Droite, centre, gauche et passe (010306/21) Version imprimable
jeudi, 03 juin 2021

 

Par Stéphane Juffa

 

Avec Jean Tsadik et Sami el Soudi

 

Nous n’avons pas participé à la foire d’empoigne politico-médiatique qui a secoué Israël ces derniers jours, et notamment aux rebondissements relatifs à la question de savoir si le front antibibiste allait se montrer capable ou non de former une majorité gouvernementale et de mettre ainsi un terme à l’ère Netanyahu qui a duré douze ans.

 

Depuis hier soir [mercredi], aux alentours de 23 heures, les Israéliens connaissent la réponse à cette question. La transition a débuté, elle va durer quelques jours, et elle n’est théoriquement pas à l’abri des ruades de désespoir d’un monde en train de s’écrouler.

 

Si nous sommes restés en retrait et avons décidé d’épargner des avatars purement politiciens à nos lecteurs, c’est accessoirement parce qu’il valait mieux laisser les partenaires de la coalition d’unité nationale se dépatouiller jusqu’à ce que la fumée blanche s’échappe de la cheminée de Kfar ha-Maccabiah, l’hôtel près de Tel-Aviv dans lequel ils s’étaient réunis afin de discuter. Nous n’allions pas, à l’instar de nos confrères, en l’absence d’informations tangibles, vous abreuver pendant six jours d’innombrables rumeurs contradictoires et de peu d’importance.

 

Ce, d’autant plus, principalement, que la Ména avait déjà publié et par le menu ce qu’il allait se passer, et que nous ne trouvons pas absolument nécessaire de nous répéter.

 

Ce qui peut sembler remarquable, c’est que nous avions expliqué tout ce qui est en train de se dérouler le samedi 27 mars dernier, soit quatre jours après la tenue des élections générales.

 

L’analyse en question s’intitulait : "Ils ne comprennent pas : ces élections ont tout changé.. (012703/21)". Elle est disponible en clair sur le site de notre agence [www.menapress.org] et sur notre page Facebook [https://www.facebook.com/menapress].

      

Nous étions le seul et unique media à affirmer et sans circonvolutions :

 

"En Israël les urnes ont rendu leur verdict, et contrairement à ce que la plupart des commentateurs racontent, il est sans appel. (…)

 

Ceux qui affirment que les élections de cette semaine se sont terminées en queue de poisson aboutissant à un nouveau score paritaire ne savent pas de quoi ils parlent. C’est douze ans d’un régime sans partage qui ne nous ressemblait pas et qui nous collait aux basques comme un vieux chewing-gum qui se terminent sous nos yeux".

 

Les autres media prophétisaient un cinquième retour aux urnes en cas d’impossibilité pour Netanyahu de former un nouveau gouvernement. Ils étaient loin de la plaque.

 

Depuis lors nous n’avons jamais changé de prévision, serait-ce d’un iota. Au point qu’une petite minorité de lecteurs bibistes nous avait pris pour des "gauchistes" comme ils disent, décrétant que cette analyse n’en était pas une mais qu’elle traduisait une prétendue haine de Binyamin Netanyahu ainsi que notre espérance politique. Depuis, j’imagine qu’ils s’étouffent, ils pleurent et ils suffoquent.

 

Un général de réserve de Tsahal m’a appelé à une heure ce matin pour me dire que nous étions en quelque sorte les "mentalistes" de la politique et de la stratégie.

 

J’ai trouvé cela flatteur, mais je lui ai expliqué que nous n’avions pris aucun pari. Que si c’était le cas, depuis le temps que nous décrivons les événements à venir – dans le cas précis neuf semaines  avant qu’ils ne surviennent -, cela nous serait déjà arrivé de nous tromper.

 

Nous disposons uniquement d’une certaine expérience dans nos domaines de prédilection, nous travaillons beaucoup, et, en comparant l’actualité avec des modèles de situations précédentes, en les croisant et en appréhendant parfaitement la dynamique des événements en cours, nous pouvions nous projeter dans le temps, avec un risque d’erreur pratiquement insignifiant.

 

Est-ce ainsi que les mentalistes fonctionnent ? Je l’ignore. C’est possible. A la Ména, c’est uniquement et vraiment de l’analyse.

 

Si j’ai commencé cet article par ce rappel, ce n’est certes pas suite à un accès d’autosatisfaction. Nous sommes très modestes, c’est une condition du succès de notre travail, et nous le resterons.

 

Nan. C’est parce que cela reflète la réalité, et que les autres media, par jalousie et parce que notre professionnalisme leur donne sans doute le vertige, ainsi que nos détracteurs, ne l’auraient pas mentionné publiquement. Or cela me paraissait injuste pour mes camarades qui ont fourni une prestation ontologiquement exceptionnelle qui ne méritait pas de passer inaperçue. On ne doit pas se pâmer d’exploits de ce genre, mais il n’y a pas non plus de raison qu’ils ne soient pas signalés. C’est juste une affaire de mesure.

 

Il faut dire que l’évènement en soi est tout aussi particulier. Il a abouti à cela qu’hier soir, le chef du parti Yesh Atid [héb. : un avenir existe], Yaïr Lapid, a appelé le Président de l’Etat Rubi (Réouven) Rivlin, qui se trouvait au stade de football de Tel-Aviv pour suivre la finale de la Coupe d’Israël (remportée par le Maccabi Tel-Aviv sur l’Hapoël Tel-Aviv 2 à 1 après prolongation).

 

Lapid a prononcé à son oreille par téléphone portable la phrase consacrée en pareille circonstance "Ala beyadi larkiv mimchala", en français, "Je suis parvenu à former un gouvernement".

 

Cela signifiait que Lapid avait reçu les signatures de chefs de partis ayant recueilli au moins 61 sièges sur 120 lors des élections du 23 mars d’accord pour former ledit gouvernement.

 

Quelques minutes plus tard, un document était transmis au Président portant les huit signatures en question, avec copie à Yariv Levin, le secrétaire de la Knesset.

 

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Sauf miracle, l’ère Netanyahu est terminée

 

Le processus était lancé. Ce jeudi matin, les mêmes chefs des partis ont prié Levin de faire procéder à un vote lundi prochain en vue de le remplacer (très probablement) par Meïr Cohen de Yesh Atid.

 

Cela écourterait le temps de latence qui pourrait être mis à profit par Netanyahu afin de faire pression sur des députés de Yémina [héb. : A droite (Bennett)] et de Tikva Khadasha [héb. : Nouvelle espérance (Guidon Saar)] afin qu’ils désertent la nouvelle coalition.

 

Si Yariv Levin était destitué lundi, le vote et la prestation de serment pourraient avoir lieu dès le lendemain, ce qui atténuerait les tensions. De toutes façons, la nouvelle coalition n’a aucune intention de s’embarrasser d’un nervis de Netanyahu au perchoir, ce qui fait que, de son point de vue, le plus tôt il sera remplacé, le mieux cela sera.

 

Il faut dire que la Propagandastaffel de Netanyahu exerce une pression qui n’a rien de démocratique sur tous les députés de la nouvelle coalition. Tous les moyens sont bons afin de les intimider à l’exception de l’assassinat politique, du moins jusqu’à présent.

 

Une foule de partisans incultes du Premier ministre sortant agresse sans discontinuer les députés et leurs familles, organisant des manifestations devant leurs domiciles, les couvrant d’insultes et de menaces de mort sur les réseaux sociaux et par messages téléphoniques, se focalisant notamment sur le bébé âgé d’un an et demi de la députée du parti de gauche Meretz [héb. : énergie] Tamar Zandberg.

 

Cette dernière a été contrainte de quitter son domicile avec sa famille après avoir été victime d’une fake news de la part des séides de Netanyahu.

 

On voit dans les rues et sur le Net les posters de Bennett et de Lapid, la tête enceinte d’un keffieh palestinien façon Yasser Arafat. On relit le mot "traître", qui avait, avec le poster, précédé de quelques jours l’assassinat du Premier ministre israélien Itzkhak Rabin par un orthodoxe.

 

Qui ressemblait à s’y méprendre dans son apparence et dans sa construction idéologique aux jeunes orthodoxes mâles – les femmes ne sont pas autorisées à participer à des occurrences publiques – qui sont en train de brâmer ce soir devant le domicile de la ministre de l’Intérieur pressentie de Yémina, Ayelet Shaked.

 

Personne n’a été tué mais c’est dans l’air selon le Shabak, le contre-espionnage. Les dirigeants du futur gouvernement d’Israël, les juges et les procureurs sont entourés d’une protection policière permanente, de même que leurs familles. Du jamais vu à cette échelle en Israël. La résultante de l’action d’une authentique mafia et d’un parrain refusant de quitter le pouvoir sans essayer d’entraîner les habitants d’un pays entier dans sa chute.

 

Cela n’empêchera pas Benjamin Netanyahu de choir et d’être ainsi soumis sans tour de prestidigitation possible aux verdicts des juges de Jérusalem devant lesquels il comparaît. La formation du gouvernement Lapid-Bennett prive entre autres effets secondaires l’inculpé de Balfour de pouvoir espérer une cessation des procédures pénales ouvertes contre sa personne ainsi qu’une immunité parlementaire spéciale qu’il n’aurait eu aucune vergogne à faire voter s’il avait gagné les dernières élections.

 

Il tentera toutefois de conserver son poste de député et de chef du Likoud afin de pouvoir bénéficier de l’immunité parlementaire simple dont jouissent tous les membres de la Knesset. Et qui, dans son cas, est préférable à pas d’immunité du tout.

 

Mais la coalition qui se dessine ainsi que ses dynamiques sont nettement plus intéressantes que le sort que le destin et la justice réserveront à Netanyahu. La formation du prochain gouvernement reflète une véritable révolution dans la vie politique de l’Etat hébreu.

 

Parce qu’il s’agit d’un authentique gouvernement d’union nationale, qui comprend trois formations de la droite traditionnelle, Yémina, Tikva Khadasha et le parti russophone d’Avigdor Lieberman, Israël Beiténou [Israël notre maison]. Deux partis centristes, Yesh Atid et Kakhol-Lavan [bleu-blanc] de Benny Gantz. Ainsi que deux partis progressistes, le parti socialiste israélien, celui qui a fondé cet Etat, et Meretz à sa gauche.

 

Voyons rapidement ce que ce gouvernement a de novateur : il amènera au poste de chef de l’exécutif le premier Premier ministre religieux (portant kippa) de l’histoire d’Israël en la personne de Naftali Bennett. Cette coalition sera également la première à intégrer un parti arabe israélien, Raam, soit les initiales de la Liste Arabe Unie. Ce n’est pas n’importe quel parti, puisqu’il s’agit d’une formation d’inspiration islamique, l’expression politique de la branche méridionale du Mouvement Islamique en Israël.

 

C’est la formation la plus extrême parmi les quatre "grands" partis arabes israéliens. Ce sera aussi la formation la plus religieuse de ce gouvernement toutes croyances confondues, puisque les trois partis orthodoxes juifs ont tous opté pour le camp bibiste.

 

Il y a quelques lignes directrices qui ont présidé à la formation de cette coalition qu’il est préférable de connaître. Comme le fait qu’il ne s’agit pas d’un rapprochement idéologique : Bennett ne va pas devenir islamiste et Meretz ne va pas devenir un parti de droite.

 

Chacun garde son identité et ne tentera pas de profiter du compromis afin de faire prévaloir ses points de vue. Selon les partis qui composeront ce gouvernement, il s’agira de réparer les dommages causés par la pandémie, par Benyamin Netanyahu, de restaurer la confiance des citoyens dans les institutions de l’Etat, de veiller au redémarrage économique, et de s’occuper de la gestion de la dette.

 

Laquelle atteint l’équivalent de 25 000 euros par Israélien, aînés et nourrissons compris (contre 40 000 euros en France).

 

Cela va faire bientôt trois ans qu’Israël n’a pas de budget. C’est une conséquence de la ligne suivie par Netanyahu et c’est également un cas unique parmi les démocraties avancées. Mais surtout, l’adoption d’un budget ne procède pas d’un acte symbolique ni d’une disposition marginale. C’est l’un des outils principaux de la gouvernance. Sans budget, il n’y a pas de politique économique, à terme, il n’y a plus d’Etat.

 

Dès lors, l’une des priorités de ce gouvernement sera de faire voter un budget le plus rapidement possible, et c’est l’intérêt de tous les partis et de tous les Israéliens. Ceux de droite et ceux de gauche, les Israélites et les Arabes.

 

C’est ce qui motive les composants de cette coalition hétéroclite. Ils sont convaincus qu’ils sont d’accord sur 80% des sujets à traiter. Concernant les 20% restants, ils ne sont pas prioritaires, et, dans un gouvernement de cette sorte, on ne touchera pas au statu quo ; en cas de divergences politiques et idéologiques on ne touchera à rien. S’il y a un dilemme qu’il est nécessaire de trancher dans l’urgence, ce sont Lapid et Bennett qui décideront collégialement.

 

Mais pour le moment, il faut que les ministères et les ministres se remettent à travailler. Il faut repourvoir les centaines de postes de fonctionnaires que l’on n’a pas pu engager faute de budget. Avant de se disputer sur nos différences, on doit se reconstruire sur nos besoins communs et fondamentaux. La tâche est colossale, elle va prendre des années.

 

Et on va réutiliser le nous. On va se concerter, personne ne prendra plus de décisions tout seul. Personne ne signera plus un accord international sans en avoir discuté en conseil des ministres. Et il n’y aura plus de clauses secrètes dissimulées à la connaissance des ministres.

 

Ca va être un sacré changement.

 

On ne va pas aborder tous les sujets en une seule analyse, mais il y en a un qu’il est nécessaire d’expliquer. Comment comprendre, en effet, que l’on puisse se retrouver à la tête d’un pays démocratique lorsque son parti n’a recueilli que 7 sièges aux élections législatives ?

 

Qu’on a perdu un député qui a fait défection en route, et qu’on pourrait en perdre un second si Nir Orbach quittait le navire ? Suivant ce qu’il se passe ce weekend, Naftali Bennet pourrait se retrouver lundi avec le septième parti par ordre de grandeur dans la coalition, devançant uniquement la Liste Arabe Unie de Mansour Abbas. Et encore être Premier ministre et même le premier dans la rotation.

 

J’ai mis du temps à la trouver, mais il y a une logique et une explication. Je vous la livre : Dans leur approche, les architectes de ce gouvernement ont décidé de ne pas prendre en considération le nombre de voix comptabilisées par chaque parti, mais la répartition des suffrages exprimés au niveau national, en fonction de la droite et de la gauche.

 

De la vraie droite et de la vraie gauche, non de celles évoquées par Netanyahu comme un moyen pour stigmatiser ses adversaires et les changer en ennemis et en traîtres. Car, en définitive, chacun place la frontière entre la droite et la gauche là où il le désire. Pour le Premier ministre sortant, la gauche c’était tout ce qui n’est pas le Likoud et les partis orthodoxes.

 

C’est-à-dire que tous ses adversaires étaient automatiquement "de gauche". Et cela pouvait changer très rapidement au fur et à mesure de ses besoins personnels. Comme dans le cas de Benny Gantz, qui était un "affreux gauchiste" lors des avant-dernières élections. Qui est devenu quelqu’un de convenable lorsqu’il est devenu partenaire avec des droits de décision égaux à ceux de Netanyahu lors de la dernière législature ; puis quelqu’un de carrément fréquentable après le 23 mars dernier, lorsque "Bibi" a compris qu’il avait perdu les élections, au point de proposer à Gantz une nouvelle coalition avec la première rotation à la clé au poste de Premier ministre pour l’ancien général. Netanyahu venait d’oublier qu’il avait convoqué les élections de mars précisément pour ne pas avoir à transmettre le bâton de maréchal à Benny Gantz, comme le provisionnait l’accord de coalition qu’il avait signé avec lui six mois plus tôt.

 

Et pour finir, depuis l’annonce de la nuit dernière de la mise sur pied d’un gouvernement d’union nationale, Gantz est redevenu un "gauchiste", pivot du "gouvernement de gauche" que Naftali Bennett est sur le point de constituer.

 

La vérité est différente. Lapid, Saar, Gantz, Bennett, Lieberman et compagnie ont compris que pour être crédible et acceptable par les Israéliens, un gouvernement d’union nationale se devait de refléter les sensibilités politiques des électeurs.

 

Dans ces conditions, il importait que Bennett, Saar et Lieberman, les représentants de la droite et des religieux non orthodoxes dans le gouvernement d’union, disposent d’une influence égale à celle des centristes et de la gauche, même si leurs partis avaient recueilli moins de voix qu’eux.

 

D’où la décision de partager en deux forces identiques dans le gouvernement d’union les privilèges de la droite, d’une part, et ceux du centre et de la gauche, de l’autre.

 

Et même de confier la première rotation au poste de président du conseil à Bennett, et dans deux ans à Lapid.

 

C’est le fruit d’une décision très sage dans l’intérêt du pays de la part des partis du centre et de gauche.

 

C’est aussi une invitation faite aux membres et aux députés de l’actuel Likoud de rejoindre Bennett et Saar dans la nouvelle coalition aussitôt que Netanyahu aura quitté la politique de son plein gré, après en avoir été écarté par son parti, ou au moment où les juges de ses procès rendront leurs verdicts et que ces derniers recèleraient une privation des droits civiques.

 

Ce sont ces dispositions très spéciales qui rendent le gouvernement d’unité nationale crédible, en faisant en sorte qu’il figurera tous les citoyens d’Israël dans leur authentique représentativité.

 

Netanyahu ce n’est pas la droite, comme il se plaît à le clamer. Netanyahu, c’est Netanyahu. Un aventurier sans foi ni loi, occupé dans un premier temps à gagner indûment de l’argent grâce à la fonction pour laquelle il avait été élu, et dans une seconde phase, à ne pas avoir à rendre des comptes pour ses larcins devant un tribunal. A n’importe quel prix. Même au détriment des intérêts du pays et de ses habitants. Mais en les dressant les uns contre les autres, en vertu de leurs opinions politiques, de leurs origines ou de leurs religions.

 

Le triple inculpé de la rue Balfour – et ce n’est rien qu’une question de temps avant que le gouvernement d’union nationale encourage la Police et les juges à ouvrir enfin l’enquête le concernant s’agissant de la vente de sous-marins stratégiques à un régime islamique – est allé jusqu’à déclencher une guerre avec le Hamas à Gaza et une quasi-guerre civile afin de créer un environnement dans lequel il pourrait encore s’accrocher au pouvoir. Et cela a presque fonctionné.

 

C’est arrivé lorsque Netanyahu a lâché les souverainistes juifs sur les quartiers arabes de Jérusalem aux cris de mort aux Arabes. Il savait parfaitement ce que cela allait provoquer, car le contre-espionnage l’avait imploré de renoncer à cette folie en lui exposant les risques qu’il prenait et leurs conséquences inévitables.

 

Non pas que nous soyons amis avec l’organisation terroriste islamique du Hamas, mais parce que Netanyahu lui a tendu la perche qu’elle attendait. La justification pour déclencher une guerre.

 

C’est le contraire qui est vrai : Netanyahu n’a jamais laissé Tsahal terminer une guerre et éliminer le Hamas, exposant inévitablement Israël à un prochain conflit avec cette milice. Quant à Jean Tsadik et moi, nous ne cessons d’affirmer que cela constitue une priorité stratégique majeure ; une menace qu’Israël ne peut en aucun cas tolérer. Les événements récents à Gaza et en Israël ont démontré le bienfondé de notre raisonnement. Il suffit pour le compléter d’imaginer la situation qui aurait prévalu si le Hezbollah et l’Iran avaient ouvert un autre front au Nord.

 

On aurait ramassé des milliers de morts dans nos rues. Israël aurait sans doute triomphé mais elle se serait vue profondément fragilisée plusieurs semaines durant. Le genre de situation qu’un dirigeant normal, dévoué au seul intérêt du pays qu’il gouverne, voudrait éviter à tout prix.

 

La réaction des Arabes israéliens était prévisible quoiqu’elle ait surpris par son ampleur et sa violence.

 

La bonne nouvelle est qu’elle s’est asséchée aussi rapidement qu’elle s’était déclarée. On aurait pu sombrer dans une guerre civile larvée ou sanglante. Particulièrement en condamnant les lynchages de Juifs par des Arabes sans condamner les lynchages d’Arabes par des Juifs suprémacistes, ce que Netanyahu n’a jamais fait.

 

La réponse de Mansour Abbas, l’islamiste, a été de venir prêcher la cohabitation dans une synagogue à Lod au plus fort des émeutes. La réponse courageuse de Bennett et de Lieberman a consisté à offrir aux Arabes de ce pays la place politique qui leur revient. Nous avions aussi énoncé clairement cette nécessité dans notre analyse du 27 mars.

 

Parce qu’il n’est pas nécessaire d’aimer le pays dans lequel on vit pour y jouir de ses droits fondamentaux et civiques. Cela vaut pour les Arabes et les orthodoxes. Ils ne sont dangereux que lorsqu’on les oblige à rester sur la touche.

 

J’ignore si ce gouvernement d’union nationale va durer. Cela dépendra largement de la capacité des leaders qui le composent de respecter strictement les règles qu’ils se sont imposées. C’est une solution, probablement la seule qui nous restait et au dernier moment.

 

J’espère qu’il durera quatre ans. C’est au moins le temps nécessaire pour oublier Netanyahu. Cela signifierait que l’on pourrait ensuite repasser en mode de fonctionnement politique normal. Après avoir réalisé quelques changements structurels qui s’imposent. Et lorsque les adversaires politiques seront redevenus des adversaires-partenaires avec lesquels il est possible de collaborer, et non plus des ennemis et des traîtres, à l’instar de ce que Netanyahu a fait du cosme politique israélien.