Afrin : dormez, on tue ! (012402/18) Version imprimable
vendredi, 23 février 2018

 

Par Perwer Emmal dans le Rojava

 

Depuis le 20 janvier dernier, date du début de l’agression ottomane contre l’enclave kurde d’Afrin, pas moins de 1 132 soldats de l’Armée turque ou supplétifs islamistes arabes sont morts dans les combats, selon l’estimation de la Ména. Le chiffre des blessés dépassant 2 000 individus. La proportion entre Turcs et Arabes tués ou blessés s’établit à un peu moins d’un Turc pour quatre Arabes.

 

Parmi les défenseurs d’Afrin, on compte 273 tuées et près de 420 blessés. 173 civils ont perdu la vie, côté kurde, et 8 en Turquie ou dans des villes syriennes occupées par l’Armée turque.

 

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Carte des combats à Afrin. Situation le 23 février 2018 à 18h

Service cartographique © Metula News Agency

Sur la base de la carte Wikipedia

 

Pour la première fois depuis le début de la guerre, les Turcs et leurs complices islamistes ont procédé ces trois derniers jours à l’exécution sommaire de 11 personnes, dont 4 femmes et un conducteur de tracteur agricole, presque tous dans la proximité de Jandairis.

 

L’ennemi a conduit 788 raids aériens, la plupart sur des quartiers et infrastructures civils ; il a également procédé à 2 800 bombardements à l’artillerie lourde.

 

Le corps expéditionnaire du dictateur Erdogan a perdu 2 hélicoptères et plusieurs drones d’observation, de même que 64 véhicules militaires, dont 47 blindés, sans compter une quinzaine d’autres véhicules sérieusement endommagés.

 

En dépit de ces chiffres, les porte-flingues du Sultan Erdogan ont progressé dans les quatre poches qu’ils occupent [carte et noms des poches]. Ils contrôlent désormais 55 villages, soit 13% des villages de l’enclave d’Afrin [voir la carte mise à jour ce vendredi 23 février à 18h locales] et 11% du territoire.

 

Ils ne sont toujours pas parvenus à enlever de villes ni à percer les défenses des YPG, les Unités de Protection du Peuple. En revanche, les combats se déroulent désormais aux portes des villes de Rajo (4 000 hab.) et de Jandairis (22 000 hab.) [carte].

 

A Jandairis, les militaires de l’occupant se trouvent désormais à la lisière de la cité et aucune agglomération ne la sépare plus forces ennemies. Les affrontements se déroulent à l’arme automatique et au rythme des échanges d’artillerie. L’agresseur est soutenu par d’importants bombardements aériens, trois durant ces dernières 24 heures.

 

Des obus sont également tombés côté turc sur les villes d’Azaz et Maréa [carte], et sur celle de Kirkhan (5 obus), dans la province d’Antioche, à 20km à l’est d’Alexandrette (Iskenderun) et de la Méditerranée, et à 15km au sud-ouest des limites de l’enclave d’Afrin.

 

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Le volontaire français engagé dans les YPG Olivier François Jean Le Clainche,

né à Malestroit, en Bretagne, en 1977, est tombé pour la défense d’Afrin il y a 15 jours

et pour l’honneur de son pays

 

Un accord est intervenu entre les YPG et le gouvernement syrien de Bashar al Assad pour l’envoi de troupes de l’Armée gouvernementale à Afrin afin de contribuer à la résistance contre l’envahisseur. Assad s’est cependant borné à envoyer des paramilitaires des organisations Jaych al-Chaabi [arabe. L’Armée du peuple] et Liwa al-Baqir [arabe. La Brigade d’al Baqir], une force chiite sous commandement iranien ayant des liens avec le Hezbollah.

 

Ces deux forces sont entrées dans le périmètre d’Afrin par la seule route qui ne soit pas aux mains des Turcs dans la zone de Nubl [carte, flèche rouge]. Elles ont été abondamment prises à partie par l’aviation et l’artillerie turques avant même leur entrée dans l’enclave encerclée. Ces attaques ont causé la mort d’une vingtaine de combattants pro-régime.

 

La population et les YPG sont réticents à l’égard de ces "renforts" mais la situation militaire ne permet pas de faire la fine bouche. L’irritation des défenseurs de l’enclave est motivée par le fait qu’ils attendaient des soldats de l’Armée régulière avec des moyens antiaériens et des chars, qui leur font défaut et dont les paramilitaires d’Assad sont démunis. Ils s’attendaient également à voir l’aviation d’Assad s’opposer aux raids de celle d’Erdogan, mais cela non plus ne s’est pas produit.

 

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Les combats font rage aux portes de Jandairis [carte]

 

Ces choix en disent long sur les revendications du dictateur syrien qui prétend qu’Afrin et le Rojava font encore partie du territoire syrien. Les Russes étaient à l’origine de cette manœuvre diplomatique : ils ont tenté de persuader Erdogan de cesser sa guerre d’agression contre Afrin en échange du déploiement de gouvernementaux syriens sur la frontière syro-turque. Ce, afin de donner satisfaction au Sultan, qui prétexte l’existence d’une menace en provenance des Kurdes d’Afrin contre son pays pour justifier sa guerre d’éradication contre les Kurdes.

 

Ce sont ces discussions qui avaient occasionné 24h de cessation relative des hostilités, relatée par la Ména, de la part d’Ankara, de la moitié de vendredi [16 février] passé à la mi-journée du samedi suivant. Les négociations ont achoppé sur l’exigence de la part d’Erdogan du départ de tous les combattants YPG d’Afrin, ce qui n’est pas envisageable par les Kurdes. Dès lors, les observateurs syriens se sont mués en combattants paramilitaires syriens.

 

L’accord entre les YPG et la junte Assad prévoit qu’il n’y a pas de contrepartie politique au déploiement de ces renforts.

 

D’autre part, le même Bashar al Assad empêche les Kurdes de laisser transiter des Peshmerga du saillant de Manbij par Alep pour prêter main forte à leurs frères d’Afrin. Dans ledit saillant où j’ai pris mes quartiers, le ressentiment est très vif, accompagné de la sensation d’impuissance face à la détérioration de la situation militaire dans l’enclave.

 

Les conditions de l’allié américain demeurent toutefois inchangées : le gage de la participation de l’Oncle Sam à la défense de Manbij et du reste du Rojava oriental reste conditionné par la non-participation des Forces Démocratiques Syriennes/YPG aux combats d’Afrin. Le front de Manbij reste calme par ailleurs, ce qui rend les Peshmerga du saillant terriblement fébriles.

 

Le sentiment général est que le monde occidental est en train de sacrifier Afrin à l’appétit du Sultan dément afin de préserver ses relations avec la Turquie. On évoque évidemment en référence l’épisode de l’invasion de la Bohême-Moravie, le 15 mars 1939 par les troupes hitlériennes, suite aux accords de Munich, sans la moindre réaction militaire des alliés démocratiques de la Tchécoslovaquie.

 

S’il fallait une preuve de la démence guerrière du dictateur Erdogan, durant la semaine écoulée, il a menacé d’envahir la Grèce ! Si ce fou commet un génocide à Afrin, la responsabilité des pays libres, de l’OTAN et de l’Union Européenne, s’en trouvera totalement engagée.

 

On apprend également, par notre correspondant à Beyrouth, Michaël Béhé, que deux chasseurs-bombardiers furtifs Soukhoï 57 (ou T-50), l’équivalent russe du F-35 américain, viennent d’arriver à la base aérienne de Khmeimim, à côté de Lattaquié. C’est la première fois que cet appareil de 5ème génération, dont il n’existe qu’une douzaine d’exemplaires en état de vol tout au plus, est déployé en vue d’activités opérationnelles.

 

Il semble que Vladimir Poutine ait l’intention de les tester en les faisant participer à la véritable "boucherie aérienne" à laquelle se livre impunément son aviation sur la province d’Idlib et d’autres secteurs encore entre les mains de la rébellion syrienne.