Autorité Palestinienne Mafialand (012806/21) Version imprimable
lundi, 28 juin 2021

 

Par Sami el Soudi

 

Ces quatre derniers jours, les territoires soumis au contrôle de l’Autorité Palestinienne [AP], soit 42.1% de la Cisjordanie, sont la proie de très violentes manifestations contre le régime de Mahmoud Abbas.

 

Les points les plus chauds sont Hébron [ara.: al Khalil], la plus grande ville palestinienne en Judée-Samarie avec ses 200 000 habitants, Ramallah, où se situe le siège du gouvernement de l’Autorité, et la mosquée al Aksa à Jérusalem.

 

Les manifestants lancent des pierres sur la Police, laquelle riposte en tirant des pluies de grenades lacrymogènes, en chargeant la foule et en bloquant les rues.

 

Les slogans les plus répandus sont "On exige l’argent de l’aide internationale !", "Des élections maintenant !", par référence aux élections générales qui étaient censées se dérouler en mai et qui ont été renvoyées aux calendes grecques par Abbas et le Fatah lorsqu’ils se sont persuadés qu’ils allaient les perdre.

 

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Le palais que s’est fait construire Mahmoud Abbas

La stagnation n’est visiblement pas également pénible pour tous les Palestiniens

 

On entend aussi et on voit les pancartes "Corrompus !" ou "Pourris !", ou "Assassins !", mais l’exigence de prédilection adressée à Abou Mazen [le surnom de Mahmoud Abbas] est  "Va-t’en !", "Tire-toi !".

 

On se croirait presque à l’une des manifestations à la rue Balfour à Jérusalem, les soirs de l’an dernier, lorsque les gens demandaient à Binyamin Netanyahu de quitter le pouvoir. J’y suis allé une fois avec Ilan Tsadik. La différence consiste en cela que les Israéliens étaient bon enfant tandis que les Palestiniens ne sont pas très nombreux mais ils sont carrément vindicatifs et violents. Ce sont deux réalités différentes.

 

Surtout, cette flambée de violence fait suite à la mort en détention jeudi dernier de Nizar Banat, 43 ans, de la banlieue de Dira, à l’ouest d’Hébron.

 

Banat était un défenseur des droits de l’Homme ainsi qu’un critique connu d’Abbas, de l’AP et également de l’opposant de droite à Abbas, Mohammed Dahlan.

 

Il s’exprimait sur les réseaux sociaux, principalement sur Facebook où il était suivi par quelques 100 000 personnes.

 

Il produisait entre autres des vidéos décrivant la corruption ambiante. A la toute fin du mois d’avril dernier, sa maison familiale avait été prise d’assaut par les Forces de la Sécurité Préventive, les unités spéciales de la Police palestinienne [entraînées par des officiers américains], après qu’il a demandé à l’Union Européenne de réduire les crédits qu’elle accorde à l’AP, suite à l’annulation des élections législatives et présidentielles.

 

Nizar Banat s’était inscrit au scrutin à la tête d’une organisation : La Liste pour la Liberté et la Dignité.

 

L’Union Européenne avait vivement protesté contre l’attaque de sa maison. Elle a également protesté contre le meurtre de l’opposant, à l’instar des Etats-Unis d’Amérique et de l’ONU.

 

Banat avait souvent goûté à l’hospitalité des prisons de l’Autorité et au régime de tortures qui y règne. Les chefs d’accusation régulièrement retenus contre lui étaient : "insultes au sentiment national, agression contre l'Autorité Palestinienne, et incitation à la violence contre cette dernière".

 

Jeudi dernier, à l’aube, les policiers d’Abbas ont à nouveau pénétré dans sa demeure. Selon la famille les forces de l’ordre ont utilisé du gaz, l'ont violemment battu et traîné dans un véhicule.

 

Une heure à peine plus tard Banat était mort, et l’Autorité Palestinienne annonçait officiellement son décès. Pour la famille, il s’est agi d’un assassinat.

 

C’est fort possible au regard du fait que sa mort est intervenue quasi-immédiatement au moment de son incarcération.

 

C’est encore plus plausible à la lecture du rapport du médecin légiste qui a pratiqué l’autopsie. Selon le Dr. Samir Abu Zarzour en effet, "les blessures sur le corps de Banat indiquent qu'il avait été frappé à la tête, à la poitrine, au cou, aux jambes et aux mains".

 

Cela ressemble à des maltraitances avec l’intention de tuer.

 

Le Premier ministre palestinien Mohammad Shtayyeh a annoncé qu’une enquête avait été lancée. Le public palestinien n’en attend strictement rien, car toute l’institution de l’AP est faisandée jusqu’à la moelle.

 

Si le meurtre de M. Banat fait autant de vagues, c’est parce qu’il ne s’agit pas d’un cas isolé, mais d’une bavure survenue dans le cadre d’une situation globale et qui l’illustre parfaitement.

 

L’AP est une dictature, principalement à la solde de Mahmoud Abbas, de ses fils, de sa famille, de ses proches et des barons du Fatah. Politiquement, après le lâchage de facto par la plupart des capitales arabes, en raison de l’extrémisme de ses positions, de son absence d’initiatives, de l’engloutissement de milliards de dollars d’aide internationale, et du rapprochement de ses alliés naturels avec Israël en raison de la menace iranienne, l’AP est un ectoplasme.

 

Abou Mazen - qui compte 85 printemps et dont l’état de santé est chancelant - et ses fils habitent des palais des mille et une nuits tandis que la population se démène difficilement dans la misère, sans aucune éclaircie à l’horizon.

 

La survie physique du Président de l’Autorité Palestinienne et de cette dernière dépend totalement des Israéliens. Si la Sécurité Intérieure des Hébreux cessait sa protection, ils disparaitraient rapidement.

 

Il y a quelques semaines, à Djénine, trois membres de notre Police ont trouvé la mort lors d’échanges de tirs avec les forces israéliennes. C’était la faute des policiers, ils étaient en train d’aider à l’exfiltration de terroristes avérés. Mais en temps normal, l’AP aurait généré des émeutes un peu partout aux points de friction avec l’Etat hébreu. La légitimité ne l’a jamais étouffée.

 

Mais là rien. Au contraire, la Moukata de Ramallah a pris des dispositions afin d’empêcher les protestations spontanées. Même les Israéliens qui s’attendaient au pire ont été surpris.

 

Et durant la dernière confrontation à Gaza, la même Moukata a étouffé dans l’œuf toutes les manifestations de solidarité avec le Hamas. Il est vrai que, par endroits, des policiers de l’AP étaient au bord de la révolte et menaçaient de passer au Hamas. C’était évidemment un risque trop grand pour Abbas.

 

De façon cocasse, force est de constater qu’il y a eu cent fois plus de protestations parmi la population arabe d’Israël que dans les territoires contrôlés par l’AP.

 

Si la Cisjordanie s’était à son tour enflammée, les Israéliens auraient eu bien plus de mal à faire revenir l’ordre. Inversement, faute de la mobilisation de la Cisjordanie, la révolte des Arabes israéliens était condamnée à ne durer que quelques jours.

 

Aujourd’hui, plus personne n’évoque la création d’un Etat palestinien, parfois, l’on préconise la "solution à deux Etats", mais honnêtement, c’est sans conviction.

 

Particulièrement, parce que la politique de dissémination des implantations juives s’intensifie et elle est planifiée de telle sorte que les agglomérations palestiniennes soient isolées les unes des autres.

 

Dans ces conditions, la perspective de former un Etat indépendant sur un territoire contigu n’est plus qu’une vue de l’esprit. Les Juifs peuvent compter désormais sur une population de zélotes de 400 000 pionniers dans les implantations. Si extrémistes que l’Armée israélienne se voit parfois contrainte de les déloger d’avant-postes pirates par la force. Cette population a quasiment doublé en vingt ans.

 

Dans ces conditions, la direction de l’AP ne peut ni pousser vers un Etat indépendant, ni appeler à une nouvelle Intifada. Cela la cantonne à l’immobilisme et pousse les responsables à gérer le présent sans prendre d’initiative, à part se remplir les poches sur les deniers publics.

 

Au moins, le Hamas poursuit un objectif défini. C’est du moins ce que se dit la majorité des Palestiniens de Cisjordanie. Mais Nizar Banat n’était pas un membre de la Résistance Islamique, ce, bien que son quartier de Dura fût islamique à 80%.

 

Ensuite, il est fort possible que ce soit le Hamas qui orchestre le mouvement de protestation. En tout cas, il appelle ses sympathisants à descendre dans la rue.

 

Mais même ses exhortations sont moyennement suivies. Si l’on se donne la peine d’effectuer le décompte approximatif des manifestants présents lors de chaque rassemblement, on en dénombre de 200 à 800, guère plus. Or je me souviens aux mêmes endroits de cortèges rassemblant 10 000 personnes. Même davantage.

 

La vérité est que la population est résignée. Il y a eu l’étincelle d’un nouvel espoir, particulièrement lorsque les gens ont entendu que des roquettes avaient été tirées sur Tel-Aviv. Pas par envie de tuer, mais grâce au sentiment éphémère d’exister, de devoir être pris en compte, de ne pas être transparent.

 

Puis c’est retombé. Aussi vite que c’était arrivé. Nous ne sommes pas fous, nous voyons bien que depuis la riposte de Tsahal aux cerfs-volants incendiaires, le Hamas n’a pas tiré une seule roquette ni lancé un seul autre cerf-volant.

 

Il se murmure ici avec insistance que les Israéliens ont informé le Hamas directement, sans passer par les Egyptiens, qu’en cas de récidives des tirs, "ils le renverraient à l’époque des arcs et des flèches", et "qu’ils lui feraient regretter Netanyahu".

 

Le tout, accompagné de raids fulgurants comme jamais auparavant en pareilles circonstances.

 

Le Hamas est à genoux, il n’a pas les moyens de reprendre les hostilités. Lors, il négocie en secret avec Jérusalem. La zone de pêche vient d’être élargie, et du fioul qatari est entré aujourd’hui à Gaza.

 

Un responsable du Hamas m’a confié au téléphone pas plus tard qu’hier : "Il y a un sacré changement. Ce sont maintenant les militaires et Gantz qui décident. En fonction de l’évolution sur le terrain et de la sécurité de leurs agglomérations. Ca n’est plus un seul bonhomme qui prend toutes les décisions en fonction de ses préférences politiques. Ce n’est pas bon pour nous, c’est devenu rapidement nettement plus difficile".

 

A Gaza, et à son pourtour en Israël, c’est le calme plat.

 

Le Hamas non plus n’est plus l’avenir des Palestiniens.

 

Tant que les Israéliens le soutiennent à bout de bras Mahmoud Abbas ne tombera pas. Mais il doit aussi marcher droit. Les Israéliens ont besoin d’un gouvernement à la Moukata pour administrer les grandes villes palestiniennes et surtout, afin de s’assurer de la coopération des Forces de la Sécurité Préventive. Elles font un sacré boulot face aux islamiques et elles sont parfaitement synchronisées avec l’Armée israélienne. C’est normal, elles poursuivent le même objectif.

 

La situation actuelle durant laquelle il ne se passe rien me paraît un excellent moment pour se remettre à parler. Au nouveau gouvernement israélien de prendre l’initiative. Il faut trouver une solution. Ouvrir un horizon aux quatre millions et quelques de Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza. Parce que quatre millions de personnes humiliées et dirigées par des malades djihadistes et par des corrompus, c’est une bombe à retardement. Aux Israéliens d’avoir de l’imagination et du courage.

 

Tic-tac tic-tac tic-tac…