France-Israël : le temps de la haine (1čre partie)(012104/18) Version imprimable
samedi, 21 avril 2018

 

Par Stéphane Juffa

 

L’Etat d’Israël et ses habitants ont fêté cette semaine comme il se devait le 70ème anniversaire de leur indépendance. Alors que les télégrammes de vœux et de félicitations ont fusé vers Jérusalem, capitale de l’Etat hébreu, Paris a décidé de rester muette. Ce n’est certes pas un silence d’une grande élégance, mais ce n’était rien encore face au déchaînement hostile des media tricolores, ressortant les images d’Epinal cent fois ressassées, trempées dans un antisémitisme de moins en moins discret, agrémenté de mensonges à charge. Ils forment désormais la tradition de cette presse qui, dans le cas d’Israël, exprime sa détestation pratiquement à l’unisson et en toute occasion. Pour ne rien arranger, le Président Macron a ajouté sa touche d’indignité personnelle à cette putrescence de printemps, dans laquelle son ministère des Affaires Etrangères se roule avec délectation.

 

Au-delà du phénomène d’exécration générale à notre encontre, ces manifestations de haine, parce qu’elles s’inspirent d’une propagande systémique tendant à présenter Israël, et donc les Juifs, comme des éléments néfastes de la Planète, parce qu’elles émanent des faiseurs d’opinion de la société française et de ses responsables politiques, et parce qu’elles sont à répétition, constituent un appel insensé à la haine et à la violence.

 

Au vu de ce que nous avons observé cette semaine, une constatation s’impose : l’Etat français et son intelligentsia n’éprouvent strictement aucune sympathie pour ceux d’Israël, et ceux qui parlent d’amitié sont soit naïfs, soit malhonnêtes, soit désinformés.

 

Afin de ne pas m’égarer dans une multitude d’exemples, je vais me concentrer sur l’article d’opinion – on ne peut décemment pas nommer cela une dépêche – produit mercredi dernier par l’agence d’information publique de l’Hexagone, l’AFP. Ce texte est significatif, car il a évidemment été repris tel quel par une foultitude de titres de presse (ici l’Express) ; mais ceux qui ne se sont pas contentés du copié-collé habituel y sont allés de leurs propres injuries, à l’instar de Libération, qui consacrait toute sa première page à une photo montrant deux soldats de Tsahal, écrasés de fatigue, ce qui leur donnait un air dépressif, devant un magasin de fleurs décoré de petits drapeaux nationaux. Y figurait le titre on ne peut plus explicite du dossier développé en pages intérieures : "ISRAEL AMER ANNIVERSAIRE". Et l’article, signé Laurent Joffrin, le directeur de la rédaction,  s’étale sur deux pages, avec un autre titre prometteur : "Israël La démocratie étiolée". Ce papier est un ramassis de toutes les critiques génériques que j’ai données en avant-propos. Il est illisible tant la malveillance dégouline de tous ses paragraphes, pire encore que le câblogramme de l’Agence France Presse, sans doute parce que plus long.

 

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Jaloux ?

 

Ceux qui sont abonnés à Libé – je sais qu’il en existe encore quelques-uns -, peuvent consulter ce texte, les autres ont le loisir de se l’acheter (chacun fait ce qu’il veut avec son argent). Ce quotidien, qui ne survivrait pas sans les subsides de l’Etat à coups de millions, est co-contrôlé par le franco-israélien Patrick Drahi, avec la participation au capital de Patrick Benbasat, Michaël Benamou et de la famille Gerbi.  

 

Quant au télégramme de l’AFP, il ne commence pas bien : "Israël a fêté mercredi son 70e anniversaire en brandissant sa puissance militaire et son improbable réussite économique face aux menaces régionales renouvelées et aux incertitudes intérieures".

 

D’abord, parce qu’affirmer qu’Israël a brandi sa puissance militaire à l’occasion de la commémoration de son anniversaire n’est pas uniquement une contrevérité, c’est également une transgression d’icelle. Car durant toute les cérémonies officielles de mercredi, en matière de brandissement de puissance militaire, on n’a pas vu un soldat armé, j’écris bien : pas un seul soldat portant un fusil ou même un révolver, pas un char d’assaut, pas un canon, pas un missile, etc.

 

Imaginez le défilé du 14 juillet uniquement avec des jeunes filles chantant et dansant sur des musiques de paix et d’amour, et des militaires effectuant des figures géométriques avec des drapeaux sur une esplanade.

 

Nous sommes d’entrée en présence d’une tentative de fausser le sens qu’Israël a donné à ces cérémonies : pour l’AFP, ce fut une démonstration de sa force armée, en vérité, ce fut précisément le contraire.

 

Ensuite, dans brandir son "improbable" réussite économique, il y a un mot qui n’est pas à sa place ! "Improbable", signifie "qui a peu de chance de se produire", ou, par extension, "à laquelle on peut difficilement croire".

 

Or on ne peut pas, lorsque l’on est l’agence officielle représentant le point de vue d’un Etat, jeter ainsi des mots sans se soucier de leur sens : cela signifie, au choix, qu’Israël avait peu de chances de parvenir à de tels résultats (pour la nation high-tech, cela nécessite assurément quelque explication), ou qu’Israël et les organismes financiers internationaux ne disent pas la vérité lorsqu’ils publient les résultats économiques d’Israël (cela réclame démonstration), ou encore, mais cela, je n’ose pas même y penser, que les Juifs seraient incapables d’obtenir d’aussi bons résultats, mais là, franchement… je ne vois pas. Fin de la liste des choix possibles : soit le mec qui a rédigé ce pamphlet n’est pas de langue maternelle française, soit, cherchant par tous les moyens à noircir Israël, il en a un peu trop fait.

 

Ce qui est improbable, c’est qu’Israël, pays en guerre depuis sa renaissance, fondé sur du sable il y a 70 ans, sur le rythme de son exercice du premier trimestre 2018 va atteindre les 4.2 pour cent de croissance annuelle, soit plus de deux fois celui auquel la France ne peut que rêver. Que le PIB par habitant prévu est de 43 758 dollars (c’est moi qui ai effectué le calcul), contre 42 850 dollars à la France. Ce qui signifie en clair que le niveau de vie et du pouvoir d'achat des Israéliens sont supérieurs à ceux des Français. Encore plus simplement : que l’Israélien de 2018 est plus riche que le Français.

 

Sans compter que le solde commercial d’Israël, ce qui mesure la différence entre les ventes de marchandises (exportations) et les achats (importations) d’un pays, sera bénéficiaire en 2018, de l’ordre de 13 milliards de dollars, tandis que celui de la France sera à nouveau déficitaire, avec un déficit prévu de 14 milliards de dollars au mieux.

 

Vous parlez d’un amer anniversaire et… inquiet !

 

Autre sujet purulent qu’il convient de dévoiler et de purger pour notre anniversaire (happy birthday to you !) : l’Iran. Selon la dépêche de l’AFP, "(…) Israël comme le royaume saoudien voit en l'Iran une grave menace. Israël agite régulièrement le spectre d'une attaque de l'Iran (…)".

 

Un spectre, c’est quelque chose d’effrayant qui, par définition, n’existe pas. Ce qui fait qu’Israël, à en croire les préposés de l’agence d’information du gouvernement tricolore : brandirait (à nouveau) la fausse idée que l’Iran se préparerait à l’agresser, comme instrument abusif de sa politique internationale.

 

Alors, n’écoutons pas ces pyromanes de Juifs et fions-nous à l’agence iranienne d’information Mehr (fars. : affection – je ne rigole pas !), qui reproduisait les propos tenus mardi par le Commandant des Forces terrestres iraniennes, le Brigadier-Général Kiumars Heidari : "La date pour la destruction d’Israël (et de 8.5 millions d’Israéliens !) a été programmée". Ou ceux d’Hossein Salami, hier (vendredi), le no.2 du Corps des Gardiens de la Révolution Islamique d’Iran : "Après l’attaque iranienne, les Israéliens ne pourront pas courir vers d’autre endroit que la mer !".

 

Bien l’AFP ! Non contente de cacher à l’opinion française que l’Iran menace l’Etat hébreu de génocide, elle accuse Israël de fabriquer cette information à des fins de propagande. Notons aussi que l’agence française, à l’instar de la presse de ce pays, sont très discrètes concernant les exactions commises quotidiennement en Perse, notamment les exécutions capitales publiques, d’innocents, de femmes, d’opposants, d’homosexuels et de membres des minorités ethniques et religieuses, par pendaison (étranglement jusqu’à ce que mort s’ensuive), peloton d’exécution, lapidation et précipitation depuis un toit ou une falaise. On ne peut évidemment pas désirer à la fois leur vendre des Airbus et raconter ce qui s’y passe. L’Iran est officiellement le second exécuteur après la Chine, mais certains militants iraniens nous affirment qu’en chiffres réels, il est le premier.

 

Imaginez un instant que les propos d’Heidari et de Salami soient dirigés contre la France, et que la Ména (par exemple) affirme, le 14 juillet, que Paris "agite régulièrement le spectre d'une attaque de l'Iran" ! Ou même, qu’Israël maintienne des relations diplomatiques et commerciales avec un régime qui a fixé la date d’éradication de la France ! Las, de quelle sorte d’amitié parlez-vous ?

 

Plus avant, dans la "dépêche" de l’AFP : "Mais en février, Israël a admis pour la première fois avoir frappé des cibles iraniennes après l'intrusion d'un drone iranien dans son espace aérien".

 

Encore un minuscule oubli : le drone en question était bourré à ras bord d’explosifs et se préparait à faire un carnage en Israël. Les faits ont été démontrés preuves à l’appui.

 

La différence ? Faute de publier l’information complète, le lecteur peut s’imaginer qu’il s’agissait d’un drone de reconnaissance, donc inoffensif. Ce qui fait que la riposte de Tsahal pourrait paraître disproportionnée. Alors que face à une tentative avérée de carnage, l’agression est clairement iranienne, et la réplique israélienne participe donc de la plus évidente légitime défense. C’est ainsi Téhéran et non Jérusalem qui est responsable du premier acte de guerre direct entre les deux pays. La désinformation par omission intentionnelle peut faire croire n’importe quoi !

 

Encore, dans le même câblogramme : "Cependant, Israël accuse parmi les plus fortes inégalités des pays développés. L'avenir du Premier ministre, englué dans les affaires de corruption présumée, est incertain".

 

Hum… S’il y a de grandes inégalités, c’est parce que les 15 pour cent des personnes actives dans le secteur de la high-tech gagnent extrêmement bien leur vie. D’où la croissance, la balance commerciale excédentaire, l’attrait d’Israël pour les capitaux étrangers. Les activités économiques classiques, l’industrie et le commerce traditionnels, ne peuvent absolument pas concurrencer les profits réalisés par la "nation start-up", ce qui pose effectivement un problème au niveau des inégalités sociales. Mais la question plus intéressante consisterait à se demander quelle est la situation économique des classes modestes en Israël. Ou, pour pousser le bouchon un peu plus loin : où est-il moins pénible d’être pauvre, en Israël ou en France ?

 

Le Président Macron était à Saint-Dié, dans les Vosges, mercredi, pour serrer des mains. Il a été accueilli aux cris de : "Président des riches !". Un homme dans la foule : "Ici, il y a plein de vieux qui sont pauvres, et vous leur prenez encore de l’argent !", faisant allusion à la hausse de la CSG pour les retraités. Un autre, de 61 ans, a fait un doigt d’honneur au passage de Macron. Il risque six mois de prison et 7 500 euros d’amende. De quoi l’aider à boucler ses fins de mois.

 

Dans le classement du bonheur par pays publié chaque année par l’ONU, en 2017, Israël arrivait au 11ème rang mondial. Loin devant la France 31ème, et même devant les Etats-Unis, l’Allemagne et le Royaume-Uni. Voilà, je pense, articulé sur des critères scientifiques, qui répond à l’interrogation sur la situation économique des moins favorisés. D’ailleurs, un petit tour dans les rues de Paris et de Tel-Aviv suffisent pour répondre à cette question mieux même que le recours aux statistiques. Il faudrait avoir de la buée dans les yeux pour ne pas le reconnaître.  

 

Quant au 70ème anniversaire, ce n’était pas celui de M. Netanyahu mais celui de tout un pays heureux. Si le Premier ministre est reconnu coupable des accusations portées contre lui par le parquet, il sera puni corrélativement. S’il est innocent, il ira son chemin. Il en va ainsi dans un Etat de droit, d’autres Premiers ministres et même un président en ont fait l’expérience en étant envoyés en prison. C’est exemplaire dans n’importe quel pays du monde, mais ce n’est pas ce qui nous fera déroger au principe d’innocence. Et ce n’est assurément pas ce qui a empêché les Israéliens de faire la fête mercredi et jeudi.

 

AFP : L'anniversaire d'Israël coïncide avec "la marche du retour", mouvement organisé depuis le 30 mars dans la bande de Gaza, territoire palestinien soumis au blocus israélien.

 

Naan. Autre mensonge destiné à la démonisation orchestrée d’Israël : l’Etat hébreu ne soumet pas Gaza à un blocus, c’est à la fois une contrevérité et une ineptie. Parce qu’on ne peut soumettre un territoire que l’on n’encercle pas à un blocus, c’est matériellement impossible. Et Gaza possède une frontière de 14km avec l’Egypte, principal pays de la Ligue Arabe et qui en assume presque toujours la présidence. Même Piotr Smolar, qui n’a jamais été soupçonné d’amour exagéré pour la nation d’Israël, a modifié sa formule après notre mise au point. Le blocus de Gaza est imposé par Israël et par l’Egypte. Mais un blocus ne se mesurant pas au mètre de frontière – il suffit d’une route ouverte pour qu’il n’existe pas ! – demandez donc à M. al Sissi de le lever. Et, en passant, pourquoi il se sent contraint de limiter les échanges avec Gaza (c’est bien plus adapté que le concept de blocus dans la situation qui prévaut avec la bande côtière).

 

En ce qui nous concerne, nous ne pouvons pas avoir des relations normales avec un régime, celui du Hamas, qui refuse jusqu’au principe de vivre un jour en paix avec nous et qui œuvre, avec ses moyens, à notre éradication. Ce qui n’empêche pas que nous traitions les malades de Gaza par dizaines de milliers dans nos hôpitaux et que nous fournissons quotidiennement tout l’approvisionnement dont Gaza a besoin par le point de transit de Kerem Shalom, du moins lorsque les Palestiniens ne le bombardent pas. Il n’existe aucune pénurie à Gaza, sûrement pas de pneus.

 

Quant à l'anniversaire d'Israël, il ne coïncide avec "la marche du retour" que parce que cela a été précisément décidé par le Hamas. Pas par le hasard du calendrier… cornards ! C’est la première fois je crois qu’un gouvernement finance ses administrés pour aller se faire intentionnellement tuer en s’attaquant à la frontière entre la bande et Israël, à raison de 3 000 dollars par volontaire au suicide. Il est évident pour tout le monde que si le Hamas le décidait, personne ne perdrait plus la vie dans ces émeutes. Les Gazaouis peuvent même manifester à 100 mètres de la barrière. Avec des banderoles et des revendications, pas des cocktails Molotov, des pneus enflammés, des frondes, des Kalachnikov et des bombes.

 

Nous appliquons le principe de la défense territoriale et ne sommes en aucun cas les agresseurs dans cette affaire. Nous avons aussi pour habitude de ne pas risquer que les membres de nos forces de sécurité se fassent brûler vifs par des émeutiers, ni même molester. Autre lieu, autres mœurs. Ils ont essayé de nous adresser des milliers de roquettes, cela n’a pas réussi. De creuser des tunnels afin de porter la mort dans nos villages, ça n’a pas marché. Maintenant, ils jouent la victimisation à outrance, en instrumentalisant la mort de leurs administrés et de leurs miliciens contre nos grillages, ça ne va pas le faire non plus.

 

Et l’AFP et les media français les y encouragent en entretenant artificiellement, contre toute évidence, la confusion entre manifestations pacifiques et émeutes sanglantes. En tenant le compte des morts et en publiant les détails sur leurs identités, mais sans jamais préciser la fonction connue des miliciens d’Ezzedine al Qassam [l’expression armée du Hamas](cela aussi, c’est de la propagande à charge contre Israël) qui en constituent pourtant les deux tiers. C’est surtout votre problème.    

 

 

A suivre… La seconde partie, qui sera diffusée cette semaine, sera réservée dans sa totalité aux abonnés en règle de la Ména