Aulnay : la France attaquée aux obus de mortier (info # 010602/17) Version imprimable
lundi, 13 février 2017

 

Par Patricia La Mosca

 

Rama Yade, ancienne secrétaire d’Etat de Nicolas Sarkozy et candidate à la présidence française, s’est fendue de la déclaration suivante au sujet des évènements qui secouent actuellement Aulnay-sous-Bois, dans la banlieue parisienne : "C'est toute la jeunesse des quartiers populaires que la police a humiliée par cet acte infâme. Qu'est-ce que c'est que la République pour ces jeunes qui subissent l'humiliation de la part de ceux qui devraient les protéger ? Comment après leur parler des valeurs de la République ?".

 

Ce commentaire fait écho à celui de Bruno Beschizza, ancien officier de police et maire LR d’Aulnay, qui s’émeut : "La police est là pour protéger et non humilier nos concitoyens".

 

Face à eux, une presse qui non-informe, un peu à la manière de ce qu’elle fait au sujet du conflit israélo-palestinien. Elle a autant de manque d’égards et de non-curiosité à propos des forces de l’ordre françaises que des soldats de Tsahal. Elle les juge avant la justice et dissimule les faits susceptibles d’expliquer leur comportement.

 

Cette presse de l’Intifada, de même que les personnalités politiques qui ne cherchent plus qu’à plaire aux électeurs de confession musulmane à tout prix, en viennent à ignorer la fonction même de la police : elle ne consiste pas à protéger les vendeurs de drogue mais principalement à maintenir l’ordre, ce qui est une véritable gageure dans certaines portions du territoire comme dans la Cité des 3 000 à Aulnay. Et c’est en maintenant l’ordre, qu’elle protège l’ensemble de nos concitoyens, et uniquement de cette manière.

 

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Certes, mais de quelle justice parlent-elles ?

 

J’ignore bien sûr si, comme les en accuse la rumeur publique, des policiers ont violé un habitant de cette cité âgé de 22 ans, et s’ils l’ont fait, ils doivent être condamnés par la justice sans le moindre état d’âme. Mais de toute façon, il n’existe pas de cause à effet entre l’éventuelle responsabilité des gardiens de la paix et l’innocence, voire l’héroïsme du jeune homme en question.

 

Nous connaissons d’autres éléments factuels qui sont soigneusement ostracisés ou déformés par nos confrères journalistes français, et que l’opinion publique doit partager pour être en mesure de se faire une idée équilibrée de cette affaire.

 

A commencer par les circonstances de l’interpellation qui s’est déroulée jeudi passé ; vers 17 heures, ce jour-là, les policiers ne se sont pas livrés à un contrôle d’identité de routine, loin s’en faut. Ils intervenaient dans un quartier régi par les marchands de drogue, dans lequel tout représentant de l’Etat qui tente de se mesurer à eux risque sa vie. Car ce qui n’a pas été dit est que la Cité des 3 000, de son vrai nom, la "Rose des vents", avec ses HLM aux formes géométriques conçus dans les années 70, abrite plus de 20 000 personnes et constitue, sans l’ombre d’un doute sensé, l’un de ces fameux territoires perdus de la République.

 

Les policiers tentaient un coup de filet contre des gros bonnets du trafic de stupéfiants à l’occasion d’une opération surprise. Preuve en est qu’ils étaient venus munis de gaz lacrymogènes, dont ils ont d’ailleurs eu à se servir pour se dégager.

 

Lors de leur action, ils se sont rapidement rendu compte que les "guetteurs", désormais disséminés aux alentours de tous les points de vente de came, ont averti les dealers de l’arrivée de la maréchaussée en émettant des signaux bien connus des forces de l’ordre. Dès ce moment, tous les acteurs du commerce de la drogue opérèrent un retrait rapide vers des positions préparées à l’avance depuis lesquelles ils ont menacé et filmé les fonctionnaires.

 

Tous, sauf un, dont la fonction était, très probablement, de ralentir les policiers afin de permettre aux vendeurs de récupérer leur marchandise et de prendre la poudre d’escampette. Ceci éclaire l’acharnement des quatre hommes – sans l’excuser aucunement - aujourd’hui inculpés, contre l’individu qui a fait capoter leur plan.

 

Le jeune homme s’est ainsi débattu de toutes ses forces, même au sol, jusqu’à en perdre son pantalon, contre les représentants de l’Etat qui le traitaient il est vrai sans le moindre ménagement. Sur les images filmées par des témoins de la scène, on distingue que l’homme est ensuite menotté et poussé dans un véhicule de police pour être emmené au commissariat. A son arrivée, constatant qu’il saigne au niveau des fesses, il est transporté par les pompiers à l’hôpital Robert Ballanger, où un médecin diagnostiquera une "déchirure de l’anus sur 10cm".

 

Dimanche soir, l’un des quatre policiers est mis en examen pour viol, et trois de ses confrères, pour violences volontaires. Dimanche matin, pourtant, le parquet de Bobigny, après une enquête préliminaire, avait requalifié les faits de "viol en réunion" en "violences volontaires". Sur les vidéos, on voit en effet un policier asséner au jeune homme un coup de matraque télescopique horizontal au niveau des fesses. Les mêmes vidéos montrent que son pantalon a glissé durant la bagarre, écartant de la sorte une éventuelle intention sexuelle de la part des policiers.

 

Dès jeudi soir, le parquet avait confié l’enquête à l'Inspection Générale de la Police Nationale (IGPN). L’accusation de viol émane de Théo, le jeune homme de 22 ans, qui prétend qu’on lui a intentionnellement enfoncé une matraque dans l’anus lors de son interpellation sur la voie publique.

Pour sa part, le secrétaire général adjoint du syndicat Alliance de la Police Nationale, Frédéric Lagache, rappelle à juste titre qu’ "autant dans les conclusions de l'IGPN que dans celles du parquet, il n'y aurait pas eu une intention de viol contre cette personne. A aucun moment, nos collègues n'ont eu une intention de commettre ce crime, parce qu'un viol c'est un crime".

 

Pour en avoir le cœur net, j’ai questionné indépendamment deux chirurgiens spécialisés dans les traumatismes pour leur demander, sans mentionner l’affaire d’Aulnay, si un coup de matraque sur une personne nue pouvait occasionner une déchirure de 10cm au niveau de l’anus sans qu’il y ait eu pénétration. Les deux m’ont répondu sans hésitation par l’affirmative, et les deux ont précisé qu’un examen approfondi de la blessure révélerait à coup sûr si elle a été occasionnée par une pénétration ou par un coup porté horizontalement, les caractéristiques des deux types de blessures étant différentes. Depuis, l’anus de Théo a été recousu et les enquêteurs connaissent sans doute la réponse à ce questionnement.

 

Frédéric Lagache espère, de plus, "que le juge n'a pas pris cette décision [les mises en examen, dimanche soir] au regard de tout ce déferlement médiatique qui a fait qu'il a subi une pression pour mettre en examen ce collègue pour viol".

 

En fait, il ne s’agit pas uniquement d’un déferlement médiatique et des accusations de plusieurs personnalités politiques visant les fonctionnaires. Ce que le délégué syndical et les media français passent sous silence ou amenuisent considérablement, ce sont les émeutes qui secouent Aulnay-sous-Bois depuis samedi dernier.

 

Ces émeutes sont d’une violence inouïe qui inclut l’utilisation d’armes de guerre. La compagnie de CRS appelée en renfort a ainsi essuyé des tirs tendus de mortier, un type d’arme plus fréquemment utilisé par le Hamas à Gaza qu’en banlieue parisienne. Suite à ces tirs, cinq personnes ont été appréhendées.

 

Des bandes ont également saboté l’approvisionnement électrique de la cité, qui a été plongée dans l’obscurité une bonne partie de la nuit de samedi à dimanche. D’autre part, de nombreuses voitures ont été incendiées – et non pas une seule comme rapporté par les media franciliens -, plusieurs abribus ont été pulvérisés et un bus partiellement ravagé par le feu.

 

Présente la plupart du temps sur place, j’ai pu constater, d’une part, que certaines rues ressemblent à un champ de bataille, et d’autre part, que les émeutiers agissent de façon parfaitement organisée et synchronisée, les attaques contre les forces de l’ordre étant brèves, mais d’une violence extraordinaire et parfaitement ciblées.

 

Il ne fait aucun doute dans mon esprit que ces désordres sont largement plus significatifs et préoccupants que le possible débordement d’officiers de police sur un individu lors d’une opération anti-drogue.

 

Reste que l’establishment français fait bloc et prend le plus grand soin à ne pas fustiger les fauteurs de troubles. Je suis en particulier incrédule face aux propos de Rama Yade, totalement déconnectée de la réalité de la banlieue de ce début de 2017. Ses propos que j’ai déjà cités, "C'est toute la jeunesse des quartiers populaires que la police a humiliée par cet acte infâme. Qu'est-ce que c'est que la République pour ces jeunes qui subissent l'humiliation de la part de ceux qui devraient les protéger ?", représentent à la fois une dangerosité inconsciente, une justification des actes d’agression contre les fonctionnaires de l’Etat, un encouragement à la violence, et un jugement – acte infâme – qui est tout sauf avéré et qui devrait rester l’apanage de la justice après une enquête méticuleuse.

 

En quoi "toute la jeunesse des quartiers populaires" a-t-elle été "humiliée" parce que des policiers ont courageusement tenté de faire leur métier en combattant les trafiquants de drogue ?

 

Nous sommes en pleine philologie des racailles, dont le but est de pérenniser leur emprise sur ces quartiers et de continuer à tenir leur population en otage. Si c’était sa voiture qui avait été incendiée, Madame Yade saisirait immédiatement ce dont je parle.

 

C’est bien entendu gravissime. Cela entraîne naturellement la démotivation dans les rangs des policiers avec lesquels je me suis entretenue ces derniers jours ; ils ne saisissent pas pourquoi ils sont ainsi jetés aux gémonies par une presse quasi-unanime. Un officier désabusé m’a ainsi confié : "Ils ne pigent pas la signification de l’utilisation des mortiers contre nous, et ils se forcent à ignorer que ces banlieues dissimulent des arsenaux très fournis en armes de guerre". Un autre ajoutant : "Ils ne s’en émeuvent que lorsqu’elles leur pètent à la gueule, lorsque des individus issus de ces pépinières de terroristes traversent le Périphe. C’est la France qu’ils combattent.".

 

C’est à ce moment que je m’aperçois que je suis adossée à un muret qui porte l’inscription "Viv (sic) Mohamed Merah !" en rouge, au milieu d’un tas d’autres graffitis en arabe.

 

Ces évènements et ce que j’apprends dans ma fréquentation des banlieues me fait penser que nous sommes en train de passer de la démocratie à la gestion des intérêts publics par la rue. Je partage l’inquiétude du délégué du syndicat de police quant à la décision des juges, car il n’y a, dans le dossier et en l’état, aucun élément permettant une mise en examen pour viol. La thèse selon laquelle ces quatre policiers sont utilisés comme boucs émissaires pour tenter d’apaiser les voyous me semble plus plausible en vertu de ce que je sais.

 

C’est le contraire qui va arriver. Ces gangsters sont pleins d’enthousiasme, d’idées et d’énergie ; ils rayonnent face à un système politique malade, et ils fêtent la décision du juge, la posture de la presse et les déclarations des hommes politiques comme autant de victoires. Nous sommes dans la ligne de Benoît Hamon qui les plaint, et je n’ose imaginer ce qu’il adviendra s’il passe.

 

Les gouvernants privés d’épine dorsale qui se laissent dicter leur conduite par des gens qui piétinent la loi, voilà qui me fait penser aux articles de Juffa et d’[Ilan] Tsadik à propos des évènements d’Amona, très loin d’ici. Et ce ne sont probablement pas les seules ressemblances entre la France et Israël.