L’agression turque contre le peuple kurde a commencé (010910/19) Version imprimable
mercredi, 09 octobre 2019

 

 

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© Metula News Agency

 

Par Perwer Emmal à Kobane

 

Métula, mercredi 22h10 à Kobané et à Métula, 21h10 à Paris

 

Comme cela était attendu, le tyran turc Recep Erdogan a déclenché les hostilités contre les Kurdes de Syrie aux environs de 16h locales.

 

L’ennemi procède pour le moment par des bombardements d’artillerie (bombes noires sur la carte) ainsi que des bombardements aériens (avions noirs).

 

Il y a environ quatre heures, Erdogan a annoncé le début de sa guerre d’agression par le communiqués suivant : "Les Forces Armées Turques avec l’Armée Nationales Syrienne [les mercenaires islamiques ex-al Qaëda. Ndlr.] viennent de lancer l’opération ""Source de Paix"" contre le PKK/YPG [il n’y a pas de PKK dans le Rojava. Ndlr.] ainsi que les miliciens de DAESH dans le nord de la Syrie [il n’y pas de miliciens de DAESH à part des prisonniers dans le Rojava et il n’y a pas de confrontation entre l’Armée turque et des éléments de DAESH. Ndlr.]. Notre mission est d’empêcher la création d’un corridor de la terreur [nous ignorons totalement de quoi parle Erdogan, une telle menace est inexistante. Ndlr.] à travers notre frontière méridionale, et d’apporter la paix dans la région".

 

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Service cartographique © Metula News Agency

La situation dans le Rojava à 22h heure locale

 

Depuis, l’Armée turque bombarde sans interruption les villes de Qamishly (dont le centre-ville) de Tel Abayd [carte], ainsi que des villages dans la poche de résistance tenue par les YPG (Unités de Protection du Peuple) [carte] au nord d’Alep.

 

Un enfant de six ans a perdu la vie lors du bombardement d’un village en périphérie de Qamishly.

 

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Qamishly, une ville de 200 000 habitants, est sous les bombes turques

 

Environ 25 F-16 turcs de fabrication américaine mènent de très nombreux raids jusqu’à 50km dans la profondeur du Rojava. Plusieurs personnes, dont des civils, ont trouvé la mort, d’autres sont blessées.

 

A Kobane où je me trouve, aucun bombardement n’a eu lieu pour l’instant car six command cars de l’Armée américaine se sont positionnés dans la ville dès le début de l’attaque [regarder la vidéo]. On ignore ici si ces combattants ont reçu l’ordre de se déployer de Washington ou s’il s’agit d’une initiative indépendante du commandement U.S. sur le terrain. Les ordres officiels provenant de la Maison Blanche étant de ne s’interposer nulle part dans les combats.

 

A 21h locales, pendant que je rédige mon compte-rendu, l’artillerie turque a commencé à bombarder lourdement Kobane, faisant trembler mon immeuble dans tous les sens. J’ignore si les soldats américains se sont retirés ou si le bombardement se déroule en dépit de leur présence.

 

Une position de nos alliés chrétiens syriaques du Conseil Militaire Syriaque près du village de Ter Cihan a été prise pour cible par les chasseurs-bombardiers d’Erdogan.

 

Les YPG ripostent à l’agression turque. Notre artillerie bombarde des positions ennemies à Karamis, en territoire turc. Juste à côté, à Jarabulus, notre artillerie lourde a détruit sept positions fortifiées de l’Armée turque. A Jindires, dans le canton d’Afrin occupé, une base de mercenaires de l’ex-al Qaëda a été visée. A Tel Abyad, nos forces ripostent au bombardement incessant des canons autotractés turcs.

 

A l’ouest de Manbij, aux portes du village d’Ulashi, sur la rive occidentale de l’Euphrate, les ex-al Qaëda ont tenté de progresser en direction de Manbij. Ils ont été immédiatement stoppés dans leur avance par les Peshmergas (le nom des combattants kurdes). C’est, à ma connaissance, l’unique affrontement d’infanterie jusqu’à maintenant. Un commandant que je connais dans la ville d’Arima où j’avais pris mes quartiers pendant la bataille d’Afrin m’a informé par téléphone qu’au moins huit mercenaires arabes avaient été tués lors de l’affrontement et plusieurs autres sont blessés. Nous comptons un blessé léger dans nos rangs.

 

Dernières minutes : Tel Abyad subit actuellement un assaut terrestre mené par les soldats turcs et leurs auxiliaires islamistes.

 

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Tel Abyad (15 000hab.), la première ville du Rojava à subir un assaut terrestre

 

Toute la frontière est à feu et à sang, les obus éclatent non loin de moi. L’ennemi utilise tout l’arsenal à sa disposition, notamment des roquettes. Les civils sont évacués des deux côtés de la frontière.

 

Je vais tenter de me mettre à l’abri en espérant une accalmie. Je continue sans relâche à suivre les péripéties des combats et à informer la rédaction à Métula.

 

 

Revue des réactions politiques et diplomatiques, préparée par Ilan Tsadik :

 

Le président Donald Trump, vivement critiqué pour sa décision de retirer les troupes américaines du nord-est de la Syrie, a affirmé ce mercredi qu'il se concentrait sur la "GRANDE IMAGE" [en majuscules sur le Tweet du président] qui n'inclut pas l'implication américaine dans "de stupides guerres sans fin au Moyen-Orient".

 

"Les combats entre différents groupes s’y déroulent depuis des centaines d'années. Les Etats-Unis n'auraient jamais dû être au Moyen-Orient", a complété Trump, ajoutant encore que "Les stupides guerres sans fin, pour nous, se terminent !"

 

"L'entrée au Moyen-Orient est la pire décision qui ait jamais été prise dans l’histoire de notre pays !", a-t-il encore proclamé. Précisant qu’il "qu'il ramenait lentement et prudemment nos grands soldats et militaires chez eux, conformément à ma promesse électorale. Terminant : "Nous nous concentrons sur la GRANDE IMAGE ! LES USA SONT PLUS GRANDS QUE JAMAIS AUPARAVANT !".

 

Le sénateur Républicain Lindsey Graham, pourtant proche allié de Trump, a intensifié ses critiques à l’encontre du président mercredi en affirmant sur FoxNews que "si Trump continue dans cette voie, ce serait la plus grosse erreur de sa présidence. J'espère qu'il a raison mais je ne le pense pas", a déclaré Graham, en comparant les points de vue de Trump à la "mentalité d'avant le 11 septembre qui a ouvert la voie au 11 septembre".

 

"Nous ne donnons pas le feu vert à la Turquie au Congrès", a tonné le sénateur qui prépare une loi conjointe avec les Démocrates afin de sanctionner Ankara, "et nous n'allons pas abandonner les Kurdes. Si le président le fait, nous ne le ferons pas".

 

L’Allemagne, la France et la Grande-Bretagne ont condamné l’agression turque. L’Egypte également, qui a demandé une réunion d’urgence de la Ligue Arabe afin de discuter des évènements dans le nord de la Syrie.

 

Les Pays-Bas ont vivement fait connaître leur mécontentement aux oreilles de l’ambassadeur turc à La Haye.

 

Le Conseil de sécurité des Nations Unies se réunira demain, jeudi, afin de discuter du conflit en Syrie à la demande de l’Union Européenne.

 

Les YPG ont complètement arrêté leurs opérations contre l’Etat Islamique, et ont rapatrié la quasi-totalité de leurs combattants pour faire face à l’Armée turque. Les miliciens de DAESH ont immédiatement repris les armes et se sont attaqués à plusieurs positions gouvernementales, à des convois et à des militaires iraniens.

 

Les Forces Démocratiques Syriennes dont les YPG constituent le composant essentiel demandent à la coalition américaine et internationale de mettre fin aux attaques turques dans le nord-est de la Syrie.

 

Pour le moment, la liaison avec notre camarade Perwer Emmal fonctionne et nous sommes en contact permanent avec lui. D’autres nouvelles suivront.