Les supplétifs iraniens bombardent des soldats américains en Irak (011403/20)
samedi, 14 mars 2020

 

Par Jean Tsadik

 

Avec Jules Mazouz, Michaël Béhé et Stéphane Juffa

 

Ce samedi matin, peu avant midi heure de Métula, plusieurs salves de roquettes se sont abattues sur le Camp Taji, situé à 14km au nord de Bagdad [cartes].

 

L’information provient de sources officielles militaires irakiennes, elle a été confirmée par Radio Bagdad ainsi que par notre observateur radio Jules Mazouz.

 

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Service cartographique © Metula News Agency

 

Selon les officiels irakiens, cette agression a blessé au moins deux militaires irakiens. Les tirs ont consisté en 12 à 18 roquettes.

 

Dans le Camp Taji, les soldats gouvernementaux irakiens sont séparés de leur collègues américains et coalisés. Les roquettes de ce matin sont tombées à la fois sur des installations au service des Irakiens à proximité de la piste d’aéroport – les Irakiens touchés appartenaient à la défense contre avions - et sur des baraquements d’habitation des Occidentaux.

 

On ignore si le bombardement a causé des pertes chez les coalisés. Le Pentagone n’a fait aucune déclaration pour le moment. Une source américaine en Irak dénombre officieusement 3 soldats U.S. blessés.

 

Cette attaque est particulière car elle s’est déroulée de jour. Les précédentes visant les mêmes objectifs se produisirent nuitamment.

 

A l’instar de l’agression de mercredi dernier qui a coûté la vie à trois militaires U.S. et à un soldat britannique dans la même base d’al Taji.

 

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Les détails du Camp Taji

Service cartographique © Metula News Agency

Source : Google Earth Pro

 

Suite à ces tirs, les Américains avaient réagi énergiquement, ciblant au moins cinq objectifs par voie aérienne appartenant aux Kataëb Hezbollah [ara. : les Phalanges du Hezbollah], un groupe armé chiite supplétif de l’Armée iranienne en Irak. Les Kataëb Hezbollah n’ont rien à voir avec le Hezbollah libanais, hormis qu’ils se situent dans le même camp et qu’ils tuent pour les intérêts du même patron.

 

Parmi les cibles de l’U.S. Air force, officiellement des entrepôts d’armes, nous avons identifié le Quartier Général des Kataëb Hezbollah à al Najebeia, ainsi qu’une base à Jurf al Sakher, à 39km au sud-ouest de Bagdad [carte].

 

A Jurf al Sakher, le Général Siamand Mashhadani du corps d’élite des Gardiens de la Révolution khomeyniste [far. : "Pasdaran" = gardiens, diminutif de "Sepâh-e Pâsdârân-e Enghelâb-e Eslâmi", l’Armée des Gardiens de la Révolution Islamique] a perdu la vie lors du raid américain.

 

L’opération la plus sanglante s’est déroulée à Bukamal en Syrie [carte], sur la frontière entre ce pays et l’Irak, dans et à proximité du camp iranien d’Imam Ali. Les bombardements ont causé la mort de 27 miliciens supplétifs de l’Iran et d’un nombre indéterminé (mais nettement moindre) de militaires iraniens. Les militaires iraniens ont été soignés dans un hôpital installé au sein même du camp d’Imam Ali.

 

Dès jeudi matin, des Pasdaran ont bloqué les accès de et vers Bukamal ainsi que les routes menant à Imam Ali, de même que les liaisons téléphoniques et les connexions Internet. Ce sont des Kurdes des Forces Démocratiques Syriennes et des médecins de l’hôpital d’al Qaïm, côté irakien de la frontière, qui ont fourni des bilans concordants à Michaël Béhé.

 

Nous notons que les Kataëb Hezbollah sont mentionnés sous le dénominateur global de PMF, soit Forces de Mobilisation Populaire par les instances officielles irakiennes. Or les PMF sont intégrées à l’Armé régulière irakienne et portent souvent le même uniforme, le gouvernement de Bagdad étant chiite, lui aussi inféodé au régime des ayatollahs de Téhéran.

 

Le gouvernement irakien a d’ailleurs dénoncé la riposte U.S. de mercredi et jeudi, prétextant qu’elle constituait une violation de son territoire.

 

Ce positionnement, c’est-à-dire la soumission de l’exécutif irakien à la théocratie persane, pose de sérieux problèmes à l’Armée américaine. Cela va de l’impossibilité de faire confiance aux soldats du régime qui occupent les même cantonnements que les boys, à celle de partager les informations avec eux, et aux soupçons selon lesquels les soldats irakiens aident les miliciens des PMF/Kataëb Hezbollah à préparer leurs tirs sur les Américains.

 

En fait, le commandement U.S. tend à considérer les militaires irakiens chiites exactement comme des Iraniens. Cette assimilation n’est tempérée que par le fait que lors de chaque raid des militaires irakiens sont tués ou blessés, et que les miliciens sont parfaitement au courant de leur présence, par exemple à al Taji, et du risque auquel ils les soumettent.

 

Il ne fait aucun doute non plus que les opérations U.S. sont coordonnées avec Tsahal, les mêmes cibles sur l’autoroute chiite, à la frontière syro-irakienne, étant visées par les deux armées de l’air de manière complémentaire : ce ne sont pas les mêmes objectifs qui sont attaqués dans le même périmètre, tous constituant des objectifs stratégiques.

 

Finalement, nous nous penchons depuis plusieurs jours sur l’influence qu’a l’épidémie de Coronavirus en Iran sur les activités de son armée, notamment en Syrie et au Liban.

 

Les chiffres des morts et des personnes infectées sont incontrôlables mais ce qui est sûr est que ceux donnés par la dictature théocratique sont absolument faux et sous-évalués. Le nombre de morts pourrait dépasser les 3 000 victimes, selon les moudjahidines Khalk [ou Organisation des Moudjahidines du Peuple Iranien (OMPI)] qui combattent les ayatollahs ainsi que d’autres associations de l’opposition civile iranienne avec lesquelles nous sommes en relation.

 

Ce qui nous apparaît certain est que l’Iran est le second pays le plus touché par la pandémie après la Chine, tant au nombre des décès qu’à celui des personnes infectées. Cette dernière estimation ne fait pas l’ombre d’un doute, tout comme le fait que la "République" Islamique d’Iran ne dispose pas des matériels et des personnels médicaux en quantité suffisante pour faire face à la maladie. L’Iran est en passe de devenir le premier foyer mondial du Coronavirus.

 

On peut simplement s’en persuader en comptant le nombre élevé de ministres et de conseillers malades, certains dans le premier cercle du "Guide suprême", à l’instar d’Ali Akbar Velayati, son principal conseiller. Velayati, pédiatre de formation, qui fut ministre des Affaires Etrangères de décembre 1981 à août 1997.

 

Nombreux sont aussi les officiers des Pasdaran et les conseillers iraniens à être atteints par la maladie. Cela met en doute non seulement leur aptitude à combattre mais aussi la menace qu’ils contaminent massivement le reste de l’Armée ainsi que les personnes qu’ils rencontrent.

 

On sait avec certitude à ce propos que des délégations iraniennes ont contagionné un grand nombre de dirigeants du Hezbollah. Les Iraniens étaient évidemment entrés au Liban sans avoir à se soumettre au moindre contrôle. Des rumeurs persistantes courent aussi à Beyrouth selon lesquelles Hassan Nasrallah, Secrétaire général du Hezb., aurait été contaminé par ces encombrants visiteurs. D’après Michaël Béhé, le chef de la Ména libanaise, ces soupçons concernant Nasrallah sont cependant invérifiables.

 

Un autre problème provient du fait que les Iraniens qui tuent des militaires américains et européens par proxys interposés sont en train de demander des milliards de dollars d’aide d’urgence à la Banque Mondiale pour combattre la pandémie et à Washington, des allégements supplémentaires dans l’application des sanctions.

 

Sur les rives du Potomac et dans le reste du monde libre on aimerait naturellement aider la population iranienne, otage des imams, sans aider à soigner ceux qui s’emploient à tuer nos soldats. Un équilibre pas forcément évident est à trouver rapidement.

 

Dans l’entre-temps on s’attend à une riposte énergique des Américains. Avec le risque, pour la junte théocratique, que Donald Trump décide de s’attaquer à des Iraniens, peut-être en Iran, pour faire cesser les agressions. Cela dépendra principalement de savoir si des boys sont morts, et combien d’entre eux sont tombés.

 

 

 
By YinonSys