Un nouveau modèle économique chinois (info # 012902/16) Version imprimable
lundi, 29 février 2016

 

Par Sébastien Castellion

 

On ne peut pas le nier : l’économie mondiale, ces derniers temps, manque de souffle.

 

La situation est loin d’être catastrophique. La Banque mondiale, dans ses prévisions parues le mois dernier, prévoit une augmentation totale de 2,9% de la richesse mondiale en 2016, soit nettement plus qu’en 2015 (2,4%). Mais même si on ne prévoit aucun effondrement, l’économie mondiale n’a plus aucun moteur de croissance qui puisse attirer massivement les investisseurs, comme l’étaient les Etats-Unis dans les années 1990 ou la Chine dans les années 2000. Elle continue à ronronner, mais ne fait plus rêver.

 

La principale raison de cette morosité est que la Chine a désormais épuisé sa capacité à soutenir la croissance mondiale, comme elle l’a fait après la crise financière de 2008. Pour contrer la récession, les autorités chinoises avaient alors lancé un gigantesque plan d’investissement.

 

La Chine a alors lancé des travaux d’infrastructures très supérieurs à ses besoins : routes à six voies sans fréquentation, aéroports sans trafic, et même des villes entières restées presque sans habitants pendant plusieurs années.

 

Mais le surinvestissement a aussi concerné les usines : secteur après secteur – la métallurgie, la cimenterie, l’électro-ménager – les capacités de production chinoises ont augmenté sans contrôle et sans le moindre rapport avec la demande. En conséquence, de plus en plus d’usines restent sous-employées, peuplées d’ouvriers désœuvrés.

 

Cette politique de surinvestissement a eu une conséquence inattendue, et plutôt favorable, pour l’économie mondiale : elle a contribué à empêcher que l’inflation ne reparte malgré la création incontrôlée de monnaie aux Etats-Unis, au Japon et, dans une moindre mesure, en Europe. Le laxisme croissant des banques centrales a sans doute encouragé la demande, mais les capacités industrielles sont toujours restées nettement supérieures à cette demande, ce qui empêchait la remontée des prix.

 

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La ville de Kangbashi : 30.000 habitants pour un million de logements

 

A l’échelle de la Chine, en revanche, cette politique de surinvestissement ne pouvait manifestement pas durer longtemps.

 

Les capacités industrielles sous-employées sont subventionnées, pour éviter leur faillite, par les gouvernements locaux, dont elles absorbent une part croissante du budget.

 

L’investissement a fait exploser la dette interne, multipliée par 4 entre 2007 et 2014. Cela crée dans toute l’économie un risque de défaut de paiement difficile à contrôler.

 

Enfin, l’accent mis sur les quantités à investir à conduit à sacrifier la qualité de la vie. La Chine est pleine de capacités de production, mais la qualité des services y reste très médiocre. Une pollution par les particules fines, causée principalement par la combustion du charbon, conduit à la mort prématurée d’environ 1,5 million de Chinois par an.

 

Les nouvelles autorités chinoises, arrivées au pouvoir en 2013, ont progressivement engagé le pays dans une transition vers un nouveau modèle économique. Ce nouveau modèle chinois aura une importance essentielle pour l’économie mondiale pour les dix à quinze ans à venir.

 

Le premier principe de la nouvelle politique économique est d’accepter une croissance nettement réduite. Alors que la Chine a connu des taux de croissance supérieurs à 10% pendant plus de vingt ans (avec un maximum de 14% en 2007), l’objectif est désormais fixé à 6,5% ou 7%.

 

Le gouvernement cherche aussi à parvenir à une croissance moins orientée sur les infrastructures et les industries lourdes et à donner plus de place aux services. En 2014 et 2015, les services ont connu une croissance plus élevée que celle de l’économie dans son ensemble. L’an dernier, après une croissance de 8,3%, les services ont représenté pour la première fois plus de la moitié de la richesse produite en Chine. A titre anecdotique, tous les visiteurs ont pu remarquer, dans les grandes villes chinoises, la multiplication rapide des mobylettes et des voitures de livraison dans les dernières années. Plus généralement, le budget des ménages se porte vers les services comme une conséquence naturelle de l’apparition d’une classe moyenne, qui dépense davantage pour les assurances, l’éducation, les services financiers, les restaurants et les voyages. Vingt ans après son explosion en Occident, le commerce par Internet se développe, lui aussi, rapidement.

 

Là où l’investissement avait longtemps porté la croissance chinoise, c’est désormais la consommation qui a la priorité. Alors qu’elle avait représenté 50% de la croissance en 2014, ce pourcentage a atteint 66% en 2015.

 

Enfin, la Chine donne pour la première fois une véritable priorité à l’amélioration de sa situation environnementale. La croissance de la demande d’énergie s’est brutalement infléchie : +2% en 2014 et +0,8% en 2015, alors que la demande augmentait auparavant de 8% par an en moyenne. La production de charbon a, pour la première fois, baissé en 2015 (-3%) et le gouvernement a décidé un moratoire de trois ans sur l’ouverture de nouvelles mines de charbon.

 

En parallèle, la Chine a fortement développé ses sources d’énergie propres. Rien qu’en 2014 (je n’ai pas trouvé les chiffres 2015 qui ne sont probablement pas encore publiés), les capacités de production d’électricité nucléaire ont augmenté de 35%, le solaire de 60% et l’éolien de 25%. A l’occasion de la préparation de la conférence COP 21, la Chine s’est donnée pour objectif d’augmenter la part de l’énergie non productrice de CO2 (nucléaire et renouvelables) à 20% de sa production énergétique totale d’ici 2030.

 

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Une centrale nucléaire en construction en Chine : une grande part de la solution à la pollution de l’air

 

Toutes ces évolutions ne feront pas disparaître la principale faiblesse de l’économie chinoise : une gestion trop politique, avec une intervention systématique du gouvernement dans les systèmes de financement, les choix économiques fondamentaux et la mesure des résultats.

 

Les statistiques officielles sont, pour le dire poliment, moins fiables que dans les économies occidentales. Elles ont miraculeusement conclu, par exemple, que la croissance 2015 avait été égale à l’objectif fixé de 7%. L’intrusion du gouvernement conduit à favoriser les entreprises d’Etat – moins efficaces, mais mieux soutenues politiquement – dans l’attribution des contrats. Cela réduit l’efficacité moyenne de toute l’économie. Les individus qui veulent entreprendre sont trop souvent confrontés à des règles administratives trop lourdes et à la concurrence déloyale des entreprises d’Etat.


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Nombre de politiciens occidentaux veulent offrir Israël en pâture aux assassins (info # 012802/16) Version imprimable
dimanche, 28 février 2016

 

Par Guy Millière

 

Bien que la gauche travailliste israélienne semble avoir considéré qu’elle devait faire provisoirement son deuil de la « solution à deux Etats », ladite « solution » garde des adeptes au sein du Meretz, et elle compte des défenseurs fervents parmi les politiciens occidentaux.

 

Bien qu’il n’y ait pas d’ « Etat palestinien », plus de cent trente pays sur Terre l’ont d’ores et déjà reconnu, et il semble que le gouvernement tricolore brûle d’impatience à l’idée d’ajouter le nom de la France à une liste déjà longue.

 

Que des Israéliens restent adeptes de la « solution à deux Etats » me consterne. Ils peuvent être confrontés à des assassins armés qui affirment explicitement qu’ils ont envie de les tuer, et qui les tuent effectivement, ils imaginent néanmoins avoir affaire à des êtres doux et gentils aux intentions paisibles. Ou pire, ils se disent que les assassins armés sont ce qu’ils sont parce que leurs victimes sont coupables, et méritent peut-être la mort. Cette pathologie mentale existe partout sur Terre, et fait, partout où elle existe, les beaux jours des assassins. Elle doit être combattue. Elle l’est. Laissons-la de côté, et considérons-la comme ce qu’elle est.

 

Les Occidentaux partisans de la « solution à deux Etats » incluent des gens atteints de la même déviance, c’est une évidence, mais ils incluent aussi dans leurs rangs des gens parfaitement sains d’esprit. Les politiciens occidentaux qui défendent avec ferveur la « solution à deux Etats » en font partie et savent ce qu’ils font, ce qui les rend bien plus coupables.

 

Non seulement ces politiciens disposent de services de renseignement qui leur permettent de savoir exactement ce que trament les « dirigeants palestiniens » et de ne nourrir aucune illusion sur ce point, mais encore, ils contribuent aux projets des « dirigeants palestiniens », et œuvrent à leur concrétisation.

 

Ils savent donc que les « dirigeants palestiniens » ne veulent pas d’un Etat à côté d’Israël, mais la destruction d’Israël et la mort du plus grand nombre de Juifs israéliens possible. Ils financent les discours et la propagande des « dirigeants palestiniens » qui disent, en arabe, qu’ils veulent la destruction d’Israël, ou la « libération de tous les territoires occupés du Jourdain à la Méditerranée », ce qui revient précisément au même. Les Occidentaux financent les structures mises en place par les « dirigeants palestiniens » pour que leurs discours et leur propagande se concrétisent.

 

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Margot Wallström, la ministre suédoise des Affaires Etrangères, avec Abbas. Elle affirme que

se défendre face à un terroriste qui veut vous tuer constitue une exécution extrajudiciaire

 

Ces responsables politiques savent qu’il n’y aura jamais, dans la réalité concrète, deux Etats. Ils sont conscients d’œuvrer, à terme, à la déstabilisation et à la destruction d’Israël et, dans l’immédiat, à l’assassinat de Juifs israéliens.

 

Ils sont ainsi coresponsables de l’essentiel des assassinats de Juifs israéliens commis depuis des décennies par des « Palestiniens », des attaques lancées contre Israël, des concessions délétères arrachées aux dirigeants israéliens.

 

Sans eux, le conglomérat de mouvements terroristes appelé OLP n’aurait jamais pu devenir l’ « Autorité Palestinienne » et occuper des territoires de Judée-Samarie ; les accords d’Oslo ont eu des acteurs israéliens, certes, mais ceux-ci ont été fortement incités à adopter certaines positions.

 

Sans eux, l’idée qu’il fallait négocier « comme s’il n’y avait pas de terrorisme », extrait tronqué d’une phrase d’Yitzhak Rabin, qui ajoutait « qu’il fallait combattre le terrorisme comme s’il n’y avait pas de négociations », n’aurait pas obscurci l’atmosphère pendant au moins une décennie, commencée en 1992, et qui a connu des attentats anti-israéliens atroces.

 

Sans eux, l’OLP, devenue « Autorité palestinienne », n’aurait pu demander toujours davantage de concessions à Israël sans se voir jamais réclamer le moindre geste en échange.

 

Sans eux, des centaines de milliers d’Arabes « palestiniens » n’auraient pas eu le cerveau gorgé de la haine antijuive, ce qui a transformé tant d’entre eux en tueurs de Juifs ou en êtres dépravés traitant les tueurs de Juifs issus de leurs rangs en héros et en « martyrs ».

 

Sans eux, Israël aurait pu se défendre de manière plus efficace, et ses dirigeants ne seraient pas contraints, jusqu’à ce jour, d’adopter un discours défensif, de se dire prêts à faire de nouvelles concessions - alors qu’ils savent très bien qu’aucune concession israélienne ne sert à quoi que ce soit - et de s’affirmer ouverts au dialogue, alors qu’ils savent tout aussi pertinemment qu’il n’y a personne avec qui dialoguer.

 

Les politiciens occidentaux qui défendent avec ferveur la « solution à deux Etats » se comportent-ils comme ils le font par haine des Juifs israéliens et de l’existence d’Israël, ou par lâcheté ? J’ai tendance, quand je me pose la question, à considérer qu’il y a tout à la fois, chez eux, de la haine et de la lâcheté.

 

Je pense que la plupart d’entre eux n’aime les Juifs que lorsqu’ils sont morts, voire lorsqu’ils sont une minorité discrète, lorsqu’ils s’assimilent et cessent peu à peu d’être juifs.

 

Je pense que nombre d’entre eux ne supporte pas l’idée qu’il existe un pays juif souverain, porteur des valeurs juives, et montrant que le peuple juif a survécu aux persécutions et reste une lumière du monde.

 

Je pense qu’il y existe chez la quasi-totalité d’entre eux une forme de soumission préventive et une attitude d’apaisement pusillanime les conduisant à penser qu’en jetant Israël et les Juifs israéliens en pâture aux assassins, leurs pays seront épargnés, et pourront gagner, au passage, quelques contrats rémunérateurs.

 

Commencent-ils à voir que la soumission préventive n’évite pas les attentats chez eux, et que jeter Israël et les Juifs israéliens en pâture aux assassins ne fait qu’aiguiser l’appétit des assassins ?

 

Je n’en suis pas certain du tout.

 

Ce dont je suis convaincu, en revanche, est qu’Israël et le peuple juif israélien ne laisseront pas faire et devront un jour leur demander des comptes.

 

Ce dont je suis persuadé est que l’appétit des assassins est acéré, et que tant que des politiciens occidentaux prétendront combattre les assassins qui frappent en France, au Royaume-Uni, en Belgique, au Canada, aux Etats-Unis, tout en traitant des chefs de bandes de tueurs comme des chefs d’Etat, tant qu’ils recevront des hommes comme Mahmoud Abbas en faisant semblant de ne pas voir que ces hommes ont du sang juif sur les mains et sont admirés par des apprentis assassins qui rôdent dans le monde occidental, ledit monde connaîtra des massacres sanglants tels ceux commis le 13 novembre 2015 à Paris.


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L’Arabie Saoudite lâche le Liban (info # 012402/16) Version imprimable
mercredi, 24 février 2016

 

Par Michaël Béhé à Beyrouth

 

Si je ne suis pas beaucoup intervenu récemment dans nos colonnes, c’était en raison du fait que la situation au Liban, que j’avais décrite dans mes articles précédents, n’avait pas fondamentalement changé. L’emprise du Hezbollah et de ses mentors iraniens sur le pays allait s’amplifiant, grignotant chaque jour davantage notre indépendance, en imposant sa loi par les menaces de violence sur l’ensemble de nos institutions. Nous ressemblons toujours plus à un protectorat de Téhéran, à l’instar de l’Irak et de son gouvernement chiite aux ordres des ayatollahs.

 

Narrer les disputes stériles qui opposaient le courant souverainiste du 14 mars, à celui du 8 mars, inféodé aux directives de l’Iran et de la Syrie, participant d’une cuisine fast-food qui n’intéressait que les Libanais, n’avait aucune chance de glaner l’intérêt des lecteurs de la Ména.

 

Les choses ont brutalement évolué avec la récente décision de l’Arabie Saoudite de cesser son financement de nos forces armées et de nos services de contre-espionnage (Forces de Sécurité Intérieure), d’un montant de quatre milliards de dollars, sans lesquels ils vont être dans l’incapacité de fonctionner.

 

Officiellement, cette décision est motivée par la position exprimée par le Liban lors de la dernière réunion de la Ligue arabe réunie au Caire en janvier dernier. A cette occasion, tous les Etats membres avaient affirmé à l’unanimité leur "totale solidarité" avec l'Arabie Saoudite face aux "actes hostiles et aux provocations de l'Iran", notamment au siège de l’ambassade saoudienne à Téhéran, qui avaient suivi l'exécution à Riyad de l’imam chiite Nimr el Nimr.

 

Seul le Liban s’était abstenu, rompant ainsi l’unanimité, notre ministre des Affaires Etrangères, le chrétien du mouvement aouniste Gebran Bassil affirmant que le Liban "prenait ses distances à l'égard du communiqué afin de préserver la stabilité nationale".

 

Dès lors deux postulats s’affrontent : celui qui réaffirme l’arabité du pays au Cèdre – pour les lecteurs qui l’ignorent, l’Iran n’est pas un pays arabe -, et la "politique de la distanciation", prônée par le 8 mars.

 

Bassil a expliqué par la suite que "les pays arabes ne parviennent pas à comprendre que l'unité interne du Liban ne peut être protégée que par la politique de distanciation", ajoutant qu’ "ils doivent s'abstenir de pousser le Liban à afficher des positions qu'il ne peut pas assumer". "Entre l'unanimité arabe et l'unité nationale, nous penchons pour la seconde", a encore précisé le ministre.

 

Gebran Bassil appartient à un gouvernement d’unité nationale (de facto) dirigé en principe par le sunnite Tammam Salam, que ce dernier a constitué en février 2014. Mais ce cabinet, qui réunit des personnalités du 8 et du 14 mars et quelques indépendants, ne possède aucune ligne de conduite, et les décisions qu’il pourrait prendre sont, continuellement, bloquées par le Hezbollah et ses alliés. Ceux-ci empêchent, par la même attitude, le Liban de se choisir un nouveau président, le poste étant vacant depuis la fin du mandat de Michel Suleiman, le 25 mai 2014.

 

Les supplétifs chiites libanais de Khamenei exigent pour débloquer la situation que l’Etat adopte les lignes directrices de la politique étrangère de l’Iran, en axant notamment la doctrine sécuritaire sur le principe de la "Résistance" contre Israël. Cette conception devrait être prioritaire et dicter la conduite des affaires publiques dans pratiquement tous les domaines, même si aucune menace ne se manifeste en provenance de l’Etat hébreu, si la partie la plus calme du Liban est la zone qui jouxte sa frontière, et si la milice chiite participe à des guerres en Syrie, en Irak, au Bahreïn et au Yémen.

 

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Des milliers de miliciens du Hezb ont été tués en Syrie

 

Faute d’obtenir l’aval des autres ministres, le Hezb bloque le processus permettant d’élire un nouveau président. Et faute d’avoir un président et un gouvernement capables de gérer le pays, la milice d’Hassan Nasrallah n’en fait qu’à sa tête. Elle a accumulé près de 100 000 roquettes et missiles, en principe destinés à Israël, elle est parvenue à faire passer à partir de la Syrie et à installer quelques batteries de missiles sol-air avancées dans nos villes, s’est empressée de menacer Jérusalem de les utiliser contre ses avions, et elle phagocyte l’Armée nationale. Au point que, dans la Bekaa, il est devenu impossible de distinguer un soldat d’un milicien, où ils s’opposent militairement aux rebelles sunnites en provenance de Syrie, ainsi qu’aux villageois qui les accueillent, comme si cela découlait d’une décision ministérielle, voire du quartier général des forces armées.

 

La même situation prévaut à la frontière avec Israël où les miliciens revêtent l’uniforme de l’Armée et où les authentiques soldats reçoivent leurs ordres d’officiers soumis au Hezbollah, pendant que Nasrallah menace notre puissant voisin du Sud de faire sauter l’usine d’ammoniac située dans la baie d’Haïfa afin de causer la mort de dizaines de milliers de Juifs. Nasrallah est bien le seul dirigeant libanais qui, après avoir vu les images de Gaza en ruines, agit pour que Beyrouth connaisse le même sort.

 

C’est principalement là que le bât blesse avec la monarchie wahhabite : partout où les Fous d’Allah sont engagés, ils combattent l’Arabie Saoudite, comme au Yémen, ou des organisations soutenues, financées et équipées par Riyad, à l’instar de l’Armée de l’Islam en Syrie. Or les souverains saoudiens n’ont pas pour vocation de financer ceux qui les combattent, à commencer par leur pire ennemi, l’Iran. Cela ennuie passablement la France, qui comptait sur le financement royal pour livrer du matériel militaire à nos soldats, sans se soucier le moins du monde de savoir contre qui ils l’utiliseraient. Même si, au Quai d’Orsay, on essaie d’être rassurant, même si on y exprime évidemment le souhait de voir notre gouvernement fantoche se rabibocher avec Riyad, les livraisons tricolores ont du plomb dans l’aile et c’est le cas de le dire.

 

Les Saoudiens se montrent cohérents dans leur politique régionale, alors qu’ils mènent des manœuvres inter-sunnites sur une grande échelle impliquant vingt pays de la "coalition islamique" qu’ils dirigent. Ces exercice militaire ont été baptisés Raad el-Chamal, le tonnerre du Nord. Ils se déroulent jusqu’au dix mars à la frontière entre l’Arabie Saoudite et l’Irak, et mettent en scène, à l’intention de l’Iran, une pénétration terrestre de l’Irak par cette coalition.

 

A Beyrouth, les partisans du Courant du 14 mars ont vivement réagi à la décision du Roi Salmane de couper les crédits : le sunnite Ashraf Rifi, qui occupa pendant huit ans le siège du directeur-général des Forces de Sécurité Intérieure, et qui participait au cabinet de Tammam Salam en qualité de ministre de la Justice, a remis sa démission.

 

Ce spécialiste de la sécurité et du droit à longuement justifié sa décision. Il a évoqué la milice du Hezbollah "qui risque d'imposer sa mainmise sur l'Etat et ses institutions".

 

"Le comportement de ces forces a abouti au démembrement de l'Etat (...) et à la déformation de son identité nationale, tout en mettant en danger son indépendance, son économie, son avenir et ses relations internationales, notamment avec le monde arabe", a précisé M. Rifi, justifiant son choix par "le blocus imposé par le Hezbollah et ses alliés au sein du gouvernement et en dehors de celui-ci, à travers la vacance de la présidence de la République".

 

Ashraf Rifi a terminé en relevant : "Nous avions souhaité que ce gouvernement puisse éviter les conflits, or ils (l’Iran et le Hezbollah) l'ont voulu comme couverture de leur projet destructeur. Je n'accepterai pas de devenir un faux témoin et de couvrir ceux qui tentent de dominer l'Etat et ses institutions".

 

Le ministre démissionnaire a reçu l’appui des autres responsables politiques du 14 mars, notamment du chef des Forces Libanaises, Samir Gagea, et de celui des Phalanges, Samy Gemayel. En revanche, les porte-paroles du 8 mars ont accueilli sa décision par des menaces on ne peut plus directes. Ainsi, le Druze Wi'am Wahhab, fervent partisan de la Syrie et de l’Iran, a averti Rifi sur un réseau social : "Si quelqu'un croit pouvoir renverser la table, il doit savoir que nous renverserons le monde sur sa tête et celle de ses soutiens". Ce à quoi l’intéressé a brièvement répondu à la télévision : "Si vous en êtes capable, faites-le !".

 

A propos de renverser la table, le ministre sortant a affirmé vouloir faire traduire Michel Samaha devant la Cour Pénale Internationale ainsi que d’autres instances étrangères. Samaha est un chrétien, qui fut membre des Phalanges et des Forces Libanaises avant de rejoindre les prosyriens et d’être fait ministre de l’Information, en 2003, au sein du dernier gouvernement de Rafiq Hariri.

 

Le 9 août 2012, il est surpris à son domicile par les FSI en possession de 24 charges explosives que lui avait remises le chef d'état-major syrien, le Général Ali Mamlouk. Il avait l’ordre de procéder à des attentats à caractère communautaire [visant des civils chrétiens et sunnites. Ndlr.] en divers points du Liban.  

 

Après avoir purgé trois ans et demi de prison, toujours en procès, Samaha a été libéré sous caution le 14 janvier dernier par la Cour de cassation militaire au Liban. Son audience reprendra le 23 février, mais pour Rifi, "cette affaire est la preuve de l'hégémonie exclusive du Hezbollah sur le gouvernement paralysé depuis des mois". D’ailleurs, la presse du Hezbollah et du reste du 8 mars ont fait de Michel Samaha un héros national, presque un demi-dieu.

 

Depuis, l’Arabie Saoudite a interdit à ses ressortissants de se rendre au Liban et a demandé à ceux qui s’y trouvaient de quitter notre pays. Riyad a été imité en cela par les Emirats Arabes Unis, qui ont, de plus, réduit leur représentation diplomatique au strict minimum, ainsi que par Bahreïn.  

 

Des députés sunnites, reçus en délégation par l’ambassadeur saoudien à Beyrouth, ont demandé au Roi Salmane de ne pas lâcher le Liban pour qu'il ne soit pas englouti par le projet perse ou qu'il ne devienne un deuxième Irak, une sorte de province rattachée à l'Iran.

 

Cela fait des années que je vous entretiens de ce processus. La réaction saoudienne a mis la majorité des Libanais devant leurs responsabilités, leur rappelant au passage que les chiites ne comptent que pour 33 pour cent de la population. Le gouvernement risque d’imploser, ce qui ferait tomber les masques. Reste que, même s’ils sont embourbés en Syrie, les miliciens du Hezb ont l’avantage de posséder des armes, et ils n’hésiteront pas à s’en servir. Pas contre l’ "ennemi sioniste" mais contre leurs compatriotes libanais. Quant au peuple libanais, il a préféré faire confiance à son armée, elle-même…


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La guerre contre Israël se mène aussi avec les mots (info # 012102/16) Version imprimable
dimanche, 21 février 2016

 

Par Guy Millière

 

Le chaos qui s’est emparé de diverses régions du grand Moyen Orient et qui menace de se transformer en guerre régionale a fait qu’Israël s’est beaucoup moins trouvé au centre de l’actualité ces derniers mois. Israël, malgré les assassinats abjects perpétrés par des gens imprégnés de la haine que l’Autorité Palestinienne et des mouvements djihadistes déversent dans leur tête, fait figure d’îlot de stabilité au milieu du bruit et de la fureur.

 

Néanmoins, des manœuvres anti-israéliennes se préparent, à l’instigation de la France, de l’Union Européenne et de l’administration Obama. Ces manœuvres sont des actes de guerre menés par des moyens diplomatiques et relèvent de ce qu’en anglais on appelle lawfare : une guerre asymétrique menée par le bais du « droit international » aux fins de nuire à l’ennemi désigné.

 

Ces manœuvres progressent d’autant plus facilement que la façon dont elles sont décrites les font passer pour ce qu’elles ne sont pas : il est question sans cesse de « gestes pour la paix », alors que les gestes en question sont des actes de déstabilisation contre Israël.

 

Il est question de « droit international » lorsque les manœuvres ont lieu aux Nations Unies ; comme si les Nations Unies étaient en quoi que ce soit une instance où s’énonce et se décrète un « droit international » digne de ce nom, et comme si ce qui se décide dans l’assemblée générale de cette institution n’était pas, les trois quarts du temps, un tissu d’inepties grotesques et monstrueuses, concoctées par des tyrannies, des dictatures et des satrapies.

 

On parle de décisions prises par le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, où Israël est régulièrement condamné pour de prétendues violations desdits droits par des pays aussi respectueux de ceux-ci que l’Iran des mollahs.

 

Ces manœuvres progressent facilement parce que les termes employés sont falsificateurs, qu’ils ne se limitent pas seulement aux concepts de « droit international » et « droits de l’homme », mais parce qu’ils englobent aussi les mots utilisés pour stigmatiser Israël et le contexte géopolitique dans lequel Israël se démène.

 

Le plus souvent, ceux qui sont en charge de répondre et de défendre Israël reprennent les mots qui leur sont jetés au visage, et se situent dès lors immédiatement sur un terrain où ils ont perdu d’avance.

 

J’écris depuis des années qu’il est très important de ne jamais se situer sur le terrain de l’ennemi si l’on veut l’emporter, et j’insiste : les défenseurs d’Israël se placent très souvent sur le terrain de l’ennemi.

 

Le conseil que je ne cesse de donner est de procéder autrement.

 

Il me semble très important de ne jamais, strictement jamais, accepter l’expression « droit international », lorsqu’il s’agit d’une décision de l’ONU. Lorsque l’on m’en parle, je réponds en mentionnant les tyrannies, les dictatures, les satrapies, et en demandant si ce sont des tyrans, des dictateurs et des satrapes qui sont à même de dire le droit.

 

Il me semble tout aussi important de ne jamais, strictement jamais, accepter l’expression « droits de l’homme » quand elle émane du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies. Lorsque l’on évoque ce Conseil devant moi, je réponds qu’une instance où on peut acclamer des fanatiques racistes et antisémites n’a pas la moindre légitimité pour parler de droits de l’homme.

 

Quand on me parle de Cisjordanie, je dis que je ne comprends pas le mot, et j’ajoute : « Vous voulez parler de ce territoire occupé de force par la Jordanie pendant dix-huit ans ? Ce territoire ne s’est appelé ainsi que de 1949 à 1967 ; son nom, depuis des millénaires, est Judée-Samarie. Seuls trois pays ont reconnu l’occupation de la Judée Samarie par la Jordanie : le Royaume Uni, l’Irak et le Pakistan. Etes-vous Britannique, Irakien, Pakistanais ? ».

 

Quand on me parle de « colonies israéliennes », je réponds : « Vous voulez dire villes et villages juifs en Judée-Samarie ? Etes-vous favorables à l’épuration ethnique quand il s’agit de Juifs ? Vous avez quelque chose contre les Juifs ? ».

 

Quand on me parle de « territoires palestiniens », je réponds : « Quand exactement ces territoires ont-ils été palestiniens ? Pas au temps où la Jordanie les occupait. Pas au temps où ils étaient sous mandat britannique. Pas non plus au temps où ils étaient sous gestion ottomane. Pouvez-vous me dire quand il y a eu là un pays ou une entité étatique appelés Palestine. Cela m’intéresse ».

 

Quand on me parle de « peuple palestinien », je réponds, également très intéressé : « Pouvez-vous me parler de l’histoire du peuple palestinien au cours des derniers siècles. Ce peuple doit avoir une histoire, une culture qui lui est propre, une langue qui lui est propre. J’aimerais écrire un livre sur l’histoire du peuple palestinien, sur sa culture, sa langue. Si vous avez des documents qui datent d’avant 1970, je suis preneur ».

 

Quand on me parle des souffrances des « Palestiniens », je réponds : « C’est effectivement très dur d’avoir des dirigeants tyranniques et corrompus qui endoctrinent vos enfants aux fins d’en faire des assassins. Je pense que ces gens ne devraient pas être sous la coupe de crapules telles que Mahmoud Abbas. Ils devraient être délivrés de crapules de ce genre ».

 

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L’hôtel 5 étoiles Al Mashtal (la plantation) à Gaza

Une "prison à ciel ouvert" ? Comme on en trouve à Alep ou a Mosul ?

 

Quand, dans une émission de télévision, on m’a parlé de « Gaza, prison à ciel ouvert », j’ai demandé à mon interlocuteur ce qui empêchait Gaza d’être le Hong Kong du Proche-Orient. Comme mon interlocuteur avait l’air désemparé, je l’ai aidé à répondre : « Apprenez aux habitants de Gaza à respecter leurs voisins, à pratiquer les échanges commerciaux avec eux, à exploiter le sol comme le faisaient les Israéliens pendant qu’ils étaient présents dans la bande côtière, à vivre selon l’esprit d’entreprise ! Faites de Gaza un paradis fiscal où les droits de propriété de chacun et le respect de la personne humaine sont garantis, et l’essor de Gaza sera fulgurant, les frontières s’ouvriront, et les Israéliens seront heureux d’apprendre aux habitants de Gaza comment créer des start-up profitables ».

 

Les ennemis d’Israël sont très à l’aise quand on accepte de se placer sur leur terrain dialectique. Mais quand on le quitte et que l’on montre la facticité de leurs arguments, ils s’effondrent.

 

 

 
Une poudrière (info # 011802/16) Version imprimable
jeudi, 18 février 2016

 

Par Jean Tsadik

 

Il existe plus de quatre-vingt-cinq pour cent de probabilité pour qu’Israël ait attaqué et détruit, la nuit dernière, une base gouvernementale syrienne et ses entrepôts situés sur la montagne d’al Mané, à une dizaine de kilomètres en plein sud de Damas, et à quarante kilomètres des premières positions de Tsahal dans le Golan.

 

Le porte-parole de l’Armée israélienne ne confirmant ou n’infirmant jamais ce genre d’informations, nous devons nous baser sur des sources alternatives pour tenter d’établir leur plausibilité.

 

Il en existe trois sérieuses sur cet incident : un communiqué de l'Observatoire Syrien des Droits de l'Homme, un habitant du Jabal (arab. montagne) al Mané ayant affirmé à l'AFP "avoir été témoin d'un bombardement et avoir vu une épaisse fumée", et un autre Syrien, vivant dans une banlieue du sud de Damas, qui a rapporté par téléphone au chef de la Ména libanaise, Michaël Béhé, avoir entendu plusieurs fortes explosions, suivies de hautes flammes et d’une colonne de fumée, au pied du Jabal et à faible distance de la ville d’al Kishwah.

 

En fait, trois missiles hébreux, dont on ignore s’ils ont été largués à partir d’avions ou tirés depuis une base du Golan, ont très probablement frappé et détruit cet objectif. Que contenait-il ? On suppose qu’il s’agissait de missiles terre-terre destinés à des opérations imminentes contre la frontière israélienne par les successeurs de Kuntar et les Iraniens.

 

En feuilletant nos archives, nous nous sommes rappelés qu’un Scud, un missile balistique de conception soviétique du temps de la Guerre Froide, avait été tiré sur le nord de la Syrie par les gouvernementaux, début septembre dernier, à partir de la position visée la nuit dernière.

 

La base en question se trouve aussi sur l’axe routier Damas-Deraa, qui sert à l’acheminement des troupes de l’Axe du mal en direction du Sud. Leur progression est rendue possible par des bombardements de l’aviation russe ; il y a trois jours, à al Harek, dans la province de Deraa, précisément, ils ont fait cinq morts et des dizaines de blessés parmi les civils.

 

Or Israël préfère largement le voisinage de l’Armée Syrienne Libre (ASL) sur le Golan à la présence des soldats d’Assad, accompagnés des Pasdaran iraniens et des Hezbollani libanais. En dépit de la participation d’une cinquantaine de formations islamistes aux côtés de l’ASL, et de la quasi-disparition de cette dernière des fronts principaux de la Guerre Civile, dans le Golan et sur la frontière jordanienne, c’est elle qui tient toujours les rênes du "Front du Sud".

 

Ce maintien résulte des bonnes relations prévalant entre cette organisation non-islamiste et l’Etat hébreu, qui s’efforce de lui faire parvenir les effets qui lui sont nécessaires pour tenir en respect aussi bien ses adversaires chiites que ses "alliés" sunnites.

 

Il se pourrait, dès lors, que la frappe de cette nuit ait eu pour but d’alléger la pression gouvernementale sur le "Front Sud", ou, de réaliser à la fois cet objectif et celui d’empêcher l’Axe du mal de se réorganiser de manière offensive à proximité de notre frontière.

 

Toujours est-il que, ce matin, l’activité de l’Armée de l’air à l’étoile de David était très audible au-dessus du Doigt de la Galilée ; on s’inquiète aussi un peu de savoir que les appareils de Poutine s’en allant bombarder Deraa ont sûrement croisé ceux du Khe’l Avir en train de pilonner al Mané.

 

On a un peu l’impression que chacun "fait son marché" en Syrie, sans se soucier des activités des forces des autres puissances qui se partagent le ciel, avec tous les dangers inhérents à ces opérations anarchiques, parce que non-coordonnées, de chasseurs-bombardiers bourrés de bombes et bardés de missiles.

 

Encore qu’au Sud, il existe une sorte d’entente entre l’aviation russe et le Khe’l Avir. J’écris "une sorte", car on ne peut jamais se fier aux paroles d’amitié d’un dirigeant russe. Pendant que nous nous coordonnions avec eux, ils livraient aux Iraniens leur première batterie antiaérienne S-300, et des canons à guidage laser au Hezbollah pour les combats en Syrie, ainsi que des missiles antiaériens pour le Liban, qui vont nécessiter de notre part une attention accrue.

 

On peut me rétorquer que cela reste moins grave que la livraison de chars Abrams flambant neufs par Washington au Hezbollah, et que M. Obama n’a toujours pas répondu à la question que nous avons posée : comment ces exemplaires du MBT américain – leur char de combat principal, des jouets de soixante tonnes chacun – sont parvenus dans les mains des miliciens chiites libanais. 

 

Ces observations nous ramènent à une constatation d’ensemble concernant l’état actuel de la Guerre Civile Syrienne : nous nageons en plein embrouillement, et cette chienlit est de plus en plus explosive. Pour preuve, cette double déflagration qui a touché hier le cœur d’Ankara et qui a fait au moins une trentaine de tués et un nombre non précisé de blessés.

 

A en croire les responsables turcs, une voiture piégée aurait servi lors de cet attentat qu’ils attribuent à l’organisation kurde turque du PKK et à son pygmalion syrien des YPG. A nous de préciser qu’Erdogan livre, depuis des mois, une guerre sans merci aux membres du PKK réfugiés en Irak, et qu’il dirige une répression sanglante contre la population et les partisans de la région kurde turque dans le sud-est du pays.

 

De plus, cela fait désormais cinq jours que son artillerie bombarde les positions des YPG, les Unités de Protection du Peuple kurde, dans l’ouest du Rojava. Ankara veut à tout prix empêcher les forces kurdes de s’emparer de la dernière portion de territoire syrien qui, le long de la frontière turque, sépare encore le canton kurde d’Afrin de celui de Kobané à l’Est.

 

En dépit de leurs bombardements, la tâche des Ottomans est compliquée, car, profitant au maximum des raids aériens russes contre les rebelles islamiques, les YPG enlèvent un point d’appui après l’autre entre Afrin et l’Euphrate.

 

Pour parvenir à leurs fins, il ne reste plus aux Kurdes, en pratique, qu’à conquérir Azaz, à cinq kilomètres de la frontière turque, Jarabulus, sur l’Euphrate, et Marea, toutes trois encore tenues par la "Rébellion", un terme qui cache diverses factions islamistes proches d’al Nosra.

 

 

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La carte de la situation actuelle

Service cartographie © Metula News Agency

 

A Marea, la Rébellion islamiste est totalement encerclée, à l’Ouest par les Kurdes, à l’Est, par l’Etat Islamique. Des négociations sont en cours en vue de la reddition de la cité et de l’intégration des combattants les moins islamisés dans les FDS, les Forces Démocratiques Syriennes, une alliance dirigée par les YPG et comptant dans ses rangs des chrétiens syriaques ainsi que des villageois arabes du Rojava notamment.

 

Pour Erdogan, la perte par les combattants sunnites de la zone située entre les deux "cantons kurdes" serait considérée comme une véritable catastrophe ; ce, pour deux raisons : la première réside en ce qu’Azaz, à cinq kilomètres de la Turquie, est la plaque tournante des activités d’Ankara en Syrie. C’est par Azaz que transitent les armes, les munitions, les hommes et le ravitaillement destinés à l’Etat Islamique et à d’autres organisations bénéficiant des faveurs d’Erdogan. C’est également par Azaz que transitent les camions de brut exploité par ISIS, qui viennent enrichir la famille du président turc.

 

L’autre raison tient au fait que si cette zone passait aux mains des Kurdes, ceux-ci contrôleraient pratiquement toute la frontière entre la Syrie et la Turquie. Non seulement les alliés sunnites d’Ankara se verraient ainsi totalement isolés, mais surtout, le Rojava autonome pourrait rejoindre la région elle aussi autonome des Kurdes iraquiens, de même que les Kurdes turcs qui vivent tout le long des 550km de ladite frontière, et créer un puissant Etat non islamiste, riche en pétrole, dont la puissance deviendrait redoutable. Aux Kurdes de Syrie, de Turquie et d’Iraq pourraient par la suite venir s’ajouter ceux d’Iran, évidemment oppressés par le régime raciste de Téhéran.

 

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Le Kurdistan historique auquel rêve chaque Kurde en venant au monde

 

C’est pour ces raisons qu’Erdogan exhorte les islamistes à tenir Azaz (du centre de laquelle les Kurdes ne sont plus séparés que par cinq kilomètres) et Marea à tout prix. Il vient d’ailleurs d’y envoyer hier (mercredi) 500 combattants sunnites, y compris des mercenaires européens, qu’il a armés, entraînés, nourris et stipendiés.

 

Ce demi-millier suit un premier contingent de 350 hommes qui avaient traversé la frontière à Kilis, le 14 février dernier.

 

Pour les Saoudiens qui sont en train de faire alliance avec les Turcs, les Kurdes n’ont pas d’importance ; ce qui les préoccupe au plus haut point, c’est la progression des chiites et de leurs alliés iraniens et russes sur tous les fronts.

 

En dépit de leurs dissensions idéologiques avec l’Etat Islamique, ce dernier est sunnite et il fait barrage aux chiites, c’est donc un partenaire qu’il faut aider par les temps difficiles que traversent les grands pays sunnites. Car le cauchemar de Riad consiste, en plus de sa propre minorité chiite – 6 millions sur 30 millions d’habitants – d’avoir à faire face à l’Iran, son pire ennemi, à l’Irak, lui aussi gouverné par les chiites, aux Syriens, alliés des mêmes chiites, et aux chiites yéménites, avec lesquels il est déjà en guerre.

 

C’est plus que le royaume ne peut supporter sans réagir ; il se sent cette fois menacé et n’a pas hésité à envoyer ses avions sur l’aéroport turc d’Incirlik, qu’utilisent déjà les appareils turcs et américains.

 

Erdogan et le Roi Salmane envisagent à haute voix d’intervenir au sol, officiellement afin de combattre ISIS, ce qui est le seul motif politiquement correct que l’on puisse invoquer pour intervenir en Syrie.

 

En vérité, ce serait pour défendre toutes les organisations sunnites que Turcs et Saoudiens prendraient les armes, afin de leur offrir un parapluie face aux frappes russes et de leur permettre de stabiliser le front en cessant de reculer.

 

Sémantiquement, cela ne devrait poser aucun problème, puisque la guerre contre le Califat est également le motif argué par Poutine pour justifier sa participation à la Guerre Civile. Sauf qu’il ment lui aussi, et que, dans les faits, ses aviateurs écrasent sous les bombes tous ceux qui pourraient mettre en péril la pérennité du régime de Bachar al Assad. C’est-à-dire tout le monde à part les alaouites, sans se préoccuper d’épargner les femmes et les enfants.

 

On ose à peine imaginer le tollé que cela aurait soulevé si les Israéliens s’étaient comportés à Gaza comme les pilotes russes, et même comme les pilotes français et américains sur Raqqa. Il y a des jours où le terme "proportionnalité" me fait sourire. Il est vrai qu’Israël est un petit pays, peuplé principalement de Juifs, et qu’il ne dispose pas d’un droit de veto au Conseil de Sécurité.

 

A en croire Recep Tayyip Erdogan, ce qui n’est pas notre cas, rassurez-vous, la Guerre Civile Syrienne aurait déjà causé 500 000 décès. Pour l’ONU, on en serait à environ 270 000, et pour notre spécialiste, Michaël Béhé, 360 000. Quoi qu’il en soit, si l’on entend saisir la signification des mots « massacre » et « génocide », il convient de comparer ces chiffres aux 2 000 morts annoncés à Gaza par le Hamas à l’issue de sa dernière offensive à la roquette contre les civils israéliens.

 

Le problème des Turcs et des Saoudiens participe de ce que, dès qu’ils mettront un pied en Syrie, ils savent que l’aviation de Poutine n’hésitera pas une minute avant de les prendre pour cibles. Les deux alliés sunnites possèdent certes une aviation, mais ils tergiversent – et nous les en félicitons – avant que d’engager leurs appareils face à ceux du tzarevitch. Une guerre contre la Russie n’est jamais une mince affaire.

 

Ce qui leur plairait serait un faux pas du maître du Kremlin, à l’instar d’une attaque aérienne des Soukhoï contre les positions de l’artillerie turque autour de Kilis. Théoriquement, cela contraindrait l’OTAN, dont la Turquie est membre, à se porter militairement à son secours. Dans les faits toutefois, Erdogan risque d’être déçu.

 

En tout cas, c’est la tactique qu’il a choisie ; pour parvenir à ses fins, il n’a de cesse, de même que tous ses ministres, de provoquer, d’invectiver Moscou et de le menacer de lui faire la guerre. A ce petit jeu, Poutine répond oralement, mais on doute que les sunnites puissent l’amener à prononcer oui, non, noir ou blanc contre sa volonté. Les équilibristes, à l’instar du président russe, connaissent parfaitement les lois de la pesanteur.     

 

Aussi, tant que les bombardements turcs sur le Rojava n’empêcheront pas les Kurdes d’avancer, que les soldats qu’Ankara envoie en Syrie ne seront pas turcs et que ses avions garderont la liberté de les décimer à leur guise, Poutine n’aura pas de raison de faire donner du canon contre Erdogan. Et ce dernier connaît les limites à ne pas dépasser.

 

Reste les Américains, les seuls, avec leurs alliés, à s’attaquer réellement à ISIS, mais si poussivement… Chaque jour, le président turc les enjoint de choisir entre lui et les Kurdes, ce qui embarrasse au plus haut point la Maison Blanche, qui, visiblement, ne sait pas exactement ce qu’elle fait dans ce conflit et quels sont les buts qu’elle poursuit.

 

Sur le terrain, l’Army ne fait confiance qu’aux Kurdes, grâce auxquels elle a remporté quelques beaux succès aux dépens de l’Etat Islamique. Récemment, les militaires U.S se sont même aménagés un aéroport militaire à l’intérieur de la Syrie, dans une zone du Rojava tenue par leurs alliés des YPG.

 

Une région qui, si on les écoute, pourrait prochainement tomber sous le feu des Turco-saoudiens, et que les Américains iraient sans doute défendre en décollant du même aéroport d’Incirlik. C’est débile, à moins que ce ne soit complètement idiot. Mieux vaudrait régler cela à coups de poings au bar de l’aéroport !

 

La confusion induite par les politiciens de l’Administration Obama, comme à leur habitude, absolument pas en phase avec leur armée et avec la réalité, peut se lire en filigrane dans ce communiqué attribué à Marc Toner, le porte-parole de M. Kerry à propos de l’allié kurde :

 

"Nous les considérons comme une force de combat efficace, mais nous avons aussi été clairs en cela que nous ne voulons pas qu’ils entreprennent des opérations ou qu’ils contrôlent un territoire, ce qui créerait des tensions soit avec la Turquie, soit avec d’autres groupes dans la région". Toner a ajouté que les "USA considéraient que les actions des YPG dans la région étaient contreproductives quant à l’effort global visant à vaincre DAESH".

 

Les YPG se trouvent actuellement à une quarantaine de kilomètres de la capitale de DAESH, Raqqa. Ils y sont parvenus grâce au soutien aérien spécifique des bombardiers américains, aux armes et aux équipements que l’Amérique leur a fournis, à l’entraînement qu’elle leur a octroyé et surtout, aux ordres qu’elle leur a donnés.

 

Or ces opérations commandées par Washington seraient "contreproductives quant à l’effort global visant à vaincre DAESH" ?

 

A la place des Kurdes, je me hâterais de changer d’allié, car celui qui s’exprime en ces termes ne sera pas à leurs côtés au cas où les Turcs, seconde armée la plus puissante de l’OTAN, décideraient de pénétrer en Syrie pour les génocider. Quant aux Européens, ils sont à ce point insignifiants et mercantilisés, qu’il est préférable de ne pas en parler.

 

Personne ne désire que la Guerre Civile Syrienne ne dégénère en conflit régional – même si c’est déjà fait – et encore moins en une nouvelle guerre mondiale. Reste que cela peut advenir à cause d’une simple erreur, d’une réaction inadéquate d’un officier de terrain qui effectuerait une mauvaise appréciation face à une provocation du camp adverse.

 

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