Gaza : la situation à minuit (031211/19) Version imprimable
mardi, 12 novembre 2019

 

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© Metula News Agency

 

Métula, mardi, minuit à Sdérot, 23h à Paris

 

46 blessés en Israël après l’élimination ciblée de Baha Abou al-Ata à 4h du matin à Gaza. Deux ont été touchés par des éclats de roquette, vingt-trois se sont blessés en se rendant aux abris, et vingt-et-un souffrent de conséquences psychologiques des bombardements. Tous sont dans un état jugé superficiel par le Magen David Adom, l’étoile de David rouge, l’équivalent israélien de la Croix Rouge.

 

Même la petite fille de Holon dans la banlieue de Tel-Aviv, qui avait été admise à l’hôpital vers la mi-journée dans un état grave n’est plus en danger. Elle était en fait en état de choc profond et le corps médical sait bien que l’on peut mourir d’une situation de ce genre.

 

Ce bilan relativement soft est principalement dû au Dôme de Fer, qui a une fois de plus fait des prodiges et dont l’efficacité s’affine d’affrontement en affrontement grâce à l’étude à posteriori de la réaction du système face à chacun des tirs ennemis. Cela entraîne des améliorations et une augmentation de l’efficacité.

 

Le Djihad Islamique a tiré 190 projectiles sur Israël depuis 5h du matin. Le Dôme de Fer et la Fronde de David ont intercepté un peu plus de 90% des cibles qu’ils ont tenté d’intercepter ou qu’ils auraient dû tenter d’intercepter. C’est-à-dire des obus ou des roquettes qui se dirigeaient vers des endroits où se trouvaient des êtres humains.

 

C’est important. Lorsqu’un missile d’interception coûte entre 50 et 300 000 euros, il est nécessaire de laisser s’écraser les intrus qui se dirigent vers la mer ou en direction d’un terrain vague poursuivre leur chemin.

 

Voir l’explosion d’une roquette en direct sur une route israélienne fréquentée, deux véhicules échappant miraculeusement à l’impact. Ou lorsque ce n’est pas votre jour, ce n’est pas votre jour : les passagers des véhicules s’en sortent sans une égratignure https://youtu.be/qJYysMuEBFs .

 

La Fronde de David, la version longue portée du Dôme de Fer, celle qui défend Tel-Aviv, située à plus de 63km de Gaza et les autres villes du Goush Dan, a abattu cent pour cent des roquettes islamiques. Il est vrai que la distance procure à ses radars et à ses ordinateurs plus de temps pour calculer la trajectoire et le point de rencontre des fusées ennemies. Plus de temps qu’un tir sur Sdérot qui dure parfois moins de sept secondes et qui est laissé aux soins du Dôme de Fer.

 

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Les "nouvelles" roquettes longue portée du Djihad (72km)

de conception iranienne et de fabrication locale

 

L’efficacité de la Fronde de David constitue une mauvaise nouvelle pour les Iraniens. Ces derniers pensaient que leur nouveau missile de croisière, le Quods-1, pourrait peut-être atteindre les métropoles israéliennes ; ils ont des soucis à se faire, car c’est la Fronde de David qui lui barrera le chemin. De plus, on a vu que la Fronde était capable sans la moindre difficulté de gérer des attaques multiples simultanées, même si elle tire chaque fois deux intercepteurs par mesure de précaution (si l’une rate la cible). Or les Iraniens ne disposent pas de la capacité de tirer plus de trente projectiles à la fois, et probablement pas plus de cent Quods en tout pour le moment.

 

Et une fois qu’il les auront tous tirés sans enregistrer le moindre résultat, ils feront quoi ? Ils intercepteront nos missiles avec des arcs et des flèches ?

 

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Sur l’autoroute, on se protège comme on peut

 

L’autre raison pour laquelle le nombre des blessés israéliens est bas réside en cela que le Hamas – qui dispose de deux fois plus de roquettes que le Djihad - ne participe pas jusqu’à maintenant à l’affrontement.

 

L’organisation terroriste islamique de Yahya Sinwar qui règne sur le califat hésite à ouvrir le feu sur l’Etat hébreu. Elle a évacué ses combattants de toutes les positions qu’ils occupaient en prévision des raids de Tsahal. Mais cette précaution était inutile car l’Armée israélienne n’a visé – pour une fois – que des objectifs du Djihad Islamique. Témoin le bilan gazaoui de cette journée : 8 morts, dont al-Ata, tous membres du Djihad. Aucun "Hamasnik" touché.

 

En vérité, si le Hamas ou l’Egypte avaient pu éliminer eux-mêmes Baha Abou al-Ata, ils l’auraient fait depuis longtemps. Le chef terroriste oblitéré ce matin était l’électron libre de Gaza qui n’acceptait la loi de personne ; pas plus les engagements pris par le Hamas que les ordres décidés par la hiérarchie de sa propre organisation. Il était opposé à chaque cessez-le-feu négocié avec Israël, et il se faisait un malin plaisir à tirer quelques roquettes sur les kibboutz avoisinants après l’heure d’entrée en vigueur de chaque trêve négociée par les diplomates égyptiens.

 

Cela relançait les combats pour 24 ou 48 heures supplémentaires, alors que le Hamas se trouvait déjà sur les rotules, incapable de faire face à la puissance de feu des Hébreux. En fait, le Hamas et Binyamin Netanyahu, pas par amour mais pour des raisons convergentes, désirent sincèrement parvenir à une sorte de Houdna (trêve islamique) longue durée, et Baha Abou al-Ata se plaçait chaque fois en travers de leur chemin pour remettre un peu d’huile sur le feu.

 

De là à imaginer que le Hamas a donné un coup de main à Tsahal afin de lui indiquer si al-Ata était chez lui et avec qui il se trouvait pour vivre ses derniers instants, c’est une hypothèse qui n’effraie pas le chef de la Ména palestinienne Sami el Soudi. Il s’agit du genre de services que l’on se rend entre meilleurs ennemis dans notre partie du monde. Cela expliquerait parfaitement pourquoi le Hamas ne prend pas part au combat et pourquoi le Khe’l Avir a soigneusement évité de blesser ses combattants durant tout ce mardi.

 

Cela n’exclut pas non plus, toujours selon les coutumes en vigueur au Moyen-Orient, que l’organisation de Yahya Sinwar décide finalement de participer à la mêlée s’il trouve un intérêt à le faire.

 

De toutes façons la confrontation n’est pas terminée et le Djihad peut décider cette nuit d’étendre ses attaques comme il a promis de le faire toute la journée. C’est pour cette raison que Tsahal envoie d’importants renforts de chars et de transports de troupes vers ses positions du pourtour de Gaza. Israël a fait savoir qu’en éliminant le fou furieux du Djihad elle a commis une action ponctuelle et ne compte pas déclencher une guerre totale avec les islamistes de l’enclave. A moins, naturellement, d’y être forcée, par exemple si les tirs contre le Goush Dan reprenaient – ils sont interrompus depuis le milieu de l’après-midi – en force, ou si un Israélien était tué ou même grièvement blessé.

 

Si le Djihad cessait le feu, Tsahal a transmis aux incontournables médiateurs égyptiens qu’il l’imiterait. Ce mardi, il s’est d’ailleurs contenté de frapper les commandos de lanceurs de roquettes, des installations souterraines et des positions du Djihad, en prenant garde à ne pas alourdir de manière inconsidérée le nombre de victimes chez l’ennemi. Ce, afin de lui permettre de cesser de tirer sans perdre la face.

 

A Gaza, on s’est réjoui d’apprendre que les écoles, les universités, ainsi qu’une partie des usines et des bureaux de Tel-Aviv avaient été fermés. On a aussi aimé voir les habitants de la plus grande conurbation d’Israël courir vers les abris.

 

Nous, notre position d’analystes reste inchangée. Elle est stratégique : il est absolument nécessaire, en considération du risque d’avoir prochainement à se battre sur trois ou quatre fronts concurremment, de reprendre militairement le contrôle de Gaza, en optant par ailleurs pour la meilleure solution possible de gestion de l’enclave palestinienne. Il en existe plusieurs, mais nous ne pensons pas, n’en déplaise à M. Netanyahu, qu’il y ait une alternative à l’instauration d’une gouvernance palestinienne adéquate à Gaza. Nous sommes également convaincus qu’une solution de ce type est préférable au fait de laisser à des organisations islamiques terroristes la possibilité de paralyser notre pays lorsqu’elles en ont envie. Cela nous semble même être une lapalissade.

 

Au reste, il existe des versions contradictoires quant au résultat du raid attribué à Israël à l’aube au cœur de Damas. Selon certaines sources, Akram Adjouri, le numéro deux du Djihad Islamique Palestinien s’en serait sorti. Selon d’autres sources, il s’agirait d’une tentative d’intox tendant à nous priver de toute certitude relativement à son sort. En dépit de cette velléité d’enfumage, nous ne doutons pas que le Renseignement hébreux sera fixé sur son sort dans les jours à venir, à moins que ce ne soit déjà le cas.

 

Autrement, à 21h05 l’Aviation israélienne a bombardé une cellule de lanceurs de roquettes du Djihad Islamique et l’a neutralisée, portant à 11 le nombre d’islamistes anéantis dans la journée. Une volée de roquettes a encore été tirée sur Ashkelon et ses environs à 21h14 et trois autres, un peu plus tard, sur les agglomérations du pourtour de Gaza, sans causer ni victimes ni dégâts. Mais portant le total des projectiles tirés par les islamistes ce mardi à 219. Des responsables du Hamas ont affirmé ce soir que leur organisation se joignait au Djihad afin d’étendre le combat ; cette déclaration ne s’est pas vérifiée dans les actes pour l’instant. Les habitants du Néguev, mais aussi ceux du Goush Dan (la grande région de Tel-Aviv) et les soldats de Tsahal s’apprêtent à vivre une nuit tendue, ignorant si l’on s’achemine vers la guerre ou vers une trêve. Et ce n’est malheureusement pas Israël qui détient la décision.

 

La Ména reste naturellement mobilisée avec tous ses journalistes, analystes et reporters opérant dans la région.