En sacrifiant les Kurdes aux Iraniens, les USA livrent la victoire stratégique à leurs ennemis Version imprimable
jeudi, 19 octobre 2017

 

Par Stéphane Juffa (011910/17)

 

Vendredi dernier, c’est un Donald Trump vindicatif qui remettait les Iraniens à leur place d’ennemis de l’Amérique et du monde libre. Lors d’une intervention qui a fait grand bruit, le président américain commençait par énumérer les méfaits commis par le régime des ayatollahs, puis demandait au Congrès de réexaminer l’accord sur le nucléaire iranien, avant de déclarer que les Pasdaran, les Gardiens de la révolution khomeyniste, figureraient dorénavant sur la liste U.S. des organisations terroristes.

 

Binyamin Netanyahu exultait, les militaires américains en Syrie et en Irak et leurs alliés kurdes aussi, ainsi que les pays arabes, et même la plupart des analystes stratégiques de la région, qui discernaient un repositionnement cohérent de la politique étrangère américaine au Moyen-Orient.

 

L’Autoroute irano-chiite semblait condamnée à brève échéance, le bon sens prévalait, les frontières du nord d’Israël n’allaient pas être envahies par les barbus de Khameneï, et le Liban retrouvait une chance de recouvrer son indépendance.

 

De leur côté, les Etats de l’Union Européenne qui s’était rués à Téhéran, tels des marchands de tapis œuvrant à contre-sens, pour vendre aux mollahs tout ce dont ils avaient besoin, c’est-à-dire tout, se demandaient ce qui allait advenir de leurs investissements si les sanctions économiques étaient remises en place.

 

Et puis non, notre joie fut de courte durée. Dès lundi, l’Armée gouvernementale du pouvoir irakien, un régime chiite à la botte de Téhéran, aux côtés des Hash’d al Shaabi, une milice chiite encadrée par des Iraniens, et des Pasdaran, des soldats réguliers iraniens, se lançaient à l’assaut des Peshmerga kurdes à Kirkuk.

 

Les Gardiens de la Révolution, nouveaux venus sur la liste des organisations terroristes de Washington, étaient entièrement équipés de matériel américain, celui fourni au gouvernement de Bagdad avec obligation de ne s’en servir que contre l’Etat Islamique.

 

La bataille débutait avec, d’un côté, les ennemis de l’Amérique, dotés de 150 chars Abrams made in USA, qui comptent parmi les meilleurs tanks au monde, livrés avec l’entraînement prodigué aux soldats irakiens chiites, et de l’autre, les alliés de l’Amérique, ceux qui viennent de bouter l’Islamiste hors de Raqqa, montés sur du matériel russe récupéré sur l’ennemi et datant des années 50-60.

 

Les forces chiites sont placées sous le commandement du Major Général iranien Qassem Soleiman, le chef des Brigades al Quds, l’unité d’élite des Pasdaran. Al Quds, pour ceux qui l’ignorent, signifie Jérusalem en arabe, la destination finale de tous ces gibiers de potence.

 

Pour les sceptiques, ou ceux qui s’imaginent que la Ména se plaît à peindre le Diable sur la muraille, hier, le Général iranien Mohammad Baqeri, chef de l’état-major de l’Armée persane, se trouvait à Damas pour "augmenter la coopération avec la Syrie dans la lutte contre Israël". "Il n’est pas acceptable que le régime sioniste viole le territoire et l’espace aérien syriens chaque fois qu’il en  a envie", a précisé Baqeri lors de la conférence de presse conjointe. "Nous sommes à Damas afin d’établir notre coopération pour nous confronter aux sionistes et terroristes", a-t-il encore menacé.

 

Avec intelligence, parce que le matériel en présence était par trop déséquilibré, et pour préserver les vies des Peshmerga, parce que les Kurdes vont en avoir besoin pour sauver leur peau dans les batailles qui se dessinent, Massoud Barzani, le président du Kurdistan, les a retirés du champ de bataille sous les pierres et les crachats de la population.

 

Peshmerga, en kurde signifiant "ceux qui vont mourir", et non "ceux qui s’enfuient en courant".

 

Les Iraniens sont entrés dans Kirkuk sans avoir à combattre, les blindés tapissés de posters de martyrs et d’imams chiites. Ils ont commencé par chasser des centaines de familles sunnites de leurs maisons, puis ont coupé la tête, en pleine rue, à certains des habitants, histoire de prouver, dans le respect des codes régionaux, qu’ils ne sont pas moins bons musulmans que les assassins de l’Etat Islamique.

 

Ce, pendant que les hélicoptères et les chasseurs-bombardiers de l’Armée américaine patrouillaient dans le ciel sans tirer sur personne, pour se rendre compte de la situation.

 

Les Kurdes ont perdu en une seule journée, outre leur réputation de guerriers invincibles, les champs de pétrole qui fournissaient 60 pour cent de leur production et, partant, de leurs exportations. Un coup quasi-mortel pour leur projet d’Etat indépendant pour un bon bout de temps.

 

Quelques sénateurs américains, du haut du Capitole, ont crié à l’outrage, rappelant que les Kurdes étaient les seuls alliés de leur pays en Irak et en Syrie, que les gouvernementaux faisaient un usage interdit des armes qu’on leur avait remises, et que la journée serait commémorée en Iran comme l’un des plus grands triomphes de la Révolution khomeyniste.

 

Mais rien n’y fit et rien n’y fait : Donald Trump a déclaré qu’il ne prenait pas parti, c’est-à-dire entre ses ennemis et ses alliés, comprenez que l’Amérique abandonne les Kurdes à leur sort. Soit il ne pensait pas sérieusement aux propos qu’il a tenus deux jours plus tôt, soit il ne comprend pas ce qu’il dit, soit, encore, il nous réserve des surprises après qu’il aura reçu un cours de stratégie accéléré de la part de ses généraux.

 

Qu’ils fassent vite et qu’ils se montrent pédagogues, la situation est préoccupante. Les chiites ne se sont pas arrêtés à Kirkuk, ils ont enlevé hier, sans combattre non plus, la ville la plus méridionale du Kurdistan, Jalawla, et la cité stratégique de Sinjar, à deux pas de la frontière syrienne et du tracé idéal de l’Autoroute iranienne en direction de Jérusalem. Avec cela, une centaine d’autres localités, vous lisez bien, une centaine, en deux jours, le tout, à portée de canon de l’Armée américaine.

 

Mercredi, poursuivant leur progression, les Iraniens et leurs porte-flingues se sont emparés de grandes portions de la frontière avec la Syrie, y compris des postes-frontières donnant précisément sur le réseau routier où les Perses comptent établir leur corridor terrestre.

 

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Le tracé global de l’Autoroute iranienne

Service cartographique © Metula News Agency

En rouge les tronçons aux mains des alliés ou affidés de Téhéran

En noir ceux qui leur échappent encore

 

Quant aux Kurdes d’Irak, ils ont perdu en trois jours plus du tiers de leur territoire, leurs villes principales, Erbil, la capitale, Sulaymānīyah et Donuk se trouvant désormais sous la menace existentielle des hommes de Qassem Soleiman.

 

C’est évidemment dur à admettre pour les Kurdes de Syrie, qui viennent de prendre, cette semaine, Raqqa, la capitale de l’Etat Islamique dans ce pays. Au prix de centaines de tués et en qualité de seuls alliés des Etats-Unis et de l’Occident dans cette partie du monde.

 

Dur de se rappeler qu’en juin 2014, alors que l’Armée irakienne, vouée à cette époque à elle-même, avait déguerpi de Kirkuk l’abandonnant à l’Etat Islamique, et que, sans l’intervention héroïque des Peshmerga, tout le centre de l’Irak allait se retrouver sous le joug de DAESH.

 

Dur encore, de songer que d’octobre 2016 à juin 2017, sans l’offensive menée par les Kurdes à l’est de Mossoul, les gouvernementaux, appuyés à la fois par les Iraniens et les Américains - subtil mélange ! – n’auraient pas pu en chasser l’EI. De plus, les Peshmerga auraient pu la prendre seuls, mais ils eurent l’élégance, à la demande de Washington, de s’arrêter dans sa périphérie.

 

Cette fois-ci, leur survie est en danger et l’Oncle Sam leur tourne le dos. Histoire de ne pas se mettre Erdogan à dos justement, de se convaincre bien naïvement qu’Haïder al-Abadi, le Premier ministre irakien, pourtant membre du parti extrémiste islamique-chiite Dawa, n’est pas un simple exécutant des ordres de Khameneï, ou, plus prosaïquement, parce que Trump est un roi de l’esbroufe, mais qu’il est largué lorsqu’il s’agit de comprendre ce qui motive les gens dans ces pays lointains. A moins que les rumeurs anonymes colportées par le magazine Vanity Fair, décrivant un Donald Trump dépressif, instable, colérique et totalement coupé du monde soient quelque part fondées.

 

Ce qui est certain est qu’il n’existe aucun lien logique entre les propos fermes qu’il a tenus vendredi dernier face à Téhéran et l’incroyable cadeau qu’il leur offre cette semaine. Dire qu’il suffirait d’une simple menace adressée aux Pasdaran-terroristes, pour qu’ils cessent d’avancer, l’Armée U.S. étant déployée en force dans la région et disposant de moyens qui dépassent tous les autres intervenants de la tête et des épaules…

 

Mais les Kurdes ne sont pas les seuls concernés par ces évènements, car Khameneï, pour sa part, le Guide Suprême iranien, est tout sauf coupé du monde. En Syrie toute proche, dans le voisinage de Deïr ez Zor, la stratégie de la coalition américaine bat de l’aile depuis une semaine. Elle progresse trop lentement, d’une part, et sur les mauvais axes, de l’autre.

 

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La Bataille pour les vallées de Khabour et de l’Euphrate

Service cartographique © Metula News Agency

En rouge les positions de la Coalition russe

En violet les positions conquises par la Coalition russe depuis le 9 octobre

En jaune les positions de la Coalition américaine

En ocre, les positions conquises par la Coalition américaine depuis le 9 octobre

En noir les positions de l’Etat islamique (DAESH)

En vert les routes stratégiques nécessaires à l’Autoroute iranienne

 

Les Forces Démocratiques Syriennes sont certes en train de s’emparer, laborieusement, d’une localité après l’autre dans la vallée de Khabour, ils ont certes libéré Raqqa de l’Etat Islamique, de même que toute la berge septentrionale de l’Euphrate entre Raqqa et Deïr ez Zor, mais ce n’est pas là qu’elles devraient concentrer l’essentiel de leur effort. C’est dans la vallée perpendiculaire de l’Euphrate, en direction de l’Irak, afin de couper les deux routes stratégiques convoitées par Téhéran. Or ce sont les Russes, les gouvernementaux, le Hezbollah et les Iraniens qui s’y pressent, en prenant des risques et au prix de pertes importantes.

 

L’ "autre" coalition a pris Mayadin à DAESH il y a quelques jours, uniquement pour couper l’accès des "Américains" vers l’est de la vallée, l’Irak et les deux routes. Poutine sait ce qu’il fait et cela se remarque sur le terrain.

 

Il faudrait une opération aéroportée de la coalition U.S. à proximité de la frontière irakienne pour changer le cours de la guerre. Sinon, ce sera le tzarévitch qui sera l’arbitre des ambitions iraniennes, et allah sait à quel point il exploitera cet atout jusqu’à la corde. Les Israéliens ne s’y trompent d’ailleurs pas, qui ont reçu avant-hier le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, pour lui demander de ne pas laisser les Perses s’installer en Syrie. Mais Netanyahu et Lieberman savent que la non-fiabilité des promesses faites par les Russes fait partie intégrante de leur stratégie. Dans ces conditions, inutile d’évoquer le long ni même le moyen terme. Avec eux, il faut parler du présent immédiat, et c’est ce que les dirigeants hébreux ont fait.

 

Dans cet environnement pragmatique, tous les chefs d’Etat de la région savent qui est le boss et veulent discuter avec lui. Jusqu’aux Saoudiens, qui viennent d’acheter à Poutine son système antiaérien S-400, et qui ont réalisé hier un vol commercial vers Bagdad, au lendemain de la débâcle des "alliés de Trump" en Irak, pour la première fois depuis 27 ans.

 

Si la coalition arabo-israélienne sous la bannière de l’Amérique était conséquente, elle organiserait elle-même une opération pour couper les deux voies stratégiques de l’Autoroute iranienne, c’est largement dans ses cordes. Du même coup, les Israéliens, les Egyptiens, les Saoudiens et les Jordaniens (dont la frontière se situe à 230km du poste frontière syrien de d’Abou-Kamal) se feraient respecter en s’occupant eux-mêmes de leurs intérêts fondamentaux. Mais la présence indécise des Américains sur place les en dissuade.


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Israël neutralise une batterie de missiles à l’est de Damas (info # 021610/17) Version imprimable
lundi, 16 octobre 2017

 

© Metula News Agency

 

Métula, lundi 19h50, 18h50 à Paris

 

Ce lundi, l’Armée gouvernementale syrienne a tiré un missile de type SA-5 Gammon (nomenclature de l’OTAN), S-200 (nomenclature du producteur russe) en direction d’avions israéliens qui effectuaient une mission de reconnaissance au-dessus du Liban.

 

Aucun avion n’a été touché. En riposte à ce tir, Tsahal a attaqué la batterie d’où le SA-5 avait été tiré, à 50km à l’est de la capitale Damas.

 

Les appareils n’ont intentionnellement détruit que le radar de la batterie visée, ce qui la neutralise momentanément jusqu’au remplacement du radar et du système de tir. Jérusalem a informé la Russie du raid avant qu’il ne se termine.

 

Le Khe’l Avir (l’Armée de l’air israélienne) a voulu démontrer par son action :

 

- Que le SA-5 ne constitue pas une menace pour son aviation, grâce aux moyens technologiques dont elle dispose

 

- Qu’il possède une capacité de renseignement lui permettant de localiser un objectif n’importe où sur le territoire syrien et de le détruire très rapidement

 

- Qu’il dispose d’une précision de tir inégalée

 

- Qu’en plus des transports d’armes à destination du Hezbollah au Liban, toute tentative d’entraver l’évolution de ses appareils quel que soit l’endroit où ils se trouvent engendrera une riposte immédiate d’Israël, qui frappera les objectifs de son choix en déterminant le degré de leur destruction.

 

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Le SA-5 ou S-200

 

Le SA-5 est un missile russe de conception ancienne mais constamment modernisé, destiné à intercepter une cible volante à une altitude comprise entre 300 mètres et 40 000 mètres. Sa portée opérationnelle est de 300km. Il mesure 10.8 mètres et pèse 7 100kg, dont 217kg pour l’ogive. Il se déplace à une vitesse maximale de Mach 8, soit 9 800Km/h. L’Iran est également doté de missiles de ce type.

 

Le 12 septembre 2016, deux SA-5 avaient été tirés vers des appareils du Khe’l Avir en mission d’attaque sur la Syrie.

 

Le 17 mars de cette année, plusieurs SA-5 ont été tirés en direction d’appareils israéliens effectuant un bombardement dans la région de Palmyre.

 

En dépit d’allégations du gouvernement de Damas, aucun avion hébreu n’a jamais été touché par des missiles de ce type. Lors du raid sur Palmyre, l’un des SA-5, après avoir manqué sa cible est devenu balistique et se dirigeait à très haute altitude vers le territoire israélien. Il a été intercepté par un missile Khetz/Arrow/Flèche, utilisé pour la première fois en mode opérationnel. Des débris de l’intrus étaient tombés en Jordanie sans faire ni victimes ni dégâts.

 

L’incident de ce lundi survient à la veille de la visite prévue en Israël du ministre russe de la Défense, Sergey Shoygu, qui s’entretiendra notamment de la situation en Syrie et du problème iranien avec son homologue Avigdor Lieberman et avec le Premier ministre Binyamin Netanyahu.

 

 

En Irak, les forces gouvernementales ont lancé une vaste opération militaire sur la ville de Kirkouk dans le territoire autonome du Kurdistan. L’Armée irakienne est soutenue par la milice chiite de Hash’d al Shaabi [ara. unités de mobilisation populaire] et des Gardiens de la Révolution Iranienne [far. Pasdaran]. L’offensive est commandée par le Major Général iranien Qassem Soleiman, chef de l’unité d’élite al Quds [Jérusalem] des Pasdaran.

 

L’offensive lancée cette nuit a rapidement progressé, notamment à la faveur de matériel livré par les Etats-Unis à l’Armée gouvernementale, destiné uniquement à combattre l’Etat Islamique. Des portions de Kirkuk ont été conquises par les assaillants, de même qu’une base militaire et des champs pétrolifères. Des renforts de Peshmerga [combattants kurdes] sont actuellement dirigés vers la zone des combats.

 

 
Mélenchon contre Valls : la gauche hantée par son passé (info # 011608/17) Version imprimable
lundi, 16 octobre 2017

 

Par Amram Castellion

 

La classe politique française a été agitée, la semaine dernière, par un nouvel épisode du conflit entre Jean-Luc Mélenchon, le patron du parti France Insoumise (le principal parti parlementaire d’extrême gauche, qui a obtenu 11% des voix aux législatives de juin dernier et 17 députés) et Manuel Valls.

 

Valls, après avoir été Premier ministre socialiste de la France pendant deux ans et demi, est aujourd’hui député apparenté macroniste de l’Essonne. Le gouvernement ayant nommé Valls à la tête d’une commission parlementaire sur l’avenir de la Nouvelle-Calédonie, Mélenchon avait refusé la participation de députés de son groupe à cette mission par une lettre du 6 octobre dernier. Dans cette lettre au président de l’Assemblée Nationale, le dirigeant d’extrême gauche mentionne notamment le « caractère clivant » de Manuel Valls, qui serait proche des « thèses ethnicistes de l’extrême-droite ».

 

Les exemples que cite Mélenchon pour illustrer ces accusations sont révélateurs de sa tendance à ne donner aucune limite à sa mauvaise foi. Elu de l’Essonne, Valls avait demandé, pour la préparation d’une photo, à être entouré de plus de « blancos » : c’est maladroit, mais c’est un choix politique qui ne diffère en rien de celui des élus qui cherchent à se faire photographier en compagnie de minorités. Cet épisode de communication ratée devient, sous la plume de Mélenchon, la preuve de « préjugés sur la couleur de peau de ses administrés ».

 

Plus tard, Valls, ministre de l’Intérieur, avait estimé que le mode de vie choisi par les gens du voyage en France rend la plupart d’entre eux « inassimilables ». Là, c’est presque une tautologie : quand on choisit de vivre entre soi dans des caravanes, c’est bien qu’on n’est pas prêt à s’assimiler à la civilisation sédentaire qui vous entoure. Mais Mélenchon tord le sens des mots pour en faire la preuve d’un préjugé raciste.

 

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Mélenchon dément avoir traité Valls de nazi

 

Puis, Mélenchon met enfin les cartes sur table, en accusant Valls de « proximité avec les dirigeants de l’extrême droite israélienne ». Cet argument est différent des précédents.

 

Mélenchon ne cite aucun fait précis. Il ne définit pas ce qu’il appelle « l’extrême droite israélienne » : veut-il parler de la poignée d’extrémistes violents de la « Jeunesse des collines », qui font l’objet d’une surveillance approfondie du Shin Bet ? Des messianistes de Hébron, qui ont choisi une vie de danger dans l’espoir que leur installation au milieu de la ville des Patriarches hâte la fin des temps ? Ou bien évoque-t-il des partis plus sérieux, représentés à la Knesset – et si oui, lesquels ? Israël Beiténu d’Avigdor Lieberman, qui propose une séparation nette avec les Arabes mais défend aussi fermement la laïcité de l’Etat contre les partis religieux ? Le Foyer juif de Naftali Bennett, qui veut étendre le territoire administré par l’autorité civile et est le seul parti aujourd’hui à proposer d’augmenter le nombre d’Arabes ayant la pleine nationalité israélienne ? Le Shas, qui veut soumettre à une discipline religieuse stricte des populations séfarades dont ce n’est pas la tradition ? Le Judaïsme de la Torah, parti ultrareligieux ashkénaze qui ne reconnaît pas la légitimité de l’Etat et n’y voit qu’une source de subventions pour les yeshivot [écoles religieuses. Ndlr.] ?

 

Il est presque certain que Mélenchon n’a pas la moindre connaissance de ces distinctions et ne sait pas lui-même ce qu’il veut dire quand il parle d’« extrême-droite israélienne ». Or, accuser un ennemi politique de proximité avec un camp politique dont on ne connaît même pas la composition, c’est nécessairement reconnaître que l’on dit n’importe quoi.

 

Il n’existe, dans le monde réel, aucune proximité entre Manuel Valls, non juif et homme de centre-gauche, et l’ensemble des groupes ou partis listés plus haut. La collabosphère mélenchonienne a bien publié la photo d’une rencontre entre Valls et Ayelet Shaked, ministre de la Justice et élue du Foyer Juif, prise le mois dernier. Mais cette photo s’inscrivait dans le cadre d’une visite de travail au cours de laquelle l’ancien Premier ministre avait rencontré plusieurs membres du gouvernement et de l’opposition. Elle ne traduit aucune proximité politique. Si Valls devait se positionner sur la carte politique israélienne (un exercice certes assez vain pour un étranger), il serait plutôt proche du parti travailliste.

 

L’objectif de Mélenchon n’est pas de lier Manuel Valls à l’extrême droite : il est d’associer son image à celle d’Israël, et de lui nuire politiquement aux yeux d’un électorat antijuif que la France Insoumise courtise assidûment. En cela, Mélenchon s’inscrit dans une longue tradition de la gauche française.

 

C’est l’inventeur même du mot « socialisme », le catholique français Pierre Leroux, qui faisait de l’antisémitisme un complément nécessaire du socialisme, disant : « Quand nous parlons des Juifs, nous voulons dire l’esprit juif : l’esprit du profit, du lucre, du gain, de la spéculation ; en un mot, l’esprit du banquier » (Pierre Leroux, Malthus et les Economistes, 1849).

 

Le thème du Juif capitaliste, qui fait obstacle aux progrès du socialisme, se retrouve ensuite dans plusieurs écrits de la gauche française des dix-neuvième et vingtième siècle. C’est un homme de gauche, Alphonse Toussenel, qui écrit la première bible antisémite du dix-neuvième siècle, Les Juifs, rois de l’époque (1845). Proudhon appelait les Juifs « le mauvais principe » et les accusait d’être responsables de « la décadence de l’Europe » (P. Proudhon, Manuel du spéculateur à la Bourse, 1857). Auguste Blanqui, qui a l’honneur de rues et de boulevards dans tant de villes françaises, faisait lui aussi de la lutte contre les Juifs une part indispensable de la révolution socialiste à venir (cf Michel Dreyfus, L’Antisémitisme à Gauche, Editions La Découverte, 2009). En Allemagne, l’omniprésence de thèmes antisémites dans la gauche socialiste irritait certains socialistes au point qu’August Bebel, fondateur du parti social-démocrate allemand, avait appelé l’antisémitisme « le socialisme des imbéciles ».

 

Au vingtième siècle – celui de la formation politique et intellectuelle de Jean-Luc Mélenchon – l’inspiration antisémite se poursuit au sein de la gauche française. Plusieurs personnalités de gauche – le socialiste Doriot, le communiste Déat, le radical-socialiste René Bousquet – ont rejoint avec enthousiasme la collaboration et applaudi au Statut des Juifs de Vichy. La gauche prosoviétique, pour sa part, n’a rien trouvé à redire aux purges antisémites en Tchécoslovaquie (1952), en URSS (de 1942 à 1953) ou en Pologne (1967).

 

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Une vidéo antisémite d’opposition à Valls, retweetée mercredi dernier par Jean-Luc Mélenchon lui-même et effacée par la suite

 

De manière plus directement liée au cas de Jean-Luc Mélenchon, son propre maître à penser, Pierre Lambert, avait appartenu pendant la guerre au « Parti Communiste Internationaliste » et au « Parti Ouvrier Internationaliste », des groupes trotskistes dissidents qui prônaient la fraternisation avec les soldats allemands. Il a, plus tard, fondé son propre parti, dont Mélenchon fut membre… et à qui Lambert donna d’abord le nom d’ « Organisation Communiste Internationale » avant de revenir à celui de « Parti Communiste Internationaliste », qu’avait porté le groupe collaborationniste de sa jeunesse.

 

En quoi cette histoire éclaire-t-elle l’animosité qui oppose aujourd’hui Mélenchon et Valls ? Parce qu’elle décrit les origines d’une division irréconciliable qui partage aujourd’hui la gauche française en deux camps : une gauche antitotalitaire et une gauche anti-occidentale.

 

D’un côté, une gauche qui inscrit ses valeurs (solidarité organisée par l’Etat, redistribution) dans le cadre de la lutte contre les ennemis de la liberté. Cette gauche est aujourd’hui, hélas, minoritaire. Manuel Valls en est le représentant le plus affirmé en France.

 

Parce qu’elle hait la tyrannie, la gauche antitotalitaire est l’ennemie de l’islamisme politique, qu’il s’exprime par le terrorisme ou par des tentatives d’intimider les sociétés occidentales pour qu’elles donnent une place toujours plus importante à la charia. Sur la question du Moyen-Orient, elle est naturellement encline à soutenir Israël, seul Etat dont la société est fondée sur la libre discussion et des élections libres.

 

De l’autre côté, une gauche elle aussi attachée à la solidarité étatique et à la redistribution, mais dont l’ennemi est l’héritage culturel occidental : les valeurs judéo-chrétiennes, le capitalisme et les Lumières. La France Insoumise est devenue le principal réceptacle politique de cette gauche-là, et Mélenchon est son premier représentant en France.

 

Parce qu’elle hait l’héritage judéo-chrétien, la gauche anti-occidentale est prête à s’allier à tous les mouvements qui veulent réduire son influence, y compris les groupes racistes anti-blancs comme le « Parti des Indigènes de la République » ou PIR (une députée mélenchonienne, Danielle Obono, est proche depuis longtemps de ce groupe raciste) et les islamistes de tout poil. Depuis quelques semaines, plusieurs députés mélenchoniens se sont ainsi fait une curieuse obligation de contester, de manière apparemment coordonnée, l’idée même qu’il pourrait exister un processus de radicalisation d’une partie des musulmans de France. Une autre députée, Clémentine Autain, s’était fait remarquer lorsqu’un collectif dont elle était le porte-parole avait appelé ses militants à se rendre à un meeting où officiaient Tariq Ramadan, Alain Gresh et Marwan Muhammad.

 

Parce qu’elle hait le capitalisme, cette gauche est fascinée par toutes les expériences de confiscation autoritaire de la richesse. Mélenchon a ainsi le triste honneur de rester le plus grand soutien, dans la classe politique française, du régime vénézuélien de Chavez et Maduro, qui a transformé ce qui était naguère le pays le plus avancé d’Amérique Latine en un vaste camp de famine.

 

Enfin, parce qu’elle hait les Lumières – c’est-à-dire la tradition occidentale de recherche désintéressée de la vérité par l’observation, le libre débat et la logique – la gauche mélenchonienne se distingue par une rhétorique faite presque exclusivement d’insultes et d’imprécations, sans aucune tentative de résoudre les conflits par l’observation ou le raisonnement.

 

Il va de soi que la gauche anti-occidentale hait aussi Israël, un pays dont l’existence a littéralement accompli les prophéties bibliques et où règnent la libre entreprise et le libre débat. Elle n’hésite pas à mettre en scène cette haine, sachant qu’elle peut aller chercher une réserve de voix parmi tous ceux qui, en France, haïssent les Juifs. Cette tactique fonctionne : les dirigeants antisémites Dieudonné Mbala Mbala et Alain Soral, sans s’être systématiquement rapprochés de la France Insoumise, ont apporté leur soutien à certains de ses élus et candidats (Farida Amrani, qui fut battue par Valls aux législatives, et plus récemment Danièle Obono). La démonisation systématique de Manuel Valls est d’ailleurs commune aux mélenchonistes et aux partisans de Dieudonné, au point que Mélenchon lui-même a retweeté, mercredi dernier, le tweet anti-Valls d’un antisémite affirmé.

 

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Les conséquences de la haine anti-israélienne (info # 011510/17) Version imprimable
dimanche, 15 octobre 2017

 

Par Guy Millière

 

L’une des proclamations les plus répugnantes parmi toutes celles que l’on peut entendre concernant les Arabes “palestiniens” en Europe, ou quand on parcourt des journaux et magazines européens, est celle affirmant que les Arabes “palestiniens” sont opprimés ou humiliés par Israël.

 

Lorsque je suis en Israël, je vois que les restaurants et magasins juifs subissent l’oppression “palestinienne”, contraints qu’ils sont de se protéger des risques terroristes par des portiques de sécurité et des gardes armés. Je vois que les restaurants et magasins arabes n’ont pas besoin de ces dispositions, car le terrorisme “palestinien” ne les menace pas. Je sais que malgré les précautions prises, des terroristes “palestiniens” tuent, hélas, des Juifs et d’autres Israéliens non musulmans. Je constate que les seuls Arabes qui subissent des violences de la part des forces de l’ordre israéliennes sont ceux qui ont commis ou tenté de commettre des violences les premiers.

 

Quand je me rends en Judée-Samarie, je vois que les villes et les villages juifs doivent également se prémunir pour les mêmes raisons, et qu’ils sont entourés de grillages. J’observe que les villes et les villages arabes n’ont pas, là encore, besoin de se protéger. Malgré les précautions prises à ce niveau aussi, des terroristes “palestiniens” tuent des Juifs et d’autres Israéliens non musulmans, et le font avec une haine barbare et répugnante. J’observe, en Judée-Samarie également, que les seuls Arabes qui subissent des violences de la part d’Israéliens sont, à de très rares exceptions près, ceux qui ont commis ou tenté de commettre des violences les premiers.

 

Quand je vois la barrière de sécurité, je sais qu’elle est là parce qu’avant qu’elle ait été édifiée, des attentats terroristes atroces étaient régulièrement commis en Israël par des gens venus des territoires occupés par l’entité terroriste appelée Autorité Palestinienne. Et je sais que si l’entité terroriste en question n’incitait pas à la haine et au meurtre de Juifs, la barrière de sécurité n’existerait pas, et les contrôles exercés lors des traversées de celle-ci n’existeraient pas non plus.

 

Je sais que ces contrôles ne sont pas discriminatoires à l’encontre des Arabes “palestiniens”, et que si les Arabes “palestiniens” ne voulaient plus de ces contrôles, il faudrait qu’ils se révoltent non pas contre Israël mais contre l’entité terroriste appelée Autorité “Palestinienne”. Elle est seule responsable de l’existence de la barrière de sécurité et des contrôles exercés lors de son franchissement. Ce, parce que l’Autorité “Palestinienne” se trouve à l’origine des incitations à la haine et au meurtre de Juifs et des attentats terroristes qui surviennent, parce qu’elle rémunère les terroristes assassins et leurs familles, et parce qu’elle traite les terroristes assassins comme s’ils étaient des héros.

 

Lorsque je suis en Europe, je sais que les touristes israéliens sont discrets et que c’est ce qui leur est recommandé en raison des agressions antijuives de plus en plus fréquentes, et de la haine d’Israël sans cesse instillée par les grands media, les organisations islamiques et les organisations gauchistes. Je constate que des Arabes “palestiniens” coupables de terrorisme sont également traités en héros sur le sol européen et n’ont strictement rien à craindre. Dernier exemple en date, Leila Khaled, une terroriste uniquement sortie de l’anonymat pour avoir détourné deux avions et leurs passagers, a été invitée à parler voici peu devant le Parlement européen, où elle a tenu des propos antisémites et a reçu une ovation debout.

 

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L’écriteau du jardin dédié à Yitzhak Rabin à Paris,

souillé par les mots "Boycott Israël"

 

Je constate que le chef terroriste Mahmoud Abbas est reçu avec les honneurs qu’il ne mérite aucunement dans quasiment toutes les capitales européennes, où des politiciens disent qu’il devrait avoir droit à un Etat, en récompense, sans doute, du nombre de Juifs qu’il a fait tuer au Proche-Orient et ailleurs.

 

Je constate que les pays d’Europe financent le terrorisme palestinien et financent donc l’assassinat de Juifs et d’autres Israéliens.

 

Et dès lors, je ne peux m’empêcher de penser que si un peuple est opprimé et humilié aujourd’hui, c’est le peuple israélien.

 

Je ne peux m’empêcher de penser, comme je l’ai déjà écrit à de nombreuses reprises, qu’Israël est traité comme le Juif parmi les Etats et se trouve traité aujourd’hui en Europe comme l’Europe traitait les Juifs en des temps qui ne sont pas réellement révolus.

 

Je ne peux m’empêcher de penser que ceux qui disent que les Arabes “palestiniens” sont humiliés et opprimés par Israël n’ignorent strictement rien de ce que je viens d’écrire, mais qu’ils sont mus par une haine des Juifs qui prend désormais la forme de la haine d’Israël.

 

Je pourrais ajouter que la haine d’Israël alimente la haine des Juifs en Europe, et que tous les Juifs agressés ou assassinés en Europe le sont par des gens imprégnés de la haine d’Israël.

 

Je pourrais ajouter encore qu’en contribuant à la haine d’Israël, les gouvernements européens, à mes yeux, contribuent non seulement aux agressions et assassinats de Juifs et d’autres Israéliens sur la terre d’Israël, mais aussi aux agressions et assassinats de Juifs en Europe.

 

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Hamas-Fatah : une énième négociation vouée à l’échec (011210/17) Version imprimable
jeudi, 12 octobre 2017

 

Par Sami El Soudi

 

Après d’intenses et animées discussions hier et avant-hier au siège cairote du Renseignement égyptien, et sous les auspices de ses principaux responsables, Ismaïl Hanya, le chef politique du Hamas, a annoncé que le Fatah et son organisation sont parvenus à un "accord de réconciliation".

 

Dans les faits, les deux parties ne se sont entendues sur aucun des points à l’origine de leur différend. A savoir les sujets qui permettraient une entente authentique, et qui intéressent, outre les Palestiniens, les Egyptiens et les Israéliens, aussi les Etats-Unis.

 

Les points d’achoppement sont laissés à des prochaines rencontres prévues pour se dérouler au même endroit, avec les mêmes participants. Il s’agit de l’avenir de la branche militaire du Hamas et de son arsenal, ainsi que des aspects politiques du rapprochement.

 

Sur ce dernier point, c’est l’adhésion du Hamas aux accords préexistants de l’Autorité Palestinienne avec Israël, dont sa reconnaissance dans les "frontières" de 1967, et l’abandon de la lutte armée qui sont en cause. Les sujets-clés du désaccord historique, sur lesquels aucun progrès n’a été réalisé au Caire.

 

Pour être totalement clair, cela concerne la réintégration de la bande de Gaza dans l’Autorité Palestinienne et son contrôle exclusif de ce territoire.

 

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Les délégués du Hamas et du Fatah se tiennent par les deux mains au Caire :

pour montrer qu’ils n’ont pas de couteaux

 

Plusieurs éléments ont conduit au renouvellement des contacts entre le Fatah et le Hamas, mais il ne s’agit pas de considérants à proprement parler convergents.

 

Pour l’organisation d’Ismaïl Hanya, la recherche d’un consensus est motivée par la situation économique catastrophique de son califat de Gaza, depuis l’abandon par le Qatar de son soutien financier. A cela, il importe d’ajouter l’isolement grandissant du Hamas au sein du monde arabe, et son lâchage absolu par l’Egypte et l’Arabie Saoudite, devenues des alliées stratégiques de plus en plus actives de l’Etat hébreu.

 

Sans se soucier des négociations entre les frères ennemis palestiniens, Le Caire poursuit par ailleurs ses travaux d’hermétisation de sa frontière avec Gaza, en pleine coopération avec Jérusalem et ses forces armées. Selon des sources palestiniennes concordantes, une délégation israélienne se trouvait en coulisses dans les bâtiments du Renseignement égyptien et a activement participé avec ses homologues locaux à l’orientation des discussions de ces deux derniers jours.

 

Reste que le Hamas se montre incapable de procéder à la reconstruction des dégâts engendrés par son aventure militaire contre Tsahal en 2014 [Opération Tzouk Eitan, rocher inébranlable. Ndlr.] , et qu’il n’est pas non plus à même de reconstituer sa capacité armée à cause de son encerclement et de son manque de moyens.

 

Pour l’Egypte et Israël, l’objectif commun consiste à obtenir la désintégration du Hamas et de son potentiel de nuisance par des voies politiques. Le Caire et Jérusalem sont en outre préoccupées par l’influence grandissante de l’Iran à Gaza, qui tente de remplir le vide laissé par le Qatar en envoyant des fonds au Hamas et en essayant de l’encadrer militairement.

 

Quant à l’Autorité Palestinienne, qui mise sur l’intention de Donald Trump de parvenir à la solution du problème israélo-palestinien, elle comprend fondamentalement deux choses : 1. Que Washington ne poussera pas les Israéliens vers un accord séparé avec Ramallah tant que Gaza sera gouvernée par une organisation armée agissant pour l’élimination de l’Etat hébreu. 2. Qu’il n’existe aucun autre intervenant sur la scène internationale à l’exception des USA capable de faire évoluer les choses en direction de la création d’un Etat palestinien indépendant.

 

Mahmoud Abbas et ses conseillers ont correctement analysé que, pour les pays arabes, la nécessité de contrer l’expansion iranienne avec l’aide d’Israël avait relégué la cause palestinienne au second plan.

 

En ce moment, une conférence de presse conjointe Fatah-Hamas est censée se tenir au Caire. Elle n’a cependant aucune importance.

 

Les points sur lesquels les deux entités se sont entendues concernent l’intégration de représentants du Hamas dans certains ministères de l’Autorité Palestinienne, la refonte de l’appareil policier dans la bande côtière, ainsi que la gestion conjointe des points de passage – côté Gaza – par le Hamas et le Fatah. Cette dernière disposition, à la condition expresse qu’elle se manifeste dans la réalité, pourrait faciliter le transit de certaines marchandises et services avec l’Egypte et Israël.

 

La portée de ces "éléments d’accord", dénués d’importance stratégique réelle, ne vaut qu’en cela qu’elle ouvre la voie à la poursuite des négociations concernant les sujets de fond.

 

Mais même si le Hamas n’a plus d’avenir ni dans le domaine militaire ni dans son rôle politique, son leadership, qui voit la situation en face, se trouve de plus en plus molesté dans sa gouvernance par son aile armée, islamiste, fanatique, idéologique, voire suicidaire, qui ne conçoit son rôle que dans la lutte sans espoir contre l’existence d’Israël.

 

La question est de savoir si la direction de l’organisation voudra et pourra se laisser dissoudre dans l’Autorité Palestinienne, et dans quels termes. Il est évident qu’elle fera tout, à la fois pour préserver certaines de ses prérogatives à Gaza et augmenter son influence dans le gouvernement palestinien.

 

La marge de manœuvre d’Hanya et d’Abbas sur ces sujets est cependant terriblement restreinte, ce qui me permet de prédire, une fois de plus, que ces tentatives de réconciliation sont vouées à l’échec. Ce qui est également l’opinion des conseillers de la Moukata [le siège de l’AP à Ramallah. Ndlr.] avec lesquels je me suis entretenu hier et ce jeudi matin.

 

La plus grande menace qui pèse sur eux étant la relégitimisation du Hamas politique en Cisjordanie, dans une situation où la population est lasse des promesses non tenues des politiciens vieillissants du Fatah, du blocage des négociations avec Israël, du renforcement constant des implantations juives, de la dégradation de son niveau de vie, de la corruption omniprésente, et enfin, du désintéressent progressif des Arabes pour sa cause.

 

La très grande crainte du Fatah porte sur la tenue éventuelle d’élections générales libres – les dernières ont eu lieu en janvier 2006 et avaient vu la victoire du Hamas par 74 sièges contre 45 au Fatah – qui pourraient porter l’organisation islamique au pouvoir et déclencher l’invasion de la Cisjordanie par Israël et sans doute son annexion.

 

On comprend, dans ces circonstances, que seule la dissolution du Hamas est envisageable, en premier lieu pour le Fatah, et que ce sera la seule alternative acceptable lors de la poursuite des négociations du Caire. Il n’est pas question, à la Moukata, de permettre une réimplantation de l’organisation islamique en Cisjordanie, autre que symbolique et strictement encadrée. Ne serait-ce déjà qu’au regard des innombrables efforts consentis ces dernières années, de concert avec le Shin Bet et l’Armée israélienne, pour détruire les cellules politiques et terroristes du Hamas en Judée-Samarie.

 

Seuls la reconnaissance du droit d’Israël à l’existence sur ses "frontières" d’avant la Guerre des Six Jours, l’abandon de la lutte armée et la dissolution du califat à Gaza pourraient permettre une réintégration surveillée du Hamas dans le jeu politique palestinien. Ce, pour la raison que le Hamas qui adopterait ces principes ne serait plus le Hamas et perdrait en dangerosité.    

 

La grande interrogation qui demeure participe de connaître le degré de désespérance des dirigeants du Hamas. Sont-ils suffisamment découragés pour accepter de devenir un parti politique islamique sous tutelle, comme il en existe dans tous les Etats arabes avoisinants ? Rien n’est moins sûr et, de toute façon, on ne va pas tarder à le savoir.

 

Si cela n’est pas le cas, Israël et ses alliés arabes auront les mains libres pour approfondir leur coopération face à Téhéran, ayant procuré aux Palestiniens l’opportunité de les rejoindre en adoptant la résolution responsable de se défaire de leurs dernières chimères.

 

En Israël, d’ailleurs, on ne se fait que peu de soucis face à cette énième tentative de réconciliation Fatah-Hamas, et on permet volontiers aux responsables et aux fonctionnaires du Fatah de se rendre à Gaza et en Egypte.

 

D’une part, parce qu’on ne croit pas plus que moi à ses chances de succès. Ensuite, parce que la droite au pouvoir est divisée entre la nécessité de voir le Hamas disparaître, et avec lui la menace qu’il fait peser sur la quiétude des habitants du Néguev, et son apport politique, lorsque, se maintenant à Gaza, il est la garantie pour Israël de non-création de l’Etat de Palestine.

 

Pour le moment, Binyamin Netanyahu donne des gages de bonne conduite à son ami Donald Trump en n’interférant pas dans les tractations en cours. Il sait, entre autres, que son allié le plus fiable dans la région, le Maréchal Abdel Fattah al-Sissi, se méfie encore plus que lui du Mouvement de Résistance Islamique Palestinien (Hamas), celui qui avait soutenu son pire ennemi, Mohamed Morsi, et qui a été créé par l’organisation à laquelle il adhérait, les Frères Musulmans, en 1987.


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