Erdogan promet d’attaquer le Kurdistan syrien dans les deux jours (011212/18)
mercredi, 12 décembre 2018

 

Par Perwer Emmal dans le Rojava

 

Le Sultan Recep Erdogan a déclaré ce mercredi matin qu’il allait attaquer le Kurdistan syrien (Rojava) dans les deux prochains jours. Il a pris la parole à l’occasion d’une rencontre de l’industrie militaire turque.

 

Il a précisé qu’il s’agira d’une "opération d’envergure", et qu’elle se produira à l’est de l’Euphrate, donc pas dans la région de Manbij mais celle notamment de Kobané [voir carte].

 

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Service cartographique © Metula News Agency

Base : carte Wikipedia

 

"Le temps est venu de réaliser notre intention d’en finir avec les terroristes à l’est de l’Euphrate", a tempêté le président-dictateur, qui détient quelques 60 000 de ses concitoyens dans ses prisons, et qui pratique la torture systématique. Ces malheureux subissent la répression du coup d’Etat manqué de l’été 2016. La grande majorité d’entre eux est parfaitement innocente.

 

Erdogan prétend avoir informé Washington de son intention de déclencher la guerre. Il a dit que son régime ne s’était encore jamais opposé aux Etats-Unis et à leurs militaires, qui seraient toujours des partenaires stratégiques à son sens. "Nos divergences sur la Syrie ne doivent pas empêcher le développement de nos relations", a ajouté le despote.

 

Il est difficile de comprendre ce message adressé aux Américains lorsque l’on connaît la situation dans le Rojava. En effet, l’Armée étasunienne procède depuis les dernières provocations militaires d’Ankara à des patrouilles mixtes avec les YPG – les Unités de Protection du Peuple (kurde) – tout le long de la frontière que le Sultan compte attaquer. [D’ailleurs, depuis la création de ces patrouilles conjointes, les activités militaires turques contre le Rojava ont totalement cessé. Ndlr.].

 

On voit quotidiennement les véhicules du contingent U.S., surmontés de leur drapeau national, patrouiller face aux Turcs. Des militaires d’autres pays occidentaux sont également déployés à l’est de l’Euphrate, dont des Français, des Britanniques, des Allemands ainsi que des soldats et des conseillers d’autres armées. En cas d’"opération d’envergure", ces forces seraient inévitablement confrontées à l’Armée ottomane.

 

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Erdogan va-t-il donner réellement l’ordre dément à ses chars d’avancer ?

 

Les YPG ont été évidemment placées en état d’alerte sur tout le territoire du Rojava qu’elles contrôlent. Leur capacité opérationnelle est toutefois réduite par le fait que 15 000 Peshmerga [les combattants kurdes] participent actuellement aux côtés de la Coalition Occidentale à une campagne visant à neutraliser les dernières poches de résistance de l’Etat Islamique à l’extrême est de la Syrie, tout près de la frontière avec l’Irak [carte].

 

En fait, outre les forces spéciales des Etats déjà cités, la totalité de la force terrestre de la Coalition Occidentale contre DAESH est constituée par les FDS – les Forces Démocratiques Syriennes -, dans lesquelles les YPG composent l’écrasante majorité des effectifs (pas loin de 90 pour cent).

 

Washington a déclaré dans un passé récent qu’il ne retirerait pas ses troupes du Rojava en cas d’une agression turque. Il s’agit même des termes de l’entente entre les Kurdes et la Coalition : nous vous fournissons la force terrestre nécessaire afin d’éradiquer l’Etat Islamique en échange de votre soutien politique et militaire face aux menaces d’Erdogan à l’est de l’Euphrate, de même qu’à l’ouest du fleuve dans la région de Manbij [carte].

 

De toute façon, en cas d’offensive majeure de l’Armée du président islamiste de la Turquie, les YPG seraient contraintes de se retirer précipitamment du front de Dir Ez-Zor pour se redéployer aux devants de l’envahisseur.

 

Comme l’on peut s’en rendre compte sans difficulté, le Sultan sanguinaire ne met pas uniquement en danger la population du nord syrien mais également la paix du monde. Ce, car ses menaces d’intervention contre le Rojava concernent automatiquement toutes les forces qui s’y trouvent, de même que les Etats qui les y ont envoyées.

 

Le despote d’Ankara a justifié l’annonce de son offensive prochaine en exprimant le "vif souhait de rendre la paix et la tranquillité aux habitants de l’est de l’Euphrate". Il avait utilisé le même argument pour attaquer et envahir le canton d’Afrin, entre le 20 janvier et le 20 mars derniers, occasionnant des milliers de victimes, dont un grand nombre de civils.

 

On note aussi qu’hormis la zone très restreinte et isolée de la confrontation avec DAESH [carte], le Rojava constitue objectivement la région la plus paisible et démocratique de Syrie.

 

Notre opinion face à ces menaces très précises, partagée par les spécialistes de la rédaction à Métula, est que le Sultan mentalement déficient ne se livrera pas à une offensive généralisée mais qu’il procédera à des pilonnages d’artillerie et à des raids aériens visant des secteurs où les Occidentaux ne sont pas présents.

 

Au cas où nous nous tromperions, on assisterait dès le début des hostilités à une confrontation directe entre l’Armée turque et celle des Etats-Unis, y compris dans les airs, avec des conséquences aussi imprévisibles que périlleuses.

 

 
By YinonSys