Incident frontalier ce matin près de Métula (011404/20) Version imprimable
mardi, 14 avril 2020

 

© Metula News Agency

 

Un incident tendu s’est produit ce matin à 3.4km à vol d’oiseau au sud-ouest de la rédaction, à proximité immédiate du village libanais d’Adassié. Adassié est peuplé de chiites, traditionnellement soumis aux volontés de l’organisation terroriste du Hezbollah [carte].

 

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Service cartographique © Metula News Agency

La ligne jaune matérialise (sur les deux cartes) la frontière entre Israël et le Liban.

Il s’agit d’une frontière internationalement reconnue, marquée à nouveau par l’ONU

en 2000, également connue sous le nom de "Ligne bleue"

 

L’un des problèmes liés à cette frontière réside en ce que le mur de sécurité dressé par les Israéliens, adjacent à une route de patrouilles, ne passe pas sur la frontière internationale, mais jusqu’à 500  mètres (en un seul endroit) à l’intérieur du territoire israélien.

 

La raison pour laquelle le mur ne suit pas le tracé de la frontière internationale est lié à la topographie accidentée des lieux et à la nécessité d’avoir un mur et une route à la géométrie cohérente, ce qui serait impossible en épousant précisément la frontière.

 

A noter qu’en aucun endroit le mur israélien n’empiète en territoire libanais.

 

Sur la carte suivante on réalise la complexité de cette "double démarcation" aux alentours du kibboutz de Misgav Am qui culmine à 820 mètres d’altitude. On y remarque, outre la frontière internationale en jaune, le mur de sécurité en rouge, infranchissable pour les civils israéliens.

 

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Service cartographique © Metula News Agency

 

Le cercle rose indique l’endroit où s’est produit l’incident de ce matin.

 

Le trait bleu, sans lien direct avec l’incident, est le tracé de l’ancienne route qui reliait Misgav Am à Metula, à 3.2km au nord-est, et qui a été rendue impropre à la circulation par l’Armée israélienne, afin d’empêcher la présence de civils dans cette zone réputée dangereuse.

 

Il arrive, comme ce matin, que Tsahal traverse le mur de sécurité afin de se livrer à des travaux sur le territoire israélien qui s’étend du côté libanais du mur.

 

Ces activités consistent à s’assurer qu’aucun engin explosif ou équipement d’espionnage du Hezbollah ne se trouve dans cette zone ; à effectuer des tâches de débroussaillage pour que la végétation ne dissimule pas d’éventuelles réalisations du Hezbollah ; de même que l’installation d’équipements de surveillance pour le suivi de ce qui se déroule côté libanais.

 

Comme ce fut le cas ce matin, Tsahal, par l’intermédiaire de la FINUL/UNIFIL, la Force Intérimaire des Nations Unies au Liban, informe l’Armée libanaise de la date, de l’heure et du type d’intervention envisagée afin d’éviter les incidents inutiles. [https://fr.wikipedia.org/wiki/Force_intérimaire_des_Nations_unies_au_Liban]

 

Le plus souvent, les choses se passent bien, fréquemment sans la présence de membres des Forces Armées Libanaises. Les soldats de l’UNIFIL sont quant à eux toujours présents et remplissent deux fonctions en ces occasions : matérialiser la frontière, les cartes à la main, en se positionnant physiquement dessus pour informer visuellement les Israéliens et les Libanais de son tracé, et créer un rempart humain entre les deux armées. [On observe très bien ces rôles sur la photo suivante].

 

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Il arrive que les deux armées se fassent face et se tiennent mutuellement en joue

 

Les soldats libanais n’avaient aucune raison de pointer leurs armes sur les militaires israéliens. Cela ne contribue qu’à tendre la situation et risquer qu’un incident meurtrier ne se déclare par erreur.

 

Ce matin, les soldats de Tsahal, plus nombreux sur le terrain et protégés par des chars Merkava positionnés sur des rampes de visée préétablies le long du mur de sécurité, on conduit leur mission telle qu’elle était prévue. A certains moments, ils ont dressé des bâches de tissu noir afin de dissimuler aux yeux de l’adversaire la nature de leur activité.

 

Pendant qu’ils s’afféraient, des drones parcouraient le ciel et à plus grande altitude, des hélicoptères et des chasseurs-bombardiers se tenaient prêts à toute éventualité.

 

Ce mardi, les choses ont été simplifiées par le fait que nous n’avons pas vu de miliciens du Hezbollah en première ligne côté libanais. Il advient qu’ils s’y trouvent pour exciter les soldats, qui sont souvent des miliciens vêtus de treillis des FAL ou de vrais soldats libanais de religion chiite, obéissant toutefois aux ordres de Nasrallah. Visiblement, ce n’était pas le cas ce matin, ce qui a simplifié les procédures de désengagement.

 

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On distingue l’une des bâches entre les soldats, qui va être dressée dans quelques instants

afin de dissimuler certaines manipulations des regards curieux

 

Le 3 août 2010, l’Armée libanaise avait organisé une embuscade à l’occasion d’une session de débroussaillage, à 700 mètre environ de l’emplacement de l’incident de ce matin. Lors du guet-apens de 2010, des snipers libanais avaient ouvert le feu sur le  Lieutenant-Colonel de réserve Dov Harari, le tuant sur le coup, et avaient grièvement blessé le commandant de peloton, le Capitaine Ezra Lakia.

 

Tsahal avait vigoureusement répliqué, s’attaquant notamment au QG de bataillon des FAL dans le village d’Al-Taybeh, à 3km au nord-ouest d’Adassié, détruisant plusieurs véhicules et tuant deux soldats ainsi qu’un journaliste, par erreur.

 

L’Armée israélienne avait averti à l’époque que si une agression du même genre devait se reproduire, elle oblitérerait toutes les positions des Forces Armée Libanaises dans la région frontalière. A notre connaissance, l’avertissement est toujours en vigueur.

 

Sur cette dernière image on distingue la complexité de l’enchevêtrement des deux pays, qui ne sont séparés par aucun No Man’s Land ou zone tampon. Tout près de notre rédaction, on voit le tracé du mur de séparation en orange, la frontière internationale en jaune, et entre les deux, une route utilisée exclusivement par les Libanais mais qui se situe entièrement en territoire hébreu.

 

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Les Israéliens n’y voient aucune gêne, à la double condition que ces portions de territoire ne servent pas de base arrière à des agressions contre leur pays, et que leur souveraineté internationalement reconnue ne soit pas mise en question par Beyrouth.

 

En fin de compte, lorsqu’il s’agira de signer un accord de paix entre les eux pays, il sera nécessaire d’effectuer des échanges territoriaux afin que le tracé des frontières corresponde à l’usage qu’en font les Etats et les populations. Mais jusqu’à maintenant, et sous la pression exercée par les supplétifs des Syriens et des Iraniens de la milice terroriste du Hezbollah, le gouvernement libanais se refuse catégoriquement à entamer des discussions de paix avec Jérusalem. Ce qui promet la répétition d’incidents du type de celui de ce matin, et menace le Liban de destruction si son sol devenait à nouveau le théâtre d’une agression généralisée du Hezbollah contre l’Etat hébreu.

 

Nous sommes retournés à 16h locales sur le lieu du face-à-face et tous les acteurs l’avaient quitté, lui rendant sa tranquillité champêtre. Une heure plus tard, le couvre-feu pour la seconde partie des fêtes de Pâque rentrait en vigueur en Israël, et nous rejoignions notre lieu de confinement à Métula.