Par Sandra Ores
Hier, samedi 29 octobre, l’aviation israélienne lançait des frappes ciblées sur la Bande de Gaza, occasionnant la mort de neuf terroristes du Djihad islamique, dont deux se préparaient, selon l’armée, à tirer des roquettes de longue portée en direction de l’Etat hébreu.
De nombreux tirs ont été échangés entre Gaza et Israël au cours de la nuit dernière, jusque dans la matinée. Une trentaine de roquettes et de mortiers tombaient sur des villes israéliennes, atteignant Gan Yavné, une localité située dans la banlieue de Tel-Aviv ; c’est la première fois que des projectiles tirés de Gaza ont parcouru une telle distance à l’intérieur du territoire israélien. Un homme, blessé samedi à Ashkelon par des éclats de roquette, Moshé Ami, 56 ans, n’a pas survécu à ses blessures.
Les représailles israéliennes sont la conséquence directe du tir d’une roquette, dans la nuit de mercredi à jeudi dernier, tombée dans les environs de la cité portuaire d’Ashdod. Selon le porte-parole de l’armée israélienne, les éliminations ciblées de la nuit dernière dans la Bande visaient l’organisation responsable de cette frappe.
Tsahal y avait par ailleurs déjà répondu, dans les heures qui suivirent, en visant trois sites abritant des activités terroristes dans le centre de Gaza, ainsi qu’un entrepôt d’armes, plus au Sud.
Ces violences armées se sont produites alors qu’une trêve avait été établie entre le Hamas, contrôlant la Bande de Gaza, et Israël, le 26 août dernier, grâce à une médiation égyptienne.
Depuis cette date, la frontière Israël-Gaza était demeurée à peu près calme ; l’aviation israélienne avait toutefois frappé, plus tôt ce mois, ciblant une cellule de miliciens s’apprêtant à lancer des roquettes. Ce qui ne constituait pas une infraction aux termes de la trêve.
Pour rappel, le mois d’août dernier avait vu la mort de huit Israéliens, au cours d’une offensive terroriste qui visait la station balnéaire d’Eilat ; Israël identifia rapidement les auteurs de ces crimes, les Comités de Résistance Populaires, et organisa une riposte qui se solda par vingt-six morts côté islamiste.
La preuve par l’image ? La preuve de quoi ?
Une nouvelle trêve semble avoir été signée, convenue vers six heures ce dimanche matin, toujours grâce à la médiation de responsables venus des bords du Nil ; toutefois, trois roquettes gazaouies sont, depuis, tombées sur Israël, tandis que le dôme de fer en a intercepté deux autres à Ashdod.
D’autre part, l’aviation israélienne est entrée en action aujourd’hui, afin de neutraliser, in extremis, une cellule qui s’apprêtait à tirer des roquettes. Cette frappe aurait causé la mort d’un terroriste - individu armé s’attaquant systématiquement à des civils - et en aurait blessé un autre.
Voilà pour les faits.
Pourtant, dans la presse française, ces évènements sont rapportés d’une manière fort différente, sur la base de dépêches émises par l’AFP.
On lit ainsi, dans une dépêche de ce jour : « Ces nouveaux raids [israéliens] sont survenus alors que les groupes armés de Gaza avaient repris leurs tirs de roquettes, à la suite de la première frappe israélienne, après une trêve tacite de plus de deux mois ».
Suivi, un plus bas, de : « Le raid de samedi met en péril la trêve de facto conclu (sic) le 26 août par les mouvements palestiniens de la bande de Gaza, dont le Jihad islamique ».
A en croire l’agence française, ce serait ainsi Israël qui aurait rompu le cessez-le-feu. Qu’en est-il alors de la roquette tirée mercredi soir sur la population d’Ashdod depuis Gaza ?
Une roquette qui mettait, effectivement, dès lors qu’elle quittait le territoire contrôlé par le Hamas, déjà fin au dit cessez-le-feu. Mais les fonctionnaires de l’AFP réécrivent l’histoire au gré de leur parti-pris, sans que la chronologie ou les faits ne constituent pour eux des évènements suffisamment importants pour les rapporter à leurs clients. L’AFP attribue ainsi régulièrement la responsabilité des affrontements à l’Etat hébreu, sans se soucier de la réalité.
Notons également, dans ce câblogramme, en illustration de ce qui précède : « à la suite de la première frappe israélienne » ; pour l’agence de presse française, et pour tous les media se situant en aval de celle-ci, Israël serait ainsi à l’origine des violences du week-end.
Une version des évènements qui suit logiquement la dépêche de la même agence, de jeudi dernier, reprise par le Monde ainsi que l’Express, sous le titre : « Triple raid israélien sur la bande de Gaza ».
Le lecteur insouciant, prenant connaissance de ce titre, n’a qu’une seule manière d’interpréter ces évènements : Israël a attaqué Gaza, sans raison objective, ni provocation de la part de ses ennemis. Une conclusion s’impose dès lors à lui : l’Etat hébreu est un Etat belliciste, recherchant la violence par tous les moyens, et intéressé à maltraiter les Arabes.
Il faut avoir envie de lire l’article dans son entièreté afin d’accéder à son troisième paragraphe - sur quatre au total -, pour apprendre que ces tirs sont, en fait, consécutifs à un tir de roquette palestinienne, plus tôt dans la nuit.
L’information, façon AFP, inverse ainsi systématiquement les responsabilités. Inversion de la causalité : le tir de la roquette qui a déclenché la riposte israélienne est présenté comme la conséquence de celle-ci ; la victime devient l’agresseur, et l’agresseur, la victime.
Ainsi, à en suivre la presse française en ce qui concerne Israël, si M. Dupont lance une pierre sur M. Durant, puis que M. Durant répond à cette agression en lançant, à son tour, une pierre sur son agresseur, la presse tricolore annoncera pourtant : « M. Durant a attaqué M. Dupont » !
L’information livrée, modifiée, en devient fausse. Le titre approprié, selon la déontologie des journalistes, ne peut être que : « Des terroristes islamistes de Gaza tirent une roquette sur Ashdod, l’aviation israélienne riposte ».
Il est par ailleurs cocasse d’observer à quel point cette corruption récurrente des media français peut amener à des considérations absurdes : on présente ainsi fréquemment le Djihad islamique de Gaza, comme une victime de l’agressivité israélienne. Ce, alors que le mot djihad signifie « guerre sainte mondiale », et que les ambitions affichées de ses « combattants » consistent à livrer cette guerre à ceux qui refusent de se soumettre à l’islam, jusqu’à la mort si nécessaire. Dans le cas du Djihad islamique, il ne peut rationnellement, en la circonstance, qu’être question de combattants ou de terroristes islamistes palestiniens, mais difficilement, de… victimes.
Israël, pour sa part, et même si cela peut choquer le consommateur francophone d’information, noyé sous des vagues d’incitation à la haine des Hébreux – quelle absurdité ! - n’aspire qu’à la tranquillité et à la paix pour ses citoyens, et procède toujours avec le maximum de retenue avant de répliquer aux agressions islamistes.
Même lorsqu’elle est contrainte de le faire, elle s’emploie à riposter de façon proportionnelle aux attaques et aux dégâts qu’elle a subis. Pour ce faire, le gouvernement et l’état-major israéliens ont même mis au point une sorte de tableau d’échelonnement des ripostes, définissant, à priori, les objectifs susceptibles d’être visés pour chaque type d’agression islamiste.
La presse française incite les citoyens de l’Hexagone à se construire une idée fausse de l’opposition Israël-islamistes, une idée en tout point contraire à la réalité. Force est d’observer, qu’à être abreuvé par cette réécriture du conflit, les Français sont entrainés à considérer Israël comme un Etat assassin, agressif et barbare.
Les illustrations photographiques également, accompagnant les articles des grands quotidiens, reprenant telle quelle la dépêche AFP, participent à orienter le lecteur dans les mêmes sentiments. Ainsi, L’Express, Le Point, Libération, etc., répercutent les photos livrées, elles aussi, par l’agence de presse tricolore, représentant, le plus souvent, une image d’homme, voir d’enfants, sur un brancard.
Souvent, les images diffusées se situent bien au-delà des limites de ce qui est ordinairement imprimé, dans l’indécence des plaies ouvertes et des membres rougis ou déchiquetés.
Si les mêmes considérants étaient appliqués au flux incessant de photographies en provenance de Syrie, même sans avoir besoin d’y ajouter de légende ou de commentaire, le public français saisirait la violence extraordinaire de la répression de la dictature des al Assad. Mais, ce week-end, une cinquantaine de Syriens innocents ont été assassinés par le régime alaouite, ainsi qu’une dizaine de terroristes islamistes palestiniens, qui venaient de tirer des roquettes sur des civils israéliens, ou qui s’apprêtaient à le faire.
Au vu de la manière dont la presse française rapporte ces conflits, il est totalement impossible, pour le consommateur bleu-blanc-rouge d’information, de réaliser la différence fondamentale existant entre les deux situations ; pas plus qu’il ne lui est loisible de se faire une idée réaliste, dans les deux cas, des évènements relatés.
Dans le cas du conflit israélo-islamiste, les images délibérément sélectionnées, accompagnant des textes biaisés et mensongers, représentent l’expression d’une déformation intentionnelle de l’information, à la défaveur d’Israël, et au profit des terroristes qui l’agressent.
L’AFP, ainsi que les media répercutant ses textes et ses images, sans s’assurer de ce qu’ils sont fidèles à la réalité, et sans la moindre démarche critique professionnelle et obligatoire, participent, de la sorte, à défendre les actions de groupes terroristes sanguinaires, glorifiant la mort, tirant aveuglément sur des civils, avec, pour seul motif, la haine, et pour seul objectif, d’en assassiner le plus grand nombre possible. En dépit de ce constat, c’est invariablement le peuple hébreu, qui est dépeint, en France, comme une nation de terroristes.
Dans le domaine de l’incitation à la haine d’Israël, Le Monde s’est illustré aujourd’hui par un article inspiré d’une dépêche de l’AFP. On y lit : « Ces affrontements sont les plus sanglants depuis l'instauration d'une trêve tacite entre les organisations paramilitaires de Gaza et Israël le 26 août dernier (qui faisait suite à une série d'attaques au cours desquelles 26 Palestiniens et un Israélien avaient péri) ».
C’est ainsi que se termine l’article. Vingt-six Palestiniens morts, et un seul Israélien ! A croire que la moralité et la légitimité de l’action devraient être définies à l’aune du rapport du nombre des victimes ! C’est, d’un point de vue déontologique, exécrable.
Mais ça n’est pas tout. C’est aussi mensonger. Le Monde omet ainsi, dans son décompte funèbre, de mentionner les huit victimes israéliennes assassinées à Eilat par les terroristes des Comités de Résistance Populaires.
Ces mêmes attaques qui ont généré la riposte de Tsahal et le bilan bancal, que Le Monde tente, pathétiquement, de faire passer pour vrai. Comme souvent, Le Monde, ce faisant, surpasse l’AFP dans son incitation à la haine d’Israël et des Juifs. Car l’AFP, dans sa dépêche, avait au moins l’honnêteté de préciser : « Ces affrontements armés avaient éclaté après une série d'attaques qui avaient fait huit morts israéliens le 18 août dans la région d'Eilat (sud d'Israël) ». Dans la presse tricolore, l’arithmétique n’est donc pas une science exacte.
Par Guy Millière
Il reste encore quelques égarés et quelques désinformateurs patentés pour parler de « printemps arabe ». Comme je n’ai cessé de l’écrire, et comme c’était prévisible, ce qui se met en place dans les pays concernés prend graduellement les contours d’un hiver islamique qui promet d’être long et glaçant.
Les élections qui viennent d’avoir lieu en Tunisie montrent une victoire claire du parti En-Nahda, suivi par deux mouvements de gauche plutôt socialistes. On devine que la charia sera au menu pour bientôt. Des discours antisémites et des appels à la censure se font entendre. Ceux qui ont aimé l’instauration de la République islamique d’Iran vont sans doute adorer ce que va devenir la Tunisie.
Dans le pays voisin, la Libye, les armées française, britannique et américaine, par des bombardements intensifs, ont obtenu la chute de Kadhafi, son exécution sommaire et barbare, et la victoire d’un mouvement parti de Benghazi, qui lui aussi a annoncé la couleur : vert islam.
La charia sera, bien sûr, la base de toutes les décisions législatives et de la future Constitution. Les noirs d’Afrique subsaharienne se font massacrer. Les propos antisémites abondent. Ceux qui ont suivi Bernard-Henri Lévy doivent, je n’en doute pas, être en train de se réjouir.
En Egypte, ce n’est pas mieux, et c’est même pire. L’armée n’hésite pas à tirer dans la foule, à l’abri, maintenant, des caméras occidentales. Les coptes se font tuer et leurs églises sont incendiées. Les Frères Musulmans sont omniprésents et exercent un contrôle de plus en plus serré sur la société. Ceux qui se congratulaient place Tahrir continuent, j’en suis sûr, de se congratuler.
Au Liban, le Hezbollah resserre son étreinte sur le pouvoir. Les chrétiens retrouvent leur statut de dhimmis, citoyens de seconde zone. Agréable, non ?
Le Moyen-Orient après Obama
En Syrie, Bachar Al Assad est toujours là, et a pu, lui aussi, jusqu’à présent, tirer impunément dans la foule. S’il devait tomber, on a déjà concocté à la Maison Blanche une équipe de rechange qui prendra en main la prochaine dictature : cette équipe est composée, cela va de soi, de membres de la confrérie des Frères Musulmans. Si l’alternative n’est pas belle, c’est que je ne sais plus discerner ce qu’on appelle une belle alternative dans les salles de rédaction occidentales.
Au Yémen, les jours au pouvoir d’Ali Abdullah Saleh semblent comptés, et qui le remplacerait alors ? Vous l’avez deviné : des membres de la confrérie des Frères Musulmans, là encore, avec, pour pimenter la situation, des gens d’al Qaeda. En Libye, ceux qui ont les armes et donc le pouvoir militaire sont aussi des gens issus de la mouvance al Qaeda.
Si on ajoute au tableau le départ de tous les soldats américains d’Irak, annoncé par Obama voici quelques jours, on dispose d’une représentation globale un peu plus précise.
Et si l’on élargit la perspective au monde musulman, en ajoutant à la fresque les orientations désormais clairement islamistes et antisémites du gouvernement Erdogan en Turquie ; et le fait que l’Irak, au vu du départ des troupes américaines, se rapproche de l’Iran ; et le fait que le départ des troupes américaines d’Afghanistan est pour bientôt, ce qui encourage les talibans, qui savent qu’ils vont revenir à Kaboul, et qui sont eux-mêmes aidés par l’Iran, il devient difficile de ne pas comprendre.
L’ensemble du grand Moyen-Orient devient une zone d’islamisme intensif. L’Arabie Saoudite wahhabites fait, en ce contexte, figure de pays modéré. La Jordanie semble encerclée. Israël est plus que jamais la seule démocratie de la région et se trouve plus que jamais isolé.
Les propos parlant de djihad et d’ « ennemi sioniste à écraser » se multiplient dans la région.
Plusieurs des pays concernés sont au bord de l’effondrement économique, ce qui va, soit les inciter à se tourner vers leurs difficultés intérieures, soit à choisir la fuite en avant. C’est le cas, en particulier, de l’Egypte, qui ne dispose plus que de trois à quatre mois de réserves financières, et qui voit s’opérer présentement une fuite massive de capitaux.
Mais c’est également le cas de la Turquie, dont la croissance de ces dernières années a reposé sur des prêts qu’il sera très difficile de rembourser, même avec de l’argent saoudien. L’état de destruction dans lequel se trouve la Libye, et les divisions qui la rongent, font qu’il y a davantage de risques de la voir se transformer en une nouvelle Somalie qu’en un Eldorado.
Les égarés et les désinformateurs patentés qui parlent encore de « printemps arabe » diront que ce qui se passe ainsi est le fruit du hasard et de la spontanéité.
Pour ce qui me concerne, je me souviens avoir entendu les discours prononcés par Barack Obama à Ankara, puis au Caire en 2009. Je me souviens, qu’au Caire, Barack Obama avait insisté pour que des dirigeants des Frères Musulmans fassent partie des invités d’honneur.
Je me souviens du ton sur lequel Barack Obama a demandé à Ben Ali et à Moubarak de partir. Je me souviens que Barack Obama n’a pas du tout utilisé le même ton pour s’adresser à Ahmadinejad et Khamenei ou à Bachar Al Assad.
"Israël, l’Amérique, la recomposition islamique
Proche-Orient : perspectives pour 2012"
Une conférence organisée par Le Ptit’ Hebdo
Réservations Tél. 02 941 01 41
Places limitées, inscription conseillée
Entrée : 30 shekels en pré-réservation, 40 shekels sur place
La conférence sera suivie d’une collation ainsi que de la signature
de ses livres par Guy Millière
Lundi 14 novembre à 20 heures, à Netanya,
A l’Hôtel Palace, 33, rue Gad Machnès
Mardi 15 novembre à 20 heures, à Tel-Aviv,
A l’Hôtel Bazel, 156, rue Hayarkon
Mercredi 16 novembre à 20 heures, à Ashdod,
4, rue Edmond Safra
Le 3 octobre dernier, une mosquée était incendiée dans le village de haute Galilée de Touba-Zangariyya. La Ména, dans son article sur les raisons de cet acte criminel, (Incendie de la mosquée en haute Galilée : crapuleux !), expliquait que cette ville de sept mille habitants, c’était « Dalton city ».
Une ville sans foi ni loi, ne se situant pourtant qu’à une trentaine de kilomètres de notre rédaction. La seule de la vallée du Jourdain supérieure qui soit peuplée de bédouins.
L’ensemble des media ayant rapporté l’évènement sans mot dire sur les particularités saisissantes de Touba-Zangariyya, la Ména était bien décidée d’aller mener une investigation sur place, afin de dépeindre ce qui s’y passe réellement.
Une enquête de terrain bien plus périlleuse que celles que nous menons d’habitude en Cisjordanie. Pour preuve, des rafales d’armes automatiques ont été tirées durant la visite de courtoisie du Président Pérès, en dépit de l’imposant service de sécurité qui l’entourait, et la voiture du maire, lors d’un autre incident, a été criblée de balles et totalement incendiée.
Presque un mois s’est écoulé depuis l’incident, et un calme relatif a regagné la ville, nous donnant l’opportunité de nous rendre sur place.
Je suis accompagnée de Joshua Ohana, le fixeur attitré de la Ména, irremplaçable sur les événements violents, de la frontière libanaise au lac de Tibériade, en passant par les hauteurs du Golan.
Natif de Kiryat Shmona (la grande ville du début de la vallée du Jourdain, située au pied de la montée vers Métula), connaissant la région sur le bout des doigts, Josh a, de plus, participé à des opérations dont l’objectif consistait à sécuriser du bétail et des biens contre les attaques des desperados de la cité bédouine.
Sur la route de raccord d’à peine trois kilomètres, reliant la route nationale 90 à l’entrée de Touba-Zangariyya, c’est tout à coup l’anarchie qui prime. Les automobilistes dépassent n’importent comment, et l’on acquiert rapidement des raisons de craindre, que le véhicule arrêté au croisement ne nous cédera pas le passage, même si c’est nous qui détenons la priorité. "Il y a dix fois plus d’accidents sur ce tronçon qu’entre Kiryat Shmona et Métula ; ils conduisent sur cette route comme si elle appartenait à leur père", me lance Joshua attentif.
Nous entrons par Touba, car Touba-Zangariyya est en fait la réunion administrative, effectuée en 1988, des deux villages Touba et Zangariyya. Les gens regardent passer notre voiture, les visages se retournent étrangement. L’ambiance est assez… hum… spéciale.
Nous passons ensuite du côté de Zangariyya, où se situe la mosquée qui a brûlé. Nous garons la voiture et commençons à chercher, parmi les hommes présents, qui se sont réunis sous une tente éphémère pour prier, celui qui voudra bien répondre à mes questions.
Mais personne ne nous parle. On nous aiguille par gestes vers un homme, la soixantaine passée, assis sur une chaise, une canne à la main, l’air sérieux et respectable, l’allure de chef de clan. Le parrain accepte de nous parler, dès que la prière sera finie.
Il nous intime alors de l’escorter chez lui ; nous de suivre sa grosse voiture blanche, jusqu’à une énorme maison, à quelques centaines de mètres de là. Lui, c’est Zangariyya Ahmad Ali Abussami.
Tiens, le nom d’Ali de m’est pas étranger ; l’article de la Ména mentionnait en effet : « Une autre grande famille de Touba-Zangariyya, dont le seul nom terrorise toute la vallée du Jourdain, est la smalah des Ali, qui a également perdu nombre de ses membres lors d’altercations violentes ».
Zangariyya Ahmad Ali Abussami
Un Israélien… complexe
Josh et moi nous trouvons chez le chef de cette bande. Ahmad Ali monte cérémonieusement un long escalier extérieur menant à l’étage. Nous le suivons en silence, jusqu’à une large terrasse couverte, arrangée à l’orientale, équipée d’une rangée de canapés, sur lesquels nous nous asseyons avec déférence. Lui s’installe sur une chaise rouge, face à nous.
La matinée est brumeuse, mais notre hôte nous indique que, par temps clair, la vue s’étend sur l’ensemble de la vallée du Jourdain, vers Métula, au Nord, au lac de Tibériade, en contrebas, la chaîne du Golan à l’Est, et les monts de Naftali, leur faisant face. Ca doit être splendide.
Un des fils du cheikh est présent lors de l’interview, il a d’ailleurs reconnu instantanément Joshua : ils s’étaient plusieurs fois croisés du regard lors de certaines rencontres tendues entre cow-boys, chargés du maintien de la loi, et bandidos, dérangés en plein larcin. Mais là, c’est la trêve, car on est chez le Padre, et la loi de l’hospitalité prime sur les anciennes disputes. D’ailleurs, c’est le fiston qui nous apporte le thé au parfum exquis et poivré, composé de feuilles cueillies dans la propriété.
Je ne peux m’empêcher de penser que ces hommes en ont déjà abattu d’autres. Josh me précise à l’oreille que, si j’étais la fille d’Ali, il pourrait envoyer mon âme aux cieux s’il me surprenait un verre d’alcool à la main.
Nous commençons par échanger des politesses, assez longuement, et parler de la famille, avant de poursuivre sur le village lui-même. C’est la coutume dans cette région du monde, on n’entre jamais de but en blanc dans le vif du sujet.
Les villas alentours sont celles de ses enfants qui se sont mariés ; les jouvenceaux vivent toujours dans la demeure patriarcale. Zangariyya Ahmad a eu six filles et six garçons, dont le plus jeune est âgé de 18 ans. La famille constitue un mini royaume, uni et fort, un « clan ». C’est ainsi que sont organisés les gens de ce village.
Les demeures de la ville sont de grande taille, familiales. Leur allure extérieure n’est pas déplaisante, certaines arborent même des couleurs diverses, orange, verte ou beige, bordées d’arbres fleuris. D’autres montrent leurs entrailles en bêton, le crépi n’ayant jamais été appliqué. On trouve des trottoirs également, un attribut absent de la plupart des villages arabes ou druzes de la région.
Le Papé a toujours habité le bourg bédouin. « Depuis trois générations », nous affirme-t-il, « ma famille demeure ici. Avant la création d’Israël, sous les mandats britanniques et français, nous étions des nomades. Ici, c’était le point central d’où nous venions et partions, pour quelques mois, avec les bêtes et les tentes, selon les saisons. Nous vivions dans la nature, mais aujourd’hui, il est devenu difficile d’être nomade, à cause des frontières ; d’autant plus que le gouvernement a exigé la sédentarisation des citoyens ».
Lorsque les Juifs arrivèrent en nombre d’Europe, avant la création de l’Etat hébreu, ils vécurent en bon voisinage avec les Bédouins, et même d’avantage. En plus de travailler ensemble, tel le père d’Ali, les Bédouins ont très tôt choisi le camp d’Israël, et se sont battus aux côtés des Juifs lors des révoltes des Arabes de Palestine entre 1936 et 1939.
Et pendant la guerre d’indépendance de 1948, ils ont carrément intégré la Haganah afin de défendre les villages de haute Galilée contre la Syrie ; certains ont également rejoint les unités d’élite du Palmach (les commandos d’élite des forces paramilitaires juives sionistes au temps de la Palestine mandataire).
Aujourd’hui, la majorité des jeunes de Touba- Zangariyya effectue son service militaire au sein de Tsahal ; ce, même si, en tant que musulmans, ils bénéficient en réalité du choix de s’y astreindre ou non.
Pour le cheikh, il n’existe pas de différences entre Bédouins et Juifs : « Nous faisons partie de la même vallée [du Jourdain]. Nous sommes tous des êtres humains : ein yehudim, ein aravim (il n’y a pas de différence entre les Juifs et les Arabes [hébreu]). Au jour le jour, nous sommes ensemble ; nous entretenons des amitiés, nous nous invitons aux mariages de nos enfants. Les Bédouins travaillent également beaucoup avec les Juifs, dans les champs et les usines de la région ».
Certains habitants de Touba et Zangariyya avait fui pour la Syrie, en 1948, « à cause de la guerre contre Israël ». La frontière syrienne descendait, jusqu’en 1967, aux pieds des deux villages. La limite est du village marque en fait l’ancienne frontière avec la népotie sanglante des Al Assad.
Aujourd’hui, pas un seul habitant de Touba-Zangariyya ne souhaiterait joindre le pays arabe voisin.
Le conflit des bédouins avec la Syrie a d’ailleurs laissé des traces de sang dans la localité. Ali se les remémore et nous livre sans sourciller : « en 1965, le douze août exactement, l’armée syrienne a tué ma femme et coupé les jambes de ma fille ; aujourd’hui, elle vit, infirme, à Toronto ». Le parrain s’est ensuite remarié et a eu ses douze enfants.
Il poursuit : « La Syrie désirait détourner la rivière des Banias [qui se jette dans le Jourdain, le fleuve biblique traversant le lac de Tibériade et continuant jusqu’à la mer morte] ; elle envoyait des roquettes sur les kibboutzim de la vallée ainsi que sur Touba et Zangariyya ». L’armée syrienne, non plus, ne faisait visiblement pas la différence entre les deux peuples.
Aujourd’hui, le souci majeur d’Ahmad Ali, c’est le maraudage et la violence entre clans, plaies de la ville bédouine. Car les kibboutzim alentours ne sont pas les seuls à souffrir de la délinquance en provenance du bourg nomade, à l’intérieur de celui-ci, les habitants ne s’épargnent pas non plus. « Le jour, c’est calme, en général », m’explique Joshua, « la nuit, ils se transforment tous en loups-garous ! ».
« Ce sont les jeunes qui volent et qui sèment la pagaille », nous explique le patriarche, sans faire illusion sur personne, tandis que je regarde son fils. Ali a installé une quinzaine de caméras autour de sa propriété, et surtout dans son étable, où engraissent ses vaches ; on peut voir, en permanence, tout ce qui se passe sur son immense domaine, grâce à un écran plasma planté au milieu du salon.
Ahmad Ali était maire de Touba-Zangariyya jusqu’en 2008, date à laquelle un général de l’armée à la retraite fut appointé par le ministère de l’Intérieur, afin de tenter de ramener le calme. Il y a encore du chemin à faire...
Aujourd’hui à la retraite, Ali continue de superviser le travail à l’étable, et il se porte volontaire pour s’occuper de la maison des jeunes de la ville.
Après l’incendie de la mosquée, le cheikh a reçu les politiciens, les journalistes et les représentants d’organisations s’étant rendus sur place, sur cette même terrasse où il nous reçoit. Ca n’a visiblement pas plu à tout le monde dans le village : la jalousie fait rage à Dalton City. Alors, un autre clan a mis le feu à sa maison et à une partie de ses champs.
Ahmad sait évidemment qui est responsable, et il lui fera payer le prix de son impudence le moment voulu.
Les clans de Touba-Zangariyya s’affrontent les uns les autres, pour des raisons politiques, d’argent ou de vols. Pour ne rien arranger, les anciennes Touba et Zangariyya entretiennent également de fortes rivalités : elles ont d’ailleurs chacune une mosquée réservée.
Les délinquants font régner leur loi sur la place, toutefois, les pires criminels du bourg, les gros tueurs, été jetés en prison.
La moitié des habitants de Touba-Zangariyya, selon le chef de la famille Ali, ne paie par ailleurs pas l’eau, l’électricité, ni le gaz. Le gouvernement avait, récemment, coupé l’eau à des habitants qui ne s’acquittaient pas de leurs factures ; représailles : l’arrivée d’eau des villes avoisinantes a été saccagée, obligeant les autorités à rétablir l’eau afin d’éviter des scènes de far-West en Galilée.
Les lampadaires que l’on voit sur le bord des routes, sont souvent ouverts et dépouillés de leurs câbles ; car ceux-ci contiennent du cuivre, un métal qui se vend à bon prix à Haïfa ou Tel-Aviv. C’est ainsi que l’on peut voir, de certains jardins de l’agglomération, s’échapper une fumée de couleur noire, trahissant le cuivre porté à fusion pour en faire des lingots.
« Ils ne peuvent s’empêcher de voler », m’assure Josh ; « toutefois, la base militaire toute proche est respectée et on n’y voit pas un stylo disparaître : il y a des limites qu’ils comprennent ».
La police ne s’aventure pas dans Touba-Zangariyya, sauf appuyée par de grands renforts, lorsqu’une bande a réellement dépassé les bornes ou qu’il y a eu mort d’homme.
Par Sébastien Castellion
Jeudi prochain 27 octobre, la justice américaine vendra aux enchères les actifs de la société Solyndra, un producteur de panneaux solaires de Californie, qui fit faillite le 31 août dernier. Si vous êtes intéressés par un pont hydraulique pliant de 2 tonnes ou par une perceuse laser 12 pouces à vitesse variable, ne ratez pas l'occasion.
Pour les autres, cette vente aux enchères est l'occasion de rappeler comment l'administration Obama, dans l'année qui précéda la faillite, avait fait de Solyndra la vitrine de sa politique énergétique et englouti dans l'entreprise un demi-milliard de dollars pris aux contribuables américains. Ce, alors même que les signes de l'insolvabilité de l'entreprise ne pouvaient plus laisser de doutes à personne.
Le 26 mai 2010, le Président Obama visitait l'usine californienne de Solyndra. Avec son éloquence habituelle, le Président décrivait Solyndra comme un exemple parfait de l'utilité qu'il y a, pour le gouvernement, à subventionner les entreprises écologiques afin de fournir à la population de "l'énergie verte".
Au moment où le Président faisait ces belles déclarations, les dirigeants de Solyndra s'apprêtaient à introduire leur entreprise en bourse. Les louanges publiques de l'homme le plus puissant du monde représentaient non seulement une belle publicité gratuite, mais une incitation aux investisseurs à participer à cette introduction en bourse. Ou, pour le dire plus crûment, la visite présidentielle avait une valeur monétaire considérable pour les propriétaires de Solyndra.
Il est donc quelque peu fâcheux de constater, qu'au moment de cet éloquent discours d'Obama, tous les éléments permettant de savoir avec certitude que l'entreprise n'était pas viable étaient depuis longtemps publics. Il est plus fâcheux encore, que le principal investisseur de Solyndra, George Kaiser, ait aussi été, comme par hasard, un important donneur de fonds pour la campagne présidentielle de Barack Obama.
Solyndra avait essayé une première fois d'obtenir des subventions publiques sous l'administration Bush, mais avait été rejetée par le ministère de l'Energie (DOE).
Parmi les considérants expliquant ce rejet, on retiendra le fait que les pertes de l'entreprise étaient, bon an mal an, à peu près égales à son chiffre d'affaires. Peut-être aussi le fait que Solyndra se spécialise dans la production de panneaux solaires - une technologie pour laquelle les concurrents chinois peuvent fournir des prix inférieurs de moitié - avait-il joué un rôle dans le refus du DOE.
Et pourtant, six jours après la prise de fonctions d'Obama, le DOE annonça que "le processus d'approbation allait être reconsidéré".
Le 20 mars 2009 - soit deux mois jour pour jour après la prise de fonctions d'Obama - le DOE revint sur sa position initiale et accorda à Solyndra une garantie de prêt de 535 millions de dollars. En d'autres termes, si Solyndra ne parvenait pas à rembourser ses dettes, le contribuable américain recevrait la facture correspondante.
Cette garantie de prêt était la toute première accordée à une entreprise, tous secteurs économiques réunis, par l'administration Obama.
Il va de soi que ce revirement du DOE n'a rien à voir avec le fait que le principal investisseur de Solyndra est la fondation George Kaiser. George Kaiser, un magnat du pétrole basé en Oklahoma, avait donné plus de cinquante mille dollars à la campagne présidentielle d'Obama en 2008.
D'après le journal de bord de la Maison Blanche, les dirigeants de Solyndra et Kaiser visitèrent la résidence présidentielle plus de vingt fois dans les deux premiers mois de l'administration Obama.
Mais, puisqu'Obama est un progressiste qui défend les simples gens contre la cupidité des riches, il va de soi que rien de cela n'a pas pu influencer la décision de subventionner une entreprise qui courait à sa perte.
Belle industrie, Messieurs. Combien voulez-vous que je vous donne ?
Encouragés par la manne présidentielle, les actionnaires de Solyndra décidèrent donc d'introduire leur entreprise en bourse. Cependant, une telle opération exige des documents un peu plus précis qu'un discours d'Obama sur l'énergie verte. Il faut aussi publier ses comptes, et les faire relire et vérifier par un auditeur.
L'auditeur embauché par Solyndra pour analyser ses comptes, PricewaterhouseCoopers (PWC), publia un rapport qu'on ne peut pas accuser d'une trop grande subtilité. PWC faisait remarquer que la société était en crise de trésorerie permanente depuis sa création, faisait des pertes chaque année, et que la valeur de ses actions était devenue négative. En conclusion de son rapport, PWC faisait remarquer : "Il existe des doutes substantiels sur la capacité de Solyndra à assurer la continuité des opérations".
Quiconque connaît un peu le langage des auditeurs sait que la référence à "la continuité des opérations" est d'une exceptionnelle gravité.
De nombreuses entreprises ont fait faillite sans que leurs auditeurs aient osé utiliser ces termes, qui sont l'équivalent comptable d'une bombe à hydrogène. Lorsque des auditeurs ont le courage d'utiliser cette formule, elle n'a qu'une seule interprétation possible : "l'entreprise est pourrie jusqu'à la moelle, je vous aurai prévenus, ne venez pas me faire un procès quand vous y aurez perdu votre chemise".
Le rapport de PWC date de mars 2010, soit deux mois avant la visite à Solyndra du Président Obama. Ce rapport est public, puisque l'entreprise cherchait à réussir son introduction en bourse. Il a donc, sans l'ombre d'un doute, été transmis à la Maison Blanche lors de la préparation de la visite présidentielle.
Par conséquent, le discours élogieux d'Obama ne peut s'interpréter que comme une tentative de limiter les dégâts causés par le rapport des auditeurs. Le Président expliqua, avec des trémolos dans la voix, comment les subventions attribuées à Solyndra lui avaient permis de construire une usine ultramoderne, de créer de l'emploi, de générer un flux d'affaires qui créerait de l'activité dans vingt-deux Etats d'Amérique afin de vendre les panneaux solaires de l'entreprise "à travers l'Amérique et à travers le monde".
En faisant ce discours - qui peignait délibérément une image totalement fausse des perspectives économiques de Solyndra, entreprise dont un rapport public démontrait amplement qu'elle courait inéluctablement à la faillite -, le Président des Etats-Unis apportait un coup de main à l'un des gros contributeurs de sa campagne, et démontrait de manière impeccable ses capacités de bonimenteur et de maquignon. Il est toujours beau de voir un personnage historique donner ainsi la pleine mesure de ses talents.