Corona : la vérité sur la situation en Alsace, sans enfumage (011903/20)
jeudi, 19 mars 2020

 

Par le Dr. Olivier Katz

 

Alertés par les informations en provenance d’Alsace, nous nous sommes entretenus avec le Docteur Georges Fabrice Blum, responsable de la Cellule de crise de Mulhouse, et ses réponses claires à nos questions donnent un reflet saisissant du paysage sanitaire local.

 

La Ména : Quelle est la situation actuellement à Mulhouse ?

 

Tout l’hôpital est mobilisé, toutes les opérations de chirurgie réglée ont été annulées, et la totalité des appareils d’assistance respiratoire est utilisée pour le traitement des patients COVID-19, soit 54 respirateurs sur 54. Jusqu’à présent, 60 lits de cohorting (ang. : regroupement. Espace réservé au traitement des patients COVID-19 présentant des problèmes respiratoires ne nécessitant pas de réanimation. Ndlr.) étaient disponibles. Il a été installé, hier, 2 unités supplémentaires de 30 et 40 lits, qui sont quasiment saturées, et dans lesquelles 3 patients supplémentaires ont déjà été intubés (ndlr : Bien entendu d’autres suivront, si tant est que des machines supplémentaires soient livrées).

134 lits étaient réservés aux patients COVID-19 sans signes respiratoires, ce chiffre ayant été étendu à 200 ce jour.

 

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Le Docteur Georges Fabrice Blum, responsable de la Cellule de crise de Mulhouse

 

La Ména : De quoi l’hôpital manque le plus actuellement ?

 

De médecins et d’infirmières de réanimation essentiellement.

Les masques commandés depuis longtemps ont dû arriver aujourd’hui.

Il manque également des sacs pour recevoir les morts, 110 devant être rapidement acheminés sur place.

 

La Ména  : Quels types de patients sont hospitalisés actuellement à Mulhouse ?

 

Au début de l’épidémie, on pensait que les gens âgés allaient payer un lourd tribut au Coronavirus ; il faut reconnaitre que de plus en plus de jeunes peuplent nos services, 50% des malades ayant moins de 60 ans. La politique mise en place, du fait du nombre de respirateurs limité, fixe à 70 ans l’âge maximum d’entrée en réanimation.

1 820 patients ont été testés et 61 décès sont à déplorer.

 

 

La Ména  : Le personnel est débordé, du moins c’est ce qui ressort des blogs, cris d’alarme, témoignages et WhatsApp échangés. Qu’en est-il sur le terrain. Combien de soignants sont contaminés ?

 

Je n’ai pas le chiffre exact du personnel testé positif, mais il est conséquent évidemment, ce qui limite encore les possibilités sanitaires locales. Ce qui est sûr, c’est que les équipes sont épuisées, qu’une cellule psychologique a été mise en place, mais qu’il n’y a pas de relève possible pour l’instant.

 

La Ména  : On a beaucoup médiatisé l’apport de l’Armée française à l’hôpital de Mulhouse.

Qu’en est-il exactement ?

 

Un A 330 a transporté 6 patients sous assistance respiratoire hier pour les centres hospitaliers de Marseille et Toulon, ce qui a libéré 4 machines à Mulhouse, aussitôt réutilisées pour d’autres patients. Un hélicoptère a effectué plusieurs rotations vers les centres de Metz, Strasbourg ou Nancy. Mais ce que tout le monde attend, c’est le montage d’un hôpital militaire de campagne qui devrait devenir opérationnel d’ici le 27 mars.

 

La Ména  : Pourquoi si tard ? Pour le public, 10 jours pour monter un hôpital militaire pour 30 patients, quand les Chinois mettent une semaine pour créer de toutes pièces un hôpital de  1 000 lits, c’est étonnant ?

 

Parce-que les ordres sont arrivés tardivement, et que sans l’aide des politiques, cette éventualité n’aurait pas été envisagée.

A quelques exceptions près (1 million de masques vont être sortis de la réserve militaire), le matériel de l’Armée a vocation à y rester.

 

La Ména : En matière de santé publique, le confinement est-il respecté à Mulhouse ?

 

Globalement oui, la ville est à l’arrêt complet, dans tous les quartiers, même les plus indisciplinés habituellement.

 

La Ména : A-t-on perdu du temps dans la gestion de cette crise ?

 

Incontestablement, mais personne n’y croyait.

 

La Ména  : Comment se sont faites les coopérations avec le privé, ou transfrontalières ?

 

Le secteur privé a immédiatement été impliqué, notamment en stoppant toute intervention non urgente, ce qui a permis d’ajouter 7 médecins anesthésistes et 15 infirmiers(es) anesthésistes à l’équipe publique. Des unités de cohorting ont été positionnées dans les cliniques privées du département. En transfrontalier (ndlr. : coopération avec l’Allemagne et la Suisse), rien n’a été entrepris à ma connaissance.

 

La Ména  : Beaucoup d’histoires circulent dont l’authenticité est sujette à caution. Qu’en est-il en vérité ?

 

Les blouses à usage unique sont lavées et réutilisées : non c’est inexact.

Les médecins généralistes se plaignent d’être obligés d’aller chercher leurs masques à Mulhouse ou Colmar, et il y en a très peu : c’est malheureusement juste. Il a été distribué 17 masques par généraliste, ils vont donc travailler avec 2 masques par jour dans le meilleur des cas.

La patinoire de Mulhouse a été réquisitionnée pour servir de morgue : Fake news, la ville a prévu des camions frigorifiques pour la gestion des personnes décédées, ça c’est exact.

 

Il faut souligner l’efficacité des politiques, et en particulier du député Olivier Becht, qui, depuis le début de la pandémie a activé tous ses réseaux pour obtenir du ministère de la Santé une aide substantielle pour la ville de Mulhouse.

 

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Voilà où nous en sommes ce soir à Mulhouse, mais les problèmes ne font que commencer, la phase de pic épidémique n’étant de loin pas atteinte. Le département du Haut-Rhin va aborder la période suivante qui verra affluer des centaines de patients, avec un système de santé déjà saturé, au bord de l’explosion.

 

 

 

 
By YinonSys