A propos de propriété intellectuelle (010802/21)
lundi, 08 février 2021

 

Par Patricia La Mosca

 

Le 12 décembre dernier, notre camarade de la Ména, l’analyste stratégique Jean Tsadik, publiait un article intitulé "La défense d’Israël selon Kokhavi"1. Il s’agissait d’un recensement du bilan des activités de Tsahal qu’avait dressé quelques jours auparavant son chef d’état-major, le Général Aviv Kokhavi, à l’occasion d’une conférence de presse.

 

Le texte de Jean Tsadik était "actif", dans le sens où il ne se contentait pas de rapporter les propos du général, mais il les complétait par les informations collectées par notre agence de presse au sujet des activités de l’Armée israélienne ainsi que par des explications personnelles.

 

Comme à son habitude, la démonstration de Jean Tsadik était limpide et provoquait l’enthousiasme des lecteurs intéressés par les questions de stratégie en général, et, en particulier, par celles attenantes aux conflits du Moyen-Orient.

 

En fait, l’intérêt suscité par l’analyse de notre camarade ne s’arrêta pas aux lecteurs et abonnés de notre agence. L’un de ceux-ci s’adressa à la rédaction de Métula afin de nous signaler qu’un "media chrétien", selon sa propre définition, Dreuz.info, de surplus "américain et francophone, conservateur et pro-israélien qui traite de géopolitique" s’était approprié l’article de la Ména et le diffusait sur son site - https://www.dreuz.info/2020/12/15/en-syrie-israel-a-reduit-les-forces-iraniennes-en-bouillie-elles-battent-en-retraite/ - mais sous la signature de l’un de ses auteurs, un certain Manuel Gomez.

 

Il y figure depuis le 15 décembre 2020 et s’y trouve toujours au moment où je rédige ce compte-rendu.

 

Ce Manuel Gomez s’est contenté de copier l’essentiel de l’article de Jean Tsadik, oscillant entre le simple copier-coller et la paraphrase. Un peu naïvement Dreuz a sans doute pensé qu’en modifiant parfois un ou deux mots dans une phrase il parviendrait à se soustraire aux lois protégeant les droits d’auteur.

 

Car nous ne sommes jamais en présence d’une authentique tentative de réécriture, mais uniquement de ce que je viens de décrire : des modifications à l’économie touchant l’ordre des mots, la conjugaison d’un verbe et l’introduction de quelques synonymes.

 

Voici tout de suite un exemple de ce que j’expose, tout d’abord la version originale de la Ména : "le Khe’l Avir [l’Aviation israélienne] détruit systématiquement les batteries de missiles antimissiles et antiaériens depuis lesquelles l’Armée gouvernementale syrienne tente d’intercepter des chasseurs-bombardiers frappés de l’étoile de David. Depuis le début de la Guerre Civile Syrienne, un seul appareil israélien – un F-16 – a été abattu suite à une erreur du pilote (…)".

 

Ensuite celle de Dreuz : "L’aviation israélienne a détruit systématiquement les batteries de missiles antimissiles et antiaériennes avec lesquelles l’armée gouvernementale syrienne tentait d’intercepter les chasseurs-bombardiers israéliens. Depuis le début de la guerre, un seul appareil israélien, un F16, a été abattu, suite à une erreur du pilote".

 

La seconde phrase, celle concernant le F-16 abattu, est du copier-coller. La totalité de l’ "article de Manuel Gomez" est exactement de la même veine.

 

De plus, le texte de Dreuz suit précisément le même ordre que l’original, et reprend les mêmes évaluations que celles qui n’avaient préalablement été publiées que sur la Ména, genre "A la Ména, en 2020, nous avons relevé et commenté des frappes sur plus ou moins 215 objectifs en Syrie, Iran, Irak, Gaza et au Liban. ".

 

Ce qui n’a nullement empêché les faussaires d’écrire à leur tour : "Environ 215 frappes ont atteint leurs objectifs depuis le début de 2020 (…)".

 

Nooon, M. Gomez, vous avez beau enlever le nom de la Ména et brasser l’ordre des mots dans tous les sens, ces "frappes sur 215 objectifs" correspondent au nombre d’opérations relevées et commentées par notre agence uniquement dans ses articles, et par personne d’autre dans l’immensité de l’univers…

 

De toutes façons, il est superflu d’argumenter relativement au plagiat, car, d’une part un des Internautes pas totalement dupe de la malversation a publié le commentaire suivant dans les réponses à l’article :

 

nitotz.jpg

 

Et que d’autre part Dreuz a acquiescé :

 

rep_dreuz.jpg

 

Petites remarques de ma part : Dreuz ment : personne à la Ména n’a été informé de quoi que ce soit. Deuxièmement, il ne suffit évidemment pas d’informer le dépositaire d’un droit d’auteur pour le détrousser de son œuvre, il est également nécessaire d’obtenir son autorisation pour reproduire son texte. Troisièmement, même si le détenteur du droit d’auteur autorisait une autre personne à diffuser son bien – ce qui n’est absolument pas le cas je le rappelle - , cela ne lui octroierait par la licence pour modifier son article et pour le… signer.

 

Le quatrième point est presque drôle : Jean Tsadik n’existerait pas. Dreuz a donc volé quelqu’un qui n’existe pas. Serait-ce la justification de ce délit ? Je le trouve sacrément performant pour un fantôme, et Dreuz sans doute aussi, pour dérober l’œuvre d’un spectre. C’est le genre d’argument assez compliqué qu’il est difficile d’expliquer à un juge, M. Dreuz

 

Parce que, blague à part, le Code français de la propriété intellectuelle ne plaisante pas avec ce genre de délits. Particulièrement en son chapitre V : Dispositions pénales caractérisées dans les articles L-335. Par exemple le L335-4-4, modifié le 24 juillet 2019, qui prévoit, entre autres :

 

"Est punie de trois ans d'emprisonnement et de 300 000 euros d'amende toute fixation, reproduction, communication ou mise à disposition du public, à titre onéreux ou gratuit, (…) d'une publication de presse, réalisée sans l'autorisation, lorsqu'elle est exigée (…) de l'éditeur de presse ou de l'agence de presse.".

 

Petite gâterie supplémentaire pour M. Dreuz, dans la même modification de 2019, puisque l’extrait du dialogue que je viens de publier démontre à force de droit que vous étiez au courant de l’ "emprunt" effectué par votre "auteur", Manuel Gomez, puisque c’est vous qui vous êtes chargé d’en "informer" l’auteur authentique (de l’article). Cela démontrant à tout le moins que vous étiez au courant du fait que M. Gomez n’est pas l’auteur de l’article, et que vous avez cependant pris la décision téméraire de publier son plagiat :

 

"Lorsque les délits prévus au présent article ont été commis en bande organisée, les peines sont portées à sept ans d'emprisonnement et à 750 000 euros d'amende".

 

Sept ans…

 

Parlant de mise à disposition du public, voici ce que comporte l’article signé Gomez en insert et diffusé par Dreuz-info :

 

reproduction_autorise.jpg

 

J’ignore si l’autre mention possède ou non un caractère dolosif, mais je distingue péniblement en quoi l’analyse de Jean Tsadik peut contribuer à la lutte contre la censure de "la gauche", et en quoi la faire circuler constitue un acte de résistance.

 

Un autre encartage dans le texte de notre camarade m’a interpelée, je le concède :

 

indpendant.jpg

 

Jusqu’à lire cela, j’étais convaincue que l’adjectif indépendant signifiait "Qui n'est en aucune façon lié à autre chose, qui est sans rapport avec autre chose : Ces deux phénomènes sont indépendants (l'un de l'autre)". J’ai puisé la définition dans le Larousse aussi.

 

Quant à savoir en quoi le fait de s’accaparer l’article d’un rédacteur de la Ména procède du "journalisme indépendant", il doit s’agir d’un dreuzisme ? Quant à demander de l’argent en exhibant une analyse que l’on a volée, c’est un acte que personnellement je ne commettrais pas.

 

Nous avons bien entendu effectué des copies d’écran de tout ce qui concerne le délit dont nous sommes les victimes. Je ne suis pas avocate et il ne s’agit pas d’une plainte pénale, simplement d’un article d’information, je ne m’exprime pas au nom de la Ména mais en celui de l’une de ses journalistes, et sous les plus strictes réserves légales.

 

Une plainte est envisagée, car notre agence de presse est connue pour défendre ses droits et l’intégrité de ses rédacteurs. Nous travaillons dur et nous ne permettons à personne de nous priver des fruits de notre labeur. Le droit de publier nos articles ne se vole pas, il s’achète.

 

Ceux qui ont volé cet article n’ont pas ajouté ne serait-ce qu’une ligne ou une idée au texte original de Jean Tsadik. Mis à part le titre de l’article qu’ils ont dénaturé, remplaçant "La défense d’Israël selon Kokhavi", par "En Syrie, Israël a réduit les forces iraniennes en bouillie. Elles battent en retraite".

 

Ce titre tapageur ne reflète pas l’intention de son auteur authentique. Pire que cela, il dénature la vérité : les forces iraniennes en Syrie ont certes connus des revers, mais elles ne sont pas "en bouillie". Modifier l’intention d’un journaliste à son insu et contre son intention doit aussi être quelque part réprimé par la loi.

 

Et recopier un texte en accompagnant son méfait d’une tentative grossière de masquer son geste est une démarche détestable. Apposer son nom à la place de celui qui a réellement rédigé l’article, ce n’est plus uniquement le plagier, c’est le priver de son œuvre. C’est de l’accaparement.

 

En autoriser la reproduction, à la condition expresse que l’on mentionne les noms des faussaires, c’est du banditisme.

 

Demander qu’on le diffuse largement en prétextant que l’on défendrait ce faisant l’indépendance du journalisme et que l’on participerait de la sorte à un combat politique, cela donne envie de rendre.

 

Demander du pognon pour un travail que l’on a pris à un autre, c’est du recel. Le "fait de détenir, de dissimuler, de transmettre ou de servir d'intermédiaire pour transmettre une chose que l'on sait volée" (Larousse).

 

D’ailleurs, plusieurs sites ont marché et ont reproduit l’article massacré de Jean Tsadik. Il s’agit notamment d’Europe-Israël news, de Desinfos.com, et de Microsoft et son site MSN actualité. Certains d’entre eux n’apprécieront certainement pas d’avoir été floués.

 

Je n’ai jamais eu vent d’un cas aussi flagrant d’atteinte à la propriété intellectuelle dans le domaine du journalisme, avec presque toutes les circonstances aggravantes. Si les individus responsables de ce vol n’étaient pas confondus, ce serait à désespérer de la justice. Ils font partie de ces gens qui se croient tout permis dès qu’ils se trouvent derrière un ordinateur. Et ou de ceux dont les méthodes brutales rappellent des époques que l’on croyait révolues.

 

 

 

Note :

 

1On peut trouver l’original de l’article de Jean Tsadik "La défense d’Israël selon Kokhavi", notamment pour le comparer avec le plagiat, sur la page FB de la Ména - https://www.facebook.com/menapress - ou sur le site de notre agence www.menapress.org en faisant dérouler les articles. La lecture de l’entièreté de l’article est toutefois réservée aux abonnés de la Metula News Agency (Ména).

 

 
By YinonSys