Ils ne comprennent pas : ces élections ont tout changé.. (012703/21)
samedi, 27 mars 2021

 

Par Stéphane Juffa

 

En Israël les urnes ont rendu leur verdict, et contrairement à ce que la plupart des commentateurs racontent, il est sans appel. A leur corps défendant, il faut admettre que tous les journalistes qui couvrent ces élections sont exténués, nous y compris.

 

Avant d’expliquer pourquoi le résultat de cette consultation est sans appel, il faut en rappeler l’enjeu : pour la quatrième fois consécutive, la décision d’envoyer les Israéliens voter appartenait exclusivement au Premier ministre par intérim Binyamin Netanyahu. Personne d’autre dans le landernau politique local n’a souhaité ou œuvré en faveur de ce scrutin.

 

Lequel ne présentait aucun enjeu politique, au point qu’aucun parti n’a émis de projet de gouvernance.

 

Le pensionnaire de la rue Balfour à Jérusalem ne poursuivait qu’un seul et unique objectif : obtenir une majorité parlementaire d’au moins 61 sièges afin de faire adopter par la Knesset une loi lui assurant l’immunité juridique. Pour éviter les procès actuellement diligentés contre sa personne et d’autres qui pourraient suivre, et annuler le risque très présent d’avoir à passer plusieurs années en prison.

 

Or comme on peut le constater sur le tableau ci-dessous, le bloc bibiste obtient, après le comptage définitif de tous les bulletins, - les réguliers et les enveloppes spéciales -, 52 sièges sur les 120 que compte la Knesset.

 

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M. Netanyahu peut caresser l’espoir de voir le parti Yamina [héb. : la droite] de Naftali Bennett, qui n’a recueilli que 7 mandats, se joindre à sa coalition en échange d’un accord d’alternance au poste de chef de l’exécutif. Mais, même dans ce cas, il lui manquerait deux sièges pour atteindre la majorité et former un nouveau gouvernement.

 

Pour y parvenir, il lui faudrait à la fois l’apport de Bennett et celui de la Liste Arabe Unie islamiste de Mansour Abbas, qui disposera de 4 députés dans la prochaine Knesset.

 

Or l’éventualité d’un ralliement d’Abbas est pratiquement impossible. Si cela dépendait de la seule volonté du Premier ministre aux abois, cela ne présenterait aucun problème, l’intéressé l’a rappelé, mais d’autres, incontournables, ne l’envisagent pas.

 

A commencer par la direction de la Liste Arabe Unie, pour laquelle une participation à la coalition dans laquelle siègeraient les "Sionistes" religieux d’Itamar Ben Gvir impliquerait un suicide politique définitif au sein de la communauté arabe israélienne. Ce dernier, qui briguerait un portefeuille ministériel dans un hypothétique gouvernement Netanyahu, se trouve à la tête d’un mouvement kahaniste ouvertement raciste, dont l’un des chevaux de bataille est l’expulsion des Arabes israéliens hostiles à l’Etat d’Israël. Une définition qui convient parfaitement à la formation de Mansour Abbas.

 

Pour ajouter à l’impossibilité d’admettre la Liste Arabe Unie dans le bloc bibiste et donc de le rendre majoritaire, il suffit de mentionner que Ben Gvir et Bezalel Smotrich de Yamina ont déclaré, après la publication des résultats, qu’ils ne participeraient jamais à une coalition qui inclurait le parti de Mansour Abbas ou dont la majorité dépendrait de son bon vouloir.

 

Voici qui semble mettre un terme à la possibilité de Binyamin Netanyahu de former une coalition gouvernementale, et, à notre avis, qui le forcera à prendre sa retraite politique et lui indiquera le chemin qui mène à la prison de Maasiyahu Prison près de la cité de Ramla.

 

Pour le moment, le Premier ministre se mure dans le silence à la recherche d’une très hypothétique solution magique. Il a, par exemple, proposé à Guidon Saar - le sécessionniste du Likoud qui a fondé le parti du Nouvel Espoir et qui a été suivi par tous les barons du courant traditionnel – une alternance à la tête de l’Etat au bout d’un an.

 

Proposer le trône de chef de l’exécutif à un adversaire honni n’ayant totalisé que 6 mandats mardi, voilà qui illustre mieux que n’importe quelle autre démonstration la détresse abyssale dans laquelle se trouve Netanyahu.

 

Ce d’autant plus que Saar a immédiatement rejeté la proposition. A la fois pour des motifs idéologiques – il a spécifiquement quitté le Likoud pour mettre fin à l’ère Netanyahu -, et en songeant au sort de l’accord d’alternance que Netanyahu a signé l’an dernier avec Benny Gantz, et dont il n’a pas respecté le moindre paragraphe.

 

En plus d’approcher les chefs des autres partis et de leur faire miroiter monts et merveilles, le triple accusé au pénal tente aussi de débaucher des membres du bloc adverse. Il a également établi une cellule confiée à son affidé Natan Eshel, qui s’efforce de lancer des fake news afin de semer la zizanie chez les anti-bibistes, naturellement occupés à se consulter pour mettre sur pied une stratégie commune.

 

Plus tôt ce vendredi, l’une de ces fausses nouvelles s’était mise à courir, annonçant qu’Ahmed Tibi, de la Liste (arabe) conjointe, était en train de négocier avec Netanyahu son ralliement à sa coalition.

 

Il en faudra cependant beaucoup plus cette fois-ci pour détourner l’attention des opposants au bibisme, désormais habitués à toutes les acrobaties et à tous les coups fourrés dont est capable Abou Yaïr [ara. : le père de Yaïr, c’est ainsi que Netanyahu s’est fait appeler dans la communauté arabe-israélienne].

 

L’enseignement simple et clair que l’on peur tirer de ce qui précède est que, s’il est pour le moment impossible de savoir s’il y a des vainqueurs à ces élections, il est en revanche assez tôt pour conclure qu’il y a un perdant, et que c’est Binyamin Netanyahu.

 

Immédiatement après la fête de Pâque qui débute samedi soir, c’est-à-dire le 5 avril, commencera au tribunal de district de Jérusalem l’audition des témoins dans l’un des procès au pénal instruits contre le Premier ministre. Ces témoignages se succèderont des mois durant à raison de trois journées de travail par semaine. Et à partir de maintenant, l’accusé n’a plus en main la moindre carte qui lui permettrait de retarder voire d’annuler ces procédures.

 

Le même jour, les nouveaux députés prêteront serment à la Knesset. Au sein du bloc anti-bibiste, c’est Avigdor Lieberman, le leader d’Yisrael Beiteinu, qui a pris les devants et qui prépare une offensive parlementaire contre Netanyahu.

 

Celle-ci est basée sur le principe suivant : il n’est pas certain du tout que les 7 formations du bloc parviennent à s’entendre entre elles et ensuite avec Bennett ou Abbas pour former une coalition de gouvernance.

 

En revanche, il est bien plus aisé qu’elles s’entendent pour faire adopter des dispositions décisives en vue de couper l’herbe sous les pieds du pensionnaire de la rue Balfour. Car, en définitive, c’est leur objectif commun : se débarrasser et débarrasser Israël de sa mainmise.

 

Pour y parvenir, le plan consiste en trois mouvements initiaux rendus possibles par la majorité numérique anti-Bibi qui siègera dans la XXIVème Knesset :

 

Premièrement, il s’agira de voter le remplacement du Président du Parlement, Yariv Levin, un séide de Netanyahu, qui détient d’incontournables prérogatives dans l’agencement des débats à la chambre. En vue des échéances cardinales qui attendent les députés jusqu’à la moitié de l’été, il importe de le remplacer par quelqu’un appartenant à la nouvelle majorité parlementaire.

 

Yariv Levin pourrait refuser de convoquer une séance pleinière pour voter son évincement, auquel cas la Cour Suprême serait saisie afin de l’obliger à organiser ce vote. Levin pourrait à nouveau, comme l’avait fait son prédécesseur bibiste Yuli-Yoel Edelstein, passer outre l’injonction de la Justice israélienne, donnant ainsi lieu à une nouvelle grave crise institutionnelle.

 

Reste qu’au bout de ces péripéties, comme dans le cas précédent, le président de la Knesset n’aurait pas d’autre alternative que celle de se plier à la décision du pouvoir judiciaire.

 

La seconde initiative en préparation chez Yvette Lieberman consiste à répartir la présidence des commissions entre les co-vainqueurs du scrutin de mardi. La présidence desdites commissions possède un impact prépondérant sur le travail du parlement et les décisions qui y sont prises.

 

La troisième démarche, la plus significative et de loin, sera de faire voter une loi interdisant à un inculpé au pénal d’occuper la fonction de Premier ministre. L’objectif de cette opération visera à exclure Binyamin Netanyahu du jeu politique, au moins pendant la législature de la XXIVème Knesset.

 

De l’avis de tous les observateurs, cette exclusion permettrait au Likoud de se choisir un candidat de remplacement et de dissoudre quasi-instantanément le blocage actuel. Car les spécialistes s’accordent pour convenir que la crise ne découle pas de l’incompatibilité des partis à s’entendre, les divisions idéologiques entre les partis mainstream étant superficielles, mais des désaccords fondamentaux autour de la personne de M. Netanyahu.

 

Une fois ces modifications acquises, les 7 partis du bloc anti-bibiste concentreraient leurs efforts afin de tenter de former sereinement une majorité de gouvernement, possiblement avec les deux formations indécises, mais aussi avec des mouvements ou des députés appartenant pour le moment au bloc adverse. En cas de retrait forcé de Netanyahu, en effet, les alliances seraient dissoutes et l’intérêt naturel des politiciens de participer à la direction du pays ravivé.

 

Il se peut cependant que ces tentatives n’aboutissent pas et que l’actuel Premier ministre parvienne à se maintenir dans l’équation politique. Dans ce cas, il se passerait des choses intéressantes. Ceux qui se lamentent en Israël, et ils sont légions, sur l’éventualité d’une cinquième élection de rang ne saisissent pas que ce serait la dernière ! Car les conditions de leur tenue seraient différentes de toutes celles qui ont prédominé lors des quatre scrutins précédents.

 

Par le fait, d’abord, que si les candidats pressentis par le Président Rivlin ne parviennent pas à former une coalition, ce qui pourrait durer jusqu’à la mi-juin, c’est le tandem actuel, issu de l’accord du printemps dernier, qui expédierait les affaires courantes. Et ce tandem, rappelons-le, est formé à parité entre des ministres de Kakhol-Lavan et du bloc bibiste. Et toutes les décisions, pour être exécutoires, doivent recueillir les signatures conjointes de Binyamin Netanyahu et de Benny Gantz. Et rien ne pourrait être modifié jusqu’aux prochaines élections, qui se tiendraient entre la fin août et le mois d’octobre, soit dans les trois mois suivant l’incapacité pour un membre de la Knesset de former un gouvernement, après les tentatives également infructueuses des candidats désignés par le Président Rivlin.

 

A une exception près, mais elle est de taille ! A partir du mois d’octobre de cette année, c’est Benny Gantz qui, selon l’accord de gouvernance alternée cosignée par Netanyahu – et qu’il n’a strictement jamais eu l’intention de respecter, c’est ce qui l’a conduit à provoquer les élections de la semaine qui s’achève - sera Premier ministre. Et si les cinquièmes élections en vue de l’immunisation juridique de Netanyahu se soldaient également par un match nul, Gantz le resterait.

 

Cela donne des idées à bien des députés du Likoud, sur fond de grogne profonde, contre leur leader. Jusqu’à maintenant, ils ne décidaient strictement de rien, mais le deal proposé par Netanyahu était : Vous vous taisez, vous faites ce que je vous dis de faire, et je vous amène les sièges de députés et les portefeuilles ministériels !".

 

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Bibi c’est fini..

 

Sauf que cette fois, la récolte est maigre. Le Likoud perd 7 mandats relativement à la consultation du 2 mars 2020, ce qui signifie que 7 députés rentrent chez eux, et que les portefeuilles ministériels paraissent également perdus. Le parti a égaré près de 300 000 voix entre les élections de 2020 et celles-ci. Tout le monde accuse tout le monde d’être responsable de ce revers, le plus grand accusateur étant évidemment Netanyahu.

 

Tout le monde likoudien, - et c’est bien pire pour le guide suprême -, comprend que s’il y a un cinquième scrutin, la moisson sera plus mauvaise encore. Parce que ce printemps, on avait l’argument de la vaccination, rien de moins que la victoire sur le Corona.. On avait les photos du premier restaurant qui rouvrait, du premier café qui, en présence fortement médiatisée du Premier ministre, accueillait à nouveau des clients.

 

On avait les images de la signature des traités de paix avec les pays arabes. Maintenant, les membres du Likoud et les Israéliens ne savent pas encore que les relations avec la Jordanie, par la seule faute du père de Yaïr, sont en train de se détériorer rapidement. De même que celles avec les Emirats Arabes Unis, qui ont interrompu les vols entre les deux pays.

 

L’idée dont je parlais quatre paragraphes plus haut, c’est de nommer Benny Gantz Premier ministre dès à présent. On le disait politiquement mort, mais Kakhol-Lavan, son parti, qui, selon les instituts de sondages n’était pas censé dépasser le quorum, a obtenu un résultat surprenant : 8 sièges !

 

Gantz possède un avantage sur le leader officieux du bloc anti-bibiste, Yaïr Lapid : il est largement plus consensuel et pas considéré comme une personnalité de gauche, à l’instar de Lapid. Même si cela est totalement infondé concernant Lapid. Mais Gantz passe bien auprès de Naftali Bennett, et même des partis orthodoxes. C’est un personnage peu polémique qui inspire la confiance et qui pourrait jouer le rôle du joker dans la politique israélienne, tant le microcosme concerné en a marre des frasques de Netanyahu et n’est absolument pas tenté par de nouvelles élections sans fondement politique.

 

Bibi or not Bibi, it cannot be indefinitely the question!

 

On est seul lorsque l’on se drogue, lorsque l’on meurt et lorsque l’on est envoyé en prison. Les colistiers du Premier ministre par intérim ont fait bloc autour de lui pendant trois ans, avalant des couleuvres par conteneurs entiers. Mais toutes les lubies, les alliances contre nature – le Likoud est un parti laïc et modéré par essence, les associations avec les partis orthodoxes et les malades mentaux de l’extrême-droite israélienne ne sont pas du goût des cadres du parti. Et le bloc bibiste ne compte que cela, alors qu’il n’y a que des partis laïcs dans le bloc adverse – et l’agression permanente contre les institutions et les édiles du pays exaspèrent. Surtout quand on perd, c’est terriblement humain.

 

Pour Netanyahu, cela sent la fin de parcours, et ce n’est plus une prévision mais une observation. Cela peut même aller très vite.

 

Lui-même est au bout du rouleau, et on le serait pour moins que ça. L’énergie qu’il a déployée à 71 ans grâce à son instinct de survie est monumentale, mais sur les images préfigurant le doute de la défaite, il avait l’air exténué. Je parie qu’il n’a plus aucune envie d’être Premier ministre. Si on pouvait lui garantir qu’il ne serait pas poursuivi en échange de sa démission, il accepterait tout de suite. Mais on ne le peut pas. On pourrait, à la rigueur, négocier une peine symbolique avec sursis dans les trois affaires jugées actuellement, mais personne ne peut s’engager à ce qu’il ne soit pas poursuivi dans l’affaire de la vente des sous-marins stratégiques à l’Egypte islamique de Mohamed Morsi. Il n’existe pas d’innocentement a priori dans des procès qui ne sont pas encore ouverts.

 

Parce qu’Israël n’est pas une république bananière. Parce que des gens comme moi ne vont pas laisser tomber une suspicion de haute-trahison. Jamais. Nous sommes la voix des soldats qui veillent cette nuit par zéro degrés sur le mont Hermon, c’est pour eux que nous poursuivons sans cesse la justice. Pas celle des rabbins de Shas ou des soi-disant "sionistes" religieux. Du racisme, du repli sur nous-mêmes et de l’adoration des idoles qui n’en valent pas la peine. Nous sommes la voix des pilotes de F-35 qui survolent l’Iran en ce moment-même, des agents qui participent à un banquet à Damas dans les arcanes du pouvoir alaouite. Ce sont eux nos héros, et personne d’autre. Notre motivation. De l’affaire Mohamed Dura à celle des Dolphin, c’est le même combat pour la vérité que nous menons. Pour la jeunesse de ce pays, pour l’Etat de droit irréprochable que nous lui devons, pour les valeurs de la lumière et de la transparence, et contre, oui contre celles de l’obscurantisme, de la combine et de l’aliénation. 

 

Ceux qui affirment que les élections de cette semaine se sont terminées en queue de poisson aboutissant à un nouveau score paritaire ne savent pas de quoi ils parlent. C’est douze ans d’un régime sans partage qui ne nous ressemblait pas et qui nous collait aux basques comme un vieux chewing-gum qui se termine sous nos yeux.

 

Nous avons évité la tentation d’une dictature à la Poutine-Erdogan. Nous avons sauvé notre appareil judiciaire et particulièrement notre chère Cour Suprême. Nous avons empêché que nos tribunaux soient remplacés par des cours halakhiques. Nous avons sauvegardé notre mode et notre douceur de vie et la prépondérance de la laïcité sur lequel notre Etat est fondé. Nous avons fait front contre la corruption et nous avons montré que nous ne sommes surtout pas neutres. Que nos grands-pères ne se sont pas révoltés contre deux mille ans d’apatridie en vain, et que nos pères n’ont pas fait la guerre pour rien. Nous nous sommes levés derrière des drapeaux noirs et le poing levé, pour montrer que nous ne sommes pas des Juifs errants auto-condamnés à attendre en victimes expiatoires, en brûlant le drapeau d’Israël et en dansant sur la sonnerie du souvenir de nos morts, un très hypothétique messie sans prétendre à la propriété sur notre terre.

 

Ceux qui ne voient rien n’ont pas même remarqué qu’à l’occasion de cette élection, la liste conjointe arabe s’était immiscée dans la politique israélienne. Regardez notre graphique des résultats, il est semblable à ceux des autres media et il intègre les partis arabes dans le bloc anti-bibiste. Sans que personne ne songe à redire, après que le Premier ministre sortant a offert de s’allier au parti islamiste afin d’éviter la sentence de ses juges.

 

Parce qu’en Israël, il existe des sionistes, des personnes qui voient dans l’Etat hébreu la continuité de l’épopée d’Abraham, de Salomon, de Baruch Spinoza et d’Albert Einstein, et il en existe d’autres qui s’opposent à cette perspective.

 

Certaines de ces personnes sont arabes, d’autres sont juives. Nous avons jugé nécessaire de mentionner enfin qui était quoi dans notre tableau récapitulatif des résultats.

 

Israël pourrait éventuellement exclure les partis antisionistes de la représentation parlementaire. Tous, il ne suffit pas de proclamer que l’on est juif pour échapper à la distinction, ne vous trompez pas de critère, se déclarer juif n’est pas un passe-droit ni une panacée. Et un antisioniste juif ne vaut pas mieux qu’antisioniste arabe.

 

A cela, nous préférons que ceux qui ne partagent pas notre perspective nationale puissent participer à l’Etat de droit. Avec des prérogatives identiques aux nôtres mais les obligations fondamentales en moins. Parce que se fondre dans notre philosophie n’est pas une nécessité pour jouir de ses droits fondamentaux. A condition que l’on ne nous oblige pas à confondre bloc bibiste et bloc national, parce que là, on cesse immédiatement de sourire. Nous ne sommes pas dupes.

 

Il y a, dans ce contexte, un homme qui a changé la manière dont on envisageait les choses. Un individu vivant dans la cité de Maghar [pron. : M’rar] en Haute-Galilée [23 000 hab.]. Une ville de discorde, où les communautés druze et chrétienne se juxtaposent plus qu’elles ne cohabitent, y compris une petite minorité musulmane.

 

Souvent cela tourne au vinaigre, et il n’y pas longtemps les échauffourées ont encore fait des morts.

 

A Maghar vit un homme qui n’est pas consensuel. Un musulman en l’occurrence. Pas un ami à nous. Du tout. Un islamiste, proche du Hamas, qui voit les femmes à la maison et les homosexuels en prison. A tel point que les autres partis arabes se sont séparés de lui, de Mansour Abbas.

 

Jusqu’à lui, les partis arabes étaient certes représentés à la Knesset, mais ils adoptaient depuis toujours une posture hostile, minimisant jusqu’à invoquer un accident de circonstance le fait qu’ils étaient contraints de participer au jeu parlementaire. Pour y faire entendre leur protestation, guère plus.

 

Ce faisant, ils trahissaient la volonté de 75% des 1.8 millions de membres de la communauté arabe israélienne, qui aspire à participer à la gestion du pays. Parce qu’elle est lésée en s’autoexcluant des affaires, et parce que, mais cela est encore tabou et ne fait pas partie du sujet de cet article, elle se reconnaît largement dans la société que nous constituons ensemble depuis 70 ans. Elle a, au fil du temps, acquis une identité qu’elle a contribué à établir et qui lui convient : israélienne.

 

Mais pour Abbas, c’est principalement la volonté de participer à la gestion du pays qui primait. A l’instar des partis juifs orthodoxes et suivant leur exemple. Finie l’opposition systématique, la "résistance" perpétuelle : nous participons pleinement, mais nous demandons les mêmes prérogatives et les mêmes ressources que les vôtres.

 

C’était tellement évident, qu’en l’espace de quelques jours, les autres partis arabes, bien plus modérés et laïcs, ont suivi, et qu’ils se retrouvent pour la première fois intégrés dans le tableau des résultats à la section israélienne et pas en marge d’icelle. Et que la Propagandastaffel du Likoud claironne  que Netanyahu négocie l’adhésion à sa coalition avec eux et sur son initiative.

 

C’est tout. Tout ce qui s’est passé cette semaine est énorme. Si nous ne sommes pas malvoyants comme nos confrères, c’est grâce à l’énorme prestation fournie par les journalistes de la Ména. Vous n’en avez vu que la petite partie émergée, comme pour les icebergs. On a eu tout juste dans nos analyses et comptes-rendus. On avait, à l’inverse des confrères et de tous les instituts de sondages, informé que la Liste Arabe Unie et les "Sionistes" religieux obtiendraient le quorum. On a écrit mardi que les résultats des sondages à la sortie des bureaux de vote ne valaient pas un kopek et que les résultats du dépouillement changeraient du tout au tout des dizaines de fois. A l’issue du dépouillement de 90% des bulletins réguliers, nous avons informé que les résultats étaient définitifs. Jeudi, que le dépouillement des 450 000 enveloppes doubles (octroyant 14 sièges sur 120) ne changeraient pas les résultats. La Ména a simplement fait sont travail d’information. Mais elle l’a bien fait et cela va continuer.

 

 
By YinonSys