L’opération Tempête de Jazeera déroule (012909/17) Version imprimable
vendredi, 29 septembre 2017

 

Par Perwer Emmal à al Suwar

 

De retour aux affaires après mon escapade au Kurdistan oriental (le Kurdistan iraquien est une appellation désormais caduque), j’assiste aux développements de l’offensive Tempête de Jazeera et ils sont nombreux et significatifs depuis trois jours.

 

Je rappelle à nos lecteurs que l’objectif de cette opération consiste, selon la Ména [il n’y a pas de confirmation officielle du Pentagone], à s’emparer de la ville de Mayadin, dans un premier temps, pour, en finalité, prendre le contrôle d’une portion des routes [vertes sur la carte] nécessaires au projet de corridor iranien, au sud de l’Euphrate.

 

Cela se fera si possible dans la région de Mayadin, si la coalition américano-kurde y parvient avant les Russes, ou plus au Sud-Est, en direction de la frontière irakienne, s’ils y arrivent avant nous.

 

La première bonne nouvelle, c’est que la coalition russe-iranienne-gouvernementale-Hezbollah-milices chiites irakiennes marque un peu le pas suite aux très durs combats de Khasham et à la traversée de l’Euphrate. En dépit des bombardements aériens massifs, cela est dû au fait que les combattants non-russes sont moins aguerris et moins motivés que ceux des Forces Démocratiques Syriennes, qu’ils se trouvent très loin de leurs bases arrières, qu’ils ne sont pas assez nombreux et pas très bien armés. Ces considérants obligent les Russes à s’impliquer toujours davantage au sol, ce qui entraîne de nombreuses pertes dans leurs rangs.

 

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Service cartographique © Metula News Agency

 

Légende : en rouge les positions de la coalition russe

En jaune les positions de la coalition américaine

En orange entouré de jaune, les positions conquises par les FDS ces trois derniers jours

En noir les positions de DAESH-Etat Islamique

Les "éclairs" indiquent l’emplacement des combats en cours selon les couleurs des belligérants

 

Quoi qu’il en soit et jusqu’à ce que les stratèges de Poutine trouvent les réponses adéquates, la coalition russe avance moins vite que l’occidentale et évite soigneusement de la provoquer frontalement.

 

Tempête de Jazeera se déroule actuellement dans quatre Zones distinctes mentionnées sur la carte. Les conquêtes de ces trois derniers jours y sont représentées par des points orange entourés de jaune.

 

La Zone la plus active est sans conteste la 1, autour d’al Suwar où je me trouve. Après des combats réellement acharnés face aux miliciens de DAESH, les FDS, arrivées sur place de Deïr ez Zor par l’ "autoroute" no.7, sont parvenues à couper la vallée de la rivière Khabour en s’emparant, outre du pont, des deux routes s’étirant sur les deux rives du cours d’eau. La 7, à l’Ouest et celle qui descend en parallèle sur la rive opposée.

 

En ce moment précis, les affrontements ont lieu à Badawi, un peu plus au Nord, ainsi qu’en direction de Mayadin, encore distante de 56km de nos têtes de pont.

 

Le sectionnement de la vallée avait pour objectif principal d’encercler les combattants de DAESH entre al Suwar et al Fadghani, les privant de tout approvisionnement et renforts. Cela autorise également une avance prudente vers l’objectif final, mais surtout, ça a permis aux FDS opérant à partir d’al Fadghani (Zone 2) de déferler sur al Suwar pour y opérer la jonction avec les Peshmerga qui y sont venu depuis Deïr ez Zor. L’idée derrière cette manœuvre consiste à s’assurer la maîtrise d’un couloir sûr, direct et court à partir du Nord afin d’amener les hommes et le matériel qui seront nécessaires à la poussée en force vers Mayadin.

 

A grands renforts de bombardements aériens, les FDS progressent rapidement à partir d’al Fadghani, s’emparant des positions ennemies les unes après les autres, ne rencontrant qu’une opposition modérée dans cette section du front. Sauf anicroches, les forces qui se trouvent aux portes de Markada, toujours aux mains de DAESH, devraient faire leur jonction avec celles d’al Suwar dans deux ou trois jours.

 

En Zone 4, à Deïr ez Zor et dans ses environs immédiats, les FDS consolident leurs positions au centre de la ville face aux Russes, et elles avancent aussi en direction de Mayadin, afin que l’offensive finale se déroule sur deux axes pour diviser les ressources de l’Etat Islamique déjà passablement éprouvé. Les activités des Peshmerga et de leurs précieux alliés dans ce périmètre vont se focaliser sur la prise de localités contrôlées par DAESH vers Mayadin, dans le but également de bloquer la coalition russe là où elle se trouve, puisqu’elle ne s’attaque pas aux FDS.

 

Dans la Zone 3, à l’Ouest, la coalition occidentale s’occupe à déloger les miliciens islamiques de leurs points d’appuis sur la route passant au nord de l’Euphrate. L’objectif de cette manœuvre est de constituer une ligne de fortifications continue face à l’autre coalition déjà solidement établie de l’autre côté du fleuve.

 

Durant la semaine une opération de commandos héliportés exceptionnelle a eu lieu à al Kubar pour y déloger les miliciens qui s’y accrochaient encore. L’installation visée et conquise abritait le réacteur nucléaire que les Nord-Coréens construisaient pour le compte du régime de Bashar al Assad et qui avait été anéantie par un raid de l’Aviation israélienne le 6 septembre 2007. Une opération que les Hébreux avaient désignée sous le nom de code "Orchard" (verger) [Mivtza Bustan en hébreu. Ndlr.].

 

Il semble que le coup de main de cette semaine avait pour but d’observer les restes du complexe nucléaire, notamment pour tenter de recueillir des informations sur les techniques utilisées par les Coréens. Peu d’informations ont filtré sur la composition du commando qui a mené l’attaque, mais des témoins des FDS qui renforçaient les unités spéciales étrangères arrivées par le ciel affirment qu’ils parlaient arabe avec un étrange accent. A partir de là, la rumeur court sur le front, qu’il se serait agi de soldats d’élite venant du pays où est installé notre centre rédactionnel. Un officier de la coalition a plaisanté sur le thème : "Ils sont venu finir leur travail". Mais rien n’est établi avec certitude.

 

A Raqqa, les Peshmerga terminent leur œuvre de nettoyage, et ils sont parfois sujets à des attaques-suicides de la part des derniers défenseurs de la place. Dans les autres zones de combat, on attend avec impatience que ces camarades, qui figurent parmi les plus expérimentés des forces kurdes, viennent participer à la phase finale de Tempête de Jazeera où ils ne seront pas de trop.

 

Je dois aussi mentionner la remarquable résistance qu’opposent les miliciens du détestable Etat Islamique. Opposés aux aviations des deux plus grandes puissances de la planète, des meilleurs commandos de l'Occident (terriblement efficaces dans leur apport), écrasés par les bombes des avions contre lesquels ils sont sans défense, dotés d’un armement démodé et insuffisant, privés de tout, ils continuent à combattre sans se rendre et à infliger de grosses pertes à leurs adversaires, tout en sachant qu’ils n’ont aucun avenir.

 

Chaque fois que je suis témoin d’une contre-attaque suicidaire de leur part, et cela se produit très souvent, je réalise la force du conditionnement idéologique et cela fait objectivement peur.

 

J’ai aussi noté un développement politique intéressant cette semaine, lorsque le ministre des Affaires Etrangères de Bashar al Assad, Walid Mouallem, a déclaré sur la chaîne russe Russia Today qu’il était prêt à discuter avec les Kurdes.

 

Mouallem s’est un peu avancé en affirmant que "les Kurdes syriens veulent une forme d’autonomie dans le cadre de la République arabe syrienne. Cette question est négociable et peut faire l’objet d’un dialogue. Dès qu’on aura vaincu DAESH", a-t-il poursuivi, "nous pouvons nous asseoir avec nos frères syriens et nous mettre d’accord sur une formule pour l’avenir".

 

La vérité est que le régime n’a pas vraiment le choix, n’ayant pas la capacité technique ni de contrôler ni de gouverner le Rojava. Mouallem se trompe toutefois quant à nos aspirations : si nous donnons notre sang à Mayadin, très loin de nos foyers, ce n’est pas pour obtenir une autonomie dirigée par des gazeurs criminels de guerre, mais pour parvenir à notre indépendance et à nous rattacher à l’Etat kurde qui est en train de voir le jour en Irak.

 

Cela dit, même si la coalition dont il fait partie n’a pas les moyens de vaincre la nôtre, cette déclaration diffuse un peu les tensions sur le terrain : les Kurdes ne sont plus des terroristes à exterminer à tout prix mais des gens avec lesquels les Alaouites peuvent dialoguer.


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Tempête de Jazeera : le sort du monde en dépend (012709/17) Version imprimable
mercredi, 27 septembre 2017

Par Perwer Emmal à Erbil

 

Je me trouve en cette semaine spéciale pour la nation kurde à Erbil, la capitale du Kurdistan appelé irakien jusqu’à ce jour. Si j’ai traversé la frontière du Rojava lundi et délaissé la zone des combats, c’était pour assister au référendum sur l’indépendance qui s’est déroulé hier et qui a vu une écrasante victoire du oui. La consultation a eu lieu dans le calme, la fierté et la joie, mais sous les menaces pas même voilée des voisins irakiens, iraniens et particulièrement turcs. Erdogan menaçant de lancer ses troupes contre l’Etat pas encore né, en corrélation avec l’Armée irakienne, au prétexte que notre indépendance ferait courir des risques sécuritaires au sien.

 

Pour notre déplaisir, aucun pays du globe ne soutient notre émancipation nationale à l’exception remarquable de l’Etat d’Israël. Ce qui fait que l’amitié entre les peuples juif et kurde n’a jamais été aussi palpable qu’en ces jours où nous décidons de notre avenir de la manière la plus démocratique qui soit. J’ai compté des dizaines de drapeaux israéliens entre les mains de mes compatriotes.

 

C’est non seulement l’aboutissement d’une amitié indéfectible qui dure depuis des siècles, mais aussi, en ce qui nous concerne particulièrement, la reconnaissance de l’attitude de la Ména, qui a toujours donné la parole aux Kurdes, sans la retirer au Turcs, faisant de l’agence de presse de Métula le media public le mieux informé sur nos problèmes de toute la planète.

 

D’ailleurs, je peux vous confier que de nombreux responsables politiques et militaires se font traduire tous nos articles – pas uniquement ceux qui traitent des Kurdes -, et qu’ils les dévorent avidement. Dans les sphères gouvernementales d’Erbil, c’est un grand honneur d’être le correspondant de la Ména, car nous jouissons d’une solide renommée de compétence, d’honnêteté et de fiabilité.

 

Mais je tenterai de vous relater les péripéties du référendum à un autre moment, car il se passe des évènements capitaux en Syrie, de Deïr ez-Zor à la frontière iraquienne. Des faits de guerre et de stratégie qui vont influer sur tout le Moyen-Orient et peut-être même au-delà. Leur narration et leur analyse sont rendues urgentes parce que personne d’autre ne s’en charge correctement, et que peu de civils n’en comprennent la portée.  

 

Nous en étions restés à cela que, depuis le 16 septembre dernier, la "Coalition globale", à savoir, principalement, les Américains depuis les airs, et les Peshmerga kurdes au sol ont lancé l’opération "Tempête de Jazeera". Ils sont soutenus par des commandos envoyés par des pays occidentaux, par des tribaux arabes de la région en guerre, et par des volontaires étrangers qui combattent dans les Forces Démocratiques Syriennes sous commandement kurde.

 

Cela fait plus de deux ans que nous relatons la participation, outre des Américains, de commandos britanniques, allemands et français dans les combats aux côtés des FDS, et que nous proposons des photos que nous prenons d’eux. La semaine dernière, un adjudant du treizième régiment de dragons parachutistes français a perdu la vie dans les combats ; il a été pris sous un feu désespéré provenant d’une position encerclée de DAESH.

 

Depuis dimanche dernier, ce sont au moins une centaine de "gouvernementaux" et une quinzaine de soldats russes qui sont morts au combat face à DAESH, principalement dans la zone du cercle bleu figurant sur la seconde carte et agrandi sur la troisième. Parmi les morts russes, le Général Valery Asapov, ce qui démontre à la fois l’âpreté des engagements ainsi que l’importance stratégique de ce qui se déroule aux abords de Deïr ez Zor.

 

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Le Général Valery Asapov aux côtés de Vladimir Poutine

 

Simplement résumé, les deux coalitions, disons l’américaine et la russe, poursuivent les mêmes objectifs : s’approprier les exploitations de gaz naturel encore sous contrôle de DAESH (l’Etat Islamique), et surtout, obtenir la mainmise sur les routes stratégiques menant à la frontière irakienne, également encore temporairement tenues par DAESH. [En vert sur les cartes].

 

Légende : en rouge les positions de la coalition russe

En jaune les positions de la coalition américaine

En noir les positions de DAESH-Etat Islamique

 

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Carte 1

Service cartographique © Metula News Agency

 

 

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Carte 2

Service cartographique © Metula News Agency

 

 

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Carte 3

Service cartographique © Metula News Agency

 

Ces routes sont celles qui sont absolument nécessaires pour Téhéran à l’établissement du fameux couloir terrestre chiite menant d’Iran au Liban. D’ailleurs, les soldats de l’Armée iranienne, ses supplétifs de la milice chiite libanaise du Hezbollah, ainsi que des milices chiites irakiennes participent massivement aux combats.

 

Pour le moment, à part de petites escarmouches et des menaces verbales de la part des Russes, qui accusent par ailleurs les Américains d’avoir indirectement provoqué la mort du Général Asapov, les deux coalitions, distantes par endroits de quelques centaines de mètres l’une de l’autre, sur terre et dans les airs, ne s’affrontent pas.

 

Ce qui transforme cette étrange bataille en une course poursuite entre les deux coalitions afin de s’approprier le plus possible de positions stratégiques aux mains de DAESH en les attaquants lors de combats acharnés.

 

Sur la première et la deuxième carte, on s’aperçoit que les routes nécessaires à la constitution de l’Autoroute chiite se trouvent au sud de l’Euphrate, dans une zone exclusivement dominée par la coalition russe et par DAESH.

 

Ces routes ("vertes") se prolongent (hors des cartes) entre Mayadin et la frontière irakienne sur une distance d’environ 80km, entièrement dans le territoire encore aux mains de DAESH. Pour la coalition américano-kurde, il suffirait de s’emparer de quelques kilomètres de ces routes, n’importe où entre Deïr ez Zor et la frontière irakienne, d’y placer des check-post afin de vérifier le trafic, pour mettre un terme définitif au projet de corridor-autoroute chiite-iranien. Et c’est à cela que la coalition occidentale s’emploie, même si elle n’a jamais officiellement défini cet objectif.

 

Il faudra certes traverser l’Euphrate quelque part en aval, mais elle ne se gênera pas de le faire, surtout après que la coalition russe l’ait traversé dans le sens sud-nord, entre les localités de al Jaffrah, Marrat, Khasham et al Amr [seconde carte].

 

Elle l’a fait dans une double intention : 1. S’emparer des installations d’exploitation de gaz naturel de Conoco, et surtout, 2. S’établir sur une section de la route menant au nord de l’Euphrate de Deïr ez Zor à Mayadin [en gris sur la 2ème carte et en brun sur la 3ème]; ce, pour empêcher les Américano-kurdes de déferler sur Mayadin et de traverser l’Euphrate plus au Sud-Est pour s’emparer des routes stratégiques "vertes", dans une zone où les Russes ne sont pas arrivés.

 

La coalition russe s’est fait devancer dans la course aux champs gaziers par les Forces Démocratiques Syriennes et Moscou enrage. Les FDS se sont en effet emparées ces derniers jours des exploitations de gaz naturel de Conoco et avoisinantes, les gisements les plus importants de Syrie, qui produisaient 13 millions de mètres cubes de gaz par jour avant la guerre, et revêtent ainsi un intérêt économique évident.

 

L’Armée russe (iraniens, gouvernementaux syriens, Hezbollah, milices chiites) a connu un peu plus de réussite dans sa traversée de l’Euphrate en prenant Khasham, obstruant de la sorte – ou, à tout le moins, la rendant moins confortable – la progression de la coalition américano-kurde vers le Sud-Est.

 

En dépit des bombardements massifs des positions de DAESH par les aviations russe et américaine – 50 sorties de bombardement quotidiennes pour l’U.S. Air Force, davantage pour les Russes – la résistance des miliciens de l’Etat Islamique est farouche.

 

Ainsi, Khasham et al Amr ont changé plusieurs fois de mains durant les derniers jours, les Russes se faisant bousculer par des contre-offensives désespérées et rageuses des miliciens de DAESH occasionnant la perte de nombreux hommes.

 

Du côté de la coalition américano-kurde et de leur offensive Tempête de Jazeera, la situation est plus favorable, même si elle est encore éloignée des routes "vertes". La phase décisive de l’opération sera déclenchée une fois que Raqqa [carte 1] aura été totalement libérée et que les forces qui y combattent pourront être versées à l’assaut décisif. Aux dernières nouvelles, 90 pour cent de Raqqa sont contrôlés par les FDS, et les travaux de nettoyages vont encore durer deux semaines tout au plus.

 

En attendant, les FDS, soutenues par l’Aviation U.S. et les commandos occidentaux, consolident leur présence dans Deïr ez Zor, non pour la conquérir mais pour former un buttoir solide face à l’autre coalition.

 

Sur la route "grise" ou "brune", les Kurdes et leurs alliés s’emploient à contourner les zones occupées par les Russes en empruntant des pistes. Face à Khasham, les fermes qu’ils ont conquises d’al Asbah et d’al Tabiah  [carte 3] ne se situent qu’à quelques centaines de mètres des soldats de Poutine.

 

Depuis trois jours, on note aussi l’évolution la plus significative de Tempête de Jazeera : la prise de la cité d’al Suwar dans la vallée de Khabour [1ère carte] par les Américano-kurdes, à mi-chemin entre al Fadghami qu’ils détiennent, et Mayadin, qu’ils convoitent.

 

Les combats face à DAESH ont été ici aussi acharnés, à grands renforts de bombardements aériens massifs, les deux camps comprenant parfaitement les intentions de la coalition américaine : couper en deux la partie de la vallée de Khabour en mains islamistes [ce mercredi matin, c’est chose faite. Ndlr.], en privant la partie Nord d’approvisionnement, et en déferlant, le moment voulu, sur Mayadin, clé de l’accès aux routes "vertes". Si la résistance de DAESH n’est pas trop forte, et si les moyens employés sont adéquats, on pourrait arriver à Mayadin quelques semaines avant les Russes et transformer ainsi Tempête de Jazeera en succès complet.

 

De surcroît, le contrôle total de la vallée de Khabour procurerait aux Kurdes du Rojava et aux Occidentaux une barrière infranchissable par les Iraniens dans le nord de la Syrie.

 

Avant cela, en plus de la résistance de l’Etat Islamique, plus les positions de la coalition américaine se renforcent, plus le risque théorique grandit d’un affrontement avec les Russes. Bien qu’il prendrait un risque terrible à affronter les Yankees, et qu’il s’en gardera au final, mais non sans avoir multiplié provocations et coups fourrés, Vladimir Poutine ne va pas se priver de mesurer la détermination de Donald Trump. Et vous pouvez compter sur lui pour exploiter la moindre faille, la plus petite hésitation.

 

Une précision encore : rien ne dit que s’ils parviennent à faire échec aux Américains en les empêchant de s’emparer d’une section significative (il ne faut pas que l’ennemi puisse la contourner) des routes "vertes", les Russes les livreraient automatiquement aux Iraniens.

 

Mais ils disposeraient d’un atout dans leur jeu face aux Occidentaux et pourraient, par exemple, autoriser les convois militaires iraniens au coup par coup, suivant leurs intérêts et pour faire pression sur les négociations déterminantes qui finiront par s’ouvrir, voire sur les Israéliens. C’est exactement la stratégie suivie par les Russes en Syrie.

 

Il ne faut pas non plus oublier que le régime alaouite syrien ne dispose pas du personnel nécessaire en nombre suffisant pour reprendre le contrôle de l’entièreté du pays, et que les Iraniens et leurs supplétifs oui. Un paramètre à prendre en considération lorsque l’on sait que le Tsarévitch n’a aucunement l’intention de maintenir une présence militaire ad aeternam dans la région.

 

Ceci dit, à moins d’une défaillance politique ou d’une énorme surprise militaire, rien ne semble pouvoir empêcher la coalition occidentale de réaliser ses objectifs.

 

Cela procurerait à Donald Trump une image de stratège vainqueur, aux Kurdes, la profondeur territoriale nécessaire pour songer à rattacher le Rojava à l’Etat kurde en gestation en Irak ; au Liban, de ne pas devoir faire une croix définitive sur sa souveraineté, aux Etats arabes, à juguler la progression de leur grand ennemi perse, et à Israël, de ne pas voir se déployer les soldats iraniens en force sur ses frontières syrienne et libanaise.

 

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Sénatoriales françaises : Macron rate son pari (info # 012508/17) Version imprimable
lundi, 25 septembre 2017

 

Par Amram Castellion

 

Hier 24 septembre, la moitié des départements français élisaient leurs sénateurs, soit 171 des 348 sénateurs élus pour 6 ans (l’autre moitié sera élue ou réélue dans trois ans). Contrairement aux députés élus au suffrage universel direct, les sénateurs sont élus par un collège électoral formé de tous les élus du département (députés et sénateurs, conseillers régionaux, conseillers départementaux, conseillers municipaux).

 

Il y a encore quelques jours, le parti du président expliquait que le Sénat ne pouvait pas échapper à la profonde refondation politique lancée par Emmanuel Macron pour transformer la France. Hier, les grands électeurs – tous des élus du peuple, qui passent leur vie à écouter l’opinion des Français et à calculer comment se faire eux-mêmes réélire – ont massivement conclu que le discours présidentiel ne pouvait pas être pris au sérieux.

 

Alors que Macron, après son élection à l’Elysée, avait convaincu 29 sénateurs (presque tous précédemment socialistes) de rejoindre son parti et former un groupe macroniste au Sénat, le parti présidentiel aura presque certainement un nombre réduit d’élus dans la nouvelle assemblée (entre 23 et 27). Ils n’y seront que la quatrième force politique, après la droite (en forte progression, de 142 élus dans la précédente assemblée à environ 170 aujourd’hui) ; les socialistes (entre 67 et 71 sénateurs) et les centristes (environ 50 sièges).

 

Les principaux enseignements qui peuvent être tirés de cette monumentale défaite du président sont les suivants.

 

La classe politique ne croit pas que la remontée récente de la popularité de Macron (45% dans le dernier sondage Ifop) soit le signe avant-coureur d’une réorganisation généralisée de la carte politique en sa faveur. En effet, cette amélioration de la popularité présidentielle s’est surtout faite parmi les électeurs de droite. Ceux-ci, s’ils peuvent apprécier le contenu de la réforme du droit du travail et d’autres projets du président, ne vont pas pour autant abandonner leur famille historique au jour du vote. Ils continuent à faire confiance à la droite pour conduire, le jour où elle reviendra au pouvoir, une politique de droite. Ils ne sont pas convaincus que Macron pourrait se substituer à leurs partis traditionnels.

 

Le président a donc probablement définitivement échoué dans la moitié, au moins, de sa stratégie politique initiale. Celle-ci consistait à rassembler autour de lui l’ensemble des modérés de droite et de gauche et à ne laisser dans l’opposition que les extrémistes des deux bords.

 

Ce programme a parfaitement réussi à gauche, où le parti socialiste s’est désintégré entre une aile gestionnaire, dont la plus grande partie a rejoint Macron, et une aile révolutionnaire, qui est venu grossir les rangs de l’extrême-gauche mélenchonienne.

 

A droite, en revanche, malgré les gestes très importants du président vers la droite modérée – nomination d’un Premier ministre et de plusieurs ministres issus de ses rangs, premières réformes centrées sur des priorités de droite (droit du travail, programmes scolaires) – seule une minorité a rejoint le président. La grande majorité des structures traditionnelles tient bon. Il faut dire que la droite modérée a aujourd’hui une opportunité historique qui devrait la retenir de franchir le pas : l’affaiblissement brutal et inattendu du Front National a créé sur sa droite une immense réserve de voix qui, déçues et désabusées d’avoir été trompées par la famille Le Pen pendant trente ans, pourraient être prêtes à revenir vers la droite classique si celle-ci lui fait les avances nécessaires.

 

La réforme des institutions que souhaitait Macron est désormais, presque certainement, morte et enterrée. Le président voulait réduire d’un tiers le nombre des parlementaires et introduire une dose de proportionnelle à l’Assemblée nationale. Il lui faudrait pour cela une majorité de trois cinquièmes des parlementaires, soit 555 députés et sénateurs. Mais aujourd’hui, le nombre total des parlementaires de son parti et du parti centriste allié Modem n’est que de 375 environ. On ne voit pas dans quelle configuration un président affaibli par les résultats d’hier pourrait obtenir les 180 ralliements nécessaires à cette réforme.

 

Les premiers indices ne semblent pas montrer que le camp macronien ait pris la mesure de la signification de sa défaite. Le nouveau président du groupe macronien au Sénat, François Patriat (un homme de 75 ans qui fut élu socialiste pendant 40 ans et appelle maintenant à la « disparition du monde ancien ») a couru hier soir les plateaux télévisés pour ironiser sur des grands électeurs qui auraient « voté pour leur boutique » et ne comprendraient pas l’importance historique de l’avènement du macronisme. Ce genre d’attitude, si elle reflète celle du camp macronien dans son ensemble, est la meilleure manière pour faire en sorte que les Français finissent par décider de faire de cet avènement une parenthèse sans conséquence.

 

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"Sénateur Patriat, je suis content de vous !"

 

Pour autant, l’essentiel du programme de réformes du président de la République n’est pas immédiatement menacé. Après la réforme du Code du travail, déjà actée, le gouvernement doit préparer une réforme fiscale (transfert des recettes des cotisations sociales vers la CSG), une réforme de l’assurance-chômage, une réforme des retraites et une réforme du statut de la SNCF. Or la défaite d’hier aux sénatoriales ne réduit en rien la capacité du gouvernement à mener ces réformes. D’une part, il conserve la majorité à l’Assemblée nationale, qui a le dernier mot en cas de désaccord avec le Sénat. D’autre part, une partie importante de ce programme a l’assentiment – au moins sur les principes – de la droite qui domine désormais l’opposition.

 

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Malgré les menaces, 5778 est une année pleine de promesses pour Israël et les Juifs (info # 012409/1 Version imprimable
dimanche, 24 septembre 2017

 

Par Guy Millière

 

La célébration de Rosh Hashana, le nouvel an juif, vient d’avoir lieu. Cela nous donne l’occasion de porter un regard d’ensemble sur le futur des Juifs du monde et sur Israël.

 

A certains égards, il y a lieu à mes yeux d’être inquiet : l’antisémitisme est de retour de façon très nette en divers points de la planète, et en particulier en Europe. Ce retour de l’antisémitisme risque d’être persistant pour des raisons dont j’ai déjà traité : ceux qui combattent l’antisémitisme, individus ou organisations, se tournent presque uniquement contre l’antisémitisme d’extrême droite et laissent de côté l’antisémitisme musulman, qui demeure un tabou, et dont il reste très difficile de parler. Or, l’antisémitisme musulman est l’antisémitisme qui agresse et tue des Juifs aujourd’hui. Impossible d’imaginer un recul de l’antisémitisme tant que le combat contre l’antisémitisme sera hémiplégique et laissera de côté ce qui devrait être aujourd’hui sa cible principale.

 

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5778 : technologie et motivation

 

Une autre source d’inquiétude pourrait être l’évolution des Juifs américains. L’immense majorité de ceux-ci reste à gauche, voire très à gauche, et continue de soutenir un parti, le parti Démocrate, qui, parce qu’il est lui-même de plus en plus à gauche, adopte des orientations de plus en plus nettement “propalestiniennes”.

 

L’une des conséquences de ce phénomène est qu’un nombre croissant de jeunes Juifs américains se détachent du judaïsme (47 pour cent des Juifs américains de dix-huit à trente ans disent ne plus se considérer comme juifs). Une conséquence supplémentaire est l’affaiblissement du soutien des Juifs américains à Israël. En dehors de la Zionist Organization of America [organisation sioniste d’Amérique], que dirige Morton Klein, le principal soutien apporté à Israël aux Etats-Unis vient d’une organisation évangélique, Christians United for Israel (CUFI) [chrétiens unis pour Israël], que les Juifs de gauche américains trainent souvent, très injustement, dans la boue.

 

Ces inquiétudes sont compensées par le fait que les Juifs du monde entier ont désormais un pays, et ce pays, Israël, n’a jamais été aussi prospère et puissant. Il y a certes des pauvres en Israël, et divers problèmes économiques, mais Israël ne peut, hélas, pas fonctionner comme une société vivant en paix, et la situation de guerre incessante entraîne son lot de conséquences.

 

Israël n’en est pas moins un pays dynamique, créatif, innovant, créateur d’emplois et d’entreprises, pleinement tourné vers l’avenir et confiant en son propre futur. Israël est un pays dont le taux de natalité au sein des populations juives est très positif, et reflète une population qui rajeunit, alors que les pays occidentaux vieillissent, et pour ce qui concerne l’Europe, paraissent engagés dans les engrenages d’un suicide collectif.

 

Israël a, face à lui, un ennemi puissant, le régime des mollahs en Iran, qui ne cesse de proférer des menaces génocidaires et qui finance le Hezbollah et le Hamas, soutient le régime d’Assad, et dispose d’unités militaires sur le sol syrien. Mais Israël, depuis le mois de janvier dernier, possède à la Maison Blanche non plus un ennemi perfide – Barack Obama, mais Donald Trump, un ami sincère dont l’amitié est indéfectible. Et Trump a fixé des lignes rouges aux mollahs iraniens, qui savent qu’il serait très périlleux pour eux de les franchir.

 

Israël se repose sur une armée qui est la plus avancée technologiquement du Proche-Orient et l’une des plus avancées technologiquement au monde, et cette armée peut compter sur le soutien de l’Armée américaine. Les mollahs iraniens le savent aussi. L’Etat hébreu peut en outre compter sur la neutralité bienveillante de Vladimir Poutine, qui, tout en plaçant ses pions sur l’échiquier mondial et tout en étant allié de l’Iran, ne se conduit pas en ennemi d’Israël, et sait sans aucun doute dire aux mollahs iraniens qu’il est hors de question qu’ils aillent trop loin.

 

Israël a, enfin, un Premier ministre qui compte parmi les grands hommes d’Etat et les grands stratèges du monde contemporain, Binyamin Netanyahu. Celui-ci travaille en synergie avec Donald Trump sur tous les dossiers essentiels, à commencer par le dossier iranien.

 

Netanyahu a su mettre en œuvre un rapprochement entre Israël, plusieurs pays d’Europe centrale, d’Afrique, d’Amérique latine et les pays sunnites du statu quo (émirats du Golfe, Arabie Saoudite), tout en renforçant la coopération avec l’Egypte. Et cela compense l’hostilité sournoise de l’Europe occidentale et de pays tels que la France et l’Allemagne aux dépens d’Israël.

 

Il a su mettre la “question palestinienne” à l’arrière-plan, sachant fort bien qu’elle n’est pas du tout la question centrale pour Israël et le Proche-Orient aujourd’hui.

 

Globalement, malgré les sources d’inquiétude, malgré l’existence de menaces, parce que Donald Trump est à la Maison Blanche, parce qu’Israël est ce qu’il est, parce que Binyamin Netanyahu est Premier ministre d’Israël, la situation des Juifs du monde n’a jamais été aussi bonne depuis des siècles. La situation d’Israël n’a jamais été aussi bonne depuis la (re)fondation de l’Etat du peuple juif.

 

Je n’ai pas parlé du harcèlement que subissent Binyamin Netanyahu et les membres de sa famille. Ce harcèlement est vil et indigne.


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L’Aviation israélienne a attaqué l’aéroport international de Damas tôt ce matin (info # 022209/17) Version imprimable
vendredi, 22 septembre 2017

 

Par Michaël Béhé à Beyrouth © Metula News Agency

 

Beyrouth, vendredi 12h45 11h45 à Paris

 

Plusieurs sources arabes font état ce vendredi d’un triple raid de l’aviation israélienne sur une portion de l’aéroport international de Damas.

 

L’attaque s’est produite peu avant l’aube. Elle visait la partie de l’aéroport confiée par le régime de Bashar al Assad à l’Armée iranienne et à ses supplétifs de la milice chiite libanaise Hezbollah.

 

J’ai pu m’entretenir avec deux témoins oculaires syriens qui m’ont confirmé la nouvelle et qui m’ont rapporté que de très imposantes flammes s’échappaient des cibles frappées par les pilotes hébreux, comme en témoignent les images prises par des voisins de l’aéroport.

 

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Photo des suites des attaques de l’Aviation israélienne ce matin

 

Deux hypothèses sont à retenir :

 

1. La première, la plus plausible, voudrait que les militaires israéliens aient décidé d’anéantir les installations et les stocks de matériel ayant servi, mardi dernier, à envoyer un drone à destination d’Israël. Tsahal aurait utilisé la surprise en lançant ce raid en pleine fête du Nouvel an juif – Rosh Hashana -, ce qu’il ne fait que lors d’occasions exceptionnelles.

 

2. La seconde indiquerait que ce sont les Iraniens et les Syriens qui entendaient profiter de la grande fête israélite pour organiser un convoi d’armes à destination du Hezbollah au Liban, escomptant que le Khe’l Avir n’interviendrait pas à Rosh Hashana, ce qui est plus aléatoire.   

 

L’autre question qui se pose est de savoir si les appareils à l’étoile de David se sont approchés de leur objectif ou s’ils ont lancé leurs missiles à partir des territoires israélien ou libanais.

 

La seconde éventualité a l’avantage de moins exposer la vie des pilotes à la DCA syrienne et de ne pas irriter les Russes qui ont déployé une vingtaine de Mig sur le tarmac de l’aéroport international.

 

De plus, cette option, grâce à la précision chirurgicale des nouveaux missiles israéliens, présente des gages de succès équivalents à une attaque rapprochée.

 

On peut, de plus, se demander comment les Iraniens auraient pu faire décoller un drone sur un aéroport sur lequel les Russes sont présents sans obtenir leur aval. Cela laisse penser à un double jeu habituel de la part du Président Vladimir Poutine, qui veut à la fois se faire passer pour un arbitre et un belligérant aux côtés de ses alliés.

 

La rédaction à Métula ne signale aucune disposition particulière de l’Armée relative au risque d’une réplique syrienne. A noter que des centaines de milliers de touristes israéliens arpentent en ce jour férié le Doigt de la Galilée et que, tant que faire se peut, Jérusalem n’entend pas créer la panique parmi eux.

 

A l’heure qu’il est, le porte-parole de Tsahal a déjà annoncé qu’il ne commenterait pas ces informations. On ne signale pas non plus de réaction du régime syrien et du Hezbollah.

 

 
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