Par Sandra Ores
Depuis hier, mardi, se déroule en Israël une grève nationale des vingt mille médecins du secteur public. Ils réclament au ministère des Finances des améliorations de leurs conditions de travail, dont une augmentation de salaire significative de 50%. N’étant parvenus à obtenir ce qu’ils désiraient après huit mois de négociations, les médecins, organisés dans l’Association Médicale d’Israël, souhaitent faire comprendre aux dirigeants du pays que l’exercice de leur profession, dans les hôpitaux et les cliniques publics, ne correspond pas à leur niveau de salaire, et ce, dans un environnement s’étant fortement dégradé au cours des dix dernières années.
Cette profession n’avait pas connu de grève depuis onze ans ; en effet, les médecins éprouvent des scrupules à cesser le travail tous au même moment, car ils sont conscients du préjudice qu’ils infligent à la population. En protestant, ils montrent que leur situation est devenue insupportable.
Les hôpitaux et centres de santé publics ont fonctionné, durant les deux jours de grève, en capacité réduite, au rythme du samedi (le shabbat, samedi, le service est minimal et seuls les soins urgents sont administrés).
Au cours des récentes négociations, le ministère des Finances et l’association des médecins ne sont pas même tombés d’accord sur le niveau du salaire moyen actuel. Pour les autorités, il s’élève à 26 322 shekels (5 330 euros), mensuellement, tandis que de l’avis des docteurs, à 24 000 – encore, les praticiens gagnent-ils 11 000 shekels de cette somme en effectuant des heures supplémentaires.
Le gouvernement, qui, en Israël, établit uniformément les salaires des médecins, leur a offert d’accroître leur rémunération de base de 18%, sur une période de huit ans ; proposition aussitôt rejetée par les médecins, qui l’ont qualifiée de "disgracieuse". D’après les calculs de l’association médicale, à cause des variables dans la composition de leurs salaires, cela n’occasionnerait, pour la plus grande partie des médecins, qu’une augmentation de 1% par année, avec un bonus de 1.25% pour les médecins exerçant dans les régions périphériques.
Le rythme et l’environnement de travail sont, par ailleurs, devenus exténuants au cours de ces dix dernières années. Il manque, en effet, de médecins dans certaines spécialités, notamment en médecine interne, en cancérologie infantile, ou en anesthésie. Aussi, l’association des médecins revendique la formation de davantage de nouveaux confrères dans les universités.
Liron, une étudiante à la faculté de médecine de Tel-Aviv, nous a confié que de nombreux médecins avaient immigré de Russie, à la fin des années 80, mais que, partant à présent à la retraite, les nouvelles recrues formées en Israël ne se trouvent pas en nombre suffisant pour combler les places laissées par les médecins immigrés. Un rapport du ministère de la santé montrait, en effet, en 2009, que le nombre de médecins avait chuté de 8% depuis 2000.
Le principal problème réside, cependant, dans le fait que le nombre de médecins nécessaire est calculé en fonction du nombre de lits d’hôpitaux. Or la quantité de lits d’hôpitaux n’a pas augmenté depuis les années 70 !
Le gouvernement n’a pas pris en compte l’accroissement de la population (en 2010, on dénombrait 7.6 millions d’Israéliens, soit 1.8% de plus qu’en 2009, et la population avait plus que doublé depuis les années 70), ni le vieillissement de la population, qui occasionne une plus forte demande en soins médicaux.
En dépit du bon sens, et de celui des responsabilités, le poste de ministre de la Santé
est vacant dans le gouvernement Netanyahu ; sur la photo, le vice-ministre, le "Dr." Litzman, "spécialiste" des affaires médicales…
L’insuffisance en lits apparaît flagrante, surtout lorsque des patients sont installés et soignés dans les couloirs des hôpitaux, dans des conditions intolérables, à en croire le président de l’Association Médicale d’Israël, le Dr. Leonid Eidelman. Quant au Dr. Idit Plataux, directrice du département de médecine interne à l’hôpital Ha-Emek, situé dans la ville d’Afula, en Galilée, elle révèle que la demande en matière de place s’élève à 150% des disponibilités.
Une étude réalisée par l’Association Médicale d’Israël, en 2010, a ainsi montré qu’Israël est le pays de l’OCDE (l’Organisation de Coopération et de Développement Economique, qui regroupe 34 pays membres, essentiellement des pays dits développés) bénéficiant du plus petit nombre de lits d’hôpitaux pour 1000 résidents, en médecine interne. Pour cette seule spécialité, il manque au moins 500 lits supplémentaires.
Une des conséquences de cette carence en lits réside dans la réduction de la durée moyenne d’hospitalisation : en médecine interne, un patient reste en moyenne hospitalisé 3.9 jours, soit le séjour le plus court parmi les Etats de l’OCDE.
La diminution du nombre de médecins dans le service public est, par ailleurs, creusée par le fait que de nombreux praticiens quittent le service public pour exercer dans le privé, où ils ont la possibilité d’être bien rétribués.
Il arrive qu’un médecin de garde (ayant assuré le service la nuit) enchaîne consécutivement la journée à l’hôpital, dans le cas où il ne se trouve aucun collègue pour le remplacer : un même chirurgien se trouverait ainsi à opérer des gens pendant près de vingt-quatre heures d’affilée.
D’autre part, est-ce en dix minutes qu’un médecin a la possibilité de répondre aux besoins des patients ? Dans les centres de santé, c’est pourtant le laps de temps qui leur est imparti pour une consultation – ce problème n’est d’ailleurs pas spécifique à Israël, on le retrouve également en Europe.
Les professionnels des maladies du corps humain estiment que ce travail à la chaîne ne leur permet pas d’effectuer correctement leur ouvrage, c’est pourquoi ils demandent également à leur employeur, l’Etat, de rallonger la durée d’une consultation, de 10 à 15 minutes.
Si le ministère des Finances n’investit pas suffisamment dans les médecins israéliens, il ne le fait pas non plus dans le reste du personnel soignant ; le nombre d’infirmiers a lui aussi baissé de 40% depuis 2000, à en croire un rapport du ministère de la Santé. Quant aux infrastructures, elles ne répondent pas à la demande en soins de la population.
Pour le Dr. Eidelman, c’est en effet le système médical tout entier qui est en train de s’écrouler. Il affirme qu’il ne s’agit "pas seulement de problèmes de salaires, mais de problèmes majeurs de déséquilibres au sein même du système de santé, qui l’ont rendu "malade"".
Les disparités entre le "centre" - la région du Goush Dan, comprenant Tel-Aviv et sa grande banlieue, peuplée de 4.5 millions d’habitants - et les périphéries, au détriment de ces dernières, constituent un sérieux problème pour la population.
Dans les régions nord et sud, les citoyens ne bénéficient pas du même niveau de service que dans le Goush. Les budgets alloués aux régions excentrées sont notablement plus faibles que ceux des grands hôpitaux des agglomérations majeures. Le gouvernement n’incite pas non plus les médecins à s’excentrer : c’est ce qui motive le groupement des médecins à réclamer également une prime pour les confrères exerçant en périphérie.
Le ministère de la Santé a affirmé, pour sa défense, qu’il commençait à réduire les écarts de qualité des services de santé entre le "centre" et le reste du pays ; or une étude publiée mi-mars par un institut d’études socio-économiques – le Centre Taub pour les Etudes de Politique Sociale en Israël - montre que, sur le terrain, la situation n’a pas évolué.
Le gouvernement israélien, qui ne met pas en œuvre les moyens nécessaires pour répondre correctement à la demande de soins, manque à ses responsabilités devant ses citoyens. Lorsque des malades sont soignés dans les couloirs, c’est à lui de réagir et proposer des solutions. En lieu et place, les autorités négligent la santé publique, et ne cherchent pas à en améliorer la gestion.
Les services de santé manquent cruellement d’argent, et c’est un message que les médecins souhaitaient aussi faire passer en organisant cette grève. A en croire Paul Levy, ancien directeur d’un grand hôpital de Boston, ayant assisté à la Conférence "Gouverner les hôpitaux", organisée les 8 et 9 mars à Haïfa, par l’Institut National d’Israël pour la Recherche dans la Politique de la Santé, le problème vient du fait que le budget de la santé est décidé par le gouvernement en fonction de ses priorités politiques, sans tenir compte des nécessités rencontrées dans l’exercice de la médecine.
Aux revendications salariales des médecins, le ministre des Finances, Yuval Steinitz, répond qu’ils ont toujours la possibilité de voir des patients dans le secteur privé, durant les heures où ils n’exercent pas dans le service public. C’est donc en rajoutant du travail à un corps déjà limité en nombre que le gouvernement envisage de régler ce problème : les médecins sont en charge de pallier à la mauvaise gestion des budgets par le gouvernement.
Par Stéphane Juffa
La remise en question, par Richard Goldstone, dans un article du Washington Post paru le 1 avril dernier, du rapport portant son nom sur la guerre de Gaza, durant l’hiver 2008-2009, appelle à une reconsidération globale des conclusions qui s’en sont suivies.
Certes, l’élément central de l’analyse de la rétractation se rapporte incontestablement aux conclusions du rapport elles-mêmes. Il n’est, après cet article, plus possible, pour un observateur équitable, de soutenir que des crimes de guerre "et peut-être" des crimes contre l’humanité sont imputables à l’Etat d’Israël et à son armée.
En effet, lorsque l’on lit, de la plume du juge sud-africain, que " (…) les enquêtes publiées par les militaires israéliens et endossées par le Comité de l’ONU chargé du rapport, (..) démontrent que les civils n’ont pas été intentionnellement pris pour cibles dans le cadre d’une politique [israélienne] prédéterminée", on ne peut plus prétendre qu’Israël est responsable de crimes de guerre.
C’est ce qu’indique Goldstone, qui reconnaît, en exprimant ses "regrets", que ce que l’on sait désormais "aurait probablement influencé nos observations à propos de l’intentionnalité [des dommages subis par les civils] et des crimes de guerre".
Il se justifie, admettant que "les allégations quant à l’intentionnalité d’Israël ont été déduites des morts et des blessures de civils, dans une situation dans laquelle la mission, qui était à la recherche de faits, ne possédait pas d’indication sur laquelle il aurait été raisonnable d’établir toute autre forme de conclusion".
Et dans un passage rarement cité par les autres media, le juge reconnaît que "certains [dont la Ména et à la première heure. Ndlr.] ont dénoncé le processus que nous suivions, parce qu’il n’appliquait pas les standards judiciaires. Pour être clair," poursuit l’intéressé, "le mode opératoire suivi par notre mission ne fut en aucun cas judiciaire, ni même quasi-judiciaire".
Richard Goldstone dénonce aussi le fait qu’il est "indéniable que le Conseil des Droits de l'Homme des Nations unies avait "un historique" de parti-pris contre Israël". Nous, de répéter la question que nous posions à l’époque de la création de la commission d’enquête : sachant cela – et cela ne participe pas d’une révélation qu’il a découverte récemment –, pour quelle raison le magistrat sud-africain avait-il accepté de présider cette investigation, alors que c’est le Conseil des Droits de l'Homme qui la lui avait proposée ? Il ne pouvait guère ignorer que la formation de l’équipe des enquêteurs, son mandat, son mode de travail et l’instrumentalisation de ses conclusions seraient décidés par une institution dont il déclare connaître l’absence d’objectivité.
D’autre part, à la suite de la publication des conclusions du rapport aujourd’hui sur la sellette, le gouvernement de l’Etat hébreu avait promptement publié une réponse en trente-deux points, qui recouvrent précisément toutes les lacunes de l’enquête que Goldstone avait diligentée, et qui identifiaient, avec précision, toutes les contrevérités auxquelles elle a abouti.
Pour quelles raisons n’est-ce que maintenant, des années plus tard, beaucoup trop tard venant d’un homme chargé de faire régner la justice et conscient des dommages irréversibles que peut susciter une erreur judiciaire, que le juge se résigne à reconnaître publiquement ses fautes ?
Car, au vu des circonstances mentionnées ci-dessus, on a véritablement à faire à des fautes, de choix, de manque de prudence, d’appréciations contraires à la vérité, et de dissimulation des faits.
Une réponse possible est fournie par deux universitaires israéliens, Peter Berkowitz et le Professeur Abraham Bell. Ceux-ci ont en effet participé à un débat en présence de Richard Goldstone, qui s’est déroulé à l’Université de Stanford, le 28 mars 2011, soit quatre jours avant la publication de ce que nous appellerons "le début des confessions" du juge sud-africain.
Richard Goldstone : pas une erreur, une terrible faute
A croire le récit du déroulement de cette discussion qu’en fait le Professeur Bell pour Haaretz, Goldstone a semblé particulièrement secoué par les interrogations et les critiques qui lui furent adressées à cette occasion.
Selon Bell, "il (Goldstone) a tenté de prétendre qu’il n’avait pas fait de faute, mais, après cette soirée, il a compris qu’il n’était plus en mesure de soutenir sérieusement cette affirmation".
Quoi qu’il en soit, Israël demande, bien évidemment, l’annulation du Rapport Goldstone par l’ONU, à la lumière de l’article du Washington Post. Il est vrai que la différence de statut entre celui d’un Etat qui fait tout ce qui est en son possible afin de protéger la vie des civils, et qui prétend – c’est toujours indiscutable ! – que "son armée est la plus morale qui soit", et celui d’un pays qui s’attaque intentionnellement aux personnes non armées, est fort appréciable. Il en va, par exemple et très pragmatiquement, de la possibilité qu’ont diverses ONG d’assigner des ministres et des officiers de Tsahal devant des tribunaux à l’extérieur d’Israël. A plusieurs reprises, on est ainsi passé près d’incidents diplomatiques majeurs, notamment en Belgique, en Grande-Bretagne et en Espagne, où des associations réclamaient l’arrestation de ministres hébreux alors qu’ils se trouvaient dans ces territoires, leur imputant des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.
Par-dessus tout, Jérusalem entend tordre le cou à ces imputations entièrement infondées, sources d’antisémitisme, et faire valoir, au contraire, son droit à la légitime défense, particulièrement lorsque les maîtres du califat de Gaza lancent la bagatelle de 8000 roquettes sur ses villes et ses villages. A ce propos également, Goldstone a enfin rompu le silence dans son article, affirmant :
"Le fait, qu’en comparaison, un petit nombre seulement d’Israéliens aient été tués par des attaques illégales de Gaza à la roquette et au mortier, n’en minimise pas pour autant la criminalité". Ce que Goldstone entend par "criminalité", c’est la qualité de ces tirs, les qualifiant ainsi dans la catégorie des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. En quelques phrases, dans le Washington Post, le Sud-africain a confirmé ce qu’Israël n’a jamais cessé de clamer : les miliciens islamiques de Gaza sont des terroristes, qui font de leur mieux pour assassiner le plus grand nombre de civils possible, tandis que les soldats hébreux les défendent, en tentant de minimiser au maximum les dégâts collatéraux. Dommage que, lorsqu’il parle du Hamas, le juge ne termine pas ses phrases, limitant ainsi l’intellection compréhensive de ses accusations aux seuls juristes et aux férus de droit.
La demande de révision du rapport lancée par Benyamin Netanyahu, Ehud Barak et le ministre des Affaires Etrangères est accueillie diversement par les chancelleries étrangères. Ainsi, aux Etats-Unis, un porte-parole du Département d’Etat, Mark Toner, a affirmé que l’administration avait pris connaissance du papier de Goldstone avec une grande attention, et que les USA n’avaient jamais douté de ce qu’Israël était innocente de tout crime de guerre et de l’accusation de prendre des civils pour cibles.
Le porte-parole, non sans une pointe d’humour, a remarqué que les Etats-Unis et le juge Goldstone partageaient désormais les mêmes conclusions. Il a également fait part de sa préoccupation quant à l’attitude anti-israélienne – biaisée à l’encontre d’Israël, du Conseil des Droits de l’Homme.
A Paris, on a accueilli avec négligence la requête de Jérusalem, comme en témoigne le point de vue du porte-parole du Quai d’Orsay, régulièrement accusé du même manque d’objectivité vis-à-vis d’Israël que celui reproché au Conseil des Droits de l’Homme.
"Le Rapport Goldstone a été publié en septembre 2009. C’est un document établi à la demande des Nations Unies, qui n’a pas à être maintenu ou retiré", a déclaré ledit porte-parole, Bernard Valero.
Simple point de logique que nous inspire son commentaire : si un quelconque rapport ne doit être ni maintenu ni retiré, que faut-il donc en faire ? S’asseoir dessus, M. Valero ?
Rationalité à part, si c’est là toute l’importance que Paris reconnaît à la définition appropriée d’Israël sur la scène internationale, il nous aide à comprendre beaucoup d’autres choses…
Même à l’ONU, on ne se montre pas aussi distant quant à la réputation d’Israël qu’on ne l’est sur les bords de Seine. Lundi dernier, tout en rappelant que les conclusions du rapport original demeuraient, pour l’instant, les seules qui soient recevables, en dépit de l’abjuration de son rédacteur en chef, les Nations Unies ont invité Richard Goldstone à demander officiellement son annulation auprès de son commanditaire, le Conseil des Droits de l’Homme à Genève.
Et s’il reste ce qu’il faut de respect de soi et de sa profession au magistrat sud-africain, il s’agit d’un conseil qu’il ne tardera pas à suivre, l’annulation de ce document s’imposant impérativement des suites du rectificatif qu’il a lui-même prononcé. Ne rien faire équivaudrait à s’abstenir de réparer une erreur judiciaire qu’un juge a lui-même annoncée, sachant qu’il est le principal responsable de sa perpétration.
J’ai pensé, à ce chapitre où nous parlons de diplomatie, que cela intéresserait certains lecteurs de savoir quels sont les Etats qui s’étaient opposés à l’adoption du Rapport Goldstone lorsqu’il leur fut présenté à l’ONU. Au moment où, dans certaines contrées, on autorise des groupes à appeler ouvertement à l’isolement et au boycott de l’Etat hébreu, et dans la crise économique qui prévaut et touche tout le monde, je trouve intelligent de favoriser, au contraire, ceux des Etats qui conservent un cap décent et ne sont pas prêts à voter n’importe quelle résolution condamnant Israël.
La liste des pays où on peut programmer ses vacances d’été et où on peut, sans regret, commander sa prochaine voiture se compose de : l’Australie, du Canada, la République tchèque, l’Allemagne, la Hongrie, Israël, l’Italie, les Iles Marshall, la Micronésie, le Nauru, les Pays-Bas, Palau, Panama, la Slovaquie, la République de Macédoine, l’Ukraine et les Etats-Unis.
Treize pays s’étaient abstenus, dont la France, le Royaume-Uni et l’Espagne ; des Etats d’Europe civilisés, dont les gouvernants ne sont donc "pas totalement persuadés que les soldats israéliens n’avaient pas reçu l’ordre de massacrer les civils de Gaza". Bof ! Ou qui confondent l’armée de milice qu’est Tsahal et les mercenaires de la Légion Etrangère, Gaza avec Kigali, et 1400 morts - dans leur immense majorité (85%) des terroristes, contrairement à ce que répète ad nauseam l’AFP et ses perruches -, et 870 000 Tutsis !
Et les Tutsis n’avaient pas tiré la moindre roquette sur Perpignan ni sur Montpellier, Bernard Valero et Alain Juppé !
Même constatation au chapitre de la relation de la presse au Rapport Goldstone ; pour dire que tous les titres n’avaient pas perdu leur cervelle et leur honorabilité, au Royaume-Uni et aux USA, s’entend.
The Economist anglais avait, par exemple, jugé le rapport débile, dommageable pour le processus de paix israélo-palestinien, et franchement déséquilibré au détriment des Israéliens. Le Times de Londres, trouvait le rapport provocateur et inique ; de plus, il n’avait pas de mots assez durs pour dénoncer le parallèle infecte que Goldstone y établissait entre le Hamas et Israël.
De l’autre côté de l’Atlantique, le Washington Post, déjà, qualifiait le rapport de "plagiat d’impartialité dans l’établissement des faits". Quant au Wall Street Journal, il le décréta "nouveau record de bassesse dans le parti-pris anti-israélien aux Nation Unies".
Sur la rive orientale de la Manche, l’Aurore et Zola, de même que l’époque des journalistes libres et courageux ne sont plus que de fort lointains souvenirs. Ceux des media tricolores qui ont évoqué le revirement de Richard Goldstone, l’ont fait en des termes ambigus, et sous des titres trompeurs, dans des articles ou des reportages qui ont davantage servi à réaffirmer les mensonges que renfermait le rapport original, qu’à expliquer que le juge sud-africain s’était publiquement rétracté, et qu’Israël n’avait commis aucun crime aux termes de la législation internationale et du droit de la guerre.
Par Selim Berkmen
Alors que les pays arabes, de l’Afrique du Nord au Moyen-Orient, connaissent des bouleversements, la question de la compatibilité de l’islam avec la laïcité et la démocratie à l’occidentale revient, de manière plus urgente que jamais, sur le devant de la scène.
Nombre de chroniqueurs soulignent cette évolution dans le monde arabe comme un pas positif dans la transition des régimes autoritaires vers le pluralisme, en mettant en exergue le cas unique – et « exemplaire » - de la Turquie, dirigée par le parti AKP, Adalet ve Kalkınma Partisi (Parti pour la Justice et le Développement).
Cette formation islamiste « modérée » de Tayyip Erdogan, est arrivée au pouvoir en 2002 grâce à la sentence des urnes, au grand dam des partis laïcs. La majorité de l’AKP s’est vue, par ailleurs, récemment confortée à l’issue d’un référendum populaire.
Les concepts de l’islam et de l’islamisme dits modérés sont donc plus que jamais d’actualité, et la tendance du jour, dans l’optimisme ambiant, est de répondre positivement à la question de savoir « si l’islam est soluble dans la démocratie ».
Ainsi, le parti tunisien Ennahda (Parti de la Renaissance) est-il considéré comme un petit frère naturel de l’AKP d’Erdogan, ayant lui-même vu le jour dans un pays qui s’inspira, depuis son indépendance, de la République laïque fondée par Atatürk. Dans le sillage de la même euphorie, la participation des Frères Musulmans aux affaires d’Etat, dans l’Egypte post-Moubarak, ne suscite généralement, elle non plus, aucune inquiétude majeure parmi les tenants de ces thèses.
Ayant moi-même une connaissance succincte des politiques dans les pays arabes, je voudrais partager avec les lecteurs de la Ména mes réserves concernant le cas turc, et mon appréhension de le voir érigé en exemple pour toute la sphère islamique. Ce, dans un contexte où l’envers de la médaille de cette vision idyllique incite de moins en moins à l’optimisme, à Ankara et Istanbul.
J’eus récemment l’immense surprise de lire, dans un livre publié en 1939, Les routes fascistes – au volant sur la Translibyenne, Editions La Floride, dédicacé par l’auteur, une certaine Alice Guibon, de la Société de Géographie, à M. Saracoglu [1], 1er ministre turc de l’époque, les lignes prémonitoires suivantes : « Quoique laïcisée à outrance, la Turquie regagnera sans doute aussi son prestige religieux si son nouveau président [2] lui restitue son rôle de guide moral de l’Islam… ».
Les ouvertures des dirigeants turcs actuels vers le monde arabo-musulman, et leurs amitiés avec certains dirigeants et mouvements de cette sphère, y compris avec ceux qualifiés de terroristes, à l’exemple de Hamas, par les alliés occidentaux de la Turquie, sont du domaine public, depuis, notamment, les prises de positions tonitruantes d’Erdogan contre Israël, l’expédition du « Mavi Marmara », ainsi que les accords avec la Syrie et l’Iran.
En revanche, les media occidentaux, soucieux avant tout de saluer les « progrès de la Turquie dans la voie de la démocratie, et son harmonie avec les critères de l’UE » passent le plus souvent sous silence – par ignorance, insouciance ou connivence – les atteintes manifestes aux droits de l’homme, aux principes de la laïcité et à la liberté d’expression, perpétrées en Turquie au cours de la dernière décennie, ainsi que les jalons d’une islamisation systématique de la vie publique et de la société civile posés par le gouvernement islamiste [3].
L’islam "modéré" sauce turque s’exprime :
Ellerinze saglik : "Bien joué !"
Manifestation islamique de masse en soutien de la flottille de la haine (5 juin 2010)
Devant un parterre d’hommes d’affaires à Izmir, ville réputée farouchement ancrée dans la laïcité, Erdogan répétait, le 6 mars dernier, la formule qu’il avait déjà utilisée quand il était maire d’Istanbul en 1994, affirmant que « la démocratie n’est pas un but mais un moyen, comme toutes les autres formes de gouvernement », [y compris la religion NDA.] « pour assurer le bonheur et la prospérité... ». Il ne manquait pas de souligner que « les yeux des musulmans étaient en ce moment rivés sur la Turquie, qui donne l’exemple de ce que l’islam et la démocratie sont compatibles ».
Force est de souligner que cette image se trouve gravement molestée par l’intrusion croissante de la religion dans la sphère publique et les initiatives tendant à faire de l’islam « une forme effective de gouvernement », se substituant aux institutions séculaires. L’un des exemples flagrants de cette évolution, outre la levée de l’interdiction du port du voile islamique dans les universités, contrairement à l’avis du Conseil constitutionnel, fut la promulgation, en février dernier, par l’Assemblée nationale, dominée par l’AKP, d’un texte autorisant la constitution d’un secteur privé régi par les règles de la charia [4].
Curieusement, les dirigeants actuels du Parti Républicain du Peuple, principale formation de l’opposition s’inspirant de la laïcité et d’Atatürk, ne contestèrent pas frontalement cette initiative. Seuls quelques éditorialistes de presse en firent mention.
Une association d’hommes d’affaires musulmans existe sous le nom de MUSIAD (abréviation, en turc, d’Association des Industriels Indépendants et des Hommes d’Affaires) depuis les années 90. Elle ambitionne de faire pendant à la puissante confédération patronale laïque TUSIAD (Association des Industriels et des Hommes d’Affaires Turcs). MUSIAD met en œuvre des projets destinés à développer l’exemple de la banque turco-koweitienne « Al-baraka » (La Chance), en substituant des sortes de « bons » et de « parts de bénéfices » à « l’intérêt », prohibé par l’islam.
Au cours des dernières années, par ailleurs, les agressions contre des prêtres catholiques et des missionnaires se sont multipliées.
Parallèlement à la sur-taxation de l’alcool, la presse a mentionné, à plusieurs reprises, la verbalisation de consommateurs - dont deux jeunes à Antalya, célèbre station balnéaire touristique du Sud -, le lynchage public de participants à des vernissages d’expositions artistiques - en décembre dernier, par exemple, à Istanbul, dans le cadre des festivités de cette ville devenue, pour une année, capitale européenne de la culture -, et les vexations diverses subies par les femmes non voilées dans les quartiers « tenus » par les islamistes.
Un ministre en exercice déclara même aux journalistes : « une femme non couverte est comme une maison sans rideau. Or, une maison qui n’a pas de rideau, est à vendre ou à louer ». Il conviendra d’ajouter à cela les manifestations publiques d’un antisémitisme grandissant, qui aboutirent à l’interruption, suite à des événements violents, de rencontres sportives, l’année dernière, entre des équipes turques et israéliennes.
La goutte d’eau qui fit déborder le vase et permit d’étaler au grand jour les grandes manœuvres des islamistes pour mettre graduellement la main sur l’appareil d’Etat, fut l’arrestation de deux journalistes libéraux à Istanbul, il y a une dizaine de jours, inculpés de « contacts avec des terroristes » [5].
L’un d’eux, Ahmet Şık, se vit reprocher la rédaction d’un ouvrage intitulé L’armée de l’imam. Les autorités turques confisquèrent les épreuves du livre avant sa parution, effectuèrent des descentes dans les rédactions d’organes de presse, avec saisie d’ordinateurs. Depuis peu, le livre de Şık circule, non pas sous le manteau, mais sur Internet.
Le texte explique, avec force détails, l’infiltration de la confrérie Gülen [confrérie religieuse créée par Fethullah Gülen - imam, écrivain et penseur de la seconde moitié du XXème siècle -, et souvent accusée de favoriser l’islamisation de la société turque. Ndlr.] dans les rouages de l’Etat, depuis les années 80, pendant la courte période de régime militaire, lorsque les militaires regardaient d’un bon œil la lutte des islamistes contre les « rouges », inféodés aux soviétiques.
Par la suite, l’Armée aurait eu du mal à contrôler et à juguler les appétits du « monstre de leur création »… Ainsi, la confrérie aurait progressivement pris le contrôle de la police et de secteurs de l’appareil juridique, ainsi que de la presse, et s’emploierait à la promotion d’Erdogan et de ses acolytes.
Par Guy Millière
Lors des manifestations qui ont provoqué le départ d’Hosni Moubarak, j’ai écrit que les évènements d’Egypte n’étaient en rien une révolution démocratique et n’allaient pas occasionner l’instauration dans le pays d’une démocratie libérale, mais seraient, sans doute, à l’origine d’une grande régression.
J’avais ajouté, face à mes contradicteurs, que je prenais date de leur désaccord. Force m’est de constater que le fait qu’il ne s’agissait pas d’une révolution démocratique menant le pays sur la voie de la démocratie libérale n’a pas mis longtemps à se révéler. Force m’est de constater, aussi, que la régression n’a pas tardé à devenir flagrante.
Ce qui s’est passé peut se résumer à un coup d’Etat mené par l’armée, sous la conduite du maréchal Tantawi. Ce qui prend place depuis le coup d’Etat est une série d’inflexions, conduisant l’Egypte vers une soumission plus grande à l’islam radical et vers des changements d’alliances.
Il y eut d’abord la mise sur pied d’une commission chargée de réécrire la Constitution et le placement de cette rédaction sous la responsabilité de Tarek al-Bishry, membre d’Al-Wasat, un parti politique islamiste ayant partie liée avec les Frères Musulmans.
Le 28 mars s’est tenu un référendum qui a révélé une majorité écrasante en faveur d’élections parlementaires. Le scrutin en question se tiendra au mois de septembre, suivi, dans la foulée, par des élections présidentielles. Ce scénario était précisément celui souhaité par les Frères Musulmans, qui avaient appelé les Egyptiens à exprimer cette position.
Il y a la décision, prise par la junte au pouvoir le lendemain du référendum, lors de la proclamation des résultats de celui-ci, d’interdire toute manifestation. Il y a, bien sûr, les gestes qui ont consisté à autoriser le passage de vaisseaux militaires iraniens par le canal de Suez, ainsi que les propos d’ouverture concernant le Hamas.
Nous avons, de même, retenu attentivement les paroles tenues par l’actuel ministre des Affaires Etrangères, stipulant que "l’Egypte n’est pas l’ennemie de l’Iran", et qu’une "nouvelle page" s’ouvre dans les relations entre les deux pays.
La marche vers la démocratie ?
Il y a, enfin, l’autorisation de retour au Caire accordée par les services de sécurité égyptiens à trois mille islamistes, membres de Jama'a al-Islamyia, "le Groupe islamique" : mouvement islamique égyptien, considéré comme une organisation terroriste par les Etats-Unis, et du Djihad Islamique, annoncée le 31 mars par le quotidien égyptien Al Masry Al-Youm (L’Egypte-le-Jour).
Conséquence de ces mutations : si l’Egypte ne deviendra pas pour autant une base arrière du terrorisme islamique, en revanche, les autorités égyptiennes fermeront probablement les yeux sur les activités de groupes prêts à fomenter des actes terroristes hors des frontières du pays.
Quant au traité de paix avec Israël, il ne se trouvera pas obligatoirement remis en cause, car l’armée égyptienne, et tous ceux qui pourraient accéder au pouvoir sous son contrôle, ne désirent pas perdre l’aide financière américaine, corollaire indissociable du maintien de cet accord.
Il semble cependant établi que ce traité va se trouver remis en cause de manière feutrée, et que la frontière sud d’Israël va redevenir très peu sûre. Il semble établi que la frontière entre l’Egypte et la bande de Gaza se fera encore plus poreuse qu’aujourd’hui, même si elle ressemble déjà à un morceau d’Emmental. De plus, il semble évident que le camp des pays susceptibles de contribuer à l’endiguement de l’Iran se trouve d’ores et déjà considérablement affaibli.
La prochaine étape consistera donc en les élections législatives de septembre, et il ne fait guère de doute que celles-ci donneront une écrasante majorité aux islamistes et aux nationalistes radicaux néo-nassériens.
Le Parti National Démocratique, qui a exercé le pouvoir jusqu’au départ de Moubarak, devrait emporter un cinquième des voix tout au plus. Ce qui laisserait dix à quinze pourcent d’espace aux partisans d’une démocratie libérale. C’est ce qu’ils pèsent effectivement dans le pays, et c’est, en réalité, la portion que représentent les manifestants de la place Tahrir, adulés par les idiots utiles des media occidentaux.
Le favori à l’élection présidentielle, depuis le départ d’Hosni Moubarak, n’est autre que la vieille connaissance Amr Moussa, un nationaliste radical néo-nassérien, très anti-israélien et très anti-américain.
Le revers majeur que constitue pour le monde occidental et pour Israël le départ d’Hosni Moubarak n’a pas encore pu être pleinement mesuré. Il ne le sera pas en France, où l’information demeurera aseptisée. Il le sera davantage aux Etats-Unis.
Il se dit, à Washington, que Barack Obama se montre très inquiet de la tournure que prend la situation. J’ai, je dois le souligner, beaucoup de mal à croire cette rumeur.
Je persiste pour ma part à penser, que l’apparente maladresse et la flagrante, beaucoup trop flagrante, absence de sens du commandement dont fait preuve l’occupant actuel de la Maison Blanche, dissimule bien davantage.
Obama a consciemment voulu l’affaiblissement des Etats-Unis et leur soumission aux Nations Unies et à l’Europe. Il a décidé de faire la cour à l’islam radical, dès le premier jour de sa présidence. Il a mené une guerre qui ne dit pas son nom contre Israël. Il a choisi de fermer les yeux sur la répression des manifestants demandant effectivement la liberté en Iran.
Le débat sur la laïcité et l’islam, que souhaite ouvrir le parti du Président, l’UMP, le 5 avril prochain, a engendré, ces derniers jours, une large controverse sur la scène politique. Ce débat doit-il avoir lieu ? Les appels à y renoncer sont nombreux, formulés par l’opposition, des intellectuels, des représentants de la communauté musulmane en France, mais aussi des autres religions, ainsi que des personnalités politiques au sein même de la majorité.
A les entendre, ce débat sur la laïcité et l’islam n’a pas lieu d’être, car il risquerait de "stigmatiser" les citoyens français d’héritage islamique ; cette discussion aurait pour conséquence de les séparer des autres Français, en instituant une différence entre eux.
Dialoguer sur la laïcité et l’islam servirait, de plus, selon eux, une manipulation électorale du parti présidentiel. Mettant en exergue des problèmes ressentis par une large frange de la population, liés à l’islam et aux citoyens musulmans, l’UMP viserait ainsi à récupérer des voix à l’extrême droite - en vue de l’élection présidentielle de 2012 ; l’extrême droite, qui, historiquement, attribue de nombreux problèmes sociétaux aux populations issues de l’immigration.
Pour l’heure, le débat est maintenu, mais fortement escamoté, car réduit à la durée de deux heures. Ses organisateurs, Nicolas Sarkozy et Jean-François Copé, le secrétaire général de l’UMP, considèrent nécessaire de parler ouvertement des questions que pose la présence de l’islam en France par rapport à la laïcité ; ils soutiennent qu’il ne s’agit pas de diviser, mais de rassembler.
Selon le raisonnement qu’ils diffusent, refuser de débattre ne contribuerait pas davantage à créer une unité, au sein d’une nation où des divisions existent déjà ; non plus à faire disparaître des antagonismes ou les inquiétudes d’une partie des Français. Parler ouvertement des problèmes pourrait permettre, au contraire, d’éviter que des conflits ne s’enveniment, grâce à l’échange d’idées.
Ils défendent en effet que, dans une démocratie, on peut parler de tout ; le débat ne la nourrit-elle pas ? Certains se sont sentis offensés par l’annonce de ce débat, à l’instar d’Hassan Ben M’ Barek, le président du collectif Banlieue Respect (fédération d'organisations associatives provenant de quartiers situés dans les zones urbaines sensibles).
M’ Barek considère quant à lui que ce débat froisse la communauté musulmane, en cela qu’il regroupe, dans la même catégorie, "des musulmans pratiquants - voire intégristes - et des gens de culture musulmane, qui ne sont pas pratiquants".
Nul doute qu’il s’agit d’une population hétéroclite, même si, pour le compte de calculs politiques, elle se voit souvent regroupée sous la bannière des "six millions de musulmans de France". Les partis politiques instrumentalisent ce nombre, pour rechercher à fédérer le soutien de ceux qui le composent (PS) ou, au contraire, à obtenir le vote de ceux que ce chiffre effraie (extrême droite, UMP ?).
Au-delà des diverses manipulations politiques et vexations en tout genre, il existe, évidemment, dans la France de 2011, de vraies questions relatives à la frontière entre la laïcité et l’exercice de l’islam. Un islam français, qui a tendance à glisser de la sphère privée à la sphère publique. Les prières sur la voie publique, les revendications de nourriture hallal dans les cantines des écoles publiques, et la remise en cause de la mixité dans les piscines municipales ne représentent qu’un petit échantillonnage de ce propos.
Selon la Constitution, à laquelle tout citoyen français est soumis, la France est une république laïque, qui respecte toutes les croyances. Une république laïque, cela signifie, d’après la loi de 1905 sur la laïcité, un pays où la religion et l’Etat sont indépendants ; c’est-à-dire, où la religion n’a aucune emprise sur la société, dans l’environnement public.
Pourtant, dans les exemples que je viens de citer, la pratique religieuse de l’islam influence incontestablement la vie publique. Reste à savoir si elle offense les citoyens non musulmans, ou musulmans non pratiquants dans leur vie quotidienne ?
Y a-t-il compatibilité ?
Et dans les cas où la population locale se compose d’une majorité de musulmans convaincus ; dans une acception au sens large des règles de la démocratie, l’autre partie de la population, devenue minoritaire, ne doit-elle pas s’adapter aux préférences du plus grand nombre ?
Face à ces questions, on observe des réactions très différentes. Concernant les revendications de menus hallal dans les cantines scolaires, la demande a été, par exemple, catégoriquement rejetée à Tremblay-en France, en Seine-Saint-Denis, en 2006 ; le maire-adjoint avait rappelé à cette occasion que la cantine scolaire constituait un service public et laïc, et que les "opinions" n’avaient strictement pas à interférer avec son fonctionnement.
A Lyon, en revanche, en 2007, les cantines scolaires se sont accommodées des spécificités de la tranche musulmane de la population, en proposant un menu complet sans viande, afin que les 16 000 enfants "avec des convictions philosophiques et religieuses singulières" puissent se restaurer de manière équilibrée.
Quel est le droit dominant, celui d’exercer son culte religieux, ou celui fondé sur des valeurs républicaines ?
Les musulmans appliquant à la lettre les principes du prophète de l’islam, Mahomet, soutiendront qu’il n’existe qu’un unique et véridique système de droit, supérieur à tous les autres : la charia. L’islam, religion, dans ses textes, dominatrice et prosélyte, a pour mission de s’étendre et de faire briller la parole de Mahomet sur le monde. Les mécréants - les non musulmans – iront brûler en enfer… C’est cette idéologie que l’on surnomme aujourd’hui l’"islam politique" ou l’"islam radical".
Clairement, cette vision du monde se heurte aux principes fondamentaux, laïcs et démocratiques, de l’Occident. Ses adeptes résident, pour la plupart, dans les pays musulmans, mais ils sont également présents, par millions, dans des pays du monde libre, dont la France. Citoyens français, ils sont soumis à la République française, mais, intrinsèquement, n’en admettent pas forcément ses principes. Ils considèrent que la loi religieuse prime sur le droit positif.
L’idéologie de ces religieux fanatiques, en minorité en France parmi les musulmans, transparaît ici et là, sous forme de foulard islamique, ou de rue fermée et interdite aux femmes [musulmanes et non-musulmanes ! Ndlr.] pour cause de prière du vendredi. Si ces pratiques religieuses pourraient, dans la pratique, être tolérées, à la condition de ne pas bousculer l’ordre social, elles dérangent cependant la mentalité occidentale ; la raison : les principes sous-jacents auxquels elles renvoient, et qui s’entrechoquent avec la culture "européenne".
A l’intérieur de cette société importée, régie par l’islamisme, c’est effectivement la coercition qui préside ; si l’Occident use du débat afin de se rapprocher de la vérité, sous l’islam radical, en revanche, on ne débat pas : la liberté de penser et la liberté de parole sont inexistantes, récusées dans le dogme lui-même. Le texte religieux dirige l’existence, à la place de l’intelligence, du débat d’idées, ou de la volonté que la majorité exprime.
Les violences que cet islam inflige aux femmes sont invraisemblables au regard du principe républicain de l’égalité des sexes. Une femme, un être humain au bénéfice de tous les droits et les privilèges que lui assurent son état, la loi et la société ? Non ! Dans l’islam radical, elle est la sœur, l’épouse ou la fille d’un homme ; non pas un individu libre et autonome, mais un être bridé, que l’on soumet totalement à l’honneur des hommes. Extrême violence : les femmes doivent porter leur soumission en permanence sous un voile.
Très au-delà de simples traditions, on est en présence, avec l’islam, d’un sous-système juridique, échappant à nos lois, complet et entièrement codé ; un système totalitaire et conquérant de surcroît, dont l’exercice dans son application radicale effraie, à juste titre, les Français. Ceux-ci souhaitent préserver leurs droits, leurs libertés et leur environnement de vie ; ils craignent et rejettent, dans leur majorité, l’exercice apparent - dans ce qu’ils considèrent être leur partie du monde -, d’un système autoritaire différent du leur, rigide, non soumis à la volonté des personnes, quel que soit leur nombre et la validité de leur raison. Ils redoutent cet islam qui échappe à la modération représentée par l’exigence de rationalité, précisément. Un système dont l’exercice visible et les signes extérieurs les horrifie. Un système prosélyte, pour lequel ils constituent un gibier potentiel, qu’il est nécessaire de convaincre d’adopter Mahomet, par tous les moyens possibles, la parole ou l’épée.
Tout politicien français qui refuse de comprendre et d’aborder la légitimité de cette crainte et de ce refus fait distinctement le jeu du Front National. Autant il est inadmissible de refouler un groupe de personnes - les musulmans - pour ce qu’elles sont, autant il est recevable de récuser un groupe de personnes pour ce qu’il professe – l’islam -, qui plus est, lorsque ce qu’il professe s’oppose, dans les fondements, la pratique et les objectifs, à tout ce qui constitue l’acquis laïc et républicain.
Contrairement à ce que certains voudraient nous faire croire, l’islam n’est pas un mirage ni une occupation inoffensifs. Contrairement à ce que les mêmes voudraient nous faire croire, l’islam et notre civilisation se situent effectivement sur des trajectoires incompatibles, menant, si on ne s’en mêle pas, à la collision. Contrairement, toujours, à ce qu’ils voudraient nous faire croire, nous avons le droit absolu de ne pas aimer l’islam et de désirer limiter sa pratique et codifier sa présence en France ; et cette volonté n’est, en aucun cas, assimilable à une quelconque forme de racisme, de rejet de l’étranger, plus simplement de l’autre, ou à un processus de stigmatisation.
C’est, très pragmatiquement parlant, du choix de la société dans laquelle la majorité des individus veulent vivre dont il s’agit. Du droit de préférer un système à un autre, et de définir les limites de pratique et d’expansion que l’on désire attribuer aux systèmes que la majorité des citoyens n’a pas choisis. Il n’existe rien de moins raciste et de plus démocratique que l’exercice du choix dont il est question. Il se situe même à l’origine du concept de démocratie.
La démocratie n’est pas le système censé accepter tous les autres systèmes, c’est le système qui détermine la manière d’adopter, collectivement, un certain nombre de normes et d’en rejeter d’autres. La démocratie est un instrument de choix et de rejets décidés par la majorité d’une nation.
Faute de comprendre ce principe et d’accepter le débat démocratique sur l’islam (et je parle d’un débat de fond, pas d’une discussion de deux heures), le risque existe que ce débat se tienne quand même, mais qu’il se déplace vers des instances elles aussi totalitaires. Vers des groupements qui gagneront en puissance, grâce au mécontentement d’un très grand nombre, de voir abandonner un sujet qui les interpelle et qu’ils entendaient voir traiter selon les règles de la République, dans les chambres prévues à cet effet, et par les représentants qu’ils ont élus afin de faire valoir leur opinion.
Le niveau d’inquiétude est tel, que des millions de Français préféreraient le voir traiter par Marine Le Pen, à sa manière, à ce qu’il ne soit pas traité du tout.
Or François Fillon fait le cheminement inverse, lorsqu’il affirme, en rejetant la possibilité d’en débattre, que "la République et la laïcité devraient s’adapter aux nouvelles contingences". Ce propos signifie-t-il que la République doive intégrer des valeurs qui lui sont totalement antinomiques ? Comment pourrait-elle les agréger à ses principes ? Et surtout, sans en discuter ?