France : chaos politique (info # 012702/17) Version imprimable
lundi, 27 février 2017

 

Par Amram Castellion

 

Depuis l’instauration de l’élection du Président de la République au suffrage universel en 1965, celle-ci est le moment central de la vie démocratique française.

 

Les grands partis politiques sont entièrement organisés pour la préparation de ce scrutin. Pendant cinq ans, ils essaient de multiplier leurs victoires aux élections locales, afin d’étendre leur influence et leurs moyens de financement. Puis, tous les cinq ans, ils se concentrent entièrement sur la préparation du suffrage.

 

Pour cela, ils mettent en avant le meilleur candidat qu’ils puissent trouver. Un candidat qui a le soutien des militants, mais qui peut aussi séduire au-delà de la base du parti. Un candidat que son caractère et son expérience rendent crédible pour représenter la France face aux dirigeants du monde et pour tracer les grandes directions de l’avenir du pays.

 

Lors du premier tour de l’élection, les candidats les moins sérieux sont éliminés. Puis, lors du deuxième tour, les chefs de deux grands partis s’affrontent en apportant leurs propositions respectives aux principaux enjeux que le pays doit confronter. Celui qui gagne exerce le pouvoir suprême pendant cinq ans. Il bénéficie, en principe, d’une Assemblée nationale de sa couleur politique ; il dicte au gouvernement les priorités de son action ; il nomme les personnes de son choix aux principaux emplois de l’Etat ; il exerce une influence réelle, même si elle n’est pas complète, sur la ligne éditoriale des principaux organes de presse.

 

Telle est, du moins, la manière dont se sont déroulées les élections présidentielles de 1965 à 2012. Mais pour les élections de 2017, qui seront décidées dans dix semaines à peine, tout sera massivement différent.

 

Pour la première fois dans l’histoire de la Cinquième République, la désignation des candidats s’est faite après l’éviction furieuse, par les électeurs, de presque tous les représentants de la classe politique traditionnelle. Les candidats qui semblaient les plus crédibles il y a quelques mois – François Hollande, Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, Manuel Valls, François Bayrou... - ont tous dû renoncer à se présenter. Ce coup de balai ne peut signifier qu’une chose : les électeurs ne font plus aucune confiance à leur classe politique.

 

Pour la première fois aussi l’une des principales écoles de pensée politique française, ce qu’on appelle la gauche, n’aura pas de candidat sérieux. Les primaires de la gauche, le 29 janvier dernier, ont écarté l’ancien Premier ministre Manuel Valls, qui tentait, selon une recette constante depuis François Mitterrand, d’unifier derrière sa candidature deux visions du monde profondément incompatibles :

 

D’une part, des partisans d’une redistribution accrue des richesses, de statuts sociaux toujours plus protecteurs et de l’ouverture inconditionnelle aux minorités culturelles (principalement l’islam). Cette école de la gauche radicale cherche principalement les effets d’annonce et la satisfaction émotionnelle des réformes, sans se soucier de leurs possibles effets pervers sur l’ensemble de la société ;

 

Et, d’autre part, des partisans de la gauche qui comprennent parfaitement que trop de dépenses mène à la faillite, trop de réglementation à la fuite des talents, et trop de tolérance à l’affrontement violent entre communautés. Cette école de la gauche gestionnaire partage les mêmes valeurs ultimes que la gauche radicale, mais est prête à prendre des mesures qui semblent aller en sens inverse afin de préserver ces valeurs à long terme.

 

Lors des primaires du 29 janvier, la majorité des militants de gauche a rejeté l’alliance entre ces deux gauches, incarnée par Manuel Valls. Ils ont désigné comme candidat Benoît Hamon, un homme politique professionnel (il n’a jamais eu d’autre activité), ancien ministre de l’Education et de la Recherche. Son programme est entièrement orienté vers la gauche radicale : droit de vote des étrangers aux élections locales, fin de l’état d’urgence qui a permis aux forces de l’ordre françaises de démanteler plusieurs complots terroristes, démantèlement de l’infrastructure nucléaire qui permet à la France de bénéficier d’un approvisionnement sûr en électricité de bon marché, attribution d’un revenu universel de 600 euros par mois, reconnaissance d’un Etat de Palestine, lutte fiscale et réglementaire contre l’innovation technologique…

 

Avec ce programme, le candidat de gauche a renoncé de lui-même à toute chance d’être élu en mai prochain. Son seul objectif est d’éviter d’être dépassé par les candidats de la gauche révolutionnaire qui sont une constante de la vie politique française et y apportent le charme suranné de leurs vieilleries idéologiques (cette année, c’est un certain Mélenchon qui joue ce rôle). Benoît Hamon, par ce choix tactique, laisse la totalité de l’électorat de la gauche gestionnaire sans aucun candidat auquel elle puisse s’identifier.

 

Par comparaison, la droite française est plus conforme au modèle traditionnel de la République. Elle a un parti dominant, les Républicains ; un candidat crédible, l’ancien Premier ministre François Fillon, dernier survivant de la classe politique traditionnelle. Elle est aussi largement favorite, grâce à son implantation dans l’ensemble du territoire, pour gagner les élections législatives qui suivront en juin prochain les présidentielles. S’il est élu, Fillon, et lui seul, s’inscrirait dans le modèle traditionnel des présidents de la Cinquième République.

 

Cependant, ses chances ont été réduites par la révélation, savamment orchestrée par la presse française, des avantages dont il a autrefois, lorsqu’il était député, fait bénéficier sa femme en l’embauchant comme attachée parlementaire – un travail dont il ne reste pas de trace probante. Ces faits ne constituent aucune illégalité (les allocations versées aux députés étaient, jusqu’en 2012, pleinement propriété de l’élu qui pouvait en faire ce qu’il voulait), mais ils ont nui à sa popularité. Fillon reste dans le trio de ceux dont l’élection est possible, mais il ne peut plus être considéré comme le grand favori qu’il était avant ces révélations.

 

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L’un de ces trois candidats sera président dans trois mois. Ne cachez pas trop votre joie

 

Présente aussi dans le trio des éligibles, même si ses chances semblent très limitées, la candidate du Front National, Marine Le Pen, serait une présidente très différente du modèle institutionnel classique. Une majorité de 60 à 65% des Français lui est très défavorable. Son élection, peu probable, ne pourrait intervenir que par un concours de circonstances – forte abstention, menaces sécuritaires – qui la ferait apparaître comme un moindre mal, sans pour autant la rendre populaire. Son parti n’a ni l’infrastructure, ni les compétences nécessaires pour remporter les législatives. Il s’est rendu populaire par ses positions contre la délinquance et l’immigration et par des propositions sociales pour les ménages modestes (retraite à 60 ans, baisse des prix de l’électricité) ; mais ses compétences économiques et sa capacité à gérer sont aussi inexistantes que celles de la gauche radicale. Une Présidente Le Pen devrait donc composer avec une majorité d’inspiration différente. Elle devrait laisser le Premier ministre gouverner et se contenter des luttes d’influence que lui donnerait son pouvoir de nomination et les privilèges de sa fonction.

 

Encore plus originale est l’émergence d’un troisième candidat crédible : l’ancien conseiller de François Hollande et ancien ministre de l’Economie, Emmanuel Macron. Contrairement à Le Pen, il est techniquement compétent. Mais comme elle, il ne dispose pas d’un parti capable de gagner les élections législatives et devrait composer, s’il gagnait, avec une majorité qui a son propre programme.

 

Surtout, Macron représente une nouveauté radicale dans l’histoire de la Cinquième République : un candidat parvenu aux portes de l’Elysée sans y être porté par un réseau structuré d’élus et d’institutions représentatives.

 

L’homme n’a rigoureusement aucune légitimité politique. Il n’a jamais été élu, n’a jamais géré de collectivité locale, n’a jamais négocié avec des syndicats ou des associations professionnelles. Sa candidature est soutenue par quelques élus sans réseau national, comme le maire de Lyon Gérard Collomb, mais surtout, par un assez dense réseau patronal, en particulier dans la presse (Pierre Bergé, Patrick Drahi). Ces soutiens lui assurent un traitement plus que privilégié dans les media, qui est à l’origine de sa progression dans les sondages.

 

Le fait qu’une telle base de soutien puisse suffire à rendre crédible une candidature présidentielle est un signe inquiétant de l’effondrement des institutions représentatives françaises traditionnelles : collectivités élues, syndicats, groupes professionnels. Si Macron était élu, la fonction présidentielle – naguère encore le couronnement d’une vie passée à tisser de profonds réseaux au cœur de la société française – se transformerait en un stage de luxe au service de l’establishment.

 

Au-delà des personnalités en lice, ce qui caractérise la campagne actuelle est l’effacement presque complet des débats de politique publique, au profit d’une mise en scène aussi spectaculaire que maladroite des personnes.

 

La France a de profonds problèmes : un chômage élevé au-delà de ce qui est acceptable, une dépense publique ruineuse, l’hostilité des quartiers musulmans à la nation, la baisse régulière de la qualité de l’enseignement, l’exil massif des plus riches et des plus talentueux. Une campagne responsable consisterait à opposer plusieurs projets possibles pour remédier à ces problèmes.

 

Or, si les trois candidats ont, à des degrés divers, fait l’exercice consistant à aligner une série de propositions, seul Fillon fait de la crédibilité de son programme son principal argument de campagne.

 

Le Pen se positionne avant tout comme la candidate dont l’élection froisserait l’establishment et ne semble pas gênée par le fait que l’application littérale de son programme économique conduirait la nation à sa ruine.

 

Macron a fini par publier un programme, qui comprend quelques lacunes gigantesques : en particulier, il annonce des économies sur les dépenses publiques sans indiquer comment elles seraient réalisées. Mais il fonde, lui aussi, avant tout sa campagne sur la mise en scène de sa personne plus que de son programme. A plusieurs reprises, dans des moments dont il est difficile de savoir s’ils relevaient d’une bouffée de narcissisme délirant ou d’une simple habileté politique, il a affirmé que son élection représenterait la rencontre historique entre un homme et une nation pour un destin commun. Ce type de phénomène peut, certes, se produire, mais il concerne plutôt des hommes qui ont déjà fait la preuve de leur valeur – gagné une guerre, par exemple, ou mis fin à une crise économique. On ne voit pas bien comment une nation pourrait éprouver un sentiment fusionnel collectif avec un stagiaire qui a pris le melon.

 

Dans une telle situation, le programme de travail du prochain gouvernement a de grandes chances de résulter, non des intentions de tel ou tel candidat à la présidence, mais des tractations entre les groupes parlementaires à la recherche d’un compromis de coalition. Au moment précis où elle est confrontée au type de difficultés qui justifierait d’appliquer à la lettre l’esprit de la Cinquième République, la France s’apprête peut-être à y répondre par un retour enthousiaste à l’époque de la IVe République sur le déclin : instabilité ministérielle, compromis boiteux, pays ingouvernable, obsession des polémiques et des scandales, désintérêt profond pour la solution des problèmes de la nation. Si cette prédiction devait se réaliser, ceux d’entre nous qui le peuvent seront de plus en plus tentés d’aller essayer d’autres cieux.

 

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Les antisémites font passer la haine des Juifs avant toute autre considération Version imprimable
dimanche, 26 février 2017

 

Par Guy Millière

 

Israël est un petit pays sur la surface de la planète : un peu plus de vingt mille kilomètres carrés, peu ou prou la dimension de l’Etat du New Jersey aux Etats-Unis. C’est aussi un petit pays par son nombre d’habitants : moins de neuf millions de personnes vivent en Israël, moins que la population de la ville de New York.

 

C’est néanmoins un pays d’une importance stratégique cruciale en termes de géopolitique mondiale, car c’est la seule démocratie réellement pluraliste au Proche-Orient, l’une des principales puissances militaires de la région, l’une des puissances technologiques et économiques majeures de ce temps, et le seul allié fiable des Etats-Unis et du monde occidental dans cette partie du monde.

 

C’est, en outre, nul ne l’ignore, la patrie du peuple juif, et quiconque sait ce que le judaïsme et les Juifs ont apporté à l’humanité et à quel degré l’antisémitisme a ravagé ladite humanité ne peut ignorer à quel point il est important que les Juifs aient à nouveau une patrie, et un pays à même de leur servir de dernier refuge.

 

Que les antisémites de toute la planète soient hostiles à Israël est logique. Qu’ils fassent passer leur haine des Juifs avant toute autre considération est logique aussi : la haine des Juifs rend ceux qu’elle imprègne aveugles et destructeurs. Que l’administration Obama ait tout fait pendant huit ans pour déstabiliser Israël et pour placer le gouvernement israélien le dos au mur ne paraitra moins logique qu’à ceux qui feindraient d’ignorer que Barack Obama est un homme d’extrême gauche, islamophile, qui a beaucoup fréquenté des antisémites et qui a peu ou prou autant de sympathie pour Israël qu’un dirigeant des Frères Musulmans. Que Donald Trump et son administration adoptent une attitude résolument inverse de celle adoptée pendant les années Obama n’a rien de surprenant, dès lors que et Donald Trump et son administration entendent replacer au centre de l’action et des positions des Etats-Unis les valeurs les plus essentielles de la civilisation occidentale, et raisonner de manière logique et éthique.

 

Qu’en ce contexte, Donald Trump et son administration soient sans cesse insultés et trainés dans la boue est répugnant, mais pas étonnant : l’administration Trump est la plus philosémite et philo-israélienne de toutes les administrations américaines depuis 1948. Quant à Donald Trump, il est sans doute le président le plus philosémite et philo-israélien à avoir jamais emménagé à la Maison Blanche.

 

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Antisémite !

 

Alan Dershowitz a écrit, il y a quelques années, qu’Israël était traité comme le Juif parmi les nations de la planète, et comme les Juifs sont traités par les antisémites depuis des siècles, ce qui était et reste tout à fait exact, hélas. J’aurais pour ma part tendance à dire que l’administration Trump est traitée comme le Juif parmi les administrations américaines, et Donald Trump comme le Juif parmi les présidents américains.

 

Des magazines d’extrême gauche et d’extrême droite aux Etats-Unis ont d’ores et déjà commencé à compter le nombre de Juifs travaillant effectivement dans l’administration Trump.

 

L’audition au Sénat américain de David Friedman, ambassadeur des Etats Unis en Israël nommé par Donald Trump, a conduit des sénateurs Démocrates de gauche à poser au futur ambassadeur des questions très insidieuses qui étaient porteuses du soupçon, si souvent énoncé par les antisémites, de double allégeance. Il lui a ainsi été demandé de manière quasi-explicite s’il était pleinement du côté des Etats-Unis et de quel côté il se situerait en cas de conflit entre Israël et les Etats-Unis. N’en étant pas à une contradiction près, des Démocrates de gauche ont aussi laissé entendre que Trump était entouré d’antisémites et pouvait être lui-même antisémite, ce qui serait ridicule et grotesque si ce n’était aussi ignoble. Comme si tout cela ne suffisait pas, et d’une manière qui ne peut que conduire à se poser des questions quant à leurs orientations, des organisations juives américaines de gauche ont pu se faire le relais de rumeurs d’antisémitisme au sein de l’administration Trump ainsi qu’en la personne du président.

 

Les sénateurs Démocrates qui ont interrogé David Friedman diront, bien sûr, qu’ils ne sont pas du tout antisémites, et ils ajouteront qu’ils se situent du côté d’Israël. Au vu de leurs propos, il n’en est pas moins légitime de s’interroger, et au vu de leurs décisions passées, il est plus légitime encore de poser la question : peut-on avoir soutenu toutes les décisions de l’administration Obama touchant Israël, dont l’accord avec l’Iran des mollahs antisémites et anti-israéliens, et prétendre sérieusement qu’on n’est pas antisémite et qu’on est du côté d’Israël ? Allons donc !

 

Ce que je viens d’écrire à propos des sénateurs Démocrates concerne également les organisations juives américaines de gauche, qui incriminent Trump et son administration et qui ont elles aussi soutenu toutes les décisions de l’administration Obama, strictement toutes.

 

Des magazines d’extrême gauche et d’extrême droite en Europe n’ont pas encore commencé à compter le nombre de Juifs dans l’administration Trump, mais cela ne saurait tarder. L’amitié de Trump envers Israël a été décrite dans la presse européenne d’une manière si méprisante qu’il était difficile de ne pas y voir en filigrane la haine anti-israélienne.

 

La famille juive de Donald Trump s’est trouvée décrite ici ou là comme on décrivait les Juifs dans une certaine presse durant les années 1930. Les accusations de double allégeance portées contre David Friedman par des sénateurs Démocrates ont trouvé un écho ici ou là, et David Friedman a été décrit abondamment comme quelqu’un d’extrême droite (les fanatiques antisémites tueurs de Juifs au Proche-Orient ne sont jamais décrits de manière infamante en Europe et jamais présentés comme d’extrême droite, même lorsqu’ils lisent et diffusent Mein Kampf).

 

Les accusations d’antisémitisme portées contre Donald Trump et son administration, aussi ridicules, grotesques et ignobles soient-elles sont très abondamment reprises partout en Europe ces derniers jours, et les organisations juives américaines de gauche qui s’en font le relai sont hélas souvent citées.

  

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Bruxelles-Metula du 24 février 2017 (012402/17) Version imprimable
vendredi, 24 février 2017

 

© Metula News Agency

 

L’analyse de Stéphane Juffa, au micro de Jim Mosko, pour Bruxelles-Métula sur Radio Judaïca https://youtu.be/aHbMtHKA9Ak (Youtube)

 

Au sommaire de cette semaine :

 

1. Les réactions de la classe politique israélienne après l’annonce du verdict condamnant le soldat Lior Azaria à 18 mois de prison pour le meurtre d’un prisonnier arabe.

 

Entre populisme au rabais et séparation des pouvoirs.

 

2. Les experts libanais jugent qu’une nouvelle guerre avec Israël est inéluctable. Juffa analyse les raisons de leur conviction et donne des informations supplémentaires.

 

3. Hapoël Beer Sheva quitte la Coupe Europa avec les honneurs.

 

 
Liban-Israël : les nuages s’amoncellent à nouveau (info # 012302/17) Version imprimable
jeudi, 23 février 2017

 

Par Michaël Béhé à Beyrouth

 

On assiste ces derniers jours à un net regain de tension entre le Liban et Israël, qui, selon plusieurs analystes stratégiques à Beyrouth, rend une prochaine confrontation armée "inéluctable". Les mêmes experts prophétisent que le pays aux cèdres subira des destructions à une échelle encore jamais atteinte, et qu’il ne se trouvera cette fois personne pour nous aider à nous relever.

 

En fait, ce qui rend cette prophétie particulièrement inquiétante est que lors des derniers conflits, c’est principalement l’Arabie Saoudite et les Emirats qui avaient financé la reconstruction, et que, dans la conjoncture qui prévaut, Riyad se situe dans l’autre camp.

 

Il faut préciser que c’est le Hezbollah qui a allumé le feu, suivi en cela par le Président de la République, Michel Aoun, qui a jugé légitimes les armes de la milice chiite, et promis à Israël des représailles sanglantes en cas d’agression de ce dernier.

 

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Hassan Nasrallah et Michel Aoun

Il y a grand danger à embrasser n’importe qui

 

Les menaces proférées par Hassan Nasrallah, indiquant que les missiles du Hezb atteindront cette fois le réacteur nucléaire de Dimona, le réservoir d’ammoniac d’Haïfa, les plateformes maritimes de prospection d’hydrocarbures et les tankers de pétrole concernent, à n’en point douter, les intérêts vitaux de notre puissant voisin méridional. Ces menaces interviennent en écho à celles proférées simultanément par les ayatollahs à Téhéran, décrivant l’Etat hébreu comme un cancer éphémère qui sera prochainement anéanti.

 

En vérité, et c’est ce qui rend l’occurrence d’une guerre vraisemblable, il ne s’agit pas uniquement d’un différend local qui opposerait la milice à Israël, mais d’un contentieux régional comprenant des intérêts importants autant qu’explosifs.

 

D’un côté nous avons le Hezbollah, qui impose sa loi par la violence aux citoyens libanais, ses alliés politiques, y compris le Président chrétien Michel Aoun et son parti le CPL, l’Iran et la Syrie ; de l’autre, l’on trouve Israël, les autres partis chrétiens et sunnites libanais, les Etats arabes sunnites et l’Amérique du nouveau Président Donald Trump.

 

Sur le plan intérieur, les déclarations de Nasrallah ont torpillé les efforts d’Aoun visant à recréer des liens solides avec l’Arabie Saoudite. Le président s’est rendu il y a peu à Riyad dans ce but et l’émissaire du Roi Salmane al Saoud, Thamer el Sabhan, est venu à Beyrouth. Dans le parti chrétien des Forces Libanaises, on considère les déclarations du secrétaire général du Hezb comme une "déclaration de guerre en bonne et due forme" faite à Riyad. Même son de cloche du Premier ministre sunnite Saad Hariri, qui a souligné, la semaine dernière, "l’importance du triptyque entre l’Etat (libanais), les Arabes et la résolution (du Conseil de Sécurité) 1701, qui immunise le Liban contre les dangers en provenance de l’extérieur (…)".

 

On le constate, les déclarations de Nasrallah ont réussi à briser toute velléité de Michel Aoun de se rapprocher des Arabes, afin de continuer à nous soumettre exclusivement à la coupe des Iraniens. Elles ont ébranlé le fragile ciment gouvernemental, qui va, dès la prochaine secousse, voir les chrétiens et les sunnites, qui représentent environ soixante pour cent de la population, retourner dans l’opposition.

 

Quant à la résolution 1701, c’est celle qui a mis fin à la Guerre de 2006 avec Israël. Elle impliquait le déploiement de l’Armée libanaise le long de la frontière avec l’Etat hébreu en lieu et place du Hezbollah, et le désarmement de toutes les milices avec l’aide des forces des Nations Unies. Or actuellement, il est bien difficile de différencier les miliciens de l’Armée sur cette même frontière, et le contingent onusien, la FINUL, se contente de patrouiller sur les grands axes routiers, sans chercher à s’emparer des armes du Hezbollah.

 

La légitimation de cette situation par le président Aoun doit ainsi être perçue comme une violation de cette résolution, ce qui ne manque pas d’alerter, outre Israël, les Arabes et la communauté internationale. Une commission formée d’ambassadeurs des membres permanents du Conseil de Sécurité est d’ailleurs attendue prochainement à Beyrouth pour recevoir des "éclaircissements" de la part de Michel Aoun.

 

Sur le plan international, l’Iran et ses supplétifs au Liban vivent très mal la réorientation de la position des Etats-Unis post-Obama face à Téhéran. Washington a déjà réinstauré des sanctions à l’encontre de la théocratie chiite après des tirs expérimentaux de missiles balistiques. Donald Trump, lors de sa conférence de presse commune avec Binyamin Netanyahu, a affirmé que son pays ne permettrait jamais aux Perses d’obtenir l’arme atomique ; il a, de plus, sorti un carton jaune en direction du régime du "Guide suprême" Ali Khamenei. Ce denier, en dépit des bravades rhétoriques qu’il adresse à Washington, est bien obligé de prendre les avertissements de Trump très au sérieux au vu du rapport de force entre l’Iran et les USA. De sorte que lors des grandes manœuvres des Pasdaran, la semaine dernière, qui ont duré trois jours, ils se sont précautionneusement gardés de tirer des missiles balistiques, se contentant de lancer des fusées tactiques à courte portée, qui ne font peur à personne.

 

Pour Téhéran, l’objectif consiste à compléter sa "ceinture chiite" allant de l’Iran au Liban en passant par l’Irak et la Syrie. En Irak, ils contrôlent déjà le gouvernement central et l’Armée. Ainsi, les troupes qui sont en train de prendre Mossoul sont exclusivement chiites, encadrées par de nombreux soldats iraniens. Elles investissent une ville sunnite, dont les habitants ne montrent aucun signe de liesse en voyant ces combattants inamicaux, les inondant par haut-parleurs d’incantations chiites qui leur sont ostensiblement hostiles. Les habitants de Mossoul, qui ont subi le joug barbare de DAESH, s’apprêtent à subir une nouvelle occupation qu’ils redoutent avec raison. Les portraits des martyrs chiites tués par les sunnites il y a des siècles et les drapeaux iraniens qui surplombent les Hummers des conquérants, ne laissent pas de place à l’illusion d’une vie meilleure.

 

Pour les Occidentaux, l’ennemi c’est DAESH, mais pour le monde arabe, Arabie Saoudite et Egypte en tête, DAESH est un pis-aller mais un pis-aller sunnite, les Occidentaux, des gens qui n’ont jamais rien compris au Moyen-Orient, et l’ennemi, c’est l’Iran.

 

 

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La ceinture chiite

 

La poussée des Perses explique l’importance stratégique des Kurdes et des Israéliens. Les Kurdes se sont arrêtés à la lisière-est de Mossoul et ils ne participent pas à sa conquête. Ce ne sont pas des Arabes et ils sont pour la plupart d’origine sunnite. Ils sont bien armés et ont un rôle relativement rassurant dans la stratégie américaine (à part pour les Turcs) : ils représentent le seul rempart face à l’expansionnisme iranien, que Barack Obama, en dépit des avertissements urgents de ses généraux, avait laissé se développer.

 

Pas étonnant, dans ces conditions, que Washington a confié aux mêmes Kurdes la tâche de déloger DAESH de sa capitale syrienne Raqqa. Au moins, Raqqa ne tombera pas entre les mains de Téhéran, qui est déjà présent à Damas, à Alep et Homs, ainsi que dans le Golan. Avec ses soldats, certes, mais également, par proxy, avec ses supplétifs chiites libanais du Hezbollah. Khamenei profite ainsi pleinement de la puissance de feu des Russes, sachant fort bien qu’ils ne resteront pas éternellement en Syrie et que les Alaouites de Bashar al Assad sont bien trop peu nombreux pour régir un si grand territoire. Il leur suffit, pensent les Iraniens, d’être présents, d’avoir de la patience, et de ne pas être importunés – ni eux ni le Hezb – par les Israéliens, les Américains et les Arabes.

 

Ces derniers, trop faibles militairement et trop prudents pour agir seuls face à l’Iran en Syrie, se contentent de soutenir des groupes combattants rebelles, à l’instar du Front Islamique, armé et financé par Riyad et Doha, qui compte tout de même quelques 80 000 combattants.

 

Mais il est certain que plus l’Iran progresse dans son projet de Ceinture chiite, plus les Arabes se rapprochent d’Israël. Une alliance que les media du Hezb au Liban n’ont de cesse de fustiger, mais qui s’organise toujours davantage.  Dans la péninsule du Sinaï, la coopération militaire entre le Caire et Jérusalem est omniprésente. Ce n’est pas que le Maréchal al Sissi s’accommode des incursions de Tsahal dans son territoire, c’est qu’il les réclame, en particulier les drones, l’aviation, le renseignement et les opérations de commandos.

 

De même, c’est un secret de polichinelle d’affirmer que des experts militaires israéliens "conseillent" les pays arabes dans leur campagne du Yémen face aux protégés chiites de Téhéran. A la Ména, Fayçal H, notre camarade en poste à Amman, m’assure que des bases de soldats israéliens existent dans le désert saoudien face aux positions iraniennes dans le sud-ouest irakien. Et les formations mixtes de F-16 jordaniens et israéliens patrouillent régulièrement dans cette région ainsi que sur le Golan syrien.

 

En Israël même, la rédaction centrale de Métula me confirme, sans épiloguer, que d’importantes activités se déroulent le long de notre frontière. Du matériel extrêmement performant est entreposé à proximité du Liban-Sud, les exercices, les repérages et les réunions d’officiers d’état-major se multiplient dans la région.

 

Ces derniers jours, des bâtiments de guerre hébreux ont pénétré dans nos eaux territoriales, et les chasseurs-bombardiers à l’étoile de David sillonnent notre ciel quotidiennement et tout le monde peut les voir et les entendre.

 

Si un conflit se précise, l’on peut s’attendre à les voir frapper les Iraniens et les Hezbollanis en Syrie, où la milice a la faiblesse d’agir à l’instar d’une armée régulière et non plus comme une guérilla insaisissable. Jérusalem n’a aucune raison de laisser rentrer les 5 000 meilleurs combattants de la milice chiite au Liban alors qu’ils sont des proies faciles dans leurs baraquements en Syrie.

 

A en croire la rédaction de la Ména, Tsahal est prêt à déferler sur le Liban si Israël est attaqué ou concrètement menacé de l’être. Nous risquons de voir notre ciel regorger de dizaines de drones d’assaut, d’hélicoptères et d’avions d’attaque au sol. Selon les analystes beyrouthins, en cas de conflit, les Israéliens ne prendront plus de gants comme lors des dernières confrontations. Ils cibleront d’emblée tous les réseaux de communications ; ceux du Hezb, évidemment, mais aussi nos routes et nos ponts. Leur tactique consistera à noyer leurs ennemis sous les bombes afin qu’ils ne puissent plus respirer. Les caches de munitions de la milice exploseront les unes après les autres, emportant les voisins avec elles.

 

Au début du conflit, Jérusalem demandera sans doute à Michel Aoun et aux Forces Armées Libanaises de quel côté ils se positionnent. S’ils font une mauvaise réponse, tardent à la donner ou rompent leurs éventuels engagements, le Liban pourrait bien retourner au temps des hommes des cavernes, avec Hassan Nasrallah, vêtu d’une seule peau de bête, faisant tournoyer son gourdin en vociférant hébété "Dimona !", les "plateformes !", "l’ammoniac !".

 

Et si l’Iran s’en mêle, ce qu’il ne fera probablement pas, car l’Iran n’est pas suicidaire et préférera, comme en 2006, envoyer des Libanais pas très futés mourir à sa place, nous aurons droit aux missiles de croisière et aux engins balistiques, pauvres de nous. A voir la manière dont ils détruisent, sans être autrement inquiétés, les installations stratégiques d’Assad au cœur de Damas, quelqu’un de sensé éviterait de provoquer les Israéliens.


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L’Armée de l’Air israélienne frappe encore à Damas (info # 012202/17) Version imprimable
mercredi, 22 février 2017

 

© Metula News Agency

 

Selon des sources médiatiques arabes concordantes au Liban et en Syrie, des chasseurs-bombardiers israéliens [probablement des F-16] auraient attaqué, vers 3 heures ce matin, des objectifs proches de la ville d’al Kutayfah, à 15km au nord-est de la capitale syrienne.

 

A en croire les mêmes sources – la Ména n’a pas encore été en mesure de recueillir le témoignage d’observateurs oculaires – les cibles visées étaient des bunkers de la 3ème division blindée syrienne, dont le quartier général se situe effectivement dans les montagnes autour d’al Kutayfah et dans les positions creusées dans leur roche.

 

Ces fortins servent également d’entrepôts protégés de stockage pour les armes et munitions en provenance d’Iran destinées au Hezbollah libanais.

 

Six missiles auraient été tirés par les appareils du Khe’l Avir ; nous pensons qu’ils visaient les armes en question, soit dans leurs bunkers, soit pendant qu’elles étaient transférées sur des camions (plus faciles à détruire), soit, encore, alors qu’elles se trouvaient déjà sur les routes reliant la Syrie au Liban tout proche.

 

Plusieurs témoins libanais dignes d’intérêt de la plaine de la Bekaa au Liban ont déclaré aux media arabes avoir entendu les avions israéliens tournoyer à basse altitude, une demi-heure durant, sur la ville de Baalbek avant le raid.

 

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Service cartographique © Metula News Agency

 

Il se peut qu’ils attendaient le moment le plus opportun pour intervenir en Syrie toute proche. Dans la plupart des cas, les chasseurs-bombardiers auraient également pu lancer leurs missiles à partir du territoire libanais. Lesdits missiles, ayant une précision démontrée de l’ordre d’un demi-mètre de la cible lorsqu’ils sont tirés jusqu’à 80km de distance. Dans le cas de cette nuit, les objectifs se trouvaient à moins de 20km de la frontière libanaise.

 

L’intérêt de larguer ces missiles depuis le territoire libanais découle du fait que ce dernier est nettement moins dense en moyens antiaériens que la Syrie.

 

Des bruits de fortes explosions ont été entendus, de même que la venue de nombreux véhicules de secours a été observée en direction d’al Kutayfah.

 

La dernière opération aéronautique israélienne de ce genre sur Damas date du 13 janvier dernier, lorsque le Khe’l Avir a anéanti l’aéroport de Mazzé et ses installations secrètes, à l’ouest de la capitale syrienne et à proximité immédiate du palais de Bashar al Assad. La Ména avait été le premier media à produire les détails et les images de ce raid.

 

La ligne stratégique suivie par Israël consiste à empêcher l’approvisionnement du Hezbollah libanais en missiles antiaériens et en missiles sol-sol de moyenne portée.

 

L’attaque de cette nuit intervient immédiatement après que des menaces de guerre eurent été proférées contre Israël par les chefs de la théocratie chiite iranienne, par son supplétif, le Cheikh Hassan Nasrallah, secrétaire général de la milice du Hezbollah libanaise, et par le président du Liban, le Général Michel Aoun.

 

La tension entre le Liban et Israël est nettement remontée ces derniers jours, et une confrontation militaire n’est pas à exclure ce printemps ou cet été, entre les protagonistes.

 

 
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