3ème jour de Gardien des Murailles : le Hamas durement frappé (011205/21) Version imprimable
mercredi, 12 mai 2021

 

Synthèse de Stéphane Juffa

 

Avec Michaël Béhé, Jules Mazouz, Ilan Tsadik, et des observateurs de la Ména à Ashkelon, Sdérot, Jérusalem et Gan Yavné, tous mobilisés pour suivre et analyser l’évolution de la situation dans sa continuité

 

Métula, mercredi 22h00, 21h00 à Colmar

 

L’opération "Gardien des Murailles" – c’est le nom que lui a attribué Tsahal - se poursuit sans interruption ce mercredi avec une intensité allant sans cesse crescendo. Tsahal frappe sans discontinuer la liste des objectifs qu’il avait sélectionnés avant le déclenchement des affrontements actuels. De plus, il choisit de nouvelles cibles au fur et à mesure du conflit, en tenant compte des impondérables – par exemple un site de lancement de roquettes trop proche d’une concentration de civils -, ou des opportunités, à l’instar de la découverte de la planque de chefs des mouvements terroristes islamiques du Hamas ou du Djihad islamique.

 

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Gaza : Tsahal contre-attaque

 

Ce matin, une dizaine d’appartements servant de cachettes à ces individus a été oblitérée, la plupart dans des immeubles de plusieurs étages, où seuls les logements des chefs terroristes ont été détruits. Le plus souvent dans les étages inférieurs des bâtiments, plus difficiles à atteindre pour les missiles.

 

Ce n’est pas tout : des membres de l’état-major du Hamas, les planificateurs, ont été concurremment tués dans deux quartiers-généraux de l’organisation terroriste palestinienne – l’un à Khan Younès, l’autre à Gaza-city - à l’occasion d’une opération conjointe Tsahal-Shabak [service de sûreté générale = contre-espionnage]. L’information est confirmée par le porte-parole de l’Armée.

 

D’autre part encore, des véhicules transportant des chefs terroristes ou simplement des lanceurs de roquettes ont été anéantis avec leurs occupants. Idem pour un commando de lanceurs de missiles antichars Kornet, et un autre, qui s’apprêtait à faire décoller un drone-suicide (bourré d’explosifs).

 

Vidéo d’une seconde interception de lanceurs de Kornet, ce soir [source Tsahal] :

https://twitter.com/i/status/1392511586015842306

 

L’Armée israélienne filtre scrupuleusement les informations et les images en provenance du champ de bataille. Ce, afin de ne pas renseigner l’ennemi sur ses activités, mais surtout, de réduire l’impact de la propagande anti-israélienne par les canaux connus de media hostiles.

 

Ce sera important si une bavure se produisait, qui serait de nature à inverser les penchants de l’opinion publique internationale, actuellement favorable à l’Etat hébreu et à son droit de légitime défense.

 

Or une bavure est toujours susceptible de se produire, spécialement lors d’un conflit de haute intensité, comme c’est le cas présentement. Même si, jusqu’à présent, les dégâts collatéraux montrant la mort de civils causée par Tsahal sont pratiquement inexistants, à cause du soin extrême mis par les stratèges hébreux pour les éviter.

 

Contrairement aux affrontements des années précédentes, le Hamas limite aussi, et de façon drastique, les images autorisées à sortir de Gaza. Lors des conflits antérieurs, toutes les vidéos filmées par les cameramen présents dans l’enclave palestinienne étaient bonnes à diffuser, car l’organisation terroriste islamique qui gouverne le califat qu’elle a instauré avait décidé de se présenter telle la victime des "agressions" israéliennes. Dans ce souci, on laissait même les photographes opérer dans les hôpitaux pour qu’ils immortalisent les blessés.

 

Cette fois-ci, le Hamas entend se présenter en vainqueur – celui qui réussit à "bombarder" Tel-Aviv !, l’étalon de l’islam victorieux - et l’image victimaire ne lui convient pas. Au contraire, l’organisation islamique s’emploie dans ses communiqués à minimiser le nombre de ses pertes dans des proportions ridicules.

 

Et le Hamas a fort à faire pour y parvenir, car la pression exercée par l’Armée israélienne devient suffocante. Les buildings qui dominaient Gaza s’effondrent les uns après les autres – une bonne dizaine jusqu’à présent, dont trois parmi les plus hauts de Gaza -, mais non sans que des soldats israéliens, parlant parfaitement l’arabe, n’avertissent par téléphone les civils qu’ils doivent évacuer les lieux. Ce qu’ils font sans demander leur reste.

 

Vidéo d’un raid de grande ampleur à Gaza city :

https://www.facebook.com/N12News/posts/10158358820287523

 

Tsahal est en train d’imposer graduellement sa loi. Il bombarde tous les objectifs militaires, quartiers généraux, postes de commandement, fabriques d’armes, dépôts d’armes et de munitions, réseaux souterrains, casernes, véhicules, positions fortifiées, planques de chefs terroristes ainsi que leurs domiciles abandonnés, etc.

 

Depuis ce matin, Ilan Tsadik, qui demeure à Sdérot, à un kilomètre de la frontière avec le nord de Gaza, nous décrit des dizaines de chars Merkava et des canons d’artillerie en action massive. Ils détruisent les postes d’observation des terroristes, leurs positions fortifiées, et les autres infrastructures militaires.

 

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L’artillerie israélienne a tiré 300 obus dans la journée de mercredi

visant principalement la ville souterraine de Gaza et ses rampes de missiles

 

Ils participent également à la destruction du réseau souterrain, incluant ses accès, ses stations d’aération et ses rampes de lancement de roquettes. Car c’est la grande nouveauté de Gardien des Murailles [shomer ha-khomot en hébreu], les organisations terroristes islamiques ont mis à profit les dernières accalmies afin d’étendre leur réseau de tunnels. Elles n’ont pratiquement plus besoin de lancer les roquettes depuis la surface, non plus que de les transporter à l’air libre.

 

Cela répond à la question que nous avons reçue plus de mille fois à la rédaction de Métula : pourquoi ne parvenons-nous pas à détruire les rampes de lancement pour réduire le nombre de roquettes que les terroristes sont capables de tirer sur Israël ? Parce qu’elles sont enterrées.

 

Ce qui ne signifie pas qu’elles sont impossibles à oblitérer, c’est simplement plus compliqué. Mais cela comporte des aspects positifs : il existe largement mois de rampes de lancement qu’auparavant, car elles sont plus difficiles à établir et leur construction coûte cher aux terroristes. Mais ils sont capables de tirer plus de roquettes à la fois : jusqu’à 24 en l’espace de quelques secondes par rampe (en 2 salves).

 

Puis les lanceurs transportent par les tunnels des roquettes vers une autre rampe, afin d’empêcher les Israéliens de repérer la précédente. C’est du moins ce qu’ils pensent.

 

C’est cocasse, nous en sommes là de la rédaction de cet article quand Ilan Tsadik nous informe par Messenger que le Khe’l Avir, l’Aviation israélienne, vient de neutraliser une escouade de lanceurs de roquettes et leur matériel, et qu’un char Merkava, à cinq minutes d’intervalle, à détruit d’un tir d’obus une rampe de lancement souterraine.

 

Gardien des Murailles, Herb al Aksa pour le Hamas [ara. ; la bataille pour al Aksa] avait pourtant fort mal débuté pour l’Etat hébreu, car l’organisation terroriste islamique avait pris l’initiative des hostilités. Et le chef de l’état-major de Tsahal, Aviv Kokhavi, avait, 24 heures durant, été limité par Binyamin Netanyahu à éliminer ponctuellement des chefs du Djihad Islamique (pas du Hamas !) et à tirer sur les dunes de sable.

 

Puis la situation a dégénéré. A cause des énormes salves de roquettes que le Hamas a tirées, et parce qu’une partie minoritaire mais de loin non négligeable de la population arabe d’Israël, répondant aux sollicitations des califes de Gaza, débordant la Police, s’est livrée à de véritables pogromes contre leurs concitoyens juifs. Principalement dans les villes mixtes Arabes-Juifs. Puis les deux femmes ont été tuées à Ashdod par des impacts directs alors que le système du Dôme de Fer connaissait une panne.

 

Benny Gantz, Aviv Kokhavi et Nadav Argaman, le chef du contre-espionnage, ont alors pris les choses en main, se passant de l’avis de Netanyahu. Et ces trois-là, formés dans le même moule, s’entendent à la perfection, avec peu de mots. Dès ce moment, c’est-à-dire dans l’après-midi d’hier, les actions d’Israël sont reparties à la hausse.

 

Il y aura beaucoup de choses à régler après les hostilités, des mises au point à faire, des responsabilités à dénoncer. Mais pas pendant le combat, maintenant il faut donner à l’ennemi une impression d’unité. La Ména joue le jeu. Les leaders de l’opposition parlementaire également, tant que personne ne met les bâtons dans les roues de Tsahal et tant que l’opération se poursuit jusqu’à l’affaiblissement radical des organisations terroristes djihadistes palestiniennes.

 

Le Hamas en a déjà pris plein la figure. Roués de coups, ses chefs annoncent à haute voix, en cette soirée de mercredi, qu’ils sont prêts à négocier un cessez-le-feu.

 

Mais ils sont déjà allés aussi loin que leurs moyens militaires le leur permettaient en lançant deux salves de roquettes – une centaine de projectiles au total - sur le Goush Dan, la région de Tel-Aviv et ses 4.5 millions d’habitants. La première à 20h53 hier soir, la seconde à 3h ce matin.

 

Durant la première salve, une femme est décédée à Rishon-le-Tzion lorsqu’une roquette a percuté son domicile de plein fouet. L’une des ses amies est morte d’une crise cardiaque en apprenant la nouvelle de sa mort.

 

A 03h00 un père et sa fille d’origine musulmane ont été tués à Lod, à 12km au sud-est de Tel-Aviv.

 

C’est très triste et dérangeant que la plus grande conurbation du pays soit ainsi canardée, mais on ne peut pas même parler d’un bombardement. Du point de vue tactique, Tsahal n’a perdu aucun avion, aucun char ni même aucun fusil. Ce qui signifie que même en prenant un pari inconsidéré, le Hamas et ses complices n’est capable d’infliger aucun dommage à Israël. Et il ne possède pas d’autres armes pour atteindre nos villes. Il a fait son maximum.

 

Mais actuellement, dans le centre de Tel-Aviv, et de Jérusalem, de Netanya et d’Herzliya, la vie est parfaitement normale. Et je mets quiconque au défi de trouver la moindre trace d’un bombardement dans ces localités. En cas de tirs de roquettes, la population aura le temps de se protéger. Et la Fronde de David abattra près de 95% des roquettes.

 

Pour parvenir à ce résultat militairement inconsistant, le Hamas a tiré 1 200 projectiles. Dont au moins 250 ont explosé sur son propre territoire occasionnant la mort de nombreux Palestiniens.

 

Selon notre camarade Michaël Béhé, qui se trompe rarement dans ce qu’il affirme, au moins 142 miliciens islamiques de Gaza sont morts depuis le début des hostilités, ainsi que 13 civils, dont un seulement des suites de l’effondrement d’un immeuble visé par Tsahal.

 

Maintenant que le Hamas a utilisé son arme la plus sophistiquée, que peut-il faire d’autre ? Rien. Continuer de lancer des roquettes tant que Tsahal n’a pas éradiqué tous ses lanceurs. Ce qui n’est qu’une question de temps si on laisse Aviv Kokhavi mener son plan à terme. Rien ne presse pour Israël, le temps œuvre en sa faveur, sa supériorité technique et humaine ne cesse de s’affirmer de minute en minute.

 

Et l’organisation djihadiste perd ses cerveaux les uns après les autres. Aujourd’hui, lors des attaques visant les deux Q.G de la milice terroriste, Tsahal a éliminé sept membres de l’état-major ennemi, dont le commandant militaire de la ville de Gaza, Bassam Issa et Khizam Khatib, le chef des ingénieurs de la production d’armement. Outre ces sept individus, dix autres, également impliqués dans la fabrication d’armes ont perdu la vie.

 

Il s’agit d’une perte majeure et difficilement remplaçable pour l’organisation terroriste. De rage, elle a tiré 100 roquettes sur Ashdod, Ashkelon et Beersheva, en une demi-heure. Sans faire de blessés ni de dégâts, grâce au Dôme de Fer.

 

Plus tôt dans la journée, sur le coup des 10h30, le Hamas avait surpris les occupants d’un 4X4 de l’Armée en mission dans le périmètre du village de Netiv ha-Assara, à 1km face à Bet Lakhya, à l’extrême nord de la bande de Gaza. Une formation de miliciens a tiré un missile antichar Kornet sur la jeep, tuant le Sergent Ofer Tabib, âgé de 21 ans, du 931ème bataillon d’infanterie du Nakhal, la Jeunesse Pionnière Combattante.

 

Les agresseurs ont également ouvert le feu au mortier sur les équipes de secours. Deux autres soldats ont été blessés, l’un grièvement, l’autre légèrement.

 

La nuit précédente, un réservoir de carburant avait pris feu, dans une usine d’électricité située entre la ville d’Ashkelon et la bande de Gaza, suite à la chute d’une roquette. Ce complexe pétrolifère se trouve également à l’extrémité du pipeline reliant ce point de la Méditerranée à Eilat, sur la mer Rouge. Il permet à certains pays du Golfe d’acheminer du brut vers l’Europe en évitant le canal de Suez.  

 

L’aéroport Ben Gourion est resté ouvert, après une brève interruption de ses activités au moment de la première attaque sur le Goush Dan. La plupart des vols ont été assurés comme prévus, une petite minorité de compagnies décidant d’annuler les leurs.

 

En Israël nous avons assisté la nuit dernière à de véritables émeutes perpétrées par des Israéliens musulmans. Dans une centaine de villes et de villages, notamment en haute Galilée. Mais les heurts les plus violents se sont déroulés dans les villes mixtes, que sont Haïfa, Saint Jean d’Acre et Lod.

 

Dans cette ville de 72 000 habitants, dont 68% de Juifs et 32% de musulmans, des membres de cette dernière communauté ont dévasté la cité, tenté de lyncher des automobilistes juifs, mis le feu à trois synagogues et lancé des pierres sur la Police.

 

Durant la nuit, des unités de réserve des Gardes-Frontières ont été mobilisées. D’autres ont été transférées de Cisjordanie dans les villes où les désordres ont eu lieu. L’ordre a été ainsi rétabli et le couvre-feu nocturne est imposé à Lod.

 

La situation avec les Palestiniens de Judée-Samarie est calme. La frontière avec le Liban et le Hezbollah est parfaitement silencieuse. Les chrétiens, les Druzes et les Tcherkesses n’ont pas participé à ces très graves incidents. Les bédouins si.

 

Ces émeutes ont secoué fortement le pays, portant atteinte à des cohabitations harmonieuses vieilles parfois de plusieurs décennies. Nul doute que cet épisode laissera des traces dans les relations entre Juifs et musulmans, au détriment de la majorité de gens respectables des deux communautés qui appellent aujourd’hui à la raison. Mais les Israélites auront bien du mal à oublier que leurs voisins et souvent amis intimes ont soutenu les terroristes islamiques du Hamas tandis qu’ils canardaient Tel-Aviv.

 

Ce mercredi les chefs du Hamas ont appelé les Palestiniens et les musulmans israéliens à se rendre en masse à Jérusalem afin de renouveler les émeutes. Jérusalem, qui n’a pas participé aux pogromes de la nuit dernière.

 

Au moment de conclure ce compte-rendu nous apprenons qu’une roquette a frappé de plein fouet un appartement au cinquième étage d’un immeuble d’habitation à Sdérot. Sept personnes ont malheureusement été blessées, dont trois adultes. Un enfant de six ans est entre la vie et la mort. Un autre dans un état grave.

 

La mort se moque toujours des tactiques militaires.