L’aide militaire américaine devient-elle un danger pour Israël ? (info # 012606/16) Version imprimable
dimanche, 26 juin 2016

 

Par Guy Millière

 

Depuis des années, l’une des questions qui m’est le plus souvent posée lors de mes conférences sur le Proche Orient et Barack Obama concerne l’aide militaire que ce dernier a maintenu en faveur d’Israël. Comment un homme qui perpétue cette aide militaire massive pourrait-il être considéré, m’a-t-on mille fois demandé, comme un ennemi d’Israël ?

 

Ma réponse a généralement consisté à souligner que cette aide était votée par le Congrès, et que Barack Obama se contentait de ne pas opposer son veto au vote du Congrès : un veto qui, au vu de l’empathie que le peuple américain n’a cessé de ressentir à l’égard Israël, aurait été inimaginable.

 

J’ai chaque fois ajouté que cette aide ne modifiait en rien l’hostilité de Barack Obama à l’encontre d’Israël, et qu’Obama l’avait plusieurs fois instrumentalisée, ainsi que le fait qu’Israël en soit dépendant, afin d’exercer des pressions sur l’Etat hébreu à des moments cruciaux ; par exemple lors des opérations d’Israël contre le Hamas à Gaza.

 

Un accord d’assistance militaire, concocté par l’Administration Obama, et que le président U.S demande à Israël d’accepter tel qu’il est rédigé (as is), vient présentement illustrer mes propos. Cet accord prévoit une aide renforcée des Etats-Unis à la défense d’Israël, et ce, sur plusieurs années.

 

Mais il a une contrepartie ! Il est porteur d’une exigence vis-à-vis d’Israël : si Israël signe l’accord, il s’engagera à ne rien demander au Congrès et à ne prendre aucune décision en matière de sécurité et de défense qui n’ait préalablement reçu l’aval du pouvoir exécutif, donc du président des Etats Unis, sans quoi l’accord serait rompu. Un tel accord placerait ainsi Israël totalement à la merci du président des Etats Unis, sans aucune possibilité de recours, et exclurait le Congrès de toute décision en la matière.

 

Signer l’accord est séduisant pour Israël, qui, s’il ne considérait que le renforcement de l’aide prodiguée par les Etats Unis pourrait céder à la tentation. Signer l’accord placerait néanmoins Israël dans un piège.

 

Car si le président des Etats Unis dans les années à venir est un ami d’Israël, tout pourra bien se passer. En revanche, si le prochain président ne l’était pas, et entendait lui imposer ses conditions, ce serait très différent.

 

Un homme, ces derniers jours, Michael Oren, ancien ambassadeur d’Israël aux Etats Unis, a tiré le signal d’alarme et a demandé à Binyamin Netanyahou de ne pas signer la proposition d’accord.  Et Michael Oren a raison.

 

Dans un article consacré au sujet, publié par le Jerusalem Post, Caroline Glick explique pourquoi. L’accord, écrit-elle, exacerberait la dépendance d’Israël vis-à-vis de l’aide militaire américaine. Cette aide, ajoute-t-elle, est dangereuse en soi, et en proposant ce qu’il propose, Obama met au jour le danger d’une manière flagrante. Elle place Israël en situation de dépendance.

 

La première victime de cette dépendance est l’industrie de la défense israélienne, qui ne peut se développer de manière optimale car elle est freinée dans son essor par les conditions d’ores et déjà draconiennes inhérentes à l’aide américaine : les trois quarts de celle-ci reviennent dans les caisses d’entreprises de défense américaines [Israël est contractuellement obligé d’utiliser les fonds avancés aux Etats-Unis. Ndlr.], et les nombreuses innovations technologiques militaires israéliennes doivent être cédées gratuitement aux USA.

 

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Une aide qui permet aux USA de profiter à moindre prix des développements réalisés

par l’industrie israélienne. Israël obtenant la possibilité d’utiliser les technologies qu’il développe, et l’Amérique, celle de les vendre partout dans le monde pour son seul profit

 

La deuxième victime est la défense d’Israël elle-même, soumise aux conditions susceptibles d’être imposées par l’administration aux affaires à Washington. Israël a déjà dû céder aux pressions de Washington à plusieurs reprises, et pas seulement sous Barack Obama.

 

La troisième victime est le peuple israélien, car le fait de ne pas pouvoir défendre Israël de manière optimale et de devoir céder aux pressions issues de l’insécurité a pour conséquence des morts inutiles.

 

Caroline Glick ajoute que la dépendance a créé des relations malsaines entre les Etats Unis et Israël, qui sont devenues particulièrement flagrantes sous Barack Obama.

 

Un nombre croissant de membres du personnel militaire israélien entretient désormais des relations préférentielles avec l’exécutif américain, et ces relations peuvent conduire à des prises de position davantage dictées par les orientations de l’administration en place à Washington, que par les impératifs intrinsèques de défense et de sécurité d’Israël.

 

L’administration en place à Washington étant ce qu’elle est aujourd’hui, des responsables militaires israéliens prennent actuellement des positions qui sont celles de l’administration Obama et d’Obama lui-même, énoncent et recommandent des orientations délétères, et mènent ce qui peut être décrit comme un véritable travail de sape contre le gouvernement démocratiquement élu d’Israël.

 

Deux textes ont été publiés récemment qui montrent à quel point la situation est devenue préoccupante.

 

L’un, signé par 200 chefs militaires israéliens (essentiellement des généraux à la retraite), et approuvé par Ehud Barak, s’appelle « Sécurité d’abord » (Security First). Il recommande, conformément à ce qu’exigent Obama et son administration, l’abandon total par Israël de la Judée Samarie et de la partie orientale de Jérusalem, et stipule que, pour la « sécurité du pays », les Israéliens vivant en Judée Samarie devraient être transférés au plus vite à l’intérieur des lignes d’armistice de 1949 en échange de compensations financières.

 

Le deuxième texte émane du « Centre pour une Nouvelle Sécurité Américaine » (Center for a New American Security), une institution formée par d’anciens membres de l’administration Obama, et à laquelle coopèrent des ex-responsables de la sécurité israélienne. Il suggère d’exiger d’Israël, conformément aux revendications d’Obama là encore, l’abandon de la vallée du Jourdain à des forces américaines et palestiniennes, et de confier à l’administration américaine au pouvoir la défense d’Israël contre toute menace émanant de la vallée du Jourdain et d’une Judée Samarie sous un « gouvernement palestinien ».

 

Ces deux textes ont été présentés récemment à New York par une organisation appelée l’Israel Policy Forum, et ils ont reçu l’aval de la candidate Hillary Clinton, qui travaille en relation étroite avec cette organisation.

 

Si, ignorant les avertissements de Michael Oren et de Caroline Glick, Binyamin Netanyahou signait l’accord, et si, comme cela reste envisageable, Hillary Clinton était élue présidente des Etats Unis, la dépendance d’Israël vis-à-vis de l’aide américaine deviendrait carrément inquiétante.

 

Les deux textes susdits deviendraient vraisemblablement la « politique israélienne » de la Maison Blanche. Israël se retrouvera pieds et poings liés, avec l’aval de gens susceptibles d’être présentés comme préoccupés par la sécurité du pays. Toute forme de recours deviendrait alors quasiment impossible.


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L’analyse radiophonique hebdomadaire de Stéphane Juffa (info # 012406/16) Version imprimable
vendredi, 24 juin 2016

 

© Metula News Agency

 

Israël et le Brexit, les conséquences.

 

La "paix" de Mahmoud Abbas n’est pas la paix, mais une guerre par des moyens diplomatiques avec l’aide des intellectuels antisémites et sur la base de leurs théories frelatées. Le différend israélo-palestinien est un conflit entre nationalismes et non une guerre de décolonisation.

 

L’antisionisme parlementaire, la démonisation officielle et récurrente des Israéliens, et la vulgarisation de l’antisémitisme entraînent une précarisation notable du statut des Israélites en Europe.

 

L’appel de députés belges à décerner le Prix Nobel à Marwan Bargouthi, l’assassin d’une centaine d’Israéliens, revient à récompenser l’assassinat de Juifs ; il s’agit d’une incitation au meurtre raciste et d’une identification a posteriori à ces crimes.

 

Juffa, au micro de Jim Mosco, sur Radio Judaica :

 

https://youtu.be/cKJRcPsUr0A (Youtube)

 

https://www.facebook.com/radiojudaica/videos/886581508118684/ (Facebook)

 

 

 
On se bat à l’intérieur de Manbij (info # 012306/16) Version imprimable
jeudi, 23 juin 2016

 

Par Perwer Emmal, le reporter de la Ména avec les forces kurdes à l’ouest de l’Euphrate

 

Ce mercredi, les forces kurdes des Unités pour la Protection du Peuple (YPG), agissant avec l’appui de combattants arabes locaux, le soutien aérien américain et celui, au sol, de commandos U.S., britanniques et français, ont pénétré dans le bastion de DAESH, Manbij (Minbik en kurde), qu’ils se contentaient d’encercler et de bombarder depuis une vingtaine de jours.

 

La pénétration s’effectue à partir du Nord-Ouest et du Sud-Ouest de la ville, où les Peshmerga contrôlent désormais les carrefours principaux.

 

Les FDS (Forces Démocratiques Syriennes), qui regroupent les combattants kurdes et tribaux, font face à une résistance acharnée, ponctuée de sorties inopinées de véhicules bourrés d’explosifs conduits par des islamistes kamikazes.

 

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De plus, les djihadistes ont piégé de très nombreux immeubles, ainsi que des véhicules abandonnés et même les corps de certains de leurs camarades morts durant les affrontements. Ils ralentissent de ce fait la progression des FDS, obligés d’agir avec la plus extrême prudence.

 

A Manbij et dans d’autres agglomérations de la région les hommes de DAESH ont appréhendé des centaines de civils (près d’un millier), kurdes pour la plupart, dont ils se servent comme de boucliers humains.

 

Le gouverneur de la cité pour l’Etat islamique a été tué hier, alors qu’il tentait, avec sa famille et ses gardes du corps, de s’échapper en voiture en direction d’al Bab, sur la route Manbij-Alep.

 

De très nombreux mercenaires musulmans radicalisés, notamment des Européens, sont pris au piège sans avoir la moindre chance d’en réchapper. Il y a trois jours, des mercenaires de DAESH ont tenté de briser l’étau par le Sud, en lançant une attaque surprise à 5h du matin. Leur assaut a été brisé et ils sont tenus à distance respectable de la cité encerclée. Les islamistes ont perdu plus d’une centaine des leurs lors de cette attaque désespérée.

 

Depuis le déclenchement de l’offensive sur Manbij, début juin, j’estime que l’Etat Islamique a perdu entre 700 et 800 combattants, et que les pertes au sein des FDS se chiffrent entre 60 et 70 soldats.   

 

Manbij se situe à 28km à vol d’oiseau de la frontière turque, et les avant-gardes des Peshmerga à l’ouest de l’Euphrate, dans les villages d’Amarinah Fawqani et Bal Maghar, ne sont qu’à 11km de Jarabulus, encore aux mains des djihadistes, elle aussi au bord de l’encerclement, adossée à la frontière ottomane.

 

J’ai eu l’occasion d’observer personnellement du matériel turc en quantité sur les cadavres d’islamistes ainsi que dans les casernes et autres dépôts d’armes et d’explosifs qui ont été libérés. La Turquie qui, par la voix de son gouvernement, ne cesse d’affirmer qu’elle fait la guerre à DAESH.

 

Même avant la prise de Manbij, et éventuellement celle de Jarabulus, la voie d’approvisionnement des islamistes qui passait par ces villes vers la Turquie est coupée. Elle leur procurait des armes, des munitions, des renforts et d’autres équipements et denrées.

 

Il ne leur reste plus qu’un cheminement compliqué et dangereux, entre les positions kurdes et gouvernementales syriennes, en direction du point de passage d’al Raï.

 

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Une Peshmerga des Forces Démocratiques Syriennes

 

Pour le moment, l’offensive des FDS à l’Ouest de l’Euphrate est stoppée, les Kurdes et leurs alliés concentrant toute leur énergie à la prise de Manbij. Cette entreprise pourrait prendre entre une et deux semaines selon les estimations des officiers avec lesquels je me suis entretenu.

 

Ensuite, il y aura lieu de poursuivre la progression sur la route d’Alep, et d’enlever chronologiquement Arima, Qabasin (une ville à forte majorité kurde), et al Bab. Une fois les islamistes chassés d’al Bab, il n’existera plus de lien organique entre l’Etat Islamique et son fournisseur turc, et Raqqa, de même que le reste du territoire encore contrôlé par DAESH se verront progressivement asphyxiés.

 

Lorsque les djihadistes auront été délogés d’al Bab, les Peshmerga ne seront plus qu’à 20km de leurs frères du canton kurde d’Afrin. Actuellement, ils en sont encore séparés par une cinquantaine de kilomètres. Avant le début de l’offensive de juin, c’était quatre-vingt-dix.

 

La volonté des Kurdes de réaliser la continuité géographique du Rojava ne fait aucun doute, leurs leaders ne tentant pas même de le cacher. Après al Bab, des questions vont toutefois se poser au sujet de l’appui occidental aux YPG. Si le commandement de l’Armée américaine leur est globalement acquis, ce n’est absolument pas le cas de l’Administration Obama, qui n’a cessé de s’exprimer contre l’autonomie de la région kurde.

 

L’on craint aussi l’opposition des groupes rebelles de la zone d’Alep, qui comprennent notamment al Qaëda, et qui redoutent la présence d’une entité non arabe tout le long de la frontière turque de la Syrie. Des premières escarmouches ont été signalées à ce propos entre les quartiers tenus par l’Armée Syrienne Libre (ASL) à Alep, et celui habité et défendu par les Kurdes.

 

Reste le risque le plus important pour l’unification du Rojava, constitué par les Turcs et le gouvernement islamiste de Recep Erdogan. Lequel vient de répéter qu’il s’apprête à intervenir en Syrie à tout moment.

 

Cela n’arrivera pas tant que les Américains et les Européens sont partie prenante de l’offensive de juin. Et s’ils ne suivaient pas les Peshmerga au-delà d’al Bab, et que le Küçük (tur. petit) Sultan commettait l’erreur de franchir la frontière, il ne fait aucun doute que le Tzarévitch Poutine l’arroserait des bombes de ses Soukhoï. Un sultan contre un tzar, on se croirait revenus plusieurs siècles en arrière.

 

C’est pourtant le plus grand risque d’expansion radicale de la Guerre Civile Syrienne qui pèse actuellement. Elle pourrait être d’actualité dans quatre à huit semaines. Cela ennuie beaucoup l’état-major de l’Armée américaine, qui aura à gérer cette crise bien après le départ de Barack Obama de la Maison Blanche.

 

D’une part, s’ils ne terminent pas le boulot aux côtés des Kurdes en les aidant à prendre al Bab et sa région, ils n’en finiront jamais avec l’Etat Islamique. De l’autre, s’ils font ce qui est nécessaire, ils vont définitivement fâcher Erdogan avec les Etats Unis. Vous parlez d’un dilemme, même si le sultan bouffon et raciste est détesté par tous les officiers américains que j’ai croisés !


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Le référendum britannique et les limites de l’économie (info # 012106/16) Version imprimable
mardi, 21 juin 2016

 

Par Sébastien Castellion

 

Depuis quelques jours, un curieux phénomène se produit sur les marchés financiers, qui avaient brièvement paniqué la semaine dernière après des sondages qui prédisaient que les Britanniques quitteraient l’Union Européenne jeudi prochain. Après quelques jours d’émotion, les marchés sont revenus à la normale : ils ne cherchent plus à vendre des livres sterling, ni à faire payer une prime de risque aux investisseurs qui veulent placer leur argent au Royaume-Uni. Tout se passe comme si le sentiment dominant était que, bien entendu, les électeurs ne feront pas cette bêtise.

 

Et pourtant, les sondages eux-mêmes n’ont pas changé. Ils ne sont pas particulièrement fiables – les sondeurs britanniques s’étaient déjà trompé l’an dernier en prédisant une défaite électorale du Premier ministre Cameron jusqu’à la veille de son triomphe – mais ils pointent plutôt vers un départ du royaume hors de l’Europe, ou « Brexit ».

 

Peut-être les marchés sont-ils mieux informés que les sondeurs ; mais on voit mal comment cela pourrait se produire. Il est plus probable qu’ils doivent leur comportement à l’idée que le Brexit est, du point de vue économique, une si mauvaise idée, qu’elle ne peut pas être prise au sérieux.

 

De fait, si les électeurs se décidaient en fonction de leurs intérêts économiques, le maintien du Royaume-Uni dans l’Europe serait une certitude. Un départ aurait notamment les conséquences suivantes.

 

En quittant l’Union Européenne, les Britanniques cesseraient de profiter de la liberté de circulation des biens et services, du capital et des travailleurs qui règne à l’intérieur de l’Union. Ils devraient renégocier avec Bruxelles les conditions du commerce entre les deux zones. Or, il est à peu près certain que les Européens, qui craignent que l’exemple britannique inspire d’autres départs, ne voudront pas donner au royaume des conditions trop favorables.

 

Pendant les négociations, l’incertitude sur l’avenir du commerce entre le Royaume-Uni et l’Europe réduira fortement les investissements dans l’économie britannique. A l’issue des négociations, le cas le plus probable est que le Royaume-Uni finirait par être traité comme tout autre membre non européen de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Cela signifierait, entre autres, que les biens et services dans lesquels les Britanniques ont une position forte – les services financiers, la pharmacie etc. – cesseront de pouvoir être vendus librement dans l’ensemble du marché européen.

 

La perte du “passeport européen” aura un effet désastreux sur l’économie britannique. Les emplois destinés aux ventes en Europe seront fortement réduits. Les investisseurs américains et chinois, qui voient aujourd’hui dans le royaume la porte d’entrée la plus accueillante vers le marché européen, placeront ailleurs leurs investissements. Faute d’investissements, la monnaie britannique perdra de sa valeur, réduisant d’autant la capacité à importer des produits étrangers.

 

D’après une simulation effectuée la semaine dernière par les économistes du FMI, les effets d’un Brexit comprendraient : l’entrée en récession du Royaume-Uni dès 2017, une augmentation du chômage qui passerait de 5% aujourd’hui à 7% en 2018, une longue stagnation des salaires exprimés en livre sterling et une baisse de 7% de la valeur de la livre exprimée en euros.

 

Même les partisans du Brexit admettent que, dans un premier temps au moins, la décision aura des effets défavorables sur l’économie britannique. Mais s’il en est ainsi, pourquoi les sondages restent-ils favorables à un départ ?

 

La première raison est sans doute que, même si les Britanniques choisissent de rester en Europe, l’économie britannique (comme l’économie européenne) est confrontée à de sombres perspectives. Dans toute l’Europe, la profitabilité des entreprises est proche de son plus bas niveau historique.

 

L’investissement est si déprimé qu’il a récemment conduit la Banque Centrale Européenne et plusieurs gouvernements européens à introduire des taux d’intérêt négatifs. (En clair : les investisseurs qui veulent être certains d’être remboursés en prêtant leur argent à des Etats ou à de grandes institutions acceptent de perdre de l’argent, ce qui prouve que les risques sont encore plus élevés dans le secteur productif). Secteur après secteur, la concurrence de la Chine et d’autres pays émergents réduit les prises de commande, casse les prix et bouche chaque jour davantage l’horizon économique.

 

Dans ces conditions, les Britanniques peuvent faire le calcul – risqué, mais pas absurde – qu’après une récession causée par la réduction des liens avec l’Europe, leur économie gagnera à multiplier ses liens avec d’autres régions du monde, économiquement plus dynamiques, comme l’Amérique et l’Asie.

 

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Pourquoi vouloir être Européens quand on a déjà cela ?

 

Plus profondément, cependant, le vote britannique démontre que les motivations économiques ne sont pas les plus importantes dans le destin des peuples.

 

Si la campagne en faveur du Brexit accorde peu de place à l’économie, ce n’est pas uniquement parce que l’économie est pour elle un point faible ; c’est surtout parce que la passion politique qui l’anime considère sincèrement le recul économique qui suivrait un départ comme l’inconvénient secondaire d’une victoire essentielle.

 

Pour les partisans du Brexit, l’important n’est pas que les revenus soient les plus élevés possibles ou le chômage le plus bas possible. Il est, en premier lieu, que les Britanniques restent gouvernés démocratiquement. Malgré tous les bénéfices économiques qu’elle a apportés, l’Union Européenne a une tendance prononcée à décider sans consulter les représentants élus des peuples et, moins encore, les peuples eux-mêmes. Bruxelles est loin ; le langage de ses décisions est opaque et incompréhensible pour les électeurs ; le Parlement européen est le seul au monde à n’avoir pas le droit de voter de lois ; et les Britanniques ont le sentiment que leur influence est trop faible sur des décisions qui s’imposent à eux.

 

La seconde ambition des partisans du Brexit est, tout simplement, que les Britanniques restent britanniques.

 

Les résultats des partisans du départ dans les sondages ont radicalement augmenté depuis un an, avec l’arrivée incontrôlée de plus d’un million de migrants arabo-musulmans en Europe. Comme toute l’Europe, le Royaume-Uni est saisi d’une angoisse identitaire et s’interroge sur sa capacité à rester lui-même au cours des prochaines générations.

 

Face à cette crainte identitaire, une brève récession économique peut paraître un prix très acceptable à payer pour récupérer la maîtrise par le pays de sa politique migratoire et sa capacité à fermer ses frontières aux nouveaux venus. Plus encore : un Royaume-Uni en crise, fâché avec l’Europe, deviendrait moins attractif pour les nouveaux venus. La volonté de les dissuader de venir, même au prix de la croissance et de l’emploi local, est presque certainement un moteur important du vote pour le Brexit.

 

Or, sur cette question identitaire, le Royaume-Uni n’est pas dans une situation très différente des autres pays européens. Il est peu probable qu’un vote en faveur du Brexit, s’il a lieu, entraîne une destruction généralisée des institutions européennes : le prix économique à payer serait trop important pour cela.

 

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A la suite de la prochaine confrontation inévitable à Gaza, le Hamas aura cessé d’exister Version imprimable
vendredi, 17 juin 2016

 

(info # 011706/16)

 

© Metula News Agency

 

La prochaine guerre avec le Hamas à Gaza sera-t-elle la dernière, comme l’affirme un haut responsable israélien de la Défense sous le couvert de l’anonymat, et pourquoi ? Est-ce l’effet de la nomination d’Avigdor Lieberman au ministère de la Guerre ou une nécessité stratégique ?

 

Stéphane Juffa répond à cette interrogation, ainsi qu’au vote, la nuit dernière, du budget d’aide militaire américaine à Israël. A qui profite cette aide et pourquoi la discussion entre le Congrès et la Maison Blanche a-t-elle été si âpre cette année ?

 

Ishaï Shlissel, l’assassin de la jeune Shira Banki lors de la Gay Pride de 2015, contre qui le parquet a réclamé 60 ans de prison, est-il un illuminé ou un Juif orthodoxe ayant mis en pratique les ordonnances de la Bible et de la Halakha dans le traitement de l’homosexualité ?

 

Juffa, au micro de Jim Mosco, sur Radio Judaica :

 

https://youtu.be/DqN-Ouh_Zcs/

 

 

 
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