Afrin, jour 7 : crimes de guerre et crimes contre l’humanité (info # 012701/18) Version imprimable
vendredi, 26 janvier 2018

 

Par Perwer Emmal

 

Métula et Afrin 2h00, samedi, 1h00 à Paris

 

A l’issue d’une semaine de la guerre d’agression lancée par la Turquie contre l’enclave d’Afrin, qui ressemble à un triangle isocèle d’environ 60km de côtés, on peut précautionneusement commencer à parler d’un désastre pour l’Armée ottomane.

 

Ce septième jour de conflit, rebaptisé avec beaucoup d’à-propos "Guerre des effendis" par Jean Tsadik, dont les traductions de l’analyse d’hier sont passées de mains en mains dans le saillant de Manbij, a rappelé par son déroulement les péripéties des jours précédents.

 

L’Armée turque, assistée de ses mercenaires arabes et des miliciens d’al Qaëda qui lui prêtent désormais main forte, après avoir copieusement arrosé d’obus et de missiles – aériens et terrestres – les objectifs qu’elle entendait attaquer, s’est lancée à l’assaut d’une douzaine de villages et de collines frontaliers.

 

Malgré un très épais brouillard qui aurait dû faciliter la tâche des assaillants en dissimulant leur progression, en fin de journée, les guerriers du Sultan Erdogan se sont à nouveau retirés défaits et meurtris.

 

Au bout de sept jours, la seconde plus grande armée de l’OTAN, en dépit des déclarations d’intentions liminaires de ses chefs, n’a nulle part avancé de plus de 300 mètres dans le territoire du canton d’Afrin.

 

Les résultats de cette campagne sont à ce point catastrophiques que l’ennemi est obligé de mentir et de s’inventer des exploits militaires qu’il n’a pas obtenus. C’est ainsi que, ce vendredi, il prétend avoir conquis la colline de Qastal, sur le front d’Aziz, alors que cette vidéo des YPG, tournée juste avant la tombée de la nuit, permet de se convaincre qu’elle est toujours et solidement contrôlée par les Peshmerga.

 

Durant la journée écoulée, l’effort militaire des forces du Grand Turc a surtout porté sur les villages des axes de Rajo et de Jandairis situés sur la frontière internationale avec la Turquie.

 

Après avoir partout été contraint de se retirer en désordre des abords des villages d’Hamam, d’Amara, de Komrshé et de deux autres positions, l’agresseur a compté ses morts quotidiens jusqu’au nombre 28. Il a aussi été forcé d’en abandonner 5 sur le champ de bataille, 3 Turcs et 2 Arabes, dont les dépouilles ont été recueillies par les YPG.

 

Durant les affrontements, 5 de ses véhicules ont été oblitérés, dont 3 chars.

 

Les YPG ont perdu 7 combattants selon notre décompte, ce qui établit le bilan macabre depuis le début des hostilités comme suit : selon la somme des observations journalières de la Ména, 54 civils d’Afrin sont morts, de même que 4 en Turquie. Les YPG ont enterré 79 combattants dont 8 femmes des YPJ, alors que les Turcs et leurs complices islamistes arabes ont eu 358 tués et pas loin de 800 blessés.

 

Selon le commandement des Forces Démocratiques Syriennes dans lesquelles sont intégrées les YPG, sur la base d’un communiqué de ce jour, la campagne décidée par Recep Erdogan a coûté la vie à 59 civils d’Afrin, à 43 membres des YPG dont 8 femmes (sans compter les pertes de ce vendredi), et à 308 Turcs et mercenaires arabes, sans inclure les décès du jour non plus.

 

L’Observatoire Syrien des Droits de l’Homme, basé au Royaume-Uni, et souvent cité par des media occidentaux, est en train de perdre dans ce conflit la renommée de sérieux relatif qu’il s’était construite lors de la Guerre Civile Syrienne. Faute de relais sur ce théâtre d’opérations, ses bilans ont l’air d’être établis au hasard. L’OSDH affirme ainsi qu’il y a eu 33 morts civils, 53 dans les YPG et 72 Turcs et supplétifs arabes. De plus, les cartes des opérations qu’il présente sur son site Internet n’ont pas de rapport avec la réalité.

 

Cela reste sûrement plus réaliste toutefois que les chiffres du ministre turc de la Santé, Ahmet Demircan, qui, tout en admettant que 130 blessés de Rameau d’olivier sont traités dans les hôpitaux turcs, affirme dans le même élan que les pertes de son pays s’élèvent à 3 tués turcs et 11 arabes. Quant à son vénéré sultan, il déclarait, il y a deux jours, que les terroristes des YPG et de DAESH avaient perdu 268 "terroristes" depuis le déclenchement de l’opération.

 

Ne me demandez pas ce que DAESH a à voir avec cette campagne militaire, car personne n’en a la moindre idée.

 

Il est assurément pitoyable qu’un Etat de l’importance de la Turquie soit contraint de mentir à ce point pour dissimuler la vérité à ses citoyens.

 

C’est d’autant plus pathétique que cette campagne n’a aucune raison d’être. Non seulement les paisibles habitants d’Afrin et les combattants des YPG n’ont jamais attaqué ni même menacé d’attaquer la Turquie, mais même si Erdogan parvenait à occuper le territoire de ce canton, il ne saurait strictement pas qu’en faire.

 

Cette absence de motif pour attaquer Afrin fait de ce dictateur et de sa junte des criminels de guerre, qu’il conviendra de juger, lorsque les circonstances opportunes se présenteront, pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Simplement parce que tous les êtres humains qui sont morts à Afrin depuis samedi dernier, et quel qu’en soit le bilan exact, n’avaient pas de raison de mourir, sauf du fait du délire sanguinaire de ce tyran et de ses complices.