On a perdu le Rostov-sur-le-Don (012003/21)
samedi, 20 mars 2021

 

Stéphane Juffa et Jules Mazouz ont participé à la rédaction de cet article

 

Métula, samedi soir.

 

Les avions de surveillance anti-sous-marins Boeing P-8 Poseidon et les autres systèmes U.S. et de l’OTAN de suivi des déplacements des sous-marins potentiellement hostiles ont perdu la trace du submersible d’attaque furtif russe Rostov-sur-le-Don.

 

La localisation du sous-marin russe a été perdue il y a quelques jours alors qu’il se trouvait précisément dans la zone de la frontière maritime entre le Liban-Sud et l’Etat d’Israël.

 

La Royal Navy britannique avait la charge de suivre le Rostov alors qu'il naviguait vers le Sud et pénétrait dans la Méditerranée.

 

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Le Rostov-sur-le-Don en train de traverser le détroit du Bosphore en décembre 2015

 

Il avait dépassé Gibraltar il y a un mois environ, et dès lors il appartenait à la Sixième flotte américaine basée à Naples de prendre le relais en vue de sa localisation permanente.

 

Les deux grands blocs sont équipés afin de suivre les submersibles du camp adverse ainsi que des pays problématiques tels la Turquie, la Corée du Nord et l’Iran dès qu’ils quittent les ports.

 

Pour les plus sophistiqués d’entre eux, il est difficile de retrouver leur trace une fois qu’on la perd en pleine mer. C’est également dangereux, car cela met en péril vos propres bâtiments ainsi que vos territoires terrestres.

 

C’est pour ces raisons que les marines américaine et israélienne le recherchent activement au large des côtes de l’Etat hébreu depuis jeudi dernier.

 

L’US Navy a engagé dans cette traque des P-8 Poseidon, des avions de lutte anti-sous-marins hypersophistiqués, utilisant principalement le radar de surveillance maritime AN/APY-10 produit par la société américaine Raytheon.

 

Le P-8, qui est un dérivé du Boeing 737, emporte deux pilotes et sept opérateurs.

 

On envisage également l’hypothèse selon laquelle le submersible russe aurait été victime d’une avarie et serait possiblement perdu.

 

Réagissant à cette éventualité, la Russie a fuité une information affirmant que "le sous-marin d'attaque diesel-électrique Rostov-sur-le-Don qui a disparu des écrans radar de l'OTAN la semaine dernière reste en contact avec le commandement et transmet des informations".

 

Peu avant cela, le Vice-amiral Igor Osipov, commandant de la flotte russe de la mer Noire, avait confirmé que les six sous-marins de la flotte étaient en service actif en mer. Osipov a naturellement refusé de communiquer leurs zones d’activité.

 

Ce qui tend à indiquer que le Rostov n’a pas été perdu mais qu’il a effectivement réussi à tromper la vigilance des forces de l’OTAN est que, pendant que l’on recherche le sous-marin, les communications avec les appareils britanniques basés sur l’île de Chypre ont été brouillées. Or la Russie est le seul pays "hostile" de la région à posséder les capacités de brouillage de ce type.

 

Le Rostov-sur-le-Don est un sous-marin à propulsion hybride, diesel-électrique. Il appartient à la seconde déclinaison de la classe Kilo, également identifiée comme les navires du Projet 636 ou Projet 636 Varshavyanka. Ces submersibles sont considérés comme faisant partie des plus silencieux en activité. Ce qui est très important, car le bruit émis en plongée est un élément essentiel permettant de repérer ces bâtiments.

 

Comme l’a dit le Vice-amiral Osipov, la Russie dispose de six sous-marins issus du Projet 636. Moscou a également vendu ces armes à l’export, à la Chine, l’Algérie et le Vietnam. Mais nous avons des raisons de penser que les bâtiments livrés à ces pays sont moins performants que ceux dont dispose la flotte russe.

 

Les Projet 636 comptent 12 officiers et 41 hommes d’équipage, ils mesurent 74 mètres de long.

 

L’armement du Rostov comporte dix-huit torpilles et huit missiles SAM (antiaériens), ainsi que des missiles de croisière d'attaque terrestre et antinavires Kalibr.

 

Les marins russes ont acquis une grande dextérité pour exploiter au mieux les qualités furtives des Projet 636. Ils sont ainsi capables de se dissimuler à quelques mètres sous la coque d’un navire marchand en pleine navigation, n’offrant de la sorte que l’écho radar d’un seul bâtiment.

 

Selon un ex-sous-marinier israélien cependant, ce genre d’astuce n’est valable que lorsqu’un submersible n’est pas spécifiquement recherché comme c’est le cas actuellement. Au vu du matériel présentement impliqué par les Américains et les Israéliens dans leur traque, en se focalisant sur chaque navire opérant sur la zone de recherche, le submersible russe n’a aucune chance d’échapper à terme à ses poursuivants en opérant ce genre de stratagèmes.

 

Les Projet 636 sont le pendant russe des sous-marins germano-israéliens de la classe Dolphin 1 et 2, dont cinq unités sont en service actif au sein du Khe’l ha-Yam (la marine de guerre israélienne) et trois autres sont en commande.

 

Les Dolphin 2 mesurent 67 mètres. Ils se distinguent des Kilo 2 par les très grands tubes lance-torpilles de 650mm. Ceux-ci peuvent être utilisés pour la pose de mines, le lancement de gros missiles de croisière ou de véhicules de transport pour des nageurs de combat. En plus de ces équipements et des torpilles standards, il est généralement admis que les Dolphin sont capables de lancer des missiles de croisière Popeye Turbo de fabrication israélienne à armement nucléaire.

 

Il s’agit de missiles d’une portée de 1 500 à 2 000km que l’on soupçonne à l’international d’être équipés d'une ogive nucléaire de 200 kilotonnes contenant environ 6 kilogrammes de plutonium. Ce sont ces sous-marins et ces équipements qui confèrent à Israël la capacité de seconde frappe nucléaire afin de dissuader tout ennemi potentiel de tenter de nous faire disparaître de la carte du monde.

 

A titre de comparaison, Fat Man [ang. : gros homme] la bombe atomique au plutonium larguée sur Nagasaki le 9 août 1945 et qui avait fait plus de 70 000 morts, était d’une puissance de 21 kilotonnes.

 

 
By YinonSys