De la putréfaction (info # 011310/16) Version imprimable
jeudi, 13 octobre 2016

 

Par Stéphane Juffa

 

Le 24 octobre prochain, le Parlement européen va sans doute adopter en séance plénière un document relatif à la normalisation des relations avec la "République" Islamique d’Iran. Ce texte, préparé par la Commission des Affaires Etrangères du Parlement, et pré-voté par 37 voix contre 15, est censé définir la "stratégie de l’Union à propos de l’Iran suite à l’Accord sur le nucléaire". Il vise à amplifier le montant des échanges avec Téhéran – actuellement de l’ordre de 8 milliards de dollars – afin de faire de l’Europe le partenaire économique privilégié de la junte théocratique chiite.

 

Le ton et la raison d’être du projet de résolution ont été donnés jeudi dernier dans un communiqué de la commission affirmant son opportunité "sur la base du fait que l’Accord sur le nucléaire a constitué un grand succès pour la diplomatie européenne" (sic). L’UE se sent désormais responsable de la mise en place de l’Accord et de la conservation de l’esprit des négociations entre les partis, de telle manière qu’il serve à la fois les citoyens de l’Iran et ceux de l’Union Européenne.

 

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Les partenaires de l’Union Européenne et un citoyen innocent d’Iran

 

Cette initiative intervient à la suite du transfert en cash d’1.7 milliard de dollars par l’Administration Obama aux Iraniens ces derniers mois, dont 400 millions en guise de rançon pour la libération d’otages américains encore détenus par les ayatollahs, sans qu’aucune charge objective ne puisse évidemment être retenue à leur encontre.

 

L’énoncé de la proposition inclut certes une clause prévoyant la réinstallation des sanctions au cas où la théocratie perse contreviendrait aux clauses de l’Accord sur le nucléaire. Mais il prescrit dans un même élan de favoriser l’admission de la "République" Islamique au sein de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC ou WTO [eng.]), ce qui rendrait, dans la pratique, ledit rétablissement pratiquement irréalisable. Des parlementaires U.S des deux bords – Démocrates et Républicains – ont d’ailleurs récemment interpelé le Président Obama afin qu’il empêche l’admission de l’Iran à l’OMC.

 

Plusieurs membres de la Commission des Affaires Etrangères et du Parlement s’insurgent contre le contenu de la résolution en gestation. Le plus véhément d’entre eux est sans doute le Néerlandais Bas Belder, le président du groupe d’amitié avec Israël et vice-président de la délégation des relations entre le Parlement et Israël. Pour Belder, qui s’en est ouvert à plusieurs confrères, ce texte participe d’ "une grande honte d’ordre politique, éthique et intellectuel".

 

Belder précise que les tenants de la résolution se sont opposés à sa demande de la voir augmentée d’une exigence contraignant l’Iran à cesser avec effet immédiat son soutien aux organisations terroristes à l’exemple du Hezbollah et du Hamas, de même que de mettre un terme à ses appels explicites et répétés à l’éradication d’Israël. La majorité des membres de la Commission a même rejeté la demande de Belder de critiquer la mise sur pied annuelle par le régime chiite d’un concours international de caricatures sur le thème de la négation de la Shoah. Pour le parlementaire hollandais, la proposition qui sera soumise au vote est juste "détestable".

 

Il peut être informatif de préciser que le chef de la commission chargée de la rédaction du projet de résolution est un certain Richard Howitt, membre du Forum Politique National du parti travailliste britannique. On soupçonne Howitt d’appartenir au premier cercle des amis de Jeremy Corbyn, le leader du parti, qui multiplie les déclarations anti-israéliennes, à la limite extrême de l’antisémitisme primaire.  

 

Si vous n’avez pas encore tout à fait compris le degré d’immaturité d’Howitt en matière de politique internationale, ce qui suit va sans doute vous réveiller : dans le cadre du "développement des relations futures entre le Parlement européen et son homologue iranien", le document rédigé par Howitt préconise "un dialogue commun au sujet de la guerre contre le terrorisme".

 

C’est du très lourd comme aurait dit Fabrice Luchini ; dans la résolution qu’elle va, sauf intervention des psychiatres, adopter le 24 octobre, l’Europe va demander au plus grand promoteur de terrorisme de la Planète de lui indiquer la manière adéquate de s’opposer aux attaques des terroristes islamistes sur son continent.

 

Et les organisations terroristes que soutient l’Iran ne sont pas uniquement chiites, à l’instar de la rébellion yéménite et du Hezbollah, mais également sunnites, tel le Hamas et al Qaeda.

 

Sûr que ce délire dépasse complètement le seul problème de l’anti-israélisme déclaré ou dissimulé de nombre de députés européens toutes appartenances politiques confondues. Mais au sujet des assassinats publics au faîte des grues pratiqués à la chaîne par les nouveaux partenaires de l’Europe, la directive dépasse l’entendement. Pour "lutter contre la peine de mort", que le Parlement européen ne condamne pas, parlant simplement de "différence d’approche", l’U.E financera un programme visant au traitement et à la réinsertion des citoyens iraniens accros aux drogues, ce, dans le but de réduire le nombre des mises à mort.

 

Heureusement que l’Europe n’a pas encore commencé à financer ce programme, sinon Richard Howitt et ses acolytes (à ce stade, on pourrait quasiment parler de complices) auraient pu revendiquer le fait que le rythme des pendaisons en Iran est passé de trois assassinats journaliers en 2015, à un seul en 2016. Nous avons ainsi évité par les poils un communiqué du genre : "Après la réduction de deux tiers des exécutions capitales en Iran grâce au programme européen de recyclage des toxicomanes, qui a constitué un immense succès pour la diplomatie européenne…".

 

Reste 1 000 personnes – la plupart de parfaits innocents - assassinées cette année par les "partenaires" iraniens du plus grand parlement démocratique et théoriquement "humaniste" du monde. Les opposants au régime sont abandonnés à leur triste sort par les descendants de Voltaire, de Diderot, de Rousseau, de Kant, de Hume, d’Adam Smith et de Baruch Spinoza, à la même enseigne morbide que des membres des minorités ethniques ou religieuses, des femmes violées, des poètes et les homosexuels.

 

Bruxelles abandonne tous ces authentiques martyrs à la mort, n’adressant pas la moindre réclamation pour les suppliciés, ni aucune exigence pour que cesse le calvaire des condamnés dans la formulation des directives stratégiques pour la gestion des relations Europe-Iran.

 

Je pourrais écrire mon dégoût mais je n’ai pas trouvé de qualificatif assez fort pour le faire.

 

Les délégations d’hommes d’affaires européens se succèdent depuis plus d’un an à l’ombre des potences de Téhéran, devançant le feu vert des diplomates siégeant à Bruxelles. Ils espèrent recueillir des parts de la manne constituée par la libération des fonds perses qui étaient bloqués jusqu’à la signature de l’Accord sur le nucléaire.

 

Certains Etats membres vont encore plus loin dans cette quête, à l’image de l’Italie, dont des navires de guerre ont participé à des manœuvres conjointes avec la Marine iranienne dans le détroit d’Hormuz. Ce, au moment précis où la DCA de Khamenei tirait des missiles en direction d’un avion américain qui survolait les eaux internationales.

 

Rome, en joignant ses forces à celles d’un régime qui menace ouvertement d’anéantir Israël, a toutefois bien lu l’orientation choisie par Téhéran dès la levée des sanctions ; ceux qui espéraient que les milliards récupérés par la théocratie chiite seraient d’abord versés à l’amélioration des conditions de vie déplorables de ses habitants n’ayant décidément rien compris. Puisque c’est au contraire le budget militaire de cette dictature, qu’on ne peut objectivement comparer qu’à celle de la Corée du Nord par son niveau de sauvagerie, qui a déjà été multiplié par quatre !

 

L’argent sert à semer la guerre en Irak, au Yémen et en Syrie, à détruire la société civile libanaise, et à développer et à tester des missiles – en contradiction flagrante avec l’Accord sur le nucléaire, entraînant une dénonciation à l’ONU – capables de transporter des ogives atomiques sur Jérusalem, Riad, le Caire, mais aussi sur les deux tiers de l’Europe, et bientôt également sur les Etats-Unis.

 

Mais pour le député britannique Richard Howitt, le père du brouillon qui sera soumis ce mois au Parlement européen – certains pensaient que la Grande Bretagne avait quitté l’Union Européenne ! -, la ratification de ce document permet d’espérer qu’ "il apportera la paix et le succès aux habitants de l’Iran et des Etats qui l’avoisinent". Cela ressemble à s’y méprendre à la vision de Barack Obama qui prédisait que, si l’Accord sur le nucléaire était signé, Téhéran abandonnerait la voie de la terreur pour rejoindre la communauté des nations.

 

Or si le président américain, malgré son enthousiasme, hésite désormais à ouvrir les vannes aux échanges illimités avec les ayatollahs, l’Europe, elle, en pleine connaissance de la direction choisie par Khamenei [le Guide suprême de la dictature iranienne. Ndlr.] après la signature de l’Accord de Lausanne, c’est-à-dire un durcissement tous azimuts de sa politique tant domestique qu’internationale, ainsi qu’une implication accrue dans le sabotage sanglant de la coexistence régionale, prend des mesures pour devenir le principal partenaire commercial de la satrapie perse.

 

Dire que le même Parlement européen condamne régulièrement la "violence disproportionnée" employée par Israël pour défendre ses citoyens face à la barbarie islamiste…

 

Maigre consolation : l’adoption de cette résolution n’implique aucune obligation pour les parlements des Etats membres de l’entériner à leur tour. Or, l’on a de bonnes raisons de supputer que ceux des pays les moins déraisonnables de l’Union, à commencer par l’Allemagne et la Tchéquie, refuseront de rouler dans cette merde.

 

Quid de la France, qui vient, ce jeudi, de s’abstenir à l’UNESCO lors d’un vote attribuant l’esplanade du Temple de Salomon aux seuls musulmans ? Paris ignore probablement le lien unissant Jérusalem aux Juifs, vieux au moins de plusieurs millénaires avant la naissance de l’islam. Tous ceux qui gardent les yeux ouverts réalisent ce soir qu’en délégitimant la présence des Israélites à Jérusalem, la France et ceux qui n’ont pas voté contre, légitiment au contraire les efforts de ceux qui préparent un nouveau génocide à leurs dépens.

 

Sur 58 pays qualifiés pour prendre part au scrutin de l’UNESCO, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, la Hollande, la Lituanie et l’Estonie n’ont pas participé à l’infamie. Trois parce qu’ils conservent des valeurs humaines, trois parce qu’ils en ont recouvrées après avoir déjà participé à un génocide de Juifs.