Natanz : IsraŽl síoccupe de ses affaires (011204/21)
lundi, 12 avril 2021

 

Par Stéphane Juffa

 

Avec Jules Mazouz et Jean Tsadik

 

Samedi, la Théocratie iranienne fêtait la "Journée Nationale de la Technologie Nucléaire". A cette occasion, elle inaugurait en grande pompe, sur le site de Natanz, des cascades de nouvelles centrifugeuses IR5 et IR6 en présence d’Hassan Rohani, la doublure visible du Guide suprême Ali Khamenei. Dans un discours enfiévré, le faire-valoir annonçait fièrement qu’elles étaient dix fois plus efficaces que les centrifugeuses des générations précédentes.

 

Elles n’auront cependant pas eu le temps d’enrichir grand-chose, car à l’aube de dimanche (hier), elles étaient mises définitivement hors d’usage. On ne sait pas précisément comment. Les hypothèses divergent, mais tout le monde s’accorde sur deux éléments : ce sont les Israéliens qui ont agi, et les destructions sont considérables.

 

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Les nouvelles centrifugeuses. Présentées le samedi. Détruites le dimanche

 

Au point que la Ména a appris que la production iranienne d’uranium enrichi ce lundi a totalement cessé en Iran.

 

Et nous faisons très attention, comme à notre habitude, de ne publier que des informations croisées venant de sources de premier ordre.

 

La grande question dont nous ne possédons pas la réponse est : les dommages ont-ils été infligés par une cyberattaque ou grâce à des explosifs, ou encore s’agit-il d’un mix de plusieurs méthodes conjuguées.

 

Encore, considérant le postulat des explosifs, ont-ils été précipités du ciel par des avions, ou ont-ils été posés sur les lieux par des commandos ?

 

Les Iraniens penchent pour la cyberattaque, le New York Times pour des explosions.

 

A 1 500km exactement à l’ouest de Natanz, perchés sur notre rocher de Métula balayé par des vents glaciaux échappés d’une autre saison, nous nous disons que ce sont les ayatollahs qui sont encore sous le choc. Car leur agence de presse Fars a révélé que le porte-parole de l’Organisation Iranienne de l’Energie Atomique, Behrouz Kamalvandi, avait été blessé à la tête et au pied en inspectant les dégâts dans le périmètre de Natanz.

 

Et il ne semble pas qu’il ait simplement trébuché. Des sources au demeurant crédibles font état de nouvelles explosions suivies d’incendies ce lundi matin. C’est à considérer : il est difficile de se blesser physiquement des suites d’une attaque informatique.

 

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Mais qu’est-il donc arrivé à Behrouz Kamalvandi ?

 

Le scénario plausible de cette affaire indique que c’est la centrale d’électricité du complexe nucléaire qui a été la cible de l’opération militaire. Cela rejoint d’ailleurs le premier communiqué des enturbannés de Téhéran qui parlait d’une panne d’électricité.

 

D’où la remarque initiale de Jean Tsadik : ils veulent construire des bombes atomiques et ils ignorent l’usage des générateurs. Derrière cette critique cynique se dissimule une autre vérité : quel que soit leur mode opératoire, les Israéliens ont oblitéré la centrale électrique ET les centrales d’appoint.

 

J’ignorais le lien existant entre la fourniture d’électricité et la destruction des centrifugeuses. D’autant plus que la plupart de nos confrères n’en parlent pas. Lors, j’ai posé la question à nos experts maison et leur explication tient l’eau :  une centrifugeuse est principalement constituée d’un rotor qui tourne à 50 000 voire 70 000 tours par minute. Lorsque l’on veut les arrêter, il faut le faire de façon très progressive, en suivant un protocole précis. Mais si on les prive d’un seul coup d’électricité, on leur inflige des dommages le plus souvent irréparables. Essentiellement, on rompt leur équilibre dosé à la fraction de milligramme, ce qui entraîne leur destruction.

 

Si Natanz a été la proie de F-15 ou de F-35, les dégâts sont sans doute plus radicaux encore.

 

Quoi qu’il en soit, des sources en Israël et aux Etats-Unis, qui sont incapables de canaliser leur joie, m’ont confirmé que s’ils s’y mettent à fond et à coups de centaines de millions de dollars, les ingénieurs de la junte théocratique mettront au moins un an – en insistant sur "au moins" – pour reprendre l’enrichissement de l’uranium à 20 pour cent. Ce qu’ils étaient capables de faire jusqu’à hier.

 

Cela aura notamment l’avantage de permettre aux négociateurs des 5+1 de ne pas discuter avec les Iraniens le dos au mur. Quant aux Israéliens, cela prolongera nos chances de dissuader Joe Biden et les Européens de signer un nouvel accord sur le nucléaire avec les théocrates.

 

A Métula, nous ne nous expliquons pas le comportement des membres permanents du Conseil de Sécurité. Nous pensons qu’ils ont perdu le sens de la réflexion stratégique en s’humiliant pour rien.

 

Car enfin, au regard de ce qui précède, et en sachant que le traité que les 5+1 ont signé avec les ayatollahs interdit catégoriquement le recours à des centrifugeuses autres que l’IR1, on réalise qu’il y a eu supercherie. Puisque force est de constater que même si les mollahs ont repris le développement des centrifugeuses lorsque Donald Trump a dénoncé le JCPoA – en français le Plan d’action global commun – en mai 2018, ils n’ont pas pu développer, expérimenter et construire cinq générations de centrifugeuses en trois ans. Dans n’importe quel pays, cela tiendrait du prodige.

 

Pour le surplus, samedi, les ayatollahs ont même présenté à leurs compatriotes des IR9, en promettant qu’elles seraient bientôt à l’œuvre.

 

L’unique vérité possible est que les Perses ont menti, en cela qu’ils n’ont jamais honoré les termes du JCPoA signé en 2015, et qu’ils ont secrètement poursuivi le développement de leurs centrifugeuses dans l’unique but de concevoir des bombes atomiques afin de soumettre la planète à un chantage nucléaire.

 

Dans ces conditions, pourquoi négocier et faire des concessions à des voyous au lieu d’aider les Iraniens, qui dans leur écrasante majorité le désirent ardemment, à se débarrasser de ce régime qui ne cesse de les malmener ?

 

En tout cas, Israël ne les laissera pas faire. Tsahal ne va pas rester inactif durant les prolongations obtenues grâce à l’opération de ce weekend. Qui en suit d’autres et en annonce davantage.

 

Contrairement à ce que prétendent certaines sources malintentionnées, c’est là la raison primordiale de l’action d’hier contre Natanz, et non l’intention de torpiller les pourparlers qui ont commencé à Vienne entre les 5+1 et la "République" Islamique d’Iran. Nous avons noté à ce propos que les émissaires de Téhéran ont refusé de discuter directement avec les envoyés américains. Humiliation. Et le Président Biden, à moins que ce ne soit le marionnettiste Obama, en redemande. Dans son administration, on a noté quelques signes encourageants provenant de la délégation persane ?

 

Il manque un élément indispensable à cette négociation, car toute négociation implique que l’on use alternativement de la carotte et du bâton. Or dans celle-ci, il manque le bâton. Même lorsque vous voulez acheter un véhicule d’occasion, vous faites comprendre au vendeur que s’il exagère avec ses prétentions, vous abandonnerez l’affaire.

 

Quitter la table des discussions (pour peu que l’interlocuteur vous y admette primitivement) constitue la menace élémentaire et indispensable de toute tractation. Sans cela, vous signalez à la partie adverse que l’enjeu se limite à décider de la quantité et de la profondeur des concessions que vous allez faire.

 

Et les Iraniens s’y entendent pour exploiter ces failles, ce sont des négociateurs hors pair, à l’image de leur ministre des Affaires Etrangères Mohammad Zarif. Dans le cas d’espèce, il n’est pas question de faille mais d’abysse.

 

Le Président Biden ou l’ex-président Obama ont tout préparé, notamment pour éviter que Jérusalem ne soit au courant de la teneur des pourparlers de Vienne.

 

C’était un authentique hasard, mais il est bien tombé, l'incident sur le site nucléaire de Natanz ayant coïncidé avec l’arrivée en Israël du Secrétaire américain (ministre) à la Défense, Lloyd Austin. C’était sa première visite à Jérusalem à ce poste, ainsi que la première visite officielle d'un responsable américain de haut rang depuis que le Président Joe Biden a pris ses fonctions en janvier.

 

Il est venu discuter avec le chef d’état-major de Tsahal, le Général Aviv Kokhavi, et le ministre israélien de la Défense Benny Gantz, de l’étendue des dédommagements que nous toucherons afin de contrebalancer la signature d’un nouveau traité entre Washington et Téhéran.

 

C’est là son unique mandat, comme il est aisé de s’en convaincre en prenant connaissance des propos publics que M. Austin a tenus. Il n’a pas parlé de l’Iran. Il a déclaré que "l'administration Biden continuerait d'assurer l'avantage militaire qualitatif d'Israël au Moyen-Orient dans le cadre d'un engagement fort envers Israël et le peuple israélien".

 

Et comment assure-t-on "l'avantage militaire qualitatif d'Israël au Moyen-Orient" ? En lui fournissant des armes dont les autres pays de la région ne disposent pas encore. Je ne connais pas d’autre méthode que celle-ci.

 

Bien naturellement, Israël ne refusera pas ces largesses, parce qu’elle a besoin de ces armements qui assurent son indépendance. Mais les Américains sont pressés, ils ont convenu d’une rencontre à Washington avec Kokhavi et le chef du Mossad à la fin de ce mois pour finaliser la transaction.

 

Sauf que nous non plus ne parlerons pas de l’Iran, du moins dans ce forum. Si Biden-Obama désirent nous tenir au courant et écouter ce que nous avons à dire à propos de l’accord il leur faudra en discuter avec Gantz, Netanyahu ou ceux qui les remplaceront éventuellement à la tête de l’Etat hébreu. Pas avec Kokhavi. Nous aussi, nous savons jouer aux échecs.

 

D’ailleurs un dialogue entre alliés aurait déjà dû s’ouvrir entre la Maison Blanche et Jérusalem depuis longtemps. A la place de cela, la nouvelle administration s’est empressée d’effacer les décisions qui nous étaient favorables prises par Donald Trump, pour revenir unilatéralement à la politique hostile conduite par Obama.

 

Cela va de la déclaration d’intention du candidat Biden lors de sa campagne affirmant qu’il allait réinstaurer le traité de 2015 avec l’Iran, à la reprise du financement de l’Autorité Palestinienne, là aussi, sans la moindre contrepartie de sa part, au transfert de fonds à l’UNWRA, l’Office de Secours et de Travaux des Nations unies pour les Réfugiés de Palestine au Proche-Orient. L’UNWRA est l’une des institutions de l’ONU les plus corrompues. Elle aide simplement à prolonger indéfiniment le statut de réfugiés de centaines de milliers d’originaires de Palestine, dont la plupart n’ont subi strictement aucun dommage d’aucune sorte et n’ont jamais mis les pieds en Israël ni dans l’Autorité Palestinienne. De plus, Joe Biden est revenu sur le principe de la solution à deux Etats, à laquelle s’opposent désormais les plus influents des dirigeants arabes.

 

Il ne s’est jamais entretenu de cela avec les dirigeants israéliens, faisant sienne la doctrine d’Obama : affable avec les ennemis de l’Amérique, innommable à l’égard de ses plus proches alliés. Et Israël, avec la Grande Bretagne, est la plus proche et fidèle alliée de l’Amérique.

 

Quant à l’UNWRA, elle accapare l’argent du monde qui devrait aller, dans l’équité, aux Tibétains, aux Cypriotes, aux Kurdes, aux Arméniens et je passe sur des milliards de malheureux, bien avant de rétribuer ses protégés et de perpétuer indéfiniment le différend israélo-palestinien.

 

L’attaque sur Natanz va compliquer les intentions de M. Biden, consistant à apaiser à n’importe quel prix les relations des Etats-Unis avec un régime qui les méprise et qui met en danger la paix du monde.

 

A Jérusalem, on ne compte pas faciliter la tâche du président hostile et inconscient. Même si on a détruit les centrifugeuses de Natanz afin uniquement d’éloigner Khameneï de la bombe atomique, et si l’on a endommagé le navire espion iranien Saviz une semaine auparavant afin d’assurer la libre circulation de notre marine marchande et celles de nos amis dans notre région du monde, Israël a aussi son plan et ses espoirs.

 

Ce que l’on souhaiterait désormais, ce serait une riposte de la part de la Théocratie persane. Des représailles telles celles dont ils nous menacent sans arrêt. A l’instar de Saeed Khatibzadeh, le porte-parole de Mohammad Zarif, qui a déclaré aujourd’hui en conférence de presse que l'incident devait être considéré comme un "crime contre l'humanité".

 

Khatibzadeh a aussi promis que l' "Iran se vengerait au moment opportun". Kokhavi voudrait que ce moment ne tarde pas à venir et que la junte théocratique mette ses menaces à exécution.

 

Parce que l’Iran est largement inoffensif pour Israël. Il n’a pas d’aviation, pas de blindés, pas de missiles à longue portée de nature à faire peser sur notre pays une menace conventionnelle conséquente. Pas de flotte à proprement parler, hormis des canots de plaisance transformés en vedettes rapides, des sous-marins deux places à pédales et des cargos maladroitement transformés en corvettes.

 

L’Iran de Khameneï est tout juste bon à abattre des Boeings civils et à lancer trois missiles sur un navire marchand.

 

On aimerait qu’il essaie de "se venger", cela fait depuis le début de la Guerre Civile Syrienne qu’il essaie. Tsahal a éliminé des milliers de ses soldats d’élite qui s’apprêtaient à nous attaquer, et qui ne sont pas parvenus à tirer ne serait-ce qu’une balle de fusil sur notre territoire.

 

D’un point de vue stratégique, il faudrait que la "République" Islamique d’Iran tente une action inconsidérée. Un coup d’éclat. Et si possible, qu’elle accompagne son geste de déclarations racistes et antisémites ; qu’elle répète que nous sommes la vermine du Moyen-Orient et qu’elle va nous rayer de la carte.

 

Cela nous permettrait de riposter en nous en prenant à son infrastructure nucléaire. Car le show de samedi en présentant les nouvelles centrifugeuses IR5 et IR6, l’enrichissement d’uranium à 20 pour cent, un seul palier en-dessous de la concentration militaire, la construction de nouvelles installations souterraines, le fait de violer le plus grand nombre possible de provisions de l’accord de 2015, n’ont qu’un objectif. Mettre la pression sur l’administration Biden afin qu’elle se hâte de parapher le nouveau traité, et de libérer les milliards bloqués, sans même lire sur quel document elle signe.

 

Or depuis dimanche, la menace s’étant éloignée dans le temps, la pression s’est réduite proportionnellement. Plus nous pourrons détruire d’arguments donnant à penser que Khameneï a ne serait-ce qu’une chance sur un million de fabriquer ne serait-ce qu’une seule bombe atomique, plus nous avons de chances de voir ce régime de monstres disparaître.

 

Car nous n’avons aucunement l’intention de leur laisser une chance sur un million de parvenir à leurs fins.

 

Et en intervenant à Natanz comme nous l’avons fait hier, nous nous comportons enfin telle la grande puissance régionale que nous sommes. Une puissance qui peut empêcher les membres permanents du Conseil de Sécurité de signer un accord qui menace notre pérennité. Et celle du monde, même si, pour une raison qui continue de nous échapper, ils ne le comprennent pas.

 

 
By YinonSys