Israël-Palestine : une petite flamme d’espoir encore faiblarde (info # 031207/17) Version imprimable
mercredi, 12 juillet 2017

 

Par Sami el Soudi

 

L’Autorité Palestinienne de Mahmoud Abbas s’est engagée dans une offensive économique visant à asphyxier le Hamas à Gaza. Elle a coupé les subventions destinées à acheter du mazout en Israël afin de produire de l’électricité dans l’enclave côtière, de même que les fonds affectés aux soins que les plus atteints des malades de Gaza reçoivent dans les hôpitaux de l’Etat hébreu, et elle ne paie plus les fonctionnaires en poste dans la Bande.

 

En conséquence de ces mesures, deux enfants souffrants que l’AP n’a pas autorisés à traverser la frontière sont morts ; en outre, les Gazaouis ne bénéficiaient que de trois heures d’électricité quotidienne, et les travaux de reconstruction des dégâts subis en 2014 lors de l’aventure militaire contre Tsahal sont au point mort.

 

Les difficultés rencontrées par la direction du Hamas sont encore aggravées par l’isolement diplomatique auquel fait face le Qatar, qui était jusqu’à présent le principal soutien financier de l’organisation terroriste islamique, à hauteur d’un milliard de dollars en moyenne par année.

 

Dans sa lettre de réponse à l’ultimatum que lui ont adressé les pays arabes, Doha a été contraint à s’engager à expulser les représentants du Hamas actifs sur son territoire, à couper les fonds qu’il allouait au califat de Gaza, et à rompre ses relations avec les Frères Musulmans, principaux adversaires du maréchal égyptien al Sissi et mentors du Hamas.

 

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Le point de passage de Rafah entre l’Egypte et Gaza : une frontière presque toujours fermée. La clé de la prison à ciel ouvert se trouve exclusivement entre des mains arabes.

 

Les grands Etats arabes ont exercé ces pressions sur le Qatar dans le cadre de leur lutte contre le terrorisme islamique qui les menace, des demandes américaines et des nécessités attenantes au rapprochement avec Israël.

 

Ces changements politiques ont obligé l’organisation terroriste qui étouffe Gaza à renouer le contact, tête basse, avec lesdits Etats, à y envoyer des émissaires et à se plier à leurs exigences. Par exemple, à la demande explicite du Caire, le Hamas construit à sa frontière avec l’Egypte un No man’s land pour empêcher les terroristes en provenance de Gaza de se rendre dans le Sinaï pour y tendre des embuscades aux soldats de Sissi.

 

En signe d’encouragement, le Caire a remis un chargement de pétrole au Hamas, ce qui a permis de faire passer le temps d’approvisionnement des habitants à six heures d’électricité quotidiennes. Mais le poste frontière entre le Sinaï et la Bande à Rafah est resté presque tout le temps fermé depuis le début de l’année, et s’il s’ouvre ce sera au compte-gouttes.

 

Ce, parce que les militaires des bords du Nil ne se font aucune illusion quant aux intentions et aux affinités du Hamas : les islamistes et tous ceux qui ont des liens avec les frères Musulmans sont les ennemis des militaires égyptiens et la méfiance à leur encontre n’est pas réversible. L’objectif du Caire, de Riyad et de l’Autorité Palestinienne consiste à faire renoncer le Hamas à la domination de Gaza en l’étouffant. Les livraisons à caractère humanitaire sont uniquement destinées à la population, captive des islamistes depuis que le Hamas a pris le contrôle de la Bande en recourant à un putsch sanglant contre l’Autorité Palestinienne en 2007.

 

La seconde préoccupation des pays sunnites et d’Israël consiste à ne pas placer l’organisation terroriste dans une situation de désespérance extrême qui pourrait la pousser à une guerre suicide contre l’Etat hébreu.

 

Avigdor Lieberman, le ministre israélien de la Défense, a récemment évoqué ce problème, affirmant que l’Egypte devait faire plus dans l’approvisionnement de Gaza, alors que sa presque totalité provient aujourd’hui d’Israël. Ce sont en effet deux cent cinquante camions qui transitent actuellement d’Israël vers Gaza quotidiennement.

 

Mohammed Dahlan, qui était le chef militaire du Fatah à Gaza en 2007, qui s’était lâchement enfui en Egypte lors du putsch, bien que disposant de forces supérieures au Hamas en nombre et en équipement, et qui lorgne depuis l’exil sur la succession de Mahmoud Abbas, partage l’opinion qu’il existe un risque d’une nouvelle guerre à Gaza si l’organisation islamique terroriste qui la contrôle est placée le dos au mur.

 

Il préconise une éviction du Hamas en souplesse – sous la pression ma non troppo – afin de s’y réinstaller avec ses partisans. De là-bas, il aurait tout loisir de préparer le renversement de l’équipe dirigeante de l’AP, qui le déteste cordialement pour la corruption qu’il personnifie et les nombreux assassinats qu’elle lui attribue.

 

Du point de vue israélien, les opinions sont partagées. Sans tomber dans le stéréotype attribuant aux Hébreux l’apanage des décisions machiavéliques, il faut bien reconnaître l’existence d’un courant au sein de l’establishment de la Défense et de certains politiciens. Ces derniers estiment que la survie du Hamas à Gaza à moitié anesthésié bloque l’éventualité de la création d’un Etat palestinien et qu’il faut donc l’encourager. Hormis l’aspect de l’encouragement, bien entendu, c’est un point de vue que nous avons souvent fait valoir dans les colonnes de la Ména. Ce, vu que les Etats-Unis n’obligeront jamais Jérusalem à accepter la solution à deux Etats tant qu’une "menace palestinienne armée et hostile à la paix" se maintiendra dans l’un des deux territoires qui formeraient l’Etat de Palestine. Nous avions même prôné la participation militaire de l’Autorité Palestinienne à une opération visant à déloger le Hamas de son califat et nous persévérons dans cette analyse.

 

En Israël, précisément, un évènement politique vient de procurer une alternative à la position de la coalition Netanyahu aux affaires. Ce dernier, et surtout ses alliés de l’ultra-droite, refusent dans les faits toute initiative qui serait susceptible d’aboutir à la solution des deux Etats, même si parfois le chef de l’exécutif hébreu prétend le contraire à des fins diplomatiques.

 

L’évènement en question est la victoire cette semaine d’Amir Peretz au premier tour de l’élection en vue de désigner un nouveau chef au parti travailliste israélien. Arrivé troisième lors de ce scrutin, l’actuel secrétaire, Itzkhak Herzog, ne participera pas au second tour. Il était favorable à des négociations en vue de l’établissement de notre Etat, à la condition de l’absence de tout acte terroriste palestinien durant dix ans. Autant dire, hormis la rhétorique divergente, que son projet équivalait à celui de Binyamin Netanyahu.

 

Quant à Amir Peretz, qui dispose des plus grandes chances de l’emporter au second tour, il professe une approche diamétralement différente : pour lui, il faut entamer sans attendre les négociations avec Ramallah en vue de la création de notre Etat, y compris l’abandon des implantations situées en dehors des trois blocs de peuplement connus. Peretz préconise également de discuter directement avec le Hamas la cessation de l’état de guerre et la mise en place d’un ambitieux programme de développement économique comprenant la construction d’un port marchand à Gaza. Il va même jusqu’à évoquer la libération de Marouane Barghouti, qui purge une peine d’emprisonnement à vie pour sa participation à plusieurs assassinats d’Israéliens. Mais pour Peretz, Barghouti est le seul homme politique palestinien qui disposerait de la poigne et du charisme nécessaires pour prendre la suite d’Abbas, unifier les Palestiniens et conduire à leur terme des négociations aboutissant réellement à la paix. Ce point de vue est discutable, mais il a l’avantage de mobiliser beaucoup d’adeptes dans la région.

 

Ce qui ajoute à l’intérêt du changement probable à la tête du parti travailliste est l’origine séfarade [marocaine] de Peretz, et également de l’autre candidat en lice, Avi Gabaï. Or cette origine pourrait drainer un grand nombre de soutiens parmi la population séfarade israélienne, jusqu’à maintenant allergique au parti travailliste. Ce, d’autant plus qu’au Likoud, qui compte le plus grand nombre d’électeurs originaires d’Afrique du Nord, les postes-clés ont toujours été détenus par une large majorité d’ashkénazes, ce qui irrite nombre de ses partisans. Avec l’usure du pouvoir de M. Netanyahu, les multiples enquêtes judiciaires dont il fait l’objet, et son manque de projet politique à moyen et long terme, l’éventualité probable de l’accession de M. Peretz à la tête de la formation de centre-gauche est un phénomène à suivre avec attention.

 

Ceci dit, vu la composition actuelle de l’électorat israélien, il apparaît de plus en plus évident que Jérusalem ne décidera pas spontanément d’avancer vers la solution à deux Etats. Seul Donald Trump à Washington détient la capacité d’obliger le microcosme politique israélien à s’engager sur cette voie. Reste que Trump, qui suscite pour cette raison un engouement disproportionné à Ramallah, est avant tout un ami sincère de l’Etat hébreu et des valeurs qu’il incarne ; il n’encouragera pas un dirigeant israélien à faire des concessions aux Palestiniens à moins d’être absolument convaincu que le chef de l’Autorité Palestinienne est sincère dans sa volonté de parvenir à une solution pacifique et définitive du différend, sur des bases réalistes.

 

Or pour le moment, M. Trump, en dépit de tous ses efforts dans ce sens, ne parvient pas à obtenir de Mahmoud Abbas l’engagement crédible de cesser d’inciter au terrorisme. Les tergiversations d’Abbas ont d’ailleurs provoqué des étincelles lors de la récente rencontre entre les deux hommes à Bethléem. Et le chef de l’AP vient de répéter qu’il n’avait pas l’intention de cesser d’accorder des aides sociales aux familles des terroristes – de tous les terroristes – tués alors qu’ils agressaient des Israéliens.

 

Dans ces conditions, Abbas n’obtiendra pas l’implication de Trump dans le processus de paix. Non plus qu’en attribuant le nom de nos rues à des assassins d’enfants et en leur édifiant des statues. Pour que la paix à deux Etats survienne, il faudrait qu’une philosophie de la paix supplante chez nous celle du Djihad, car s’il s’agit d’utiliser la paix comme une arme pour obtenir des concessions de l’ennemi et poursuivre la guerre dans de meilleures conditions, les Israéliens et leurs amis américains ne marcheront pas dans la combine.

 

Les émissaires de Donald Trump qui ne cessent de rencontrer les responsables palestiniens ont rapporté que Mahmoud Abbas, fatigué, n’était pas loin de remettre définitivement son tablier.

 

Il existe un tas de signes mineurs, y compris l’alliance du monde sunnite avec Israël face à l’Iran, dont je n’ai pas parlé dans cet article, qui permettent d’entrevoir une petite lueur d’espoir au fond du tunnel. Elle est certes encore vacillante, mais il y a de cela quelque mois, elle n’existait pas.

 

Quant au monde sunnite, même s’il souhaiterait que le processus entre Israéliens et Palestiniens progresse, il ne sacrifiera pas le projet d’alliance avec les USA et Israël à cause du problème palestinien. A nos dirigeants actuels et à venir de ne pas manquer une nouvelle fois le train en marche. Car comme on le dit de plus en plus ouvertement à Riyad et au Caire, à force de dire non à tout on prend le risque de se retrouver définitivement cloué sur le quai de la gare.