Afrin : combats d’une extrême violence au sol (info # 032101/18) Version imprimable
dimanche, 21 janvier 2018

 

Par Perwer Emmal

 

Métula et Afrin 20h20, dimanche, 19h20 à Paris

 

En cette seconde journée de l’offensive turque baptisée "Rameau d’olivier", l’Armée ottomane assistée par ses supplétifs islamistes a lancé une offensive terrestre majeure à partir de la ville de Gülbaba [carte], appuyée par l’aviation, l’artillerie et des blindés.

 

Dès 11 heures ce matin, heure d’Afrin et de Métula, l’agresseur a établi le contact avec les Unités de Protection du Peuple (YPG) kurdes dans la province de Boulboul [voir carte] tentant de s’emparer de plusieurs villages.

 

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Service cartographique © Metula News Agency

Base : carte de Wikipedia

 

Deux interlocuteurs de cette région avec lesquels j’ai pu m’entretenir (je me trouve à Arima, dans le saillant oriental des YPG, à 90km des combats qui se déroulent actuellement) m’ont affirmé que les affrontements étaient d’une violence extrême, particulièrement autour du village de Shengal [carte].

 

Jusqu’à 15 heures à tout le moins, heure de ma dernière liaison téléphonique, les YPG tenaient le front, en dépit du recours intensif de l’ennemi à son aviation. Les troupes de Recep Erdogan n’avaient pas réussi, contrairement à des annonces faites par leur Premier ministre Binali Yildirim, à enfoncer les défenses des Peshmerga et à pénétrer de manière substantielle dans le canton d’Afrin.

 

On dénombrait cependant jusqu’à 15 heures une dizaine de morts (officieux) dans les rangs des YPG et des YPJ (les unités féminines), ainsi qu’une vingtaine de blessés.

 

Les forces kurdes ont détruit avec certitude au moins deux chars M60 Patton de conception américaine, et en ont endommagé plusieurs autres ainsi que des véhicules militaires entre les villages de Shengal et de Boulboul. L’envahisseur a également subi de nombreuses pertes humaines, ce que nie son gouvernement.

 

L’Aviation turque a d’autre part intensifié ses bombardements sur l’ensemble du canton d’Afrin, ciblant principalement sa capitale ainsi que la zone frontière située au Nord-Ouest, dans la proximité de Raco, provoquant la mort, dimanche, de sept civils et en blessant de nombreux autres.

 

Une intense activité militaire de l’ennemi a aussi été observée dans la région de Maréa, à l’est de l’enclave kurde. Des échanges de feu s’y sont produits, mais là encore, en milieu d’après-midi, on ne notait aucune avance tangible des Turcs.

 

A l’occasion d’un point de presse organisé à Istanbul ce dimanche matin, Binali Yildirim a toutefois déclaré que l’Armée ottomane était parvenue à pénétrer dans le canton d’Afrin et que les YPG délaissaient leurs positions n’offrant que peu de résistance. Le Premier ministre de turc a fait état de l’intention de son pays d’établir une "zone de sécurité" jusqu’à une trentaine de kilomètres de sa frontière.

 

Le gouverneur de la ville de Kilis en Turquie, Mehmet Tekinarslan, a par ailleurs annoncé que sur le coup d’1h40 ce matin, trois roquettes s’étaient abattues sur le centre-ville blessant une personne touchée par des éclats de verre.

 

Ali Erbas, le chef de l’autorité turque en charge des affaires religieuses, a pour sa part déclaré que des "prières de conquête" seraient dites dans les mosquées tout au long de ce dimanche.

 

Nous apprenons également que la France a appelé à "une réunion d’urgence du Conseil de Sécurité au sujet d’Afrin, d’Idlib et de la Ghouta". Le fait d’inclure deux régions qui ne sont pas menacées de génocide dans la liste des sujets à traiter diminue cependant la portée de cette proposition, sans doute afin de ménager les susceptibilités d’Ankara. Dans un tweet, le Ministre français des Affaires Etrangères Jean-Yves Le Drian a précisé qu’il appelait à "un cessez-le-feu partout en Syrie et à l’établissement d’accès humanitaire inconditionnels".

 

La réaction que j’ai recueillie à chaud de la part de responsables kurdes en tournée dans la région de Manbij a été que "l’initiative française ne s’attachait pas au problème réel qui menace la vie de milliers de civils et que l’ordre du jour unique du Conseil de Sécurité devait être l’arrêt immédiat de l’offensive criminelle turque contre les Kurdes". Les responsables politiques et militaires que j’ai interrogés ont toutefois concédé que "si le Conseil de Sécurité se réunit réellement, on y discutera probablement du problème réel qui se pose".

 

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Un char turc participant aux combats de samedi

 

Riyaz Dirar, le co-président du Conseil Démocratique Syrien [kurde] a à nouveau accusé la Russie de collusion avec l’envahisseur ottoman dans le cadre de l’opération visant la population du canton d’Afrin.

 

Les autorités turques se sont également vantées d’avoir frappé lors d’attaques aériennes la base [ancien aéroport militaire du régime syrien] de Menagh [carré rouge et blanc sur la carte], située dans le territoire contrôlé par les YPG/FDS, qui est utilisé par l’Armée américaine pour approvisionner les combattants kurdes en armes et en munitions. Si cette nouvelle se confirme, elle pourrait sérieusement aggraver les tensions entre Ankara et Washington.

 

Dernière minute : 18h52 locales, par téléphone, on se bat au corps-à-corps pour le contrôle du village de Shengal. A 19h 49 ce dimanche, malgré les moyens énormes investis par l’Armée turque depuis le début de son offensive terrestre à 11h, elle n’était parvenue à occuper aucune localité ou position militaire du canton d’Afrin.