Echange de tirs sur le flanc du mont Hermon (012707/20) Version imprimable
lundi, 27 juillet 2020

 

Métula, lundi

 

Michaël Béhé, Stéphane Juffa et Jules Mazouz ont contribué à cette dépêche.

 

Cette après-midi, vers 15h00-15h15 locales, un commando de cinq membres du Hezbollah a franchi la frontière libano-israélienne sur la montagne d’Har Dov, sur les contreforts du mont Hermon. Son objectif était de s’approcher de l’une des principales positions israéliennes de la région pour y commettre un forfait [carte].

 

L’incident s’est produit à 14km à vol d’oiseau à l’est de la rédaction.

 

Des "tatzpitaniotes", des observatrices spécialisées de Tsahal dotées d’un équipement high-tech ont rapidement identifié les agresseurs et ont communiqué leur position aux forces déployées sur le terrain.

 

Ces dernières ont ouvert le feu en direction des intrus, non pas pour les éliminer, semble-t-il, mais pour les obliger à rebrousser chemin. Ils ont effectivement rapidement battu en retraite.

 

Les tirs de Tsahal au moyen de l’artillerie et d’armes automatiques ont ciblé la frontière ainsi que des objectifs aux abords du village de Kfar Shuba [carte]. Il ne s’est pas agi cependant d’un déluge de tirs mais juste de ce qu’il fallait pour tenir l’ennemi à distance.

 

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Hard Dov et Kfar Shuba

Service cartographique © Metula News Agency

 

Tsahal n’a pas tenté de "faire un carton" sur les assaillants et sur les positions du Hezbollah dans la zone. Le porte-parole de l’Armée s’est même empressé de corriger une information diffusée par une chaîne de télévision israélienne faisant état de trois à quatre tués dans le commando chiite. Tsahal a précisé que les agresseurs s’étaient simplement "retirés".

 

L’intention des Israéliens semble être d’apaiser les très vives tensions à la frontière au lieu de les attiser. Cela paraît être également l’orientation choisie par le Hezbollah après cette timide tentative de "venger" la mort d’Ali Camel Moukhsen, l’un de ses responsables, tué lors d’un raid du Khe’l Avir sur Damas il y a exactement une semaine.

 

A ce stade, on sent bien que personne, à part Téhéran, n’est intéressé par un embrasement généralisé entre Israël et le Liban.

 

Les partisans du Hezbollah à Beyrouth ont reçu l’instruction de se réjouir bruyamment de la nouvelle de l’opération avortée dans les rues. La famille de Moukhsen a distribué des friandises aux passants.

 

Pendant les échanges de feu, en prévision d’une possible extension des affrontements, Tsahal a fermé le grands axes routiers dans le nord de la Galilée et intimé aux habitants de rester chez eux.

 

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La riposte israélienne à proximité des premières demeures libanaises

 

D’autre part, depuis hier, le Khe’l Avir, l’Aviation israélienne, procède à de très nombreux survols du Liban avec des chasseurs-bombardiers et des drones. Il est prêt à intervenir instantanément contre des cibles répertoriées s’il en reçoit l’ordre. Il multiplie aussi les attaques simulées sur des points d’appui de l’ennemi.

 

Le cabinet politico-sécuritaire israélien s’est réuni pour décider s’il y avait lieu de donner suite à la tentative d’agression de cette après-midi. De son côté, Beyrouth a décidé de déployer son armée le long de la frontière israélienne ; non pour contrer une éventuelle intervention de Tsahal, mais pour contenir et décourager, dans la limite de ses faibles moyens, d’éventuelles provocations supplémentaires du Hezbollah.

 

Tsahal, au bout d’une heure de tension, a proclamé la "khazara la chigra", le retour à l’ordinaire, à l’intention des habitants du Doigt de la Galilée.

 

Dès l’annonce de l’incident, accompagné du bruit des explosions, les deux journalistes-reporters présents à la rédaction de Métula se sont rapidement rapprochés du Golan dans l’intention de filmer d’éventuels combats mais l’incident était déjà terminé.

 

Au moment de publier cette dépêche nous recevons un communiqué du Hezbollah que nous vous livrons sans commentaire et sans qu’il n’occasionne le moindre changement dans notre narratif : "Il n'y a pas eu ni affrontement ni tirs de notre part. Ce n'était que de la part d'Israël. Tous les rapports israéliens relatifs à une infiltration de l’une de nos cellules ou à la mort de miliciens sont incorrects".