Antisémitisme en France : il est très tard, peut-être trop tard (info # 013101/16) Version imprimable
dimanche, 31 janvier 2016

 

Par Guy Millière

 

Qui peut l’ignorer ? Un débat a récemment eu lieu en France concernant le port de la kippa. Ce débat venait après l’agression d’un enseignant juif à Marseille par un adolescent musulman passé au djihad. Zvi Ammar, président du consistoire israélite de Marseille, a recommandé aux Juifs français de s’abstenir de porter la kippa, par prudence. De vives critiques se sont élevées à son encontre. Joël Mergui, président du consistoire central, tout en disant comprendre la volonté de prudence de Zvi Ammar, a ajouté que le non port de la kippa ne résoudrait pas la question du terrorisme. Meyer Habib et Claude Goasguen, portant la kippa dans le hall de l’Assemblée Nationale, ont appelé à ne pas reculer. Roger Cukierman et Haïm Korsia sont allés dans le même sens. Divers dirigeants politiques français non juifs ont eux aussi appelé les Juifs à « ne pas renoncer ».

 

Je comprends la recommandation de Zvi Ammar. Je suis toutefois en plein accord avec Joël Mergui, Meyer Habib, Claude Goasguen, Roger Cukierman et Haïm Korsia. Je comprends aussi les dirigeants politiques français non juifs qui ont appelé les Juifs à « ne pas renoncer ».

 

Je pense, cela dit, qu’il est très tard, peut-être trop tard.

 

Le nombre des agressions antisémites en France s’est considérablement accru ces dernières années, et il risque fort de continuer à augmenter.

 

Les raisons à cela sont claires.

 

La première de ces raisons est que le combat contre l’antisémitisme en France a été fort peu et fort mal mené ces dernières années. Les organisations antiracistes déclarées comme telles combattent volontiers l’antisémitisme quand il vient de l’extrême droite. Elles sont beaucoup plus mal à l’aise quand il provient de la communauté musulmane et quand il participe ainsi de l’antisémitisme islamique.

 

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Faute de combattre l’antisémitisme là où il se trouve,

l’antisémitisme s’étend

 

Le problème réside en cela que l’essentiel de l’antisémitisme en France aujourd’hui n’est pas un antisémitisme d’extrême droite, mais précisément un antisémitisme islamique : ni Mohamed Merah, ni Medhi Nemmouche, ni Amedy Coulibaly, ni le jeune musulman de Marseille qui a agressé le professeur ne relèvent en quoi que ce soit de l’extrême droite. Lorsqu’on veut mener un combat efficace, je l’ai déjà écrit, et je dois l’écrire encore, il faut viser juste : viser à côté de la cible conduit immanquablement à rater celle-ci. Le combat mené contre l’antisémitisme en France aujourd’hui vise, quasiment sans cesse, à côté de la cible.

 

La deuxième raison est qu’il existe, bien plus largement, une peur de regarder en face l’islam tel qu’il est aujourd’hui. Il en résulte concrètement que des ouvrages antisémites circulent dans les librairies islamiques de France, à l’instar de nombre de pays musulmans où l’antisémitisme est omniprésent et légal. La principale organisation musulmane en France est une branche des Frères Musulmans, organisation antisémite guidée par les écrits d’hommes vecteurs d’un antisémitisme virulent, tels Sayyid Qutb. L’un des principaux prêcheurs de l’organisation, Youssouf al Qaradawi, est non seulement un antisémite virulent, mais également un admirateur avéré d’Adolf Hitler. La peur fait que ces données, pourtant élémentaires et flagrantes, ne sont jamais rappelées à la population, ou bien de manière fragmentaire et très édulcorée. La peur crée un effet d’aveuglement, voire de complaisance.

 

La troisième raison est que des organisations qui cachent leur antisémitisme derrière un discours « antisioniste » répandent sans cesse leur venin et leurs mensonges, et, qu’en parallèle, les reportages et les nouvelles diffusés dans la quasi-totalité des media sont résolument biaisés et ressemblent souvent à des appels à la haine à l’encontre d’Israël. Dès lors que le public exposé à ce genre de reportages et de nouvelles n’ignore pas qu’Israël est le pays juif, il n’y a rien d’étonnant à ce qu’en résulte une animosité antijuive qui ne cesse de croître. La haine aux dépens d’Israël s’est ainsi ancrée dans les esprits.

 

La quatrième raison est qu’il existe en France, comme en divers autres lieux d’Europe, un antisémitisme subconscient qui vient de deux millénaires d’antisémitisme omniprésent.

 

Je suis persuadé, en ce contexte, que si, en janvier 2015, il y avait eu uniquement une attaque contre un supermarché casher, il n’y aurait pas eu de manifestation du 11 janvier, car l’agression n’aurait touché que des Juifs. Je suis convaincu que le fait que l’ambassadeur de France aux Etats Unis ait, au lendemain des attentats du 13 novembre dernier, utilisé des mots qui ressemblaient à ceux de Raymond Barre après l’attentat de la rue Copernic en 1980, et fait une distinction entre un attentat visant des Juifs et un attentat touchant des Français innocents n’est pas un hasard, mais la traduction d’un sentiment malsain et latent, très répandu en France, et que je vois trop souvent suinter à la surface des discours.

 

Je pense, malheureusement, qu’il est très tard, peut-être trop tard.

 

Des tendances lourdes, très lourdes, sont à l’œuvre.

 

Je ne m’attends pas à ce que le combat contre l’antisémitisme en France, comme ailleurs en Europe, se mette à viser ce qui devrait être sa cible. Des associations de lutte contre l’ « islamophobie » pousseraient aussitôt de hauts cris, et seraient très vraisemblablement entendues : il y a au moins dix fois plus de musulmans que de Juifs en France, et cela rend certains cris plus audibles que d’autres.

 

Je ne m’attends pas non plus à ce que des tentatives de regarder l’islam en face, tel qu’il est aujourd’hui (et ce qui en résulte concrètement) et à ce que la peur, l’aveuglement, la complaisance, se dissipent. Ce, pour la même raison qu’il y a au moins dix fois plus de musulmans que de Juifs en France. Le poids de l’islam et de ses versions radicales s’accentue dans la société et ce phénomène va vraisemblablement se poursuivre et s’accentuer. Les livres portant un regard critique, ou simplement lucide, sur l’islam sont en voie de disparition.

 

Je m’attends à ce que le venin et les mensonges répandus par les organisations qui cachent leur antisémitisme derrière l’ « antisionisme » se répandent davantage encore, et à ce que les reportages et les nouvelles biaisés, ressemblant à des appels à la haine d’Israël, se multiplient, toujours plus haineux. Le nombre de militants d’organisations « antisionistes » persuadés de défendre une juste cause semble s’accroitre, et ces militants ne discernent même plus qu’ils répandent du venin et des contre-vérités. Le nombre de journalistes auteurs de reportages et de nouvelles biaisés s’accroît également, et les journalistes en question n’ont pas conscience de diffuser des informations bidouillées. La haine aux dépens d’Israël va continuer à se répandre dans les esprits, de même que l’animosité antijuive qui en résulte.

 

L’antisémitisme subconscient s’appuie sur deux millénaires d’antisémitisme et ne s’effacera pas si facilement, d’autant plus qu’il est subconscient.

 

Les propos de Raymond Barre en 1980 avaient choqué. Les propos de l’ambassadeur de France aux Etats Unis, en 2015, n’ont choqué que des Juifs.

 

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Corneille : une politique pour aujourd’hui (info # 012801/16) Version imprimable
jeudi, 28 janvier 2016

 

Par Llewellyn Brown

 

HORIZONTALITE OU VERTICALITE ?

 

Le peintre et poète Michaux n’aimait pas les chaises, qui contraignent à une posture verticale : son poème « Clown » en témoigne, dans l’accent qu’il met sur la notion de l’horizontalité : « Anéanti quant à la hauteur », « à force d’être nul / et ras… / et risible… ». Cette attitude est loin d’être anecdotique : en 2014, le psychanalyste et écrivain Gérard Wajcman conçut une exposition1 autour de la perception que, du Mur de Berlin aux Tours jumelles, « le XXème siècle est né dans les chutes ». A cette exposition, il donna le titre beckettien « All that falls2 » (Tous ceux qui tombent). En effet, le motif de la chute ouvre une question politique à laquelle Corneille apporte une réponse.

 

Que vient faire ici le nom de Pierre Corneille ? On le lit rarement aujourd’hui : même à l’école, on lui préfère son successeur, Racine. Certes, on connaît « Le Cid » (pièce “raciste”, parce que Rodrigue y vainc les Maures ?), on poussera jusqu’à « L’Illusion comique », pièce haute en couleur : du théâtre dans le théâtre, et à « Horace », tragédie de forme très régulière, mais guère plus loin : de nombreuses pièces demeureraient en grande partie inconnues, sans les splendides mises en scène de Brigitte Jaques-Wajeman.

 

Une réaction exprimée par des élèves en classe est éclairante : quand un personnage comme Rodrigue doit combattre le père de son amante, Chimène, au risque de le tuer et de s’attirer la haine de cette dernière, on s’étonne : mais pourquoi ne s’arrangent-ils pas ?

 

Or justement, dans un contexte où domine une certaine conception de l’héroïsme, rien ne “s’arrange” ! C’est donc bien ici que, situé au seuil de notre époque moderne (rappelons que le Grand siècle vit le triomphe de la rationalité, avec l’essor de la science et du capitalisme) que Corneille peut nous instruire. Dans ses pièces, on ne « tombe » que pour mieux porter haut son honneur, que jamais l’on n’acceptera de brader. Bien au contraire, Rodrigue et Chimène ne pourront s’aimer que devant cette impossibilité radicale d’accorder l’honneur (inscrit dans un lien à la lignée familiale et à l’Etat) et l’amour (témoignant du singulier) : chacun revendique ces qualités dans leur entièreté, et aucun des deux n’accepterait que son partenaire renonce à son honneur au profit d’un amour fondé sur un compromis avilissant. Ni l’honneur ni l’amour ne se monnaient !

 

C’est bien ce « nœud de la gloire » (selon le terme forgé par François Regnault3), situé au cœur de la tragédie classique, que notre époque a du mal à comprendre. Nous avons bien plutôt l’idée que, grâce au capitalisme, le progrès est à notre portée et que tout est négociable ; l’honneur est devenu une valeur désuète, parce que trop coûteuse. Pour nos contemporains, tout peut se diluer dans des échanges qui ne coûtent rien et qui demeurent sans perte : il suffit de n’être pas “raciste”, de ne pas faire d’“amalgame”, d’aimer l’“autre” et de soutenir le “développement durable” (vraiment : la quadrature du cercle !). La réalité se charge de battre en brèche cette vision idyllique qui obnubile nos bien-pensants. Or ce que nous offre Corneille, c’est la possibilité de l’insoumission.

 

UNE MACHINE PASSIONNELLE

 

Alors, poussiéreux, le vieux Corneille ? Loin s’en faut ! Voyons d’abord le fameux alexandrin, qui peut faire reculer certains. Les pièces classiques sont composées entièrement de monologues, de tirades et de dialogues en cette forme, où les héros déploient ce qui les habite. Chez Corneille comme chez Racine, ces discours montrent à quel point le rationalisme, dans la logique qui se joue à chaque instant de la parole, peut être non pas sec ou austère, mais passionnel. La Tragédie (chez Shakespeare aussi) est cette forme qui donne de la hauteur à des passions déchaînées : les personnages savent parler, discourir, de ce qu’ils éprouvent. Chacun ressent l’obligation de conserver la dignité en paroles et en actes. La rigueur de la diction donne encore plus de force aux paroles : on dit, on déclare, au lieu de murmurer, parce que ce que l’on a à dire doit s’entendre ; n’oublions pas qu’on parle certes entre personnages, mais aussi sous le regard du roi. L’obligation de raisonner, de disputer de la façon la plus rigoureuse – « Leurs vers font leur combat, leur mort suit leurs paroles » (L’Illusion comique) – montre qu’il leur faut aller jusqu’au bout de l’alexandrin, de la tirade, de la pièce : leur passion (amour, haine…) conduit les personnages tout au long de ce chemin fixé d’avance.

 

La tragédie montre une machine implacable, une situation sans issue, parce que les personnages la veulent telle : il n’y a plus de dieux, il n’existe que des hommes. Tous les personnages embrassent des positions inconciliables les unes avec les autres : mutuellement exclusives, chacune avec sa logique absolue. Risquons une hypothèse. La tragédie apparaît à certaines époques seulement : quand l’ancien monde régi par les dieux est déjà perdu, qu’on se trouve soumis à une nouvelle logique universalisante et qu’on veut faire exister encore, par ce nouveau biais, la gloire passée, qu’on veut la perpétuer malgré sa perte. Les Grecs réunis dans leur polis se découvrent responsables des conséquences de leurs actes ; la France du Grand siècle bascule de la féodalité aux lois rationnelles de la science.

 

DES MISES EN SCENE SAISISSANTES

 

Mais il faut voir une pièce de Corneille mise en scène par Brigitte Jaques-Wajeman ! Les personnages parlent d’un ton libre, sur des registres variés : on entend des hurlements, des moqueries, des sarcasmes. Dans Suréna, le roi Orode montre son impuissance, parlant sur un ton las, plaintif : il ne trouve aucun moyen de prendre de la hauteur afin de se montrer reconnaissant face à Suréna, son général victorieux, qui dépose les couronnes de trois royaumes à ses pieds. On assiste à des joutes, où l’on refuse de divulguer le secret – qui Suréna et Eurydice aiment-ils ? –, mais où l’on vise néanmoins au cœur du conflit. Dans leur diction, les comédiens « essorent » les mots, pour en extraire la quintessence : il en résulte une force d’émotion inouïe.

 

Le corps – usuellement écarté de ces pièces à discours – est hautement présent, comme s’il s’agissait d’une hallucination : on y voit les actes et les gestes qui hantent les rêves des personnages. Ainsi, on assiste à une scène où les amants Suréna et Eurydice se trouvent enlacés sur le sol. Ou encore, la violence fait irruption entre Eurydice et son prétendant éconduit, Pacorus : il s’agit presque d’un viol. Ou bien, on assiste à l’extrême sensualité de Palmys (sœur de Suréna), quand elle dit la souffrance à laquelle elle aspire ; ce moment d’intensité révèle sa face comique quand la jeune femme revient à elle. Enfin, quand on rapporte la mort de Suréna, Eurydice s’effondre sur scène ; des sicaires viennent ensuite exécuter les survivants.

 

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Les Nicomède et Suréna de Brigitte Jaques-Wajeman

 

Les costumes sont modernes, évitant au spectateur d’être obnubilé par le pittoresque historisant. Quant au décor, il est simplifié : un cercle de lumière dans un ensemble obscur, entouré par les spectateurs. Le drame surgit d’un fond noir, renforçant l’aspect hallucinatoire. Etymologiquement, le mot théâtre signifie donner à voir : chaque spectateur a devant les yeux un fantasme de passion, de violence et de mort.

 

On sait que, passée l’époque des spectacles à « machines », ou en dehors des comédies-ballets de Molière, le théâtre classique réduit l’espace à sa plus simple expression : l’aire abstraite de la scène devient ce qu’on appelle un « palais à volonté ». Dans les mises en scène de Brigitte Jaques-Wajeman, cet espace est occupé par une table : le lieu où l’on se rencontre et prend ses assises. C’est une salle de banquet « à tout faire » : tout tourne autour et par-dessus la table. Si les objets (bouteilles d’alcool, carafes, grappes de raisin…) représentent la civilisation menacée par la mort qui rôde, le meuble apparaît comme un véritable point d’achoppement : non seulement ce autour de quoi les personnages se disposent cérémonieusement, mais aussi ce contre quoi ils se jettent, par-dessus quoi ils sautent ou s’élèvent. La visibilité du décor recouvre un abîme invisible que rien ne résorbera, et qui déchaîne la violence…

 

SURENA

 

Prenons deux exemples, pour montrer comment les personnages cornéliens ménagent un espace de liberté au sein de la contrainte la plus rigoureuse. Il s’agit de deux pièces – Suréna et Nicomède – que Brigitte Jaques-Wajeman a montées en diptyque, comme appartenant au « théâtre colonial » de Corneille : des pièces où l’Empire romain exerce sa domination sur les royaumes qui tombent sous son joug. Dans la première, datant de 1674, le victorieux général d’armée, Suréna, et Eurydice – qui « aime ailleurs », et dont le nom la désigne par avance à la mort – s’aiment. Cependant, cette dernière – reine d’Arménie – n’est pas libre de ses choix, étant retenue dans la cour du roi Orode, dont elle doit épouser le fils Pacorus. En effet, l’amour clandestin a pris naissance – comme par hasard… ! – au moment même où Suréna plaidait la cause amoureuse du prince. Le jeune héros, pour sa part, doit épouser une certaine « Mandane », que ni le spectateur ni les personnages ne verront jamais.

 

Dans cette pièce, il s’agit de faire exister un amour idéal en en dessinant l’aire au-delà du devoir : les jeunes premiers s’aiment non pas malgré l’interdit, mais à cause de lui. Alors, loin d’être les simples victimes des exigences de l’Etat, ils annexent ce dernier à leur passion. Ils obéissent à l’ordre régnant – Eurydice ne refuse pas le mariage qu’on lui impose –, mais alors qu’elle accepte de donner sa « main », elle ne cédera jamais son cœur, et ce, d’autant moins que le roi et Pacorus finissent par en percer le secret. L’Etat prétend régner sur les sentiments, revendiquant un empire absolu sur les mouvements du cœur et qui, de fait, représentent une menace pour la sureté.

 

Or, loin de triompher, le roi se montre impuissant, ridicule, même quand il tonne : il se trouve obligé de négocier au lieu d’ordonner. Nous assistons ici à la chute de l’autorité paternelle, à l’époque moderne, et dont nous voyons aujourd’hui les conséquences.

 

Irréprochables en ce qui concerne les ordres qu’on leur intime, Eurydice et Suréna se montrent radicalement réfractaires. Dans cette tragédie, marquée par son ton élégiaque [qui exprime la mélancolie. Ndlr.], ces amants qui refusent toute concession parviennent à assujettir la royauté. Le régime du Maître se brise alors contre une force encore plus grande : ce maître absolu qu’est la mort, désignée par le terme « ailleurs ». Ce qui s’entend derrière leurs propos, c’est la devise « la liberté ou la mort » et qui, en dernière analyse, se résume dans l’appel à la mort. François Regnault4 rappelle que, contrairement à la devise « la bourse ou la vie », ici l’on réalise les deux termes de l’alternative. Ces personnages ne se satisfont pas de la pacotille de la révolte : ils n’accepteront rien de moins que la maîtrise car, n’oublions pas qu’avec la mort de Suréna, l’Etat lui-même ne peut que s’effondrer.

 

Dans cette soif de la mort qui les habite, ces personnages font exister un maître : maître pour soi en tant que sujet, non le dieu obscur du terrorisme djihadique, qui vise à l’exercice d’une tyrannie sur les nations entières. C’est par ce biais que les personnages esquissent, paradoxalement, une forme d’issue, au sein même d’une impasse de l’universel qui se répandait déjà au XVIIème siècle, sous les formes de la science et du capitalisme.

 

NICOMEDE

 

D’un côté, dans Suréna, le Maître se voit contraint de servir la jouissance du couple, de l’autre – dans Nicomède (1651) –, nous découvrons une grandeur sans mélange et qui, à nouveau, renvoie le Maître à son insignifiance.

 

Dans cette pièce, le Général d’armée Nicomède est amoureux de Laodice, reine d’Arménie, que son père a confiée à la tutelle du Roi Prusias de Bythinie. Le conflit est éminemment politique : ce dernier n’est qu’un jouet de Rome, la puissance coloniale. Il a épousé, en secondes noces, Arsinoé, véritable marâtre intrigante des contes de fées, et dont le fils, Attale, a été élevé à Rome. En effet, les Romains cherchent avant tout à diviser les contrées qu’ils conquièrent et, ici, ils tiennent à faire épouser Laodice par le falot Attale, pour empêcher Nicomède d’unir plusieurs royaumes sous la même couronne.

 

Dans ces circonstances, c’est le soldat qui est la réelle source du pouvoir, non le roi : celui-ci gémit, accablé, et proclame son désarroi de n’avoir aucun moyen de remercier Nicomède. En effet, il est l’obligé de celui qui lui a donné, par ses conquêtes, pas moins de trois royaumes ! Le roi est dans l’impossibilité complète de se montrer quitte envers celui qui demeure l’unique pilier de son régime : dans cette mise en scène de Brigitte Jaques-Wajeman, on le voit tourner dans ses mains une couronne de pacotille.

 

Dans Nicomède, le ton élégiaque de Suréna cède à une comédie féroce, avec des scènes qui ont inspiré Molière, notamment dans « Le Malade imaginaire ». Dans la version que nous livre Brigitte Jaques-Wajeman, on assiste au badinage entre Laodice et Attale, mais où la reine d’Arménie traitera ce dernier de « fils de souverain », laissant une pause significative avant le dernier mot !

 

Avec superbe, Nicomède se moque d’Attale, qui veut se prévaloir de son enfance chez les Romains pour gagner ses batailles d’amour. L’ambassadeur romain le remettra brutalement à sa place de pion dans un jeu qui le dépasse. Nicomède raille et insulte l’ambassadeur romain, avec qui il a un lourd contentieux… Les simagrées d’Arsinoé – femme manipulatrice, intrigante et histrionne – sont inimitables. Ce personnage – simple confidente dans la pièce précédente – porte une inénarrable choucroute sur la tête. Quant au corps, il impose sa présence, par exemple dans la scène où la machination d’Arsinoé ayant été déjouée, Laodice domine désormais la situation : elle apporte des sacs contenant la tête des esclaves traîtres, puis tient son pistolet contre Arsinoé, poursuivant son discours debout sur la table…

 

La leçon politique de cette pièce est à l’inverse de celle de Suréna. Tous les discours de Prusias et d’Arsinoé semblent des fioritures impuissantes, des gesticulations, face à Nicomède, le héros sans peur et sans reproche semblable à un nouveau Rodrigue. Appartenant au régime colonisé, Nicomède apparaît comme porteur de force et de dignité : il est plus royal que le roi. Ensemble, Nicomède et Laodice refusent de céder aux calculs indignes où l’on perd tout ce qui fait la qualité d’un monarque : seule leur dignité peut tenir tête à l’impérialisme omniprésent de Rome. Tout repose sur l’Idéal de la notion de roi, et que bafouent tous ensemble le roi Pacorus, Rome l’oppresseur, Attale et sa mère Arsinoé, avec leur bassesse et leurs intrigues. Jamais ni Nicomède ni Laodice ne cèdent devant les menaces. On assiste alors à une formidable leçon de liberté : à Rome, maîtresse du monde, fait défaut seulement l’Arménie – et nos deux héros… –, ce qui suffit pourtant à signer son impuissance. Les menaces mêmes, proférées par le tout-puissant Empire, trahissent sa faiblesse.

 

CONCLUSION

 

L’art ne propose pas de solutions applicables au domaine politique : il offre une analyse des problématiques rencontrées par des sujets et par une civilisation ; des problématiques qui nécessitent d’être interprétées à leur tour. Ces deux pièces jouent ce rôle à l’orée de notre époque moderne. Ecrites au XVIIème siècle, elles révèlent le gouffre ouvert par la science et le capitalisme – celui qui dévoilerait toute sa violence plus tard dans la Terreur et dans le génocide des Vendéens.

 

La réelle force morale manifeste dans Nicomède dessine un contraste total avec ceux qui, aujourd’hui, se présentent comme les « victimes » attitrées : ceux qui sèment la terreur, ces déchets moraux – dont un certain nombre sont subventionnés par l’Union Européenne – de la société mondialisée. A ce titre, Gérard Wajcman cite la remarque faite par Lacan au sujet de la pièce « Antigone », de Sophocle : « Il n’y a que les martyrs pour être sans pitié ni crainte. Croyez-moi, le jour du triomphe des martyrs, c’est l’incendie universel5. » Aujourd’hui, l’“idéal” promu par les media se résume dans les statuts de parasite ou de victime ; de « migrant » profiteur et violeur.

 

Quant aux terroristes, ils n’ont pas le courage de combattre d’autres hommes, mais assassinent des citoyens sans défense, les frappant dans le dos. La prétendue moralité – « antiraciste » à l’occasion – veut faire la loi en Occident. Dans ce que les Anglo-Saxons appellent lawfare (en jouant sur le mot warfare (guerre)), on ne s’affronte plus à l’adversaire en utilisant les mêmes armes que lui : on le menace de procédures judiciaires sans fin, pour qu’il n’ose plus prendre la parole. Nous avons affaire à des Lilliputiens qui veulent ligoter leur Gulliver au lieu de s’affronter à lui.

 

 

 

Notes :

 

1 Exposition de Gérard Wajcman et Marie de Brugerolle, sur une proposition de Gérard Wajcman. Au Palais de Tokyo, du 6 juin au 7 septembre.

2 Pièce radiophonique de Samuel Beckett : « All that fall » / Tous ceux qui tombent, dont le titre parodie un verset biblique.

3 François Regnault, La Doctrine inouïe : dix leçons sur le théâtre classique français, Paris, Hatier, « Littérature ; brèves », 1996, p. 59-64.

4 « “Les choses de l’amour” : hypothèses sur les récents événements de Paris, vu d’El Al », Lacan quotidien n° 548. Il ajoute que, dans le djihad, le choix se resserre à la mort ou la mort.

5 Jacques Lacan, Le Séminaire, Livre VII, L’Éthique de la psychanalyse, Seuil, 1986, p. 311, cité par Gérard Wajcman, « Victimes décidées », Lacan quotidien n° 524.

6 Sur la série télévisée, lire Gérard Wajcman, Les Experts : la police des morts, Paris, PUF, 2012.

7 Paris, Théâtre des Abbesses, du 4 au 20 février 2016.

 

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La France légitime les assassinats de civils israéliens (info # 012701/16) Version imprimable
mercredi, 27 janvier 2016

 

Par Stéphane Juffa

 

Shlomit Krigman, une jeune femme de vingt-quatre ans, est décédée hier matin à l’hôpital Hadassah de Jérusalem. Elle succombe à un nouvel assassinat perpétré la veille par deux terroristes palestiniens dans l’implantation de Beit Oron, à cinq kilomètres à l’est de la "ligne verte" qui séparait, avant 67, Israël de la Jordanie.

 

A en croire à nouveau le Premier ministre français, M. Manuel Valls, qui s’exprimait lundi à l’hôtel de ville de Paris à l’occasion d’une cérémonie en mémoire de l’ancien président du conseil israélien et Prix Nobel de la Paix, Itzhak Rabin, la France et Israël seraient "deux nations sœurs".

 

A propos de l’antisémitisme, M. Valls a déclaré : "Il frappe au Proche-Orient. Il frappe aussi l'Europe. Et la France mettra, et met toute sa force pour protéger les Juifs de France, pour faire que les Français juifs, qui sont légitimement attachés à la terre d'Israël comme ils aiment leur pays la France, regardent toujours la France comme leur mère-patrie".

 

Toute sa force ? Non. On aimerait bien croire le chef du gouvernement français, mais on ne le peut pas. Depuis plusieurs mois, il nous donne l’impression de vivre dans un monde virtuel où la dignité et la rationalité seraient de mise, mais nous mesurons, jour après jour, l’immense fossé existant entre ses propos et la réalité de nos rapports "fraternels". Et force nous est de constater que le fossé se creuse encore et que les propos du Premier ministre, dont nous apprécions l’amitié sincère, ne reflètent pas la réalité, et qu’ils participent d’un vœu pieux que pourrait exprimer un commentateur politique mais pas de mesures pratiques que peut prendre le chef d’un exécutif.

 

S’il est indiscutable que "les Juifs sont encore et toujours pris pour cibles, victimes d'un antisémitisme virulent qui se dissimule derrière la haine d'Israël", il est tout aussi indiscutable que la France médiatique attise cette haine loin d’essayer de la circonscrire.

 

C’est un fait. Un fait affligeant mais un fait indiscutable. La presse tricolore – et notamment l’agence semi-publique AFP et le Service Public d’information – a justifié, par exemple, l’assassinat de Shlomit Krigman. La France, contrairement à ce qu’affirme M. Valls, a déclaré la Guerre Sémantique totale à Israël et donc également à ces "Français juifs, qui sont légitimement attachés à la terre d'Israël".

 

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Or, contrairement à ce que pense le Premier ministre, ce n’est pas principalement la violence qui inquiète nos coreligionnaires de l’Hexagone, qui est certes omniprésente mais avec laquelle ils ont appris à se mesurer, mais l’inaction absolue de leurs autorités pour mettre un terme à la Guerre Sémantique systématique que j’ai évoquée.

 

Ces Israélites ont dans leurs gènes l’expérience des ravages que cette haine, lorsqu’elle est entretenue plutôt que combattue, peut faire en France, étant les descendants directs de Dreyfus, des dénonciations volontaires sous Pétain, des lois raciales et des déportés de Drancy. Des Juifs, innocents comme eux, envoyés dans l’indifférence générale vers leur anéantissement par des policiers français et dans des trains conduits par des mécaniciens français. Ils se souviennent comment la gauche et la droite peuvent, dans ce pays, gommer leurs différences pour les stigmatiser d’un seul souffle et d’un seul tenant.

 

C’est donc bien la crainte qu’ils ressentent, mais pas celle engendrée par les coups de couteaux ni par les assassinats à la Kalatch dans leurs écoles et leurs supermarchés. Ce qu’ils éprouvent, c’est la peur que cela aille plus mal encore, en constatant, dans leurs journaux et sur leurs écrans, les méfaits de la guerre que livre leur nation à celle d'Israël. Attachés, entre autres, parce qu’ils distinguent avec raison l’existence d’Israël comme étant, par-delà les propos apaisants des uns et des autres, l’unique garant de leur survie et de celle de leur progéniture si les choses devaient à nouveau mal se passer, ce qui, au train où vont les choses, ne saurait être catégoriquement exclu.  

 

Nous, dans ces conditions, faisant face aux accusations délirantes parce qu’indémontrables de communautarisme, d’islamophobie, en France, et de colonialisme et de maltraitance des Arabes au Moyen-Orient, avons choisi, pour dénoncer et porter à la lumière les mécanismes de la Guerre Sémantique, de nous attacher strictement aux faits et de les exposer.

 

Nous avons chaque jour l’impression que nos confrères franciliens accusent les Juifs de l’incendie du Reichstag, à l’image du coup monté par les hitlériens pour fabriquer un motif raisonnable de s’en prendre aux Juifs. Contrairement à ce qu’il pourrait y paraître, cette comparaison n’est pas exagérée, car il est nécessaire de se souvenir que les antisémites prennent toujours soin de se présenter comme des victimes des Juifs et non comme des psychopathes poussés par leur seule détestation.

 

Les nazis prétendaient ainsi que les Juifs avaient déclaré la guerre à l’Allemagne et que leur éradication était une question de survie pour la race arienne. L’Eglise affirmait, pour justifier les autodafés, que les Juifs avaient tué Jésus, les Tzars, pour couvrir leurs pogroms, qu’à la Pâque, ils mélangeaient le sang des nouveau-nés chrétiens pour préparer les pains azymes, et les Français, pour crier "Mort aux Juifs !", qu’un capitaine juif avait trahi la France, puis, un peu plus tard, que leur débâcle face aux armées du Reich avait été causée par les Juifs qui les avaient "poussés à la guerre".

 

Désormais, l’intelligentzia française "met toute sa force" afin de persuader le public qu’il existait autrefois un pays nommé Palestine, qu’en 1967, les Juifs s’en sont emparés pour agrandir le leur. C’est pour justifier ce mensonge qu’ils n’ont de cesse d’évoquer les "territoires palestiniens occupés", feignant d’ignorer que si occupation il devait y avoir, ils devraient parler de "territoires jordaniens occupés". Ils affectent également d’ignorer, qu’entre 1948 et 1967, les territoires en question étaient totalement sous domination arabe, y compris la partie orientale de Jérusalem, sans que ne fut jamais évoquée la nécessité d’y créer un Etat palestinien. Ils oublient, de plus, de mentionner que la ligne verte, qui sépare virtuellement Israël et les "territoires", n’a jamais été une frontière mais une ligne d’armistice délimitant les positions des Hébreux et des Transjordaniens à l’issue de la Guerre d’Indépendance. Si la ligne verte ne devint pas une frontière, ce le fut pour la raison exclusive que les Arabes refusaient de reconnaître l’existence d’Israël sous quelque forme que ce fût et quelles qu’en auraient été les frontières.   

 

Ce qui précède participe du détournement de l’Histoire, mais nombre de Français croient dorénavant mordicus à cette fable, quitte à vous traiter de menteur si vous dites la vérité.

 

Cela reste néanmoins une rustine nécessaire de l’Histoire, sans laquelle les journaleux et leurs amis dialecticiens et activistes du nouvel antisémitisme qu’est l’antisionisme ne pourraient pas justifier la Guerre Sémantique qu’ils nous livrent actuellement.

 

Parce qu’à en croire l’AFP, reprise sans le moindre questionnement par la totalité – c’est cela qui effraye les Juifs, nous sommes un peuple qui a peur du racisme lorsqu’il fait l’unanimité ! -, au sujet de l’assassinat de Shlomit Krigman, "Deux Palestiniens ont blessé lundi au couteau deux femmes, dont une grièvement, dans une colonie israélienne de Cisjordanie occupée, avant d'être tués par balles, ont indiqué la police et les services de secours israéliens".

 

Ce serait un fleuron de la Guerre Sémantique, si ces malversations n’étaient pas quotidiennes et, partant, systématiques et préméditées.

 

Quand on mentionne qu’une attaque menée par de simples Palestiniens, sans autre qualifiant, s’est déroulée "dans une colonie israélienne de Cisjordanie occupée", le reste de la dépêche n’a plus d’importance, car on vient de justifier l’assassinat de Shlomit Krigman.

 

Vu qu’en droit international et en politologie, lorsque l’on abat quelqu’un qui occupe votre pays, on accomplit un acte rendu légitime par ladite occupation, lors, s’il y a crime, il est justifié. C’est tout, il s’agit d’un acte de racisme et d’antisémitisme consommés, faisant des media tricolores des complices objectifs de cet assassinat. Le colportage de cette justification est constitutif d’un acte de guerre.

 

Les antijuifs français viennent d’ailleurs de recevoir hier le soutien inattendu du Secrétaire Général de l’ONU, Ban Ki-Moon. Pendant que je préparais ce papier, le Sud-coréen, durant une réunion périodique du Conseil de Sécurité, tout en condamnant les violences palestiniennes a ajouté : "Comme les peuples opprimés l’ont démontré à travers les âges, il est humain de réagir à l’occupation". C’est biaisé, comme l’a fait remarquer M. Netanyahu, mais Moon a fait part de son opinion clairement, de sa bouche, et non pas en se livrant à des manipulations de truands. De plus, c’est la même ONU de U Thant, qui avait, avant le déclenchement de la Guerre des Six Jours, évacué les Casques bleus du Sinaï afin de permettre aux troupes de Gamal Abdel Nasser, pensait-il, d’éradiquer l’Etat hébreu, celle de l’Oberleutenant de l’Armée nazie Kurt Waldheim, ou l’ONU de Boutros Boutros-Ghali, qui avait détourné les yeux pendant que les Hutus, soutenus et armés par la France, procédaient, en quatre mois, au génocide d’un million de Tutsis au Rwanda. L’ONU…

 

En outre, j’ai démontré dans des textes circonstanciés précédents, et en prenant appui sur les experts reconnus en guerres de décolonisation, que les implantations ne sont en aucun cas des colonies, ce qui rend cette autre tentative de légitimation de l’assassinat de Shlomit Krigman aussi criminel que la précédente.

 

La dernière puissance coloniale du globe est la France, seule puissance à continuer de contrôler les territoires d’outre-mer, sans lien historique, géographique, ethnologique ou anthropologique avec la métropole, que sont la Guadeloupe, la Martinique, la Réunion, la Polynésie française, la Nouvelle Calédonie, etc. Les colonies françaises, en laissant ouverte la question de la Corse, représentent à ce jour 2,7 millions de colonisés, vivant sur des terres représentant 17,9 pour cent du territoire national français.   

 

Dans le cas d’Israël, l’existence de ces liens historique, géographique, ethnologique ou anthropologique avec la Cisjordanie et Jérusalem sont indéniables, ils comptent même parmi les plus anciens de la planète et ont constitué le creuset de toute la civilisation judéo-chrétienne. Il est certes légitime de débattre de leur prépondérance dans l’évaluation du différend israélo-palestinien ou israélo-arabe, dans le cadre de l’analyse de la double légitimité nationale antinomique en présence. Mais oblitérer systématiquement la revendication juive sur la Judée-Samarie et Jérusalem, en qualifiant la présence d’implantations israéliennes sur ce territoire disputé, de "Cisjordanie occupée" ou de "territoires palestiniens occupés" procède d’une posture indiscutablement malhonnête, propagandiste, raciste et antisémite.

 

Au-delà des modes et des consensus éphémères de la haine, ceux qui emploient ces expressions, les autorisent, les répercutent ou, après avoir lu ces lignes, omettent de combattre leurs auteurs, leurs éditeurs et leur bienfondé s’inscriront dans l’Histoire comme y figure déjà Drumont et sa Libre Parole, voire aux côtés des animateurs de Je suis partout, Robert Brasillach, Pierre-Antoine Cousteau (le frère de l’océanologue) et Lucien Rebatet. Cela ne fait aucun doute.

 

Il y a plus antisémite encore : l’exception. L’accolement systématique par l’AFP et ceux qui la reprennent des mots "Cisjordanie" et "occupée", n’étant pas de mise chez ceux qui l’emploient pour qualifier la "Crimée occupée", "Chypre occupée", le "Tibet occupé", ainsi que les quelques deux cents territoires faisant l’objet d’une dispute territoriale ; la "Cisjordanie occupée", constitue une exception sémantique inexplicable. S’agissant d’une singularité ne trouvant aucune justification dans la langue française ou ailleurs, l’observateur est contraint de déceler dans cette accolement une spécificité uniquement utilisée à l’encontre de la nation israélite, ce qui fait des responsables de cet acte systématique supplémentaire de malveillance des individus malhonnêtes, propagandistes, racistes et antisémites. Des pseudo-intellectuels ayant de bonnes chances d’échapper au jugement des tribunaux français et de leurs pairs, décidément toujours aussi cléments lorsqu’il s’agit d’antisémitisme, mais voués au mépris de ceux qui voient dans l’équilibre, la correction et la déontologie les piliers d’un monde apaisé, à la recherche de justice, du progrès et de la paix.

 

Autre malfaçon à caractère raciste : la sous-qualification journalistique. Déontologiquement, l’usage de la forme "Deux Palestiniens ont blessé lundi (…)" procède d’une filouterie à caractère raciste et antisémite, les auteurs et les diffuseurs ce texte étant parfaitement conscients que l’activité connue pour laquelle les deux énergumènes sont mentionnés dans cette information dépasse leur seule identification en tant que "Palestiniens". Cette faute professionnelle équivaut à écrire qu’ "un Français" a fait une déclaration avant-hier à l’hôtel de ville de Paris, en omettant volontairement de préciser qu’il s’agissait du Premier ministre.

 

Dans le cas de Manuel Valls, il ne s’agirait que d’une sottise privant le public d’une information principale, mais, dans celui des Palestiniens Ibrahim Alan et Hussein Abu Ro’ash, les assassins de Shlomit Krigman, négliger de mentionner qu’il s’agissait de "terroristes", comme méthodiquement omis dans les dépêches de ces media, soit d’ "individus armés s’attaquant systématiquement à des civils", procède d’un exercice visant à renforcer l’impression de légitimité du meurtre qu’ils ont commis. Il s’agit, là aussi, évidemment, d’une tromperie malhonnête, propagandiste, raciste et antisémite.

 

La malversation est encore augmentée, de même que son caractère antisémite, par le fait que, pour un crime absolument semblable, commis aux USA, en France, en Angleterre et dans tous les pays à l’exception notable d’Israël, les mêmes journalistes et diffuseurs des mêmes media n’hésitent pas un seul instant à qualifier ses auteurs de "terroristes". L’usage de l’exception est un facteur révélateur des antisémites. Il s’agit pour eux de traiter différemment les Juifs et les non-Juifs pour l’accomplissement d’un acte identique ou lorsqu’ils en sont les victimes.   

 

Dernière manifestation antisémite dans les trois lignes choisies du communiqué de l’AFP – ça fait tout de même beaucoup ! -, celle, devenue également systématique, consistant à faire croire au lecteur que les autorités israéliennes admettent elles aussi le narratif proposé par l’Agence France Presse.

 

Cette imposture majeure conclut habituellement la relation des faits caractéristiques d’un incident, comme dans : "Deux Palestiniens ont blessé lundi au couteau deux femmes, dont une grièvement, dans une colonie israélienne de Cisjordanie occupée, avant d'être tués par balles, ONT INDIQUE LA POLICE ET LES SERVICES DE SECOURS ISRAELIENS".

 

Naturellement, les deux institutions en question n’ont jamais émis ce commentaire ; nous sommes en présence d’une manipulation basique, d’un énorme mensonge. Ce que la police et le Maguen David Adom ont déclaré est que deux "terroristes palestiniens" ont blessé (…) dans une "implantation de Judée-Samarie" (…).

 

Bidouiller une citation c’est éminemment grave, cela représente même l’une des fautes journalistiques les plus aisément répréhensibles. En principe, on ne voit de tels procédés que dans les dictatures les plus arriérées. Le but de l’exercice est double : d’une part, il est question de fiabiliser une fausse information en insinuant : "c’est forcément vrai puisque même le gouvernement israélien le dit", et, en second, l’AFP et ses complices emploient ce procédé afin de composter le message de leur composition qu’ils entendent faire passer.

 

L’exercice est devenu systématique, on le retrouve, de même que toutes les autres malversations antisémites que je dénonce dans cet article, dans une autre dépêche récente couvrant l’assassinat de Dafna Meïr. La construction est parfaitement identique, elle est composée de trois lignes pour cracher son racisme et tenter de dénaturer un crime de guerre au profit de la cause de ceux qui l’ont perpétré et aux dépens des victimes : "Un Palestinien a pénétré dimanche dans une colonie israélienne de Cisjordanie occupée et a poignardé à mort une femme dans sa maison, a indiqué l'armée israélienne". L’Armée israélienne, en apprenant par nos soins ce qu’elle déclare, va une fois encore tomber des nues.

 

Cette façon de traiter l’information est bien entendu réservée à Israël ; elle constitue un facteur supérieurement incitateur à la violence à l’intérieur de l’Hexagone, doublé d’une importation du conflit israélo-palestinien ; car imaginer que la communauté juive et quelques intellectuels français qui vivent les yeux grands ouverts, échaudés par ce genre d’escroqueries médiatiques à répétition, pourraient s’abstenir de réagir équivaudrait à se leurrer.

 

Avant que "la France ne mette toute sa force pour protéger les Juifs", ce qui serait déjà le cas selon Manuel Valls, il faudrait sans doute qu’elle cesse sa guerre médiatique contre la nation israélienne. Si quelqu’un, un journaliste, un intellectuel ou un représentant de l’Etat tricolore, concevait la moindre réserve quant à l’authenticité de ce qui précède, j’en débattrais volontiers avec lui en public. Mais je doute que l’on nous appelle, les antisémites n’étant pas très courageux par nature.

 

Tout ce que le gouvernement français a à faire est d’exiger de ses journalistes qu’ils abandonnent les exceptions qu’ils conçoivent dans le traitement qu’ils réservent à Israël. Il est impérativement temps d’abroger dans les faits et non pas uniquement dans la Constitution, la Loi d’exception du 3 octobre 1940 portant statut des juifs et sa modification du 2 juin 1941, de même que celle du 4 octobre 1940 sur les ressortissants étrangers de race juive.

 

Soixante-quinze ans de ségrégations antisémites, cela devrait suffire. Selon deux récents sondages, près de soixante pour cent des Israélites français auraient déjà décidé de quitter le navire ; en voyant comment l’Etat censé les protéger permet qu’on insulte systématiquement le pays auquel ils sont légitimement attachés, et en constatant la quantité de fiel antijuif qui oriente la plume de leurs compatriotes journalistes, il serait difficile de leur donner tort. Comment font-ils déjà pour supporter une pareille atmosphère de stigmatisation permanente à leur encontre ? Je les trouve héroïques.

 

J’ai parlé d’atmosphère ? Je pensais probablement à la dernière émission de "Des paroles et des actes", présentée par David Pujadas, qui a permis et probablement organisé l’irruption de Wiam Berhouma dans le débat, non sans avoir préalablement précisé que l’enseignante était apolitique et qu’elle avait uniquement fait partie d’une "association citoyenne".

 

Renseignements pris, l’association "citoyenne" en question est le MAFED, une émanation exclusivement féminine du parti politique des Indigènes de la République. Lui-même violemment anti-israélien et faisant l’éloge du Hezbollah, du Hamas et du FPLP, en plus de celle de nombreux terroristes assassins et d’émeutiers français condamnés. Ce parti s’oppose notamment à la loi interdisant la dissimulation du visage des femmes dans l'espace public.

 

Alain Finkielkraut a déploré que la jeune femme qui lui a intimé à l’antenne de se taire n’avait fait l’objet d’aucune recherche de la part de la chaîne-phare du Service Public avant que les producteurs ne l’invitent à intervenir en direct dans l’émission.


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L’assassinat d’une femme juive, et des journalistes malhonnêtes et sans scrupules (info # 012401/16) Version imprimable
dimanche, 24 janvier 2016

 

Par Guy Millière


Après l’ignoble assassinat qui a coûté la vie à Dafna Meïr à Otniel, j’ai cherché les articles sur le sujet dans la presse française. J’en ai trouvé très peu. L’assassinat d’une femme juive par un Arabe n’intéresse quasiment personne. Quand la femme juive est israélienne, et quand l’Arabe est « palestinien », cela n’intéresse vraiment personne ; pour nombre de gens en France, c’est presque une affaire de logique.

 

Dans la poignée d’articles et de dépêches relatant tout de même l’évènement, j’ai trouvé les mots que je m’attendais à voir. Il ne s’est pas agi d’un « assassinat », était-il écrit dans chaque article, mais d’une « attaque au couteau », histoire d’édulcorer les faits. Si l’emploi du vocable « assassinat » indique que la mort a été donnée intentionnellement par un criminel, l’ « attaque au couteau » sert d’adoucisseur, l’intention de tuer est estompée et la mort qui s’ensuit n’est pas directement mentionnée.

 

L’ « attaque au couteau » a eu lieu dans une « colonie », était-il aussi chaque fois stipulé. Les connotations du mot « colonie » excusant le coupable et incriminant la victime, une fois de plus. Un colon, n’est-ce pas, c’est un colonisateur, à peine un être humain, et s’en prendre à un colonisateur est juste et légitime.

 

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Dafna Meïr et son mari : des visages dont émane la bonté

 

Les articles en question proposent aussi, chaque fois, le décompte des morts juifs depuis le début du mois de septembre, opposé à celui des morts « palestiniens » ; ainsi, au moment de l’assassinat de Dafna Meïr, le « bilan » des media français faisait état de vingt-quatre morts juifs et de cent cinquante-six arabes « palestiniens ». Ce bilan n’était évidemment pas indiqué par hasard : il s’agissait, une fois de plus, de montrer qu’il y a plus de morts arabes que de morts juifs. Que les Juifs soient mots assassinés, alors que les Arabes sont morts parce qu’ils assassinaient ou tentaient d’assassiner était, comme à l’accoutumée, un « détail » abandonné de l’histoire.

 

Nous faisons face à un procédé journalistique intentionnel tendant à banaliser les assassinats commis contre des Juifs israéliens, tout en justifiant les assassins au travers de leurs prétendus mobiles. Cette façon de présenter sans cesse les « Arabes  palestiniens » comme des victimes suscite mon dégoût depuis des années, et ce dégoût ne fait que croître.

 

Si des journalistes honnêtes, scrupuleux et pleinement dépourvus d’antisémitisme rapportaient l’évènement, ils préciseraient que chaque Juif assassiné était une personne humaine, innocente, dont on a pris la vie de manière haineuse. Ils feraient preuve de compassion. Ils en diraient davantage sur les victimes : Dafna Meïr, en l’occurrence, était une femme en tous points exemplaire. Mère de quatre enfants, en ayant adopté deux, elle était infirmière et s’occupait, avec amour et compassion, des gens de son village et des villages arabes alentour.

 

Des journalistes honnêtes, scrupuleux et pleinement dépourvus d’antisémitisme s’étendraient davantage sur les circonstances de l’assassinat : Dafna Meïr a été tuée sous les yeux de ses enfants. Quelle cruauté faut-il ressasser pour tuer une mère sous les yeux de ses enfants ? Des actes aussi cruels, voire plus cruels encore, sont pourtant régulièrement commis par des « Arabes palestiniens », je sais.

 

Si des journalistes honnêtes, scrupuleux et pleinement dépourvus d’antisémitisme traitaient le sujet de manière approfondie, ils ne pourraient être que révulsés par la barbarie « arabe  palestinienne », et révoltés par le fait que le Hamas et l’Autorité Palestinienne (qui ne valent pas mieux l’un que l’autre) appellent sans cesse à la haine antijuive et à l’assassinat de Juifs.

 

Ils discerneraient que des journalistes malhonnêtes, sans scrupules et versés dans l’antisémitisme qui ne dit pas son nom agissent en complices des assassins de Juifs, en complices de la barbarie « arabe  palestinienne », en complices du Hamas et de l’Autorité Palestinienne.

 

Ils partageraient mon dégoût.

 

Ils discerneraient aussi que les journalistes malhonnêtes, sans scrupules et teintés d’un antisémitisme qui ne dit pas son nom, en se conduisant en complices des assassins de Juifs, de la barbarie « arabe palestinienne », du Hamas et de l’Autorité Palestinienne se rendent aussi coupables d’incitation à l’assassinat et aux tentatives d’assassinats de Juifs en France et en Europe.

 

La haine antijuive, que d’aucuns légitiment lorsqu’elle se tourne contre des Juifs israéliens, est devenue depuis des années une haine antijuive tout court, et se tourne contre les Juifs ailleurs que dans l’Etat hébreu.

 

La « cause palestinienne », à laquelle adhèrent les journalistes malhonnêtes, sans scrupules et teintés d’un antisémitisme qui ne dit pas son nom, est devenue la « cause » de millions de musulmans sur le sol européen, certains d’entre eux s’identifiant aisément à des assassins « palestiniens ».

 

Quand des crimes comme ceux de Mohamed Merah, Medhi Nemmouche, Amedy Coulibaly ont lieu, certains journalistes et patrons de rédactions ne devraient pas avoir la conscience tranquille. Ils n’ont, hélas, ni conscience ni valeurs éthiques : la façon dont ils ont traité l’assassinat de Dafna Meïr le prouve à nouveau.

 

Quand l’assassin de Dafna Meïr a été arrêté, les journalistes malhonnêtes, sans scrupules et teintés d’un antisémitisme qui ne dit pas son nom, ont juste noté que c’était un « adolescent » ; certains ont ajouté un « adolescent fragile ». Tellement « fragile » qu’il a assassiné sauvagement une mère de famille.


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Busha ! (héb. honte)(info # 011912/15) Version imprimable
mardi, 19 janvier 2016

 

Par Jean Tsadik

 

Mardi dernier, deux vedettes rapides de la Marine américaine ainsi que leurs équipages de dix combattants, dont une femme, ont été faits prisonniers par les Gardiens de la Révolution khomeyniste dans les eaux du Golfe arabo-persique, à proximité de la petite île de Farsi.

 

Les bateaux et les marins ont été remis en liberté par les Iraniens le lendemain, suite à plusieurs interventions téléphoniques de M. Kerry auprès de son homologue perse Mohammed Javad Zarif et après que le gouvernement US se soit officiellement excusé auprès de la "République" Islamique pour "avoir violé ses eaux territoriales".

 

L’Administration Obama nie avoir présenté lesdites excuses mais les media de la théocratie chiite ont publié suffisamment de détails permettant d’établir objectivement le contraire. Il est d’ailleurs très probable que ce soit Zarif qui ait exigé des excuses au téléphone avec Kerry.

 

Plusieurs éléments troublants aussi bien qu’inquiétants liés à cet incident ont conduit la rédaction de la Ména à approfondir l’enquête menée par les autres media. Nous vous en livrons ici les conclusions.

 

Il importe d’abord d’observer que l’île Farsi, aux abords de laquelle a eu lieu l’arraisonnement, ne se situe pas à proximité de la côte iranienne mais en plein centre du Golfe arabo-persique, à équidistance – 102 kilomètres – des rives arabe et perse.

 

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Service cartographique © Metula News Agency

                                                                                             

La Garde Républicaine y a établi une base maritime, interdisant l’accès de l’île. Laquelle se trouve à une distance minime des voies maritimes internationales par lesquelles transitent environ trente pour cent du pétrole consommé sur la planète. L’île Farsi constitue une sorte de "repère de pirates" à partir duquel les Iraniens observent et menacent le trafic international, n’hésitant pas, lorsque l’occasion se présente, à aborder des navires et à retenir leurs marins.

 

Ce fut encore le cas, fin mars dernier, lorsque des navires de guerre iraniens capturèrent le porte-conteneurs géant Maersk Tigris et ses trente-quatre membres d’équipage, ouvrant le feu sur le bâtiment marchand qui naviguait pourtant dans les eaux internationales.

 

Cette menace permanente et active oblige les puissances mondiales, à commencer par les Etats Unis, à protéger la libre circulation des pétroliers, en maintenant notamment des porte-avions dans le Golfe. De plus, l’US Navy a établi une base importante à Bahreïn pour sa Vème Flotte.

 

On le comprend aisément, les commandos US ne faisaient que leur travail de sécurisation de la voie d’eau en allant inspecter les environs de l’île de Farsi.

 

C’est là que les choses se compliquèrent, quand des bateaux perses mirent en joue les marins américains et les obligèrent à se mettre à genoux et à placer leurs mains sur leurs têtes. Notre première conclusion est que les servants des deux vedettes n’avaient aucune raison d’obtempérer.

 

Leurs embarcations, renseignements pris, étaient des Riverine command boat, des vedettes rapides d’attaque de fabrication suédoise, dont le nom original est CB-90. Or aucune unité au service des Gardiens de la Révolution n’est capable de rivaliser, d’arraisonner, de rattraper ou de couler un CB-90 ; assurément pas le canot de plaisance iranien, de trois mètres cinquante de long, en plastique, occupé par deux individus, un pilote et un mitrailleur, et mu par deux moteurs hors-bord, que l’on aperçoit sur les photos et les vidéos généreusement distribuées par les Iraniens. Une embarcation de ce type, selon les législations européennes, n’a pas le droit de naviguer en haute mer.

 

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"Tout semble indiquer que nos marins ont été bien traités, qu’on leur a remis des couvertures

et de la nourriture" (J. Kerry) Dans le cercle, le "navire" iranien qui tient en joue les Marines

 

Face au blindage d’un CB-90, à ses trois mitrailleuses lourdes, à son lance-grenades et à ses équipements sophistiqués, le temps de survie du youyou perse en cas d’affrontement ne dépassait pas vingt secondes. Alors pourquoi se mettre si rapidement à genoux, en se plaçant à l’improbable merci d’un régime barbare et de ses hommes de main ?

 

La question se corse encore lorsque l’on sait que les Américains ont impérativement vu venir les Iraniens et les ont laissé s’approcher d’eux ; non seulement les CB-90 sont équipés de radars, mais ils reçoivent également des informations tactiques en temps réel en provenance des autres bâtiments de l’armada US dans le Golfe, et notamment du porte-avion Harry Truman, de son escorte et de ses chasseurs-bombardiers et hélicoptères de combat - dont certains sont maintenus en vol en permanence -, qui faisaient mouvement à proximité.

 

Et si cela s’avérait encore insuffisant, on remarque que les postes de mitrailleurs sur les Riverine command boats sont disposés de manière à scruter toutes les directions. On peut ainsi en déduire que, mardi dernier, au moins deux mitrailleurs américains regardaient dans la direction par laquelle les canots iraniens se sont approchés d’eux. De plus, se sachant en mission de combat à proximité d’un point d’appui ennemi, il ne fait aucun doute que les Marines déployaient toute leur attention dans l’exercice de leurs fonctions et qu’ils jouissaient d’une protection aérienne de tous les instants.

 

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Deux CB-90, ou Riverine command boats

 

Dans cette configuration, les commandos disposaient de plusieurs choix tactiques pour se débarrasser de leurs adversaires : ils pouvaient leur envoyer quelques tirs de semonce, ce qui les aurait fait rebrousser chemin, ou les envoyer par le fond s’ils insistaient.

 

Ils auraient pu également, s’ils entendaient éviter un incident, filer à l’anglaise ; en effet, leurs vedettes peuvent atteindre les 74 kilomètres à l’heure, ce qui les rend au moins plus rapides d’un tiers en comparaison des vaisseaux iraniens les plus véloces.

 

Bref, il n’existe aucune situation envisageable pour que deux CB-90 puissent être arraisonnés de force par un bâtiment iranien aux performances connues. Certaines voix proches de l’Administration US ont prétendu que l’un des bateaux connaissait un ennui de moteur et dérivait contre son gré en direction de Farsi.

 

Cette hypothèse non plus ne tient pas l’eau et c’est le cas de le dire. Pour la raison simple que les CB-90 sont équipés de deux moteurs, deux puissants Scania V8 Diesel, développant chacun 625 chevaux. Or une embarcation de ce type peut parfaitement naviguer avec un seul moteur, et même atteindre les 55 km/h, qui suffisaient encore pour semer n’importe quel Iranien.

 

Au cas, mais personne n’a invoqué cette situation, où l’une des vedettes était hors d’état de naviguer, il aurait été loisible de la faire remorquer par le second CB-90, sous la protection d’hélicoptères américains tout proches. Et si la situation avait été encore plus délicate, il aurait parfaitement été possible de transférer le personnel de l’unité endommagée sur celle valide et d’abandonner l’embarcation inutilisable, ce qui est nettement préférable à la mise en danger de dix commandos et à l’humiliation publique que leur ont fait subir les dirigeants de la junte théocratique chiite.

 

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La prisonnière américaine, obligée de porter le hijab

 

Comme on le comprend à la lecture de cette enquête, validée par des officiers de marine spécialisés dans les opérations du même type, les choses sont bien plus graves encore que celles qui ont été présentées par la presse américaine.

 

Les marins US n’avaient strictement aucune raison sensée de se rendre aux Iraniens. Reste qu’ils l’ont fait et qu’il faut dès lors se demander pourquoi. L’unique hypothèse concevable après les avoir toutes envisagées est que les dix commandos ont reçu un ordre qui ne provenait pas de leur hiérarchie militaire et qui n’était pas dicté par les rapports de force de la situation, mais qui a émané directement de la Maison Blanche : "N’opposez aucune résistance, laissez-vous appréhender !".

 

L’incident se déroulait quelques jours avant la mise en place officielle de l’Accord de Lausanne, aussi, Barack Obama n’avait pas l’intention de risquer une escalade militaire qui aurait pu tout remettre en question ; il a déjà fait pire pour parvenir au même résultat, obligeant l’Occident à signer un traité d’infamie qui renforce son pire ennemi et le transforme, à lui seul, en puissance (terroriste) régionale.

 

Il y a quelques semaines, alors que Téhéran menaçait de ne pas respecter l’accord si l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) poursuivait ses investigations au sujet des activités nucléaires iraniennes à caractère militaire, le président américain intervenait sur le collège des gouverneurs de l’AIEA afin de se plier aux désirs de la dictature chiite. Cette concession prive la communauté internationale de connaissances prépondérantes sur le programme nucléaire perse ; de plus, la mise en lumière de ses aspects militaires faisait partie de l’Accord de Lausanne, et Obama avait lourdement souligné son importance face au public américain.

 

Ces jours derniers a eu lieu un échange de prisonniers, lors duquel quatre Américano-iraniens ont été relaxés, dont Jason Rezaian, le chef de bureau du Washington Post à Téhéran, ainsi qu’un étudiant répondant au nom de Matthew Trevithick. En revanche, Robert Alan "Bob" Levinson, un Américain de confession israélite, arrêté par le contre-espionnage iranien le 9 mars 2007 sur l’île de Kish, dont la famille a reçu des photos en 2010 et dont la chaîne d’Etat de la théocratie perse, Press TV, a annoncé la détention, ne fait pas partie des personnalités libérées. Téhéran affirme désormais ne pas savoir où l’infortuné se trouve.

 

Peu après la capture des marins des CB-90, l’USS Truman et le Charles De Gaulle se sont approchés des côtes iraniennes et se sont placés en situation d’intervenir. C’est ce que le chef du Corps Naval des Gardiens de la Révolution, le Sous-amiral Ali Fadavi, a publiquement décrit comme "des manœuvres non-professionnelles qui ont duré 40 minutes suivant la capture des intrus".

 

Fadavi a prévenu que ses forces étaient prêtes à ouvrir le feu avec "leurs missiles côte-mer, leurs vedettes lance-missiles ainsi que d’autres moyens multiples" dont le commodore n’a pas tenu à préciser la nature.

 

Si les porte-avions avaient poursuivi leurs "manœuvres non-professionnelles, ils seraient allés au-devant d’une catastrophe d’une ampleur qu’ils n’ont jamais connue dans l’histoire. Nous avions verrouillé nos missiles sur eux et si nous avions tiré, ils auraient été détruits", a poursuivi Fadavi.

 

Dans ces conditions, la relativisation des faits à outrance proposée par le Vice-président Joe Biden dès mercredi a de quoi surprendre : "Les Iraniens ont ramassé les deux bateaux de la même façon que nous avons ramassé des bateaux iraniens en détresse, pour les libérer par la suite, vous savez, comme le feraient des nations ordinaires. C’est ainsi que les nations s’adressent les unes aux autres", a soutenu le vice-président, "c’est pour cela qu’il est important d’avoir des canaux de communication ouverts".

 

On est à des années-lumière du verrouillage des missiles de Fadavi sur le Truman et le De Gaulle et du presque commencement de la Troisième Guerre Mondiale.

 

John Kerry est pourtant allé plus loin encore que Biden, puisque le secrétaire d’Etat s’est dit "très satisfait" (…) et a insisté pour "exprimer sa gratitude aux autorités iraniennes pour leur coopération qui a permis une résolution rapide de cet incident".

 

Kerry a ajouté : "Tout semble indiquer ou nous dire que nos marins ont été bien traités, qu’on leur a remis des couvertures et de la nourriture et qu’on les a assistés dans leur retour vers notre flotte tôt ce matin".

 

Il semble que pour le secrétaire d’Etat, le manquement des Iraniens aux Conventions de Genève aux dépens des marins américains n’a aucune importance. Tel le fait de montrer publiquement leurs visages et d’obliger la seule femme de l’équipage à porter un hijab.

 

A la Maison Blanche, parlant de la mise en œuvre de l’Accord Iran-5+1, Barack Obama a déclaré que "c’était une bonne journée car une fois de plus, nous voyons ce qu’il est possible [de faire] grâce à une forte diplomatie américaine. Ces choses", a répété le président, "sont un rappel de ce que l’on peut réaliser lorsque l’on dirige avec force et sagesse".

 

En réalité, M. Obama a tout fait afin d’éviter un conflit avec l’Iran ; la "forte diplomatie américaine" est à l’image de ces commandos à genoux devant un Iranien barbu tenant une mitraillette. Pour parvenir à ses fins, le président a sacrifié la sécurité de ses alliés dans la région, les Arabes et les Israéliens, qui ont perdu toute confiance dans l’Amérique et qui se préparent à affronter partout des terroristes pro-iraniens, requinqués par l’injection initiale de cent milliards de dollars dans l’économie de la dictature chiite, le régime le plus répressif du globe après la Corée du Nord.

 

Le pensionnaire de la White House a probablement, comme il s’en vante, empêché la théocratie des ayatollahs de "mettre la main sur la bombe atomique" pour une dizaine d’années. Mais il l’a fait en légalisant le programme nucléaire iranien, sans démanteler la moindre centrifugeuse, non plus que l’installation souterraine de Fordow, source de toutes les inquiétudes, et en ramenant à la vie une autocratie abominable qui se trouvait en état de banqueroute et d’agonie. Ce faisant, il a condamné 78 millions d’Iraniens à un interminable enfer, ne s’étant jamais soucié de leur sort et tournant ainsi le dos aux valeurs de l’Amérique et à son rôle de fer de lance de la liberté.

 

L’Amérique d’après l’Accord est à l’image de Joe Biden et de John Kerry, qui remercient les ennemis de l’Amérique d’avoir humilié ses meilleurs marins livrés à des épouvantails auxquels ils ont donné vie. Leur délire, car c’est d’un délire qu’il s’agit, consiste à voir une victoire dans l’affaiblissement de la plus grande démocratie du monde, en se faisant les avocats invétérés de ses ennemis.

 

Cette administration a simplement exagéré au centuple la puissance de la "République" Islamique, oubliant que ceux qui prétendent avoir mis en joue les porte-avions de la démocratie ne disposent que d’une marine de dix-huit mille hommes et de quelques dizaines d’épaves flottantes transformées en vaisseaux de guerre. Face à eux, la Navy peut aligner quatre cent trente-cinq mille marins, quatre cent trente navires ultra-modernes, dont onze porte-avions à propulsion nucléaire, et près de quatre mille avions.

 

Pour la prochaine campagne présidentielle, il suffira aux Républicains de reproduire l’image insoutenable des Marines à genoux sur une seule affiche, avec l’inscription : "L’Amérique selon les Démocrates". Ou, plus simplement encore : "Vote Democrat !".  

 

 

 
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