A propos des raids de la nuit dernière en Syrie (022406/20) Version imprimable
mercredi, 24 juin 2020

 

Par Stéphane Juffa

 

Avec Jules Mazouz et Jean Tsadik

 

Les raids du Khe’l Avir, l’Aviation israélienne, de la nuit d’hier (mardi à mercredi) on visé une douzaine d’objectifs dans trois zones distinctes et pour trois raisons indépendantes.

 

Le dernier chronologiquement, à 1h du matin heure locale, a ciblé des positions de l’Armée gouvernementale syrienne, des Gardiens de la Révolution khomeyniste Iranienne (Pasdaran) et du Hezbollah autour de la ville de Hama [500 000 hab.] dans un périmètre de 60km de la cité.

 

Particulièrement à l’est d’icelle, à Salamyeh [110 000 hab.] et dans sa proximité. On trouve deux aéroports dans cette région, de nombreux sites de fabrication de produits agricoles qui cachent des usines de fabrication d’armes de destruction massive, notamment chimiques, ainsi que des bases militaires accueillant des soldats gouvernementaux, des Pasdaran et des Hezbollani libanais.

 

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Service cartographique © Metula News Agency

 

Ces diverses positions sont également utilisées pour stocker des armes et des munitions en provenance d’Iran, Salamyeh et Hama étant des villes-étapes sur l’autoroute chiite, dans la continuité de celle de Deïr ez-Zor, à 350km (par la route) au nord-est.

 

L’objectif principal de l’attaque sur la zone de Hama consistait en un gigantesque entrepôt partiellement souterrain dans lequel étaient stockés des missiles et autres munitions arrivés par la voie terrestre de l’autoroute chiite durant ces derniers mois.

 

Sur la vidéo exceptionnelle suivante, filmée par des habitants, on constate les explosions successives des mutions et des missiles déposés dans cet entrepôt, après qu’ils aient été atteint par des missiles air-sol de précision extrême (probablement) israéliens et (probablement) des déclinaisons récentes des Dalila.

 

Au vu des images, notre spécialiste en armement, Jean Tsadik, est certain que tous ces stocks ont été détruits et qu’ils comptaient pour une part majeure de l’arsenal irano-syrien. Selon Jean Tsadik, certaines des flammes que l’on distingue sur la vidéo atteignent facilement une centaine de mètres de hauteur.

 

Regarder la vidéo :

https://video.stepvideograph.net/wp-content/uploads/2020/06/video343eda62-5784-489f-a710-e4ac1f8c1bf7video.mp4?_=1

 

Sur la vidéo, on entend un témoin oculaire s’exprimer en arabe de la région de Hama-Homs et crier : "C’est terrible ce qui arrive, ça frappe de partout, tout est détruit.. Oh mon dieu c'est terrible,  incroyable !" ; il s'adresse un moment à un ami et lui demande s’il va bien. Puis il crie par deux fois "ouishhhhhh", une onomatopée. Quatre mots sont incompréhensibles, couverts par le brouhaha des explosions.

           

L’entrepôt était gardé au cœur d’une position conjointement occupée par les Pasdaran iraniens et les soldats de la 47ème brigade blindée. Il s’agit d’une unité d’élite de Bashar al Assad comptant entre 3 et 4 000 hommes rattachés à la Troisième division blindée. La 47ème brigade blindée est composée à 90% d’Alaouites, des personnes appartenant à la communauté/religion des al Assad.

 

Au regard de cette seule explosion et des ondes de choc (vidéo) qu’elle occasionne à plusieurs kilomètres de distance, on peut aisément comprendre l’estimation de Michaël Béhé lorsqu’il fait état de dizaines de morts et de blessés. Les lignes téléphoniques des hôpitaux de Hama vers lesquels les blessés ont été transportés ont été coupées immédiatement après les attaques, ce qui nous empêche de formuler un bilan humain plus précis.

 

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Ce qu’il reste de la

"Société de déshydratation d’oignons et de légumes", tout près de Salamyeh

comme l’écriteau en arabe l’indique à l’entrée

Ou ce qu’il arrive lorsque l’on ne s’occupe pas de ses oignons…

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Nous maintenons cependant que les chiffres des victimes avancés par le gouvernement syrien et les autres media – de 4 à 10 morts pour les trois opérations - n’ont aucun rapport, même lointain, avec la réalité.

 

Les deux autres raids se sont déroulés entre 21h15 et 21h30.

 

L’un d’eux a visés d’autres positions et entrepôts d’armes, plus à l’Est, sur l’autoroute chiite, aux environs des villes-étapes de de Kobajjep et de As Sukhnah [carte], respectivement à 52 et 125km au sud-ouest de Deïr ez-Zor, en direction de Homs et/ou de Hama.

 

Les personnels éliminés lors de ces frappes étaient principalement des Pasdaran, des Hezbollani, ainsi qu’une majorité de miliciens chiites provenant de divers pays, essentiellement de l’Irak voisin. Téhéran instrumentalise ces milices afin de réduire ses propres pertes, déjà considérables depuis le début de la Guerre Civile Syrienne.

 

L’autre attaque s’est focalisée dans le sud du Golan syrien, à une distance moyenne de 70 à 80km à l’est de la frontière israélienne, sur la latitude de la station thermale israélienne de Khamat Gader, au sud-est du lac de Tibériade.

 

Plusieurs cibles ont été visées lors de cette opération, l’objectif principal étant un entrepôt accueillant des missiles sol-sol parmi les meilleurs de ceux que produit la théocratie chiite. Ces missiles étaient arrivés dimanche à l’aéroport international de Damas par avion-cargo en provenance d’Iran. Ils ont ensuite été transportés à Salkhad, à 80km au sud-est du point le plus proche de la frontière israélienne, à proximité immédiate du quartier général des Pasdaran – Force al Quds [ara. : Jérusalem] - et de positions de l’Armée gouvernementale et du Hezbollah.

 

Les missiles iraniens ont été pulvérisés, de même que des dizaines de combattants ennemis mis hors d’état de nuire ; les chiffres (faux, nettement inférieurs à la réalité) des bilans communiqués par Damas ne concernent que ces opérations dans le sud du Golan syrien.

 

La région de Salkhad-Suwayda [carte] avait été équipée pour servir de base alternative d’attaques contre l’Etat hébreu, les stratèges irano-syriens jugeant que la zone comprise entre le Golan israélien et Damas 55km était trop exposée aux interventions de Tsahal.

 

Lors du raid de la nuit dernière, le Khe’l Avir a oblitéré plusieurs batteries de missiles SAM ainsi que des véhicules de lutte antiaérienne de type Pantsir, de conception russe, et surtout, le puissant radar installé sur le relief de Tel al-Sahn, qui était censé diriger le tir de ces diverses armes de DCA. Les installations de Tel al-Sahn sont totalement détruites.

 

Les attaques contre le radar et les batteries antiaériennes avaient trois fonctions : sécuriser les avions et leurs missiles lors du raid de la nuit dernière, empêcher à l’avenir qu’ils protègent les activités hostiles dans cette partie du Golan.

 

De plus, en théorie, ces armes possédaient une portée suffisante pour scruter et gêner les activités du Khe’l Avir dans le Golan et même au-dessus du territoire israélien. Leur élimination visait également à éliminer cette gêne.

 

Des dizaines de servants de la DCA syro-iranienne et du radar de Tel al-Sahn ont évidemment péri lors de l’attaque de la nuit dernière.

 

A Métula, nous retenons que les interventions militaires de Tsahal dans la profondeur du territoire syrien se sont encore intensifiées depuis l’intronisation du Général Aviv Kokhavi à la tête de l’Armée et la nomination de Benny Gantz, ex-chef d’état-major, au ministère de la Défense.

 

Nous remarquons aussi, du point de vue stratégique, que l’alliance syro-irano-Hezbollah est actuellement totalement démunie de moyens à la fois pour s’opposer de quelque manière que ce soit aux activés du Khe’l Avir en Syrie, et pour organiser des opérations ciblant le sol israélien.

 

Le dernier enseignement que nous tirons des actions d’hier...

 

est que les Russes, qui avaient récemment promis de protéger les Iraniens et les gouvernementaux face aux raids hébreux, ne l’ont pas fait. Ce, alors que les avions à l’étoile de David ont opéré à courte distance de leur quartier général de Khmeimim [carte], et qu’ils ont survolé les batteries de missiles que les Russes ont installées dans la région de Homs-Hama et qui sont exclusivement contrôlées par les soldats de leur corps expéditionnaire.

 

Il s’agit certes d’un calcul de la part du Kremlin, qui n’a aucun atome crochu avec Téhéran et ses rêves d’influence dans la région de la Méditerranée. Mais il est tout aussi évident que si Jérusalem lance ses pilotes à portée des avions et des missiles russes – après les avoir dûment informés quelques minutes au préalable qu’une opération était en cours, c’est l’accord qui prévaut et qui est respecté entre Russes et Israéliens – c’est que notre état-major est certain que les armes de Vladimir Poutine ne peuvent rien contre notre technologie.

 

Or si les Russes tentaient de s’interposer et qu’ils étaient mis en déroute, cela porterait un coup sévère à leur réputation ainsi qu’à leur industrie militaire. Dans cette équation, ils n’ont visiblement rien à gagner, alors pourquoi s’exposer ? Pour protéger des militaires iraniens ?