L’Etat d’urgence (Première partie)(012605/20) Version imprimable
mardi, 26 mai 2020

 

Par Stéphane Juffa

 

Avec Jean Tsadik

 

Avant-hier s’est ouvert le procès de Binyamin Netanyahu au Tribunal de district de Jérusalem. C’est la première fois qu’un Premier ministre en exercice comparaît au pénal. C’est également, si le résultat de mes recherches est exact, la première fois que le chef d’un exécutif en fonction se présente devant ses juges à l’occasion d’une procédure criminelle dans l’histoire du monde.

 

Les Israéliens ont devant leurs yeux un Etat qui se délite, un pays dont les valeurs fondamentales disparaissent rapidement comme si elles n’avaient jamais rien représenté. Car ce n’est pas uniquement que ce procès a forcé les électeurs à se rendre trois fois aux urnes pour engendrer un parlement qui compte autant de ministres et de secrétaires d’Etat que de députés. C’est aussi que ces élections ont accouché d’une parodie de gouvernance que l’on n’aurait jamais imaginé trouver ici. On se voyait mieux immunisé qu’on ne l’était vraiment.

 

C’est aussi un pays d’immigration, qui réalise, après soixante-douze ans d’existence, que son homogénéité apparente était trompeuse, que le dénominateur commun entre ses citoyens est sans doute impossible à trouver, surtout lorsque le numéro un de l’exécutif attise les braises de leurs différences afin d’assurer sa survie politique. Cela nous amène à nous apercevoir, avec une stupeur certaine, qu’il n’est pas facile de rassembler dans un même rêve des personnes qui ne s’étaient pas rencontrées pendant deux mille ans. Que nos différences sont au moins aussi nombreuses et profondes que ce qui nous rassemble.

 

Il est vrai que cette découverte d’une société fragilisée a été outrageusement encouragée par Binyamin Netanyahu. Un personnage qui n’a eu de cesse de jouer sur nos dissimilitudes pour tenter d’échapper à la justice et au risque de se retrouver en prison. Mais il a pianoté sur une réalité qui existait, qui surgissait par bribes, sans jamais que ses failles n’apparaissent aussi exacerbées qu’aujourd’hui. Ce n’était sans doute qu’une question de temps pour qu’elles parussent. Si elles n’existaient pas, elles ne s’exprimeraient pas, et d’une manière aussi prégnante que maintenant.

 

Jeudi dernier, le ministre israélien des Affaires Nationales du Cyberspace et du Numérique, David, (Doudi) Amsalem, un proche allié du Premier ministre Binyamin Netanyahu, a fustigé le procureur général israélien Avikhaï Mandelblit. Amsalem a en outre déclaré sur les ondes de la Radio de l’Armée : "Il n'existe pas de contestation quant au fait que Mandelblit soit supposément un criminel".

 

Le ministre a précisé qu’ "il ne fait aucun doute qu'il est un criminel. Les commentaires ne sont pas nécessaires, les juges de haut niveau ne sont pas nécessaires, vous n'avez pas besoin de l'ensemble du troupeau de gauche et de ses commentateurs et professeurs de toutes les facultés et du monde juridique tout entier [pour l’affirmer]".

 

Le nouveau ministre de la Justice, Avi Nissenkorn, a réagi à ces propos sur Twitter : "J'ai pleine confiance dans le procureur général. Les ministres du gouvernement sont autorisés à exprimer une critique de fond, mais les attaques sans retenue franchissent la ligne rouge". Nissenkorn est un avocat de formation, il a suivi Benny Gantz au gouvernement après l’éclatement de Kakhol-Lavan.

 

Cet échange nous emmène au cœur du problème : si vous appartenez à la moitié d’Israël qui soutient Bibi, les affirmations d’Amsalem sont parfaitement justifiées, et Amsalem a raison de dire clairement son fait au procureur général, sans épargner le reste de la "clique" des juges et des instruits, qui ont fomenté un faux procès à Netanyahu afin de l’évincer du pouvoir. Le ministre du Cyberspace, dont la fonction gouvernementale comporte la charge supplémentaire d’assurer la liaison entre le gouvernement et la Knesset, voulait simplement parler de l’Elite. De ce que l’on nomme de plus en plus fréquemment ici la Première Israël.

 

Or si vous appartenez à la Première Israël, que vous avez alors des notions de l’Etat de droit, si vous avez fréquenté les bancs de l’Université, vous aurez sans doute été choqués avec Nissenkorn par les affirmations inconsidérées et destructrices d’Amsalem.

 

Là où le bât blesse, c’est lorsque l’on constate que les deux Israëls sont absolument certaines d’avoir raison et ne sont prêtes à transiger sur rien, au point que le niveau de violence n’avait jamais été aussi élevé dans le monde politique hébreu, qui en avait pourtant connu d’autres, des vertes et des pas mûres. Ainsi que dans la rue, malheureusement. Car Avikhaï Mandelblit, de même que ses assesseurs actuels, et ceux qui ont instruit les dossiers Netanyahu et qui ne font plus partie du Parquet, mais aussi la procureure, choisie au hasard, Liat Ben Ari, qui dirige l’accusation lors des procès Netanyahu, les juges de l’instance de district qui ne feront évidemment que leur travail et qui n’ont rien à voir avec Mandelblit, ainsi que ceux de la Cour suprême, et en particulier sa présidente, Madame Esther Hayut, font l’objet d’une surveillance policière incessante.

 

On pensait que les trois juges qui officient dans ce procès, Rebecca Friedman-Feldman, Oded Shakham et Moshé Bar-Am seraient temporairement épargnés par les attaques ad hominem, mais les agressions verbales de Doudi Amsalem ne constituent qu’un exemple représentatif de ce qu’expriment la plupart des ministres bibistes contre toutes les instances de l’Etat et leurs représentants. Ainsi Shlomo Karaï, un député du Likoud intervenant à la télévision quelques heures après la clôture de la première audience, a élargi l’offensive aux trois juges, affirmant avoir décelé lors de la première convocation du tribunal, pourtant purement consacrée à des questions de procédure, des attitudes hostiles au Premier ministre, qui démontrent, selon lui, qu’ils ne rendront pas un verdict équitable.

 

La sécurisation des magistrats et de leurs familles ne participe pas d’un luxe ou d’une précaution ordinaire, ils font l’objet de centaines de menaces, d’insultes publiques et téléphoniques, et d’intimidations près de leurs domiciles. C’est une épidémie qui n’a rien à envier au COVID-19, et qui nous a atteints également à Métula, que ce soit par des messages - des menaces de mort  - privés, ou sur les réseaux sociaux. Certains d’entre eux ne prêtent pas à rire et l’encre avec laquelle ils sont écrits a l’odeur du sang.

 

Pour la Seconde Israël, cela participe d’une juste révolte et ces "nantis", ces "gauchistes", ces "accapareurs des attributs de l’Etat" n’ont que ce qu’ils méritent. Pour la Première Israël, c’est juste une catastrophe.

 

La question que les professeurs de fac, les magistrats, les policiers et les journalistes (les membres de "la junte commise au renversement de Netanyahu") n’osent pas articuler est : "Que se passera-t-il si Bibi est lourdement condamné, y compris à une peine d’enfermement, ce qui sera le cas s’il est reconnu coupable des actes d’accusation dressés contre lui" ? Il risque plus de dix ans de prison.

 

Netanyahu a déjà prévenu que "le peuple" n’accepterait pas une sentence de ce genre, ce qui constitue une menace à peine voilée de jeter un demi-million de ses partisans dans les rues et de mettre le pays à feu et à sang.

 

C’est évidemment une manière de faire pression sur les juges. Une menace qui a amplement contribué à pousser Benny Gantz à accepter de former un gouvernement avec Netanyahu. On ne l’a pas bien écouté, mais il a très clairement évoqué le risque d’un coup d’Etat. On a cru qu’il s’agissait d’un prétexte destiné à déguiser une prétendue soif de pouvoir de sa part, mais, connaissant un peu la personne et l’atmosphère qui règne à Jérusalem, je suis convaincu que cette crainte tangible a joué un rôle prépondérant dans sa décision.

 

Car de coup d’Etat, il en a à nouveau été question dans l’intervention accordée aux journalistes par l’inculpé Netanyahu au sein même du palais de justice. Plus vindicatif que jamais, le Premier ministre a accusé en vrac le parquet, l’institution judiciaire, la Police, la gauche et les journalistes, tous les journalistes, d’avoir fomenté de concert ce "procès arrangé" afin de le faire chuter du pouvoir et d’en écarter la droite pendant de très nombreuses années. Dans la même harangue, Netanyahu a franchi une nouvelle ligne rouge en déclarant qu’il ne s’agissait pas de son procès mais que c’était celui du Likoud et de la droite qui venait de s’ouvrir. Comprenez que ce n’est pas sa personne qui est accusée d’avoir commis des actes caractérisés de corruption, fraude et abus de confiance, mais la "droite" et la moitié du peuple qui subiraient ces accusations infondées, ourdies par l’Elite, la gauche, les sionistes, les ashkénazes, les laïcs, les instruits, les partisans de l’Etat de droit, les haut-placés, ceux qui dirigent la Police, les tribunaux et les journaux, ceux qui étaient officiers à l’Armée, les internationalistes, tous ceux qui n’accepteraient pas que le bas peuple, la droite, les séfarades, les religieux, les recroquevillés autour du judaïsme hermétique et dominant, de l’Etat juif, les traditionnalistes, les ignorants, les adeptes du principe "l’Etat, c’est le roi", ceux qui font leur service militaire dans la piétaille ou ne le font pas du tout, les sans droit, les désavantagés et les laissés pour compte dirigent le pays.

 

Car, comme on le distingue sur la photo qui suit, la plupart des ministres et des dirigeants du Likoud se tenaient derrière M. Netaynahu dans l’enceinte du tribunal lorsque celui-ci accusa à nouveau toutes les instances de l’Etat d’avoir fabriqué par des méthodes dolosives les affaires qui le mettent en cause. Le pouvoir exécutif presque au complet qui se tient dans l’un des palais du pouvoir judiciaire pour l’accuser de malversation, c’est une image qui fait froid dans le dos des démocrates et qu’ils ne sont pas près d’oublier.

 

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Les ministres du Likoud soutenant, en plein tribunal, l’assaut de Netanyahu contre

toutes les instances de l’Etat de droit

 

Serait-ce le procès que la Première Israël intente à la Seconde Israël afin de la priver de ses "droits démocratiques exprimés dans les urnes" ?

 

Il est plus que temps de mettre un peu d’ordre dans ce fourre-tout au demeurant inextricable. Pour rappeler, d’abord et brièvement, que ce que la justice reproche à Binyamin ce sont des actes exclusivement liés à son propre intérêt, visant des avantages monnayables qu’il n’a jamais eu l’intention de partager avec qui que ce soit, et certainement pas avec ce qu’il appelle "la droite".

 

Ensuite, parce que sa tactique globale consiste à exploiter les ressentis de la Seconde Israël, mais qu’on ne peut pas la confondre logiquement avec la droite. Certes, à force de stigmatisations, de simplifications outrancières, Bibi est parvenu à imposer à une partie de l’opinion un concept par élimination : tous ceux qui présentent les caractéristiques de la longue énumération que j’ai faite trois paragraphes précédemment appartiennent à la gauche. La gauche, c’est la Première Israël, avec tout ce que cet amalgame imaginaire et ce raccourci recèlent de dangereux.

 

Or, si la majorité de ceux qui font partie de la Seconde Israël se considèrent effectivement de la droite inventée par Netanyahu, on compte un grand nombre de personnes classées dans la Première Israël qui appartiennent à la droite politique, telle qu’elle avait été esquissée par le placement des députés dans l’Assemblée Nationale de la Révolution française.

 

Parmi ceux-ci, on peut citer les deux chefs de Yesh Atid, après le schisme avec Benny Gantz, Yaïr Lapid et Moshé Ya’alon, le ministre des Affaires Etrangères issu de Kakhol Lavan Gaby Ashkenazi, Benny Gantz, ainsi que des barons incontestables du Likoud comme Benny Begin et Dan Meridor, Avigdor Lieberman, le leader d’Israël Beiténou, ou encore Avikhaï Mandelblit, l’ennemi juré des bibistes, qui est à la fois pratiquant et conservateur. Il me faudrait deux pages pour citer tous les noms des personnalités de droite qui n’appartiennent pas à la Seconde Israël.

 

Il est encore plus probant de mentionner que tous les leaders historiques du Likoud, à commencer par Zeev Jabotinsky (dont le père de Bibi, Benzion Netanyahu, fut le secrétaire particulier), faisaient partie, sans le moindre conteste sensé, de la Première Israël, comme Menakhem Begin, Itzkhak Shamir, Ariel Sharon ; ils auraient tous été des "gauchistes" dans la classification bibiste, en prenant grand soin de ne pas oublier le premier d’entre eux… Binyamin Netanyahu. Dans le profil duquel, en effet, il est impossible de trouver le moindre critère le rattachant à la Seconde Israël.

 

Voici qui illustre la "fragilité" ainsi que l’hypocrisie du tableau de classification droite-gauche selon Netanyahu. Le chef de file de… la "droite forte", titre qu’il s’est une fois encore approprié dimanche sur les marches intérieures du palais de justice.

 

C’est dire l’étendue de l’instrumentalisation par Netanyahu, entouré par un grand nombre de responsables du Likoud actuel, appartenant tous à l’Elite de la Première Israël, qui font un usage indiscriminé des ressentiments de la Seconde Israël.

 

Avec Jean Tsadik, nous nous sommes intéressés de plus près à la raison pour laquelle la stigmatisation de la gauche qui n’est pas la vraie gauche, occupait une place aussi importante dans la rhétorique bibiste. Et nous avons découvert que, pour une fois, elle était bien moins superficielle que tout ce qui précède.

 

Pour vérifier ce que nous imaginions, nous nous sommes rendus il y a une petite semaine au cœur de Bnei Brak (200 000 hab.), la ville juive orthodoxe la plus peuplée de la Planète. Sur le coup de midi, affublés d’une kipa sur la tête, nous avons engagé la conversation avec les passants, ce qui est très facile à réaliser dans les quartiers religieux. Les habitants appréciaient visiblement que l’on s’intéresse à eux et à ce qu’ils pensent, ce qui n’est pas fréquent. En prenant grand soin de ne pas froisser nos interlocuteurs, nous n’avions aucune raison de le faire, nous avons commencé par discuter de sujets divers, sélectionnés par nos soins pour ne pas déclencher de grande passion. Au fur et à mesure de notre débat à bâtons rompus, une foule de Juifs orthodoxes s’agroupaient autour de nous, et grâce à la pondération de Jean, lui aussi issu d’une famille très pratiquante, nous avons réussi à instaurer une ambiance propice au dialogue.

 

C’est alors que Jean Tsadik a posé la question qui avait justifié notre déplacement dans la banlieue de Tel Aviv : "Qu’est-ce que la gauche ?".

 

Déferlement. Tous avaient quelque chose à dire, mais pas ce que la plupart des gens de la Première Israël auraient pu imaginer. Il était exclusivement question de la Torah, de la haine des orthodoxes et des rabbins par les "gauchistes", de leur volonté d’éradiquer les mitzvot (règles) du judaïsme, de rendre le pays totalement laïc, de les forcer à effectuer leur service militaire, ainsi que de l’attrait des "gauchistes" pour la mixité et la fornication.

 

Je peux témoigner qu’en vingt minutes, nous n’avons pas entendu un seul argument politique au sens que l’on conçoit à un kilomètre de là, à l’extérieur de Bnei Brak. Lorsque l’engouement se dissipa quelque peu, je posai une seconde question : "Qui sont les grandes figures du gauchisme ?". Il y eut d’abord une sorte de silence. Plusieurs participants à la discussion échangeaient entre eux avant de fournir une réponse. Nous nous attendions tout de même à entendre les noms de Marx, de Lénine ou de Trotski, voire ceux de la "vraie" gauche israélienne, comme Nitzan Horowitz ou Zahava Gal-On, les chefs de file de Meretz [parti de gauche israélien], mais rien de cela ne vint. Les noms qui fusèrent furent ceux de Yaïr Lapid et d’Avigdor Lieberman (qui sont des personnalités de droite), accompagnés de signes évidents de détestation.

 

Quelques minutes plus tard, je décidai de rassasier ma curiosité : "Et Netanyahu, il est aussi de gauche ?". Cela suscita une grosse discussion mais assez confuse, dont il émana toutefois clairement que Binyamin Netanyahu était effectivement "quelqu’un de gauche", mais qui ne détestait pas les religieux. Et contrairement à ce à quoi nous nous attendions, nous n’avons remarqué aucun indice de grande affection pour le représentant de la "droite forte". Juste un consensus de compromis. Une approbation conditionnelle  agrémentée de multiples restrictions.

 

Nous prîmes très amicalement congé de la cinquantaine d’hommes qui nous entouraient. Nous eûmes deux heures de trajet pour analyser les résultats de notre enquête de terrain. Nous n’avions pas posé la question de savoir qui est de droite, car, comme dans le bibisme, il nous était évident que le tri se faisait uniquement par élimination, et sans la moindre affinité avec la composition de l’Assemblée convoquée à la Révolution française. A Bnei Brak aussi, comme dans le reste d’Israël, mais selon des critères différents, ceux qui sont de droite sont ceux qui ne sont pas de gauche ! Il n’y a pas de démarche à faire pour "être de droite", pas d’idée à émettre, c’est juste la normalité.

 

Dans la voiture qui nous ramenait dans le Nord, il était apparent que notre hypothèse s’était vérifiée : dans le monde orthodoxe, on déteste effectivement la gauche, mais la gauche historique. Et ce, pour une raison évidente : sans rapport avec la définition usuelle de la gauche, dans un univers qui ne vit pas en symbiose avec le reste de la société, ce que l’on déteste, c’est ce qui représente le rationalisme.

 

Le rationalisme, par opposition à la croyance. Darwin, contre la vérité biblique selon laquelle Dieu a créé le monde en six jours. Une Terre de 4.54 milliards d’années, contre une Terre de 5 780 ans depuis la création du monde. Et toutes les divergences qui s’ensuivent.

 

Or la gauche, pour les Juifs religieux, c’est le courant politique qui, historiquement, explique la vie de façon scientifique et s’oppose ainsi à leur croyance et à l’enseignement de leurs rabbins. Si pour la majorité des hommes dans le monde, la gauche a changé et ne prétend plus que la religion est l’opium du peuple, chez les orthodoxes, on n’est ni évolutif ni à l’écoute de la télévision, et la coexistence avec les "anti-religieux" n’est toujours pas envisageable. Cela peut nous paraître anachronique, et ça l’est, mais uniquement lorsque l’on n’est pas capable de réaliser que les habitants de Bnei Brak, comme ceux de Méa Shéarim ont consacré leur vie, toute leur vie, à Dieu tel qu’il est décrit dans la Bible.

 

Cela explique également la ferveur de l’anti-gauche, la haine de "la gauche et des gauchistes" responsables de tous les maux que l’on retrouve sur les réseaux sociaux. Ceux qui l’expriment le plus souvent sont des traditionnalistes, des personnes qui ne vivent pas dans un ghetto religieux et selon des préceptes totalement rigides, mais des gens qui fréquentent tout de même quasi-quotidiennement leur synagogue ou qui, s’ils ne le font pas, se le reprochent amèrement.

 

Les orthodoxes de Méa Shéarim sont antisionistes, ils règlent leurs différends devant un rabbin et non dans un prétoire séculier, dont ils ne reconnaissent ni l’utilité ni l’autorité. Les traditionnalistes sont le plus souvent sionistes, mais leur sionisme est très éloigné de celui de la Première Israël. Eux, s’ils vivent ici, c’est parce que c’est le cœur géographique de leur foi, la source, l’endroit où le messie fera son apparition, et l’Etat d’Israël est certes un bienfait pour la plupart, mais il passe toujours bien après la Torah et la loi halakhique, la loi des rabbins.

 

Les intégristes et les traditionnalistes, les antisionistes religieux et les sionistes religieux, offrent à Netanyahu, de par la raison unique de leur haine du rationalisme, le terreau fertile de sa manipulation en trois temps : amalgamer la Première Israël à la gauche, fustiger la "gauche" en l’accusant de tous les maux lors de chaque intervention, se présenter comme le leader de la "droite" forte, le principal et seul barrage contre les "gauchistes".

 

 

A suivre…