Enfumage médiatique autour de la mort de 3 soldats syriens (info # 022304/17) Version imprimable
dimanche, 23 avril 2017

 

© Metula News Agency

 

13h15 à Métula, 12h15 à Paris

 

Un porte-parole des "Forces de Défense de la Patrie" (en anglais NDF National Defence Forces), une milice du régime syrien regroupant environ 55 000 "volontaires", a affirmé à l’AFP qu’une attaque israélienne aurait causé ce dimanche matin la mort de trois soldats syriens dans sa base de Naba al-Fawwar, dans la province de Kouneitra, dans le centre du plateau du Golan.

 

La nouvelle a été reproduite par l’agence semi-étatique française, de même que par de nombreux media arabes, dont la chaîne internationale qatarie Aljazeera. La presse israélienne a également diffusé cette information en créditant ses sources.

 

Outre les trois morts, selon lesdites sources, on compterait également deux blessés.

 

L’opération de ce matin surviendrait après la riposte de Tsahal, vendredi soir, aux tirs de trois obus tombés sur le territoire israélien sans faire de dégâts ou de victimes. Le porte-parole de l’Armée israélienne avait confirmé les frappes de vendredi. Des frappes qui s’inscrivent dans la doctrine israélienne qui veut que l’Armée gouvernementale syrienne est responsable aux yeux de Jérusalem pour ce qui se déroule en Syrie. Et que Tsahal réplique chaque fois qu’un projectile explose en Israël, qu’il ait été tiré intentionnellement, ou par erreur lors d’échanges de feu entre l’Armée d’Assad et les forces rebelles, également actives dans la région.

 

Mais aujourd’hui, le porte-parole de Tsahal s’est refusé, lorsque nous l’avons interpelé, à confirmer l’annonce des NDF. Plus surprenant encore, nos correspondants permanents sur la frontière – des habitants des villages druzes avoisinants -, qui ont la base de Naba al-Fawwar dans leur champ visuel, n’ont remarqué aucune activité de Tsahal dans la zone. Qui plus est, un haut responsable sécuritaire nous a appelés sous le couvert de l’anonymat pour nous informer que, contrairement aux dépêches, l’Armée israélienne n’est pas intervenue sur ce front ce matin.

 

Tout aussi étonnant, la breaking news initiale concernant l’ "incident" qui avait été publiée par l’Observatoire Syrien des Droits de l’Homme (OSDH) a disparu de son site d’information.

 

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Une photo des NDF qui ne prouve strictement rien

 

Ce que nous savons, en revanche, est que d’importants combats, dont nos reporters sur place ont été des témoins oculaires, opposant Armée régulière et rebelles du Front du Sud, font actuellement rage depuis plusieurs jours dans la partie syrienne du Golan. L’Aviation gouvernementale a ainsi effectué au moins 17 bombardements de la ville de Deera et de ses alentours. Deera est située à une cinquantaine de kilomètres au sud-est de Kouneitra, à 30km du point le plus proche sur la frontière israélienne, et à 5km de la Jordanie.

 

Nous savons également avec certitude que, lors des combats de ces dernières heures, un soldat syrien est mort après avoir probablement sauté sur une mine au sud de la localité druze syrienne de Hader, à 20km au nord de Kouneitra.

 

Nous ignorons les raisons qui ont poussé le responsable des NDF à transmettre l’information à la crédibilité très limitée à l’agence française. Une hypothèse est que les trois morts et les deux blessés ont été atteints lors de la riposte de Tsahal de vendredi et que le régime a tergiversé avant d’en publier le bilan humain. En reportant son annonce à aujourd’hui, il peut la présenter comme une attaque spontanée des Forces israéliennes (qui ne serait pas intervenue en réponse aux tirs de vendredi), ce qui aurait l’avantage, pour Damas, d’instiller l’idée qu’Israël rechercherait la confrontation sur le Golan.

 

Notre seconde hypothèse consiste en ce que les soldats syriens morts auraient été tués par des combattants rebelles, ce qui est nettement moins honorifique et héroïque que de succomber à une frappe israélienne. Cette seconde hypothèse possède de plus l’avantage d’ "illustrer" le "soutien" de Tsahal à la rébellion sunnite, qui constitue une constance dans la désinformation de Damas, tendant à expliquer les difficultés que son armée rencontre face à ses ennemis.

 

Reste que si cette annonce n’est pas véridique, ce qui semble être le cas, Damas subira l’effet boomerang de sa tentative d’enfumage en perdant encore un peu plus de sa crédibilité et en exposant à la lumière des projecteurs les objectifs constants de sa désinformation.

 

Notons cependant que la population alaouite de Syrie, ainsi qu’une partie des Druzes de Syrie et du Golan israélien, prennent ce genre de dépêches pour argent comptant, ce qui renforce chez eux le sentiment selon lequel la guerre se déroule principalement contre Israël.

 

Autres éléments qui renforcent le doute quant à la dépêche de l’AFP, l’espace aérien civil dans le nord d’Israël est resté ouvert sans interruption ce matin, alors qu’il est régulièrement fermé dès qu’un accrochage se produit dans le Golan. De plus, vendredi, des sirènes ont retenti avant et après les tirs en provenance de Syrie dans plusieurs localités frontalières israéliennes et ce dimanche, il n’en a rien été.