Breaking the Silence et B’Tselem sont des organisations criminelles (info # 013004/17) Version imprimable
dimanche, 30 avril 2017

 

Par Guy Millière

 

On le sait, je pense, Binyamin Netanyahu a, voici quelques jours, refusé de recevoir le ministre des Affaires Etrangères allemand, Sigmar Gabriel, qui était en visite en Israël. M. Netanyahu a indiqué de manière explicite pourquoi il avait pris cette décision. Un communiqué a été publié par ses services, disant : “La politique du Premier ministre est de ne pas recevoir de visiteurs étrangers qui, lors de voyages diplomatiques, rencontrent des groupes qui calomnient les militaires israéliens en les présentant comme des criminels de guerre”.

 

La presse française a, bien évidemment, incriminé le Premier ministre israélien, l’accusant d’avoir suscité délibérément des tensions avec l’Allemagne. Elle a rappelé que l’Allemagne participe au financement de la construction de sous-marins israéliens, aidant ainsi Israël. Les media français ont également souligné que les groupes rencontrés par le ministre des Affaires Etrangères allemand sont des “groupes de défense des droits de l’homme”.

 

Une seule de ces affirmations est exacte : celle concernant les sous-marins israéliens ; mais que l’Allemagne, après avoir exterminé six millions de Juifs il y a sept décennies, fasse preuve d’un minimum de générosité à l’égard de l’Etat du peuple juif peut paraitre constituer la moindre des réparations.

 

La première affirmation est inexacte et inverse les responsabilités : ce n’est pas Binyamin Netanyahu qui a suscité des tensions avec l’Allemagne, c’est le ministre des Affaires Etrangères allemand qui s’est conduit de manière inadmissible pendant qu’il se trouvait en Israël.

 

La troisième affirmation est bien davantage qu’inexacte, elle est absolument calomnieuse. Les groupes rencontrés par le ministre des Affaires Etrangères allemand ne défendent pas les droits de l’homme, mais se livrent à une vile propagande et agissent contre les droits de l’homme. Ils s’emploient à salir un pays démocratique, Israël, en aidant des terroristes et en mettant en danger - voire en entrainant leur mort -, des soldats chargés de combattre le terrorisme. Ce sont des groupes criminels, qui devraient être traités comme tels par le gouvernement israélien et par les gouvernements de tous les pays éclairés.

 

Il n’est pas étonnant, quoique scandaleux, que le ministre des Affaires Etrangères allemand a rencontré les groupes en question : ceux-ci sont en large partie financés par les pays d’Europe et par l’Union Européenne, donc Allemagne comprise, qui joue dès lors, de manière consciente ou non (mais j’ai du mal à croire en l’inconscience en une époque où l’information circule largement et est aisément disponible) un jeu des plus pervers.

 

Et il ne serait encore pas étonnant, mais toujours aussi scandaleux, que le ministre des Affaires Etrangères allemand et son gouvernement affirment de manière hypocrite que les groupes en question sont, comme l’a avancé la presse française, des groupes de défense des droits de l’homme, car c’est la justification que se donnent les pays d’Europe et l’Union Européenne pour les financer.

 

Ce doit être l’occasion de souligner que les groupes en question sont sous la surveillance d’une organisation indispensable de salubrité publique : NGO Monitor (http://www.ngo-monitor.org), qui effectue un travail sérieux et remarquable, avec peu de moyens, pour défendre quant à elle les droits de l’homme et la vérité.

 

Le site de NGO Monitor [l’observateur des ONG] explique en détail, et preuves à l’appui, que l’un des groupes rencontrés par le ministre allemand, Breaking the Silence ("Shovrim Shtika", "On rompt le silence") utilise des témoignages anonymes, dont rien n’indique qu’il ne s’agit pas de faux, aux fins de prouver que l’Armée israélienne commettrait des “crimes de guerre”. Breaking the Silence définit les terroristes arabes tueurs de Juifs sous l’appellation de “combattants de la liberté”, ce qui constitue une preuve suffisante pour démontrer que cette organisation considère que tuer des Juifs participe d’un acte libérateur.

 

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Les "libérateurs" de Shovrim Shtika

 

NGO Monitor explique aussi que l’autre groupe rencontré par l’hôte allemand, B’Tselem, accuse sans cesse Israël, non seulement de “crimes de guerre” elle aussi, mais de pratique de l’ ”apartheid”. Or cette allégation suffit pour sa part à établir qu’elle ne tient aucun compte de la réalité et participe à une opération préméditée de désinformation et de stigmatisation de la société israélienne. Que des Israéliens - B’Tselem est une ONG israélienne - fassent comme s’ils ne voyaient pas que la société israélienne est une société pluriculturelle où Arabes et Juifs vivent ensemble sans discrimination, et comme s’ils ne voyaient pas que l’Autorité Palestinienne pratique quant à elle non pas l’apartheid mais l’épuration ethnique, est accablant quant aux intentions de cette organisation.

 

Binyamin Netanyahu a pris une décision légitime en ne recevant pas Sigmar Gabriel. Il devrait maintenant demander, voire exiger, que les pays d’Europe et l’Union Européenne cessent de financer des groupes tels que Breaking the Silence et B’Tselem, et cessent de les définir comme des groupes de défense des droits de l’homme.

 

Cela impliquerait que ces groupes soient considérés en Israël pour ce qu’ils sont, et que soient tirées par le gouvernement israélien les conclusions qui s’imposent à leur endroit.

 

Un pays démocratique est un pays où la liberté de parole doit être considérée comme sacrée. Un pays démocratique est aussi un pays où il existe une limite à la liberté de parole, et la complicité de crime, voire l’incitation au crime, donc la participation au crime, se situent clairement au-delà de cette limite.

 

Un groupe qui accuserait sur des bases spécieuses des soldats de l’armée d’un pays d’Europe  ou d’Amérique du Nord de commettre des crimes contre l’humanité aurait rapidement des problèmes avec la justice. Un groupe qui laisserait entendre que tuer des Juifs est libérateur serait, en Europe ou en Amérique du Nord, considéré comme un groupe antisémite, et traité comme tel.


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Le Golan bouge (info # 012904/17) Version imprimable
samedi, 29 avril 2017

 

Par Jean Tsadik

 

Depuis longtemps, plus de deux ans, la situation sur le plateau du Golan était plutôt figée. Israël protégeait jalousement sa frontière – en fait, la ligne de séparation des forces Alpha – observant les belligérants syriens. En face, les forces gouvernementales et leurs alliés iraniens et libanais du Hezbollah, augmentés de quelques dizaines de Druzes syriens favorables au régime d’Assad, d’une part, et le Front du Sud, une mosaïque hétéroclite de pas moins de soixante organisations, de l’autre, se livraient à une guerre de positions, incapables, ni les uns ni les autres, de forcer la décision militaire.

 

Pendant que l’aviation du régime bombardait les villes tenues par la rébellion à coups de barils d’explosifs, le Front du Sud s’était emparé de la quasi-totalité de la frontière avec Israël. Hormis une zone contrôlée par des partisans de l’Etat Islamique au sud du plateau, dans le secteur des trois frontières, ainsi que quatre kilomètres à proximité du mont Hermon, qui demeurent entre les mains de l’Armée régulière.

 

Israël subvenait aux besoins les plus urgents des insurgés en matière d’assistance médicale et de nourriture, et en transférant à la rébellion les armes achetées par des pays arabes et, par intermittence, par les Etats-Unis.

 

Chaque fois qu’un obus tombait en territoire israélien, Tsahal ripostait – c’est encore arrivé il y a une semaine -, en prenant soin de détruire la batterie d’artillerie qui avait tiré le projectile. A de rares reprises, des avions ennemis qui s’approchaient de trop près de la frontière ont été immédiatement abattus. Sauf quand les appareils étaient russes et qu’ils s’étaient aventuré dans notre ciel - volontairement ou non, allez savoir, les pilotes de Poutine ont de vraies lacunes en matière de navigation ! -, auquel cas, en leur parlant à la radio dans leur langue maternelle, nos contrôleurs aériens les remettaient dans le bon chemin sans coup férir.

 

En d’autres occasions, l’Armée israélienne est intervenue par des frappes ciblées contre des véhicules ou des positions d’une force spéciale qui comprend des Syriens, des Iraniens, des Hezbollani et des Druzes. Plusieurs généraux iraniens et les plus hauts responsables militaires du Hezb y ont laissé leur peau avant qu’ils ne puissent réaliser les opérations qu’ils ourdissaient. L’archi-terroriste libanais Samir Kountar, qui chapeautait ces activités pour les Iraniens et le Hezbollah, s’est fait cueillir en décembre 2015 par un missile dans un appartement de Damas où il se croyait en sécurité.

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Service cartographique © Metula News Agency

En vert les positions du Front du Sud, en rouge, celles de l’Armée gouvernementale

 

La situation que je viens de décrire brièvement prévaut encore, mais plusieurs choses sont en train de changer. D’abord au niveau humanitaire : l’Etat hébreu ayant autorisé des réfugiés syriens à s’établir à trente mètres de l’épais grillage qui marque sa frontière. Il s’agit d’un village de quelques dizaines de tentes, situé au sud du Moshav (village semi-collectiviste) d’Aloneï Habashan (voir carte).

 

Des volontaires de la société civile israélienne fournissent aux habitants syriens de la nourriture, des tentes et des produits de première nécessité. De plus, les plus proches voisins syriens des réfugiés appartiennent au village circassien de Bariqa (ou al Bariqa). Ils sont eux-mêmes des ex-réfugiés du sud de la Russie, chassés par les tsars, chrétiens à l’origine et convertis à l’islam par les Ottomans en échange du droit de s’implanter dans ce qui est aujourd’hui la Jordanie, Israël et la Syrie. En Israël, où ils ont établi deux villages, ils sont des citoyens exemplaires, qui remplissent tous leurs devoirs, y compris celui d’accomplir leur service militaire. L’un d’entre eux, Bibras Natkho, est l’un des piliers de l’équipe nationale israélienne de football.  

 

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Le village de tentes des réfugiés syriens, adossé à la frontière israélienne

 

A Bariqa, ils ont conservé leur sens de l’hospitalité au cours des ans et cultivent les valeurs pacifiques. De sorte que même durant les conflits les plus durs du passé entre Damas et Jérusalem, ils ont veillé à garder des relations sereines avec Aloneï Habashan, distant uniquement de quelques centaines de mètres. On peut également avancer que, dans cette Syrie où les minorités sont régulièrement mises à rude épreuve, les Circassiens considéraient Israël comme une sorte de police d’assurance sur la vie.

 

En tout état de cause, les réfugiés du village de tentes sans nom n’ont rien à craindre de Bariqa, bien au contraire, et leur nombre va sans cesse croissant, suscitant l’irritation du pouvoir et de ses complices.  

 

Cette semaine, comme on le distingue sur une photo (ci-dessous) prise à partir de la Syrie, Tsahal a procédé à une incursion de quelques centaines de mètres en territoire ennemi pour permettre à des officiers de traverser le grillage et de venir s’entretenir de vive voix avec les réfugiés. Les objectifs consistaient à établir une liste de leurs besoins, à faire plus ample connaissance avec les responsables, à fixer des règles de cohabitation et de communication, et à s’assurer que des éléments hostiles ne s’étaient pas mélangés aux réfugiés.

 

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Deux chars israéliens en Syrie

 

Durant la même semaine, l’une de nos équipes de reporters a tenté de s’approcher du village de tentes, mais elle en a été empêchée par l’Armée, qui a bouclé toutes les routes et les sentiers qui conduisent aux réfugiés. Durant cette tentative, nos camarades ont fortuitement essuyé plusieurs tirs d’obus des soldats d’Assad, dont certains n’explosant qu’à quelques centaines de mètres de leurs Jeeps.

 

L’aspect humanitaire de cette nouvelle implantation coïncide avec plusieurs préoccupations stratégiques communes aux gouvernements israélien et jordanien. Celle qui prédomine veut qu’il est préférable de s’occuper des réfugiés chez eux que de les accueillir chez soi. Surtout pour des "petits" pays comme l’Etat hébreu et la monarchie hachémite. Dans cette dernière, ils sont déjà 1.4 millions, pour une population indigène de dix millions de personnes. Ils coutent annuellement au royaume pas moins de 2.5 milliards de dollars, soit 6% du produit intérieur brut. De plus, dans ce pays démographiquement instable, dirigé par une petite minorité de descendants de bédouins et comptant de nombreux groupes hostiles au pouvoir, ainsi qu’une menace représentée par l’islam radical, l’hébergement des réfugiés pose problème.

 

Quant à Israël et à ses 8.6 millions d’habitants, depuis le début de la Guerre Civile chez son voisin, il n’a reçu que des Syriens malades ou blessés, afin de les soigner et de les renvoyer chez eux une fois rétablis. Pour Jérusalem, il n’est pas question de modifier la proportion entre Juifs et Arabes par un afflux massif de musulmans sunnites.

 

En tenant compte de ces facteurs, on comprend aisément pourquoi le Roi Abdallah et le Premier ministre Binyamin Netanyahu envisagent depuis un certain temps déjà d’instaurer une zone sécurisée pour les réfugiés dans le Golan, quitte à en prendre soin sur place.

 

Cette préoccupation se marie à ravir avec la volonté de maintenir les alliés de Bashar al Assad, le Hezbollah et l’Iran, le plus loin possible de leurs frontières. Et ce souci a encore grandi avec les victoires remportées par le régime dans l’ombre l’intervention russe. La politique ne connaissant pas de situation de vide, Téhéran est fortement tenté d’avancer ses pions en direction de ses ennemis israélites et sunnites ; ne serait-ce que pour se trouver dans leur proximité en cas d’attaque contre l’Iran, et de pouvoir répliquer en palliant le manque d’armes fiables à longue distance par  des missiles de courte portée, l’artillerie, et les fantassins, dont il dispose en très grand nombre.

 

L’idée des Jordaniens et des Israéliens consiste à armer, conseiller et renforcer les entités fréquentables parmi celles qui composent le Front du Sud. Non seulement il en existe, mais elles sont déjà en contact avec Amman et Jérusalem, pratiquant un dialogue pragmatique et efficace.

 

Avec l’aide des Etats-Unis et des pays arabes, entièrement conquis par le projet, il s’agirait de repousser l’Armée alaouite et ses alliés, en rouge sur la carte, dans un premier temps du saillant qui conduit de Damas presque jusqu’à la frontière jordanienne, le long de l’autoroute M5. Et ensuite, sans toucher au Jabal Druze (la montagne des Druzes), ce qui générerait des troubles aussi graves qu’inutiles en Israël avec l’influente minorité druze locale, d’occuper et de sécuriser tout le Golan syrien, jusqu’à une vingtaine ou une trentaine de kilomètres au sud de Damas.

 

Les bénéfices d’une telle opération seraient multiples : relocaliser les réfugiés, éloigner les ennemis irréductibles, imprimer une pression constante sur le régime, ce qui ne peut être que favorable au moment où les négociations réelles concernant l’avenir de la Syrie s’ouvriront, et s’assurer de bonnes relations avec la population qu'on aura aidée, qui continuera, dans sa majorité, à demeurer dans le Golan, et qui restera longtemps tributaire de l’aide des pays arabes, de celle de Washington et des Occidentaux, et du rôle de voisins attentionnés et compréhensifs de la Jordanie et d’Israël.

 

Autre avantage appréciable, dans cette guerre de religion qui ne dit pas son nom, les sunnites et leurs adversaires chiites et alaouites ne sont pas miscibles, ce qui réduit quasiment à néant le risque de renversement d’alliances et de trahisons.

 

Pour toutes ces raisons, on doit considérer le village de tentes qui s’est spontanément établi le long de la frontière israélienne à la recherche de protection comme un ballon d’essai. Tout le plateau pourrait bientôt lui ressembler, avant de se pérenniser par des constructions en dur dans les nombreuses agglomérations de moyenne importance qui foisonnent dans la région. Le projet est certes vertigineux, car, en plus des réfugiés actuellement en Jordanie, il faut s’attendre à en voir affluer d’autres en provenance des zones dominées par la dictature alaouite d’al Assad. Mais comme me l’a confié un responsable jordanien il y a quelques jours, cette population est déjà hébergée, nourrie et encadrée médicalement, "il suffira de la déplacer de quelques dizaines de kilomètres et d’améliorer les infrastructures. En plus, elle sera chez elle et pourra participer à la construction de son avenir, ce qui n’est pas le cas actuellement".

 

Il existe plusieurs conditions à la réussite de ce projet, la principale étant la reconquête du territoire et sa sécurisation. Tant que cela ne sera pas accompli, les réfugiés refuseront de rentrer chez eux pour y affronter l’incertitude.

 

On y travaille ferme. Une zone de concentration, de formation et de dotation des forces du Front du Sud a été installée dans le sud du Golan syrien, dans un secteur déjà contrôlé par la rébellion (carte), et trop proche de la frontière jordanienne pour que l’Aviation d’Assad ne la pilonne impunément. D’ailleurs, les F-16 jordaniens et israéliens ne la laisseraient pas faire, et les patrouilles conjointes sur le Golan sont monnaie courante. De plus, les Hachémites disposent à al Mafraq (carte), à 10km de la frontière, d’un aéroport possédant une piste de 3.5km de long, ce qui est amplement suffisant pour acheminer sur place tous les équipements civils comme militaires nécessaires au projet.  

 

Le problème majeur procède du danger d’une réaction violente des Russes qui sont les protecteurs du régime de Damas. Or il est hors de question de se confronter aux Russes et ce n’est pas une affaire de rapport de forces au niveau régional, qui pourrait être gérable ; c’est que ni la Jordanie ni Israël, même avec l’appui politique de toute la région, ne peuvent supporter le risque d’un conflit avec la Russie, qui reste la seconde puissance militaire de la planète.

 

Il existe deux solutions à cet écueil : la première consiste à conserver le statu quo négocié entre Jérusalem et Moscou, qui veut que ni l’un ni l’autre n’intervienne avec son aviation dans le Golan syrien à moins d’être directement attaqué. Cela implique que l’Aviation syrienne demeurerait la seule à pouvoir utiliser cet espace aérien et que le Front du Sud devrait opérer sans couverture aérienne, ce qui est déjà le cas actuellement.

 

Cela complique évidemment les choses dans la perspective de l’offensive majeure qui est en train de se mettre en place. Même si l’efficacité de l’Armée de l’air d’Assad, fortement diminuée par la Guerre Civile, ne joue pas le même rôle déterminant que celles de ses voisins, et que les Hébreux et les Jordaniens pourraient continuer à lui interdire l’espace de vol situé à dix kilomètres de leurs frontières environ, sans pour cela déclencher la furie de Poutine.

 

L’autre solution, largement plus confortable, consisterait à obtenir l’appui définitif des USA qui sont déjà continuellement informés du déroulement des préparatifs. Il suffirait sans doute que l’U.S Air Force survole massivement la région durant l’offensive et décrète l’interdiction de survol du Golan par les aviations des autres pays pour dissuader les Syriens, mais surtout les Russes, d’intervenir par la voie des airs.

 

Trump prendrait un risque en assumant ce genre d’engagement, mais c’est un risque calculé et partant limité. Un risque qu’il a déjà pris en lançant, au début de ce mois, ses 59 Tomawak sur la base aérienne syrienne de Shayrat en passant sur la tête des Russes. Lesquels ont pesté et menacé de réagir, mais leurs appareils se gardent consciencieusement de défier le dispositif militaire américain dans la région.

 

Il est probable que l’on assisterait au même scénario au cas où le nouveau président américain décréterait l’interdiction du survol du Golan, les Russes n’étant pas suicidaires non plus.

 

Et puis Trump, après l’utilisation par Assad de gaz de combat contre des civils au nord de Homs, semble décidé à renverser le dictateur alaouite, c’est du moins ce qu’il affirme désormais. Or l’offensive en gestation constitue l’un des seuls moyens pratiques de parvenir à cette fin sans envoyer de boys massivement sur le terrain.

 

D’autre part, il comprend, qu’accessoirement, l’éviction définitive d’Assad et de ses acolytes du plateau du Golan consacrerait de facto l’annexion auto-proclamée de sa partie occidentale par Israël. Futé comme il l’est, habile en négociations et sachant exploiter la puissance de son pays (ce qu’Obama ne savait pas faire), le président-milliardaire pourrait faire pression sur Netanyahu afin qu’en échange de son soutien pour le "projet" sur le Golan, il montre de la souplesse face à l’Autorité Palestinienne.

 

Car tout le monde l’aura remarqué, Donald Trump s’est aussi mis en tête de résoudre le différend au demeurant insoluble entre Israël et les Palestiniens. Cette semaine il a déclaré "qu’il n’existait pas de raison quelle qu’elle soit pour qu’il n’y ait pas la paix entre Israël et les Palestiniens". Cela sera encore plus évident durant le mois de mai, lorsqu’après avoir rencontré Mahmoud Abbas à Washington, mercredi prochain, il se rendra à Jérusalem le 22, à son initiative, pour rendre visite à M. Netanyahu. Or les analystes de la Ména et nos amis et confrères régionaux, tant institutionnels que privés, partagent l’avis que cela ne sera pas uniquement, ni même principalement, une visite de politesse.


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Bruxelles-Métula du 28 avril 2017 Version imprimable
samedi, 29 avril 2017

 

Ecoutez l’émission Bruxelles-Métula d’hier grâce au lien https://youtu.be/qmSCwKO_kLM.

 

Jim Mosco y interroge Stéphane Juffa au sujet du drone abattu jeudi soir sur le Golan, du terroriste libanais arrêté à la gare routière de Kiryat Shmona, et de l’avancement significatif, visible notamment dans l’attitude de l’Autorité Palestinienne face au Hamas, de l’initiative de Donald Trump visant à instaurer la paix entre Israéliens et Palestiniens.

 

 
L’analyse de l’attaque de l’Aéroport de Damas (info # 012704/17) Version imprimable
jeudi, 27 avril 2017

 

Par Stéphane Juffa

 

La nuit dernière, à 3h25 locales, cinq missiles ont frappé un site de déchargement et de stockage au sud-ouest de l’Aéroport International de Damas, causant des explosions entendues dans tous les quartiers de la capitale syrienne, suivies d’importants incendies. Les media de Bashar al Assad ainsi que la presse arabe ont confirmé les faits. Le chef de la Ména libanaise, Michaël Béhé, s’est entretenu par téléphone avec des témoins oculaires directs de l’attaque.

 

Cette opération fait suite à l’arrivée, plus tôt dans la nuit, de plusieurs avions cargos iraniens qui apportaient du matériel de guerre avancé à destination des miliciens du Hezbollah libanais. Il s’agit de deux Boeing 747, de deux Ilyushin IL-76, ainsi que d’un Airbus A300 de la compagnie perse Mahan Air. Toute personne possédant un ordinateur et branché sur l’un des sites publics de suivi du trafic aérien tel que Flightradar24 aurait pu suivre l’évolution de ces appareils en temps réel (voir la photo ci-dessous).

 

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Les vols Iran-Damas de cette nuit

 

Pour Tsahal, il était impératif de détruire l’ensemble de ce matériel alors qu’il se trouvait encore rassemblé en un endroit unique, faute de quoi, il se serait éparpillé sur les routes en direction du Liban, rendant sa destruction aléatoire.

 

On ne possède aucune information confirmée quant au mode opératoire utilisé par les Israéliens. Notre hypothèse est que des chasseurs-bombardiers à l’Etoile de David ont tiré les missiles à partir du territoire israélien, sans avoir à pénétrer l’espace aérien syrien.

 

La sophistication atteinte par ces engins de conception israélienne, et surtout leur précision (moins d’un mètre de la cible visée) sont telles, que pour des attaques dans un rayon d’action similaire à celui de ce matin, il est inutile de risquer la vie des pilotes et l’intégrité de leurs machines. De même qu’il n’est pas nécessaire de croiser des appareils divers et variés qui pullulent dans le ciel syrien.

 

L’avantage de posséder de telles armes donne aux Hébreux la possibilité d’intervenir différemment des Russes et des Américains dans ce théâtre d’opérations ; alors que les Russes sont contraints d’envoyer des dizaines d’avions noyer littéralement leurs objectifs sous leurs bombes afin de s’assurer de leur oblitération, tout en causant d’énormes dégâts collatéraux, et que les Américains envoient des dizaines de missiles de croisière plus ou moins précis pour atteindre un résultat semblable, il suffit aux Israéliens de larguer cinq missiles, touchant chacun sa cible, pour parvenir à un résultat militairement parfait, tout en réduisant au minimum les destructions collatérales.

 

Reste que selon nos sources, une quinzaine de miliciens du Hezbollah, dont un officier supérieur, et plusieurs Gardiens de la Révolution khomeyniste ont perdu la vie lors de l’attaque de cette nuit. Il y aurait en outre également quelques dizaines de blessés. La raison de ces pertes est à chercher dans le fait que la zone de déchargement frappée est gérée de manière quasi-autonome par la milice chiite et ses mentors iraniens. Ce sous-complexe abrite des entrepôts, des hangars pour avions ainsi qu’une petite zone industrielle.

 

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Les flammes sur l’Aéroport de Damas après l’attaque

 

Depuis hier matin, et jusqu’au moment où nous publions cette analyse, l’activité du Khe’l Avir (l’Aviation militaire israélienne) est incessante sur la rédaction de Metula ainsi que sur le plateau du Golan. De plus, durant toute la nuit, un grand exercice militaire s’est déroulé sur le Golan, à proximité immédiate de la frontière syrienne. La région n’a cessé d’être secouée par des tirs d’artillerie à munitions réelles et de nombreux habitants de la région, inquiets, ont appelé la rédaction pour savoir ce qu’il se passait.

 

La tenue de manœuvres de ce genre est tactiquement intéressante lorsqu’elles se déroulent parallèlement à une opération offensive en territoire ennemi, car elle permet de déployer tout le matériel et les hommes nécessaires en cas de tentative de riposte de l’adversaire.

 

On rappelle à ce propos que le dictateur syrien Bashar al Assad avait promis, il y a deux semaines et demi de cela, juste après le raid précédent qui avait détruit un arrivage d’une centaine de missiles selon des sources militaires, que les règles d’engagement avaient changé et qu’il répliquerait à toute nouvelle attaque par un tir nourri de missiles Scud sur l’Etat hébreu. Il y a deux semaines et demi, son armée avait d’ailleurs tiré un missile de haute altitude qui avait été intercepté par un Khetz (Arrow, Flèche) alors qu’il survolait la Jordanie. Les débris s’étaient écrasés sur le territoire de la monarchie hachémite.

 

Ce jeudi matin, sur les réseaux sociaux, des officiers syriens assurent à leur tour qu’ "il y aurait une riposte à l’opération de ce matin et qu’elle ne tarderait pas à venir". Damas a toutefois été prévenu par des canaux diplomatiques qu’en cas de tentative d’attaque de sa part, non seulement les fusées de la dictature alaouite seraient interceptées, mais aussi que leurs bases de lancement et les stocks de ces armes seraient anéanties, en plus de frappes contre des objectifs militaires stratégiques et même des lieux de résidence du dictateur et de son entourage.

 

A Metula, on doute fort du sérieux des menaces d’al Assad, tant le rapport de force entre Damas et Jérusalem est déséquilibré, et tant cela participerait, pour la dictature alaouite, d’un calcul suicidaire que d’attirer Tsahal dans l’équation de la Guerre Civile syrienne.

 

Tout au plus on envisage ici que l’Armée gouvernementale et ses porte-flingues iraniens et libanais pourraient générer un incident symbolique sur le Golan, avec le risque inhérent, là aussi, de payer un prix très lourd pour une bravade de cette sorte.

 

Il est intéressant de noter que pendant le raid, le ministre israélien de la Défense, M. Avigdor Lieberman, se trouvait à Moscou pour y participer à une conférence sur la sécurité. Hier, il avait rencontré son homologue Sergei Shoigu ainsi que le ministre des Affaires Etrangères Sergei Lavrov.

 

Ils ont parlé du renforcement des mesures de coordination des vols sur la Syrie et M. Lieberman a insisté auprès de ses hôtes sur les préoccupations israéliennes face aux activités iraniennes en Syrie et sur l’usage fait par les Perses de ce territoire pour transférer en contrebande des armes au Hezbollah au Liban.

 

Lieberman a en outre averti ses interlocuteurs qu’Israël ne permettrait pas que les forces iraniennes et le Hezbollah se déploient sur le Golan.

 

Nous sommes convaincus qu’Avigdor Lieberman a informé les Russes du raid de cette nuit, même si ce fut uniquement quelques instants avant qu’il ne se produise, afin d’éviter une crise diplomatique. Nous envisageons également que l’Iran ait pu choisir la date de la présence du ministre israélien à Moscou pour tenter son pont aérien, dans l’espoir que Jérusalem s’abstiendrait de frapper durant cette visite. Nous rappelons que la Russie a déployé une vingtaine de Mig sur l’Aéroport de Damas, quoique sur un parking relativement éloigné du pôle d’activités irano-Hezbollah.

 

Nous observons aussi un durcissement du Kremlin à l’encontre du régime de Bashar al Assad ces dernières semaines. Non seulement les responsables russes ont déclaré qu’ils allaient considérablement réduire leur présence sur le sol syrien, mais aussi, des observateurs ont pu noter que ces déclarations ont été suivies de retraits effectifs d’avions et de troupes.

 

On sait que M. Poutine est excédé par les excès et le cavalier seul de Bashar al Assad, qui fréquemment ne tient pas compte des "conseils" prodigués par les Russes, qui essaie de les impliquer militairement dans des activités qui ne les intéressent pas, ou encore, qui leur prête des intentions qui ne sont pas les leurs et des propos qu’ils n’ont pas tenus.

 

Ecouter le commentaire radiophonique de Stéphane Juffa, regarder une vidéo de l’attaque.  

 

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Leçons du premier tour de la présidentielle française (info # 012404/17) Version imprimable
lundi, 24 avril 2017

 

Par Amram Castellion

 

Pour ceux qui craignaient un résultat serré et une longue attente, la soirée d’hier a du moins offert le soulagement d’une conclusion claire. Emmanuel Macron emporte largement le premier tour, avec 23,86% des suffrages exprimés, soit deux points et demi devant Marine Le Pen qui plafonne à 21,43%. En troisième arrive François Fillon, qui obtient juste un peu moins de 20% des voix. Il est immédiatement suivi de Jean-Luc Mélenchon à 19,6%. Puis viennent les petits candidats, parmi lesquels deux émergent : celui du parti socialiste, Benoît Hamon, à 6,3%, et le candidat dissident de la droite eurosceptique, Nicolas Dupont-Aignan, à 4,7%.

 

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Un commentaire est-il réellement nécessaire ?

 

Dupont-Aignan a joué pour la droite, en 2017, le rôle que Christiane Taubira avait joué pour la gauche en 2002. Il a pris à François Fillon des voix qui, en son absence, se seraient portées sur lui et l’auraient placé au second tour.

 

Quant à Hamon, son échec – la plus mauvaise performance du parti socialiste depuis Gaston Defferre en 1969 – marque la mort d’un compromis historique : celui qui permettait à une gauche raisonnable et gestionnaire de partager le même parti qu’une gauche plus radicale, plus enthousiaste et moins réaliste. Les gestionnaires sont, pour l’essentiel, partis chez Macron – qui a par ailleurs recruté une partie du centre et au moins une école de la droite, la famille chiraquienne. Les radicaux sont partis chez Mélenchon ; et ceux qui voulaient continuer à faire le lien entre les deux groupes sont devenus inaudibles pour la plus grande partie de l’électorat.

 

La victoire de Macron au deuxième tour est à peu près certaine. Elle montre deux choses : d’abord le pouvoir de séduction du candidat et prochain président ; mais aussi et surtout la remarquable habileté tactique de François Hollande, le président sortant. Devenu si impopulaire qu’il a dû renoncer à se présenter, Hollande a manœuvré avec talent pour placer son successeur sur orbite. La corruption de la justice, poussée par l’exécutif à consacrer des moyens disproportionnés à des accusations mal ficelées contre le candidat de droite, l’a plombé dans l’opinion. La séduction des journalistes et des patrons de presse par Macron a fait le reste.

 

Malgré sa belle victoire d’aujourd’hui, Macron devra faire face à deux fragilités structurelles.

 

Tout d’abord, il n’a pas de parti et celui qu’il est en train de mettre en place n’aura pas la majorité aux élections législatives des 11 et 18 juin prochains. L’époque où un nouveau président français recevait la confiance a priori du pays, qui lui donnait une majorité sans même regarder l’identité des candidats qui le soutenaient, est révolue. La gauche, désormais divisée en deux familles irréconciliables, n’a aucune chance d’avoir une majorité. La droite, affaiblie par sa défaite d’hier, aurait besoin d’un nouveau souffle qui n’est pas impossible, mais reste improbable.

 

Le plus probable est donc que, dans moins de deux mois, la France aura un Parlement sans majorité claire, où la droite et un ou plusieurs autres groupes (macronistes, socialistes, voire Front National) devront trouver pour gouverner de fragiles accords de coalition. Un gouvernement faible, en conflit permanent avec un président faible.

 

Et surtout, au moment même où les institutions s’installent dans le dysfonctionnement permanent, la France confirme plus que jamais qu’elle est une société profondément divisée, où près de la moitié de la population est en état de rage permanente contre l’autre moitié.

 

Les commentateurs ont fait semblant de se scandaliser, hier soir, de ce que Jean-Luc Mélenchon refusait de soutenir Emmanuel Macron au deuxième tour contre Marine Le Pen. Il n’y a rien, pourtant, de plus logique. Si les électeurs de Mélenchon et ceux de Le Pen s’opposent en principe sur la question identitaire – les premiers multiculturalistes et plutôt islamophiles, les seconds centrés sur l’identité française – ils se rejoignent sur presque tous les autres points.

 

Mélechonistes comme lepénistes voient le monde comme un complot des élites (la finance, « le système ») contre les petites gens. Les deux groupes veulent un effort massif de redistribution en faveur des plus modestes. Tous deux veulent mettre fin à la participation de la France dans l’Union Européenne et, plus généralement, réduire l’ouverture de la société française aux flux commerciaux, capitalistiques et humains. Et surtout, les uns comme les autres sont prêts à utiliser pour cela toutes les ressources d’un Etat autoritaire, qui ne se soucierait pas trop des droits individuels et imposerait sa volonté par la force.

 

Dans cette approche commune de la politique – autoritaire, redistributrice et paranoïaque – mélenchonistes et lepénistes ont assez de points communs pour faire passer leurs divergences au second plan. Au cours de la campagne qui vient de s’achever, une partie significative de l’électorat a déjà fait des allers-retours de l’un à l’autre.

 

Dans les mois et les années qui viennent, le président Macron provoquera, inévitablement, d’importantes déceptions – d’abord parce que c’est le cas de tous les pouvoirs en place, mais aussi de par l’impossibilité dans laquelle il risque de se trouver, faute de majorité, de réformer les nombreux blocages de la France. Il ne serait pas surprenant que, dans une telle situation, la « deuxième France » – celle de Le Pen, Mélenchon et des petits candidats extrémistes – trouve un moyen de s’allier en une opposition unique.

 

Hier, cette France de la rage a représenté 43% des électeurs. Après quelques années d’un régime qui ne montre aucune inclination à les écouter ou à prendre en compte leurs intérêts, ce pourcentage devrait augmenter. Il n’y a aucune raison d’être certain a priori que cette hausse s’arrêtera en-dessous du seuil de 50% qui lui donnera le pouvoir.

 

 
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