Le monde occidental est gouverné par des dhimmis (info # 012911/15) Version imprimable
dimanche, 29 novembre 2015

 

Par Guy Millière


Nous sommes à un moment très grave de l’histoire du monde. Il ne reste plus qu’un seul homme d’Etat aux commandes d’un seul pays du monde occidental : Binyamin Netanyahou. Et il est à la tête d’un pays de moins de dix millions d’habitants, entouré d’un chaos islamiste qui est très loin d’être endigué, et qui pourrait bien conduire à une guerre plus vaste que celle que l’on connaît actuellement.

 

Netanyahou ne peut compter sur aucun véritable allié et doit défendre la sécurité de son pays et de son peuple dans une situation de relative solitude.

 

Le "moins pire" de ceux avec lesquels il peut composer aujourd’hui est Vladimir Poutine, un homme venu du KGB, nationaliste russe autoritaire, cynique, imprégné de realpolitik, allié de l’Iran des mollahs, de ce qui reste du régime Assad, du Hezbollah, mais conscient, au moins, qu’Israël est un pôle de stabilité dans une région où tout tangue et glisse vers la destruction.

 

L’allié d’Israël depuis des décennies, les Etats-Unis, ont pour président un homme qui, lorsque viendra le moment d’écrire les livres d’histoire, apparaîtra comme un immense dévastateur, responsable de centaines de milliers de morts ; car sans lui, les massacres de chrétiens et de Yazidi en Irak et en Syrie n’auraient pas eu lieu, la guerre civile en Syrie n’aurait pas provoqué les ravages que l’on sait, et l’Etat Islamique n’existerait pas. Mais qui se souvient encore de l’état  concret du Proche-Orient à la fin de 2008 ? 

 

Cet homme, outre les morts qu’il a sur la conscience, n’a cessé d’agir afin d’isoler Israël, de le mettre en tort, et de tenter toutes les manœuvres imaginables contre lui (je renvoie ceux qui veulent en avoir la liste complète à mes précédents articles sur le sujet).

 

Les autres alliés supposés d’Israël sont les pays d’Europe, et, en guise de conglomérat pour les rassembler, l’Union Européenne.

 

Jusqu’à une date très récente, l’obsession de l’Union Européenne a été de reconnaître et de faire reconnaître un « Etat palestinien », destiné, à l’évidence, à être un moyen d’obtenir la destruction d’Israël, et à offrir Israël en sacrifice pour apaiser les hordes islamiques assoiffées de sang juif.

 

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Le Dhimmi Hollande

 

Les financements européens destinés tout à la fois à la propagande génocidaire de l’Autorité Palestinienne (propagande dont on voit les résultats chaque jour en Israël), et aux moyens permettant l’existence, au sein même d’Israël, d’organisations menant un incessant travail de sape n’ont jamais manqué.

 

L’Europe aujourd’hui semble très occupée par les assassins djihadistes ayant frappé à Paris, mais elle n’oublie pas Israël : la pose des étoiles jaunes sur les produits des entreprises israéliennes implantées en Judée Samarie et dans la partie est de Jérusalem sont toujours à son programme.

 

Un allié d’Israël a été, jusque voici peu, le Canada de Stephen Harper, a un nouveau Premier ministre, l’islamophile Justin Trudeau.

 

Le monde occidental compte un seul homme d’Etat, et je sais combien la tâche de Binyamin Netanyahou en pareil contexte est difficile.

 

En recevant voici peu John Kerry, et en écoutant ses propos insipides dénonçant le « terrorisme », et affirmant le droit d’Israël à vivre en « sécurité », Binyamin Netanyahou n’a pu oublier que le même John Kerry, il n’y a pas si longtemps, a soufflé sur les braises qui ont conduit à la situation actuelle.

 

En remarquant voici peu que « ceux qui condamnent le terrorisme à Paris, non en Israël, sont des hypocrites », Binyamin Netanyahou n’a eu nul besoin de dire qui il visait. Aucun dirigeant français n’ayant annoncé que les attaques djihadistes subies par Paris émanaient de la même haine que celle qui frappe des Juifs israéliens depuis deux mois.

 

Des dirigeants européens ont fait, en la matière, pire que les dirigeants français : la ministre des Affaires Etrangères suédoise, Margot Wallstrom, s’est montrée très éloquente, et est parvenue à lier les attaques de Paris au « désespoir » des Palestiniens, provoqué, à ses yeux d’aveugle, par Israël.


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Le Soukhoï est tombé trop facilement (info # 012811/15) Version imprimable
samedi, 28 novembre 2015

 

Par Jean Tsadik

 

Avec Stéphane Juffa pour les aspects aéronautiques

 

Le mardi 24 novembre courant, un pilote, le Lieutenant-Colonel Oleg Peshkov, assisté de l’ingénieur de vol, le Capitaine Konstantin Murakhtin, ont décollé à 9h42 de l’aéroport réquisitionné par les Russes au sud de Lattaquié en Syrie.

 

Ils sont assis côte à côte dans cet appareil de bombardement développé à la fin des années 60 et entré en service en 1975 dans l’Armée de l’air soviétique d’alors.

 

Ils ont une mission de bombardement à effectuer ; publiquement, il s’agit de détruire des cibles de l’Etat Islamique dans le nord de la Syrie, car la position officielle du Kremlin définit le Califat comme le seul objectif de ses interventions en Syrie.

 

En réalité, Peshkov et Murakhtin vont déverser leurs bombes beaucoup plus près de leur point d’envol, sur des positions des Brigades Turkmènes de Syrie (rien à voir avec DAESH), situées au nord-est et à l’extrême nord de la province à majorité alaouite de Lattaquié.

 

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La situation générale de la région de l’interception,

avec, entouré en blanc, le saillant turc en territoire syrien

Service cartographique © Metula News Agency

 

Les Turkmènes syriens composent une peuplade de culture turque, installée en Syrie depuis le onzième siècle et pratiquant une langue proche du turc. Ils seraient actuellement plusieurs centaines de milliers mêlés à la Guerre Civile dans le camp opposé à celui de Bachar al Assad soutenu par les Russes.

 

Les Turkmènes syriens avaient toujours été persécutés par le régime alaouite, qui leur refusait la nationalité syrienne et leur barrait le chemin de l’enseignement supérieur et d’autres services de l’Etat.

 

Suite à plusieurs raids, le Soukhoï, décrivait une sorte de circuit en hippodrome, longeant la frontière syro-turque au nord de la province de Lattaquié ; il peut soit attendre de nouvelles instructions pour des attaques supplémentaires, soit se préparer à atterrir à Lattaquié. Mais avant cela, à 10h24, l’équipage lance une volée de bombes sur les Turkmènes qui menacent le nord de l’Alaouitland, depuis la proximité immédiate de la frontière turque.

 

Une minute plus tard, le Soukhoï a disparu des écrans radars de toutes les forces présentes dans la région, qui passent une bonne partie de leur temps à scruter le ciel. Il a été abattu par un missile AIM-120 AMRAAM, de fabrication américaine, tiré à partir d’un chasseur-bombardier F-16 turc.

 

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La carte de l’incident

Service cartographique © Metula News Agency

 

Ces missiles air-air ont une portée variant entre 50 et 160 kilomètres, suivant les modèles ; ce sont des engins sophistiqués de moyenne portée, en service dans de nombreuses armées de l’air, y compris le Khe’l Avir, la Royal Air Force britannique, l’Armée de l’air allemande, celles de Grèce et de Turquie. Le F-16 faisait partie d’une meute en attente d’une hypothétique violation de son espace aérien national depuis environ une heure et quinze minutes. Ils décrivaient des cercles dans cette partie de la Turquie, à des altitudes variant entre 2 400 et 6 000 mètres. Le SU-24 volait à environ 5 600 mètres lorsqu’il a été abattu.

 

Les pilotes ont réussi à sauter en parachute sains et saufs. Mais si Murakhtin a pu être récupéré vivant par les équipes de secours russes, Peshkov est mort, mitraillé en vol durant sa descente par les miliciens turkmènes. Alexander Pozynich, un soldat qui faisait partie du commando de récupération a également perdu la vie lors des efforts destinés à venir en aide aux pilotes. Pozynich est décédé lorsqu’un missile antichar a impacté l’hélicoptère dans lequel il avait pris place.

 

Pour le commandement russe, la présence des rebelles dans la région de la chute du Soukhoï représente une preuve du fait qu’il s’est agi d’une embuscade.

 

C’est possible et même probable, mais cela n’explique pas un certain nombre de faits troublants qui dévoilent d’étranges lacunes de l’aviation de Vladimir Poutine.

 

Le Soukhoï était en train de traverser un saillant turc qui s’enfonce en territoire syrien lorsqu’il a été abattu. Cette excroissance frontalière est minuscule, elle ne mesure que 5 kilomètres en son point le plus large, et 6 km du Nord au Sud. Sur les relevés radars, on s’aperçoit que le Soukhoï se trouvait à environ 3km à l’intérieur du saillant lorsque l’AIM-120 l’a frappé.

 

Pour expliquer la présence du bombardier russe en territoire turc, nous avons retenu les deux hypothèses suivantes : 1. Les pilotes et leur appui au sol n’ont pas estimé qu’il était nécessaire de contourner le saillant, pariant sur le fait que les Turcs ne prendraient pas le risque d’engager un combat aérien pour une transgression aussi anodine ; le SU-24 aurait dû mettre approximativement 17 secondes pour traverser le saillant. Précisons qu’il n’y a avait pas, au sol ou dans les parages, d’objectif que l’appareil russe aurait pu avoir un quelconque intérêt à attaquer ou à photographier.

 

2. Les pilotes ont commis une erreur de navigation. Ayant bombardé des rebelles une minute auparavant, ils auraient dû changer de cap vers le Sud, ce qu’ils n’ont pas fait. Ils étaient peut-être absorbés par l’activité de bombardement.

 

Suivant cette hypothèse, nous ne comprenons pas comment il se fait que l’appui au sol (c’est précisément l’un de ses rôles !) russe n’a pas prévenu les pilotes de trois éléments cruciaux qui ont causé sa perte : le fait qu’ils allaient traverser l’espace aérien turc, le fait que des F-16 se trouvaient en embuscade tout près d’eux, et le fait que ceux-ci avaient verrouillé leurs radars de tir sur le Soukhoï, ce qui constitue l’opération nécessaire avant l’envoi d’un missile. Une disposition qui aurait dû se remarquer tant dans le cockpit du SU-24 que sur les radars de l’appui au sol.  

 

A ce propos, et à ce stade de nos investigations, il nous est apparu que le rôle de l’appui au sol durant les missions opérationnelles du contingent russe était considérablement plus réduit que ce qu’il est dans les armées de l’air occidentales en général, dans le Khe’l Avir en particulier. Il apparaît que les équipages russes, une fois leurs objectifs désignés, sont largement laissés à eux-mêmes, augmentant ainsi profusément leur charge de travail.

 

Cela affecte l’efficacité de l’aviation russe, rallonge le temps de réaction des équipages, et les prive d’informations recueillies par l’ensemble d’un système de conduite de vol, étranger aux avions, auxquelles les pilotes n’ont apparemment pas accès. Dans les armées de l’air les plus modernes, ces données – satellitaires, renseignement, observation, radars au sol, relevés pris par les autres appareils, etc. - sont automatiquement intégrées aux indicateurs embarqués, sans même qu’une intervention vocale de l’appui au sol ne soit requise.

 

D’autre part, il nous apparaît que le Soukhoï a été abattu "trop facilement". Qu’est-il arrivé à ses contremesures, ces équipements, notamment électroniques, embarqués, dont la mission est de brouiller le tir des missiles ennemis ? L’AIM-120 est un missile commun, opérationnel depuis 1991 ; se pourrait-il que les ingénieurs russes n’aient toujours pas trouvé le moyen de le neutraliser ? Cette nouvelle aurait assurément un impact retentissant sur la manière dont les experts occidentaux appréhendent les capacités de la force aérienne russe.

 

Se pourrait-il aussi que les contremesures ne soient pas disponibles (ou pas au point ?) sur le SU-24, de conception déjà ancienne ? Mais qu’elles le soient, en revanche sur des modèles plus récents ?

 

Est-il envisageable que ces systèmes existaient sur l’appareil abattu mais que les pilotes auraient omis, intentionnellement ou par étourderie, de les enclencher. Lors d’une mission de guerre, avec autant d’avions d’autres pays, plus ou moins hostiles, dans les environs, l’oubli d’activer les contremesures aurait participé d’une faute énorme. Ce, à la fois de la part des pilotes et de l’appui au sol, dont l’une des autres fonctions consiste à vérifier le fonctionnement des équipages.

 

Autre constatation de notre part : il nous semble que Peshkov et Murakhtin ne comprenaient pas l’anglais. Si au sein de l’Armée de l’air turque les communications se déroulent généralement en anglais, chez son homologue russe, c’est la langue nationale qui prévaut. D’après nos informateurs, au moins cinquante pour cent des équipages ne pratiquent pas la langue de Shakespeare, ce qui expliquerait pourquoi celui du Soukhoï-24M, immatriculé 83, n’a pas répondu aux dix injonctions des Turcs, qui leur enjoignaient de changer de cap afin d’éviter le saillant.

 

Ce qui nous pousse à retenir cette hypothèse consiste en ce que, lorsque l’on connaît la présence de chasseurs-bombardiers dans votre voisinage immédiat, et qu’ils menacent d’ouvrir le feu sur vous, et que, de plus, vous vous apercevez qu’ils ont verrouillé le radar de tir sur votre appareil, vous faites ce qu’ils vous demandent. A moins d’avoir des pulsions suicidaires, ou… de ne pas saisir ce qu’ils vous disent.

 

Il existe une fréquence radio universelle, 121.5 Mhz, pour les civils, respectivement 243.0 Mhz pour les militaires, qui est dite "fréquence d’urgence pour les avions", ou "fréquence de garde", ou encore "Fréquence Militaire de Détresse (MAD, Military Aid Distress)", que tout équipage, en mission opérationnelle dans un espace aérien aussi dense que le ciel syrien, ne peut pas ne pas écouter sur sa seconde radio, pendant que la première reste en contact permanent avec l’appui au sol.

 

Au cas où Peshkov et Murakhtin ne l’écoutaient pas, cela constituerait une faute supplémentaire dans ce tableau déjà très chargé, et s’ils ne comprenaient pas ce qu’il s’y disait, ou pensaient que ce n’était pas à eux que les Turcs s’adressaient, c’est regrettable. A cela vient s’ajouter la constatation, qu’en principe, l’appui au sol dispose de la possibilité d’entendre toutes les conversations radio de la région où il opère. Dans ces conditions, pourquoi n’a-t-il pas prévenu son équipage ?

 

Nos constatations nous amènent à nous poser de multiples questions quant à l’efficacité réelle de l’Armée de l’air russe. Nous pouvons, à notre niveau, déjà dégager que la perte du Soukhoï no.83 a résulté d’une grosse séquence d’erreurs tactiques, de lacunes multiples et d’un mode opératoire inadapté et peut-être dépassé.

 

Nous nous posons également des questions quant au niveau général de la technologie qui équipe les avions de Poutine. A ce sujet, nous sommes d’autant plus alertés que ce Soukhoï avait été choisi afin d’intervenir sur un théâtre d’opération compétitif et dangereux, situé loin des frontières russes. Lors, dans ces conditions, on est enclin à penser que c’est le meilleur personnel équipé du meilleur matériel qui est choisi.

 

Ce qui transpire de nos notes, est l’image d’une aviation qui fonctionnerait "à l’ancienne", laissant une énorme responsabilité aux équipages et aux avions. Si cette impression traduit la réalité de l’état de l’aviation russe, si chaque AIM-120 tiré sur ses appareils était amené à faire mouche, le contingent de pilotes et de techniciens installés à Lattaquié se trouverait dans une situation stratégique extrêmement précaire, ce qui limiterait grandement la marge de manœuvre politique du Président Poutine. Cela dit en prenant déjà en compte l’installation de missiles sol-air sophistiqués, après l’incident, pour protéger l’aéroport de Lattaquié et ses environs.

 

Nul doute que les Renseignements des grandes puissances et des puissances régionales sont à l’affût et qu’ils dissèquent, avec infiniment plus de moyens que nous, les péripéties surprenantes de l’interception du Soukhoï par le F-16, et que cela aboutira à des mises à jour opérationnelles si ce n’est pas déjà fait.

 

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Parlant de respect de la territorialité d’autrui :

voici la carte du saillant au niveau du sol, on y distingue la route turque, et,

entourés de rouge, de multiples endroits où la route empiète en territoire syrien

(photo Google Map) Service cartographique © Metula News Agency

 

A peine revenus de notre étonnement, nous nous sommes demandés pourquoi Erdogan avait-il décidé d’abattre un avion russe, étant donné que la violation de quelques mètres de l’espace aérien du saillant ne justifiait pas une telle intervention. Vu aussi que l’aviation turque viole quotidiennement l’espace aérien de ses voisins, particulièrement ceux d’Irak et de Chypre.


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La Turquie abat un bombardier russe (info # 022411/15) Version imprimable
mardi, 24 novembre 2015

 

© Metula News Agency

 

Métula, mardi, 11h50 à Métula, 10h50 à Paris

 

Un Soukhoï-24 [Référence de l’OTAN Fencer, (l’escrimeur)] a été abattu, tôt ce mardi matin, par un F-16 de l’Armée de l’air turque [voir vidéo]. La nouvelle a été confirmée à la fois par Ankara et Moscou.

 

Les deux pilotes ont réussi à s’éjecter de l’appareil en flammes et des hélicoptères turcs ont été observés en train de se rendre sur leur lieu de leur atterrissage afin de les faire prisonniers.

 

Le Soukhoï s’est écrasé en territoire syrien, non loin de la frontière. L’interception s’est déroulée à 295 kilomètres de la rédaction à Métula.

 

Un porte-parole turc a déclaré que l’avion avait violé l’espace aérien ottoman à proximité de la frontière syrienne après avoir ignoré plusieurs mises en garde.

 

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Le Soukhoï juste avant qu’il ne s’écrase. On distingue en-haut à gauche du cliché

 un autre appareil, probablement un chasseur turc

 

En contradiction avec le communiqué turc, le ministère russe de la Défense a affirmé pour sa part que le bombardier à géométrie variable se trouvait dans l’espace aérien syrien et qu’il a été abattu par un missile venant du sol. Il était basé sur l’aéroport réquisitionné par les Russes à Lattaquié, en Syrie.

 

Le Soukhoï-24 est un appareil de conception relativement ancienne, ayant effectué son premier vol en 1969 ; il a été introduit en service actif en 1975 et a été produit à 1 400 exemplaires. Le Soukhoï-24 est capable d’effectuer des missions par tous les temps. Les deux pilotes y sont installés côte à côte.

 

La question qui se pose désormais est de savoir si Moscou va passer l’éponge ou s’il va répliquer en frappant l’Armée turque, auquel cas, on pourrait assister à une dégénérescence rapide de la situation régionale.

 

Une confrontation entre les Russes et les Turcs pourrait entraîner la participation des forces de la coalition américano-européo-sunnite, active dans la région contre l’Etat Islamique. La Turquie est membre de l’OTAN et dispose, en théorie, de la seconde armée la plus puissante dans l’organisation après les Etats-Unis. Les dispositions du Traité de l’Atlantique Nord impliquent que les Etats membres de l’organisation doivent assistance à un Etat membre subissant une agression.

 

Au niveau des forces en présence sur le théâtre d’opérations syrien, les moyens militaires turcs sont nettement supérieurs à ceux rassemblés par Moscou sur ses deux bases de Lattaquié et dans le port de Tartous. Mais en cas de confrontation, la Russie pourrait intervenir sur le flanc nord de la Turquie, annihilant ainsi cette supériorité régionale.

 

Suite à cet incident, la tension est très vive en Syrie, en Turquie, au Liban et dans le nord d’Israël. A noter qu’en fin de semaine, la Russie avait exigé du Liban qu’il ferme ses couloirs aériens civils en direction de l’île de Chypre pour lui permettre de réaliser un exercice militaire. Trois jours durant, le trafic à l’aéroport international de Beyrouth avait été sérieusement réduit.

 

 

 
Vu de Paris : une guerre imperdable (info # 011011/15) Version imprimable
lundi, 23 novembre 2015

 

Par Sébastien Castellion

 

L’attaque de Daesh contre Paris, le 13 novembre dernier, est passée assez près pour que je sente le vent du boulet. Ma sœur habite à 300 mètres du Bataclan. Depuis une semaine, le restaurant situé directement sous ses fenêtres est fermé : le jeune patron, Romain Feuillade, a été abattu sur la terrasse de la Belle Equipe, rue de Charonne. Une des camarades de classe de ma nièce a perdu sa mère.

 

Depuis une semaine, comme des centaines de milliers de Parisiens, je suis allé sur les lieux, j’ai écouté les conversations et analysé le plus grand nombre possible d’informations disponibles. A l’issue de ces analyses, je ne peux être qu’optimiste – pas nécessairement à court terme, mais pour les prochaines années et les prochaines décennies.

 

Nous sommes en guerre contre un ennemi dont les moyens sont suffisants pour de nouvelles attaques. Mais la disproportion entre les moyens de l’ennemi et les nôtres lui interdit toute perspective de victoire. La réaction des Français, depuis une semaine, a démontré que le seul facteur qui pourrait nous faire perdre – un effondrement de la confiance dans notre propre civilisation – est totalement improbable.

 

Que nous soyons en guerre est évident. La bonne nouvelle est que ni le gouvernement, ni la presse, ni aucun homme politique tant soit peu sérieux n’a cherché à le nier ou à inventer un euphémisme pour contourner la réalité (comme l’avaient fait, par exemple, les Israéliens en appelant « Intifada » la guerre déclenchée par Arafat en 2000).

 

Mes concitoyens savent parfaitement qui est l’ennemi : le djihadisme, une école fondamentaliste et millénariste de l’islam, qui croit que l’époque de son triomphe est enfin arrivée. Ils savent aussi qu’il serait maladroit de désigner l’islam comme ennemi, et peu pratique d’utiliser une définition trop longue. D’autres musulmans, en effet, font et doivent continuer à faire partie de nos alliés dans cette guerre : pays d’origine de certains terroristes (le Maroc a fourni des renseignements essentiels pour éliminer, mercredi, une équipe de Daesh qui préparait une nouvelle action), agents des renseignements français infiltrés dans les réseaux, policiers et soldats de confession musulmane. Donc, on se rabat sur l’expression « terroristes » pour désigner l’ennemi. Ce n’est pas parfaitement rigoureux du point de vue de la pure logique, mais chacun sait parfaitement que nous ne parlons pas de terroristes tamouls ou bouddhistes.

 

Cet ennemi, malgré les opérations policières réussies de la semaine – à la date de dimanche matin 793 perquisitions, 107 interpellations, 90 personnes en garde à vue, 174 armes saisies, 64 découvertes de produits stupéfiants, saisie de 250 000 euros, 164 assignations à résidence prononcées – garde assez d’actifs de guerre pour repartir à l’attaque. Le Premier ministre Manuel Valls a déclaré qu’une attaque bactériologique ou chimique est possible, une déclaration qu’il n’aurait jamais faite sans des renseignements précis. Les moyens de surveillance des services français sont encore insuffisants pour arrêter toutes les tentatives d’attentats. L’élimination de terroristes ne suffit pas à faire disparaître les vocations : celles-ci ne peuvent se tarir que lentement, au fur et à mesure que les candidats possibles prennent conscience que la victoire n’est pas atteignable. Au-delà des actifs situés en France, des réseaux internationaux, plus difficiles à surveiller, contribuent à aggraver le risque.

 

Pour toutes ces raisons, il y aura de nouvelles attaques. Chacun le sait : c’est même l’un des principaux faits qui définissent l’état de guerre. Mais ce n’est pas parce que l’on sait que les attaques vont se poursuivre que l’on doit se décourager.

 

La première chose à faire quand on analyse une guerre est de comparer les moyens dont disposent les deux camps.

 

Les terroristes ont, au grand maximum, quelques milliers de combattants prêts à agir en France. Ces combattants ont un entraînement de qualité médiocre, même si certains ont connu le combat. Le comportement des attaquants du 13 novembre (qui devaient faire partie des meilleurs combattants disponibles) était frappant d’improvisation et d’inefficacité. Trois terroristes se sont autodétruits au Stade de France en ne faisant qu’une victime ; les tireurs lâchés autour de la rue de Charonne ont gaspillé des centaines de munitions par l’imprécision de leurs tirs. Ce manque de professionnalisme est manifeste dans leur communication. Abdelhamid Abaaoud, l’organisateur des attaques du 13 novembre, a multiplié les vidéos postées sur Internet avant de se faire déchiqueter par les grenades du RAID cinq jours plus tard. Ce goût de la publicité était la meilleure manière de fournir des informations aux services de renseignement du monde entier pour le localiser.

 

Ils ne peuvent agir que par petites équipes, de 10 à 20 tout au plus. La coordination d’attaques de grande envergure est rigoureusement inenvisageable : l’écrasante supériorité de l’Etat français et de ses alliés dans la surveillance des communications interdit aux terroristes l’usage du téléphone ou des communications électroniques dans la planification des opérations.

 

Ils ont des armes de poing, des Kalachnikovs, des explosifs et peut-être des armes chimiques. Les quantités de ces armes sont limitées à la fois par la surveillance et par la nécessité d’utiliser, pour les stocker, des lieux civils de faible capacité.

 

Ils disposent d’un réseau international d’alliés qui peuvent les alimenter en argent et en armes ; mais les flux, là encore, sont contrôlés, ce qui limite leur intensité et entraîne beaucoup de pertes en ligne.

 

Enfin, ils peuvent s’appuyer sur un réseau de soutien dans la population musulmane française. Mais même dans les quartiers les plus abandonnés par les forces de l’ordre, ils ont trop d’ennemis pour agir à visage découvert, car ils seraient immédiatement dénoncés. L’obligation de clandestinité limite leur capacité d’agir. Elle entraîne aussi une déperdition du nombre des combattants disponibles pour l’action. Chaque fois qu’un terroriste imprudent ne respecte pas les règles de clandestinité, il est arrêté ; bien souvent, il fournit ensuite des informations qui permettent à la police de neutraliser plusieurs autres combattants potentiels.

 

Face à ces moyens de l’ennemi, la France, comme les autres Etats engagés dans la guerre, dispose :

 

  • D’une armée et d’une police militarisée hyper-entraînées, d’un professionnalisme à toute épreuve. Le RAID, la BRI, et le GIGN sont entraînés à la fois à l’élimination de l’ennemi à distance, par sniper, et au combat au corps à corps contre des ennemis mieux armés qu’eux. Alors qu’ils acceptent de prendre des risques extrêmes, ils n’enregistrent des pertes que très exceptionnellement ;

 

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Daesh, al Qaeda… pour nous, ils ont tous un goût de poulet

 

  • D’un stock d’armes infiniment supérieur, en qualité et en quantité, à celui des terroristes ;
  • D’un budget militaire plusieurs dizaines de fois supérieur à celui des terroristes ;
  • D’une excellente surveillance des communications par téléphone et par Internet ;
  • Du soutien unanime de la population dans la plus grande partie du territoire, et d’un réseau fourni d’informateurs même dans les zones plus hostiles ;
  • D’un réseau d’alliances étatiques internationales qui regroupe la quasi-totalité des armées modernes et bien entraînées de la planète.

 

Il suffit de comparer ces deux colonnes pour prédire avec une quasi-certitude l’issue de cette guerre. Le camp le moins riche, le moins bien équipé, le moins bien entraîné et le moins soutenu nationalement et internationalement ne peut pas gagner. Nous ne pouvons pas perdre.

 

Il n’y a qu’une hypothèse dans laquelle un ennemi aussi inférieur pourrait envisager de gagner la guerre : celle où l’autre camp, malgré sa supériorité matérielle, se laisserait paralyser par la peur ou par un manque de confiance dans la justesse de sa propre cause. Or, toute personne qui a passé la semaine dernière en France sait que ce ne sera pas le cas. A travers le brouillard des différentes réactions médiatiques, les faits suivants permettent de conclure avec certitude que les Français n’ont pas peur et sont convaincus de la supériorité de leur civilisation sur celle de leur adversaire.

 

Tout d’abord, aucun homme politique – pas un seul, de l’extrême gauche à l’extrême-droite – n’a suggéré qu’il fallait prendre en compte le point de vue de l’ennemi. Certains intellectuels l’ont fait, ce qui n’a aucune importance. Les intellectuels sont, par construction, attirés par les points de vue qui les font remarquer et les distinguent du commun du mortel ; ils ne paient aucun prix pour leurs erreurs et ont besoin de publicité.

 

Seules les déclarations des hommes politiques reflètent le pays : ils ont besoin, pour poursuivre leur carrière, de comprendre l’état d’esprit de la population et de ne pas trop s’en écarter. L’unanimité absolue que l’on a vue en France traduit nécessairement une quasi-unanimité de l’opinion pour continuer le combat. Le contraste avec l’Israël de la seconde Intifada, où a toujours existé parmi les élus un « camp de la paix » (c’est-à-dire de la capitulation), même très minoritaire, est édifiant.

 

Ensuite, un changement de ton est immédiatement intervenu dans le traitement, par les media écrits français, de la question du Moyen-Orient. Les articles analysant la réponse israélienne au terrorisme se sont multipliés ; ils ne contiennent même plus la phrase rituelle de condamnation des constructions en Judée-Samarie ou de sympathie avec les Palestiniens qui semblait un exercice obligé. Des inflexions apparaissent même, de manière plus étonnante, dans l’audiovisuel : aujourd’hui dimanche 22, l’assassinat à Gush Etzion de la jeune Hadar Buchris vient d’être décrit exactement dans ces termes sur France Info (« une israélienne assassinée, son attaquant abattu ») [lorsqu’un évènement similaire se produit en France, l’ "attaquant" est appelé "terroriste". Ndlr.] sans les habituels artifices oratoires ou confusions entre cause et effet.

 

Enfin, les manifestations de foule qui ont eu lieu à Paris depuis une semaine se sont faites, non autour de thèmes vagues et généreux (comme la marche du 11 janvier dernier à laquelle, pour cette raison, je n’avais pas participé) mais autour de deux thèmes bien plus clairs : la défense de l’identité française et le refus de la peur. Nous avons arboré des drapeaux et chanté la Marseillaise ; nous avons bu de la bière en terrasse et nous sommes délibérément placés dans les endroits publics les plus faciles à atteindre. Ce n’est pas le comportement d’un peuple prêt à se rendre.

 

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“Le Fils de Saul” : un film qui dit l’horreur (info # 012311/15) Version imprimable
lundi, 23 novembre 2015

 

Par Llewellyn Brown

 

Le soir du vendredi 13 novembre, en sortant de ce film sur l’horreur des chambres à gaz nazies, c’était l’horrible réalité des massacres islamistes, en plein Paris, qui me fut annoncée. On pourrait appeler cela un “hasard objectif” : la représentation de la barbarie d’hier confrontée à celle d’aujourd’hui ; car sans être identiques, on sait que les deux courants se relayaient bien, à l’époque d’Amin Al-Husseini. La lâcheté des institutions françaises ne se laisse pas ignorer non plus : ayant essuyé des refus, quand il a tenté d’obtenir des aides pour tourner son film en France, le réalisateur, László Nemes, dut se tourner vers la Hongrie, pays dont il est originaire.

 

Le Fils de Saul est un très grand film, dans lequel le réalisateur a réussi à faire œuvre de création, trouvant des moyens cinématographiques adéquats pour aborder cette question problématique entre toutes. Le synopsis se lit comme suit : « Octobre 1944, Auschwitz-Birkenau. Saul Ausländer est membre du Sonderkommando, ce groupe de prisonniers juifs isolé du reste du camp et forcé d’assister les nazis dans leur plan d’extermination. Il travaille dans l’un des crématoriums quand il découvre le cadavre d’un garçon dans les traits duquel il reconnaît son fils. Alors que le Sonderkommando prépare une révolte, il décide d’accomplir l’impossible : sauver le corps de l’enfant des flammes et lui offrir une véritable sépulture ».

 

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Les dangers de la fictionnalisation cinématographique sont connus : une histoire construite comme une belle phrase, composée d’un début, d’un milieu et d’une fin, offre les ingrédients qui s’équilibrent entre eux – le Bon, le Méchant, victime, bourreau –, moments de brutalité, intermèdes de douceur. C’est une telle esthétique que Claude Lanzmann reprochait à La Liste de Schindler : dans ce film, Spielberg avait cherché à reconstituer les événements [1]. Bref, filer une fiction – où le médium filmique demeure foncièrement indifférent – ne fait que réconforter notre soif du sens, d’un ordre rassurant qui gouverne notre monde.

 

Dans Le Fils de Saul, cette dimension fictionnelle se trouve brisée : il est impossible de reconstituer du sens dans l’univers qui s’impose au spectateur. En effet, on assiste, dans ce film, à des morceaux inaboutis de scènes, et on entend des échanges réduits au minimum, sous la pression d’une violence omniprésente. Le cinéaste s’abstient de nous gratifier d’explications ou d’informations susceptibles de préciser le statut des actions en train de se dérouler. Le spectateur se trouve contraint de ficeler ensemble, comme il peut, les différents éléments composant l’éventuelle “histoire”.

 

La version du film en 35 mm produit l’effet d’une image presque carrée, en sorte que son cadre paraît étroit et oppressant, notamment parce qu’il demeurait empli par le visage de Saul (ou Shaoul : la prononciation hongroise rejoint celle de l’hébreu). En effet, tout au long du film, la caméra reste fixée sur ce visage buriné qui demeure de pierre, serti dans cet univers visant à l’abolition de toute humanité. Comme le dit fort justement le philosophe Daniel Bougnoux, Saul a le visage « déjà marqué par la rigidité du cadavre ». En raison de ce centrage sur le visage du protagoniste, tous les événements sont abordés dans leur manière d’affecter ce dernier : sa figure, apparemment impassible, est le cadre à travers lequel le spectateur vit quelque chose de la réalité de la Shoah. Ce visage est ce que le spectateur est amené à scruter, à interroger : on y voit ce qui lamine le personnage, sans qu’il puisse en dire un mot. Le film en tire quelque chose de son caractère insupportable. Les pensées que Saul ne peut dire sont celles-là mêmes dont l’existence est déniée en lui, dans un univers où la parole est réduite au strict minimum, et porte le plus souvent sur l’indispensable pour survivre.

 

L’importance accordée au visage de Saul, et la profondeur du champ systématiquement réduite, empêchent que le camp ne compose un univers qui servirait de support à une fiction : le spectateur ne peut se reposer sur une mise en contexte, sur le va-et-vient traditionnel entre le personnage et son milieu. Le cinéaste prive le spectateur du loisir de se détacher de l’espace qui enferme implacablement les personnages. Comme le commente avec exactitude Daniel Bougnoux : « […] pas de profondeur de champ, un flou persistant sur l’atrocité des corps-cadavres, pas de panoramique, de regard en plongée ni de ligne de fuite : la caméra colle aux œillères de Saul, et du même coup nous contamine, nous plonge dans son cauchemar ». Par conséquent aussi, la dimension obscène et voyeuriste – inhérente à l’image mouvante – se trouve certes marquée, mais aussitôt retirée : on discerne les cadavres nus que l’on traîne sur le sol, mais ceux-ci demeurent des formes floues, visibles dans les angles laissés vacants autour du visage du protagoniste. Un contre-exemple confirme la règle : la profondeur du champ est soudainement augmentée quand un officier SS interroge Saul, à la suite d’une dispute dans laquelle les deux prisonniers ont failli perdre la vie.

 

Par contraste avec ce choix d’une image au format restreint, c’est le son qui est envahissant, un effet intensifié tout particulièrement par la quadriphonie au cinéma Le Balzac. Dans le domaine visuel, les actions semblent être menées de manière ordonnée, quoiqu’elles soient brutales : l’usine de la mort traite des “pièces” (c’est bien le terme employé) dans une quantité en constante augmentation, et qui traduit l’obsession de rendement. En revanche, le chaos envahit par le biais du son, et noie le spectateur, portant toute la charge de la brutalité qui s’abat sur les personnages dans une confusion immaîtrisable : cris des bourreaux, hurlements des victimes, violents claquements de portes, vrombissement de moteurs… Le vacarme est un élément essentiel du caractère oppressant et inhumain de cet univers, et auquel aucun n’échappe. La clameur des victimes, leurs poignes qui cognent contre les portes métalliques dès qu’ils perçoivent le piège dans lequel ils sont pris, imposent au spectateur leur réalité terrifiante et atroce. Si, à y regarder de près, le film est parfaitement rythmé dans la succession de ses séquences, l’impression écrasante qui s’impose est celle d’un mouvement haletant, sans relâche. C’est par le biais du son que s’exprime la manière dont la violence du camp s’inscrit dans le corps des personnages.

 

Saul Ausländer fait partie de ceux qui sont chargés de faire déshabiller les nouveaux arrivés, de les pousser dans les chambres à gaz ; puis de ramasser les cadavres et d’en jeter les cendres dans la rivière ; sans compter les vêtements et les effets personnels qu’il faut transférer à l’entrepôt appelé “Kanada”. Le film suit au plus près les détails du processus d’extermination. Or, ainsi que la dimension fictionnelle se trouve brisée de sorte à bannir toute suggestion de sens, le spectateur se trouve acculé à l’impossibilité pour quiconque d’émettre un jugement sur les personnages dans ce lieu où « il n’y a pas de pourquoi » [2], selon la phrase rapportée par Primo Levi. On voit que pour ces personnages, il n’existe aucun “bon choix”. Le réalisateur refuse au spectateur toute possibilité d’adopter une position distancée, dans la mesure exacte où celle-ci est refusée aux personnages. Tout ici est impossible : il n’existe aucune issue, aucune position de retrait ou de détachement. Dès lors, on ne peut juger ceux qui se trouvent obligés de collaborer avec leurs propres bourreaux. Loin de juger, on se demande comment ces hommes parviennent à vivre, après, avec cette inhumanité dans laquelle ils ont été plongés et qui les traverse de part en part.

 

La destruction de la fiction se confirme sur le plan du récit, où aucune action n’aboutit : tout effort, de la part des personnages, pour entreprendre une action, bascule immanquablement, pour que sa réalisation soit annulée. On s’empare d’un appareil photographique pour transmettre des preuves de la barbarie : mais on photographie seulement de la fumée ; on ne voit pas l’appareil arriver à ses destinataires. Certes, le réalisateur s’appuie manifestement sur les photographies prises par Alberto Errera, et qui sont effectivement arrivées à destination (ici). Saul doit récupérer un paquet auprès des femmes, pour aider au soulèvement des prisonniers, mais il le perd, ayant déjà failli tomber dans le massacre d’un nouveau convoi de prisonniers. D’autres exemples : le rabbi qu’il croyait avoir trouvé pour dire le Qaddish sur son fils n’en était pas un… Ensuite, celui-ci, à qui Saul voulait donner un enterrement digne, finit emporté par les flots… Chaque acte des prisonniers représente un pari insensé où ils misent tout : contrairement au confort apporté par une fiction, le risque ici ne saurait jamais être mesuré.

 

Au fond, dans ce film, il s’agit d’un cinéma du dire, dans le sens où le dire permet de témoigner de l’impossibilité de transmettre. Le témoignage consiste à faire porter par la parole le rapport d’un sujet à l’insupportable. Il permet ainsi d’éviter le piège de la signification, d’un sens que l’interlocuteur malveillant pourrait congédier pour des motifs spécieux. En tant que tel, le dire porte son gage de vérité, pointant vers un réel que les mots ne pourront jamais nommer. C’est ce pari qui fait l’importance cruciale du film Shoah. On peut entrer dans des discussions sans fin sur les “preuves”, existantes ou non, de la Shoah – c’est ce qui alimente la jouissance des négationnistes –, on ne peut rien reprendre de l’autorité du dire. L’écrivain Gérard Wajcman souligne que les chambres à gaz sont les lieux retirés de toute visibilité : « L’absence comme pur produit industriel. Voilà où surgit l’objet inédit, absolument autre ». [3] En effet, les nazis cherchaient à intégrer la négation du crime au sein même de l’extermination. Or face à cette volonté de faire en sorte que l’horreur devienne invisible, Wajcman oppose le principe que les témoins, eux, « sont les lieux de l’impensable », et que « la Shoah n’a pas d’autre lieu que leurs yeux, leurs poumons, leurs mains, leurs oreilles et leur bouche » [4]. Le dire du témoin rejaillit alors sur le spectateur, qui ne peut se détacher de cette parole qui lui est adressée. Ainsi, dans le film Shoah, se crée « cette place de témoin que le film assigne à chacun » [5].

 

Dans Le Fils de Saul, cette part du dire se situe dans ces morceaux brisés, dans les fragments de scènes (même ce mot est sans doute inapproprié…), d’actions, d’échanges, qu’il est impossible de compléter. Le spectateur se trouve lui-même confronté à l’impossibilité de répondre à ce qui s’adresse, alors, à lui : de ce qui demeure à la charge de chacun. La brisure irrémédiable des actions et des paroles n’est pas anecdotique, puisqu’elle témoigne de la dimension d’impossible inhérente aux situations représentées. Par exemple, le commandant de la brigade des Sonderkommando qui doit nommer soixante-dix membres de son équipe qui, étant devenus “inutiles”, seraient exécutés. Le spectateur doit s’avouer impuissant à décider ce qu’il faudrait faire.

 

C’est dans ce lieu sans issue qu’intervient le “récit” proprement dit. En vidant une chambre à gaz des cadavres, Saul trouve le corps d’un garçon qui paraît encore vivant. A travers une porte, il voit des nazis qui se penchent sur lui et, apparemment, l’achèvent. A partir de ce moment, Saul prend la décision de tout faire pour donner à l’enfant un enterrement, où un rabbi dirait le Qaddish [la prière des morts dans le judaïsme]. Cet enfant est le « fils de Saul » éponyme. Cependant, dans un décrochement de la vraisemblance, les autres personnages nient que celui-ci ait jamais été père. On doit conclure qu’ici, c’est le fils qui fait le père : Saul s’est constitué lui-même père à l’instant où il a décidé de prendre en charge le destin posthume de cet enfant brutalement assassiné. Cette mission qu’il s’est donnée opère une brèche dans cet univers qui n’admet aucune exception, qui abolit toute subjectivité, ravalant chacun au niveau du besoin et à l’utilitaire, dans l’effort de survivre. Ce choix se laisse comparer à ce que Jean-Claude Milner pointe dans un épisode, commenté par Benny Lévy, où Primo Levi décrit le vieux Kuhn en train de prier. Milner affirme que « l’épisode de Kuhn entache la nécessité » [6] accablante du Lager, qui vise à l’anéantissement de la singularité humaine, « il l’entame ; il la troue ». Or vouloir enterrer un mort, au risque de sa vie, est un acte absolument injustifiable, sur le plan rationnel : c’est précisément en cherchant un rabbin que Saul perd le paquet qu’on lui avait confié, portant atteinte au projet de soulèvement des autres prisonniers.

 

Un changement de ton intervient ici, en sorte que le film semble se dérouler sur un fil de rasoir : on voit Saul portant à l’épaule la dépouille du garçon enveloppée d’un sac, au milieu d’une bataille où ses camarades se révoltent contre les nazis. Autrement dit, Saul persiste à conduire son projet d’enterrement, au moment même où se déroule un combat à la mort. On se met à imaginer, pendant quelques instants, l’association comique avec le cercueil transporté à travers la campagne (le fameux comté de Yoknapatawpha), dans Tandis que j’agonise, de Faulkner, ou Candide, qui continue à clamer la devise « Tout est pour le mieux », de son maître Pangloss, alors que la civilisation entière s’écroule autour de lui. C’est dire qu’en l’absence d’une dimension de sens assurée par une logique de fiction, l’action menée par Saul est littéralement absurde. Seule la dimension du réel maintient tout le lestage subjectif de cette entreprise. Daniel Bougnoux cite l’exemple d’Antigone s’obstinant à vouloir enterrer le traître Polynice. Lacan révèle que sa motivation est due à la singularité absolue qu’elle voit en son frère, et il prête ces mots à l’héroïne tragique : « Mon frère est ce qu’il est, et c’est parce qu’il est ce qu’il est, et qu’il n’y a que lui qui peut l’être, que je m’avance vers cette limite fatale » [7]. L’idée d’enterrement, maintenue par Saul envers et contre tout, consistait à maintenir le corps du garçon intact (sans autopsie) : donc, à préserver l’image et l’idée de l’humain.


 

1. Cité par Daniel Bougnoux (ici).

2. « Hier ist kein warum » (Primo Levi, Si c’est un homme in Œuvres, Catherine Coquio éd., Paris, Robert Lafont, « Bouquins », 2005, p. 20)

3. Gérard Wajcman, L’Objet du siècle, Lagrasse, Verdier, 1998, p. 226.

4. Wajcman, op. cit., p. 240. Il indique aussi l’importance que Lanzmann accordait au témoignage des Sonderkommandos, « parce que ces hommes furent les vivants les plus proches des chambres à gaz » (p. 245).

5. Wajcman, op. cit., p. 242. On lira aussi, bien sûr, Giorgio Agamaben, Ce qui reste d’Auschwitz : l’archive et le témoin, Homo sacer III, Pierre Alferi trad., Paris, Rivages poche, « Petite bibliothèque », 2003.

6. Jean-Claude Milner, La Puissance du détail : phrases célèbres et fragments en philosophie. Paris, Grasset, « Figures », 2014, p. 188. On trouvera notre compte rendu de ce livre ici.

7. Jacques Lacan, Le Séminaire, Livre VII, L’Éthique de la psychanalyse, Paris, Seuil, « Champ freudien », 1986, p. 324.

 

 

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