Bruxelles-Métula du 19 mars 2018 (011903/18) Version imprimable
lundi, 19 mars 2018

 

© Metula News Agency

 

L’analyse de Stéphane Juffa au micro de Jim Mosko, dans le cadre de l’émission Bruxelles-Métula sur Radio Judaïca https://www.facebook.com/radiojudaica/videos/1438721542904675/ (Facebook).  Ou https://youtu.be/IZeZ9i3SIPw (Youtube)

 

Afrin ne deviendra donc pas un nouveau Stalingrad. Elle n’était géographiquement pas défendable, surtout pas à 1 contre 5, sans armes pour se protéger des avions, des chars et des canons.

 

Hier, Afrin est ainsi tombée sans résistance, cela faisait déjà une semaine que les combattants des Unités de Défense du Peuple s’étaient évacués vers leurs frères du saillant de Manbij, en passant par les zones tenues par l’armée de Bashar al Assad. Il n’était pas utile de les sacrifier pour une bataille perdue d’avance ; on risque d’en avoir grand besoin dans le Rojava oriental si le Sultan sanguinaire met à exécution ses menaces d’y poursuivre son agression.

 

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Merci de vous être battues pour nous là où nous n’étions pas

 

D’entente avec les Turcs, Assad a maintenu un corridor ouvert vers Alep, que les combattantes et combattants ont emprunté, dans le sillage de la population en fuite. Il ne reste plus beaucoup de civils non plus dans la capitale du canton : 350 000 ont quitté leurs maisons, sur les 450 000 qui y demeuraient. D’autres sont partis il y a quelques semaines déjà.

 

Le dictateur Erdogan se débarrasse ainsi de la plupart des habitants originaux d’Afrin, et Assad autorise ces "Syriens" à passer "sa" "frontière", mais les empêche de s’installer à Alep, afin de préserver les proportions démographiques de la ville. Les malheureux vont faire le difficile apprentissage du statut de réfugiés et des villages de tentes, et pour plusieurs années, à moins qu’ils soient autorisés à se réinstaller dans le Rojava oriental.

 

La Bataille d’Afrin aura fait 1 700 morts dans les rangs de l’Armée ottomane et de ses supplétifs arabes islamistes, ainsi que 5 500 blessés. Perwer Emmal estime qu’au final, les pertes de l’ennemi se monteront à près de 2 000 morts. Parmi ceux-ci, 400 Turcs, et le reste d’islamistes.

 

Les Kurdes, quant à eux, ont perdu de 550 à 850 Peshmerga, dont 250 à 350 ces 10 derniers jours (nous ne pouvons pas être plus précis, Perwer Emmal a perdu ses relais à cause de la bataille), après que le front a cédé. On dénombre également 500 morts parmi les civils, de même que 3 000 blessés, combattants et civils kurdes confondus.

 

On est d’autre part sans aucune nouvelle des zones désormais occupées par l’envahisseur, qui ne laisse filtrer aucune information à ce sujet, pas plus que sur les prisonniers. On est dès lors inquiet pour leur sort, d’autant plus que de vastes scènes de pillage des mains de la soldatesque turque sont observées et filmées à Afrin-city et ailleurs dans les territoires perdus.

 

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Afrin : situation le 18 mars 2018 à 18h

Service cartographique © Metula News Agency

Sur la base de la carte Wikipedia

 

Pourtant peu ou pas de couverture dans les autres media, particulièrement francophones. Et dans le peu de couverture de cet immense drame humain, beaucoup de mal-information provenant de confrères qui ne savent pas de quoi ils parlent ou qui reprennent sans les comprendre les infos de la propagande turque ou celles provenant de sources non fiables.

 

Ainsi l’AFP, qui abreuve ces jours les media francophones du chiffre de 1 500 combattants kurdes tués, suivant en cela l’estimation de l'Observatoire Syrien des Droits de l'Homme, qui n’en sait strictement rien. Les journaux ont à peine le temps de publier ces bilans aberrants, qu’il en tombe un autre… 3 500 Peshmerga éliminés, de source officielle à Ankara.

 

Le compte-rendu des media français est aussi minimaliste qu’informationnellement médiocre et  biaisé : pour eux, l’Armée d’Erdogan n’a pas "envahi" le canton d’Afrin, elle en a "pris le contrôle". Les termes "agression", "occupation", "colonisation", "invasion" sont réservés au conflit israélo-arabe et aux guerres des Juifs, même si là-bas, ils n’ont pas lieu d’être.

 

Pourtant, le gouvernement du Sultan maboule se déchaîne contre l’Europe, prédisant qu’elle "court au précipice, où ils sont emmenés par ses dirigeants défaillants", comme l’a relevé le ministre turc des Affaires Etrangères, Mevlüt Cavusoglu, jeudi dernier, ajoutant que "des guerres de religion vont commencer, car l'Europe effectue un dangereux pas en arrière".

 

Attention, même si Cavusoglu est inaccessible à notre discernement lorsqu’il affirme que l'Europe effectue, dans ce contexte,  "un dangereux pas en arrière", il y a des millions de travailleurs turcs en Europe occidentale, dont une grande partie est hypnotisée par les prophéties impérialistes et islamistes du nouveau pacha ! 4 millions pour la seule Allemagne, 500 000 en Grande-Bretagne et en Hollande, un million en France, et 250 000 en Belgique.

 

La junte erdoganienne a aussi fustigé les appels du Parlement Européen demandant, trop timidement et scandaleusement trop tard, la cessation des hostilités à Afrin. Réponse textuelle du tyran jeudi dernier : "Ne vous excitez pas, nous ne sortirons pas [d’Afrin] sans terminer notre travail. Le Parlement Européen n'a rien à dire à la Turquie !".

 

Mevlüt Cavusoglu a renchéri le lendemain : "Nous ne pouvons pas accepter la décision du Parlement Européen, connu pour sa tolérance vis-à-vis des organisations terroristes. Le Parlement a une nouvelle fois démontré qu'il est loin d'être objectif et d'avoir une approche impartiale".

 

La palme de la violence verbale revenant au vizir des Affaires Européennes, Ömer Çelik, qui a qualifié  le vote européen de "décision puérile, dépourvue de vision".

 

Dans son discours de victoire, Erdogan a répété hier qu’il allait également "libérer Manbij ainsi que le reste du Nord syrien", au risque d’une confrontation militaire directe avec l’Amérique qui y a déployé des soldats. Il a aussi déclaré : "Nous avons administré une leçon à ceux qui ont tenté de nous assiéger dans la bataille de Çanakkale, et nous faisons la même chose avec ceux qui ciblent notre stabilité et notre avenir à travers la mise en place d'un Etat terroriste tout le long de nos frontières".

 

Deux précisions s’imposent à ce sujet : d’une, la bataille de Çanakkale fut un avatar de la Première Guerre Mondiale, en 1915, à l’entrée de la mer de Marmara.

 

De deux : il n’y avait pas de Kurdes à la bataille de Çanakkale. Ceux qui "ont eu droit à une leçon", ce sont les Français et les Britanniques.

 

A bon entendeur… les fous inspirés par la religion ont souvent de la suite dans leurs idées.