Le président de la Knesset annonce sa démission (012503/20)
mercredi, 25 mars 2020

 

© Metula News Agency

 

Le Président de la Knesset, Yuli Edelstein, a démissionné mercredi matin. Il a annoncé sa décision à l’occasion d’une "communication extraordinaire" en début de séance plénière, puis a clôturé les débats, renvoyant la prochaine réunion du parlement à lundi.

 

Edelstein a préféré cette solution à celle qui consistait à présider aujourd’hui une séance qui devait se solder par l’élection de son remplaçant. Il répond ainsi à l’arrêt de la Haute Cour de Justice qui lui enjoignait d’autoriser le vote en question pas plus tard que ce mercredi.

 

Le président de la Knesset démissionnaire a subi de nombreuses et énergiques pressions contradictoires provenant de son parti, le Likoud, aussi bien que de membres d’autres formations de la coalition bibiste, le poussant à accepter ou au contraire à refuser la décision du tribunal. Comme Stéphane Juffa l’avait mentionné hier, en cas de refus de la part d’Edelstein, le pays se serait trouvé en situation de coup d’Etat institutionnel.

 

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Pendant l’annonce de la démission d’Edelstein, des centaines d’Israéliens manifestaient

devant la Knesset, brandissant des pancartes du style :

"Les corrompus, marre de vous !"

 

"La décision de la Haute Cour sape les fondements de la démocratie", a en outre déclaré Edelstein dans son discours de démission.

 

En tant qu’individu qui a payé un lourd tribut personnel, ayant été emprisonné pendant des années [en Union Soviétique Ndlr.] pour vivre dans l’Etat d'Israël, je n'ai pas besoin de m'expliquer. En tant que démocrate juif sioniste qui a combattu des régimes arriérés et en tant que président de la Knesset, j'ai décidé de ne pas permettre qu’Israël sombre dans l’anarchie.

 

Je ne participerai pas à une guerre civile et agirai selon l'héritage de David Ben Gourion. Les citoyens israéliens ont actuellement besoin d'un gouvernement d'unité. Ces jours-ci, une pandémie nous met en danger de l'extérieur, tandis que des dissensions internes nous détruisent de l'intérieur. Nous devons tous nous élever au-dessus de cela et nous unir. Par la présente, je démissionne de mon rôle de président de la Knesset".

 

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Les députés Gantz et Netanyahu visiblement enthousiasmés par

l’annonce de la démission de Yuli Edelstein

 

Gantz a réagi à la démission d’Edelstein en annonçant "qu'il terminerait d'abord les processus qu’il a engagés à la Knesset, puis qu’il se tournerait vers les tentatives visant à élargir le gouvernement".

 

Il a noté que "le Comité des Finances, des Affaires Etrangères et de la Sécurité de la Knesset avaient déjà été formés, ainsi qu’un comité chargé de régler la question du Corona et bien plus encore".

 

Il a ajouté : "Suite à la décision de la Haute Cour, nous procéderons à l’élection du président de la Knesset comme cela est de mise dans un Etat démocratique.

 

J’agirai sans crainte, les pirouettes rhétoriques, les attaques dénuées de retenue contre le tribunal, celles nous visant, mes partenaires et moi, resteront sans effet ; je commencerai par restaurer la démocratie israélienne dans son fonctionnement complet.

 

Ensuite, j'ai l'intention d’envisager toutes les manières possibles de former un gouvernement d'unité qui combattra le Corona et relèvera les défis supplémentaires auxquels nous sommes confrontés".

 

A ce propos, Yuli Edelstein a donné un dernier coup de pouce à son mentor Netanyahu en retardant la reprise des débats jusqu’à lundi, ce qui n’était absolument pas nécessaire. On se trouve cependant en présence d’un vide constitutionnel, aucun texte ne stipulant ce qu’il fallait faire en cas de démission du président de la Knesset (ce n’est jamais advenu jusqu’à maintenant).

 

Lundi, il restera à Benny Gantz quatorze jours ouvrables pour former un gouvernement, et il pourra obtenir une rallonge de quatorze jours supplémentaires auprès du Président Rivlin. Le leader de Kakhol-Lavan devra se méfier des manœuvres que ne manquera pas de tenter le bloc bibiste afin de lui compliquer le travail en l’obligeant à consommer des jours de mandat. Notamment en saisissant la Haute Cour au sujet du processus de remplacement du président de la Knesset, quelques heures seulement après que ses membres se sont élevés contre l’ingérence de la Haute Cour dans le fonctionnement de la Knesset. On dirait que ces gens essaient pas tous les moyens de mettre à jour la définition encyclopédique de l’hypocrisie.

 

L’agenda de Benny Gantz commence par l’élection d’un nouveau président. Après quelques pérégrinations et palabres, ce devrait être le député Meïr Cohen (Kakhol Lavan) qui devrait succéder à Edelstein.

 

Ensuite, la route sera libérée pour toutes les réformes que la majorité parlementaire voudrait faire passer. Elle commencera probablement par une proposition de loi déjà déposée, visant à interdire à un député sous le coup d’une procédure pénale de briguer un poste ministériel, de même, nous l’espérons, que celui de président de l’Etat.

 

La proposition de loi d’Israël Beiténou (Lieberman) prévoit aussi de limiter à deux le nombre autorisé de législatures pour un Premier ministre.

 

Comme Juffa l’a écrit dans son analyse d’hier, le train des anti-bibistes a désormais quitté la gare et rien de légal ne peut l’arrêter en chemin. A chaque arrêt, la marge de manœuvres de Gantz ira augmentant alors que celle de Netanyahu, s’amenuisant.

 

Cela renforcera la position prépondérante de Gantz dans les négociations en vue de former un gouvernement d’union. Et si les tentatives échouent, l’ancien chef d’état-major de Tsahal pourra toujours composer une coalition avec une partie des députés du Likoud. Une fois Netanyahu exclu de la course à la présidence du Conseil, il faudra bien qu’ils redéfinissent leur avenir politique.

 

 
By YinonSys