La Révolution et nous (info # 011402/17) Version imprimable
mardi, 14 février 2017

 

Par Llewellyn Brown

 

L’écriture et la réflexion de Jean-Claude Milner sont saisissantes de vie et de clarté. Milner est un penseur et un écrivain engagé : non dans le sens ordinaire de ce terme – qui serait plutôt synonyme d’« embrigadé » dans un parti politique (surtout de gauche) – mais quelqu’un qui donne corps, dans sa réflexion, aux préoccupations auxquelles il a consacré son existence. Par là même, sa pensée nous éclaire sur les enjeux de la nôtre. Dans ce livre consacré à la question de la « révolution », il met à plat ce qu’il a vécu autrefois en tant que militant maoïste, et ce qui a bouleversé notre époque moderne dans son ensemble.

 

Dans le terme révolution, il voit un idéal qui a imprégné le débat politique depuis la Révolution française en 1789 jusqu’au 11 septembre 2001, où eut lieu un événement d’importance mondiale, qui ne devait rien à l’idée de révolution. Le terrain politique qu’il examine est nécessairement miné mais, affirme-t-il, le changement d’époque permet de prendre du recul et d’analyser cette notion – ainsi que les événements qui s’en réclament – avec acuité, avant que nous n’oubliions ce qui a soulevé tant de passions. Or dans ce domaine, les idées sont tout sauf claires et distinctes : qu’il s’agisse d’en faire l’éloge ou de verser dans la dénonciation, on ne fait pas la différence entre la Révolution française et la prise de pouvoir en Russie (1917) ou en Chine (1949) ; entre la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen, d’un côté, et la Terreur, de l’autre, il en va de même. Mais l’analyse que conduit Milner dans ce livre - 1Relire la Révolution - permet de faire les indispensables distinctions d’ordre structural et d’en tirer leçon, grâce à une connaissance approfondie de l’Histoire, et une logique des plus rigoureuses.

 

Une seule réelle révolution

 

Certains, comme Hanna Arendt, ont dénoncé la Révolution française, pour lui opposer la Révolution anglaise de 1641, ou celle des États-Unis de 1776, supposées à l’origine s’articuler sur des constitutions aptes à assurer la paix et la stabilité du pays. Or le cas des États-Unis est trompeur, puisque la Constitution de 1787 – qui n’est pas celle, centralisatrice, en vigueur aujourd’hui – incluait l’esclavage, entraînant une guerre civile meurtrière ; elle n’a pas non plus empêché les Etatsuniens d’exterminer les Indiens jusqu’en 1890. En fait, un semblant d’égalité a été préservé au prix de guerres de conquêtes territoriales d’une férocité qui allait bien au-delà de celle des guerres napoléoniennes.

 

Par contraste, Milner affirme que la Révolution française « fonde la culture européenne », et il nous démontre pourquoi, en opérant une distinction entre la « révolution » et « la croyance révolutionnaire ». En effet, celle-ci fait l’amalgame d’un nombre de notions que tous reconnaîtront : par exemple l’idée que la révolution est faite pour et, de préférence, par les pauvres ; qu’elle est apte à apporter un changement illimité ; qu’elle doit fonder un nouvel Etat, mais qu’à cette fin, un moment d’illégalité est inévitable. Or tout regard rigoureux sur la réalité historique dément ces articles de foi. Par exemple, il est remarquable que la Révolution française eut lieu non dans un moment de pauvreté, mais à une époque de prospérité et de puissance, sur le plan national.

 

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L’exécution de Robespierre et Saint-Just ou l’apprentissage de la révolution

 

Milner fait alors une distinction capitale entre les « révolutions idéales » – celles qui offrent des modèles réalisés de la révolution – et l’« Idéal de la Révolution », ce dernier constituant le « point de fuite » du tableau politique à l’époque moderne. Or cet Idéal de la Révolution a justement pris corps dans la Révolution française, en sorte que celle-ci n’a cessé d’être intégrée à la pensée politique européenne. En réalité, la Révolution française n’était pas seulement la première – les autres se réclamant immanquablement d’un modèle antérieur –, elle est la seule révolution : les autres ne sont que des coups d’Etat, visant l’obtention et la conservation du pouvoir. La chose est frappante : dans la Révolution française – et contrairement aux révolutions idéales –, il n’y eut ni conjurés ni organisation clandestine : les actions furent publiques, et il n’y eut pas de parti. De même que la Révolution française ne fut pas un coup d’Etat, elle rompt avec la révolte qui, elle, concerne purement les besoins, par contraste avec la politique, qui traite le domaine plus vaste des droits.

 

Polybe et la révolution

 

Une référence théorique s’impose aux hommes politiques, qu’ils la connaissent réellement ou non : il s’agit de l’historien Polybe (ca. 208-126 avant notre ère) qui, dans le livre VI de Histoire, divise les régimes en monarchie (gouvernement par un seul), aristocratie (gouvernement par plusieurs : les « meilleurs ») et démocratie (gouvernement par le peuple entier). A chacun de ces régimes correspond une forme dégradée, respectivement tyrannie, oligarchie et ochlocratie (la foule).

 

Ces régimes se succèdent dans un éternel recommencement avec, de l’un à l’autre, une période transitionnelle de violences. Pour éviter ces dernières – et pour assurer la stabilité des institutions –, il paraît préférable de combiner des éléments issus des trois formes fondamentales : c’est le principe bien connu des branches du pouvoir (exécutive, judiciaire, législative).

 

Cette conception classique était à l’œuvre chez les acteurs de la Révolution française, y compris dans la période problématique marquée par la Convention montagnarde, qui commence le 2 juin 1793 et se termine le 9 thermidor (27 juillet 1794) par l’arrestation de Robespierre. En effet, le « polybisme » suppose une logique de l’intervalle, selon laquelle les périodes troubles de transition n’ont aucune valeur propre, mais servent seulement à l’instauration rapide d’un nouveau régime stable. C’est dans cette perspective que Robespierre souhaitait une résolution rapide de la Révolution et de la Terreur qui, en tant que moment d’exception, devait aboutir à sa propre dissolution.

 

Saint-Just, en revanche, adopta la position contraire, et absolument inédite sur le plan historique, voyant toute mise en suspens de la révolution comme un danger pouvant mener au désastre. Il s’agissait alors de vivre en révolutionnaire – ce mot était un néologisme –, pour prolonger cette action dans la durée. La révolution devint alors une forme autonome, au lieu d’être un simple moment de transition.

 

La Terreur

 

Ainsi, la révolution désignait une situation totalement inédite : Milner souligne que la Révolution française était la seule pour qui la « croyance révolutionnaire » n’existait pas encore. Il s’agit là d’un fait structurant. Le surgissement de cette nouveauté absolue fut causé par la fuite du roi à Varenne : dans toute l’Histoire, on n’avait jamais vu l’abandon de l’Etat par celui qui devait en garantir la constitution. Cet acte, aux yeux des révolutionnaires, était assimilable à la haute trahison. Cette nouveauté en entraîna une autre : la monarchie fut irrémédiablement associée au crime. Dès lors se fondait la conception selon laquelle la révolution devait être un événement instaurant le pouvoir de tous : la démocratie.

 

Deux moments sont à distinguer : la Première Terreur – située entre le 10 août et septembre 1792 –, et la Grande Terreur, correspondant à la Convention montagnarde. La première appartient au peuple qui – et contrairement aux espoirs des philosophes –, au lieu de manifester le pouvoir civilisateur du progrès et de l’instruction, a révélé toute sa sauvagerie. Il fallait absolument, donc, écarter le peuple de tout acte de violence et, moyennant l’instauration de la guillotine, remettre cet office aux représentants du peuple. Réduisant les masses au statut de spectateurs, il s’agissait de mettre une fin aux massacres. A ce titre, il faut se rappeler que Robespierre était un ferme adversaire de la peine de mort. Cependant, la menace pesant sur le pays était réelle : non seulement y avait-il la guerre extérieure, mais le pays était infesté d’agents provocateurs, tel Danton, financés par Londres. Par conséquent, privilégiant le long terme sur l’immédiat, Robespierre chercha à faire durer la Terreur, le temps d’éliminer ceux qui voulaient qu’elle cessât instantanément (au profit de ceux qui, comme Lénine par la suite, menaçaient de détruire l’économie), et ceux qui voulaient qu’elle durât indéfiniment (comme Saint-Just). Le pari fut risqué, et l’erreur de Robespierre fut, à ce moment, de faire de la politique comme on fait la guerre, avec la conséquence que sous la Terreur – c’était là sa spécificité –, on n’était pas coupable après l’acte, mais on pouvait être jugé avant de l’avoir commis. On sait que Robespierre paya le prix de cette erreur funeste.

 

La manière dont les marxistes-léninistes agissaient était totalement à l’opposé : pour eux, la terreur n’était pas un moment d’exception – par définition provisoire – destiné à rendre l’avenir possible, mais une action préparant l’avenir, notamment dans l’instauration de l’Etat-terreur.

 

La Déclaration des droits

 

L’invention capitale de la Révolution française fut la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen : elle représente un moment de coupure historique. Le rapport entre la Déclaration et la constitution est d’ordre logique : les deux demeurent distinctes. Cependant, si la seconde dépend de la première, aucune constitution précise ne peut, en retour, se déduire des droits, qui sont formulés de manière minimaliste.

 

La distinction des droits entre ceux appartenant à l’homme et ceux du citoyen est cruciale. Les droits de l’homme/femme (dénomination choisie par Milner) viennent à chacun du simple fait de naître et de parler, indépendamment de ses qualités ou attributs. En effet, Milner souligne que le corps est la seule chose que nous ayons en commun. Il s’agit donc d’une égalité qui ne doit rien à l’histoire ou à la société, définissant la condition du corps parlant. Celle-ci détermine – de l’extérieur – l’humanité du citoyen. Si elle est minimaliste, cette définition n’a rien d’abstrait cependant, comme le prétendent certains, s’en déduisent la liberté, l’égalité et la propriété, qui sont des droits de corps.

 

Milner précise que, comme les droits de l’homme/femme, ceux du citoyen n’ont rien de traditionnel ni d’anglais : loin de dépendre d’un régime particulier, ils définissent la forme de participation sociale la plus universelle. Contrairement aux droits de l’homme/femme cependant, ceux-ci sont maximalistes, pouvant s’étendre indéfiniment. Cependant, la citoyenneté fait aussi partie des droits de l’homme/femme, parce que ceux-ci doivent s’incarner dans une société réelle. A l’inverse, être citoyen sans être homme conduirait à une citoyenneté aveugle : l’adaptation déshumanisante à une machine.

 

Aujourd’hui

 

La conclusion du livre est extrêmement dense, décrivant l’importance de la révolution pour nous, aujourd’hui. D’abord, ceux qui adhèrent à la « croyance révolutionnaire » – les révolutionnaires historiquement attitrés – se montrent comme de simples « professionnels de la révolution » : ils tiennent à ce que rien ne les surprenne ou n’échappe à leur maîtrise. Ils s’inscrivent ainsi dans la perspective classique du « polybisme », qui exclut toute nouveauté : dans cette optique, tout est déjà arrivé, tout a déjà été dit. Tout se fond dans la continuité, sans coupure, de l’éternel recommencement. C’est ce que Milner (à la suite de Lacan) appelle la réalité ; l’idéologie qui s’en déduit se nomme le réalisme.

 

Or le révolutionnaire – tel qu’il apparut à la Révolution française, et contrairement à la pratique des marxistes-léninistes – n’est pas un maître. Au contraire, il se trouve aux prises avec le non-savoir : il voit ce que personne d’autre n’a vu et se trouve, par conséquent, dans l’obligation de décider sans savoir pourquoi. Dans les mots de Milner, « être révolutionnaire, c’est ne pas savoir de quelle métamorphose du monde l’acte que j’accomplis en pleine connaissance de cause aura été tout à la fois la cause et le révélateur ». Le réel – tel que Lacan le conceptualise, et Milner après lui – demeure radicalement réfractaire au savoir. Il prend l’exemple de la peste d’Athènes (430 avant notre ère), décrite par Thucydide et par Lucrèce, mais considérée comme un simple « détail » par Platon : « La peste ne m’aura rien appris, aurait pu dire un survivant athénien. Rien, sauf la peste elle-même et qu’on peut en parler ». Ainsi en va-t-il aussi de la Shoah, dont le trou béant n’apprend rien : on peut cependant en parler avec une parole inédite, comme nous le montrent Claude Lanzmann, dans Shoah, ou Primo Levi.

 

Si la Révolution française touche au réel, c’est dans la mesure où elle révèle que la politique concerne, en dernière analyse, la survie des êtres parlants. Il n’existe donc aucune continuité entre la Déclaration des droits et la Terreur, qui, elle, marquait le moment où la réalité – sous la forme de la survie de la patrie – absorbait ce réel, au détriment des êtres parlants.

 

L’approche de la politique, telle que l’élabore Milner, permet de réintégrer la compassion, dont la particularité consiste en la possibilité de découvrir le réel d’un corps, et d’un corps parlant. Alors, les libertés ne sont plus de pures abstractions, mais concernent le corps, jusque dans sa dimension la plus élémentaire : « Les droits de l’homme/femme résument ce qui fait qu’on ne traite pas un homme ou une femme comme un animal ; ils commencent donc au plus près de l’animalité. ».


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Israël : l’Amérique est de retour (info # 011202/17) Version imprimable
lundi, 13 février 2017

 

Par Guy Millière

 

La presse européenne a accueilli avec une forme de soulagement et d’espoir le fait que l’ambassade des Etats-Unis en Israël ne serait pas transférée immédiatement à Jérusalem. Elle y a vu un renoncement de l’Administration Trump.

 

La presse européenne découvrira dans les semaines et les mois à venir qu’il n’y a aucun renoncement. David Friedman sera l’ambassadeur des Etats-Unis en Israël, et c’est à Jérusalem qu’il le sera. Il considérera, comme Donald Trump, que Jérusalem est la capitale d’Israël. L’ambassade des Etats-Unis sera transférée à Jérusalem en concertation avec le gouvernement d’Israël, qui est et sera consulté sur le sujet. Trump n’est pas en quoi que ce soit un homme qui renonce.

 

De la même façon, la presse européenne a cru voir dans un récent communiqué de la Maison Blanche une volonté de l’Administration Trump de réprouver les constructions israéliennes en Judée-Samarie.

 

La presse européenne devrait relire d’urgence le communiqué. Celui-ci conseille à Israël de ne pas construire dans l’immédiat de nouveaux villages juifs en Judée-Samarie, mais y entérine sans le moindre problème l’expansion des villes et villages juifs existants. Cela n’est pas une réprobation mais un conseil sur un point et un feu vert essentiel sur un autre. Sean Spicer, porte-parole de la Maison Blanche, a d’ailleurs été très explicite à ce propos. Je cite : “Nous ne considérons pas que l’existence d’implantations constitue un obstacle à la paix”.

 

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C’est enfin fini

 

Si les journalistes européens consultaient leurs amis au sein de l’Autorité Palestinienne, ils discerneraient aisément qu’à Ramallah le communiqué a été lu et compris. Et ils percevraient aussi que chez Mahmoud Abbas et dans son entourage, c’est l’angoisse qui prédomine.

 

Pas un seul membre de l’Administration Trump n’a pris contact avec l’Autorité Palestinienne depuis le 20 janvier, et quand des membres de l’AP ont tenté de contacter la Maison Blanche, personne ne leur a répondu. Un certain Majed Faraj s’être rendu à Washington très récemment, mais il n’a rencontré que quelques subalternes.

 

L’explication de l’angoisse de l’Autorité Palestinienne est très simple en réalité. Elle tient dans le discours que Donald Trump a prononcé devant l’assemblée annuelle de l’AIPAC le 21 mars dernier.

 

Trump y déclarait notamment : “Dans la société palestinienne, les héros sont ceux qui assassinent les Juifs. Nous ne pouvons laisser cela continuer. Nous ne pouvons pas laisser cela arriver plus longtemps”.

 

Il ajoutait dans la foulée : “Dans les manuels scolaires et dans les mosquées palestiniennes, il existe une culture de la haine qui est implantée là depuis trop d’années. Et si l’on veut parvenir à la paix, cela doit cesser... Il faut mettre fin à l'enseignement de la haine. II faut y mettre fin dès maintenant”.

 

Ce sont des paroles claires. Donald Trump entend traiter l’Autorité Palestinienne comme ce qu’elle est : une entité infréquentable parce qu’incitant au meurtre et à la haine.

 

Il ajoutait encore : “Il n'y a pas d'équivalence morale. Israël ne donne pas aux places publiques le nom de terroristes. Israël ne paie pas ses enfants pour poignarder des Palestiniens pris au hasard”.

 

Donald Trump ne placera pas sur le même plan une société démocratique respectueuse du droit et une entité terroriste, et il ne considérera pas qu’il y a une équivalence morale entre l’une et l’autre, non.

 

Trump promettait : “Lorsque je serai Président, j’enverrai un signal clair montrant qu'il n'y a pas de mésentente entre nous, l'Amérique, et notre allié le plus fiable : l'Etat d'Israël”.

 

Il est président et les signaux qu’il envoie sont clairs.

 

La plateforme du Parti Républicain adoptée quelques mois plus tard s’inscrivait dans la continuation ; elle ne mentionnait pas l’Autorité Palestinienne et ne comportait aucune allusion au “processus de paix” et à la “solution à deux Etats”.

 

Les journalistes européens vont devoir s’adapter. Comme le dit une vieille expression américaine, il y a un nouveau shérif en ville. Le nouveau shérif sait faire la différence entre les criminels et les victimes de crimes, et entre une société de droit et une entité terroriste.

 

Il n’entend pas parler avec l’entité terroriste. Il n’entend pas considérer les Juifs comme des intrus en Judée-Samarie. Il sait que la capitale d’Israël est Jérusalem.

 

Il recevra Binyamin Netanyahu cette semaine avec les honneurs qui lui sont dus.

 

Il a fait envoyer par son Conseiller National de Sécurité, Michael Flynn, ces jours derniers, un message très ferme à la République Islamique d’Iran en forme d’une ligne rouge que le régime des mollahs aura tout intérêt à ne pas franchir.

 

Il n’y aura rien d’étonnant si, dans les quatre années à venir, l’Autorité Palestinienne se voit proposer, au mieux, un statut d’autonomie très surveillée qu’il lui sera très difficile de refuser, sauf si elle veut pleinement appartenir au passé et si Mahmoud Abbas choisit de finir sa vie ailleurs qu’en Judée-Samarie.

 

Il n’y aura rien d’étonnant non plus si le régime des mollahs, dans la même période, se trouvera confronté à de très profondes difficultés, voire à bien davantage.

 

C’est, au-delà d’Israël, une recomposition de toute la région qui prend forme, et Israël retrouve sa place, légitime, d’allié essentiel des Etats-Unis au Proche-Orient.

 

Comme le disait Ronald Reagan en 1984, America is back, l’Amérique est de retour. La page sur laquelle se sont écrites les années Obama sera bientôt tournée, et la nouvelle page sera très différente.

 

Ceux qui n’ont pas pris Donald Trump au sérieux il y a dix-huit mois se sont lourdement trompés. Ceux qui ne le prennent pas au sérieux aujourd’hui se trompent bien davantage encore.

 

Les entraves que gauchistes et Démocrates américains ne cessent de mettre sur le chemin de Donald Trump montrent qu’ils sont inquiets. Dès lors que gauchistes et Démocrates américains sont résolument “propalestiniens”, leur inquiétude est logique, tout autant que l’angoisse de l’Autorité Palestinienne.

 

 
Aulnay : la France attaquée aux obus de mortier (info # 010602/17) Version imprimable
lundi, 13 février 2017

 

Par Patricia La Mosca

 

Rama Yade, ancienne secrétaire d’Etat de Nicolas Sarkozy et candidate à la présidence française, s’est fendue de la déclaration suivante au sujet des évènements qui secouent actuellement Aulnay-sous-Bois, dans la banlieue parisienne : "C'est toute la jeunesse des quartiers populaires que la police a humiliée par cet acte infâme. Qu'est-ce que c'est que la République pour ces jeunes qui subissent l'humiliation de la part de ceux qui devraient les protéger ? Comment après leur parler des valeurs de la République ?".

 

Ce commentaire fait écho à celui de Bruno Beschizza, ancien officier de police et maire LR d’Aulnay, qui s’émeut : "La police est là pour protéger et non humilier nos concitoyens".

 

Face à eux, une presse qui non-informe, un peu à la manière de ce qu’elle fait au sujet du conflit israélo-palestinien. Elle a autant de manque d’égards et de non-curiosité à propos des forces de l’ordre françaises que des soldats de Tsahal. Elle les juge avant la justice et dissimule les faits susceptibles d’expliquer leur comportement.

 

Cette presse de l’Intifada, de même que les personnalités politiques qui ne cherchent plus qu’à plaire aux électeurs de confession musulmane à tout prix, en viennent à ignorer la fonction même de la police : elle ne consiste pas à protéger les vendeurs de drogue mais principalement à maintenir l’ordre, ce qui est une véritable gageure dans certaines portions du territoire comme dans la Cité des 3 000 à Aulnay. Et c’est en maintenant l’ordre, qu’elle protège l’ensemble de nos concitoyens, et uniquement de cette manière.

 

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Certes, mais de quelle justice parlent-elles ?

 

J’ignore bien sûr si, comme les en accuse la rumeur publique, des policiers ont violé un habitant de cette cité âgé de 22 ans, et s’ils l’ont fait, ils doivent être condamnés par la justice sans le moindre état d’âme. Mais de toute façon, il n’existe pas de cause à effet entre l’éventuelle responsabilité des gardiens de la paix et l’innocence, voire l’héroïsme du jeune homme en question.

 

Nous connaissons d’autres éléments factuels qui sont soigneusement ostracisés ou déformés par nos confrères journalistes français, et que l’opinion publique doit partager pour être en mesure de se faire une idée équilibrée de cette affaire.

 

A commencer par les circonstances de l’interpellation qui s’est déroulée jeudi passé ; vers 17 heures, ce jour-là, les policiers ne se sont pas livrés à un contrôle d’identité de routine, loin s’en faut. Ils intervenaient dans un quartier régi par les marchands de drogue, dans lequel tout représentant de l’Etat qui tente de se mesurer à eux risque sa vie. Car ce qui n’a pas été dit est que la Cité des 3 000, de son vrai nom, la "Rose des vents", avec ses HLM aux formes géométriques conçus dans les années 70, abrite plus de 20 000 personnes et constitue, sans l’ombre d’un doute sensé, l’un de ces fameux territoires perdus de la République.

 

Les policiers tentaient un coup de filet contre des gros bonnets du trafic de stupéfiants à l’occasion d’une opération surprise. Preuve en est qu’ils étaient venus munis de gaz lacrymogènes, dont ils ont d’ailleurs eu à se servir pour se dégager.

 

Lors de leur action, ils se sont rapidement rendu compte que les "guetteurs", désormais disséminés aux alentours de tous les points de vente de came, ont averti les dealers de l’arrivée de la maréchaussée en émettant des signaux bien connus des forces de l’ordre. Dès ce moment, tous les acteurs du commerce de la drogue opérèrent un retrait rapide vers des positions préparées à l’avance depuis lesquelles ils ont menacé et filmé les fonctionnaires.

 

Tous, sauf un, dont la fonction était, très probablement, de ralentir les policiers afin de permettre aux vendeurs de récupérer leur marchandise et de prendre la poudre d’escampette. Ceci éclaire l’acharnement des quatre hommes – sans l’excuser aucunement - aujourd’hui inculpés, contre l’individu qui a fait capoter leur plan.

 

Le jeune homme s’est ainsi débattu de toutes ses forces, même au sol, jusqu’à en perdre son pantalon, contre les représentants de l’Etat qui le traitaient il est vrai sans le moindre ménagement. Sur les images filmées par des témoins de la scène, on distingue que l’homme est ensuite menotté et poussé dans un véhicule de police pour être emmené au commissariat. A son arrivée, constatant qu’il saigne au niveau des fesses, il est transporté par les pompiers à l’hôpital Robert Ballanger, où un médecin diagnostiquera une "déchirure de l’anus sur 10cm".

 

Dimanche soir, l’un des quatre policiers est mis en examen pour viol, et trois de ses confrères, pour violences volontaires. Dimanche matin, pourtant, le parquet de Bobigny, après une enquête préliminaire, avait requalifié les faits de "viol en réunion" en "violences volontaires". Sur les vidéos, on voit en effet un policier asséner au jeune homme un coup de matraque télescopique horizontal au niveau des fesses. Les mêmes vidéos montrent que son pantalon a glissé durant la bagarre, écartant de la sorte une éventuelle intention sexuelle de la part des policiers.

 

Dès jeudi soir, le parquet avait confié l’enquête à l'Inspection Générale de la Police Nationale (IGPN). L’accusation de viol émane de Théo, le jeune homme de 22 ans, qui prétend qu’on lui a intentionnellement enfoncé une matraque dans l’anus lors de son interpellation sur la voie publique.

Pour sa part, le secrétaire général adjoint du syndicat Alliance de la Police Nationale, Frédéric Lagache, rappelle à juste titre qu’ "autant dans les conclusions de l'IGPN que dans celles du parquet, il n'y aurait pas eu une intention de viol contre cette personne. A aucun moment, nos collègues n'ont eu une intention de commettre ce crime, parce qu'un viol c'est un crime".

 

Pour en avoir le cœur net, j’ai questionné indépendamment deux chirurgiens spécialisés dans les traumatismes pour leur demander, sans mentionner l’affaire d’Aulnay, si un coup de matraque sur une personne nue pouvait occasionner une déchirure de 10cm au niveau de l’anus sans qu’il y ait eu pénétration. Les deux m’ont répondu sans hésitation par l’affirmative, et les deux ont précisé qu’un examen approfondi de la blessure révélerait à coup sûr si elle a été occasionnée par une pénétration ou par un coup porté horizontalement, les caractéristiques des deux types de blessures étant différentes. Depuis, l’anus de Théo a été recousu et les enquêteurs connaissent sans doute la réponse à ce questionnement.

 

Frédéric Lagache espère, de plus, "que le juge n'a pas pris cette décision [les mises en examen, dimanche soir] au regard de tout ce déferlement médiatique qui a fait qu'il a subi une pression pour mettre en examen ce collègue pour viol".

 

En fait, il ne s’agit pas uniquement d’un déferlement médiatique et des accusations de plusieurs personnalités politiques visant les fonctionnaires. Ce que le délégué syndical et les media français passent sous silence ou amenuisent considérablement, ce sont les émeutes qui secouent Aulnay-sous-Bois depuis samedi dernier.

 

Ces émeutes sont d’une violence inouïe qui inclut l’utilisation d’armes de guerre. La compagnie de CRS appelée en renfort a ainsi essuyé des tirs tendus de mortier, un type d’arme plus fréquemment utilisé par le Hamas à Gaza qu’en banlieue parisienne. Suite à ces tirs, cinq personnes ont été appréhendées.

 

Des bandes ont également saboté l’approvisionnement électrique de la cité, qui a été plongée dans l’obscurité une bonne partie de la nuit de samedi à dimanche. D’autre part, de nombreuses voitures ont été incendiées – et non pas une seule comme rapporté par les media franciliens -, plusieurs abribus ont été pulvérisés et un bus partiellement ravagé par le feu.

 

Présente la plupart du temps sur place, j’ai pu constater, d’une part, que certaines rues ressemblent à un champ de bataille, et d’autre part, que les émeutiers agissent de façon parfaitement organisée et synchronisée, les attaques contre les forces de l’ordre étant brèves, mais d’une violence extraordinaire et parfaitement ciblées.

 

Il ne fait aucun doute dans mon esprit que ces désordres sont largement plus significatifs et préoccupants que le possible débordement d’officiers de police sur un individu lors d’une opération anti-drogue.

 

Reste que l’establishment français fait bloc et prend le plus grand soin à ne pas fustiger les fauteurs de troubles. Je suis en particulier incrédule face aux propos de Rama Yade, totalement déconnectée de la réalité de la banlieue de ce début de 2017. Ses propos que j’ai déjà cités, "C'est toute la jeunesse des quartiers populaires que la police a humiliée par cet acte infâme. Qu'est-ce que c'est que la République pour ces jeunes qui subissent l'humiliation de la part de ceux qui devraient les protéger ?", représentent à la fois une dangerosité inconsciente, une justification des actes d’agression contre les fonctionnaires de l’Etat, un encouragement à la violence, et un jugement – acte infâme – qui est tout sauf avéré et qui devrait rester l’apanage de la justice après une enquête méticuleuse.

 

En quoi "toute la jeunesse des quartiers populaires" a-t-elle été "humiliée" parce que des policiers ont courageusement tenté de faire leur métier en combattant les trafiquants de drogue ?

 

Nous sommes en pleine philologie des racailles, dont le but est de pérenniser leur emprise sur ces quartiers et de continuer à tenir leur population en otage. Si c’était sa voiture qui avait été incendiée, Madame Yade saisirait immédiatement ce dont je parle.

 

C’est bien entendu gravissime. Cela entraîne naturellement la démotivation dans les rangs des policiers avec lesquels je me suis entretenue ces derniers jours ; ils ne saisissent pas pourquoi ils sont ainsi jetés aux gémonies par une presse quasi-unanime. Un officier désabusé m’a ainsi confié : "Ils ne pigent pas la signification de l’utilisation des mortiers contre nous, et ils se forcent à ignorer que ces banlieues dissimulent des arsenaux très fournis en armes de guerre". Un autre ajoutant : "Ils ne s’en émeuvent que lorsqu’elles leur pètent à la gueule, lorsque des individus issus de ces pépinières de terroristes traversent le Périphe. C’est la France qu’ils combattent.".

 

C’est à ce moment que je m’aperçois que je suis adossée à un muret qui porte l’inscription "Viv (sic) Mohamed Merah !" en rouge, au milieu d’un tas d’autres graffitis en arabe.

 

Ces évènements et ce que j’apprends dans ma fréquentation des banlieues me fait penser que nous sommes en train de passer de la démocratie à la gestion des intérêts publics par la rue. Je partage l’inquiétude du délégué du syndicat de police quant à la décision des juges, car il n’y a, dans le dossier et en l’état, aucun élément permettant une mise en examen pour viol. La thèse selon laquelle ces quatre policiers sont utilisés comme boucs émissaires pour tenter d’apaiser les voyous me semble plus plausible en vertu de ce que je sais.

 

C’est le contraire qui va arriver. Ces gangsters sont pleins d’enthousiasme, d’idées et d’énergie ; ils rayonnent face à un système politique malade, et ils fêtent la décision du juge, la posture de la presse et les déclarations des hommes politiques comme autant de victoires. Nous sommes dans la ligne de Benoît Hamon qui les plaint, et je n’ose imaginer ce qu’il adviendra s’il passe.

 

Les gouvernants privés d’épine dorsale qui se laissent dicter leur conduite par des gens qui piétinent la loi, voilà qui me fait penser aux articles de Juffa et d’[Ilan] Tsadik à propos des évènements d’Amona, très loin d’ici. Et ce ne sont probablement pas les seules ressemblances entre la France et Israël.

 

 
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