Tsahal menace nommément des généraux syriens sur un tract (022110/20)
mercredi, 21 octobre 2020

 

Métula mercredi après-midi,

 

Par Jules Mazouz

 

Suite aux frappes israéliennes d’hier soir qui ont occasionné une breaking news de notre part durant la nuit, des drones de Tsahal ont envoyé des tracts sur les positions de l’Armée régulière syrienne dans le Golan. Nous sommes parvenus à nous en procurer un exemplaire et vous en proposons la traduction et l’analyse.

 

Ce tract est destiné aux soldats et officiers des forces gouvernementales syriennes, dont certains gradés sont cités nommément, avec mention de leurs affectations :

 

tracta.jpg

Le tract envoyé cette nuit aux militaires d’al Assad

après la triple attaque de leurs positions vers 23h15

 

Traduction :

 

            Le Général divisionnaire Ali Assad, commandant de la première division

Le Général divisionnaire Akram Hwidja, commandant de la septième division

Le Général divisionnaire Moufid Hassan, commandant de la cinquième division

Le Colonel  Hocine Hemouche, commandant général de la division 90

Le Brigadier-général commandant de la division 112

Les commandants et les éléments de la première division en général

 

Cette lettre d'avertissement est destinée à l'ensemble des éléments et commandants de l'Armée syrienne et à tous ceux qui ont perdu leur chemin en quête de guerre ou d'argent,

 

les intérêts du Hezbollah et de l'Armée iranienne ne sont pas les mêmes que ceux de la première division ou de l'Etat syrien ni ceux des habitants du Djoulan [Golan] et d’Houarane

 

Tous ceux qui travaillent ou sont en contact avec le Hezbollah sont visés [par cet avertissement],

les Libanais au Liban et vous qui êtes de la chair à canon,

mieux vaut prévenir que guérir,

ce qui est à venir est plus grave encore

 

Ce message est intéressant à plusieurs titres, notamment parce qu’il sous-entend que des éléments de l’Armée syrienne perçoivent une contrepartie pécuniaire en se portant volontaires pour combattre Israël avec l’Armée iranienne et la milice libanaise du Hezbollah.

 

Pendant la période de misère actuelle occasionnée par la Guerre Civile qui dure depuis neuf ans, tout apport supplémentaire d’argent revêt un caractère essentiel pour les Syriens, y compris les militaires. Nous savons par des sources crédibles que des soldats gouvernementaux participent à des combats sur d’autre théâtres d’opérations et particulièrement en Libye.

 

Il s’agit d’une forme de mercenariat autorisé et encouragé par le pouvoir. Cela lui permet de diminuer sa masse salariale, ce qui est critique, tout en maintenant ses soldats en état de combattre. L’engagement de ces hommes se fait également en vertu des choix stratégiques du régime alaouite. Lequel peut se contenter d’un nombre inférieur de soldats après la reprise du contrôle de la plus grande partie du territoire avec l’aide de l’Armée russe. Avec les exceptions remarquables du Rojava, la partie septentrionale de la Syrie située globalement au nord de l’Euphrate, peuplée majoritairement de Kurdes, et la région d’Idlib, à l’ouest d’Alep, où l’Armée gouvernementale, soutenue par les Russes, affronte celle de la Turquie et ses propres mercenaires issus des milices islamiques et notamment de feu Al-Qaeda.

 

Le message de Tsahal à ces volontaires-mercenaires syriens est clair : ils risquent leur vie en prêtant main forte aux Iraniens et à leurs supplétifs chiites libanais, comme Israël l’a démontré quelques minutes avant l’envoi de ce tract.

 

La seconde partie de l’avertissement indique à ceux auxquels il est destiné que l’Armée israélienne connaît leur identité.

 

Quant à la troisième et conclusive partie, elle entend leur faire savoir que les opérations de Tsahal visant ceux qui collaborent avec le Hezb [et l’Iran], soit leur "chair à canon", vont aller s’intensifiant toujours davantage, et qu’ils risquent clairement leur vie s’ils persistent dans leur décision.

 

Cette pratique de la guerre psychologique est-elle efficace ?  Il est difficile de dire à quel point elle l’est, mais si j’étais l’un des officiers mentionnés sur le tract, je considérerais que je suis à moitié condamné à mort par l’armée la plus précise du moment. Qui sait où je suis, à quel moment, et ce que je fais précisément. Impossible d’imaginer que quelqu’un dans cette périlleuse situation ne regarde pas le ciel relativement souvent pour savoir si le Tamouz qui lui est destiné est déjà en train de fendre les cieux.

 

On peut aussi se poser la question de l’état d’esprit des familles de ces officiers, qui sont bien entendu au courant du contenu de ces "avertissements", et qui vivent un deuil en sursis. Et l’état d’âme des collaborateurs de ces généraux, qui savent qu’ils risquent leur vie chaque fois qu’ils se trouvent dans leur voisinage. Que ce soit dans l’appartement d’un building de Damas ou dans une tournée d’inspection au cœur du désert.

 

En fin de compte, tout le monde a peur de mourir.

 

 
By YinonSys