Deux heures de guerre et un coup de maître (020109/19) Version imprimable
dimanche, 01 septembre 2019

 

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© Metula News Agency

 

Dimanche, 20h30 à Métula, 19h30 à Paris

 

C’est fin… pour cette fois. L’Armée israélienne a déjà proclamé le "retour à la normale".

 

Les habitants proches de la frontière ont refermé les abris et sont retourné vaquer à leurs occupations comme si rien ne s’était passé.

 

Entre 16h30 locales, heure de l’attaque de la milice chiite à Avivim, et 18h30, on a craint une nouvelle guerre généralisée entre l’Etat hébreu et le Hezbollah, mais en fait, nous avons assisté à une magistrale partie de guerre psychologique menée par l’état-major de Tsahal.

 

En effet, il n’y a aucun blessé à déplorer côté israélien, pas même une égratignure. L’envoi des hélicoptères et le transport de deux "blessés" à l’hôpital Rambam était du bluff.

 

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Le chef d’état-major Aviv Kokhavi

A partir d’aujourd’hui, nous l’appellerons Maître.

Mais ce qui est plus intéressant est que nos ennemis aussi

 

Il s’agissait de convaincre Hassan Nasrallah et ses séides que leur "vengeance" suite à l’élimination de leurs miliciens en Syrie et à l’attaque des drones sur Beyrouth-sud avait réussi ; qu’ils n’avaient plus besoin de poursuivre leurs périlleuses provocations contre les soldats hébreux, puisque plusieurs d’entre eux avaient été "blessés ou tués".

 

Enfin, les responsables de la milice chiite ont ensuite pensé avoir affaire à une riposte déchaînée de Tsahal sur leurs positions.

 

Dans les faits, l’artillerie et l’aviation de Tsahal ont bien "attaqué" cinquante objectifs du Hezb dans divers endroits du Liban mais cela participait de la poursuite de l’enfumage. Les dégâts de la "riposte" israélienne sont matériellement insignifiants.

 

Procédant par des actions d’une rare intelligence tactique que nous n’avons strictement pas le droit de révéler (pour le moment), l’Armée israélienne a démontré à l’ennemi que nous savons où il se dissimule et que nous sommes en mesure de l’éradiquer totalement s’il s’attaque à notre territoire.

 

Et croyez-nous sur parole, ses miliciens ont bien cru que leurs derniers instants étaient arrivés.

 

La frayeur de la milice fut telle qu’elle quémanda (le mot n’est pas trop fort) un cessez-le-feu auprès des divers entremetteurs qui s’était proposés, dont la France et la FINUL, afin d’empêcher qu’un conflit généralisé n’éclate.

 

Israël répondit favorablement et très rapidement à cette requête puisqu’elle était parvenue à réaliser les trois objectifs qu’elle s’était fixée : 1. Empêcher que des militaires ou des civils israéliens ne soient blessés. 2. Ne pas se laisser entraîner dans une guerre qui n’a pas d’intérêt pour nous, tout en conservant une absolue capacité d’intervention, notamment contre les fabriques d’armes du Hezbollah à la Dahiyyeh à Beyrouth. 3. Démontrer aux supplétifs de Téhéran et à leurs mentors que si nous l’avions voulu, nous aurions pu oblitérer deux mille de leurs porte-flingues en moins d’un quart d’heure ainsi que toutes leurs installations "secrètes".

 

En fait, la base d’Avivim avait été intentionnellement abandonnée quelques heures avant le raid du Hezbollah et ne contenait strictement aucun soldat à ce moment.

 

Tsahal s’est ensuite bien gardé de publier un bilan de ladite attaque, laissant planer l’hypothèse qu’elle avait réussi. L’Armée n’a pas non plus communiqué (du tout) sur les opérations qu’elle conduisait au Liban, laissant croire que la Troisième Guerre du Liban avait débuté.

 

Fort heureusement aussi, la nouvelle de la mort d’un soldat espagnol de l’ONU faisait partie de l’opération d’intoxication. Il s’agissait d’une rumeur soigneusement fuitée afin de dramatiser la situation.

 

Nous l’avons également gobée, une fois n’est pas coutume, mais il faut avouer qu’elle était bien ficelée.

 

En revanche, et peu de temps après les événements, la Ména n’a pas marché dans la mise en scène des soldats "touchés". Dans notre Breaking précédente, nous avons clairement annoncé qu’à notre sens, aucun militaire israélien n’avait été atteint, ce, en dépit du flot d’informations arabes et européennes qui soutenaient le contraire.

 

Quant au communiqué "médical" concernant les deux faux blessés toujours morts de rire au moment où nous mettons sous presse, établissant simplement qu’ils sont "dans un état stable", il était parfaitement véridique puisqu’il est difficile d’imaginer un état plus stable que celui de personnes qui sont en parfaite santé.

 

Chapeau au nouveau chef d’état-major Aviv Kokhavi et à ses stratèges. Ils ont démontré, tout en désamorçant une situation de grande tension, que l’intelligence et la khoutzpa, étaient largement plus importantes dans une guerre que les canons.

 

Et surtout, que la khoutzpa - un mot intraduisible provenant du yiddish signifiant à peu près culot, audace, effronterie -, était toujours très vivante dans les rangs de Tsahal. Elle devient même imparable lorsqu’elle est conjuguée avec les moyens de très haute technologie développés par les savants israéliens. Mais ce n’est pas la technologie qui aura frappé les esprits à l’issue du "Coup d’Avivim", mais la façon de s’en servir.