Gardien des Murailles jour 6 : il va falloir très bientôt faire un choix (011605/21) Version imprimable
dimanche, 16 mai 2021

 

Synthèse et analyse de Stéphane Juffa, avec Michaël Béhé, Sami el Soudi, Jules Mazouz, Ilan et Jean Tsadik


Métula, dimanche 23:00, 22:00 à Husseren-les-Châteaux

 

La destruction des fabriques d’armes du Hamas, c’est fait. Les locaux, les machines et les stocks de matières premières ont été pulvérisés. Ceux qui se trouvaient en surface comme ceux qui étaient dans ce que l’on appelle désormais le Métro de Gaza.

 

Il s’agit d’un réseau de tunnels comprenant des ateliers de production, des centres de développement, des postes de commandement et des dépôts de roquettes.

 

Tous les membres du bureau de recherche qui se situait dans le Métro ont été tués par un missile de précision. Cela prendra des années au Hamas pour reconstituer ces deux entités : la conception et la fabrication d’armes. Ce sera déjà fort compliqué au niveau des ressources, mais les ingénieurs éliminés seront encore bien plus difficilement remplaçables.

 

C’est le chef d’état-major de Tsahal, le Général Aviv Kokhavi, qui a donné ces informations ce dimanche soir à l’occasion d’un point de presse conjoint avec Binyamin Netanyahu et Benny Gantz, le ministre de la Défense.

 

Voilà textuellement ce qu’il a déclaré de plus intéressant :

 

"Le Hamas a commis une grave erreur. Il ne nous a pas bien lus et n'a pas su apprécier l'intensité de notre réponse [à son agression]. Nous avons nui à la capacité souterraine qui était le projet phare du Hamas.

 

Nous avons mortellement endommagé le projet de fabrication de missiles et de roquettes, ce qui exigera également une longue réhabilitation.

 

Cependant, les tirs sur le pourtour de Gaza se sont poursuivis et à grande échelle. Nous en sommes conscients. Nous avons l'intention de continuer à agir avec autant de force que nécessaire et conformément aux mesures que nous avons planifiées".

 

Plus tard, Kokhavi a confié que l’Armée israélienne avait transformé le Métro en train express pour l’enfer.

 

Comme on le distingue sur la photo suivante, Tsahal dispose de bombes capables d’accéder aux tunnels et de les détruire. Nous ne disposons visiblement pas des plans de ce réseau de galeries construites ces dix dernières années, mais nous sommes en train de les reconstituer.

 

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Les soldats de Kokhavi ont déjà annihilé 1 100 rampes de lancement de roquettes. La vaste majorité d’entre elles souterraines.

 

A l’heure où nous rédigeons cette synthèse, des dizaines de miliciens islamiques sont bloqués dans ces boyaux et ils étouffent lentement.

 

Les chiffres varient sur la dimension du Métro. Entre quelques dizaines de kilomètres et plusieurs centaines. Selon notre spécialiste en armements Jean Tsadik, il y en aurait environ 150km. Tous étayés.

 

Pour un territoire de 45km sur 10 en moyenne, c’est monumental. Les couloirs et les carrefours les plus stratégiques ont été dédoublés, voire triplés. Toutes les zones sont accessibles au moins par deux itinéraires distincts.

 

Une grande partie de ce labyrinthe est oblitérée. Pas détruit sur toute sa longueur, mais les nœuds d’accès et les extrémités des tronçons de la moitié du Métro ont été effondrés.

 

Le reste est en cours de "traitement", et constitue désormais l’effort principal de l’Armée israélienne, car c’est tout ce qu’il reste au Hamas et qui lui procure sa capacité de tirer des roquettes jusque au nord de Tel-Aviv. Moins qu’auparavant, mais plusieurs milliers de ces projectiles demeurent accessibles pour les terroristes.

 

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Des p’tits trous, des p’tits trous, toujours des p’tits trous… des petits trous  

 

Pour le moment, cette capacité se réduit graduellement, et son utilisation est de plus en plus aléatoire et périlleuse pour les miliciens islamiques. Mortelle.

 

Reste qu’elle leur permet de déplacer et de tirer les roquettes sans avoir à mettre la tête dehors. Car s’ils se hasardent à l’air libre, ils meurent en quelques secondes.

 

A l’instar des tireurs de missiles antichars Kornet qui ne peuvent pas être transportés dans le Métro. Tsahal a réduit tous les commandos de lanceurs, soit 21, sauf un. Celui qui a tué un officier dans le village de Netiv ha-Assara. Ce fut leur premier et dernier essai couronné de succès.

 

Le Hamas et le Djihad Islamique Palestinien disposent d’un important stock de Kornet. Ils étaient destinés à arrêter les chars Merkava en cas d’attaque terrestre généralisée. Mais ils ne servent plus à rien après que l’industrie de l’armement des Hébreux a développé et produit le "Manteau coupe-vent" ; un système de défense actif qui protège les blindés et les autres véhicules.

 

Depuis que le "Manteau coupe-vent" a été introduit, aucun char n’a été égratigné par la milice islamique. Et ce n’est pas faute d’avoir essayé lors des affrontements précédents. C’est ce qui a amené le Hamas à tenter d’utiliser cette arme remarquable contre des véhicules militaires isolés encore non-équipés du "Manteau coupe-vent" qui coûte cher, ou contre un automobiliste civil imprudent.

 

En surface, le Hamas n’existe plus. Toutes ses infrastructures, à peu de choses près, ont été détruites par les Israéliens. Les autres le seront à brève échéance.

 

Surtout si le Hamas nous aide dans cette tâche, la Compagnie Israélienne (nationale, étatique) d’Electricité, qui fournit le courant à Gaza, annonçant que 5 des 10 lignes électriques qui transportent l'électricité vers la bande ont été endommagées en territoire gazaoui. Par des roquettes tirées par les terroristes islamiques et elles ne seront pas réparées pour le moment. Car la CIE n'a pas accès au site en raison des hostilités. Ce qui laisse cinq heures de courant quotidien aux Gazaouis.

 

Les responsables de la Santé du Califat dénombrent se soir 190 morts et 1 240 blessés depuis le début des hostilités. Michaël Béhé, qui a consulté les médecins chefs des grands hôpitaux de la bande côtière par téléphone, annonce que 377 miliciens islamiques ont trouvé la mort lors des combats, 1 311 autres ont été blessés, et plus de 150 sont portés disparus.

 

Presque sans atteindre de civils gazaouis, ce qui tient du prodige et d’une attention extrême. On déplore toutefois 39 civils tués, la plupart par les 459 roquettes des terroristes qui ont explosé sur leur propre territoire (source Tsahal). Sur 3 000 tirées au total.

 

Pour le Métro, c’est plus compliqué, car son trajet passe intentionnellement sous des maisons d’habitation. Cela rend sa destruction très épineuse, et il y a déjà eu deux ou trois ratés qui ont coûté cher en vies innocentes.

 

Dix d’un coup, dans la pire des occurrences : huit enfants et deux femmes. C’est très dur. Ce n’est pas ce que nous voulions ; on redoublera d’attention, mais il faut que nous éliminions la menace des roquettes qui pèse sur nos villes. Cela ne doit pas être oublié : s’ils ne nous attaquent pas nous ne répliquons pas.  Le Califat de Gaza nous intéresse moins que notre dernière paire de chaussettes. Et nous ne voulons assurément pas réoccuper la bande côtière.

 

Cela, il est primordial de le comprendre : suite à l’agression du Hamas, l’objectif qui a été fixé à Tsahal par le gouvernement consiste à éliminer la menace des roquettes le plus longtemps possible. En frappant très fort ses infrastructures et ses dirigeants civils et militaires.

 

Le but de Gardien des Murailles n’est pas de chasser le Hamas du pouvoir ni de réoccuper Gaza. Lors, l’Armée, disciplinée, réalise strictement ce qui lui a été demandé.

 

Si nous réoccupions Gaza, nous deviendrions responsables d’1.6 millions de personnes. De les nourrir, de maintenir l’ordre, de leur prodiguer les services de santé et d’assurer leur sécurité. Ce qui n’empêcherait certainement pas des Gazaouis de tirer des roquettes sur Sdérot et de dresser des guet-apens contre nos militaires et nos civils, comme c’était le cas lorsque nous administrions l’enclave palestinienne.

 

Nous pourrions également transférer la gouvernance à des dirigeants alternatifs ou à l’Autorité Palestinienne de Mahmoud Abbas. De toutes façons, c’est l’Autorité Palestinienne qui finirait pas administrer la bande de Gaza.

 

Or c’est précisément ce que Netanyahu ne veut pas. Depuis 12 ans, il refuse tout dialogue avec Abbas et s’imagine qu’en ignorant les Palestiniens, ils cesseront d’exister. Netanyahu veut maintenir le Hamas au pouvoir dans l’enclave, c’est sa doctrine. Il est convaincu que tant que le Hamas gouvernera Gaza, et le Fatah la Cisjordanie, personne ne pourra nous obliger à reconnaître un Etat palestinien.

 

Ce n’est pas faux par essence, mais cela nous coûte un prix exorbitant. Celui d’un pays aux trois quarts paralysé par une organisation terroriste islamique, des morts (10 jusqu’à maintenant), et des agglomérations du pourtour de Gaza qui se vident de leurs habitants.

 

Cette situation n’est pas vivable et cette menace n’est pas supportable. De plus, le fait qu’elle perdure incite une partie des Arabes israéliens à la révolte, encourage la sédition des islamistes contre Mahmoud Abbas en Cisjordanie, et donne des idées au Hezbollah et aux Iraniens.

 

Il existe une autre solution, celle que nous prônons depuis que le Hamas gouverne Gaza.  Cela consiste à entrer dans Gaza et y détruire toutes les armes et les munitions. D’arrêter tous les dirigeants terroristes. Puis de s’en retirer.

 

Quitte à réaliser des frappes ponctuelles s’ils tirent à nouveau sur nos agglomérations ou s’ils construisent un nouveau Métro. Mais avec nettement moins de moyens qu’aujourd’hui. De toutes façons ils essaieront de tirer sur nos villes et nos villages, alors autant que ce soit avec des arcs et des flèches.

 

Mais ce ne sont pas les ordres qu’a reçu Tsahal. Tsahal, qui a terminé aujourd’hui d’anéantir la force navale du Hamas. Il a détruit toutes ses embarcations (22) et ses armes. Plus ses dix bases et ses cinq entrepôts. Et le Khe’l ha-Yam, la Marine israélienne, a anéanti un commando qui tentait de lancer des mini-sous-marins téléguidés contenant 50kg d’explosifs chacun en direction de la plateforme pétrolière maritime de Tamar.

 

Mais on arrive au bout de la liste des objectifs des Gardiens des Murailles. Il est impossible de détruire totalement le Métro sans avoir recours une intervention terrestre. Les cibles de surface ont été anéanties à 90 pour cent et les dirigeants terroristes se terrent comme des rats dans les tunnels.

 

Avant la fin de la semaine, nous arriverons à un carrefour : ce sera soit accepter un cessez-le-feu avec les milices islamiques de Gaza, soit donner d’autres instructions à l’Armée.

 

Soyons précis, les alternatives à un cessez-le-feu sont réoccuper Gaza ou continuer à détruire les tunnels. Les deux options nécessitent un intervention terrestre majeure. Selon nous, il faut terminer la destruction des tunnels et des roquettes, et cela ne fait pas l’ombre d’un doute dans nos esprits. On ne peut pas terminer cet affrontement en laissant à des terroristes islamiques qui l’ont déjà fait le loisir de canarder Jérusalem et Tel-Aviv quand ils le désirent.

 

L’ambassadeur israélien à l’ONU Guilad Erdan l’a rappelé aujourd’hui au Conseil de Sécurité : tout pays est en droit de répliquer si un ennemi bombarde ses villes. Sauf que pour nous, il ne s’agit pas d’un droit mais d’une obligation. Jusqu’à la castration dudit ennemi.