Belgique : après l’insulte de quelques uns, le déshonneur de tous (info # 010903/19) Version imprimable
samedi, 09 mars 2019

 

Par Bernardo Stenhof

(ambassadeur auprès des Nations Unies et au Conseil des droits de l’homme)

 

En Belgique, c'est légal. Stigmatiser spécifiquement une communauté nationale en la présentant comme l'amie des rats et ses membres comme des affameurs publics, c'est légal.

 

On se demande même de quoi les Juifs se plaignent "encore", à croire qu'ils en veulent au Carnaval et désirent déposséder la Belgique de l'une de ses plus importantes traditions culturelles.

 

L' "intention n'était pas méchante", souligne l'UNIA, "quand on examine la législation, il semble que tout soit resté dans les limites de la loi. Nous comprenons que certaines personnes se soient senties blessées mais l’intention n’était pas méchante".

 

L'UNIA est le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme. Parfois, l'antiracisme dans sa déclinaison belge peut surprendre. Car l'UNIA subjectivise le problème : ce ne sont pas les carnavalesques qui ont commis un acte antisémite caractérisé, mais les Juifs qui se sont sentis blessés. Et que peut la Justice face à l'hyper-sensibilité de "certaines personnes" ? Dont seuls six millions de parents ont été exterminés par un régime qui brandissait à leur encontre uniquement les mêmes motifs de haine qu’à Alost. Infondée, gratuite, encore sanglante, mais "pas méchante". 

 

Les Juifs sont décidément des gens curieux qui n'aiment pas apparaître tels des monstres vautrés sur les économies du peuple parmi leurs amis les rats ? Des gens qui n'appartiennent qu'à une seule communauté nationale spécifique et qui n'ont pourtant jamais volé un centime à personne.

 

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Un Juif belge et son ami le rat

 

Le quotidien Le Soir explique (heureusement parce que nous avions du mal à comprendre) : "Le char incriminé présentait deux mannequins affublés de stéréotypes juifs afin de railler le fait que le carnaval d’Alost était cette année contraint à l’économie".

 

On se félicite que personne n'ait coupé l'eau du stade municipal, ces cons auraient rouvert les chambres à gaz ! Le Soir est inconscient, antisémite, totalement stupide ou les trois à la fois. Dangereux en tout cas. Quelle est la relation entre les restrictions budgétaires du carnaval d'Alost et les Juifs ? Pour Le Soir, cela semble relever de l'évidence même, au point de faire l’économie de toute explication ! Cette causalité banalisée relève cependant du racisme à l'état natif.

 

Et si la Commission Européenne et même l’Unesco auxquelles, avant l’éclaircissement du Soir, les finesses de l’humour burlesque flamand avaient également échappé, ont condamné le plus fermement qu’elles pouvaient cet acte d’antisémitisme caractérisé, c’est sans doute qu’elles ne pipent rien au particularisme belge.

 

Ce particularisme qui fait qu’un petit monde entier d’intellectuels, de journalistes, de magistrats et de personnalités politiques et gouvernementales, mais aussi de citoyens lambda, cautionnent par leur silence pesant l’expression la plus sordide de haine des Juifs en 2019.

 

Ce minuscule modèle réduit de monde qui laisse les Juifs belges s’émouvoir seuls, et porter plainte seuls contre l’agression aux contours si terriblement primitifs qui les frappe.

 

Il y a péril en la demeure. Et le roi qui pourrait servir à quelque chose une fois en empêchant son royaume d'ajouter au malheur du monde est pris d'une extinction de voix.

 

Il y a décidément quelque chose de pourri au royaume de Belgique, se serait sans doute exclamé Hamlet devant un si misérable spectacle de démission générale.