Espagne-IsraŽl : seul un miracleÖ (info # 022403/17)
vendredi, 24 mars 2017

 

Par Ilan Tsadik

 

Ce soir, à 20h 45 heure de Paris, 22h 45 à Métula (on a changé d’heure la nuit dernière), la Roja (la Rouge), l’équipe espagnole de football, l’une des meilleures de la planète, reçoit la sélection israélienne, la Nivkhéret, à Gijon (ça se prononce khikhonne), dans les Asturies. La rencontre compte pour les éliminatoires de la Coupe du Monde 2018 en Russie.

 

Avant ce match, l’équipe nationale israélienne pointe au 3ème rang du classement intermédiaire, avec 9 points, trois victoires et une défaite, derrière l’Espagne et l’Italie et leurs dix points chacune. Il faut impérativement terminer dans les deux premiers pour espérer obtenir son ticket pour Moscou.

 

Sur le papier, seul un miracle de la taille de l’ouverture des eaux de la mer Rouge pourrait permettre aux bleus de l’emporter ou même d’obtenir la parité. Mais le ballon et rond, même si ce soir, on ne sait pas si c’est un avantage ou un inconvénient.

 

Le coach, Elisha Levy espère une panne de courant, car dans l’obscurité, nous partons à chances égales avec nos adversaires. Il semble vouloir opter pour un déploiement offensif avec deux attaquants, Tal Ben Haïm et Eran Zahavi, mais certains joueurs pensent que c’est la porte ouverte à une hécatombe.

 

Même si le stade el Molinon, le plus ancien d’Espagne, sera archi-comble ce soir, les joueurs et les journalistes ibères ont tendance à sous-estimer la formation visiteuse, ce qui en fait son meilleur argument.

 

La sélection israélienne s’alignera ce soir avec un brassard noir en hommage à notre confrère Meïr Einstein, emporté cette semaine à 65 ans par une longue maladie. Meïr était le Roger Couderc de la télévision israélienne.

 

Une victoire sur la Roja constituerait un exploit comparable à celle obtenue face à la France par trois buts à deux, le 13 septembre 1993 à Paris, qui barra la route de la Coupe du Monde des Etats-Unis aux Tricolores.

 

Sur le plan extra-sportif, la ville de Gijon se trouve en état de siège ce vendredi. Depuis leur arrivée, les joueurs hébreux, entourés de 13 gardes du corps israéliens, sont confinés dans un hôtel dont ils ne sortent que pour les entraînements. La Roja, quant à elle, est logée dans un autre palace à proximité et bénéficie également d’un gros dispositif policier. Une différence tout de même dans le traitement des deux formations : les Ibères disposent d’un terrain d’entraînement et d’un parcours de golf dans le périmètre de l’hôtel, tandis que les Hébreux sont confinés à l’intérieur. On reparlera de l’hospitalité et des mauvaises manières de nos hôtes.

 

Car il y a bien plus grave. La municipalité de Gijon est la seule de la péninsule disposant d’une équipe en première ou seconde division à avoir officiellement voté le boycott d’Israël. Dès lors, le choix d’Ángel María Villar, le président de la RFEF, la Fédération Royale Espagnole de Football, n’est pas compréhensible. Interrogée à ce sujet, la fédération s’est refusée à tout commentaire.

 

On annonce une vaste manifestation des anti-israéliens, intitulée "carton rouge", juste avant la rencontre. On ose espérer qu’elle ne dégénérera pas, ce qui impliquerait directement la RFEF qui joue, ce vendredi, avec la haine et l’antisémitisme et les invite à s’immiscer dans le sport. Il vaudrait mieux aussi que les 30 000 spectateurs d’el Molinon ne se prennent pas à siffler l’Hatikva, notre hymne national, et qu’on ne les laisse pas entrer dans le stade avec des drapeaux d’entités hostiles, ou des slogans désobligeants, car le football espagnol qui nous passionne tant serait probablement sanctionné par les instances internationales.   

 

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Ici, c’est Gijon

 

Le gouvernement israélien, arguant que le sport est fait pour rapprocher les peuples et non pour attiser le racisme et la haine, a demandé à son homologue à Madrid d’interdire toute manifestation en marge de cette réunion sportive. On ne va pas tarder à savoir s’il a été entendu. Quoi qu’il en soit et en espérant vivement que le sport l’emporte, nous ne pouvons nous empêcher de stigmatiser l’initiative consistant à organiser un match de cette importance dans la ville la plus hostile à Israël d’Espagne. Il y a là au moins un manque de discernement et, au pire, l’intention de surfer sur un ressentiment imbécile pour mettre ses hôtes sous pression. Si la partie avait lieu à Barcelone, à Valence ou à Madrid, les seules manifestations auxquelles on assisterait seraient des manifestations d’amitié entre les deux peuples frères, qui partagent un gros morceau d’histoire commune.

 

Israël compte d’ailleurs des milliers d’amis à Gijon, qui font connaître leur déplaisir sur les réseaux sociaux. A l'instar de Sergio Marqués Prendes, un intellectuel et un éditorialiste qui a exprimé le fond de sa pensée dans La Nueva Espana, (la nouvelle Espagne), sous le titre "Gijón, sept mois de honte". Sur ce site, l’article est reproduit sous une grande photo du cœur de la cité de Gijon barrée du slogan nazi "JUDENFREI".

 

En janvier 2016, le conseil municipal de Gijon avait déclaré la ville "Espace libre d’apartheid israélien". Ce faisant, il entend déconseiller vivement l’achat de produits non seulement israéliens, mais aussi proposés par des entreprises présumées "complices" de "l'apartheid israélien" ou censées obtenir un avantage économique quelconque, fruit du commerce avec celui-ci.

 

La ville de Gijon appelle au contraire à la collaboration avec l’organisation de boycott d’Israël BDS, qui exige explicitement, outre la proscription desdits produits et entreprises, la mise en quarantaine des artistes, des intellectuels, des étudiants, et des formations sportives israéliens. Le même mouvement déclare vouloir "lutter" contre la suprématie juive et le colonialisme sioniste, ce qui en fait, selon Sergio Marqués Prendes, un mouvement ostensiblement antisémite, de même que ceux qui le soutiennent ou le favorisent.

 

Pour Prendes, les droits de l’homme sont déjà entièrement garantis par l'Etat d'Israël. La ville de Gijón, s’allie avec des mouvements qui utilisent spécifiquement la population arabe, en particulier les réfugiés, comme un moyen politique de destruction du seul véritable Etat démocratique dans la région du Moyen-Orient.

 

Il ajoute que les citoyens israéliens d'origine arabe sont la seule population arabe vivant sous l'égide des droits de l'homme au Moyen-Orient, et qu’ils bénéficient de ce parapluie précisément grâce à l'existence de l'Etat d'Israël.

 

Le véritable "apartheid" au Moyen-Orient est celui ressenti par tous ceux qui vivent dans des camps de réfugiés dans les pays arabes "amis de la Palestine". Des personnes qui, avec la complaisance de l'ONU, se voient systématiquement refuser des droits civils tels que le droit à la propriété, celui de voter, le droit au travail, etc.

 

Israël, termine notre confrère, mène une bataille. Une bataille pour les droits de l'homme et de la démocratie sur l’une des scènes les plus complexes et dangereuses qui existent pour la défense de la liberté. Sergio Marqués Prendes invite ses lecteurs à "ne pas se tromper de camp". Il recueille le soutien de nombreux internautes, la vindicte de certains autres, ainsi que notre considération pour sa clairvoyance, son courage et son amitié.

 

C’est donc dans cette ville de Gijon et son atmosphère nauséabonde que la Nivkhéret s’apprête à livrer bataille, par choix de la fédération espagnole de football. Si ce n’était par égard pour les joueurs et les aficionados, qui n’y sont strictement pour rien, nous n’appellerions certes pas le ciel à frapper la péninsule avec les dix plaies d’Egypte (il ne faut rien exagérer), mais à lui infliger une défaite douloureuse, qui pourrait l’empêcher – ce serait une gigantesque surprise – de participer aux prochains Championnats du Monde.

 

Il existe un antécédent à la situation de ce vendredi ; cela se déroula le 7 mars 2009 dans la ville suédoise largement antisémite de Malmö, à l’occasion d’une rencontre de Coupe Davis. La ville avait été ravagée par des milliers d’émeutiers islamistes et néo-nazis. Le Professeur d’histoire suédois Kristian Gerner décrivit ces évènements comme "la pire crise pour les Juifs en Suède depuis la Seconde Guerre Mondiale".

 

L’épilogue de cette histoire fut que la rencontre dut être disputée sans public et, contre toute attente, les tennismen israéliens, qui n’étaient pas favoris, l’emportèrent. Puisse la rencontre de ce soir, rendue artificiellement tendue par une décision stupide, se dérouler sans heurts et sans blessés. Et, laissons-nous aller, une fois n’est pas coutume, à souhaiter que ce ne soit pas le meilleur qui gagne.

 

 
By YinonSys