Israël-Iran : la guerre semble inévitable (010908/21) Version imprimable
lundi, 09 août 2021

 

Par Stéphane Juffa

 

Il y a une dizaine de jours, le ministre de la Défense israélien Benny Gantz a déclaré que la Théocratie iranienne n’était plus qu’à dix semaines de la bombe atomique. Ce que l’ancien chef d’état-major de Tsahal voulait dire est que la dictature de Khameneï ne se situe plus qu’à dix semaines – neuf désormais – du point de non-retour dont nous vous avons entretenus à de nombreuses reprises dans ces colonnes. Il s’agit du moment à partir duquel personne ne serait plus en mesure d’empêcher les mollahs de détenir l’arme nucléaire.

 

Le compte-à-rebours des dix semaines concerne la quantité d’uranium enrichi à une concentration militaire. En dépit de tous nos efforts méritoires et couronnés de succès, qui ont retardé l’échéance de plusieurs années, au cours du mois d’octobre prochain les ayatollahs disposeront d’une quantité d’uranium suffisante et suffisamment enrichie pour confectionner quelques bombes atomiques.

 

Cela ne signifie pas que le 17 octobre Khameneï possèdera la bombe. Mais qu’à partir de cette date – à quelques jours près – rien ni personne ne pourrait empêcher les Iraniens de terminer le développement des autres composantes de l’arme déjà bien engagés. La "cible" et le "projectile", en uranium, étant les deux seuls éléments d’une bombe atomique qui soient les résultantes d’un processus industriel hautement spécifique ; celui de l’enrichissement de l’uranium.

 

L’authenticité de la déclaration de Benny Gantz ne fait aucun doute ; Israël, dans la situation de tension qui prévaut autour de ce sujet, ne prendrait pas le risque de jeter en l’air des fausses informations. Pour la raison qu’ensuite personne ne la croirait. Qu’elle perdrait ainsi toute sa crédibilité, qui la démarque du manque de vraisemblance avec lequel le monde, les experts et les responsables des pays accueillent les annonces de nos ennemis et de la Russie.

 

Le sujet est d’autant plus délicat que Jérusalem est devenue, suite à l’effacement volontaire de Joe Biden, le fer de lance de l’opposition internationale à un Iran nucléarisé.

 

Relativement à l’Iran, on respecte Israël, on l’écoute, et l’on définit des positions en fonction de ce qu’elle révèle.

 

L’autre point de référence est un axiome qui n’a guère évolué depuis quinze ans : tous les Premiers ministres, tous les ministres de la Défense et tous les chefs d’état-major hébreux ont toujours soutenu sans ciller, que l’Etat hébreu ne laisserait jamais la Théocratie de Téhéran devenir une puissance nucléaire.

 

Et sur ce point, au moins au niveau déclaratif, toutes les chancelleries occidentales, de Washington en passant par Londres et même Paris, ont emboîté le pas aux Israéliens.

 

Non pas pour l’amour d’Israël, non, mais parce qu’un Iran atomique les mettrait autant en danger que les Israéliens. Parce que la bombe atomique qui raserait Tel-Aviv est la même que celle qui pourrait les anéantir. Encore que l’Etat hébreu possède un système testé au combat, le Khetz, la flèche, qui est capable d’intercepter d’éventuels missiles balistiques en provenance d’Iran. Ce dont nos amis européens ne disposent pas, et qui les rend totalement vulnérables face à des attaques de missiles perses.

 

Et parce que la capacité de produire des vecteurs intercontinentaux pour les transporter n’est pas complexe au point que les Perses, avec les moyens qu’ils investissent pour les développer, et en considération de leurs récentes avancées dans ce domaine, ne puissent pas parvenir à en fabriquer.

 

C’est peut-être l’endroit de noter que la junte chiite en place à Téhéran distille presque autant de menaces d’annihilation à l’encontre des chiens d’infidèles chrétiens, qu’aux dépens des Juifs et des sunnites.

 

Si ces menaces ne font pas les gros titres de vos quotidiens et de vos journaux télévisés, c’est parce que vos journalistes ne les croient pas, ou ne les prennent pas au sérieux, ou choisissent de les ignorer suivant en cela leurs chefs d’Etats, ou encore, parce qu’ils ont l’impression que s’ils parlaient de ces choses, ils feraient le jeu d’Israël.

 

C’est comme pour les milliers d’innocents, de poètes, de Kurdes, de manifestants, d’opposants et d’homosexuels qui sont envoyés se faire pendre par strangulation (la plus inhumaine des façons) au faite des grues, suite à des parodies de procès : vos media vous en parlent mal, imprécisément et extrêmement rarement. Vos dirigeants politiques ne les évoquent jamais.

 

En revanche, l’Union Européenne vient d’envoyer un dignitaire de haut rang à l’intronisation du président- marionnette du Guide Suprême Khameneï, Ebrahim Raïssi, également appelé, tant par ses détracteurs que par ses partisans, le Boucher Raïssi. Ce lundi, le Président français Emmanuel Macron a appelé le Boucher au téléphone pour lui faire entendre la raison.

 

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Rencontre entre Enrique Mora, le no.2 de la diplomatie de l’U.E. avec Abbas Araqchi,

son homologue iranien, à Téhéran, en marge de l’intronisation du Boucher Raïssi

 

Parce que Raïssi a dirigé le système judiciaire iranien. Et qu’à ce titre, c’est lui qui a envoyé ces milliers d’innocents au supplice.

 

Les complicités coupables de politiciens et d’intellectuels européens s’expliquent aussi par le fait qu’ils nourrissent une forme d’admiration coutumière à l’égard de ceux qui s’opposent aux Etats-Unis et à Israël.

 

Nombre d’entre eux espèrent plus ou moins secrètement la disparition de notre pays et de notre population. Cela se remarque dans ce qu’ils disent, dans ceux qu’ils soutiennent et dans les positions qu’ils se choisissent.

 

Dans leur ordre de leurs valeurs, cette exaltation prévaut largement sur les "incidents marginaux" des grues.   

 

Mais cela, c’est principalement leur problème, notamment éthique, et celui de leurs administrés, de leurs concitoyens et de ceux qui subissent les nouvelles tronquées et biaisées qu’ils diffusent quotidiennement.

 

Le nôtre consiste à empêcher l’Iran d’obtenir la bombe atomique. Et il ne reste plus que huit semaines et demi pour y parvenir. Un peu moins d’ailleurs, car on ne va pas attendre – par simple mesure de précaution – la dernière minute avant d’intervenir.

 

Disons qu’il reste six semaines. Et qu’avant la fin de ces six semaines, si aucune autre solution convaincante n’intervient, Israël attaquera l’infrastructure, les stocks d’uranium enrichi et les bases de missiles de la Théocratie persane.

 

Cela ne fait pas l’ombre d’un doute sensé.

 

Jusqu’alors, les diplomates et les militaires israéliens courent et courront les capitales du monde pour persuader leurs dirigeants que ce n’est pas la seule responsabilité d’Israël que de s’engager dans cette croisade.

 

Beaucoup les comprennent, à commencer par les Britanniques, les généraux et les gens du Secrétariat d’Etat U.S. dirigé par Antony Blinken.

 

Mais le principal intéressé, le Président Biden, traîne les pieds. Il s’abstient ostensiblement de critiquer trop brutalement l’Iran. Il mise sur un retournement diplomatique qui débloquerait les discussions de Vienne destinées à éviter la guerre, tout en s’assurant que l’Iran ne puisse pas obtenir la bombe.

 

Reste que les entretiens de Vienne ont du plomb dans l’aile, les émissaires de Khameneï ayant posé une série de préconditions aux membres permanents du Conseil de Sécurité plus l’Allemagne [5 + 1], que ceux-ci, même avec la meilleure volonté de conclure un accord, ne peuvent décemment accepter. Parce que dans ces conditions, le programme nucléaire iranien ne serait pas stoppé. Ou, à tout le moins, pas à temps pour éviter la confrontation.

 

Joe Biden joue aussi, dans son dialogue indirect avec Khameneï, la carte de l’épouvantail israélien. Aidez-nous à vous aider.. Je fais mon possible, mais je les tiens de moins en moins. Soyez raisonnables..

 

A quoi les Iraniens répondent par le bluff et le mépris. Même davantage que précédemment avec l’arrivée du Boucher Raïssi, qui se moque de la capacité militaire de l’Amérique et qui exagère trois milliards de fois celle de l’Iran.

 

Mais derrière cette façade, l’Iran officiel se trouve en pleine panique. Cela explique les agressions spontanées des Pasdaran – les Gardiens de la Révolution khomeyniste – visant les pétroliers dans le golfe arabo-persique et en mer d’Oman.

 

Pour quels résultats ? Aucun. En tuant les deux marins du Mercer Street, ils n’ont fait que faciliter la tâche du ministre des Affaires Etrangères Yaïr Lapid, de celui de la Défense, Benny Gantz, et du patron de Tsahal, le Général Aviv Kokhavi, dans leur quête internationale d’alliés.

 

Les Théocrates ont mal joué leur dernier coup, c’est un coup dans l’eau qui ne leur a ramené aucun avantage d’aucune sorte, tactique, stratégique ou politique. Ils ont juste passé leur tour et rendu la main aux Israéliens en pleine forme. Le monde attend notre prochain coup avec passablement de sympathie à priori.

 

C’est également l’hystérie des mollahs qui explique les agressions spontanées du Hezbollah la semaine dernière contre le nord d’Israël.

 

C’était de la "dissuasion" : regardez nos capacités, ne vous frottez pas à nous, nous ouvrirons le front du Nord et cela sera terrible..

 

En attendant, tout le monde a observé que l’Iran et ses supplétifs libanais n’ont pas demandé la permission du gouvernement légal de Beyrouth avant de tirer vingt-sept roquettes sur le Doigt de la Galilée. Je ne pense même pas que le Hezb ait informé le président Aoun avant de réaliser cette double agression.

 

Cela en dit long sur le non-respect de l’autorité de l’Etat libanais, et notamment de la prérogative de décider de la guerre et de la paix avec ses voisins, de la part des Hezbollo-iraniens. Et sur la faiblesse du gouvernement libanais, qui n’a rien trouvé à faire de plus intelligent que d’accuser Israël devant le Conseil de Sécurité à cause de la riposte de Tsahal. Voici comment on se décrédibilise.

 

Suite à la seconde attaque, celle de vendredi dernier dans le Golan, Tsahal n’a pour le moment pas répliqué. Quelques obus tirés sur les lanceurs de roquettes face aux vingt projectiles lancés par le Hezbollah vendredi sur Israël, ce n’est pas une riposte tsahalienne.

 

A l’échelle du Liban, à l’instar de la situation d’une toute autre dimension face à l’Iran, Aviv Kokhavi s’est réservé le prochain coup. Il le jouera lorsque cela lui sera bénéfique.

 

Kokhavi sait que l’on ne commence pas une guerre quand l’ennemi le décide, mais uniquement lorsqu’on l’arrête soi-même. On ne commence pas un conflit parce que l’ennemi tue des soldats israéliens et encore moins lorsqu’il boute le feu à quelques terrains vagues. En stratégie, on n’agit pas par vengeance ou par rage, ni parce qu’on est en droit de le faire, mais pour servir ses intérêts et lorsqu’on le décide.

 

Si Kokhavi avait riposté, le Hezbollah aurait sur-riposté, et ce lundi, nous serions en guerre avec le Liban. Je serais en train de vous écrire depuis l’abri, et des centaines de milliers de mes compatriotes se protégeraient sous la terre ou se réfugieraient dans le Sud avec leurs familles.

 

Nous aurions commencé la guerre avec le Liban, alors que nous nous apprêtons à la faire avec l’Iran. Que c’est la seule chose qui compte à nos yeux sur le plan stratégique. Ce que nous allons faire, si aucun événement exceptionnel ne survient entre-temps, c’est oblitérer l’infrastructure nucléaire de la Théocratie. Lors, si Nasrallah cède aux pressions de Khameneï pour ouvrir un autre front face à Israël, il y aura un conflit sanglant, au terme duquel le Hezbollah et Nasrallah ne survivront pas. Et où des portions entières du Liban ressembleront au port de Beyrouth après l’explosion d’il y a un an.

 

Parce que s’il y a une chose que Kokhavi n’a pas à démontrer à Nasrallah, c’est la puissance de l’Armée d’Israël. C’est à cause d’elle que le Sayyed n’a pas dormi deux jours dans le même lit depuis 2006, et qu’il n’est jamais réapparu en public.

 

L’Iran et le Liban sont également les deux pays dans lesquels la population est la plus amie d’Israël. Aussi cocasse que cela puisse le sembler, une majorité de ces deux populations espère que la guerre éclate entre les régimes qui les oppressent et l’Etat hébreu. Les Libanais et les Iraniens savent pertinemment qu’il y aura des morts, mais ils savent également qu’une défaite de ces régimes face à Tsahal précipiterait leurs chutes, et que leur débâcle militaire constitue leur seul espoir de s’en sortir.

 

Parce que dans ces deux pays, la misère, la maladie et les pénuries règnent en maîtresses. Hier, en Perse, on a dénombré officiellement 40 000 nouveaux cas de Corona, et 542 morts. Toujours selon les chiffres officiels, depuis le début de la pandémie, 95 000 personnes en seraient mortes. Mais l’opposition conteste ces bilans et affirme que la Covid aurait sans doute déjà tué plus d’un million d’Iraniens.

 

Les pharmacies sont vides, et les vaccins… mais quels vaccins ? Selon les aveux-mêmes de la junte, seuls 28% de la population aurait été testée, contre 180% des Israéliens, par exemple [chaque Israélien a presque été testé deux fois].

 

Au Liban, en plus de cela, la population n’a rien à manger et les professeurs d’universités fouillent dans les poubelles pour se nourrir.

 

Pendant que le Hezbollah, qui représente vingt pour cent des Libanais, et qui compte vingt-mille miliciens, provoque à la guerre une armée capable de mobiliser un million deux cent mille soldats.

 

Mais la fuite en avant passe de moins en moins bien. En Iran, des villes entières se soulèvent, donnant lieu à des échauffourées mortelles. Dans le pays aux cèdres, la population ne veut pas la guerre. Elle est remontée contre les Iraniens et une partie des chiites, les miliciens, traitres à leur patrie. Mais pas contre Israël.

 

Témoin un incident caractéristique de cet état d’esprit, qui s’est déroulé vendredi à Chouaia, dans la banlieue de la ville de Hasbaya au Liban-Sud. Deux cités druzes imbriquées l’une dans l’autre comptant un total approximatif de 23 000 habitants, et situées à 15km au nord-est de Métula, le territoire israélien le plus proche.

 

Vidéo de l’incident :

https://twitter.com/i/status/1423594298747064322

Les miliciens du Hezbollah sont molestés par la population druze

 

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La camionnette du Hezbollah transportant les roquettes après

sa récupération par l’Armée libanaise (un peu secouée)

 

A Chouaia, les habitants ont interceptés un pickup transportant une douzaine de roquettes destinées à Israël. Ils ont sorti les quatre miliciens de leur véhicule par la force, aux cris de "fils de chiens !", et les ont appréhendés.

 

L’Armée libanaise, la grande inutile, est venue se saisir des Katiouchas, mais les Druzes ne leur ont pas remis leurs prisonniers. Quelques heures plus tard, des miliciens chiites ont passé à tabac des agriculteurs druzes.

 

Cet incident est un signe fort adressé par la population à Nasrallah, pour lui indiquer que le Liban n’est pas derrière lui dans la guerre qu’il essaie d’allumer face à Israël, et c’est une donnée dont les Hezbollo-iraniens doivent tenir compte.

 

C’est également un signe en notre direction, pour nous dire que le Liban n’est pas le Hezbollah et nous prier de respecter la distinction lorsque nous nous en prendrons à la milice.


Les Libanais savent que nous ne les considérons pas comme nos ennemis, et que nous ferons absolument tout afin de réduire aux grand minimum les pertes collatérales. Idem pour nos amis iraniens.

 

Nous ne voulons que nous défendre, nous n’avons aucune visée d’aucune sorte sur tout ce qui leur appartient.

 

Mais nous nous défendrons. Contre l’éventualité d’un Armageddon nucléaire de la part d’une junte d’allumés qui jure chaque jour de nous effacer de la carte du monde.

 

Au fait, ce ne sera pas très compliqué. Nous agirons depuis les airs, par des cyber-attaques et dans quelques cas isolés avec des commandos et des amis de l’opposition armée iranienne. Notre frappe principale durera de deux à trois jours au maximum. Ensuite, nous procéderons par des frappes d’entretien. Pour nous assurer que l’ennemi ne tente pas de redémarrer son programme nucléaire.

 

Si d’autres pays et des hommes conscients de leurs responsabilités se joignent à nous, cette confrontation débouchera sur une humanité meilleure. Dans le cas contraire, nous aurons assuré la pérennité de notre nation. Et ce sera déjà très bien.