syrie, ont retenu qu’ils étaient sunnites et qu’ils devaient absolument faire cause militaire commune dans le Golan s’ils veulent tenir tête aux forces de l’Axe. De plus, des financiers communs, en particulier le Qatar, conditionnent leur aide au respect de certaines conditions qu’ils sont parvenus à imposer.

 

Parmi celles-ci, la prééminence officielle de l’ALS dans la région et le fait que c’est à elle seule qu’incombe la tâche de régir tant les points de passage que les relations avec Israël. Les deux partis s’engagent également à utiliser la bonne volonté de l’Etat hébreu pour son assistance logistique et les soins qu’il procure aux blessés, mais sans lui rendre la moindre contrepartie politique. Cette coopération-là ne se fait pas non plus dans l’amour et la fraternité, mais à cause d’intérêts communs primordiaux.

 

En Israël où, mis à part les médecins qui se donnent corps et âme pour sauver des vies, indépendamment de la nationalité et des convictions des patients, Tsahal, selon nos camarades de la rédaction à Métula, n’éprouve strictement aucune empathie à l’égard des participants à la Guerre Civile quels qu’ils soient. Les soldats israéliens procurent à l’ASL des services minimums, avec professionnalisme mais sans le moindre enthousiasme. Bref, à tous les étages, cette guerre n’est pas celle du cœur mais celle de la haine, du mépris et de la suspicion permanente.

 

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Les Merkava israéliens dans le Golan :

à peine visibles mais terriblement redoutés

 

Les divergences s’expriment même sur le plan stratégique du côté de l’Axe ; Téhéran et le Hezbollah ayant pris la décision d’ouvrir un nouveau front contre Israël à partir du Golan, ou, plutôt, de faire du Golan et du Liban-Sud un seul et même front.

 

Mais dans l’Armée alaouite, tant chez les gradés que parmi la piétaille, même si l’on acquiesce à cette décision – surtout parce que l’on n’a pas d’autre choix – on ne l’apprécie guère. Ce, parce qu’on est si occupé à résister sur les autres fronts, particulièrement face à la pression de l’Etat Islamique, que l’on sait pertinemment que l’on est incapable de résister à une éventuelle implication de Tsahal, qui ne manquerait pas d’advenir si l’on s’attaque aux Israéliens à partir de la Syrie.

 

Les Hébreux, forts de leur supériorité écrasante, qui font ce qu’ils veulent, quand ils veulent et où ils veulent. D’ailleurs, chaque fois que le Hezb et les Pasdaran montent une embuscade, les militaires de Jérusalem détruisent une ou plusieurs positions de l’Armée régulière, faisant de nombreux morts et encore plus de blessés. Dans les rangs de l’Armée régulière, on sait qu’on paie cash le choix stratégique que Téhéran a imposé à Assad, on n’y trouve aucun intérêt parce qu’on est complètement absorbé par la tâche de protéger Damas et les grandes villes de l’Ouest, et on ne compte absolument pas sur les Pasdaran et les Hezbollani au cas où, par leur faute, il faudrait affronter les Hébreux.

 

De plus, on ressent douloureusement les frappes meurtrières et dévastatrices des Forces de Défense d’Israël au cœur de Damas, chaque fois que les Perses tentent de faire parvenir des armes sophistiquées au Hezb en passant par l’aéroport de la capitale. Des centaines de soldats alaouites sont déjà morts lors de ces raids.

 

A Jérusalem, où on suit assurément la situation heure par heure, on n’a, pour le moment, aucune raison ni aucune intention de s’empêtrer dans le conflit syrien. Le statu quo convient aux Israéliens, qui se réjouissent de la bonne tenue de l’ASL face à l’offensive de l’Axe. Leur état-major surveille certainement le degré de déploiement des unités iraniennes et il a, tout aussi certainement, tracé des lignes rouges dont le franchissement susciterait une réaction militaire.

 

A Beyrouth, on s’inquiète également – et cela transparait dans plusieurs media – d’une éventuelle tentative de Binyamin Netanyahu de raviver subitement le feu dans les secteurs du Golan et du Sud-Liban afin de montrer au Congrès et au peuple américain la dangerosité représentée par la théocratie chiite. Ce, au moment où le Président Obama désirerait signer un accord avec les ayatollahs, sur le problème nucléaire, mais également sur une coopération stratégique et une relance de leur économie.

 

Possédant l’avantage unique de coopérer étroitement avec mes camarades israéliens de la Ména à Métula, les informations qui me parviennent de leur part indiquent que ces craintes partent d’une nouvelle "libanaiserie", une rumeur hystérique épisodique n’ayant aucune prise dans la réalité.

 

Simplement, à l’instar de Béchar al Assad, on redoute ici que le Hezb, qui obéit strictement aux ordres de Téhéran et donc à ses intérêts, n’entraîne, par ses provocations, tout le pays aux cèdres dans une guerre que nous ne désirons pas, que nous n’avons pas de raison ni les moyens de faire, qui dévasterait à coup sûr tout notre fragile territoire et nous replongerait immédiatement dans une guerre civile.


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Les cascades de Métula Version imprimable
Reportage
lundi, 02 février 2015

 

© Metula News Agency

 

L’une des particularités du parti pris antisémite de nombreux media occidentaux consiste à ne jamais montrer les beaux aspects d’Israël.

 

Ou alors, ils les diffusent, mais en les accompagnant d’affirmations le plus souvent inexactes, comme celles prétendant que ces paysages auraient été volés aux Palestiniens, ou mentionnant les villages israéliens, y compris ceux d’avant 1967, comme autant de "colonies".

 

La liberté de calomnier Israël, l’exemption du devoir de réserve et de vérification du commentaire, et l’immunité pour les imputations mensongères aux dépens des Israéliens et des Israélites constituent à n’en point douter une partie importante dans l’agression médiatique qu’ils subissent.

 

Heureusement - c’est de l’humour juif - depuis l’Affaire Dreyfus et jusqu’à la Controverse de Nétzarim ou aux "tirs tendus quotidiens des soldats de Tsahal sur les agriculteurs de Gaza", en passant par Radio Paris, nous avons eu le loisir d’apprendre à reconnaître ces comportements. Il fallait être un peu naïf pour se convaincre qu’ils avaient été éradiqués de la surface de la Terre.

 

Mais en réalité, l’Etat hébreu est tout autre chose que l’enclos entouré de barbelés que l’on vous présente jour après jour dans vos JT, différent aussi d’une sorte de caserne dans laquelle même les civils ne songeraient qu’à malmener leurs voisins arabes, comme l’affirment certains intellectuels français, par exemple.

 

La Ména est aussi là pour filmer les images de la réalité ordinaire ; cela fait partie de la réinformation que de montrer la Galilée sous la neige, où ce qui figure dans ce nouveau petit documentaire : "Les chutes de Métula".

 

Elles sont cinq au total, gonflées par la fonte précoce des neiges et les températures printanières. Nous vous les présentons comme seuls les oiseaux les connaissent, ayant pu accéder, grâce à notre drone, à des endroits où l’homme n’avait jamais posé les yeux.

 

Chaque fois que l’actualité nous en donnera l’occasion, nous continuerons – comme nous l’avons toujours fait - à vous proposer des images de ce magnifique et paisible pays qu’est Israël.

 

Sans parler. Comme un interlude dans la haine incessante que l’on nous adresse. Nous vous offrons aujourd’hui deux minutes trente-trois de relaxation et de détente. Un clin d’œil vers ceux qui nous aiment et vers ceux qui nous détestent. Pour remplir le cœur des premiers de douceur et entretenir la rage des seconds en quatre mots : Ici c’est Israël.

 

 

 
Golan : un général iranien parmi les victimes (info # 011901/15) Version imprimable
Breaking News !
lundi, 19 janvier 2015

 

© Metula News Agency

 

Metula 20h25, 19h25 à Paris

 

Nous avions raison, hier, en établissant le bilan de l’attaque dans le Golan syrien par un hélicoptère de Tsahal à sept miliciens éliminés, de préciser "au moins".

 

Car ce lundi, après moult vérifications, nous sommes en mesure d’annoncer que le bilan non définitif du raid aérien effectué à Mazrat el Amal, à 7 kilomètres de la frontière israélienne, a causé la mort de six militaires iraniens, en plus de 6 Hezbollanis chiites libanais.

 

Les militaires perses appartenaient au corps d’élite des Pasdaran, les Gardiens de la Révolution de la "République" Islamique.

 

Outre la neutralisation de Djihad Mournieh, 25 ans, le fils du chef militaire du Hezb éliminé en 2008 à Damas et d’un autre officier de la milice libanaise, l’Iran a reconnu aujourd’hui que le général Pasdaran Mohammed Ali Allahdadi faisait également partie des victimes.

 

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Le général perse éliminé lors du raid d’hier

 

Djihad Mournieh, enveloppé du drapeau jaune du Hezbollah, figurant le Coran et la Kalachnikov, a été mis en terre aujourd’hui dans le sud chiite de Beyrouth, accompagné à sa dernière demeure par une foule de plusieurs milliers de personnes.

 

Les participants criaient : "Mort aux Etats-Unis et à Israël !", et aussi "Israël est l’ennemi des musulmans !".

 

Des miliciens pleuraient et tiraient en l’air, tandis que le jeune homme était enterré dans le caveau de son père.

 

Les dirigeants de la milice libanaise supplétive de Téhéran ont promis à Israël une "vengeance sévère". Cependant, des deux côtés de la frontière israélo-libanaise, les spécialistes estiment que s’il y aura probablement une tentative de riposte de la part de l’organisation dirigée par Hassan Nasrallah, celle-ci sera plus importante que de banales représailles mais moins qu’une guerre.

 

Tous les experts estiment que le Hezb n’est pas en mesure d’ouvrir un nouveau front contre Tsahal, particulièrement pendant que l’élite de ses combattants – de six à huit mille hommes -, guerroient en Syrie aux côtés de l’armée alaouite de Béchar al Assad et du corps expéditionnaire iranien.

 

On se demande où aura lieu la tentative de réplique de l’axe Hezbollah-Syrie-Iran, et quels objectifs elle visera. A notre avis elle se produira soit dans le Golan syrien, soit à l’étranger, afin d’éviter une intervention israélienne sur le sol libanais. Reste que l’état-major de l’Armée israélienne est sur ses gardes, et que toute tentative de représailles pourrait engendrer une punition majeure de la part des soldats de Jérusalem.

 

A Métula on souligne la disparité évidente des forces en présence, cristallisée par la supériorité de Tsahal sur terre, en mer et dans les airs, face aux trois ennemis, ensemble ou considérés indépendamment.

 

Téhéran, même s’il accuse le coup de la perte d’un général privilégie le dialogue avec les Occidentaux à une aventure armée contre Israël, qui se terminerait pour lui en Bérézina militaire et par une coupure du dialogue avec l’Ouest.

 

Quant au Hezbollah, il est conscient du fait que s’il provoque un conflit généralisé avec les Israéliens, celui-ci engendrerait la dévastation du pays aux cèdres, et possiblement sa disparition de la scène libanaise, ardemment désirée par ses compatriotes sunnites, chrétiens, et Druzes.

 

Côté israélien, même si on est totalement conscient de ses capacités militaires supérieures, on n’est pas non plus intéressé par l’éclatement d’une guerre régionale, qui pourrait faire des milliers de morts parmi les civils et les militaires.

 

Au vu de ce qui précède, si une riposte de l’ennemi a lieu, et qu’elle ne fait pas de victimes dans les rangs hébreux, on évitera de déclencher un cycle de violences ; mais si des Israéliens devaient être blessés lors d’une agression venant du Nord, Tsahal frapperait très violement ceux qui en sont à l’origine.

 

A Métula, nous avons constaté avec surprise que les media français n’ont pas mentionné, à l’occasion de l’incident d’hier, que le père de Djihad Mournieh était à l’origine de l’assassinat des 54 parachutistes du Drakkar ainsi que de nombreux autres citoyens tricolores. Nous nous posons des questions quant au ressenti des familles face à cet "oubli" aux relents nauséeux de politiquement correct.

 

En général, dans la presse parisienne, on a plutôt présenté les évènements de Mazrat el Amal comme une agression israélienne visant de paisibles membres du Hezbollah libanais (l’un d’entre ces terroristes a été présenté comme un "chargé de dossier" !) ; ce, en s’abstenant lourdement de mentionner que le Hezbollah figure sur la liste européenne des organisations terroristes, ni, comme l’ont signalé plusieurs experts, et pas uniquement israéliens, que la troupe interceptée à proximité de Kuneitra préparait une agression sanglante contre l’Etat hébreu.

 

Nous nous demandons si ce genre de récits journalistiques biaisés ne participe pas à faire l’apologie du terrorisme, et ce qu’il faut de plus, selon les nouvelles dispositions prises en France après le Mercredi rouge, pour envoyer leurs rédacteurs et les responsables des media impliqués devant la justice.

 

Aucun journaliste, en France, ne s’est par exemple demandé ce que des Libanais armés et des soldats de l’Armée régulière iranienne faisaient à 7 km de l’Etat hébreu en plein territoire syrien.

 

Hier, les seuls qui manquaient à l’appel lors de l’incident étaient les Syriens, qu’ils appartiennent à l’Armée régulière ou à la résistance.

 

On se demande aussi, à la rédaction, quelle était la raison pour laquelle l’ennemi avait envoyé autant de combattants de si haut rang aussi près de notre frontière, et dans une zone largement contrôlée par l’Armée Syrienne Libre. A ce propos nous sommes ici persuadés que l’identification de la cible n’a pu se faire que grâce à une coopération étroite entre le renseignement de Tsahal et l’ASL. La témérité des Iraniens et du Hezb leur aura coûté cher.

 

Nous retenons deux hypothèses quant aux mobiles possibles de cette présence ; tous les deux indiquent que la prise de risques était justifiée par le choix d’un objectif tactique d’importance supérieure que poursuivaient les victimes.

 

Celles-ci se trouvaient soit en phase préparatoire en vue d’une opération d’envergure, qui était appelée à être déclenchée très prochainement, soit elles étaient déjà en ordre de bataille, et s’apprêtaient à frapper Israël incessamment.

 

A la rédaction nous sommes absolument convaincus que les responsables concernés de Tsahal connaissaient pertinemment les plans du commando ennemi, et que la décision de l’éliminer - avec les risques qui s’ensuivent - était conditionnée par la dangerosité de la mission dont il était porteur.

 

Au lendemain de cette opération, les abords immédiats de la frontière, tant sur le Golan qu’en Haute Galilée sont calmes, mais l’on ressent une certaine tension dans l’atmosphère. On observe une présence de personnel armé un peu plus soutenue que d’ordinaire ainsi que le déploiement ce lundi de matériel spécifique dans la région frontalière.

 

 

 
Golan : visite de bon voisinage (info # 010909/14) Version imprimable
Reportage photo
mardi, 09 septembre 2014

 

Par l’équipe de reportages Nord-Est © Metula News Agency

 

Nous avons effectué hier, lundi, un reportage extrêmement fructueux le long de la frontière entre Israël et la Syrie, sur le plateau du Golan.

 

Les objectifs de notre petite expédition consistaient à observer visuellement l’état du conflit entre la rébellion et l’Armée de Béchar al Assad, ainsi qu’à tenter de savoir qui faisait la loi au sein de l’opposition armée dans cette région, entre les islamistes extrémistes et les composantes plus modérées de l’Armée Syrienne Libre (ASL).

 

D’autre part nous voulions savoir si la ligne Alpha, autrement dit la frontière entre l’Etat hébreu et son voisin de l’Est était calme et stable, ou si les escarmouches s’y multipliaient, et les menaces se concrétisaient.

 

Comme dans notre cas le journalisme ne se limite pas à répercuter les bilans des victimes obtenus au guichet d’une organisation terroriste, nous avons arpenté des sentiers pierreux et à peine praticables le long du grillage de séparation, nous trouvant, pendant plus de 3 heures, à moins de 10 mètres de la Syrie en guerre.

 

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Une position de l’ONU adossée à Kuneitra

 

La première constatation que nous tirons de notre randonnée est, qu’hier du moins, la situation était particulièrement sereine. Le front du Golan, pratiquement sur toute sa longueur, des contreforts du mont Hermon, au Nord, jusqu’à Khamat Gader, au Sud, sur la frontière jordanienne, est aux mains des opposants à Assad.

 

L’Armée du régime tient toujours ses positions sur l’un des deux mamelons constituant le mont Hermon, et de là, le long du Liban, qu’elle a déjà entrainé dans sa guerre civile.

 

On se balade en plein traumatisme d’après la bataille ; de toute l’après-midi, nous n’avons pas croisé le moindre porte-flingue d’al Assad, ni aucun combattant de l’ASL, pas plus que les habitants, encore terrés dans leurs maisons. A peine quelque véhicule utilitaire s’aventurant prudemment sur des routes dangereuses.

 

Côté israélien, des patrouilles, qui ne se formalisent pas outre mesure de notre présence, nous prenant sans doute pour des forces spéciales (qui d’autre s’aventurerait ici ?). Tsahal s’est installé à quelques centaines de mètres de la frontière, dans des bases où il a pu déployer tout son arsenal hypersophistiqué. Les soldats nous regardent sans doute à la jumelle mais nous fichent la paix.

 

La zone reste tout de même très dangereuse. Pendant notre visite, sur le coup de 19 heures, on entend deux ou trois rafales au loin ; une balle perdue a touché légèrement un militaire israélien à la jambe. Celui-ci est emmené en hélicoptère vers l’hôpital de Safed, à 5 minutes de vol.

 

Notre découverte la plus intéressante, nous l’avons faite à Kuneitra. Kuneitra, ville fantôme dans laquelle personne ne vit depuis 1967 lorsqu’elle fut prise et détruite par les guerriers hébreux.

 

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L’hôtel de ville abandonné de Kuneitra

 

Israël s’en est retiré depuis 40 ans, et, ces derniers mois, elle était devenue l’enjeu de la guerre du Golan entre Assad et ses contempteurs.

 

Au centre de la bataille un petit poste frontière, l’allure insipide, à 30 mètres de son homologue israélien. C’est cette position, symbolique et stratégique à la fois, qui était au cœur des combats ; des centaines de Syriens viennent de mourir pour elle.

 

Difficile de croire que l’on puisse donner sa vie pour quelque chose d’aussi misérable. Le poste frontière est là, devant nous, vide de toute présence humaine à notre grand étonnement.

 

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C’est pour ça que 300 personnes au moins sont mortes

 

Il y a quelques jours, dans l’euphorie de la victoire, les drapeaux de toutes les factions en guerre contre la dictature alaouite avaient surgi de nulle part.

 

Maintenant, quelqu’un a fait de l’ordre et il ne reste qu’une seule bannière. Nous reconnaissons celle de Jabkhat Thowar Suriya, le Front Révolutionnaire Syrien (FRS).

 

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C’est une agréable nouvelle, car le FRS représente une aile idéologiquement modérée au sein de l’Armée Syrienne Libre.

 

C’est un front qui s’est solidifié face au renforcement du Califat Islamique, sous les ordres d’un certain Jamal Maarouf, le chef de la Brigade des Martyrs de Syrie, basé à proximité d’Idlib, dans le nord-ouest du pays.

 

C’est l’un des rares groupes à s’être prononcé en faveur de la seconde conférence de paix de Genève, en présence de représentants du régime.

 

Le FRS, qui compte une dizaine de milliers de combattants, prône le renversement des alaouites et l’établissement d’une démocratie pluraliste, une perle rare dans la région ; une organisation plus nationaliste arabe qu’islamiste, on pourrait presque parler d’un mouvement "laïque".

 

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On ne s’est pas fait le moindre cadeau

 

Ce sont des gens avec lesquels il est possible de discuter, du genre que les Européens, les Américains et les Israéliens aideraient volontiers.

 

D’ailleurs ce que l’on constate sur le terrain témoigne de ce qu’un dialogue existe. Notamment l’hôpital de campagne opéré par les Hébreux, à califourchon sur la ligne Alpha, pas loin de la bourgade druze-israélienne de Boukata.

 

C’est un secret de polichinelle de dévoiler que le Front Révolutionnaire Syrien reçoit de la part des Occidentaux des aides de toutes sortes. Mais mieux vaut, pour le moment, ne pas entrer dans les détails.

 

Ce qui frappe sur place c’est ce drapeau orphelin, pas dominateur puisqu’attaché à mi-mât et sans personne pour le garder.

 

En face, en Israël, c’est pareil, le poste frontière est fermé et désaffecté. Il y a quelques jours, la Police Militaire, armée jusqu’aux dents, nous a empêché de nous approcher à 100 mètres d’ici, mais ce lundi, cela ressemble au désert des Tartares. Personne - ni dans les nombreuses bâtisses, ni dans l’aile technique, ni dans les miradors.

 

Il est évident que des deux côtés de la frontière on s’est entendu afin d’éloigner les combattants les uns des autres et d’éviter ainsi les frottements incendiaires.

 

Dans ces conditions nous pouvons aller ou nous voulons ; il n’y a pas même un Casque bleu de l’ONU, dont les baraquements sont tout proches, pour nous barrer le chemin. A peine deux soldats philippins ventripotents, absorbés par leur jogging quotidien, qui nous font un geste amical, tout heureux de croiser d’autres êtres vivants.

 

Nous posons le pied dans le No Man’s Land, gravissons les marches d’un mirador des Nations Unies déserté et posons notre lourd téléobjectif sur la rambarde de métal pour prendre des photos,

 

Nous regardent-ils en face ? Probablement. On sent quelques paires d’yeux fixées sur nous mais en toute discrétion : que ce silence a l’air bien ordonné !

 

Nous continuons notre inspection, et croisons  des voisins moins tranquilles. C’est un pick-up d’al Nosra - le drapeau d’al Qaeda à l’avant en témoigne -, qui revient d’une tournée de pillage. Il est chargé comme un mulet de motocyclettes volées et tire par un câble un tout terrain, lui aussi ramené en butin d’une razzia sur le village d’el Hmidaiah, à 7 km d’ici. Ses habitants avaient eu la mauvaise idée de prendre parti pour al Assad ; ils sont désormais contents de conserver leur tête sur leurs épaules à défaut de leurs moyens de locomotion.

 

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Les islamistes d’al Qaeda ramenant leur butin (dans le cercle rouge, le drapeau d'al Nosra)

 

Les miliciens sont extrêmement dangereux, ce sont eux qui détiennent toujours les 45 Casques bleus fidjiens, probablement à une cinquantaine de kilomètres de notre frontière. Nous sommes les témoins privilégiés de la coexistence entre le Front Révolutionnaire Syrien et les barbares d’al Nosra.

 

Le drapeau au check post montre qui est actuellement le chef, le plus fort. Mais les miliciens islamistes semblent ici chez eux, jouissant d’une grande liberté de mouvements de la part de leurs alliés du moment.

 

Cette alliance est d’ailleurs assez surprenante lorsque l’on sait qu’il y a tout juste un peu plus d’un mois, le FRS et al Nosra se sont violemment affrontés dans Jisr al Choughour, pas loin du port syrien de Lattaquié et à 6 km de la frontière turque.

 

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Il n’y a pas que les trains qui déraillent en France (1ère partie)(info # 011707/13) Version imprimable
Reportage
mercredi, 17 juillet 2013

 

Par Patricia La Mosca

 

La catastrophe de Brétigny, vendredi dernier, a eu d’étranges effets. Un différend s’est rapidement installé à propos d’actes de pillage qui seraient survenus sur des morts et des blessés ainsi qu’au sujet de heurts entre les forces de l’ordre et les énergumènes qui se seraient rendus coupables de ces actes de dépouillage.

 

Les affirmations concernant les vols ont émané d’un syndicat de police, Alliance, ainsi que de quelques confrères, d’Europe 1, de France 2 et du Parisien, principalement.

 

Puis le paysage de la communication a subitement changé, les représentants de l’Etat, Manuel Valls en tête, le ministre de l’Intérieur, ainsi que Frédéric Cuvillier, celui des Transports, et le préfet de l’Essonne niant en bloc les allégations des dénonciateurs.

 

Ils ont parlé de rumeurs très exagérées, d’actes isolés, du vol du portable d’un secouriste, réfutant le reste en bloc et plongeant le public dans le doute. Doute entretenu par les rares déclarations publiques de représentants des forces de l’ordre et du SAMU, n’intervenant plus que pour confirmer les dires des ministres.

 

Quant aux confrères accusateurs, soumis à des pressions comme on n’en connaît que trop dans la presse française – qui elle aussi est bien malade –, ils ont mis la pédale douce, atténuant tour-à-tour leurs témoignages.

 

Restaient quelques sites engagés, qui reprenaient en boucle les déclarations initiales d’Alliance, mais sans pouvoir ajouter le moindre fait nouveau. Ils s’imaginaient que quelque chose ne tournait pas rond dans le narratif de l’affaire, et brodaient le reste au gré de leurs convictions politiques et de leurs feuilles de route. Mais cela faisait des billets d’opinion et rien d’autre.

 

bretigny.jpg

Dépouiller des victimes ? Là-dedans ?

 

Faute de témoignages de première main, il était objectivement impossible de dire si des pillages en bandes avaient suivi le déraillement du train ou si un pickpocket avait seulement bousculé un pompier par inadvertance. La machine à faire taire de l’Etat français s’était mise en branle et elle paraissait efficace.

 

A la Ména, nous nous sommes bien gardés de prendre parti, ne versant pas volontiers dans les accusations sans fondements. Dès samedi, dérangés par les versions contradictoires, l’abysse qui les sépare, ainsi que par la gravité des faits inférés, nous nous sommes mis en quête d’indices, ne sachant pas, à priori, qui disait la vérité, mais convaincus que quelqu’un mentait.

 

Nous avons fait jouer les bons contacts existant entre l’agence et des officiers français de la sécurité pour nous faire recommander quelqu’un qui avait assisté à la scène et qui était disposé à nous en parler en toute liberté.

 

Hier mardi, on nous amena l’oiseau rare ; un policier courageux dont nous tairons le grade et les attributs, vous allez rapidement comprendre pourquoi. Et le brouillard du coup s’est levé.

 

Notre témoin est fiable pour plusieurs raisons. D’abord, ceux qui nous l’ont présenté sont des gens bien, que j’avais côtoyés pendant que je couvrais les émeutes de la cité de la Villeneuve à Grenoble en 2010. Ils m’avaient déjà, à l’époque, permis de diffuser la vérité [voir "Grenoble ou le cimetière des rêves", sur le site d’un syndicat de policiers] sur ces troubles. Ensuite, son récit se tient, il est logique, ne contient aucune contradiction et s’illustre de détails difficiles à inventer. Et finalement, il suffit presque de voir et d’entendre ce policier de carrière, parlant sans crainte et sans préjugés, pour se persuader qu’il ne nous mène pas en bateau.

 

Ce nouveau témoignage permet d’établir que Manuel Valls, Frédéric Cuvillier et le Préfet Fuzeau ont menti aux Français, qu’ils ont décidé de dissimuler un crime terrible, et que, pour parvenir à leur fin, en plus de mentir, ils n’ont pas hésité à corrompre des fonctionnaires de l’Etat, à brandir des menaces et à infliger des pressions sur d’honnêtes professionnels disant la vérité, dans le but unique qu’ils la taisent.

 

Plus que cela, la situation générale décrite par notre intervenant dépeint un univers apocalyptique ignoré par la majorité de mes compatriotes, qui présente un état de délitescence mafieuse et de désagrégation sociale et sécuritaire auxquelles il est difficile d’imaginer des remèdes. Et contre lesquelles l’Etat de droit ne fait rien ou si peu, à part, peut-être, s’efforcer de cacher leur existence.

 

J’évoque aux oreilles de M. Damien (appelons-le ainsi) la difficulté que nous avons eue à recueillir le narratif d’un témoin oculaire des faits.

 

Damien :         C’est normal, tout est cloisonné. La compagnie de CRS qui est intervenue à Brétigny a été spécialement rassemblée par son commandant et a reçu l’ordre de ne rien dire, de ne rien raconter aux proches de ce qui s’était passé, car il ne s’est rien passé !

 

La Ména :       Il ne s’est réellement rien passé ?

 

Damien :         Il y a eu un attroupement de jeunes des banlieues autour des victimes, des blessés et des morts, qui leur ont fait les poches. Ils se sont également livrés à des vols et des rackets sur les secouristes.

 

                        Cela s’est déroulé "en champ ouvert", selon l’expression que nous utilisons, pas en champ fermé, devant les yeux de tout le monde, pas en petit comité.

 

La Ména :       Les autorités parlent d’un seul secouriste qui se serait fait dérober son téléphone.

 

Damien :         C’est totalement faux. D’ailleurs, si on n’avait volé qu’un seul téléphone, comment y aurait-il eu quatre interpellations ? Ils se mettent maintenant à quatre pour chouraver un portable ? Il y a eu de nombreux vols et plus encore de tentatives de vols sur les secouristes.

 

                        Et il y a eu un affrontement en règle CRS-jeunes. Au départ, ils étaient une quinzaine, vingt peut-être ; lors de l’affrontement, leur nombre a pratiquement doublé. Les hommes ont dû faire usage de la force et de petites grenades DMP, à la fois fumigènes et lacrymogènes.

 

                        Nous avons essuyé des jets de pierres et de canettes nourris.

 

La Ména :       Pourquoi ne les avez-vous pas appréhendés ?

 

Damien :         A quoi ça sert, j’ai envie de vous dire à quoi ça sert ! Récemment, nous en avons serrés qui venaient de dégrader une voiture de RER et qui avaient racketté les passagers, ils n’ont eu que du sursis. A quoi ça sert ?

 

                        Ils sont arrivés juste après le déraillement, se sont jetés sur les personnes qui se trouvaient au sol – je ne sais pas si elles étaient blessées ou mortes -, en tout cas, ils se sont jetés sur elles, les ont fouillées et ont commencé à leur faire les poches.

 

                        Dans un premier temps, on a cru qu’ils s’approchaient des victimes pour donner un coup de main aux secouristes, mais nous nous sommes très vite rendu compte qu’ils étaient en train de les dépouiller.

 

                        Et on a classé cela sans suite. Comme ils ne veulent pas que ça se sache, c’est classé sans suite. Eh oui !

 

 

 

A suivre…

 

 

 
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mardi, 02 février 2010

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