Incidents sérieux au-dessus du Golan (012407/18) Version imprimable
mardi, 24 juillet 2018

 

© Metula News Agency

 

Métula, mardi, 19h37, 18h37 à Paris

 

Aux alentours de midi trente ce mardi matin, la Défense antiaérienne israélienne a abattu un Soukhoï-22 qui avait pénétré de 2km dans l’espace aérien hébreu dans la région du Golan méridional. Tsahal a eu recours à deux missiles Patriot de conception américaine, tirés simultanément par mesure de précaution, afin d’intercepter l’appareil de l’Armée de l’air de Bashar al Assad, qui est un avion d’attaque au sol de fabrication russe. [Voir le film du tir des 2 Patriot].

 

C’est la seconde fois depuis 1985 que Tsahal abat un appareil syrien, la fois précédente, ce fut en 2014 ; à cette occasion, un Soukhoï-24, qui allait franchir la frontière de l’Etat hébreu et se trouvait dans la zone démilitarisée interdite de survol, avait été intercepté et son pilote, qui avait pu sauter en parachute et s’était très légèrement blessé avait été ramené dans son pays.

 

Ce mardi, on ignore pour le moment ce qu’il est advenu du pilote. Comme la photo ci-après le montre, l’avion s’est écrasé en flammes et il a généré un incendie à son point d’impact. Il avait décollé de l’aéroport T4 à proximité de Palmyre, récemment bombardé par le Khe’l Avir.

 

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Le Soukhoï en flammes

 

Le Soukhoï-22 concerné ne participait pas à une mission d’attaque contre Israël, mais au conflit qui oppose les forces gouvernementales, soutenues par des éléments russes, iraniens et libanais à la rébellion sur le Golan syrien. Ces derniers jours, on constate une intensification des combats, y compris dans les airs.

 

Le bombardier, qui était suivi depuis un bon moment par les radars de l’Armée de Défense d’Israël, a franchi la ligne de séparation des forces Bravo, est entré dans l’espace démilitarisé qui est interdit de survol, puis a transgressé la ligne Alpha qui délimite la frontière israélienne.

 

D’après ce que l’on sait, le Khe’l Avir a tenté à plusieurs reprises d’interpeler le pilote sur sa fréquence, puis, ne recevant aucune réponse et alors qu’il s’approchait de positions stratégiques de Tsahal, la décision de l’abattre a été prise.

 

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L’incendie au point de chute de l’avion en Syrie

 

L’incident s’est produit à proximité de la petite zone, le long de la frontière, qui est contrôlée par la faction des Martyrs du Yarmouk, affiliée à DAESH ou à ce qu’il en reste.

 

Hier lundi, entre 10h et 10h30, la DCA des Hébreux avait lancé deux missiles anti-missiles de type Fronde de David, aussi connus sous l’appellation Baguette Magique, en direction de deux missiles de croisière OTR-21 Tochka, qui se dirigeaient également vers le territoire israélien, mais qui participaient à la même confrontation entre gouvernementaux et rebelles dans le Golan.

 

Le premier OTR-21 avait brusquement changé de direction en s’éloignant du territoire israélien, ce qui décida les militaires chargés du lancement à détruire le missile intercepteur en vol. L’un de nos reporters avait alors distingué de la fumée autour de la traînée de l’engin, qu’il avait confondue avec une interception.

 

Moins d’une demi-heure plus tard, le deuxième OTR-21 a été identifié se dirigeant lui aussi vers le territoire israélien. Par mesure de sécurité, la compagnie en charge des Frondes de David a envoyé un nouvel intercepteur à la rencontre du missile balistique.

 

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Un OTR-21 syrien et son camion de transport

 

A La Ména nous ignorons s’il atteint sa cible, mais nous sommes convaincus que Tsahal est précisément au courant de ce qui s’est ensuite passé.

 

Quoi qu’il en soit, les deux OTR-21 sont tombés en territoire syrien. Ce sont des missiles balistiques tactiques (ils peuvent transporter des bombes atomiques) de faible à moyenne portée, largués à partir de bases mobiles 9P129 autotractées.

 

Ils se dirigent grâce à un système de navigation inertiel, et ils sont largement utilisés par le régime contre les rebelles. Il en existe de trois modèles, pouvant atteindre de 70 à 185km. Ceux lancés hier sont des SCARAB A, d’une portée maximale de 70km. S’ils avaient poursuivi leur route initiale, ils auraient explosé au sud du lac de Tibériade, dans la région du carrefour de Tzémakh et des kibboutzim de Dgania, de Shaar ha-Golan ou de Beit Zéra.

 

Les OTR-21 sont des engins rustiques, très imprécis puisqu’ils percutent le sol à plus ou moins 150m de leur objectif désigné. Ils restent dangereux car ils volent à une vitesse de 6 000km/h et sont capables de transporter une charge utile de 480kgs, de quoi pulvériser un pâté d’immeubles.

 

Par comparaison, les divers missiles au service de Tsahal ont une précision à l’impact de 30cm.

 

La Fronde de David constitue l’élément intermédiaire du bouclier aérien des Hébreux, entre le Dôme de fer, conçu afin d’intercepter les roquettes, les obus de mortier et les obus d’artillerie, et le Arrow/Khetz [heb. : flèche], désigné pour l’interception des missiles balistiques à haute altitude et en dehors de l’atmosphère terrestre.

 

Le missile intercepteur de la Fronde de David, le Stunner, possède deux étages et coûte la bagatelle d’un million de dollars pièce. Il est développé par Rafael Systèmes de Défense Avancés et est produit en collaboration avec le géant américain de l’armement et de l’aviation Raytheon.

 

C’est la première fois que la Fronde de David est officiellement utilisée au combat. Elle a été remise à Tsahal en 2017, mais la Ména avait remarqué en 2014 qu’elle avait été mise à contribution pour détruire avec succès des roquettes à longue portée du Hamas au-dessus de Tel-Aviv. Il devait s’agir de prototypes, et la Ména avait officieusement été informée qu’elle ne s’était pas trompée.

 

Hier et aujourd’hui, le système d’alerte "Couleur Rouge" a retenti dans les agglomérations du Golan et de la vallée du Jourdain, le long des itinéraires que le Soukhoï et les missiles étaient censés suivre.

 

En raison de l’intensification des combats aux abords d’Israël, Tsahal, notamment ses batteries de moyens antiariens, a été mis en état d’alerte élevé. Les autorités militaires et civiles de l’Etat hébreu ont répété qu’elles continueraient à interdire tout franchissement par les gouvernementaux de la ligne Bravo.