Afrin 4ème jour : la guerre qui dérange les hypocrites (info # 012301/18) Version imprimable
mardi, 23 janvier 2018

 

Par Perwer Emmal

 

Métula et Afrin 19h00, mardi, 18h00 à Paris

 

En ce mardi, quatrième jour de guerre, les troupes turques et leurs supplétifs islamistes arabes poursuivent leur agression contre le canton d’Afrin, dans l’ouest du Rojava.

 

Les combats sont féroces autour des quatre axes par lesquels l’envahisseur tente de pénétrer vers le centre de l’enclave. L’effort des Turcs se porte principalement dans la province de Boulboul au Nord, dans celle  de Sharran à l’Est [face à Azaz], dans celle de Rajo au Nord-Ouest, et dans celle de Jandairis au Sud-Ouest [carte].

 

boulboul_3.jpg

Service cartographique © Metula News Agency

Base : carte de Wikipedia

 

Durant la journée d’hier, les agresseurs étaient parvenus à s’emparer du massif stratégique de Barsaya, qui domine la ville d’Azaz en Syrie, sous occupation turque, ainsi qu’une bonne partie de la province de Kilis en Turquie.

 

En fin d’après-midi (lundi), les Unités de Protection du Peuple (YPG) sont parvenues à chasser les Turcs et leurs acolytes du mont Barsaya et à se le réapproprier dans sa totalité. Ces hauteurs se situent à 2,5km d’Azaz.

 

Ce mardi en début d’après-midi, les YPG ont mis en déroute une colonne de l’Armée turque et de ses supplétifs sur la colline de Qastal Jandu, non loin du mont Barsaya, dans le district de Sharran. L’ennemi a abandonné de nombreux morts sur le champ de bataille.

 

Au même moment pratiquement, des Peshmerga ont détruit un véhicule et tué ses six occupants de l’Armée d’agression autour du village de Qudé, dans la zone de Rajo. Les combats se poursuivent en ce moment à cet endroit.

 

Dans la province de Jandairis, au Sud-Ouest du canton, l’envahisseur est en train de se retirer du périmètre du village frontalier de Shih, qu’il avait tenté d’investir depuis les premières heures de la journée.

 

ypgassaut.jpg

Des membres des YPG après l’assaut réussi d’une position ennemie

 

Jusqu’à 16h locales ce mardi, tous les combats se déroulent sur les frontières d’Afrin et l’ennemi n’est parvenu nulle part à briser la résistance des YPG et à converger vers le centre de la province. En revanche, les bombardements d’artillerie touchent tout le canton sans grand discernement.

 

Le nombre des morts et des blessés augmente au fur et à mesure des affrontements. Ankara a reconnu la perte d’un second soldat durant les combats d’aujourd’hui. Hier, le premier mort officiellement reconnu par l’agresseur a été enterré en grande pompe dans sa capitale en présence du dictateur Recep Erdogan.

 

A l’occasion de ces pertes, son ministre des Affaires Etrangères, Mevlut Cavusoglu, a tweeté : "Nous n’abandonnerons pas le sang de nos martyrs sur le sol et continuerons notre combat jusqu’à ce que nous ayons déraciné la terreur".

 

Les pertes admises par les belligérants nous paraissent largement sous-évaluées en comparaison des comptes rendus que nous recevons de nos interlocuteurs à proximité des combats.

 

Selon notre estimation, l’Armée ottomane et ses supplétifs ont perdu plus de 100 combattants et pas moins de 250 de leurs hommes ont été blessés. Trois quarts de ces soldats appartiennent aux unités d’islamistes et un quart à l’Armée régulière.

 

On observe à ce propos que des heurts se sont produits entre mercenaires islamistes, particulièrement ceux qui servent sous les ordres d’un personnage se faisant appeler le Major Général Sultan Mourad. Ces échauffourées ont éclaté à l’occasion du rapatriement sur Azaz des corps de 16 supplétifs tombés lors de la bataille du mont Barsaya.

 

Les mercenaires prétendent que les Turcs se servent d’eux comme de la "chair à canon", et qu’ils les envoient systématiquement aux avant-postes alors que les officiers turcs commentent les combats depuis l’arrière. On note à ce propos qu’Ankara ne communique aucun bilan relatif aux pertes dans les rangs de ses auxiliaires arabes.

 

D’après notre évaluation approximative et officieuse, les YPG et les YPJ qui défendent Afrin ont perdu une quarantaine de combattants et ont eu environ 80 blessés dans leurs rangs. Le bilan civil, toujours selon nos estimations et sous les mêmes précautions, s’élève à 35 personnes environ, dont un camarade reporter du nom de Tolhaldan Welat.

 

Sur le plan diplomatique, la séance du Conseil de Sécurité de l’ONU réuni lundi à la demande de la France n’a rien donné, pas de résolution et pas même un appel au despote sanguinaire turc pour qu’il cesse sa campagne criminelle.

 

Dans le camp kurde, parmi les officiers supérieurs des Forces Démocratiques Syriennes et les chefs politiques, on est évidemment très déçu de l’irresponsabilité dont font montre les Etats dits développés.

 

Les critiques n’épargnent personne, mais visent principalement la Grande-Bretagne après la déclaration du porte-parole de Theresa May, qui a reconnu lundi "l’intérêt légitime de la Turquie dans la sécurité de ses frontières", ajoutant que le Royaume-Uni "est engagé à travailler de près avec la Turquie et d’autres alliés afin de trouver des solutions garantissant la stabilité et empêchant l’escalade de la situation tout en protégeant les intérêts sécuritaires de la Turquie".

 

Hier soir, dans le saillant de Manbij au Rojava, certains demandaient à voix haute qui est-ce qui menace la Turquie ? Ils demandaient également si Madame May n’a pas entendu les menaces du sultan d’oblitérer ses alliés kurdes, d’Afrin à la frontière irakienne ?

 

L’écœurement et l’incompréhension prédominent aussi à propos de la position de la France, et particulièrement de son chef de la diplomatie, Jean-Yves Le Drian. Ce dernier, lors d’une réunion avec la presse à Paris a dit notamment : "J'ai eu l'occasion de dire à mon collègue turc hier matin au téléphone que cette offensive nous préoccupait et que si nous comprenions le souci de sécurisation des frontières qu'a la Turquie en ce moment (…)".

 

Le Drian a ajouté : "Nous pensons indispensable qu'il y ait une accélération du processus politique pour éviter l'apparition de nouveaux conflits en Syrie (…)".

 

L’un des principaux chefs des FDS a commenté cette déclaration en lançant, lors d’une réunion impromptue d’officiers : "Les Français ne sont-ils donc pas au courant que le gouvernement de son "collègue" a lancé une guerre d’extermination contre notre peuple ? Que ce sont les enfants d’Afrin qu’il y a lieu de protéger et non les frontières du dictateur que personne ne menace ? Que nous ne sommes pas des terroristes mais ses alliés ? Qu’il n’existe aucun processus politique à accélérer, puisque qu’il (Erdogan) s’est juré de nous éliminer jusqu’au dernier ?".

 

Quelques dizaines de volontaires français, parmi des centaines d’étrangers, ont rejoint les YPG pour se battre à leurs côtés. Deux ex des forces spéciales qui ont été engagés en Syrie m’ont confié hier soir qu’ils avaient honte de leur gouvernement et que sa conduite tendant à lécher les parties d’un assassin était scandaleuse et inadmissible.

 

Lundi soir, par la même occasion, le commandement des FDS a affirmé qu’il examinait des possibilités pour rejoindre les assiégés d’Afrin et participer à la guerre contre l’envahisseur.