Deux obus syriens explosent en israël (info # 022104/17) Version imprimable
vendredi, 21 avril 2017

 

© Metula News Agency

 

18h 45 à Métula, 17h 45 à Paris

 

Deux obus syriens ont explosé en cette fin d’après-midi de vendredi sur le territoire israélien, dans le centre du plateau du Golan, sans faire ni dégâts ni victimes.

 

Une équipe de reportage de la Ména se trouvait par hasard sur place, enquêtant sur un autre sujet, lorsque des échanges d’artillerie se sont produits.

 

Des positions de la rébellion ont été visées par l’Armée gouvernementale au sud du village d’al Qahtaniah, deux obus tombant à moins de 500 mètres de l’endroit où nous nous trouvions. Les points d’impacts se situaient à environ 3.5km au sud-est de la ville abandonnée de Kouneitra

 

La rébellion, à savoir le Front du Sud, a répliqué coup pour coup en ciblant des positions des troupes d’al Assad en direction du Nord.

 

Les obus de l’Armée régulière ont atterri en Israël environ 10 minutes après notre départ qui suivait une accalmie dans les échanges d’artillerie.

 

Tsahal est sans doute en train de riposter en direction des batteries gouvernementales responsables des tirs, comme il le fait chaque fois que le territoire israélien est touché.

 

Il y a quelques minutes, on apprenait que des sirènes annonçant d’autres bombardements avaient retenti en Israël dans le sud du Golan, dans la région de Bneï Yehouda et de Névé Hama, à 25km plus au Sud. Cette zone fait face aux seules positions de DAESH dans le Golan syrien, qui compte une enclave dans laquelle se sont regroupés environ 700 combattants de l’Etat Islamique.

 

Pour le moment, le porte-parole de Tsahal a uniquement annoncé la chute des deux obus syriens en Israël.

 

Nous reviendrons sur la situation dans le Golan au travers d’autres breaking news en cas d’aggravation de la tension, de dégâts ou de blessés.

 

 
Juffa analyse les 5 candidatures principales de l’élection française (012104/17) Version imprimable
vendredi, 21 avril 2017

 

© Metula News Agency

 

L’analyse de Stéphane Juffa, au micro de Jim Mosko, sur Radio Judaïca https://www.youtube.com/watch?v=LnYlh_0CPmg (Facebook).

https://youtu.be/qrtVgcTiSIs (Youtube)

 

Stéphane Juffa passe un à un en revue les cinq candidats principaux à la veille de la présidentielle française. Il parle de leur personnalité de leurs propositions et de leur rapport aux Israélites et aux Israéliens.

 

 

 
L’étrange béguin des chiraquiens pour Macron (info # 012004/17) Version imprimable
jeudi, 20 avril 2017

 

Par Amram Castellion

 

Emmanuel Macron aime à dire qu’il bénéficie de soutiens de gauche, du centre, comme de droite. Ce n’est pas faux, même si ce n’est pas dans la même proportion : la très grande majorité de ses soutiens, comme des électeurs qui se prononceront pour lui dimanche prochain, vient d’un centre-gauche gestionnaire et responsable.

 

Reste que les soutiens à la « macronie » venus de la droite existent bel et bien. Ces soutiens, cependant, sont loin d’être issus uniformément des différentes écoles qui composent la droite française. L’immense majorité d’entre eux vient d’un seul cercle : celui qui entourait l’ancien Président Jacques Chirac, chef de l’Etat entre 1995 et 2007, que l’âge et la maladie empêchent désormais de participer au débat politique.

 

Plusieurs de ces soutiens sont explicites et officiels. Jean-Paul Delevoye, ancien ministre de la Fonction Publique de Chirac, est chargé de la sélection des futurs candidats du parti macroniste aux législatives de juin prochain. Un ancien ministre des Affaires Etrangères de Chirac, Philippe Douste-Blazy, et un ancien ministre de l’Economie, Jean Arthuis, se sont également prononcés pour le candidat du « ni droite ni gauche ». D’autres anciens ministres macronisés incluent Jean-Jacques Aillagon, Anne-Marie Idrac, Dominique Perben et Noëlle Lenoir.

 

En plus de ces ralliements ministériels, d’autres membres du cercle de proches de l’ancien président se sont engagés pour le jeune candidat. C’est le cas dans sa famille ; son petit-fils, Martin Chirac, a rejoint le parti macroniste. Sa fille, Claude Chirac, et son gendre, Frédéric Salat-Baroux, n’ont pas franchi le pas, mais ne cachent pas, dans les dîners en ville, le bien qu’ils pensent de l’impétrant. La famille de l’ancien maire de Paris, Jacques Tibéri, qui avait succédé à Chirac avec sa bénédiction à la mairie de la capitale, s’est elle aussi macronifiée.

 

Plus ambiguë est la position de deux anciens Premiers ministres de Chirac, Alain Juppé et Dominique de Villepin. Le premier, après avoir perdu contre François Fillon lors des primaires de la droite et du centre, a officiellement annoncé, après s’être fait prier, qu’il soutiendrait le candidat de son propre camp. Mais il multiplie les migraines de diva quand il s’agit de venir prouver ce soutien sur le terrain ou devant les caméras, et les mises en garde ronchonnent quand on lui en parle.

 

Après avoir parlé des militants de son propre parti, soutiens de son propre candidat, comme d’un « noyau radicalisé » de militants (une expression généralement réservée aux soutiens de l’Etat islamique), Juppé, avant-hier, a déclaré qu’il se « retrouverait dans l’opposition » si un Président Fillon faisait entrer au gouvernement des représentants de la droite catholique conservatrice. Comme par exemple Christine Boutin, qui fut déjà ministre du Logement pendant deux ans, entre 2007 et 2009, sans que la France subisse exactement les affres d’une terreur blanche.

 

Quant à Villepin, Premier ministre de Chirac entre 2004 et 2007, sa politique semble être de tout faire pour indiquer son soutien à Macron, sauf de l’annoncer explicitement. Les deux hommes se déclarent réciproquement leur amitié à l’antenne, dans l’intimité de quelques millions d’auditeurs.

 

Lundi dernier, BFM (surnommée « radio Macron » pour son engagement constant et caricatural en faveur du candidat) a suggéré que Villepin ferait un bon Premier ministre pour un Président Macron. Et Macron n’a pas dit le contraire.

 

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Me revoilà. Vous m’avez manqué

 

Ce ralliement massif, qu’il soit explicite ou implicite, de chiraquiens à Macron est-il l’indice d’une orientation idéologique particulière du candidat ? Probablement pas – ne serait-ce que parce qu’Emmanuel Macron, tout occupé qu’il est à mettre sa personne au centre de l’image, n’accorde pas la moindre importance à la cohérence idéologique. Il a annoncé successivement que la colonisation avait été un crime contre l’humanité, et qu’il fallait en assumer les aspects positifs. Qu’il n’y a pas de culture française et que la France ne serait jamais, sous son principat, un pays multiculturel. Que les opposants au mariage pour tous ont été injustement humiliés par le Président Hollande, et que l’idée même de donner à l’un d’entre eux un secrétariat d’Etat au Sport est le signe d’une insupportable radicalité. Qu’il renvoyait un de ses correspondants départementaux convaincu de sympathie islamiste, puis qu’il ne le renvoyait pas, puis qu’il l’écartait, ce qui, semble-t-il, est très différent et revient exactement au même, selon la personne à qui on s’adresse.

 

Mais si Macron n’a aucune cohérence idéologique, aucune colonne vertébrale mentale, les chiraquiens, eux, en ont une. Leur entrée en masse dans les équipes Macron, avec la chasse aux postes qui en résulterait nécessairement s’il était élu, fera revenir au pouvoir des réflexes et des raisonnements caractéristiques de toute cette école de la droite française.

 

Tout d’abord, les chiraquiens – à l’exemple de leur maître, lorsqu’il était encore lucide – sont des partisans résolus du multiculturalisme. S’il y a une chose sur laquelle Jacques Chirac n’a jamais varié, c’est sur l’idée que toutes les cultures se valent, que toutes doivent être également respectées, et que seule une arrogance raciste peut conduire les Occidentaux à préférer leur propre culture à celle des autres.

 

Dans une déclaration restée fameuse, parce qu’aussi fausse en fait qu’elle était psychologiquement révélatrice, le président Chirac avait affirmé en 2003 à un homme politique catholique, Philippe de Villiers, que « les racines de l’Europe sont autant musulmanes que chrétiennes ». Au nom de cette vision fantasmatique de l’histoire, la France de Chirac avait bloqué la tentative d’autres pays européens de faire figurer dans le préambule du projet de Constitution européenne une référence à ces « racines chrétiennes », historiquement exactes mais politiquement déplacées.

 

Multiculturalistes de principe, les chiraquiens ont aussi une attitude, disons, sans sévérité excessive en matière de morale financière. Là encore, l’exemple vient du sommet. L’ancien président vit, depuis qu’il a quitté l’Elysée, dans un appartement parisien appartenant à l’actuel Premier ministre libanais Saad Hariri, qui le met gratuitement à sa disposition. De nombreux témoins, à Paris, rapportent en confidence que cette dépendance financière personnelle envers des intérêts étrangers était déjà en place lorsque Jacques Chirac et le père de Saad, Rafic Hariri, étaient tous deux aux affaires.

 

Si cela est exact, cela signifie que la politique extérieure de la France a été définie en fonction de paiements personnels d’un dirigeant à l’autre. On ne peut que constater, qu’au Moyen-Orient, la politique française sous Chirac a suivi les virages des intérêts de la famille Hariri : fortement pro-syrienne jusqu’à 2004, puis en première ligne contre la république baathiste après la rupture entre Bachar Assad et Rafiq Hariri la même année et l’assassinat du second sur l’ordre du premier en 2005.

 

Les bonnes habitudes ne se perdant pas si facilement, Dominique de Villepin, depuis qu’il a pris sa retraite de la politique, vit une existence de millionnaire grâce à des missions d’avocat et de conseil. Parmi ses clients les plus généreux figure, en première place, l’Emirat du Qatar. On ne peut pas exclure que si Villepin, comme la macronie le laisse désormais entendre, devenait le Premier ministre ou le ministre des Affaires Etrangères d’un jeune président sans expérience internationale, les intérêts géopolitiques de ses bienveillants parrains auraient au moins autant d’influence sur son action que ceux de la France.

 

Enfin, le mélange de multiculturalisme de principe et de vénalité à la bonne franquette des chiraquiens les conduit presque tous à ne pas avoir une vision particulièrement favorable de l’Etat d’Israël en particulier et des Juifs en général. Jacques Chirac a une rue à son nom à Ramallah - un hommage généralement réservé aux dictateurs sunnites ou aux auteurs d’attentats suicide. Une de nos sources régulières à Paris, qui travaillait alors à l’Elysée, a personnellement entendu Villepin, pendant la deuxième Intifada, expliquer – tout en regrettant les assassinats suicide – que ceux-ci étaient inévitables car « le Moyen-Orient a toujours rejeté les éléments étrangers ».

 

En parfait accord avec cette vision fantasmagorique de l’histoire, la présidence de Chirac, surtout lorsque Villepin était son Premier ministre, a caractérisé le point le plus bas de toute l’histoire des relations franco-israéliennes. La France a condamné en 2002 l’opération Rempart – la vaste opération de sécurisation des territoires palestiniens qui a permis de mettre fin à la seconde Intifada. Elle a condamné l’attaque du Hezbollah par Israël en 2006, considérant sans doute que la violation de la frontière par le Hezb et l’assassinat spontané de huit soldats en territoire israélien constituaient un fait sans importance. Chirac s’était même permis, dans un premier temps, de critiquer le retrait de Gaza en 2005 pour son « unilatéralisme », avant de changer d’avis et de féliciter Sharon.

 

En France même, si les chiraquiens ont toujours maintenu un soutien sans faille des forces de l’ordre à la protection physique de la communauté juive, la période Chirac a été marquée par une intimidation intellectuelle systématique des pro-israéliens. C’est l’époque où la télévision d’Etat passait en boucle et à répétition des images falsifiées de « cruauté israélienne » dans les territoires, refusait de donner la moindre voix aux sceptiques, et présentait trois fois par jour la cause palestinienne comme l’accomplissement de la moralité universelle.

 

S’il reste aujourd’hui des nostalgiques de cette époque, il y a pour eux une bonne nouvelle : presque tous ceux qui étaient aux commandes, en politique comme dans la presse, sont encore vaillants et prêts à reprendre du service.

 

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L’intelligence stratégique de Donald Trump (info # 011604/17) Version imprimable
dimanche, 16 avril 2017

 

Par Guy Millière

 

Je pense avoir été quasiment le seul, lorsque Donald Trump s’est présenté á l’élection présidentielle américaine, à avoir dit qu’il avait une stratégie et qu’il entendait aller très loin, si possible jusqu’au bout. La plupart des commentateurs à l’époque le traitaient de clown. J’ai été l’un des seuls, parmi les commentateurs conservateurs, à avoir continué à afficher mon soutien pour sa candidature au cours des mois qui ont mené à la victoire du 8 novembre. J’ai consacré un livre à ce sujet : Après Obama, Trump ? J’ai eu un instant de doute avant l’élection : je pensais que les instituts de sondage tenaient à leur réputation et ne s’autoriseraient pas à afficher des résultats faux, je me suis trompé sur leur compétence.

 

J’ai, depuis l’élection, tenté régulièrement d’expliquer ce que seraient les grandes orientations de la politique de Donald Trump. Aux fins d’être précis et détaillé, j’ai consacré un nouveau livre au sujet, qui sera très bientôt disponible [et qui peut être acheté en précommande par ceux qui veulent être sûrs d’en disposer en cliquant sur ce lien]. J’insiste dans le livre sur la nécessité pour tous ceux qui sous-estiment Donald Trump et qui usent à son égard d’une arrogante et inepte condescendance à lire ses écrits et en particulier son livre The Art of the Deal. Et j’insiste sur l’un des points clé de cet ouvrage : ce qu’il décrit comme la façon de mettre en place des rapports de force aux fins de créer une situation gagnante. J’y explique aussi que Donald Trump n’est pas un isolationniste contrairement à ce que d’aucuns ont hâtivement écrit.

 

La frappe décidée par Donald Trump en Syrie (magistralement expliquée pour la Metula News Agency par Stéphane Juffa la semaine dernière) montre que Donald Trump n’est pas un isolationniste, mais un stratège d’exception. Elle montre aussi une mise en œuvre des principes exposés dans The Art of the Deal. Donald Trump a été confronté à un acte de guerre du régime Assad. Il l’a analysé. Il a réagi non pas de manière impulsive, mais posément et de façon décisive.

 

Par un tir de cinquante-neuf missiles de croisière, il a montré au régime Assad qu’il fixait des limites strictes à la capacité d’action de celui-ci, et a informé le dictateur syrien qu’il pouvait être écarté du pouvoir et que la décision, le cas échéant, serait prise à Washington. Il a signifié aussi à Vladimir Poutine que la Russie n’était pas capable de tenir fermement le régime Assad et n’avait pas respecté sa parole pour ce qui concerne l’élimination des armes chimiques en Syrie. Et il a dit à Vladimir Poutine que toute décision sur le futur de la Syrie impliquait l’assentiment de Washington : il n’a pas fermé la porte à des négociations avec Poutine ; il a simplement posé les conditions d’une négociation, en rappelant qu’il y avait une superpuissance, une seule, et que les années de faiblesse qu’ont été les années Obama étaient terminées.

 

Il a, dans le même mouvement, signifié à l’Iran et aux mollahs de Téhéran, qui sont les véritables maitres du régime Assad et qui prétendent faire de l’Iran la puissance hégémonique régionale, que les Etats-Unis entendaient fixer des limites à cette prétention ; et que les USA ne resteraient pas sans réagir si l’Iran dépassait lesdites limites. Cela vaut à l’évidence pour les actions iraniennes en Syrie, mais aussi pour celles du Hezbollah au Liban, et pour toute autre velléité d’action du régime iranien (les discours des dirigeants iraniens ces derniers jours montrent que le message de Trump a été reçu et suscite bien des grincements de dents à Téhéran).

 

Trump a, dans le même mouvement encore, signalé aux alliés kurdes qu’ils seraient, si nécessaire, protégés et à la Turquie, qu’elle était elle-même sous surveillance.

 

Il n’a aucunement favorisé, faut-il le dire, les groupes islamistes sunnites présents en Syrie, puisqu’au contraire, il a renforcé la présence de forces spéciales américaines à proximité de Mossoul et de Raqqa ces derniers jours. L’Armée américaine construit une base à Tabqah, à une quarante de kilomètres au sud-ouest de Raqqa ; il y a dix mille soldats américains sur le terrain.

 

Le nouveau président américain a agi dans le contexte de l’élaboration d’une alliance destinée à endiguer l’Iran, composée des régimes sunnites (Arabie Saoudite, Egypte, Jordanie, émirats), et d’Israël.

 

Trump a aussi adressé un message à la Chine, et le fait que le président chinois ait été invité à un diner chez Trump au moment où le tir sur la Syrie allait être réalisé n’a sans aucun doute rien dû au hasard. Trump aurait pu attendre. Il a choisi de ne pas attendre.

 

Des journalistes dignes de foi ont rapporté que Trump a conseillé à Xi Jinping de regarder la télévision dans la soirée. Il aurait aussi dit à Xi Jinping de suggérer au dictateur nord-coréen, Kim Jong-Un, de regarder la télévision lui aussi. Trump a confirmé, depuis, dans un entretien diffusé sur Foxnews ce qu’ont rapporté les journalistes en question. Une très puissante flotte américaine vogue désormais à proximité de la Corée du Nord. Et la Chine semble avoir compris le message. Cent cinquante mille hommes de troupe sont déployés sur les frontières de la Corée du Nord. Il semblerait que Kim Jong-Un, tout en persistant à vociférer, se cache soigneusement.

 

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Nous nous sommes bien compris, Xi, tout est clair ?

 

En larguant une bombe très puissante (GBU-43/B Massive Ordnance Air Blast) sur la base arrière de l’Etat Islamique en Afghanistan, le pensionnaire de la Maison Blanche a insisté sur le message affiché lors de la frappe en Syrie. Les semaines à venir vont permettre d’observer la suite des évènements.

 

Il ne fait aucun doute que ce sera passionnant, aucun doute que la doctrine Trump est en train de prendre forme et consistance.

 

Nombre d’observateurs semblent ne pas comprendre la doctrine du nouveau président. Ils ne font ainsi que montrer leur incapacité à comprendre quoi que ce soit, et leurs piètres capacités d’analyse.


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Que vaut une synagogue ? (info # 011204/17) Version imprimable
mercredi, 12 avril 2017

 

Par Llewellyn Brown

 

Le prestige dont jouissait notre patrimoine autrefois est aujourd’hui affaibli. Sans évoquer les ravages causés par la guerre ou le fanatisme religieux, nous assistons à des tentatives d’effacement qui suivent des voies pacifiques et légales : en France, des édifices religieux, désaffectés faute de fidèles, sont parfois démolis ou transformés ; des monuments ou des hauts lieux de notre culture sont aussi cédés à des étrangers fortunés.

 

Un lieu et une histoire

 

Une menace de cette nature pèse aujourd’hui sur la célèbre synagogue de la rue Copernic à Paris, que l’Union Libérale Israélite de France (ULIF) fit construire1 en 1923-1924. Pièce unique en son genre – un exemple de l’Art déco –, cet édifice date d’un moment où, contrairement à la grande époque du tournant du siècle, on ne construisait plus de synagogues : dans la société environnante, l’ambiance devenait déjà oppressante pour les Juifs, ceci faisant que les synagogues de style Art déco sont rares en Europe.

 

La salle principale de l’édifice conserve aujourd’hui de nombreuses caractéristiques décoratives et structurelles notables : une verrière vitrail, portant un magen David (étoile de David) rayonnant, signée P-J Tranchant et datant de 1924 ; des frises en bas-relief caractéristiques de l’Art déco. Sans être classé monument historique – bien à tort –, le bâtiment actuel est presque centenaire.

 

L’un de ses aspects les plus remarquables ne peut qu’échapper au non-spécialiste : dans la salle principale, des poutres soutiennent un plafond plat surmonté d’une coupole, en sorte que le poids de cette dernière n’est pas distribué directement sur les murs porteurs. Il s’agit d’un morceau de virtuosité technique, imaginé par l’architecte Marcel Lemarié.

 

Une histoire ensanglantée

 

En plus des aspects architecturaux, certains événements marquants entourant ce lieu restent dans toutes les mémoires. Le 3 octobre 1941, d’abord, des actes terroristes touchèrent plusieurs synagogues parisiennes, dont celle de la rue Copernic. Des miliciens français firent exploser une bombe, causant la destruction partielle de l’édifice, que la communauté reconstruisit dès 1946.

 

Ensuite, le vendredi 3 octobre 1980 (date anniversaire de la précédente attaque !), au sortir de l’office, eut lieu l’attentat perpétré par le groupe d’Abou Nidal, causant la mort de quatre personnes et de nombreux blessés.

 

Si ce dernier événement donna lieu à des manifestations de soutien à l’échelle nationale et internationale, les réactions furent plus mitigées du côté des autorités françaises. Pour dénoncer l’attentat, Raymond Barre fit une distinction scabreuse entre les « Israélites qui se rendaient à la synagogue », et les « Français innocents qui traversaient la rue ».

 

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Tout n’est pas délébile, témoignage d’un autre temps :

200 000 Parisiens prennent la rue en 1980 suite à l’attentat contre la synagogue

 

Puis un appel anonyme passé à l’AFP, revendiquant la responsabilité de l’explosion au nom d’un groupuscule d’extrême droite, offrit le prétexte idéal pour détourner l’enquête de la piste des Arabes du Proche Orient. La gauche prétendit que Giscard était complice des extrémistes, et le nouveau gouvernement socialiste continua à pousser l’enquête dans la même direction. C’est le juge antiterroriste Marc Trévédic qui lança un mandat d’arrêt contre Hassan Diab, l’un des assassins présumés du Front Populaire de Libération de la Palestine, établi depuis au Canada, de sorte que celui-ci fut enfin mis en examen et en détention, en… 2008. Diab, qui s’est reconverti en maître de conférences dans deux universités de la capitale Ottawa, est extradé vers la France en 2014. Il y est incarcéré avant d’être remis en liberté en 2016, après l’audition d’un témoignage mettant en doute sa participation à l’attentat.

 

La démolition : un choix radical

 

Malgré la valeur patrimoniale incontestable de ce lieu, en 2015, le conseil d’administration de l’ULIF – sous la présidence de Jean-François Bensahel, flanqué de ses adjoints Guy Bouaziz et Bruno Fraitag – annonça sa décision de démolir tout simplement l’immeuble historique, pour le remplacer par une construction neuve. Non seulement rien n’a été prévu pour la conservation des éléments patrimoniaux, mais la source envisagée des financements reste entourée de mystère : où cette petite communauté est-elle supposée trouver la bagatelle de 20 millions d’euros environ, nécessaires à la réalisation du projet ?

 

Le secret et la précipitation semblent avoir présidé à l’action de Jean-François Bensahel, qui a su s’assurer du soutien des membres du conseil d’administration. Certes, en février de cette année, les cotisants de l’ULIF furent conviés à une présentation du projet par les architectes, mais on a surtout évité de solliciter l’avis de la communauté dans son ensemble.

 

Bien sûr, divers arguments sont avancés pour justifier la démolition, mais ils demeurent singulièrement spécieux. L’on prétend que le bâtiment ne serait plus suffisamment solide à la suite de l’attentat de 1980. Ce n’est guère sérieux : la Ville de Paris et les Bâtiments de France eussent alors fermé ce lieu de réunion depuis longtemps. On argue de l’impératif d’une « mise aux normes ». Suivant cette logique cependant, il faudrait raser tous les monuments historiques de France, sans compter que les normes d’aujourd’hui seront inévitablement obsolètes dans cinq ans.

 

Un patrimoine universel

 

Cette synagogue témoigne de l’amour, de la dévotion et de l’énergie que des hommes et des femmes ont consacré à la fondation et à la conservation de ce lieu. Par exemple, quand la verrière fut fracassée en 1980, toute la communauté s’investit pour la faire restaurer. Aujourd’hui cependant, son sort est jugé négligeable : au mieux, elle sera logée « dans un coin quelque part ». C’est bien à de tels points de détail que l’on mesure le véritable esprit d’une entreprise : en l’espèce, le mépris des générations passées, du patrimoine architectural, et de la communauté actuelle.

 

 

 

Note :

 

1Voir Dominique Jarrassé, Guide du patrimoine juif parisien, photographies de Sylvain Ageorges, Parigramme, 2003.

 

Contact : Association pour la Sauvegarde du Patrimoine Architectural de Copernic accp.paris@gmail.com.

 

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