Les Palestiniens doivent impérativement accepter le Plan Trump, et le plus rapidement possible
mardi, 28 janvier 2020

  (012801/20)

 

Par Sami El Soudi

           

C’est en principe aujourd’hui que la Maison Blanche est censée dévoiler le "Plan du Siècle", celui qui pourrait mettre un terme au conflit de toujours opposant les Palestiniens et les Israéliens, et, dans son acception plus large, les Arabes et les Israéliens.

 

Je note à ce sujet qu’un tel plan a déjà l’avantage d’exister et qu’il est exhaustif, ce qui n’avait jamais été le cas d’aucun plan envisagé durant les douze dernières années. Or le jeu en vaut déjà la chandelle, particulièrement alors qu’il est proposé par la dernière hyper-puissance de la Planète, qu’elle a planché sur tous ses aspects durant maintenant trois ans, qu’elle possède une influence prépondérante sur les décisions de l’Etat hébreu, et qu’elle est également capable de convaincre la plupart des pays arabes de tenir compte de sa proposition.

 

On pourrait attendre de prendre connaissance du texte officiel qui sera produit par Washington (en principe ce soir), il sera surtout intéressant pour les détails qu’il comporte. Ceci dit, les Américains ont suffisamment et habilement fuité l’essentiel de ses dispositions, ce qui nous permet d’en faire un commentaire préliminaire et d’en saisir la portée et la dynamique. Cette dernière constituant une part prépondérante de son élaboration. Au reste, nous ne manquerons évidemment pas d’analyser le document officiel lorsqu’il sera publié, notre exercice de ce jour n’empêchant en aucune façon des articles supplémentaires.

 

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                       Le plan de partage voté par l’ONU en 1947 et rejeté par les Arabes

 

Commençons à partir de la fin, en allant directement à l’essentiel, j’observe que, si tout se déroule comme les Américains l’entendent, il y aura pour la première fois dans l’histoire un Etat palestinien, sa capitale sera Jérusalem, il englobera plus de soixante-dix pour cent de la Cisjordanie, dont toutes ses villes arabes, de même que Gaza. Gaza qui sera reliée à la Cisjordanie par un tunnel, mais qui sera surtout démilitarisée, débarrassée du Hamas et soumise à la gouvernance de notre futur Etat.

 

Il y a dans cette brève énumération suffisamment de points intéressants pour justifier que les Palestiniens l’étudient consciencieusement. Ce qui n’est déjà pas le cas de Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité Palestinienne, qui, avant même la diffusion officielle du projet s’est cru inspiré en traitant le Président Trump de "chien et de fils de chien". Ce faisant, il vient à nouveau d’illustrer son immaturité politique et celle des dirigeants de l’OLP, de même que leur incapacité à diriger un pays, quelle que soit sa taille et ses prérogatives. Dans les capitales arabes, on se moque de ce comportement, comprenant qu’en s’opposant d’une manière aussi grossière au président des Etats-Unis, on condamne en fait toute possibilité d’établir notre souveraineté par une autre voie.

 

[Ndlr. Ne cherchez pas les propos de Mahmoud Abbas dans les media français main stream, ce sont leurs rédacteurs en chef qui décident depuis longtemps de ce que les Palestiniens disent et ne disent pas. Ce, dans un souci inexplicable pour des journalistes de protéger les intérêts des Palestiniens et de dissimuler leur nature authentique au public de l’Hexagone. Cela ne concerne pas uniquement la Palestine, c’est le Quai d’Orsay qui décide de ce qu’il se passe dans le monde et non le monde. Et qui le transmet ensuite aux media bien dressés par l’intermédiaire de son organe de propagande qu’est l’AFP et les chaînes d’information publiques].

 

Car on ignore encore si le "Plan du Siècle" aboutira, mais en revanche, on sait fort bien que sans l’approbation de l’Amérique, il n’y aura jamais d’Etat palestinien. On sait aussi qu’aucune autre entité n’est en mesure de proposer une alternative que l’on pourrait discuter, aussi longtemps que cette proposition U.S. se trouve sur la table.

 

Abbas a poursuivi dans sa bêtise, ajoutant à ses insultes :  "J'ai dit non et je continuerai de dire non ... Nous allons vivre des jours difficiles et nous commençons à supporter les conséquences du refus. La résistance doit s'intensifier à tous les points de friction. Tous les jeunes doivent être encouragés [à aller participer à des émeutes face à l’Armée israélienne]".

 

Abbas a en outre affirmé : "On m'a dit que je paierai un lourd tribut pour mon comportement insensé. Je n'ai plus beaucoup de temps à vivre et je ne partirai pas en tant que traître. On peut soit mourir comme des martyrs, soit se battre pour déployer le drapeau palestinien sur les murs de Jérusalem".

 

Il envisage aussi de mettre un terme à la coopération sécuritaire avec l’Armée israélienne, auquel cas, il mettrait en péril la gouvernance de l’Autorité Palestinienne par l’OLP, ainsi que de dénoncer les Accords de 1995 (Oslo). Ce qui, selon le plan de Trump, permettrait à Israël d’annexer jusqu’à soixante-dix pour cent de la Cisjordanie et de laisser Gaza enclavée, si cette posture de refus devait perdurer durant la "période de préparation" instrumentée par les Américains. Une période de quatre ans au maximum, précisément imaginée pour permettre la réflexion des Palestiniens et le remplacement d’Abbas par des leaders pragmatiques et responsables. Lorsqu’il évoque le lourd tribut qu’il sera amené à payer, c’est exactement à son écartement qu’Abbas fait allusion.

 

Ce qui est dur à admettre pour la direction de l’OLP, c’est l’écart existant avec le concept de Barack Obama et de certains Européens selon lequel notre Etat devait voir le jour sur la base des frontières de 1967. Ce principe a été abandonné dans la proposition actuelle. Sauf que ni Obama ni les Européens n’ont jamais formulé de plan de paix.

 

L’auraient-ils fait, il aurait été rejeté par Israël, et personne n’a jamais envisagé de campagne militaire contre l’Etat hébreu afin de l’obliger à accepter une solution qui ne lui convenait pas. Ce qui a fait que la situation s’est embourbée, que l’extrême-droite israélienne est montée en puissance et que les implantations n’ont cessé de se multiplier.

 

Dans le plan Trump, Israël doit s’engager dès à présent à cesser de construire de nouvelles implantations pendant la période de préparation et n’aura pas le droit d’agrandir les implantations existantes. Ce, jusqu’à réception d’un non définitif de la part des instances dirigeantes palestiniennes. 

 

Ce sera du même coup la première fois depuis les négociations d’Oslo qu’un président étasunien aura obtenu d’Israël un gel complet de ses implantations. Et ce gel va à l’encontre des desseins de Netanyahu qui envisageait d’annexer des parties de la Cisjordanie les jours prochains dans le cadre de sa campagne électorale.

 

D’autre part, Donald Trump est en train d’expliquer à Netanyahu et à Gantz qu’il n’acceptera aucun aménagement de son plan. Il est "as is", tel quel, à prendre ou à laisser. Benny Gantz a déjà fait savoir que s’il était élu, il l’accepterait. Netanyahu s’est contenté de se faire photographier au côté de Trump et d’évoquer un moment historique, en évitant de froisser son électorat droitiste avec la création d’un Etat palestinien, qu’il réfute totalement, à l’instar de Naftali Bennett qui l’a fait savoir publiquement, précisant "qu’il ne permettrait jamais la création d’un tel Etat".

 

Dans l’état actuel des choses, tandis que la cause palestinienne perd ses soutiens, principalement dans le monde arabe, la majorité des Israéliens est persuadée qu’elle peut envisager l’avenir sans avoir à concéder un Etat aux Palestiniens. La seule personnalité politique qui puisse les faire changer d’avis est évidemment Donald Trump. Un président qui a démontré de toutes les façons possibles qu’il était leur ami véritable, notamment en transférant son ambassade à Jérusalem et en déclarant la légalité de leurs implantations. Trump est vraisemblablement plus populaire en Israël que Netanyahu et Gantz ; d’autre part, à la veille d’une confrontation avec l’Iran qui semble inévitable, l’Israélien de la rue comprend qu’il n’est pas possible de se lancer dans un conflit de cette ampleur sans bénéficier du soutien de l’Amérique, et qu’il serait imprudent de se mettre son président à dos.

 

De plus, pour les Israéliens, le "Plan du Siècle" laisse entrevoir une vie normale pour les habitants du pourtour de Gaza, ce que Netanyahu, en onze de pouvoir, n’est pas parvenu à imposer. Et surtout, les Israéliens rêvent toujours de paix, d’entretenir des relations normales et durables avec leurs voisins et de pouvoir vivre en n’ayant pas toujours à l’esprit la menace d’une nouvelle guerre et de son cortège de morts.

 

Or, et c’est une constante dans la doctrine de l’OLP, on essaie sans cesse d’oublier que sans l’adhésion des Israéliens à une solution, l’Etat palestinien n’existera jamais. En réalité, c’est avec Israël et ses habitants que nous devons faire la paix, pas avec Obama ou Macron ; personne n’est en mesure d’imposer ladite solution à l’Etat hébreu, son accord est incontournable.

 

Ayant exposé ceci, cela m’amène à une observation plus générale : en dépit des réaction infantiles d’Abbas et d’un certain nombre de leaders arabes, à considérer le plan U.S. dans sa globalité, il m’apparaît soudain évident que ce qu’il préconise se situe à l’extrémité maximale de ce que les deux camps ont la capacité d’accepter. Pas de gaité de cœur, certes, lorsqu’il s’agit de faire des concessions et d’abandonner les certitudes trompeuses que l’on s’est répétées des décennies durant, il est très douloureux de changer d’avis. Mais un Etat palestinien démilitarisé sur soixante-dix à soixante-quinze pour cent de la Cisjordanie, constitue une proposition raisonnable et acceptable à la fois par les responsables politiques et par les populations des deux entités.

 

Quant au rattachement de Gaza à notre Etat, sans la présence du Hamas, c’est encore quelque chose que la direction de Fatah ne serait jamais parvenue à obtenir, ce, dans toutes les circonstances envisageables.

 

Idem pour la cogestion de l’esplanade des Mosquées, pour notre reconnaissance internationale, pour le volet économique qui avait déjà été présenté en juin 2019 à Bahreïn, et qui nous permettrait à nous aussi d’avoir une existence décente, et d’envisager notre futur autrement… avec un futur.

 

Et comment aurions-nous pu obtenir le démantèlement d’implantations israéliennes ? Par quel prodige, alors que les gouvernements Netanyahu plaçaient leurs pièces sur notre territoire, comme sur un échiquier, afin d’empêcher la création d’un Etat palestinien contigu et homogène, et qu’ils étaient sur le point de réaliser leur objectif.

 

Or selon le plan Trump, l’Etat de Palestine sera contigu. Il impliquera le démantèlement d’implantations légales et illégales, ne laissant qu’une quinzaine de petites enclaves juives sur le territoire que le plan nous promet. Un mal avec lequel nous pouvons aisément nous accommoder. La proposition américaine prévoit également le retrait d’Israël des quartiers arabes de Jérusalem, ce qui, sans Trump, n’était pas envisageable.

 

Alors certes, nous n’aurions pas d’armée. Mais à quoi nous servirait une armée si nous ne voulons pas faire la guerre aux Juifs, et s’ils endossent la responsabilité de notre défense territoriale ? Sans compter que nous ne possédons pas les moyens financiers d’entretenir une armée, qu’elle ne ferait pas le poids face à Tsahal, et qu’une armée avec les divisions que nous connaissons implique le risque de coups d’Etat.

 

Nous n’aurions pas non plus le contrôle des frontières de notre Etat, elles seraient supervisées par Israël. La belle affaire… si la paix s’installe et que nous n’essayons pas d’importer des armes, en quelques mois, cette supervision ne deviendrait qu’une formalité qui passerait quasiment inaperçue.

 

Le plan implique également par l’abandon de la vallée du Jourdain, mais pas par le démantèlement de nos villes et villages qui s’y trouvent ; et c’est à étudier dans le texte final, mais l’accord entreverrait des échanges territoriaux en contrepartie de l’abandon de notre souveraineté sur la vallée du Jourdain.

 

Permettez-moi d’être plus pragmatique encore : le flux de l’histoire ne s’écoule pas en notre faveur. Après chaque refus d’une solution de notre part, nos ambitions ont été revues à la baisse. En 1948, le plan adopté par l’ONU [voir la carte] nous décernait quarante-cinq pour cent de toute la Palestine, et en fait, nous y gagnions, puisque la plus grande partie du territoire promis aux Juifs était constituée du désert du Néguev, à l’époque largement inhabité et inhabitable.

 

De la Guerre de 48 à 1967, Jérusalem, l’esplanade des Mosquées et le mont du temple étaient entièrement sous contrôle arabe, de même que la bande de Gaza et les frontières sur le Jourdain et avec l’Egypte. A l’époque, les Israéliens étaient totalement disposés à sanctuariser cette situation par un accord de paix, et si Nasser n’avait pas bloqué le détroit de Tiran aux navires arborant l’étoile de David, chassé les observateurs de l’ONU de sa frontière avec Israël, massé des troupes dans le Sinaï et annoncé qu’il allait jeter les Juifs à la mer, il aurait été possible, sans avoir à négocier avec les Juifs, de décréter un Etat palestinien sur cent pour cent du territoire de Cisjordanie, et d’instaurer notre capitale à Jérusalem.

 

Mais la cause palestinienne n’était alors pour les Arabes qu’un prétexte pour justifier l’annihilation de l’Etat hébreu, et pendant toutes ces dix-neuf années, la possibilité d’établir un Etat palestinien ne leur avait pas même traversé l’esprit.

 

En 2008, lors des négociations avec Ehud Olmert et Tzipi Livni, les Israéliens étaient disposés à nous confier quatre-vingt-treize pour cent du territoire cisjordanien pour y créer notre Etat. Là encore nous manquions le coche : après d’innombrables tergiversations – j’ai participé à certaines d’entre elles - il fut décidé du rejet de la proposition et d’attendre un nouveau gouvernement en Israël afin, pensait-on, d’obtenir davantage. En fait de nouveau gouvernement, c’est celui de Netanyahu qui fut élu et il ne reconnut pas les avancées faites par ses prédécesseurs, réclamant que tous les sujets soient renégociés depuis le début, ce qui demeure sa position à ce jour.

 

Maintenant Donald Trump nous offre soixante-dix pour cent de la Cisjordanie, et sa proposition est accompagnée d’un plan Marshall de nature à faire réellement de nous un pays structuré, disposant des ressources financières nécessaires à sa réussite.

 

C’est la dernière fois que la cloche sonne, notre dernière chance de posséder un pays, palabres d’un côté, réalité de l’autre. En cas d’un nouveau non de notre part, les trente à quarante pour cent du territoire de Cisjordanie qui ne seront pas attribués initialement et qui nous reviendraient en cas d’acceptation du plan seront remis à Israël, qui les annexera immédiatement. Les Arabes, à bout de patience à notre endroit, diront "bien fait pour vous !" et se désintéresseront de la Palestine. La communauté internationale fera le même raisonnement et, à la longue, s’habituera à la domination israélienne. Nous serons un bantoustan, un conglomérat de villes arabes sans communications terrestres entre elles, sans identité nationale, et nous le resterons. Personne ne délogerait Israël -  justifiant son expansion par notre refus - des territoires qu’il aurait annexés. Ce, d’autant plus si pendant les quatre ans de la période de réflexion, Jérusalem respecte les directives restrictives de Washington, démontrant de la sorte qu’elle était prête à nous concéder un Etat et à réaliser les concessions que l’on exigeait d’elle.

 

J’ajouterai pour terminer qu’à bien y regarder, la proposition américaine nous va bien. Nous n’avons pas démontré depuis 1995 que nous étions capables de gouverner un Etat, loin s’en faut. Nous n’avons pas été capables d’organiser des élections générales régulières, de développer notre économie, de vivre sans être dépendants de l’aide internationale. Nos chefs, faute de se battre pour planter le drapeau palestinien sur les murs de Jérusalem s’engraissent tous tels des gorets, se faisant construire des palais démesurés et s’offrant des jets privés, le tout, bien entendu, sur les deniers destinés au bien-être de la population qui souffre.

 

Ils sont corrompus jusqu’aux oreilles, et il m’arrive de penser, et je ne suis pas le seul, que la situation ambiguë qui prévaut leur convient bien. Qu’ils entretiennent des espoirs irréalisables, parlant de résistance et de conquêtes, envoyant nos jeunes gens se faire tabasser par les soldats israéliens sans motifs et sans stratégie.

 

Au vu de tout ce qui précède et en ayant pris le temps de considérer ce que nous savons du Plan du Siècle, je dis oui, sans arrière-pensée. Ce plan constitue la planche de salut des Palestiniens, leur unique espoir. Celui de vivre dans leur identité et sur leur terre, de tourner le dos à la violence et à la misère, d’instaurer la première démocratie arabe, et de vivre en paix avec nos voisins, avec le reste du monde, et, et c’est sans doute le plus important, avec nous-mêmes.

 

 

 
By YinonSys