Le Hezbollah et les Iraniens spécifiquement visés en Syrie (010402/21)
jeudi, 04 février 2021

 

© Metula News Agency

 

Métula, jeudi après-midi

 

Michaël Béhé, Stéphane Juffa, Jules Mazouz et Yoshua Ohana ont collaboré à cette dépêche

 

La nuit dernière (mercredi à jeudi), à partir de 22h42 plusieurs raids attribués à Israël par la presse syrienne et arabe se sont déroulés dans le sud de la Syrie.

 

L’agence de propagande gouvernementale des al Assad, SANA, a émis l’hypothèse selon laquelle à la fois des missiles sol-sol tirés depuis le Golan et des sol-air, par des chasseurs-bombardiers, ont été utilisés pour mener à bien ces opérations.

 

Nos propres relevés indiquent qu’il s’agit d’une des possibilités privilégiées. Ceci dit, ce sont les mêmes missiles – des déclinaisons du Dalila – qui ont été utilisés.

 

Le gouvernement syrien, comme à son habitude, annonce avoir intercepté "la plupart" de ces missiles. C’est absolument faux, personne dans la région ne dispose de la technologie nécessaire afin d’abattre des Dalila de cette génération. D’ailleurs, tous les objectifs ont été atteints et totalement détruits.

 

Des media étrangers et même israéliens reprennent à chaque occasion ces fanfaronnades du régime alaouite syrien, tout en sachant que ce sont des informations controuvées. Nous avons une perception très différente du métier de journaliste de la leur.

 

Trois sortes de cibles ont été visées cette nuit. La première consiste en deux chargements d’armes et de munitions amenés le jour même d’Iran à Damas par les deux vieux Boeings 747 combi de la Fars Air Qeshm. On peut en distinguer un, celui immatriculé QFZ9951 sur le chemin du retour sur le relevé radar qui suit. Le second appareil apparaissant sur le relevé n’a rien à voir avec cette livraison.

 

qeshm.jpg

 

Un troisième appareil, un avion-cargo de l’Armée syrienne, a suivi le même itinéraire mais il s’est posé sur la base russe de Khmeimim, juste au sud de Lattaquié.

 

Les jumbos de Qeshm transportaient des armes et des munitions à destination du contingent iranien des Pasdaran [les Gardiens de la Révolution khomeyniste] stationnés en Syrie, ainsi que du Hezbollah libanais actif dans ce même pays.

 

Tout le monde s’attendait à une intervention du Khe’l Avir, l’Armée de l’air israélienne, contre ces cargaisons. Ce qui fait que l’Armée syrienne disposait de tout le temps nécessaire pour préparer ses batteries de missiles dans la région de sa capitale, la plus protégée de Syrie contre les raids hébreux.

 

Le fait qu’aucun de ces missiles de la DCA d’Assad n’a cependant atteint son but démontre à l’envi ce que nous énoncions précédemment.

 

Ces deux transports de la Fars Air Qeshm ont été affrétés dans des conditions un peu particulières ; en effet, le régime d’al Assad est soupçonné par Téhéran et le Hezbollah de mener un double jeu en informant les Israéliens sur le positionnement et les mouvements de leurs combattants en Syrie. Ce, dans l’intention de les voir quitter ce pays sous les frappes de précision de Tsahal.

 

mapraid.jpg

Les objectifs visés lors des raids de la nuit dernière

Service cartographique © Metula News Agency

 

Pour faire taire ces rumeurs, qui ont fait l’objet d’une très récente analyse de la Ména, "Certaines informations secouent les idées reçues", diffusée samedi dernier, la Théocratie au pouvoir à Téhéran a réclamé à Bashar al Assad d’accueillir ces deux lots d’armes à l’aéroport international de Damas. On sait que c’est l’utilisation de l’aéroport international de sa capitale et les réactions israéliennes qui s’ensuivent occasionnant des pertes et des destructions, qui indisposent le plus le dictateur-oculiste de Damas. Pourtant, il a à nouveau accepté d’accueillir ces transports, qui ont derechef été totalement oblitérés par les aviateurs hébreux.

 

Reste que les suspicions sont loin d’être levées. Le second objectif anéanti, en effet, est la base du 165ème bataillon de l’Armée gouvernementale située dans le bourg d’al Kissweh [carte], à 60km à l’est de notre rédaction de Métula, et à une dizaine de kilomètres au sud-ouest des premières constructions de la banlieue de Damas.

 

Cette base ainsi que des dizaines d’autres édifices ont déjà été visés et détruits à de multiples reprises par le Khe’l Avir. La région où se situe al Kissweh est une vraie cour des miracles, dans laquelle on trouve des positions de quasiment toutes les organisations terroristes islamiques non sunnites [pas d’al Qaëda ni d’Etat Islamique]. Cela va de centres d’entraînements du FPLP palestinien à des casernes de supplétifs chiites venant de contrées diverses et variées, en passant par des Q.G divisionnaires de l’Armée gouvernementale et des entrepôts d’armes des Pasdaran.

 

Précisément, la base du 165ème bataillon qui a été détruite hier appartenait initialement à l’Armée gouvernementale, mais elle avait été intégralement abandonnée à la Force Qods [ara. : Jérusalem] du Corps des Gardiens de la Révolution iranienne.

 

Il est probable que cette position, située dans la direction du Golan et donc de l’Etat hébreu, utilisée comme entrepôt par les Iraniens, avait déjà accueilli une partie des armes déversées le jour-même par les 747 de Qeshm.

 

SANA dit probablement la vérité (pour une fois) lorsqu’elle affirme que les raids israéliens n’ont pas fait de victimes. Quoique Michaël Béhé nous affirme, sur la foi de personnels hospitaliers syriens joints par téléphone, que quatre militaires d’Assad ont été blessés, trois légèrement et un quatrième moyennement, sans que ses jours ne soient en danger.

 

Ce qu’il convient de savoir, c’est que les gouvernementaux syriens ne produisent jamais les bilans humains des pertes touchant les Iraniens, les Libanais du Hezbollah et tous leurs supplétifs. Lorsque SANA prétend qu’une opération de Tsahal n’a pas fait de victimes, cela signifie qu’elle n’a pas causé la mort de Syriens.

 

Ce qui était vraisemblablement le cas hier. En revanche, les mêmes sources hospitalières rapportent les décès de 7 à 8 miliciens libanais et supplétifs, ainsi que d’un sous-officier des Pasdaran, de même qu’une douzaine de blessés.

 

Il est à relever que cette seconde attaque n’a pas non plus visé d’intérêt gouvernemental syrien, à l’instar de la première. Et de la… troisième.

 

La troisième s’est produite dans différents lieux jouxtant la frontière israélienne, le plus souvent dans la zone démilitarisée où la présence de l’Armée gouvernementale-alaouite est interdite par l’accord de Désengagement de 1974.

 

Elle a visé des points d’appui, des fermes isolées, des entrepôts, des postes de commandement et d’observation utilisés par le Hezbollah libanais dans cette zone située entre la ville de Hader au Nord, et le sud et l’est de la ville en ruine de Kouneitra [carte].

 

Le Hezb est le responsable des opérations anti-israéliennes dans cette zone ; il s’appuie sur les Druzes anti-israéliens de Hader, et jouit de l’encadrement militaire et du soutien logistique des Pasdaran iraniens. Cet aligot dispose de plusieurs appellations, que ce soit les Divisions du Golan, les Brigades du Dossier (sic), et elles sont interchangeables. L’essentiel est que ces intitulés regroupent les mêmes personnes, et que parmi ces personnes, il n’y a pas de militaires gouvernementaux syriens.

 

L’Armée syrienne est déployée un peu plus au Nord-Est, sur les contreforts du mont Hermon, près du bourg de Sassa, et elle n’a essuyé aucun tir de la part de Tsahal la nuit dernière.

 

Une autre particularité de l’organisme visé lors de ces raids procède de ce qu’il englobe un nombre restreint de combattants – moins de 200 -, qui agissent comme des commandos-guérilleros, ce qui est un choix juste, stratégiquement parlant, face à une armée aussi puissante que l’Armée israélienne dans la région.

 

L’objectif le plus important de ce conglomérat terroriste anéanti mercredi soir est un QG appartenant à la Brigade 90 du régime, à al Habbariyah, dans la province de Kouneitra, tout près de la limite administrative avec celle de Deraa, plus au Sud. Mais dans ce cas aussi, la position avait été confiée au Hezbollah et à ses amis, et aucun soldat d’Assad n’était présent au moment de l’attaque.

 

Les explosions ont été puissantes et nombreuses, de sorte que certaines d’entre elles ont été entendues à la rédaction de la Ména, située à 30km en moyenne des endroits ciblés sur le Golan.

 

Comme vous l’imaginez probablement avec raison, le fait objectif qu’aucun soldat gouvernemental syrien n’ait été visé lors de ces attaques n’apporte aucun apaisement dans les relations extrêmement tendues entre les alliés iraniens, syriens et la milice libanaise de Hezbollah.

 

Laquelle se montre de plus en plus nerveuse. Elle a, par exemple, tiré hier un missile sol-air au Liban en direction d’un drone-espion du Khe’l Avir. Cet appareil, nous pensons qu’il s’agit d’un Hermès 900 qui était en train d’ajouter de nouvelles positions du Hezbollah à la banque d’objectifs de Tsahal en vue d’un éventuel conflit, a poursuivi sa quête sur son itinéraire initial.

 

Toujours dans la même nuit d’hier, décidément riche en événements, l’intellectuel libanais Lokman Slim, âgé de 58 ans, a été abattu de quatre balles dans la tête et une dans le dos, alors qu’il se trouvait au volant d’une Toyota Corolla de location dans le Liban-Sud, non loin de Métula.

 

M. Slim était issu d’une grande famille chiite de la banlieue sud ; il était un opposant convaincu du Hezbollah et dénonçait régulièrement la mainmise de la milice dans ses publications et dans les media libanais. C’était un grand partisan de l’indépendance du Liban et du désarmement de la milice chiite supplétive de l’Iran. Il avait été menacé de mort à plusieurs reprises, notamment parce qu’il organisait des débats en plein cœur de la zone dominée par les Fous d’Allah ; des débats où tout pouvait être envisagé, particulièrement la paix avec l’Etat hébreu.

 

Du Liban, Michaël Béhé nous rapporte que tout le monde est persuadé que l’élimination de Lokman Slim est un assassinat perpétré par l’organisation de Hassan Nasrallah. En 2019, suite à des menaces contre sa personne, M. Slim avait déclaré : "Je fais assumer aux forces du fait accompli, représentées par Sayyed Hassan Nasrallah et le Président [de la chambre des députés, l’assemblée nationale libanaise] Nabih Berry, l'entière responsabilité de ce qui pourrait m'arriver et je me place, ainsi que ma famille et mon domicile, sous la protection de l'Armée libanaise".

 

Mal lui en a pris. Alors que la totalité de la classe politique libanaise dénonçait à l’unisson ce crime odieux, le fils du secrétaire général du Hezbollah, Jawad Nasrallah, affirmait sur son compte Twitter : "Ce qui constitue une perte pour certains est un gain pour d’autres et une bénédiction inattendue".

 

La situation est calme dans le Doigt de la Galilée en cette fin d’après-midi, ainsi que sur les hauteurs du Golan. Mais la tension, notamment avec la Théocratie persane et entre cette dernière et la présidence syrienne est clairement perceptible. Dans le pays au cèdre, le Hezbollah semble être en train de perdre la tête et de s’exposer à des ripostes de toutes parts.

 

 
By YinonSys