Alerte écarlate (011701/21) Version imprimable
dimanche, 17 janvier 2021

 

Dernières heures : Tsahal a décrété à la mi-journée, l’état d’alerte. Celui-ci est lié au contenu de l’analyse de Jean Tsadik qui suit. Nous conseillons, par mesure de précaution, à tous les Israéliens de se doter d’un récepteur radio fonctionnant sur batteries, de réserves d’eau potable et de nourriture facile à conserver, genre riz et pâtes, ainsi que d’aliments secs.

 

                                                                                                                                                

Alerte écarlate (011701/21) [Analyse]

Par Jean Tsadik

 

Ce qui a le plus retenu notre attention ces derniers jours, plus encore que les raids sur la Syrie, les manœuvres militaires et les mouvements de sous-marins et de bombardiers stratégiques, c’est une vidéo diffusée mercredi soir par le Commandement du Front Intérieur.

 

Davantage que la défense passive dans d’autres pays, le Commandement du Front Intérieur est l’unité de Tsahal chargée de préparer la population civile à un conflit ou à une catastrophe, l’assister pendant la crise et contribuer à la reconstruction après elle.

 

Or le "Commandement" a émis un communiqué sous forme de vidéo proposée sur un ton vaguement humoristique, invitant les Israéliens à se munir d’une bête radio à piles et à la ranger dans leurs abris individuels.

 

Regarder la vidéo :

https://youtu.be/vhehdiwddc4

 

Nir, le présentateur du clip, explique qu’en cas de coupure de courant ou d’interruption du Net et des réseaux téléphoniques, une bonne vieille radio fonctionnant sur batteries constituerait le seul moyen pour les habitants de se tenir informés de l’évolution de la situation et des mesures à prendre.

 

C’est tout. Mais c’est déjà beaucoup. Car pour que Tsahal prenne le risque de générer un mouvement de panique en répandant des "conseils" de ce genre, c’est assurément, au-delà du doute sensé, qu’il y a péril en la demeure.

 

On s’est évidemment demandé quel Etat ou organisation hostile pourrait associer les moyens et l’intention de détruire (par des bombardements ou par des cyber-attaques) nos sources d’électricité. De prime abord, nos doigts se sont instinctivement pointés vers le seul candidat possible, s’agissant de la "République" Islamique d’Iran.

 

Mais en y réfléchissant un peu, nous avons écarté cette hypothèse, en tous cas au niveau d’une initiative militaire spontanée des ayatollahs. En effet, leur posture actuelle consiste à attendre sans bouger une oreille la transition à la tête des Etats-Unis, le nouveau président ayant déjà annoncé son intention de réintégrer l’accord des 5+1 avec Téhéran sur le nucléaire.

 

uss_georgia.jpg

L’USS Georgia, de même que la plus formidable flottille de guerre réunie

depuis très longtemps, se trouvent en ordre de combat dans la région du Golfe

 

De plus, pour démontrer que ce ne sont pas des mots en l’air, Joe Biden a nommé aux postes clés de son administration la plupart des architectes de l’accord sous Barack Obama. A l’instar d’Antony Blinken au poste de Secrétaire d’Etat (ministre des Affaires Etrangères), qui en fut l’un des instigateurs directs. Pour la petite histoire, Blinken est cent pour cent israélite et fier de l’être, et parle parfaitement français pour avoir suivi sa mère à Paris lorsqu’elle s’est remariée avec l’écrivain (entre autres) Samuel Pisar.

 

A la tête de la CIA, Biden a pressenti l’avocat David S. Cohen, tout aussi israélite que Blinken, qui fut accessoirement "Sous-secrétaire au Trésor pour le terrorisme et le renseignement financier" sous Obama, et membre de l’équipe qui a participé aussi bien à l’accord avec l’Iran qu’à la gestion des sanctions relatives à ce pays.

 

Bien d’autres "ex-administration Obama" font partie des cadres de celle de Biden, ce qui exacerbe en Israël et dans les Etats arabes particulièrement la crainte d’avoir à subir une présidence Obama III qui ne dirait pas son nom. Et qui profiterait de l’âge canonique du Président et de ses problèmes de concentration pour gouverner à sa place

 

Parmi ces ténors, l’on retrouve John Kerry, certes au poste d’ "Envoyé présidentiel spécial pour les affaires concernant le climat". Mais aucun lecteur fidèle de la Ména n’aura oublié que Kerry fut le principal artisan et négociateur des accords avec le ministre iranien des Affaires Etrangères Mohammed Zarif. A cette position, il se montra souvent hermétique aux intérêts israéliens, pour ne pas dire franchement hostile. A Jérusalem, au Caire, à Riyad et à Abou Dabi on se demande si Kerry ne va pas tenter d’influencer le président novice afin de l’amener à se rapprocher de la théocratie islamique, à nouveau pratiquement à n’importe quel prix.

 

A part cela, pour ceux à qui cela aurait échappé, John Kerry est aussi d’origine israélite, mais ses grands-parents, émigrés d’Autriche-Hongrie, s’étaient convertis au catholicisme. Cela n’a évidemment aucune incidence sur la politique américaine, mais il y a vraiment beaucoup de Juifs dans l’équipe Biden, la plupart étant également des anciens réalisateurs des orientations politiques de Barack Obama. Pour ne considérer que la direction de la sécurité nationale et la politique étrangère, cinq des huit responsables choisis par Biden répondent à ces deux critères. Outre Blinken et Kerry déjà mentionnés, Merrick Garland sera procureur national, Alejandro Mayorkas, Secrétaire à la Sécurité intérieure des Etats-Unis, et Avril Haines occupera le poste de directrice du Renseignement national.

 

Les détails qui précèdent quant à la formation de l’administration Biden démontrent au moins deux choses. Premièrement, l’attachement fondamental de l’intelligentzia juive américaine au parti Démocrate, quels que puissent être ses choix politiques à l’égard d’Israël. Deuxièmement et précisément, que l’on peut être juif américain et bien dans ses bottes, et en désaccord profond avec les orientations sécuritaires de Jérusalem.

 

Car à Sion, on a peur de ce qu’il va se passer sous la présidence de Biden. Ne serait-ce que pour les raisons et les personnalités que je viens d’évoquer. Ici, on considère que la théocratie perse et son projet de bombe atomique constituent la menace existentielle primordiale et imminente qui pèse sur Israël et sur le reste du monde.

 

Au point que l’on envisage d’en détruire les infrastructures avant que la nouvelle administration puisse être tentée d’opposer son veto à une offensive israélienne.

 

C’est ce qui explique le clip du Commandement du Front Intérieur. Ce n’est pas que l’on appréhende une attaque iranienne ces prochains jours, ni même de la part de la milice supplétive libanaise Hezbollah des Iraniens. Les Iraniens n’ont même pratiquement pas réagi à la plus grosse opération israélienne de tous les temps visant leurs troupes, la semaine dernière, dans l’extrême est de la Syrie.

 

Un raid qui, contrairement à ce que vous ont dit les autres media, mais comme nous l’annoncions pour notre part le jour même de l’intervention de l’Aviation israélienne, a causé la mort de dizaines voire de centaines de personnes. 101 militaires iraniens et miliciens auxiliaires sont décédés, et 127 autres ont été blessé, dont 28 sont, ce dimanche, dans un état grave, et 7 parmi ceux-ci, désespéré.

 

Ces bilans ont été recueillis ce jour dans les hôpitaux de la région par le chef de la Ména libanaise, Michaël Béhé, spécialement à l’hôpital militaire du régime à Deïr ez-Zor, et à l’hôpital Aïcha à Boukamal.  

 

Les Perses n’ont pas réagi à ces frappes qui ont réduit en poussière l’essentiel de leur positionnement à la frontière syro-irakienne, pour la raison qu’ils espèrent que Joe Biden réintégrera l’accord des 5+1, au pire avec quelques modifications d’ordre esthétique.

 

Or pour le Renseignement hébreu, la théocratie se trouve désormais à un an de la bombe. Ce, grâce aux actions de retardement menées par Tsahal et ses alliés, et notamment le sabotage sur le site de Natanz des centrifugeuses de dernière génération en possession du régime. Des machines nécessaires à l’enrichissement suffisant de l’uranium pour confectionner l’arme atomique.

 

A Jérusalem, on ne permettra pas aux ayatollahs de réaliser leur projet. Même si cela doit nous brouiller durablement avec le gouvernement américain. Pour nous, il s’agit d’une question de vie ou de mort.

 

Ceci dit, autant intervenir avant que Joe Biden ne prenne ses quartiers. Oui, je sais il reste à peine deux jours avant l’intronisation, et trois nuits aussi. Mais très clairement : si Tsahal a intimé aux Israéliens de se munir de radios à piles, ce n’est pas qu’il craigne une attaque iranienne, c’est qu’il prépare la nôtre.

 

Cela ne signifie pas non plus que nous allons intervenir d’ici mercredi, c’est que le gouvernement, l’état-major israélien, celui de l’Armée américaine et le Président Trump, toujours en exercice, ont décidé de se ménager cette opportunité. De la maintenir réalisable en cas de feu vert.

 

Est-ce à dire aussi que nous craignons qu’en représailles les Iraniens ou leurs supplétifs du Hezbollah bombardent nos centrales électriques ? Modérément. Leurs chances d’y parvenir ne sont pas nombreuses, mais il vaut mieux préparer les scénarii du pire si l’on entend se réjouir du meilleur. Non seulement l’ennemi n’a toujours pas apporté la preuve que ses missiles balistiques et ses drones d’attaque sont capables de toucher un objectif en Israël, mais ils sait pertinemment que s’il essayait, il déclencherait une pluie de missiles de précision ultime qui réduiraient à l’état de ruine l’Armée du régime et ses infrastructures, et qui éliminerait ses leaders politiques. Au Liban, en cas d’agression du Hezb, à l’issue d’une confrontation d’un niveau jamais encore atteint, la milice terroriste cesserait d’exister, mais une bonne partie du Liban également.

 

En fait, l’Armée israélienne ne redoute pas principalement une riposte militaire de l’ennemi. La raison de diffusion de la vidéo de la protection civile est ailleurs : en cas d’attaque de notre part, Tsahal aurait recours à des brouillages électrostatiques sur une très large échelle. 

 

Nous le savons car le 6 septembre 2007, lors de l’opération "Hors de la boîte", également baptisée "Verger", lorsque huit appareils de l’Aviation israélienne, le Khe’l Avir, avaient oblitéré le réacteur nucléaire syrien, non loin de Deïr ez-Zor, toute la région avait souffert de ces brouillages.

 

En Syrie ils furent si denses, que l’ensemble des radars fut aveuglé, et que la DCA ne vit pas venir les F-15 et les F-16.

 

Au Liban et dans la zone frontalière où nous nous trouvons, les réseaux de téléphonie mobile, Internet et la télévision cessèrent de fonctionner. C’est d’ailleurs ce phénomène qui nous mit la puce à l’oreille et permit à la Ména d’annoncer l’attaque trois jours avant tous les autres media.

 

Dans les jours prochains, si une opération massive en Iran est déclenchée, nous connaitrons sans doute les mêmes effets, et peut-être même étendus à l’ensemble d’Israël et augmentés en intensité. Or à cette aune, ce sont certaines ondes radio qui résistent le mieux, d’où l’injonction faite aux habitants de se munir de récepteurs autonomes.

 

Ce que j’avance dans cet article ne souffre aucun doute. Non pas de l’éminence certaine d’une frappe israélienne, mais des préparatifs en vue de la rendre possible. Sinon Tsahal n’aurait pas diffusé cette vidéo.

 

Et l’Armée U.S. ne serait pas sur le qui-vive. Ce matin encore, et pour la cinquième fois depuis le début de ce mois de janvier, des Buff, le nom familier du bombardier stratégique (capable de bombardement nucléaire) B-52, du Global Strike Command américain, ont survolé Israël en direction du golfe arabo-persique. Ils ont la particularité d’avoir l’autonomie suffisante pour décoller des USA et larguer 31.5 tonnes de bombes sur n’importe quel point de la planète sans avoir à se ravitailler en vol.

 

Mais ce n’est pas tout. Le porte-avions USS Nimitz entouré de toute son escorte est sur zone, de même que de nombreux autres bâtiments. A l’instar du sous-marin nucléaire USS Georgia, avec 150 missiles Tomahawk dans ses entrailles, qui a été filmé par deux hélicoptères iraniens en train de franchir le détroit d’Hormuz en surface.

 

Les navires et les sous-marins américains et alliés sur zone, dans le Golfe et dans l’océan indien, sont capables à eux seuls de détruire plusieurs fois l’Iran.

 

Les Perses sentent aussi monter la tension, ils ont tiré hier (samedi) des missiles balistiques qui se sont écrasés en mer à 180km du Nimitz, et à 35km de navires marchands qui croisaient dans le secteur. Ces derniers jours, l’Armée de la Théocratie multiplie les exercices et inonde le Net de vidéos montrant des tirs de missiles, lorsque ce n’est pas des visites guidées de fortifications souterraines.

 

Nul doute que ces images ne font pas beaucoup d’effet sur les militaires américains et israéliens. L’idée est que l’assaut soit mené par des avions, des missiles et des drones israéliens, pour permettre à Donald Trump de ne pas être celui qui ouvre les hostilités. Ce qui nécessiterait l’accord du Congrès et serait sans doute refusé, si près de la passation de pouvoir à Joe Biden.

 

En cas de riposte iranienne, l’Army, la Navy et l’Air Force seraient contraints de réagir, ne serait-ce que pour protéger le personnel U.S. présent en nombre, notamment à Bahreïn et en Arabie Saoudite.

 

Israël a-t-il les capacités d’anéantir seul les infrastructures nucléaires, les missiles et la DCA iraniens ? La réponse est sans aucun doute oui. Tsahal s’y prépare depuis des mois voire des années. Et les Iraniens ne disposent pas des armes défensives nécessaires à empêcher les frappes des Hébreux, ni même à les gêner dans l’accomplissement de leur tâche.

 

Israël a-t-il la capacité de réaliser les oblitérations voulues en 48 heures ? A cette question aussi, la réponse est oui. Même s’il faudrait quelques jours de plus pour peaufiner le travail. Un temps additionnel dont il pourrait disposer en cas de riposte de l’Armée persane.

 

La question subsidiaire consiste à savoir si le Hezbollah libanais ouvrira un second front à la demande de ses mentors de Téhéran. Nous sommes nombreux et à tous les échelons à nous poser cette question. Pour ma part, je ne pense pas qu’il le fera, pour les raisons que j’ai développées précédemment. Les dirigeants de la milice terroriste chiite libanaise ne sont pas suicidaires, et ils l’ont prouvé lors de crises précédentes. De plus, ils connaissent spécifiquement les menaces qui pèsent sur leurs têtes.